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                  <text>�AI VÉCU, L'ÉTÉ DERNIER, une experience&#13;
rajeunissante et singulièrement .tonique. Sans quitter notre Province, à une petite heure de voiture du&#13;
Cap Diamant auquel s'accroche le foisonnement de la&#13;
Capitale, je me retrouvais, pendant quelques semaines,&#13;
au cœur de la France ancestrale. Pas celle de Paris où&#13;
l'on offre, comme l'on sait, à boire et à manger, dans&#13;
tous les sens de l'expression. En 'pleine «Normandie&#13;
du Canada », retranchée, rnéditante, décantée des salissures d'aujourd'hui. La résidence des Messieurs du&#13;
Séminaire, à quelques foulées du Cap Tourmente, est&#13;
un oasis où J'Histoire semble s'être figée, suspendue.&#13;
Si bien qu'il ne faut guère d'imagination pour se retrouver contemporains ou presque de Monseigneur&#13;
François de Montmorency Laval, premier architecte&#13;
spirituel de la chrétienté canadienne.&#13;
On quitte la route qui s'élance à l'assaut des caps,&#13;
&#13;
20&#13;
&#13;
en direction de La Malbaie ; on descend la côte hasardeuse de La Miche; on traverse le «petit village»&#13;
qui est un essaim en rupture de Saint-Joachim et \'on&#13;
guette l'enseigne blanche où s'inscrivent en lettres noires les deux mots magiques: Petit Cap! C est là qu'il&#13;
faut tourner, à main droite, pour une dernière galopade sous le cloître des arbres centenaires: voici,&#13;
bientôt, une grande trouée de lumière cernée par la&#13;
forêt. Une plongée aussi dans l'épaisseur de l'histoire.&#13;
Le «château Bellevue », la vieille maison du fermier, la chapelle de Monseigneur Briand, les dépendances de la ferme, les sentiers qui jouent à cachecache parmi les chênes et les ormes, les statues de saint&#13;
Louis, de saint Joseph, de la Vierge, de sainte Anne,&#13;
de merveilleuses échappées sur le cirque du fleuve:&#13;
toute une durée de l'Histoire restituée. Je n'ai pas écrit:&#13;
reconstituée. Rien ici n'est re-Iabriqué : les pierres&#13;
maçonnées ont vraiment 200 ans. Et l'ample gueule&#13;
du foyer, dans la grande salle du « château », dévore&#13;
des bûches qui ont maturé patiemment, à cent pas d'ici,&#13;
sœurs des arbres qui regardaient passer Monseigneur&#13;
de Laval quand il remontait le fleuve, le cœur tout&#13;
bousculé d'impatience apostolique. Au cours des conversations vespérales, au fort Thomassin, on vous&#13;
montre du doigt l'endroit où Monsieur de Champlain&#13;
eut un établissement; l'endroit où Monseigneur de&#13;
Laval construisit une chapelle que les canonnières des&#13;
~ ['Oraloire&#13;
&#13;
»,&#13;
&#13;
OCTOBRE&#13;
&#13;
1959&#13;
&#13;
�frères Kirke devaient raser au sol. On précise des dates; on évoque des événements de jadis. Tout le monde&#13;
est plus ou moins historien chez les Messieurs du Séminaire. Tout le monde a le goût d'un retour en&#13;
arrière pour un surcroît de ferveur. Le spécialiste de&#13;
la petite histoire, la plus savoureuse, c'est évidemment&#13;
Monseigneur&#13;
Réal Thomassin&#13;
que je veux vous présenter, sans y mettre de formes, à la manière qu'il&#13;
affectionne.&#13;
&#13;
Un homme atraibllalre&#13;
V ANT M~ME MON ARRIVÉE&#13;
au Cap Tourmente, 00 n'avait pas manqué de me dire pis&#13;
que pendre du Supérieur de la Résidence:&#13;
«un homme&#13;
&#13;
atrabilaire, caporalisant, acharné à maintenir autour&#13;
de lui un climat irrespirable. Un homme qui détestait&#13;
« "endroit » et qui mettait tout en œuvre pour découraget· ceux qui osaient s'y aventurer. » Tout cela était,&#13;
&#13;
évidemment, à prendre avec un grain de sel sceptique;&#13;
tout cela était vrai ... à condition d'y voir une définition par les contraires d'un Supérieur qui semble créé&#13;
et mis au monde pour une fonction, une seule : réconcilier tout le monde avec ce coin merveilleusement&#13;
préservé, où l'on se repaît d'histoire ... et d'histoires.&#13;
Car, l'oasis du Petit Cap est tout le contraire d'un&#13;
musée statique et poussiéreux:&#13;
le cadre est d'hier,&#13;
bien sûr, mais les hommes qui le hantent sont d'aujourd'hui et vivants et chaleureux&#13;
et cultivés ... et espiègles. Je regrette d'avoir à consigner ici cette cruelle&#13;
constatation;&#13;
mais il faut dire ce 'lui est. Monseigneur&#13;
Thomassin n'est heureux 'lu' à mariner dans les «histoires ». Elles 'sont, en quelque sorte, son bouillon de&#13;
culture. Il n'a de cesse qu'il n'ait provoqué une esclandre amicale, mis le feu aux poudres, alerté l'attention autour d'un pseudo-scandale,&#13;
piqué l'un, piqué&#13;
l'autre, guettant&#13;
la minute de se retirer du jeu, en&#13;
apparence innocent comme Abel. Je parle, cela va de&#13;
soi, du personnage biblique et non d'un certain prélat&#13;
tout neuf, supérieur d'un certain collège où l'on p&lt;?tasse Shakespeare ... De celui-là, je répondrais aussi peu&#13;
que de Monseigneur&#13;
Thomassin.&#13;
Il faut dire, à la décharge de notre homme qu'il&#13;
trouve, chez les Messieurs du Séminaire, des complicités admirables.&#13;
.&#13;
&#13;
Je ne sais guère d'endroit •••&#13;
E NE SAIS GUÈRE D'ENDROIT&#13;
où la taquinerie, condiment de l'amitié, et la mise en boîte,&#13;
soient plus généreusement&#13;
pratiquées.&#13;
A tout hasard d'indiscrétion ... et de représailles, je&#13;
dois justifier mes propos. Personne n'échappe,&#13;
là-bas,&#13;
au barrage&#13;
amicalo-vexaroire.&#13;
Et l'admirable&#13;
c'est&#13;
que la victime est toujours la première à s'amuser.&#13;
« ['Oratoire »,&#13;
&#13;
OCTOBRE&#13;
&#13;
1959&#13;
&#13;
Il est bien porté, par exemple, d'in ister sur la tête&#13;
» de l'abbé Elzéar Fortier, le maitre de chapelle du Grand Séminaire, et sur la ligne&#13;
ascétique de sa silhouette. Lui-même complète&#13;
charge en rappelant&#13;
le mot du Cardinal Verdier:&#13;
« JI se&#13;
croit saint; il n'est que maigre. » Eh! ben ...l&#13;
Les « croutes»&#13;
(horresco ....) de l'abbé Noël Baillargeon dont le violon d'Ingres est... un chevalet têtu,&#13;
reçoivent automatiquement&#13;
leur-s légendes suggérées.&#13;
par des confrères admiratifs (?) ; c'est ainsi 'lue dans&#13;
la galerie du maître, on retrouve «La grange évanescente pat' pente douce» ou « Amnésie face au Mont&#13;
Saint-Anne» (celle-ci, entrée dans la collection privée&#13;
de Monseigneur&#13;
Parent, Recteur de l'Université&#13;
LavaL.) Les «croutes»&#13;
les mieux appréciées sont « celles&#13;
qui portent le plus beau cadre. » Un éclat de rire, large&#13;
comme 'sa palette et coloré comme elle, constitue la&#13;
réaction spontanée de ce professeur d'histoire, mâtiné&#13;
de paysagiste.&#13;
&#13;
« hyper-sacerdotale&#13;
&#13;
la&#13;
&#13;
Le "Château" à Petit Cap: crayon&#13;
de Mi l'obbé Noël Baillargeon&#13;
&#13;
Comment se prendre au sérieux dans un tel climat? L'abbé Anicet (je n'y peux rien: c'est là son&#13;
vrai prénom, reçu à légitime baptême)&#13;
Greco, né de&#13;
papa italien et de maman bretonne, est le bougeant&#13;
et volubile assistant-directeur&#13;
des Cours d'été de LavaL. Pensez qu'il fait aller une immense machine,&#13;
souvent en pleine canicule. Cela exige beaucoup de&#13;
patience, un tantinet de tact et une résistance de tous&#13;
les diables. Il cumule, par ailleurs, toutes sortes de&#13;
fonctions ... également reluisantes ... à ce qu'il dit. Son&#13;
prestige serait indiscuté sans les contre-indications&#13;
prodiguées par l'abbé Emile Bégin, cet humaniste réfugié,&#13;
en apparence, derrière ses cogitations : en apparence,&#13;
mais en apparence. seulement. Rien n'échappe à son&#13;
œil, qui est de lynx, ni à son oreille, 'lui est de I' espèce&#13;
renardière.&#13;
L'humaniste&#13;
déploie toutes 'ses batteries&#13;
pour réduire son homme à une dimension à tout le&#13;
moins para-humaine,&#13;
ce qui apparaît encore comme&#13;
une pieuse exagération. Et si l'abbé Greco menace dt&#13;
&#13;
�le peintre, l'autre ...) l'accablent à cœur que veux-tu.&#13;
L'abbé Jean-Marie Fortier n'est., pour I'instant.,&#13;
que professeur d'histoire au Grand Séminaire, vicepostulateur de la cause de Monseigneur de Laval et&#13;
directeur spirituel parmi les théologiens. Une sinécure!&#13;
Mais «il ira loin,» Ses confrères l'affirment sans&#13;
l'ombre d'une jalousie. Cette maladie n'existe pas au&#13;
Petit Cap; j'en ai recoupé ... l'absence dix fois plutôt&#13;
qu'une. Bref «il ira loin,» Cela les confrères ne se&#13;
contentent pas de le dire tout bas; on le lui sert à&#13;
temps et à contre-temps; on insiste; on vante la vertu&#13;
conquérante de son sourire; l'abbé Bégin souligne,&#13;
de son côté, l'éclat carminé de son teint. L'abbé Fortier s'esclaffe. Mais s'il ne devient pas, très bientôt,&#13;
responsable d'une Congrégation romaine ou Nonce&#13;
Apostolique en vieille chrétienté, il se demandera&#13;
toute sa vie s'il n'y a pas eu maldonne de la part de&#13;
l'Esprit. Il se le demandera pour la forme... et pour&#13;
entrer dans le jeu.&#13;
Je pourrais aligner encore d'autres justifications.&#13;
Elles paraîtraient aussi puériles que les autres; elles le&#13;
seraient toutes. Et c'est bien à cause d'elles que je me&#13;
suis pris d'amitié admirative pour ces Messieurs du&#13;
Séminaire. Il y a telle chose que la vertu d'enfance qui&#13;
suppose, de surcroît, pas mal de vertus: la charité,&#13;
toute colorée d'humour, le détachement de la bagatelle, une indiscutable ascèse et le don de soi devant&#13;
les grands impératifs 'de l'éducation.&#13;
&#13;
Escalier central du Séminaire de Québec.&#13;
Oeuvre de&#13;
Ferdinand&#13;
Peachy,&#13;
architecte&#13;
(1880).&#13;
Reproduction&#13;
autorisée jlracieusement&#13;
par le directeur de l'inventaire&#13;
des Oeuvres d'art de la province de Québec.&#13;
&#13;
se mutiner, l'humaniste tortionnaire brandit l'argument irrésistible: « Mon cher Anicet, je vais vous&#13;
« râper» de mon testament ... » Il y a telle chose que&#13;
le ,rampement de la panique. Comme si, en matière&#13;
testamentaire, l'abbé Bégin pouvait offrir autre chose&#13;
que son cœur. Je me retiens de démarrer au sujet de&#13;
cet homme directeur de la prestigieuse Revue de l'Université Laval et critique chevronné. Ne vous étonnez&#13;
pas de he jamais trouver SOnnom au bas d'une prose&#13;
qui vous a retenu: aux pages de fin de semaine, dans&#13;
L'Action Catholique, par exemple. Notre humaniste&#13;
possède un répertoire nombreux de pseudonymes ; une&#13;
de ses originalités. Pas la seule. Sa prose est bourrée&#13;
d'allusions, de sous-entendus, de références qui supposent une somme énorme de lectures. Il est, sans&#13;
doute aucun, une des bonnes têtes du pays, fantaisiste&#13;
tout plein comme il se doit, trahissant d'une manière&#13;
ou d'une autre une sensibilité exquise et... torturante.&#13;
Un prêtre comme lui est une des richesses du Séminaire de Québec; une des richesses du pays. Mais il&#13;
a besoin de toutes ses subtilités pour deviner qu'on le&#13;
sait ... et qu'on lui en sait gré, s'il ne se fait attentif&#13;
qu'aux bourrades dont les «jeunes », type Greco (pas&#13;
&#13;
Entrés, à bloc, dans les Inlentlons&#13;
du fondateur&#13;
&#13;
l&#13;
&#13;
E&#13;
N'EST UN SECRET POUR PERSONNE&#13;
.que Monseigneur de Laval, au moment où il fondait Je Séminaire de Québec, eut la prévoyance des&#13;
visionnaires. Ce Séminaire, dans sa pensée, allait être&#13;
la pépinière de sa chrétienté; elle fournirait des prêtres, qui seraient tous plus ou moins missionnaires, et&#13;
des laïques cultivés et chrétiens. Rien n'interdit de&#13;
penser qu'il n'entrevoyait déjà, au proche horizon,&#13;
l'établissement d'une université, fruit surabondant du&#13;
Séminaire. Il voulut une recrue, triée sur le volet, de&#13;
prêtres qui feraient face à l'immédiat. Mais il savait&#13;
aussi combien il était important d'assurer la durée de&#13;
sa Maison. Sur le plan matériel aussi bien que sur le&#13;
plan spirituel: l'un épaulant l'autre. Cest ainsi que,&#13;
&#13;
dl" Mon\PI4fU-ur dl" l o v o l , dan" la choiJC'IIt-; fUflf'IOne&#13;
au Se&#13;
Ouebec&#13;
uru- OPu ••..&#13;
rt.: du vc ul ptcur&#13;
ItalH n , FroncP\cû Noqm&#13;
Sou,&gt; C.L' qllont ')L' tr ouvv une covse tto qUI contu-nt les osvcrnents du&#13;
L"&#13;
&#13;
ql'lO'lt&#13;
&#13;
mIOOIr'&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
~f'lvlteur&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
Dieu&#13;
&#13;
«. L'Oratoire~,&#13;
&#13;
OCTOBRE&#13;
&#13;
1959&#13;
&#13;
�moyennant ses propres deniers, il acheta l'immense&#13;
domaine du Séminaire, où l'on a depuis découpé des&#13;
paroisses, mais qui mesure encore quelque bons six&#13;
cent milles carrés. Six cent milles de terres à bois et&#13;
de fermes, qui apparaissent plus que jamais comme&#13;
un fonds de réserve et une garantie irréductible. Il y&#13;
a maintenant des siècles que la forêt pousse drue sur&#13;
la côte de Beaupré, renouvelant sans cesse, au soleil&#13;
de Dieu, les greniers du Séminaire.&#13;
Les prêtres, héritiers de la pensée de Monseigneur&#13;
de Laval, auraient pu saboter son œuvre, saborder&#13;
l'immense vaisseau missionnaire qui avait mis le cap&#13;
sur l'avenir. Ils n'avaient qu'à se prévaloir de la richesse communautaire, devenir des profiteurs personnels et détériorer leur sacerdoce dans la facilité. Il&#13;
leur eut été facile de recommencer certaines expériences de l'histoire occidentale : la Renaissance de son&#13;
&#13;
« L'Oraloire&#13;
&#13;
».&#13;
&#13;
OCTOBRE&#13;
&#13;
1959&#13;
&#13;
luxe tapageur n'étaient pas si lointains.&#13;
Le mérite des Messieurs du Séminaire est d'être&#13;
entrés, à bloc, dans les intentions de leur grand fondateur. Pauvres personnellement, ils n'utiliseraient le&#13;
«vieux fonds» que pour le bien de la communauté&#13;
canadienne. Ils seraient prêtres avant tout, mal rentés&#13;
de minables prébendes; et quand ils seraient définitivement aggrégés à la Maison, ils joueraient le vrai&#13;
jeu de l'équipe pour l'affermissement d'une tradition.&#13;
C'est cette tradition, une tradition gui ne se laisse&#13;
pas démasquer aisément, qui fait la force du Séminaire.&#13;
Une tradition qui s'est conservée intacte, même dans les&#13;
rajeunissements de l'accessoire. L'autre jour, j'apercevais au mur de la porterie une photo du vieux&#13;
M. Turcotte qui fut 72 an~ chargé de l'accueil: entré&#13;
à 15 ans au Séminaire, depuis sa terre natale de l'Ile&#13;
d'Orléans, il ne devait le quitter que pour mourir. Ce&#13;
&#13;
�vieux serviteur est une sorte de symbole. H faisait le&#13;
pont entre différentes étapes de la durée.&#13;
Aujourd'hui,&#13;
les Camille Roy, les Gosselin,&#13;
les&#13;
Gignac, les Pelletier, les Grandbois,&#13;
les Pâquet, les&#13;
Bergeron, et tant d'autres 'sont partis, entrés dans la&#13;
Maison du Père; « ceux » d'aujourd'hui&#13;
ont pris leur&#13;
place. Ils sont différents et pourtant étonnamment&#13;
ressemblants. Ils demeurent marqués. Une sorte de race.&#13;
&#13;
«La noblesse de la naissance est un don et une&#13;
grâce de Dieu », disait Charles Borromée. Tout le&#13;
&#13;
]' ai toujours cru que la sainteté n'était pas la perfection morale&#13;
réalisée mais d'être&#13;
en marche ... !&#13;
Monseigneur&#13;
de Laval, depuis ses lointaines études&#13;
chez les Jésuites de La Flèche, a été un homme en&#13;
constant départ, l'âme tendue vers les appels du grand&#13;
large. J'ai rencontré des sceptiques qui tranchaient:&#13;
«Il Ile sera jamais canonisé ; il était trop oiolent,»&#13;
Intérieurement&#13;
je pensais à Paul de Tarse qui possé-&#13;
&#13;
monde ne peut arborer les armes d'un François de&#13;
Laval, descendant de bonne gentilhommerie&#13;
Française.&#13;
Mais il est trop évident que le fondateur du Séminaire&#13;
de Québec a incorporé a l'acte de naissance de sa Maison des «quartiers»&#13;
héréditaires&#13;
qui allaient créer&#13;
une accoutumance spontanée de distinction, d'urbanité&#13;
facile, de simplicité:&#13;
cette simplicité qui est une forme&#13;
de la vraie grandeur.&#13;
&#13;
De là-haut, Mon.el.neur cie Laval•••&#13;
ES RESTES DE MONSEIGNEUR&#13;
DE LA V AL&#13;
attendent l'heure eschatologique:&#13;
le retrouvement&#13;
dans le sein du Père. Ils paraissent dormir&#13;
ous le&#13;
silence d'un magnifique gisant, dans un enfoncement&#13;
de la chapelle extérieure. «L' heure vient oû tous ceux&#13;
&#13;
qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils&#13;
de Dieu ... » Ils paraissent dormir. Mais je sui bien&#13;
sûr que de là-haut, où je crois qu'il est entré, le pre&#13;
rnier évêque de Québec continue d'inspirer « ses prêtres ».&#13;
De là-haut .. ! Que les sourcilleux n'essaient pas de&#13;
me mettre à mal avec les mânes d'Urbain VIn. Je&#13;
n'éprouve aucun goût de préjuger des décisions de&#13;
l'Eglise. Mais après avoir lu, avec une constante satis·&#13;
faction, cette «Vie de Monseigneur de Laval» que&#13;
les Presses Universitaires livreront" au public, ces joursci, une vie que l'abbé Emile Bégin a écrite d'une plume&#13;
retenue, pour sa sanctification&#13;
sinon pour notre joie,&#13;
vous me voyez tout disposé à endosser le zèle de&#13;
l'abbé Jean-Marie Fortier qui travaille à défricher le&#13;
sentiers vers la béatification de «son ami». C'est lui&#13;
qui nous rappelle, dans un article confié à la Revue&#13;
d'Histoire de l'Amérique française, ce mot de François&#13;
de Laval à son successeur:&#13;
« La Providence de Dieu&#13;
&#13;
dispose toutes choses suavement et toutes ces contrariétés et auortements à nos desseins et projets nous doil'en! beaucoup sen-ir pour faire mourir en nous tous&#13;
les mouuements d.éréglés d'une nature tfOP impétueuse. »&#13;
&#13;
« L'Oratoire)O,&#13;
&#13;
0 TOBR&#13;
&#13;
1059&#13;
&#13;
�dait lui aussi, sauf erreur, «le feu du tempérament ».&#13;
Et je me disais qu'on ne fait pas les apôtres avec de&#13;
la pâte gélatineuse. Monseigneur de Laval était de&#13;
l'espèce des grands bâtisseurs.&#13;
Et j'avoue goûter comme miel cette prose de Marie&#13;
de l'Incarnation, une mystique qui savait retrouver la&#13;
fermeté du sol : elle disait du jeune évêque: «En ce&#13;
qui regarde la dignité et l'autorité de sa charge, il&#13;
&#13;
n'omet aucune circonstance. II nt zélé poar faire obseruer tout' ce qu'il croit augmenter la gloire de Dieu&#13;
et inflexible pour ne point céder en ce qui est "ontraire. » Monseigneur de Laval livra de dures batailles ;&#13;
je ne sache pas qu'il ait jamais manqué à cette charité&#13;
supérieure qui fustige le mal et respecte les personnes.&#13;
Les dernières années de sa vie lui fournirent d'amples occasions de purification; le Christ, pour lequel&#13;
il s'était tant exercé, achevait en lui I'essentielle désappropriation. L'abbé Jean-Marie Fortier, qui ne m'en&#13;
voudra pas de le citer encore, nous livre le portrait de&#13;
son homme appliqué à une providentielle ascèse. Il&#13;
écrit: «L'interdiction royale de revenir au pays apt'ès&#13;
sa démission, le zèle sincère mais brouillon de Monseigneur de Saint-Vallier, les deux incendies successifs&#13;
du Séminaire (auxquels il assistera sans verser une&#13;
lanne), la retraite des 'vingt dernières années tissée de&#13;
prières prolongées, de mortijications et de deuils achèveront de ciseler l'âme du pontife et lui donneront la&#13;
physionomie que nous lui voyons au portrait contemporain conservé à l'archevêché de Québec. La soutane&#13;
et le camail flottent lâches sur les éPaules amenuisées.&#13;
Le port altier s'est courbé; la figure est devenue plus&#13;
fine, plus spiritualisée encore. Ce qui frappe, c'est la&#13;
douceur de ce vieil/ad cassé, venu, en ses jeunes&#13;
années, asseoir solidement la hiérarchie en NeuveFrance. »&#13;
Six jours avant sa mort, «il s'ofJ1'itcomme victime&#13;
d'expiation pour tous les péchés qui pourraient se commettre dam le Séminaire et pria Dieu de l'exterminer&#13;
lui seul, mais d'épargner tous les membres de cette&#13;
maison et d'y conserver jusqu'à la fin des siècles&#13;
l'amour de Dieu et de la très sainte Famille de Jésus,&#13;
Made et Joseph, et le culte des saints' Anges.» (Cf.&#13;
Vie de Monseigneur de Laval par Emile Bégin, 1959)&#13;
&#13;
* *&#13;
r ai connu un vieux prêtre&#13;
&#13;
*&#13;
&#13;
du Séminaire qui fut un&#13;
infatigable routier de la procure. Chaque jour, le&#13;
stylo entre les dents, une liasse de billets verts dans&#13;
chaque main, il se dirigeait vers la banque située à&#13;
deux pas de la Maison. Il ne songea jamais à appeler&#13;
les camions blindés de Brink' s; il se sentait protégé&#13;
par l'Ange tutélaire. A l'heure de sa proche agonie, on&#13;
voulut le transporter à J'hôpital: «Jamais, qu'il répondit, je vais mourir, ici, dans mon lit ... où je ne&#13;
mourrai pas d« tout. » Le mot était hilarant, mais en&#13;
apparence seulement. Il traduisait l'identification tenace d tout son être avec l'âme du vieux Séminaire.&#13;
Dans cette maison, sur laquelle plane la prière de Monseigneur de Laval, on ne meurt jamais tout à fait:&#13;
la charité est une assurance spirituelle.&#13;
&#13;
f.l" e.s,e,&#13;
&#13;
" ['Oraloire&#13;
&#13;
»,&#13;
&#13;
OCTOBRE&#13;
&#13;
1959&#13;
&#13;
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