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                  <text>Lettre de Champigny à Pontchartrain (Québec, 27 octobre 1694)&#13;
&#13;
À Québec, ce 27e octobre 1694&#13;
Monseigneur,&#13;
1° Quoique je sois persuadé qu’il vous sera désagréable d’apprendre les&#13;
désunions qui sont ici, je ne crois pas pour cela devoir me dispenser de vous en&#13;
informer et de vous en marquer les circonstances, afin que vous puissiez les&#13;
terminer par votre autorité et rétablir la paix et l’union que Sa Majesté souhaite&#13;
sur toutes choses.&#13;
2° Vous serez instruit, Monseigneur, par l’extrait que je vous envoie de la&#13;
procédure faite au Conseil souverain contre le sieur de Mareuil, accusé d’avoir&#13;
proféré des paroles infâmes et toutes pleines d’ordures contre Dieu, la Vierge, les&#13;
saints et l’Église, dont le Conseil, ayant informé et trouvé des preuves, n’a pu se&#13;
dispenser de décerner un décret de prise de corps contre lui ; et il est&#13;
actuellement dans les prisons de Québec.&#13;
3° Cette procédure extraordinaire ayant fait de la peine à M. le gouverneur par la&#13;
part qu’il prenait dans ce qui concernait Mareuil, qui avait l’honneur d’avoir sa&#13;
protection, il parla au Conseil, non comme premier des juges, mais comme un&#13;
maître, blâmant le procureur général d’avoir donné des conclusions pour&#13;
informer et, par conséquent, tout le Conseil, qui avait ordonné l’information&#13;
conformément à ses conclusions.&#13;
4° Dans le même temps que cette affaire commença, M. l’évêque, ayant un avis&#13;
que M. le gouverneur voulait faire représenter la comédie du Tartuffe, fit son&#13;
possible pour l’empêcher et par son ordre, il fut fait une explication publique,&#13;
dans une messe de paroisse, des comédies impures, comme était, dit-il, celle du&#13;
Tartuffe, à laquelle on ne pouvait aller sans péché mortel. Et animé du zèle qu’il&#13;
fait paraître contre tout ce qu’il croit être mal, il prit l’occasion que j’étais avec&#13;
M. de Frontenac pour le prier de ne pas faire jouer cette pièce, s’offrant de lui&#13;
&#13;
�donner 100 pistoles, ce que M. de Frontenac ayant accepté, il lui en fit son billet,&#13;
qui fut payé le lendemain.&#13;
5° J’avais regardé cette action entre ces deux Messieurs comme une chose qui ne&#13;
devait servir qu’à engager M. le Gouverneur de se désister du dessein qu’il avait&#13;
pu avoir de faire jouer le Tartuffe, afin de donner cette satisfaction à M. l’évêque,&#13;
avec lequel il était alors étroitement uni et qu’il ne tarderait pas à lui faire&#13;
l’honnêteté de lui renvoyer ces 100 pistoles, comme il me semblait qu’il devait&#13;
faire, par rapport à l’amitié réciproque qui était entre eux.&#13;
6° Mais la suite me fit voir des choses tout opposées. L’entreprise faite contre&#13;
Mareuil en même temps commença à aigrir M. le gouverneur contre M. l’évêque&#13;
et depuis, leur division est venue à un point qui me fait croire, avec beaucoup de&#13;
fondement, que le remède ne s’en peut trouver que dans l’autorité de Sa Majesté.&#13;
7° Quelques jours après la délivrance des 100 pistoles, M. l’évêque prit la&#13;
résolution de monter à Montréal. Ayant appris en chemin la continuation d’un&#13;
prétendu commerce entre un officier des troupes et la femme d’un homme&#13;
absent, dont l’attachement l’un pour l’autre dure depuis plusieurs années avec&#13;
assez d’éclat, nonobstant beaucoup de précautions que l’on a prises pour le faire&#13;
cesser, il fit publier, par le curé du lieu, un mandement contre eux et quelques&#13;
jours après, l’officier étant venu à l’église, la messe que le curé célébrait cessa, ce&#13;
qui donna sujet à l’officier de se plaindre au Conseil, conjointement avec un autre&#13;
officier, chargé de procuration de la femme.&#13;
8° On m’a informé que, sur les plaintes faites sur le même sujet par M. l’évêque à&#13;
M. le gouverneur et à M. de Vaudreuil, commandant des troupes, qui étaient la&#13;
suite de semblables plaintes faites tous les ans, M. de Vaudreuil ayant donné sa&#13;
parole que l’officier ne retournerait plus au même quartier, à cause du désordre&#13;
qu’il savait bien que sa présence y causait, M. l’évêque, de son côté, lui promit&#13;
qu’il ne se porterait à aucune chose contre cet officier, nonobstant le scandale&#13;
qu’il avait causé. Mais M. l’évêque, étant dans ce lieu, ne laissa pas de faire&#13;
publier un mandement, comme je viens de le dire, parce qu’il fut informé qu’il&#13;
revenait ; ce qu’il répondit lorsque M. de Vaudreuil se plaignit qu’il lui avait&#13;
&#13;
�manqué de parole ; et il arriva, comme on l’avait averti, que l’officier y revint peu&#13;
de temps après.&#13;
9° Après cette affaire, M. l’évêque continuant son voyage à Montréal, écrivit à&#13;
M. le gouverneur qu’il s’était aperçu que le jour de dimanche, quelques officiers&#13;
n’avaient pas assisté à la messe et que cela étant de mauvais exemple. Il le priait&#13;
de leur recommander leur devoir.&#13;
10° Cette lettre de M. l’évêque, apparemment écrite avec confiance et en vue&#13;
seulement de l’avertir du mal (cette union n’étant pas encore beaucoup altérée),&#13;
fut remise par M. le gouverneur entre les mains des officiers, dont il lui avait&#13;
écrit, qui la présentèrent au Conseil, avec une requête pour demander permission&#13;
d’informer, afin de justifier qu’ils avaient entendu la messe le même jour ; sur&#13;
quoi le Conseil n’a encore rien ordonné.&#13;
11° M. l’évêque, étant à Montréal, fut invité par les Récollets de faire la cérémonie&#13;
d’une profession dans leur église, où s’étant trouvé, il fit ôter le banc de M. de&#13;
Callière pour placer le sien, parce qu’il se trouvait à la gauche et avancé vers&#13;
l’autel, à cause que l’église est fort petite. M. de Callière, étant venu au&#13;
commencement de la cérémonie et s’étant mis sur un prie-Dieu au milieu proche&#13;
de l’autel, de quoi M. l’évêque, n’étant pas satisfait, s’approcha de lui et lui dit bas&#13;
qu’il ne devait pas se placer où il était ; à quoi M. de Callière fit réponse que cela&#13;
lui était dû ; et M. l’évêque lui ayant répliqué que s’il y restait, il sortirait,&#13;
M. de Callière lui dit qu’il le pouvait ; de sorte que M. l’évêque se retira sans faire&#13;
la cérémonie, qui fut faite par le supérieur, après laquelle il y eut un repas dans le&#13;
réfectoire, où M. de Callière, plusieurs officiers et autres personnes se trouvèrent,&#13;
pendant lequel plusieurs femmes, dont la sœur du supérieur était, entrèrent dans&#13;
le réfectoire, la besace sur le dos, venant quêter jusque sur la table des religieux ;&#13;
ce qu’elles firent plusieurs fois et ensuite, allaient manger dans le jardin.&#13;
12° Quelques jours après, M. l’évêque ayant dit à ces religieux de faire ôter le&#13;
prie-Dieu qui était au milieu de l’église, où s’était mis M. de Callière et où se met&#13;
ordinairement M. de Frontenac lorsqu’il est à Montréal, et d’ôter aussi celui que&#13;
M. l’évêque avait pris pour lui à la cérémonie, qui était la place ordinaire de&#13;
&#13;
�M. de Callière, ils lui obéirent. M. de Callière en ayant été averti, il les fit&#13;
remettre, disant publiquement qu’il ferait mettre une sentinelle si on lui&#13;
contestait ; ce que M. l’évêque ayant vu, étant entré dans l’église, et su le dessein&#13;
de M. de Callière, il interdit l’église et la fit fermer.&#13;
13° Elle fut environ deux mois sans ouvrir, pendant lequel temps je fis mon&#13;
possible auprès de M. l’évêque et de M. de Callière, qui étaient tous deux&#13;
descendus à Québec, pour accommoder cette affaire. M. l’évêque demanda que&#13;
M. le comte de Frontenac dit par autorité à M. de Callière de ne se plus mettre à&#13;
la place en question, ne lui étant pas due, ou bien que M. de Callière donnât&#13;
parole de ne s’y plus placer, jusqu’à ce que le roi en eût ordonné ; et un troisième&#13;
expédient fut proposé, qui fut que M. de Callière acquérait seulement que je&#13;
donnasse parole qu’il ne s’y mettrait pas et qu’ensuite l’interdit serait levé. Ces&#13;
propositions n’ayant eu aucun effet, non plus que les démarches que je fis pour le&#13;
même sujet, les choses demeurèrent en cet état. Et après plusieurs écrits signifiés&#13;
par les Récollets à M. l’évêque, et par lui à eux, l’église fut ouverte par les&#13;
Récollets de leur autorité.&#13;
14° Cet interdit violé, M. l’évêque leur fit signifier des monitions de temps en&#13;
temps pour les obliger à refermer leur église ; à quoi ils firent plusieurs réponses ;&#13;
et de ma part, je leur fis voir l’ordre que j’avais du roi, par mes instructions, de&#13;
leur dire qu’en cas qu’ils sortissent de leur devoir et de la soumission envers&#13;
M. l’évêque, ils risquaient de perdre toutes les grâces qu’ils pouvaient espérer de&#13;
Sa Majesté et les exhortai à l’obéissance, ainsi que j’avais ordre de le faire.&#13;
Cela n’ayant eu aucun succès et après s’être passé environ 3 mois, il prononça&#13;
contre eux l’interdiction et la fit publier au prône de Montréal avec deux&#13;
monitions qu’il avait faites, où les causes principales qui l’avaient, à ce qu’il dit,&#13;
contraint à en user ainsi étaient expliquées ; et comme le nom de M. de Callière se&#13;
trouva cité dans une de ces monitions, à cause d’un commerce dont il est accusé&#13;
depuis longtemps, avec la même sœur du supérieur des Récollets, dont j’ai parlé&#13;
ci-dessus, il prit occasion de là de faire un écrit qu’il rendit le même jour public,&#13;
en le faisant publier dans la ville par le major et afficher à la porte de l’église de&#13;
paroisse pendant vêpres, au son du tambour et gardé par une sentinelle, où il dit&#13;
&#13;
�que ce que M. l’évêque a inséré à son sujet dans sa monition étaient des&#13;
impostures, dont il voulait se servir pour autoriser son prétendu interdit jeté&#13;
contre l’église des Récollets sans cause, sans sujet et contre leurs privilèges,&#13;
comme il l’avait vu lui-même et que depuis deux jours, M. de Callière a fait&#13;
présenter requête au Conseil pour demander qu’il lui fût fait réparation&#13;
d’honneur par M. l’évêque ; ce qui est en cet état.&#13;
M. l’évêque, qui part en France, ne manquera pas, Monseigneur, de vous faire&#13;
voir les écrits qui ont été faits dans toutes ces affaires, qui sont assurément&#13;
fâcheuses et dangereuses par les suites. Il est entièrement brouillé avec M. le&#13;
comte de Frontenac, M. de Callière, les officiers des troupes et les Récollets. Le&#13;
Conseil souffre, et le procureur général surtout, de ces dispositions. La liberté&#13;
dans les avis est gênée en présence de M. de Frontenac. Enfin, cette situation des&#13;
affaires remue toutes choses.&#13;
À mon égard, quand j’ai vu qu’il y avait comme une impossibilité d’arrêter le mal&#13;
par mes soins et par mes sollicitations, j’ai pris le parti, avec le Conseil, de&#13;
connaître dans l’ordre le plus ordinaire et le plus équitable de toutes les choses&#13;
qui y ont été appelées pour rendre justice à tous, autant qu’il sera en notre&#13;
pouvoir ; mais comme nous avons une parfaite connaissance que l’autorité du roi&#13;
est nécessaire et principalement sur ce qui se trouve entre M. le gouverneur et le&#13;
Conseil, nous aurons besoin de ses ordres pour nous y conformer.&#13;
Le sieur de la Martinière, un des conseillers, qui passe en France pour ses affaires&#13;
particulières, a été chargé d’une copie des pièces mentionnées dans l’extrait que&#13;
j’envoie et de suppléer à tout ce que vous désirerez savoir, qui ne se trouve pas&#13;
ici. La grâce finale que je vous demande, Monseigneur, c’est d’assurer au Conseil&#13;
la liberté qui lui est nécessaire pour bien rendre la justice et de considérer&#13;
combien il est important de contenir les peuples dans les bornes d’une sage et&#13;
régulière conduite et d’arrêter l’impétuosité de certains vagabonds qui, en&#13;
dernier lieu, ont osé aller de nuit enfoncer les fenêtres de la chambre de&#13;
M. l’évêque, pour quoi il a été informé. Et il y a des indices assez apparents contre&#13;
Mareuil et un autre, de quoi il faudra prendre une connaissance plus parfaite, s’il&#13;
est moyen. Ces exemples sont très dangereux et la tolérance sur ces désordres et&#13;
&#13;
�une infinité d’autres serait capable de tout perdre. Si on peut imputer à&#13;
M. l’évêque quelque entreprise au-delà des bornes, en ce que je viens d’avoir&#13;
l’honneur de vous marquer, ceux qui ont fait des fautes n’ont pas moins mal fait&#13;
et n’en méritent pas moins le châtiment. Autrement, il n’y aura plus ni ordre, ni&#13;
règle. Voilà sur quoi nous vous demandons des ordres, vous suppliant d’être&#13;
persuadé des bonnes dispositions du Conseil, et des miennes en particulier, pour&#13;
tout ce qui concerne le bien du service et l’exécution des volontés de Sa Majesté.&#13;
Je suis, avec un très profond respect, Monseigneur,&#13;
Votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,&#13;
Champigny.&#13;
&#13;
/Transcription1 en orthographe moderne par le Séminaire de Québec-mdv-2020&#13;
&#13;
Faite à partir de la copie sur original par l’archiviste du Canada, v. 1900, publiée sur Canadiana&#13;
(Bibliothèque et Archives Canada), C-2379, p. 938-946&#13;
1&#13;
&#13;
�</text>
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                  <text>&lt;span&gt;Copie typographiée et annotée en français classique par le Séminaire de Québec, 2018-2020, et conservée au Centre d'animation François-De Laval&lt;/span&gt;</text>
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                <text>Cette collection comprend les documents contemporains de François de Laval dont il est l’auteur, le destinataire ou le sujet couvrant la période de 1623 à 1710 : correspondance, rapports, témoignages, actes. etc.</text>
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              <text>L'intendant de la Nouvelle-France informe le secrétaire d’État à la Marine de France des conflits qui règnent dans la colonie, notamment entre Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France, et Saint-Vallier, 2e évêque de Québec. Il mentionne plusieurs incidents causés par l’évêque, dont l’arrestation de Mareuil pour des propos blasphématoires, de la tentative d’empêcher la représentation de la comédie du &lt;em&gt;Tartuffe&lt;/em&gt; et d’un conflit avec Callière, gouverneur de Montréal, concernant la place de son prie-Dieu dans l’église des Récollets. Champigny souligne la nécessité de l’autorité du roi pour maintenir l’ordre.</text>
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              <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;Original en français classique conservé aux Archives nationales d'Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, Série C11 A, vol. 13, f. 95-98v&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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              <text>Pontchartrain, Louis Phélypeaux, 1643-1727, comte de</text>
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              <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/12960" class="show"&gt;Copie typographiée et annotée en français classique&lt;/a&gt; par le Séminaire de Québec, 2018-2020, et conservée au Centre d'animation François-De Laval&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;span&gt;&lt;a href="https://heritage.canadiana.ca/view/oocihm.lac_reel_c2379/938?r=0&amp;amp;s=4"&gt;Copie manuscrite en français classique&lt;/a&gt; par l'archiviste du Canada, v. 1900, et publiée sur Canadiana (Bibliothèque et Archives Canada), C-2379, p. 938-946&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;span&gt;&lt;a href="https://aaq.omeka.net/items/show/955"&gt;Copie manuscrite en français classique&lt;/a&gt; par l’archiviste local, v. 1900, et conservée aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Église du Canada, vol. 6, p. 50&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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      <name>Affaire des honneurs dans les églises (1659-1708)</name>
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      <name>Affaire du caractère de Saint-Vallier (1685-1708)</name>
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      <name>CONTENTIEUX (Saint-Vallier)</name>
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      <name>Correspondance avec la Cour de France</name>
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