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                  <text>Mémoire sur la liberté de traiter des boissons enivrantes (après 1689)&#13;
&#13;
Réponse aux raisons qui prouvent qu’il faut laisser&#13;
la liberté de traiter des boissons aux Sauvages&#13;
Ces raisons sont contenues dans l’arrêt du Conseil d’État et dans le mémoire fait&#13;
par ordre du roi sur ce sujet. Elles se rapportent à trois chefs principaux : le&#13;
1° regarde la religion ; le 2° le pays ; le 3° le commerce.&#13;
Le 1°, qui regarde la religion, consiste en six points :&#13;
le 1er avance qu’il n’y a point d’exemple dans le monde chrétien&#13;
qu’aucun évêque ait fait un cas réservé de cette matière, même&#13;
dans les pays où les peuples sont plus adonnés à l’ivrognerie et où&#13;
ce crime cause de plus grands désordres ;&#13;
le 2e, que jamais les évêques ne se sont mêlés de ce qui regarde le&#13;
commerce de toutes les denrées ou marchandises permises ;&#13;
le 3e, que lorsque ce commerce cause quelque crime, les juges&#13;
royaux sont établis pour punir ceux qui les commettent et que&#13;
jamais il n’y a eu aucune punition contre ceux qui en fournissent la&#13;
matière ;&#13;
le 4e, que si on fait un péché en Canada de ce qui n’est pas péché&#13;
dans tout le monde chrétien, il est à craindre qu’on ne vienne à&#13;
mépriser les règlements de l’Église, comme on dit qu’on fait déjà ;&#13;
le 5e, que s’il se trouve des crimes commis par l’ivrognerie des&#13;
Sauvages, ils ne suffisent pas pour en faire un cas réservé ou du&#13;
moins ces crimes se commettent par des Sauvages non convertis ;&#13;
le 6e, que ce commerce donne facilité aux missionnaires d’instruire&#13;
les Sauvages, lesquels viennent dans les habitations françaises, y&#13;
&#13;
�étant attirés par les boissons, au lieu que si on ne leur en donne pas,&#13;
ils en iront chercher chez les Hollandais ou Anglais, lesquels, ou ne&#13;
les convertiront pas, ou les attireront à leur hérésie.&#13;
Le 2°, qui est à l’égard du pays, dit que ce commerce fait la liaison des Sauvages&#13;
avec les Français, les attire parmi eux et fait qu’ils leur apportent leurs pelleteries&#13;
et qu’ils s’établissent dans leurs bourgades.&#13;
Le 3° est pour le commerce et dit que si les Sauvages ne trouvent dans les&#13;
habitations françaises de quoi satisfaire leurs nécessités ou leurs plaisirs, ils&#13;
pourraient transporter aux Anglais ou Hollandais les pelleteries, dont ils ne sont&#13;
pas si éloignés qu’ils n’y aillent bien si l’envie qu’ils ont de boire est si&#13;
immodérée qu’on dit qu’elle est.&#13;
&#13;
Réponses aux chefs qui regardent la religion&#13;
1° Il n’y a point d’exemple dans le monde chrétien qu’aucun évêque ait fait un&#13;
cas réservé de cette matière, même dans les pays où les peuples sont plus&#13;
adonnés à l’ivrognerie et où ce crime cause de plus grands désordres.&#13;
Réponse : Nous ne devons pas comparer les Sauvages du Canada avec les autres&#13;
peuples, sachant quel est leur génie et leur naturel à l’égard des boissons et la&#13;
différence qu’il y a entre eux et les autres nations, même les plus passionnées&#13;
pour la boisson. C’est pourquoi quand il n’y aurait point d’exemple dans tout le&#13;
monde chrétien qu’aucun évêque ait fait un cas réservé de cette matière, il ne&#13;
faut pas conclure que l’évêque du Canada ne le puisse et ne soit même obligé de&#13;
le faire, vu la grande différence qu’il y a entre les Sauvages et les autres peuples,&#13;
les effets funestes qui suivent la boisson qui leur est donnée. La manière de&#13;
laquelle les Anglais, nos voisins, traitent tous les Sauvages de ce pays au regard&#13;
des boissons enivrantes, fait assez connaître cette différence que l’on doit faire&#13;
entre lesdits Sauvages et tous les peuples d’Europe.&#13;
&#13;
�2° Jamais les évêques ne se sont mêlés de ce qui concerne le commerce de toutes&#13;
les denrées ou marchandises permises.&#13;
Réponse : Il est très vrai les évêques ne s’en doivent pas mêler, ces choses n’étant&#13;
pas de leur juridiction, sinon lorsqu’il se trouve en le commerce des circonstances&#13;
qui le rendent illicite, comme de vendre des armes à des fous ou à des furieux ou&#13;
bien lorsque ce commerce porte un notable préjudice à la religion et c’est pour&#13;
cette raison que les papes empêchent le commerce des armes avec les infidèles.&#13;
&#13;
3° Lorsque ce commerce cause quelques crimes, les juges royaux sont établis&#13;
pour punir ceux qui les commettent. Il n’y a jamais eu aucune punition contre&#13;
ceux qui en fournissent la matière.&#13;
Réponse : Cela n’empêche pas que l’Église, pour donner plus d’horreur à ses&#13;
enfants de certains crimes, ne soit souvent obligée de joindre son autorité à celle&#13;
du prince, ainsi qu’elle a fait dans l’impression et dans la vente de certains livres&#13;
ou dans les défenses qui ont été faites par l’Église et par le roi contre les duels. II&#13;
ne faut que lire les ordonnances des Anglais de Boston, nos voisins, imprimées&#13;
en 1672, pour voir que ce qu’on avance n’est pas vrai. II y a quelques années, le&#13;
sieur Andros, gouverneur pour le roi d’Angleterre dans la Nouvelle-Hollande,&#13;
défendit sous de grosses amendes de vendre des boissons enivrantes aux&#13;
Sauvages et cette défense subsisterait encore s’il n’eût appris que ce commerce&#13;
était permis aux Français du Canada. Et depuis eu 1689, le sieur Dongan,&#13;
gouverneur d’Orange, a fait défendre de donner de l’eau-de-vie à boire aux&#13;
Sauvages sous peine de 1 000 livres d’amende et du fouet par la main du&#13;
bourreau pour ceux qui ne pourraient payer ces 1 000 livres. II y a aussi eu&#13;
plusieurs défenses des rois catholiques de vendre aux Indiens, ni même de faire&#13;
une boisson enivrante qu’ils appellent sora. Enfin, pour plus forte instance, non&#13;
seulement il y a eu beaucoup de défenses et arrêts du Conseil de Québec et des&#13;
gouverneurs de Canada contre cette traite des boissons aux Sauvages comme&#13;
étant très dommageable à la religion, au commerce et à l’établissement de la&#13;
colonie, jusque-là qu’on en est venu à des punitions corporelles de ceux qui y ont&#13;
contrevenu, mais encore que nos rois mêmes ont fait des défenses rigoureuses,&#13;
&#13;
�comme l’est celle du 7 mars 1657, qui la défend sous peine de punition&#13;
corporelle.&#13;
&#13;
4° Si on fait un péché en Canada de ce qui n’est pas péché en tout le monde&#13;
chrétien, il est à craindre qu’on ne vienne à mépriser les règlements de l’Église,&#13;
comme on dit qu’on fait déjà.&#13;
Réponse : S’il y avait dans tout le monde chrétien des hommes aussi enclins à&#13;
l’ivrognerie que le sont les Sauvages du Canada, qui commissent autant de&#13;
désordres dans leur ivresse et qui fussent par leurs excès rendus incapables de&#13;
vivre en chrétiens après leur baptême ou de se faire instruire dans la foi&#13;
chrétienne, ce serait dans tout le monde un péché de leur donner le moyen de&#13;
s’enivrer, comme c’est un péché mortel dans tout le monde chrétien de donner&#13;
des armes à un furieux reconnu pour tel et qu’on sait par expérience avoir déjà&#13;
fait un mauvais usage par plusieurs fois ; comme c’est aussi un péché mortel&#13;
dans tout le monde chrétien de mettre volontairement et avec connaissance une&#13;
personne dans l’occasion prochaine d’offenser Dieu grièvement et les Anglais,&#13;
tous hérétiques qu’ils sont, qualifient la traite des boissons à nos Sauvages dans&#13;
leurs ordonnances du nom de « péché exécrable ». Il ne faudrait point aussi des&#13;
commandements de Dieu ni de l’Église pour la raison qu’on apporte, puisque la&#13;
plupart des hommes les méprisent et les violent tous les jours.&#13;
&#13;
5° S’il se trouve des crimes commis par l’ivrognerie des Sauvages, ils ne suffisent&#13;
pas pour en faire un cas réservé ou du moins ces crimes se commettent par des&#13;
Sauvages non convertis.&#13;
Réponse : Tout péché mortel, qui a de si funestes suites qu’il est cause de la ruine&#13;
de la religion, suffit pour en faire un cas réservé. Or, le péché qui se fait par la&#13;
traite des boissons aux Sauvages est de cette nature. D’ailleurs, les excès commis&#13;
par l’ivrognerie des Sauvages sont en très grand nombre ; que si l’on n’en&#13;
produit pas plus d’exemples qu’on fait, c’est que personne n’a pris soin d’en faire&#13;
recherche, outre que les Français qui causent ces désordres par la vente des&#13;
&#13;
�boissons aux Sauvages les cachent avec tout le soin qui leur est possible et que&#13;
ceux qui se commettent dans les bois ne sont connus que de peu de personnes et&#13;
qui sont très intéressées et le plus souvent les fréquents et funestes effets que&#13;
produit l’ivrognerie des Sauvages ne peuvent avoir d’autres témoins que ceux&#13;
qui travaillent à leur conversion, demeurent avec eux et les accompagnent dans&#13;
les lieux où ils vont. Au reste, ces crimes se commettent indifféremment par les&#13;
Sauvages, fidèles et infidèles, comme personne de ceux qui ont quelque habitude&#13;
avec eux n’en peut disconvenir. Et quand il n’y aurait que les infidèles qui se&#13;
laissassent aller à ces désordres, la charité ne demande-t-elle pas qu’on ne leur&#13;
fournisse point les moyens de les commettre, comme elle demande qu’on ne&#13;
fournisse pas les moyens et les occasions de commettre un crime à un homme&#13;
qui a perdu le sens, quoiqu’à raison de sa folie qui l’empêche de faire attention à&#13;
la loi qui le défend, il ne soit pas criminel devant Dieu. L’obligation de ne pas&#13;
contribuer aux crimes que ferait un fou est encore plus grande, lorsque ces&#13;
crimes sont préjudiciables à quelqu’un.&#13;
&#13;
6° Ce commerce donne facilité aux missionnaires d’instruire les Sauvages,&#13;
lesquels viennent dans les habitations françaises, y étant attirés par les boissons,&#13;
au lieu que si on ne leur en donne point, ils en iront chercher chez les Hollandais&#13;
ou Anglais, lesquels, ou ne les convertiront pas, ou les attireront à leur hérésie.&#13;
Réponse : Tant s’en faut que ce commerce donne facilité aux missionnaires&#13;
d’instruire les Sauvages que c’est cela même qui y met le grand empêchement ;&#13;
car on ne peut pas nier que ce ne soit une très mauvaise disposition dans les&#13;
Sauvages d’être dans une volonté actuelle de s’enivrer et d’en rechercher les&#13;
moyens. Partout où l’ivrognerie règne parmi les Sauvages, il n’y a rien ou fort&#13;
peu à espérer pour leur conversion et ce qu’il y a de religion et de piété se perd et&#13;
s’éteint tout aussitôt : c’est le témoignage qu’ont toujours rendu à l’évêque du&#13;
Canada tous les missionnaires qu’il a employés à la conversion des Sauvages.&#13;
C’est pour cette raison qu’on a été obligé d’abandonner les missions de Gaspé et&#13;
des Algonquins inférieurs. Au contraire, dans les endroits où l’on ne tolère point&#13;
l’ivrognerie, comme il y en a quelques-uns, on peut dire que les Sauvages sont&#13;
fort bons chrétiens et qu’ils vivent dans une piété exemplaire. II ne faut pas croire&#13;
&#13;
�que les boissons attirent les Sauvages à venir demeurer chez nous, pour être par&#13;
conséquent instruits, puisqu’au contraire, plus de 400 Iroquois ont quitté leur&#13;
pays, où ils ont des boissons en abondance, pour venir s’établir parmi nous, aux&#13;
endroits où l’on ne souffre pas l’ivrognerie. Et les Loups, qui sont parmi nous,&#13;
n’y ont pas été attirés par les boissons, quoiqu’ils y soient fort enclins, mais pour&#13;
se mettre en sûreté contre les Anglais de Boston, qui leur font la guerre. Pour&#13;
ceux qui vont aux Hollandais ou Anglais de la Nouvelle-Hollande afin de s’y&#13;
fournir des boissons, ils n’y font que passer et n’ont pas le temps d’être pervertis&#13;
par ces hérétiques, qui d’ailleurs n’ont pas encore commencé à les instruire, ni&#13;
même ne se sont pas jamais mis en peine de leur administrer le sacrement de&#13;
baptême, qu’ils savent être nécessaire au salut.&#13;
&#13;
Réponses aux chefs d’accusation qui regardent le pays&#13;
Ce commerce fait la liaison des Sauvages avec les Français et fait qu’ils leur&#13;
apportent leurs pelleteries.&#13;
Réponse : Bien loin que ce commerce fasse la liaison des Sauvages avec les&#13;
Français, il est capable de la rompre, à raison des désordres que les Sauvages font&#13;
durant leur ivresse, que les Français qui leur traitent des boissons arrêtent autant&#13;
qu’ils peuvent en les liant, les outrageant et se saisissant de leurs pelleteries&#13;
pendant leur ivresse, ce qui leur est fort sensible. Et s’il se faisait quelque meurtre&#13;
de Français ou de Sauvage, ce serait assez pour donner commencement à une&#13;
guerre ; celle que les Anglais ont eue avec les Sauvages étant arrivée en partie de&#13;
quelque accident de cette nature. Ce commerce n’est pas tant cause que les&#13;
Sauvages apportent chez nous leurs pelleteries : au contraire, ils s’en servent à&#13;
présent pour les porter aux Hollandais. Plusieurs Iroquois, après avoir fait leur&#13;
chasse, réservent le meilleur castor pour le traiter aux Hollandais, qui leur&#13;
donnent les habits à bon marché ; et du reste et de quelques peaux d’orignal&#13;
qu’ils n’y peuvent pas transporter, ils en viennent acheter de l’eau-de-vie des&#13;
Français, tant pour satisfaire à leurs ivrogneries que pour la traiter ensuite euxmêmes avec nos Sauvages dans les bois, les lacs et les rivières, où ils vont les&#13;
attendre pour du castor qu’ils portent avec celui de leur chasse aux Hollandais,&#13;
&#13;
�au lieu que nos Sauvages, dont ils le tirent pour de l’eau-de-vie, l’auraient&#13;
apporté aux Français, avec lesquels ils font leur commerce ordinaire. Cela arrive&#13;
souvent et chacun le sait ; ce qui a même obligé, depuis deux ou trois ans, le&#13;
gouverneur de défendre de traiter pour des peaux d’orignal aux Sauvages de&#13;
l’eau-de-vie, ce que les Français ne laissent pas de faire, étant très difficile&#13;
d’observer la nature du paiement qui se fait par les Sauvages.&#13;
&#13;
Réponses aux chefs d’accusation qui regardent le commerce&#13;
Si les Sauvages ne trouvent dans les habitations françaises de quoi satisfaire leurs&#13;
nécessités ou leurs plaisirs, ils pourraient transporter aux Anglais ou Hollandais&#13;
les pelleteries. Ils n’en sont pas si éloignés qu’ils n’y aillent bien si l’envie qu’ils&#13;
ont de voire est si immodérée qu’on dit qu’elle est.&#13;
Réponse : Quoique l’envie que les Sauvages ont de boire soit aussi immodérée&#13;
qu’on le dit, on n’a pas encore ouï dire qu’aucun Algonquin, Montagnais, Huron&#13;
ou Outaouais, desquels vient presque toute la pelleterie, soit allé aux Anglais ou&#13;
Hollandais quérir de l’eau-de-vie. Les Iroquois mêmes, à la réserve de ceux&#13;
d’Agniers et d’Onneiouts, qui en sont les plus proches, n’y vont que peu pour ce&#13;
dessein précisément. Mais en même temps qu’ils vont acheter de quoi se vêtir, ils&#13;
en rapportent des barils pleins d’eau-de-vie, de sorte que de tous les Sauvages du&#13;
Canada, Algonquins, Montagnais, Outaouais, Hurons, Loups et Iroquois, il n’y a&#13;
que les seuls Iroquois dont il y ait à craindre qu’ils ne portent leurs pelleteries&#13;
aux Hollandais, y étant attirés par la boisson. Et de tous les Iroquois, les Agniers,&#13;
les Onneiouts et les Onontagués, n’y sont pas attirés par la boisson, mais par le&#13;
voisinage. Il ne reste donc que les Iroquois de Sonnontouan et peut-être ceux&#13;
d’Oioguen dont il est à craindre qu’ils ne portent leurs pelleteries aux Hollandais&#13;
au lieu de les porter au fort des Français, qui est dans le lac Ontario ; mais c’est&#13;
peu que ce petit nombre d’Iroquois en comparaison de tant d’autres Sauvages. Et&#13;
d’ailleurs, il est certain, par l’expérience des premiers voyages que la barque&#13;
dudit fort y a faits, que si l’on veut vendre les marchandises à un prix&#13;
raisonnable, on aura presque tout le castor des Sonnontouans sans traiter aucune&#13;
boisson ; car c’est ce qui s’est fait plusieurs fois.&#13;
&#13;
�Il est donc manifeste qu’il n’y a rien à craindre pour les autres Sauvages et que le&#13;
refus de traiter aux Iroquois de la boisson les empêche de venir traiter à la barque&#13;
dudit fort, pourvu qu’on leur donne les marchandises à un prix raisonnable,&#13;
quelque envie qu’ils aient de boire ; ceux des nations supérieures, qui sont les&#13;
plus nombreuses, ne vont d’ordinaire aux Hollandais, à cause du grand&#13;
éloignement que pour y acheter des hardes qu’ils y ont à bon marché et en&#13;
rapportent par occasion des barils. Quand même la liberté de traiter des boissons&#13;
augmenterait quelque peu le commerce dudit fort, faut-il que l’intérêt d’un&#13;
particulier, qui ne peut être au plus que d’environ 500 castors qu’on aura&#13;
possible eus pour de l’eau-de-vie, en permettre la traite avec tous les autres&#13;
Sauvages, qui, quoiqu’elle soit défendue, ne laisseront pas d’apporter leurs&#13;
pelleteries aux Français ; permettre, dis-je, cette traite d’où s’ensuit la diminution&#13;
des pelleteries, les désordres qui accompagnent leur ivrognerie, meurtres,&#13;
incestes, violements et autres excès qui sont en grand nombre, dont tous les&#13;
ecclésiastiques qui sont employés à procurer le salut des pauvres peuples, tant&#13;
séculiers que réguliers, sont autant de témoins irréprochables, quoique l’on&#13;
prétende qu’il n’y en ait que peu et que l’on en produise que la moindre partie,&#13;
d’où s’ensuit enfin ce qui doit être plus considéré, toute la ruine du christianisme&#13;
parmi les Sauvages qui l’ont embrassé.&#13;
&#13;
Transcription1 en orthographe moderne par le Séminaire de Québec-mdv-2020&#13;
&#13;
Faite à partir de la copie sur original publiée dans H. Têtu, publiée dans Mandements, lettres pastorales et&#13;
circulaires des évêques de Québec, 1888, vol. 1, p. 149-156.&#13;
1&#13;
&#13;
�</text>
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                  <text>&lt;span&gt;Copie typographiée et annotée en français moderne par le Séminaire de Québec, 2018-2020, et conservée au Centre d'animation François-De Laval &lt;/span&gt;</text>
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&#13;
RÉPONSE&#13;
iUX RAïaaxS qui PBOUTBKT qu'il PAUT LAISBEB la LIBBBTi DE TBAREB DES&#13;
&#13;
SOISSOKB AUX 8AUVAQRS (a)&#13;
&#13;
Ces raisons sont contenues dans l'arrêt du conseil d'Etat et&#13;
&#13;
dans le mémoire fait par ordre du Roi sur ce sujet.&#13;
Elles se rapportent à trois chefs principaux.&#13;
Le 1er regarde la religion.&#13;
Le Ile le pays.&#13;
Le nie le commerce.&#13;
&#13;
Le 1er qui regarde la religion consiste en 6 points ;&#13;
Le ler avance qu'il n'y a point d'e.xemple dans le monde&#13;
&#13;
chrétien qu'aucun évèque ait fait un cas réservé de cette&#13;
matière, même dans les pays où les peuples sont plus adonnés&#13;
à l'ivrognerie, et où ce crime cause de plus grands désordres.&#13;
Le 2e que jamais les Evêques ne se sont mêlés do ce qui&#13;
regarde le commerce de toutes les denrées ou marchandises&#13;
permises.&#13;
&#13;
Le 3e que lorsque ce commerce cause quelque crime, les&#13;
&#13;
juges Royaux sont établis pour punir ceux qui les commet&#13;
tent et que jamais il n'y a eu aucune punition contre ceux qui&#13;
en fournissent la matière.&#13;
&#13;
Le 4e que si on fait un péché en Canada, de ce qui n'est pas&#13;
péché dans tout le monde chrétien, il est à craindre qu'on ne&#13;
&#13;
vienne à mépriser les règlerhents de l'Eglise, comme on dit&#13;
&#13;
qu'on fait déjà.&#13;
&#13;
Le 5e que s'il se trouve des crimes commis par l'ivrognerie&#13;
des sauvages, ils ne suffisent pas pour en faire un cas réservé,&#13;
ou du moins ces crimes se commettent par des sauvages .non&#13;
&#13;
convertis.&#13;
&#13;
Le 6e que ce commerce donne facilité aux missionnaires&#13;
d'instruire les sauvages lesquels viennent dans les habitations&#13;
(a) Ce document, conserve dans les archives do l'HôtoI-Dieu de Qu^'^bco» porto plu&#13;
sieurs corrections ctadditioiiB faites do le main mémo de Meosoigneur de Laval.&#13;
&#13;
�— 150 —&#13;
&#13;
françaises, y étant attirés par les boissons, au lieu que si on ne&#13;
leur en donne pas ils en iront chercher chez les Hollandais ou&#13;
&#13;
Anglais, lesquels ou ne les convertiront pas, ou les attireront à&#13;
&#13;
leur hérésie.&#13;
&#13;
Le Ile qui est à l'égard du Pays dit que ce commerce fait la&#13;
liaison des sauvages avec les Français, les attire parmi eux, et&#13;
fait qu'ils leur apportent leur pelleterie, et qu'ils s'établissent&#13;
dans leurs bourgades.&#13;
&#13;
Le IIIc est pour le commerce, et dit que si les sauvages ne&#13;
trouvent dans les habitations françaises de quoi satisfaire leurs&#13;
&#13;
nécessités, ou leurs plaisirs, ils pourraient .transporter aux&#13;
&#13;
Anglais ou Hollandais les pelleteries, dont ils ne sont pas si&#13;
&#13;
éloignés qu'ils n'y aillent bien si l'envie qu'ils ont de boire est si&#13;
immodérée qu'on dit qu'elle est.&#13;
RÉPONSE&#13;
Aux chefs qui regardent la religion&#13;
1. Il n'y a point d'oicmplo dans lo monde chrétien qu'auoun Evdquo ait fait un oas&#13;
réservé de cette matière, même dans les pays oh les peuples Eontpius adonnés à&#13;
l'ivrognerie et oU ce crime oauBO do plus grands désordres.&#13;
&#13;
Rép,—Nous ne devons pas comparer les Sauvages du Canada&#13;
&#13;
avec les autres peuples, sachant quel est leur génie et leur&#13;
naturel à l'égard des boissons et la différence qu'il y a entre eux&#13;
et les autres nations môme les plus passionnées pour la boisson.&#13;
&#13;
C'est pourquoi quand il n'y aurait point d'exemple dans tout&#13;
le monde chrétien qu'aucun Evôque ait fait un cas réservé de&#13;
cette matière, il ne faut pas conclure que l'Evèque du Cauada ne&#13;
&#13;
le puisse et ne soit même obligé-de le faire, vu la grande diffé&#13;
&#13;
rence qu'il y a entre lesSaiivages et les autres peuples, les effets&#13;
&#13;
funestes qui suivent la boisson qui leur est donnée.&#13;
La manière de laquelle les Anglais nos voisins traitent tous les&#13;
Sauvages de ce pays au regard des boissons enivrantes fait assez&#13;
connaître cette différence que l'on doit faire entre les dits&#13;
Sauvages et tous les peuples d'Europe.&#13;
2. Jamais les Evéqucs ne se sont mélés do ce qui concerne le commerce do toutes&#13;
les denrées ou marobaudises permises.&#13;
&#13;
Réf.—Il est très vrai que Iç^ Evôques ne s'en doivent pas&#13;
mêler, ces choses n'étant pas de leur juridiction ; sinon lorsqu'il&#13;
se trouve on le commerce des circonstances qui le rendent illicite,&#13;
&#13;
�— 151 —&#13;
&#13;
comme de vendre des armes à des fous ou à des furieux ; ou bien&#13;
&#13;
lorsque ce commerce porte un notable préjvidice à la religion, et&#13;
c'est pour celte raison que les Papes empêchent le commerce des&#13;
armes avec les Infidèles.&#13;
3. Lorsque co commorco causo quelques orimcs, tes juges Boyaux sont établis pour&#13;
punir ceux qui les commettent. Il n'y a jamais ou aucune punition contre cou.t qui on&#13;
fournissent la matière.&#13;
&#13;
Rép.—Cela n'empêche pas que l'Eglise pour donner plus&#13;
d'horreur à ses enfants do certains crimesne soit souvent obligée&#13;
&#13;
de joindre son autorité à celle du Prince, ainsi qu'elle a fait dans&#13;
l'impression et dans la vente de certains livres, on dans les&#13;
défenses qui ont été faites par l'Eglise ot par le Roi contre les&#13;
duels.&#13;
&#13;
II ne faut que lire les ordonnances des Anglais de Boston nos&#13;
voisins imprimées en 1G72 pour voir que ce qu'on avance n'est&#13;
&#13;
pas vrai. II y a quelques années le Sr Andros gouverneur poul&#13;
ie Roi d'Angleterre dans la nouvelle Hollande, défondit sous de&#13;
&#13;
.grosses amendes de vendre des boissons enivrantes aux sauvages,&#13;
et cette défense subsisterait encore s'il n'eût appris que ce&#13;
&#13;
commerce était permis aux Français du Canada.&#13;
Et depuis eu 1689,le Sieur Dongan gouverneur d'Orange a fait&#13;
défendre de donner de l'eau-de-vie à-boire aux Sauvages sous&#13;
&#13;
peine de mille livres d'amende et du fouet par la main du&#13;
&#13;
bourreau pour ceux qui ne pourraient payer ces mille livres. II&#13;
&#13;
y a aussi eu plusieurs défenses des Rois catholiques de vendre&#13;
aux Indiens ni même de faire une boisson enivrante qu'ils&#13;
appellent Sora.&#13;
&#13;
Enfin pour pins forte instance, nonseulementil y a en beaucoup&#13;
&#13;
de défenses et arrêts du conseil do Québec et des gouverneurs&#13;
de Canada contre cette traite des boissons aux Sauvages comme&#13;
&#13;
étant très dommageable à la religion, au commerce et à l'établis&#13;
&#13;
sement do la colonie :jiisqucs-Ià qu'on en est venu à dos punitions&#13;
&#13;
corporelles de ceux qui y ont contrevenu ; mais encore que nos&#13;
Rois même ont fait des défenses rigoureuses comme l'est celle&#13;
&#13;
du 7 mars 1G57 qui lu défend sous peine de punition corporelle.&#13;
4. Si oo fuit un péché on Canada do co qui n'est p.as péché on tout lo niondo oliré-&#13;
&#13;
tlon, il est à craindre qu'on ne vionuo il méprisor les règlonients do l'Eglise, comme&#13;
on dit qu'on fait déjà.&#13;
&#13;
Rijp, S'il y avait dans tout le monde chrétien des hommes&#13;
aussi enclins à l'ivrognerie que le sont les Sauvages du Canada,&#13;
&#13;
�— 152 —&#13;
&#13;
qui commissent autant de désordres dans leur ivresse, et qui&#13;
fussent par leurs excès rendus incapables de vivre en chrétiens&#13;
après leur baptême,ou de se faire instruire dans la foi chrétienne,&#13;
&#13;
ce serait dans tout le monde un péché de leur donner le moyen&#13;
&#13;
de s'enivrer, comme c'est un péché mortel dans tout le monde&#13;
&#13;
chrétien de donner des armes à un furieux reconnu pour tel, et&#13;
qu'on sait par expérience avoir déjà fait un mauvais usage par&#13;
plusieurs fois. Comme c'est aussi uii péché mortel dans tout le&#13;
monde chrétien de mettre volontairement et avec connaissance&#13;
&#13;
une personne dans l'occasion prochaine d'offenser Dieu griève&#13;
ment, et les Anglais tout hérétiques qu'ils sont qualifient la&#13;
traite des boissons à nos Sauvages dans leurs ordonnances du&#13;
&#13;
nom de péché exécrable.&#13;
Il ne faudrait point aussi des commandements de Dieu ni de&#13;
&#13;
l'Eglise pour la raison qu'on apporte, puisque la plupart des&#13;
hommes les méprisent et les violent tous les jours.&#13;
&#13;
s. S'il se trouTo dos crimes commis ptir l'iviognerlo dos saurages ils do suffisent pus&#13;
pour en faire un cas réservé. Ou du aïoins ces crimes se eommocteut par des sauvages&#13;
non convertis.&#13;
&#13;
Rép.—^Tout péché mortel qui a de si funestes suites, qu'il est&#13;
cause do la ruine de la religion suffit pour en faire un cas réservé.&#13;
&#13;
Or le péché qui se fait par la traite des boissons aux Sauvages&#13;
&#13;
est de cette nature.&#13;
&#13;
D'ailleurs les excès commis par l'ivrognerie des Sauvages&#13;
sont en très grand nombre. Que si l'on n'en produit pas plus&#13;
d'exemples qu'on fait, c'est que personne n'a pris soin&#13;
d'en faire recherche. Outre que les Français qui causent ces&#13;
désordres par la vente des boissons aux sauvages les cachent&#13;
&#13;
avec tout le soin qui leur est possible, et que ceux qui se com&#13;
&#13;
mettent dans les bois ne sont connus que de peu de personnes et&#13;
&#13;
qiri son t très intéressées,et le plus sauvent les fréquents et funestes&#13;
&#13;
effets que produit l'ivrognerie des sauvages ne peuvent avoir&#13;
d'antres témoins que ceux qui travaillant à leur conversion&#13;
&#13;
demeurent avec eux et les accompagnent dans les lieux où ils&#13;
vont.&#13;
&#13;
Au reste ces crimes se commettent indifi'éremment par les&#13;
&#13;
sauvages fidèles et infidèles, comme personne de ceux qui ont&#13;
quelque habitude avec eux n'en peut disconvenir. Et quand il&#13;
&#13;
�— 153 —&#13;
&#13;
n'y aurait que les infidèles qui se laissassent aller à ces désordres,&#13;
la charité ne demande-elle pas qu'on ne leur fournisse point les&#13;
&#13;
moyens de les commettre, comme elle demande qu'on ne four&#13;
&#13;
nisse pas les moyens et les occasions de commettre un crime, à.&#13;
un homme qui a perdu le sens, quoique à raison de sa folie qui&#13;
&#13;
l'empêche de faire attention à la loi qui le défend, il ne soit pas&#13;
criminel devant Dieu. L'ohligation de ne pas contribuer aux&#13;
&#13;
crimes que ferait un fou, est encore plus grande, lorsque ces&#13;
crimes sont préjudiciables à quoiqu'un.&#13;
6. Co commereo doano facilité aux miasiooaaircs d'inctruira les saurages lesquels&#13;
vionocnt daas les habitations frnnfalsos, jétant attirés par les boissons. Âu lieu que&#13;
si on DO leur en donne point, ils on iront cherebor clio: les Hollandais ou Anglais&#13;
&#13;
lesquels ou ne les conrortirout pas, ou los attireront à leur hérésie.&#13;
&#13;
rép.—Tant s'en faut que ce commerce donne facilité aux mis&#13;
&#13;
sionnaires d'instruire les sauvages, que c'est cela même qui y&#13;
&#13;
met le grand empêchement. Car on ne peut pas nier que ce ne&#13;
soit une très mauvaise disposition dans les sauvages d'être dans&#13;
&#13;
une volonté actuelle de s'enivrer et d'en rechercher les moyens.&#13;
&#13;
Partout ou l'ivrognerie règne parmi les sauvages, il n'y a rien&#13;
&#13;
ou fort peu à espérer pour leur conversion, et ce qu'il y a de&#13;
religion et de piété se perd et s'éteint tout aussitôt,c'est le témoi&#13;
gnage qu'ont toujours rendu à l'Evôque du Canada tous les&#13;
missionnaires qu'il a employés à la conversion des sauvages.&#13;
&#13;
C'est pour cette raison qu'on a été obligé d'abandonner les&#13;
missions de Gaspé et des Algonquins Inférieurs. Au contraire,&#13;
dans les endroits où l'on ne tolère point l'ivrognerie, comme il&#13;
&#13;
y en a quelques-uns, on peut dire que les sauvages sont fort bons&#13;
&#13;
chrétiens et qu'ils vivent dans une piété exemplaire.&#13;
II ne faut pas croire que les boissons attirent les sauvages à&#13;
venir demeurer chez nous, pour être par conséquent instruits ;&#13;
puisqu'au contraire plus de 400 Iroquois ont quitté leur pays,&#13;
où ils ont des boissons en abondance, pour venir s'établir parmi&#13;
nous aux endroits où l'on ne souffre pas l'ivrognerie. Et les&#13;
&#13;
Loups qui sont parmi nous n'y ont pas été attirés par les boissons,&#13;
quoiqu'ils y soient fort enclins, mais pour se mettre en sûreté&#13;
&#13;
contre les Anglais de Boston qui leur font la guerre.&#13;
Pour ceux qui vont aux Hollandais ou Anglais de la nouvelle&#13;
Hollande afin de s'y fournir des boissons, ils n'y font que passer&#13;
&#13;
�— 154 —&#13;
&#13;
et n'ont pas le temps d'être pervertis par ces hérétiques, qui&#13;
&#13;
d'ailleurs n'ont pas encore commencé à les instruire, ni même ne&#13;
se sont pas jamais mis en peine de leur administrer le sacrement&#13;
&#13;
de baptême qu'ils savent être nécessaire au Salut.&#13;
RÉPONSE&#13;
Aux chefs qui regardent le pays&#13;
&#13;
Co commoroo fait la liaison dos Sauragos aToo les Français, ot fait qu'ils leuf&#13;
apportent leurs peHotcries.&#13;
&#13;
rép,—Bien loin que ce commerce fasse la liaison des Sauvages&#13;
&#13;
avec les Français, il est capable de la rompre, à raison des&#13;
désordres que les Sauvages font- durant leur ivresse, que les&#13;
Français qui leur traitent des boissons arrêtent autant qu'ils&#13;
&#13;
peuvent en les liant, les outrageant ot se saisissant de leurs&#13;
pelleteries pendant leur ivresse, ce qui leur est fort sensible ; et&#13;
s'il se faisaiN quelque meurtre de Français ou de Sauvage, ce&#13;
&#13;
serait assez pour donner commencementà une guerre. Celle que&#13;
les Anglais ont eue avec les Sauvages étant arrivée en partie de&#13;
quoique accident de cette nature.&#13;
&#13;
Ce commerce n'est pas tant cause que les Sauvages apportent'&#13;
chez nous leurs pelleteries,au contraire ils s'en servent à présent&#13;
&#13;
pour les porter aux Hollandais. Plusieurs Iroquois après avoir&#13;
&#13;
fait leur chasse, réservent le meilleur castor pour le traiter aux&#13;
Hollandais qui leurdonnent les habits à bon marché ; et du reste&#13;
&#13;
et dcquelques peaux d'orignac qu'ils n'y peuventpas transporter,&#13;
ils en viennent acheter de l'eau-de-vie des Français, tant pour&#13;
&#13;
satisfaire à leurs ivrogneries que pour la traiter ensuite euxmêmes avec nos Sauvages dans les hois, les lacs ot les rivières&#13;
&#13;
où ils vont les attendre pour du castor qu'ils portent avec celui&#13;
&#13;
de leur chasse aux Hollandais, au lieu que nos Sauvages dont ils&#13;
&#13;
le tirent pour de l'eau-de-vie, l'auraient apporté aux Français&#13;
avec lesquels ils fout leur commerce ordinaire ; cela arrive&#13;
&#13;
souvent et chacun le sait; ce qui a même obligé depuis deux ou&#13;
&#13;
trois ans le gouverneur de défondre de traiter pour des peaux&#13;
d'orignac aux Sauvages de l'eau-do-vie, ce que les Français ne&#13;
&#13;
laissent pas de faire, étant très difiicile d'observer la nature du&#13;
&#13;
paiement qui se fait par les Sauvages..&#13;
&#13;
�— 156 —&#13;
&#13;
RÉPONSE&#13;
Aitx chefs gui regardent le commerce&#13;
6i les Sauvages ne trouvent dans les babitatious fiangaisos do quoi satisfairo leurs&#13;
nécessités ou leurs plaisirs, ils pourraiout transporter aux Anglais ou Hollandais les&#13;
pollotorics. Ils n'en sont pas si éloignés qa'iis n'y aillent bien, si l'onvio qu'ils ont&#13;
de boire est si immodérée qu'on dit qu'elle est.&#13;
&#13;
Rép.—Quoique l'envie que les Sauvages ont de boii'e soit aussi&#13;
immodérée qu'on le dit, on u'a pas encore ouï du-e, qu'aucun&#13;
&#13;
Algonquin, Montagnais, Huron ou Outaouais desquels vient&#13;
&#13;
presque toute la pelleterie, soit allé aux Anglais ou Hollandais&#13;
quérir de l'eau-de-vie. Les Iroquois mêmes, à la réserve de ceux&#13;
d'Agnié et d'Onneioul qui en sont les plus proches, n'y vont que&#13;
peu pour ce dessein précisément, mais en même temps qu'ils&#13;
&#13;
vont acheter de quoi se vêtir, ils en rapportent des barils pleins&#13;
&#13;
d'eau-de-vie.&#13;
&#13;
De sorte que de tous les Sauvages du Canada, Algonquins,&#13;
&#13;
Montagnais, Outaouais, Hurons, Loups et Iroquois, il n'y a que&#13;
&#13;
les seuls Iroquois dont il y ait à craindre qu'ils ne portent leur&#13;
&#13;
pelleterie aux Hollandais, y étant attirés par la boisson.&#13;
&#13;
Et de tous les Iroquois, les Aguiés,les Onneiouts et les Onnon-&#13;
&#13;
tagués, n'y sont pas att^és par la boisson mais par le voisinage.&#13;
line reste donc que les Iroquois de Sonnontoùan et peut-être&#13;
ceux d'Oioguen, dont il est à craindre qu'ils ne portent leur&#13;
&#13;
pelleterie aux Hollandais au lieu de les porter au fort des&#13;
Français qui est dans le lac Ontario ; mais c'est peu que ce petit&#13;
nombre d'Iroquois en comparaison de tant d'autres Sauvages. El&#13;
d'ailleurs il est certain par l'expérience des premiers voyages&#13;
&#13;
que la barque du dit fort y a faits, que si l'on veut vendre les&#13;
marchandises à un prix raisonnable, on aura presque tout le&#13;
castor des Sonnontorians sans traiter aucune boisson ; car c'est&#13;
&#13;
ce qui s'est fait plusieurs fois.&#13;
&#13;
Il est donc manifeste qu'il n'y a rien à craindre pour les autres&#13;
&#13;
Sauvages et que le refus de traiter aux Iroquois de la boisson les&#13;
empêche de venir traiter à la barque du dit fort pourvu qu'on&#13;
leur donne les marchandises à un prix raisonnable, quelque&#13;
envie qu'ils aient de boire ; ceux des nations supérieures qui sont&#13;
les plus nombreuses ne veut d'ordinaire aux Hollandais à cause&#13;
&#13;
�1&#13;
&#13;
— 156 —&#13;
&#13;
du grand éloignemenl que pour y acheter des hardes qu'ils y&#13;
ont à bon niarché et en rapportent par occasion des barils.&#13;
&#13;
Quand même la liberté de traiter des boissons augmenterait&#13;
quelque peu le commerce du dit fort, faut-il que l'intérêt d'un&#13;
particulier qui ne peut être au plus que d'environ 500 castors&#13;
&#13;
qu'on aura possible eus pour de l'eau-de-vie, en permettre la&#13;
&#13;
traite avec tous les autres Sauvages, qui quoiqu'elle soit défen&#13;
due ne laisseront pas d'apporter leurs pelleteries aux Français;'&#13;
&#13;
permettre, dis-je, cette traite d'où s'ensuit la diminution des&#13;
&#13;
pelleteries, les désordres qui accompagnent leur ivrognerie,&#13;
&#13;
meurtres, incestes, violements et autres excès qui sont en grand&#13;
&#13;
nombre, dont tous les ecclésiastiques qui sont employés à procu&#13;
rer le salut des pauvres peuples, tant séculiers que réguliers,&#13;
sont autant de témoins irréprochables quoique l'on prétende&#13;
qu'il n'y en ait que peu et que l'on en produise que la moindre&#13;
&#13;
partie ; d'où s'ensuit enfin ce qui doit être plus considéré, toute&#13;
&#13;
la ruiue du christianisme parmilessauvages qui l'ont embrassé.&#13;
&#13;
CONFIRMATIONS&#13;
&#13;
Ile Percée&#13;
&#13;
16 mai&#13;
&#13;
Notre-Dame de Québec&#13;
Ursulines&#13;
Hôtel-Dieu&#13;
&#13;
10 août&#13;
""&#13;
14 septembre&#13;
1660&#13;
&#13;
Château-Richer&#13;
Notre-Dame de Québec&#13;
Montréal&#13;
&#13;
2 février&#13;
24 "&#13;
24 août&#13;
166t&#13;
&#13;
Sillcry&#13;
&#13;
e'juin&#13;
166S&#13;
&#13;
Ursulines&#13;
&#13;
1er liiai&#13;
&#13;
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                  <text>&lt;span&gt;Copie typographiée en français moderne et publiée dans H. Têtu, &lt;/span&gt;&lt;span&gt;Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec&lt;/span&gt;&lt;span&gt;, 1888, vol. 1, p. 149-156&lt;/span&gt;</text>
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                  <text>&lt;span&gt;Copie manuscrite en français classique par C.-O. Gagnon, v. 1890, et conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, MS 17 p. 5-18&lt;/span&gt;</text>
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        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
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                <text>Cette collection comprend les documents contemporains de François de Laval dont il est l’auteur, le destinataire ou le sujet couvrant la période de 1623 à 1710 : correspondance, rapports, témoignages, actes. etc.</text>
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    <name>Texte</name>
    <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
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            <text>Le mémoire contient plusieurs annotations de la main de Laval.</text>
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              <text>Laval, François de, saint, 1623-1708</text>
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              <text>Mémoire sur la liberté de traiter des boissons enivrantes (après 1689)</text>
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              <text>Ce document présente un argumentaire au sujet de la traite des boissons enivrantes aux Autochtones. 1) Les évêques n’ont jamais fait un cas réservé comme l’a fait Laval, ancien évêque de Québec, même dans les pays où l’ivrognerie est plus répandue. Il est également mentionné que les évêques ne se sont jamais mêlés du commerce des denrées permises. 2) Ce commerce est vu comme un moyen de lier les Autochtones aux Français, les attirant parmi eux et les incitant à apporter leurs pelleteries. 3) Si les Autochtones ne trouvent pas de quoi satisfaire leurs besoins dans les habitations françaises, ils pourraient transporter leurs pelleteries aux Britanniques ou Hollandais. </text>
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              <text>1689</text>
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              <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://archives.monastere.ca/archive/reponses-aux-raisons-qui-prouvent-quil-faut-laisser-la-liberte-de-traiter-des-boissons-aux-sauvages-887"&gt;Original en français classique&lt;/a&gt; conservé aux Archives du Monastère des Augustines de Québec, HDQ-F1-G2/1:7A&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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          <name>Has Version</name>
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              <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/12722" class="show"&gt;Copie typographiée et annotée en français moderne&lt;/a&gt; par le Séminaire de Québec, 2018-2020, et conservée au Centre d'animation François-De Laval&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/12723" class="show"&gt;Copie typographiée en français moderne&lt;/a&gt; et publiée dans H. Têtu, &lt;em&gt;Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec&lt;/em&gt;, 1888, vol. 1, p. 149-156&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net//files/show/12724" class="show"&gt;Copie manuscrite en français classique&lt;/a&gt; par C.-O. Gagnon, v. 1890, et conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, MS 17 p. 5-18&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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      <name>Affaire de la traite des boissons enivrantes (1659-1708)</name>
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      <name>Britanniques</name>
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      <name>Commerce et industrie</name>
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      <name>Correspondance avec la Cour de France</name>
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