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                  <text>Doc. XLVII&#13;
Lettre ou&#13;
rédigé par Frontenac, gouverneur du Canada, 1677, d’après&#13;
l’original conservé à la Bibliothèque nationale de France, Département des&#13;
manuscrits, Claraimbault, vol. 1016, fos 43-47&#13;
mémoire1&#13;
&#13;
Dans le fonds Claraimbault de la Bibliothèque nationale de Paris, on conserve un mémoire&#13;
manuscrit du gouverneur de Frontenac au ministre de France contre le clergé canadien en&#13;
général, et en particulier contre le Serviteur de Dieu. Le mémoire est de 1677, comme on&#13;
le déduit par les mots « l’an dernier 1676 » (fo 48v).&#13;
Il est à noter que le manuscrit n’est certainement pas l’exemplaire envoyé au ministre, mais&#13;
un brouillon de la main d’un secrétaire, écrit d’abord en forme de lettre, corrigé et ensuite&#13;
réduit aux deux premiers tiers en forme de mémoire, avec quelques notes autographes de&#13;
Frontenac lui-même.&#13;
Nous ne sommes pas certains si ledit mémoire a réellement été envoyé ; mais il est certain&#13;
que M. de Frontenac a émis de semblables accusations à Québec et lorsqu’il écrivait à la&#13;
Cour de Paris. On le voit aussi dans une lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu en&#13;
1677 : « M. de Frontenac a écrit ce qu’il a coutume de dire à Québec contre vous et votre&#13;
clergé et contre M. l’intendant. L’on ne m’a point communiqué ses lettres pour y répondre.&#13;
Je crois que c’était à cause qu’elles étaient remplies de calomnies trop grandes. » (Musée&#13;
de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 48c) Le manuscrit&#13;
n’est pas inédit : il a déjà été publié par Margry en 1879 (Mémoires et Documents pour&#13;
servir à l’histoire des origines françaises des pays d’Outre-Mer, vol. 1, 1879, p. 299-3252),&#13;
mais jusqu’ici il ne fut pas pris en considération par les acteurs de la Cause et fut&#13;
complètement omis dans les diverses Positiones. Il est maintenant reproduit pour les&#13;
raisons suivantes : en 1er lieu, pour que les relations entre le Serviteur de Dieu et&#13;
M. de Frontenac, dont parlent tous les historiens canadiens, puissent être mieux&#13;
expliquées ; en 2e lieu, pour que l’on puisse voir et juger si les faits rassemblés contre le&#13;
Serviteur de Dieu sont vrais et réellement dignes de censure.&#13;
Après un examen sommaire du mémoire, on retient deux points : 1° que les faits ont&#13;
généralement un fondement réel, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas de pures et simples&#13;
calomnies ; 2° et que sous la plume de M. de Frontenac, ces faits sont déformés et mal&#13;
interprétés. Mais, selon le point de vue religieux dont nous nous occupons, nous ne pouvons&#13;
guère nous étonner que cet homme aux grandes qualités d’administrateur civil et militaire&#13;
ait en contrepoids une ambition de gouverner peu commune, alimentée et protégée par des&#13;
principes gallicans, dont il fut un très fidèle disciple.&#13;
Ceci pourrait être amplement illustré. À peine arrivé à Québec en 1672, en l’absence du&#13;
Serviteur de Dieu qui se trouvait alors à Paris, M. de Frontenac manifesta immédiatement&#13;
sa tendance tout autre que favorable envers le clergé ; il contrôlait le mouvement des&#13;
missionnaires, interceptait les lettres, refusait au vicaire général de Mgr de Laval d’assister&#13;
au Conseil souverain, etc. (Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des&#13;
colonies, série B, vol. 6, fos 94v-100v)&#13;
NDLR : Le rapport étant très intéressant pour comprendre les accusations du gouverneur de Frontenac&#13;
contre le clergé canadien, nous avons choisi de l’inclure au complet. Nous avons conservé les parties&#13;
entièrement biffées ; les mots et les phrases rayés, puis remplacés par d’autres, n’ont pas été gardés ; les&#13;
sections en marge ont été intégrées dans leur paragraphe respectif, lorsque c’était indiqué ; et les sections&#13;
dans la marge n’appartenant pas à un paragraphe propre ont été inscrites comme étant dans la marge.&#13;
2&#13;
NDLR : Toutefois, la transcription dans le livre de Margry n’est pas fidèle à l’original et ne met pas en&#13;
évidence les parties rayées, les annotations et les sections en marge.&#13;
1&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�On comprend bien qu’avec un gouverneur aussi mal disposé, un évêque de la trempe de&#13;
Mgr de Laval devait inévitablement avoir des différends. Et il en fut ainsi. Les principaux&#13;
points de conflit sont bien connus : le commerce des boissons alcooliques avec les&#13;
Autochtones, favorisé plus ou moins ouvertement par M. de Frontenac et prohibé par le&#13;
Serviteur de Dieu (cf. Doc. XXVII, nos 11 et 13), la question de la préséance et des&#13;
prétendus honneurs envers le gouverneur et le Conseil souverain dans les cérémonies&#13;
religieuses (cf. Doc. XLIII-11) et l’affaire de l’érection des paroisses (cf. Doc. XLIII-17,&#13;
2e note).&#13;
Sans entrer dans les détails, il suffit de noter que M. de Frontenac se montra si enflammé&#13;
dans toutes ces controverses que même la Cour de Paris, où il jouissait d’une pleine faveur&#13;
publique, les jugea imprudentes et finit par le rappeler en France en 1682.&#13;
En 1677, lors de la rédaction de ce mémoire, M. de Frontenac était très contrarié, peut-être&#13;
parce que la réalisation de ses plans était contrecarrée par le Serviteur de Dieu, ou encore&#13;
parce qu’il ne se sentait plus complètement approuvé à Paris. D’un point de vue&#13;
psychologique, le mémoire peut être considéré comme une explosion de colère.&#13;
Il était nécessaire de noter tout cela pour comprendre les faits et pour relativiser les&#13;
jugements du gouverneur par rapport au Serviteur de Dieu.&#13;
Ce mémoire se réduit en deux points : 1° M. de Frontenac veut montrer à la Cour de Paris&#13;
que le clergé canadien est trop riche et qu’il exerce une trop grande influence ; 2° à cet effet&#13;
et avec l’usage d’amplifications et de réticences, il exagère et déforme les faits, parfois de&#13;
mauvaise foi, comme on pourra le constater en parcourant les notes que nous ajoutons au&#13;
texte. Ce texte est un peu différent de celui publié par Margry, où furent reproduites toutes&#13;
les parties biffées et que nous avons omises. Pour cette édition, nous nous sommes servi&#13;
des photographies du manuscrit et nous avons omis les parties qui ne concernent pas le&#13;
Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
Depuis qu’il a plu au roi de défendre les congés, comme je ne me suis plus vu tant&#13;
d’occupation au-dehors où je travaillais à faire de nouvelles découvertes et à frayer le&#13;
chemin pour entreprendre de nouveaux établissements, en quoi j’espère que mes soins&#13;
auront eu le bonheur de ne pas vous déplaire, j’ai travaillé plus particulièrement à&#13;
examiner le dedans du Canada et l’état de cette colonie que vous favorisez de votre&#13;
protection. Elle en a ressenti les effets d’une manière qui peut seule faire durer votre&#13;
mémoire autant de temps qu’il y aura des habitants dans la Nouvelle-France.&#13;
Mais, Monseigneur, quoique vous ayez pourvu à tous les besoins de la colonie et que vous&#13;
les ayez même prévenus, quand ils vous ont été connus, permettez-moi de vous dire que,&#13;
comme vous ne les pouvez pas tous voir par vos yeux, dont les lumières auraient pénétré&#13;
même les plus cachés, il y en a de généraux que je suis persuadé que l’on ne vous a pas fait&#13;
connaître dans toute leur étendue et que l’obligation de ma charge m’engage à vous&#13;
découvrir. Quasi tous les désordres de la Nouvelle-France tirent leur source de&#13;
l’ambition des ecclésiastiques qui, voulant joindre à l’autorité spirituelle une&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�puissance absolue sur les choses temporelles, font souffrir et murmurer tous ceux&#13;
qui ne leur sont pas entièrement soumis.&#13;
Le style et les choses dont le mémoire est composé feront connaître que [ni] la&#13;
haine ni la passion n’y ont en rien contribué et qu’on n’expose la conduite des&#13;
ecclésiastiques à Monseigneur qu’afin de prévenir les suites qui diminueront&#13;
l’autorité du roi.&#13;
Mais avant que je m’explique davantage, je vous supplie, Monseigneur, de trouver bon que&#13;
je vous proteste que ce n’est point la passion qui me fait parler, qu’il y a longtemps que je&#13;
médite ces avis, que je n’ai pas osé entreprendre de vous donner, jusqu’à ce que j’en fusse&#13;
pleinement instruit, que je ne prétends point juger, j’apporterai que des faits pour preuve&#13;
de ce que j’avancerai, que je ne prétends point juger de leurs mœurs, ni les décrier dans&#13;
l’esprit du peuple et que je ne vous proposerai que des remèdes que l’on peut employer&#13;
sans éclat et sans scandale et peu à peu, si l’on les trouve raisonnables, souhaitant même&#13;
que tout ceci ne soit connu de vous ou de très peu de personnes, tant pour leur honneur&#13;
qu’afin que le mal ne devint plus opiniâtre s’ils avaient connaissance qu’on le voulut guérir.&#13;
Conduite des ecclésiastiques&#13;
Ce n’est pas depuis une année ou deux que les ecclésiastiques ont voulu se faire&#13;
un empire absolu dans le Canada ; il semble qu’ils en ont formé le dessein presque&#13;
aussitôt qu’ils y sont entrés, car ils songèrent d’abord à s’y rendre considérables&#13;
par deux moyens : par leur richesse et par leur crédit.&#13;
Pour le premier, ils en sont venus à bout d’une manière surprenante pour un pays&#13;
fort pauvre de lui-même. Ils [ont] employé pour y parvenir les gratifications du&#13;
roi, les aumônes qu’ils ont attirées de France, les fréquentes concessions des&#13;
meilleurs et plus importants endroits du Canada qu’ils ont demandées et obtenues&#13;
et enfin, le commerce qu’ils continuent encore, nonobstant les défenses que le roi&#13;
a été obligé de leur en faire3.&#13;
&#13;
3&#13;
&#13;
L’accusation de faire du commerce avec les Autochtones qui est portée contre le clergé canadien en général,&#13;
et en particulier contre les Jésuites, revient souvent dans l’histoire du Canada à cet époque et – fait à signaler&#13;
– on la retrouve souvent dans les écrits de ceux qui pratiquaient réellement ce commerce illégal.&#13;
L’abbéִ Faillon (Histoire de la colonie française en Canada, Ville-Marie, 1865, vol. 3, p. 475, note 1) et&#13;
l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708, Québec,&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Et pour faire voir que ce ne sont pas des choses supposées, on a l’aveu qu’en a fait par&#13;
écrit l’un d’entre eux, coté A, par lequel il prétend que le profit du commerce des&#13;
pelleteries, qu’ils font en deux seuls endroits fort voisins, ne va qu’à 4 000 livres par an au&#13;
lieu que l’on disait qu’il montait à plus de 20 000 livres :&#13;
la déclaration d’une Sauvagesse* nommée Marie-Félix, qui parle français,&#13;
et qui a dit à M. de Frontenac4 que le P. Chaumonot a défendu aux Sauvages&#13;
qu’il instruit à Lorette d’acheter chez les marchands ce dont ils auront&#13;
besoin, leur promettant d’avoir de toutes sortes de denrées dans leur&#13;
magasin ;&#13;
celle du sieur Denison, de présent à Paris, qui rencontra deux canots de&#13;
missionnaires chargés à morte-charge, où entre autres il y avait trois&#13;
rouleaux de tabac, qui est la marchandise où il y a le plus à gagner ;&#13;
celle du nommé Alain, que cinq canots des Sauvages de la Prairie-de-laMadeleine, chargés de castor autant qu’ils en pouvaient porter, ayant&#13;
rencontré des Socoquis, leurs ennemis, envoyèrent demander au&#13;
missionnaire de la Prairie-de-la-Madeleine qu’ils passeraient outre ;&#13;
la lettre que le P. Bruyas écrivit au sieur d’Allerais pour l’inviter au&#13;
commerce avec la Nouvelle-York ;&#13;
&#13;
1890, vol. 2, p. 185) affirment tous deux que c’est précisément le cas de Frontenac, qui, comme le dit&#13;
l’abbé Faillon :&#13;
ne craignait pas de rendre suspectes les personnes les plus recommandables pour écarter&#13;
plus sûrement, par ce zèle apparent, les soupçons auxquels sa propre conduite pouvait&#13;
donner lieu. Parlant des Jésuites, qu’il n’aimait pas, il osait bien écrire à Colbert, en&#13;
déguisant ses paroles sous le voile de chiffres convenus, « Pour vous parler franchement,&#13;
ils songent autant à la conversion du castor qu’à celle des âmes. » (Lettre de Frontenac à&#13;
Colbert, 2 novembre 1672).&#13;
En ce qui concerne le Serviteur de Dieu, c’est une chose reconnue ouvertement par tous les historiens qu’il&#13;
se tint très loin de toute activité de ce genre. Henri Lorrin, dans son œuvre Le Comte de Frontenac, étude sur&#13;
le Canada français à la fin du 17e siècle, Paris, 1895, p. 167-168, écrit à ce sujet :&#13;
Ce qui est exact, ce que l’on doit retenir des accusations qui remplissent les&#13;
correspondances du Canada, comme des reproches de la Cour, c’est que presque tous les&#13;
fonctionnaires de la Nouvelle-France cherchaient dans la traite un supplément de&#13;
ressources ordinairement très nécessaires : gouverneur, intendant, officiers, missionnaires&#13;
même, tous traitent plus ou moins. […] Il est juste de faire ici une exception pour l’évêque&#13;
de Québec : sans doute les revenus de sa charge et les dons du roi lui assuraient, parmi des&#13;
fonctionnaires à peine payés, une situation très privilégiée, mais on n’en doit pas moins&#13;
rendre hommage à la dignité de sa conduite ; il n’a pu, dans la campagne si vive qu’il dirigea&#13;
contre la traite avec les Sauvages, l’accuser de motifs intéressés.&#13;
4&#13;
NDLR : La lettre est écrite à la 3e personne.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�la lettre que le P. de Lamberville a écrite au sieur de La Salle, portée par un&#13;
Sauvage, par laquelle il lui présentait un moyen d’envoyer du castor à la&#13;
Nouvelle-Hollande ;&#13;
l’achat que les missionnaires des Outaouais ont fait des marchandises&#13;
appartenant aux Français, qui en ont été rappelés en exécution des ordres&#13;
de Sa Majesté ;&#13;
et plusieurs autres preuves qu’on fournira si Monseigneur le souhaite.&#13;
Cependant, après de telles preuves, M. Duchesneau, qui est ouvertement déclaré et qui&#13;
s’en est expliqué nettement pour eux en toutes choses, prétend faire entendre qu’ils sont&#13;
dans une grande peine, que leur bien ne suffit pas pour les dépenses nécessaires, comme&#13;
de mettre des curés fixes au lieu de vicaires amovibles. Mais pour faire connaître leurs&#13;
richesses d’une manière à n’en pas douter, voici le détail des revenus et des biens&#13;
que tout le monde sait qui leur appartiennent5.&#13;
Premièrement, à l’égard de M. l’évêque, le roi lui donne tous les ans 6 000 livres6 ;&#13;
les deux abbayes que Sa Majesté a annexées à l’évêché de Canada, au moins&#13;
6 000 livres. Il est vrai que M. l’évêque dit que le revenu s’en va presque tout en&#13;
réparations qui y sont nécessaires, mais comme on s’en est informé&#13;
particulièrement, on a appris que non seulement il n’y en fait pas, mais qu’au&#13;
contraire il a laissé tomber les bâtiments en ruine et en a vendu une partie des&#13;
matériaux7.&#13;
M. de Frontenac a voulu faire l’inventaire des revenus du clergé canadien et surtout ceux de l’évêque. Ceuxci sont clairement exagérés. Ce qui peut lui être grandement reproché, c’est sa mauvaise foi lorsqu’il note&#13;
que ces biens étaient complètement utilisés pour les œuvres d’organisation du nouveau diocèse, comme la&#13;
construction de lieux de culte, le maintien des curés et du Séminaire, l’aumônes aux pauvres, etc., alors que&#13;
le Serviteur de Dieu et son clergé vivaient dans un style tout autre que l’opulence.&#13;
6&#13;
Nous devons tout de suite noter que cette somme n’était pas une gratification pour l’évêque&#13;
personnellement, mais était inscrite dans le bilan avec ces destinataires : 4 000 livres tournois pour le&#13;
Séminaire, ses officiers, ses domestiques, le curé de Québec et l’entretien des édifices ; et 2 000 livres&#13;
tournois pour les prêtres malades retirés au Séminaire.&#13;
7&#13;
Il n’est pas honnête d’affirmer que le Serviteur de Dieu recevait de grosses rentes de ses abbayes de&#13;
Méobecq et de l’Estrée. En ce qui concerne la rente de la première, le Serviteur de Dieu écrivait au SaintSiège en 1665 qu’elle pourrait monter à 6 000 livres tournois (cf. Doc. XXIII-15). Cependant, il ne tarda pas&#13;
à se rendre compte qu’il avait surestimé ses revenus, puisque la mauvaise administration des procureurs et&#13;
les énormes impôts diminuaient de beaucoup les profits espérés. De plus, durant la récente guerre de religion,&#13;
tous les édifices avaient été réduits en un pitoyable état et d’importantes réparations étaient devenues&#13;
nécessaires. Celles-ci furent réellement entreprises, comme il en ressort d’une lettre de l’administrateur&#13;
Matheron au Serviteur de Dieu, dans laquelle il écrit : « je fais travailler incessamment aux réparations de&#13;
Méobecq, tant des étangs que des bâtiments » (Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Séminaire 15, no 33).&#13;
5&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Pour les dîmes, M. Duchesneau, qui est ouvertement déclaré pour les&#13;
ecclésiastiques, les a estimées à 4 000 livres et M. l’évêque dit qu’il les abandonnera&#13;
pour 3 000 ; il se trouverait des gens qui lui en donneront 10 000. Mais pour en&#13;
connaître la vérité, il faut remarquer qu’il y a dans le Canada, comme il paraît par&#13;
le dernier recensement, 21 526 arpents de terre en valeur, que l’on laisse rarement&#13;
sans y semer des grains, à cause de la difficulté que trouvent les habitants à&#13;
défricher de nouvelles terres. Mais il y en a au moins 12 000 arpents que l’on sème&#13;
tous les ans en froment et qui rendent, l’un portant l’autre, 10 et 12 minots chacun ;&#13;
ce qui se monte à près de 5 000 minots pour la dîme et comme le minot de blé vaut&#13;
ordinairement 4 livres, en y comprenant le blé d’Inde, les pois, les fèves, etc., se&#13;
monterait à près de 20 000 livres8. On peut connaître la même chose par le nombre&#13;
des habitants, à qui il faut du moins, l’un portant l’autre, 12 minots de blé, pesant&#13;
50 livres, sans y comprendre le blé d’Inde, les pois et les fèves, etc., et la&#13;
&#13;
On retient aussi que les rentes de cette abbaye n’étaient certes pas splendides, comme l’affirme une lettre du&#13;
frère du Serviteur de Dieu, Henri de Laval, bénédictin (Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Séminaire 15, no 15) ; dans cette lettre, datée du 1er avril 1676, une année avant le&#13;
présent mémoire, Henri lui déconseillait de donner l’abbaye en location, parce que « sans quoi je ne crois pas&#13;
que vous puissiez toucher aucun denier de Méobecq, tout se consumant en frais et procès sur les lieux […].&#13;
C’est un malheur que cette abbaye soit dans une si grande distance et éloignement des personnes qui prennent&#13;
soin de vos affaires […]. Je suis persuadé du grand besoin de votre Église et suis bien touché du peu de&#13;
revenu que vous produisent vos abbayes. » Selon l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de&#13;
Québec et apôtre du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 1, p. 655-658), l’abbaye de l’Estrée, concédée&#13;
au Serviteur de Dieu en 1672, ne donna pas davantage que celle de Méobecq. M gr de Laval la loua à&#13;
M. de Berthelot, qui se plaignait souvent de ne pas y trouver son profit (cf. Lettre de Berthelot à Laval,&#13;
25 mars 1676, Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 42).&#13;
8&#13;
Nous devons à nouveau noter ici la mauvaise foi de Frontenac, puisqu’il ne fait pas la nécessaire distinction&#13;
entre les dîmes qui auraient dû être perçues de droit et celles qui le furent réellement. Or, M. de Frontenac ne&#13;
pouvait pas ignorer que de 1663 à 1667, le Serviteur de Dieu n’avait reçu aucune dîme des habitants. Après&#13;
cette époque, une grande partie des colons refusaient de payer les dîmes ou le firent partiellement, comme&#13;
l’atteste l’intendant Duchesneau dans le décret du 25 juillet 1677, émis pour faire observer à cet égard les&#13;
ordres de l’évêque et du roi :&#13;
Cependant, plusieurs particuliers, par une désobéissance manifeste audit règlement [du 23&#13;
août 1663] et par un mépris pour l’Église, non seulement refusent de payer les dîmes, mais&#13;
même s’emportent jusqu’à la violence lorsqu’on les convie de satisfaire à une si légitime&#13;
obligation et négligent de faire leurs déclarations de ce qu’ils recueillent et de convenir&#13;
d’estimations pour régler à l’amiable ce qu’ils doivent […]. (Archives de la Province de&#13;
Québec, Ordonnances, commissions, etc., etc., des gouverneurs et intendants de la&#13;
Nouvelle-France, 1639-1706, Québec, 1924, vol. 1, p. 214)&#13;
De plus, nous savons qu’en 1685, Mgr de Saint-Vallier et l’intendant de Meulles évaluèrent à 6 196 livres&#13;
tournois la valeur des dîmes payées (cf. Instructions du ministre à l’intendant de Meulles, 31 mai 1686,&#13;
Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, série B, vol. 12, fos 7-21). On peut&#13;
penser qu’à l’époque du mémoire de M. de Frontenac, les dîmes n’étaient guère supérieures à cette somme.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�consommation qu’en font les Sauvages éloignés, à qui on en vend une quantité&#13;
considérable.&#13;
Le dedans de l’Église rend aussi de très grandes sommes ; ce qu’on pourra juger&#13;
par ce qui suit : M. l’évêque a 15 prêtres. On prend pour une messe basse 20 sols,&#13;
pour une grand-messe 10 livres, pour l’assistance de chaque prêtre aux&#13;
enterrements 20 sols, pour le mariage des pauvres gens 3 livres, ceux des gens&#13;
accommodés à proportion, l’ouverture de la terre dans l’église coûte pour un&#13;
enfant 30 livres, pour un adulte 60 livres. L’enterrement du frère de Jolliet, mort&#13;
au service du sieur de La Salle et enterré en son absence dans le cimetière, lui a&#13;
coûté 53 livres. Les bancs de l’église sont loués jusqu’à 25 livres par an. Je ne parle&#13;
pas des offrandes, quêtes, baptêmes et autres droits, de sorte que ces sortes de&#13;
revenus se montent du moins à 6 000 livres9.&#13;
Les seigneuries de M. l’évêque se montent, savoir : la ferme du Cap-Tourmente,&#13;
4 000 livres ; les seigneuries Beaupré, Sainte-Anne et les deux moulins,&#13;
4 000 livres ; celle de l’île Jésus, 1 200 livres ; celle de la Baie-Saint-Paul, 900 livres10.&#13;
On peut voir par tous ces articles que le revenu de M. l’évêque se monte sans&#13;
exagération du moins à 40 000 livres. Et M. l’évêque empêche lui-même qu’on en&#13;
puisse douter par les grands et superbes bâtiments qu’il fait faire à Québec,&#13;
quoique lui et ses ecclésiastiques fussent déjà logés plus commodément que les&#13;
gouverneurs. Le palais qu’il fait faire, au dire de l’ingénieur11, coûtera plus de&#13;
400 000 livres12. Cependant, nonobstant les autres dépenses que fait M. l’évêque,&#13;
la plupart non nécessaires, il en a fait déjà faire le quart en deux ans. Le bâtiment&#13;
9&#13;
&#13;
Il serait difficile de déterminer avec précision la somme totale des entrées pécuniaires du clergé de Québec.&#13;
Toutefois, nous savons que le 14 mars 1672, c’est-à-dire peu d’années avant la rédaction de ce document, les&#13;
honoraires des messes et les offrandes pour l’administration des sacrements étaient insignifiants, comme&#13;
l’écrivait Mgr de Laval à la Sacrée congrégation de la propagande : « car c’est à peine si quelque chose est&#13;
reçu de la part des colons, pas même pour l’administration des sacrements ou pour la célébration des messes,&#13;
ou rarement, au point que, fuyant toute suspicion d’avarice, nous paraissions imiter par nos mœurs, jusqu’à&#13;
un certain point, la pureté de la première Église naissante » (Doc. XXXIII-33).&#13;
10&#13;
Ces domaines n’avaient vraiment une grande valeur qu’en tant que biens immobiliers ; en fait, leur&#13;
rendement était faible, comme nous le savons de M. de La Tour (Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier&#13;
évêque de Québec, Livre VI) : « Ce serait de quoi faire une province et un revenu très considérable si tout&#13;
était réuni et cultivé ; c’était alors peu de chose. »&#13;
11&#13;
NDLR : Jacques Levasseur de Neré, ingénieur en Nouvelle-France de 1694 à 1697, de 1700 à 1709 et de&#13;
1717 à 1720.&#13;
12&#13;
Ce palais n’était autre que le Séminaire de Québec, qui, selon un rapport de M. de La Potherie (1700),&#13;
aurait coûté 50 000 écus, c’est-à-dire 150 000 livres tournois (Histoire de l’Amérique septentrionale, 1700,&#13;
vol. 1, p. 235).&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�est fort vaste et a quatre étages ; les murailles ont sept pieds d’épaisseur, les caves&#13;
et les offices sont voûtés ; les fenêtres d’en bas sont faites en embrasures et la&#13;
couverture est d’ardoises, toutes apportées de France. Mais ce qu’il y a de plus&#13;
fâcheux est que ce palais est situé au milieu d’un jardin qui a été dressé à force de&#13;
mines et aplani par le moyen de terre apportée d’en bas au haut du rocher sur&#13;
lequel il est et qui occupe le seul endroit où l’on peut faire un fort pour la défense&#13;
de la rade de Québec et des vaisseaux, que l’on ne saurait défendre par aucune&#13;
batterie, si on ne la fait dans ce jardin.&#13;
Il fait faire encore d’autres bâtiments au Cap-Tourmente, où il a 60 hommes sous&#13;
prétexte d’en faire valoir la ferme13. II a envoyé des ouvriers en l’île de Jésus pour&#13;
en commencer aussi de ce côté-là et il en doit envoyer dans la Baie-Saint-Paul pour&#13;
y en faire encore d’autres ; tout cela dans un temps de guerre et de misère ; ce qui&#13;
fait que bien des gens croient qu’il y a de bien plus grands revenus que je n’ai dit&#13;
et que les ecclésiastiques sont appuyés par des gens riches et puissants et qu’ils ont&#13;
quelques grands desseins que l’on ne connaît pas. Et après tout cela, il se plaint de&#13;
sa pauvreté et dit qu’il ne saurait établir des cures fixes. M. l’intendant dit la même&#13;
chose, refuse de répondre aux requêtes que lui présentent les habitants pour avoir&#13;
des curés et prétend que M. l’évêque n’aurait pas de quoi les entretenir, quoique&#13;
pour se faire des créatures, il entretienne 37 enfants, qui n’est pas une dépense si&#13;
nécessaire14.&#13;
Les ecclésiastiques de Montréal&#13;
Les ecclésiastiques de Montréal ont la seigneurie de l’île de Montréal et d’une concession&#13;
de 2 lieues de front entre Repentigny et La Valterie, sans parler de 30 [lieues de&#13;
profondeur].&#13;
&#13;
13&#13;
&#13;
Parmi ces employés, M. de Frontenac calcule aussi les élèves de ladite École des arts et métiers* fondée&#13;
par le Serviteur de Dieu à Saint-Joachim pour les fils des paysans pauvres (cf. Bertrand de La Tour, Mémoires&#13;
sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec, Livre VI).&#13;
14&#13;
Les 37 jeunes que le Serviteur de Dieu aurait pu éviter d’entretenir, selon Frontenac, sont les élèves du&#13;
Petit Séminaire de Québec.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Les RR. PP. jésuites&#13;
Les RR. PP. jésuites sont seigneurs d’une partie de Québec, ils ont une partie de la&#13;
seigneurie de Beauport et celles de la Petite-Rivière, de Notre-Dame-des-Anges, de Sillery,&#13;
de Saint-Charles, de la Petit-Auvergne, des Saints-Anges, de Charlesbourg, de SaintFrançois-Xavier, de Saint-François, de Saint-Ignace, de la meilleure partie de la côte de&#13;
Lauzon, toute la côte depuis Sainte-Anne jusqu’au-dessus des Trois-Rivières, c’est-à-dire&#13;
7 lieues de front sur 30 de profondeur, la Prairie-de-la-Madeleine, de 4 lieues de front sur&#13;
4 de profondeur, sans parler de ce qu’ils ont fait défricher à leurs habitations ou missions&#13;
du Sault-Sainte-Marie, de l’île de Michilimackinac et de Saint-François-Xavier, dans la Baiedes-Puants, dont la défense des congés empêche d’avoir une exacte connaissance. Il est&#13;
aussi très difficile de savoir le revenu de leurs seigneuries spécifiées ci-dessus ; mais on&#13;
peut le juger à peu près par celles de M. l’évêque et par l’avantage qu’ils ont de les faire&#13;
presque toutes par leurs mains, ayant des donnés, qui sont des frères séculiers qu’ils&#13;
engagent à eux par une espèce de vœu, sans leur donner de gages et qu’ils chassent quand&#13;
il leur plaît.&#13;
Les religieuses ursulines ont aussi les seigneuries de Québec, les Grondines, Sainte-Croix&#13;
et six lieues de front vis-à-vis d’Hombourg. Les Hospitalières&#13;
Tellement qu’il ne reste aux laïcs qu’un peu plus du tiers du pays, les deux autres&#13;
tiers dépendant des ecclésiastiques, sans parler de leur commerce, qui doit leur&#13;
produire de grands gains, et l’artifice des Messieurs qui demandent souvent des&#13;
terres pour les Sauvages, à qui ils les font défricher et s’en emparent ensuite.&#13;
À l’égard de leur crédit, il n’y a point de moyens qu’ils n’aient employés et dont&#13;
ils ne se servent encore pour l’augmenter, tant en s’attirant toute l’autorité qu’en&#13;
gagnant ou détruisant sans exception celle de tous ceux qui pourraient leur faire&#13;
tête.&#13;
Les RR. PP. récollets en ont ressenti les effets il y a 50 ans15 et ensuite tous ceux qui&#13;
ont été en quelque considération et les gouverneurs même ; ce qui paraît assez par&#13;
les exemples de MM. d’Argenson, Davaugour, de Mésy et de Courcelle, sans&#13;
parler de M. Perrot, dont ils ont fait ci-devant tant d’estime et qu’ils ont commencé&#13;
de décrier dès qu’il a voulu résister aux nouveautés qu’ils voulaient introduire et&#13;
15&#13;
&#13;
L’auteur fait allusion à l’affaire du retour des pères récollets au Canada (cf. Docs. XLIII).&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�encore plus quand il a voulu se réunir avec M. de Frontenac, jusqu’à écrire à&#13;
Madame sa femme pour l’en détourner une lettre par laquelle ils la menaçaient de&#13;
faire passer cet accommodement, que Monseigneur souhaitait, pour une union de&#13;
commerce et un complot de persécuteurs de l’Église. On sait assez dans le pays&#13;
qu’ils ont fait ce qu’ils ont pu pour empêcher cette réunion et le père custode des&#13;
Récollets pourra en rendre un bon témoignage.&#13;
Cette animosité générale contre les plus fidèles serviteurs du roi fait assez&#13;
connaître leurs desseins, qu’ils tâchent de faire réussir par des espions qu’ils ont&#13;
partout pour avoir de quoi faire peine à ceux qu’ils entreprennent et suffira pour me&#13;
justifier. Si l’on considère qu’après m’avoir accusé d’être protecteur du vice et du désordre&#13;
et de beaucoup d’autres défauts, il leur a été impossible de justifier aucune de leurs&#13;
calomnies par aucun fait particulier, ni par aucune preuve véritable, quoiqu’il n’y ait rien&#13;
en Canada de caché pour eux et qu’ils aient des espions jusque dans ma maison. Aussi,&#13;
tout mon crime est de m’opposer à leurs entreprises, dont les suites pourraient ruiner&#13;
l’autorité du roi en ce pays et la liberté de ses sujets.&#13;
Depuis que vos soins, Monseigneur, ont mis la Nouvelle-France en état d’avoir d’un évêque&#13;
et que la guerre des Iroquois a obligé Sa Majesté à y envoyer un intendant, ils ont fait tous&#13;
leurs efforts pour s’acquérir l’un et l’autre ; et ils ont si bien réussi, par divers moyens qu’on&#13;
peut dire, qu’ils en sont absolument les maîtres, ce qui leur a été d’autant plus facile que&#13;
toutes choses sont arrivées selon leurs souhaits.&#13;
M. l’évêque et M. Duchesneau se sont trouvés tous deux de cet ordre ou confrérie que feu&#13;
M. le prince de Conty avait nommé capistrage et que l’on a depuis appelé bagotisme et qui&#13;
a fait tant de bruit en Basse-Normandie. M. l’évêque même en a été supérieur dans le&#13;
temps qu’ils tenaient leurs assemblées au faubourg Saint-Marceau. Quelques-unes de&#13;
leurs principales règles sont de s’entresoutenir les uns les autres, de garder un grand secret&#13;
et d’envoyer des inspecteurs dans les provinces pour savoir ce qui s’y passe, tant parmi&#13;
eux qu’à l’égard des autres, sous prétexte de se servir de ces lumières pour empêcher les&#13;
désordres16.&#13;
&#13;
Il s’agit ici de la Société dite des Bons Amis, à laquelle appartenait le Serviteur de Dieu avant d’aller au&#13;
Canada. Cette société n’était autre que le premier groupe, et le plus important, de l’association secrète des&#13;
congréganistes mariaux et qu’on appelait l’Aa (cf. La Tour, Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier&#13;
évêque de Québec, Livre I, et les notes qui y sont inscrites). Il semble cependant que Frontenac n’ait pas été&#13;
bien informé sur les activités de cette société et qu’il l’ait confondue avec la Compagnie du Saint-Sacrement,&#13;
qui exerçait en fait l’action décrite ici par le gouverneur.&#13;
16&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Les choses étant ainsi disposées selon leurs désirs, ils résolurent de concert de&#13;
porter le pouvoir de l’Église aussi loin qu’il pourrait aller, sans avoir égard aux&#13;
usages de celle de France, ni des ordonnances de nos rois. M. l’intendant a déclaré&#13;
en plein Conseil qu’il ne pouvait pas se mêler de ce qui regardait l’Église et M. l’évêque,&#13;
en plein Conseil le 28 juin 1677, au sujet d’une requête présentée contre l’ordre par&#13;
le promoteur pour soutenir l’intérêt du clergé contre un arrêt du même Conseil&#13;
qui n’était pas encore publié, s’expliqua nettement qu’il ne voulait pas se régler&#13;
sur l’usage de France que l’on lui opposait et que si les autres évêques ne voulaient&#13;
pas faire leur devoir, il voulait faire le sien, contre les ordonnances, dont j’ai&#13;
envoyé copie avec un extrait qui surprendra sans doute, par la quantité&#13;
extraordinaire des entreprises et de procédures contre les gens que l’on verra dans&#13;
une seule affaire, car il n’y a rien qu’ils n’aient entrepris pour augmenter leur&#13;
crédit17.&#13;
M. l’évêque prétendant, quoique sans sujet, avoir été offensé par une requête dudit&#13;
Roland, en demanda justice au Conseil par un billet, ce que les princes ne voudraient pas&#13;
entreprendre et toutefois le sieur de Villeray, son partisan, opina qu’il fallait lui faire une&#13;
députation pour savoir ce qu’il voulait.&#13;
Les sieurs de Saint-Denys et de La Martinière m’ont dit que le sieur Pommier avait prêché&#13;
à Beauport que M. l’évêque n’entendait point que les seigneurs de paroisse eussent de&#13;
l’encens et de l’eau bénite devant les marguilliers, ni qu’ils fussent recommandés aux&#13;
prônes ; que c’étaient des usurpations qui s’étaient faites en France et qu’il fallait les&#13;
empêcher dans un pays où l’on commençait à établir une Église. M. de Sorel s’est plaint de&#13;
ce que M. Duplein ne veut pas le nommer au prône et l’envie qu’ils ont d’élever ces&#13;
marguilliers, qui dépendent d’eux entièrement et ne disposent d’aucun denier, est si&#13;
grande que, même, ils veulent leur donner ces honneurs préférablement aux juges des&#13;
lieux, en sorte que le Conseil fut obligé d’en donner un arrêt le [espace blanc], ce qui n’a&#13;
pas empêché toutefois que le curé de Montréal, le jour de la Chandeleur 1677, ne fît&#13;
l’affront au juge du même lieu de donner des cierges aux marguilliers avant lui, de quoi&#13;
M. Perrot m’a envoyé un procès-verbal que Monseigneur pourra voir, coté [espace blanc],&#13;
rempli de paroles insolentes contre le roi et de termes injurieux contre le Conseil et contre&#13;
moi. Sur quoi, ayant eu une conférence avec M. l’évêque et essayant de lui faire&#13;
Parmi les parties raturées par Frontenac auxquelles nous avons fait allusion dans l’introduction, il y en a&#13;
une particulièrement intéressante, que nous reproduisons et qui nous fait connaître une fois de plus l’esprit&#13;
ultra gallican du gouverneur : « Les sieurs de Saint-Denis et de la Martinière […] et qu’il avait même celui&#13;
d’excommunier des gouverneurs ».&#13;
17&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�comprendre, avec les termes les plus doux qu’il m’était possible, que ce n’était pas à lui à&#13;
régler ces sortes de rangs, il s’emporta jusqu’à me dire que son pouvoir était plus grand&#13;
que je ne pensais et qu’il avait même celui d’excommunier les gouverneurs.&#13;
Ce ne serait jamais fait si je voulais raconter tout ce qu’ils font pour cela par le&#13;
moyen du pouvoir que leur donnent la confession et l’excommunication. Le secret&#13;
des confessions étant impénétrable, je ne fais point de fonds sur les plaintes qu’on&#13;
m’a faites des révélations et des instances qu’ils font en ce saint tribunal pour&#13;
savoir les affaires d’un chacun ; de quoi j’ai de bons témoins et les plaintes de&#13;
diverses personnes. Je rapporterai seulement les faits, où leur passion leur a fait&#13;
abuser.&#13;
Les habitants du Canada ont eu bien de la consolation de l’établissement des&#13;
RR. PP. récollets, mais on les empêche bien de jouir en repos du soulagement qu’ils&#13;
en espéraient pour leurs consciences. À Charlesbourg, une femme s’étant&#13;
confessée au P. Zénoble, récollet, et voulant communier à sa messe, le sieur&#13;
de Glandelet, curé, fut la retirer de la sainte table avec beaucoup de scandale pour&#13;
elle. Ledit P. Zénoble est convenu que la chose était véritable.&#13;
Une femme nommée Henriette s’étant confessée et ayant reçu l’absolution d’un&#13;
prêtre nommé Dupré fut toutefois rejetée de la sainte table par un autre prêtre, qui&#13;
avait ouï dire que cette femme avait traité trois pots d’eau-de-vie à des Sauvages.&#13;
Les ecclésiastiques prétendent que les blés soient estimés pendant par les racines&#13;
pour leur être les dîmes payées sur cette estimation, quoique plusieurs habitants&#13;
s’y opposent, particulièrement ceux qui n’ont point de prêtres qui les servent.&#13;
M. de Caumont a déclaré qu’il refuserait l’absolution même à l’article de la mort,&#13;
à ceux qui manqueraient à payer les dîmes sous prétexte qu’ils ne sont pas servis.&#13;
Mais ce qui fait le plus d’éclat et à quoi ils s’opiniâtrent le plus, par des raisons&#13;
d’intérêt, c’est le cas réservé pour le commerce de l’eau-de-vie avec les Sauvages.&#13;
Le Conseil souverain en a permis la traite par son arrêt du 10 novembre 1668, mais&#13;
malgré cet arrêt et sans attendre la réponse de la Cour sur ce sujet, ils ont interdit&#13;
le nommé Rolland pour cela seul avec des circonstances violentes et odieuses au&#13;
dernier point.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Le sieur de Caumont, prêtre, a refusé l’absolution au P. Martial, [récollet], parce&#13;
qu’il ne lui voulut pas promettre de la refuser à M. de Varennes, gouverneur des&#13;
Trois-Rivières, qui, disait-il, traitait de l’eau-de-vie avec les Sauvages, quoique&#13;
ledit père lui assurât qu’il n’avait point de connaissance que ledit sieur de&#13;
Varennes eût enivré aucun Sauvage.&#13;
Ils ont non seulement refusé l’absolution à M. de La Valterie pour avoir traité de&#13;
l’eau-de-vie, mais encore à son valet, qui l’avait tirée, quoiqu’il lui dît qu’il ne&#13;
pouvait pas s’empêcher d’obéir à son maître. Ils en ont fait autant à Montréal au&#13;
valet du sieur Dulhut et à plusieurs autres.&#13;
Après avoir refusé l’absolution deux ou trois ans durant au nommé Lapaille,&#13;
habitant de la pointe de Lévis, à cause qu’il traitait de l’eau-de-vie, ce Lapaille étant&#13;
mort subitement, ils ne voulurent jamais l’enterrer en terre sainte, disant qu’il&#13;
n’avait pas fait ses pâques, quoique leur refus seul en fût la cause pour le seul sujet&#13;
de l’eau-de-vie ; en quoi il ne faisait que suivre les règlements du Conseil.&#13;
Ils ajoutèrent même l’insulte à cette ignominie ; car un religieux de Sillery fit sur&#13;
ce pauvre Lapaille, qu’ils ont jeté à la voirie, un emblème d’un ange qui vanne du&#13;
grain et d’un autre qui brûle la paille. On a d’autres vers aussi scandaleux d’un&#13;
autre religieux adressés à la supérieure de l’hôpital. On voit par là jusqu’où va leur&#13;
passion et leur entêtement et la nécessité qu’il y a d’y mettre ordre. M. l’évêque&#13;
lui-même, comme on lui voulait proposer quelques adoucissements pour le bien&#13;
de la paix, répondit qu’il ne pouvait rien relâcher sur cette affaire.&#13;
Le nommé Laplanche, marguiller de La-Prairie-de-la-Madeleine, ayant eu&#13;
différend à Montréal pour un paiement avec un habitant dudit lieu, après quelques&#13;
paroles et quelques coups de poing, l’habitant de Montréal prit une pierre qu’il&#13;
jeta à Laplanche, dont il le tua. Les prêtres de Montréal ne le voulurent jamais&#13;
enterrer, disant que c’était un duel et il a été jeté à la voirie.&#13;
Ils en usèrent de la même façon en la présence de M. de Frontenac à l’égard d’un&#13;
autre habitant, tué au milieu des Français d’un coup de fusil lâché par hasard par&#13;
un Sauvage et cela, sur le prétexte qu’il n’avait pas fait ses pâques. Cependant, on&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�vérifia quelque temps après par le sieur Petit, missionnaire de Sorel et qui était son&#13;
curé, qu’il y avait satisfait ; d’où l’on peut juger de l’indiscrétion de leur zèle et&#13;
comme ils suivent leurs préventions, sans rien écouter au contraire, sans garder&#13;
aucune forme et contre l’usage et la coutume de France.&#13;
Mais ils ne se contentent pas de défendre l’eau-de-vie et de faire tant de choses&#13;
extraordinaires. Ils veulent encore empêcher de vendre du vin et trouver par là le&#13;
moyen de charger d’un nouveau joug les habitants. En effet, les missionnaires,&#13;
après l’avoir tenté plusieurs fois sous divers prétextes que M. de Frontenac a&#13;
toujours réfutés, ils ont enfin obtenu de M. Duchesneau, qui ne leur refuse jamais&#13;
rien, une ordonnance portant défense de tenir cabaret dans aucun village de la&#13;
campagne et ensuite de cette ordonnance faite de sa seule autorité, il a condamné&#13;
à une amende de 100 livres une femme pour avoir troqué avec un habitant de&#13;
Charlesbourg trois ou quatre pots d’eau-de-vie contre du blé. Mais comme elle se&#13;
vint plaindre à M. de Frontenac et qu’il fit témoigner à M. Duchesneau la surprise&#13;
où il était d’un tel procédé, il changea la chose et condamna l’habitant de&#13;
Charlesbourg à la même amende et aux dépens, fit saisir les bestiaux, le fourrage&#13;
et le blé de cet homme qui est très pauvre. Mais comme il vint crier miséricorde à&#13;
M. de Frontenac, il s’offrit de payer pour lui et qu’on ne lui fît pas davantage de&#13;
frais ; ce qui fit que la chose en demeura là.&#13;
Comme les RR. PP. récollets ne prennent aucun parti et servent de soulagement&#13;
aux consciences d’une partie des habitants, ils leur suscitent des accusations&#13;
calomnieuses, comme l’on l’a vérifié à l’égard des PP. Louis et Martial, qui s’en&#13;
sont justifiés à la confusion de leurs accusateurs. Ils ne peuvent souffrir ceux qui&#13;
les aiment et les reçoivent chez eux et empêchent autant qu’ils peuvent les&#13;
habitants d’avoir la consolation de se confesser à eux. Le P. Louis, montant au fort&#13;
de Frontenac [espace blanc] et passant à Montréal, fut prié par quantité de&#13;
personnes de les confesser. Ce que n’ayant voulu faire sans en demander la&#13;
permission à M. Le Fevre et à M. le curé de Montréal, ils la lui refusèrent&#13;
absolument. Quelques jours après, ayant été obligé de relâcher à Lachine et dit la&#13;
messe dans la maison de Rolland, où il avait abordé par hasard, il fut la cause&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�innocente de l’affaire de Rolland, qui commença le dimanche suivant et dont toute&#13;
la procédure fait voir évidemment jusqu’où les peut porter leur passion18.&#13;
Pour se conserver cette grande autorité, ils se servent de tous les moyens qu’ils se&#13;
peuvent imaginer, dont j’en ai remarqué plusieurs. Mais outre cela, ils se sont&#13;
emparés de l’esprit de la plupart des conseillers du Conseil, qui n’oseraient opiner&#13;
contre eux. Mais M. Duchesneau, M. le procureur général et M. de Villeray sont en&#13;
toutes rencontres ouvertement de leur parti. J’en rapporterai diverses preuves sur&#13;
le sujet de M. Duchesneau, outre ce que j’en ai déjà dit pour le procureur général,&#13;
qui est un homme très ignorant et tellement incommodé de la vue qu’il ne saurait&#13;
ni lire ni écrire. Ils l’ont fait succéder.&#13;
Petitbois et sa femme, haïs des ecclésiastiques, ayant été accusés par le sieur&#13;
de Glandelet, procureur fiscal de la seigneurie des Grondines, appartenant aux&#13;
religieuses, le procureur général conclut aussitôt à la mort, quoiqu’il n’y eût&#13;
aucune preuve contre eux. Et en effet, ils furent envoyés absous après même avoir&#13;
été appliqués à la question. Je rapporterais quantité d’autres preuves de&#13;
rattachement que lui et Villeray ont pour les ecclésiastiques.&#13;
Mais comme je crains, Monseigneur, de vous ennuyer, je me contenterai de dire&#13;
que l’on en trouvera plus qu’il ne faut dans la seule affaire de Rolland et l’on verra&#13;
que presque dans toutes, ils ont agi contre les règles. Cependant, comme les&#13;
ecclésiastiques voient que l’incapacité et l’infirmité de M. le procureur général&#13;
l’empêcheront de pouvoir longtemps exercer sa charge, ils lui préparent déjà un&#13;
successeur, qu’ils ont élevé dans le même esprit. C’est son fils que j’ai appris qu’ils&#13;
voulaient, Monseigneur, vous proposer pour mettre en sa place, quoiqu’il ne soit&#13;
pas plus savant que son père et qu’il n’ait que 21 ans.&#13;
Pour toutes les autres personnes un peu considérables, ils les ont gagnées ou ils&#13;
tâchent de les discréditer. Le sieur Bazire est tout à fait d’intelligence avec eux et&#13;
M. Duchesneau et, comme il paraîtra par la concession de l’île aux Coudres, par&#13;
les congés qu’ils veulent rétablir, par ses débauches de vin dont ils ne disent mot&#13;
dans un temps où ils tourmentent tout le monde pour ce sujet et par ses liaisons&#13;
18&#13;
&#13;
Ici se termine la forme de mémoire dont nous avons parlé en introduction. Le texte continue dans la forme&#13;
d’une lettre.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�avec M. l’intendant. Il en est de même du major et du prévôt, comme on le déduira&#13;
plus bas en parlant de M. Duchesneau. Mais pour M. Perrot et M. d’Ailleboust,&#13;
comme ils n’ont pu se résoudre à suivre en toutes choses leurs sentiments, ils&#13;
décrient le premier par reproches vagues et généraux, pareils à ceux qu’ils me font,&#13;
sans pouvoir articuler aucun fait vrai qu’ils puissent justifier.&#13;
Le sieur d’Ailleboust, neveu de M. [espace blanc], exerçait la charge de juge de&#13;
Montréal depuis 18 ans sans reproche ; ils cherchaient l’occasion d’en mettre un&#13;
autre en sa place, parce qu’il ne déférait pas aveuglément à leurs volontés ; mais il&#13;
ne leur a jamais donné aucune prise. Et toutefois, comme ils voulaient avoir une&#13;
information favorable sur l’eau-de-vie à l’occasion de la mort d’un Sauvage et&#13;
qu’ils apprirent qu’il ne la faisait pas à leur gré, ils l’ont déposé sans autre&#13;
cérémonie et ont mis en son lieu une de leurs créatures, de sorte qu’ils auront&#13;
bientôt tous ceux qui possèdent les charges dans leur dépendance. J’ai même su&#13;
qu’ils songent à faire donner à M. l’évêque un coadjuteur, duquel ils puissent aussi&#13;
bien disposer qu’ils font de lui, qui n’oublie rien pour avancer tous leurs desseins&#13;
et pour augmenter le crédit du clergé. Il se trouve dans le Conseil avec une&#13;
assiduité qu’on n’a jamais vue dans aucun évêque. Son official et son promoteur&#13;
le secondent admirablement, comme on le verra dans le procès de Rolland et&#13;
comme on l’a remarqué ci-dessus à l’égard du promoteur. Et pour faire qu’il n’y&#13;
ait aucun ecclésiastique particulier qui puisse résister à leurs volontés, ils n’ont&#13;
dans les habitations que des vicaires amovibles, refusent absolument d’y mettre&#13;
des curés fixes et quelque instance que leur en fassent les habitants, sous prétexte&#13;
que M. l’évêque n’a pas de quoi les entretenir, quoiqu’on ait fait voir le contraire&#13;
ci-dessus, et comme si un curé fixe coûtait plus qu’un vicaire amovible en un pays&#13;
où le casuel et les dîmes augmentent tous les jours par les défrichements et la&#13;
multiplication des Français.&#13;
Cependant, ce désordre est cause qu’en beaucoup de lieux les habitants sont privés&#13;
de l’assistance spirituelle dont ils ont besoin et privent le roi de l’usage de droit de&#13;
patronage qu’il s’est réservé. Ils refusent même de laisser exercer ces emplois par&#13;
des Récollets, qui se contenteront de moins que ce que l’on donne à ces vicaires et&#13;
qui sont souhaités partout, ceux même de Montréal m’ayant présenté une requête&#13;
pour me prier de me joindre à eux pour en obtenir de la Cour. Et après toutes ces&#13;
choses, ils menacent en chaire de refuser l’absolution à ceux qui refuseront de&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�payer les dîmes pour n’être pas servis. Ils obtiennent une ordonnance de&#13;
M. Duchesneau qui confirme l’usage des vicaires amovibles, une autre pour faire&#13;
payer les dîmes sur l’estimation faite des blés pendant par les racines, et&#13;
prétendent enfin obliger les habitants à porter les dîmes à Québec.&#13;
M. l’évêque s’excuse sur la dépense qu’il fait pour l’entretien de 25 ecclésiastiques&#13;
et pour la subsistance de 37 pauvres enfants, qu’il dit élever par charité, comme si&#13;
l’on ne savait pas que c’est là une suite des desseins du clergé, que ces&#13;
ecclésiastiques et ces enfants sont les fils de ses créatures, auxquels ils veulent&#13;
inspirer à loisir toute leur politique, qu’il ne manque pas en France&#13;
d’ecclésiastiques savants et vertueux et que l’argent qu’il dépense serait bien plus&#13;
utilement employé à l’entretien de 25 prêtres qui seraient plus que suffisants pour&#13;
administrer commodément.&#13;
Tout le monde sait que les ecclésiastiques se mêlent de tous les procès et de toutes les&#13;
affaires directement ou indirectement, qu’ils ne manquent jamais de protéger leurs amis&#13;
et de solliciter contre ceux qui ne leur sont pas soumis ou déclarés pour eux et même d’agir&#13;
contre eux et de les poursuivre, afin que l’on ne découvre pas leur commerce, leurs&#13;
intrigues et leurs manières d’agir, ni qu’ils en apprennent la langue, quoique ce soit&#13;
l’unique moyen pour en faire de véritables chrétiens ; aussi n’y en a-t-il presque point qui&#13;
le soient, nonobstant les missions, ce que Monseigneur pourra savoir de plusieurs&#13;
personnes qui sont en France. Et en effet, on aura beau les baptiser, tant qu’ils&#13;
conserveront leurs mœurs et vivront avec les autres Sauvages, ils quitteront à leur&#13;
première fantaisie, comme on l’a vu tant de fois, leurs véritables femmes par les divorces&#13;
ordinaires parmi eux, leurs demeures, les missionnaires et la religion ; ce qui n’arriverait&#13;
pas s’ils s’accoutumaient à notre langage, à notre manière de vivre, à nos lois et à nos&#13;
mœurs.&#13;
Mais ces Messieurs s’y sont toujours opposés et, par l’ignorance où ils les tiennent de notre&#13;
langue et de nos usages, leur font croire tout ce qui leur plaît. C’est dans cette vue que l’un&#13;
d’eux a maltraité et enlevé la petite Iroquoise que j’entretenais chez les Ursulines, qu’ils&#13;
ont trouvé mauvais que M. de La Salle fasse enseigner plus de 50 enfants au fort&#13;
Frontenac, dont plusieurs commencent déjà à lire et à écrire, qu’ils ont fait changer de&#13;
demeure aux Iroquois de la Prairie-de-la-Madeleine, où ils étaient trop près à leur gré des&#13;
habitations françaises et qu’après un si grand nombre de concessions, ils se sont fait&#13;
encore donner par M. Duchesneau seul, contre les ordres du roi, le Sault-Saint-Louis, que&#13;
lui et moi avions promis au sieur de La Salle.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Mais il faut remarquer l’artifice dont ils se servent au sujet de ces concessions. Ils en ont&#13;
demandé plusieurs fois pour les Sauvages, sous prétexte de les accoutumer à cultiver la&#13;
terre. Quand ils les ont eu obtenues, ils les ont fait, à la vérité, défricher aux Sauvages ; mais&#13;
aussitôt après, ils les leur ont ôtées pour les donner à des Français, sous la rente tantôt de&#13;
deux et tantôt de quatre minots de blé par an, en sorte qu’après tous leurs travaux, qu’ils&#13;
persuadaient par divers moyens aux Sauvages d’entreprendre, il n’y en a pas un seul qui&#13;
ait un pouce de terre, de quoi l’on pourrait citer divers exemples, mais il suffit de celui&#13;
desdits Iroquois de la Prairie-de-la-Madeleine qu’ils ont renvoyés au Sault-Saint-Louis.&#13;
Mais quoiqu’ils puissent faire, les Sauvages mêmes découvrent une partie de leurs ruses&#13;
et l’une d’entre elles, qui a infiniment d’esprit et qui parle la langue française comme si elle&#13;
était née à Paris, nommée Marie-Félix, m’a raconté plusieurs fois que les Sauvages sont&#13;
fort mal contents des missionnaires, qu’ils commencent à savoir que les terres que les&#13;
pères leur ont fait défricher leur appartiennent, qu’ils les traitent comme des esclaves,&#13;
qu’ils les obligent d’acheter tout ce qui leur est nécessaire chez un nommé Hazeur, qui est&#13;
apparemment un de leurs facteurs, qu’ils les empêchèrent de me venir secourir lors de&#13;
l’incendie, leur disant que Dieu me punissait de mes péchés, qu’ils me décrient&#13;
continuellement dans leur esprit et beaucoup d’autres choses de cette nature.&#13;
Il est tombé entre les mains du P. Louis un dictionnaire de leur façon, qui fait connaître&#13;
l’idée qu’ils donnent d’eux aux Sauvages. En expliquant, par exemple, la signification du&#13;
mot « égal », ils ont mis « La robe noire est égale à Onontio19. ». Ils ont dit à d’autres&#13;
Sauvages qu’ils sont les maîtres et que Onontio, ou le gouverneur, tient l’épée. Ils ont dit&#13;
aussi plusieurs fois que tout irait mal dans le pays jusqu’à ce que les ecclésiastiques en&#13;
eussent l’entier gouvernement ; et, à la vérité, il paraît assez, par tout ce que j’en ai dit,&#13;
qu’il s’en faut bien peu qu’ils n’en soient tout à fait les maîtres.&#13;
Mais il y faut encore ajouter que des deux entrées et clés du pays, qui sont et le haut et le&#13;
bas de la rivière, il ne reste à occuper par eux que l’île aux Coudres et la pointe du SaultSaint-Louis. Pour l’île aux Coudres, M. Duchesneau et moi avions donné une concession&#13;
pour y habiter au nommé de Lessart, afin que, comme c’est le seul mouillage, en cas qu’il&#13;
y vint des vaisseaux ennemis, il pût nous en avertir en canot ; mais les ecclésiastiques y ont&#13;
fait faire opposition par le sieur Bazire, avec qui ils sont en très bonne intelligence, et qui a&#13;
prétendu avoir droit de l’empêcher, à cause du tort qu’il dit que cela ferait à la traite de&#13;
Tadoussac, sans prendre garde que les ecclésiastiques, qui possèdent la Baie-Saint-Paul,&#13;
NDLR : Achiendassé, la robe noire, était le surnom donné par les Autochtones aux Jésuites, et Onontio, la&#13;
montagne, était celui donné aux gouverneurs.&#13;
19&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�vis-à-vis en terre ferme, en sont bien plus près et mieux postés pour nuire à la ferme. Pour&#13;
la pointe du Sault-Saint-Louis, qu’ils demandent sous le nom des Sauvages et que&#13;
M. l’intendant leur a accordée sans ma participation, contre l’ordre et contre la promesse&#13;
que lui et moi en avions faits à M. de La Salle, qui le justifie par une lettre de&#13;
M. Duchesneau. Ils n’ont point d’autre fondement pour la prétendre qu’une raison&#13;
politique, qui est qu’il ne leur manque que cet endroit pour avoir toutes les avenues de la&#13;
Grande-Rivière, où ils possèdent déjà la Prairie-de-la-Madeleine, l’île de Montréal et l’île&#13;
Jésus ; mais outre cela, M. l’évêque et M. le major, qui est entièrement uni avec eux,&#13;
prétendent avoir des concessions pour cela et faire des habitations au-delà de Montréal,&#13;
à la chute des Ottawas et autres Sauvages du nord-ouest, ce qui serait la ruine entière de&#13;
la colonie qui n’aurait que leurs restes.&#13;
Ils ont fait encore un établissement à Michilimackinac, île où il faut nécessairement passer&#13;
pour entrer dans le lac des Illinois, et un fort qui ferme le lac Supérieur ou de Tracy au&#13;
Sault-Sainte-Marie, où ils ont du canon et où fut fait le massacre des ambassadeurs&#13;
nadouessioux, dont le dernier s’étant enfermé dans la chapelle fut tué d’un coup de canon&#13;
par un frère missionnaire dont tout le monde sait le nom. Ils y font aussi défricher des&#13;
terres sans concession. Ainsi, les voilà tantôt maîtres de tous les passages près et loin, ils&#13;
ne se contentent pas de faire commerce contre l’ordonnance du roi et la défense des&#13;
congés, ils ont intelligence avec les Anglais, les louent, assistent à leurs conseils, sollicitent&#13;
des particuliers français de négocier avec eux et font plusieurs voyages à Orange et à&#13;
Manhattan, comme on le prouve par leurs lettres ci-jointes. Ils ont même pris permission&#13;
du major Andros, gouverneur de la Nouvelle-York ou Nouvelle-Hollande, pour demeurer&#13;
dans le pays des Iroquois, qui appartient sans contestation au roi ; et ce n’est pas une&#13;
accusation supposée, puisque l’on a une lettre du major Andros écrite à l’un d’eux qui le&#13;
vérifie.&#13;
Pour la guerre des Iroquois, dont le pays fut menacé l’année 1676, que j’empêchai&#13;
heureusement par un voyage que je fis au fort de Frontenac à petite compagnie, duquel&#13;
toutefois eux et leurs partisans m’ont voulu imputer la dépense comme faite mal à propos,&#13;
le sieur de La Salle vous aura fait voir les considérations pressantes. Vous verrez aussi,&#13;
Monseigneur, les preuves et le dénouement de toute cette intrigue par la relation de mon&#13;
voyage et de la conférence publique avec les Iroquois, par la confrontation de&#13;
Tsinagarerhar, député des Iroquois de la Prairie-de-la-Madeleine, et par le témoignage de&#13;
Jacques Girard, de Louis Chappacoux et de Pyrcasyma Socoquis, rapporté par M. de Sorel.&#13;
Leur dessein, comme il a paru dans la suite, était de m’en faire un piège, quelque parti que&#13;
je prisse, ou de brouiller toutes choses, de mettre le pays dans un désordre, duquel ils&#13;
n’auraient pas manqué de profiter et de ruiner M. de La Salle.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Ils l’ont autrefois traité de visionnaire et maintenant que, par des dépenses, des soins et&#13;
des peines extraordinaires, il est venu à bout de son dessein et à même faire plus que l’on&#13;
n’oserait espérer et qu’il n’avait promis, maintenant qu’il a obligé par son adresse les&#13;
Iroquois à lui aider à se fortifier à la culture de ses propres terres, ce que personne n’avait&#13;
jamais fait, le croyant impossible, il y est devenu l’objet de leur envie et de leur aversion,&#13;
d’autant plus que son établissement incommode le commerce qu’ils font avec les Anglais&#13;
et traverse la communication qu’ils voudraient pratiquer avec ceux des leurs qui sont chez&#13;
les Ottawais.&#13;
Et c’est pour cela, Monseigneur, qu’ils ont entrepris deux choses de concert avec&#13;
M. Duchesneau et le sieur Bazire. La première [est] qu’ayant appris que M. de La Salle avait&#13;
dessein de demander la concession du lac Érié et de celui des Illinois, dont le premier est&#13;
une suite de sa concession du commerce du lac Frontenac, qui vient la plupart du lac Érié,&#13;
à l’entrée duquel il a nécessairement besoin de faire un fort pour empêcher les Anglais de&#13;
s’en emparer, lesquels, au rapport des RR. PP. jésuites mêmes ont nouvellement envoyé&#13;
un déserteur nommé Turquet pour le reconnaître, sur cet avis, dis-je, du dessein de&#13;
M. de La Salle, ils ont révolu de faire demander eux-mêmes cette concession pour les&#13;
sieurs Jolliet et Le Ber, gens qui leur sont entièrement acquis et le premier desquels ils ont&#13;
tant vanté par avance, quoiqu’il n’ait voyagé qu’après le sieur de La Salle, lequel même&#13;
vous témoignera que la relation du sieur Jolliet est fausse en beaucoup de choses. Leur&#13;
seconde prétention est de rétablir les congés, après les avoir tant blâmés, pour les mettre&#13;
en les mains dudit sieur Bazire ou de 10 ou 12 particuliers ; mais s’ils l’obtiennent, il ne faut&#13;
plus espérer d’empêcher non seulement leur commerce, mais même qu’ils ne fassent la&#13;
plus grande partie de celui du pays. J’ai su qu’ils ont aussi le dessein de faire mettre le&#13;
commerce de l’eau-de-vie en partie, après avoir tant crié pour le faire défendre. Mais je&#13;
suis en repos de ce côté-là, parce que je sais que vos lumières en découvriront assez les&#13;
inconvénients et les conséquences.&#13;
Il me reste, Monseigneur, à vous supplier de remarquer le grand nombre de désordres,&#13;
que les ecclésiastiques causent dans le pays que je rapporte des preuves de tous les faits&#13;
principaux, que je n’ai rien dit de ce qui me regarde, quoique j’en ait plus souffert que&#13;
personne, ce que j’ai évité afin que l’on ne me pût pas imputer de plaider ma propre cause,&#13;
mais seulement celle de tout le pays et que pour épargner leur réputation, je n’en ai&#13;
nommé pas un, excepté M. l’évêque, quoique je sache bien leurs noms, que M. de La Salle&#13;
vous dira si vous le lui ordonnez.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�</text>
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                  <text>&lt;span&gt;Copie typographiée et annotée en français moderne par le Séminaire de Québec et publiée dans &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;&lt;span&gt; revue et augmentée, 2023, Doc. 47&lt;/span&gt;</text>
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                  <text>— 349&#13;
&#13;
Doc. XLVII&#13;
&#13;
à Votre Majesté que tant que je vivrai, je lui serai toujours fidèle&#13;
sujet et serviteur, que je procurerai de tout mon pouvoir le bien&#13;
de son État, n ’assisterai jamais à aucun conseil ou assemblée qui&#13;
se tiennent contre son service et, s’il vient quelque chose de ma&#13;
connaissance au préjudice d ’iceux, je promets d ’en avertir V otre Majesté. Ainsi Dieu me soit en aide et ses saints Évangiles&#13;
par moi touchés.&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
&#13;
DOC. X L V II&#13;
E xc e r pt a e x&#13;
&#13;
R e l a t io n e&#13;
&#13;
a&#13;
&#13;
D o m in o&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
F r o nt enac , g uber nat o r e&#13;
&#13;
1677. Ex Originali in Bibliotheca&#13;
Nationali Parisiensi asservato, Claraimbault, voi. 1016,&#13;
ff- 43-47.&#13;
N o vae&#13;
&#13;
G a l l ia e , r e d a c t a ,&#13;
&#13;
Nel fondo Claraimbault della Biblioteca Nazionale di Parigi, si conserva un memoriale manoscritto del governatore de Frontenac al Ministro di Francia contro il clero canadese in genere e in particolare contro&#13;
il Servo di Dio. Il memoriale è del 1677, come si deduce da queste parole :&#13;
«F a n dernier 1 6 7 6» (fol. 48v).&#13;
Rileviamo subito che il ms non rappresenta certamente l ’esemplare&#13;
inviato al Ministro, ma ne è la brutta copia di mano di un segretario,&#13;
scritta dapprima in forma di lettera, corretta poi e ridotta per i primi due&#13;
terzi in forma di memoriale, con alcune note autografe dello stesso de Frontenac. Da notare anche che non siamo sicuri se il detto memoriale sia&#13;
stato realmente inviato o no ; ma è certo ad ogni modo che il de Frontenac mosse simili accuse, e a Québec, e scrivendo alla Corte di Parigi, come&#13;
si rileva anche da queste sole parole del sacerdote Dudouyt al Servo di&#13;
Dio in una lettera del 1678: « M. de Frontenac a écrit ce qu ’il a coutume&#13;
de dire à Québec contre vous et votre clergé et contre M. l ’Intendant.&#13;
L ’on ne m ’a point communiqué ses lettres pour y répondre. Je crois que&#13;
c ’était à cause qu’elles étaient remplies de calomnies trop grandes» {Rap-&#13;
&#13;
port des Archives du Canada, 1885, p. C V III).&#13;
Il memoriale non è inedito; fu già pubblicato da Margry nel 1879&#13;
&#13;
{Mémoires et Rocumerhs, vol. I, pp. 299-325), ma finora non fu preso in&#13;
considerazione dagli attori della Causa e fu omesso completamente nelle&#13;
varie Posizioni. Viene ora riprodotto per questi motivi: in primo luogo&#13;
perchè le relazioni fra il Servo di Dio e il de Frontenac, di cui tutti gli&#13;
storici canadesi parlano, possano essere meglio illustrate ; in secondo luogo,&#13;
perchè si possa vedere e giudicare se i fatti allegati contro il Servo di&#13;
Dio siano veri e realmente censurabili.&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
350&#13;
&#13;
A questo proposito, da un esame anche sommario del memoriale, si&#13;
rilevano subito questi due punti : 1° che i fatti positivi hanno generalmente un qualche fondamento reale, vale a dire non sono delle calunnie&#13;
pure e semplici; 2° che però sotto la penna del de Frontenac, questi&#13;
stessi fatti vengono svisati e male interpretati. Nè fa meraviglia, quando&#13;
si conosce un p o’ da vicino quest’uomo, nel quale, alle molte doti di abilissimo amministratore civile e militare, fa riscontro purtroppo una non&#13;
comune ambizione di governo, alimentata e protetta, nel campo religioso&#13;
di cui ci occupiamo, dai principi gallicani, di cui egli fu seguace fedelissimo.&#13;
Tutto ciò potrebbe essere illustrato molto ampiamente. Non appena&#13;
arrivato a Québec nel 1672, nonostante l ’assenza del Servo di Dio, che,&#13;
come è stato detto, si trovava a Parigi, il de Frontenac manifestò subito&#13;
la sua tendenza tu tt’altro che favorevole verso il clero, controllando il&#13;
movimento dei missionari, intercettando lettere, rifiutando al Vicario Generale di Mons. de Lavai di assistere nel Consiglio Sovrano, ecc. (cf. Lettera del Ministro di Francia al de Frontenac, 22 aprile 1675, citata da&#13;
Gosselin, vol. II, p. 159).&#13;
Si capisce bene che con un governatore così mal disposto, un vescovo&#13;
della tempra di Mons. de Lavai doveva avere inevitabilmente dei contrasti. E così fu. I principali punti di conflitto sono ben noti: il commercio&#13;
degli alcoolici fra i selvaggi, favorito, più o meno apertamente, dal de&#13;
Frontenac contro le proibizioni del Servo di Dio&#13;
&#13;
( Doc. X X V li, n. 11,&#13;
&#13;
p. 16 5 ; n. 13, int., pp. 172-173), la questione della precedenza e degli&#13;
onori pretesi per il governatore e per il Consiglio Sovrano nelle cerimonie religiose ( Doc. X XV II, n. 11, p. 166) e la questione della erezione&#13;
delle parrocchie ( Doc. XLIII, n. 17, p. 318, nota 2).&#13;
Senza entrare nei particolari, basterà notare che il de Frontenac in&#13;
tutte queste controversie si mostrò così spinto, che la stessa Corte di&#13;
Parigi, ove egli godeva pieno favore, ebbe a giudicarlo imprudente, e finì&#13;
poi col richiamarlo in Francia (1682).&#13;
Nel 1677, all’epoca di composizione di questo memoriale, il de Frontenac, sia perchè la realizzazione dei suoi piani veniva così efficacemente&#13;
ostacolata dal Servo di Dio, sia perchè sentivasi già non del tutto approvato a Parigi, dovette esserne finalmente inquietissimo. Il memoriale, dal&#13;
punto di vista psicologico, può essere considerato come uno sfogo di tale&#13;
inquietudine.&#13;
Tutto ciò era necessario notare, per capire i fatti e misurare i giudizi&#13;
del governatore in riguardo del Servo di Dio.&#13;
Venendo ora al contenuto del memoriale, esso si riduce a due punti :&#13;
il de Frontenac vuol mostrare alla Corte di Parigi che il clero canadese&#13;
è troppo ricco e che esercita una eccessiva influenza. A tale uopo, con&#13;
ampio uso di amplificazioni e reticenze, esagera e svisa i fatti e i dati positivi, talvolta in vera malafede, come ciascuno potrà vedere, seguendo&#13;
le brevi note da noi aggiunte al testo.&#13;
&#13;
�— 351 —&#13;
&#13;
Doc. XLYI1&#13;
&#13;
Questo testo differisce alquanto da quello pubblicato dal Margry, ove&#13;
furono riprodotte anche le parti depennate, cosa che noi abbiamo omesso.&#13;
Per l ’edizione ci siamo serviti delle fotografie del ms, e abbiamo omesse&#13;
le parti che non riguardano il Servo di Dio.&#13;
&#13;
Le style et les choses dont ce mémoire est composé feront&#13;
connaître que la haine ni la passion n ’y ont rien contribué et&#13;
qu’on n ’expose la conduite des ecclésiastiques à Monseigneur,&#13;
qu’afin de prévenir les suites qui diminueraient notablement l ’autorité du Roi.&#13;
Quasi tous les désordres de la Nouvelle-France tirent leur&#13;
source de l ’ambition des ecclésiastiques, qui voulant joindre à&#13;
l ’autorité spirituelle une puissance absolue sur les choses temporelles, font souffrir et murmurer tous ceux qui ne leur sont&#13;
pas entièrement soumis.&#13;
Ce n ’est pas depuis une année ou deux que les ecclésiastiques&#13;
ont voulu se faire un empire absolu dans le Canada; il semble&#13;
qu’ils en ont formé le dessein presque aussitôt qu’ils y sont entrés. Ils songèrent d ’abord à s’y rendre considérables par deux&#13;
moyens: par leurs richesses et par leur crédit.&#13;
Pour le premier, ils en sont venus à bout d ’une manière surprenante pour un pays fort pauvre de lui-même. Ils ont employé pour y parvenir les gratifications du Roi, les aumônes&#13;
qu’ils ont attirées de France, les fréquentes concessions des meilleurs et plus importants endroits du Canada qu’ils ont demandées et obtenues, et enfin le commerce qu’ils continuent encore&#13;
nonobstant les défenses que le Roi a été obligé de leur en fa ire.*1&#13;
1 L’accusa mossa contro il clero canadese in generale e in particolare contro&#13;
i Gesuiti, di fare del commercio, ricorre sovente nella storia del Canada a questa&#13;
epoca, e — fatto da segnalare — la si ritrova spesso negli scritti di coloro che faceistoire de laColonie française en&#13;
vano realmente il commercio illegale. Il Faillon (H&#13;
Canada, Villemarie, 1865, voi. Ili, p. 475, nota 1) e Gosselin (vol. II, p. 185) concordano neU’affermare che è precisamente il caso del de Frontenac, il quale, come dice&#13;
Faillon (loco cit.) « ne craignait pas de rendre suspectes les personnes les plus recommandables pour écarter plus sûrement par ce zèle apparent les soupçons auxquels&#13;
sa conduite pouvait donner lieu.» Per ciò che riguarda il Servo di Dio, è cosa riconosciuta apertamente da tutti gli storici, che egli fu assolutamente lontano da ogni&#13;
omte de Frontenac (Paris,&#13;
attività di questo genere. Il Lorrin nella sua opera Le C&#13;
1895, pp. 167-168), scrive a questo proposito: «Ce qui est exact, ce que l’on doit retenir des accusations..., c’est que presque tous les fonctionnaires de la NouvelleFrance cherchaient dans la traite un supplément de ressources, gouverneurs, intendants, officiers, missionnaires même... Il est juste de faire ici une exception pour&#13;
&#13;
�Doc. XL VH&#13;
&#13;
— 352 —&#13;
&#13;
L ’autore del memoriale, onde provare il suo asserto, scende ad esempi&#13;
concreti; ma dato che questi si riferiscono ai missionari Gesuiti e non&#13;
al Servo di Dio, non crediamo necessario riprodurli.&#13;
&#13;
Mais pour faire connaître leurs richesses d ’une manière à&#13;
n ’en pas douter, voici le détail des revenus et des biens que tout&#13;
le monde sait qui leur appartiennent.*1&#13;
Premièrement à l ’égard de M. l ’Évêque:&#13;
Le Roi lui donne tous les ans 6.000 livres.2&#13;
Les deux abbayes que Sa Majesté a annexées à l ’évêché de&#13;
Canada, au moins 6.000 livres. Il est vrai que M. l ’Évêque dit&#13;
que le revenu s’en va presque tout en réparations qui y sont nécessaires, mais comme on s’en est informé particulièrement, on a&#13;
appris que non seulement il n ’y en fait pas, mais qu’au contraire&#13;
il a laissé tomber les bâtiments en ruine et en a vendu une partie&#13;
des matériaux.3&#13;
&#13;
l’évêque de Québec; sans doute les revenus de sa charge et les dons du Roi lui&#13;
assuraient parmi des fonctionnaires à peine payés une situation très privilégiée, mais&#13;
on n’en doit pas moins rendre hommage à la dignité de sa conduite ».&#13;
1 II de Frontenac vuol tare l’inventario delle rendite del clero canadese e sopratutto del Vescovo. Queste vengono apertamente esagerate. Ma ciò che può essergli massimamente rimproverato è la sua malafede, quando lascia di notare che questi&#13;
beni erano utilizzati completamente per opere di organizzazione della nuova diocesi,&#13;
come costruzioni di edilìzi di culto, mantenimento dei parroci e del Seminario, elemosine ai poveri, ecc., mentre il Servo di Dio e il suo clero vivevano tutt’altro che&#13;
opulentemente.&#13;
2 Si potrà notare subito che questa somma non era una regalia personale del&#13;
Vescovo, ma era iscritta nel bilancio con questa destinazione: Lire tornesi 4.000 per&#13;
il Seminario, i suoi ufficiali, i suoi domestici, il parroco di Québec e la conservazione degli edilìzi; Lire tornesi 2.000 per i preti ammalati ritirati nel Seminario.&#13;
3 Non è giusto asserire che il Servo di Dio ricevesse grandi rendite dalle sue&#13;
abbazie di Maubec e di Lestrées. Riguardo alla rendita della prima, il Servo di Dio&#13;
oc. XXIII,&#13;
scriveva alla Santa Sede nel 1665 che poteva ascendere a Lire tornesi 6.000 (D&#13;
p. 108). Però non tardò a rendersi conto che aveva sperato troppo, poiché la cattiva&#13;
amministrazione degli intendenti e le tasse enormi diminuivano non poco i profitti&#13;
sperati. Inoltre durante la recente guerra detta di religione, tutti gii edilìzi erano&#13;
stati ridotti in uno stato compassionevole e si rendevano necessarie enormi riparazioni. E queste furono realmente intraprese, come si rileva da una lettera dell’amministrazione Matheron al Servo di Dio, nella quale scrive che egli « fait travailler&#13;
incessamment aux réparations nécessaires dans tous les lieux dépendants de Maubec,&#13;
principalement aux étangs » (Gosselin, vol. I, p. 653). Che poi le rendite di questa&#13;
abbazia non fossero realmente splendide, si rileva anche da una lettera del fratelto&#13;
del Servo di Dio, Enrico de Lavai, benedettino (cf. Gosselin, vol. I, p. 655), il quale&#13;
nel 1676, cioè un anno prima del presente memoriale, gli consigliava di dare l’abbazia in affitto perchè « sans cela, je ne croîs pas que vous puissiez toucher aucuns&#13;
deniers de Maubec, tout se consumant en frais et procès sur les lieux... C’est un&#13;
&#13;
�— 353&#13;
&#13;
Doc. XLVII&#13;
&#13;
Pour les dîmes, M. Duchesneau, qui est ouvertement déclaré&#13;
pour les ecclésiastiques, les a estimées à 4.000 livres. M. l ’Évêque&#13;
dit qu’il les abandonnera pour 3.000; il trouverait des gens qui&#13;
lui en donneront 10.000. Mais pour en connaître la vérité, il faut&#13;
remarquer qu’il y a dans le Canada, comme il paraît par le der-'&#13;
nier recensement, 21.526 arpents de terre en valeur, que l ’on laisse&#13;
rarement sans y semer des grains, à cause de la difficulté que&#13;
trouvent les habitants à défricher de nouvelles terres. Mais il y&#13;
en a du moins 12.000 arpents que l ’on sème tous les ans en froment et qui rendent, l ’un portant l ’autre, 10 à 12 minots chacun;&#13;
ce qui se monte à près de 5.000 minots pour la dîme. Comme le&#13;
minot de blé vaut ordinairement 4 livres, la dîme, en y comprenant le blé-d’inde, les pois, les fèves, etc., se monterait à près de&#13;
20.000 livres.*1&#13;
On peut connaître la même chose par le nombre des habitants, à qui il faut du moins, l ’un portant l ’autre 12 minots de&#13;
blé, pesant 50 livres, sans y comprendre le blé-d’inde, les pois&#13;
et les fèves, etc., et la consommation que font les sauvages éloignés, à qui on en vend une quantité considérable.&#13;
malheur que cette abbaye soit dans une si grande distance et éloignement des personnes qui prennent soin de vos affaires... Je suis persuadé du grand besoin de&#13;
votre Église et suis bien touché du peu de revenu que vous produisent vos&#13;
abbayes ».&#13;
Secondo Gosselin (vol. I, pp. 655-658), l’abbazia di Lestrées, concessa al Servo&#13;
di Dio nel 1672, non fruttò molto di più di quella di Maubec. Mons. de Lavai l’afflttò al signor de Berthelot, il quale si lagnava sovente di non trovarvi il suo utile.&#13;
1 Anche qui si deve rilevare la malafede del de Frontenac, perchè non fa la&#13;
necessaria distinzione delle decime che si sarebbero dovute ricevere in linea di diritto&#13;
e quelle ricevute realmente. Ora il de Frontenac non poteva non sapere che dal 1663&#13;
al 1667 il Servo di Dio non aveva ricevuto alcuna decima dagli abitanti. Dopo questa epoca, una grande parte dei coloni si rifiutarono a pagare le decime o le pagarono parzialmente, come l’attesta l’intendente Duchesneau in un decreto del 25 luglio 1677, emesso per far osservare a questo riguardo gli ordini del Vescovo e del Re:&#13;
« Plusieurs particuliers, dice il decreto, par une désobéissance manifeste au dit règlement (quello cioè del 23 agosto del 1663), et par un mépris pour l’Église, non&#13;
seulement refusent de payer les dîmes, mais même s’emportent jusqu’à la violence,&#13;
lorsqu’on les convie de satisfaire à une si légitime obligation, et négligent de faire&#13;
leurs déclarations de ce qu’ils recueillent et de convenir d’estimateurs pour régler&#13;
à l’amiable ce qu’ils doivent... » (Archives de la Province de Québec, Ordonnances,&#13;
&#13;
Commissions, etc., etc., des Gouverneurs et Intendants de la Nouvelle-France, 1639-1706,&#13;
&#13;
Québec, 1921, vol. I, p. 214). Inoltre sappiamo che nel 1685, Mons, de Saint-Valier e&#13;
l’intendente de Meulles valutarono a Lire tornesi 6.196 il valore delle decime pagate&#13;
(cf. Instructions du Ministre à l'intendant de Meulles, 31 maggio 1686, Arch. Naz.&#13;
di Parigi, col. B, voi. 12, fol. 9). Ora non si può pensare che all’epoca del memoriale&#13;
del de Frontenac, le decime fossero superiori a questa somma.&#13;
23&#13;
&#13;
�Doe. XLVII&#13;
&#13;
— 354&#13;
&#13;
Le dedans de l ’Église rend aussi de très grandes sommes;&#13;
ce qu’on pourra juger par ce qui suit: M. l ’Évêque n ’a [que]&#13;
15 prêtres. On prend pour une messe basse 20 sols, pour une&#13;
grand’messe 10 livres, pour l ’assistance de chaque prêtre aux&#13;
enterrements 20 sols, pour le mariage des pauvres gens 3 livres,&#13;
ceux des gens accommodés à proportion. L ’ouverture de la terre&#13;
dans l ’église coûte pour un enfant 30 livres, pour un adulte 60 livres. L ’enterrement du frère de Jolliet, mort au service du sieur&#13;
de la Salle et enterré en son absence dans le cimetière, lui a coûté&#13;
53 livres. Les bancs de l ’église sont loués jusqu’à 25 livres par&#13;
an. Je ne parle pas des offrandes, quêtes, baptêmes et autres&#13;
droits, de sorte que ces sortes de revenus se montent du moins à&#13;
6.000 livres.1&#13;
Les seigneuries de M. l ’Évêque se montent savoir:&#13;
La ferme du Cap de Tourmente, 4.000 livres.&#13;
Les seigneuries Beaupré, Ste-Anne et les 2 moulins, 4.000&#13;
livres.&#13;
Celle de l ’île Jésus, 1.200 livres.&#13;
Celle de la baie Saint-Paul, 900 livres.23&#13;
On peut voir par tous ces articles que le revenu de M. l ’Évêque se monte sans exagération du moins à 45.000 livres.&#13;
Et M. l ’Évêque empêche lui-même qu’on en puisse douter&#13;
par les grands et superbes bâtiments qu’il fait faire à Québec,&#13;
quoique lui et ses ecclésiastiques fussent déjà logés plus commodément que les gouverneurs. Le palais qu’il fait faire au dire&#13;
de l ’ingénieur coûtera plus de 400.000 livres.1 Cependant nonobs1 Sarebbe difficile determinare con precisione quale poteva essere realmente per&#13;
il clero di Quebec l’ammontare complessivo dei cosidetti incerti. Però sappiamo che&#13;
nel 1672, cioè pochi anni prima dalla redazione di questo documento, gli onorari&#13;
delle messe e le offerte per l’amministrazione dei sacramenti erano insignificanti,&#13;
come scriveva Mons. de Lavai alla Sacra Congregazione di Propaganda: « Vix enim&#13;
quidquam ab incolis etiam pro sacramentorum administratione vel missarum celebratione aut raro accipitur, ut omnem avaritiae suspicionem fugientes primam Ecclesiae nascentis puritatem aliquatenus moribus nostris imitari videamur (Doc. XXIII,&#13;
p. 127).&#13;
2 Queste tenute avevano allora veramente un gran valore come beni stabili ;&#13;
però di fatto rendevano ben poca cosa, come sappiamo dal de la Tour (Mémoires&#13;
sur M. de Laval, lib. VI): «Ce serait de quoi faire une province et un revenu très&#13;
considérable, si tout était réuni et cultivé; c’était alors peu de chose ».&#13;
3 Questo palazzo non è altro che il Seminario di Québec, che, secondo una&#13;
relazione del de la Potherie (1700), avrebbe costato 50.000 scudi, cioè Lire tornesi 150.000&#13;
(Histoire de l’Amérique septentrionale, 1700, vol. I, p. 235).&#13;
&#13;
�— 355&#13;
&#13;
Doc. X IVII&#13;
&#13;
tant les autres dépenses que fait M. l ’Évêque, la plupart non nécessaires, il en a fait déjà faire le quart en deux ans. Le bâtiment est fort vaste et a quatre étages; les murailles ont sept&#13;
pieds d ’épaisseur: les caves et les offices... (?); les fenêtres d ’en&#13;
bas sont faites en embrasures et la couverture est d ’ardoises&#13;
toutes apportées de France. Mais ce qu’il y a de plus fâcheux est&#13;
que ce palais est situé au milieu d ’un jardin qui a été dressé à&#13;
force de mines et aplani par le moyen de terre apportée d ’en bas&#13;
au haut du rocher sur lequel il est et qui occupe le seul endroit&#13;
où l ’on peut faire un fort pour la défense de la rade de Québec&#13;
et des vaisseaux, que l ’on ne saurait défendre par aucune batterie, si on ne la fait dans ce jardin. Il fait faire encore d ’autres&#13;
bâtiments au Cap de Tourmente, où il a soixante hommes sous&#13;
prétexte d ’en faire valoir la ferm e.2 II a envoyé des ouvriers&#13;
en l ’île de Jésus pour en commencer aussi de ce côté-là et il en&#13;
doit envoyer dans la Baie St-Paul pour y en faire encore d ’autres; tout cela dans un temps de guerre et de misère; ce qui fait&#13;
que bien des gens croient qu’il a de bien plus grands revenus&#13;
que je n ’ai dit et que les ecclésiastiques sont appuyés par des&#13;
gens riches et puissants et qu’ils ont quelques grands desseins&#13;
que l ’on ne connaît pas. Et après tout cela, il se plaint de sa&#13;
pauvreté et dit qu’il ne saurait établir des curés fixes. M. l ’Intendant dit la même chose, refuse de répondre aux requêtes que&#13;
lui présentent les habitants pour avoir des curés et prétend que&#13;
M. l ’Évêque n ’aurait pas de quoi les entretenir, quoique pour se&#13;
faire des créatures, il entretienne trente-sept enfants, qui n ’est&#13;
pas une dépense si nécessaire.12&#13;
L ’autore parla poi dei beni posseduti dai Sulpiziani di Montréal e&#13;
dai Gesuiti.&#13;
&#13;
Tellement qu’il ne reste aux laïques qu’un peu plus du tiers&#13;
du pays, les deux autres tiers dépendant des ecclésiastiques, sans&#13;
parler de leur commerce, qui doit leur produire de grands gains,&#13;
et l ’artifice des Messieurs qui demandent souvent des terres pour&#13;
1 Fra questi operai, il de Frontenac computa anche gli alunni della scuola arti e&#13;
mestieri, fondata dal Servo di Dio a Saint-Joachim per i figli di contadini poveri&#13;
(cf. L a T o u r , Mémoires sur M. de Laval, lib. VI).&#13;
2 I trentasette giovani che il Servo di Dio, secondo il de Frontenac, avrebbe&#13;
potuto fare a meno di mantenere, sono gli alunni del Seminario Minore di Quebec.&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
356 —&#13;
&#13;
les sauvages, à qui ils les font défricher, et s ’en emparent ensuite.&#13;
A l ’égard de leur crédit, il n ’y a point de moyens qu’ils n ’aient&#13;
employés et dont ils ne se servent encore pour l ’augmenter, tant&#13;
en s ’attirant toute l ’autorité qu’en gagnant ou détruisant sans&#13;
exception celle de tous ceux qui pourraient leur faire tête.&#13;
Les Révérends Pères Récollets en ont ressenti les effets il&#13;
y a cinquante ans,1 et ensuite tous ceux qui ont été en quelque&#13;
considération, et les gouverneurs même; ce qui paraît assez par&#13;
les exemples de MM. d ’Argenson, d ’Avaugour, de Mésy et de&#13;
Courcelles, sans parler de M. Perrot, dont ils ont fait ci-devant&#13;
tant d ’estime et qu’ils ont commencé de décrier dès qu’il a voulu&#13;
résister aux nouveautés qu’ils voulaient introduire et encore plus&#13;
quand il a voulu se réunir avec M. de Frontenac, jusqu’à écrire&#13;
à Madame sa femme pour l ’en détourner une lettre par laquelle&#13;
ils la menaçaient de faire passer cet accommodement, que Monseigneur souhaitait, pour une union de commerce et un complot de&#13;
persécuteurs de l ’Église. On sait assez dans le pays qu’ils ont fait&#13;
ce qu’ils ont pu pour empêcher cette réunion, et le R. P. Custode&#13;
des Récollets pourra en rendre un bon témoignage.&#13;
Cette animosité générale qontre les plus fidèles serviteurs&#13;
du Roi fait assez connaître leurs desseins, qu’ils tâchent de faire&#13;
réussir par des espions qu’ils ont partout pour avoir de quoi&#13;
faire peine à ceux qu’ils entreprennent.&#13;
M. l ’Évêque et M. Duchesneau se sont trouvés tous deux de&#13;
cet ordre ou confrérie que feu M. le prince de Conty avait nommé&#13;
capistrage et que l ’on a depuis appelé bagotisme. M. l ’Évêque&#13;
même en a été supérieur dans le temps qu’ils tenaient leurs assemblées au faubourg Saint-Marceau. Quelques-unes de leurs&#13;
principales règles sont de s’entre-soutenir les uns les autres, de&#13;
garder un grand secret et d ’envoyer des inspecteurs dans les provinces pour savoir ce qui s’y passe tant parmi eux qu’à l ’égard&#13;
des autres, sous prétexte de se servir de ces lumières pour empêcher les désordres.2*&#13;
1 L’autore accenna alla questione del loro ritorno nel Canada. Cf. Doc. XLIII,&#13;
p. 313.&#13;
* Si tratta qui della società detta des Bons Antis, alla quale apparteneva il Servo&#13;
di Dio prima di andare nel Canada. Questa società non era altro che il primo e il&#13;
più importante gruppo dell’associazione segreta dei congreganisti mariani chiamata&#13;
&#13;
�— 357&#13;
&#13;
Doc. XLYI1&#13;
&#13;
Les choses étant ainsi disposées selon leurs désirs, ils résolurent de concert de porter le pouvoir de l ’Église aussi loin qu’il&#13;
pourrait aller sans avoir égard aux usages de celle de France&#13;
ni des ordonnances de nos rois.&#13;
M. l ’Évêque en plein conseil le 28 juin 1677 au sujet d ’une&#13;
requête présentée contre l ’ordre par le promoteur pour soutenir&#13;
l ’intérêt du clergé contre un arrêt du même conseil qui n ’était&#13;
pas encore publié, s’expliqua nettement qu’il ne voulait pas se&#13;
régler sur l ’usage de France que l ’on lui opposait, et que si les&#13;
autres évêques ne voulaient pas faire leur devoir, il voulait faire&#13;
le sien, contre les ordonnances dont j ’ai envoyé. copie avec un&#13;
extrait qui surprendra sans doute par la quantité extraordinaire&#13;
d ’entreprises et de procédures contre les règles que l ’on verra&#13;
dans une seule affaire; car il n ’y a rien qu’ils n ’aient entrepris&#13;
pour augmenter leur crédit.*1&#13;
Ce ne serait jamais fait si je voulais raconter tout ce qu’ils&#13;
font pour cela par le moyen du pouvoir que leur donnent la confession et l ’excommunication. Le secret des confessions étant impénétrable, je ne fais point de fond sur les plaintes qu’on m ’a&#13;
&#13;
l’ila (cf. La Tour, Mémoires sur M. de Laval, lib. I, e le note ivi inserite). Però&#13;
sembra che il de Frontenac non sia stato bene informato sulFattività di questa associazione e che l’abbia coufusa con la Compagnie du Saint-Sacrement, la quale esercitava di fatto l’azione qui descritta dal governatore.&#13;
1 Fra le parti cassate dal de Frontenac, di cui abbiamo fatto parola nell’ introduzione, ve n’è una di particolare interesse, che qui riproduciamo, la quale ci fa conoscere una volta di più lo spirito ultra gallicano del governatore: « Les sieurs de&#13;
Saint-Denys et de la Martinière m’ont dit que le sieur Paumier avait prêché à&#13;
Beauport que M. l’Évêque n’entendait point que les seigneurs de paroisse eussent de&#13;
l’encens et de l’eau bénite devant les marguilliers ni qu’ils fussent recommandés au&#13;
prône, que c’étaient des usurpations qui s’étaient faites en France et qu’il fallait les&#13;
empêcher dans un pays où l’on commençait à établir une Église. M. de Saurel s’est&#13;
plaint de ce que M. Duplein ne veut point le nommer au prône, et l’envie qu’ils ont&#13;
d’élever ces marguilliers, qui dépendent d’eux entièrement et ne disposent d’aucun&#13;
denier, est si grande, que même ils veulent leur donner ces honneurs préférablement&#13;
aux juges des lieux, en sorte que le Conseil fut obligé d’en donner un arrêt le... (sic).&#13;
Ce qui n’a pas empêché toutefois que le curé de Montréal, le jour de la Chandeleur&#13;
1677, ne fît l’affront au juge du même lieu de donner des cierges aux marguilliers&#13;
avant lui; de quoi M. Perrot m’a envoyé un procès-verbal que Monseigneur pourra&#13;
voir, coté... (sic), rempli de paroles insolentes contre le Roi et de termes injurieux&#13;
contre le Conseil et contre moi- Sur quoi ayant eu une conférence avec M. l ’Évêque et&#13;
essayant de lui faire comprendre avec les termes les plus doux qui m’étaient possibles que ce n’était pas à lui à régler ces sortes de rangs, il s’emporta jusqu’ à me&#13;
dire que son pouvoir était plus grand que je ne pensais et qu’il avait même celui&#13;
d’excommunier des gouverneurs ».&#13;
&#13;
�Doc, XLVII&#13;
&#13;
— 358 —&#13;
&#13;
faites des révélations et des instances qu’ils font en ce saint tribunal pour savoir les affaires d ’un chacun; de quoi j ’ai de bons&#13;
témoins et les plaintes de diverses personnes. Je rapporterai seulement les faits où leur passion leur a fait abuser.&#13;
Les habitants du Canada ont eu bien de la consolation de l ’établissement des Révérends Pères Récollets, mais on les empêche bien de jouir en repos du soulagement qu’ils en espéraient&#13;
pour leurs consciences. A Charlesbourg, une femme s’étant confessée au P. Zénoble, récollet, et voulant communier à sa messe,&#13;
le sieur Glandelet, curé, fut la retirer de la saint Table avec&#13;
beaucoup de scandale pour elle. Le dit P. Zénoble est convenu&#13;
que la chose était véritable.&#13;
Une femme nommée Henriette s ’étant confessée et ayant reçu&#13;
l ’absolution d ’un prêtre nommé Dupré fut toutefois rejetée de&#13;
la sainte Table par un autre prêtre, qui avait ouï dire que cette&#13;
femme avait traité trois pots d ’eau-de-vie à des sauvages.&#13;
Les ecclésiastiques prétendent que les blés soient estimés pendants par leurs racines pour être les dîmes payées sur cette estimation, quoique plusieurs habitants s’y opposent, particulièrement ceux qui n ’ont point de prêtres qui les servent. M. de Caumont a déclaré qu’il refuserait l ’absolution même à l ’article de&#13;
la mort à ceux qui manqueraient à payer les dîmes sous prétexte qu’ils ne sont pas servis.&#13;
Mais ce qui fait le plus d ’éclat et à quoi ils s’opiniâtrent le&#13;
plus par des raisons d ’intérêt, c ’est le cas réservé pour le commerce de l ’eau-de-vie avec les sauvages. Le Conseil Souverain en&#13;
a permis la traite par son arrêt du 10 novembre 1668 ; mais malgré cet arrêt et sans attendre la réponse de la Cour sur ce sujet,&#13;
ils ont interdit le nommé Rolland pour cela seul avec des circonstances violentes et odieuses au dernier point.&#13;
Le sieur de Caumont, prêtre, a refusé l ’absolution au P. Martial, parce qu ’il ne lui voulut pas promettre de la refuser à M. de&#13;
Varennes, gouverneur des Trois-Rivières, qui, disait-il, traitait&#13;
de l ’eau-de-vie avec les sauvages, quoique le dit Père lui assurât&#13;
qu’il n ’avait point de connaissance que le dit sieur de Varennes&#13;
eût enivré aucun sauvage.&#13;
Ils ont non seulement refusé l ’absolution à M. de Lavalterie&#13;
pour avoir traité de l ’eau-de-vie, mais encore à son valet, qui l ’avait tirée, quoiqu’il lui dît qu’il ne pouvait pas s’empêcher d ’o-&#13;
&#13;
�— 359 —&#13;
&#13;
Doc. XLVII&#13;
&#13;
béir à son maître. Ils en ont fait autant à Montréal au valet du&#13;
sieur Du luth et à plusieurs autres.&#13;
Après avoir refusé l ’absolution deux ou trois ans durant au&#13;
nommé Lapaille, habitant de la Pointe de Lévis, à cause qu’il&#13;
traitait de l ’eau-de-vie, ce Lapaille étant mort subitement, ils ne&#13;
voulurent jamais l ’enterrer en terre sainte, disant qu’il n ’avait&#13;
pas fait ses pâques, quoique leur refus seul en fût la cause pour&#13;
le seul sujet de l ’eau-de-vie; en quoi il ne faisait que suivre les&#13;
règlements du Conseil. Ils ajoutèrent même l ’insulte à cette ignominie; car un religieux de Sillery fit sur ce pauvre Lapaille, qu’ils&#13;
ont jeté à la voirie, un emblème d ’un ange qui vanne du grain&#13;
et d ’un autre qui brûle la paille. On a d ’autres vers aussi scandaleux d ’un autre religieux adressés à la supérieure de l ’hôpital.&#13;
On voit par là jusqu’où va leur passion et leur entêtement, et la&#13;
nécessité qu’il y a d ’y mettre ordre. M. l ’Évêque lui-même, comme&#13;
on lui voulait proposer quelques adoucissements pour le bien de&#13;
la paix, répondit qu’il ne pouvait rien relâcher sur cette affaire.&#13;
Le nommé Laplanche, marguiller de la Prairie de la Madeleine, ayant eu différend à Montréal pour un payement avec un&#13;
habitant du dit lieu, après quelques paroles et quelques coups&#13;
de poing, l ’habitant de Montréal prit une pierre qu’il jeta à Laplanche, dont il le tua. Les prêtres de Montréal ne le voulurent&#13;
jamais enterrer, disant que c ’était un duel et il a été jeté à la&#13;
voirie.&#13;
Ils en usèrent de la même façon en la présence de M. de Frontenac à l ’égard d ’un autre habitant tué au milieu des Français&#13;
d ’un coup de fusil lâché par hasard par un sauvage, et cela sur le&#13;
prétexte qu’il n ’avait pas fait ses pâques. Cependant on rectifia&#13;
quelque temps après par le sieur Petit, missionnaire de Sorel et&#13;
qui était son curé, qu’il y avait satisfait, D ’où l ’on peut juger de&#13;
l ’indiscrétion de leur zèle et comme ils suivent leurs préventions,&#13;
sans rien écouter au contraire, sans garder aucune forme et contre l ’usage et la coutume de France.&#13;
Mais ils ne se contentent pas de défendre l ’eau-de-vie et de&#13;
faire tant de choses extraordinaires. Ils veulent encore empêcher&#13;
de vendre du vin et trouver par là le moyen de charger d ’un nouveau joug les habitants. En effet les missionnaires, après l ’avoir&#13;
tenté plusieurs fois sous divers prétextes que M. de Frontenac&#13;
a toujours réfutés, ils ont enfin obtenu de M. Duchesneau, qui ne&#13;
&#13;
�Doc. XLYII&#13;
&#13;
— 360 —&#13;
&#13;
leur refuse jamais rien, une ordonnance portant défense de tenir&#13;
cabaret dans aucun village de la campagne et ensuite de cette ordonnance faite de sa seule autorité, il a condamné à une amende&#13;
de cent livres une femme pour avoir troqué avec un habitant de&#13;
Charlesbourg trois ou quatre pots d ’eau-de-vie contre du blé.&#13;
Mais comme elle se vint plaindre à M. de Frontenac et qu’il fit&#13;
témoigner à M. Duchesneau la surprise où il était d ’un tel procédé, il changea la chose et condamna l ’habitant de Charlesbourg&#13;
à la même amende et aux dépens, fit saisir les bestiaux, le fourrage et le blé de cet homme qui est très pauvre. Mais comme il&#13;
vint crier miséricorde, M. de Frontenac s’offrit de payer pour&#13;
lui et qu’on ne lui fît pas davantage de frais; ce qui fit que la&#13;
chose en demeura là.&#13;
Comme les Révérends Pères Récollets ne prennent aucun&#13;
parti et servent de soulagement aux consciences d ’une partie des&#13;
habitants, ils leur suscitent des accusations calomnieuses, comme&#13;
l ’on l ’a vérifié à l ’égard des Pères Louis et Martial, qui s’en sont&#13;
justifiés à la confusion de leurs accusateurs.&#13;
Ils ne peuvent souffrir ceux qui les aiment et les reçoivent&#13;
chez eux et empêchent autant qu’ils peuvent les habitants d ’avoir&#13;
la consolation de se confesser à eux. Le P. Louis montant au fort&#13;
de Frontenac 1... (sic) et passant à Montréal, fut prié par quantité de personnes de les confesser. Ce que n ’ayant voulu faire&#13;
sans en demander la permission à M. Lefebvre et à M. le curé de&#13;
Montréal, ils la lui refusèrent absolument. Quelques jours après,&#13;
ayant été obligé de relâcher à Lachine et dit la messe dans la&#13;
maison de Rolland, où il avait abordé par hasard, il fut la cause&#13;
innocente de l ’affaire de Rolland, qui commença le dimanche suivant et dont toute la procédure fait voir évidemment jusqu'où&#13;
les peut porter leur passion.1&#13;
Pour se conserver cette grande autorité, ils se servent de tous&#13;
les moyens qu’ils se peuvent imaginer dont j ’en ai remarqué plusieurs. Mais outre cela, ils se sont emparés de l ’esprit de la plupart des conseillers du Conseil, qui n ’oseraient opiner contre&#13;
eux. Mais M. Duchesneau, M. le Procureur général et M. de Villerav sont en toute recontre ouvertement de leur parti. J ’en rap1 Qui termina la forma di memoriale di cui abbiamo parlato nell’introduzione,&#13;
e il testo continua nella forma primitiva di lettera.&#13;
&#13;
�— 361 —&#13;
&#13;
Doc. XLYII&#13;
&#13;
porterai diverses preuves sur le sujet de M. Duchesneau, outre&#13;
ce que j ’en ai déjà dit pour le Procureur général, qui est un&#13;
homme très ignorant et tellement incommodé de la vue qu’il ne&#13;
saurait ni lire ni écrire. Ils l ’ont fait succéder à ... (sic).&#13;
Petitbois et sa femme, haïs des ecclésiastiques, ayant été accusés par le sieur le Procureur fiscal de la seigneurie des Grondines appartenant aux religieuses, le Procureur général conclut&#13;
aussitôt à la mort, quoiqu’il n ’y eût aucune preuve contre eux.&#13;
Et en effet ils furent envoyés absous après même avoir été appliqués à la question. Je rapporterais quantité d ’autres preuves de&#13;
rattachement que lui et Villeray ont pour les ecclésiastiques. Mais&#13;
comme je crains, Monseigneur, de vous ennuyer, je me contenterai&#13;
de dire que l ’on en trouvera plus qu’il ne faut dans la seule&#13;
affaire de Rolland et l ’on verra que presque dans toutes ils ont&#13;
agi contre les règles. Cependant comme les ecclésiastiques voient&#13;
que l ’infirmité et l ’incapacité de M. le Procureur général l ’empêcheront de pouvoir longtemps exercer sa charge, ils lui préparent déjà un successeur qu’ils ont élevé dans le même esprit.&#13;
C’est son fils que j ’ai appris qu’ils voulaient, Monseigneur, vous&#13;
proposer pour mettre en sa place, quoiqu’il ne soit pas plus savant que son père et qu’il n ’ait que vingt et un ans.&#13;
Pour toutes les autres personnes un peu considérables, ils les&#13;
ont gagnées ou ils tâchent de les discréditer. Le sieur Bazire est&#13;
tout à fait d ’intelligence avec eux et M. Duchesneau, et comme&#13;
il paraîtra par la concession de Pile aux Coudres, par les congés&#13;
qu ’ils veulent rétablir, par ses débauches de vin dont ils ne disent&#13;
mot dans un temps où ils tourmentent tout le monde pour ce&#13;
sujet, et par ses liaisons avec M. l ’Intendant.&#13;
Il en est de même du major et du prévôt, comme on le déduira&#13;
plus bas en parlant de M. Duchesneau. Mais pour M. Perrot et&#13;
M. d ’Ailleboust, comme ils n ’ont pu se résoudre à suivre en toute&#13;
chose leurs sentiments, ils décrient le premier par reproches vagues et généraux, pareils à ceux qu’ils me font, sans pouvoir&#13;
articuler aucun fait vrai qu’ils puissent vérifier.&#13;
Le sieur d ’Ailleboust, neveu de M .... (sic), exerçait la charge&#13;
de juge de Montréal depuis dix-huit ans sans reproche; ils cherchaient l ’occasion d ’en mettre un autre en sa place, parce qu’il&#13;
ne déférait pas aveuglément à leurs volontés; mais il ne leur&#13;
a jamais donné aucune prise. Et toutefois comme ils voulaient&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
— 362 —&#13;
&#13;
avoir une information favorable sur l ’eau-de-vie à l ’occasion de&#13;
la mort d ’un sauvage et qu’ils apprirent qu’il ne la faisait pas&#13;
à leur gré, ils l ’ont déposé sans autre cérémonie et ont mis en&#13;
son lieu une de leurs créatures, de sorte qu’ils auront bientôt&#13;
tous ceux qui possèdent les charges dans leur dépendance. J ’ai&#13;
même su qu’ils songent à faire donner à M. l ’Évêque un coadjuteur, duquel ils puissent aussi bien disposer qu’ils font de&#13;
lui, qui n ’oublie rien pour avancer tous leurs desseins et pour&#13;
augmenter le crédit du clergé. Il se trouve dans le Conseil avec&#13;
une assiduité qu’on n ’a jamais vue dans aucun évêque. Son official&#13;
et son promoteur le secondent admirablement, comme on le verra&#13;
dans le procès de Rolland et comme on l ’a remarqué ci-dessus à&#13;
l ’égard du promoteur. Et pour faire qu’il n ’y ait aucun ecclésiastique particulier qui puisse résister à leurs volontés, ils n ’ont&#13;
dans les habitations que des vicaires amovibles, refusent absolument d ’y mettre des curés fixes quelque instance que leur en&#13;
fassent les habitants, sous prétexte que M. l ’Évêque n ’a pas de&#13;
quoi les entretenir, quoiqu’on ait fait voir le contraire ci-dessus,&#13;
et comme si un curé fixe coûtait plus qu’un vicaire amovible en&#13;
un pays où le casuel et les dîmes augmentent tous les jours par&#13;
les défrichements et la multiplication des Français. Cependant&#13;
ce désordre est cause qu’en beaucoup de lieux les habitants sont&#13;
privés de l ’assistance spirituelle dont ils ont besoin et privent le&#13;
Roi de l ’usage de droit de patronage qu’il s’est réservé. Ils refusent même de laisser exercer ces emplois par des Récollets qui se&#13;
contenteront de moins que ce que l ’on donne à ces vicaires et qui&#13;
sont souhaités partout, ceux même de Montréal m ’ayant présenté&#13;
une requête pour me prier de me joindre à eux pour en obtenir&#13;
de la Cour. Et après toutes ces choses, ils menacent en chaire de&#13;
refuser l ’absolution à ceux qui refuseront de payer les dîmes&#13;
pour n ’être pas servis. Ils obtiennent une ordonnance de M. Duchesneau qui confirme l ’usage des vicaires amovibles, une autre&#13;
pour faire payer les dîmes sur l ’estimation faite des blés pendant par les racines, et prétendent enfin obliger les habitants à&#13;
porter les dîmes à Québec. M. l ’Évêque s’excuse sur la dépense&#13;
qu’il fait pour l ’entretien de vingt-cinq ecclésiastiques et pour la&#13;
subsistance de trente-sept pauvres enfants, qu’il dit élever par&#13;
charité, comme si l ’on ne savait pas que c ’est là une suite des&#13;
desseins du clergé, que ces ecclésiastiques et ces enfants sont les&#13;
&#13;
�— 363 —&#13;
&#13;
Doc. XLVIII&#13;
&#13;
fils de ses créatures, auxquels ils veulent inspirer à loisir toute&#13;
leur politique, qu’il ne manque pas en France d ’ecclésiastiques&#13;
savants et vertueux et que l ’argent qu’il dépense serait bien plus&#13;
utilement employé à l ’entretien de vingt-cinq prêtres qui seraient plus que suffisants pour administrer commodément.&#13;
L ’autore continua ad esporre le sue accuse contro il clero canadese,&#13;
il quale, secondo il suo parere, divulgava fra i selvaggi delle teorie pericolose circa i diritti del potere civile; impediva ai selvaggi di partecipare ai benefici della civilizzazione francese ; avrebbe occupato con mezzi&#13;
ingiusti i luoghi più importanti del Canada e contrastato l ’opera di esplorazione del suo amico de La Salle.&#13;
&#13;
DOC. XL V i l i&#13;
R e l a t io S e r v i D e i q u a d e p r o p r ia in t e r g u b e r n a t o r e m d e F r o n t enac&#13;
&#13;
et&#13;
&#13;
P r o cur at o r em&#13;
&#13;
Duch esneau&#13;
&#13;
m e d ia t io n e&#13;
&#13;
r ef er t&#13;
&#13;
,&#13;
&#13;
1681. Ex Exemplo in Archivo Seminarii Quebecensis asservato.&#13;
Nell’introduzione al Doc. X X V II , n. 16 (p. 177), abbiamo già accennato all’intervento del Servo di Dio in una difficoltà sorta nel 1681 fra il governatore de Frontenac e l ’intendente Duchesneau. Non sarà inutile darne&#13;
qui la relazione che ne compose lo stesso Mons. de Lavai. Essa può servire&#13;
a farci conoscere da vicino l ’ambiente di Québec a questa epoca e d ’altra&#13;
parte ci discopre sempre più l ’animo del Servo di Dio, il quale nonostante&#13;
le diffidenze che doveva nutrire verso certe persone come il de Frontenac,&#13;
pure interponeva generosamente l ’opera sua, quando c ’era uno scopo di&#13;
bene da raggiungere. L ’esito dei passi fatti dal Servo di Dio per riportare la buona armonia fra le due autorità non viene indicato, ma in un&#13;
memoriale redatto in occasione della sua morte si legge che « il fit si&#13;
bien auprès de l ’un et de l ’autre que leur affaire fut assouplie et raccommodée quoique avec bien des difficultés » (Mémoire sur feu M. François&#13;
&#13;
de Laval, Arch. del Seminario di San Sulpizio di Parigi, Documents pour&#13;
servir à l’Histoire religieuse du Canada, vol. I, f. 5).&#13;
L ’originale di questa relazione non ci è noto. Conosciamo invece una&#13;
copia antica esistente nell’Archivio Nazionale di Parigi, M 5, M. Meni.,&#13;
ff. 78 sqq., e una moderna che si trova nell’Archivio Pubblico del Canadà a Ottawa, dalla quale fu fatta la copia del Seminario di Québec.&#13;
&#13;
Mémoire de l ’évêque de Québec de ce qui s’est passé au sujet&#13;
de la querelle arrivée entre le Chevalier Duchesneau, le nommé&#13;
Vautier, domestique du sieur Duchesneau, intendant, et le sieur&#13;
Boisseau et un garde de M. de Frontenac.&#13;
&#13;
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                  <text>&lt;span&gt;Extrait typographié et annoté en italien et en français, publié dans&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span&gt; Altera Nova Positio&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span&gt;, 1956, Doc. 47&lt;/span&gt;</text>
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                  <text>&lt;span&gt;Extrait dactylographié en français classique par G.-É. Demers, v. 1930, et conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 445 no1ay&lt;/span&gt;</text>
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                <text>Cette collection comprend les documents contemporains de François de Laval dont il est l’auteur, le destinataire ou le sujet couvrant la période de 1623 à 1710 : correspondance, rapports, témoignages, actes. etc.</text>
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              <text>&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/9847" class="show" title="Voir les métadonnées du fichier"&gt;&lt;/a&gt;
&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/10391" class="show"&gt;Copie typographiée et annotée en français moderne&lt;/a&gt; par le Séminaire de Québec et publiée dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio &lt;/em&gt;revue et augmentée, 2023, Doc. 47&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/9848" class="show" title="Voir les métadonnées du fichier"&gt;Extrait typographié et annoté en italien et en français&lt;/a&gt;, publié dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;, 1956, Doc. 47&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/9850" class="show" title="Voir les métadonnées du fichier"&gt;Extrait dactylographié en français classique&lt;/a&gt; par G.-É. Demers, v. 1930, et conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 445 no1ay&lt;span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Copie typographiée en françai classique et publiée dans P. Magny, &lt;em&gt;Découvertes et établissements des français dans l'ouest et dans le sud de l'Amérique Septentrionale (1614-1754) Mémoires et documents originaux recueillis et publiés&lt;/em&gt;, &lt;span&gt;Paris, Imprimerie D. Jouaust, 1876-1886, &lt;/span&gt;vol. 1, p. 301-325 &lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;span&gt;&lt;a href="http://heritage.canadiana.ca/view/oocihm.lac_reel_c12867/663?r=0&amp;amp;s=1"&gt;Copie manuscrite en français classique&lt;/a&gt; par l'archiviste du Canada, v. 1900, et publiée sur Canadiana (Bibliothèque et Archives Canada), C-12867, p. 663-685&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/9849" class="show" title="Voir les métadonnées du fichier"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/9850" class="show" title="Voir les métadonnées du fichier"&gt;&lt;/a&gt;</text>
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