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                  <text>Introduction aux Docs. XXI&#13;
Extraits de lettres de sainte Marie de l’Incarnation, ursuline&#13;
du monastère de Québec, 1659-1668&#13;
La vénérable mère Marie de l’Incarnation, dont les vertus héroïques furent reconnues par&#13;
le pape Pie X en 19111, naquit à Tours en 1599. Elle se maria à 17 ans, à la demande de&#13;
ses parents. Elle devint veuve en 1619, avec un enfant de six mois et sans fortune. Illuminée&#13;
d’un éclat surnaturel, elle désira entrer au monastère des Ursulines de Tours ; ce qu’elle a&#13;
pu faire en 1631. En 1639, elle partit pour le Canada, où elle fonda le couvent des Ursulines&#13;
de Québec. Elle mourut en 1672, favorisée par de remarquables grâces du Ciel. Bossuet&#13;
l’appelait « la Thérèse [d’Avila] de nos jours et du Nouveau-Monde2 ».&#13;
Son fils, Claude Martin, entra dans un couvent de Bénédictins en 1642 et mourut à l’abbaye&#13;
de Marmoutier en 1696.&#13;
Les lettres de Marie de l’Incarnation sont considérées par les historiens comme des sources&#13;
sûres et impartiales. Elles sont surtout adressées à dom Claude et aux supérieures des&#13;
Ursulines de Tours et revêtent un caractère d’intimité, tout en relatant les actualités&#13;
canadiennes. Bien qu’elle ait été cloîtrée, ses fonctions de supérieure et d’enseignante de&#13;
jeunes filles dans son couvent lui assurèrent un bon apport en informations. De plus, sa&#13;
perception des personnes et des événements laisse transparaître un équilibre d’esprit tout à&#13;
fait singulier ; et c’est pour cela que ses témoignages sont étudiés.&#13;
Une minime partie de son courrier fut publiée par son fils quelques années après la mort&#13;
de sa mère, chez Billaine à Paris, en 1681. Il s’agit d’un volume in-quarto, divisé en deux&#13;
parties ; la première contient les lettres spirituelles et la seconde, les lettres historiques de&#13;
la vénérable ursuline. Richaudeau fit réimprimer ces lettres à Tournai en 1816, selon&#13;
l’édition précédente. Une édition définitive est actuellement en élaboration par les soins de&#13;
dom Albert Jamet, bénédictin de Solesmes3.&#13;
&#13;
NDLR : Elle fut béatifiée avec Mgr de Laval en 1980 par Jean-Paul II, puis ils furent tous deux canonisés&#13;
en 2014 par le pape François.&#13;
2&#13;
NDLR : Instructions sur les états d’oraison, où sont exposées les erreurs des faux mystiques de nos jours&#13;
avec les actes de leur condamnation, Tome 1, Livre IX.&#13;
3&#13;
NDLR : Cette édition fut terminée par dom Guy Oury de l’abbaye de Saint-Pierre : Marie de l’Incarnation&#13;
(1599-1672). Correspondance, Solesmes, 1971, 1071 p. C’est selon celle-ci que nous citerons les lettres et&#13;
les notes de l’auteur (NDA).&#13;
1&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�</text>
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                  <text>&lt;span&gt;Introduction en français moderne aux Docs. 21 de &lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span&gt;Altera Nova Positio&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span&gt; revue et augmentée, 2023&lt;/span&gt;</text>
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                  <text>Doc. XXI-6&#13;
Lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, 10 août 1662,&#13;
(Lettre 201), p. 681-682&#13;
La question du commerce des boissons enivrantes entre les Européens et les Autochtones&#13;
du Canada suscita une vive controverse, qui se prolongea même après la mort du Serviteur&#13;
de Dieu. D’une part, les commerçants et nombre d’autorités civiles disaient que ce négoce&#13;
était absolument nécessaire pour assurer l’avenir du pays ; d’autre part, le Serviteur de&#13;
Dieu, le clergé et les Jésuites, constatant le mal qui se faisait aux Autochtones par ce&#13;
commerce, disaient que personne ne pouvait le faire en bonne conscience. La question&#13;
revint dans de multiples autres documents. Marie de l’Incarnation donne ici son point de&#13;
vue et expose la conduite du Serviteur de Dieu immédiatement après sa venue au Canada.&#13;
&#13;
Mon très cher fils,&#13;
Je vous ai parlé dans une autre lettre d’une croix que je vous disais m’être plus&#13;
pesante que toutes les hostilités des Iroquois. Voici en quoi elle consiste. Il y a en&#13;
ce pays des Français si misérables et sans crainte de Dieu qu’ils perdent tous nos&#13;
nouveaux chrétiens, leur donnant des boissons très violentes, comme de vin et&#13;
d’eau-de-vie, pour tirer d’eux des castors. Ces boissons perdent tous ces pauvres&#13;
gens, les hommes, les femmes, les garçons et les filles même ; car chacun est maître&#13;
dans la cabane quand il s’agit de manger et de boire. Ils sont pris tout aussitôt et&#13;
deviennent comme furieux. Ils courent nus avec des épées et d’autres armes et font&#13;
fuir tout le monde, soit de jour soit de nuit ; ils courent par Québec sans que&#13;
personne les puisse empêcher. Il s’ensuit de là des meurtres, des violements, des&#13;
brutalités monstrueuses et inouïes.&#13;
Les révérends pères ont fait leur possible pour arrêter le mal tant du côté des&#13;
Français que de la part des Sauvages*. Tous leurs efforts ont été vains. Nos filles&#13;
sauvages externes venant à nos classes, nous leur avons fait voir le mal où elles se&#13;
précipitent en suivant l’exemple de leurs parents ; elles n’ont pas remis depuis le&#13;
pied chez nous. Le naturel des Sauvages est comme cela. Ils font tout ce qu’ils&#13;
voient faire à ceux de leur nation en matière de mœurs, à moins qu’ils ne soient&#13;
bien affermis dans la morale chrétienne. Un capitaine algonquin, excellent chrétien&#13;
et le premier baptisé du Canada, nous rendant visite, se plaignait disant : « Onontio&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�(c’est M. le gouverneur)1 nous tue de permettre qu’on nous donne des boissons ».&#13;
Nous lui répondîmes : « Dis-lui qu’il le défende ». - « Je lui ai déjà dit deux fois,&#13;
repartit-il, et cependant il n’en fait rien. Mais priez-le vous-mêmes d’en faire la&#13;
défense, peut-être vous obéira-t-il ».&#13;
C’est une chose déplorable de voir les accidents funestes qui naissent de ce trafic.&#13;
Mgr notre prélat a fait tout ce qui se peut imaginer pour en arrêter le cours, comme&#13;
une chose qui ne tend à rien moins qu’à la destruction de la foi et de la religion&#13;
dans ces contrées. Il a employé toute sa douceur ordinaire pour détourner les&#13;
Français de ce commerce si contraire à la gloire de Dieu et au salut des Sauvages.&#13;
Ils ont méprisé ses remontrances, parce qu’ils sont maintenus par une puissance&#13;
séculière qui a la main forte. Ils lui disent que partout les boissons sont permises.&#13;
On leur répond que dans une nouvelle Église et parmi des peuples non policés,&#13;
elles ne doivent pas l’être, puisque l’expérience fait voir qu’elles sont contraires à&#13;
la propagation de la foi et aux bonnes mœurs que l’on doit attendre des nouveaux&#13;
convertis. La raison n’a pas fait plus que la douceur. Il y a eu d’autres contestations&#13;
très grandes sur ce sujet. Mais enfin, le zèle de la gloire de Dieu a emporté notre&#13;
prélat et l’a obligé d’excommunier ceux qui exerceraient ce trafic2. Ce coup de&#13;
foudre ne les a pas plus étonnés que le reste. Ils n’en ont tenu compte, en disant&#13;
que l’Église n’a point de pouvoir sur les affaires de cette nature.&#13;
Les affaires étant à cette extrémité, il s’embarque pour passer en France, afin de&#13;
chercher les moyens de pourvoir à ces désordres, qui tirent après eux tant&#13;
d’accidents funestes. Il a pensé mourir de douleur à ce sujet et on le voit sécher sur&#13;
le pied. Je crois que s’il ne peut venir à bout de son dessein, il ne reviendra pas ; ce&#13;
qui serait une perte irréparable pour cette nouvelle Église et pour tous les pauvres&#13;
Français. Il se fait pauvre pour les assister et, pour dire en un mot tout ce que je&#13;
conçois de son mérite, il porte les marques et le caractère d’un saint. Je vous prie&#13;
de recommander et de faire recommander à Notre-Seigneur une affaire si&#13;
importante et qu’il lui plaise de nous renvoyer notre bon prélat, père et véritable&#13;
NDLR : Les Autochtones donnèrent quelques surnoms aux Français. Onontio, « grande montagne »,&#13;
désigna d’abord Montmagny, puis les autres gouverneurs ; Achiendassé, « robe noire », fut initialement&#13;
attribué au jésuite Jean de Brébeuf, puis à tous les missionnaires jésuites ; François de Laval fut surnommé&#13;
Hariaouagui, « l’homme de la grande affaire ».&#13;
2&#13;
NDLR : 2e mandement du 30 avril 1662 pour excommunier ceux qui vendent des boissons enivrantes aux&#13;
Autochtones.&#13;
1&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�pasteur des âmes qui lui sont commises. Vous voyez que ma lettre ne parle que de&#13;
l’affaire qui me presse le plus le cœur, parce que j’y vois la majesté de Dieu&#13;
déshonorée, l’Église méprisée et les âmes dans le danger évident de se perdre. Mes&#13;
autres lettres répondront aux vôtres.&#13;
De Québec, le 10 d’août 1662&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�</text>
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                  <text>Copie typographiée et annotée en français moderne par le Séminaire de Québec et publiée dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt; revue et augmentée, 2023, Doc. 21-5</text>
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                  <text>Doc. XXI&#13;
&#13;
— 51 —&#13;
&#13;
1664&#13;
Septembre :&#13;
Le 18. Ce même jour fut dissout le Conseil par M. le Gouverneur (M. de Mésy) et M. Bourdon, maltraité par lui.&#13;
Le 24. fut établi un nouveau Conseil sans participation de&#13;
M. l ’Évêque, qui envoya son opposition au greffe.&#13;
Le 28, l ’établissement de ce nouveau Conseil fut publié par&#13;
affiche à la porte de l ’église sans faire mention de l ’opposition.&#13;
Le 29, Mgr l ’Évêque la fit signifier au prône.&#13;
Octobre :&#13;
Le 5, M. le Gouverneur fit publier à son de tambour une pancarte d ’injures contre M. l ’Évêque et autres, ce qui donna sujet&#13;
aux ecclésiastiques de voir en leur conscience ce qu’ils étaient&#13;
obligés de faire ; de hoc alibi. M. le Gouverneur se plaignait partout tout haut qu’on lui refusait la confession et l ’absolution;&#13;
mais notre réponse était que Dieu savait tout.&#13;
En ce temps commencèrent diverses congrégations de la&#13;
Sainte-Famille institutore et promotore P. Chaumonot et Domina&#13;
d ’Ailleboust, pour laquelle on loua la maison des Ursulines 150&#13;
livres pour une année.&#13;
1665&#13;
Octobre :&#13;
Le 8, un capitaine d ’une des compagnies de M. de Tracy faitabjuration d ’hérésie dans la grande église entre les mains de&#13;
Monseigneur habillé pontificalement, de tout le clergé en surplis,&#13;
en présence de Mgr de Tracy, M. de Courcelles, gouverneur, et&#13;
M. l ’Intendant et quatre de nos Pères.&#13;
DOC. XXI&#13;
E xc e r pt a&#13;
&#13;
E p is t o l a r u m&#13;
&#13;
n a t io n e&#13;
&#13;
, U r s u l in a e&#13;
&#13;
V e n e r a b il is&#13;
M o n a s t e r ii&#13;
&#13;
M a t r is&#13;
&#13;
M a r ia e&#13;
&#13;
Q u e b e c e n s is ,&#13;
&#13;
ab&#13;
&#13;
I nc ar -&#13;
&#13;
1659-1668.&#13;
&#13;
La Venerabile Madre Maria dell’Incarnazione, le cui virtù eroiche&#13;
furono dichiarate dal Sommo Pontefice Pio X nel 1911, nacque a Tours&#13;
nel 1599. A diciassette anni, cedendo al desiderio dei suoi parenti, si unì&#13;
in matrimonio. Rimasta vedova nel 1619 con un bambino di sei mesi, senza&#13;
&#13;
�Doc. XXI&#13;
&#13;
— 52&#13;
&#13;
beni di fortuna, illuminata di luce soprannaturale, finì per entrare nel&#13;
monastero delle Orsoline di Tours nel 1631. Nel 1639, partì per il Canadà,&#13;
dove fondò il convento delle Orsoline di Québec. Morì nel 1672, favorita&#13;
dalle più rilevanti grazie celesti. Bossuet la chiamava la Thérèse de son&#13;
&#13;
siècle et de la Nouvelle-France.&#13;
&#13;
Suo figlio Claudio entrò in un convento di Benedettini nel 1642 e&#13;
morì nell 'abbazia di Marmoutiers nel 1696.&#13;
Le lettere di Maria dell ’Tncarnazione sono state sempre considerate&#13;
come fonti storiche sicure ed imparziali. Certamente esse non riguardano&#13;
in particolare tutti gli avvenimenti dell’epoca. Indirizzate per lo più a&#13;
Don Claudio e alle Superiore delle Orsoline di Toiurs, rivestono un carattere d’intimità che non obbligano l ’autrice a delle relazioni complete di&#13;
tutto ciò che avviene nel paese; ma, quello ch’esse riferiscono deve certamente essere considerato come veridico. La Venerabile religiosa è rinchiusa&#13;
in un chiostro, ma le sue relazioni come superiora e insegnante di giovanette nel suo convento, le forniscono molte informazioni. I suoi giudizi&#13;
poi su persone e su avvenimenti riflettono il singolare equilibrio del suo&#13;
spirito ed è per questo che tutti gli storici canadesi hanno apprezzato&#13;
sempre grandemente le sue testimonianze.&#13;
Una minima parte del suo epistolario fu pubblicata dal figlio qualche anno dopo la morte della Venerabile, presso Biliaine a Parigi, nel 1681.&#13;
E un volume in-quarto, diviso in due parti : la prima contiene le lettere&#13;
spirituali e le seconda le lettere storiche della Venerabile Orsolina. Richaudeau ristampò queste lettere a Tournai nel 1816, secondo l ’edizione precedente. Un’edizione definitiva è attualmente in corso per cura di Doni Alberto Jamet, benedettino di Solesmes.&#13;
Per alcune lettere che riportiamo qui, abbiamo seguito l ’edizione di&#13;
Parigi del 1681. Altre, già deposte nell’incartamento della Causa, vengono riprodotte secondo l ’edizione di Richaudeau del 1816.&#13;
&#13;
1&#13;
Ex Epistola ad P. Claudium Martin, O. S. B., suum filium, 1659.&#13;
Ex edit. Parisienm, pp. 640-544.&#13;
Mon très cher et bien-aimé fils.&#13;
Ce m ’a été tute grande privation de voir un navire arrivé et&#13;
de ne point recevoir de lettres de votre part. J ’ai pourtant été&#13;
toujours persuadée que vous m ’aviez écrit; mais j ’ai cru, et je&#13;
ne me suis pas tro;mpée, que vos lettres étaient dans le premier&#13;
vaisseau, qui nous apportait la nouvelle que nous aurions un évê-&#13;
&#13;
�— 59&#13;
&#13;
Doc. XXI&#13;
&#13;
et qu’il n’a point vu cela ailleurs. Notre consolation en tout cela&#13;
est qu’il a eu la bonté de nous donner pour directeur le R. P. Lallemant qui est notre meilleur ami et avec qui nous pouvons traiter eonfidemment. Il a un soin incroyable de nous tant pour le&#13;
spirituel que pour le temporel et il est très bien dans son esprit ;&#13;
il rabat bien des coups qu’il nous serait difficile de supporter.&#13;
J ’attribue tout ceci au zèle de ce très digne prélat; mais comme&#13;
vous savez, mon intime Mère, en matière de règlement l ’expérience le doit emporter par-dessus toutes les spéculations. Quand&#13;
on est bien, il s’y faut tenir, parce que l ’on est assuré qu’on est&#13;
bien; mais en changeant, on ne sait si l ’on sera bien ou mal. Je&#13;
vous ai fait ce récit, ma très chère Mère, afin que vous jugiez si&#13;
nous voulons changer nos constitutions et pour me consoler avec&#13;
vous dans la peine que je souffre sur ce sujet.&#13;
l)e Québec, le 13 septembre 1661.&#13;
6&#13;
Ex Epistola ad P. Claudium Martin, O. S. B ., filium suum, 1662,&#13;
10 augusti. Ex edit. Parisien-si, pp. 571-572.&#13;
La questione del commercio delle bibite inebbrianti coi selvaggi del&#13;
Canada suscitò una vivissima controversia che si prolungò anche dopo la&#13;
morte del Servo di Dio. Da una parte i negozianti e molti ufficiali civili&#13;
dicevano che questo commercio era assolutamente necessario per assicurare l 'avvenire del paese ; d'altra parte il Servo di Dio, il clero e i Gesuiti&#13;
considerando il male originato da questo commercio dicevano che nessuno&#13;
poteva farlo in coscienza. La questione ritornerà ampiamente in molti altri&#13;
documenti. Maria dell'Incarnazione dà qui il suo avviso ed espone la&#13;
condotta del Servo di Dio subito dopo la sua venuta nel Canadà.&#13;
&#13;
Mon très cher fils.&#13;
Je vous ai parlé dans une autre lettre d ’une croix que je vous&#13;
disais m ’être plus pesante que toutes les hostilités des Iroquois.&#13;
Voici en quoi elle consiste. Il y a en ce pays des Français si misérables et sans crainte de Dieu, qu’ils perdent tous nos nouveaux&#13;
Chrétiens, leur donnant des boissons très violentes, comme de vin&#13;
et d ’eau-de-vie xtour tirer d ’eux des castors. Ces boissons perdent&#13;
tous ces pauvres gens, les hommes, les femmes, les garçons et les&#13;
filles même; car chacun est maître dans la cabane quand il s’agit&#13;
&#13;
�Doc. XXI&#13;
&#13;
— 60 —&#13;
&#13;
de manger et de boire. Ils sont pris tout aussitôt et deviennent&#13;
comme furieux. Ils courent nus avec des épées et d ’autres armes&#13;
et font fuir tout le monde, soit de jour soit de nuit; ils courent&#13;
par Québec sans que personne les puisse empêcher. Il s’ensuit&#13;
de là des meurtres, des violements, des brutalités monstreuses et&#13;
inouïes. Les Révérends Pères ont fait leur possible pour arrêter&#13;
le mal tant du côté des Français que de la part des sauvages. Tous&#13;
leurs efforts ont été vains. Nos filles sauvages externes venant à&#13;
nos classes, nous leur avons fait voir le mal où elles se précipitent&#13;
en suivant l ’exemple de leurs parents; elles n ’ont pas remis depuis le pied chez nous. Le naturel des sauvages est comme cela.&#13;
Ils font tout ce qu’ils voient faire à ceux de leur nation en matière de mœurs, à moins qu ’ils ne soient bien affermis dans la morale chrétienne. Un capitaine algonquin, excellent chrétien et le&#13;
premier baptisé du Canada, nous rendant visite, se plaignait disant: « Onontio (c’est M. le Gouverneur) nous tue de permettre&#13;
qu’on nous donne des boissons». Nous lui répondîmes: «Dis-lui&#13;
qu’il le défende». - « J e lui ai déjà dit deux fois, repartit-il, et&#13;
cependant il n ’en fait rien. Mais priez-le vous-mêmes d ’en faire&#13;
la défense, peut-être vous obéira-t-il».&#13;
C ’est une chose déplorable de voir les accidents funestes qui&#13;
naissent de ce trafic. Mgr notre Prélat a fait tout ce qui se peut&#13;
imaginer pour en arrêter le cours comme une chose qui ne tend&#13;
à rien moins qu’à la destruction de la foi et de la religion dans&#13;
ces contrées. Il a employé toute sa douceur ordinaire pour détourner les Français de ce commerce si contraire à la gloire de Dieu&#13;
et au salut des sauvages. Us ont méprisé ses remontrances, parce&#13;
qu’ils sont maintenus par une puissance séculière qui a la main&#13;
forte. Ils lui disent que partout les boissons sont permises. On&#13;
leur répond que dans une nouvelle Église et parmi des peuples&#13;
non policés, elles ne doivent pas l ’être, puisque l ’expérience fait&#13;
voir qu ’elles sont contraires à la propagation de la foi et aux bonnes moeurs que l ’on doit attendre des nouveaux convertis. La raison n ’a pas fait plus que la douceur. Il y a eu d ’autres contestations très grandes sur ce sujet. Mais enfin le zèle de la gloire de&#13;
Dieu a emporté notre prélat et l ’a obligé d ’excommunier ceux qui&#13;
exerceraient ce trafic. Ce coup de foudre ne les a pas plus étonnés&#13;
que le reste. Us n ’en ont tenu compte, en disant que l ’Eglise n ’a&#13;
point de pouvoir sur les affaires de cette nature.&#13;
&#13;
�— 61&#13;
&#13;
Doe. XXI&#13;
&#13;
Les affaires étant à cette extrémité, il s’embarque pour passer en France, afin de chercher les moyens de pourvoir à ces désordres qui tirent après eux tant d ’accidents funestes. Il a pensé&#13;
mourir de douleur à ce sujet et on le voit sécher sur le pied. Je&#13;
crois que s’il ne peut venir à bout de son dessein, il ne reviendra&#13;
pas; ce qui serait une perte irréparable pour cette nouvelle Église&#13;
et pour tous les pauvres Français. Il se fait pauvre pour les assister et pour dire en un mot tout ce que je conçois de son mérite,&#13;
il porte les marques et le caractère d ’un saint. Je vous prie de&#13;
recommander et de faire recommander à Notre-Seigneur une affaire si importante et qu ’il lui plaise de nous renvoyer notre bon&#13;
prélat, père et véritable pasteur des âmes qui lui sont commises.&#13;
Vous voyez que ma lettre ne parle que de l ’affaire qui me&#13;
presse le plus le cœur, parce que j ’y vois la majesté de Dieu déshonorée, l ’Église méprisée et les âmes dans le danger évident de&#13;
se perdre. Mes autres lettres répondront aux vôtres.&#13;
De Québec, le 10 d ’août 1662.&#13;
&#13;
7&#13;
Ex Epistola ad P. Claudium Martin, O. S. B., filium smon, 1662,&#13;
septembris. Ex edit. Parisiemi, pp. 080-582.&#13;
De plus l ’on a découvert qu’il y a des sorciers et magiciens&#13;
en ce pays. Cela a paru à 1’oceasion d ’un meunier, qui était passé&#13;
de France au même temps que Mgr notre Évêque et à qui Sa&#13;
Grandeur avait fait faire abjuration de l ’hérésie, parce qu’il&#13;
était huguenot. Cet homme voulait épouser une fille qui était&#13;
passée avec son père et sa mère dans le même vaisseau, disant&#13;
qu’elle lui avait été promise; mais parce que c ’était un homme&#13;
de mauvaises mœurs, on ne le voulut jamais écouter. Après ce refus, il voulut parvenir à ses fins par les ruses de son art diabolique. Il faisait venir les démons ou esprits follets dans la maison&#13;
de la fille avec des spectres qui lui donnaient bien de la peine&#13;
et de l ’effroi. L ’on ignorait pourtant la cause de cette nouveauté,&#13;
jusqu’à ce que le magicien paraissant, l ’on eût sujet de croire qu’il&#13;
y avait du maléfice de la part de ce misérable; car il lui paraissait jour et nuit, quelquefois seul et quelquefois accompagné de&#13;
&#13;
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                  <text>&lt;span&gt;Copie typographiée et annotée en italien et en français, publiée dans &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;&lt;span&gt;, 1956, Doc. 21.6&lt;/span&gt;</text>
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                  <text>1662 (10 août)&#13;
&#13;
Bibl. Nat., Impr. 8 ° L d&#13;
2&#13;
"lettres de la Mère M a r i e ’de&#13;
1 *Incarnation", paris, 1681 ,&#13;
pp. 571-572. (Lettre histori­&#13;
que IXLIl)&#13;
&#13;
Mari© de l ’Incarnation à son fils Dom Claude Martin,O.S.B.&#13;
Mon tres-cher Fils. Je vous ay parlé dans une autre lettre&#13;
d ’une croix que je vous disois m ’être plus pesante que toutes les&#13;
hostilités des Hiroquois. Yoici en quoi elle consiste. Il y a en&#13;
ce païs des François si misérables &amp; sans crainte de Dieu, q u ’ils&#13;
perdent, tous nos nouveaux chrétiens leur donnant des boissons tresviolentes, comme de vin &amp; d ’eau de vie pour tirer d ’eux des castors.&#13;
Ces boissons perdent tous ces pauvres gens, les hommes, les femmes,&#13;
les garçons &amp; les filles même; car chacun est maître dans la cabane&#13;
quand il s ’agit de manger &amp; de boire, ils sont pris tout aussi-tôt&#13;
&amp; deviennent oomme furieux. Ils courent nuds avec des epées &amp; d ’au­&#13;
tres armes, &amp; font fuir tout le monde, soit de jour soit de nuit,&#13;
ils courent par Quebec sans que personne les puisse empêcher. Il&#13;
s ’ensuit de là des meurtres, des violemens, des brutalitez mons­&#13;
trueuses &amp; inouïes. Les Reverends Peres ont fait leur possible&#13;
pour arrêter le mal tant du côté des François que de la part des&#13;
Sauvages, tous leurs efforts ont été vains. Nos filles Sauvages&#13;
externes venant à nos classes, nous leur avons fait voir le mal oh&#13;
elles se précipitent en suivant l ’exemple de leurs parens, elles&#13;
n ’ont pas remis depuis le pied ohez-nous* Le naturel des sauvages&#13;
est comme cela: Ils font tout 0$ q u ’ils voient faire à ceux de&#13;
leur Nation en matière de moeurs, à moins q u ’ils ne soient bien af-&#13;
&#13;
�-&#13;
&#13;
2&#13;
&#13;
t&#13;
&#13;
fermia dans la morale chrétienne. Un Capitaine Algonquin excel­&#13;
lent chrétien &amp; le premier baptisé du canada noua rendant visite&#13;
se plaignoit disant: Onontio, c’est Monsieur le Gouverneur, noua&#13;
tuë, de permettre qu’on nous donne des boissons. Nous lui répondimes: dis-lui qu’il le defende. Je lui ay déjà dit deux fois, repar­&#13;
tit-il, &amp; cependant il n ’en fait rien: Mais priez-le vous-même d ’en&#13;
faire la defense, peut-être vous obeïra-t-il.&#13;
C ’est une chose déplorable de voir les accidens funestes qui&#13;
naissent de ce trafio. Monseigneur nôtre Prélat a fait tout ce qui&#13;
se peut imaginer pour en arrêter le cours comme une chose qui ne&#13;
tend à rien moins qu’à la destruction de la foy k de la Religion&#13;
dans ces contrées. Il a employé toute sa douceur ordinaire pour dé­&#13;
tourner les François de ce commerce si contraire à la gloire de&#13;
Dieu, &amp; au salut des Sauvages. Ils ont méprisé ses remontrances,&#13;
parce qu’ils sont maintenus par une puissance seculiere qui a la&#13;
main forte. Il lui disent que par tout les boissons sont permises.&#13;
On leur répond que dans une nouvelle Eglise, &amp; parmi des peuples non&#13;
polioez, elles ne doivent pas être, puisque l ’experienoe fait voir&#13;
qu’elles sont contraires à la propagation de la foy, &amp; aux bonnes&#13;
moeurs que l ’on doit attendre des nouveaux convertis. La raison n ’a&#13;
pas fait plus que la douceur. Il y a eu d'autres contestations très&#13;
grandes sur ce sujet: Mais enfin le zele de la gloire de Dieu a em­&#13;
porté nôtre Prélat k l ’a obligé d’exoommunler ceux qui exerceroient&#13;
ce trafic. Ce coup de foudre ne les a pas plus étonnez que le reste:&#13;
Ils n ’en ont tenu conte en disant que l ’Eglise n ’a point de pouvoir&#13;
sur les affaires de cette nature.&#13;
Les affaires étant à cette extrémité, il s ’embarque pour pas­&#13;
&#13;
�-&#13;
&#13;
3&#13;
&#13;
-&#13;
&#13;
ser en Franoe, afin de chercher les moiens de pourvoir à ces dé­&#13;
sordres qui tirent apres eux tant d ’accidens funestes. Il a pensé&#13;
mourir de douleur à ce sujet, &amp; on le voit seicher sur le pied.&#13;
Je croi que s*il ne peut venir à bout de son dessein, il ne revien­&#13;
dra pas, ce qui seroit une perte irréparable pour cette nouvelle&#13;
Eglise, &amp; pour tous les pauvres François: Il se fait pauvre pour&#13;
les assister, &amp; pour dire en un mot tout ce que je conçois de son&#13;
mérité, il porte les marques &amp; le caractère d ’un saint. Je vous&#13;
prie de recommander, &amp; de faire recommander à nôtre seigneur une&#13;
affaire si importante, &amp; q u ’il lui plaise de nous renvoler nôtre&#13;
bon Prélat, Père et véritable Pasteur des âmes qui lui sont commi­&#13;
ses.&#13;
Tous voïez que ma lettre ne parle que de l ’affaire qui me&#13;
presse le plus le coeur, paroeque j ’y vol la majesté de Dieu des­&#13;
honorée, l ’Eglise méprisée, &amp; les âmes dans le danger évident de&#13;
se perdre. Mes autres lettres répondront aux vôtres.&#13;
De Quebec, le 10 d ’Aoust 1662.&#13;
&#13;
Copié à la Bibliothèque Nationale, Paris, le 17 août 19 33 ,&#13;
Georges-Ed. Deniers, ptre.&#13;
&#13;
�</text>
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                  <text>&lt;span&gt;Copie dactylographiée en français classique par G.-É. Demers, v. 1930, et conservée au Centre d’animation François-De Laval&lt;/span&gt;</text>
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                <text>Cette collection comprend les documents contemporains de François de Laval dont il est l’auteur, le destinataire ou le sujet couvrant la période de 1623 à 1710 : correspondance, rapports, témoignages, actes. etc.</text>
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            <text>Dubois Davaugour, Pierre, m. 1664</text>
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              <text>Marie de l'Incarnation, sainte, 1599-1672</text>
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              <text>Lettre de Marie de l’Incarnation à son fils (Québec, 10 août 1662)</text>
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              <text>La fondatrice des Ursulines de Québec souligne les ravages des boissons enivrantes et les efforts de Laval, vicaire apostolique au Canada, pour endiguer ce mal. Il a prononcé une sentence d’excommunication contre les trafiquants d’eau-de-vie le 6 mai 1660.</text>
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              <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;Original détruit, après copie par C. Martin&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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          <name>Relation</name>
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              <text>Martin, Claude, 1619-1696</text>
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          <name>Has Version</name>
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              <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/10738" class="show" title="Voir les métadonnées du fichier"&gt;Introduction en français moderne aux Docs. 21&lt;/a&gt; de &lt;em&gt;Altera Nova Positio &lt;/em&gt;revue et augmentée, 2023&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/10737" class="show" title="Voir les métadonnées du fichier"&gt;Copie typographiée et annotée en français moderne&lt;/a&gt; par le Séminaire de Québec et publiée dans&lt;span&gt; &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;&lt;span&gt; &lt;/span&gt;revue et augmentée, 2023, Doc. 21-5&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/9700" class="show" title="Voir les métadonnées du fichier"&gt;Copie typographiée et annotée en italien et en français&lt;/a&gt;, publiée dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;, 1956, Doc. 21-6&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://archive.org/details/trent_0116300951831/mode/2up"&gt;Copie typographiée et annotée en français classique&lt;/a&gt; publiée dans G. Oury, &lt;em&gt;Marie de l'Incarnation (1599-1672)&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;Correspondance&lt;/em&gt;, Solemnes, 1971, Lettre 201, p. 681-682 (Ce livre peut être emprunté, une heure à la fois via Internet Archives. Nécessite un abonnement à Internet Archives.)&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/9702" class="show" title="Voir les métadonnées du fichier"&gt;Copie dactylographiée en français classique&lt;/a&gt; par G.-É. Demers, v. 1930, et conservée au Centre d’animation François-De Laval&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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      <name>Affaire de la traite des boissons enivrantes (1659-1708)</name>
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      <name>Commerce et industrie</name>
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      <name>Sacrements, sacramentaux et exclusions</name>
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