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                    <text>Doc. LXIX&#13;
Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec,&#13;
par l’abbé Bertrand de La Tour, Colonies Agrippine, 1761&#13;
1° La première biographie du Serviteur de Dieu&#13;
À première vue, c’est un fait curieux que, parmi tant d’amis et d’admirateurs&#13;
contemporains du Serviteur de Dieu, personne n’ait tenté d’en écrire la vie tout de suite&#13;
après sa mort. Ce serait cependant une erreur d’en conclure que sa mémoire n’était pas&#13;
considérée comme digne de passer à l’histoire. Il est peut-être arrivé ici ce qui survient&#13;
souvent à la mort de personnages remarquables ; c’est-à-dire que plus la figure est&#13;
complexe, tant de sa personne que de ses fonctions, plus il est difficile de trouver un auteur&#13;
qui ait le talent et le courage de faire revivre cette figure dans une biographie, par crainte&#13;
que ses lecteurs la trouvent trop pauvre. Il est certain qu’à Québec, à l’époque, il n’y avait&#13;
pas d’écrivain prêt pour un tel travail. L’abbé de La Colombière, qui écrivit l’oraison&#13;
funèbre du Serviteur de Dieu (Doc. LX-2), aurait pu tenter l’expérience ; mais peut-être&#13;
que, connaissant de près le Serviteur de Dieu, il comprit plus que tout autre combien ardue&#13;
aurait été la tâche : ardue par l’étendue du travail, puisqu’écrire la vie de M gr de Laval&#13;
signifiait retracer l’histoire religieuse et politique du Canada de la seconde moitié du 17 e&#13;
siècle, et ardue par la délicatesse de certains sujets, puisque le successeur, Mgr de SaintVallier, vécut jusqu’en 1727 et qu’il aurait dû omettre plusieurs faits depuis 1684 ou les&#13;
présenter de façon à ne pas causer d’impairs avec l’évêque.&#13;
Pour surmonter ces difficultés, on avait besoin de quelqu’un qui venait de l’extérieur, de&#13;
moins lié au milieu. Il devait aussi savoir bien écrire et avoir la volonté de réaliser quelque&#13;
chose de bien, tout en ne cherchant pas à atteindre la perfection.&#13;
Cet homme arriva à Québec en 1729 : l’abbé Bertrand de La Tour, écrivain pressé mais&#13;
très fécond.&#13;
2° L’auteur, Bertrand de La Tour&#13;
Bertrand de La Tour naquit à Toulouse vers 1700. Il étudia à Paris au Séminaire SaintSulpice, et poursuivit à La Sorbonne un doctorat in utroque1. Il partit très jeune pour le&#13;
Canada, en 1729, avec Mgr Dosquet, nommé coadjuteur de Québec. Homme de très grandes&#13;
qualités et très cultivé, l’abbé de La Tour reçut immédiatement plusieurs tâches&#13;
importantes : il fut doyen du chapitre, conseiller ecclésiastique du Conseil souverain et&#13;
vicaire général. En 1731, l’évêque l’envoya en France pour traiter de diverses affaires&#13;
auprès de la Cour royale. Il avait à cœur de retourner au Canada, mais son séjour se&#13;
prolongea plus longtemps que prévu. Il se rendit au diocèse de Tours, où il fut nommé juge&#13;
ecclésiastique, puis, en 1740, il passa à Montauban comme curé de Saint-Jacques. Alors, il&#13;
renonça définitivement au Canada. Il fut ensuite vicaire général du diocèse de Montauban&#13;
et doyen du chapitre, puis, devenu âgé, il se retira dans la maison des Frères des écoles&#13;
chrétiennes de cette même ville, où il mourut le 19 janvier 1780.&#13;
Comme on l’a dit, l’abbé de La Tour fut un auteur très fécond. Il publia 70 volumes sur des&#13;
sujets très divers : oratoire, droit canonique, histoire, liturgie, etc. Jacques-Paul Migne&#13;
songea en 1855 à republier toutes ses œuvres : Œuvres complètes de De La Tour (en sept&#13;
volumes). Dans le 1er volume, Migne lui-même, dans une phrase un peu emphatique, porte&#13;
sur l’abbé de La Tour le jugement suivant :&#13;
1&#13;
&#13;
NDLR : Un doctorat en loi civile et droit canon.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�De La Tour est le prêtre du monde entier qui a le plus fait pour la liturgie romaine.&#13;
Si la cause de cette liturgie est aujourd’hui gagnée en France, c’est surtout à lui&#13;
qu’on le doit. Le R. P. Guéranger est sans doute pour beaucoup dans cette victoire&#13;
[…] ; mais de La Tour a été le principal athlète, bien qu’athlète caché […] Malgré&#13;
son style souvent diffus et incorrect, cet écrivain est le plus original et le plus&#13;
piquant, le plus courageux et le plus vigoureux qui se puisse imaginer ; et il est tout&#13;
cela dans ses discours et ses écrits de toute sorte, comme dans la liturgie et le droit&#13;
canon. Les jansénistes outrés ne connaissent que trop la nature des ouvrages de&#13;
M. de La Tour et l’impulsion qu’ils devaient donner aux idées romaines ; car malgré&#13;
son mérite réel, ils sont parvenus, pour ainsi dire, à l’étouffer […]. Près de 80 ans&#13;
se sont passés depuis qu’il a écrit et on serait tenté de croire qu’il a écrit hier. Malgré&#13;
tout ce qui a paru depuis 30 ans sur les discussions canoniques et liturgiques ;&#13;
malgré tous les mandements sur la matière, il n’aurait que peu de choses à effacer&#13;
ou à ajouter. Il a presque tout prévu, arguments pour sa cause et résolution des&#13;
objections adverses, il est convaincu, caustique, irrésistible.&#13;
Comme homme et prêtre, l’abbé de La Tour fut de vie irréprochable ; il était simple et de&#13;
vie frugale ; et malgré sa réputation d’orateur et son activité littéraire, il remplissait ses&#13;
fonctions de curé de Saint-Jacques avec grand soin et il se distingua particulièrement pour&#13;
son amour envers les pauvres. Il voulut même, après sa mort, être enseveli au milieu d’eux.&#13;
Dans son activité d’écrivain, il fut toujours orthodoxe et défendit avec vigueur les droits&#13;
du Siège apostolique. Cela fut particulièrement apparent lorsqu’en 1762, alors qu’il était&#13;
vicaire capitulaire de Montauban, Mgr de Breteuil, favorable aux théories gallicanes, fut élu&#13;
évêque de ce siège épiscopal. Alors, l’abbé de La Tour s’engagea plus que jamais pour&#13;
défendre les droits du Saint-Siège et pour l’introduction de la liturgie romaine en France.&#13;
Parmi les œuvres historiques de l’abbé de La Tour, la biographie de Mgr de Laval occupe&#13;
une place importante. C’est la première œuvre qui s’intéresse d’une manière générale à&#13;
l’histoire religieuse du Canada au 17e siècle.&#13;
3° L’état des informations de l’auteur&#13;
Venons-en à la question qui nous intéresse directement, soit la valeur que nous devons&#13;
donner à cette vie de Mgr de Laval.&#13;
Nous devons d’abord nous demander quelles informations avait l’abbé de La Tour au sujet&#13;
de Mgr de Laval, qu’il ne connut pas personnellement.&#13;
Lorsque l’abbé de La Tour arriva à Québec en 1729, à peine 20 ans s’étaient écoulés depuis&#13;
la mort du Serviteur de Dieu, et sa mémoire était indubitablement vive et marquée. Ceci&#13;
devait être séduisant pour un écrivain de profession comme l’abbé de La Tour, qui se&#13;
préoccupa tout de suite de commencer à recueillir le matériel et surtout les récits et les&#13;
témoignages de ceux qui avaient vécu avec le Serviteur de Dieu et qui pouvaient relater&#13;
personnellement des faits et des circonstances. L’auteur écrivit dans son introduction qu’il&#13;
avait rassemblé de telles informations : « C’est sur de bons mémoires et sur le rapport d’un&#13;
grand nombre de personnes qui avaient connu le saint évêque que l’auteur, durant son&#13;
séjour à Québec, a rassemblé les faits divers dont il rend compte au public. » (p. 1166)&#13;
Faisant allusion ensuite aux frères et sœurs laïcs du Séminaire de Québec, il écrivit : « J’ai&#13;
vu cinq à six frères et autant de sœurs, qui m’ont parlé avec une vénération infinie de leur&#13;
ancien maître, dont ils m’ont appris bien des particularités que j’ai insérées dans cette&#13;
histoire. » (p. 1255) Un de ces frères du Séminaire interrogés devait certainement être le&#13;
remarquable frère Houssart. On peut aussi supposer que l’abbé de La Tour eut entre les&#13;
mains la lettre de Houssart (Doc. LXI). Le fait qu’il ne la cite pas ne veut rien dire ; il devait&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�certainement la réserver pour le 2e ou le 3e volume, là où il aurait traité de la vie privée du&#13;
Serviteur de Dieu après sa démission comme évêque de Québec.&#13;
En plus des témoignages oraux, l’abbé de La Tour chercha probablement des sources&#13;
écrites qui traitaient de son sujet. Puisqu’il occupa les charges de doyen du chapitre et de&#13;
vicaire général à Québec, il lui fut facile de consulter les principales archives, surtout celles&#13;
de l’évêché et celles du Séminaire. Il fit allusion à des notes et à des copies de manuscrits&#13;
qu’il avait recueillies. Il est donc facile de supposer que lors de son départ pour la France,&#13;
deux ans plus tard, il avait tout le matériel nécessaire avec lui. Nous savons aussi qu’il&#13;
correspondit avec le Canada et qu’il continua à demander des informations et des&#13;
documents. En 1750, par exemple, il écrivit aux sœurs de l’Hôpital général de Québec :&#13;
« Si vous voulez m’envoyer des mémoires sur votre communauté ou sur M. de SaintVallier, j’en ferai usage dans ce qui me reste de la vie de M. de Laval. » (Cité dans Mgr de&#13;
Saint-Vallier et l’Hôpital général de Québec, Québec, 1882, p. 297.) De plus, nous sommes&#13;
d’avis que les longues notes insérées dans le Livre VIII des Mémoires (p. 809-825) sur&#13;
Jeanne Mance et l’Hôtel-Dieu de Montréal et sur mère Marguerite Bourgeoys et la&#13;
Congrégation de Notre-Dame proviennent de réponses à de semblables demandes.&#13;
En plus de la documentation directe, l’abbé de La Tour connut et utilisa la littérature&#13;
principale sur l’histoire du Canada, qui comptait déjà, à l’époque où il écrivait, un certain&#13;
nombre d’œuvres imprimées, comme les Relations des Jésuites, Les Lettres de la vénérable&#13;
mère Marie de l’Incarnation (Paris, 1681), la Vie de la mère Marie de l’Incarnation du&#13;
P. de Charlevoix (Paris, 1724), Histoire et description générale de la Nouvelle-France du&#13;
même auteur (Paris, 1744), etc.&#13;
L’état des informations utilisées par l’abbé de La Tour fut certainement bon. Les deux&#13;
années à Québec lui avaient révélé le milieu et l’avaient mis en mesure de comprendre et&#13;
d’évaluer à sa juste valeur l’œuvre du Serviteur de Dieu. La documentation écrite lui avait&#13;
fourni plusieurs notes concrètes et les informations orales lui avaient fait connaître de plus&#13;
près la figure du saint évêque.&#13;
Comment l’abbé de La Tour utilisa-t-il ce matériel ? Disons tout de suite que les grandes&#13;
lignes de la figure de Mgr de Laval ont été tracées d’une main sûre et vraie et avec juste&#13;
mesure ; toutefois, il faut reconnaître que la biographie a des déficiences.&#13;
4° La biographie n’est pas complète&#13;
D’abord, cette biographie n’est pas terminée ; et ceci est un point qui doit être éclairci. Hors&#13;
de tout doute, elle est incomplète ; à la fin du volume, on lit : « Fin du premier tome ». Au&#13;
moins un autre tome devait suivre. De plus, bien qu’elle comprenne des faits qui&#13;
surviennent à une période postérieure à la mort du Serviteur de Dieu, il est certain que la&#13;
suite chronologique des faits de la dernière période de la vie du Serviteur de Dieu manque,&#13;
y compris son décès, ce qui n’est pas plausible pour une œuvre complète. Un argument met&#13;
fin au débat : l’abbé de La Tour, dans sa lettre de 1750 aux sœurs de l’Hôpital général de&#13;
Québec signalée plus haut, affirma qu’il continuait à écrire la Vie de Mgr de Laval et&#13;
demanda des documents qu’il se proposait d’utiliser dans le 2e ou dans le 3e volume :&#13;
Vous verrez l’année prochaine deux ouvrages que je fais imprimer : le 1er tome de&#13;
la Vie de Mgr de Laval et les Annales de l’Hôtel-Dieu. Si vous voulez m’envoyer&#13;
des mémoires sur votre communauté ou sur M. de Saint-Vallier, j’en ferai usage&#13;
dans ce qui me reste de la Vie de M. de Laval. J’en suis à présent au temps de&#13;
l’élection de son successeur ; ainsi tout ce que vous me communiquerez pourra&#13;
trouver place dans le 2e ou 3e volume. (Cité dans Mgr de Saint-Vallier et l’Hôpital&#13;
général de Québec, Québec, 1882, p. 297.)&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Notons ici quelques faits intéressants. On voit que le 1er tome, celui que nous avons et qui&#13;
fut publié en 1761, était déjà terminé en 1750 et qu’il devait être publié l’année suivante&#13;
avec l’Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec, qui fut en fait publiée cette année-là. On déduit&#13;
qu’en cette même année 1750, l’abbé de La Tour était en train de rédiger le 2e volume de&#13;
sa Vie de Mgr de Laval et il en promettait un 3e. Pour quelle raison la publication du 1er&#13;
volume fut-elle retardée de dix ans et celle du 2e et du 3e n’eurent pas de suite ?&#13;
Ce dernier point a porté les responsables de l’enquête à former une objection qui, à&#13;
première vue, semble plutôt sérieuse. On a fait l’objection (Aliae Novae Animadversiones&#13;
no 12) que le motif de l’annulation de la publication pourrait être que la suite n’était pas&#13;
favorable au Serviteur de Dieu. Ceci semble vraisemblable lorsqu’on pense que le&#13;
2e volume devait traiter de la délicate question des relations de Mgr de Laval avec son&#13;
successeur.&#13;
Lorsque l’avocat de la Cause compilera la réponse à cette objection, il nous sera redevable&#13;
de trouver dans cette Positio une note jusqu’ici inconnue. M. Jacques Viger, remarquable&#13;
érudit canadien du siècle dernier (1787-1858), qui recueillit une quantité énorme de notes&#13;
à caractère historique sur le Canada, écrivit à la fin de son exemplaire de la vie du Serviteur&#13;
de Dieu par de La Tour (exemplaire aujourd’hui conservé aux Archives du Séminaire de&#13;
Québec) la note suivante :&#13;
L’exemplaire de l’abbé Vemey porte la note manuscrite suivante : « L’abbé de&#13;
La Tour de Montauban est l’auteur de cette Vie, dont il n’a paru que le 1 er tome ; la&#13;
famille de Mgr de Saint-Vallier s’est opposée à la publication du 2e, parce qu’il était&#13;
fort maltraité. L’abbé de La Tour m’avait promis une copie manuscrite de ce&#13;
2e tome, mais il n’a pas tenu sa parole. Je l’ai connu à Pau en 1764 ; revenu à Paris&#13;
en 1765, j’eus avec lui une correspondance jusqu’à sa mort. »&#13;
Ainsi, Viger eut entre les mains, nous ne savons d’où, un exemplaire de la biographie de&#13;
La Tour appartenant à l’abbé Vemey, qui, comme on le déduit de la note, était en relation&#13;
avec l’abbé de La Tour. La note que Vemey donne au sujet de ce qui empêcha la publication&#13;
du 2e volume, c’est-à-dire l’opposition de la famille de Mgr de Saint-Vallier, mérite d’être&#13;
prise en haute considération. Naturellement, une des tâches de la Section historique dans&#13;
ce cas-ci était de chercher le manuscrit de ce 2e volume (peut-être aussi d’un 3e) non publié.&#13;
À dire vrai, ces recherches avaient déjà été faites par les historiens canadiens et, entre&#13;
autres, par Mgr A. E. Gosselin, archiviste du Séminaire de Québec. Pour notre compte,&#13;
l’abbé Georges-Édouard Demers a aussi fait à ce sujet de nouvelles et diligentes recherches&#13;
à Paris, à Montauban, à Amiens, etc. Malheureusement, on n’a trouvé aucune trace de ce&#13;
manuscrit. Il semble que tous les dossiers et les livres de l’abbé de La Tour aient été perdus&#13;
durant la Révolution française (cf. Camille Daux, Histoire de l’Église de Montauban, 1882,&#13;
vol. 2, fascicule VI, p. 37-38).&#13;
5° Les défauts de la biographie&#13;
En plus d’être incomplète, la biographie écrite par l’abbé de La Tour présente aussi des&#13;
défauts. Le principal est la forme ; il y a un peu de désordre, dû en partie à la manière rapide&#13;
et empressée de l’abbé et en partie par le fait qu’en plus de la vie du Serviteur de Dieu, il&#13;
voulait ajouter une ébauche de l’histoire religieuse du Canada ; la matière s’empilât dans&#13;
ses mains et il ne fut pas facile de la maîtriser. Il y a donc des digressions, des choses&#13;
placées avant ou après les faits, d’où un malaise chez le lecteur qui tient au déroulement de&#13;
la narration. L’autre défaut est les fréquentes inexactitudes, spécialement dans les dates et&#13;
les noms, comme on peut le voir par les notes que nous ajoutons à notre texte.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�6° Les points positifs et valeur de la biographie&#13;
Tout ce qui précède ne démolit pas la valeur de cette biographie. L’abbé de La Tour n’est&#13;
pas un faussaire ni un écrivain dépourvu d’intelligence, de probité ou d’équilibre de&#13;
jugement. Un examen comparatif du texte avec les sources écrites qu’il utilise nous le&#13;
montre. Cela augmente notre confiance sur les informations orales des témoins&#13;
contemporains qu’il transmet.&#13;
Comme appréciation générale de l’œuvre, on peut dire que l’abbé de La Tour nous donne&#13;
fidèlement les traits essentiels de la vie et de l’activité religieuse du Serviteur de Dieu au&#13;
long des diverses périodes de sa vie jusqu’à sa démission. Même les questions parfois&#13;
épineuses qui surviennent, comme ses relations avec les gouverneurs, la question du&#13;
commerce des boissons enivrantes avec les Autochtones et ses relations avec les Récollets,&#13;
sont attentivement étudiées et décrites avec leur contexte. Il y a aussi un point pour lequel&#13;
l’abbé de La Tour mérite une reconnaissance particulière, celui de la jeunesse du Serviteur&#13;
de Dieu qui était moins connue.&#13;
Enfin, le grand mérite de l’abbé de La Tour est celui d’avoir situé la vie et l’activité du&#13;
Serviteur de Dieu dans son époque et dans son milieu, que l’auteur connut parfaitement.&#13;
(Sur le prêtre Bertrand de La Tour et sa biographie de Mgr de Laval, cf. Migne, Œuvres&#13;
complètes de De La Tour, Paris, 1855 ; C. Daux, Histoire de l’Église de Montauban,&#13;
Montauban, 1882, t. 2, fascicules V et VI ; P. J. O. Chauveau, Bertrand de La Tour, Lévis,&#13;
1898 ; J.-Edmond Roy, « Le premier historien de Mgr de Laval », dans Nouvelle-France,&#13;
juin 1908, p. 253-260 ; H.-A. Scott, Louis Bertrand de La Tour et son œuvre, Rapport de&#13;
la Société royale du Canada, 1928, série III, p. 113-140.)&#13;
7° Notre édition&#13;
Pour les raisons exposées plus haut, malgré les digressions qui n’intéressent la vie du&#13;
Serviteur de Dieu que de loin, nous avons cru opportun de reproduire intégralement le texte&#13;
des Mémoires sur la Vie de M. de Laval de l’abbé de La Tour.&#13;
Nous prenons le texte de la 1re édition, celle de Cologne de 1761. Le texte de la 2e édition&#13;
(Montauban, 1762), certainement parue du vivant de La Tour, ne présente aucune&#13;
différence. Nous saisissons l’occasion pour faire remarquer l’existence d’un manuscrit&#13;
conservé à Amiens (Bibliothèque municipale, no 468), qui contient le texte intégral de ces&#13;
Mémoires sur la Vie de M. de Laval, uni à la Vie de M. l’abbé Caulet, écrite aussi par l’abbé&#13;
de La Tour.&#13;
Ce manuscrit n’est certainement pas de la main de La Tour. En ce qui concerne notre texte,&#13;
après une attentive révision, nous pouvons affirmer qu’il ne présente aucune différence&#13;
notable avec le texte imprimé ; c’est pourquoi nous n’en tenons pas compte.&#13;
Nous avons fait allusion à de fréquentes inexactitudes chez l’abbé de La Tour, spécialement&#13;
en ce qui concerne les dates et les noms. Lorsque ces erreurs ont directement trait à la vie&#13;
du Serviteur de Dieu, nous avons cru opportun de les signaler et de les corriger ; d’où un&#13;
nombre considérable de notes qui nous seront certainement utiles 2.&#13;
&#13;
NDLR : Nous avons mis les passages traitant uniquement de l’histoire du Canada et n’ayant aucun lien&#13;
avec Mgr de Laval en gris pâle.&#13;
2&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Mémoires sur la vie de M. de Laval,&#13;
premier évêque de Québec,&#13;
à Cologne, chez Jean-Frédéric Mortiens, 1761&#13;
Préface&#13;
On a tant écrit sur le Canada qu’il semble inutile de traiter encore une matière si&#13;
peu étendue et qu’on regarde comme épuisée. Cependant, il nous manque une&#13;
histoire sur ce vaste pays : c’est une histoire ecclésiastique. Sans doute on n’aura&#13;
point à y traiter des conciles, des hérésies, des conversions des princes, des&#13;
renversements d’empires, qui remplissent les fastes de l’Église ; mais on y trouvera&#13;
les vertus les plus édifiantes, un zèle soutenu au milieu de tout ce qui devait le&#13;
plus le rebuter, une constance inébranlable dans les tourments les plus horribles,&#13;
une humilité, une mortification, une charité qui, aux yeux de Dieu, ne cède en rien&#13;
à l’héroïsme des premiers siècles. Les lettres annuelles des Jésuites en ont&#13;
longtemps fourni une foule d’exemples ; mais ce sont des matériaux épars, sans&#13;
ordre et sans liaison, dont il faudrait faire un cours d’histoire. En attendant que&#13;
quelque bonne plume mette au jour ces trésors cachés de la grâce, on entreprend&#13;
d’en donner une ébauche dans la vie du premier évêque de Québec, François&#13;
de Montmorency-Laval, que personne encore n’a donnée. Cette vie tient à tout ce&#13;
qui s’est passé de remarquable dans la Nouvelle-France pendant près de 50 ans.&#13;
C’est sur de bons mémoires et sur le rapport d’un grand nombre de personnes qui&#13;
avaient connu le saint évêque que l’auteur, pendant son séjour à Québec, a&#13;
rassemblé les divers faits dont il rend compte au public. On en trouvera même de&#13;
plus importants dans d’autres ouvrages, quoique d’une manière moins détaillée.&#13;
Personne n’ignore combien est illustre la maison de Montmorency. Elle compte six&#13;
connétables, 12 maréchaux de France, de grands chambellans, de grands&#13;
bouteillers, une foule d’évêques, etc. Elle a mêlé son sang à celui de tous les&#13;
souverains de l’Europe. Son origine se perd dans les siècles les plus reculés. Un&#13;
Montmorency fut le premier des grands du royaume, qui reçut le baptême des&#13;
mains de saint Rémi avec Clovis, premier roi chrétien de France. Dieu a voulu que&#13;
la même maison qui a donné le premier seigneur chrétien à l’ancienne France&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�donnât le premier évêque à la nouvelle. Cette maison s’est divisée en plusieurs&#13;
branches. L’évêque de Québec est sorti de la branche de Montmorency-Laval.&#13;
Voici ce qu’en dit le P. Anselme dans son Histoire généalogique de la maison royale de&#13;
France, des pairs et des grands officiers de la couronne (tome III, chap. 36, p. 626 et ss.) :&#13;
« Guy de Montmorency, dit de Laval, 6e du nom, chevalier, seigneur de Laval, de&#13;
Gaigni, Haronville, Attiche, etc., fils puîné de Mathieu de Montmorency, IIe du&#13;
nom, et de dame de Laval, sa seconde femme, succéda à sa mère dans la seigneurie&#13;
de Laval, dont il prit le nom et le transmit à sa branche. Il mourut en 1267. Il&#13;
commença dans le 13e siècle la branche de Montmorency-Laval, qui depuis s’est&#13;
sous-divisée en plusieurs branches de Pairi, Chaloneau, Châtillon, Goné, Lezai,&#13;
la Saigne, Fortigni, Montigny, etc. »&#13;
La maison de Montmorency porte à son écusson : « d’or à la croix de gueules&#13;
cantonnée de 16 alérions d’azur ». Elle n’en portait d’abord que quatre ; mais&#13;
Mathieu de Montmorency, IIe du nom, ayant gagné à la bataille de Bouvines&#13;
12 enseignes impériales sur les ennemis, il ajouta 12 alérions aux quatre. La&#13;
branche de Laval porte Montmorency ; mais pour la distinguer, la croix est chargée&#13;
de cinq coquilles d’argent, une au milieu et une à chaque côté3.&#13;
C’est de la branche de Laval-Montigny qu’est venu l’évêque de Québec. Hugues&#13;
de Laval-Montmorency, son père, seigneur de Montigny et de Monbaudry, se&#13;
maria le 1er octobre 1617 avec Michelle de Péricard, de laquelle il eut six enfants.&#13;
Les deux premiers sont morts sans postérité, les deux derniers se firent religieux,&#13;
le quatrième soutint la famille, qui vient de s’éteindre dans la personne de Gabriel,&#13;
dit le marquis de Laval, capitaine de dragons, mort sans enfants au mois d’août&#13;
1720. Le troisième fut François de Laval-Montigny4, évêque de Québec, dont nous&#13;
écrivons la Vie. Le P. Anselme ne le met que le 4e ; mais il se trompe. Par la tradition&#13;
constante et commune dans le Canada, il fut le troisième, à qui par conséquent&#13;
appartenait le droit d’aînesse par la mort des deux premiers enfants, droit qu’il&#13;
&#13;
Naturellement, même lorsqu’il devint évêque, le Serviteur de Dieu conserva les armoiries de son père.&#13;
NDLR : Durant ses études, on le désignait comme l’abbé de Montigny, en référence à la seigneurie&#13;
familiale.&#13;
3&#13;
4&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�céda à son frère puîné, en embrassant l’état ecclésiastique5, par une renonciation&#13;
expresse à tous ses biens.&#13;
La maison de Montmorency était connue en Canada depuis le commencement du&#13;
dernier siècle. Le duc de Montmorency, grand amiral et maréchal de France, en&#13;
avait été vice-roi après M. le prince de Condé, avec qui il traita de cette charge&#13;
pour 1 100 écus. M. de Champlain, qui a jeté les fondements de la ville de Québec,&#13;
prit possession du pays pour le roi en 1618, au nom de M. de Montmorency, viceroi, qui l’avait établi son lieutenant-général6. Et pour y perpétuer la mémoire de&#13;
son bienfaiteur, il appela le saut de Montmorency une chute d’eau de plus de&#13;
50 pieds de haut7, qui est à une lieue au-dessous d’une pointe, aux environs de&#13;
laquelle on a depuis bâti la ville de Québec et où est aujourd’hui le fort et le château&#13;
qui sert de demeure au gouverneur. On ne pensait pas alors qu’un Montmorency&#13;
devait être 30 ans après8 le premier évêque de ces vastes régions.&#13;
&#13;
Il est erroné d’affirmer que le Serviteur de Dieu renonça à ses droits d’aînesse lors de son entrée à l’état&#13;
clérical ; il y renonça en 1654, alors qu’il était déjà tonsuré depuis 20 ans et prêtre depuis neuf ans.&#13;
6&#13;
En réalité, la ville de Québec fut fondée en 1608 par Champlain, qui ne fut pas lieutenant du duc de&#13;
Montmorency, mais bien de M. de Monts, qui lui était lieutenant-général du roi de France pour l’Amérique&#13;
(cf. Garneau, Histoire du Canada, 4e éd., Montréal, 1882, vol. 1, p. 56-57).&#13;
7&#13;
Cette chute fut appelée ainsi par Champlain en 1608.&#13;
8&#13;
On devrait lire : après la nomination du duc de Montmorency comme vice-roi du Canada. Pour être plus&#13;
précis, on devrait dire environ 40 années plus tard ; en effet, le duc de Montmorency fut nommé vice-roi de&#13;
la Nouvelle-France en 1620 (cf. Farley et Lamarche, Histoire du Canada, Montréal, 1937, p. 52) et le&#13;
Serviteur de Dieu arriva au Canada en 1659.&#13;
5&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Mémoires sur la vie de M. de Laval,&#13;
premier évêque de Québec&#13;
Livre premier&#13;
François de Montmorency-Laval-Montigny, connu dans le monde sous le nom de&#13;
l’abbé de Montigny, premier évêque de Québec, fondateur du Séminaire et apôtre&#13;
du Canada, naquit dans le diocèse de Chartres le 30 avril 1623. Il fit ses premières&#13;
études à La Flèche dans le collège des Jésuites9 avec un grand succès, et reçut la&#13;
tonsure en 1631 à l’âge de 9 ans10.&#13;
Son oncle, évêque d’Évreux, lui donna trois ans après11 un canonicat dans sa&#13;
cathédrale ; mais ses aînés étant venus à mourir, ce même oncle l’engagea, pour&#13;
soutenir sa famille, à quitter l’état ecclésiastique12. Ce changement, qui ne fut fait&#13;
que par déférence, ne dura pas longtemps. La grâce rappela l’abbé de Montigny à&#13;
sa vocation. Il rentra dans le clergé à 19 ans, fit à Paris sa théologie13 et y reçut la&#13;
prêtrise à 25 ans14 avec la ferveur la plus édifiante.&#13;
En 1631, le Serviteur de Dieu entra au collège des Jésuites de La Flèche, où il fit ses études en lettres et en&#13;
philosophie. Il y finit ses études en 1641 (cf. Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle,&#13;
Paris, 1895-1896, vol. 2, 1896, p. 239-243).&#13;
10&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : 8 ans.&#13;
11&#13;
C’est en 1637, six ans après avoir été tonsuré, que le Serviteur de Dieu fut fait chanoine d’Évreux (Doc. I).&#13;
12&#13;
Cf. Doc. LXV, note 1#.&#13;
#&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : note 2. La revoici : À la suite de la mort de son père en 1636 et de ses deux frères&#13;
aînés en 1644 et en 1645, le Serviteur de Dieu, alors âgé de 22 ans, devint chef de sa famille et seigneur de&#13;
Montigny. Il passa alors un an (de l’été 1645 à l’automne 1646) dans sa seigneurie, certainement pour voir&#13;
aux intérêts de la famille (Gosselin, Le vénérable François de Montmorency-Laval, premier évêque de&#13;
Québec, 2e édition, Québec, 1923, p. 30). Cependant, nous ne croyons pas qu’il ait abandonné l’état&#13;
ecclésiastique, comme on vient d’en faire allusion dans la relation, puisqu’il conserva jusqu’en 1648 son&#13;
canonicat d’Évreux, reçu en 1639 (Doc. III ; Doc. IV).&#13;
13&#13;
Le Serviteur de Dieu fit ses études en théologie de 1641 à 1645 à Paris, au collège des Jésuites de Clermont.&#13;
14&#13;
Pour la date de son ordination sacerdotale, en 1647, voir plus haut, p. 1#.&#13;
#&#13;
NDLR : La revoici : Il n’a pas été possible de retracer les documents officiels pour la naissance, le baptême,&#13;
la confirmation et l’ordination sacerdotale du Serviteur de Dieu, François de Laval. Cependant, nous en avons&#13;
des attestations certaines dans de nombreuses sources contemporaines, et il n’y a eu de discussion qu’autour&#13;
de la date de sa naissance et de son ordination sacerdotale. […] Au sujet de sa date d’ordination sacerdotale :&#13;
Elle présente des difficultés similaires. M. de La Tour le dit né en 1623 et ordonné prêtre à l’âge de 25 ans.&#13;
Cela donnerait une ordination en 1648. Cependant, le mémoire de M. de Glandelet et les autres documents&#13;
en général indiquent comme année d’ordination 1647. De plus, lorsque le P. Gravier, jésuite, écrivit au&#13;
Serviteur de Dieu en 1697, il fit allusion au 50e anniversaire de sacerdoce que Mgr de Laval devait célébrer&#13;
cette année-là. Le jour précis de l’ordination est plus difficile à déterminer. Selon l’abbé Auguste Gosselin,&#13;
il s’agirait du 1er mai, et les raisons qu’il adopte rendent probable cette date (cf. Gosselin, Le vénérable&#13;
François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923, p. 386).&#13;
9&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�En 1647, son oncle15 le nomma archidiacre d’Évreux. Il garda peu ce bénéfice. Cinq&#13;
ans après, il le résigna à M. Boudon, ce saint prêtre dont la calomnie et la vertu ont&#13;
fait connaître la piété éminente et qui a enrichi l’Église par plusieurs ouvrages de&#13;
dévotion, où la simplicité du style ne dérobe pas à des yeux chrétiens les trésors&#13;
de grâce que Dieu avait prodigués à l’auteur16. L’abbé de Montigny fit en même&#13;
temps une renonciation expresse à tous les droits de sa naissance17, que la mort de&#13;
ses frères avait réunis sur sa tête. De là vient que, quoique chef d’une maison&#13;
illustre, il n’a jamais eu de biens de patrimoine.&#13;
Pendant le cours de ses études, il se forma deux établissements de piété auxquels&#13;
il eut tant de rapport pendant sa vie que nous ne pouvons pas nous dispenser d’en&#13;
donner une idée : l’un chez les Jésuites à Paris, l’autre à Caen chez M. de Bernières&#13;
de Louvigny.&#13;
L’an 1640, le P. Bagot, jésuite, religieux rempli de mérite et de zèle, fit à la&#13;
Congrégation des écoliers de La Flèche, dont il était directeur, une exhortation&#13;
Il ne s’agit pas de son oncle, Mgr Boyvin de Péricard, qui était décédé le 26 juillet 1646, mais de son&#13;
successeur, Mgr Du Perron. Notons que c’est en 1648 que le Serviteur de Dieu fut nommé archidiacre&#13;
d’Évreux (Doc. V).&#13;
16&#13;
Il s’agit de l’abbé Henri-Marie Boudon (1624-1702), auteur de plusieurs livres ascétiques, avec qui le&#13;
Serviteur de Dieu entretint une véritable amitié dès sa jeunesse. Notons que dans les Aliae Novae&#13;
Animadversiones (nos 26-28), on a fait de cette amitié un chef d’accusation contre le Serviteur de Dieu, du&#13;
fait qu’un livre de Boudon, Dieu seul ou l’Association pour l’intérêt de Dieu seul, fut condamné en 1688 par&#13;
la Congrégation de l’Index, qu’elle perçut comme infecté de quiétisme. À ce propos, quelques remarques&#13;
suffiront. Le Dieu seul de Boudon fut édité en 1662 avec l’approbation de Bossuet et de La Sorbonne, et eut&#13;
un tel succès qu’il fut traduit en plusieurs langues, dont en italien. Cette dernière version, exécutée par un&#13;
secrétaire de Congrégation, fut approuvée par le Maître du Sacré Palais. La condamnation survint 26 ans&#13;
après la première publication, à la suite d’une traduction italienne publiée à Milan à l’insu de l’auteur (cf.&#13;
Lettres de Boudon, Paris, 1785, vol. 2, p. 110-111).&#13;
Selon Brémond (Histoire littéraire du sentiment religieux en France, vol. 6, Paris, 1922, p. 233), le livre ne&#13;
fut pas condamné dû à des erreurs doctrinales mais, comme ce fut le cas pour bien d’autres livres à cette&#13;
époque, à cause de fortes réactions antiquiétistes face à des expressions, qui étaient acceptables à l’époque&#13;
de la publication, mais qui étaient devenues équivoques avec le développement de la controverse (sur le&#13;
même sujet, voir Lettres de Boudon, p. 198 ; Saudreau, La Vie d’union à Dieu, Angers, 1921, p. 354). De&#13;
plus, il est certain que lorsqu’il apprit la condamnation de son livre, Boudon se comporta en homme très&#13;
religieux. En effet, non seulement il se soumit au jugement du Saint-Siège (Lettres de Boudon, p. 163), mais&#13;
encore il composa un mémoire de plusieurs corrections à être prises en compte dans les éditions ultérieures&#13;
de tous ses livres (Œuvres complètes de Boudon, éd. Migne, Paris, 1856, vol. 3, col. 1322 ; Heurtevent,&#13;
« Boudon », dans Dictionnaire de spiritualité, Paris, 1937). Ainsi, il serait impossible de reprocher à M gr de&#13;
Laval l’amitié qu’il eut avec Boudon. Quant au quiétisme, on n’en trouve pas le moindre soupçon dans toute&#13;
la vie de Mgr de Laval.&#13;
17&#13;
Nous ne connaissons pas la date précise de cette renonciation, puisque l’acte officiel a été égaré. Nous&#13;
avons cependant de bonnes raisons de penser qu’elle se fit en 1654, et précisément entre le mois de juin,&#13;
période durant laquelle le Serviteur de Dieu figure encore comme chef de la seigneurie de Montigny&#13;
(Doc. VIII), et la fin de l’année, moment de son entrée à l’Ermitage de Caen.&#13;
15&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�pathétique sur les conférences spirituelles. Plusieurs écoliers, touchés de ce&#13;
discours, prirent la résolution de s’assembler chaque semaine sous la direction du&#13;
P. Bagot pour s’instruire des choses saintes et s’animer à la vertu18. Dieu donna&#13;
une si grande bénédiction à ces petites assemblées qu’un grand nombre de&#13;
congrégations des Jésuites dans le royaume suivirent cet exemple et formèrent des&#13;
associations particulières qui subsistent encore en bien des endroits, la plupart&#13;
sous la conduite des Jésuites. Quelques-unes s’en sont séparées. Toutes ces&#13;
assemblées se tiennent aujourd’hui en secret19.&#13;
Le P. Bagot ayant passé de la Congrégation de La Flèche à celle du collège de Paris,&#13;
inspira le même goût à ses élèves. Plusieurs d’entre eux furent très distingués par&#13;
la piété, les dignités, la naissance, tels M. de Laval, évêque de Québec, M. Pallu,&#13;
évêque d’Héliopolis, M. Chevreuil, vicaire apostolique à la Chine, M. Boudon,&#13;
Ces conférences commencèrent en 1632 (cf. « Annales de l’Aa de Paris, citées par le P. Ferdinand&#13;
Cavallera, jésuite, Aux origines de la Société des Missions étrangères. L’Aa de Toulouse », dans Bulletin de&#13;
littérature ecclésiastique, Toulouse, vol. 34, 1933, p. 196). En 1640, le P. Bagot ne se trouvait pas à La&#13;
Flèche ; il en était parti définitivement en 1634 (cf. Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au&#13;
17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2, p. 248).&#13;
19&#13;
Les assemblées dont parle de La Tour sont en fait les groupes d’associés des congrégations mariales des&#13;
Jésuites, qui constituaient des noyaux secrets, dont les candidats étaient sélectionnés et choisis parmi les&#13;
meilleurs, destinés à donner une plus grande impulsion à ces congrégations et à favoriser en eux-mêmes&#13;
l’avancement dans la voie de perfection. Ces groupes ou assemblées, qui devaient demeurer secrets, tenaient&#13;
la dénomination conventionnelle de « Aa ». Ce mouvement semble tirer son origine du collège de La Flèche&#13;
en 1632. En 1643, un associé du groupe secret de la congrégation de La Flèche vint à Paris et organisa le&#13;
second groupe de l’Aa connu, celui rattaché au collège parisien de Clermont, aussi dirigé par les Jésuites. Ce&#13;
second groupe de l’Aa est aussi connu sous le nom de Société des Bons Amis#. Pour montrer quelle influence&#13;
le groupe de l’Aa a eu dans l’histoire, il suffit de souligner le fait qu’on lui doit l’origine du Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Paris. Il serait intéressant, mais hors de propos ici, d’approfondir davantage la&#13;
connaissance de cette Aa. Pour de plus amples informations, voir Comte de Bégouen, Une société secrète&#13;
émule de la Société du Saint-Sacrement, l’Aa de Toulouse, Paris-Toulouse, 1913 ; G. Goyau, Les prêtres des&#13;
Missions étrangères, Paris, 1632 ; F. Cavallera, Op. cit ; M. Villar « Aa » dans Dictionnaire de spiritualité,&#13;
Paris, 1937. Notre Serviteur de Dieu fut un des premiers et des plus zélés membres de l’Aa. Il y entra peutêtre à La Flèche ; il fut certainement membre de l’Aa de Paris, c’est-à-dire de la Société des Bons Amis. Il est&#13;
aussi certain que sa vocation missionnaire, sa grande dévotion à la sainte Famille et aux saints anges gardiens&#13;
et son amour filial envers le Saint-Siège sont des fruits qui furent développés en lui sous l’influence de l’Aa.&#13;
L’attachement du Serviteur de Dieu à cette institution explique aussi pourquoi un important groupe de l’Aa&#13;
fut fondé à Québec aussitôt après son arrivée au Canada, groupe auquel appartenaient presque tous les&#13;
membres du Séminaire, comme le signale de La Tour (p. 1173), et comme le souligne l’Aa de Paris à celle&#13;
de Toulouse dans une lettre du 18 janvier 1665 : « Nous avons appris de Canada que Mgr de Pétrée a établi&#13;
un Séminaire à Québec, qui, n’étant composé que presque de nos confrères, l’a dédié à nos saints patrons&#13;
(c’est-à-dire à la sainte Famille et aux Anges gardiens) et a même étendu cette dévotion dans tout le Canada. »&#13;
(Cité par Cavallera, Op. cit, p. 216.)&#13;
#&#13;
NDLR : Ce nom était donné par les partisans de cette association. Les opposants les appelaient les&#13;
Bagotistes. Cf. Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2,&#13;
p. 258.&#13;
18&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�archidiacre d’Évreux (dont M. Collet vient de donner la vie20), MM. de Meurs et&#13;
Fermanel, deux fondateurs du Séminaire des Missions étrangères, MM. Ango&#13;
des Maizerets, dont l’un fut carme déchaussé21, l’autre vint en Canada avec&#13;
M. de Laval et eut part à tous les événements de sa vie, M. Gontier, archidiacre et&#13;
grand-vicaire à Dijon, celui de tous qui avait le plus d’habileté, d’insinuation et de&#13;
talent, qui, quoique jeune, entrait dans toutes les bonnes œuvres qui se faisaient à&#13;
Paris et y laissa un regret universel lorsqu’il alla servir son bénéfice dans sa patrie,&#13;
où il continua jusqu’à la mort de faire des biens immenses. Croirait-on que le&#13;
prince de Conti, si célèbre par sa piété et par son traité contre la comédie, était de&#13;
ces assemblées et en pratiquait les exercices ?&#13;
Aux entretiens de piété, qui en avaient été le premier objet, on joignit des&#13;
austérités, des pèlerinages et la visite des hôpitaux et des prisons, où l’on menait&#13;
toujours quelque ami qui n’était pas de l’assemblée, pour l’engager et le gagner à&#13;
Dieu. Les jours de congé, ils se réunissaient au faubourg Saint-Marceau, dans un&#13;
jardin appartenant à l’un d’eux, où après l’oraison on prenait des récréations&#13;
innocentes. C’est là que M. de Laval se lia étroitement avec M. des Maizerets. On&#13;
était encore dans l’usage de faire le Jeudi saint une communion générale, de laver&#13;
les pieds et de faire une exhortation à 40 pauvres, de leur donner à dîner et de les&#13;
servir à table. Ensuite ces pieux congréganistes mangeaient ensemble et avant de&#13;
se séparer s’embrassaient en se disant comme les premiers chrétiens : « Cor unum&#13;
et anima una22 ».&#13;
Plusieurs de ces pratiques subsistent dans les congrégations particulières, comme&#13;
la visite des malades de la paroisse, des hôpitaux et des prisons. Outre les&#13;
assemblées secrètes de chaque semaine, il s’en tient deux extraordinaires et&#13;
générales chaque année, appelées la rénovation, parce qu’on y renouvelle ses&#13;
engagements. On y dit la messe, on y fait une communion générale et une&#13;
exhortation. On termine la séance par les embrassements et les paroles : « Cor unum&#13;
et anima una ». Chaque congrégation a d’ailleurs des pratiques qui lui sont propres.&#13;
On comprend bien que M. de Laval et la plupart des prêtres qui le suivirent étant&#13;
NDLR : Pierre Collet, La vie de M. Henri-Marie Boudon, grand archidiacre d’Évreux, 1762.&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : MM. Jean Duval et Ango des Maizerets, dont l’un fut carme déchaussé, en&#13;
religion Bertrand de Sainte-Thérèse, et évêque de Babylone, l’autre…&#13;
22&#13;
NDLR : d’un cœur et d’une âme.&#13;
20&#13;
21&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�de l’assemblée, elle fut établie en Canada et y a longtemps subsisté. Nous en&#13;
parlerons ailleurs.&#13;
En 1651, M. de Meurs, un des plus fervents, forma le projet de demeurer ensemble.&#13;
Il y en eut une vingtaine qui se réunirent et formèrent une espèce de communauté.&#13;
Ils louèrent une maison dans le faubourg Saint-Marceau, la meublèrent et s’y&#13;
logèrent le 25 septembre23. On y vécut dans la plus étroite union et la plus édifiante&#13;
piété, d’abord sans supérieur et sans règle écrite, bientôt avec des règlements et un&#13;
supérieur. Le P. Bagot voulut que chacun d’eux, sans rien communiquer aux&#13;
autres, donnât par écrit ses idées. De tous ces projets, qui se trouvèrent à peu près&#13;
semblables, M. Pallu, par son ordre, dressa des règles qui furent approuvées de&#13;
tous.&#13;
Les conférences spirituelles, qui en avaient été l’origine, s’y multiplièrent. Chacun&#13;
y rendait compte de ce qu’il avait fait et y recevait de salutaires avis. On se&#13;
concertait pour les bonnes œuvres qui se présentaient à faire. C’est ce qui fit la&#13;
conquête de M. Dudouyt, un des plus grands ecclésiastiques que M. de Laval ait&#13;
employés en Canada.&#13;
Les jansénistes, qui déjà commençaient à manœuvrer pour s’insinuer partout,&#13;
ayant eu connaissance de la petite assemblée, firent bien des tentatives pour s’y&#13;
introduire. Le fameux abbé de Bourzeis, croyant la gagner par l’intérêt, fit des&#13;
offres considérables pour y être admis. Il était trop connu pour n’être pas suspect&#13;
et il connaissait mal les élèves des Jésuites. Il fut rejeté avec indignation et l’on prit&#13;
la résolution d’être bien en garde contre des gens si dangereux.&#13;
Le désordre des guerres civiles de 1652 se fit sentir à la petite communauté. Elle se&#13;
sépara. Plusieurs allèrent en Normandie se réfugier à Argenton, dans le château&#13;
de M. des Maizerets, maison riche, où ils furent bien reçus et passèrent trois ou&#13;
quatre mois. Après quoi, ils eurent le courage, malgré leur famille, de revenir à&#13;
23&#13;
&#13;
Ceux-ci se réunissaient dans une auberge dite La Rose Blanche. Georges Goyau cite une anecdote où figure&#13;
également notre Serviteur de Dieu : « Un jour que MM. Pallu et de Montigny-Laval étaient à la fenêtre, une&#13;
folle, entrant dans la Cour de l’auberge, s’écria “Bonjour, MM. les patriarches.” Puis, elle se mit à les suivre&#13;
dans la rue, en répétant : “Voilà deux patriarches” et les libertins de rire sans aucun doute. Mais cette folle se&#13;
trouvait être annonciatrice de l’avenir. » (Georges Goyau, Les prêtres des Missions étrangères, Paris, 1932,&#13;
p. 14.)&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Paris et de se rassembler comme auparavant. Cet intervalle fut rempli par les&#13;
mêmes exercices ; on y ajouta la récitation du bréviaire en commun, quoique sans&#13;
obligation, et le soin des églises de campagne des environs, qu’on allait balayer et&#13;
orner, où même quelquefois on passait la nuit devant le Saint-Sacrement. On fit&#13;
encore un pèlerinage à Notre-Dame-de-la-Délivrance, éloignée de 15 lieues.&#13;
En passant par Caen, on visita le fameux P. Eudes, frère de l’historien de France,&#13;
de Mézeray. Ce saint fondateur de deux ordres, qui font beaucoup de bien dans&#13;
l’Église, reçut avec distinction ces pèlerins. De là vient l’union qui a toujours&#13;
subsisté entre les Eudistes et le Séminaire des Missions étrangères. Ils firent encore&#13;
connaissance avec M. de Bernières ; ce qui a eu bien des suites qu’il faut expliquer&#13;
et reprendre la chose de plus haut.&#13;
M. de Bernières de Louvigny, trésorier de France de la généralité de Caen, s’était&#13;
bâti au milieu de la ville une maison qu’il appelait l’Ermitage, où avec quelques&#13;
amis choisis il vivait en solitaire et édifiait tout le monde par la vie la plus&#13;
chrétienne. Cet homme extraordinaire, si fameux par ses bonnes œuvres, sa haute&#13;
spiritualité, ses ouvrages et ses vertus, avait formé sa communauté aux exercices&#13;
de la vie intérieure et la dirigeait selon les sublimes maximes répandues dans ses&#13;
livres. Ses élèves l’ont beaucoup aidé dans cette multitude de fondations,&#13;
auxquelles il a travaillé et ont fait après lui des biens infinis.&#13;
M. Ango des Maizerets fut celui qui d’abord goûta le plus cette vie. Après avoir&#13;
fait son pèlerinage avec les autres, il s’arrêta chez M. de Bernières et y demeura&#13;
huit à dix jours pour y faire une retraite ; ce qui l’y attacha entièrement. De retour&#13;
à Paris, il entretint toujours commerce avec lui et prit si bien ses mesures que,&#13;
malgré le regret de ses confrères et l’opposition de tous ses parents, il s’y retira&#13;
tout à fait en 1653. MM. Dudouyt, frères, passant par Caen, vinrent l’y visiter et&#13;
formèrent la résolution, qu’ils exécutèrent après leurs études, de s’y retirer avec&#13;
lui. Enfin, M. de Laval s’y réunit à ses anciens confrères, après avoir résigné son&#13;
bénéfice et renoncé à son patrimoine.&#13;
Comme tous ceux qui depuis composèrent le Séminaire de Québec avaient été&#13;
formés à l’école de M. de Bernières et portèrent dans le Nouveau-Monde l’esprit&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�qu’ils y avaient pris, il est bon de donner ici les maximes spirituelles sur lesquelles&#13;
ce saint homme l’avait établie. Voici les principales.&#13;
1° Il ne faut pas se produire avant le temps. Ceux qui s’exposent à&#13;
travailler pour le prochain sans être morts à eux-mêmes font peu de&#13;
fruit et risquent de se perdre.&#13;
2° On ne trouve la vie que dans la mort, l’être que dans le néant. (Il&#13;
avait fait graver ces mots, qui sont dans le goût de saint Jean de&#13;
La Croix, sur une représentation du saint Sépulcre qu’il avait placée&#13;
au milieu du jardin.)&#13;
3° Fuyons tout ce qui a de l’éclat, tout ce qui nourrit l’orgueil et&#13;
l’amour-propre, dont nous avons un fonds dans nous-mêmes, qui&#13;
est une carrière inépuisable.&#13;
4° L’abjection est comme le fumier de la vie spirituelle, qui engraisse&#13;
la terre et la rend féconde.&#13;
5° Nous n’avons point de meilleur ami que Jésus-Christ. Suivons&#13;
tous ses conseils, surtout ceux de l’humiliation et de la&#13;
désappropriation du cœur.&#13;
6° Le propre intérêt est le plus grand obstacle à l’esprit d’oraison.&#13;
Sans la pauvreté et le dégagement, l’union avec Dieu est impossible.&#13;
Cette union est le terme, le reste est le moyen ; gardons-nous de&#13;
prendre le moyen pour le terme.&#13;
C’est sur ce grand système de désappropriation que fut établie la communauté des&#13;
biens, la dépendance du Séminaire, l’union étroite, en un mot, l’esprit et le&#13;
gouvernement du clergé de Canada : prodige de perfection, qui fut d’abord la&#13;
consolation et la gloire de M. de Laval, mais qui depuis sa démission devint, sous&#13;
un nouvel évêque dont les vues étaient fort différentes, l’occasion de toutes ses&#13;
croix et de bien des troubles dans le diocèse ; ce que nous expliquerons en son&#13;
temps24.&#13;
&#13;
En fait, l’auteur ne parle pas des difficultés entre le Séminaire de Québec et Mgr de Saint-Vallier dans son&#13;
1 volume de cette biographie de Mgr de Laval. Cela devait être certainement traité dans le 2e volume de cette&#13;
œuvre, que nous ne possédons pas, comme mentionné plus haut.&#13;
24&#13;
&#13;
er&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�M. de Laval demeura quatre ans chez M. de Bernières25 et y mena la vie la plus&#13;
recueillie et la plus austère. L’oraison, l’étude, les conférences spirituelles n’y&#13;
étaient interrompues que par les visites qu’il rendait assidûment aux malades de&#13;
l’Hôtel-Dieu. Les jeûnes, les veilles, les macérations, les pèlerinages préparaient ce&#13;
pieux ecclésiastique, sans qu’il le sût, à la vie apostolique qu’il a depuis menée en&#13;
Canada. Il trouva dans cette communauté M. de Mésy, avec lequel il se lia&#13;
étroitement et qui fut depuis gouverneur de la Nouvelle-France, d’abord l’ami,&#13;
ensuite le persécuteur le plus déclaré du saint évêque.&#13;
Ces exercices étaient communs à tous ces pieux solitaires, mais l’abbé de Montigny&#13;
s’y signalait. On le voyait dans les hôpitaux panser les plaies les plus dégoûtantes&#13;
et rendre les plus bas services et, par une mortification semblable à celle de saint&#13;
François Xavier, porter à sa bouche, serrer avec ses lèvres et sucer lentement les&#13;
épingles et les bandages pleins de pus, faisant semblant, par humilité, de le faire&#13;
sans attention et seulement pour les tenir tandis que ses mains travaillaient&#13;
ailleurs. On l’a vu faire plusieurs longs pèlerinages à pied, sans argent, mendiant&#13;
son pain et cacher à dessein son nom, afin de ne rien perdre de la confusion, du&#13;
mépris et des mauvais traitements ordinaires dans ces occasions et qui ne lui&#13;
furent pas épargnés ; il s’en félicitait comme les apôtres et remerciait Dieu d’avoir&#13;
quelque chose à souffrir pour son amour.&#13;
Un élève de M. de Bernières ne pouvait manquer d’avoir beaucoup de goût pour&#13;
la théologie mystique. L’abbé de Montigny la porta en Canada et l’inspira à tous&#13;
les prêtres qui l’y suivirent, dont plusieurs avaient été formés par le même maître.&#13;
Il la trouva déjà établie parmi les Jésuites, qui y travaillaient depuis plusieurs&#13;
années et y vivaient comme des saints, chez les Hospitalières venues de Dieppe,&#13;
conduites par la mère Saint-Augustin, une des épouses du Seigneur les plus&#13;
privilégiées26, et chez les Ursulines, fondées par Mme [de] La Peltrie et formées par&#13;
&#13;
Marie de l’Incarnation écrit à ce sujet (Doc. XXI) : « Il [Mgr de Laval] est intime de M. de Bernières avec&#13;
qui il a demeuré quatre ans par dévotion » (c’est-à-dire de 1654 à 1658). Cependant, Gosselin (Le vénérable&#13;
François de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada : sa vie et ses vertus, p. 52), est d’avis&#13;
que le Serviteur de Dieu « n’y demeura que par intervalle, partageant son temps entre Montigny, où la piété&#13;
filiale l’appelait souvent auprès de sa mère, la Société des Bons Amis, où l’attirait son affection pour le&#13;
P. Bagot, et l’Ermitage de M. de Bernières. »&#13;
26&#13;
Ce n’est pas mère de Saint-Augustin qui conduisit au Canada les premières Hospitalières de l’Hôtel-Dieu&#13;
de Québec, mais mère de Saint-Ignace.&#13;
25&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�la mère de l’Incarnation, la Thérèse de la Nouvelle-France27. L’erreur et le vice&#13;
n’avaient pas encore enfanté ces nombreux excès d’une spiritualité mal entendue&#13;
que le Saint-Siège a si justement frappée d’anathème dans les ouvrages de&#13;
Molinos. Ce goût de spiritualité, auquel on se livrait avec autant de fruits que de&#13;
confiance, s’est conservé longtemps en Canada et quoiqu’il paraisse aujourd’hui&#13;
diminué, il y reste toujours un fond d’estime pour la vie spirituelle bien éloigné&#13;
des injustes préjugés que les esprits forts se font gloire d’avoir en France, sans&#13;
savoir même de quoi il s’agit28.&#13;
NDLR : « La Thérèse [d’Avila] de son siècle et de la Nouvelle-France », Bossuet, État d’oraison, 1, IX.&#13;
De La Tour donne brièvement ici les notes essentielles sur les relations du Serviteur de Dieu avec le fameux&#13;
mystique de Caen, Jean de Bernières-Louvigny (1602-1659), fondateur de l’Ermitage de Caen. Dans les Aliae&#13;
Novae Animadversiones (nos 25-28), ses liens avec de Bernières, comme son amitié avec l’abbé Boudon (voir&#13;
plus haut, p. 1170, note 616), soulevèrent des doutes au sujet d’orientations spirituelles douteuses que le&#13;
Serviteur de Dieu aurait reçues. Ces doutes se basaient sur le fait que deux œuvres de M. de Bernières furent&#13;
mises à l’Index : 1° Le chrétien intérieur ou la conformité intérieure que doivent avoir les chrétiens avec&#13;
Jésus-Christ, divisé en huit livres qui contiennent des sentiments tous divins, tirés des écrits d’un grand&#13;
serviteur de Dieu de notre siècle, par un solitaire [c’est-à-dire le P. François Louis d’Argentan, franciscain,&#13;
Cap. Rouen, 1660, traduit en italien en 1666 et condamné par le décret de l’Index du 26 juillet 1689] ; 2° Les&#13;
Œuvres spirituelles de M. de Bernières-Louvigny, ou conduite assurée pour ceux qui tendent à la perfection,&#13;
Paris, 1670, volume publié par Robert de Saint-Gilles, traduit en italien en 1676 et condamné par le décret&#13;
du 12 décembre 1690. Nous n’avons pas l’intention de faire ici un examen de la doctrine de M. de Bernières ;&#13;
quelques notes à ce sujet suffiront :&#13;
27&#13;
&#13;
28&#13;
&#13;
1° D’abord, selon des personnes compétentes (cf. l’étude sérieuse et soignée de l’abbé Raoul&#13;
Heurtevent, L’œuvre spirituelle de Jean de Bernières, Paris, 1938), il semble que les œuvres publiées&#13;
sous le nom de Bernières ne reflètent pas exactement sa doctrine. En effet, il semble certain qu’il n’a&#13;
jamais écrit quoi que ce soit destiné au grand public ; ses écrits n’étaient autres à l’origine que des&#13;
lettres et des notes spirituelles de caractère privé, composées par ordre de son directeur spirituel. Tout&#13;
ce matériel est aujourd’hui perdu. Les œuvres qui parvinrent au public sous son nom sont des&#13;
compilations faites à coups de ciseaux, comme on dit, sur des lettres et des écrits spirituels, par quatre&#13;
auteurs différents qui ont pris, taillé et accommodé à volonté les textes de Bernières qui se trouvaient&#13;
alors cousus ensemble selon les besoins de la thèse. Le premier de ces livres, L’intérieur chrétien&#13;
(Paris, 1659), livre qui ne fut pas condamné, vit le jour durant les derniers mois de vie de&#13;
M. de Bernières et fut publié, semble-t-il, à son insu ; les autres furent édités après sa mort.&#13;
2° Il faut de plus rappeler les circonstances dans lesquelles furent condamnés les deux livres cités, en&#13;
1689 et 1690. C’était l’époque des vives réactions antiquiétistes, lors de laquelle plusieurs livres&#13;
spirituels, écrits bien avant et en circulation depuis longtemps, furent condamnés parce qu’ils&#13;
contenaient des expressions qui, dans le développement de la controverse, avaient acquis un sens&#13;
erroné ou étaient devenues équivoques et dangereuses. Ce fut le cas, semble-t-il, des livres de&#13;
M. de Bernières. Ils auraient été mis à l’Index pour des affirmations susceptibles d’être prises dans un&#13;
sens quiétiste (cf. Saudreau, La Vie d’union à Dieu, Angers, 1921, p. 251 ; Bremond, Histoire&#13;
littéraire du sentiment religieux en France, vol. 6, Paris, 1922, p. 232-233 ; Heurtevent, Op. cit,&#13;
p. 114-116).&#13;
3° Pour connaître la position de M. de Bernières sur le quiétisme, il faut tenir compte du fait que&#13;
l’ensemble de sa vie et de son activité semblent en totale opposition avec les principes quiétistes :&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Le séjour de l’abbé de Montigny chez M. de Bernières ne fut pas inutile au public.&#13;
On le chargea de deux commissions importantes : la 1re, de réformer une&#13;
communauté religieuse de Caen, qui était tombée dans le relâchement ; ses&#13;
exhortations, ses exemples, ses prières, sa sagesse y rétablirent entièrement le bon&#13;
ordre ; la 2e, de soutenir les intérêts des Hospitalières de la même ville. Les&#13;
administrateurs de l’hôpital, mécontents de ces filles, voulaient les congédier pour&#13;
mettre en leur place des domestiques à gages. Ce dessein fit naître un procès entre&#13;
l’administration et la communauté, qui fut porté au Conseil. L’abbé se chargea&#13;
d’en faire la poursuite. Son zèle, ses sollicitations, son crédit obtinrent tout. Par&#13;
arrêt, les religieuses furent maintenues. Il fut à son retour nommé confesseur de&#13;
cette communauté, dont il venait d’être le protecteur ; il la dirigea avec fruit.&#13;
Ce voyage le fit connaître à la Cour. Son nom lui ouvrit les avenues et sa vertu lui&#13;
gagna tous les cœurs. La Cour pensait depuis quelques années à donner un évêque&#13;
à la Nouvelle-France ; les missions avaient besoin d’ouvriers, il fallait y en former.&#13;
L’Europe ne pouvait pas en fournir toujours. Le vice commençait à s’y répandre.&#13;
Il fallait une autorité supérieure pour en arrêter le cours. La reine Anne d’Autriche&#13;
avait offert cet évêché aux Jésuites, comme plus propres que d’autres à y maintenir&#13;
le bien qu’ils avaient heureusement commencé ; mais ils le refusèrent, parce que&#13;
leur institut les exclut de toutes les dignités ecclésiastiques. On parla d’y nommer&#13;
l’abbé de Queylus, qui même fit un voyage en Canada en qualité de grand-vicaire&#13;
de l’archevêque de Rouen et y séjourna quelques années ; mais divers événements&#13;
« Tout l’ensemble de sa vie, notamment sa prodigieuse activité apostolique, proteste tellement contre&#13;
l’inactivité, la passivité absolue du quiétisme, qu’on ne peut concevoir cet homme si actif favorisant&#13;
une doctrine d’attente et de laisser-faire absolu. » (Heurtevent, Op. cit, p. 166)&#13;
4° Venons-en maintenant aux relations du Serviteur de Dieu avec M. de Bernières. Il faut dire que&#13;
Mgr de Laval, comme le souligne de La Tour, fut certainement en contact avec M. de Bernières à&#13;
l’Ermitage de Caen durant quatre ans (1654-1658) ; on ne peut douter que cette période et ses relations&#13;
avec M. de Bernières eurent une grande influence sur sa vie spirituelle, tellement qu’on a considéré le&#13;
Serviteur de Dieu comme l’un des principaux disciples du mystique de Caen (cf. M. Souriau, Deux&#13;
mystiques normands Gaston de Renty et Jean de Bernières, Paris, 1913, p. 365 et ss.). On peut d’abord&#13;
rappeler que parmi les nombreuses personnes qui furent en contact direct avec M. de Bernières et en&#13;
subirent l’influence, on trouve des figures bien connues à la Sacrée congrégation des Rites, comme&#13;
saint Jean Eudes et la vénérable mère Marie de l’Incarnation, ursuline de Québec. En second lieu, on&#13;
doit se rappeler l’ordre chronologique des dates ; le Serviteur de Dieu fut en contact avec Jean&#13;
de Bernières de 1654 à 1658. En 1659, il partit pour le Canada et un mois plus tard, M. de Bernières&#13;
mourait. Finalement, ce que dit l’abbé Heurtevent au sujet de M. de Bernières, c’est-à-dire que son&#13;
activité exclut toute tendance quiétiste, peut et doit être affirmé aussi de M gr de Laval : dans sa vie,&#13;
ses œuvres et ses écrits, on ne trouve aucun indice, si petit soit-il, de quiétisme.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�ayant rendu son gouvernement peu agréable, la reine mère revint aux Jésuites et&#13;
les chargea de chercher un sujet qui eut assez de zèle pour se consacrer à une&#13;
mission si difficile et assez de capacité pour en soutenir le poids29.&#13;
Les Jésuites connaissaient depuis longtemps l’abbé de Montigny. Ils savaient que&#13;
depuis son enfance il avait senti de l’inclination pour les Missions étrangères et&#13;
qu’il avait paru des plus empressés pour l’établissement de cette nouvelle espèce&#13;
de collège apostolique que la petite congrégation venait de former30. Ce fut donc&#13;
sur lui qu’on jeta les yeux. Le P. Le Jeune, jésuite, le proposa31. Il fut agréé de la&#13;
Cour avec de grands éloges.&#13;
C’était beaucoup compter sur la vertu d’un homme, à qui la naissance et le mérite&#13;
promettaient les premières places, que de lui proposer des terres barbares à&#13;
défricher et une Église éloignée à fonder. Mais c’était encore trop à son gré que le&#13;
caractère épiscopal ; il répondit qu’il était prêt à partir pour le Canada en qualité&#13;
de simple missionnaire, mais qu’il ne pouvait accepter la qualité d’évêque, dont il&#13;
se jugeait indigne32. La Cour, édifiée et surprise du refus et de la raison qu’il en&#13;
Quelques difficultés de caractère pastoral étaient nées depuis peu entre les Jésuites et l’abbé de Queylus,&#13;
alors vicaire général de l’archevêque de Rouen ; d’où l’opposition que les Jésuites firent à sa nomination&#13;
comme premier évêque du Canada. De plus, même au Canada, on croyait nécessaire que l’évêque soit&#13;
favorable aux Jésuites, qui, à cette époque, avaient en main presque toutes les missions de la Nouvelle-France.&#13;
En effet, Marie de l’Incarnation écrivait à ce sujet, le 24 août 1658 : « M. de Bernières me mande et le&#13;
R. P. Lalemant me confirme que l’on veut nous envoyer pour évêque M. de Montigny, qu’on dit être grand&#13;
serviteur de Dieu. Ce serait un grand bien pour le pays d’avoir un supérieur permanent ; il est temps que cela&#13;
soit, pourvu qu’il soit uni pour le zèle de la religion avec les RR. PP. jésuites. »&#13;
30&#13;
L’auteur fait ici allusion au Séminaire des Missions étrangères de Paris, dont le projet de fondation se&#13;
précisait alors. Même si on ne peut considérer Mgr de Laval comme l’un des fondateurs du Séminaire, il en a&#13;
cependant été l’un des principaux promoteurs. En effet, en plus de son entière et constante sympathie pour&#13;
ce Séminaire, il fut l’un des trois vicaires apostoliques qui s’entendirent pour demander au Saint-Siège la&#13;
faculté d’établir à Paris un Séminaire destiné exclusivement aux missions étrangères (Doc. XII).&#13;
31&#13;
Le projet de présenter le Serviteur de Dieu comme premier évêque du Canada doit être attribué au P. Bagot,&#13;
qui en parla en privé au Serviteur de Dieu. Ensuite, le P. Annat, confesseur du roi, fut chargé d’en parler au&#13;
jeune Louis XIV et le P. Le Jeune, procureur à Paris des missions de la Nouvelle-France, en parla à la reine&#13;
régente Anne d’Autriche (cf. Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 18951896, vol. 2, p. 278, note 1).&#13;
32&#13;
Cf. Doc. LX, p. 634, note 1#.&#13;
#&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : Doc. LX-2, note 1. La revoici :&#13;
29&#13;
&#13;
Selon nous, l’abbé Gosselin, Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du&#13;
Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 1, p. 106-107, se trompe lorsqu’il met en doute&#13;
cette assertion de l’abbé de La Colombière que le jeune François de Laval se serait&#13;
difficilement résolu à accepter la consécration épiscopale. En effet, cette affirmation est&#13;
pleinement corroborée par d’autres documents de l’époque (cf. Doc. LXV ; La Tour,&#13;
Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec (Doc. LXIX), et elle est&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�donnait, ne se rendit pas. Ses amis et ses directeurs parlèrent. On consulta&#13;
M. de Bernières ; il recommanda beaucoup cette affaire à Dieu et, plein de zèle&#13;
pour le Canada, il détermina M. de Laval et lui fit comprendre que le bien de cette&#13;
Église demandait absolument le caractère épiscopal. Ce saint prêtre crut enfin&#13;
connaître la volonté de Dieu et consentit à être évêque, mais à condition qu’il ne&#13;
serait que vicaire apostolique et non pas évêque titulaire33, afin qu’on pût le&#13;
rappeler, si dans la suite on l’y jugeait inutile et qu’il pût lui-même s’en décharger,&#13;
s’il s’en trouvait incapable. Comme il était sans biens depuis la renonciation à ses&#13;
droits, il eut recours à ses amis et se fit par leur libéralité un petit revenu de&#13;
1 000 livres, qui lui parut suffisant pour aller au-delà des mers exercer son&#13;
apostolat34. Il donna depuis cette rente au Séminaire de Québec pour ne plus&#13;
subsister que sur les fonds de la Providence.&#13;
Ces vues, que son humilité lui avait inspirées, étaient justes. Il fallait bien connaître&#13;
le pays, prendre des mesures, préparer et ébaucher en quelque façon une Église&#13;
avant de l’ériger dans les formes. On s’y conforma. Le pape Alexandre VII en 1657&#13;
l’élut évêque de Pétrée in partibus infidelium et vicaire apostolique dans toute la&#13;
Nouvelle-France35.&#13;
expressément confirmée par une lettre du Serviteur de Dieu lui-même à la Sacrée&#13;
congrégation de la propagande, datée de 1672, où on lit : « Je n’ai jamais désiré l’épiscopat&#13;
et, conscient de mon insignifiance, je l’ai accepté à contrecœur. » (Doc. XXIII-33) De&#13;
plus, l’attitude de l’abbé de Laval face à sa nomination comme évêque, décrite dans cette&#13;
lettre, correspond exactement à l’état d’âme qui lui est attribué dans les documents&#13;
susmentionnés. Nous savons en effet que, contrairement à l’usage de l’époque, il ne fit&#13;
aucune démarche pour assurer sa nomination, à un point tel que le représentant du roi&#13;
Louis XIV auprès du Saint-Siège, M. Gueffier, s’en préoccupât et s’en émerveillât&#13;
(Docs. XI).&#13;
Il n’est pas facile de prouver que le Serviteur de Dieu aurait préféré aller au Canada comme simple vicaire&#13;
apostolique plutôt qu’à titre d’évêque résidentiel. Cependant, nous sommes sûrs qu’il fut complètement&#13;
étranger au motif qui porta le Saint-Siège à ériger un vicariat apostolique au Canada à cette époque au lieu&#13;
d’un diocèse (Docs. XI).&#13;
34&#13;
Louis XIV avait aussi promis au Saint-Siège de donner une pension annuelle de 1 000 livres tournois au&#13;
Serviteur de Dieu (Acte du 21 février 1658, Archives apostoliques du Vatican. Propagande, Acta, vol. 27,&#13;
fo 50).&#13;
35&#13;
Ce n’est pas en 1657, mais plutôt le 13 avril 1658 que le pape Alexandre VII donna son approbation au&#13;
décret émis le 11 du même mois par la Sacrée congrégation de la propagande, par lequel le Serviteur de Dieu&#13;
était nommé vicaire apostolique au Canada. Dans le Consistoire du 6 mai suivant, il fut proclamé évêque&#13;
titulaire de Pétrée, mais la bulle ne lui fut concédée que le 3 juin de la même année. Ce document, dont&#13;
l’original est conservé aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Bul. 1, p. 2#, a déjà été publié dans la Nova&#13;
Positio Super Virtibus Summarium Additionale, p. 323-326.&#13;
#&#13;
NDLR : Dans cette édition, Doc. X-A.&#13;
33&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Il y eut d’abord quelque difficulté à Rome à l’occasion de cette qualité. Comme les&#13;
vicaires apostoliques chez les idolâtres sont du choix du pape et ne dépendent que&#13;
de lui, ils ne prêtent serment de fidélité à aucun prince. La Cour de Rome agréait&#13;
la personne de M. de Laval, mais ne voulait pas s’assujettir à la nomination du roi,&#13;
ni assujettir le vicaire apostolique à la prestation du serment. Cependant, comme&#13;
dans ce pays idolâtre il se trouvait une colonie française et que le roi s’était rendu&#13;
maître du Canada, on n’insista pas beaucoup sur le serment et la difficulté de la&#13;
nomination fut levée, parce qu’on se proposa d’ériger cet évêché en titre et de&#13;
demander un bref au pape pour accorder au roi la présentation, comme il en a été&#13;
accordé plusieurs pour les évêchés des pays conquis qui ne sont pas compris dans&#13;
le concordat36.&#13;
Dès que les bulles furent venues de Rome, l’abbé de Montigny revint à l’Ermitage&#13;
de M. de Bernières pour se préparer à la consécration. M. l’évêque de Bayeux&#13;
devait la faire, assisté de M. l’évêque d’Ardue, suffragant et pensionnaire de&#13;
M. l’archevêque de Rouen, qui, comme nous l’allons dire, était très opposé à&#13;
l’envoi d’un évêque en Canada, qu’il prétendait de son diocèse. Le jour même&#13;
qu’on avait pris pour la cérémonie37, M. d’Ardue reçut, par un courrier exprès,&#13;
défense de l’archevêque de Rouen de s’y trouver ; ce qui rompit toutes les mesures&#13;
et obligea M. de Laval de venir se faire sacrer à Paris.&#13;
Il fut sacré évêque de Pétrée à l’âge de 36 ans dans l’église Saint-Germain-desPrés38 par le nonce du pape, assisté de deux illustres évêques, de M. Abelly39,&#13;
évêque de Rodez, et de M. Du Saussay, évêque de Toul, le 8 décembre 1658, jour&#13;
de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge, à laquelle il a toujours eu&#13;
beaucoup de dévotion et qu’il a depuis choisie pour patronne de sa cathédrale avec&#13;
saint Louis, roi de France.&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit ici du concordat de Bologne de 1516, donnant le droit au roi de France de nommer les&#13;
évêques de son pays, avec approbation subséquente du pape.&#13;
37&#13;
Le 4 octobre 1658, fête de saint François d’Assise.&#13;
38&#13;
Le 11 avril 1923, à l’occasion des fêtes célébrées en France pour le 3e centenaire de la naissance du&#13;
Serviteur de Dieu, un bas-relief artistique fut inauguré dans l’église de Saint-Germain-des-Prés pour rappeler&#13;
la consécration en cette église du premier évêque de Québec.&#13;
39&#13;
NDLR : François de Laval avait 35 ans lors de son ordination épiscopale. L’évêque de Rodez était en fait&#13;
Mgr Hardouin de Péréfixe, et non Mgr Abelly.&#13;
36&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Ce sacre dans une église exempte, fait par un nonce du pape, cette qualité de&#13;
vicaire apostolique pour un pays dépendant de Sa Majesté firent ombrage aux&#13;
archevêques de Paris et de Rouen. À leur sollicitation, les parlements de ces deux&#13;
villes s’en mêlèrent et rendirent contre l’évêque de Pétrée deux arrêts célèbres,&#13;
rapportés dans les Œuvres de Deshenris, t. 2, liv. 1, quest. 139, p. 71. En voici le&#13;
fondement.&#13;
L’abbaye Saint-Germain-des-Prés se prétend exempte de la juridiction épiscopale&#13;
et comme si l’enceinte de l’abbaye et tout le faubourg Saint-Germain formaient&#13;
une espèce de diocèse particulier, l’abbé se croit en droit d’y exercer ou d’y faire&#13;
exercer sa juridiction par le prieur sur toutes les personnes qui y demeurent. Ces&#13;
prétentions ont donné lieu à divers procès entre les abbés et les archevêques de&#13;
Paris,&#13;
&#13;
qui&#13;
&#13;
ont&#13;
&#13;
été&#13;
&#13;
terminés&#13;
&#13;
par&#13;
&#13;
une&#13;
&#13;
transaction&#13;
&#13;
provisionnelle&#13;
&#13;
du&#13;
&#13;
20 septembre 1668 entre M. Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, et Henri&#13;
de Bourbon, duc de Verneuil, abbé de Saint-Germain, par laquelle on reconnaît&#13;
l’exemption de l’abbé des religieux, soit pour le gouvernement, la confirmation, la&#13;
tonsure et les saints ordres qu’on pourra leur faire donner par l’évêque qu’on&#13;
jugera à propos, même l’exemption des laïcs habitant dans l’enclos de l’abbaye, à&#13;
l’exception des sacrements de confirmation et de mariage, pour lesquels il faut&#13;
avoir recours à l’archevêque ou au curé ; mais quant à la juridiction sur le reste du&#13;
faubourg, on prend un tempérament. L’abbé cède sa juridiction et se soumet à&#13;
l’archevêque, mais on dédommage l’abbé en établissant le prieur et, à son absence,&#13;
le sous-prieur ou autre tenant sa place, grand-vicaire né du prélat, perpétuel et&#13;
irrévocable, pour tout le faubourg et territoire de Saint-Germain, à condition de ne&#13;
faire aucun acte de juridiction qu’au nom de l’archevêque en qualité de son grandvicaire et que d’un autre côté les mandements des grands-vicaires qui regarderont&#13;
le faubourg seront toujours signés de concert avec le prieur de l’abbaye.&#13;
Sur le principe de cette exemption, on a toujours cru à Saint-Germain pouvoir&#13;
prêter territoire aux évêques pour donner la confirmation et conférer les saints&#13;
ordres sans la permission de l’ordinaire, pourvu que ce fût à d’autres qu’aux&#13;
diocésains de Paris, puisqu’après tout, ni le lieu, ni les personnes ne sont sujets à&#13;
l’archevêque et qu’en effet la transaction ne parle que des habitants laïcs de l’enclos&#13;
de l’abbaye. On crut donc n’avoir pas besoin de son agrément pour faire le sacre&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�de M. de Laval, qui n’était ni laïc, ni du diocèse de Paris, ni habitant de l’abbaye.&#13;
Les religieux, jaloux avec raison de maintenir leurs privilèges, ni apparemment le&#13;
nonce du pape, consécrateur, n’auraient pas souffert qu’on en fît usage.&#13;
L’archevêque de Paris en fut offensé et le Parlement entra dans ses vues. Le&#13;
procureur général présenta requête à la Cour, où il exposa que l’abbé de Montigny,&#13;
né sujet du roi, prétendant avoir des bulles de l’évêché de Pétrée avec la qualité de&#13;
grand-vicaire apostolique en Canada, s’étant fait sacrer dans l’église SaintGermain-des-Prés, voulait s’ingérer d’en faire les fonctions dans le royaume (il&#13;
voulait dire sans doute en Canada, terre dépendante du roi de France) ; que cette&#13;
qualité de vicaire apostolique dans les états de Sa Majesté était nouvelle et insolite ;&#13;
que le pape ne pouvait nommer aucun évêque en France, ni l’évêque nommé faire&#13;
aucune fonction, sans l’agrément du roi et les lettres patentes dûment registrées ;&#13;
que son sacre sans la permission de l’ordinaire, sous prétexte de l’exemption de&#13;
l’abbaye, par le nonce, prélat étranger, qui n’a que la qualité d’ambassadeur,&#13;
donnait atteinte aux droits de l’épiscopat et aux libertés de l’Église gallicane ; sur&#13;
quoi il demande que l’abbé de Montigny fût tenu de communiquer ses bulles à la&#13;
Cour pour être ordonné ce qu’il appartiendrait, et cependant, défense à lui de&#13;
s’immiscer dans l’exécution d’icelles sans la permission du roi et les lettres&#13;
patentes dûment vérifiées. La Cour40 rendit le 16 décembre 1658 un arrêt conforme&#13;
à ces conclusions, qui fut signifié au prélat le 19 suivant, à la requête du procureur&#13;
général.&#13;
Ces difficultés étaient peu fondées. Sa Majesté avait agréé la nomination de&#13;
M. de Laval et sa qualité de vicaire apostolique, qu’elle avait fait demander au&#13;
pape par son ambassadeur. Les évêques ne sont obligés que de faire enregistrer&#13;
leur serment de fidélité à la Chambre des Comptes pour fermer la régale et jamais&#13;
les parlements n’ont exigé que leurs bulles fussent confirmées par lettres patentes&#13;
dûment vérifiées. Ils connaissent seulement par la voie de l’appel comme d’abus&#13;
des actes de juridiction que font les prélats. Il le fallait ici d’autant moins qu’il&#13;
s’agissait d’un diocèse situé au-delà des mers, qui n’était point du ressort du&#13;
Parlement de Paris. La qualité de vicaire apostolique est usitée et comme dans&#13;
toutes les missions étrangères, elle est même nécessaire, puisque n’y ayant point&#13;
40&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit plutôt du Parlement de Paris qui émit ce décret.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�d’évêché érigé, on ne peut y envoyer que des évêques avec ce titre. La permission&#13;
de l’ordinaire n’était point nécessaire pour faire la consécration, puisque&#13;
l’exemption de l’abbaye Saint-Germain n’est pas contestée et que les différends&#13;
entre l’archevêque et l’abbé n’ont roulé que sur les séculiers qui habitent dans son&#13;
enceinte, que ni le nonce consécrateur, ni les évêques assistants, ni le nouvel&#13;
évêque ne dépendaient de l’archevêque de Paris ; qu’au reste c’était aux religieux&#13;
qu’il fallait s’en prendre et leur défendre de laisser faire à l’avenir pareille&#13;
cérémonie dans leur église et nullement à l’évêque de Pétrée, qui n’avait aucun&#13;
intérêt à l’exemption, qui n’aurait jamais occasion d’en faire usage et qui ne&#13;
prétendait faire aucune fonction en France. Aussi cet arrêt hasardé fut sans effet et&#13;
on n’y eut aucun égard. Il n’y eut ni enregistrement ni lettres patentes. L’évêque&#13;
partit pour sa mission, où personne ne s’est avisé de lui rien dire. Les Bénédictins,&#13;
à qui l’arrêt ne fut pas même signifié, n’ont pas moins usé de leur exemption.&#13;
L’archevêque et le Parlement de Rouen avaient bien d’autres prétentions. Par&#13;
l’usage établi dans les missions étrangères et approuvé par le pape, tous les&#13;
missionnaires français prennent en partant les pouvoirs de l’évêque du lieu de&#13;
l’embarquement. Ces pouvoirs durent pendant toute la traversée et dans le lieu&#13;
même du débarquement, s’il n’y a point d’évêque titulaire, jusqu’à ce qu’on ait&#13;
trouvé le vicaire ou le préfet apostolique. Cette précaution est nécessaire, parce&#13;
qu’on ne peut s’adresser ailleurs et que le peuple se trouverait sans secours. Un&#13;
grand nombre de débarquements pour le Canada s’étaient faits en Normandie, et&#13;
la plupart des habitants étaient de cette province. Ainsi, beaucoup de&#13;
missionnaires avaient pris les pouvoirs de l’archevêque de Rouen et les avaient&#13;
exercés sur les lieux. Cet usage avait fait insensiblement une espèce de possession&#13;
en faveur du prélat, qui lui faisait regarder ces nouvelles terres comme une partie&#13;
de son diocèse. Il y avait même envoyé quelquefois de grands-vicaires. Le roi&#13;
s’était conformé à cet usage pour la juridiction temporelle. Les lettres patentes sur&#13;
l’établissement de la grande Compagnie du Canada du 19 avril 162741 et l’édit de&#13;
création du mois de juin suivant avaient été adressés et enregistrés au Parlement&#13;
de Rouen ; les causes de la colonie devaient y être portées par appel pour être&#13;
jugées en dernier ressort jusqu’à l’établissement d’une Cour supérieure et quoique&#13;
&#13;
NDLR : La Compagnie des Cent-Associés, qui devait coloniser le Canada en retour d’un monopole de&#13;
commerce, est en fait créée le 29 avril 1627.&#13;
41&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�la distance des lieux et le soin qu’avaient les gouverneurs de terminer toutes les&#13;
affaires rendissent ces appels extrêmement rares, le Parlement regardait toujours&#13;
le Canada comme dans son ressort. L’archevêque regardait donc l’établissement&#13;
d’un vicaire apostolique comme un démembrement de son diocèse, et le Parlement&#13;
craignait que la présence d’un évêque n’accélérât l’établissement d’un Conseil&#13;
souverain, auquel on attribuerait à son préjudice toutes les affaires de la colonie ;&#13;
ce qui arriva en effet quatre ans après42. Il paraissait encore fort alarmé des&#13;
embarras que pourraient faire naître la distraction du ressort ecclésiastique par la&#13;
création de cette nouvelle autorité et le conflit de juridiction entre l’archevêque de&#13;
Rouen et le vicaire apostolique.&#13;
Le procureur général agit donc. Il fit valoir toutes les raisons générales qui dans le&#13;
même temps faisaient agir le Parlement de Paris ; il y ajouta toutes les raisons&#13;
particulières qui intéressaient la Normandie ; il eut même recours aux raisons&#13;
politiques et dit qu’il était contre le bon ordre et l’intérêt de l’État d’envoyer des&#13;
vicaires apostoliques qui n’étaient liés ni par un bénéfice ni par un serment de&#13;
fidélité dans des lieux si éloignés, où il était si aisé d’ébranler l’autorité du prince.&#13;
Il fut rendu un premier arrêt le 3 octobre par la Chambre des vacations, qui défend&#13;
à l’abbé de Montigny de s’ingérer dans les fonctions de vicaire apostolique en&#13;
Canada. Son sacre ayant été fait malgré ces défenses, second arrêt le 23 décembre&#13;
suivant, qui renouvelle toutes ces défenses et défend en même temps à tous les&#13;
sujets du roi de le reconnaître dans cette qualité et enjoint à tous les officiers et à&#13;
tous autres de s’opposer à son entreprise et d’empêcher qu’il n’exerce aucune&#13;
fonction et ordonne que l’arrêt soit signifié tant audit abbé de Montigny qu’au&#13;
directeur de la compagnie du Canada, afin qu’elle s’oppose absolument à son&#13;
dessein.&#13;
Ces difficultés n’étaient pas plus solides que les autres. L’archevêque de Rouen&#13;
n’avait pour lui que des pouvoirs accordés à plusieurs missionnaires lors de leur&#13;
départ, ce qu’il appelait possession et ce que les évêques de Lisieux, de Saint-Malo,&#13;
de Vannes, de Nantes, de Maillezais (La Rochelle), de Bordeaux, de Bayonne,&#13;
avaient aussi bien que lui, puisqu’ils avaient également donné des pouvoirs aux&#13;
missionnaires qui étaient partis de divers ports de mer situés dans tous ces&#13;
42&#13;
&#13;
NDLR : Le Conseil souverain du Canada fut établi en avril 1663.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�diocèses ; ce qui n’avait pu incorporer à son Église des terres nouvellement&#13;
découvertes. Le Parlement avait tort de se plaindre ; l’abbé de Montigny avait&#13;
prêté le serment de fidélité comme tous les autres évêques et ce serment est&#13;
l’affaire du roi et non des parlements. On ne touchait point à sa juridiction ; c’était&#13;
un évêque de plus dans son ressort, dont il n’était pas moins juge par la voie de&#13;
l’abus. La crainte de l’établissement d’un Conseil souverain était injuste. Le roi est&#13;
le maître d’établir des cours supérieures où il juge à propos et on ne pouvait se&#13;
dissimuler la nécessité d’en établir une en Canada, à mesure que la colonie se&#13;
multiplierait, par la difficulté infinie de porter en France les affaires des&#13;
particuliers. En effet, on eut beau faire, les deux arrêts du Parlement de Rouen&#13;
n’eurent pas plus de succès que celui du Parlement de Paris ; le roi ne donna&#13;
aucune lettre patente, les bulles ne furent point présentées, la Compagnie du&#13;
Canada ne fit aucun mouvement, le vicaire apostolique partit, fit tranquillement&#13;
toutes ses fonctions.&#13;
Il n’y eut que l’abbé de Queylus qui refusa de se soumettre et fit tout ce qu’il put&#13;
pour le traverser. Dès le commencement de cette affaire, l’archevêque de Rouen,&#13;
pour faire un acte de possession éclatant et authentique, envoya l’abbé de Queylus&#13;
en qualité de son grand-vicaire dans cette partie prétendue de son diocèse. Il ne&#13;
pouvait mieux choisir. Cet abbé, homme de condition et de mérite, était un des&#13;
associés de la Compagnie de Montréal, formée en 1641. M. de Maisonneuve,&#13;
gouverneur de Montréal, pour établir le christianisme dans son département,&#13;
s’était adressé au Séminaire de Saint-Sulpice, déjà célèbre par ses services et ses&#13;
vertus si utiles à l’Église. M. Olier, fondateur de ce Séminaire, dans de pareilles&#13;
vues de religion, était entré dans la même Compagnie avec M. de Bretonvilliers,&#13;
qui fut son successeur. Ils destinèrent l’abbé de Queylus, que la piété ne leur&#13;
attachait pas moins que l’intérêt de la société, à aller jeter les fondements de cette&#13;
bonne œuvre avec trois prêtres du Séminaire qu’ils lui donnèrent. Ces quatre&#13;
ecclésiastiques passèrent en Canada en 1657. M. de Queylus, chargé des pouvoirs&#13;
et se conformant aux instructions de l’archevêque de Rouen, agit en maître. Il ôta&#13;
la cure de Québec aux Jésuites, qui l’avaient toujours desservie et s’en mit en&#13;
possession. Le P. Poncet, qui faisait les fonctions de curé, ayant cédé sans&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�résistance, fut blâmé de ses supérieurs et renvoyé en France43. Cependant, sa&#13;
qualité de grand-vicaire et ses coups d’autorité ne firent pas fortune. À l’exception&#13;
de ceux qui étaient venus avec lui, personne ne voulut le reconnaître, malgré les&#13;
ordonnances qu’il publia et les censures qu’il fulmina. Ces démarches violentes&#13;
déplurent et aliénèrent les esprits.&#13;
Le vicaire apostolique étant arrivé deux ans après, on eut encore moins d’égard à&#13;
ses prétentions, malgré le nouveau poids que les arrêts du Parlement de Paris et&#13;
de Rouen semblaient lui donner. Cependant, on l’avait44 rendu suspect de&#13;
jansénisme à la Cour de Rome et à celle de France. L’abbé revint la même année&#13;
en France et fit un voyage à Rome pour se justifier ; il trouva le pape extrêmement&#13;
prévenu et n’obtint audience qu’avec peine. Il l’obtint enfin et se justifia. Son zèle&#13;
lui fit repasser les mers le printemps suivant et il parut en Canada incognito, sous&#13;
un habit et un nom étranger ; mais ayant été découvert et continuant à ne pas&#13;
reconnaître le vicaire apostolique, la Cour en fut instruite, et l’année suivante 1661,&#13;
M. Davaugour, gouverneur général, reçut une lettre de cachet qui ordonnait à&#13;
l’abbé de Queylus de revenir en France et de laisser l’évêque de Pétrée&#13;
tranquillement faire ses fonctions. Il ne se rebuta cependant pas, et le prélat étant&#13;
venu lui-même à Paris, l’abbé se raccommoda avec lui, le reconnut enfin et avec&#13;
son agrément revint en Canada en 1668, en qualité de simple missionnaire45 avec&#13;
MM. d’Urfé, d’Allet, Salignac-Fénelon et quelques autres prêtres du même&#13;
Séminaire, où il édifia beaucoup la colonie.&#13;
&#13;
Livre second&#13;
&#13;
M. de Laval, ayant été sacré, ne tarda pas de se rendre à son troupeau. Il partit de&#13;
Paris le mois d’avril 1659 et s’embarqua à La Rochelle le jour de Pâques avec&#13;
MM. Torcapel et Pellerin, que leurs infirmités obligèrent l’année suivante de&#13;
revenir en France, et un neveu de M. de Bernières, qui n’était point tonsuré. Il partit&#13;
sans consulter sa famille, mais Dieu se contenta de son sacrifice ; un an après son&#13;
NDLR : En fait, le P. Joseph-Antoine Poncet se montra insoumis, alors que le supérieur des Jésuites de&#13;
Québec, le P. de Quen, ne montra pas de résistance. Le P. Poncet demanda à retourner en France, ce qui lui&#13;
fut accordé en 1657.&#13;
44&#13;
L’abbé de Queylus.&#13;
45&#13;
Mgr de Laval le nomma alors son vicaire général (Doc. XXIX).&#13;
43&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�arrivée, il mourut de la mort des justes, comme il avait vécu de leur vie 46. Voici la&#13;
lettre que son oncle en écrivit à M. l’évêque : « Mon très cher et honoré frère, Jésus&#13;
soit notre tout à jamais. Ce mot est pour vous prier très humblement d’agréer que&#13;
mon neveu vous accompagne ; je le tiendrai bienheureux de faire ce voyage avec&#13;
vous ; vous lui servirez de père et de directeur. Oh ! que la providence de Dieu est&#13;
admirable ! Le petit clergé de Canada sera composé de quatre personnes pauvres,&#13;
abjectes, méprisées du monde, mais pleines du désir d’être tout à fait à Dieu,&#13;
puisqu’elles ne veulent uniquement que Dieu. »&#13;
Le P. Jérôme Lalemant, jésuite, oncle du P. Gabriel Lalemant, qui venait d’être&#13;
martyrisé par les Iroquois avec le P. de Brébeuf, fut aussi du voyage. Il était revenu&#13;
en France pour travailler aux affaires de la colonie et paraissait avoir renoncé à son&#13;
ancienne mission ; il était alors recteur du collège de La Flèche. Mais M. de Pétrée,&#13;
instruit de ses vertus, de ses talents et des fruits qu’il avait faits, le demanda&#13;
comme un homme qui lui était nécessaire. Il arriva précisément trois heures avant&#13;
le départ du vaisseau et n’eut que le temps de s’embarquer. Cette troupe d’apôtres&#13;
arriva heureusement à l’île Pétrée47 le 16 mai 165048 ; elle y passa quelques jours et&#13;
enfin mouilla devant Québec le 16 juin suivant.&#13;
On savait en Canada que le roi pensait à y envoyer un évêque, mais on n’était pas&#13;
averti de son arrivée. Le premier vaisseau qui partit et qui en apportait la nouvelle,&#13;
essuya tant de contretemps dans sa route qu’il n’arriva que longtemps après celui&#13;
qui portait le prélat. La surprise fut agréable et tout s’empressa à lui marquer son&#13;
respect et sa joie.&#13;
&#13;
Ce neveu de Jean de Bernières-Louvigny de Caen, Henri de Bernières, venu au Canada en 1659 avec le&#13;
Serviteur de Dieu, ne mourut pas l’année suivante, comme l’affirme l’abbé de La Tour, mais bien 40 ans plus&#13;
tard, en 1700, après avoir été premier curé de Québec, supérieur du Séminaire et vicaire général. C’est sans&#13;
doute à la suite de la lecture d’un passage un peu ambigu d’un mémoire de 1708 sur le Serviteur de Dieu&#13;
(Doc. LXV) que de La Tour fait remonter à cette époque la mort de Henri de Bernières, alors qu’en fait ce&#13;
texte fait allusion à la mort de son oncle, survenue en 1659. Cette erreur obligea de La Tour à en commettre&#13;
une deuxième, faisant venir au Canada un second neveu de Jean de Bernières, qui aurait été curé de Québec&#13;
(voir plus bas, p. 1191).&#13;
47&#13;
Il s’agit de l’île Percée, sur le fleuve Saint-Laurent.&#13;
48&#13;
Une erreur typographique évidente : on doit lire 1659.&#13;
46&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�M. le vicomte d’Argenson, gouverneur général depuis un an49, alla au-devant du&#13;
vicaire apostolique et le reçut avec tous les honneurs dus à son rang et à son mérite&#13;
et toute la colonie fit paraître sa vénération. « Il le mérite bien, dit la mère de&#13;
l’Incarnation ; c’est un homme dont les qualités personnelles sont rares et&#13;
extraordinaires. Sans parler de sa naissance, qui est fort illustre, c’est un homme&#13;
d’un haut mérite et d’une vertu singulière. Je ne dis pas que ce soit encore un saint,&#13;
ce serait trop dire ; mais je dirai avec vérité qu’il vit en saint et en apôtre. Il ne sait&#13;
ce que c’est que respect humain. Il est pour dire la vérité à tout le monde et la dit&#13;
librement dans les rencontres ; ce qui lui attire toutes ces persécutions. En un mot,&#13;
sa vie est si exemplaire qu’il tient tout le pays en admiration. Il est intime ami de&#13;
M. de Bernières, avec qui il a demeuré quatre ans par dévotion. Il ne faut pas&#13;
s’étonner si à cette école il est parvenu à un sublime degré d’oraison50 ».&#13;
Le prélat, n’ayant rien trouvé de prêt pour son logement, alla d’abord demeurer&#13;
chez les Jésuites avec ses prêtres ; ensuite, il se logea chez les Hospitalières dans&#13;
un appartement dépendant de l’hôpital. Il y demeura près de trois mois. Il y fut&#13;
traité, autant que la pauvreté de la maison le permettait, avec beaucoup de&#13;
propreté et de zèle, quoique très simplement. Mais cette simplicité ne lui suffisait&#13;
pas. Il se plaignait toujours qu’on en faisait trop, montrait du dégoût pour ce qui&#13;
était bien apprêté et affectait au contraire une sorte d’avidité pour ce qu’il y avait&#13;
de moins bon. Mais pour ne pas être plus longtemps à charge aux pauvres en&#13;
occupant un de leurs appartements, il alla, trois mois après, loger dans le&#13;
pensionnat sauvage* des Ursulines, qu’on appelait séminaire. Il y fit faire une&#13;
clôture de séparation pour y être canoniquement. On fut obligé de placer les&#13;
enfants avec les religieuses, ce qui les incommodait beaucoup. « Mais, ajoute la&#13;
mère de l’Incarnation, ce saint prélat le mérite et nous porterons avec plaisir cette&#13;
incommodité51 ». De là, il alla avec ses ecclésiastiques dans la maison de Mme [de]&#13;
La Peltrie, appartenant aux Ursulines, où il demeura deux ans. Enfin, il acheta une&#13;
maison qui tombait en ruine, avec une petite chambre dépendante de la fabrique,&#13;
M. d’Argenson avait été nommé gouverneur du Canada deux ans auparavant, en 1657. Cependant, il arriva&#13;
à Québec en 1658.&#13;
50&#13;
Le texte de cet extrait ne correspond pas à la première édition des lettres de mère Marie de l’Incarnation&#13;
par Billaine (Paris, 1681), l’unique faite sur les originaux et que l’abbé de La Tour devait connaître. Le texte&#13;
de cette même lettre, que nous avons publié au Doc XXI-1, provient de cette édition, puisque cette lettre ne&#13;
figure pas encore dans la récente édition des Œuvres complètes en cours de publication par Dom Oury&#13;
Jamet, o.s.b.&#13;
51&#13;
Ce passage, comme le précédent, est un peu différent du texte publié dans l’édition Billaine (Doc. XXI-1).&#13;
49&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�près de l’église, où est aujourd’hui le cimetière, qu’on transféra ailleurs, et le&#13;
presbytère que l’on a fait bâtir, et où trois ans après, en 1662, vinrent se joindre à&#13;
lui M. Dudouyt et un autre neveu de M. de Bernières, un des plus saints prêtres&#13;
qui aient été en Canada, qui fut depuis le premier curé de la ville et le premier&#13;
doyen du chapitre52.&#13;
La première démarche du vicaire apostolique fut d’établir son autorité. Il se forma&#13;
une officialité, nomma M. de Lauson official (il était avant lui à Québec) et&#13;
M. Torcapel, promoteur, fulmina les bulles, ordonna à tout le monde de le&#13;
reconnaître en qualité de vicaire apostolique et défendit de reconnaître&#13;
l’archevêque de Rouen. Il porta peu de jours après une excommunication contre&#13;
ceux qui faisaient la traite de l’eau-de-vie avec les Sauvages : matière dont nous&#13;
parlerons au long dans la suite. Cette excommunication fut approuvée en&#13;
La Sorbonne en 1662 comme très juste et très sage. Tout le clergé séculier et&#13;
régulier souscrivit à son ordonnance53 et tout le monde s’y soumit, à l’exception de&#13;
l’abbé de Queylus54, comme nous l’avons dit ci-dessus.&#13;
À peine fut-il arrivé qu’il eut occasion d’exercer son zèle. Un des vaisseaux qui&#13;
vint à Québec se trouva infecté d’une maladie contagieuse. Il portait&#13;
200 personnes, qui furent presque toutes malades, dont un grand nombre mourut.&#13;
Le mal se répandit dans tout le pays ; l’hôpital fut tout rempli, et le prélat n’en&#13;
sortait presque point pendant que dura la maladie, toujours occupé à servir, à&#13;
instruire, à consoler les malades. On eut beau faire pour l’engager à conserver sa&#13;
personne, il crut devoir commencer sa carrière par l’exercice de la plus héroïque&#13;
charité. Son clergé le seconda. Un jésuite en mourut55, deux hospitalières en furent&#13;
à l’extrémité. Heureusement, le prélat fut épargné.&#13;
Tels furent les commencements de l’Église de Québec. Cette poignée d’ouvriers se&#13;
trouva chargée de presque toutes les fonctions à la fois. Les Jésuites, dispersés dans&#13;
les missions sauvages, continuaient à y faire des biens considérables. Ceux qui&#13;
Voir plus haut, p. 1189, note 646.&#13;
Il s’agit de l’ordonnance par laquelle le Serviteur de Dieu demanda à tous les prêtres du Canada de&#13;
reconnaître sa juridiction. On en trouve le texte dans le Doc. XXVI.&#13;
54&#13;
Comme nous l’avons fait remarquer (cf. Doc. XXVI), l’absence de signature de l’abbé de Queylus sur ce&#13;
document ne signifie rien, puisqu’il était alors en dehors du Canada.&#13;
55&#13;
NDLR : Il s’agit du P. Jean de Quen, supérieur des Jésuites de Québec.&#13;
52&#13;
53&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�demeuraient à Québec et qui jusqu’alors avaient eu soin de la paroisse et de&#13;
l’Hôtel-Dieu remirent l’un et l’autre à l’évêque ; deux ecclésiastiques s’en&#13;
chargèrent. Les autres allèrent aider dans les missions des Français et servirent&#13;
l’église de Beaupré, la seule église de campagne française qui fût encore formée56.&#13;
Le saint évêque mit le premier la main à l’œuvre. Comme les autres, on l’a vu cent&#13;
fois aller administrer les sacrements aux malades à la ville et à la campagne,&#13;
ramant dans un canot en été, marchant en hiver sur la neige en raquettes, portant&#13;
sur le dos sa chapelle et un morceau de pain, aller à une et deux lieues dire la messe&#13;
dans une cabane, donner le viatique et l’extrême-onction et s’en revenir de même,&#13;
après avoir mangé en courant son morceau de pain et souvent tout à jeun. Le&#13;
nombre des ecclésiastiques grossit peu à peu et il fut quelques années après assez&#13;
grand pour former un séminaire et un chapitre. Mais il est difficile de comprendre&#13;
ce qu’il en dut coûter dans ces commencements à l’évêque et à ses coopérateurs&#13;
pour fonder cette Église et la mettre en état de mériter, dix ans après qu’on l’érigeât&#13;
solennellement en évêché57.&#13;
Voici les règles que M. de Bernières58 donna par écrit à ce qu’il appelait l’Ermitage&#13;
de Québec ou les frères du Canada, parce qu’ils avaient tous été élevés à l’Ermitage&#13;
de Caen. Elles serviront à mieux faire connaître M. de Bernières, l’évêque et le&#13;
clergé de cette Église.&#13;
1° Dieu est notre centre et notre dernière fin. Nous sommes créés&#13;
pour le posséder, non seulement dans le ciel, mais aussi sur la terre.&#13;
Tout le désir de Dieu même est de réunir la créature au Créateur,&#13;
séparée par le péché et l’affection aux choses créées. La vie n’est&#13;
qu’un passage pour arriver à cette heureuse fin. Les chrétiens ne&#13;
doivent avoir d’autre objet que de s’écouler en Dieu, comme les&#13;
fleuves dans la mer. C’est la vérité fondamentale, dont nous devons&#13;
être fortement persuadés et pénétrés d’une manière active.&#13;
&#13;
Il n’est pas exact d’affirmer que la paroisse de Beaupré était alors la seule organisée au Canada, puisqu’elle&#13;
n’existait pas encore ; on s’apprêtait à construire son église. La paroisse ne fut érigée par le Serviteur de Dieu&#13;
qu’en 1678.&#13;
57&#13;
NDLR : L’évêché fut officiellement érigé le 1er octobre 1674, soit 15 ans après l’arrivée de Mgr de Laval.&#13;
58&#13;
NDLR : Il s’agit ici, bien sûr, de Jean de Bernières.&#13;
56&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�2° Cette recherche active par forme de méditation et de raisonnement&#13;
doit se faire au commencement de la conversion. Dans la suite, il&#13;
suffit de la faire par voie de foi, qui éclaire simplement mais&#13;
puissamment, pour connaître et goûter cette heureuse fin et par cette&#13;
connaissance et ce goût, nous faire passer de nous-mêmes en Dieu et&#13;
supporter les travaux de la vie. Cette attention ou contemplation de&#13;
foi suffit, sans autre méthode d’oraison, à ceux qui avancent.&#13;
3° Cette manière d’oraison plus pure et plus spirituelle causera&#13;
souvent des ténèbres, des sécheresses, des faiblesses, des dégoûts. Il&#13;
faut tout supporter avec patience ; c’est faire une bonne oraison. Dieu&#13;
ne manque pas de nous aider dans cet état pénible par des vues&#13;
passagères mais pénétrantes, qui nous font goûter notre bonheur.&#13;
Dieu est un être pur et spirituel ; il ne peut être possédé que par&#13;
l’esprit.&#13;
4° Nos chers frères de Canada sont tous capables de ce procédé&#13;
spirituel. Plusieurs même y sont avancés ; ils n’ont qu’à y être&#13;
fidèles ; ils feront de grands progrès, s’ils joignent aux travaux&#13;
extérieurs les souffrances intérieures. Ces deux peines réunies leur&#13;
donneront plus tôt la mort intérieure que toutes les douceurs et les&#13;
lumières. La Providence les favorise infiniment en les envoyant dans&#13;
un pays sauvage travailler au salut des âmes, mourir à eux-mêmes&#13;
et se réunir à leur dernière fin. Ce serait une illusion de croire qu’ils&#13;
feraient mieux en France, gagnant plus d’âmes, s’avançant dans&#13;
l’oraison par de plus grands secours. Ce sont des tromperies de la&#13;
nature, qui ne peut se résoudre à mourir.&#13;
5° Dans tout ce qu’ils feront par devoir ou par dévotion, dans toutes&#13;
les croix qu’ils souffriront, intérieures ou extérieures, qu’ils ne&#13;
changent ni d’objet ni d’intention, qu’ils regardent toutes choses&#13;
comme des moyens pour aller à Dieu, qui est leur centre. Jamais il ne&#13;
faut s’arrêter dans le chemin ou dans les moyens, mais uniquement&#13;
dans le terme. L’intérieur et l’extérieur ne composeront qu’un même&#13;
tout et l’âme simplement attentive ne sera point partagée à divers&#13;
objets. Plus les travaux et les peines seront grands, plus le moyen&#13;
d’aller à Dieu sera efficace, principalement les travaux apostoliques.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�6° Quand il plaira à Dieu d’adoucir l’amertume des souffrances par&#13;
des lumières et des consolations intérieures, ne les rejetez pas comme&#13;
opposées à la mort spirituelle ; mais recevez-les comme des moyens&#13;
nécessaires à votre faiblesse, qui vous aideront à souffrir. Tout ce que&#13;
la bonté de Dieu accorde doit être reçu avec respect, humilité,&#13;
reconnaissance et dépendance. Tout nous conduit au Créateur,&#13;
lumières et ténèbres. Laissez-vous-en pénétrer. Benedicite lux et&#13;
tenebrae59.&#13;
7° Lorsque l’on éprouvera plus de facilité à raisonner ou à produire&#13;
des actes intérieurs, il faut en profiter. Ce n’est point alors un effort&#13;
de l’esprit humain. Il n’y a que ceux qui se font par manière d’étude&#13;
qui nuisent ; les autres entretiennent le goût de l’âme pour chercher&#13;
Dieu.&#13;
8° Les oraisons jaculatoires sont à peu près celles-ci : « Comme le cerf&#13;
altéré désire les sources d’eau vive, ainsi mon âme désire Dieu. » Les&#13;
créatures, même insensibles, tendent sans cesse vers leur centre et les&#13;
chrétiens s’en éloignent par l’affection aux créatures. Il est&#13;
impossible d’aller à la vie, qui est Dieu, que par le détachement des&#13;
créatures et la mort à soi-même. La conversion de toute la terre ne&#13;
sert de rien si on ne meurt à soi-même ; cette mort seule suffit, quand&#13;
on ne convertirait personne.&#13;
9° La lecture des livres spirituels, faite avec dégagement d’esprit,&#13;
nous donne du secours et de l’assurance. Un voyageur demande&#13;
souvent le chemin et l’assurance qu’on lui en donne le tranquillise.&#13;
Nous sommes des voyageurs qui allons à Dieu ; les bons livres, les&#13;
gens expérimentés nous confirment dans notre voie. Mais il faut se&#13;
borner à son degré ; si on lit ce qui regarde le degré supérieur, ce ne&#13;
doit être que pour s’animer à y parvenir. La lecture spirituelle doit&#13;
se faire lentement, non en courant. Il n’est pas question de remplir,&#13;
mais de vider son esprit. Ce n’est point une étude. Il ne s’agit que de&#13;
connaître et de pratiquer le dénuement, ce qui se fait mieux par la&#13;
simple lumière de la foi et le détachement des créatures que par la&#13;
multitude des connaissances et des raisonnements. La foi contient&#13;
59&#13;
&#13;
NDLR : « Bénissez la lumière et les ténèbres. » (Daniel 3:72)&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�éminemment toutes ces vérités particulières ; elle a une efficacité&#13;
infinie pour élever l’âme à Dieu.&#13;
&#13;
Avis particuliers pour M. de Laval :&#13;
Dieu se fait assez connaître à lui pour son centre et sa dernière fin. Il&#13;
sait et il goûte qu’ayant Dieu, il a tout. Il doit donc tendre&#13;
continuellement vers lui au milieu des créatures, où le péché nous a&#13;
abîmés. Tous les états y sont propres ; c’est à nous à y répondre.&#13;
Il doit s’abandonner à la conduite de Dieu et accepter l’emploi que&#13;
la Providence lui a donné sans l’avoir recherché. L’amour de&#13;
l’abandon contient celui de la pauvreté, du mépris, des souffrances&#13;
et un détachement général de tout ce qui n’est point Dieu. Qu’il&#13;
réussisse ou non dans sa charge, il doit être toujours content. Ne&#13;
cherchant que Dieu, il le trouvera partout ; rien ne pourra lui ôter la&#13;
paix du cœur. Il faut être attaché à Dieu plus qu’à l’œuvre de Dieu.&#13;
Il ne se servira que des moyens évangéliques qu’employaient les&#13;
apôtres, qui abhorraient la prudence humaine et ne suivaient que la&#13;
folie de la croix. Il vaut mieux n’être pas évêque que d’être évêque&#13;
humain. Ce serait un grand malheur qu’un évêché empêchât d’être&#13;
parfait chrétien. Que la sagesse du monde y trouve à redire,&#13;
qu’importe ! Jésus-Christ est la voie et le terme ; on ne le trouvera&#13;
jamais qu’en suivant ses maximes.&#13;
Il ne se détachera jamais de la pauvreté. S’il est obligé de souffrir que&#13;
l’évêché ait quelque revenu, il ne doit pas moins conserver dans sa&#13;
personne l’extérieur de la pauvreté et demeurer uni à ses amis&#13;
pauvres. On traitera cette conduite de bassesse. Les souffrances de&#13;
toute espèce, les dangers, même de la mort, ne lui manqueront pas&#13;
dans un pays où tout le reste manque. Il doit conserver le même&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�abandon dans les ténèbres, les sécheresses et les autres épreuves de&#13;
la vie spirituelle.&#13;
Il y a dans notre âme une inclination essentielle de s’écouler en Dieu.&#13;
Il faut la laisser agir en liberté. La docilité à cette tendance est la&#13;
meilleure oraison ; il faut la réveiller et l’entretenir par des temps&#13;
réglés de prières et de lectures spirituelles et des regards amoureux&#13;
sur la vie et la passion de Jésus-Christ. Mais quand on se sent touché,&#13;
il faut se livrer à ce mouvement et laisser ce que la méditation ou la&#13;
lecture auront inspiré de meilleur.&#13;
Il n’ouvrira son cœur pour sa direction ou sa conduite qu’à ceux qu’il&#13;
verra goûter cet esprit d’abandon. Il priera Dieu de lui en faire&#13;
trouver de ce caractère.&#13;
Il vaut mieux faire ses charités d’une manière secrète. La sagesse&#13;
humaine inspire de les faire avec éclat. Jésus-Christ n’agissait pas&#13;
ainsi. L’Église n’en tire pas plus de fruits. Si Dieu les fait éclater, il&#13;
faut le souffrir patiemment. Son pur esprit porte à la petitesse, à la&#13;
pauvreté d’habits, table, logement, équipage ; il faut pourtant le&#13;
nécessaire ; ce malheureux corps y oblige.&#13;
Je ne lui conseille pas de quitter le lieu où Dieu l’a placé sous prétexte&#13;
de négocier à la Cour ou ailleurs les affaires de l’Église ou de la&#13;
colonie. Il y a bien du danger et de l’illusion. Le mieux et le plus sûr&#13;
est de négocier avec Dieu et de demeurer fidèlement attaché à son&#13;
devoir. Cherchez premièrement le royaume de Dieu, le reste sera&#13;
ajouté. Si ce reste manque, Dieu veut nous sanctifier par la pauvreté,&#13;
l’humiliation et la souffrance60.&#13;
Cette règle ne fut pas observée. Le zèle fit faire à M. de Laval bien des voyages et&#13;
enfin, une démission de son évêché, dont les succès ne furent pas heureux. Ses&#13;
NDLR : Bien que le sens représente bien l’esprit de Jean de Bernières, nous ne savons pas si ce texte est&#13;
une transcription d’une lettre adressée à François de Laval, qui dans ce cas n’a pas été retrouvée, ou une&#13;
transposition de témoignages que La Tour a reçus pendant son séjour au Canada.&#13;
60&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�successeurs ne l’ont pas mieux gardée. Ils n’observèrent pas non plus celle de la&#13;
pauvreté. La communauté de biens fut abolie et l’on procura des abbayes à&#13;
l’évêché, qui a toujours été pauvre61.&#13;
Cependant, M. de Bernières mourut le 8 mai 1659. L’abrégé de cet événement ne&#13;
sera pas un épisode déplacé dans la vie d’un prélat qui lui était si attaché et si&#13;
redevable. Ce saint homme en avait été averti trois ans auparavant par la sœur&#13;
Marie, pour laquelle il avait, comme tout le monde, une vénération singulière.&#13;
Cette sainte fille, quelque temps avant sa mort, lui découvrit les choses les plus&#13;
secrètes et lui annonça son décès sous l’idée d’un calice qui le lui adoucirait et lui&#13;
recommanda l’Ermitage, l’appelant le jardin où, comme l’épouse des Cantiques,&#13;
Dieu conservait ses fruits. Elle mourut à Coutances le 25 février 1650. On en&#13;
rapporte plusieurs miracles. Son corps, transféré par arrêt du Parlement de Rouen&#13;
dans l’église du P. Eudes, fut trouvé tout entier exhalant une odeur agréable.&#13;
M. de Laval, qui l’avait plusieurs fois visitée et qui était allé en pèlerinage à son&#13;
tombeau, porta en Canada et conserva toute sa vie avec respect quelqu’une de ses&#13;
reliques qu’il avait obtenues62.&#13;
M. de Bernières fut encore instruit par Dieu même de sa mort prochaine. Il le fit&#13;
souvent connaître à ses disciples. Il découvrit à chacun d’eux ce qui devait lui&#13;
arriver dans la suite et qui lui arriva en effet. « Je me vois, leur dit-il, investi de la&#13;
lumière de la divinité comme du soleil à midi et je sens de si violents transports&#13;
d’amour divin que je m’étonne comment je puis vivre ». C’est sans doute dans&#13;
quelqu’un de ces transports qu’il mourut subitement sur les 9 heures du soir. Il&#13;
avait communié le matin, comme il le faisait tous les jours, gagné l’indulgence&#13;
dans l’église du Croisic et assisté à la Congrégation. Il parut tout à coup d’une&#13;
gaieté extraordinaire. Quelqu’un lui en demanda la raison. « Ah ! dit-il, ma joie&#13;
serait bien plus grande, si je n’avais pas d’amour-propre. » Il fut à la récréation et&#13;
à la prière du soir à l’ordinaire. À peine fut-il retiré dans sa chambre pour se&#13;
NDLR : La communauté des biens a été abolie sous Mgr de Saint-Vallier en 1692.&#13;
Il s’agit de Marie Des Vallées, « la sainte âme de Coutances » (1590-1655), femme de très grande piété&#13;
dirigée par saint Jean Eudes, qui eut une certaine influence sur la vie mystique de son époque. Comme le&#13;
souligne ici de La Tour, le Serviteur de Dieu alla plusieurs fois la rencontrer. Selon le chanoine Eugène&#13;
Lelièvre, de Coutances, (note personnelle qu’il nous a communiquée le 24 janvier 1936), le jeune abbé&#13;
de Laval et ses compagnons choisis en 1653 comme vicaires apostoliques en Extrême-Orient auraient&#13;
demandé conseil à Marie Des Vallées avant d’accepter une telle charge.&#13;
61&#13;
62&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�coucher que son valet se mit à crier. On y accourut ; on le trouva assis à terre près&#13;
de son lit, les yeux levés vers le ciel et rendant les derniers soupirs.&#13;
Après la mort de M. de Bernières, ses élèves continuèrent à vivre dans son&#13;
Ermitage. Il leur avait fort recommandé de n’avoir aucun commerce avec les&#13;
jansénistes, qu’il appelait les ennemis de Jésus-Christ. Et pour mieux marquer ses&#13;
sentiments, il s’était fait faire un cachet, où autour d’un crucifix étaient gravés ces&#13;
mots : « Dieu est mort pour tous ». Il avait même prédit qu’on en aurait beaucoup&#13;
à souffrir ; ce qui arriva bientôt après. M. Dudouyt, un des plus zélés, étant tombé&#13;
dangereusement malade en 1660, il fallut lui administrer le viatique ; mais son curé&#13;
étant soupçonné de jansénisme, il refusa de le recevoir de sa main. Ses confrères&#13;
se déchaînèrent ouvertement pour le justifier. Ce cachet, ce refus, ces discours&#13;
firent un grand éclat, irritèrent le parti et attirèrent tant de persécutions sur les&#13;
ermites qu’il fallut se séparer. La plupart allèrent à Paris se réunir, sous la conduite&#13;
du P. Bagot, à la Congrégation, d’abord logée à la rue Coupeau, depuis transférée&#13;
à la rue Saint-Dominique.&#13;
M. des Maizerets, après avoir fait son séminaire aux Bons Enfants et reçu les ordres&#13;
sacrés des mains de M. d’Héliopolis, y revint aussi. M. Dudouyt, son ami, y&#13;
retomba malade et prit la résolution d’aller en Canada. À peine fut-il guéri qu’il&#13;
partit pour La Rochelle et s’embarqua au mois d’août 1662. M. Morel était parti en&#13;
1661 avec Denis Roberge, élève et domestique de M. de Bernières, qui, plein de&#13;
l’esprit de son maître, alla par zèle en Canada se donner à M. de Laval et le servit&#13;
jusqu’à sa mort.&#13;
La ferveur se soutenait toujours parmi les congréganistes. Plusieurs l’avaient&#13;
portée jusqu’à s’assembler chaque semaine en particulier, pour se déclarer entre&#13;
eux leurs pensées les plus secrètes et leurs fautes les plus humiliantes et se donner&#13;
mutuellement des pénitences, afin d’acquérir une profonde humilité ; ce qui&#13;
produisit de très bons effets. Mais à force d’y avoir reçu du monde, le relâchement&#13;
s’y glissa. L’association se rompit. Trois mois après, il s’en forma une autre moins&#13;
nombreuse et mieux choisie. On loua une maison à Saint-Étienne-des-Grès et on y&#13;
reprit les mêmes exercices avec une nouvelle ferveur.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�C’est alors qu’elle forma le Séminaire des Missions étrangères, dont celui de&#13;
Québec est une dépendance. Le grand objet de l’assemblée du P. Bagot et de&#13;
l’Ermitage de M. de Bernières, qui étaient très unis, était la conversion des&#13;
idolâtres du Nouveau-Monde. Le célèbre P. de Rhodes, jésuite, étant venu des&#13;
Indes à Paris en 1654 chercher des ouvriers évangéliques, s’introduisit dans&#13;
l’assemblée par le moyen du P. Bagot. (Ses relations, ses exhortations, ses&#13;
entretiens, son exemple y allumèrent un si grand zèle que tous résolurent de se&#13;
consacrer à cette bonne œuvre). Le P. de Rhodes obtint à Rome des lettres de&#13;
vicaire apostolique pour plusieurs. MM. les évêques d’Héliopolis, Métellopolis et&#13;
Bérythe et nombre de prêtres partirent pour les Indes ; M. de Laval, évêque de&#13;
Pétrée, pour le Canada63.&#13;
Cette œuvre n’aurait pas subsisté longtemps, si l’on n’eût formé en France un&#13;
corps durable, qui fût comme la source des ouvriers évangéliques, c’est-à-dire qui&#13;
eût soin de rassembler ces sujets, les élever, les envoyer en Orient et leur procurer&#13;
des secours, comme la Congrégation de la propagande à Rome. M. de Meurs fut&#13;
63&#13;
&#13;
Ce n’est pas en 1654, mais en 1652 que le P. de Rhodes vint à Paris et entra en relation avec les jeunes de&#13;
la Société des Bons Amis. On raconte qu’après la première réunion qu’il eut avec ceux-ci, profondément&#13;
impressionné par la ferveur spirituelle et la générosité apostolique de ces jeunes, le P. de Rhodes aurait dit :&#13;
« J’ai trouvé dans ces jeunes gens des dispositions plus parfaites que celles que j’ai cherchées dans les&#13;
séminaires et autres lieux d’Europe. » (Mathieu, Vie de Henri-Marie Boudon, Besançon, 1837, p. 54)&#13;
L’année suivante, en 1653, il demanda à Rome la nomination comme vicaires apostoliques pour trois prêtres&#13;
des Bons Amis, à savoir l’abbé Pallu, l’abbé Piquet et le Serviteur de Dieu, qui était destiné au Tonkin. Il est&#13;
bon ici de rappeler qu’en cette occasion, le Conseil de conscience de la reine régente Anne d’Autriche, dont&#13;
saint Vincent de Paul était l’âme, même s’il n’en était pas le chef, fit parvenir à Rome deux suppliques, dans&#13;
lesquelles on faisait de grands éloges des trois candidats, éloges qui méritent d’être connus. Dans celle de&#13;
juillet 1653, signée par saint Vincent et les autres, on lit : « Nous avons à Paris plusieurs prêtres séculiers qui&#13;
seraient capables de remplir ces fonctions. Ils sont recommandables par la pureté de leurs mœurs, leur zèle,&#13;
leur prudence et leur doctrine ; ils sont prêts du reste à subir l’examen des personnes que Votre Sainteté&#13;
voudrait bien désigner. » (Archives du Séminaire des Missions étrangères de Paris, vol. 114, p. 434.)&#13;
Envoyé quelques mois plus tard, le second éloge, par les mêmes auteurs, est encore plus explicite : « Nous&#13;
avons ici sous la main trois prêtres choisis, d’une probité connue, tout dévoués à cette cause si dure et si&#13;
difficile, prêts à entreprendre pour le Christ ce voyage plein de dangers et à travailler toute leur vie sans répit&#13;
dans ces royaumes lointains. » (Coste, Saint Vincent de Paul, Correspondance, Entretiens, Documents, Paris,&#13;
1920-1925, vol. 5, p. 11.) Cependant, ce projet fut contesté par le Portugal, qui avait un certain monopole sur&#13;
les missions de cette région et n’eut pas de suite. Ce n’est qu’en 1658 que deux évêques français furent&#13;
envoyés en Extrême-Orient, Mgr François Pallu, comme vicaire apostolique du Tonkin, et Mgr Lambert&#13;
de La Motte, comme vicaire apostolique du Siam. Entre-temps, le Serviteur de Dieu fut nommé vicaire&#13;
apostolique du Canada sur demande du roi Louis XIV (Doc. IX) et non pas du P. de Rhodes, comme semble&#13;
l’affirmer ici l’abbé de La Tour.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�le plus ardent. Il engagea plusieurs autres à mettre leurs biens en commun et à&#13;
établir une communauté ou séminaire dans ce goût. C’est ce qu’on appelle le&#13;
Séminaire des Missions étrangères. Un carme déchaussé, évêque de Babylone,&#13;
donna l’emplacement et la maison qu’il possédait, rue du Bac, faubourg SaintGermain. Plusieurs personnes y firent des dons considérables ; on y unit des&#13;
bénéfices. Les deux puissances donnèrent authentiquement leur approbation64.&#13;
C’est depuis longtemps une maison des plus distinguées de Paris, qui ne cesse de&#13;
faire de très grands biens dans les Indes par les bons ouvriers que tous les ans elle&#13;
y envoie.&#13;
Après cette digression curieuse et édifiante et nécessaire dans la vie de&#13;
M. de Laval, reprenons la suite de son histoire.&#13;
Rien ne représente mieux la primitive Église que la vie de ce petit clergé. Ils&#13;
n’étaient tous qu’un cœur et qu’une âme sous la conduite de M. de Laval et ne&#13;
faisaient qu’une famille dont il était le père. Biens de patrimoine, bénéfices&#13;
simples, pensions de la Cour, présents et honoraires, ils mirent tout en commun.&#13;
M. des Maizerets, supérieur du Séminaire, écrivant plus de 20 ans après à M. le&#13;
marquis de Denonville, gouverneur65, lui parlait en ces termes : « Le prélat ne&#13;
faisait rien de considérable que de concert avec nous tous. Nos biens étaient&#13;
communs avec les siens. Je n’ai jamais vu faire parmi nous aucune distinction du&#13;
pauvre et du riche ni examiner la naissance et la condition de personne, nous&#13;
regardant tous comme frères. Nous avons aussi toujours conservé une parfaite&#13;
union avec les Jésuites et le Séminaire de Saint-Sulpice, qui n’a jamais pu être&#13;
altérée. M. de Laval n’a rien négligé pour perpétuer dans son Église cet esprit de&#13;
charité ; il y a réussi et pendant tout le temps de son épiscopat, l’union a été&#13;
parfaite. » C’est à cette union étroite que la religion fut redevable des rapides&#13;
progrès qu’elle fit en Canada et le clergé, de la piété édifiante qui faisait son&#13;
caractère. « Tous les ecclésiastiques, chanoines, curé, Séminaire ne composent&#13;
qu’une communauté, dont la sainteté attire le respect de tout le monde. » Ainsi&#13;
L’approbation pontificale fut donnée par le nonce de Paris, Mgr Flavio Chigi, le 11 août 1664. Le Séminaire&#13;
de Québec, peu après uni à celui de Paris, fut ainsi indirectement approuvé par le Saint-Siège.&#13;
65&#13;
Cette lettre fut écrite au moins 30 ans après la fondation du Séminaire de Québec, puisque M. de Denonville&#13;
fut gouverneur du Canada de 1685 à 1689 (Lettre du 12 octobre 1691, conservée au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres P, no 110a).&#13;
64&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�parle M. de Saint-Vallier, second évêque, dans sa relation de 1687, imprimée à&#13;
Paris66.&#13;
Ce que la piété avait d’abord inspiré, l’état de cette Église naissante le rendait&#13;
absolument nécessaire. Elle n’avait ni assez de biens ni assez d’ouvriers pour faire&#13;
des corps séparés et laisser les particuliers indépendants les uns des autres. En ne&#13;
formant qu’un même corps, on économise les biens, on partage les charges, on&#13;
s’entraide, on se soulage, on se remplace. D’ailleurs, les ecclésiastiques, que le zèle&#13;
attirait dans ces pays lointains et dont le plus grand nombre étaient pauvres,&#13;
avaient à craindre de manquer du nécessaire, surtout dans un âge avancé et un&#13;
état d’infirmité.&#13;
Les paroisses dont on les chargeait, quoique très vastes, à peine habitées par&#13;
quelques familles dispersées çà et là ne fournissaient aucun revenu. On y était, par&#13;
l’éloignement et la rigueur de l’hiver, hors de commerce avec Québec pour se&#13;
procurer ses besoins et encore plus hors de portée de faire rien venir de France,&#13;
d’où cependant on tirait alors presque toutes les commodités de la vie ; embarras&#13;
encore plus grand dans les infirmités que l’âpreté du climat insupportable à des&#13;
étrangers et les travaux immenses que la rareté des prêtres obligeait à soutenir&#13;
rendaient ordinaires et inévitables. Un missionnaire était souvent chargé de&#13;
plusieurs paroisses et avait des 20 et 30 lieues de pays à desservir et par des&#13;
chemins en tout temps difficiles. En été, il faut ramer sur la rivière, tout&#13;
missionnaire doit être matelot ; en hiver, marcher sur la neige, en raquettes,&#13;
portant sa chapelle, son paquet et ses provisions. Ces inconvénients arrêtaient ou&#13;
faisaient périr grand nombre de bons ouvriers. M. de Laval était trop bon et trop&#13;
équitable pour n’en être pas touché et s’efforcer d’y remédier.&#13;
Il voulut que tout le clergé ne fît qu’une famille, que la maison de l’évêque fût la&#13;
maison commune de tous les ecclésiastiques et le centre de tout le temporel comme&#13;
du spirituel. Il s’engagea de fournir à tous tout ce qui leur serait nécessaire. Il&#13;
voulut que quand les affaires, les maladies, la piété les attireraient à Québec, ils&#13;
trouvassent chez lui un asile toujours ouvert, qu’ils y vinrent même chaque année&#13;
faire une retraite et que, quand l’âge ou les infirmités les mettraient hors d’état de&#13;
66&#13;
&#13;
État présent de l’Église et de la Colonie française dans la Nouvelle-France, Paris, 1688.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�servir, ils y eussent une ressource assurée, la nourriture et l’entretien jusqu’à la fin&#13;
de leurs jours et des prières après leur mort. Par ce moyen, les missionnaires,&#13;
déchargés de toute sollicitude temporelle, se livraient au travail avec plaisir et sans&#13;
réserve. Il exécuta ce pieux dessein jusqu’à l’établissement de son Séminaire. Dès&#13;
qu’il l’eût bâti, il lui donna tous ses biens, s’y consacra, s’y renferma lui-même et&#13;
le chargea de maintenir cette union et de remplir et de perpétuer ses vues ; ce qui&#13;
subsista jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement changeât la face des choses.&#13;
Mais comme le Séminaire n’était pas assez riche pour fournir à tant de dépenses,&#13;
qu’il était même inutile et dangereux de laisser aux missionnaires la liberté de&#13;
thésauriser, il voulut que chacun remît à la masse commune tout ce qu’il retirerait&#13;
de sa paroisse, après avoir prélevé les dépenses nécessaires et les aumônes&#13;
convenables et qu’il en rendît compte de temps en temps au supérieur. À cet effet,&#13;
il unit au Séminaire toutes les dîmes, toutes les cures de la campagne, le chapitre&#13;
et la cure de Québec. Et pour mieux conserver le premier esprit, il ordonna que&#13;
toutes les cures seraient appelées des missions et les curés, des missionnaires.&#13;
Cet esprit de pauvreté, inspiré par M. de Bernières, était si grand dans l’évêque et&#13;
dans tout son clergé qu’on fut longtemps incertain si l’on ferait aucune acquisition&#13;
dans ce pays, regardant comme plus parfait et plus apostolique de s’abandonner&#13;
à la Providence. Cependant, comme on se proposait d’élever gratuitement la&#13;
jeunesse, qu’on ne pouvait qu’à grands frais faire venir des prêtres de France, que&#13;
les Jésuites avaient des fonds considérables, qu’il ne convient pas au clergé de&#13;
mendier, il fut résolu, après bien des délibérations, qu’on ferait des acquisitions&#13;
suffisantes pour l’entretien honnête du Séminaire, mais qu’on ne se départirait&#13;
jamais de la désappropriation, qui laisse tout en commun entre les mains du&#13;
supérieur, comme on s’y était engagé.&#13;
Cet ordre, qui dans la suite des temps a changé, subsiste encore dans une vingtaine&#13;
de paroisses du district de Montréal, desservies par MM. de Saint-Sulpice. Chacun&#13;
des missionnaires rend compte de son revenu au Séminaire et en retire son&#13;
entretien. La sage fermeté de MM. Leschassier et Pelletier, supérieurs du&#13;
Séminaire de Paris, l’ont inviolablement conservé contre les efforts qu’on a faits&#13;
plus d’une fois pour y porter atteinte. Ils ont mieux aimé retrancher de leur corps&#13;
les particuliers qui n’ont pas voulu se soumettre à cette dépendance. Et ce qu’il y&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�a de singulier, M. de Saint-Vallier, qui a favorisé plusieurs fois ceux qui voulaient&#13;
se faire fixer dans ces cures, qui même a séparé toutes les autres du Séminaire de&#13;
Québec, a cependant voulu unir juridiquement toutes les cures du gouvernement&#13;
de Montréal au Séminaire de Saint-Sulpice ; ce que la Cour n’a pas voulu agréer,&#13;
pour ne pas priver les évêques de la collation de ces cures.&#13;
M. de Laval avait encore d’autres vues profondes de sagesse. En établissant cette&#13;
espèce de gouvernement, il entretenait beaucoup mieux l’union et la dépendance,&#13;
il contenait bien mieux les particuliers par les liens de la subordination immédiate&#13;
aux supérieurs subalternes, il était instruit plus exactement de l’état et des besoins&#13;
des paroisses par la voix légitime des pasteurs, il changeait plus facilement ceux&#13;
qui pouvaient devenir inutiles dans un endroit ou être plus utiles dans quelque&#13;
autre, il ranimait leur ferveur en leur faisant faire tous les ans et leur rendant si&#13;
faciles les exercices de la retraite, ce que tant d’évêques de France se font un devoir&#13;
de pratiquer dans leurs diocèses et il mettait tous les prêtres à portée de lui ouvrir&#13;
leur cœur et de recevoir ses avis. La sagesse et la charité présidaient à toutes les&#13;
démarches de ce digne successeur des apôtres.&#13;
Jamais évêque n’a plus aimé son clergé, ni n’en a été plus tendrement aimé que&#13;
M. de Laval. C’était un véritable père. La joie éclatait sur son visage lorsque ses&#13;
curés venaient loger chez lui avec la confiance d’un enfant qui entre dans la maison&#13;
paternelle. Il voyait ces hommes que le climat et le travail avaient exténués et qui&#13;
portaient sur leurs visages le témoignage écrit de leur zèle. Il courait à eux, il les&#13;
embrassait et les comblait de caresses, entrait dans le plus menu détail de leurs&#13;
peines et s’épuisait pour les soulager dans leurs besoins. Il était surtout enchanté&#13;
lorsqu’ils se présentaient à lui avec une vieille soutane toute déchirée, un méchant&#13;
bonnet de matelot, de gros souliers avec des grappins, en un mot comme des&#13;
Sauvages ; et alors, il les reconnaissait pour ses véritables enfants, dégagés de&#13;
toutes les superfluités de la vie, négligeant ce vain extérieur pour ne s’occuper que&#13;
des fonctions apostoliques. Le prélat leur servait de modèle ; jamais personne n’a&#13;
plus négligé les puériles affectations ; il donnait presque dans l’excès.&#13;
Croirait-on que, par tous ces arrangements, M. de Laval avait en vue de consulter&#13;
son clergé et de n’agir que de concert avec lui, quoique par ses lumières&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�supérieures, son expérience, ses travaux, ses vertus, sa naissance, sa dignité, il fût&#13;
un oracle dont tout le clergé respectait les vues ? Jamais personne ne s’est plus&#13;
défié de lui-même ni n’a demandé avec plus d’humilité, ni suivi avec plus de&#13;
docilité les avis de ses inférieurs et de ses disciples. Son premier principe fut de&#13;
suivre dans le gouvernement l’esprit de Jésus-Christ, marqué dans ces paroles de&#13;
l’Évangile : « Les rois dominent les peuples en souverains, mais pour vous, que le&#13;
plus grand se fasse le plus petit » ; et dans celui du prince des apôtres : « Gardezvous de dominer sur le clergé, mais rendez-vous de bon cœur la forme de votre&#13;
troupeau » ; et dans ces autres du Sage : « Vous a-t-on établi supérieur, ne vous en&#13;
élevez pas, mais soyez parmi vos inférieurs comme l’un d’entre eux ». Il avait des&#13;
assemblées fréquentes avec ses grands-vicaires, les principaux de son chapitre, les&#13;
supérieurs des communautés et les religieux distingués par le mérite et la vertu.&#13;
Point d’affaire importante qu’il n’y proposât. Dans toutes celles des paroisses, les&#13;
pasteurs étaient principalement consultés ; il les appelait ou leur écrivait&#13;
exactement avant que de rien faire chez eux ou de rien accorder à leurs paroissiens.&#13;
C’était moins un supérieur qu’un confrère, qui cherchait le bien avec eux et ne le&#13;
cherchait que dans la vue du bien même. Les plus grands évêques de France&#13;
suivent cet usage dans leurs diocèses. Ils tiennent chaque semaine des&#13;
congrégations, où se traitent toutes les affaires ; c’est ce que l’Église observe dans&#13;
les conciles et le pape dans le Sacré collège. Aussi jamais prélat ne fut, ni mieux&#13;
obéi, ni mieux secondé que M. de Laval, parce que bien loin d’avoir cette jalousie&#13;
de métier qui veut tout faire, qui craint le mérite, qui ne goûte que le despotisme,&#13;
jamais prélat ne témoigna à ses inférieurs plus d’estime et plus de confiance, ne&#13;
chercha plus à faire valoir leur zèle et leurs talents, n’eut moins d’envie de&#13;
commander et ne commanda moins en effet.&#13;
Pour établir solidement ce bel ordre, il voulut lier tous les membres du clergé par&#13;
l’honneur et la religion, en exigeant leur parole et leur signature et leur faisant faire&#13;
une espèce de vœu, qu’il appela de désappropriation, qui, sans avoir l’étendue ni&#13;
la force d’un vœu de pauvreté religieuse, en a les effets et sans ôter la capacité&#13;
d’acquérir et la propriété des biens par une mort civile, comme le vœu solennel,&#13;
rend à peu près également dépendant des supérieurs et donne devant Dieu un&#13;
pareil mérite. Il voulut bien s’engager lui-même, se mit à la tête de tout, vivant en&#13;
commun d’abord chez lui et ensuite dans le Séminaire ; et quoique maître de tout&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�et par le suffrage de tous les cœurs et par ses bienfaits, puisqu’il avait tout donné&#13;
à son clergé, il n’agissait qu’avec une sorte de dépendance du supérieur du&#13;
Séminaire, dont il demandait toujours les avis ou plutôt, pour parler selon son&#13;
idée, auquel il demandait constamment permission. Cette union étroite parut&#13;
suspecte à son successeur, qui changea tout dans la suite. Mais M. de Laval ne s’en&#13;
écarta jamais jusqu’à la mort, malgré les désagréments qu’il eut à essuyer pendant&#13;
le reste de sa vie.&#13;
Cet évêque ne se borna pas à l’union des membres du clergé ; il voulut y faire&#13;
entrer toutes les communautés religieuses de son diocèse. Rien n’était plus sage. Il&#13;
y a communément peu d’intelligence entre le clergé et les religieux, à quelques&#13;
particuliers près, pleins de l’esprit de leur état et qu’un vrai mérite rend supérieur&#13;
à ces faiblesses, qui d’un côté savent respecter l’ordre hiérarchique et de l’autre&#13;
rendre justice aux talents et à la vertu et employer des ouvriers utiles. Il est vrai&#13;
qu’en général ces deux états, peu prévenus l’un pour l’autre, se regardent&#13;
mutuellement avec défiance. Quels biens ne feraient-ils pas si, toujours unis, il ne&#13;
régnait entre eux qu’une émulation de zèle et de charité ? Ce malheur n’était pas à&#13;
craindre en Canada ; il n’y avait alors dans le diocèse que des jésuites et des&#13;
MM. de Saint-Sulpice, avec lesquels les Missions étrangères avaient toujours vécu&#13;
dans une parfaite union. Mais le vicaire apostolique, portant ses vues dans l’avenir&#13;
jugea à propos de la cimenter. Pour mieux prévenir les divisions que les&#13;
événements pourraient faire naître, il fit passer en 1665 un acte d’association entre&#13;
ces deux communautés et le Séminaire67, (il est inscrit dans les registres respectifs&#13;
et l’original signé déposé dans les archives), par lequel on se promettait de vivre&#13;
toujours comme frères, en s’engageant de dire un certain nombre de messes ou de&#13;
prières chaque année pour chacun de ceux qui viendraient à mourir, à se visiter&#13;
avec cordialité et à exercer l’hospitalité les uns envers les autres (ce qui subsiste&#13;
encore entre les deux Séminaires), à aller les uns chez les autres faire l’office et&#13;
prêcher aux principales fêtes des patrons et chaque prêtre y dire la messe à&#13;
l’intention du corps (ce qui s’observe en partie), à administrer les sacrements en&#13;
commun dans la cathédrale (ce qui est absolument tombé). Mais j’ai vu les&#13;
&#13;
L’union spirituelle du Séminaire de Québec avec les Jésuites fut signée le 21 décembre 1665. L’union avec&#13;
le Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal ne se fit qu’en 1688. Notons que cette union spirituelle avec SaintSulpice existe encore aujourd’hui.&#13;
67&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Sulpiciens et les Jésuites au chœur de la cathédrale pendant l’office occuper les&#13;
premières stalles après les dignités, avant tous les chanoines.&#13;
Les Récollets n’étaient point alors en Canada et n’y vinrent que plusieurs années&#13;
après68. Ils ne sont point entrés dans cette association et il n’y a jamais eu la même&#13;
union entre eux, les Jésuites et le clergé. Ils ont eu même des démêlés considérables&#13;
avec les deux premiers évêques, qui ont été heureusement terminés. On les a&#13;
cependant admis à prêcher à leur tour l’avent, le carême et les dominicales à la&#13;
paroisse, de trois en trois ans, alternativement avec le clergé et les Jésuites ; ce qui&#13;
n’a guère manqué jusqu’à présent. Les religieuses entrèrent à leur manière dans&#13;
l’association ; on fit avec elles union de prières. Les ecclésiastiques et les Jésuites&#13;
promirent de leur fournir gratuitement des supérieurs, des confesseurs et des&#13;
chapelains ; ce qui a maintenu parmi elles l’union et la régularité. Cependant, à&#13;
Montréal, les MM. de Saint-Sulpice, qui les dirigent, n’ont souffert chez elles à&#13;
aucun titre, ni religieux, ni ecclésiastique que de leur corps. Mais à Québec, la&#13;
conduite des évêques a fort varié selon les sollicitations ou les conjonctures du&#13;
temps. Les ecclésiastiques, les Jésuites et les Récollets y ont été tantôt admis, tantôt&#13;
exclus ; ce qui a répandu dans ces maisons une semence de division qui s’arrachera&#13;
difficilement et qui, sous le règne de MM. de Saint-Vallier et Dosquet, a causé de&#13;
l’embarras.&#13;
&#13;
Livre troisième&#13;
Après avoir donné à son clergé séculier et régulier ces témoignages de sa charité&#13;
et tâché d’en rendre les liens indissolubles, l’évêque de Pétrée y ajouta en&#13;
particulier, en faveur des Jésuites, un monument authentique de sa&#13;
reconnaissance. Il voulut qu’à perpétuité la paroisse de Québec allât&#13;
processionnellement avec le clergé faire l’office dans leur église le jour de la&#13;
Circoncision, le jour de Saint-François-Xavier, qui est une fête chômée dans le&#13;
diocèse, et le jour de Saint-Ignace, lorsque sa fête tombe un dimanche. Le clergé,&#13;
qui leur était dévoué, s’y soumit avec joie. La colonie y applaudit et se rendit en&#13;
foule au collège. L’ordonnance de l’évêque fut insérée dans les registres de&#13;
&#13;
68&#13;
&#13;
NDLR : Le roi n’accorda des lettres patentes aux Récollets pour leur retour au Canada qu’en 1670.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�l’évêché et dans ceux de la paroisse et les marguilliers en passèrent un acte avec le&#13;
recteur et le syndic des Jésuites.&#13;
Voici l’ordonnance :&#13;
François de Laval, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique,&#13;
évêque de Pétrée, vicaire apostolique en toute l’étendue du Canada&#13;
et pays adjacents, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.&#13;
Après avoir connu et considéré les grands services rendus à Dieu par&#13;
les pères de la Compagnie de Jésus en toutes ces contrées, tant au&#13;
regard de la conversion des Sauvages que de la culture de la colonie&#13;
française, spécialement par le soin charitable qu’ils ont apporté en&#13;
l’administration de la paroisse tant pour le temporel que pour le&#13;
spirituel&#13;
&#13;
pendant&#13;
&#13;
l’espace&#13;
&#13;
d’environ&#13;
&#13;
30&#13;
&#13;
ans,&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
laquelle&#13;
&#13;
administration nous les aurions déchargés lorsque nous sommes&#13;
arrivé en ce pays, nous avons jugé juste et raisonnable qu’il y ait à&#13;
jamais quelque marque de reconnaissance de la part de la paroisse&#13;
de Québec envers lesdits pères de la Compagnie de Jésus et à cette&#13;
fin nous avons ordonné que tous les ans, au 1er jour de janvier, qu’on&#13;
célèbre la fête de la Circoncision et du saint nom de Jésus, qui est le&#13;
titre et le patron de leur église de Québec aussi bien que de leur&#13;
Compagnie, on s’assemblerait à la paroisse à l’heure ordinaire des&#13;
vêpres, d’où le curé avec le clergé et le peuple iront&#13;
processionnellement à l’église desdits pères pour y chanter les&#13;
vêpres qu’ils auraient dû dire à la paroisse et après le sermon et le&#13;
salut, on retournerait processionnellement à ladite paroisse.&#13;
Nous avons de plus ordonné que le même sera fait le 3 décembre,&#13;
fête de Saint-François-Xavier, et le 30 juillet69, jour de la fête de leur&#13;
glorieux patriarche Saint-Ignace, lorsqu’elle tomberait un dimanche,&#13;
et que le peuple en serait averti le dimanche d’auparavant et exhorté&#13;
de contribuer le plus qu’il lui serait possible à cette reconnaissance,&#13;
69&#13;
&#13;
Il s’agit évidemment du 31 juillet.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�voulant que ladite ordonnance soit insérée dans les registres de la&#13;
paroisse et que copie en soit donnée aux pères de la Compagnie de&#13;
Jésus. Donné en notre demeure ordinaire de Québec, sous notre&#13;
sceau et seing et celui de notre secrétaire, le 15 janvier 1660. Signé :&#13;
François, évêque de Pétrée70.&#13;
Lorsque le chapitre fut établi71 20 ans après72, comme il se trouva chargé de la cure,&#13;
il continua les processions en qualité de curé. La paroisse fut ensuite séparée et&#13;
unie au Séminaire, mais cette séparation ne changea rien dans la cérémonie. Ce&#13;
n’était qu’une même Église, un même corps et un même esprit. Le chapitre y alla&#13;
toujours, avec cette différence que ce n’était plus le curé, mais la première dignité,&#13;
qui par honneur faisait l’office. Il fut même pris une délibération dans le chapitre&#13;
général du 7 mai 1685, qui se trouve dans les registres du chapitre, p. 18, par&#13;
laquelle il est arrêté qu’on suivrait cet usage jusqu’à ce que la cathédrale et la&#13;
paroisse seraient entièrement séparées. M. de Saint-Vallier eut beau dans la suite&#13;
séparer tous les divers corps du clergé, le souvenir des services que les Jésuites&#13;
avaient rendus et rendaient encore à la colonie, était trop présent pour éprouver la&#13;
même vicissitude. Les choses demeurèrent dans cet état sans interruption et sans&#13;
trouble, jusqu’après la mort de M. de Saint-Vallier.&#13;
La vacance du siège épiscopal, contestée par les uns, parce qu’il y avait un&#13;
coadjuteur en France et prétendue par les autres, parce que ce coadjuteur n’avait&#13;
pas pris possession canonique, fit naître les plus vives contestations entre le&#13;
gouverneur et l’intendant, le chapitre et les Jésuites. Les chanoines, irrités, et&#13;
d’ailleurs dans des sentiments pour la Société bien différents de ceux de leurs&#13;
prédécesseurs depuis les démêlés sur les cultes chinois et les affaires du&#13;
jansénisme qui, comme nous avons déjà dit, avaient passé en Canada, saisirent&#13;
cette occasion pour montrer leur mécontentement et en 1728, supprimèrent un&#13;
monument si glorieux aux Jésuites. M. Dosquet, évêque de Samos, vint en Canada&#13;
l’année suivante en qualité de coadjuteur de M. de Mornay, successeur de&#13;
Le texte de ce décret tel que le reproduit de La Tour est légèrement différent de celui reproduit dans les&#13;
Mandements des évêques de Québec (vol. 1, Québec, 1887, p. 13-14), d’après les Archives de l’archidiocèse&#13;
de Québec, Registre A, p. 7. Cependant, il s’agit de différences purement verbales de peu d’importance.&#13;
71&#13;
NDLR : Le chapitre fut officiellement établi le 12 novembre 1684.&#13;
72&#13;
Dans cette dernière partie du Livre III, l’abbé de La Tour parle d’événements qui n’ont aucune relation&#13;
directe avec le Serviteur de Dieu.&#13;
70&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�M. de Saint-Vallier. Il blâma la conduite du chapitre et voulut rétablir l’ancien&#13;
usage, qui lui paraissait juste. Il rendit une ordonnance à cet effet, qui par son ordre&#13;
fut insérée dans les registres du chapitre et dans ceux de la paroisse et dont un&#13;
original authentique signé de lui fut donné aux Jésuites. Voici l’ordonnance :&#13;
Pierre-Herman Dosquet, par la miséricorde de Dieu et l’autorité du&#13;
Saint-Siège apostolique, évêque de Samos, coadjuteur de Québec,&#13;
assistant du trône pontifical, conseiller du roi en tous ses conseils, à&#13;
tous ceux qui ces présentes verront, salut et bénédiction. Les&#13;
difficultés qui sont survenues l’année dernière et celle-ci sur les&#13;
processions qu’on avait accoutumé de faire tous les ans à l’église des&#13;
pères jésuites nous ont donné occasion d’examiner de plus près&#13;
l’origine de ces usages. Sur quoi, nous étant fait représenter les&#13;
registres de notre secrétariat et ayant ordonné de vérifier ceux du&#13;
chapitre et de la paroisse, nous avons trouvé qu’il avait été rendu&#13;
une ordonnance par Messe François de Laval, premier évêque de ce&#13;
diocèse, le 15 janvier 1660, dans laquelle, en reconnaissance des&#13;
grands services rendus par les Jésuites, tant aux Sauvages du Canada&#13;
qu’à la colonie française, notamment à la paroisse de Québec, dont&#13;
ils ont fait le service pendant plus de 30 ans, pour laisser un&#13;
monument éternel de gratitude, il ordonna qu’à perpétuité la&#13;
paroisse de Québec et le clergé iront processionnellement à l’église&#13;
du collège des Jésuites et reviendront de même, y chanteront vêpres,&#13;
entendront le sermon et feront le salut les jours de la Circoncision,&#13;
de Saint-François-Xavier et de Saint-Ignace, lorsque la fête tombera&#13;
le dimanche. En conséquence, il fut arrêté, dans un chapitre général&#13;
tenu le 8 mai 1685, que le chapitre cathédral, pour lors érigé depuis&#13;
peu et qui depuis son érection s’était chargé de faire l’office de la&#13;
paroisse avait été à ces processions, continuerait d’y aller avec ladite&#13;
paroisse, jusqu’à ce qu’on eût fait la distinction de l’église cathédrale&#13;
d’avec la paroisse et qu’alors on délibérerait avec l’évêque sur ce&#13;
qu’il y aurait à faire ; ce qui a été exécuté par la paroisse, depuis&#13;
qu’elle a passé des Jésuites au clergé et par le chapitre, depuis son&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�érection en 1684 jusqu’à l’année dernière, où, pour des raisons qu’il&#13;
est à propos d’oublier, on a discontinué cet usage.&#13;
Nous, qui sommes chargé de tenir la main à l’exécution des&#13;
ordonnances épiscopales et des délibérations du chapitre, surtout&#13;
quand elles sont prises avec les solennités des chapitres généraux et&#13;
l’agrément des évêques et qui sommes obligé de faire rendre à&#13;
chacun ce qui lui est légitimement acquis, nous avons ordonné que&#13;
tant ladite ordonnance que la délibération du chapitre sortiront leur&#13;
plein et entier effet ; en conséquence, sans avoir égard à tout ce qui a&#13;
pu être fait au contraire, que nous avons cassé et cassons, en tant que&#13;
de besoin, nous ordonnons que la paroisse et le clergé iront à&#13;
perpétuité processionnellement de l’église cathédrale à celle des&#13;
Jésuites et reviendront de même, y diront vêpres et entendront le&#13;
sermon et feront le salut le jour de la Circoncision et le jour de SaintFrançois-Xavier tous les ans et le jour de Saint-Ignace, quand la fête&#13;
tombera un dimanche ; et à l’égard du chapitre, qu’il continuera d’y&#13;
aller conjointement avec la paroisse jusqu’à la distinction de l’église&#13;
cathédrale d’avec la paroissiale, auquel temps il en sera délibéré avec&#13;
l’agrément de nous ou de nos successeurs. Voulons que notre&#13;
présente ordonnance soit lue dans une assemblée capitulaire et&#13;
enregistrée dans les registres du chapitre et qu’il en soit donné une&#13;
copie en forme aux pères jésuites.&#13;
Donné à Québec dans notre palais épiscopal, le 25 décembre 1729,&#13;
signé de nous, contresigné de notre secrétaire et scellé de nos armes.&#13;
Pierre Herman, évêque de Samos et coadjuteur de Québec. Par&#13;
Monseigneur, Boulanger, secrétaire.&#13;
En vertu de cette ordonnance, la procession fut faite à l’ordinaire le 1er janvier 1730&#13;
et vraisemblablement les choses auraient repris leur cours ; mais le coadjuteur se&#13;
brouilla avec le chapitre et ajouta ce sujet de plaintes à bien d’autres que ses&#13;
prétentions singulières faisaient naître tous les jours. On s’efforça de secouer un&#13;
joug qu’on n’avait repris qu’avec peine et on remua ; si bien que M. Dosquet, qui&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�n’aimait pas infiniment la Société et qui d’ailleurs voulait se raccommoder avec le&#13;
chapitre, entra en négociation et sacrifia cet article peu intéressant pour lui, afin&#13;
d’en obtenir d’autres. On fit proposer aux Jésuites de déclarer par écrit que le&#13;
chapitre avait droit ces jours-là de faire l’office chez eux ; moyennant quoi, on&#13;
promettait d’y retourner. Mais ce n’était qu’un prétexte de rupture ; car on n’en&#13;
avait nulle envie et il est certain que le chapitre n’avait jamais officié au collège à&#13;
titre de droit honorifique à lui dû, mais à titre de reconnaissance des services&#13;
rendus par les Jésuites. La condition fut refusée et par une délibération du&#13;
26 novembre 1730, le chapitre prit la résolution de n’y plus aller. L’évêque fut&#13;
présent à cette délibération ; il y présida même. Mais confus de détruire si tôt son&#13;
propre ouvrage, il ne voulut, ni la signer, ni souffrir qu’on y fît mention de lui ; il&#13;
se contenta d’y consentir verbalement. Il exigea cependant que la paroisse, c’est-àdire le curé et son petit clergé, ferait à l’ordinaire les processions ; ce qui s’exécuta.&#13;
Les Jésuites firent d’abord quelques mouvements et quelques plaintes, mais ils ont&#13;
paru depuis ne pas s’en embarrasser. Tel a été quelque temps l’état de cette affaire.&#13;
J’ai appris depuis que le curé, qui ne s’y rendait qu’à regret, faisait toutes les fois&#13;
quelque difficulté et que cet usage était à la veille d’être aboli.&#13;
On sera sans doute surpris de voir les affaires des cultes chinois et du jansénisme&#13;
passer au Séminaire de Québec73, qui n’y avait aucun intérêt. Une courte&#13;
digression expliquera ce mystère et nous dispensera d’y revenir. Elle servira à&#13;
l’éclaircissement de plusieurs choses que nous aurons à dire dans la suite.&#13;
&#13;
Notons que la vive polémique née en France entre les Jésuites et le Séminaire des Missions étrangères de&#13;
Paris sur la querelle des rites chinois n’a eu aucune répercussion sur les relations entre les Jésuites du Canada&#13;
et le Séminaire de Québec, qui restèrent toujours cordiales, à l’exception de quelques froids dus en grande&#13;
partie à la question des missions des Tamarois (cf. Doc. LV). Tout porte à croire que le Serviteur de Dieu ne&#13;
fut pas étranger à cet état de choses et qu’il soit même intervenu positivement pour empêcher toute discussion&#13;
sur le sujet. Le P. de La Chaize, jésuite, confesseur du roi, estimant qu’une telle intervention du Serviteur de&#13;
Dieu aurait un bon effet, lui écrivit en 1702 pour implorer son aide. Nous croyons intéressant d’en donner ici&#13;
un bref extrait, selon le texte reproduit par l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec&#13;
et apôtre du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 2, p. 484) : « Je compte du moins, Monseigneur, sur&#13;
votre zèle apostolique pour empêcher qu’on ne ressente, dans votre Église, des effets de leur mauvaise&#13;
volonté [celle des prêtres du Séminaire de Paris], et qu’ils n’y détruisent pas, comme ils font ailleurs, tout ce&#13;
qu’on peut entreprendre de bien pour le service de Dieu. J’espère que Dieu vous fera cette grâce et que vous&#13;
serez toujours l’ange de la paix de l’Église de la Nouvelle-France, à quoi je contribuerai de tout mon&#13;
possible. »&#13;
73&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�MM. de Brisacier et Thiberge s’étant ouvertement déclarés pour leurs confrères de&#13;
la Chine contre les Jésuites, pour les raisons que tout le monde sait74, entraînèrent&#13;
toutes les Missions étrangères, dont ils furent si longtemps les chefs, et répandirent&#13;
dans tout le Nouveau-Monde leurs ouvrages sur les cultes chinois. Avec ces&#13;
ouvrages passèrent, sans doute contre leur intention, une foule de livres&#13;
jansénistes75. Ces deux célèbres ecclésiastiques, quoique toujours bons catholiques&#13;
dans leurs sentiments, favorisaient les écrivains du parti et s’en servaient&#13;
utilement pour répandre et appuyer leurs apologies. Le venin ne tarda pas à couler&#13;
en Canada, ainsi que l’éloignement pour les Jésuites et, par la ressemblance des&#13;
intérêts, lia le Séminaire avec les sectaires. M. Varlet, évêque de Babylone, ensuite&#13;
prétendu archevêque d’Utrecht, interdit, déposé, excommunié par trois papes,&#13;
vint en Canada et de Québec passa jusqu’à la mission de Tamarois sur le&#13;
Mississippi, d’où il revint en France et se réfugia en Hollande, pour s’y unir aux&#13;
schismatiques. Quoiqu’il fût méprisé dans la Nouvelle-France pour sa conduite et&#13;
pour sa doctrine, condamnée par ses propres partisans, il trouva le moyen d’y&#13;
répandre l’esprit du parti, malgré la vigilance et le zèle de M. de Saint-Vallier, qui&#13;
fut toujours très attaché à la saine doctrine et infiniment éloigné de toutes les&#13;
nouveautés profanes76.&#13;
&#13;
Un bénédictin déguisé vint à l’appui du parti faire une incursion en Canada ; il&#13;
s’insinua d’abord chez les curés de campagne, ensuite dans les communautés des&#13;
religieuses. Mais le prélat le fit repasser en France, où sa communauté le réclama&#13;
et le désavoua dès qu’elle en fut instruite77. Les plus célèbres prosélytes du parti&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit principalement de Mgr Charles Maigrot, appuyé par d’autres du Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris, dont Thiberge et Brisacier, qui causa la crise dans la fameuse querelle des rites par son&#13;
Mandat du 26 mars 1693. À l’opposé de la méthode des Jésuites, il défend le syncrétisme de termes chrétiens&#13;
et confucéens, ainsi que la pratique de rites traditionnels chinois, tels les cultes des ancêtres et de Confucius.&#13;
Il affirmait que de les préserver entraînerait une confusion syncrétique dommageable à l’évangélisation. Ce&#13;
Mandat sera défendu avec acharnement par le Séminaire de Paris pendant 50 ans.&#13;
75&#13;
L’abbé Gosselin (L’Église du Canada depuis Mgr de Laval jusqu’à la conquête, 1re partie, Mgr de SaintVallier, Québec, 1911, p. 335) réfute cette assertion de La Tour selon laquelle plusieurs livres jansénistes&#13;
auraient été envoyés au Canada à cette époque.&#13;
76&#13;
L’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708,&#13;
Québec, 1890, vol. 2, p. 331-335) nie expressément que le janséniste Varlet aurait exercé une influence au&#13;
Canada. Varlet ne fut que de passage à Québec en 1712 et en 1717 et, comme tout nous porte à le croire, il&#13;
ne laissa entrevoir aucune tendance janséniste.&#13;
77&#13;
Ce bénédictin janséniste s’appelle Georges-François Poulet. Il vint au Canada en 1714 et quatre ans plus&#13;
tard, en 1718, sur ordre de Mgr de Saint-Vallier, il dut retourner en France (cf. Gosselin, Ibid., p. 325-331).&#13;
74&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�furent M. de Vilermaula du Séminaire de Saint-Sulpice, que ses supérieurs&#13;
rappelèrent et chassèrent de leur corps ; M. Thiboult, curé de Québec, homme de&#13;
quelque mérite et accrédité dans la paroisse ; M. de Glandelet, doyen du chapitre,&#13;
homme habile, vertueux et zélé, qui avait longtemps exercé les fonctions de grandvicaire. C’était un des plus anciens ecclésiastiques du diocèse. Je crois cependant&#13;
qu’on le soupçonnait mal à propos. Tout ce qu’il y a de vrai, c’est que quelques&#13;
démêlés personnels avec les Jésuites sur la direction d’une religieuse ursuline le&#13;
rendirent insensiblement leur ennemi et le protecteur de leurs adversaires. Mais&#13;
j’ai vu dans un grand nombre d’écrits de toute espèce un sincère attachement à&#13;
l’Église et au pape, beaucoup d’estime et de respect pour la Société, une extrême&#13;
vivacité à se défendre du soupçon de jansénisme et surtout une profonde&#13;
vénération pour M. de Laval, après la mort duquel il fit des procès-verbaux sur&#13;
plusieurs miracles opérés à son tombeau et sur la vie duquel il a laissé bien des&#13;
mémoires dont je me suis servi78.&#13;
Toutes ces affaires sont aujourd’hui absolument finies en Canada ; cette Église est&#13;
sans mélange pour les sentiments et le Séminaire des Missions étrangères une des&#13;
maisons de Paris les plus attachées à la saine doctrine. Le Séminaire de SaintSulpice, pendant le peu d’années qu’il est entré dans son gouvernement, a&#13;
commencé de dissiper ces petits nuages. Il n’est entré dans la maison, il n’est parti&#13;
pour les missions que des gens sûrs et pleins de zèle. M. l’abbé de Combes, ayant&#13;
depuis été à la tête, a su tout ramener parfaitement, par cette douceur aimable et&#13;
insinuante, ce zèle constant et éclairé, cette sagesse et cette charité qui lui avaient&#13;
gagné tous les cœurs et qui sans doute lui ont assuré dans le ciel la plus glorieuse&#13;
récompense. Tous les autres directeurs du Séminaire, pleins du même esprit,&#13;
soutiennent avec beaucoup d’édification et de succès une œuvre si utile et si sainte.&#13;
Revenons aux travaux de M. de Laval pendant les trois premières années de son&#13;
épiscopat.&#13;
&#13;
78&#13;
&#13;
NDLR : Malheureusement, ces mémoires n’ont pas été retrouvés.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Livre quatrième&#13;
Le vicaire apostolique, ayant ébauché, pour ainsi dire, son clergé et jeté le germe&#13;
de l’esprit qu’il y voulait établir, alla visiter son diocèse et donner la confirmation ;&#13;
ce qu’il a fait régulièrement jusqu’à sa démission79. La vie de l’homme suffirait à&#13;
peine pour visiter ce diocèse immense, s’il était peuplé, puisqu’il renferme toute&#13;
l’Amérique septentrionale depuis la baie d’Hudson jusqu’à l’embouchure du&#13;
Mississippi et depuis l’île Royale et l’Acadie jusqu’aux terres d’Espagne. Les&#13;
visites de M. de Laval n’ont pas été au-delà de l’étendue de la colonie et des&#13;
missions sauvages établies aux environs ; c’est un espace de 90 et 100 lieues depuis&#13;
la rivière Saguenay au-dessous de Québec jusqu’au lac des Deux-Montagnes audessus de Montréal, le long du fleuve de Saint-Laurent, sur une demi-lieue de&#13;
chaque côté du fleuve, où, pour la commodité du commerce, on a construit les&#13;
habitations des Français.&#13;
Ce serait en Europe un grand diocèse ; mais il s’en faut bien qu’il y en ait aucun si&#13;
difficile à visiter. On trouve en Europe des villages, des auberges, des châteaux de&#13;
seigneur, où l’on peut loger ; on y trouve des églises bâties, un peuple formé, des&#13;
ecclésiastiques qui reçoivent, qui accompagnent, qui instruisent leur évêque. Rien&#13;
de tout cela en Canada dans ces premiers temps. Les paroisses ne sont pas même&#13;
aujourd’hui ramassées, malgré des ordres souvent réitérés de la Cour et les risques&#13;
que la guerre des Iroquois a fait longtemps courir ; les habitations sont éloignées&#13;
de plusieurs arpents les unes des autres, chacun des colons ayant bâti la sienne à&#13;
son gré au milieu de son terrain, sur le bord de la rivière. Tout ce qu’on a pu faire,&#13;
c’est de construire l’église et le presbytère au milieu de cette ligne de maisons. Mais&#13;
quelles maisons alors ! de misérables cabanes environnées de pieux, où il régnait,&#13;
à la vérité, comme dans le premier âge du monde, l’union, l’innocence, la&#13;
simplicité, la piété et l’esprit d’hospitalité, mais où tout manquait ; une botte de&#13;
paille faisait le lit et un morceau de pain la nourriture. Aujourd’hui que la colonie&#13;
est assez peuplée et le diocèse formé, la route est plus supportable ; on trouve&#13;
presque partout quelques maisons ; il en est de temps en temps d’assez bien bâties.&#13;
On faisait alors des journées entières sans rencontrer un habitant, trop heureux&#13;
Les éditeurs des Mandements des évêques de Québec donnent une liste de 127 cérémonies de confirmation&#13;
faites par le Serviteur de Dieu (vol. 1, Québec, 1887, p. 156-160). Mais nous pensons que cette liste est très&#13;
incomplète.&#13;
79&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�d’arriver enfin pour y passer la nuit, à quelque grange ou à quelque cabane. On&#13;
trouve aujourd’hui des églises passables, plusieurs même propres et bien bâties et&#13;
presque partout des missionnaires ; alors nulle église, nulle paroisse, nul&#13;
missionnaire ; il fallait tout créer. Le prêtre qui avait le courage de parcourir ce&#13;
vaste pays portait sa chapelle et disait la messe où il se trouvait. Les fêtes et&#13;
dimanches, il en disait deux. Il faisait avertir de son arrivée et on venait à lui de&#13;
plusieurs lieues à la ronde. Il confessait, communiait, faisait le catéchisme,&#13;
baptisait les enfants, ce qui lui donnait une fatigue immense ; dans chaque cabane,&#13;
il fallait en faire autant. Pendant sept à huit mois de l’année, la terre est couverte&#13;
de neige ; c’est pourtant le seul temps où les visites peuvent se faire, parce que&#13;
pendant trois ou quatre mois, depuis l’arrivée jusqu’au départ des vaisseaux, on&#13;
est occupé des affaires de France, qu’il n’est pas possible de remettre, puisque&#13;
l’occasion manquée, en voilà jusqu’à l’année suivante.&#13;
L’état où était alors la colonie rendait les visites encore plus dangereuses.&#13;
M. de Laval trouva tout en armes et presque réduit aux abois. Les Iroquois nous&#13;
faisaient depuis plus de dix ans la plus cruelle guerre et ne se proposaient pas&#13;
moins que d’exterminer tous les Français. Leurs partis couraient la campagne et&#13;
insultaient tout le pays. Cette guerre a duré plus de 40 ans encore, quoiqu’à&#13;
diverses reprises, des pourparlers, des trêves, des paix passagères, ayant laissé&#13;
jouir de quelques intervalles de repos. Elle avait d’abord commencé entre les&#13;
Algonquins, les Hurons et les Iroquois. M. de Champlain avait fait alliance avec&#13;
les Hurons, nation alors la plus nombreuse et la plus florissante, qui la première&#13;
avait embrassé le christianisme et les avait aidés dans leurs guerres. Les Iroquois&#13;
résolurent de s’en venger et à la faveur d’une paix simulée, ayant détruit leurs&#13;
ennemis en détail, ils tournèrent les armes contre nous. Leur manière de faire la&#13;
guerre, dans le goût des houssards et des pandoures, est extrêmement meurtrière.&#13;
Ce ne sont point de sièges réguliers, les Sauvages ne peuvent forcer que des&#13;
barrières de pieux ; très peu de batailles rangées, ils ne sauraient tenir contre le&#13;
canon ; ils ne font que des coups de main. Ces troupes irrégulières se répandent au&#13;
loin et enlèvent tout ce qu’elles trouvent ; ils dressent des embuscades et tuent tous&#13;
ceux qui passent ; ils vont la nuit mettre le feu à une maison, se chargent de butin&#13;
et s’enfuient. Il est aussi difficile de les poursuivre que de prévenir leurs coups ;&#13;
montagnes, rivières, forêts, neige, glace, froid ou chaud, rien ne les arrête. Mais&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�malheur à qui tombe vif entre leurs mains. Les cruautés les plus horribles et les&#13;
plus raffinées sont leurs amusements et leurs délices. Cependant, la colonie, sans&#13;
secours du côté de France et presque abandonnée de la Cour, ne se soutenait plus&#13;
que par une espèce de miracle ; une poignée d’habitants, qui la composaient,&#13;
réfugiés sous le canon de Québec, y vivaient comme prisonniers. On n’osait ni&#13;
semer, ni moissonner, ni cultiver les terres, ni sortir de la maison, sans être bien&#13;
escorté. Les Ursulines et les Hospitalières, après avoir fait leurs fonctions pendant&#13;
le jour, se réfugiaient la nuit dans le fort, ne se croyant pas en sûreté dans leur&#13;
couvent. On fut longtemps sur le point de tout abandonner et de revenir en France.&#13;
Ainsi se passèrent les trois premières années du pontificat de M. de Laval, dans&#13;
une disette générale, dans des fatigues et des alarmes continuelles et un danger&#13;
perpétuel de perdre la vie au milieu des supplices et de voir son Église détruite ou&#13;
dispersée repasser les mers.&#13;
Qu’on imagine donc un évêque suivi de deux ecclésiastiques et d’un ou deux&#13;
domestiques allant à l’aventure sur les neiges, quelquefois dans un traîneau, le&#13;
plus souvent sur des raquettes, portant sur son dos une couverture qui le jour lui&#13;
servait de manteau et dont il se couvrait la nuit, passant la nuit dans une grange,&#13;
ne buvant que de l’eau, mangeant à la fin du jour un morceau de pain qu’il lui&#13;
fallait apporter, déterminant l’étendue d’une paroisse, cherchant quelque endroit&#13;
propre à bâtir une église ; on se formera quelque idée des visites épiscopales de&#13;
M. de Laval. Il y contracta de très grandes infirmités, qui lui durèrent toute la vie.&#13;
Quelques années après, il en fut si dangereusement malade, qu’on en désespéra.&#13;
À peine fut-il un peu rétabli qu’il recommença ses courses apostoliques. Il en fut&#13;
de nouveau si épuisé, si incommodé qu’il se retira à une maison de campagne du&#13;
Séminaire pour faire des remèdes ; mais n’étant point soulagé, il prit le parti de se&#13;
démettre, comme nous le dirons dans la suite. Cependant, une maladie populaire&#13;
qui enleva bien du monde80, l’apparition d’une comète81, l’idée de quelque&#13;
maléfice, le bruit de quelque prétendu prodige qui se répandit parmi le peuple et&#13;
le jeta dans la consternation, y mirent le comble. Il fallait toute sa charité et tout&#13;
son courage pour ne pas succomber sous le poids de tant de maux. Ce bon pasteur&#13;
NDLR : Il fait peut-être référence à l’épidémie de choléra de 1659, de 1665 ou de la grande famine de&#13;
1690.&#13;
81&#13;
NDLR : Il s’agit sans doute de ladite Grande Comète de 1680, visible de décembre 1680 à mars 1681.&#13;
Certains y virent un présage de désastres à venir, d’autres d’une faveur de Dieu.&#13;
80&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�visita et consola tout le monde ; il fit faire des prières publiques et des processions&#13;
solennelles, à l’exemple de saint Charles Borromée, pour fléchir la colère de Dieu.&#13;
Il donna tout ce qu’il avait apporté et se réduisit à l’indigence. On compte que&#13;
pendant ces tristes années, il avait distribué 30 000 livres, somme incroyable pour&#13;
le temps et pour le pays et pour un homme qui n’a ni bénéfice, ni patrimoine. Ses&#13;
prières furent écoutées. On parla de paix, la colonie respira et le saint évêque eut&#13;
la liberté de revenir en France représenter au roi tous ces maux et en apporter le&#13;
remède.&#13;
Les fatigues et les dangers de sa vie n’étaient pas sa plus grande peine. Il se&#13;
réjouissait au contraire à l’exemple des apôtres d’avoir à souffrir pour Jésus-Christ.&#13;
Mais le zèle qui le dévorait le réduisait aux abois à la vue des désordres qui&#13;
s’introduisaient alors dans la colonie et que tant de fléaux ne corrigeaient pas. Une&#13;
foule d’aventuriers ramassés au hasard en France, presque tous de la lie du peuple,&#13;
la plupart obérés de dettes ou chargés de crimes et qui n’allaient dans ce pays&#13;
éloigné que pour se mettre à couvert des poursuites de la justice, les plus honnêtes&#13;
gens mêmes uniquement attirés par l’intérêt et occupés de leur commerce, tout&#13;
cela ne pouvait qu’avoir apporté dans la colonie la plus mauvaise graine ;&#13;
d’ailleurs dispersés dans un pays immense, sans pasteurs, par conséquent sans&#13;
religion et sans instruction ; loin du gouvernement et sans magistrats, par&#13;
conséquent sans frein et sans crainte ; mêlés avec les Sauvages, dont ils prenaient&#13;
les mœurs, courant avec eux dans les bois, par conséquent dans le centre de la&#13;
corruption, que pouvait être le troupeau de M. de Laval qu’un amas de rebelles,&#13;
de libertins et d’impies ? C’était encore pire que la ville de Rome, dont il est dit que&#13;
quand saint Pierre y entra, c’était une forêt pleine de bêtes féroces. Car enfin, il y&#13;
avait à Rome une police, des magistrats, un sénat, de l’esprit, de la raison, de la&#13;
grandeur d’âme et tout manquait alors en Canada ; silvam82 istam frementium&#13;
bestiarum et turbulentissimae impietatis oceanum83. Dieu a béni les soins et les travaux&#13;
NDLR : « Une forêt de bêtes sauvages et un océan orageux » (Léon I, Sermon 82, cap. 4).&#13;
Ce jugement de La Tour sur la valeur morale des premiers colons français du Canada et sur leur conduite&#13;
– jugement répété ici et là par des écrivains mal informés – est absolument fausse, comme il fut plusieurs&#13;
fois et clairement prouvé par d’éminents historiens. Nous donnons ici le témoignage autorisé du P. FrançoisXavier Charlevoix, jésuite, qui, après avoir visité tout le Canada écrivit en 1744 :&#13;
82&#13;
&#13;
83&#13;
&#13;
Tout le monde sait de quelle manière la plupart des colonies se sont formées dans&#13;
l’Amérique ; mais on doit rendre cette justice à celle de la Nouvelle-France, que la source&#13;
de presque toutes les familles qui y subsistent encore aujourd’hui est pure et n’a aucune de&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�de son serviteur. Le roi, à sa prière, pour combattre les Iroquois, fit passer le&#13;
régiment de Carignan-Salières, dont les officiers étaient gens d’honneur et de&#13;
mérite et les soldats, d’assez bonnes gens. On leur fit une mission qui fit de très&#13;
grands fruits ; les officiers y donnèrent l’exemple. Il faut convenir qu’aujourd’hui&#13;
que les paroisses sont bien établies et pourvues de bons ministres, les habitants&#13;
sont communément bien instruits, pieux, pleins de probité et de politesse. Ils ont&#13;
même de l’esprit et des sentiments et valent bien les habitants de nos campagnes.&#13;
Que ne doit-on pas à ceux qui ont défriché ces terres couvertes de ronces au prix&#13;
de tant de fatigues et de dangers ?&#13;
Pendant ces trois malheureuses années, l’Église de Canada perdit plusieurs bons&#13;
ouvriers. M. Le Maître et M. Vignal, deux ecclésiastiques de Montréal, furent tués&#13;
par les Iroquois ; le P. Ménard, jésuite, et un nommé Guérin, son domestique, qui&#13;
était une espèce de catéchiste fort utile et fort homme de bien, périrent chez les&#13;
Outaouais. Le P. Ménard était un religieux de la plus haute piété, pour qui non&#13;
seulement les Français mais les Sauvages mêmes avaient une si profonde&#13;
vénération que plusieurs années après sa mort on trouva chez les Sioux son&#13;
bréviaire et sa soutane érigés en divinités sur une espèce d’autel, où ces barbares&#13;
allaient faire des prières et des sacrifices à leur mode, en lui présentant à chaque&#13;
repas de tous les mets qu’on leur servait. Ce saint missionnaire avait travaillé&#13;
ces taches que l’opulence a bien de la peine à effacer. C’est que les premiers habitants&#13;
étaient ou des ouvriers, qui y ont toujours été occupés à des travaux utiles, ou des personnes&#13;
de bonnes familles. […] Je crains d’autant moins d’être contredit sur cet article que j’ai&#13;
vécu avec quelques-uns de ces premiers colons, presque centenaires, de leurs enfants et&#13;
d’un bon nombre de leurs petits-fils, tous gens plus respectables encore par leur probité,&#13;
leur candeur, la piété solide dont ils faisaient profession, que par leurs cheveux blancs et le&#13;
souvenir des services qu’ils avaient rendus à la colonie. Ce n’est pas que dans ces premières&#13;
années, et encore plus dans la suite, on n’y ait vu quelquefois des personnes que le mauvais&#13;
état de leurs affaires ou leur mauvaise conduite obligeaient de s’exiler de leur patrie et&#13;
quelques autres dont on voulait purger l’état et les familles ; mais comme les uns et les&#13;
autres n’y sont venus que par petites troupes et qu’on a eu une très grande attention à ne&#13;
les pas laisser ensemble, on a presque toujours eu la consolation de les voir en très peu de&#13;
temps se réformer sur les bons exemples qu’ils avaient devant les yeux et se faire un devoir&#13;
de la nécessité où ils se trouvaient de vivre en véritables chrétiens dans un pays où tout les&#13;
portait au bien et les éloignait du mal. (Histoire et description générale de la NouvelleFrance avec le Journal historique d’un voyage fait par ordre du roi dans l’Amérique&#13;
septentrionale, Paris, 1741, vol. 1, p. 319-320.)&#13;
Sur le même sujet, on peut lire l’ample et vigoureuse démonstration de l’abbé Lionel Groulx dans son livre&#13;
La Naissance d’une race, Montréal, 1919, p. 49-70 ; voir aussi E. Salone, La colonisation de la NouvelleFrance, Paris, s. d., p. 114-116, 134-138, 163-164, 171-172.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�longtemps chez divers Sauvages, entre autres avec beaucoup de fruits dans un des&#13;
cinq cantons iroquois, les Goyongouins, où on lui avait reconnu un talent singulier&#13;
de s’accommoder au génie des Sauvages et de s’insinuer dans leur esprit. Les&#13;
événements de la guerre l’avaient obligé de revenir à Québec. Il y était lorsque les&#13;
Outaouais vinrent demander des missionnaires.&#13;
Cette nation faible, peu nombreuse, alliée des Hurons et par là devenue l’objet de&#13;
la haine des Iroquois, avait déjà eu des missionnaires et les avait traités assez mal.&#13;
Le P. Gareau y avait péri par leur faute, ayant été lâchement abandonné dans une&#13;
attaque. Ils vinrent cependant en demander en 1660 et on leur accorda le&#13;
P. Ménard. C’était tout risquer, parce que le chemin extrêmement long était infesté&#13;
d’Iroquois. C’était risquer à pure perte ; ces Sauvages, peut-être les plus&#13;
superstitieux et les plus stupides du pays, n’avaient jamais paru goûter le&#13;
christianisme ; on n’avait pu y baptiser que quelques enfants moribonds. Leur&#13;
empressement apparent n’avait pour motif que l’intérêt du commerce. Le&#13;
P. Ménard eut cependant le courage de s’engager dans une mission si ingrate et si&#13;
périlleuse. Comme il le dit lui-même dans ses lettres, ce fut cette parole de&#13;
M. de Laval qui le détermina : « Toute sorte de raisons devraient vous retenir, mon&#13;
cher père, mais Dieu, plus fort que toutes nos raisons, vous veut dans le pays où&#13;
vous allez84 ». Il vécut parmi eux près de 18 mois, pendant lesquels il fit avec eux&#13;
des courses de plus de 300 lieues, obligé de ramer comme eux toute la journée ou&#13;
de faire des portages, n’ayant que la nuit pour dire son bréviaire à la lueur du feu&#13;
ou au clair de la lune et manquant tellement des choses nécessaires, que pendant&#13;
huit mois il ne vécut que de glands et d’écorces d’arbres pilées et dans une occasion&#13;
il se trouva fort heureux, avec deux Français qui l’accompagnaient, de trouver&#13;
quelques ossements d’animaux, qu’ils pilèrent et dont ils firent avec de l’eau une&#13;
espèce de bouillie, qui leur servit de nourriture pendant plusieurs jours. Il fut&#13;
souvent abandonné de ces barbares, exposé à la fureur des Iroquois, risquant de&#13;
s’égarer dans un pays inconnu, comme il fit en effet dans une forêt, où il périt de&#13;
misère, sans qu’on n’ait jamais pu découvrir son corps.&#13;
Les terres immenses du Canada n’ont été que peu à peu découvertes et ne le sont&#13;
pas même encore parfaitement. Lorsque M. de Laval y arriva, presque tout le pays&#13;
84&#13;
&#13;
Pour le texte critique de cette lettre, voir Doc. XXX.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�était inconnu. Il se fit dans les trois premières années plusieurs découvertes&#13;
importantes au nord et au couchant, et semblables aux Romains, qui dans leurs&#13;
plus grandes pertes envoyaient au loin des armées, le vicaire apostolique, malgré&#13;
les malheurs de son Église, eut assez de courage et trouva assez de ressources pour&#13;
envoyer de tous côtés des ouvriers dans cette grande moisson ; il eut même la&#13;
consolation d’y voir faire beaucoup de fruit. Le détail de ces découvertes et de la&#13;
police de ces vastes pays regarde plutôt l’histoire générale du Canada que la vie&#13;
particulière de son premier évêque ; nous nous contenterons de donner quelque&#13;
légère idée des nations85 qu’on découvrit de son temps et chez lesquelles la foi se&#13;
répandit par ses soins.&#13;
Les Esquimaux, dispersés ou plutôt errants sur la grande terre de Labrador, située&#13;
entre la baie d’Hudson et le fleuve de Saint-Laurent, n’ont presque de l’humanité&#13;
que la figure et encore bien hideuse à voir. Une grande barbe noire, épaisse et fort&#13;
sale leur monte jusqu’aux yeux et couvre si absolument leur visage qu’à peine y&#13;
distingue-t-on quelques traits. Ils sont si farouches qu’ils ne s’apprivoisent jamais,&#13;
s’enfuient quand ils voient un Européen, à moins que, le surprenant endormi et&#13;
sans précaution, ils ne puissent le massacrer et le dépouiller. On ne peut trafiquer&#13;
avec eux qu’au bout d’un long bâton, comme dans les villes affligées de la peste.&#13;
Dans l’été, ils n’ont point de demeure et couchent à l’air, en hiver ils s’enterrent&#13;
dans des espèces de caves ou plutôt de clapiers, où ils sont six mois les uns sur les&#13;
autres sans ouvrir les yeux. Ils sont couverts jusqu’au bout des doigts d’une espèce&#13;
de chemise, qui leur sert de chaussure et de casaque, au lieu que les autres&#13;
Sauvages sont presque nus. La chaussure et la casaque sont faites de morceaux de&#13;
peaux d’ours, de loup ou même d’oiseau, attachés ensemble, dont le poil ou le&#13;
duvet sont en dedans ; la chemise est faite de vessie ou d’intestins d’animaux ou&#13;
de poissons, coupés comme du ruban et assez bien cousus. Jamais sans doute il&#13;
n’eût été possible de convertir aucun Esquimau, puisqu’ils sont inabordables et&#13;
insociables, sans la guerre qu’ils ont avec leurs voisins. Leurs ennemis plus&#13;
sociables qu’eux ayant fait quelques prisonniers, les amenèrent dans nos missions.&#13;
L’esprit de Dieu souffle où il veut et la grâce met tout à profit. L’esclavage, les&#13;
besoins, l’éloignement de leur famille, la fréquentation de gens raisonnables, les&#13;
&#13;
NDLR : Ici commence, jusqu’à la fin du Livre IV, une description des Autochtones tels que l’abbé&#13;
de La Tour et d’autres Européens se les représentaient souvent.&#13;
85&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�humanisèrent et les rendirent susceptibles de religion et de vertu ; les chaînes&#13;
furent pour plusieurs la source de la liberté. Une femme entre autres fut convertie&#13;
en 1659 par une espèce de miracle. Elle tomba dans des convulsions si affreuses et&#13;
si extraordinaires qu’on la crut possédée du démon. Plusieurs remèdes qu’on&#13;
employa pour la guérir furent inutiles. Enfin, l’eau bénite la guérit subitement et&#13;
parfaitement. Elle demanda et reçut le baptême avec beaucoup de dévotion et un&#13;
protestant qui en fut témoin en fut si touché qu’il abjura son hérésie et devint très&#13;
bon catholique.&#13;
Le long de la baie d’Hudson, dans une étendue de plus de 300 lieues, on trouve&#13;
plusieurs nations sauvages, errantes comme les Esquimaux, mais moins farouches&#13;
et moins dégoûtantes, qui jusqu’alors avaient été inconnues. Elles adorent le soleil&#13;
et dans les affaires importantes, le chef de famille offre en sacrifice à cet astre la&#13;
fumée du tabac qui sort de leurs pipes. Ils croient l’immortalité de l’âme et une vie&#13;
bienheureuse et s’imaginent rendre un grand service aux vieillards et aux malades&#13;
de les faire mourir pour avancer leur bonheur. Ils brûlent les corps, comme&#13;
faisaient les Romains et sur l’espèce de tombe, où ils renferment leurs cendres, ils&#13;
mettent une pipe et du tabac, afin que le mort puisse fumer dans l’autre monde ;&#13;
sans quoi, il serait à jamais malheureux. En 1660, M. de Laval crut voir quelques&#13;
ouvertures pour y établir le christianisme et sans être effrayé des difficultés, il prit&#13;
aussitôt des mesures pour leur faire apporter les lumières de la foi. Mais cet objet&#13;
n’a encore fourni rien de bien intéressant pour la religion. Ces peuples sont si&#13;
éloignés, leur pays est si impraticable, l’hiver y est si long et si rude, que nous&#13;
n’avons jamais eu avec eux de commerce suivi. Le peu qu’il a été possible d’y faire&#13;
n’a été que d’une manière passagère. Il y a eu quelques forts et quelques&#13;
habitations françaises, quelque missionnaire y a baptisé des enfants et fait&#13;
quelques conversions ; mais on a fait si peu de fruits que cette mission est&#13;
absolument tombée. Ceux qui y ont hiverné étaient en si petit nombre et si peu&#13;
gens de lettres qu’ils n’ont laissé aucun mémoire. Nous y avons toujours été en&#13;
guerre avec les Anglais ; enfin, on leur a cédé ce pays par le traité d’Utrecht86. La&#13;
France l’a depuis perdu de vue et les Anglais assurément n’ont pas travaillé à y&#13;
établir le christianisme.&#13;
&#13;
NDLR : Par le traité d’Utrecht entre la France et l’Angleterre, le 11 avril 1713, l’Acadie, Terre-Neuve et&#13;
la baie d’Hudson étaient cédés à l’Angleterre.&#13;
86&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Les Sioux sont un objet bien plus important. Cette nation est nombreuse et&#13;
florissante. Ses mœurs sont moins corrompues que celles des autres ; l’adultère y&#13;
est puni avec tant de sévérité que l’on coupe le nez et la peau de la tête aux femmes&#13;
qui en sont coupables. Ces peuples ont de la douceur, de l’esprit et de la raison ;&#13;
leur langue est une des trois langues-mères qui partagent tous les Sauvages de&#13;
l’Amérique septentrionale. Dans le peu de commerce qu’on a eu avec les Sioux, on&#13;
a cru s’apercevoir qu’ils avaient l’accent chinois. En effet, on a quelque raison de&#13;
penser que le pays immense qu’ils occupent confine à la Tartarie et à la Chine, par&#13;
où il serait aisé de comprendre comment les premiers hommes, en faisant le tour&#13;
du globe terrestre, auraient pu de proche en proche passer à la longue de l’Asie à&#13;
l’Amérique, puisqu’on prouverait par là que ces deux parties du monde ne font&#13;
qu’un même continent. Quelques Sioux, après avoir longtemps voyagé, ont&#13;
rapporté qu’ils avaient trouvé bien loin, en tirant toujours vers l’ouest, des&#13;
hommes habillés de longues robes, qui avaient des maisons et des villes comme&#13;
les Français et ils avaient apporté de ce pays éloigné des morceaux de porcelaine&#13;
fort semblable à la porcelaine de la Chine. Ce fut le hasard qui fit découvrir les&#13;
Sioux.&#13;
La guerre iroquoise ayant dispersé les Hurons et les Algonquins, plusieurs&#13;
familles fuyant toujours leurs ennemis, arrivèrent enfin chez les Sioux, où se&#13;
croyant en sûreté, ils s’y établirent. Quelques Français qui se trouvaient chez les&#13;
Algonquins les suivirent et en rapportèrent bien des particularités, qui nous&#13;
mèneraient trop loin. M. de Laval, touché du besoin de tant de peuples, s’adressa&#13;
au P. Lalemant, qu’il avait amené de France et qui était alors supérieur des&#13;
missions. Ces deux grands serviteurs de Dieu, animés du même esprit, prirent de&#13;
concert toutes les mesures que la disette des ouvriers put leur permettre, pour&#13;
répandre de toutes parts la lumière de l’Évangile. Il y a eu en effet depuis ce tempslà des jésuites chez les Sioux ; j’y ai vu aller en 1730 le P. Guignas ; mais jamais il&#13;
n’y a eu de mission fixe. J’en suis surpris et c’est dommage. Ce peuple sage et&#13;
docile ne serait pas difficile à cultiver ; sa langue fort répandue aurait facilité le&#13;
commerce avec des nations bien plus éloignées ; on aurait fait par là bien des&#13;
découvertes et surtout celle de la mer du Sud, si désirée et si utile, à laquelle on ne&#13;
peut douter que ce pays ne confine. Mais d’un autre côté, l’éloignement infini de&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�ce peuple, la difficulté d’y arriver à travers un pays inconnu, où tout manque et où&#13;
l’on trouve plusieurs nations ennemies, la nécessité de travailler chez des nations&#13;
connues, alliées ou voisines, qui méritent la préférence, peuvent faire excuser ceux&#13;
qui n’ont pas profité de ces belles ouvertures.&#13;
La nation des Abénaquis consola le prélat du peu de progrès que faisait la foi dans&#13;
ce commencement chez tant de différents peuples. Les Abénaquis avaient&#13;
embrassé le christianisme depuis plusieurs années. Dès l’an 1646, le P. Druillettes&#13;
avait jeté parmi eux les fondements d’une Église florissante ; mais ce fut pendant&#13;
l’épiscopat de M. de Laval que l’Évangile y fit de plus grands progrès. Ce fut un&#13;
des objets les plus consolants pour lui et un des premiers qu’embrassa son zèle.&#13;
Dès son arrivée, plusieurs bons ouvriers, que le P. Lalemant lui donna, allèrent&#13;
cultiver ces terres fertiles et Dieu y a répandu tant de bénédictions que, malgré&#13;
leur vie errante et leur indolence naturelle, presque tout ce peuple, répandu sur la&#13;
côte orientale et dans l’Acadie depuis le golfe Saint-Laurent jusqu’à la NouvelleYork, est aujourd’hui chrétien. Tous les efforts des Anglais n’ont pu les détacher&#13;
de notre alliance cimentée par la religion et l’artifice des ministres qu’ils y ont&#13;
envoyés, non plus que leur violence, quoiqu’elle ait été jusqu’à massacrer le&#13;
P. Roux, jésuite, leur missionnaire, n’ont pu ébranler la foi de ces néophytes, ni&#13;
diminuer leur ferveur. Les Abénaquis ont toujours été amis de la France et ennemis&#13;
des Anglais. Ils nous ont servi à contrebalancer les Iroquois. Tandis que ceux-ci,&#13;
animés par le gouverneur anglais, venaient ravager nos terres, les Abénaquis, nos&#13;
alliés, usaient par nos ordres de représailles sur la colonie anglaise. On ne peut&#13;
mieux peindre leur confiante union avec nous que par ces paroles de leur&#13;
ambassadeur au congrès tenu pour la paix générale avec toutes les nations&#13;
sauvages87 : « Je n’ai point d’autre hache que celle de mon père, le gouverneur de&#13;
Québec ; il l’a enterrée, je n’en ai plus. » De tous les Sauvages, ce sont ceux dont les&#13;
mœurs s’accommodent le mieux avec les nôtres par la douceur, l’affabilité, la&#13;
bonté du cœur, qui leur est naturelle, mais qui n’affaiblit point leur courage et leur&#13;
valeur. Ils sont très unis entre eux et leur réputation est si bien établie que malgré&#13;
leur alliance avec nous, les Iroquois n’ont jamais osé les attaquer, même dans le&#13;
plus grand feu de la guerre. Ils sont extrêmement chastes et retenus, ce qui parmi&#13;
NDLR : Il s’agit de la Grande Paix de Montréal du 4 août 1701 entre les représentants de la NouvelleFrance et de 39 des Premières Nations, signée par le gouverneur de Callière et 1 300 représentants&#13;
autochtones.&#13;
87&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�les Sauvages tient du prodige ; le vice chez eux est en abomination et les plus&#13;
légères libertés même en paroles leur sont inconnues. Plusieurs familles portent la&#13;
modestie jusqu’à séparer les garçons et les filles en différentes cabanes et ne pas&#13;
leur permettre de se visiter.&#13;
Parmi les Sauvages de l’Acadie, il en est qu’on appelle Gaspésiens, parce qu’on les&#13;
trouve plus communément le long des caps Gaspé, ou Crucientaux, à cause d’une&#13;
espèce de culte religieux qu’ils semblent rendre à la croix. Voici ce qu’en dit&#13;
M. de Saint-Vallier dans sa relation, d’après le P. Le Clercq, récollet, qui a donné&#13;
une histoire de la Gaspésie : « On aurait peine à croire que la rivière de la Croix&#13;
n’ait pas été ainsi nommée par les chrétiens ; il est pourtant vrai qu’elle le tire&#13;
depuis un temps immémorial de certains Sauvages appelés Crucientaux, parce&#13;
qu’ils ont un respect particulier pour la croix. Ils en mettent une de bois au bout&#13;
de leurs canots, ils en portent sur l’estomac une de porcelaine, plusieurs les&#13;
pendent à leur cou et les femmes enceintes en cousent une sur la partie de leur&#13;
habit qui couvre leur sein, à peu près comme les religieux mathurins ou trinitaires&#13;
pour mettre leur fruit sous la protection de la croix ; ils font enterrer avec eux ou&#13;
arborer une croix sur leur tombeau. Le capitaine se distingue par une croix&#13;
particulière sur l’épaule, jointe à celle de l’estomac ; l’une et l’autre ont une bordure&#13;
de porc-épic teinte en couleur de feu. Un de leurs plus anciens, âgé de plus de&#13;
100 ans, disait qu’il avait vu le premier navire d’Europe qui avait abordé dans leur&#13;
pays et qu’avant son arrivée, ils avaient déjà l’usage de la croix, dont voici&#13;
l’origine. Il y a longtemps que nos pères, affligés d’une cruelle famine, après avoir&#13;
inutilement invoqué le démon par leurs jongleries, le capitaine vit en songe un&#13;
jeune homme, qui l’assurant de leur délivrance par la vertu de la croix, lui en&#13;
montra trois, dont l’une servirait dans les calamités publiques, l’autre dans les&#13;
délibérations et les conseils, la troisième dans les voyages et les périls. À son réveil,&#13;
il ne trouva plus rien, mais l’image de la croix demeura si vivement imprimée dans&#13;
son imagination, qu’il en fit sur-le-champ de semblables ; il inspira cette dévotion&#13;
à sa famille, d’où elle passa à toute la nation et il planta une grande croix de bois&#13;
au milieu et l’autre à la porte de sa cabane, dont chacune avait trois croisillons,&#13;
comme un monument de sa vision de trois croix. »&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Ces usages, quoique singuliers, n’auraient rien de surprenant. Ces Sauvages,&#13;
superstitieux comme tous les autres, sont extrêmement dociles et portés par amitié&#13;
à imiter les Européens ; il n’est donc pas impossible qu’ayant eu commerce avec&#13;
les chrétiens, ils leur aient vu faire le signe de la croix, se mettre à genoux devant&#13;
un crucifix et marquer beaucoup de respect pour ce signe de notre salut et qu’à&#13;
leur exemple, ils aient marqué un respect semblable, qu’ils aient même cru dans la&#13;
croix une vertu secrète et puissante, qu’insensiblement ils aient tournée en&#13;
superstition et en idolâtrie. Au reste, les Gaspésiens ont dû être les premiers&#13;
Sauvages qui ont connu les Européens ; comme ils sont restés à l’entrée du golfe&#13;
Saint-Laurent, ils ont pu, dès les premiers voyages de Jacques Cartier en 1634 88, de&#13;
celui de Verazzani89 en 1528, de ceux mêmes des Espagnols et des pêcheurs&#13;
basques, bretons et normands en 1504 et 1506, en voir plusieurs introduire parmi&#13;
eux cet usage ; un intervalle de plus d’un siècle et demi était plus que suffisant&#13;
pour faire perdre parmi ce peuple toutes les traces de son origine, y mettre des&#13;
visions et des prodiges à leur manière et le faire regarder comme immémorial en&#13;
1687 que M. de Saint-Vallier écrivait sa relation. Revenons maintenant à la suite de&#13;
l’histoire de M. de Laval et voyons ce qui se passa dans son premier voyage en&#13;
France.&#13;
Livre cinquième&#13;
La traite ou le commerce de l’eau-de-vie et autres boissons enivrantes parmi les&#13;
Sauvages a été l’objet du zèle et des plaintes de tous les missionnaires et une&#13;
matière intarissable de mésintelligence entre les évêques et les gouverneurs et les&#13;
intendants du Canada. M. de Laval a fait pour l’abolir les plus grands et les plus&#13;
constants efforts. La nécessité d’en porter ses plaintes au roi fut un des motifs de&#13;
tous ses voyages et même le seul motif du troisième. Comme cette matière fait une&#13;
partie considérable de sa vie, qu’elle a été la source de la plupart des persécutions&#13;
qu’il eut à souffrir et que peu de personnes en sentent bien l’importance, nous&#13;
l’allons expliquer avec quelque étendue. Je fus chargé en 1730 de composer làdessus un mémoire, qui fut présenté à la Cour pour justifier la conduite de&#13;
&#13;
88&#13;
89&#13;
&#13;
Faute d’impression : il faut lire 1534.&#13;
Il faut plutôt lire : Verrazzano (Giovanni da).&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�l’évêque de Québec, lequel, sur les pas de ses prédécesseurs, s’opposait avec force&#13;
à ce commerce.&#13;
Tout le monde sait que les Sauvages du Canada ont une passion démesurée pour&#13;
l’ivrognerie. Comme ils n’ont point de vin chez eux, le peu d’habitude où ils sont&#13;
d’en boire leur en fait trouver le goût délicieux et les fait tomber dans l’ivresse. Ce&#13;
qu’on portait de vin et d’eau-de-vie dans les premiers temps de la colonie était si&#13;
peu de chose qu’on n’en pouvait faire part aux Sauvages, qui n’avaient même&#13;
aucune idée de ces liqueurs. Ce ne fut qu’en 1650 qu’il en vint une quantité&#13;
considérable à Tadoussac, qu’on leur distribua en échange de leurs pelleteries ; ce&#13;
qu’on continua les autres années. Cette boisson fut pour eux ce qu’elle avait été&#13;
pour le patriarche Noé ; ils en furent surpris et enivrés, parce qu’ils en prirent sans&#13;
défiance et avec excès. Les missionnaires alarmés ne manquèrent pas de s’opposer&#13;
à cette distribution. M. d’Ailleboust, gouverneur, et ceux qui étaient à la tête de la&#13;
colonie n’étant pas encore séduits par de faux prétextes, ni attirés par l’appas du&#13;
gain et remplis de la profonde vénération qu’avaient fait naître la piété admirable&#13;
de cette Église naissante et le zèle des pasteurs, entrèrent facilement dans leurs&#13;
vues et donnèrent des ordres rigoureux pour l’empêcher. Les Sauvages mêmes,&#13;
malgré leur penchant à l’ivrognerie, en sentirent le danger et furent les premiers à&#13;
demander qu’on ne leur en distribuât plus. Leurs chefs s’assemblèrent et prièrent&#13;
M. le gouverneur d’interdire absolument cette distribution et de faire bâtir une&#13;
prison pour y enfermer ceux qui en boiraient90. Ainsi dès son origine, ce commerce&#13;
porta sur le front la tache et la condamnation de son désordre, gravées de la main&#13;
même des Sauvages. Mais tout cela dura peu. L’éloignement des supérieurs fit&#13;
négliger les châtiments et les ordres et le penchant au vice l’emporta. Les&#13;
missionnaires eurent beau faire ; sans force et sans autorité, ne pouvant qu’édifier&#13;
par leurs vertus et instruire dans leurs sermons, leurs efforts furent inutiles. La&#13;
religion est une faible barrière contre l’avidité du marchand et l’intempérance du&#13;
90&#13;
&#13;
Plusieurs fois les chefs autochtones prièrent les gouverneurs du Canada de prohiber aux colons français&#13;
d’introduire dans leur pays des boissons enivrantes. Dans les Archives du Séminaire de Québec, on conserve&#13;
le texte d’un discours tenu par un chef huron sur ce sujet : « Empêche que les Français, disait le chef au&#13;
gouverneur, ne nous viennent traiter de l’eau-de-vie, qu’ils ne viennent la porter dans nos cabanes et solliciter&#13;
notre jeunesse, de la leur traiter ni de leur donner à crédit, car si quelqu’un de nous venait à s’enivrer, il serait&#13;
véritablement damné, n’y ayant personne qui puisse le retirer de son mauvais état, où les Français l’auraient&#13;
sollicité à tomber. » (Discours des Hurons qui demandent aux seigneurs de Montréal des terres sur leur île.&#13;
Ils demandent aussi qu’on ne leur échange pas de boissons. Réponses. Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Polygraphie 4, n o 20.)&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Sauvage. Le mal gagna à vue d’œil ; il passa de Tadoussac au reste de la colonie,&#13;
surtout du côté de Montréal et chez les Iroquois et on ne tarda pas à voir les&#13;
funestes effets d’un commerce si pernicieux.&#13;
On aurait bien de la peine à se persuader dans quels excès l’ivresse entraîne ces&#13;
barbares. Il n’y a sorte de folies, de crimes, d’inhumanités où ils ne tombent. Un&#13;
Sauvage pour un verre d’eau-de-vie donne jusqu’à ses habits, sa cabane, sa femme,&#13;
ses enfants. Une Sauvagesse, qu’on enivre souvent exprès, se livre au premier&#13;
venu. Ils se déchirent entre eux, ils se déchirent eux-mêmes. Qu’on entre dans une&#13;
cabane où l’on vient de boire de l’eau-de-vie ; on verra avec étonnement et horreur&#13;
le père égorgeant son fils, le fils massacrant son père, le mari et la femme, les&#13;
meilleurs amis s’assommant, se mordant, s’arrachant les yeux, le nez, les oreilles.&#13;
Ils ne sont plus connaissables ; ce sont des forcenés. Il n’y a peut-être aucune image&#13;
plus vive de l’enfer. Il s’en trouve souvent parmi eux qui cherchent à s’enivrer&#13;
pour se venger de leurs ennemis et commettre impunément toute sorte de crimes,&#13;
à la faveur de cette belle excuse, qui passe chez eux pour une justification&#13;
complète, que dans ces moments ils ne sont point libres, ils n’ont point d’esprit.&#13;
S’il est difficile d’expliquer les excès des Sauvages, il est aussi malaisé de&#13;
comprendre jusqu’où va la cupidité, la mauvaise foi, la friponnerie de ceux qui&#13;
leur distribuent ces boissons. La facilité que leur donnent l’ignorance et la passion&#13;
de ces peuples de faire des profits immenses et la certitude de l’impunité sont des&#13;
charmes dont ils ne se défendent pas. L’appât du gain fait sur eux ce que l’ivresse&#13;
fait sur les autres. Combien de crimes coulent de la même source ? Il n’est point de&#13;
mère qui ne craigne pour sa fille et de mari pour son épouse un libertin armé d’une&#13;
bouteille d’eau-de-vie. On vole, on pille ces misérables, qui dans l’ivresse stupide,&#13;
s’ils ne sont furieux, ne peuvent ni refuser ni se défendre. Il n’est plus de barrière&#13;
qu’on ne force ni de faiblesse dont on n’abuse dans ces terres écartées, où n’ayant&#13;
plus ni témoin ni maître, on n’écoute que des passions brutales, dont un verre&#13;
d’eau-de-vie facilite tous les attentats. Les Français y sont pires que les Sauvages.&#13;
Il ne faut être ni fort habile ni fort sévère casuiste pour comprendre qu’on ne peut,&#13;
ni laisser aux Français, ni fournir aux Sauvages une occasion si violente des plus&#13;
grands crimes. La même loi de charité et d’humanité, qui défend de donner une&#13;
épée à un furieux prêt à se percer le sein, ne permet pas de distribuer un poison si&#13;
funeste : les évêques et les missionnaires ont dû mettre tout en œuvre pour arrêter&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�un si grand mal. Les Sauvages ont souvent renouvelé leurs plaintes et ont été les&#13;
plus ardents à en poursuivre l’abolition. Ils ont agi vivement et fait agir les&#13;
personnes accréditées auprès des gouverneurs et des intendants. Ils appellent&#13;
communément ceux qui donnent de l’eau-de-vie de mauvais Français qui veulent&#13;
les perdre. Dans les guerres contre les Anglais, quand ils en ont trouvé dans leurs&#13;
habitations, ils ont enfoncé les tonneaux et l’ont répandue avec horreur. Plusieurs&#13;
nations ont fait vœu de n’en jamais boire, ce qui s’observe fidèlement. Sans doute,&#13;
ni le roi ni le gouverneur n’ont jamais prétendu favoriser tant de désordres, peutêtre même n’en ont-ils pas été bien instruits ou ne les ont-ils pas crus si grands.&#13;
Ces désordres ne sont pas moins réels et comme les missionnaires en sont tous les&#13;
jours témoins, il n’est pas étonnant qu’ils en soient plus vivement frappés.&#13;
L’intérêt de la religion les fait encore agir. L’eau-de-vie est un des plus grands&#13;
obstacles à la propagation de la foi. Elle fait apostasier plus de chrétiens et retient&#13;
plus d’infidèles dans le paganisme que le plus zélé missionnaire n’en saurait&#13;
convertir. Depuis l’établissement de ce commerce, les missions n’ont fait que&#13;
languir ; il ne se fait guère de nouveaux chrétiens. Les missionnaires ne sont plus&#13;
écoutés dans les lieux où il est souffert. Le fer et le feu des Iroquois n’ont jamais&#13;
fait tant de ravages que cette liqueur. La conduite des Français qui la distribuent&#13;
n’y contribue pas moins. Quelle leçon pour des barbares que des passions&#13;
effrénées, dont ils éprouvent les excès ! La terreur des lois les retient dans un état&#13;
policé ; mais rien n’en arrête le débordement dans ces forêts écartées. Il est&#13;
ordinaire d’entendre dire à ces peuples : « Changerai-je de religion pour vivre&#13;
comme les Français ? Si ce que tu dis était vrai, ils seraient les premiers à te croire ».&#13;
Imaginerait-on que pour faciliter ce débit lucratif, les Français mêmes décrient les&#13;
missionnaires qui s’y opposent, leur font et leur font faire mille outrages,&#13;
blasphèment la religion qui les condamne et répandent parmi ces peuples des&#13;
principes d’irréligion et de libertinage dont on ne peut les faire revenir, assistent à&#13;
leurs fêtes idolâtres et font les mêmes superstitions qu’eux91. Tous les&#13;
missionnaires sont inconsolables de la perte de tant d’âmes et de l’inutilité de leurs&#13;
travaux. Les évêques de Québec sont entrés dans leurs vues et s’y sont&#13;
91&#13;
&#13;
Le 6 août 1667, le Serviteur de Dieu émit un décret qui menaçait de censures ecclésiastiques les colons&#13;
français qui se rendaient chez les Outaouais et qui « ne font point de difficulté d’assister à tous les festins&#13;
profanes qui s’y font par les païens, au grand scandale quelquefois de leurs âmes et de l’édification qu’ils&#13;
doivent donner aux nouveaux chrétiens ». (Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 54, no 54)&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�constamment opposés : plaintes à la Cour, représentations aux gouverneurs,&#13;
excommunications, cas réservés, le zèle n’a rien négligé pour tarir une source si&#13;
féconde de crimes. Ce fut là une des premières démarches du vicaire apostolique.&#13;
Dès le 5 mai 1660, il fulmina une excommunication, encourue par le seul fait,&#13;
contre ceux qui donnaient de l’eau-de-vie aux Sauvages, quand même ils la&#13;
distribueraient gratuitement. Il la renouvela en 166792. En 1669, il en fit un cas&#13;
réservé et jusqu’à sa démission, il continua d’agir avec une fermeté apostolique.&#13;
Les gouverneurs et les intendants, au contraire, ont communément favorisé la&#13;
traite de l’eau-de-vie, soit que ceux qui les approchent y ayant ordinairement part&#13;
ou vendant aux marchands les permissions d’en traiter qu’ils ont obtenues,&#13;
l’intérêt les engage à déguiser à leur maître la grandeur du mal, soit que les&#13;
gouverneurs soient réellement persuadés, comme ils l’ont toujours dit, qu’il est du&#13;
service du roi de s’attacher les Sauvages par des présents de cette espèce, qui sont&#13;
tout à fait de leur goût, du moins de les affaiblir, de leur arracher leur secret, de les&#13;
animer contre l’ennemi par un moyen qui a quelquefois réussi : prétexte d’autant&#13;
plus plausible que les Anglais, nos voisins, la distribuent ou plutôt la prodiguent&#13;
sans scrupule et qu’en distribuant de notre côté, nous ne faisons qu’employer les&#13;
mêmes armes. Ces raisons apparentes du bien de l’État ont souvent arraché du&#13;
prince des ordres favorables aux traitants. Souvent aussi la piété du prince a rendu&#13;
justice au zèle du clergé. Avant l’arrivée de l’évêque, les missionnaires n’avaient&#13;
que la voie de la prédication et de la confession. Mais un prélat agissant avec&#13;
autorité, les gouverneurs ont éclaté bien des fois. Avant de raconter leurs démêlés,&#13;
voyons le peu de solidité de leurs prétextes. Il sera glorieux à la mémoire de&#13;
M. de Laval de montrer que les intérêts de la religion et ceux de l’État se trouvant&#13;
réunis, il ne servait pas moins son prince que son Dieu.&#13;
La protection du Seigneur est le plus ferme appui des États. Le plus sûr moyen&#13;
d’en soutenir, d’en augmenter la puissance, c’est de mettre Dieu dans nos intérêts.&#13;
Combien d’empires dont le renversement fut le châtiment des crimes qui y&#13;
régnaient ! La monarchie française est redevable à la piété de ses rois, de l’éclat&#13;
Ce n’est pas en 1667, mais plutôt en 1662 que le Serviteur de Dieu renouvela sa menace&#13;
d’excommunication contre les commerçants de boissons enivrantes (Doc. XXVII, nos 3 et 4). Comme nous&#13;
l’avons vu (Doc. XXVII-2), en octobre 1661, Mgr de Laval avait levé l’excommunication ; cependant, à cause&#13;
des graves désordres qui s’en suivirent, il se crut obligé de la renouveler en 1662.&#13;
92&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�dont elle jouit. La bonne politique a toujours senti qu’elle avait besoin de la&#13;
religion, que les meilleurs chrétiens sont les sujets les plus fidèles. Les liens de la&#13;
religion sont solides et durables, ils vont au cœur. L’Évangile nous a donné l’entrée&#13;
chez les Sauvages et nous les attache le plus fortement. La colonie lui doit son&#13;
établissement et ses progrès. Le zèle de la religion fait tous les jours percer les&#13;
forêts, traverser les rivières, grimper sur les montagnes à un nombre de&#13;
missionnaires pour aller chercher ou suivre un Sauvage. C’est le respect pour la&#13;
religion qui donne tant d’ascendant sur eux aux ministres de l’Évangile pour leur&#13;
faire aimer la domination française, pour négocier la guerre ou la paix, dissiper les&#13;
partis ou former des alliances. Ce sont les vérités de la religion qui les humanisent,&#13;
qui les civilisent et qui leur inspirent des sentiments de pudeur, de justice et de&#13;
probité et présentent dans ceux qui la prêchent des idées respectables de&#13;
désintéressement et de vertu. L’eau-de-vie, dans ceux qui la distribuent, ne donne&#13;
que des idées basses de passion et d’intérêt. Le solide attachement se perpétue avec&#13;
la foi ; les fruits de l’ivresse s’écoulent avec la liqueur. La religion a gagné des&#13;
nations entières et ménagé plusieurs fois la paix ; l’eau-de-vie n’a pas empêché une&#13;
seule fois la guerre, formé une alliance, gagné solidement un Sauvage.&#13;
Bien loin de nous les attacher, l’eau-de-vie les éloigne de nous. Distinguons le&#13;
Sauvage dans le temps que, buvant la liqueur, il n’est plus maître de lui-même,&#13;
d’avec ce même Sauvage rendu à la raison après son ivresse. Dans le moment&#13;
critique, où la présence de l’objet irrite son intempérance, sans doute on en fait ce&#13;
qu’on veut. Si cela s’appelle gagner des hommes, ainsi peut-on dire que les gagnait&#13;
la fameuse enchanteresse de la fable, dont le breuvage empoisonné les changeait&#13;
en bêtes. Ainsi, un séducteur gagne une personne trop faible pour résister à ses&#13;
poursuites. C’est ainsi que le marchand, trop instruit du fatal succès de la boisson,&#13;
dépouille impitoyablement ce malheureux à la faveur d’une ivresse, qui le livre à&#13;
son avarice. Mais que dit-il ce même homme, lorsque, revenu à lui-même, il voit&#13;
ses parents, ses amis massacrés de sa propre main, lorsqu’il se trouve privé de tout&#13;
ce qu’il avait ramassé dans ses pénibles courses, pour un moment de plaisir dont&#13;
il ne lui reste que la honte. Que de malédictions il donne à son séducteur ! Par cette&#13;
raison, plusieurs nations refusent d’avoir commerce avec nous ou n’en ont que par&#13;
des députés et en petit nombre, gens choisis et bien éprouvés. Croit-on que les&#13;
Français, chez qui les Sauvages trouvent si peu de justice et d’humanité, leur&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�paraissent bien dignes d’affection ? L’unique moyen de les attirer, c’est de s’en&#13;
faire aimer, estimer et craindre. L’amitié ne se donne qu’au bienfait réel ; la vertu&#13;
seule mérite l’estime. La sagesse et la fermeté d’un gouvernement qui maintient la&#13;
justice et les lois peuvent seules en imposer. Mais ce commerce injuste rend&#13;
également odieux la nation et le gouvernement.&#13;
Outre les Sauvages, la traite de l’eau-de-vie perd un grand nombre de Français et&#13;
par cette raison encore est contraire aux intérêts de la colonie. La plupart de ceux&#13;
qui s’en mêlent lui deviennent inutiles. Ils s’abandonnent à la débauche pendant&#13;
leur séjour et en sont bientôt les victimes par des maladies dangereuses ou une&#13;
mort prématurée. Plusieurs, pour s’y livrer avec plus de liberté, par un libertinage&#13;
peu croyable, quittent la colonie, s’établissent chez les Sauvages et en prennent la&#13;
religion et les mœurs. Ceux qui en petit nombre reviennent chez eux, chargés des&#13;
infirmités et des vices qu’ils y ont contractés, sont hors d’état de peupler et de&#13;
servir le pays. Des hommes de ce caractère donnent-ils aux barbares une grande&#13;
idée de notre nation ? Tout grossiers qu’ils sont, ils ont encore des sentiments&#13;
d’humanité, de bonne foi, de justice. Ils ont horreur de la fraude et du libertinage ;&#13;
ils ne sont pas insensibles à leurs vrais intérêts. Ils démêlent peu les raisons&#13;
politiques qui peuvent faire agir le ministère ; ils ne distinguent point les Français&#13;
qu’ils voient chez eux du reste de la nation qu’ils ne voient point. Quelle idée&#13;
peuvent-ils se former du gouvernement qui tolère tant de désordres et d’un peuple&#13;
qui, après avoir envahi leurs terres, les poursuit encore dans leurs forêts pour les&#13;
voler et les déshonorer par le moyen d’un breuvage qu’ils appellent magique et&#13;
dont ils disent qu’il y a dedans un manitou, c’est-à-dire un esprit malfaisant.&#13;
Mais, dit-on, les Anglais les attirent par là. Quand cela serait, on devrait peu leur&#13;
envier un avantage qu’ils n’achètent que par des crimes. Mais ce n’est que sur de&#13;
mauvais mémoires qu’on vante si fort le progrès dont les Anglais sont redevables&#13;
à l’eau-de-vie. Quelques Sauvages, en petit nombre, situés dans leur voisinage,&#13;
plutôt forcés par la crainte et par le besoin qu’engagés par l’affection et par&#13;
l’estime, font tout l’apanage des colonies britanniques. Qu’on jette les yeux sur le&#13;
continent immense qui depuis la baie d’Hudson jusqu’au Mississippi et depuis les&#13;
terres anglaises jusqu’à la mer de l’ouest renferme une infinité de nations. Bien&#13;
loin d’être attachées aux Anglais, la plupart même n’ont pas de communication&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�avec eux, ni ne sont à portée de les connaître. C’est pourtant dans ce vaste pays,&#13;
où la religion nous a donné entrée et où la concurrence avec l’Angleterre ne fut&#13;
jamais à craindre, que se fait la traite de l’eau-de-vie. Il n’y a qu’une poignée de&#13;
Sauvages, qui se trouvent entre les Anglais et nous et qui selon leurs caprices se&#13;
donnent tantôt aux uns tantôt aux autres, qui puissent être l’objet de l’ambition de&#13;
deux nations rivales, dont on veut que l’eau-de-vie décide du sort : vain prétexte&#13;
qui ne sert qu’à pallier le commerce criminel qu’on fait chez les autres nations, où&#13;
il est à tous égards inutiles.&#13;
Dans cette poignée même où l’eau-de-vie fait, dit-on, pencher la balance, les&#13;
Anglais attirent-ils bien du monde par leur profusion ? Leur en avons-nous&#13;
beaucoup enlevé depuis que nous sommes en ce point leurs émules ? J’ose dire&#13;
qu’il n’y a point une seule nation dont on doive l’alliance à ce commerce. En 1730,&#13;
j’ai vu les Chaouanons quitter les Anglais et se donner à la France par principe de&#13;
continence et de sobriété. Tout le monde sait en Canada que cette nation ne boit&#13;
point de liqueur enivrante. Les Iroquois, qui étaient à nous, se sont donnés aux&#13;
Anglais, parce que négligeant la chasse tandis qu’ils ont de quoi boire et&#13;
empruntant, après avoir tout donné, afin de continuer leur débauche, ils se sont&#13;
trouvés accablés de dettes, fainéants et misérables et sont allés comme des&#13;
banqueroutiers se réfugier en Angleterre ; ils sont devenus nos ennemis et nous&#13;
ont causé bien du dommage. Les Micmacs, les Outaouais, nos alliés, ayant passé&#13;
l’hiver à boire, n’ont été à temps ni en état de faire la campagne contre les Iroquois ;&#13;
cent fois, ils en ont été surpris dans l’ivresse. Le gouverneur du Canada, réveillé&#13;
par ces malheurs, renouvela la défense de donner de l’eau-de-vie sous de très&#13;
graves peines. Mais c’était s’y prendre trop tard et même après la guerre, rien n’a&#13;
été soutenu. Les Hurons, de tout temps attachés à la France, ne boivent pas d’eaude-vie. Ceux d’entre eux qui sont établis à Lorette, aux portes de Québec, ont fait&#13;
vœu de n’en point boire et tiennent parole ; tant il est vrai que c’est un faible lien,&#13;
ou plutôt un moyen de rompre tous les liens.&#13;
Enfin, ne compte-t-on pour rien la conservation des bonnes mœurs dans la&#13;
colonie ? Ce commerce, par la facilité et les occasions du crime, est pour les&#13;
Français la source de la plus grande dépravation. Tout en Canada tire à&#13;
conséquence. Ce pays naissant est un jeune homme qu’il faut élever ; les principes&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�qu’on lui donne, les habitudes qu’on lui laisse prendre, décident du reste de la vie.&#13;
Il est aisé aujourd’hui, il l’était bien davantage au temps de M. de Laval, de former&#13;
un peuple chrétien. C’est un tendre arbrisseau qu’on plie comme l’on veut ; mais&#13;
on ne peut le redresser quand il a pris un mauvais pli. Non seulement c’est un&#13;
jeune homme, mais encore un jeune homme fort éloigné de son père et livré à luimême. Je sais que la colonie a eu et a encore à sa tête des gens de beaucoup de&#13;
mérite, dont les vertus et le zèle secondent les pieuses intentions du prince. Mais&#13;
le choix n’en a pas toujours été et peut n’en être pas toujours également heureux.&#13;
Dans un si vaste pays, peut-on tout voir et pourvoir à tout ? L’impunité doit être&#13;
grande et la subordination médiocre. Quel bien ne serait-ce pas si le commerce ne&#13;
roulait que sur des choses utiles ? Les Sauvages travailleraient la terre et&#13;
prendraient quelques métiers ; les Français établiraient des manufactures, feraient&#13;
valoir les mines, etc. Le commerce facile de la boisson fait diversion à tout. Après&#13;
avoir passé l’année dans l’oisiveté, on en est quitte pour acheter à l’automne&#13;
quelques barriques d’eau-de-vie et l’aller vendre aux Sauvages à un prix excessif.&#13;
Il est important d’entretenir dans ce pays éloigné des sentiments de religion et&#13;
d’honneur. Pourquoi laisser imparfaite en ne levant pas cet obstacle, ou plutôt&#13;
pourquoi détruire une mission si nécessaire et qui a tant coûté, tandis qu’il en&#13;
coûterait si peu pour la rendre florissante ?&#13;
Les gouverneurs ont quelquefois goûté ces raisons. Ils ont voulu composer avec&#13;
les évêques et ont offert de faire des règlements pour arrêter ces désordres. Ces&#13;
tempéraments n’ont jamais réussi. Peut-on espérer de remédier à un mal, tandis&#13;
qu’on en laisse le principe ? En France même, où l’on vit sous les yeux du maître,&#13;
où l’intérêt rend tous les traitants si attentifs à empêcher la contrebande, où les&#13;
peines sont si rigoureuses, le profit si petit et le risque si grand, les faussonniers&#13;
sont-ils rares ? Et l’on pensera qu’au milieu d’un peuple étranger, où l’on ne craint&#13;
rien, on sera assez consciencieux pour négliger des profits si considérables ou y&#13;
mettre des bornes ? Quel règlement peut-on faire ? Fixera-t-on la mesure d’eau-devie qu’il sera permis de donner ? Quel commissaire y veillera à 500 lieues de&#13;
Québec ? Qui pourrait y veiller à Québec même ? Les Sauvages ne peuvent-ils pas&#13;
en prendre par différentes mains et la ramasser ? Quand on n’en donnerait qu’un&#13;
demi-verre à chacun, n’ont-ils pas la dégoûtante folie de la garder dans leur&#13;
bouche et de la rassembler dans un vase pour enivrer quelqu’un d’entre eux ?&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Voilà les raisons que faisait valoir M. de Laval. Je les ai rapportées avec étendue&#13;
pour justifier sa conduite dans les persécutions sans nombre qu’on lui suscita à&#13;
cette occasion.&#13;
Nous avons vu la fermeté de M. d’Ailleboust, gouverneur, pour empêcher la traite&#13;
de l’eau-de-vie quand elle commença à Tadoussac. M. d’Argenson, qui lui&#13;
succéda, marcha sur ses traces et continua de la défendre93. M. de Laval arriva&#13;
pendant son gouvernement et n’eut qu’à se louer du gouverneur. Le mauvais état&#13;
de la colonie, la guerre des Iroquois, une santé ruinée, quelques différends sur le&#13;
cérémonial qu’il prétendait lui être dû à l’église, la qualité de marguillier&#13;
d’honneur, l’inspection des comptes de la fabrique qu’on lui disputait dégoûtèrent&#13;
M. d’Argenson. Il demanda son rappel et fut remplacé par M. Davaugour. Rien de&#13;
plus zélé, de plus ferme que lui dans les commencements. Il décerna de nouvelles&#13;
peines contre les coupables. Un incident le fit changer tout à coup sans retour. Une&#13;
femme de Québec fut surprise en contravention et conduite en prison. Le&#13;
P. Lalemant, recteur des Jésuites, à la sollicitation de la famille, alla demander&#13;
grâce et voulut l’excuser. M. Davaugour répondit brusquement à ce jésuite :&#13;
« Vous êtes les premiers à crier contre la traite et vous ne voulez pas qu’on punisse&#13;
les traitants ? Je ne serai plus le jouet de vos contradictions ; puisque ce n’est pas&#13;
une faute punissable dans cette femme, elle ne le sera plus pour personne ! » Ce&#13;
raisonnement et cette conduite n’étaient pas justes. Faut-il abolir une loi et&#13;
permettre le crime parce qu’on aura mal à propos demandé la grâce d’un&#13;
criminel ? L’amitié, l’intérêt, un zèle mal entendu peuvent faire implorer la&#13;
clémence du juge. C’est à lui à refuser et à faire justice. Il n’y a nulle inconséquence&#13;
à détester et à poursuivre le péché et en même temps vouloir épargner le pécheur.&#13;
Un ministre de Jésus-Christ, dont la douceur et la charité font le caractère, imite en&#13;
cela l’exemple de celui qui, détestant infiniment le crime, est pourtant mort pour&#13;
sauver le criminel. Que sont même dans le fond la plupart des sollicitations que&#13;
des témoignages d’amitié qu’on donne à une famille, dont on n’attend guère et&#13;
dont on désire peu le succès ?&#13;
&#13;
Selon Faillon (Histoire de la colonie française en Canada, Ville-Marie, 1865, p. 28-29), le gouverneur&#13;
d’Argenson (1658-1661), tout en n’approuvant pas ouvertement le commerce des boissons enivrantes avec&#13;
les Autochtones, ne fit rien pour le condamner.&#13;
93&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Mais M. Davaugour était un de ces hommes raides et inflexibles que rien ne peut&#13;
changer. Rien ne fut capable de lui faire rétracter cette parole et cette funeste&#13;
permission qu’un moment de mauvaise humeur lui avait arrachée. L’évêque, le&#13;
clergé, les Jésuites, tout ce qu’il y avait d’honnêtes gens dans la colonie, les&#13;
Sauvages mêmes par des députations solennelles de leurs anciens et de leurs&#13;
capitaines, eurent beau lui représenter les inconvénients de cette liberté et le&#13;
supplier de faire exécuter ses propres ordonnances, soit prévention qu’on exagère&#13;
le mal, soit ressentiment contre les Jésuites, soit raideur outrée de caractère, on ne&#13;
put rien obtenir. Il lâcha la bride aux traitants. Le mal fit de si grands et de si&#13;
rapides progrès que bientôt il fut extrême et sans remède. On distribua l’eau-devie avec profusion, on en but avec excès. Cette espèce de nouveauté semblait lui&#13;
donner un goût plus piquant. Grand nombre d’idolâtres qui se faisaient instruire&#13;
abandonnèrent la religion ; les plus fervents néophytes apostasièrent ou vécurent&#13;
en idolâtres. Ces fervents chrétiens, qui faisaient revivre la primitive Église et que&#13;
les infidèles même admiraient, devinrent l’opprobre et le scandale du&#13;
christianisme, dont par leurs dérangements ils faisaient blâmer la sainteté et&#13;
soupçonner la certitude. Il n’y en eut qu’un très petit nombre qui résista à ce torrent&#13;
débordé ; encore fallut-il que se réfugiant à Sillery ou au cap de la Madeleine et&#13;
rompant commerce avec tout le monde, ils s’éloignassent promptement du&#13;
danger.&#13;
Le vicaire apostolique s’opposa comme un mur d’airain au désordre extrême qu’il&#13;
prévoyait irréparable. Il parla avec force, il agit avec vigueur. Il employa toute son&#13;
autorité et par un long mandement, il défendit absolument le commerce de l’eaude-vie. Il fulmina les censures ecclésiastiques. Le jour de Pâques 166094, célébrant&#13;
la messe pontificalement, il monta après l’Évangile dans une chaire au milieu du&#13;
chœur, la mitre en tête, la crosse à la main, environné de son clergé, après un&#13;
discours pathétique, où il prit pour texte ces paroles que Dieu dit à Moïse :&#13;
« Descende, peccavit populus tuus95 », il fulmina l’excommuni-cation96. Il fit depuis&#13;
94&#13;
&#13;
Ce n’est pas le jour de Pâques mais en celui de l’Ascension, le 6 mai 1660, que le Serviteur de Dieu publia&#13;
solennellement ce décret d’excommunication, qui porte toutefois la date du 5 mai (Doc. XXVII-1).&#13;
95&#13;
NDLR : « Descends, ton peuple s’est corrompu. » (Exode, 32:7)&#13;
96&#13;
Selon de La Tour, le Serviteur de Dieu aurait publié son décret d’excommunication de 1660 en vue de&#13;
s’opposer à la licence donnée par le gouverneur Davaugour pour le commerce des boissons enivrantes,&#13;
licence provoquée par l’incident dont il est question. Dans ce cas, l’auteur inverse l’ordre des faits, puisque&#13;
ce décret d’excommunication est antérieur de deux ans à l’incident, survenu en 1662, année durant laquelle&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�un cas réservé du commerce des Français avec les Sauvages, parce que ce crime si&#13;
commun et si facile n’est qu’une suite de l’ivresse. Il mit en mouvement les&#13;
religieux et le clergé et il fut secondé avec zèle. On tonna dans la chaire, on fut&#13;
inflexible dans le confessionnal. Ce fut le signal d’une persécution qui n’a jamais&#13;
été bien éteinte. Ses ennemis prétendirent que les consciences étaient gênées. Ils&#13;
invectivèrent contre les confesseurs et les prédicateurs. On attaqua leurs mœurs et&#13;
leur conduite. Le prélat ne fut pas plus épargné que les autres. Des personnes&#13;
intéressées, les murmures passèrent au peuple ; du peuple, le mal gagna les&#13;
notables. Quelques officiers de marine et quelques passagers qui vinrent dans les&#13;
vaisseaux l’automne suivant, ne jugeant des choses que par l’usage de France, où&#13;
le commerce de l’eau-de-vie est libre, se joignirent aux mécontents, agirent et&#13;
parlèrent avec d’autant moins de circonspection qu’ils n’avaient rien à espérer ni&#13;
à craindre. Les libelles se multiplièrent ; l’autorité de l’Église fut méprisée. Il est&#13;
étonnant que dans un livre sur le Canada, qui a paru sous le nom d’un récollet,&#13;
sans doute à son insu, on ait adopté toutes ces calomnies. On envoya à la Cour les&#13;
mémoires les plus violents. Le gouverneur le vit avec indifférence. Mais le Conseil&#13;
du roi n’y eut aucun égard. Il en pénétrait les motifs. Les personnes les plus&#13;
respectables de la colonie, ou plutôt la voix publique les démentait. La réputation&#13;
de sainteté si justement acquise au prélat et à son clergé n’en fut pas entamée, mais&#13;
le commerce de l’eau-de-vie demeura libre.&#13;
L’évêque de Pétrée, qui voulait d’ailleurs proposer l’érection de l’évêché de&#13;
Québec pour agir plus efficacement, crut le désordre assez grand pour devoir hâter&#13;
son voyage et porter ses plaintes au pied du trône97. Il en était inconsolable. « Il a&#13;
pensé mourir de douleur, disait la mère de l’Incarnation ; on le voit sécher sur ses&#13;
pieds. Je crois que s’il ne peut réussir, il ne reviendra plus ; ce qui serait une perte&#13;
irréparable pour cette Église et pour les pauvres. Il se fait pauvre pour les assister ;&#13;
il porte le caractère d’un saint. Plaise au ciel de nous renvoyer notre bon père et&#13;
pasteur98 ».&#13;
&#13;
Mgr de Laval remit en vigueur l’excommunication levée quelques mois avant la licence donnée par le&#13;
gouverneur.&#13;
97&#13;
Il s’agit du premier voyage du Serviteur de Dieu en France (1662-1663).&#13;
98&#13;
Pour le texte critique de cette lettre, voir Doc. XXI-6.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Il parla au roi avec un zèle apostolique. Il en fut écouté et obtint à la première&#13;
audience tout ce qu’il demanda. Le commerce des boissons fut absolument&#13;
défendu. M. Davaugour fut rappelé et perdit tous ses effets par des malheurs&#13;
imprévus, qu’on regarda comme des punitions de Dieu. Revenu en France, il alla,&#13;
avec la permission du roi, servir dans les armées de l’empereur contre le Turc où&#13;
il fut tué. C’était un homme d’honneur qui fit toujours son devoir avec distinction,&#13;
à ce travers près si fatal au Canada, triste effet d’une raideur inflexible. On ne peut&#13;
refuser des éloges à sa probité, à sa religion et à sa valeur. Les particuliers qui&#13;
avaient traité de l’eau-de-vie furent visiblement châtiés par la justice divine.&#13;
Plusieurs tombèrent dans des crimes énormes et reçurent des flétrissures&#13;
publiques. Tout le pays fut pendant six mois agité par des tremblements de terre&#13;
et des phénomènes affreux, dont nous parlerons ailleurs, qui convertirent bien du&#13;
monde. Dieu semblait exécuter l’excommunication lancée par le prélat et prévenir&#13;
les ordres du roi, qui pendant quelques années ne furent pas nécessaires.&#13;
En rappelant le baron Davaugour, le roi permit à M. de Laval de lui choisir un&#13;
successeur. Son choix tomba sur M. de Mésy, dont la piété promettait tout. Le&#13;
prélat se flattait avec son secours d’arracher ce scandale. Mais il était de la destinée&#13;
de l’homme apostolique que ceux qu’il plaçait fussent la source de ses peines. Le&#13;
P. Lalemant, qu’il avait désiré avec ardeur, occasionna par hasard et sans le vouloir&#13;
ses persécutions auprès de M. Davaugour. Son successeur à l’épiscopat, qu’il avait&#13;
choisi avec complaisance, renversa tous ses ouvrages. M. de Mésy, son ami de&#13;
cœur, placé de sa main, devint son plus violent ennemi. À peine ce gouverneur&#13;
fut-il arrivé que la contagion le gagna. Soit sollicitation, soit intérêt, il favorisa&#13;
sourdement la traite de l’eau-de-vie qu’il avait ordre et qu’il avait promis&#13;
d’empêcher. Il manœuvra du côté de la Cour et obtint d’autant plus aisément la&#13;
tolérance qu’étant ami du prélat, de son choix et réellement pieux, il ne devait pas&#13;
être suspect. D’autres différends, que l’aigreur de l’esprit fit naître ou porta trop&#13;
loin, divisèrent le Conseil, le gouverneur et l’évêque. L’un se porta aux plus grands&#13;
excès ; l’autre montra la plus héroïque patience. Dieu termina tout heureusement&#13;
par la pénitence et la mort du coupable.&#13;
M. Tracy, vice-roi*, qui vint ensuite, était trop éclairé et trop pieux pour ne pas&#13;
tenir la main à l’exécution des ordres du roi. Il y ajouta même et ordonna que tous&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�les Français qui reviendraient de chez les Sauvages apporteraient une attestation&#13;
des missionnaires comme ils n’avaient point vendu d’eau-de-vie, sous peine de&#13;
confiscation de leurs pelleteries. Mais son règne trop court fut suivi du&#13;
gouvernement de M. de Courcelle, qui n’agit que faiblement. M. Talon, qui vint&#13;
deux fois intendant, y fut encore moins favorable. En 168899, ayant obtenu du&#13;
ministre une lettre qui permettait la traite de l’eau-de-vie, il assembla&#13;
extraordinairement le Conseil le jour même de son embarquement et sans lui&#13;
donner le temps de délibérer sur cette lettre, dicta et fit signer à tous les juges,&#13;
contre la règle et l’usage qui ne demandent que la signature du président et du&#13;
rapporteur, un arrêt qui permet cette traite100. Dix ans après, les plaintes ne faisant&#13;
que croître tous les ans, M. Colbert manda à M. de Frontenac, gouverneur, de faire&#13;
conjointement avec le Conseil une assemblée de 20 des principaux habitants pour&#13;
avoir leur avis sur ce commerce. Le gouverneur, sans consulter ni le Conseil ni&#13;
personne, assembla 24 habitants à sa maison, qui signèrent tout ce qu’il voulut101.&#13;
M. l’évêque crut cette manœuvre de si grande conséquence qu’il fit un voyage&#13;
exprès en France pour en arrêter l’effet102. On remarqua dans le pays que tous ceux&#13;
qui avaient signé cet arrêt ou cette délibération furent visiblement punis par une&#13;
mort funeste.&#13;
M. de Laval ne relâcha rien de sa fermeté. Il renouvela les premières défenses par&#13;
un nouveau mandement qui les confirmait. En 1669, il les renouvela encore ; il y&#13;
ajouta qu’il se réservait l’absolution du péché que commettaient ceux qui&#13;
donnaient de l’eau-de-vie et ceux qui en permettaient ou en favorisaient le&#13;
commerce. Le gouverneur, qui s’y trouvait implicitement compris et que le prélat&#13;
avait sans doute eu en vue, s’en offensa et se plaignit. J’ai vu renouveler cette&#13;
plainte sur une pareille réserve faite par M. Dosquet en 1730. On fit entendre au&#13;
gouverneur que ce cas ne pouvait être réservé et qu’un gouverneur devait en être&#13;
exempt. C’est une erreur. Tout péché mortel extérieur peut être réservé. Tout&#13;
homme soumis au tribunal de la pénitence se trouve dans le cas de la réserve, s’il&#13;
s’adresse à un confesseur qui n’a pas le pouvoir de l’en absoudre. La distribution&#13;
Faute d’impression : il faut lire 1668.&#13;
Notons ici que le Serviteur de Dieu, présent à la réunion, protesta énergiquement contre la proposition de&#13;
Talon et refusa de signer le décret (cf. Thomas Chapais, Jean Talon, Québec, 1904, p. 245).&#13;
101&#13;
Une copie du procès-verbal de cette réunion de 1678 est conservée aux Archives nationales d’Outre-mer,&#13;
Aix-en-Provence, Archives des colonies, sous-série F3, vol. 5, fos 75-84. Sur cette réunion, cf. Doc. XXVII- 3.&#13;
102&#13;
Il s’agit du troisième voyage de Mgr de Laval en France (1678-1679).&#13;
99&#13;
&#13;
100&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�de l’eau-de-vie étant un péché mortel, le gouverneur qui la favorisait n’était ni&#13;
moins coupable, ni plus privilégié que les autres. L’évêque n’eut aucun égard aux&#13;
plaintes. La réserve subsista ; les confesseurs firent leur devoir.&#13;
Cependant, le mal allait toujours croissant et les remèdes ecclésiastiques étant&#13;
inutiles, M. de Laval en 1676 envoya en France M. Dudouyt, un de ses grandsvicaires et de ses plus dignes prêtres, pour obtenir le renouvellement des défenses.&#13;
Tous ces mouvements ne produisirent rien et en 1678 le prélat prit le parti d’aller&#13;
lui-même à la Cour solliciter un remède qu’il croyait si nécessaire. Mais la Cour&#13;
était prévenue par le gouverneur et par l’intendant. Il n’y eut sorte de difficultés,&#13;
de rebuts, de mépris, que le prélat n’eut à essuyer. On voulait absolument le forcer&#13;
à permettre ce commerce ; mais il fut inébranlable. Il eut la douleur de s’en revenir&#13;
après deux ans de poursuite, sans avoir presque rien obtenu. Le roi accorda&#13;
seulement que la permission de la traite serait restreinte aux habitations françaises,&#13;
c’est-à-dire qu’on ne pourrait porter de l’eau-de-vie aux Sauvages, mais seulement&#13;
leur en donner dans les maisons : faible barrière, les maisons françaises étant&#13;
dispersées et plusieurs près des Sauvages, il est aisé de trouver des entrepôts et&#13;
fort difficile de veiller sur les contraventions. D’ailleurs le gouverneur,&#13;
secrètement favorable à la traite, était bien éloigné d’y tenir la main. C’était donc&#13;
sous un autre nom la permettre en effet. Le prélat, ne pouvant mieux faire, revint&#13;
en Canada accablé de chagrin et se borna à user de son autorité dans le for&#13;
intérieur. La fureur pour l’eau-de-vie a un peu diminué depuis, parce qu’étant&#13;
devenue plus commune et les Sauvages s’y étant accoutumés, ils n’ont plus tant&#13;
d’ardeur pour en boire et ne tombent plus dans les mêmes excès après en avoir bu&#13;
et ce moyen prétendu de les attacher est devenu par là plus inutile que jamais,&#13;
quoique toujours il reste assez de mal pour exercer longtemps le zèle des pasteurs.&#13;
Livre sixième&#13;
L’évêque de Pétrée n’avait pu d’abord se résoudre à être évêque titulaire du&#13;
Canada103, soit par humilité, soit par prudence pour ne pas se charger sans le&#13;
connaître d’un pays barbare, dont le gouvernement devait être plein de difficultés.&#13;
Il s’y rendit en qualité de vicaire apostolique pour dégrossir l’ouvrage et préparer&#13;
103&#13;
&#13;
Voir plus haut, p. 1181, note 633.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�les voies à l’évêque qu’on y voudrait établir. Une visite exacte et un séjour de trois&#13;
années lui ayant fait connaître l’état et les besoins du pays, il comprit que l’érection&#13;
d’un évêché y était absolument nécessaire. Comment se flatter d’avoir toujours des&#13;
prêtres de France, où beaucoup de diocèses en manquent, qu’on ne peut faire venir&#13;
qu’à grands frais et que chaque année on risque de perdre ? Comment se flatter&#13;
d’en trouver toujours de bons, assez zélés pour se soutenir dans un climat si rude,&#13;
assez pieux pour édifier un peuple si corrompu ? Comment gouverner une Église&#13;
si considérable, qui s’augmente tous les jours, sans une autorité supérieure qui&#13;
corrige les abus, qui pourvoit aux besoins, qui se fasse écouter à la Cour ? Peut-on&#13;
se le promettre des missionnaires dispersés dans un pays immense, sans biens,&#13;
sans nom, sans crédit, qui à peine se connaissent et souvent sont divisés entre eux ?&#13;
Il faut donc un évêque qui fasse des prêtres dans le pays et qui soit le centre&#13;
commun où tout se réunisse. Ces raisons ont souvent fait naître dans les colonies&#13;
les oppositions des gouverneurs et des intendants contre l’érection des évêchés. Ils&#13;
ont craint l’union du clergé à un chef ; ils ont senti qu’ils seraient bien moins&#13;
maîtres d’un corps qui aurait un évêque à sa tête, ordinairement homme de&#13;
condition et accrédité, qu’ils ne le sont de quelques particuliers isolés qu’on&#13;
intimide, qu’on traverse, qu’on renvoie quand on veut et auxquels on ne doit ni&#13;
les honneurs ni les égards qu’on ne peut refuser à la dignité épiscopale.&#13;
M. de Laval sentit si bien tous ces inconvénients qu’il fit en 1662 le voyage de&#13;
France pour en faire l’ouverture au roi et obtenir pour cette nouvelle Église un&#13;
chapitre, un séminaire et une dotation convenable et même un conseil souverain&#13;
pour les protéger et pour juger en dernier ressort des affaires des particuliers.&#13;
Le vicaire apostolique du Canada fut reçu à la Cour avec cet éclat que donnent un&#13;
grand nom, de grands travaux, de grandes vertus et la singularité d’une mission&#13;
au-delà des mers. On courait en foule voir un apôtre que la naissance rendait bien&#13;
moins illustre qu’une éminente sainteté. Jusque-là, le Canada avait été peu connu&#13;
ou plutôt avait été méprisé. On le regardait comme un pays affreux et inaccessible,&#13;
livré à des barbares, d’où tout au plus on pouvait tirer quelques pelleteries. Les&#13;
premières compagnies qui se chargèrent du commerce104, ou plutôt qui&#13;
l’envahirent, avaient eu soin d’écarter tous les témoins de leur conduite qui&#13;
&#13;
Sur ces compagnies qui ont reçu du roi le monopole du commerce au Canada avec l’obligation de&#13;
s’occuper de la colonisation, voir Doc. XXXII.&#13;
104&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�auraient pu la traverser ou donner quelque envie de partager les profits. Il est vrai&#13;
que la Compagnie formée par le cardinal de Richelieu avait attiré l’attention du&#13;
public. Mais le zèle des associés s’était bien ralenti. La colonie était tout à fait&#13;
négligée. Les Relations des Jésuites avaient beau donner une grande idée de la&#13;
vertu des missionnaires et des néophytes, les horreurs du martyre, la barbarie des&#13;
Sauvages, le peu de progrès de la religion, en faisant admirer le zèle de ces&#13;
hommes apostoliques, faisaient moins aimer que craindre ce climat affreux. Un&#13;
évêque digne de la primitive Église, qui, échappé de tant de dangers, venait de&#13;
l’extrémité du monde présenter à la religion du prince le prodige d’une Église&#13;
naissante, dont il était le fondateur, offrait un spectacle frappant, capable de piquer&#13;
la curiosité et d’intéresser le zèle des sujets et du monarque. Faut-il être surpris s’il&#13;
trouva partout des admirateurs et des amis et s’il obtint tout ce qu’il demanda ?&#13;
Louis le Grand entra avec plaisir dans toutes ses vues. Il approuva le projet du&#13;
prélat de faire ériger l’évêché de Québec, l’en nomma lui-même premier évêque et&#13;
chargea son ambassadeur à Rome d’en solliciter les bulles. Il promit de doter&#13;
l’évêché et donna à l’évêque l’abbaye de Méobecq en Berry, à la charge de l’unir à&#13;
l’évêché quand il serait érigé. Le roi permit en même temps l’établissement d’un&#13;
séminaire, promit celui d’un conseil souverain et agréa toutes les mesures qu’on&#13;
lui proposa pour arrêter le désordre qui commençait à se glisser dans la NouvelleFrance, surtout pour la traite de l’eau-de-vie. Le prélat, infiniment satisfait, s’en&#13;
retourna l’année suivante par le premier vaisseau. Mais il n’attendit pas son retour&#13;
pour travailler à son Séminaire ; il en jeta les fondements à Paris. Nous allons en&#13;
donner de suite toute l’histoire, afin de n’en pas interrompre le fil.&#13;
Le Séminaire de Québec fut le chef-d’œuvre et l’ouvrage favori de M. de Laval.&#13;
Mais s’il fut d’une part sa couronne, il fut de l’autre la matière de ses plus grandes&#13;
épreuves ; car outre les persécutions qu’il occasionna et les changements qui le&#13;
mirent à deux doigts de sa ruine, M. de Laval eut la douleur de le voir brûler deux&#13;
fois presque tout entier et il eut le courage et le bonheur de le rétablir autant de&#13;
fois, quoiqu’avec moins de magnificence que la première : dépenses qui&#13;
l’obligèrent à vendre l’île d’Orléans, un des plus beaux effets du pays105. Il y passa&#13;
Il est inexact d’affirmer que Mgr de Laval a vendu l’île d’Orléans à la suite de deux incendies survenus en&#13;
1701 et 1705. Il est cependant vrai que longtemps auparavant, il y a eu un acte de M gr de Laval au sujet de&#13;
cette île. En 1672, il l’échangea pour l’île Jésus, dont le propriétaire céda aussi au Serviteur de Dieu une&#13;
indemnité de 25 000 livres tournois, avec lesquelles Mgr de Laval continua la construction du Séminaire&#13;
105&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�ses jours dans les exercices de la plus haute piété et y termina saintement sa&#13;
carrière.&#13;
Dans le dessein qu’il avait d’unir le clergé et de fonder un Séminaire, il fit des&#13;
acquisitions qui dans la suite pussent suffire à l’entretenir. Le terrain est à bon&#13;
marché dans ce pays désert. On est heureux de trouver des gens qui s’engagent à&#13;
défricher et à peupler.&#13;
Il obtint à divers temps à peu de frais :&#13;
1° un emplacement de 16 arpents dans la haute-ville, joignant l’église&#13;
paroissiale, sur la côte de Québec, d’où l’on découvre toute la rade,&#13;
l’île d’Orléans, la pointe de Lévis et la rivière Saint-Charles, autant&#13;
que la vue peut s’étendre. C’est là qu’on a fait un grand jardin et bâti&#13;
le Séminaire attenant à la paroisse. Il y avait un chemin entre le&#13;
Séminaire et l’église, que le prélat fit fermer pour la commodité des&#13;
ecclésiastiques. MM. de Courcelle et Talon s’y opposèrent. Mais&#13;
M. Tracy, vice-roi, toujours favorable à l’Église, vuida le différend en&#13;
sa faveur. M. de Frontenac renouvela les difficultés et voulut le faire&#13;
ouvrir. Mais la Cour soutint la décision de M. Tracy. Il y a un autre&#13;
chemin entre le jardin du Séminaire et le bord escarpé de la rivière,&#13;
qui fut fermé aussi. Mais on y laissa une porte, parce que sur ce&#13;
terrain qui commande le port, on a placé plusieurs canons, fort&#13;
négligés pendant la paix, mais qu’il faut servir en temps de siège.&#13;
Cette porte a été souvent une matière de différend. Selon que le&#13;
gouverneur et l’intendant sont bien ou mal avec l’évêque, ils la font&#13;
ouvrir ou fermer et le peuple vient en foule se promener sur ce bord&#13;
et se répand dans le jardin et la maison du Séminaire ;&#13;
2° l’île d’Orléans, de quatre à cinq lieues de large sur sept ou huit de&#13;
long, située vis-à-vis Québec, où le fleuve Saint-Laurent, après avoir&#13;
formé en se rétrécissant un port fort commode, se divise en deux&#13;
branches et laisse l’île au milieu. Cette île, achetée de M. de Lauson,&#13;
&#13;
(Contrat d’échange entre Laval et Berthelot à Paris, 24 avril 1675, conservé au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Seigneuries 3, no 47).&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�gouverneur, a été depuis vendue en 1676 à M. Berthelot, qui la fit&#13;
ériger en comté et le Séminaire a acquis l’île [de] Jésus, vis-à-vis l’île&#13;
de Montréal, aussi grande et plus fertile, mais moins à sa portée ;&#13;
3° la seigneurie de Beaupré, qui renferme sur cinq à six lieues de&#13;
longueur, les paroisses de l’Ange-Gardien, Château-Richer, SainteAnne et Saint-Joachim ;&#13;
4° du même côté du fleuve en descendant vers Tadoussac, la baie&#13;
Saint-Paul, de plus de dix lieues de longueur, cette baie et cette&#13;
seigneurie de sept à huit lieues de profondeur, ou plutôt de toute la&#13;
profondeur qu’on veut prendre à mesure qu’on défriche ;&#13;
5° la terre de Coulonge et Saint-Michel, à une lieue au-dessus de&#13;
Québec en remontant le fleuve, où le Séminaire a une maison de&#13;
campagne ;&#13;
6° la Petite-Nation, autre grande terre du côté de Montréal. Ce serait&#13;
de quoi faire une province et un revenu très considérable, si tout était&#13;
réuni et cultivé. C’était alors très peu de chose. Mais tous les jours, il&#13;
augmente à mesure que le pays se peuple.&#13;
Voilà le fonds du Séminaire que M. de Laval lui a tout donné. Il a même exempté&#13;
à perpétuité toutes ces terres de la dîme et a renouvelé authentiquement cette&#13;
exemption par acte du 23 novembre 1682, soit que le Séminaire les fasse valoir par&#13;
des domestiques, par des fermiers ou de quelque autre manière. Il accorda la&#13;
même grâce à toutes les communautés religieuses. Je ne sais si cette exemption&#13;
serait reçue en France. Mais comme les curés de toutes ces paroisses ont toujours&#13;
été attachés au Séminaire et la plupart même amovibles, personne encore n’en a&#13;
réclamé. Une possession de plus de 100 ans est un titre légitime, quand il n’y en&#13;
aurait point d’autre.&#13;
Ce fut le 26 mars 1663 que le vicaire apostolique, désigné pour l’évêché futur,&#13;
rendit à Paris une ordonnance pour l’établissement d’un séminaire épiscopal.&#13;
L’ordonnance porte que les supérieurs du Séminaire seront nommés par l’évêque,&#13;
que toutes les cures y seront unies, que tous les curés y seront amovibles et pris de&#13;
la maison, que le Séminaire jouira de toutes les dîmes et sera chargé de la&#13;
nourriture et de l’entretien des ecclésiastiques sains et malades et de tous les frais&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�des traversées et que l’évêque ne pourra en aliéner les fonds sans nécessité et le&#13;
consentement des quatre premiers directeurs. Le roi confirma cette ordonnance&#13;
par des lettres patentes du mois d’avril suivant, enregistrées depuis au Conseil&#13;
souverain de Québec. Sa Majesté rend le Séminaire capable de tous effets civils, le&#13;
décharge à perpétuité des droits d’amortissement et nouveaux acquêts pour toutes&#13;
acquisitions faites et à faire, lui donne sans exception la totalité des dîmes de tous&#13;
les fruits qui se recueilleront dans la Nouvelle-France, dont la quotité demeure&#13;
fixée au 13e, sans que les évêques puissent en disposer autrement que pour l’intérêt&#13;
du Séminaire106. La plupart de ces articles ont été changés. Le Séminaire des&#13;
Missions étrangères établi à Paris nomme ou confirme les supérieurs et directeurs&#13;
de celui de Québec ; ils ne font que se présenter à l’évêque. Le Séminaire ne jouit&#13;
plus des dîmes que dans ses cinq terres et n’est plus chargé d’entretenir que ses&#13;
directeurs et ceux qu’il envoie dans ses paroisses ou dans les missions sauvages.&#13;
Quelques curés ont été fixés et les dîmes sont réduites au 26e par une ordonnance&#13;
de MM. Tracy, de Courcelle et Talon du 23 août 1667, qui pourtant ne les fixe que&#13;
pour 20 ans seulement sans conséquence. Mais on a continué sur ce pied.&#13;
M. de Laval, de retour en Canada, fit bâtir son Séminaire. Il y employa 6 000 livres&#13;
que la Compagnie avait données pour un presbytère et le Séminaire se chargea de&#13;
loger à perpétuité le curé ou de lui bâtir une maison. Ce ne fut d’abord qu’un&#13;
colombage fait à la hâte, en attendant qu’on pût en construire une plus solide en&#13;
pierre. 15 ans après, au mois de mai 1678, la première pierre en fut posée avec&#13;
beaucoup de solennité. Il fut dédié, comme la paroisse, à la sainte Famille et après&#13;
en avoir délibéré avec son clergé, le prélat ordonna qu’on y suivrait à perpétuité,&#13;
ainsi que dans tout le diocèse, le cérémonial, le bréviaire et le missel romains ; ce&#13;
qui s’est toujours exécuté. On fit une neuvaine pour obtenir la protection de Dieu.&#13;
Cette maison l’a souvent éprouvée d’une manière qui tient du prodige. Le&#13;
bâtiment fut bientôt achevé. Ce fut un des plus beaux du pays, capable de contenir&#13;
plus de 100 personnes, avec toutes les commodités que demande la rigueur du&#13;
climat.&#13;
&#13;
Une copie de ce décret royal, authentifié par la signature du Serviteur de Dieu, est conservée aux Archives&#13;
de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 35, no 31. (L’original de ce décret est conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 11, no 1.)&#13;
106&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Voici les principaux règlements qui furent faits, conformément à l’ordonnance&#13;
d’érection et aux lettres patentes :&#13;
1° tous les ecclésiastiques seront très soumis à la conduite du&#13;
supérieur du Séminaire, sous la conduite de l’évêque ;&#13;
2° ils ne se regarderont pas comme propriétaires de ce qui leur sera&#13;
assigné pour leur subsistance, mais afin de pratiquer le détachement,&#13;
ils rendront compte tous les ans de leur temporel ;&#13;
3° ils mèneront une vie si pure qu’on n’ait pas sujet de les retrancher&#13;
d’un corps, dont ils sont comme les membres ;&#13;
4° pour entretenir leur ferveur, ils viendront tous les ans faire une&#13;
retraite au Séminaire, qui pendant ce temps-là fera desservir leurs&#13;
paroisses ;&#13;
5° le Séminaire les regardera comme les enfants de la maison ; ils y&#13;
seront reçus et traités avec charité quand ils viendront à Québec pour&#13;
maladie ou affaires nécessaires ;&#13;
6° on pourvoira à leurs besoins en santé et en maladie et l’entretien&#13;
sera uniforme pour tous les ecclésiastiques, de quelque rang qu’ils&#13;
soient ;&#13;
7° pour les soutenir et les consoler dans l’éloignement, on&#13;
entretiendra avec eux une parfaite correspondance de charité ;&#13;
8° si l’âge, les travaux, les infirmités les rendent invalides, ils&#13;
trouveront un asile assuré dans le Séminaire jusqu’à leur mort, après&#13;
laquelle on fera pour eux les prières communes.&#13;
Il est aisé de sentir que cet arrangement est grand et beau et très avantageux aux&#13;
ecclésiastiques et qu’à moins de vouloir thésauriser par une malheureuse avarice,&#13;
il ne devait y en avoir aucun qui ne se trouvât heureux de tenir au Séminaire. De&#13;
là vient que le successeur de M. de Laval trouva une si grande et si générale&#13;
résistance quand il en voulut changer l’état. Toutes ses faveurs et ses promesses,&#13;
qui par sa mort pouvaient s’évanouir du soir au matin, étaient-elles comparables&#13;
aux ressources toujours prêtes que fournissait un corps solidement établi et engagé&#13;
à perpétuité par des actes authentiques ? Il faut même convenir (car on doit rendre&#13;
justice à tout le monde) qu’un corps de clergé si bien lié a dû donner des ombrages&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�à un autre évêque et qu’à moins d’être lui-même de ce corps, uni d’intérêt et de&#13;
sentiment, il ne pouvait manquer de le redouter et de trouver de grandes&#13;
difficultés dans tout ce qu’il voudrait ordonner qui ne serait pas du goût de ses&#13;
ecclésiastiques. M. de Laval devait s’y attendre ; mais les grandes idées de&#13;
perfection, dans lesquelles et lui et tous ses missionnaires avaient été élevés, lui&#13;
firent imaginer et espérer de perpétuer une œuvre admirable et unique dans&#13;
l’Église. La ferveur, peu occupée de l’avenir, n’envisage pas une décadence contre&#13;
laquelle elle est armée et se fait un devoir et un mérite de l’être.&#13;
Après avoir fondé un Grand Séminaire pour enseigner la théologie et préparer aux&#13;
saints Ordres, le prélat, cinq ans après, forma un Petit Séminaire pour donner aux&#13;
enfants les éléments de la grammaire et les conduire jusqu’à la théologie. Le&#13;
9 octobre 1668, jour de Saint-Denis, apôtre de France, on en fit solennellement&#13;
l’ouverture. Cet établissement a eu tout le succès qu’on pouvait désirer. Plus de&#13;
60 enfants s’y forment à la piété sous la conduite de plusieurs supérieurs&#13;
subordonnés au supérieur du Séminaire. Ils vont en classe au collège des Jésuites.&#13;
Ils portent un habit bleu à la matelote, qui les distingue des écoliers de la ville, à&#13;
peu près comme à Paris les boursiers et les pensionnaires sont distingués des&#13;
externes des collèges. On les fait venir régulièrement aux offices de la cathédrale&#13;
le dimanche et les fêtes, aussi bien que ceux du Grand Séminaire. Ceux-ci font les&#13;
fonctions de leurs ordres. Les écoliers font celles d’enfants de chœur ; ils en portent&#13;
même l’habit : une soutane et un camail rouges en hiver sous un surplis ordinaire&#13;
et un bonnet carré rouge en été. Une soixantaine d’enfants de chœur fait un&#13;
spectacle assez singulier. Ainsi sans avoir de prébendiers en titre, le chapitre a un&#13;
bas-chœur fort considérable que le Séminaire lui entretient.&#13;
Outre les enfants des Français, le Séminaire a longtemps entretenu beaucoup&#13;
d’enfants des Sauvages, pour les former à l’état ecclésiastique. Rien en effet n’eût&#13;
plus facilité la conversion des barbares que d’avoir des missionnaires de leur&#13;
nation. On eut d’abord bien de la peine d’en obtenir. Les Sauvages, infiniment&#13;
attachés à leurs enfants, ne peuvent se résoudre à s’en séparer. On en prit&#13;
beaucoup de soin, mais on n’a jamais pu, ni ouvrir assez leur esprit pour les faire&#13;
entrer dans les matières théologiques, ni fixer assez leur légèreté pour les attacher&#13;
au service des autels. Après avoir passé plusieurs années au Séminaire malgré eux&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�et comme en prison, ils s’enfuyaient dès qu’ils pouvaient et allaient avec les autres&#13;
courir les bois. Les Sauvages ont un fond d’esprit et de jugement et une éloquence&#13;
naturelle, mais ils n’ont jamais pu s’exercer sur des matières abstraites. La guerre,&#13;
la paix, la chasse, la pêche, le ménage, la politique à leur manière et la piété sont&#13;
les seuls objets auxquels leur esprit a pu s’étendre. Les Ursulines n’ont été guère&#13;
plus heureuses pour les filles sauvagesses. Elles en ont pris plusieurs dans leur&#13;
monastère, les y ont entretenues et élevées avec les autres pensionnaires. On n’a&#13;
jamais pu leur apprendre à lire et à écrire, ni leur donner la politesse française.&#13;
Presque aussi dissipées que les garçons, elles s’enfuyaient quand elles trouvaient&#13;
la porte ouverte. On a donc de part et d’autre abandonné ce projet, surtout depuis&#13;
les pertes que le Séminaire et les Ursulines ont faites, qui les ont mis hors d’état de&#13;
continuer.&#13;
L’établissement du Petit Séminaire occasionna quelque froideur, qui n’eut point&#13;
de suite, entre les Jésuites et le clergé. Ces pères avaient un pensionnat dans leur&#13;
collège, où le Séminaire entretenait les jeunes gens qui se destinaient à l’état&#13;
ecclésiastique, jusqu’à ce qu’ils fussent en état d’étudier la théologie et de se&#13;
disposer aux ordres sacrés. Malgré le zèle et la piété des Jésuites, il était difficile&#13;
qu’on prît chez eux l’esprit de cet état. Un grand nombre en effet, après avoir fait&#13;
leurs classes aux dépens du Séminaire, prenaient parti ailleurs. Le mélange avec&#13;
ceux qui ne s’y destinaient pas, la liberté de voir leurs parents, y mettaient obstacle.&#13;
On avait beaucoup plus de peine à les former. Le prélat et les directeurs&#13;
souhaitaient de les avoir de bonne heure auprès d’eux pour leur enseigner les&#13;
cérémonies, le chant, la modestie cléricale. Mais le peu de logement et de maîtres&#13;
ne l’avait pas permis et on craignait de déplaire aux Jésuites, dont le pensionnat&#13;
risquait de tomber et tomba en effet quand on eut retiré les jeunes clercs, qui en&#13;
faisaient la meilleure partie.&#13;
La Providence fit naître une occasion toute naturelle, qu’on saisit avec&#13;
empressement. M. Talon avait eu et avait inspiré à la Cour l’idée de franciser les&#13;
Sauvages. Il s’était fait donner un ordre du roi d’engager le Séminaire et le collège&#13;
à prendre des enfants sauvages pour les élever. Les Jésuites furent alarmés de ce&#13;
projet et firent bien des démarches pour en arrêter l’exécution. Mais M. de Laval&#13;
s’y conforma et déclara que ne pouvant travailler à l’éducation des Sauvages sans&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�les faire vivre avec les Français, il voulait en former un Petit Séminaire 107. On mit&#13;
aussitôt la main à l’œuvre. Dans deux mois, on eut de quoi loger six Sauvages et&#13;
huit Français, dont deux se sont depuis faits Récollets. Le collège, quelque temps&#13;
après, en fit de même. Ce mélange, qu’on croyait utile, ne servit de rien aux&#13;
Sauvages et nuisit aux Français. Il fallut se borner à ceux-ci. À mesure que la&#13;
colonie s’est augmentée, ces deux communautés, d’abord peu considérables et&#13;
longtemps languissantes, sont devenues nombreuses et ont donné de bons sujets&#13;
à l’Église.&#13;
M. de Laval établit un troisième Séminaire à la côte de Beaupré dans une maison&#13;
de campagne*. C’était la plupart des enfants de paysans, qu’on élevait et&#13;
entretenait grossièrement et à moins de frais. On leur apprenait même des métiers&#13;
et quand on en trouvait qui avaient de l’esprit, on les faisait passer au Séminaire&#13;
de la ville. C’était une pépinière de bons ouvriers fort attachés à la maison, d’où&#13;
l’on tirait des domestiques, des fermiers, des habitants, qu’on dispersait dans les&#13;
terres du Séminaire. En général, les enfants canadiens ont de l’esprit, de la&#13;
mémoire, de la facilité. Ils font des progrès rapides. Mais la légèreté de leur&#13;
caractère, un goût dominant de la liberté et l’inclination héréditaire et naturelle&#13;
pour les exercices du corps, ne leur permettent pas de s’appliquer avec assez de&#13;
constance et d’assiduité pour devenir savants. Contents d’une certaine mesure de&#13;
connaissances suffisantes pour le courant de leurs emplois et qui en effet s’y trouve&#13;
communément, on n’y voit en aucun genre de sciences des gens profonds. Il faut&#13;
même convenir qu’il y a peu de secours, peu de livres et peu d’émulation. Sans&#13;
doute les secours se multiplieront et il se formera des personnes habiles à mesure&#13;
que la colonie se multipliera. Ils réussissent beaucoup mieux dans les ouvrages des&#13;
mains.&#13;
Les arts y sont portés à une grande perfection. On y trouve en tout genre de fort&#13;
bons ouvriers. Les moindres enfants montrent de l’adresse. Rien n’égale la&#13;
On ne doit pas penser que la volonté d’éduquer selon les manières françaises les garçons indigènes ait été&#13;
le but principal du Serviteur de Dieu dans la fondation de son Petit Séminaire. Tout en désirant se conformer&#13;
aux désirs de la Cour, il visait un but plus noble, celui de conduire à l’état clérical non seulement de jeunes&#13;
Français, mais aussi des indigènes. C’est ce que Mgr de Laval met en relief dans sa lettre du 26 octobre 1668&#13;
au pape Clément IX, où il écrit : « Nous avons reçu, dans les murs de notre Séminaire, plusieurs autres élèves&#13;
candidats au clergé, qui tous sont instruits dans le collège des pères de la Compagnie [de Jésus] ; nous avons&#13;
joint à ceux-ci quelques indigènes parmi les Sauvages, qui seront faciles à promouvoir au sacerdoce si, un&#13;
jour, ils devenaient aptes, dans la mesure où on le constatera. » (Doc. XXVII-23)&#13;
107&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�dextérité des femmes pour les ouvrages de leur sexe. Dans le Petit Séminaire, on&#13;
laisse aux jeunes gens la liberté de s’exercer à quelque métier, ce qui est&#13;
doublement utile : ils rendent service à l’Église et à la maison et ils se mettent en&#13;
état de s’en rendre à eux-mêmes lorsque dans une paroisse écartée, dépourvue de&#13;
secours, ils seront obligés de trouver tous leurs besoins dans leur économie et leur&#13;
adresse.&#13;
Outre les personnes qui composaient ces trois communautés, le Séminaire avait&#13;
un 4e corps composé de frères et de sœurs qu’on appelait donnés ou engagés108, à&#13;
peu près dans le goût des frères et des sœurs convers des communautés&#13;
religieuses. La nécessité et la piété ont fait faire cet établissement. La rareté des&#13;
espèces ne permettant pas de donner des gages à des domestiques, on avait plus&#13;
de facilité de se charger de la nourriture et de l’entretien. On trouva heureusement&#13;
des personnes, qui voulant par piété se consacrer à Dieu et n’ayant pas de quoi&#13;
entrer dans un monastère ou n’ayant point de goût pour la clôture, se donnèrent&#13;
au Séminaire. On se chargea de les nourrir et entretenir toute leur vie, sains et&#13;
malades. De leur côté, ils firent des vœux simples et promirent de travailler au&#13;
profit de la maison. On en prit de l’un et de l’autre sexe. Les frères logèrent dans&#13;
le Séminaire et, outre le service courant de la maison, travaillaient comme tailleurs,&#13;
cordonniers, tisserands, etc. On bâtit aux sœurs une maison séparée ; le linge, la&#13;
laiterie, le poulailler furent leur partage, etc. Et le Séminaire eut, à peu de frais, des&#13;
domestiques assurés, affectionnés et fidèles. Cela durait encore en 1730. J’ai vu&#13;
cinq à six frères et autant de sœurs, qui m’ont parlé avec une vénération infinie de&#13;
leur ancien maître, M. de Laval, duquel ils m’ont appris bien des particularités que&#13;
j’ai insérées dans cette histoire. Le Séminaire, aujourd’hui à son aise, n’était plus&#13;
dans le dessein d’en prendre de nouveaux après la mort de ceux-ci.&#13;
Le Séminaire ne s’est pas borné à former de bons prêtres pour la colonie, on y&#13;
travaille encore à former des missionnaires pour les Sauvages ; ce qu’on a exécuté&#13;
depuis avec succès chez plusieurs nations, entre autres dans celles des Abénaquis&#13;
dans l’Acadie, des Tamarois et des Illinois le long du Mississippi, où l’on entretient&#13;
toujours plusieurs missionnaires, conformément à une clause du testament de&#13;
NDLR : Le donné le mieux connu est le frère Hubert Houssart, serviteur de Mgr de Laval pendant ses&#13;
20 dernières années de vie et qui rédigea une longue lettre témoignant du mode de vie et des pratiques de&#13;
l’évêque durant sa retraite.&#13;
108&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�M. de Laval109. J’ai vu partir de mon temps les sieurs Gaston et Courrier, deux&#13;
jeunes hommes pleins de ferveur et d’une très grande espérance, dont l’un fut&#13;
massacré par les Sauvages, l’autre y vit comme un saint, jusqu’à y faire des choses&#13;
qu’on a regardées dans le pays comme des miracles. J’ai vu à Québec le sieur&#13;
Leriche, qui après avoir été longtemps chez les Abénaquis et ensuite curé à la&#13;
campagne, est mort chanoine de la cathédrale, plein de mérite, et le sieur Thaumur&#13;
de La Source, qui après plusieurs années de séjour chez les Tamarois, est mort à&#13;
Québec dans une si grande réputation de sainteté, que tout le peuple à ses&#13;
obsèques allait faire toucher des chapelets à son corps et déchirait ses habits pour&#13;
avoir des reliques. J’ai cru devoir en passant rendre cette justice à la piété de ces&#13;
dignes ouvriers. M. de Laval était très attaché au Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris. Il y avait passé quelque temps avant de venir en Canada et s’y&#13;
était agrégé110. Il en avait tiré tous les sujets qui travaillaient dans son diocèse. Tout&#13;
le monde sait que ce fameux Séminaire avait été formé dans une congrégation&#13;
secrète de jésuites, dont le supérieur avait rassemblé plusieurs ecclésiastiques et&#13;
leur avait inspiré le dessein de se consacrer à la conversion des idolâtres.&#13;
M. de Laval et tous ses ecclésiastiques étaient de cette petite congrégation et la&#13;
continuèrent pendant bien des années à Québec ; ils s’assemblaient régulièrement&#13;
chaque semaine au collège pour faire entre eux des conférences spirituelles et&#13;
s’animer à la pratique de la vertu111. Outre cette union si étroite avec le Séminaire&#13;
de Paris, le vicaire apostolique avait des raisons particulières de lui être&#13;
inviolablement attaché. Il y trouvait une source féconde de bons sujets qu’on lui&#13;
envoyait chaque année et des correspondants fidèles et zélés, auxquels il pouvait&#13;
s’adresser avec confiance et qui ménageraient à la Cour, où ils avaient déjà un&#13;
grand crédit, les affaires importantes qu’il prévoyait inévitables dans son&#13;
épiscopat. D’ailleurs, aucun ecclésiastique ne pouvait venir en Canada sans avoir&#13;
quelqu’un en France à qui s’adresser pour le départ et pour le retour. Ce Séminaire,&#13;
en relation avec toute la France, était une espèce de bureau d’adresse, où l’on&#13;
trouvait toutes les facilités nécessaires.&#13;
Voir plus loin, p. 1258, note 716.&#13;
De La Tour se trompe ici. Le Serviteur de Dieu ne pouvait pas être au Séminaire des Missions étrangères&#13;
de Paris avant d’aller au Canada, puisque son départ eut lieu quatre ans avant la fondation dudit Séminaire.&#13;
Il ne s’agit pas non plus d’une agrégation ; à moins d’y voir une agrégation indirecte, puisque le Séminaire&#13;
de Québec, qui fut véritablement agrégé par le Serviteur de Dieu, dépendait du Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris. De fait, son nom ne figure pas dans les listes des membres du Séminaire de Paris (cf.&#13;
Launay, Mémorial de la Société des Missions étrangères de Paris, Paris, 1916).&#13;
111&#13;
Il s’agit de l’Aa, dont on a parlé plus haut aux p. 1171-1174.&#13;
109&#13;
110&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Dans ces vues, il unit son Séminaire de Québec à celui des Missions étrangères, ou&#13;
plutôt il le lui donna ; de sorte qu’on ne l’a longtemps appelé que le Séminaire des&#13;
Missions étrangères établi à Québec. Cette union fut d’abord faite le 29 janvier&#13;
1665, entre MM. de Meurs, Bazaud112, Fermanel, Gazil, Lambert, directeurs des&#13;
missions, et MM. Poitevin et Lescot113, procureurs de l’évêque et du Séminaire de&#13;
Québec, et ensuite renouvelée et confirmée dix ans après le 19 mai 1675. Il fit la&#13;
première en qualité de vicaire apostolique, évêque désigné, la seconde en qualité&#13;
d’évêque titulaire. Le roi confirma cette double union par ses lettres patentes du&#13;
mois d’août 1676114, enregistrées au Parlement et à la Chambre des Comptes de&#13;
Paris et au Conseil souverain de Québec. Le Séminaire de Paris venait lui-même&#13;
d’être solennellement érigé et confirmé par lettres patentes l’année 1663 ; de sorte&#13;
que le Séminaire de Québec fut la première branche qui sortit de ce grand arbre et&#13;
l’évêque de Pétrée, un de ses premiers vicaires apostoliques. On fit encore&#13;
confirmer cette union par l’autorité du Saint-Siège, de qui ces deux Séminaires&#13;
dépendent d’une manière singulière à raison des Missions étrangères et de&#13;
l’exemption de l’évêque diocésain. Quant à cet article, celui de Québec est&#13;
aujourd’hui entièrement soumis à l’évêque, mais l’évêque lui-même l’est&#13;
immédiatement au Saint-Siège.&#13;
Par la première union aux Missions étrangères, on confirma l’union de la cure au&#13;
Séminaire de Québec et on la donna avec toutes ses dépendances à celui de Paris,&#13;
pour être desservie par celui de leur corps qu’ils choisiraient. Il y est encore porté&#13;
que le Séminaire de Paris nommera le supérieur de celui de Québec, lequel en&#13;
arrivant prendra la bénédiction de l’évêque et que les MM. de Paris pourront&#13;
s’établir et exercer leurs fonctions, où ils voudront dans toute l’étendue du diocèse,&#13;
chez les Français et chez les Sauvages. La seconde union, après avoir fait une&#13;
longue énumération des biens que les missions de Paris ont faits depuis plus de&#13;
dix ans en Canada par les ouvriers qu’elles y ont envoyés, renouvelle et confirme&#13;
la première, y ajoute une espèce de donation ou transport au Séminaire de Paris&#13;
de tous les biens présents et à venir possédés par celui de Québec, pour être sous&#13;
son autorité régis et employés au bien du pays, avec défense aux directeurs de&#13;
Il faut plutôt lire : Bézard (François).&#13;
Il faut plutôt lire : Bertot (Jacques).&#13;
114&#13;
Ces lettres furent en fait datées d’avril 1676.&#13;
112&#13;
113&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Québec de rien détruire, aliéner, ni engager sans le consentement de ceux de Paris&#13;
et donne d’avance et à perpétuité le pouvoir à tous les ecclésiastiques envoyés par&#13;
le Séminaire de Paris de travailler dans le Canada avec la dépendance de l’évêque.&#13;
Cependant, comme la distance des lieux rendait souvent le recours à Paris&#13;
impossible et que le long délai pouvait nuire aux affaires, le Séminaire de Paris&#13;
accorda par acte public du 6 juin 1682 à celui de Québec de disposer de ses biens&#13;
et de se choisir son supérieur, à la charge d’en demander la confirmation.&#13;
Enfin, le 12 avril 1680, sur la procuration de M. de Laval, il fut fait à Paris en son&#13;
nom une donation générale de tous ses biens au Séminaire de Paris, pour être&#13;
employés à l’entretien de celui de Québec115. Cette donation fut ratifiée à Québec&#13;
l’année suivante et insinuée tant au Châtelet à Paris qu’à toutes les juridictions de&#13;
la Nouvelle-France, à Québec, aux Trois-Rivières et à Montréal. Il n’y a nulle sorte&#13;
de précaution que M. de Laval n’eût prise pour éterniser ses bienfaits et son&#13;
ouvrage. Il [le] chargea en même temps de payer ses dettes et de remplir les&#13;
charges. Il se réserve d’employer dans son testament jusqu’à la somme de&#13;
3 000 livres avec l’usufruit pendant sa vie, dont il n’usait que pour son entretien,&#13;
toujours très modique, laissant tout le surplus au Séminaire, voulant au reste que&#13;
le Séminaire de Paris soit seul chargé de l’exécution de la donation et qu’il ait seul&#13;
l’inspection sur l’administration des biens donnés, sans que celui de Québec soit&#13;
tenu d’avoir d’autre rapport qu’à lui tous les trois ans.&#13;
Les charges de la donation et du testament sont que le Séminaire fera faire chaque&#13;
année par deux de ses prêtres la mission aux Sauvages, aux Français pendant&#13;
quatre mois116 ; qu’il fera dire chaque jour à perpétuité une messe pour le repos de&#13;
Ce n’est pas au Séminaire de Paris, mais à celui de Québec que Mgr de Laval fit don de tous ses biens,&#13;
matériels et immatériels, et de tout l’argent qu’il aurait possédé à sa mort. L’acte notarié de cette donation&#13;
fut signé en 1686 à Paris par le Serviteur de Dieu et les directeurs du Séminaire des Missions étrangères, en&#13;
leur qualité de procureurs du Séminaire de Québec. L’original de l’acte en question se trouve au Musée de&#13;
la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Seigneuries 3, no 54.&#13;
116&#13;
Nous croyons utile de reproduire ici le texte de la clause en question ; l’affection spéciale du Serviteur de&#13;
Dieu pour les missions et son désir explicite que les prêtres du Séminaire de Québec se consacrent à cette&#13;
œuvre seront ainsi mis en plus grande évidence :&#13;
115&#13;
&#13;
Ledit Séminaire des Missions étrangères de Québec sera tenu de fournir et envoyer à ses&#13;
frais tous les ans à perpétuité deux prêtres dudit Séminaire en mission tant aux Français&#13;
qu’aux Sauvages, préférablement aux Sauvages, comme l’objet principal de&#13;
l’établissement du Séminaire des Missions étrangères, dans l’étendue du diocèse de&#13;
Québec et par-delà si ledit diocèse est ci-après borné, même aux lieux les plus éloignés où&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�l’âme du fondateur et de tous les ecclésiastiques du corps117 ; qu’il élèvera aux&#13;
études et préparera aux saints ordres huit pauvres garçons à son choix, préférant&#13;
ceux du diocèse aux étrangers, lequel nombre pourra être augmenté jusqu’à 12 par&#13;
son testament ; que si ces charges deviennent dans la suite trop onéreuses, le&#13;
Séminaire de Paris seul, à l’exclusion de tout autre, en pourra faire la réduction,&#13;
voulant que dans toutes les occasions importantes, on soit tenu de lui rendre&#13;
compte de tout, de prendre et de suivre son avis. Quoique toutes ces charges ne&#13;
dussent avoir lieu qu’après sa mort, le Séminaire, plein de reconnaissance les&#13;
acquitta dès ce même jour. Tel fut l’établissement du Séminaire de Québec118.&#13;
Il y a eu depuis bien des changements que nous expliquerons dans la suite de cette&#13;
histoire et il faut avouer que quoique l’autorité épiscopale soit partout réservée,&#13;
elle y était du moins bien gênée ; ce qui ne devait pas être du goût d’un autre&#13;
évêque.&#13;
Le Séminaire de Québec et la communauté de Saint-Sulpice de Montréal ont&#13;
toujours été fort unis. On désirait même de part et d’autre de ne faire qu’un même&#13;
corps ; mais il faut pour cela le consentement des deux Séminaires Saint-Sulpice&#13;
de Paris et des Missions étrangères, ou plutôt il faudrait leur union. Il n’est guère&#13;
possible d’unir les branches sans le tronc. M. de Laval en écrivit à M. Dudouyt, son&#13;
agent à Paris, et à M. Tronson, supérieur de Saint-Sulpice. La piété, le zèle, la&#13;
réputation de cette maison, le nombre de bons sujets qui s’y forment, son crédit&#13;
dans le royaume, faisaient désirer une protection si puissante et une source si&#13;
abondante de bons ouvriers.&#13;
D’un autre côté, il était à craindre que l’esprit primitif de ces communautés étant&#13;
fort différent, on ne conservât plus la même intelligence, malgré l’estime mutuelle,&#13;
&#13;
le Séminaire jugera qu’il en aura le plus besoin, durant trois mois de chacune année, en une&#13;
ou plusieurs fois, selon que ledit Séminaire le jugera plus à propos à commencer en l’année&#13;
du décès dudit seigneur évêque et de là en avant continuer par chacun an à perpétuité sans&#13;
aucune discontinuation, le choix desquels deux prêtres sera fait par ledit Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Québec.&#13;
117&#13;
Cette messe se célèbre encore aujourd’hui, selon les conditions expresses du Serviteur de Dieu.&#13;
118&#13;
Le 6 octobre 1684, Mgr de Laval, sur le point de partir pour la France avec l’intention de donner sa&#13;
démission, fit un autre don important de 25 000 livres tournois au Séminaire de Québec, somme qu’il&#13;
destinait aux œuvres d’éducation de la jeunesse, œuvres qu’il avait tant à cœur. L’original de cet acte se&#13;
trouve au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 2, no 37.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�que le grand n’absorbât le petit et que Saint-Sulpice fournissant presque tous les&#13;
sujets formés de sa main, les missions ne fissent plus qu’un Séminaire, ou que la&#13;
multiplicité des objets ne fît tort à l’un ou à l’autre. M. Tronson ne voulut point de&#13;
l’union ; mais les liens de la charité ont toujours été fort étroits. En 1725, ce projet&#13;
fut renouvelé et poussé plus loin. Saint-Sulpice fut admis dans le gouvernement&#13;
des missions et fournit bien des sujets aux Indes et au Canada ; mais peu à peu il&#13;
s’est retiré et les choses sont rentrées dans le même état.&#13;
Livre septième&#13;
Rien de plus heureux que le premier voyage de M. de Laval en France. Il obtint de&#13;
la Cour tout ce qu’il demanda, il fut comblé de bénédictions et de grâces, il gagna&#13;
tous les cœurs ; mais bien loin d’être ébloui de ces brillants succès et d’être flatté&#13;
des espérances qui s’offraient à lui s’il eût voulu demeurer dans sa patrie, il n’en&#13;
fut que plus empressé à se réunir à son cher troupeau. Il s’embarqua, dès la fête&#13;
de la Pentecôte 1663, dans le vaisseau du roi avec M. de Mésy, gouverneur, qui&#13;
venait relever M. le baron Davaugour, le sieur Gaudais119, commissaire du roi,&#13;
faisant les fonctions d’intendant, MM. des Maizerets et Paumier120 et trois autres&#13;
ecclésiastiques et le R. P. Raffeix. Il partit en même temps des troupes et&#13;
100 familles françaises que le roi avait accordées au prélat pour peupler le Canada.&#13;
On eut beaucoup à souffrir dans la traversée ; plusieurs de ces soldats étaient&#13;
huguenots et la plupart libertins. Plus de 60 personnes moururent du scorbut ; il&#13;
en mourut presque autant à Québec. Tous ces dignes ouvriers se livrèrent à leur&#13;
zèle auprès des malades. À peine pouvaient-ils suffire à les instruire, les consoler&#13;
et leur administrer les sacrements. Plusieurs d’entre eux en furent très malades,&#13;
entre autres M. des Maizerets, dont la vocation jusqu’alors incertaine fut décidée&#13;
pendant le séjour de M. de Laval à Paris et qui s’étant embarqué avec lui, fut à&#13;
l’extrémité. Il dut sa guérison à un vœu qu’on fit pour lui à saint Ignace et à saint&#13;
François Xavier. Mais le prélat se signala et fut encore plus à la tête de tous par sa&#13;
charité que par sa dignité. Il était aguerri avec les maladies depuis les fréquentes&#13;
visites et les grands services qu’il avait rendus dans les hôpitaux de Caen sous la&#13;
Il faut lire : Gaudais-Dupont (Louis).&#13;
NDLR : Il s’agit plutôt de Hugues Pommier, le prêtre et portraitiste décrit à la page suivante sous le nom&#13;
de Paumier.&#13;
119&#13;
120&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�direction de M. de Bernières. Sa charité parut avec éclat. Il distribua les emplois à&#13;
son petit clergé et se réserva le plus pénible. Quoique incommodé lui-même par&#13;
de fréquents vomissements, il était sans cesse auprès des malades, les exhortait,&#13;
les consolait, les soulageait et leur rendait toutes sortes de services. Il en revenait&#13;
souvent couvert de vermine ; plus d’une fois on craignit qu’il contractât ce mal&#13;
contagieux. Il avait fait en partant, moins pour lui que pour les siens, une provision&#13;
considérable de volailles, de liqueurs, de confitures et autres douceurs ; c’est assez&#13;
l’usage dans une longue traversée, où on risque de voir manquer jusqu’à l’eau&#13;
douce. Il distribua tout aux malades sans se rien réserver et manqua de tout luimême le reste du voyage ; mais il en supporta la privation avec plaisir. Son clergé&#13;
et ses domestiques, pleins de son esprit et animés par son exemple, en firent le&#13;
sacrifice avec joie. On ne se lassait pas d’admirer sa charité et sa mortification ; il&#13;
n’est sorte de bénédiction qu’on ne lui donnât.&#13;
M. Paumier fut embarqué sur un autre vaisseau pour y donner des secours&#13;
spirituels. Ce vaisseau passa par Plaisance. On y trouva nombre de chrétiens&#13;
abandonnés ; le commandant et le prêtre qui les servait avaient été massacrés.&#13;
Deux de leurs meurtriers furent pris, amenés à Québec et punis. M. Paumier eut&#13;
pitié de ce troupeau privé de tout secours. Il y passa l’hiver et ne vint à Québec&#13;
que l’année suivante. Mais il ne persévéra pas ; après avoir fait de grands biens en&#13;
plusieurs paroisses, il voulut repasser en France. Il se piquait de peinture, faisait&#13;
beaucoup de tableaux ; personne ne les goûtait. Il espéra qu’en France son talent&#13;
serait mieux connu. Il n’y réussit pas et se donna aux missions de la campagne, où&#13;
il réussit.&#13;
La Compagnie qui avait gouverné le Canada depuis son établissement, [fondée]&#13;
par le cardinal de Richelieu en 1628, en avait remis le domaine au roi le 15 février&#13;
1663. Sa Majesté nomma le sieur Gaudais pour en aller prendre possession en son&#13;
nom. Le commissaire, arrivé en Canada, commença par le recensement général de&#13;
la colonie et fit ensuite prêter le serment de fidélité à tous les habitants, porta&#13;
plusieurs ordonnances sur la justice et la police et prit des mémoires exacts sur&#13;
l’état des choses et les diverses plaintes qu’avaient faites le gouverneur et le clergé.&#13;
Il le fit en honnête homme, avec exactitude et avec équité. Tout le monde fut&#13;
satisfait et les démêlés furent apaisés. Le commissaire s’en retourna la même&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�année, selon les ordres de la Cour. M. de Laval voulut, comme les autres, être&#13;
inscrit dans les registres publics, à l’exemple du Sauveur du monde, qui pour obéir&#13;
à l’édit d’Auguste se fit écrire avec Marie, sa mère, et saint Joseph, son père&#13;
nourricier. Le prélat ne prêta pas de nouveau serment. Il l’avait déjà prêté entre les&#13;
mains du roi ; mais il donna à tous ses sujets les exemples d’une fidélité inviolable.&#13;
Quoique l’établissement d’une Cour souveraine ne soit pas du ressort de l’Église,&#13;
le Conseil souverain de Canada fut l’ouvrage de son premier évêque. Il en obtint&#13;
du roi l’érection en 1662 avec le pouvoir d’en choisir les membres, de concert avec&#13;
M. le gouverneur ; ce qui s’exécuta dans le cours de l’hiver de 1663121. Les lettres&#13;
patentes de son établissement furent enregistrées et peu après, le 10 octobre, celles&#13;
de l’établissement du Séminaire. Le Conseil fut d’abord nommé souverain, parce&#13;
qu’à l’exemple des parlements, il juge en dernier ressort les affaires de la colonie.&#13;
La Cour a depuis voulu qu’on le nommât seulement Conseil supérieur, sans&#13;
pourtant diminuer son autorité, sans doute par une sorte de délicatesse, pour ôter&#13;
toute idée d’indépendance en écartant jusqu’au terme de souveraineté dans un&#13;
pays éloigné, où les révoltes seraient si faciles à former et si difficiles à détruire.&#13;
Sans doute dans les mêmes vues, on n’a jamais mis dans les premières places que&#13;
des gens nés en France, dont les familles fussent une espèce d’otage de leur fidélité.&#13;
On ne mettait dans les secondes places, non plus que dans le clergé, que peu de&#13;
Canadiens. On est aujourd’hui plus facile et les Canadiens en effet ont le cœur tout&#13;
français ; leur fidélité n’est point douteuse.&#13;
Dans le commencement de la colonie, quoique la plupart des colons fussent&#13;
normands, il n’y avait presque pas de procès. Il ne pouvait encore guère y en avoir.&#13;
Chacun prenait ce qui lui plaisait d’un terrain immense qu’aucun voisin ne lui&#13;
disputait. Le peu de différends qui survenaient étaient terminés à l’amiable par&#13;
des arbitres, ou d’autorité par le gouverneur, d’une manière assez militaire. Il n’y&#13;
eut pendant bien des années aucune justice réglée. La colonie était si peu stable, si&#13;
peu nombreuse, la France en faisait si peu de cas qu’on ne pensait ni à établir ni à&#13;
acquérir des charges dans un pays à peine connu. La Compagnie du commerce du&#13;
Canada avait son conseil et ses assemblées pour régler ses affaires et par occasions&#13;
La nomination des premiers conseillers fut faite par le Serviteur de Dieu et le gouverneur de Mésy entre&#13;
le 15 septembre 1663, date de leur arrivée à Québec, et le 18 du même mois, date de la première réunion du&#13;
Conseil.&#13;
121&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�on y accommodait les affaires des particuliers. La Compagnie de 1628, jouissant&#13;
des droits de souveraineté, forma un conseil plus régulier de ses officiers, des&#13;
notables du pays et du supérieur des Jésuites. C’était moins des titres que de&#13;
simples commissions, qu’elle révoquait à son gré. Ce corps était proprement un&#13;
conseil politique pour le gouvernement du pays ; il envoyait des ambassadeurs,&#13;
faisait la guerre ou la paix et donnait ses ordonnances. Il jugeait cependant les&#13;
affaires des particuliers, à peu près comme la bourse des marchands, plutôt selon&#13;
l’équité naturelle que selon les lois. Les registres renfermaient bien des sentences&#13;
mêlées avec les délibérations sur les affaires générales.&#13;
En 1639, le roi créa la charge de grand-sénéchal du Canada, avec entrée au Conseil.&#13;
Mais ce ne fut qu’un titre d’honneur, comme elle est aujourd’hui dans les&#13;
provinces de France. Il se forma une justice particulière aux Trois-Rivières, pour&#13;
épargner aux habitants la peine de descendre à Québec faire vuider leurs&#13;
différends. MM. de Saint-Sulpice, acquéreurs de l’île de Montréal, y exercèrent la&#13;
haute justice et y établirent des juges. Tout cela dépendait du grand Conseil de&#13;
Québec, plutôt par voie d’autorité que par voie de ressort juridique. Et même si&#13;
quelque plaideur était opiniâtre, il en appelait au Parlement de Rouen, qui par&#13;
l’enregistrement de l’édit de création de la Compagnie et l’attribution de la&#13;
juridiction, était la véritable Cour souveraine de la Nouvelle-France. Mais ces&#13;
appels n’arrivaient guère ; tout se terminait sur les lieux. Il a même longtemps&#13;
régné entre les habitants une sorte de communauté de biens, qui subsiste encore&#13;
dans les campagnes. On allait dans les voyages loger chez le premier venu. Rien&#13;
n’était fermé sous la clé et il était inouï qu’on eût eu à se repentir de sa confiance.&#13;
L’esprit de société qui d’abord avait formé les compagnies, l’éloignement de la&#13;
patrie et de tout secours, un intérêt commun à demeurer uni pour se défendre&#13;
contre les Sauvages avaient si bien lié ce petit nombre de Français qu’ils semblaient&#13;
ne faire qu’une famille. On voit par là que la communauté des biens&#13;
ecclésiastiques, introduite par le saint évêque et qui révolterait en France, n’avait&#13;
en Canada rien de singulier, même parmi les laïcs.&#13;
Il était à souhaiter que cette simplicité et cette union des habitants eussent toujours&#13;
duré, mais on ne pouvait s’y attendre. Elles commençaient à diminuer à mesure&#13;
que la colonie s’augmentait, les affaires se multipliaient et devenaient plus&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�difficiles. Les plaideurs étaient plus artificieux et moins traitables, leur recours au&#13;
Parlement de Rouen jetait dans des frais immenses et dans des longueurs infinies&#13;
avant que d’obtenir un arrêt. D’ailleurs, la Compagnie venait de remettre au roi le&#13;
domaine du Canada. C’était désormais au nom et sur les commissions de&#13;
Sa Majesté que la justice devait être rendue et le ministre chargé du département&#13;
des colonies devait en diriger le gouvernement. M. de Laval, étant venu en France&#13;
dans ces circonstances, représenta au roi tous ces inconvénients et obtint au mois&#13;
d’avril 1663 un édit de création d’un Conseil souverain, composé du gouverneur,&#13;
de l’évêque, de l’intendant, de quatre conseillers, d’un procureur général et d’un&#13;
greffier en chef. Ces officiers devaient être choisis par l’évêque, le gouverneur et&#13;
l’intendant sur les notables de la ville, avec pouvoir, selon l’ancien esprit de les&#13;
changer tous les ans ou de les continuer122. On leur donna aussi pouvoir d’établir&#13;
des juges inférieurs dans les justices royales, c’est-à-dire autres que celles des&#13;
seigneurs. Le roi donne au Conseil toute juridiction en dernier ressort dans toute&#13;
l’étendue de la colonie et ordonne qu’on suivra la coutume de Paris, la&#13;
jurisprudence du Parlement de Paris et les ordonnances royales concernant la&#13;
procédure tant civile que criminelle.&#13;
Le nombre des officiers a été depuis augmenté. Le Conseil supérieur ou le&#13;
Parlement de Québec est aujourd’hui composé de 17 personnes : le gouverneur,&#13;
l’évêque, l’intendant, 12 conseillers, dont un est conseiller-clerc, un procureur&#13;
général et un greffier. Il ne tient pas ses audiences sur un tribunal, comme les&#13;
Cours de France, mais autour d’une table, comme les académies. Le gouverneur&#13;
est à la tête. Il a l’évêque à la droite et l’intendant à la gauche ; ils font eux trois une&#13;
ligne sur le haut bout de la table. Le procureur général donne ses conclusions assis.&#13;
Les procureurs et les partis se tiennent et parlent debout derrière les chaises des&#13;
juges et, ce qui est fort incommode, tout le monde sort quand on vient aux opinions&#13;
et rentre quand on appelle une nouvelle cause. Les conseillers se placent selon&#13;
l’ordre de leur réception, à l’exception du conseiller-clerc, qui se met toujours du&#13;
côté de l’évêque après le doyen, et du premier conseiller, qui commence le rang à&#13;
gauche après l’intendant.&#13;
&#13;
Selon le décret d’institution du Conseil souverain (Doc. XXXII), les conseillers n’étaient pas quatre mais&#13;
cinq, et leur nomination était réservée exclusivement au gouverneur et à l’évêque.&#13;
122&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Ce premier conseiller est une espèce de président qui a une charge à part et&#13;
doubles gages. Il n’y a point d’avocats, les procureurs ou les partis plaident leur&#13;
cause. C’est à la maison de l’intendant, qu’on appelle le palais, que se tiennent les&#13;
assemblées. Il s’en tient une régulièrement chaque lundi et toutes les fois que les&#13;
affaires le demandent. La justice se rend gratuitement, quoique les gages des&#13;
officiers soient modiques, qu’il n’y ait même que les six premiers conseillers&#13;
laïques, le procureur général et le greffier qui en aient. L’expédition des arrêts ne&#13;
coûte que les droits du greffe qui, comme tous les autres frais de justice, sont très&#13;
légers. Aussi les suppôts du palais sont en petit nombre et ont communément&#13;
quelque autre profession pour les aider à vivre. On n’y connaît pas de papier&#13;
timbré et il n’y a qu’un très petit contrôle, seulement pour constater la date des&#13;
actes. Les officiers n’ont point d’habits particuliers ; ils siègent en épée avec leurs&#13;
habits ordinaires. On n’exige aucun grade, non plus pour les charges que pour les&#13;
bénéfices. Aussi serait-il bien difficile d’en avoir, puisqu’il n’y a point d’université&#13;
sur les lieux. Les charges ne sont ni vénales ni héréditaires ; le roi y nomme à son&#13;
gré. On suit la coutume de Paris, les ordonnances civiles et criminelles, avec&#13;
quelques changements faits en 1679, qu’on appelle la réduction du code.&#13;
Cette réduction était absolument nécessaire. On ne saurait, surtout dans ce pays,&#13;
trop abréger la procédure. Le Conseil avait fait un règlement provisionnel làdessus le 7 novembre 1678. Il fut autorisé par un édit du mois de juin de l’année&#13;
suivante. On y ajouta divers articles par un nouvel édit du mois de mars 1685. En&#13;
voici les principaux : « On pourra donner des arrêts au nombre de cinq juges, tant&#13;
au civil qu’au criminel. Tout ce qui s’expédie à la chancellerie, appels comme&#13;
d’abus, requêtes civiles, lettres rescisoires pourront se poursuivre par une simple&#13;
requête. On pourra, par le même jugement, prononcer définitivement sur le&#13;
rescindant et le rescisoire. On n’aura pas besoin de consultation d’avocat pour les&#13;
appels comme d’abus, ni pour les requêtes civiles. Les cas prévôtaux seront jugés&#13;
au Conseil et alors le prévôt des maréchaux de France y aura séance après le&#13;
dernier conseiller. Toutes les amendes seront arbitraires ; les délais pour les&#13;
assignations le seront aussi. Le Conseil les fixera selon les maisons et la distance&#13;
des lieux, attendu l’immense étendue de la colonie et la difficulté de voyager en&#13;
hiver. Mais comme l’étendue des ressorts des prévôtés et des justices seigneuriales&#13;
n’ont pas été déterminées, le Conseil y réglera les délais. Les conseillers et leurs&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�veuves plaideront en première instance à la prévôté de Québec et les procès où ils&#13;
seront intéressés seront renvoyés sur la simple réquisition d’une des parties pardevant l’intendant, à qui toute juridiction est attribuée, à la charge d’appeler à son&#13;
choix quatre autres juges non récusables ». Il y a eu depuis quelques autres&#13;
modifications, mais le détail nous mènerait trop loin et serait trop ennuyeux.&#13;
L’office de conseiller-clerc fut créé en 1704. L’édit de création du Conseil donnait&#13;
la seconde place à l’évêque. À son absence, elle était occupée par un grand-vicaire&#13;
ou par quelque autre ecclésiastique que le Séminaire y envoyait. Cette incertitude&#13;
était embarrassante pour les parties, qui ne savaient à qui s’adresser pour instruire&#13;
celui qui serait le juge. Plusieurs des ecclésiastiques, qui y allaient au hasard,&#13;
n’étaient point au fait de la procédure et de la jurisprudence, comme auraient pu&#13;
l’être des personnes attachées à cet emploi. Le roi crut donc devoir créer un office&#13;
de conseiller-clerc pour représenter l’Église, qui par son expérience et son étude&#13;
fût plus en état de rendre la justice et qui par son caractère de grand-vicaire né&#13;
ad hoc, comme dans les parlements, pût dans les affaires ecclésiastiques soutenir&#13;
les droits du clergé. Le premier pourvu fut M. de La Colombière, archidiacre, frère&#13;
du fameux P. de La Colombière, jésuite ; le second, M. de Varennes, Canadien,&#13;
aussi archidiacre ; troisième, M. de La Tour123, Français et doyen du chapitre ; le&#13;
quatrième, qui l’occupe aujourd’hui avec distinction, M. Vallier, aussi Français et&#13;
théologal. L’édit de création nomme quatre autres conseillers et crée quatre autres&#13;
offices. M. de La Colombière y est nommé à la tête de tous. Il se plaça ainsi dans le&#13;
Conseil et laissa siéger au-dessus de lui tous les anciens conseillers. Son&#13;
successeur, Canadien, qui n’avait jamais vu d’autre juridiction que celle de&#13;
Québec, n’y fit aucune attention. Il descendit même et ne prit que son rang de&#13;
réception à la dernière place. En prenant possession de cette charge après&#13;
M. de Varennes, je fus surpris que le conseiller-clerc n’eût pas une place&#13;
distinguée, comme dans les parlements. Je représentai que mes provisions, aussi&#13;
bien que l’édit de création, portaient que les conseillers-clercs du Conseil auraient&#13;
les mêmes honneurs que les conseillers-clercs des parlements de Paris. On&#13;
m’opposa l’usage et je répondis qu’il était trop récent pour servir de loi. Il fut&#13;
convenu entre nous et ordonné par arrêt qu’on se pourvoirait devant Sa Majesté&#13;
pour la supplier d’expliquer ses intentions. L’année suivante, le roi jugea en ma&#13;
123&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit de l’auteur.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�faveur et par ses lettres patentes du mois d’avril 1730, il me donna la première&#13;
place, après le doyen des conseillers, sans pourtant qu’il me fût permis de présider&#13;
ni de décaniser. Le Conseil s’y est conformé. On verra à la fin de ce livre un&#13;
mémoire raisonné que je fis là-dessus. J’ai cru que le public trouverait ici avec&#13;
plaisir l’idée d’une juridiction un peu différente des autres et que la place que&#13;
M. de Laval y a occupée et la part qu’il a eue à son établissement la faisait entrer&#13;
naturellement dans l’histoire de sa vie. Voici un des événements les plus&#13;
intéressants pour lui, où sa vertu a paru avec le plus d’éclat et que la création du&#13;
Conseil a occasionné.&#13;
Il paraissait naturel que le gouverneur étant à la tête de ce tribunal et y tenant la&#13;
première place, il en fût aussi le président. Le roi en a autrement jugé, sans doute&#13;
pour ne pas donner au chef de la colonie une autorité trop absolue et pour rendre&#13;
le gouverneur et l’intendant surveillants l’un de l’autre par la concurrence, en la&#13;
balançant et la partageant entre eux par un arrangement singulier. C’est&#13;
l’intendant, quoique à la troisième place, qui fait toutes les fonctions de président,&#13;
sans pouvoir en prendre le nom. C’est lui qui recueille les suffrages, qui prononce&#13;
les arrêts, qui signe les requêtes et le plumitif, qui indique les assemblées en&#13;
envoyant le premier huissier au gouverneur et à l’évêque et les huissiers chez les&#13;
autres. M. de Frontenac, qui a été longtemps gouverneur, ne s’en accommoda pas.&#13;
Il prétendait attirer à lui toute l’autorité du Conseil, en tenir chez lui les registres&#13;
et y faire toutes les fonctions de président. Le roi, par un édit du 5 juin 1675, était&#13;
entré dans le plus grand détail des droits et des fonctions du gouverneur et de&#13;
l’intendant. Mais cet édit n’ayant pas suffi pour leur imposer silence, le roi, par&#13;
une lettre du 29 avril 1679, lui marqua sa surprise d’une prétention plus capable&#13;
d’avilir que de relever la place de gouverneur : « Il n’y a que vous dans mon&#13;
royaume, lui dit Sa Majesté, qui, honoré de la qualité de mon lieutenant-général et&#13;
de gouverneur de province, peut ambitionner le titre de président d’un Conseil&#13;
comme celui de Québec. » Il fallut enfin le révoquer. Mais nous aurons plus d’une&#13;
fois occasion de parler de ce gouverneur célèbre, dont les bonnes et les mauvaises&#13;
qualités ont fait tant de bien et tant de mal dans la colonie.&#13;
M. de Frontenac ne fut pas le premier à faire valoir ces prétentions. Dès&#13;
l’établissement du Conseil, M. de Mésy, son prédécesseur, les avait fait naître. Il&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�était homme de condition et de mérite, faisait profession d’une haute piété et en&#13;
avait la réputation. Il avait été longtemps major de la citadelle de Caen et fort lié&#13;
avec M. de Laval pendant son séjour dans l’Ermitage de M. de Bernières. Le prélat,&#13;
mécontent du baron Davaugour, demanda au roi un autre gouverneur et le roi,&#13;
plein de vénération pour sa vertu, ayant porté sa complaisance jusqu’à lui en&#13;
laisser le choix et l’obliger même malgré lui de le faire, le prélat jeta les yeux sur&#13;
son ancien ami et le proposa au roi. M. de Mésy fut agréé et nommé gouverneur.&#13;
Il est vrai que dans ses premières années il avait été fort débauché ; mais il s’était&#13;
converti d’une manière si éclatante que sa vertu était admirée de tout le monde.&#13;
On remarquait surtout en lui une humilité profonde et une charité sans bornes qui,&#13;
sans avoir égard à sa qualité, lui faisaient rendre aux pauvres les plus bas services,&#13;
jusqu’à les porter publiquement sur ses épaules dans les rues de Caen.&#13;
Cette dévotion extraordinaire ne lui fournissait pas de quoi payer ses anciennes&#13;
dettes. Il crut même que ses dettes pouvaient lui servir d’excuse pour refuser le&#13;
gouvernement de Québec. Il allégua plusieurs autres raisons, qui redoublèrent le&#13;
désir qu’avait M. de Laval de lui faire accepter ce poste, jugeant qu’il ne s’en&#13;
défendait que par modestie. Il lui obtint même du roi des gratifications&#13;
considérables, capables de le libérer, afin de lever toutes les difficultés qu’il&#13;
opposait à ce voyage. Enfin, il s’embarqua avec lui, fort content d’amener un&#13;
gouverneur de ce caractère. Il semble en effet que le prélat pouvait tout se&#13;
promettre d’un homme que la piété, l’amitié, la reconnaissance lui devaient&#13;
inviolablement attacher. Aussi le concert fut-il parfait pendant toute la traversée&#13;
qu’ils firent ensemble. Mais il dura peu après leur arrivée. Les esprits inquiets, qui&#13;
avaient aigri le baron Davaugour, rallumèrent plus que jamais le feu de la division.&#13;
Bientôt, M. de Mésy ne fut plus le même homme. On lui rendit suspects le clergé&#13;
et l’évêque, qu’il avait jusqu’alors respectés. On lui inspira un violent chagrin de&#13;
n’avoir pas dans le Conseil l’autorité et les fonctions de président, tandis qu’on les&#13;
attribuait à l’intendant, qui n’était qu’après lui124.&#13;
Notons que les discussions sur la présidence effective du Conseil souverain et sur les droits de l’intendant&#13;
par rapport à ce Conseil n’eurent pas lieu sous le gouvernement de M. de Mésy (1663-1665), mais sous celui&#13;
de M. de Frontenac (1672-1682). En effet, en l’année à laquelle se réfère de La Tour (1663), il n’y avait pas&#13;
encore d’intendant au Canada. Le premier qui exerça cette charge fut Jean Talon, arrivé au Canada en 1665,&#13;
quelques mois après le décès de M. de Mésy. C’est plutôt avec l’évêque que le gouverneur se montra&#13;
mécontent de partager le pouvoir. Voici ce qu’écrit à ce sujet l’historien digne de foi Ferland :&#13;
124&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�La prétention du gouverneur avait quelque chose de plausible. Elle était fondée&#13;
sur l’usage aussi bien que sur l’équité. Tandis que le Canada fut entre les mains de&#13;
la Compagnie, le gouverneur présidait seul au Conseil, ou plutôt en était le maître.&#13;
Le Conseil que le roi venait de créer tenait la place de celui de la Compagnie. Le&#13;
gouverneur n’était pas moins à sa tête. Pourquoi supprimer une partie des droits&#13;
dont il avait joui et ne lui laisser que l’honorifique de sa place pour le transporter&#13;
au nouveau venu, son inférieur ? M. de Mésy vit avec peine ce changement&#13;
commencé par lui. Il s’y mêla même des motifs d’intérêt. L’intendant ne partageait&#13;
pas moins les profits que l’autorité, ou plutôt se les attirait tous. Le gouverneur,&#13;
borné à ses gages et aux affaires militaires, n’avait pas même part aux gages&#13;
modiques que le roi donnait aux six premiers conseillers, tandis qu’auparavant la&#13;
Compagnie, pour se concilier le gouverneur, lui faisait des présents considérables&#13;
et de gros profits. Tout cela mit de mauvaise humeur M. de Mésy. Il prétendit que&#13;
la colonie devait lui payer la même somme que la Compagnie donnait auparavant.&#13;
Les membres du Conseil et tous ceux qui s’opposaient à ses desseins en&#13;
ressentirent les effets. Deux des principaux et des plus accrédités dans la colonie&#13;
furent embarqués par son ordre et renvoyés en France sans aucune forme de&#13;
procès. Il en nomma d’autres à leur place de son autorité. On fit une opposition&#13;
juridique avec protestation de nullité de cette élection ; ce qui l’aigrit encore&#13;
davantage.&#13;
L’évêque ne fut pas plus épargné. En qualité de pasteur et d’ami, son zèle et la part&#13;
qu’il avait eue à l’établissement du Conseil et au choix du gouverneur lui&#13;
donnaient plus qu’à d’autres le droit de faire des représentations sur l’irrégularité&#13;
de sa conduite ; mais au lieu de rien gagner, il s’attira son indignation. M. de Mésy,&#13;
dans une conversation qu’il eut avec lui, le traita fort mal et lui jeta avec&#13;
emportement le passe-partout du Séminaire qu’on lui avait donné pour pouvoir&#13;
Des intrigants ayant inspiré à M. de Mésy quelque défiance au sujet du clergé et de&#13;
l’évêque, qu’on représentait comme voulant partager son autorité, le gouverneur changea&#13;
assez soudainement de conduite. Informé qu’autrefois les gouverneurs étaient à peu près&#13;
seuls maîtres dans la colonie, il conçut du mécontentement de ce que son autorité avait été&#13;
amoindrie et de ce que l’évêque la partageait avec lui ; car par l’édit de création du Conseil&#13;
souverain, l’évêque ou le premier ecclésiastique était chargé conjointement avec le&#13;
gouverneur de nommer les cinq personnes qui devaient siéger avec eux au Conseil, de&#13;
choisir un procureur-général du roi et un greffier ou secrétaire. (Cours d’histoire du&#13;
Canada, Québec, vol. 2, 1865, p. 21.)&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�venir à toute heure sans être annoncé, le traversa dans toutes ses vues, négligea de&#13;
lui rendre les devoirs de bienséance, ou plutôt affecta de le choquer. Il en vint à&#13;
des extrémités peu croyables selon nos mœurs. Il crut sans doute l’intimider par&#13;
des menaces et un appareil de guerre, car on ne peut penser qu’il eût seulement le&#13;
dessein d’attenter à sa vie ou à sa liberté. Un jour, à la tête de ses gardes et de la&#13;
garnison du fort, il investit l’église et la maison attenante, où logeait l’évêque.&#13;
Celui-ci, sans s’étonner, après avoir fait sa prière et le sacrifice de sa vie aux pieds&#13;
des saints autels, paraît à la porte de l’église devant le gouverneur et sa petite&#13;
armée. Le bruit courut que le gouverneur avait donné ordre de le saisir ou de tirer&#13;
sur lui ; mais ce fait a été désavoué. Quoiqu’il en soit, tous les soldats de concert&#13;
comme s’ils se fussent donné le mot, au lieu de lui faire aucune insulte, défilèrent&#13;
devant lui et lui firent chacun en passant le salut des armes qu’on ne fait qu’aux&#13;
princes et aux généraux. Le gouverneur, confus, se retira125.&#13;
Cette affaire, comme on peut penser, fit grand bruit à la Cour. L’évêque ne se&#13;
plaignit point126 ; mais toute la colonie le fit pour lui. Le roi rappela le gouverneur&#13;
et ordonna qu’on lui fît le procès. M. de Prouville, marquis de Tracy127, conseiller&#13;
d’État et lieutenant-général des armées du roi, venait de partir de France en 1664,&#13;
à la tête d’une flotte, quand on y reçut cette nouvelle. Il avait le titre de lieutenant&#13;
sur toutes les terres dépendantes du roi de France dans l’Amérique méridionale et&#13;
septentrionale, ce qu’en Canada on appelait vice-roi, avec une commission pour&#13;
visiter les îles et terres, déposséder les seigneurs propriétaires, y rétablir l’ordre,&#13;
chasser les Hollandais, qui y avaient fait quelques invasions, et de là passer à&#13;
Québec pour y établir solidement la colonie et mettre les Iroquois à la raison. Le&#13;
roi lui envoya une commission particulière du 29 mars 1665 pour informer contre&#13;
M. de Mésy, conjointement avec M. de Courcelle, qui l’allait relever, et M. Talon,&#13;
intendant. Ils arrivèrent au mois de juin ; mais ils trouvèrent en arrivant que Dieu&#13;
avait fait le procès au coupable, car il était mort le 6 mai précédent, ou plutôt qu’il&#13;
se l’était fait à lui-même par une pénitence aussi édifiante que sa conduite avait&#13;
NDLR : Aucune autre source ne parle de cet incident. Mésy fit porter un billet peu poli à l’évêque, qui&#13;
rétorqua, et la discorde fut connue du public. Peut-être que celle-ci fut exagérée et glorifiée au fil des années&#13;
et des narrations, et que c’est cette version finale qui fut racontée à M. de La Tour lors de son séjour au&#13;
Canada.&#13;
126&#13;
Selon l’historien Garneau (Histoire du Canada, Québec, 1887, vol. 1, p. 205), un des deux conseillers&#13;
retournés en France par M. de Mésy avait été chargé par le Serviteur de Dieu de présenter au roi les raisons&#13;
des difficultés qu’il avait avec M. de Mésy.&#13;
127&#13;
Il faut lire : M. Tracy de Prouville.&#13;
125&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�été scandaleuse. Cette mort avait terminé tous les différends. Personne ne fit plus&#13;
de plaintes et les trois commissaires jugèrent à propos de ne point faire&#13;
d’information. M. Talon en rendit compte à M. Colbert, alors ministre, et lui dit :&#13;
« Nous avons cru que le roi ne trouverait pas mauvais que ses fautes fussent&#13;
ensevelies avec lui dans son tombeau128 ».&#13;
Malgré quelques éclipses que l’ambition, l’intérêt, la jalousie, les mauvais esprits&#13;
et des vues fausses, quoiqu’avec des intentions droites, avaient malheureusement&#13;
occasionnées, M. de Mésy avait de la piété. Il rentra en lui-même et répara bien&#13;
authentiquement le mal qu’il avait fait. Le prélat, toujours plein de charité et&#13;
mettant en Dieu sa confiance, avait tous les jours fait dire et avait dit lui-même la&#13;
messe pour lui depuis ce grand éclat. Ses prières furent exaucées et après bien des&#13;
remords qui avaient ébauché la conversion, le gouverneur tomba malade de la&#13;
maladie dont il mourut.&#13;
Il se fit porter à l’Hôtel-Dieu dans la salle des pauvres. Sa maladie fut longue et lui&#13;
laissa le temps de se préparer à la mort. Il fit prier M. de Laval de venir le voir, se&#13;
réconcilia sincèrement avec lui, lui demanda pardon et renonça à toutes ses&#13;
prétentions. Il fit publier à son de trompe et afficher à tous les carrefours l’acte de&#13;
sa rétractation de tout ce qu’il avait dit et écrit contre lui et répandu dans des écrits&#13;
publiés, affichés et distribués partout contre l’évêque, le clergé et la Société et le&#13;
pardon qu’il demandait au public du scandale qu’il avait donné et à l’évêque de&#13;
l’outrage qu’il lui avait fait. Il fit plus ; il prit M. de Laval pour son confesseur et&#13;
voulut mourir entre ses mains. Enfin, pour y mettre le dernier sceau, il fit un&#13;
testament où il renouvela les mêmes protestations et par esprit d’humilité et de&#13;
pénitence, il demanda d’être enterré dans le cimetière au milieu des pauvres, sans&#13;
pompe et sans distinction. Ses volontés furent exécutées, à l’exception des&#13;
honneurs funèbres, que l’évêque, à la tête de son clergé et de tous les corps de la&#13;
colonie, lui rendit aussi solennellement qu’il fut possible. Le corps fut porté par&#13;
quatre congréganistes des plus distingués et les coins du drap par quatre&#13;
Sauvages, fut déposé à la paroisse, où il demeura dans la nuit et le lendemain&#13;
transporté à l’hôpital.&#13;
&#13;
128&#13;
&#13;
Pour le texte critique de cette lettre, cf. Doc. XXXIV-2.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Malgré une réparation si authentique, les démêlés du gouverneur avec l’évêque&#13;
firent grand tort à la religion. M. de Mésy avait écrit à la Cour des lettres très fortes&#13;
pour justifier ses prétentions et sa conduite et se plaindre de ceux dont il était&#13;
mécontent. Dans les premiers mouvements de sa colère, il fit son apologie aux&#13;
dépens de l’évêque, du clergé et des Jésuites et donna des impressions qui ne&#13;
furent pas de longtemps effacées et qui peut-être ne le sont pas encore en entier,&#13;
tout convaincu que l’on y est de l’irrégularité de ces démarches. Il tâcha de rendre&#13;
le clergé suspect de vouloir se mêler du gouvernement public et particulier de la&#13;
colonie et des familles. C’est une ancienne querelle qui a mis cent fois aux mains&#13;
le sacerdoce et l’empire et que tous les esprits inquiets et séditieux ne manquent&#13;
jamais de faire revivre pour jeter une semence de division entre deux puissances,&#13;
dont l’union est aussi nécessaire au bon ordre que leur mésintelligence lui est&#13;
fatale. On ne pouvait attaquer ni la religion ni les mœurs d’un chef et d’un corps&#13;
respectable pour qui tout le monde avait la plus profonde vénération et qui en effet&#13;
n’était alors composé que de personnes très vertueuses. Les tentatives que fit&#13;
quelquefois là-dessus la calomnie furent absolument sans succès et firent mépriser&#13;
les calomniateurs.&#13;
Mais on donna un mauvais tour au zèle de cet homme apostolique, en le peignant&#13;
comme outré dans sa sévérité, trop vaste dans son étendue. Ces calomnies avaient&#13;
quelque chose de plausible. Tout le clergé séculier et régulier, étroitement uni sous&#13;
la conduite d’un évêque universellement respecté, agissait par les mêmes&#13;
principes et n’avait que les mêmes intérêts. Cette union parut dangereuse. On fit&#13;
entendre qu’un corps aussi lié pourrait se rendre redoutable, s’il donnait dans&#13;
quelque travers et que les consciences étaient extrêmement gênées par cette&#13;
uniformité de direction. Il faut convenir en effet que les libertins devaient être bien&#13;
gênés, puisqu’ils ne pouvaient se flatter de trouver dans la diversité des sentiments&#13;
des confesseurs, ni un asile à leurs désordres, ni une matière à leur malignité. De&#13;
là vient que M. Talon, intendant, qui dans son premier voyage avec M. Tracy, dont&#13;
nous venons de parler, avait donné dans ces idées, prétendit avoir rendu un grand&#13;
service à la colonie en amenant à son second voyage des Récollets pour donner,&#13;
disait-il, aux consciences, par des ministres plus indulgents, une liberté dont il&#13;
s’était imaginé qu’on les privait. Dieu a tiré le bien du mal ; ces bons pères ont été&#13;
un renfort très utile à la colonie et malgré les prétentions qu’on leur avait données&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�et qui d’abord excitèrent quelques orages, la vérité est rentrée dans ses droits. Ils&#13;
ont rendu et rendent encore de très grands services et suivent les mêmes principes&#13;
de conduite que le clergé.&#13;
L’accusation d’ambition avait je ne sais quoi de plus vraisemblable. Jusqu’alors la&#13;
colonie française, absolument négligée par les compagnies, n’avait été qu’un amas&#13;
informe d’artisans, de paysans et de garçons marchands. Les Jésuites y étaient&#13;
presque les seuls qui sussent lire et qui eussent des relations en France. La charité&#13;
et la nécessité faisaient passer toutes les affaires par leurs mains. C’est ainsi que&#13;
dans une campagne écartée, un curé estimé et zélé est nécessairement l’arbitre, le&#13;
père commun et comme le roi de son hameau, sans devoir être ni suspect à l’État,&#13;
ni soupçonné d’ambition. Les Jésuites étaient les seuls encore qui entendissent la&#13;
langue des Sauvages et qui fussent faits à leurs manières. Ils demeuraient parmi&#13;
eux et par leurs vertus, leurs services et leurs travaux, ils en avaient gagné la&#13;
confiance. C’étaient les interprètes, les correspondants, les ambassadeurs, les&#13;
arbitres nécessaires et uniques dans toutes les négociations et les affaires. Les&#13;
relations des missions et des découvertes de ce vaste pays ne pouvaient parler&#13;
d’aucun événement sans faire mention des Jésuites, parce qu’il n’y en avait aucun&#13;
où ils n’eussent part et la plus grande part. L’évêque et le clergé étant dans les&#13;
premiers temps tout jésuites et l’évêque ayant été l’objet particulier de la colère du&#13;
gouverneur et malheureusement de ses fautes, il fut avec d’autant plus de vivacité&#13;
enveloppé dans l’accusation commune et rendu d’autant plus aisément suspect&#13;
que sa dignité et sa naissance lui donnaient plus de crédit.&#13;
Un homme aigri empoisonne tout et en matière de gouvernement, il est aisé de&#13;
blesser la délicatesse. On n’avait jusqu’alors jamais pensé à se mettre en garde&#13;
contre les entreprises du clergé dans un pays où on ne trouvait que des Sauvages&#13;
et des arbres. M. de Mésy fit naître des ombrages à M. Colbert et MM. Tracy,&#13;
de Courcelle et Talon eurent des ordres secrets de s’informer des vues, du crédit,&#13;
de la conduite de l’évêque, des ecclésiastiques et des Jésuites. On n’a pas su quel&#13;
compte ils en avaient rendu. Peut-être prirent-ils eux-mêmes quelque défiance,&#13;
surtout M. Talon, qui à son retour ne parut guère favorable au clergé ; du moins il&#13;
y a lieu de croire qu’ils ne travaillèrent ou qu’ils ne réussirent pas à détromper le&#13;
ministre.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�M. de Laval et les missionnaires ne trouvèrent plus à la Cour ni le même appui, ni&#13;
la même facilité. Le prélat en fit l’épreuve lorsqu’en l’année 1671 il fut obligé de&#13;
faire un 2e voyage en Europe pour presser la grande affaire de l’érection de&#13;
l’évêché, qui traînait depuis dix ans, comme nous verrons dans la suite. Il faut&#13;
auparavant raconter et rapprocher certains événements liés entre eux, quoique&#13;
arrivés en divers temps, pour ne pas interrompre le fil de l’histoire.&#13;
Livre huitième&#13;
Il avait paru, quelques années avant l’arrivée de M. de Laval, une espèce de&#13;
phénomène sur l’horizon du Canada, qui dans la suite illustra son épiscopat et&#13;
seconda merveilleusement son zèle. Des filles pleines de l’esprit apostolique furent&#13;
assez courageuses pour aller à travers l’océan, sur les pas des missionnaires,&#13;
fonder au milieu des Sauvages de nouvelles communautés pour l’éducation de la&#13;
jeunesse et le soulagement des malades et une entre autres fonder un nouvel&#13;
institut destiné à l’instruction des filles canadiennes et sauvagesses. Ce sont les&#13;
deux communautés d’Ursulines et d’Hospitalières de Québec, d’Hospitalières et&#13;
de Congréganistes de Montréal129. Dieu a comblé de ses bénédictions ces pieux&#13;
établissements. Ils rendent à la colonie les plus grands services.&#13;
Nous commencerons par ceux de Montréal, quoique ce ne soient pas les plus&#13;
anciens, parce qu’ils sont plus isolés dans la vie du premier évêque de Québec et&#13;
que nous n’aurons plus occasion d’en parler dans la suite, au lieu que les&#13;
communautés de Québec paraîtront plus d’une fois sur la scène. L’éloignement du&#13;
siège épiscopal met l’île de Montréal hors de portée d’être gouvernée par les&#13;
évêques d’une manière détaillée et suivie. Mais l’objet est trop intéressant et&#13;
l’évêque de Pétrée a eu trop de part au bien qui s’y est fait, quoiqu’il n’en soit pas&#13;
l’auteur, pour ne pas lui ménager la gloire qui lui est due. Il faut reprendre la chose&#13;
de plus haut.&#13;
Le célèbre et saint prêtre M. Olier avait depuis peu fondé à Paris l’illustre&#13;
Séminaire Saint-Sulpice, lorsque M. de La Dauversière, lieutenant-général au&#13;
129&#13;
&#13;
NDLR : Les premières religieuses arrivèrent à Québec en 1639 et celles de Montréal, en 1641.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�présidial de La Flèche en Anjou, ayant lu une relation où l’on parlait de Montréal&#13;
comme d’un lieu très propre à établir une mission pour travailler à la conversion&#13;
des Sauvages, forma le dessein d’acheter cette île et de la consacrer à cette bonne&#13;
œuvre. Le P. Chauvet, jésuite, recteur du collège de La Flèche, le confirma dans&#13;
cette idée et le baron de Fancamp, son ami, se joignit à lui pour y avoir part. Ils se&#13;
rendirent à Paris pour en conférer avec le P. Lalemant, qui avait été supérieur des&#13;
missions du Canada, et avec M. de Lauson, qui en fut depuis gouverneur et qui se&#13;
trouvait alors à la Cour. M. Olier, à qui ils en parlèrent, non seulement approuva&#13;
ce dessein, mais voulut encore entrer dans la société et y fournir son contingent.&#13;
On acheta pour 20 tonneaux d’effets, qui furent envoyés au P. Le Jeune, recteur du&#13;
collège de Québec, pour faire l’acquisition de l’île. Le contrat en fut passé au nom&#13;
de la petite Compagnie au mois d’août 1640. M. de Maisonneuve, gentilhomme&#13;
champenois, depuis gouverneur de Montréal, et deux autres personnes de&#13;
considération s’y joignirent l’année suivante. Ces six associés firent à leurs frais un&#13;
armement considérable d’hommes, d’outils et de marchandises.&#13;
Cependant, Dieu se ménageait d’un autre côté trois fidèles servantes, Mme de&#13;
Bullion, Mlle Mance et la Sr Bourgeoys, qui devaient faire à Montréal des&#13;
établissements pareils à ceux que la mère de l’Incarnation et Mmes d’Aiguillon et&#13;
de La Peltrie avaient faits depuis quelque temps à Québec, Mme de Bullion par ses&#13;
libéralités, Mlle Mance par ses soins et la Sr Bourgeoys par un nouvel institut. Les&#13;
deux premières, touchées des relations qui couraient alors et encouragées par les&#13;
exemples des Hospitalières, résolurent, sans se connaître, de travailler à y fonder&#13;
un hôpital. Mlle Mance, native de Langres, fille de naissance et de mérite, alla à&#13;
Paris pour consulter une vocation si extraordinaire et prendre des mesures pour&#13;
l’exécuter, si on l’approuvait. Le P. Lalemant, le P. Saint-Jure, connu par ses&#13;
ouvrages de piété, la décidèrent et l’encouragèrent. Le P. Rapin, provincial des&#13;
Récollets, à qui Mme de Bullion avait fait confidence de ses vues, lui fit connaître&#13;
Mlle Mance, qui lui avait fait part aussi des siennes. Ces deux saintes âmes&#13;
s’unirent étroitement et Mme de Bullion donna une somme considérable pour&#13;
jeter les fondements de la bonne œuvre130.&#13;
&#13;
130&#13;
&#13;
NDLR : Jeanne Mance est aujourd’hui reconnue comme co-fondatrice de Montréal avec Maisonneuve.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�La famille de Mlle Mance s’opposa inutilement à son dessein et tout le public&#13;
admira son courage. Cet événement singulier frappa la ville et la Cour. On&#13;
s’empressait partout de voir cette courageuse fille. La reine la fit venir, les&#13;
princesses et les principales dames la demandèrent à l’envi, et le P. Lalemant, lui&#13;
ayant appris qu’il y avait une société déjà formée pour établir la religion à&#13;
Montréal, elle alla à La Rochelle, où les associés s’étaient rendus pour faire&#13;
embarquer leurs effets, et s’offrit généreusement à la Compagnie131 pour avoir soin&#13;
des malades dans la traversée et dans la colonie et pour veiller sur le détail de leurs&#13;
affaires qui convenaient à son sexe, sans cependant leur être à charge, parce que&#13;
Mme de Bullion avait fourni aux frais de son voyage et de son entretien. Ce&#13;
secours inespéré parut venir du ciel. On accepta ses offres avec joie. La petite&#13;
troupe qui devait aller en Canada se partagea sur deux vaisseaux : M. de&#13;
Maisonneuve, un prêtre séculier et 25 hommes se mirent sur l’un ; un jésuite,&#13;
Mlle Mance et 12 hommes montèrent l’autre. Celui-ci, après avoir essuyé bien du&#13;
calme, arriva à Québec le 8 août 1641. M. de Maisonneuve fut moins heureux. Il&#13;
perdit bien du monde, relâcha jusqu’à trois fois et n’arriva que le 20 du même&#13;
mois. On fit ce qu’on put pour les arrêter à Québec. La colonie, qui n’était&#13;
composée que de 200 à 300 personnes, aurait voulu profiter de ce renfort. On leur&#13;
offrit l’île d’Orléans pour y faire leur établissement. On s’efforça de les intimider&#13;
par la vue des Iroquois, qui désolaient le pays et qui étaient encore plus près de&#13;
Montréal. « Je ne suis pas venu pour délibérer, mais pour exécuter, répondit M. de&#13;
Maisonneuve ; y eût-il à Montréal autant d’Iroquois que d’arbres, il est de mon&#13;
devoir et de mon honneur d’y aller établir une colonie. »&#13;
Il partit sans différer et arriva le 14 octobre à l’île de Montréal. Le lendemain, fête&#13;
de Sainte-Thérèse, il en prit possession au nom de la Compagnie. Peu de jours&#13;
après, un des plus notables voulut y être associé. Il lui avait déjà donné sa maison&#13;
pour retirer une partie de ses marchandises. Ce fut dans la suite un entrepôt utile&#13;
et un correspondant fidèle. Mlle Mance passa l’hiver à Québec, tandis que les&#13;
autres allaient à la découverte. On lui fit bien des instances pour l’y retenir, mais&#13;
loin d’être ébranlée, elle gagna Mme de La Peltrie, fondatrice des Ursulines, qui&#13;
par une légèreté de femme, donnant un peu trop dans le goût des nouveaux&#13;
NDLR : Il ne s’agit pas de la Compagnie des Cent-Associés, qui avait à charge la colonie, mais de la&#13;
Compagnie de Montréal, soit la Société Notre-Dame de Montréal pour la conversion des Sauvages de la&#13;
Nouvelle-France. Elle fut dissoute en 1663 et légua ses biens au Séminaire de Saint-Sulpice.&#13;
131&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�établissements, voulait avoir part aux fondations de Montréal, comme elle en avait&#13;
eu à celles de Québec. Cette dame suivit Mlle Mance lorsqu’elle s’en alla au&#13;
commencement du printemps, mais rendue à sa première vocation, elle revint&#13;
bientôt à Québec, où elle passa saintement le reste de sa vie, comme nous dirons&#13;
ailleurs. À Montréal, on se logea sous des tentes. Le P. Vimont, jésuite, y dit la&#13;
première messe le 18 mai 1642. Tout l’été se passa à construire des baraques et à&#13;
faire une palissade de pieux pour se défendre contre les Iroquois, en attendant&#13;
qu’on bâtît des fortifications régulières, ce qu’on a fait depuis.&#13;
Cependant, la Compagnie augmentait si fort en France qu’on apprit l’année&#13;
suivante qu’elle était composée de 45 personnes, parmi lesquelles étaient Mme la&#13;
princesse, Mme la chancelière, Mme de Bullion, M. de Queylus, le fameux&#13;
M. de Renty, M. Olier, M. de Bretonvilliers, qui fut son successeur, et tout le corps&#13;
du Séminaire de Saint-Sulpice, à qui l’île de Montréal est demeurée par&#13;
l’acquisition que fit pour lui M. de Bretonvilliers en 1663 des droits de tous les&#13;
autres associés. Chacun contribua de son côté à la bonne œuvre, surtout&#13;
Mme de Bullion, qui donna des sommes considérables, mais qui par humilité le&#13;
faisait si secrètement qu’on l’a longtemps ignoré et qu’on ne connaissait la&#13;
bienfaitrice que sous le nom de « charitable inconnue ».&#13;
On travailla avec tant de succès dans la nouvelle colonie que malgré le petit&#13;
nombre d’ouvriers, il y eut en 1645 une église, un hôpital, une redoute bien faite&#13;
et des maisons convenables pour tout le monde. On fut heureux de s’être mis en&#13;
sûreté. Les Iroquois découvrirent ce poste et ne manquèrent pas de venir&#13;
l’attaquer. Pendant bien des années, Montréal fut le théâtre d’une guerre très&#13;
meurtrière, qui dans une infinité de surprises et de petits combats fit répandre&#13;
beaucoup de sang et exercer des cruautés inouïes. Mlle Mance quitta l’hôpital et&#13;
se réfugia dans le fort. Elle donna une partie des fonds de la fondation à&#13;
M. de Maisonneuve pour faire venir de France le secours dont on avait un besoin&#13;
si pressant.&#13;
Un autre objet bien important occupait le gouverneur. Il fallait songer au service&#13;
spirituel de la colonie. Les Jésuites l’avaient fait depuis son établissement, mais ils&#13;
ne pouvaient y être sédentaires, n’ayant ni maison ni revenu. Ils étaient encore en&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�trop petit nombre pour y suffire sans abandonner les missions sauvages, dont ils&#13;
faisaient leur capital. Ils témoignèrent qu’il fallait songer à établir quelque corps&#13;
ecclésiastique ou religieux qui se chargeât à l’avenir d’un ministère que la&#13;
multiplication de la colonie rendait de jour en jour plus difficile. Il était naturel que&#13;
M. de Maisonneuve pensât au Séminaire de Saint-Sulpice, avec qui il était uni&#13;
d’intérêt par son association. Ce fut donc sur ce corps respectable qu’il jeta les&#13;
yeux. Il fit un voyage en France pour en ménager le succès. La Compagnie entra&#13;
avec joie dans son dessein. Il ne fallut pas beaucoup presser M. Olier. Depuis&#13;
longtemps, il avait eu les mêmes vues et n’était entré que par zèle dans la Société.&#13;
Il donna trois de ses ecclésiastiques et mit à leur tête M. l’abbé de Queylus, auquel&#13;
il procura des lettres de grand-vicaire de l’archevêque de Rouen. Ce saint homme&#13;
finit par là sa carrière. La petite troupe apprit sa mort à Nantes, où elle était allée&#13;
s’embarquer au printemps de 1657. Elle fit son voyage heureusement et fut reçue&#13;
à Montréal avec la plus grande joie. Elle jeta les fondements d’un beau Séminaire,&#13;
qui est aujourd’hui une des maisons de la ville des plus régulières et des plus&#13;
grandes. Ces ecclésiastiques, par dévotion pour la Sainte Vierge, donnèrent le nom&#13;
de Ville-Marie à la petite ville qu’ils trouvèrent commencée et qui est aujourd’hui&#13;
presque aussi considérable que Québec. Mais malgré la dévotion généralement&#13;
établie pour la Mère de Dieu, l’usage a prévalu. Le public donna à la ville le nom&#13;
de Montréal. On ne se sert guère de celui de Ville-Marie que dans les actes publics&#13;
que passe le Séminaire.&#13;
Saint-Sulpice perdit, le 20 août 1660, son économe, M. Le Maître, prêtre plein de&#13;
piété, comme il était en sentinelle tandis que ses gens travaillaient à la moisson. Il&#13;
fut surpris et massacré par les Iroquois. On rapporte de lui un trait singulier.&#13;
Lorsqu’il demanda à M. Olier d’aller en Canada, il lui dit, pour marquer son zèle,&#13;
qu’il était prêt à courir de toutes parts pour chercher des Sauvages. « Vous n’aurez&#13;
pas cette peine, lui répondit M. Olier d’un esprit prophétique ; ils viendront bien&#13;
eux-mêmes vous chercher. » Cette communauté est devenue fort considérable. Elle&#13;
a défriché, peuplé et mis en valeur presque toute l’île et y jouit d’un grand revenu.&#13;
Elle eut d’abord toute la justice. On la lui disputa quelque temps après. M. Talon&#13;
la lui fit rendre en partie. Le roi nomme les officiers, mais elle a tous les autres&#13;
droits utiles et honorifiques des seigneurs justiciers. Elle a établi plusieurs&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�paroisses, bâti des églises, formé des missionnaires, donné des missions. On ne&#13;
peut rien ajouter au zèle et à la piété avec laquelle elle remplit ses fonctions.&#13;
Quelques-uns de ses ecclésiastiques suivirent les troupes que M. Tracy mena&#13;
contre les Iroquois dans l’expédition de 1665 et conjointement avec les Jésuites&#13;
rendirent aux soldats de grands services. L’un d’entre eux fut plusieurs jours sans&#13;
se déshabiller ni se coucher. La crainte d’une maladie contagieuse qui y régnait et&#13;
dont il fut attaqué lui-même, la disette de tout secours, la petitesse des huttes où il&#13;
fallait se renfermer avec les malades et que la puanteur rendait insupportables,&#13;
rien ne put ralentir son zèle. Dieu le bénit par la conversion sincère et la sainte&#13;
mort d’un grand nombre de pécheurs, qui avaient passé leur vie dans le crime.&#13;
Au reste, j’ai appelé communauté ce que dans le pays on appelle Séminaire, parce&#13;
qu’on n’y élève point des ecclésiastiques pour les saints ordres. Le vrai Séminaire&#13;
du diocèse est à Québec. On se borne à Montréal à desservir la paroisse de la ville,&#13;
celles de l’île et plusieurs dans le continent, à instruire des enfants et à entretenir&#13;
les missions pour les Sauvages, établies au lac des Deux-Montagnes, qui ont bien&#13;
réussi et où les filles de la Congrégation132 ont une école ouverte pour les&#13;
Sauvagesses. Parmi bien d’autres ecclésiastiques de mérite, j’ai connu deux&#13;
hommes très recommandables : M. de Belmont, qui a gouverné cette maison&#13;
pendant plus de 30 ans avec un zèle et une sagesse qui le faisaient estimer de tout&#13;
le monde, et M. Lescoat Le Pape133, homme d’une sainteté éminente, que bien des&#13;
contradictions même domestiques n’ont fait qu’épurer et mettre dans un plus&#13;
grand jour. Cette maison ne présente plus pour l’histoire aucun événement&#13;
intéressant. Le courant des affaires d’une communauté et d’une paroisse, quelque&#13;
saintement qu’on y vive et qu’on y travaille, frappe peu le public et le caractère&#13;
propre de Saint-Sulpice est un esprit de retraite et de vie cachée et commune qui&#13;
dérobe aux yeux du monde les trésors de mérite qu’on y acquiert à tout moment&#13;
devant Dieu.&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit des filles séculières de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, fondée par&#13;
Marguerite Bourgeoys.&#13;
133&#13;
Il faut plutôt lire : Le Pape Du Lescöat (Jean-Gabriel-Marie).&#13;
132&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�M. de La Dauversière ne perdait pas de vue l’hôpital qu’on s’était proposé de&#13;
fonder. Il était fort lié avec les religieuses hospitalières de La Flèche et de Beaugé134.&#13;
Il leur proposa d’aller s’établir au-delà des mers. L’exemple récent et dans leur&#13;
voisinage de la mère de l’Incarnation, qui de Tours allait en Canada, les&#13;
encouragea à marcher dans cette carrière périlleuse. Elles acceptèrent la&#13;
proposition avec joie. M. Olier, à qui on laissait avec raison la direction de toutes&#13;
les bonnes œuvres, y donna son consentement et prit avec elles au nom de la&#13;
Compagnie des engagements qui n’eurent pas d’abord leurs effets. On pensait&#13;
aussi à Québec à envoyer à Montréal des Hospitalières que Mme d’Aiguillon y&#13;
avait fondées. Ce projet paraissait plus naturel et plus facile, puisqu’elles étaient&#13;
déjà sur les lieux. Telles étaient les vues de Mme de La Peltrie, lorsqu’elle suivit&#13;
Mlle Mance. En 1658, deux hospitalières de Québec montèrent à Montréal sous&#13;
prétexte d’aller prendre l’air pour rétablir leur santé, mais dans le fond pour&#13;
préparer les esprits et prendre des mesures. M. de Maisonneuve, qui n’avait aucun&#13;
ordre de la Compagnie pour travailler à cet établissement, qui savait même qu’elle&#13;
pensait à une autre communauté, les reçut poliment, quoique surpris et&#13;
embarrassé. Mais Dieu, qui se joue des desseins des hommes, permit un accident&#13;
fâcheux, qui avança l’exécution du projet de M. de La Dauversière.&#13;
Mlle Mance fit une chute et se cassa un bras. Elle fut mal guérie et pendant deux&#13;
ans qu’elle traîna son mal, elle se crut estropiée sans retour. Privée de secours en&#13;
Canada, on l’engagea de passer en France pour y trouver du soulagement. Elle y&#13;
en trouva en effet, mais d’une espèce bien différente de ceux qu’elle y venait&#13;
chercher. Les médecins de Paris qu’elle avait consultés avaient jugé sa guérison&#13;
impossible. Elle n’en désespéra pourtant pas. Pleine de confiance, elle alla à SaintSulpice prier sur le tombeau de M. Olier et obtint de M. de Bretonvilliers qu’on mît&#13;
sur son bras le cœur de ce saint prêtre, qui se conserve avec vénération dans une&#13;
boîte de vermeil. Elle en recouvra aussitôt le parfait usage, qu’elle conserva libre&#13;
jusqu’à la mort, malgré des accidents et des chutes qui devaient le lui faire perdre&#13;
une seconde fois. Ce fut dans ce voyage que l’établissement des religieuses de&#13;
La Flèche à Montréal fut résolu. Mlle Mance arrivant de Québec à La Rochelle, prit&#13;
sa route par l’Anjou, vit à La Flèche M. de La Dauversière et l’instruisit des&#13;
134&#13;
&#13;
Il n’en était pas le fondateur (cf. Couanier de Launay, Histoire des religieuses hospitalières de SaintJoseph [France et Canada], Paris, 1887, vol. 1). Le procès ordinaire pour la Cause de béatification de M. de&#13;
La Dauversière a été célébré à Le Mans et à Montréal durant les années 1934 à 1936.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�tentatives des religieuses de Québec. Il en fut surpris et mécontent et comprenant&#13;
qu’il n’y avait point de temps à perdre, il mit tout en œuvre pour exécuter son&#13;
dessein. Mme de Bullion donna 20 000 livres pour la fondation et tous les associés&#13;
agirent si bien pour la faire réussir que les religieuses partirent le printemps&#13;
suivant.&#13;
Cependant, M. de Laval venait d’être sacré évêque de Pétrée et nommé vicaire&#13;
apostolique du Canada. Il fut instruit des affaires de l’hôpital et des démarches des&#13;
Hospitalières de Québec et, soit qu’il fût plus porté pour celles-ci, qui faisaient&#13;
beaucoup de bien en Canada, que pour celles de La Flèche, qu’il ne connaissait&#13;
pas, soit qu’il craignît la multiplication des différents instituts dans son diocèse et&#13;
qu’on lui eût fait regarder cette affaire comme déjà finie, il s’opposa au départ des&#13;
religieuses de La Flèche135. La Compagnie, alarmée, tint plusieurs assemblées où&#13;
le prélat fut invité. Il proposa ses difficultés. Mais instruit du véritable état des&#13;
choses et voyant la Compagnie décidée pour cette communauté et des fonds&#13;
assurés pour la fondation, il se rendit enfin et trois religieuses furent destinées à&#13;
s’embarquer avec Mlle Mance. La Sr Bourgeoys, dont nous allons parler au long,&#13;
fut aussi du voyage. Elle était revenue du Canada pour accompagner Mlle Mance&#13;
et pour gagner des prosélytes à sa congrégation. Elle en amena quatre et 32 jeunes&#13;
filles pour peupler le pays, dont elle fut la mère et la maîtresse dans la traversée.&#13;
Les religieuses que M. de La Dauversière s’était chargé de conduire à La Rochelle&#13;
trouvèrent bien de nouveaux obstacles. L’évêque d’Angers leur refusa la&#13;
permission de partir, M. de La Dauversière tomba malade et le peuple de&#13;
La Flèche, sur un faux bruit qu’on les enlevait par force, s’attroupa pour&#13;
l’empêcher. Dieu dissipa cet orage quand on s’y attendait le moins. L’évêque se&#13;
laissa fléchir, M. de La Dauversière recouvra la santé, quelques menaces&#13;
dissipèrent le peuple. Il fallut encore négocier à La Rochelle, où on refusait de les&#13;
embarquer. La traversée fut pour elles un noviciat bien rude. Une maladie&#13;
contagieuse se mit dans le vaisseau et emporta bien du monde. Ces saintes filles,&#13;
Mlle Mance et la Sr Bourgeoys, se livrèrent à leur zèle et eurent un très grand soin&#13;
des malades. Les tempêtes ne finirent point au port. La petite troupe essuya à&#13;
Québec de nouvelles difficultés de la part du gouverneur et des Hospitalières.&#13;
À propos de l’opposition apportée par Mgr de Laval au projet des sœurs hospitalières de La Flèche de venir&#13;
à Montréal, voir ce qui s’est dit au Doc. XXIII-21.&#13;
135&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Heureusement M. de Laval était arrivé quelques jours avant elle. Il fit en sa faveur&#13;
un des premiers exercices de son autorité, confirmant l’établissement et levant tous&#13;
les obstacles. Elle arriva enfin à son terme dans l’automne de 1659136. Cette&#13;
communauté fait beaucoup de fruit. Outre le secours corporel qu’elle donne aux&#13;
malades avec un zèle infatigable, elle a souvent procuré la conversion des&#13;
idolâtres, des huguenots et des libertins qu’elle a fréquemment dans ses salles. Ces&#13;
filles sont très pauvres et vivent dans une grande régularité. Leur maison a été&#13;
plusieurs fois brûlée. C’est une espèce de miracle qu’elles aient pu se soutenir et&#13;
vaquer avec la même générosité au service des pauvres. Le Séminaire exerça la&#13;
charité dans cette occasion d’une manière édifiante. Il reçut et entretint tous les&#13;
malades qui se trouvèrent à l’hôpital au nombre de 26. Les religieuses, dispersées&#13;
dans les maisons de la ville, se rendaient tous les jours pour les servir et les fêtes&#13;
et dimanches se rassemblaient dans le chœur de la paroisse, où elles figuraient et&#13;
chantaient l’office avec les ecclésiastiques. Venons maintenant à la Sr Bourgeoys.&#13;
&#13;
Marguerite Bourgeoys naquit à Troyes en Champagne d’une famille honnête mais&#13;
pauvre, le 15 avril 1620. Après avoir passé ses premières années dans une grande&#13;
innocence et fait vœu de pauvreté et de virginité, à 20 ans elle se présenta&#13;
successivement aux Carmélites et aux Filles de Sainte-Claire. Dieu, qui la destinait&#13;
à d’autres œuvres, permit qu’elle y fût refusée. M. Gendret, son directeur, forma&#13;
le dessein d’une communauté de filles pour instruire gratuitement la jeunesse. Le&#13;
bienheureux Pierre Fourier, curé de Mattaincourt, et Mme de Lestonnac avaient&#13;
déjà exécuté ce projet par l’établissement des Congrégations de Notre-Dame, le&#13;
cardinal de Sourdis et Mme L’Huillier par celui des Ursulines. Mais toutes ces&#13;
communautés étaient cloîtrées et M. Gendret voulait que la sienne fût libre, qu’elle&#13;
ouvrît des écoles partout où elle serait appelée et qu’elle allât aux offices de la&#13;
paroisse et donnât aux fidèles un exemple de l’assiduité qu’ils lui doivent. Ce plan&#13;
a été suivi par les Filles de la Foi ou Dames noires, par les Filles de la Croix, par&#13;
celles de l’Union chrétienne ou de Saint-Chaumont, les Dames de Miramion, etc.&#13;
M. Gendret chargea Mlle Bourgeoys et quelques autres de ses pénitentes de&#13;
commencer cette communauté et les logea dans la maison de Mme Cherli, sœur&#13;
NDLR : En fait, Mgr de Laval les retint à Québec afin de les convaincre de s’unir aux religieuses de&#13;
Québec ou de s’établir à l’île d’Orléans, mais les laissa enfin continuer leur route. Son approbation de la&#13;
Congrégation ne se fit qu’en 1676.&#13;
136&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�de M. de Maisonneuve, gouverneur de Montréal. Cet établissement ne dura pas.&#13;
Les sujets moururent ou se dispersèrent. Mais ce fut un essai de ce que&#13;
Mlle Bourgeoys devait faire un jour à l’extrémité du monde, dont elle tira de&#13;
grands avantages. Elle y eut occasion de faire connaissance avec celui qui devait&#13;
l’y mener et l’aider dans son entreprise.&#13;
M. de Maisonneuve avait déjà fait plusieurs fois le voyage de Canada. Les filles du&#13;
bienheureux Pierre Fourier, établies à Troyes, l’avaient vivement pressé de&#13;
prendre avec lui quelqu’une d’entre elles pour y aller planter une colonie de leur&#13;
ordre. Les conjonctures n’avaient pas paru favorables. Une communauté cloîtrée&#13;
traîne bien des embarras. Elle ne pouvait être que médiocrement utile dans un&#13;
pays où les maisons, en petit nombre, étant dispersées et éloignées, les enfants&#13;
auraient eu de la peine à se rendre à une école commune. Le gouverneur ne donna&#13;
que de légères espérances. Mlle Bourgeoys fut instruite de ces sollicitations et de&#13;
ces difficultés et se sentit pressée de Dieu de s’offrir à exécuter d’abord seule et&#13;
dans la suite, avec les demoiselles qui voudraient s’y joindre, le dessein qu’avaient&#13;
proposé les religieuses. Son directeur et plusieurs personnes pieuses approuvèrent&#13;
ses vues. Dieu parut y souscrire par des événements qui tiennent du prodige.&#13;
M. de Maisonneuve, à qui on en fit l’ouverture, accepta avec plaisir des offres qui&#13;
n’avaient plus les mêmes difficultés et l’année suivante, l’emmena en Canada.&#13;
Avant que de partir, elle fit donation de ses biens à sa sœur et à son neveu et&#13;
distribua aux pauvres ce qu’elle avait d’argent et alla s’embarquer à Nantes avec&#13;
le gouverneur. On comprend aisément l’étonnement de sa famille à cette nouvelle&#13;
et les efforts qu’elle fit pour empêcher un voyage que le succès pouvait seul&#13;
justifier. Tous les soupçons, les railleries, les insultes qu’eut à souffrir dans la route&#13;
et surtout dans la traversée une jeune fille seule, qui, par ses liaisons intimes avec&#13;
un homme de guerre qui fournissait à ses besoins, semblait être une concubine,&#13;
sous le masque d’une dévote.&#13;
Enfin, les incommodités et les dangers de la mer, infiniment plus sensibles à une&#13;
fille qui n’était jamais sortie de Troyes qu’à des marins accoutumés à la navigation,&#13;
rien ne l’arrêta. Elle arriva à Québec le 2 septembre 1653, d’où, sans s’arrêter, elle&#13;
monta avec son protecteur à Montréal. Ce n’était alors qu’un pays désert et inculte.&#13;
La première fois qu’elle y entendit la messe, une tente servait d’église et un arbre,&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�de clocher. C’est là qu’elle ouvrit son école, ou plutôt qu’avec une activité qui&#13;
semblait la multiplier, elle parcourait chaque jour une grande étendue de pays&#13;
pour aller chercher les écolières françaises et sauvagesses, dispersées çà et là. Elle&#13;
soignait les enfants, servait les malades, ensevelissait les morts, rendait toute sorte&#13;
de services aux soldats et aux pauvres. Ni le manque des choses les plus&#13;
nécessaires, ni l’hiver, insupportable en ce pays, ni l’été, presque aussi&#13;
incommode, ni la crainte des Sauvages, ni l’humeur farouche et indocile de leurs&#13;
enfants, rien ne put ralentir son zèle.&#13;
Voici un trait de sa charité aussi propre à édifier qu’à faire connaître son caractère.&#13;
On lui avait donné une paillasse, un matelas, deux couvertures et un oreiller.&#13;
L’hiver était très rude. Un soldat vint lui dire qu’il se mourait de froid et n’avait&#13;
rien pour se coucher. Elle va quérir son matelas et le lui donne. Quelque temps&#13;
après, un autre soldat vint lui faire la même plainte et celui-ci eut la paillasse. Deux&#13;
autres emportèrent les couvertures. Personne ne se présenta pour avoir l’oreiller.&#13;
À cela près, elle demeura sans lit et couchée le reste de l’hiver à plate terre, malgré&#13;
l’extrême rigueur de la saison. On l’a vue souvent dans des temps de disette&#13;
donner toutes les provisions qu’elle avait pour sa communauté et plus d’une fois,&#13;
par un miracle bien sensible, Dieu a multiplié si fort quelques boisseaux de blé qui&#13;
restaient au fond d’un grenier et quelque peu de vin qui était au fond d’une&#13;
barrique qu’il y a eu de quoi fournir à ses filles et aux pauvres jusqu’à la nouvelle&#13;
récolte.&#13;
Après cinq ans de travail, voyant qu’elle ne pouvait suffire à la moisson, la&#13;
Sr Bourgeoys résolut d’exécuter en Canada le plan qu’elle avait ébauché à Troyes&#13;
sous la direction de M. Gendret. Elle revint en France, d’où elle ramena l’année&#13;
suivante quatre demoiselles dignes, par leurs talents et leurs vertus, d’être les&#13;
premières filles de la Congrégation de Notre-Dame. Elles bâtirent une petite&#13;
maison et achevèrent une chapelle dédiée à la Sainte Vierge, que la Sr Bourgeoys&#13;
seule par son travail avait commencée et bien avancée avant son départ. Quand&#13;
elle eut jeté le fondement de sa communauté, elle fit un second voyage en France&#13;
pour faire une seconde recrue. Elle obtint des lettres patentes pour son&#13;
établissement et gagna cinq autres demoiselles. M. de Laval, qu’elle avait vu à&#13;
Paris en 1659, quand elle y vint avec Mlle Mance et depuis plusieurs fois en&#13;
Canada, avait beaucoup favorisé son zèle et fourni bien des secours. Il était alors&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�en France, où il était venu proposer l’érection de l’évêché. Il appuya à la Cour les&#13;
poursuites de la Sr Bourgeoys et après avoir examiné et approuvé son institut, il&#13;
lui donna solennellement l’habit et à ses compagnes dans l’église du Séminaire des&#13;
Missions étrangères et lui permit de tenir des écoles dans tout son diocèse137. De&#13;
retour en Canada, elle composa des règlements pour sa Congrégation. Le prélat,&#13;
qu’elle consulta, lui conseilla d’en faire l’essai pendant quelques années et de faire&#13;
encore un voyage en Europe pour voir ce qui se pratique dans les communautés&#13;
qui ont du rapport à la sienne. C’est là qu’elle a pris ces statuts si sages, si utiles, si&#13;
pleins de l’esprit de Dieu, que M. de Saint-Vallier a depuis solennellement&#13;
confirmés.&#13;
Le reste de la vie de la Sr Bourgeoys fut tout consacré au gouvernement de sa&#13;
Congrégation, pleine de travaux, de maladies, de vertus et de mérites. La&#13;
bénédiction de Dieu a été si abondante que la Congrégation compte plus de&#13;
150 sujets et possède des établissements en plus de 20 endroits du diocèse, où elle&#13;
tient école ouverte. La Sr Bourgeoys en a fondé la plupart, entre autres celui de&#13;
Québec, à la prière de M. de Laval. Mais contre l’intention du prélat, qui n’aurait&#13;
eu garde d’exposer sa vie, son zèle, son obéissance, la firent partir sans délai de&#13;
Montréal au fort de l’hiver.&#13;
Elle fit à pied plus de 60 lieues sur les glaces et dans la neige. Elle s’y donna des&#13;
mouvements infinis, portant elle-même les meubles qu’on lui donnait de la hauteville à la basse, où sa maison était située, et passa la nuit entière du Jeudi au&#13;
Vendredi saint à genoux et immobile devant le Saint-Sacrement, malgré l’extrême&#13;
rigueur du froid. Sept ans avant sa mort, elle se démit de la supériorité et renonça&#13;
à tous les offices qui pouvaient lui donner quelque part au gouvernement et après&#13;
s’être préparée à la mort, par la pratique de toutes les vertus intérieures, elle&#13;
mourut en odeur de sainteté le 12 janvier 1700, âgée d’environ 80 ans138. Elle avait&#13;
fait plusieurs miracles pendant sa vie. Il s’en fit beaucoup après sa mort. Son corps&#13;
À l’occasion d’une visite à Montréal en 1669, Mgr de Laval avait donné par écrit à la vénérable Marguerite&#13;
Bourgeoys et à ses compagnes la permission de diriger des écoles pour filles dans son diocèse. Cependant, il&#13;
ne donna l’approbation officielle à la Congrégation que le 6 août 1676 (Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A, p. 98, no 120)&#13;
138&#13;
La Cause de béatification de sœur Bourgeoys fut introduite l7 décembre 1898, et l’héroïcité des vertus fut&#13;
proclamée le 19 juin 1910#.&#13;
#&#13;
NDLR : Elle fut béatifiée en 1950 et canonisée en 1982.&#13;
137&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�demeura exposé pendant 30 jours sans aucune corruption ; son visage conserva un&#13;
air serein et dévot et ses mains demeurèrent croisées sur sa poitrine. Le concours&#13;
fut incroyable à ses obsèques.&#13;
Parmi une foule de témoignages que tout le monde s’empressait de rendre à sa&#13;
vertu, voici ce qu’en écrivit M. de Laval à la sœur supérieure : « La Sr Bourgeoys&#13;
était un fruit mûr pour le ciel. Elle était humble et simple. Dieu lui a fait bien des&#13;
grâces. Elle sera auprès du Seigneur une puissante protectrice de votre maison 139. »&#13;
M. de Saint-Vallier lui rendit un pareil témoignage.&#13;
Rien n’était plus humble, plus docile, plus mortifié, plus abandonné à la&#13;
Providence que la Sr Bourgeoys et ses filles ont toujours heureusement conservé&#13;
son esprit. « Je n’avais pas un doute, disait-elle, quand je vins en Canada et je n’ai&#13;
jamais promis à mes filles que la pauvreté et simplicité. » Elle n’a jamais souffert&#13;
qu’on exigeât de dot pour leur réception et dans la crainte qu’on en vînt enfin à un&#13;
usage si généralement reçu, elle a toujours refusé de s’unir à d’autres&#13;
communautés. « J’irais, disait-elle, chercher sur mes épaules une fille qui n’ayant&#13;
pas même un habit aurait une bonne vocation. » Ses exhortations à ses filles étaient&#13;
simples, mais pleines d’onction et de force. « Allez, disait-elle à une qu’elle&#13;
envoyait dans une mission éloignée, allez, Ma Sœur, ramasser les gouttes du sang&#13;
de Notre-Seigneur qui se perdent. » Elle disait en parlant de la charité : « Nous ne&#13;
devons pas seulement conserver en nous la charité que nous devons à nos frères,&#13;
nous sommes obligés de conserver en eux la charité qu’ils nous doivent ». Elle a&#13;
établi des assemblées de femmes et de filles, comme une espèce de congrégation,&#13;
où l’on fait des exhortations chaque semaine et de temps en temps des retraites&#13;
pour les externes, outre celles que la communauté fait régulièrement tous les ans,&#13;
à laquelle les dames pieuses sont admises.&#13;
Les sœurs séculières de la Congrégation de Notre-Dame ne font que de vœux&#13;
simples de chasteté, pauvreté et obéissance et pratiquent tous les exercices de la&#13;
vie religieuse sous la protection de la reine des apôtres, qu’elles regardent comme&#13;
leur chef et leur modèle. Leur habit est très simple. La robe, de serge noire, descend&#13;
jusqu’aux talons et est toute fermée sur le devant, la ceinture est de laine noire et&#13;
139&#13;
&#13;
D’ici jusqu’à la fin du 8e livre, l’auteur traite seulement de la vie et de la mort de Marguerite Bourgeoys.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�fait deux tours, le tablier d’une étamine noire, le mouchoir du col et la coiffure de&#13;
toile de Rouen, la coiffe de dessus d’étamine à voile. Elles portent, comme les filles&#13;
de la Visitation, une croix d’argent sur la poitrine, que M. de Saint-Vallier leur a&#13;
donnée, à l’exemple de saint François de Sales. Elles doivent enseigner&#13;
gratuitement aux jeunes filles la religion et la politesse, à lire et écrire et à travailler&#13;
aux ouvrages convenables à leur sexe, dans les villes et dans les campagnes et&#13;
jusqu’au milieu des Sauvages ; ce qu’elles font avec un très grand fruit. Elles&#13;
doivent être dirigées par des ecclésiastiques et le sont aujourd’hui par les MM. du&#13;
Séminaire de Montréal. L’office divin ne se fait point chez elles. Elles sont filles de&#13;
paroisse et selon l’esprit primitif de toutes les communautés, elles y assistent fêtes&#13;
et dimanches avec leurs écolières dans une chapelle qu’on leur a donnée, où elles&#13;
ont leur sépulture. C’est là que le corps de la Sr Bourgeoys fut enterré. On laissa&#13;
par grâce son cœur à ses filles. Il est enchâssé dans une boîte de plomb scellée dans&#13;
le mur de l’oratoire où elles font leurs exercices. Nous avons pris presque tout ce&#13;
détail de la vie qu’en a écrite M. de Ransonnet, avec autant de piété que d’élégance,&#13;
imprimée à Liège en 1728, dédiée à Mlle Dosquet, sœur de celui qui a été évêque&#13;
de Québec, et nous y avons joint les connaissances personnelles que nous avons&#13;
de cette communauté, pour laquelle nous avons beaucoup d’estime.&#13;
En 1709, je ne sais sur quel mauvais mémoire, le ministre d’État fit défendre aux&#13;
sœurs de se cloîtrer, de changer d’habit et de faire des vœux. Elles répondirent que&#13;
bien loin d’avoir voulu se renfermer, la clôture était contraire à leur esprit, à leurs&#13;
fonctions et à leur obligation d’assister à la paroisse ; qu’un habit religieux était&#13;
opposé à l’idée de congrégation séculière, que la Sr Bourgeoys avait entendu&#13;
instituer ; qu’elle n’avait jamais eu dessein d’instituer des religieuses, ni de faire&#13;
des vœux solennels, puisqu’elles conservaient la propriété de leurs biens ; qu’elles&#13;
faisaient seulement des vœux simples qui ne changeaient point leur état dans&#13;
l’ordre civil. Cet article de vœux simples ayant déplu au ministre, l’évêque prit&#13;
leur parti et répondit que cette matière, toute spirituelle et de pure direction, était&#13;
uniquement de son ressort, ou plutôt de celui de leur confesseur ; qu’on ne pouvait&#13;
empêcher personne de faire, selon sa dévotion, des vœux simples ; que tous les&#13;
jours, dans le monde même, on en faisait. Le ministre ne se paya point de ces&#13;
raisons et prétendit que les vœux, même simples, dans les communautés&#13;
regardaient la police générale du royaume, que les sœurs n’avaient été admises&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�qu’à titre de filles séculières et que leurs lettres patentes ne faisant aucune mention&#13;
de vœux, on ne pouvait rien ajouter à l’état sur lequel elles avaient été reçues. Une&#13;
autre raison plus vraie, c’est qu’on appréhendait que des vœux simples on ne&#13;
passât insensiblement aux vœux solennels, que pour favoriser la multiplication&#13;
d’une colonie qu’il était important de peupler, on voulait se rendre difficile sur les&#13;
vœux de chasteté. On en est demeuré là. On a pris une sorte de tempérament. Les&#13;
sœurs font des vœux simples pour un an et chaque année les renouvellent. Par là,&#13;
elles ont la liberté de quitter au bout de l’année.&#13;
On fit un autre projet, qui alarma cette Congrégation. La communauté de Montréal&#13;
en est le chef et le noviciat commun. Toutes les filles qui veulent y entrer sont&#13;
obligées de s’y rendre. C’est de là que partent tous les sujets qu’on envoie dans les&#13;
missions et ils demeurent toujours dépendants de la supérieure générale, qui y fait&#13;
sa résidence ordinaire et les rappelle ou les change à son gré. Cet arrangement a&#13;
ses avantages. La subordination, l’union, l’uniformité de conduite se conservent&#13;
bien mieux que si chaque mission était isolée et indépendante, outre qu’elle ne&#13;
pourrait pas se suffire et se perpétuer, ni suppléer aux sujets infirmes. D’ailleurs,&#13;
si quelqu’une venait à s’oublier, il ne serait pas aussi aisé d’arrêter ou de réparer&#13;
sans éclat le désordre qu’il l’est par des changements qui ne surprennent personne.&#13;
Mais il a ses inconvénients. Il expose à une grande dépense pour les voyages des&#13;
sœurs et des novices, outre le risque de renvoyer celles-ci à grands frais, si elles ne&#13;
sont pas admises à la profession. Ces inconvénients sont grands en Canada. On&#13;
n’y est pas riche et pendant six mois de l’année les chemins sont impraticables à&#13;
des filles. Les grands ordres, Jacobins, Cordeliers, Jésuites, etc. se sont partagés en&#13;
provinces et les congrégations considérables, Saint-Lazare, les Sœurs grises, les&#13;
Dames noires, qui se gouvernent comme celles de Montréal, ont été enfin obligées&#13;
d’établir des noviciats en divers lieux du royaume, quoique toujours soumis au&#13;
supérieur général qui demeure à Paris. On proposa aux sœurs de la Congrégation&#13;
de se partager dans ce goût, pour se rendre plus utiles, et d’établir un second&#13;
noviciat à Québec, où les sujets de la ville et des environs seraient reçus et d’où ils&#13;
seraient envoyés à moins de frais dans les missions du département. On ne&#13;
demandait rien au Montréal. Il y avait à Québec une maison qu’on offrait&#13;
d’agrandir, des fonds qu’on offrait d’augmenter, trois ou quatre sœurs qui en&#13;
étaient fort aises et dont on se contentait. La ville le désirait ; l’évêque n’en était&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�pas éloigné. La Congrégation se serait bien plus répandue ; elle aurait été plus en&#13;
état de multiplier les écoles dans ce canton, où, faute de sujets, elles sont en petit&#13;
nombre, quoique la plupart des paroisses en demandent. Les filles, moins&#13;
éloignées de leur patrie, auraient été plus contentes, au lieu que la plupart se&#13;
dépaysent à regret, s’ennuient, se dégoûtent, s’en vont sur de légers prétextes et&#13;
sont difficilement remplacées.&#13;
Mais la Congrégation ne goûta pas ce projet ; au lieu d’être flattée de cette&#13;
propagation, elle regarda comme perdues toutes celles qui seraient reçues à&#13;
Québec. Elle craignit que bientôt il n’y eût plus d’union ni d’uniformité entre ces&#13;
deux branches de l’institut et qu’on se rendrait enfin totalement indépendant. On&#13;
opposait un article des constitutions, qui veut que toutes les sœurs soient soumises&#13;
et rendent compte de tout à la supérieure générale ; mauvais prétexte, car outre&#13;
que ces règles n’étant pas confirmées par le pape, l’évêque peut en dispenser.&#13;
D’ailleurs, les ordres religieux sont-ils moins soumis à leur général pour avoir&#13;
plusieurs noviciats et plusieurs provinces ? Le supérieur immédiat est chargé d’un&#13;
détail pour lequel le recours au général ne serait pas moins onéreux qu’impossible.&#13;
Mais la supérieure générale ne voulut s’exposer, ni à avoir moins de sujets à&#13;
Montréal, ni à perdre une partie de son autorité en la partageant ; ce qui serait tôt&#13;
ou tard arrivé. Peut-être même qu’à la longue la communauté de la capitale aurait&#13;
attiré à Québec la générale elle-même et obscurci la communauté primitive.&#13;
Quoiqu’il en soit, il est vrai dans le fond que le nombre des sujets était encore trop&#13;
petit pour en venir si tôt à une division qui tôt ou tard sera inévitable, si la colonie&#13;
continue à se peupler. Il y a même une espèce d’antipathie nationale entre Québec&#13;
et Montréal, comme dans bien des provinces de France. Les communautés&#13;
religieuses de l’un et de l’autre n’ont guère de sujets que du lieu même et la&#13;
Congrégation en particulier, quoique très nombreuse, n’en a presque pas de&#13;
Québec, soit que les caractères soient différents, soit qu’on craigne de recevoir des&#13;
sujets que l’on connaît moins, soit que la parenté, l’amitié, le voisinage forment des&#13;
liaisons plus étroites et donnent plus de facilité.&#13;
Revenons aux autres objets qui occupèrent les premières années de l’épiscopat de&#13;
M. de Laval.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Livre neuvième&#13;
Les paroisses du diocèse de Québec ne sont pas gouvernées comme celles de&#13;
France par des curés en titre. À une quinzaine près sur plus de 100, elles n’ont que&#13;
des desservants amovibles qu’on appelle missionnaires, comme l’ordonna&#13;
M. de Laval, pour mieux conserver l’esprit de détachement et de zèle et se&#13;
souvenir de leur origine apostolique. Cet usage est conforme à celui de toutes les&#13;
Églises de l’Amérique, des Indes, de la Chine, du Japon, en un mot de toutes les&#13;
nouvelles Églises ; et pour le Canada, ce n’est qu’une exécution littérale de&#13;
l’ordonnance du roi du 26 avril 1669140, qui porte que pour se conformer autant&#13;
qu’on pourrait à la primitive Église, l’évêque de Québec ne fixerait&#13;
irrévocablement aucun prêtre dans les paroisses141.&#13;
Et pour prévenir la crainte de l’indigence dans laquelle pourraient tomber les&#13;
prêtres avancés en âge ou dont les pouvoirs seraient révoqués et qui se&#13;
trouveraient sans secours, le roi veut que le Séminaire se charge de leur entretien&#13;
et depuis les changements que M. de Saint-Vallier a faits, qui leur ôtent cette&#13;
ressource, le roi donne tous les ans une somme considérable pour être distribuée&#13;
aux prêtres usés et hors d’état de remplir leurs fonctions.&#13;
Dans le commencement de la colonie, il était impossible d’en user autrement, non&#13;
seulement dans les missions sauvages, la plupart errantes, où on ne peut établir&#13;
rien de fixe, mais même parmi les Français. Le pays s’est peuplé et les maisons ont&#13;
été bâties au hasard et de loin en loin au gré des particuliers. Comment fixer des&#13;
curés où il était impossible de fixer des cures ? Peu de paroisses sont encore bien&#13;
établies. Plusieurs missionnaires ont à desservir un terrain immense, à mesure que&#13;
le pays se défriche et se peuple. Il faut demander, séparer, multiplier les paroisses&#13;
pour la commodité des pasteurs et du peuple. Il n’y a guère que les environs de&#13;
Québec et de Montréal qui aient acquis le degré de consistance nécessaire pour&#13;
Ce décret est d’avril 1663.&#13;
Ce système de paroisses amovibles ad nutum episcopi [selon la volonté de l’évêque] fut aussi approuvé&#13;
ad tempus [temporairement] par la Sacrée congrégation de la propagande, comme on le note dans le procèsverbal de la réunion de cette Congrégation du 15 décembre 1666, dans lequel on lit : « Les églises paroissiales&#13;
seront dirigées par les curés comme il a été commencé, jusqu’à modification de l’autorité épiscopale. »&#13;
(Archives apostoliques du Vatican. Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 256, fos 53-59.)&#13;
140&#13;
141&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�former un bénéfice durable. La rareté des prêtres force encore à cette instabilité. Il&#13;
y a plus de la moitié des paroisses dont un zèle héroïque peut seul se charger. Une&#13;
santé de fer peut seule y suffire. Il n’y a point d’année qu’il ne faille déplacer&#13;
plusieurs missionnaires. Un bénéficier en titre voudra-t-il se prêter à ces&#13;
arrangements nécessaires et aller desservir une cure pauvre, difficile,&#13;
abandonnée ? On n’a que trop de peine d’y résoudre ceux qu’on peut y forcer. Que&#13;
serait-ce si on pouvait s’en défendre ? Un évêque qui a si peu de ressources serait&#13;
cent fois obligé de laisser les plus grandes paroisses sans secours. La disette des&#13;
prêtres met encore dans la nécessité d’envoyer sur leur bonne foi des jeunes gens&#13;
sortant du Séminaire dans des lieux écartés et difficiles, c’est-à-dire avec le plus&#13;
grand risque pour eux et pour les âmes qu’on leur confie. En général, il n’est que&#13;
trop ordinaire qu’un bénéficier fixé dans une paroisse ne songe qu’à jouir en repos&#13;
de son revenu, peut-être à enrichir sa famille et ne s’embarrasse guère de son&#13;
devoir. À l’abri d’un titre qu’on ne peut attaquer que pour des crimes grossiers et&#13;
avec des formalités infinies, il ménage peu des supérieurs de qui il ne dépend&#13;
guère et qui ne peuvent lui faire ni bien ni mal et il craint peu des fautes qui ne&#13;
sauraient être que légèrement punies. Mais un homme dont la vertu seule peut&#13;
fixer le sort tâche, par la régularité de sa conduite, de se conserver un emploi dont&#13;
il a besoin. L’intérêt vient au secours de la religion et rend la fidélité à son devoir&#13;
heureusement nécessaire. Danger plus grand en Canada. L’éloignement du chef&#13;
favorise la négligence et l’indépendance. Comment envoyer si loin des&#13;
commissaires faire le procès à un bénéficier scandaleusement coupable ?&#13;
Comment remédier de si loin au désordre de sa conduite et prévenir l’éclat d’une&#13;
dégradation ? Il est donc de l’honneur du clergé et du bien du diocèse que&#13;
l’évêque, selon sa prudence, puisse promptement et sans bruit déplacer un&#13;
mauvais sujet. Ces changements étaient dans le commencement d’autant plus&#13;
faciles que le clergé du Canada n’étant composé que de communautés, les&#13;
supérieurs étaient les maîtres absolus de tous les ouvriers.&#13;
Cependant, ce système n’est pas sans inconvénient. Si d’un côté il sert à&#13;
débarrasser d’un mauvais curé, de l’autre il rend les bons curés inutiles et les&#13;
expose à devenir mauvais. On ne s’attache guère à une église où on se regarde&#13;
comme en passant. Content de ne pas donner lieu aux plaintes, qui s’avise de&#13;
semer, de bâtir pour un autre qui viendra au premier jour profiter de ces travaux ?&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Comment connaître ses paroissiens et en être connu si chaque jour on est exposé à&#13;
changer de paroisse ? Comment s’arranger pour le temporel ? Quels meubles&#13;
acheter ? Quelles provisions faire qu’il faudra peut-être perdre demain ? Et quelles&#13;
dépenses pour toutes ces translations ! Un homme qui compte d’y passer sa vie&#13;
fait ses arrangements avec confiance et à loisir. Il se livre à son devoir. Il étudie le&#13;
caractère de ceux avec qui il doit vivre et tâche de s’en faire estimer. Il agit pour la&#13;
réformation des mœurs avec fermeté, avec autorité, avec confiance.&#13;
Mais quel zèle, quel succès peut avoir un homme toujours à la veille de quitter,&#13;
toujours inquiet sur les plaintes que le vice combattu ne manque pas de faire et&#13;
qu’il est assez ordinaire de voir écouter ? Les paroissiens donnent-ils leur&#13;
confiance à un pasteur incertain que la moindre chose leur peut enlever ? Le&#13;
craignent-ils ? Le ménagent-ils ? Au moindre mécontentement, ils vont demander&#13;
des changements, qu’ils savent n’être ni difficiles ni rares et il faut convenir que,&#13;
quoique le clergé du Canada soit un des plus réguliers, il y a peu de diocèses où&#13;
l’on fasse plus fréquemment des plaintes, à cause de la facilité de déplacement et&#13;
de la liberté qu’elle donne aux évêques d’écouter les plaignants. Enfin, est-il juste&#13;
qu’après avoir consumé sa jeunesse et ses forces, on coure le risque d’être sans&#13;
ressource à la fin de ses jours ? Ce danger n’était pas à craindre dans le système de&#13;
la communauté des biens. M. de Laval, toujours équitable, pouvait exiger une&#13;
dépendance dont il prévenait les suites fâcheuses.&#13;
Mais depuis que par la séparation du clergé chacun est abandonné à lui-même, un&#13;
évêque peut-il vouloir qu’on s’expose à être réduit à la mendicité ? Les religieux,&#13;
moins à plaindre, ont du moins l’asile de leur couvent. M. de Saint-Vallier, qui fit&#13;
ce changement, pouvait-il ne pas s’apercevoir qu’il se mettait dans la nécessité de&#13;
fixer les cures et qu’il était injuste de vouloir être le maître absolu de tous les&#13;
bénéfices et ôter toutes les ressources aux bénéficiers ? Le roi donne une somme&#13;
aux prêtres usés. Mais n’est-il pas le maître de supprimer ses largesses ? Et&#13;
l’évêque qui en fait la distribution, manque-t-il de prétextes pour en priver ceux&#13;
qui lui déplaisent ? Est-il donc impossible qu’un évêque se laisse prévenir, qu’il&#13;
agisse avec négligence ou par ressentiment, que la faveur l’emporte ? Cesse-t-on&#13;
d’être homme pour être évêque ? C’est partout l’esprit de l’Église de laisser chacun&#13;
dans son bénéfice, à moins qu’on ne lui fasse son procès.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Par toutes ces raisons, que je rapporte en historien, sans vouloir prendre de parti,&#13;
il est aisé de comprendre que la fixation des cures a fait naître bien des difficultés&#13;
depuis la séparation des biens, qui a répandu un esprit d’intérêt et de défiance. La&#13;
Cour s’en est souvent mêlée. Elle avait d’abord embrassé le système des&#13;
desservants amovibles. Mais depuis, sur les représentations faites de part et&#13;
d’autre, le roi a tenu une conduite ambiguë. Il a recommandé et quelquefois&#13;
ordonné au prélat de fixer les cures, mais il a fermé les yeux sur l’inexécution de&#13;
ses ordres et s’est contenté d’un petit nombre de fixations faites, ce semble, pour&#13;
l’amuser. Il a appuyé les évêques dans le moyen qu’ils ont pris pour ne pas les&#13;
fixer. MM. de Saint-Sulpice, qui desservent une vingtaine de paroisses, toujours&#13;
inflexibles, ont mieux aimé perdre quelques sujets qui avaient obtenu des titres et&#13;
la Cour les a soutenus.&#13;
Les Jésuites, qui étaient les seuls prêtres et par conséquent les seuls pasteurs en&#13;
Canada lors de l’arrivée du vicaire apostolique, lui remirent toutes les missions&#13;
françaises et se bornèrent aux missions sauvages et au soin du collège. Le prélat y&#13;
plaça des ecclésiastiques et peu à peu forma des paroisses, mais il n’en érigea guère&#13;
juridiquement. Ce ne fut que l’année avant sa démission qu’il en conféra une&#13;
quinzaine142 et laissa à M. des Maizerets, son grand-vicaire, le pouvoir d’en donner&#13;
à ceux qu’il jugerait à propos. Ce prélat ne se départait pas sans doute de son&#13;
système des missionnaires amovibles. Mais comme la Cour commençait à pencher&#13;
vers le système de la fixation, il crut devoir entrer dans ses vues et en essayer sur&#13;
un petit nombre dont il connaissait la vertu et dans des lieux considérables et bien&#13;
établis, où il paraissait plus nécessaire et où il y avait moins d’apparence de&#13;
changement143. Il préparait ainsi les voies à un successeur qui dans la suite,&#13;
voudrait se conformer à l’usage de France.&#13;
&#13;
Il est inexact d’affirmer que Mgr de Laval n’a érigé canoniquement aucune paroisse avant 1684 (la dernière&#13;
année avant de donner sa démission), puisqu’il a fondé 14 paroisses : une en 1664, sept en 1678 et six en&#13;
1684, comme l’indique la liste composée par les éditeurs des Mandements des évêques de Québec (vol. 1,&#13;
Québec, 1887, p. 569)#.&#13;
#&#13;
NDLR : Cette liste a été révisée en 2016 par Gilles Bureau, François de Laval, His Life and Times, en&#13;
annexe. Mgr de Laval a fondé 24 paroisses : une en 1664, 17 en 1678 et six en 1684.&#13;
143&#13;
On ne doit pas penser que le Serviteur de Dieu fût totalement opposé au système des paroisses&#13;
inamovibles. Sa réticence à ériger de telles paroisses se trouve plutôt dans les graves difficultés où il se&#13;
trouvait à cause du nombre insuffisant de prêtres et des villages, nombreux et distants, qui souvent ne&#13;
142&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Deux ans après, en 1686, le roi ordonna par une déclaration que tous les chapitres&#13;
et communautés de France chargés de cures s’en démettraient pour y établir des&#13;
titulaires. C’était un avis pour le Canada. Le ministre en écrivit à l’évêque. Mais la&#13;
déclaration du roi n’y fut pas publiée et il ne s’y fit aucun changement. En effet, il&#13;
y a bien de la différence entre les Églises de l’ancienne France et celles de la&#13;
nouvelle et entre les prêtres particuliers chargés d’une paroisse, quoique&#13;
amovibles, et une communauté dont les membres servant tour à tour ne peuvent,&#13;
ni bien connaître, ni être bien connus. Quoique les prêtres du Canada fissent une&#13;
espèce de corps, chaque paroisse avait pourtant son pasteur propre. Aussi la Cour&#13;
n’insista pas. Mais M. de Saint-Vallier ne s’en tint pas là. Malgré le petit nombre&#13;
de ceux que M. de Laval avait fixés et le penchant de la Cour pour la fixation, il ne&#13;
négligea rien pour faire rendre le titre à ceux qui se trouvèrent pourvus :&#13;
promesses, menaces, mauvais traitements, tout fut mis en œuvre. Ce fut une de&#13;
ses premières entreprises, qui commença de lui aliéner tous les cœurs. Quelquesuns, intimidés ou faciles, se laissèrent engager à faire démission. Plusieurs autres&#13;
aimèrent mieux encourir son indignation et garder leur bénéfice. Cependant, il a&#13;
fait lui-même quelques titres, en petit nombre, en faveur de certains sujets&#13;
distingués&#13;
&#13;
qui&#13;
&#13;
avaient&#13;
&#13;
mérité&#13;
&#13;
ses&#13;
&#13;
bonnes&#13;
&#13;
grâces&#13;
&#13;
et&#13;
&#13;
pour&#13;
&#13;
contenter&#13;
&#13;
M. de Pontchartrain, ministre d’État, qui lui a plusieurs fois écrit que l’intention&#13;
du roi était qu’on fixât peu à peu toutes les cures ; à quoi les évêques n’ont jamais&#13;
pu se résoudre.&#13;
Le chapitre, instruit des intentions du roi, se crut autorisé après la mort de&#13;
M. de Saint-Vallier à conférer sede vacante144 plusieurs des paroisses érigées et à en&#13;
ériger de nouvelles. Le nouvel évêque en fut offensé. La Cour entra dans ses vues&#13;
et blâma le chapitre et il est vrai que la vacance du siège étant litigieuse, les droits&#13;
pouvaient pourvoir à l’entretien d’un curé fixe. À ce sujet, dans le procès-verbal de l’assemblée plénière des&#13;
autorités ecclésiastiques et civiles du Canada tenue à Québec le 7 octobre 1678, on lit ce qui suit :&#13;
Il [le Serviteur de Dieu] était tout prêt d’obéir aux ordres de Sa Majesté tant par le respect&#13;
qu’il lui devait que parce qu’il était d’une nécessité absolue à son Église d’établir des cures&#13;
fixes dans les lieux dont les dîmes étaient capables de les faire subsister, pour se décharger&#13;
de la grande dépense qu’il est obligé de faire pour l’entretien des ecclésiastiques, qu’il a&#13;
élevés pour l’instruction des peuples et faire le service divin dans sa cathédrale, au besoin&#13;
desquels il aurait supplié Sa Majesté depuis plusieurs années d’avoir égard. (Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Polygraphie 5, no 7.)&#13;
144&#13;
NDLR : sans évêque.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�du chapitre étaient trop douteux pour faire cette démarche. Le prélat à son arrivée&#13;
obligea tous les nouveaux pourvus à faire leur démission. Le chapitre le vit avec&#13;
peine et menaça d’agir. Il avait tort. Ses droits, quels qu’ils soient, demeuraient&#13;
hors d’atteinte. Si le prélat par quelque acte juridique avait cassé ces titres et&#13;
déclaré les bénéfices vacants, les prétentions du chapitre en auraient souffert. Mais&#13;
une démission pure et simple laisse dans leur entier l’état des bénéfices et le droit&#13;
du collateur et semble confirmer l’un et l’autre en le supposant. On ne se démet&#13;
que d’un titre réel. À la mort de M. de Lauberivière, dernier évêque, le chapitre&#13;
hasarda encore quelques titres. Il ne fut pas plus heureux. M. de Pontbriand,&#13;
aujourd’hui évêque, eut un ordre de la cour de faire rendre tous les titres qu’on&#13;
avait pris.&#13;
Dans le fond, le chapitre n’était pas fondé. Il devait laisser les choses dans l’état où&#13;
il les trouvait à la mort de l’évêque. Les canons lui défendent de rien innover&#13;
pendant la vacance du siège, surtout dans des choses de cette conséquence, qui&#13;
changent l’état des Églises. La collation des bénéfices est un fruit qu’il faut réserver&#13;
au successeur. Dans les collations forcées, comme celles des gradués, le chapitre&#13;
est obligé de faire ce que l’évêque ne saurait refuser. Mais les collations volontaires&#13;
ne lui appartiennent pas, s’il n’en a le droit par une possession immémoriale ou&#13;
s’il n’en est collateur conjointement avec l’évêque, parce qu’alors il réunit les droits&#13;
du prélat avec les siens et qu’il ne serait pas juste de l’exposer à perdre les siens&#13;
par le délai. D’ailleurs, ces cures n’étaient pas proprement vacantes. Elles étaient&#13;
remplies de fait par l’autorité de l’ordinaire, de la manière dont elles ne l’avaient&#13;
été depuis la fondation du diocèse. Autrement, toutes les cures étaient également&#13;
vacantes et le chapitre, selon les principes, aurait dû les conférer toutes, au lieu&#13;
qu’il ne fit que six titres et aux mêmes prêtres qui les desservaient déjà depuis&#13;
plusieurs années. La manière de desservir les paroisses par des pasteurs ou&#13;
amovibles ou perpétuels est de pure discipline. Pendant bien des siècles, il n’y&#13;
avait pas de bénéfices en titre. L’évêque et le clergé ont vécu longtemps en&#13;
commun. Ce n’est que par succession de temps et sans aucune loi expresse que les&#13;
biens ecclésiastiques ayant été partagés, chacun s’est établi dans la possession de&#13;
son contingent et l’Église prenant un état plus stable, on a interdit ces variations&#13;
qui pouvaient avoir des suites fâcheuses.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Mais cette loi n’étant pas encore introduite dans cette Église naissante et les&#13;
évêques s’y étant constamment opposés, c’était changer l’état du diocèse par de&#13;
nouveaux arrangements ; ce qui passe l’autorité du chapitre, qui n’en est que le&#13;
tuteur. Il doit remettre sans l’altérer le patrimoine qu’on lui confie et l’autorité dont&#13;
il n’est que dépositaire. Dans les bénéfices ordinaires, un titre est une sorte&#13;
d’aliénation, puisqu’il prive pour cette fois le collateur de son droit et lui lie les&#13;
mains pendant la vie du titulaire ; à plus forte raison, des titres qui sont un nouvel&#13;
ordre des choses et mettent dans la nécessité de le continuer à l’avenir privent&#13;
d’une liberté que l’origine et l’usage avaient acquise. Le chapitre avait plus fait que&#13;
de conférer des cures déjà érigées. Il en avait érigé quelques-unes de son autorité,&#13;
sans nécessité, sans formalité ; en quoi on ne peut dissimuler qu’il n’eût de&#13;
beaucoup outrepassé ses droits.&#13;
Le clergé du Canada eut une autre sorte de différend avec les laïcs, par rapport à&#13;
la dîme. Que les pasteurs soient amovibles ou perpétuels, il est juste de pourvoir&#13;
à leur subsistance. La voie naturelle, c’est la dîme des fruits de la terre. Dieu luimême l’a tracée dans la loi de Moïse ; l’Évangile l’a confirmée : haec oportuit facere145.&#13;
L’Église l’a toujours suivie. Elle n’est point à charge au public : il ne donne que ce&#13;
qu’il recueille, le pasteur partage avec son troupeau la bonne et mauvaise fortune.&#13;
Mais comme la colonie était pauvre et les défrichements longs et coûteux, l’évêque&#13;
de Pétrée voulut qu’on fît quelque grâce aux habitants. Dans les lettres patentes&#13;
qui en établissant le Séminaire lui attribuent toutes les dîmes, il les fit taxer au&#13;
13e de tout ce qui en doit146.&#13;
Les colons, qui jusque-là n’avaient rien payé et contents d’admirer les travaux&#13;
apostoliques des missionnaires, ne savaient ce que c’était que paroisse, firent de&#13;
grandes plaintes et refusèrent d’abord de subir ce joug. Plusieurs arrêts du Conseil&#13;
et ordonnances de l’intendant, quoique accordés à regret et d’assez mauvaise&#13;
grâce, obligèrent peu à peu le peuple à la soumission et bientôt la loi eût été&#13;
NDLR : « Il fallait faire ces choses-ci. » (Matthieu 23 : 23)&#13;
Le décret royal d’avril 1663 de confirmation de la fondation du Séminaire de Québec (Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Archives du Séminaire de Québec, Séminaire 11, no 1)&#13;
approuvait expressément la disposition légale du Serviteur de Dieu sur les dîmes. Le Conseil souverain de&#13;
Québec, en enregistrant ce décret royal le 10 octobre 1663 et en le faisant promulguer dans toute la colonie&#13;
(Jugements et délibérations du Conseil souverain de la Nouvelle-France, Québec, 1885, vol. 1, p. 18 et&#13;
p. 169), donnait à la même disposition force de loi pour le Canada.&#13;
145&#13;
146&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�exécutée. Mais les brouilleries entre M. de Laval et M. de Mésy étant survenues,&#13;
on profita de ce temps d’orage pour la faire abolir. Peut-être le gouverneur ne futil pas fâché de mortifier le clergé et l’évêque, dont l’autorité lui était devenue&#13;
suspecte. Il fomenta les mécontentements et appuya les plaintes. La pauvreté des&#13;
habitants, le peu de commerce, la difficulté des défrichements en furent le spécieux&#13;
prétexte. Pendant plusieurs années, on fit je ne sais combien de projets,&#13;
d’accommodements, de négociations, qui furent tous sans effet.&#13;
D’abord, le prélat proposa par une déclaration expresse que pendant six ans on ne&#13;
paierait qu’un 20e et même rien la première année147. Bien loin d’y acquiescer, on&#13;
forma au Conseil du roi une opposition aux lettres patentes que le Conseil avait&#13;
enregistrées et le Conseil sursit à leur exécution. M. de Mésy écrivit en faveur des&#13;
habitants et déclara que la dîme ruinerait et ferait déserter la colonie. Pour aigrir&#13;
encore plus les esprits, on fit courir le bruit que le clergé donnerait une étendue&#13;
infinie à l’objet de la dîme, en dîmant sur les herbages, les bois, la volaille, les&#13;
moutons, etc. Le prélat fit publier dans toutes les paroisses qu’on ne dîmerait que&#13;
sur les grains venant de la culture des terres148. Tout cela ne suffisant pas ; il&#13;
prolongea par une déclaration le terme de six années à toute la durée de sa vie, si&#13;
elle allait au-delà, sans préjudice des droits de son successeur 149. Tout fut inutile.&#13;
La révolte fut générale et ce qu’il y a de singulier, elle ne fut en aucun endroit plus&#13;
marquée que dans les terres du Séminaire, à la côte de Beaupré, où il se faisait plus&#13;
d’aumônes. Il fallut en retirer les missionnaires, qui n’y étaient pas en sûreté et que&#13;
d’ailleurs on n’était pas en état d’y entretenir depuis qu’on n’en recevait rien.&#13;
Les choses demeurèrent près de quatre ans dans cet état. On ne paya rien aux curés&#13;
jusqu’en 1667, que M. Tracy, vice-roi*, M. de Courcelle, gouverneur, et M. Talon,&#13;
intendant, firent, à la prière de M. l’évêque, une ordonnance par laquelle il fut réglé&#13;
que les dîmes ne se paieraient qu’au 26e pendant 20 ans, sans préjudice après ce&#13;
temps-là du droit de les rétablir sur le pied de l’arrêt, qu’elles seraient fournies en&#13;
blé net et portées sans frais chez les curés, mais que pour éviter toute fraude, les&#13;
curés pourraient les faire estimer 15 jours avant la récolte, que l’évêque de son côté&#13;
Décret du Serviteur de Dieu du 10 novembre 1663 (Doc. XXXIII-1).&#13;
Décret du Serviteur de Dieu du 10 mars 1664 (Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 41,&#13;
no 36).&#13;
149&#13;
Décret du Serviteur de Dieu du 1er février 1664 (Doc. XXXIII-2).&#13;
147&#13;
148&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�ne serait pas tenu de donner des curés fixes, qu’il enverrait seulement des&#13;
missionnaires amovibles, à proportion des dîmes qu’il recueillerait pour les&#13;
entretenir, n’étant pas juste qu’on s’engageât à servir des peuples qui ne&#13;
s’engageaient pas à nourrir leurs pasteurs150. Cette condition faisait sentir leur&#13;
devoir aux habitants par la crainte de manquer de secours et conservait&#13;
l’indépendance du clergé. Cette espèce de capitation, que la nécessité arracha,&#13;
subsiste encore pour la plus grande partie.&#13;
Elle est tout au désavantage des curés. La liberté de ne pas payer sur le champ,&#13;
mais d’emporter tous les grains dans la grange pour les battre à loisir dans l’hiver,&#13;
selon l’usage du pays, et donner au printemps la 26e du grain net et criblé, outre le&#13;
délai du paiement, qui met dans la nécessité de faire toutes les avances pour vivre,&#13;
outre le risque de tout perdre par la maladie, la mort, le changement du curé ou&#13;
des habitants, l’incendie de tant de granges, la vente des maisons ou des domaines,&#13;
cette liberté expose à toute sorte de fraudes. L’habitant, après avoir fait attendre&#13;
son curé autant qu’il lui plaît, lui fait la part qu’il juge à propos. Et comment se&#13;
faire faire raison à tant de personnes ? Comment connaître et constater la fraude ?&#13;
Il faudrait cent procès chaque année, dont aucun ne réussirait. D’ailleurs,&#13;
l’habitant même de bonne foi bat peu à peu les grains et les mange à mesure,&#13;
surtout s’il n’est pas riche, comme en effet la plupart ne le sont pas et ne donne à&#13;
la fin que la dîme de ce qui lui reste ou de ce que la mémoire lui fournit, mauvais&#13;
garant d’exactitude. S’il est pauvre, si la récolte a été mauvaise, il mange tout et&#13;
content de dire qu’il en a eu besoin, il renvoie le curé à l’année prochaine, où il&#13;
n’aura pas davantage.&#13;
Ainsi, à peine paie-t-il le quart même de ce 26e. C’est encore priver absolument les&#13;
curés de toute la paille, ce qui pour le fourrage, les bestiaux, les autres besoins&#13;
d’une maison est un objet très considérable. L’estimation précédente est une&#13;
chimère. Comment estimer chaque année toutes les terres d’une paroisse ! Quels&#13;
frais dans tout un diocèse pour y faire promener des experts ! Comment faire&#13;
convenir tous les propriétaires de l’estimation ! Que de procès ! S’il survient&#13;
&#13;
Décret du 23 août 1667, publié par P.-G. Roy, archiviste de la Province de Québec, dans Ordonnances et&#13;
Commissions, etc., etc. des Gouverneurs et Intendants de la Nouvelle-France, 1639-1708, Beauceville, 1924,&#13;
p. 70-74.&#13;
150&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�quelque vimaire depuis l’estimation, n’est-il pas juste d’en tenir compte ? Nouvelle&#13;
estimation à faire, etc.&#13;
Quelque désavantageux que fût cet accommodement, le Conseil supérieur ne s’en&#13;
contenta pas et quatre ans après, il y fit des changements qui ont presque anéanti&#13;
les dîmes sans retour. Après les 20 ans passés, il n’a plus été possible de rien&#13;
obtenir. On a eu beau réclamer la clause alternative, les habitants y trouvaient trop&#13;
leur compte pour s’y résoudre. Le gouverneur, l’intendant, la Cour les a toujours&#13;
favorisés au préjudice du clergé et probablement le rétablissement ne se fera&#13;
jamais.&#13;
Ce fut par l’inspiration de M. Talon, alors intendant, fort prévenu contre le clergé,&#13;
que sans avoir consulté la Cour, le Conseil prit sur lui en 1667 de porter un arrêt&#13;
en forme de règlement, qui ordonne indéfiniment que par provision et sans&#13;
préjudice des lettres patentes accordées au Séminaire, la dîme ne serait levée qu’à&#13;
la moitié moins, c’est-à-dire au 26e, qu’elle se paierait en grain et non en gerbe, sans&#13;
faire aucune estimation préalable et que les terres nouvellement défrichées&#13;
seraient cinq ans exemptes de dîmes. Il n’en fallut pas davantage. Les habitants,&#13;
qui ne payaient qu’à regret, autorisés par le Conseil à une diminution si énorme, à&#13;
peine se crurent obligés de rien donner et allèrent beaucoup au-delà de l’arrêt. Le&#13;
Conseil employa inutilement son autorité pour soutenir son propre ouvrage. Et&#13;
comme si Dieu eût voulu punir cette injustice, la grêle, les brouillards, les insectes&#13;
perdirent la récolte pendant bien des années.&#13;
Le clergé ne put manquer d’en être fort mécontent. Il trouvait singulier qu’un&#13;
tribunal naissant anéantît des lettres patentes par lui-même enregistrées sans&#13;
aucune remontrance et exécutées pendant quatre à cinq ans. Il ne pensait pas&#13;
qu’une Cour séculière en eût le droit. L’établissement de la dîme, disait-on, soit&#13;
qu’on le dise de droit divin ou de droit ecclésiastique, est une matière purement&#13;
spirituelle. Une Cour souveraine juge du possessoire des dîmes, en examinant les&#13;
titres et la possession qui en fixe la quotité. C’est tout ce que lui accordent les&#13;
maximes gallicanes les plus favorables. Mais jamais le parlement n’a cru être en&#13;
droit de prononcer sur l’établissement primitif et ordonner l’anéantissement ou la&#13;
diminution d’une dîme juridiquement établie. Quand il n’y a ni possession ni titre,&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�comme il n’y en avait point en Canada, le droit commun doit servir de règle et l’on&#13;
doit prendre au 10e. Qu’à la bonne heure en faveur de la colonie on se fût réduit&#13;
au 13e, cette remise, faite du consentement de l’évêque, était légitime. Mais on ne&#13;
pouvait, contre l’institution divine ou ecclésiastique de la dîme, contre&#13;
l’établissement primitif de celle du Canada, malgré les oppositions du clergé, en&#13;
supprimer la moitié en la réduisant de 13 à 26 et même plus de la moitié, par les&#13;
arrangements que nous venons de rapporter. Mais les représentations du clergé&#13;
ne furent pas écoutées. La Cour n’attendit qu’une occasion pour confirmer les&#13;
règlements du Conseil.&#13;
Cette occasion ne tarda pas à venir et le clergé la fit naître. La raison secrète qui&#13;
avait fait agir le Conseil et l’intendant était que le Séminaire et l’évêque, qui en&#13;
était le maître, deviendraient trop puissants et trop riches, si, selon le système&#13;
d’alors, ils jouissaient du 13e de tous les fruits de la colonie. Cela pouvait arriver&#13;
dans la suite des siècles. Mais il faut convenir que ce danger était alors bien éloigné&#13;
et qu’on n’aurait pas pris ou fait semblant de prendre l’alarme si l’on n’avait été&#13;
prévenu contre le clergé. Pour rassurer les esprits, M. de Laval crut que le&#13;
Séminaire devait offrir de laisser la dîme aux curés et que par là, le rétablissement&#13;
qu’il demandait serait plus facile. D’ailleurs, les cures se multipliaient et il fallait y&#13;
pourvoir. Le Séminaire ne faisait en cela qu’un médiocre sacrifice. Les curés étaient&#13;
réellement les maîtres, quoique obligés d’en rendre compte, puisque la recette et&#13;
la dépense roulaient toutes sur leur bonne foi. Mais il se conservait la même&#13;
autorité, puisque les uns demeuraient toujours amovibles et également attachés à&#13;
la maison. L’augmentation de la dîme ne faisait que diminuer la dépense de leur&#13;
entretien, dont le Séminaire était chargé.&#13;
De leur côté, les habitants firent en paroles des avances considérables ; ils offrirent&#13;
de fournir à l’entretien des curés, si on supprimait les dîmes. Le clergé les prit au&#13;
mot et demanda seulement pour sa sûreté qu’ils en passassent une obligation en&#13;
forme par-devant notaire. Il ne s’en trouva pas un seul qui le voulût. L’intendant&#13;
se convainquit qu’il y a loin des paroles aux effets, qu’après tout, si l’on veut des&#13;
prêtres, il faut les alimenter et qu’ils manqueraient bientôt de tout, s’ils n’avaient&#13;
des revenus fixes et assurés. Mais on ne gagna rien. Par un édit du mois d’avril&#13;
1679, le roi, en acceptant les propositions, ordonne qu’on érigera des cures partout&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�où il sera nécessaire et que les dîmes appartiendront aux curés. Mais en même&#13;
temps, il confirme par provision l’arrêt du Conseil sur la quotité.&#13;
Cependant, sur les représentations du clergé que la dîme ainsi réduite ne suffisait&#13;
pas pour l’entretien des curés, le même édit ordonne que dans les paroisses où elle&#13;
ne serait pas suffisante, le Conseil supérieur y pourvoirait et ferait donner aux&#13;
curés, à titre de portion congrue, par les seigneurs et les habitants un supplément&#13;
proportionné. Ce n’était qu’une vaine espérance. Jamais on n’a pensé à exécuter&#13;
cet article. Ce moyen même était à charge. Obliger les curés à demander des&#13;
suppléments et les faire régler proportionnément à l’estimation des dîmes, c’était&#13;
les jeter dans une infinité de procès pour faire faire cette fixation et de procès&#13;
chaque année renaissants pour en obtenir le paiement et de procès bien douteux,&#13;
puisque le Conseil était juge et partie. Le roi a depuis terminé ces difficultés et il a&#13;
déchargé les paroisses du supplément, en donnant sur son domaine d’Occident&#13;
8 000 livres chaque année pour en tenir la place, dont 2 000 livres pour les curés&#13;
usés par vieillesse ou par maladie et 1 200 livres pour la bâtisse des églises&#13;
paroissiales. Ces trois sommes furent d’abord distribuées par l’intendant, mais&#13;
argent de Canada, quoique données argent de France, c’est-à-dire à 2/3 perte. Ce&#13;
qu’on n’a jamais pu faire revenir. Ensuite, elles furent remises au Séminaire&#13;
comme chargé de l’entretien des curés pour leur en faire la distribution.&#13;
M. de Saint-Vallier ayant depuis changé l’état du clergé, comme nous dirons en&#13;
son lieu, il obtint que la distribution de ces sommes fût confiée, à l’évêque à la&#13;
charge d’agir de concert avec le gouverneur et l’intendant. Il n’en est guère moins&#13;
le maître, ces Messieurs n’étant point d’humeur d’entrer dans ce détail avec lui.&#13;
Croirait-on que les Récollets, qui s’établissaient alors en Canada furent, peut-être&#13;
sans le vouloir, un des plus grands obstacles à cet établissement. Dans les paroisses&#13;
où ils étaient envoyés, ils se contentaient de la quête. Et pour mieux s’insinuer dans&#13;
les esprits, sans doute par zèle, ils s’offraient partout à desservir les cures&#13;
gratuitement, se contentant des aumônes qu’on voudrait leur faire. Ils firent les&#13;
mêmes offres à l’évêque et ensuite à la Cour. Le peuple, se voyant soulagé, leur&#13;
donnait plus abondamment et la comparaison qu’on faisait d’eux avec le clergé,&#13;
qui demandait la dîme, rendait les religieux favorables et les ecclésiastiques&#13;
odieux. On répandit le bruit qu’il mourait beaucoup de monde à la campagne sans&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�sacrements. Le fait était faux ; mais d’ailleurs, il n’eût eu rien de surprenant dans&#13;
une si grande étendue de pays par des chemins et des temps si mauvais avec un si&#13;
petit nombre de prêtres, qui même n’avaient pas de quoi vivre et à qui on ne&#13;
voulait rien donner. Il fallait tout le zèle du clergé du Canada pour y travailler ; il&#13;
fallait des miracles pour y suffire. Les Récollets furent soupçonnés d’entretenir ces&#13;
sentiments et il est vrai qu’ils y étaient intéressés, puisqu’ils en étaient mieux reçus&#13;
partout et même dans les paroisses qu’ils ne desservaient pas. Mais ces pères&#13;
étaient sans doute trop pieux pour pouvoir les en croire coupables.&#13;
Au reste, l’offre de se charger gratuitement de la desserte de toutes les cures était&#13;
une chimère. L’expérience fait voir tous les jours par la difficulté que trouvent ces&#13;
pères à entretenir un petit nombre de missions qu’on leur a confiées, qu’ils&#13;
n’auraient pu fournir un assez grand nombre de sujets. Le Séminaire, qui ne&#13;
s’occupe qu’à en former, a bien de la peine à y suffire. Les aumônes, sur lesquelles&#13;
ils comptaient, n’auraient pu les entretenir. Les quêtes rassemblées de tous côtés&#13;
et réunies dans une petite communauté sont bien différentes de ce que chaque&#13;
particulier peut ramasser pour lui-même dans un seul endroit. Bientôt ils auraient&#13;
perdu dans leur paroisse l’esprit de leur état et les supérieurs n’en auraient pu être&#13;
les maîtres. L’évêque encore moins ; leurs exemptions les soustrayant à son&#13;
autorité, ils auraient pu s’emparer de tout le diocèse en possédant toutes les cures&#13;
et se rendre redoutables. Ces raisons empêchèrent d’accepter leurs offres, d’autant&#13;
plus qu’alors, par un malheur qui n’est point arrivé depuis, il y avait quelques&#13;
récollets dont la conduite ne méritait pas la confiance de l’évêque151.&#13;
Malgré la condition stipulée et acceptée de la liberté de changer les curés, à laquelle&#13;
même le Conseil n’avait pas touché, M. de Frontenac, gouverneur, renouvela&#13;
quelque temps après la demande de la fixation des cures, la fit renouveler par les&#13;
habitants et en fit venir des ordres de la Cour. L’évêque, fatigué de tant de&#13;
poursuites, offrit de fixer toutes les cures dans lesquelles on ferait un fonds&#13;
suffisant pour l’entretien du curé. Rien n’était plus raisonnable. Il ne restait plus&#13;
qu’à convenir sur quel pied on paierait cet entretien. La portion congrue était alors&#13;
fixée en France à 300 livres au-deçà de la Loire et 200 livres au-delà. Cette règle ne&#13;
pouvait servir de loi en Canada. Cette somme y était évidemment insuffisante.&#13;
151&#13;
&#13;
NDLR : Au sujet des contentieux de Mgr de Laval avec les Récollets, voir la série Docs. XLIII.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Le gouverneur, l’intendant et les principaux habitants firent plusieurs assemblées&#13;
avec l’évêque et dans un grand mémoire, signé de tous, qui fut envoyé l’année&#13;
d’après à la Cour, il fut unanimement décidé qu’on ne pouvait pas donner moins&#13;
de 500 livres152. Sur quoi l’on donna des prêtres à toutes les paroisses qui&#13;
s’engagèrent à fournir cette somme en dîme ou en argent. Et même pour faciliter&#13;
l’exécution, le Séminaire se chargea de fournir pendant deux ans tout le reste de&#13;
l’entretien du curé dans les paroisses qui se chargeraient de le nourrir et tenir en&#13;
pension chez quelque habitant pour 300 livres ; ce qui fut accepté. Cette somme&#13;
paraît bien forte. En voici les raisons plus pressantes alors que le pays était si désert&#13;
et si pauvre. À l’exception du pain et de la viande, qui même souvent y sont bien&#13;
chers, il faut tirer de France généralement tous les besoins de la vie. Le fret, les&#13;
assurances, les commissions, les profits des marchands triplent le prix de tout. Il&#13;
faut plus d’habits et de meubles qu’en France pour passer un hiver très rude, qui&#13;
dure plus de six mois. On ne trouve rien dans les campagnes. Il faut apporter tout&#13;
de Québec et faire pour longtemps l’avance des provisions. L’argent de France&#13;
avait été augmenté en Canada d’un quart en sus, l’écu de trois livres en valait&#13;
quatre. Le marchand, pour ne pas perdre sur l’augmentation, surfaisait de&#13;
beaucoup les marchandises, etc. Ces considérations firent croire à tout le monde&#13;
que 500 livres étaient nécessaires, sauf à diminuer quand la vie serait devenue&#13;
moins chère.&#13;
Le ministre ne fut pas satisfait de cet arrangement. Il écrivit au gouverneur une&#13;
longue lettre où, raisonnant sur l’état des curés en France, il trouve de l’excès dans&#13;
cette somme. Il convient néanmoins de donner 400 livres. Il veut qu’on accoutume&#13;
le clergé peu à peu à s’en contenter. L’année suivante 1679, il fit ordonner par un&#13;
arrêt du Conseil qu’en dérogeant à la permission des curés amovibles accordée par&#13;
l’arrêt de 1663, toutes les paroisses seraient servies à l’avenir par des curés fixes et&#13;
sans avoir égard à la somme de 500 livres convenue, la portion congrue serait&#13;
réglée par le Conseil supérieur et fournie par le seigneur et les habitants en dîme&#13;
ou en argent, et que celui qui aumônerait un fonds pour bâtir l’église et ferait les&#13;
frais de la construction serait patron du bénéfice. Ce dernier article, dont il n’avait&#13;
Cette assemblée plénière où intervinrent l’évêque, le gouverneur, l’intendant et les principaux seigneurs&#13;
du Canada, fut tenue à Québec le 7 octobre 1678. On en conserve le procès-verbal au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Polygraphie 5, no 7.&#13;
152&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�jamais été question et qu’on croyait devoir engager bien des gens à faire cette&#13;
dépense, n’a servi de rien. Personne depuis ce temps-là n’a voulu acquérir des&#13;
patronats et on a cru depuis devoir supprimer ceux qu’on avait acquis auparavant.&#13;
Cet arrêt fut enregistré au Conseil supérieur de Québec le 30 octobre 1679153. En&#13;
conséquence, il fut ordonné que les seigneurs, habitants et curés auraient&#13;
communication de toutes les pièces et viendraient au Conseil dire tout ce qu’ils&#13;
jugeraient à propos sur la fixation des portions congrues, pour y être statué ce qui&#13;
conviendrait. Rien n’a été exécuté. Le clergé se présenta, mais aucun habitant ne&#13;
parut. On eut beau faire des représentations à la Cour, il vint de nouveaux ordres&#13;
de fixer les curés. On ajoutait que si une paroisse ne suffisait pas pour le nourrir,&#13;
on en réunit plusieurs. L’évêque consentit à tout, mais le peuple ne fut pas plus&#13;
docile et les paroisses devenant étendues de 20, 30 et 40 lieues, le service en fut&#13;
impossible. Il fallut surseoir à l’exécution des ordres. Sur de nouvelles&#13;
représentations, le roi accorda enfin les 1 000 livres de supplément argent de&#13;
Canada, qui deux ans après furent réduites à 400 argent de France ; ce qui a&#13;
subsisté depuis. On paye, tant bien que mal, le 26e du seul grain et on distribue&#13;
arbitrairement cette somme aux curés à qui la dîme ne suffit pas. On fixe quelques&#13;
curés dans les lieux où la dîme suffit ; ce qui n’a pas été suivi, les évêques ne&#13;
remplaçant point par des titulaires ceux qui viennent à mourir. On a fait en divers&#13;
temps bien des tentatives pour faire rétablir les dîmes ; les habitants s’y sont&#13;
toujours opposés. Le Conseil supérieur, le gouverneur et l’intendant les ont&#13;
toujours soutenus. En 1707, l’affaire des dîmes fut portée au Conseil du roi et par&#13;
un nouvel arrêt, le premier, qui n’était que provisoire, est devenu définitif et les&#13;
dîmes ont été fixées absolument au 26e, sans rien ordonner sur les portions&#13;
congrues, mais s’en tenant au supplément modique de 4 000 livres pour une&#13;
centaine de cures. En 1730, M. Dosquet, alors coadjuteur, remua de nouveau. Il ne&#13;
fut pas plus heureux et apparemment on n’y touchera pas de longtemps. Cette&#13;
suite de difficultés, de variations, de refus de fournir aux pasteurs la nourriture ne&#13;
permettent pas d’accuser d’opulence, ni de soupçonner d’intérêt un clergé qui en&#13;
servant l’autel n’y trouve pas de quoi vivre.&#13;
&#13;
C’est le 23 octobre que ce décret fut inscrit aux Registres du Conseil souverain de Québec (Bibliothèque&#13;
et Archives nationales du Québec, TL5, D135.2).&#13;
153&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Livre dixième&#13;
&#13;
La chapelle Sainte-Anne, érigée depuis en paroisse, est peut-être la plus ancienne&#13;
du Canada. Elle fut bâtie sur la rive gauche du fleuve Saint-Laurent, d’abord un&#13;
peu trop près du bord ; la marée, qui y montait quelquefois, obligea de la porter&#13;
plus haut sur un terrain donné à M. l’abbé de Queylus ; M. de Laval en 1666 ratifia&#13;
le contrat. Ce fut pour satisfaire la dévotion des matelots, qui presque partout ont&#13;
recours à cette sainte dans les dangers fréquents sur la mer, lui font des vœux avec&#13;
confiance et apportent leurs offrandes à la première église de ce nom qui se trouve&#13;
à leur arrivée. Ils en ont souvent éprouvé une protection particulière. Cette&#13;
chapelle est célèbre dans le pays par quantité de merveilles qui s’y sont opérées,&#13;
dont M. de Laval fit faire un recueil authentique154. La reine Anne d’Autriche y&#13;
donna de fort beaux ornements et M. Tracy, vice-roi*, y fit des présents&#13;
considérables. En 1676, M. Fillon, curé, la fit bâtir en pierre, grande et belle155.&#13;
Thomas Morel écrit la Relation de quelques-uns des miracles qui se sont opérés à Sainte-Anne de Beaupré&#13;
de 1662 à 1667, publiée le 24 juin 1680. Elle est suivie d’une lettre d’approbation, en latin, par Mgr de Laval.&#13;
Elle est conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Paroisses diverses,&#13;
no 72.&#13;
155&#13;
Quand le Serviteur de Dieu arriva au Canada en 1659, il trouva déjà une dévotion intense des colons&#13;
envers sainte Anne. Il s’engagea fortement à favoriser et à diffuser ce culte. Par exemple, le 3 décembre 1667,&#13;
dans le but de rendre toujours plus solennelle la fête de sainte Anne, il émit un décret par lequel il imposait&#13;
l’obligation du repos festif (Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 58, no 61). Le 8 octobre 1678,&#13;
il approuva le règlement d’une confrérie d’ouvriers en l’honneur de sainte Anne, mise sur pied à Québec&#13;
quelques années avant son arrivée, et qu’il avait toujours encouragée (Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A, p. 233, no 273). Mais son zèle pour la diffusion de cette dévotion se manifesta particulièrement&#13;
dans son affection pour le célèbre sanctuaire, centre de nombreux pèlerinages en l’honneur de sainte Anne,&#13;
au Petit-Cap, à une vingtaine de kilomètres de Québec. En 1658, une église avait été commencée au PetitCap sous la direction de l’abbé de Queylus, mais elle n’avait pas été terminée. Mgr de Laval, à peine arrivé&#13;
au Canada, reprit les travaux et y fit construire un sanctuaire à sainte Anne (Gosselin, Le vénérable François&#13;
de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923, p. 214-215). Il se rendit&#13;
souvent en pèlerinage à ce sanctuaire, soit seul, soit pour accompagner quelque éminent personnage, comme&#13;
le vice-roi Tracy. Ensuite, il fit faire par l’abbé Morel, curé de Sainte-Anne, une relation des miracles&#13;
extraordinaires obtenus au sanctuaire et attribués à l’intercession de la sainte. À cette relation, il ajouta une&#13;
lettre de présentation et obtint qu’elle fût inscrite dans les Relations des Jésuites des années 1665-1666. Plus&#13;
tard, lorsque Mgr de Laval se fut retiré du ministère, il entreprit sur demande expresse de son successeur,&#13;
Mgr de Saint-Vallier, la reconstruction du sanctuaire du Petit-Cap, qui avait été détruit. Comme nous le&#13;
savons, ce fut pour lui occasion de difficultés avec son successeur (cf. Doc. LI-IV, nos 11 et 14). À l’occasion&#13;
de cette reconstruction, il fit don à l’église d’un reliquaire d’argent et de deux cadres de valeur.&#13;
154&#13;
&#13;
Ajoutons que le Serviteur de Dieu nourrissait personnellement une grande dévotion à sainte Anne et attribuait&#13;
à son intercession, par la dévotion des fidèles du Canada, une aide spéciale dans la mise sur pied de la nouvelle&#13;
Église du Canada. À ce propos, il écrivit dans la préface de la relation de l’abbé Morel, mentionnée plus&#13;
haut : « Nous le confessons, rien ne nous a aidé plus efficacement à soutenir le poids de la charge pastorale&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�L’église du Château-Richer, dédiée à la Visitation de la Sainte Vierge, fut&#13;
commencée en 1658 par M. l’abbé de Queylus. On se pressa si fort d’y dire la messe&#13;
qu’on oublia de la bénir. Elle ne fut bénite que plus de 20 ans après, en 1685, quand&#13;
le clocher fut fini. En 1667, on bâtit celle de l’Ange-Gardien. Le Séminaire en acheta&#13;
le fonds. Elle ne fut d’abord que de colombage. M. Fillon, curé de Beaupré en 1675,&#13;
avant de l’être de Sainte-Anne, la bâtit aussi en pierre. Il employa 10 000 livres à&#13;
ces bâtisses. Comme il était procureur du Séminaire, il en employait les revenus à&#13;
sa dévotion. Il en fit l’aveu à sa mort. Il n’y avait à Beauport qu’une chapelle&#13;
domestique de M. Giffard, seigneur du lieu, dédiée à la Nativité de la Sainte&#13;
Vierge, où l’on disait la messe. On en fit une église paroissiale. M. Martin, curé, la&#13;
fit bâtir en pierre en 1672. Celle de la Sainte-Famille dans l’île d’Orléans fut bâtie&#13;
de même en 1676 par M. Paumier, curé, aux dépens du Séminaire. M. l’évêque en&#13;
était encore seigneur. Celle de Saint-Joseph, sur la côte de Lauzon, le fut en 1677&#13;
par M. Morel, curé. Mais c’est assez parler de l’érection de paroisses. Un plus&#13;
grand détail serait ennuyeux. Toutes les autres, au nombre de 100, ont été peu à&#13;
peu érigées et construites, quelques-unes en petit nombre par les seigneurs des&#13;
lieux et la plupart par les soins des curés, aux dépens en partie des deux Séminaires&#13;
des Missions étrangères et de Saint-Sulpice du côté de Montréal et en partie des&#13;
libéralités des paroissiens, qui ont volontairement donné du bois, des pierres, des&#13;
charrois et des journées. Elles sont aujourd’hui presque partout assez bien bâties&#13;
et entretenues. Il y a partout des fabriques établies et des bancs donnés à vie aux&#13;
particuliers, comme dans les paroisses de Paris ; ce qui fait un petit fonds à&#13;
l’entretien.&#13;
Dans les premiers établissements des paroisses, on avait accordé le droit de&#13;
patronage à un petit nombre de seigneurs justiciers qui avaient bâti des églises. Ils&#13;
en avaient joui quelques années auparavant, quoiqu’imparfaitement, puisqu’ils&#13;
étaient bornés à faire choix d’un desservant amovible. Cela même leur fut ôté. Il&#13;
est vrai que ce qu’ils avaient dépensé pour bâtir une méchante église de colombage&#13;
était bien peu de chose pour avoir le titre de patron et que le revenu des cures&#13;
n’était que la dîme et les libéralités du roi. D’ailleurs on voulait éviter les difficultés&#13;
de cette Église naissante, que la dévotion spéciale que portent à sainte Anne tous les habitants de ce pays,&#13;
dévotion qui, nous l’assurons avec certitude, les distingue des autres peuples. »&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�infinies que les nominations et les droits honorifiques font naître, difficultés dont&#13;
on avait des exemples à Québec dans les contestations journalières des&#13;
gouverneurs et des intendants sur les honneurs qu’ils prétendaient à l’église.&#13;
Enfin, l’évêque, pour gouverner son diocèse avec moins d’embarras, ne voulait&#13;
point de titulaires. L’église perdait, il est vrai, les largesses que l’espérance d’un&#13;
droit de patronage engage souvent à faire. Mais on était assez dédommagé par la&#13;
paix et la tranquillité si souvent troublée par les prétentions des fondateurs. Le roi,&#13;
par un arrêt de son Conseil du 17 mai 1699, supprima tous ces patronages, défendit&#13;
d’en accorder à l’avenir et attribua à l’évêque seul la pleine et entière collation de&#13;
toutes les cures formées et à former et ordonna que toutes les paroisses seraient&#13;
bâties en pierre ; ce qui s’est exécuté peu à peu. On ne souffre pas sur les murailles&#13;
des églises les litres et ceintures funèbres qui semblent si indûment faire porter à&#13;
la maison de Dieu les livrées d’un maître et traiter en vassal le Dieu qui y habite.&#13;
Mais on accorde aux seigneurs justiciers les honneurs ordinaires de l’eau bénite,&#13;
du pain béni, des prières au prône, d’un banc distingué, etc., selon la coutume de&#13;
Paris et la jurisprudence du Parlement.&#13;
La cure de Québec mérite une attention particulière. Ce ne fut d’abord qu’une&#13;
petite chapelle bâtie par M. de Champlain vers l’an 1615, dédiée à la Conception&#13;
immaculée de la Sainte Vierge et desservie par les Récollets jusqu’en l’année 1629,&#13;
que les Anglais s’emparèrent de Québec et les emmenèrent en Angleterre avec les&#13;
Jésuites156. La chapelle fut pillée et profanée ; mais Québec, trois ans après, ayant&#13;
été rendu à la France, la chapelle fut rétablie. Les Jésuites revinrent en Canada avec&#13;
la nouvelle colonie ; ils augmentèrent et embellirent la chapelle et ils y firent les&#13;
fonctions curiales jusqu’à l’arrivée de M. de Laval, entre les mains duquel ils la&#13;
remirent. Le prélat en chargea un ecclésiastique et cinq ans après, le 5 septembre&#13;
1664157, il l’érigea en paroisse dans les formes ordinaires et conféra ce nouveau et&#13;
premier bénéfice de Canada à M. Henri de Bernières, qui la desservait depuis&#13;
quatre ans.&#13;
NDLR : Ici, de La Tour confond deux chapelles. Celle en basse-ville, du côté de la rivière Saint-Charles,&#13;
Notre-Dame-des-Anges, fut bâtie en 1615 par les Récollets, qui la desservirent jusqu’en 1629, puis y&#13;
revinrent en 1670. Celle de Québec fut bâtie par Champlain en 1633, d’abord nommée Notre-Dame-deRecouvrance, puis Notre-Dame-de-la-Paix, puis Notre-Dame-de-l’Immaculée-Conception sous François&#13;
de Laval. Celle-ci fut desservie par les Jésuites jusqu’à l’arrivée du clergé séculier.&#13;
157&#13;
Il s’agit plutôt du 15 septembre 1664.&#13;
156&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Sur la fin de l’année 1664, M. l’évêque fit la bénédiction des trois premières cloches&#13;
du Canada, qui jusque-là n’avait eu que quelques clochettes. Ces cloches furent&#13;
fondues dans le pays. On commença à se servir des orgues que M. l’évêque avait&#13;
apportées de Paris. Sur ce modèle, un ecclésiastique, qui a du génie pour la&#13;
mécanique, en a fait dans plusieurs églises avec du bois seulement, qui rendent un&#13;
son fort agréable. Les Jésuites, en bien des endroits, ont consacré le 4e dimanche de&#13;
chaque mois à prier Dieu pour les âmes du purgatoire et se préparer à une bonne&#13;
mort. Le Saint-Sacrement est exposé chez eux ce jour-là, on y prêche, on y gagne&#13;
des indulgences. Le collège de Québec établit cette dévotion en 1665 avec&#13;
l’agrément de M. l’évêque. Mais pour mieux marquer l’union du clergé et des&#13;
Jésuites et faire part aux paroissiens de ces biens spirituels, il fut arrêté d’un&#13;
commun accord que cette fête se solenniserait alternativement un mois aux&#13;
Jésuites et un mois à la paroisse. Ce qui s’est exécuté depuis. Le pape a accordé&#13;
l’indulgence aux deux églises. Cette année, les enfants du Petit Séminaire, qui&#13;
étaient en grand nombre, eurent la dévotion de travailler à l’autel et au retable de&#13;
la chapelle de la Sainte-Famille. Ils y réussirent. On est adroit en Canada et Dieu&#13;
sans doute bénit leur zèle. Ce qu’il y eut de bien singulier, leurs études n’en&#13;
souffrirent pas ; elles ne furent jamais plus florissantes.&#13;
En 1666, on fit avec beaucoup de solennité la dédicace de l’église paroissiale le&#13;
2 juillet158, sous le titre de l’Immaculée-Conception de la Sainte Vierge, qui fut&#13;
quelque temps après changé en celui de la Sainte-Famille, comme nous le dirons159.&#13;
On fit ensuite la dédicace de l’église des Ursulines sous le titre de Saint-Joseph et&#13;
de celle des Jésuites sous le titre du Nom de Jésus et il fut ordonné que toutes ces&#13;
dédicaces se célébreraient à perpétuité le même jour. Cette année, célèbre dans&#13;
l’histoire du pays par les victoires que M. Tracy remporta sur les Iroquois, le fut&#13;
aussi par la dévotion de la colonie. À la ferveur d’une Église naissante se joignaient&#13;
la crainte des Iroquois et l’intérêt sensible d’une guerre si dangereuse. On fit&#13;
beaucoup de processions dans la ville et dans les paroisses. On célébra quantité de&#13;
messes, de saluts, de sermons, dans toutes les églises, et toutes les familles firent&#13;
&#13;
La dédicace de l’église eut lieu le 11 juillet 1664.&#13;
NDLR : La Tour confond encore deux chapelles : la cathédrale était dédiée à l’Immaculée Conception et&#13;
la chapelle du Séminaire, à la sainte Famille.&#13;
158&#13;
159&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�beaucoup de prières pour le succès de nos armes, qui en effet fut heureux par la&#13;
grâce de Dieu.&#13;
On fit encore la translation des reliques des saints martyrs Flavien et Félicité&#13;
apportées de Rome en 1662160 ; la procession solennelle alla dans toutes les églises&#13;
de la ville et du château, où on avait préparé un beau reposoir et où elles furent&#13;
saluées par plusieurs décharges générales de l’artillerie. Le vice-roi*, le&#13;
gouverneur, l’intendant et l’agent de la Compagnie portaient la première châsse,&#13;
les marguilliers la seconde, toutes environnées d’un grand nombre de flambeaux.&#13;
Tous les prêtres étaient en chasuble ou en chape, les diacres en tunique. On avait&#13;
trouvé le moyen de rassembler 57 ecclésiastiques ; ce qui alors était considérable.&#13;
Les Jésuites en surplis se mêlèrent sans distinction avec le clergé ; ce qui s’est fait&#13;
depuis à toutes les processions extraordinaires où ils ont voulu assister. Outre les&#13;
deux châsses, on portait des reliquaires avec des reliques insignes empruntées des&#13;
autres églises et qu’on y laissa en y faisant les stations. Ces deux châsses ont été&#13;
placées aux deux côtés du grand autel. La fête de la translation fut établie avec&#13;
octave le second dimanche de septembre. Il arriva un accident qui eût été funeste&#13;
sans une protection singulière de Dieu. L’église des Ursulines n’avait qu’un&#13;
plancher au-dessus d’une cave. Ce plancher, trop faible pour porter la foule,&#13;
s’enfonça. Plusieurs personnes tombèrent, entre autres M. l’évêque ; mais&#13;
personne ne fut blessé161. Dans les nécessités publiques, on a souvent descendu et&#13;
porté ces reliques en procession, comme on porte à Paris celles de sainte&#13;
Geneviève, et toujours avec succès.&#13;
La Confrérie de la Sainte-Famille avait été établie depuis plusieurs années à&#13;
Montréal et à Québec par les soins du P. Chaumonot, jésuite, et de&#13;
Mme d’Ailleboust. En 1664, on lui donna des règlements, que M. l’évêque&#13;
approuva au mois de mars 1665. Peu de temps après, il fit publier des indulgences&#13;
que le pape avait accordées et cette Confrérie fit de grands progrès dans tout le&#13;
diocèse. Il fit composer un office propre avec octave. La fête de la Sainte-Famille&#13;
160&#13;
&#13;
Selon l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval : premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708,&#13;
vol. 1, p. 490), Mgr de Laval aurait obtenu ces reliques de Rome par l’entremise de Mgr François Pallu, vicaire&#13;
apostolique du Tonkin, et il les aurait apportées au Canada en 1659.&#13;
161&#13;
NDLR : Cet incident n’est décrit nulle part ailleurs et Marie de l’Incarnation n’en traite pas. Peut-être,&#13;
comme pour la confrontation avec Mésy (cf. note 725), est-il issu d’une entrave réelle dans la procession, qui&#13;
fut augmentée lors des narrations.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�se solennise de première classe le 3e dimanche après Pâques. Toutes ces pièces ont&#13;
été rapportées dans un livre utile, imprimé en 1675 sous le titre de Solide dévotion à&#13;
la sainte Famille. Cette Confrérie ayant été établie dans une chapelle de la paroisse,&#13;
qui était dédiée à la Conception immaculée, M. l’évêque crut devoir changer le&#13;
titre de l’église en celui de la Sainte-Famille et réserver celui de la Conception pour&#13;
la première fête titulaire du chapitre, réservant le grand autel, qui lui était dédié,&#13;
pour le chapitre à venir et transférant celui de la paroisse à la chapelle, où il est&#13;
encore.&#13;
Il fut fait pour la paroisse plusieurs ordonnances, qui ont depuis servi de loi dans&#13;
tout le diocèse. M. Tracy, à la prière de l’évêque, ordonna que toutes les&#13;
publications sur des choses purement civiles se feraient à la porte de l’église, à&#13;
l’issue de la grand-messe et non au prône ; ce que le roi a depuis ordonné en&#13;
France. Ce même vice-roi, plein de religion, fit élever à ses dépens une grande croix&#13;
de 65 pieds de haut à l’entrée du Séminaire. Le 5 février 1677, M. de Laval rendit&#13;
une ordonnance nécessaire, mais singulière dans ses dispositions, à en juger par&#13;
l’usage de France. Il ordonna à tous les parents de porter au plus tôt leurs enfants&#13;
à l’église pour les faire baptiser, avec défense de les ondoyer à la maison sans une&#13;
grande nécessité et même alors de les porter le même jour à l’église pour suppléer&#13;
les cérémonies du baptême, sous peine d’interdiction de l’entrée de l’église&#13;
pendant&#13;
&#13;
un&#13;
&#13;
mois&#13;
&#13;
et,&#13;
&#13;
en&#13;
&#13;
cas&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
contumace,&#13;
&#13;
après&#13;
&#13;
trois&#13;
&#13;
monitions,&#13;
&#13;
d’excommunication ipso facto162. Cette ordonnance fut enregistrée dans toutes les&#13;
paroisses au registre des baptêmes et publiée pendant longtemps au prône de six&#13;
en six mois.&#13;
La simplicité des habits et la modestie des femmes avaient toujours régné en&#13;
Canada. Le luxe et l’immodestie commencèrent à s’introduire vers la fin du&#13;
dernier siècle et, malgré la pauvreté de la colonie, ont été toujours croissants. Il n’y&#13;
a point de mode qui n’y soit apportée par les vaisseaux et qui ne soit rapidement&#13;
adoptée, à l’exception du rouge ; les femmes canadiennes, du moins le grand&#13;
nombre, n’ont pas encore imaginé qu’il fallût se défigurer pour plaire et qu’un air&#13;
de furie dût gagner les cœurs. Pour arrêter le progrès du mal dans sa naissance,&#13;
Ce document se trouve aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 102, no 129. Nous ne&#13;
croyons pas nécessaire de le reproduire, puisqu’il est la simple répétition du décret relatif à la même question,&#13;
émis par Mgr de Laval en 1664 (Doc. XXXV).&#13;
162&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�M. de Laval porta une ordonnance le 26 février 1682 par laquelle il défend&#13;
d’approcher des sacrements, de présenter le pain béni, de venir à l’offrande, de&#13;
quêter aux portes des églises que dans un état très décent, aux curés de recevoir&#13;
les femmes qui n’y seront pas et à tout prêtre de leur administrer les sacrements163.&#13;
L’effet de cette ordonnance subsiste. Aucune femme n’ose paraître qu’avec&#13;
décence dans ces occasions. En général même, elles ne viennent à l’église que&#13;
décemment habillées et couvertes et bien plus qu’on ne l’est assez communément&#13;
en France.&#13;
Pour mieux assurer le service à perpétuité, le prélat unit la paroisse au Séminaire&#13;
qu’il venait de fonder, à la charge de la faire desservir en commun par les&#13;
directeurs après la mort ou la démission de M. de Bernières. Le chapitre fut érigé&#13;
quatre ans après164. L’état de la paroisse fut encore changé. Par la bulle de&#13;
Clément X du 13 novembre 1675, la paroisse fut éteinte et érigée en cathédrale et&#13;
le soin des âmes commis au chapitre, à la charge que les dignités, chanoines et&#13;
prébendés feraient les fonctions curiales partout ou les feraient faire par quelque&#13;
desservant, avec l’agrément de l’évêque165. Quoique la paroisse eût passé du&#13;
Séminaire au chapitre, elle n’avait pas changé de main. Le chapitre était uni au&#13;
Séminaire, ou plutôt le Séminaire et le chapitre n’étaient composés que des mêmes&#13;
personnes, et le service se faisait dans la même église, qui fut dès lors cathédrale&#13;
et paroissiale. Mais cette multitude de pasteurs, dont aucun n’était fixe, avait bien&#13;
des inconvénients. On le sentait en France, où beaucoup de chapitres et de&#13;
communautés étaient dans le même usage. Le roi, par l’édit de 1666, le changea et&#13;
fit conférer toutes les paroisses à des titulaires perpétuels qui fussent reconnus&#13;
pour curés. Le chapitre de Québec le sentait plus qu’un autre. Il était peu&#13;
nombreux, plusieurs chanoines étaient occupés dans les missions, le service du&#13;
chœur était incompatible avec celui de la paroisse et il n’y avait aucune raison de&#13;
se refuser aux intentions du roi qui désirait la fixation des cures desservies par des&#13;
communautés.&#13;
&#13;
163&#13;
&#13;
Mandement contre le luxe et vanité des femmes et filles dans l’église (Archives de l’archidiocèse de&#13;
Québec, Registre A, p. 130, no 172)&#13;
164&#13;
Comme on l’a déjà noté (Doc. XXIII-50), cette première organisation du chapitre de Québec était&#13;
provisoire ; on n’avait pas encore fixé ses rentes. C’est seulement en 1684 que Mgr de Laval, par un décret&#13;
émis à ce sujet, érigea officiellement et définitivement le chapitre de sa cathédrale.&#13;
165&#13;
La bulle d’érection du diocèse n’est pas de 1675, mais du 1er octobre 1674.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Le chapitre, par une requête présentée à M. de Laval, fit entre ses mains démission&#13;
de la cure de Québec le 13 novembre 1684, à condition qu’en mémoire de son&#13;
ancienne qualité de curé et de sa démission volontaire, il aurait droit d’administrer&#13;
seul le baptême pendant la quinzaine de Pâques et de faire l’office à tous les&#13;
enterrements où il assisterait en corps. Il ne prit pourtant pas la qualité de curé&#13;
primitif, qui en effet ne lui était pas due, puisque la cure était plus ancienne que le&#13;
chapitre et que ce n’est que par un abus des termes qu’on donne quelquefois ce&#13;
nom à ceux qui n’ont pas été originairement les premiers curés. Il fut aussi&#13;
convenu que le même office servirait les fêtes et dimanches pour la paroisse et&#13;
pour le chapitre, à l’exception des fêtes annuelles et celles des patrons, où l’on dit&#13;
deux grand-messes. Le même acte accorde au curé le rang et la qualité de chanoine&#13;
honoraire du jour de sa réception, la séance au chœur et sa place aux processions,&#13;
en aumusse ou en camail comme les autres, le droit d’officier et de faire sa semaine&#13;
à son tour sans avoir cependant l’entrée aux assemblées capitulaires, ni aucune&#13;
portion à la mense. Tout cela s’observe.&#13;
L’évêque accepta cette démission, érigea de nouveau la cure de son autorité en&#13;
tant que de besoin et de nouveau l’unit au Séminaire à la charge de desservir, non&#13;
en commun comme auparavant, mais par un titulaire fixe pris du corps au choix&#13;
du supérieur et de son conseil, avec l’institution canonique de l’évêque. Malgré&#13;
cette séparation de titre et de mense, qui fut bien plus grande dans la suite,&#13;
l’habitude et l’amour de l’union a fait subsister entre ces deux corps une sorte de&#13;
communauté de biens par rapport à la paroisse jusqu’en 1726, que le chapitre, le&#13;
Séminaire et la fabrique s’arrangèrent enfin sur les frais de la sacristie. Ils&#13;
agissaient si fort de concert que tous les articles de la dépense et de la recette de la&#13;
paroisse se trouvant confondus avec la dépense et la recette courante du Séminaire&#13;
et du chapitre, il fut impossible de se rendre aucun compte. On se fit, sans&#13;
discussion, une quittance générale du passé et on prit des arrangements pour&#13;
l’avenir.&#13;
Ce nouvel acte de réception et d’union du 14 novembre 1684 porte une clause que&#13;
sans doute en France on regarderait comme abusive. L’évêque défend au curé de&#13;
résigner ou de permuter son bénéfice, ni d’en disposer d’aucune autre manière&#13;
que par une démission pure et simple entre les mains du Séminaire. Il est vrai que&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�les résignations, permutations, induites, préventions, grades, regrées et autres&#13;
façons de disposer des bénéfices reçus en France sont inconnues en Canada.&#13;
L’éloignement de Rome les rend impraticables. Le bien de la colonie semble&#13;
demander qu’on n’y laisse pas ouvrir cette source intarissable de procès ; rien dans&#13;
les commencements n’eût été plus opposé à la dépendance absolue qu’on voulait&#13;
faire régner dans le clergé, jusqu’à ne donner aux curés que de simples&#13;
commissions. Je doute même que la Cour les y laisse jamais introduire, puisqu’elle&#13;
supprime jusqu’au patronage laïque, quoiqu’elle ne manque pas à la vacance du&#13;
siège d’exercer le droit de régale dans toute son étendue, ce qui ne paraît pas fort&#13;
conséquent.&#13;
On trouve dans ce même acte une autre clause encore moins régulière. M. de Laval&#13;
s’y réserve, à lui et à ses successeurs, à titre de redevance, trois écus d’or et&#13;
une livre de cire, payables chaque année par le curé à la fête de la Conception. On&#13;
a de la peine à comprendre comment un prélat aussi pieux et aussi éclairé a pu&#13;
regarder une portion de son troupeau comme une espèce de fief et un coopérateur&#13;
de son ministère comme un vassal qui peut être tenu à quelque redevance, à moins&#13;
qu’on ne dise qu’ayant donné tout son bien au Séminaire, à la charge d’entretenir&#13;
le curé, sans s’être réservé la nomination de la cure, il a voulu à titre de fondateur&#13;
faire reconnaître sa libéralité. Quoiqu’il en soit, ce tribut peu honorable, qui n’était&#13;
pas dans la première érection, que celle-ci ne faisait que renouveler, non plus que&#13;
dans les deux premières unions au Séminaire et au chapitre, ce tribut a été aboli et&#13;
n’a jamais été payé.&#13;
Comme cette union fut faite sur la démission du chapitre par une simple&#13;
ordonnance de l’évêque, sans enquête ni aucune formalité, elle a pensé déjà deux&#13;
fois être renversée et il est à craindre que dans la suite ce ne soit la matière de&#13;
quelque grand procès. Cela est arrivé. En effet, le Séminaire et le chapitre plaident&#13;
au Conseil du roi depuis plusieurs années ; je ne sais quel en sera le succès. À la&#13;
mort de M. Thiboult, curé, le chapitre réclama la cure. Il prétendit que la paroisse&#13;
ayant été supprimée et unie au chapitre par la bulle même d’érection de l’évêque,&#13;
le prélat ne pouvait, sans le consentement du pape, détruire son ouvrage contre&#13;
les dispositions d’une bulle sur laquelle était fondée sa propre autorité ; que la&#13;
démission n’ayant pas été légitimement acceptée, ni l’union régulièrement faite, le&#13;
chapitre rentrait dans son droit primitif. Ce procès fut assoupi. Le sujet proposé&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�par le Séminaire étant agréable à tout le monde, le chapitre lui fit titre de son côté,&#13;
aussi bien que le Séminaire, et pour contenter les deux patrons, on prit possession&#13;
en vertu de deux titres, sans préjudice des droits respectifs.&#13;
À la mort de M. Boullard, curé, M. Dosquet, évêque, s’opposa à la nomination du&#13;
Séminaire ; il prétendit que l’union étant nulle par les mêmes raisons qu’avait&#13;
autrefois opposées le chapitre et la démission du chapitre n’ayant été ni ne&#13;
pouvant être révoquée. Il était en droit de l’accepter et de faire l’union dans les&#13;
formes ou de séparer totalement la cure, comme aurait pu le faire M. de Laval,&#13;
puisque tout était entier par rapport à lui. Le chapitre n’ayant plus aucun droit&#13;
depuis sa démission et le Séminaire n’en ayant encore aucun à cause de la nullité&#13;
de l’union, le chapitre ne fit aucune démarche. J’en étais alors doyen et j’avais été&#13;
nommé curé par le Séminaire et le prélat m’offrait son titre ; mais le Séminaire,&#13;
pour ne pas risquer son droit, ne voulait pas que je l’acceptasse et prétendait que&#13;
je ne fisse valoir que le sien. Je ne voulus pas le bénéfice et la démission de son&#13;
évêché, que fit bientôt après M. Dosquet, termina le différend. Son successeur ne&#13;
fit aucune difficulté et M. Plante, nouveau pourvu, prit possession sans obstacle.&#13;
C’est depuis sa mort que le procès entre le chapitre et le Séminaire a été renouvelé&#13;
et se poursuit au Conseil.&#13;
Cependant, l’union de la cure au Séminaire fut confirmée à l’occasion de&#13;
l’augmentation de la paroisse. M. de Saint-Vallier étant venu en Canada en 1685,&#13;
obtint de M. le gouverneur un emplacement dans la basse-ville pour bâtir une&#13;
église succursale. Il la donna au Séminaire pour la desservir comme tout le reste et&#13;
confirma par une simple ordonnance, sans autre formalité, l’union faite par son&#13;
prédécesseur. Le roi la confirma encore par lettres latentes du mois de&#13;
décembre 1697, enregistrées au Conseil de Québec sans aucune procédure. Le&#13;
Séminaire a toujours exercé son droit de nomination depuis la mort de&#13;
M. de Bernières, premier curé. MM. Dupré, Thiboult, Boullard, Plante ont&#13;
successivement joui sans trouble, aux deux difficultés près dont je viens de parler,&#13;
qui n’ont point eu de suite. Les curés ont toujours été regardés comme le second&#13;
directeur ou premier assistant de la maison ; ils en ont été plusieurs fois supérieur,&#13;
et le Séminaire a continué de donner du secours à la paroisse. Elle est fort bien&#13;
desservie.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Livre onzième&#13;
La colère céleste s’est souvent manifestée par des prodiges surprenants, comme&#13;
des comètes, des météores, des tremblements de terre. La ruine de Samarie, de&#13;
Jérusalem, de Rome ont été précédées de ces tristes présages. Sans doute la&#13;
superstition des peuples les exagère ordinairement et souvent en imagine. Mais&#13;
on ne peut disconvenir qu’il n’y en ait de réels. Les philosophes s’efforcent de les&#13;
expliquer physiquement et sans doute la plupart n’ont rien que de naturel,&#13;
quoiqu’il y ait quelque chose de bien singulier dans l’assemblage des circonstances&#13;
qui les caractérisent. Mais il en est certainement où toute la sagacité philosophique&#13;
est forcée de recourir à la main de Dieu. Tels sont ceux qui arrivèrent en Canada&#13;
après le départ de M. de Laval, en 1662 et 1663. Les monuments en subsistent&#13;
encore et apparemment subsisteront pendant bien des siècles. La géographie et&#13;
l’hydrographie sont en bien des endroits considérablement changées ; on ne&#13;
connaît plus les anciennes cartes.&#13;
Quel que soit le principe de ces prodigieux événements, il est certain que la&#13;
corruption des mœurs était alors extrême en Canada, malgré les vertus héroïques&#13;
des missionnaires et des Sauvages convertis. Si la justice divine avait à sévir, jamais&#13;
il ne fut de temps où on le méritât davantage. Il venait même de s’ouvrir une&#13;
source du plus affreux désordre dans la traite de l’eau-de-vie, dont nous parlons&#13;
ailleurs ; ce qui avait été un des motifs du voyage du prélat en France. Dieu en tira&#13;
sa gloire et ces prodiges opérèrent dans les cœurs des changements merveilleux&#13;
qui firent régner la piété pendant bien des années. Heureux si elle s’y était toujours&#13;
soutenue avec la même ferveur !&#13;
Il est vrai que M. de Laval ne fut pas témoin de ces événements ; il était alors en&#13;
France ; mais ils entrent dans son histoire. Le public les regarda comme une&#13;
punition du mépris qu’on faisait de ses ordonnances et ils méritent par leur&#13;
singularité de n’être pas ignorés. Nous les tirons des Lettres de la mère de&#13;
l’Incarnation et de l’Histoire générale du P. de Charlevoix. Le plus effronté&#13;
pyrrhonien ne saurait s’inscrire en faux contre des faits si frappants, si publics, si&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�constatés, dont les Français et les Sauvages furent également témoins et effrayés et&#13;
dont il subsiste encore bien des preuves.&#13;
Pendant l’automne de 1662, on vit voler dans l’air quantité de feux sous différentes&#13;
figures fort bizarres. Sur Québec et sur Montréal, il parut une nuit un globe de feu,&#13;
qui jetait un grand éclat à Québec ; il ne fit que passer à Montréal. Il semblait s’être&#13;
détaché de la lune ; il fut accompagné d’un bruit semblable à celui du canon et&#13;
après s’être promené dans l’air l’espace de trois lieues, il alla se perdre derrière la&#13;
montagne. Le 7 janvier suivant, une légère vapeur s’éleva du fleuve et frappée des&#13;
premiers rayons du soleil, devint transparente. Elle avait pourtant assez de corps&#13;
pour soutenir deux parélies qui parurent aux deux côtés de cet astre. Ainsi, l’on&#13;
vit comme trois soleils rangés sur une ligne horizontale, éloignés les uns des autres&#13;
en apparence de quelques toises et chacun avec son iris, dont les couleurs variant&#13;
à chaque instant, tantôt étaient semblables à celles de l’arc-en-ciel et tantôt d’un&#13;
blanc lumineux, comme s’il y avait eu derrière un grand feu. Ce spectacle dura&#13;
deux heures entières ; il recommença le 11, mais fut moins sensible.&#13;
Ce ne fut là que le commencement. Près d’un mois après et le 5 février, sur les 5 ½&#13;
heures du soir, le ciel étant fort serein, on entendit dans toute la ville de Québec&#13;
un bruit semblable à celui que fait un grand feu et un bourdonnement&#13;
épouvantable, comme si un grand nombre de carrosses roulaient avec impétuosité&#13;
sur le pavé. Bientôt après, on entendit sous terre et sur la terre le bruit d’une mer&#13;
en fureur dont les vagues se brisent ; on entendait de toutes parts comme une grêle&#13;
de pierres sur les toits et sur les murailles et des éclats pareils à celui que feraient&#13;
des montagnes, des rochers et des pièces de marbre qui viendraient à s’ouvrir, à&#13;
se briser. Plusieurs s’imaginaient entendre des cris des Sauvages et se&#13;
persuadèrent que les Iroquois venaient fondre de toutes parts sur la colonie. Une&#13;
poussière épaisse, qui s’éleva en même temps et volait de tous côtés, fut prise pour&#13;
de la fumée et fit craindre un embrasement universel.&#13;
Cependant, tout le monde surpris et épouvanté à l’excès sortit de tous côtés des&#13;
maisons et courait les rues sans savoir où aller ; mais on fut bien plus étonné&#13;
lorsque l’on sentit le tremblement de terre. Tous les édifices furent secoués avec&#13;
tant de violence que les toits touchaient presqu’à terre, tantôt d’un côté tantôt d’un&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�autre, comme un navire dans les plus forts roulis. Les clochers paraissaient agités&#13;
comme le mât d’un navire ou comme les roseaux quand il fait grand vent. Toutes&#13;
les cloches, tous les timbres des horloges sonnaient confusément sans qu’on y&#13;
touchât. Les portes des maisons s’ouvraient d’elles-mêmes et se refermaient avec&#13;
un grand fracas. Les pieux des palissades ne faisaient que sautiller et tout cela dans&#13;
une horrible confusion des meubles qui se bouleversaient, des pierres qui&#13;
tombaient, des murs qui se fendaient, des planchers qui se séparaient, des&#13;
cheminées qui s’écroulaient. Les animaux couraient partout comme furieux et&#13;
poussaient des cris et des hurlements effroyables et, aussi bien que les hommes,&#13;
paraissaient comme frappés de la foudre. On n’entendait partout que des cris et&#13;
des lamentations ; on ne voyait que terreur et désespoir.&#13;
Les campagnes n’étaient pas moins affreuses. Quelque part qu’on allât, on&#13;
rencontrait ce que l’on fuyait, on ne voyait que des précipices et l’on s’attendait à&#13;
tout moment à en voir ouvrir de nouveaux sous ses pieds. Les arbres s’élançaient&#13;
en l’air avec autant de raideur que si une mine avait joué sous eux. On en trouva&#13;
qui s’étaient replantés par la tête, d’autres s’entrelaçaient comme des fagots.&#13;
Plusieurs personnes en ayant voulu embrasser pour s’y tenir ferme, ils en étaient&#13;
secoués avec violence et jetés au loin après avoir été rudement frappés ; ce que les&#13;
Sauvages attribuaient à quelque démon, leur ennemi, caché dans l’arbre.&#13;
Sur la côte du sud du fleuve Saint-Laurent, on voit encore ce qu’on appelle dans&#13;
le pays l’abatis du diable, c’est-à-dire que sur trois lieues de front, sur plus de 100&#13;
lieues de longueur, tous les arbres de cette immense forêt furent abattus et ne se&#13;
sont jamais relevés. Des montagnes entières se déracinèrent et allèrent se placer&#13;
ailleurs ; plusieurs s’enfoncèrent si bien qu’on ne voit plus qu’une plaine à leur&#13;
place et qu’on ne trouvait plus les arbres même dont elles étaient couvertes ;&#13;
ailleurs au contraire, on en vit naître et s’élever bien haut en mille endroits des&#13;
rochers renversés, des terres remuées, des forêts détruites, des arbres enfoncés&#13;
jusqu’à la cime.&#13;
Les eaux n’étaient pas un théâtre moins affreux de la colère divine ; on n’y était&#13;
pas plus en sûreté que sur la terre. Les glaces qui couvraient alors les rivières se&#13;
fracassèrent en s’entrechoquant, de gros glaçons furent lancés en l’air et de&#13;
l’endroit qu’ils avaient quitté, on voyait jaillir quantité de sable et de limon.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Plusieurs fontaines et petites rivières furent desséchées. Il y en eut dont on ne put&#13;
même distinguer le lit où elles avaient coulé. Dans d’autres endroits, on vit couler&#13;
de nouveaux torrents et de nouvelles fontaines. Ici les eaux devenaient rouges, là&#13;
elles paraissaient jaunes, ailleurs elles se trouvèrent ensoufrées ; mais rien ne&#13;
surprit davantage que de voir le grand fleuve Saint-Laurent, qui ne change jamais,&#13;
ni par la fonte des neiges, dont toutes les autres rivières sont changées, ni par plus&#13;
de 500 rivières ou fontaines qui s’y déchargent, changer tout à coup, prendre une&#13;
couleur blanchâtre depuis Québec jusqu’à Tadoussac, c’est-à-dire l’espace de&#13;
30 lieues ; ce qui dura pendant huit jours.&#13;
À moitié chemin de Tadoussac à Québec, deux montagnes s’aplatirent et des terres&#13;
qui s’en étaient écoulées, il se forma une pointe qui dure encore, qui avance un&#13;
demi-quart de lieue dans le fleuve. Des Français qui venaient de Gaspé dans une&#13;
chaloupe, étant vis-à-vis du Saguenay, furent fort étonnés de voir leur chaloupe&#13;
aussi agitée que si elle eût été dans la mer la plus orageuse, quoiqu’il ne fît aucun&#13;
vent ; surpris d’une chose si singulière, ils jetèrent les yeux du côté de la terre et ils&#13;
aperçurent une montagne qui, selon l’expression du prophète, bondissait comme&#13;
un bélier, puis tournoya quelque temps agitée du mouvement d’un tourbillon,&#13;
s’abaissa ensuite et s’abîma et disparut entièrement. Un navire qui la suivait eut&#13;
beau prendre le large, il n’en fut pas moins tourmenté ; les matelots les plus assurés&#13;
ne pouvaient s’y tenir debout comme dans les plus grands roulis et le capitaine&#13;
ayant fait jeter une ancre, le câble cassa. On a trouvé depuis dans la rivière&#13;
Saguenay, à plus de 100 lieues de son embouchure, une montagne qui avait été&#13;
transportée au milieu de son lit et qui en a détourné le cours et formé en cet endroit&#13;
un rapide fort dangereux. Au-dessus et au-dessous de Québec, le grand fleuve se&#13;
détourna d’une partie de son lit, demeura à sec et ses bords les plus élevés&#13;
s’affaissèrent en quelques endroits jusqu’au niveau de l’eau, qui resta plus de trois&#13;
mois bourbeuse et de couleur de souffre. Ces changements de lit ou de rivage ont&#13;
formé ou détruit plusieurs anses sur le fleuve. Il y eut vis-à-vis du cap Tourmente&#13;
de si grandes avalaisons d’eau qui coulaient du haut des montagnes que tout ce&#13;
qu’elles rencontrèrent fut enlevé.&#13;
L’air eut aussi ses phénomènes. On y entendait un bourdonnement continuel, il y&#13;
paraissait des flammes de toute sorte de figures, les unes de piques, les autres de&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�lances et des brandons allumés tombaient sur les toits sans y mettre le feu. Près de&#13;
Québec, un feu d’une grande lieue d’étendue parut en plein jour venant du nord,&#13;
traversa le fleuve et alla se perdre dans l’île d’Orléans. On a vu dans l’air un feu&#13;
en forme d’homme jetant des flammes par la bouche, beaucoup de spectres et de&#13;
fantômes portant en main des flambeaux et jetant des globes dessus de temps en&#13;
temps. Des voix plaintives augmentaient la terreur et se mêlaient à une confusion&#13;
de plaintes et de hurlements. Des marsouins ou vaches marines furent entendus&#13;
mugir devant les Trois-Rivières, où jamais aucun de ces poissons n’avait paru, et&#13;
ces mugissements n’avaient rien de semblable à ceux d’aucun animal connu. Au&#13;
milieu de tous ces phénomènes, les Sauvages, suivant leurs idées grossières,&#13;
s’imaginaient que les âmes de leurs ancêtres voulaient retourner dans leur&#13;
ancienne demeure ou de mauvais esprits qui passaient dans l’air et là-dessus ils se&#13;
mettaient à hurler pour leur faire peur, prenaient leurs fusils et en faisaient des&#13;
décharges pour les chasser. On voyait s’élever des vapeurs ensoufrées et des&#13;
fumées épaisses. Du côté de Tadoussac, il plut de la cendre pendant six heures en&#13;
si grande quantité que sur la terre et dans les barques il y en avait plus d’un pouce&#13;
d’épais, comme si le feu enfermé dans la terre avait fait jouer quelque mine et par&#13;
quelque ouverture avait jeté ces cendres, qui semblaient du sel brûlé, à peu près&#13;
comme aux environs du mont Vésuve, on en voit souvent la terre couverte.&#13;
La Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-Belgique166 ne furent pas plus épargnées&#13;
que le pays français et sauvage et dans toute l’étendue de 300 lieues de l’orient à&#13;
l’occident et de plus de 150 du midi au septentrion, la terre, les fleuves, les rivages&#13;
de la mer furent longtemps, mais par intervalle, dans cette agitation que le&#13;
prophète nous représente, lorsqu’il raconte les merveilles qui accompagnèrent la&#13;
sortie d’Égypte du peuple de Dieu et tout le monde dans cet état que l’Évangile&#13;
nous annonce séchant de crainte dans l’attente d’une mort prochaine et d’un&#13;
malheur universel.&#13;
Les effets de ce tremblement furent variés à l’infini. Jamais peut-être on n’eut plus&#13;
sujet de croire que la nature se détruisait et que le monde allait finir. La première&#13;
secousse dura [une] demi-heure sans discontinuer. Trois heures après, sur les 8&#13;
heures, il y en eut une seconde aussi violente que la première et dans l’espace&#13;
166&#13;
&#13;
NDLR : On devrait plutôt lire : la Nouvelle-Hollande.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�d’une demi-heure, il y en eut deux autres. Quelques-uns en comptèrent dans la&#13;
nuit suivante jusqu’à 32, dont plusieurs furent très fortes. Le lendemain sur les 3&#13;
heures du matin, il y en eut une très rude qui dura longtemps. Dans les intervalles,&#13;
on était sur terre comme dans un vaisseau qui est à l’ancre, continuellement agité&#13;
et on sentait un mouvement de trépidation et comme du pouls intermittent avec&#13;
des redoublements inégaux. On entendait en marchant et en frappant la terre&#13;
comme un bruit souterrain, comme on entend résonner les voûtes et les grandes&#13;
concavités, quand on marche ou qu’on frappe dessus. Les secousses étaient tantôt&#13;
précipitées par élancement, tantôt c’était une espèce de balancement plus ou moins&#13;
fort ; elles étaient quelquefois fort brusques, quelquefois croissaient par degré.&#13;
L’agitation était ordinairement moindre sur les montagnes, mais on y entendait&#13;
sans cesse un grand tintamarre. Peut-être que la frayeur et le trouble, l’horreur de&#13;
la nuit et du spectacle grossirent les objets et les multiplièrent ; mais il est certain&#13;
qu’aucune de ces secousses ne finissait sans laisser des effets sensibles et que ces&#13;
effets en mille endroits ont été prodigieux. Il est certain encore que la plupart des&#13;
gens ressentirent ces soulèvements de cœur et d’estomac, ces tournements de tête,&#13;
ces abattements et ces dégoûts, en un mot, ce mal de mer que l’agitation du&#13;
vaisseau fait éprouver à tous ceux qui n’y sont pas accoutumés.&#13;
La merveille fut que dans un si étrange bouleversement, qui dura plus de six mois,&#13;
personne ne périt, personne ne fut blessé. Dieu voulait sans doute convertir le&#13;
pécheur et non pas le perdre. Aussi vit-on partout de grandes conversions, même&#13;
parmi les Sauvages. Les confesseurs, obligés de passer tout le jour au&#13;
confessionnal, ne pouvaient suffire aux confessions générales que chacun voulait&#13;
faire et que la plupart faisaient les larmes aux yeux et la componction dans le cœur.&#13;
Des pécheurs scandaleux avouaient publiquement les abominations de leur vie. Il&#13;
se fit une foule de restitutions, les ennemis se réconcilièrent, les mauvais&#13;
commerces cessèrent ; les jeûnes, les macérations, les aumônes, les pèlerinages, la&#13;
fréquentation des sacrements, rien ne fut oublié pour apaiser la colère de Dieu. Les&#13;
églises ne désemplissaient pas et on ne pouvait modérer la ferveur générale ;&#13;
surtout pendant longtemps, il ne fut plus question de ces odieux trafics des&#13;
boissons enivrantes, qui avaient été la première source du mal et auquel, d’une&#13;
voix unanime, tous les Sauvages chrétiens l’attribuaient.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Le ciel se laissa fléchir enfin et tous ces phénomènes cessèrent. Mais quoique tout&#13;
eût recouvré sa première tranquillité, on ne se croyait pas encore au bout de tous&#13;
ces maux et il fallut bien du temps pour calmer tous les esprits. Plusieurs&#13;
craignaient que les feux souterrains, qui avaient causé de si grandes agitations,&#13;
n’eussent brûlé la terre et ne l’eussent mise pour longtemps hors d’état de rien&#13;
produire, outre que les exhalaisons brûlantes avaient causé une si grande&#13;
sécheresse que tout avait jauni dans la campagne et qu’après les secousses faites,&#13;
il y eut des pluies si abondantes qu’on avait sujet d’appréhender que tous les&#13;
grains ne fussent pourris ; mais on fut agréablement trompé et jamais la récolte&#13;
n’avait été plus belle. On s’était encore attendu que tant de terre remuée, tant&#13;
d’exhalaisons dans l’air, de si grandes révolutions dans les eaux, de si grandes&#13;
agitations dans les corps causeraient des maladies dangereuses ; cependant, il n’y&#13;
eut jamais moins de malades. Peu à peu, la tranquillité revint et le pays reprit sa&#13;
première forme, excepté dans les endroits où les dérangements avaient été&#13;
considérables, qu’il n’eût pas moins fallu qu’un nouveau tremblement de terre&#13;
pour le rétablir ; les montagnes restèrent où elles avaient été transportées, les&#13;
rivières ne retournèrent point dans leur ancien lit, celles qui avaient disparu ne&#13;
reparurent plus et les nouvelles continuèrent de couler et parmi les îles qui&#13;
s’étaient nouvellement formées, quelques-unes subsistèrent et s’accrurent même&#13;
avec le temps par le limon qui s’y attacha et des arbres qui s’y arrêtèrent ; mais les&#13;
autres se dispersèrent peu à peu par la force du courant. Un des plus considérables&#13;
effets, c’est l’accroissement de l’île aux Coudres, qui est à moitié chemin de&#13;
Tadoussac à Québec et d’un gouffre profond et très dangereux, qui se forma aux&#13;
environs et dont les anciens voyageurs ne parlent point.&#13;
Tous ces événements avaient été prédits à l’avance ; dès le commencement de&#13;
février, il s’était répandu un bruit sourd qu’il y aurait bientôt un tremblement de&#13;
terre dont on n’avait pas d’exemple dans l’histoire et ce bruit était fondé sur les&#13;
discours d’une personne éminente en piété, qui s’en était ouverte à un petit&#13;
nombre de ses amis et qui se donnait de grands mouvements pour engager tout le&#13;
monde à calmer par la pénitence le courroux du ciel irrité. Le 3 du même mois,&#13;
une Algonquine, fervente chrétienne, étant la nuit dans sa cabane éveillée et assise&#13;
sur son lit, entendit une voix bien distincte qui disait que dans deux jours, il&#13;
arriverait des choses inouïes. Le lendemain, étant dans la forêt avec sa sœur, elle&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�entendit encore très distinctement la même voix, qui lui dit : « Demain entre 5 et&#13;
6 heures du soir, la terre tremblera d’une manière terrible. » Elle rapporta ce&#13;
qu’elle avait entendu à ceux de sa cabane, qui se moquèrent d’elle. Une jeune fille&#13;
de la même nation, qui menait une vie toute angélique et avait été&#13;
miraculeusement guérie d’une maladie jugée incurable par les médecins, vit en&#13;
songe, la nuit du 4 au 5, la Mère de Dieu, qui lui marquait toutes les circonstances&#13;
de ce tremblement. Le soir du 5, peu de temps avant que le tremblement&#13;
commençât, elle parut hors d’elle-même et se mit à crier plusieurs fois de toute sa&#13;
force : « Ce sera bientôt ! », à peu près comme l’historien Josèphe le rapporte de cet&#13;
homme qui annonça la ruine de Jérusalem. Tous ceux qui entendirent cette fille&#13;
furent saisis d’horreur et de crainte.&#13;
La mère de l’Incarnation, dont nous parlons ailleurs fort au long et à qui ses vertus,&#13;
ses travaux, ses lumières, ses ouvrages ont assuré l’estime et la vénération de tout&#13;
le monde, avait reçu du ciel plusieurs avis, dont elle avait fait part au P. Lalemant,&#13;
son directeur167. Le 5 février, étant en oraison, sur les 5 ½ heures du soir, elle vit le&#13;
Seigneur extrêmement irrité contre le Canada et se sentit entraînée par une force&#13;
supérieure à lui demander justice des crimes qui se commettaient. Tout ce qu’elle&#13;
pouvait faire, c’était d’offrir à Dieu de ferventes prières, afin que sa justice ne fût&#13;
pas sans miséricorde et qu’en frappant les corps, elle voulût bien faire grâce aux&#13;
âmes. « Un moment après, j’eus, dit-elle dans ses lettres, un pressentiment ou&#13;
plutôt une assurance que la vengeance divine était prête à éclater et que le mépris&#13;
que l’on faisait des ordonnances de l’Église en était la principale cause. » Elle&#13;
aperçut aussi quatre démons furieux et enragés aux quatre coins de la ville de&#13;
Québec, qui agitaient la terre avec tant de violence qu’ils semblaient vouloir tout&#13;
renverser et une personne au milieu d’eux, d’une beauté admirable et d’un port&#13;
majestueux, qui de temps en temps lâchait la bride à leur fureur et la retenait&#13;
quand ils étaient sur le point de tout perdre. Elle entendit la voix de ces démons&#13;
qui disait : « Voilà bien du monde effrayé, nous prévoyons qu’il y aura beaucoup&#13;
de conversions ; mais cela ne durera guère, nous trouverons bien le moyen de&#13;
&#13;
L’auteur, s’appuyant sur une hypothèse émise par le P. de Charlevoix (Histoire et description générale de&#13;
la Nouvelle-France, Paris, 1744, vol. 2, p. 126), attribue cette vision prophétique du tremblement de terre à&#13;
mère Marie de l’Incarnation. C’est plutôt la vision de mère Catherine de Saint-Augustin, hospitalière de&#13;
l’Hôtel-Dieu de Québec, comme il apparaît dans son journal spirituel, édité par le P. Ragueneau, son directeur&#13;
spirituel (cf. La Vie de la mère Catherine de Saint-Augustin, Paris, 1671, Québec, [1923], p. 145-147).&#13;
167&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�ramener le monde à nous. » Une autre fois, étant devant le Saint-Sacrement pour&#13;
tâcher d’apaiser la colère de Dieu et s’offrant à être la victime de tout le peuple,&#13;
elle fut saisie de frayeur à l’aspect d’une personne pleine de majesté et de&#13;
puissance, sur l’habit de laquelle étaient écrites de toutes parts ces paroles : « Quis&#13;
ut Deus168 ? » Elle portait une balance dans une main et de l’autre, trois flèches, au&#13;
bout desquelles étaient écrites ces paroles : « Impiété, impureté, défaut de&#13;
charité. » Une autre fois, étant en oraison, elle aperçut dans sa chambre une lueur&#13;
qui représentait une épée nue et en même temps, elle entendit une voix éclatante&#13;
qui disait : « Sur qui, Seigneur, sur qui ? » Elle n’entendit point la réponse, mais&#13;
une foule de voix confuses qui poussaient des plaintes et des hurlements. Quelque&#13;
surprenantes que soient ces visions, dont chacun croira ce qui lui plaira, deux&#13;
choses sont incontestables : l’une, c’est qu’elles n’ont pas été faites après coup,&#13;
mais qu’elles ont été connues avant l’événement ; l’autre, que cet événement n’a&#13;
été que trop réel et trop affreux et qu’il ne pouvait être prévu et qu’à en juger par&#13;
l’effet qu’il produisit, il a tout l’air d’un avertissement du Ciel. Il n’est pas rare que&#13;
la miséricorde divine en pareille occasion avertisse les coupables que la justice de&#13;
Dieu est prête à les punir, afin qu’ils préviennent par la pénitence les châtiments&#13;
qui les menacent. Les histoires saintes sont pleines de ces traits de bonté, qui nous&#13;
font voir que Dieu ne veut point la mort du pécheur et qu’il ne tient pas à lui&#13;
qu’une sincère pénitence ne le ramène.&#13;
Nous allons reprendre l’histoire de la vie du saint prélat et des affaires publiques&#13;
qui se passèrent de son temps, auxquelles il eut quelque part.&#13;
Livre douzième&#13;
Les Jésuites ont les premiers porté la foi dans l’Amérique septentrionale, puisqu’ils&#13;
ont été les premiers au Port-Royal, à l’Acadie, à Pentagouet ; mais les Récollets sont&#13;
les premiers qui l’ont apportée dans le Canada proprement dit. M. de Champlain,&#13;
gouverneur général sous cinq vice-rois différents169, les y amena. Le sieur Nouel,&#13;
un des associés de la Compagnie, fort attaché à ces pères, les lui proposa. La&#13;
pauvreté dont ils font profession, qui dans la suite les en exclut pendant plusieurs&#13;
NDLR : « Qui est semblable à Dieu ? » (Psaumes 113:5)&#13;
(Note de M. de La Tour) Il s’agit du prince de Condé, du maréchal de Thémines, du comte de Soissons,&#13;
du duc de Montmorency et du duc de Lévis-Ventadour.&#13;
168&#13;
169&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�années, les fit préférer d’abord aux autres religieux. M. de Champlain crut qu’une&#13;
colonie naissante et fort pauvre, qui ne pouvait fournir aucun revenu, serait moins&#13;
chargée par des missionnaires qui vivent d’aumônes. Ses successeurs pensèrent&#13;
au contraire que des mendiants sont toujours à charge du public et qu’il valait&#13;
mieux avoir une communauté capable de posséder des fonds, avec qui on en est&#13;
quitte une bonne fois pour toutes en lui faisant des concessions qu’elle cultive à&#13;
son gré. Les Récollets se chargèrent de bâtir un séminaire, c’est-à-dire un collège&#13;
pour élever la jeunesse, selon le langage du temps170 ; quoique sans doute on eût&#13;
cultivé avec plus de soin les enfants qui auraient eu des dispositions pour servir&#13;
l’Église, on ne pensait guère alors à former un clergé. Le prince de Condé, vice-roi,&#13;
donna pour cet établissement 500 écus, sur la gratification qu’il avait reçue de la&#13;
Compagnie, et la Compagnie se chargea d’entretenir les religieux jusqu’à ce que le&#13;
séminaire fût bâti.&#13;
Le P. Jean Dolbeau, gardien, deux prêtres et un frère, tous de la province de Paris,&#13;
à laquelle cette mission fut attribuée, partirent de Honfleur, port de Normandie,&#13;
avec M. de Champlain au mois d’avril 1615. La traversée fut heureuse ; ils&#13;
arrivèrent à Tadoussac le 25 de mai suivant et ils y célébrèrent la première messe&#13;
qui ait été dite en Canada. Ils y firent peu de séjour et continuèrent leur route&#13;
jusqu’à Québec, où ils s’établirent. La petite colonie dont M. de Champlain avait&#13;
jeté les fondements, était composée d’une cinquantaine de personnes, hommes,&#13;
femmes ou enfants. Les années suivantes, il vint quelques autres religieux, qui&#13;
formèrent une communauté. On bâtit une chapelle, que ces pères, selon l’esprit de&#13;
leur Ordre, dédièrent sous le nom de l’Immaculée-Conception de la Sainte Vierge ;&#13;
c’est aujourd’hui la paroisse. Ils songèrent à se loger. M. de Champlain leur donna&#13;
un bel emplacement à un quart de lieue de Québec, sur la rivière Saint-Charles. Ils&#13;
y bâtirent un couvent sous le nom de Notre-Dame-des-Anges, où ils se proposaient&#13;
de faire le collège ; ce qui n’a pas eu lieu. Au reste ils choisissaient mal ; cet&#13;
éloignement de Québec était incommode. Ils le sentirent dans la suite et voulurent&#13;
s’établir dans la ville, mais ils y trouvèrent de grandes difficultés. Comme alors&#13;
rien n’était défriché aux environs de Québec et que l’emplacement était une belle&#13;
prairie, ils le préférèrent à une situation plus commode.&#13;
&#13;
NDLR : Ce collège était le projet des Jésuites, réalisé en 1635. Les Récollets bâtirent un hospice de NotreDame-des-Anges.&#13;
170&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Les Récollets firent d’abord les fonctions curiales à Québec, à Tadoussac et aux&#13;
Trois-Rivières et les continuèrent jusqu’en 1629. Ils furent faits prisonniers par les&#13;
Anglais et amenés en Angleterre. Pendant ces 14 années, ils se répandirent parmi&#13;
les Sauvages avec beaucoup de zèle et de charité, baptisèrent plusieurs enfants,&#13;
firent quelques prosélytes, dont la plupart ne persévérèrent pas ; mais la difficulté&#13;
d’apprendre la langue et le peu de fruit qui se faisait dans ces premiers temps les&#13;
obligèrent de revenir à Québec. La mort leur enleva le P. Pacifique Duplessis, fort&#13;
bon religieux, qui instruisait les enfants aux Trois-Rivières et qui fut généralement&#13;
regretté. Les Sauvages en firent périr un autre. Le P. Nicolas Viel, revenant à&#13;
Québec après avoir demeuré deux ans parmi les Hurons, se mit dans un canot avec&#13;
des Sauvages, qui y venaient aussi. Ils prirent leur route par la rivière des Prairies ;&#13;
c’est un bras du fleuve Saint-Laurent qui sépare l’île de Montréal de l’île de Jésus.&#13;
Au milieu de ce canal assez étroit, on trouve un rapide dangereux qu’on ne&#13;
s’expose guère à passer. Au lieu de faire un portage de 400 à 500 pas, ces barbares&#13;
se hasardèrent de le passer en canot. Le canot tourna, les Sauvages se sauvèrent à&#13;
la nage, mais le Récollet se noya. On ne douta point que, peu affectionnés comme&#13;
ils étaient à ce religieux, ils n’eussent pris cette route pour le faire périr sous&#13;
prétexte de naufrage, qui était comme inévitable. Ils se saisirent de ses effets et ne&#13;
s’embarrassèrent point de s’excuser. Cet accident a fait donner à ce rapide le nom&#13;
de sault au Récollet, qu’il porte encore. Le P. Pacifique avait rendu un grand&#13;
service à la colonie. Huit cents Sauvages mécontents s’étaient assemblés auprès&#13;
des Trois-Rivières dans le dessein de détruire tous les Français. Il en fut averti et&#13;
en donna avis à propos. On se tint sur ses gardes. Il manœuvra de son côté si bien&#13;
qu’il gagna plusieurs Sauvages et les amena tous enfin à une réconciliation sincère.&#13;
Les Jésuites vinrent vers ce temps-là se joindre aux Récollets pour travailler à la&#13;
conversion des Sauvages ; mais la guerre renversa bientôt tous leurs pieux&#13;
desseins. L’amiral David Kirke s’empara de l’habitation de Québec. Par un des&#13;
articles de la capitulation, les Récollets et les Jésuites eurent la liberté d’emporter&#13;
les vases sacrés et leurs livres. Mais la chapelle et leurs deux maisons furent pillées.&#13;
On les amena en Angleterre, d’où ils passèrent en France.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Ce malheur découragea les Récollets. Quoique l’habitation de Québec fût rendue&#13;
à la France trois ans après, ils ne reparurent plus en Canada que 40 ans après171. Il&#13;
n’y en avait point quand M. de Laval y vint et plusieurs particuliers s’étaient&#13;
emparés de leur terrain et de leur monastère, qu’ils eurent dans la suite assez de&#13;
peine à se faire rendre. Les Jésuites, à la paix, prirent la place vacante et&#13;
commencèrent l’église qui subsiste aujourd’hui. M. de Laval n’y trouva qu’eux&#13;
quand il en prit le gouvernement.&#13;
Les progrès que faisaient le clergé et les Jésuites réveillèrent l’attention des&#13;
Récollets. Quatre religieux, croyant la colonie assez bien établie pour n’avoir plus&#13;
à craindre les Anglais, s’embarquèrent pour la Nouvelle-France au mois de juin&#13;
1669. La traversée ne fut pas heureuse ; ils firent naufrage près du port. La&#13;
Compagnie du Canada ne les avait vus partir qu’avec peine, pour ne pas&#13;
surcharger la colonie par une communauté de mendiants qu’on aurait beaucoup&#13;
de peine à nourrir. Les oppositions se renouvelèrent lorsqu’après le naufrage on&#13;
avait proposé un second embarquement. Mais M. Talon, qui revenait à Québec en&#13;
qualité d’intendant, aplanit tous les obstacles et obtint le consentement de la&#13;
Compagnie. C’était leur protecteur déclaré. Six récollets arrivèrent avec lui à&#13;
Québec au mois de juillet 1670172. M. Talon se servit de son autorité pour leur faire&#13;
rendre leur maison et leur terrain ; ils y bâtirent un fort joli couvent173, qu’ils ont&#13;
depuis rendu à l’Hôpital général, pour s’établir dans la ville, où ils ont un des plus&#13;
beaux établissements de la colonie.&#13;
&#13;
Sur les motifs qui empêchèrent les Récollets de retourner au Canada avant 1671, cf. la bibliographie déjà&#13;
citée plus haut, p. 313, note 1#.&#13;
#&#13;
NDLR : Doc LXIII-17, note 1. La revoici :&#13;
Il serait inutile de reproduire dans cette Positio la longue discussion autour des causes qui&#13;
avaient empêché les Récollets de retourner au Canada en 1632 ; sur cette affaire, voir&#13;
Sixte Le Tac, récollet, Histoire chronologique de la Nouvelle-France, (1689), édition&#13;
Réveillaud, Paris, 1888, p. 165-170 ; Chrestien Le Clercq, récollet, Premiers établissement&#13;
de la foi dans la Nouvelle-France, Paris, 1691, vol. 2, p. 465 ; Faillon, Histoire de la&#13;
colonie française en Canada, Ville-Marie, 1865, vol. 1, p. 279-282 ; et Rochemonteix, Les&#13;
Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2, p. 184-187##.&#13;
##&#13;
NDLR : Le volume le plus récent est de Paul-André Dubois, Les Récollets en Nouvelle-France. Traces et&#13;
mémoires, 2019.&#13;
172&#13;
Ils n’arrivèrent pas en juillet, mais le 18 août.&#13;
173&#13;
Le Serviteur de Dieu célébra la première messe dans la nouvelle chapelle du monastère des Récollets le&#13;
4 octobre 1671 (cf. Chrestien Le Clercq, récollet, Premier établissement de la foi dans la Nouvelle-France,&#13;
Paris, 1691, vol. 2, p. 93).&#13;
171&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�M. de Laval avait toujours extrêmement honoré l’état religieux. Il était étroitement&#13;
lié avec les Jésuites. Mais il ne goûtait point l’établissement des Récollets en&#13;
Canada et il avait témoigné sa répugnance quand il en entendit parler. Il craignait&#13;
que la différence des intérêts et la diversité des principes dans la conduite des&#13;
âmes, si ordinaires entre le clergé et les religieux, ne troublât la paix d’une Église&#13;
naissante, où tout tire à conséquence que les idées d’exemption et d’indépendance&#13;
dans lesquelles les religieux mendiants sont communément élevés n’affaiblissent&#13;
la subordination. Il craignit enfin que des mendiants ne fussent à charge dans une&#13;
colonie très pauvre, où les légitimes pasteurs avaient tant de peine à vivre et à faire&#13;
subsister les pauvres, qui y étaient sans nombre. La protection décidée de M. Talon&#13;
augmentait ses alarmes. Ce magistrat, dans son premier voyage, s’était montré fort&#13;
prévenu contre le prélat et son clergé. On savait qu’il amenait ce nouveau corps&#13;
pour le traverser, pour donner à la colonie des ministres plus indulgents et à sa&#13;
dévotion et des correspondants à la Cour, correspondants dangereux par la facilité&#13;
qu’ont les Récollets, établis à Versailles, d’agir auprès des ministres ; ce qu’on a cru&#13;
depuis avoir plus d’une fois éprouvé. M. Talon se vantait de son côté d’avoir&#13;
apporté la liberté des consciences et les Récollets ont cent fois déclaré depuis dans&#13;
leurs discours et dans leurs écrits qu’ils étaient les martyrs de cette liberté et que&#13;
c’était là l’unique source des persécutions qu’ils souffraient. C’était bien clairement&#13;
annoncer la diversité de conduite.&#13;
On se trompait sans doute de part et d’autre dans ces jugements mutuels, parce&#13;
que des deux côtés il régnait beaucoup de piété. Quoiqu’il en soit, la charité est&#13;
généreuse. M. de Laval, plein de confiance en Dieu, considérant les besoins d’une&#13;
Église naissante, qui n’a jamais trop d’ouvriers, et trouvant du mérite dans ces six&#13;
religieux, leur fit et leur fit faire par son clergé l’accueil le plus favorable, leur&#13;
procura des secours abondants, leur fournit pendant plus d’un an la nourriture et&#13;
les meubles et quoiqu’ils fussent venus malgré lui, il leur donna d’abord quatre&#13;
missions : les Trois-Rivières, l’île Percée, la rivière Saint-Jean et le fort appelé&#13;
depuis fort Frontenac. Ces bons pères en furent surpris ; ils ne cessaient de louer&#13;
la charité de l’évêque et avouaient ingénument que n’étant venus que pour se&#13;
battre avec le clergé, ils ne pouvaient comprendre qu’on eût pour eux tant de&#13;
bonté. C’étaient de bons religieux qui furent toujours unis au clergé. Le caractère&#13;
de leurs successeurs fut bien différent.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Il fallait avoir un couvent. Le roi leur en accorda les lettres patentes avec&#13;
1 200 livres de pension, à condition de ne pas quêter. C’était en vérité trop exiger&#13;
d’eux et le roi apparemment ne s’attendait pas à être obéi sur cet article. La pension&#13;
fut payée, mais la quête se fit à l’ordinaire. Il est vrai qu’ils prétendirent que ne&#13;
pouvant en qualité de Franciscains jouir d’aucune pension, ces 1 200 livres&#13;
n’étaient données que pour les missions et non pour le couvent et que c’était le&#13;
couvent, et non les missionnaires, qui faisait la quête. Les lettres patentes sont&#13;
datées du camp de Condé, au mois d’avril 1676. On leur rendit l’emplacement&#13;
qu’ils avaient autrefois sur la rivière Saint-Charles. Ils y bâtirent une maison et une&#13;
église assez jolie sur les ruines de l’ancienne, où l’Hôpital général est aujourd’hui&#13;
établi par la vente qu’ils lui en ont faite, lorsque M. de Saint-Vallier le fonda.&#13;
M. Talon en posa la première pierre ; M. de Laval la bénit.&#13;
Cette situation n’était favorable ni à la direction ni à la quête. Les pénitentes qui&#13;
voulaient aller chez eux et les quêteurs qui venaient en ville avaient un voyage à&#13;
faire. Ils songèrent donc à se loger dans la ville et sentant bien que dans un aussi&#13;
petit endroit qu’était alors Québec une seconde communauté de mendiants&#13;
alarmerait tout le monde, ils se bornèrent à demander la liberté de bâtir une&#13;
infirmerie, afin d’y mettre leurs malades, qui dans le couvent n’étaient pas à portée&#13;
des médecins ni des remèdes. Sur ces représentations, ils obtinrent du roi, par&#13;
lettres patentes du 28 mai 1681, un emplacement dans la haute-ville, près de la&#13;
cathédrale, appelé la sénéchaussée. Le 27 octobre suivant, ils présentèrent leurs&#13;
lettres patentes à M. de Laval. Ce prélat leur permit de se bâtir une infirmerie et&#13;
d’y dire la messe, portes fermées, en faveur des religieux malades, jusqu’à ce qu’ils&#13;
fussent en état de se rendre au couvent. L’infirmerie fut bâtie et M. de Bernières,&#13;
grand-vicaire, alla par l’ordre de l’évêque y planter une croix.&#13;
C’en fut assez pour les Récollets. Entre les mains des religieux, tout est un germe&#13;
fécond. L’infirmerie devint bientôt un hospice pour tous les religieux, sains et&#13;
malades, et l’hospice devint un couvent ; l’autel pour dire la messe devint une&#13;
chapelle et la chapelle une église. Un chœur et une sacristie l’assortirent. Le dortoir&#13;
suivit l’infirmerie, le réfectoire et la cuisine accompagnèrent le dortoir. Les portes,&#13;
qu’on fermait d’abord pendant la messe, s’ouvrirent. Quelques pénitentes affidées&#13;
y vinrent et le public y fut reçu. La messe-basse devint solennelle. On donna la&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�communion, on prêcha, on confessa, on célébra les fêtes de l’Ordre ; elles furent&#13;
annoncées par le prédicateur récollet et aussitôt ils y eurent des indulgences. On&#13;
eut soin d’élever un clocher pour servir, disait-on, aux observances régulières ;&#13;
mais bientôt la cloche appela le public aux offices. On fit le catéchisme aux enfants.&#13;
On prit des pensionnaires laïques. Quelques années après, un récollet étant venu&#13;
à mourir dans la prétendue infirmerie, M. de Laval fit défendre à la communauté&#13;
de l’y enterrer174. Il offrit même poliment de le faire enterrer à la cathédrale ou de&#13;
le faire solennellement accompagner par le clergé à leur couvent. Les Récollets&#13;
refusèrent tout, enterrèrent le mort dans l’hospice et invitèrent par billets toute la&#13;
ville aux obsèques. Malgré tant de raisons de mécontentement, le prélat, par une&#13;
charité supérieure à tout, fit faire un service pour le défunt, dont il estimait la&#13;
vertu.&#13;
Si par toutes ces innovations, les Récollets n’avaient voulu que se transporter dans&#13;
la ville, en abandonnant le couvent de Notre-Dame-des-Anges, comme ils ont été&#13;
depuis obligés de le faire, leur entreprise aurait été plus tolérable. Mais ils&#13;
prétendaient acquérir le second établissement et former une nouvelle&#13;
communauté, sans préjudice de la première ; et c’est ce qui alarma toutes les&#13;
maisons religieuses de la ville de Québec. Sur leurs instances, l’évêque, qui&#13;
d’ailleurs était offensé, fit signifier aux Récollets une défense de passer outre dans&#13;
leur construction175, avec ordre de s’en tenir aux termes de la permission qui leur&#13;
avait été accordée. Les grands-vicaires dressèrent des procès-verbaux de l’état des&#13;
choses. Le gouverneur et l’intendant s’efforcèrent de les arrêter. On entra même&#13;
en négociation. M. de Laval offrit d’acheter fort cher leur emplacement et de&#13;
rembourser les frais de la construction. Tout fut inutile et l’ouvrage avança&#13;
toujours. Un nouveau gardien, plus traitable, fit semblant de vouloir le suspendre&#13;
et de blâmer ses religieux.&#13;
Mais deux jours après, il répondit qu’il n’était pas le maître et qu’on s’était moqué&#13;
de lui dans le couvent. On devait s’y attendre. Les religieux mendiants sont&#13;
exempts. Un gardien qui ne fait pas le bien de l’Ordre est désavoué par la&#13;
Ce n’est pas le Serviteur de Dieu qui dut intervenir dans ce problème, mais son successeur, Mgr de SaintVallier, puisque l’incident survint sous le gouvernement de ce dernier, à l’automne 1688.&#13;
175&#13;
Il s’agit de la construction entreprise par les Récollets d’un clocher sur leur maison ; nous avons&#13;
amplement étudié cette difficulté dans la série Docs. XLIII.&#13;
174&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�communauté et rien ne dédommage de la facilité de la direction et de la quête. On&#13;
voulait absolument un couvent en ville et on acheva de le bâtir. Alors le prélat&#13;
révoqua la permission qu’il avait donnée de dire la messe pour les malades. Ce fut&#13;
18 mois après, le 12 juin 1683. Il ne gagna autre chose que de voir rappeler par&#13;
leurs supérieurs tous les religieux qui étaient dans les missions et un refus absolu&#13;
d’en accorder aucun jusqu’à ce qu’il les eût laissés libres dans leur entreprise.&#13;
Le prélat, indigné de cette conduite, essaya pourtant encore les voies de la douceur&#13;
et leur donna mille marques de bonté. Il leur fit prêcher la même année le carême&#13;
à la cathédrale. Il eut lieu de s’en repentir176. Le prédicateur hasarda des&#13;
propositions répréhensibles, qui étaient une censure des principes et de la&#13;
conduite du clergé. Les grands-vicaires lui en firent des reproches, mais ne purent&#13;
l’engager à se rétracter. Son supérieur, à qui on en fit des plaintes, ne fut pas plus&#13;
heureux. Mais pour réparer le scandale, il monta lui-même en chaire le dimanche&#13;
suivant et expliqua ces propositions d’une manière satisfaisante. Il ne voulut pas&#13;
que ce religieux prêchât et il acheva de remplir la station. Il le renvoya même en&#13;
France, mais ce ne fut pas sans peine. Le gouverneur et l’intendant voulaient le&#13;
retenir. Il leur dit résolument : « Il restera, puisque vous le voulez ; mais il restera&#13;
seul ; nous nous en irons tous. » On le laissa partir.&#13;
Toutes les bontés de M. de Laval n’ayant produit aucun effet, enfin, il leur interdit&#13;
toute fonction ecclésiastique dans le diocèse177 et il en écrit au roi. Il lui représenta&#13;
que dans l’état où étaient alors la colonie et la ville de Québec, qui avait tout au&#13;
plus 700 à 800 habitants, une seconde communauté de Récollets était inutile,&#13;
puisqu’il y avait déjà six autres églises ; qu’elle y serait à charge, parce qu’une&#13;
Ici l’auteur inverse l’ordre des événements ; la prédication dont il est question eut lieu durant l’avent 1681,&#13;
deux ans avant que ne survienne la question du clocher (cf. Docs. XLIII).&#13;
177&#13;
Notons que les facultés de confesser et de prêcher ne furent pas révoquées à tous les Récollets du Canada,&#13;
mais seulement à ceux qui étaient intervenus dans la question du clocher et qui ne s’étaient pas soumis au&#13;
Serviteur de Dieu (cf. Doc. XLIII, p. 326, note 1)#.&#13;
#&#13;
NDLR : Nous reproduisons la note ici :&#13;
Notons que cette révocation de la juridiction pour les confessions et la prédication fut&#13;
applicable seulement à ceux qui avaient signé l’écrit du 15 juin 1683 (Doc XLIII-11), à&#13;
l’exception du P. Henri Le Roy, supérieur. Les pères qui ne s’étaient pas mêlés de cette&#13;
affaire conservèrent leur juridiction, comme le prouve le titre de la lettre, aujourd’hui&#13;
perdue, par laquelle le Serviteur de Dieu révoquait la juridiction des signataires : « Copie&#13;
de la révocation que fait Monseigneur des pouvoirs donnés aux Récollets pour prêcher et&#13;
entendre les confessions, etc. à la réserve des PP. Henri, Sixte, Chrétien, Emmanuel et&#13;
François » (Extrait du Catalogue de 1687*).&#13;
176&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�colonie si pauvre n’était pas en état de nourrir tant de mendiants ; qu’elle était&#13;
préjudiciable à l’hôpital, si nécessaire à la colonie et presque sans revenu, à qui des&#13;
mendiants, toujours plus remuants que des administrateurs, enlèveraient toutes&#13;
les aumônes, et même préjudiciable aux missions, puisque ayant deux&#13;
communautés à soutenir, les Récollets seraient moins en état d’y fournir des sujets ;&#13;
enfin, que la cathédrale et la paroisse seraient désertes, soit par l’adresse qu’ont les&#13;
religieux d’attirer tout à eux, soit parce qu’il n’y avait pas assez de monde à Québec&#13;
pour en fournir à tant d’églises. Le roi eut égard à ces remontrances. L’année&#13;
suivante, il vint un ordre d’abattre le clocher ; ce qui fut exécuté à regret. On&#13;
proposa des accommodements. L’évêque n’en voulut pas. Il fallut obéir. Il leur&#13;
rendit les pouvoirs et tout le reste alla son train. Enfin, pour paix avoir, on leur a&#13;
laissé liberté tout entière et ils sont aujourd’hui transférés dans leur hospice. Ce fut&#13;
en 1693 que M. de Saint-Vallier obtint par accommodement qu’ils se&#13;
contenteraient d’avoir un couvent dans la ville et il leur acheta celui de NotreDame-des-Anges, où est l’Hôpital général.&#13;
Cependant, M. de Laval était mécontent de quelques récollets. Malgré l’austérité&#13;
de la réforme, ces religieux avaient quelques mauvais sujets parmi le grand&#13;
nombre de ceux qui travaillaient avec édification. La province de Paris regardait&#13;
cette mission éloignée comme une espèce de décharge où l’on envoyait, pour les&#13;
punir ou pour s’en débarrasser, ceux dont on n’était pas satisfait. Ce n’était guère&#13;
le moyen de les corriger. L’autorité des supérieurs y est moins respectée, la liberté,&#13;
la facilité, l’occasion du vice, incomparablement plus grandes que dans les&#13;
couvents de France, où l’on est toujours sous les yeux d’un gardien et d’une&#13;
communauté régulière. Il n’est pas étonnant que dans ces premiers temps il s’en&#13;
soit trouvé qui menaient une vie licencieuse.&#13;
Les choses ont bien changé. On est attentif en France à faire un bon choix et à&#13;
rappeler ceux qui s’oublient. Je leur dois cette justice. Pendant le temps de mon&#13;
séjour à Québec, les Récollets édifiaient la colonie et travaillaient avec fruit. J’y ai&#13;
vu le P. Justinien Durand, que je regardais avec tout le public comme un saint.&#13;
Dans ces premiers temps même, le P. Eustache Maupassant, gardien, ayant mené&#13;
une vie peu convenable, la communauté s’assembla et le déposa. Il est vrai que&#13;
son successeur nommé ayant refusé la charge et le coupable s’étant reconnu et&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�ayant demandé pardon en plein chapitre, on lui laissa finir son temps ; ce qui fait&#13;
la justification de la communauté, à laquelle il serait injuste d’imputer les fautes&#13;
des particuliers.&#13;
Le P. Eustache Maupassant était un homme à talent. M. de Laval l’avait entendu&#13;
prêcher avec succès à Paris. Il crut acquérir en lui un homme de mérite et l’obtint&#13;
de ses supérieurs. On le nomma commissaire (espèce de provincial).&#13;
M. de Bernières l’amena en 1673 avec plusieurs ecclésiastiques. M. le gouverneur&#13;
le prit pour son confesseur et envoya aux Trois-Rivières le P. Gabriel, qui l’était&#13;
auparavant. C’était un fort bon religieux, qui alla depuis travailler chez les&#13;
Sauvages outaouais, où il fut massacré. Le P. Maupassant, homme intrigant,&#13;
s’attira M. de Frontenac et mit la faveur à profit. Ayant appris la mort de son fils,&#13;
jeune officier, tué en France dans un combat singulier (circonstance qu’on ignorait&#13;
sans doute en Canada), il poussa la flatterie jusqu’à prononcer son oraison funèbre&#13;
dans un service solennel que son père fit faire pour lui178.&#13;
Les dérèglements des domestiques de M. le gouverneur et le scandale qu’ils&#13;
donnaient à la colonie étaient extrêmes. Il les ignorait apparemment ou ne les&#13;
croyait pas. Du moins, il y paraissait indifférent et ne s’offensait pas des&#13;
avertissements qu’on prenait quelquefois la liberté de lui donner. Mais enfin, il se&#13;
lassa et se brouilla sans retour avec le clergé, qui en était l’auteur. M. Dudouyt,&#13;
homme du premier mérite et l’un des grands-vicaires, crut ne pouvoir mieux&#13;
s’adresser qu’à son confesseur pour arrêter le désordre. Il lui ouvrit son cœur et le&#13;
pria de se servir de la confiance qu’on avait en lui pour ouvrir les yeux à son&#13;
pénitent. Bien loin d’entrer dans ces vues charitables, ce religieux empoisonna&#13;
tout. M. de Frontenac ne l’a plus pardonné. Il se déclara ouvertement contre&#13;
M. Dudouyt et enveloppa dans la disgrâce l’évêque et le clergé comme complices&#13;
et ne cessa de les persécuter. Le confesseur entra dans tous ses intérêts, parla en sa&#13;
faveur jusque dans la chaire. En récompense, M. de Frontenac combla de biens les&#13;
Récollets et leur fit bâtir une maison à ses dépens. Malgré tout cela, la conduite de&#13;
ce père déplaisait si fort à la communauté, comme nous l’avons dit, qu’il en fut&#13;
déposé. Son successeur, par les menaces du gouverneur, refusa la place et le&#13;
Ce fait et le suivant eurent lieu sous le gouvernement de Mgr de Saint-Vallier ; Mgr de Laval est en effet&#13;
étranger à ces incidents.&#13;
178&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�coupable rentra en lui-même. Cet éclat déplût aux Récollets de Paris ; le délateur,&#13;
qui avait mené cette affaire, étant revenu en France, y fut mal reçu. Cependant,&#13;
l’année d’après, le roi fit revenir le P. Maupassant. Il courut, comme on peut&#13;
penser, bien des libelles, qui ne servirent qu’à aigrir les esprits. Heureusement,&#13;
tout est fini depuis longtemps et ces religieux ont depuis ce temps-là toujours&#13;
édifié et servi utilement l’Église.&#13;
Autre sujet de mécontentement. Les religieux mendiants ont des intérêts à&#13;
ménager ; l’éducation et la nécessité les y rendent infiniment sensibles. Outre&#13;
l’affaire de l’hospice, que les Récollets regardaient comme capitale et qui réveillait&#13;
toute leur vivacité, ils entreprirent de former deux autres établissements, l’un dans&#13;
la basse-ville, ce qui leur aurait donné trois maisons dans Québec 179 et l’autre aux&#13;
Trois-Rivières. Le prélat s’opposa à tous les deux. Le second a réussi depuis ; mais&#13;
le premier a totalement échoué et pour ôter tout prétexte aux habitants de la basseville, qui demandaient du secours et en avaient besoin, on leur fit dire la messe&#13;
chaque fête et dimanche dans une maison particulière, où l’on pratiqua une&#13;
chapelle ; on y bâtit ensuite une église succursale, où le curé envoie un vicaire qui&#13;
leur fournit tous les secours spirituels. Pour faire réussir tant de projets, les&#13;
Récollets se livrèrent à M. de Frontenac, dont ils crurent la protection nécessaire180.&#13;
Ce gouverneur vivait en militaire et n’était rien moins que dévot et les&#13;
domestiques, comme on a dit, étaient fort dérangés. Le clergé du Canada, plein de&#13;
ferveur, élevé dans un esprit de zèle et ne négligeant rien pour former une Église&#13;
toute sainte, peut-être était-il plus frappé de l’apparence du vice qu’on ne le ferait&#13;
en France, où la multitude des criminels familiarise presque avec le crime. Ce zèle&#13;
fut le péché irrémissible dont le contre-coup retomba sur l’évêque et sur le clergé.&#13;
Un voyage que fit le gouverneur en France ne le changea pas ; il rapporta ses&#13;
préjugés et dans toutes les occasions fit éclater son mécontentement. Une nouvelle&#13;
affaire en fournit la matière.&#13;
&#13;
179&#13;
&#13;
L’abbé de La Tour aurait dû dire que les Récollets demandèrent simplement au roi de pouvoir ouvrir un&#13;
hospice dans la ville, en plus du couvent de Notre-Dame-des-Anges, qu’ils possédaient déjà près de Québec.&#13;
C’est pourquoi la Cour de Paris était incertaine s’il fallait concéder aux Récollets d’établir cet hospice dans&#13;
la haute ou la basse-ville et conclut par erreur qu’ils désiraient avoir deux maisons à l’intérieur de la ville.&#13;
180&#13;
Les faits mentionnés à partir de ce point jusqu’à la fin du livre eurent lieu sous l’administration de&#13;
Mgr de Saint-Vallier ; notre Serviteur de Dieu ne prit pas part à ces événements. Donc, ce qu’affirme La Tour&#13;
à la fin du livre n’est pas exact.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Une partie vint à Montréal commencer l’établissement. Le Séminaire de SaintSulpice, entrant dans les vues de l’évêque181, leur fit l’accueil le plus favorable ; il&#13;
les logea, les nourrit pendant plusieurs mois. On les annonça, on les prôna partout&#13;
avec soin. Le curé de la paroisse de Ville-Marie en fit l’éloge en chaire et exhorta&#13;
tout le monde à leur donner du secours. Le Séminaire en donna l’exemple par de&#13;
grandes aumônes. Ce sermon fut suivi d’un événement singulier : une enfant de&#13;
sept à huit ans en fut touchée et n’ayant rien à donner, vendit sa poupée à ses&#13;
compagnes ; elle en fit 5 à 6 sols, qu’elle alla fort sérieusement apporter au gardien&#13;
des Récollets pour bâtir, disait-elle, leur monastère. C’en fut comme la première&#13;
pierre. Dieu bénit cette jeune fille. Elle a depuis vécu dans une grande piété et elle&#13;
est morte religieuse ursuline aux Trois-Rivières. Sa petite aumône fut un germe&#13;
fécond. Ce couvent est devenu fort considérable et ne le cède point au Séminaire.&#13;
Mais le calme ne dura pas longtemps. Les Récollets célébrèrent pour la première&#13;
fois avec beaucoup d’appareil une fête de leur Ordre dans leur nouvelle église. Ils&#13;
invitèrent l’évêque et l’intendant, qui étaient alors à Montréal, M. de Callière,&#13;
gouverneur particulier, le Séminaire, les Jésuites et toutes les personnes de&#13;
distinction. Le cérémonial entre l’évêque, le gouverneur et l’intendant a longtemps&#13;
été une matière de dispute. Le roi a terminé tout par un règlement qui entre dans&#13;
un grand détail. Les honneurs particuliers du gouverneur de Montréal n’étaient&#13;
pas réglés. Il prétendait, entre autres choses, avoir un prie-Dieu dans l’église&#13;
auprès de celui de l’évêque. Le prélat était bien éloigné de souscrire aux&#13;
prétentions de M. de Callière. Les Récollets, pour lui faire leur Cour, peut-être par&#13;
inadvertance, lui dressèrent ce prie-Dieu fatal, sur lequel il se mit fièrement.&#13;
L’évêque, surpris, crut d’abord qu’on avait voulu le commettre avec le&#13;
gouverneur, lui en dit un mot à l’oreille, dont il ne tint aucun compte, et l’office se&#13;
fit sans bruit. Mais le prélat ne parut plus à l’église, non plus qu’au repas que&#13;
donnèrent les Récollets. Pendant ce repas, plusieurs dames de la ville, par une&#13;
pétulance et une curiosité ordinaires au sexe, ayant trouvé la porte ouverte, ou&#13;
peut-être forcé une faible clôture de pieux, entrèrent dans le couvent, allèrent au&#13;
réfectoire et quêtèrent le long des tables. Les Récollets en furent mortifiés, mais le&#13;
gouverneur et l’intendant en firent un jeu et au lieu de les renvoyer, leur firent&#13;
donner des rafraîchissements.&#13;
181&#13;
&#13;
Il s’agit de Mgr de Saint-Vallier.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Cette aventure fit grand bruit dans la ville et l’évêque ne tarda pas à en être&#13;
instruit ; sans doute on lui exagéra et on empoisonna la chose. Il était piqué ; son&#13;
zèle s’anime et il interdit l’église des Récollets le 13 mai 1694. Ces pères furent&#13;
dociles, fermèrent les portes et gardèrent l’interdit pendant deux mois. Dans cet&#13;
intervalle, l’affaire fut mise en négociation. L’évêque demandait que le gouverneur&#13;
particulier renonçât par écrit à sa prétention du prie-Dieu jusqu’à ce que la Cour&#13;
eût prononcé. Il le refusa constamment. Le gouverneur général et l’intendant s’y&#13;
opposèrent aussi et l’interdit subsista. Mais les Récollets, las d’être en pénitence,&#13;
inquiets sur la désertion de leur église, animés par leurs confrères de Québec et&#13;
par M. de Callière, qui en était l’occasion, crurent avoir assez fait et cessèrent de&#13;
l’observer. Leur vénérable discrétoire s’assembla le 16 juillet 1694 et là, disaientils, « le saint nom de Dieu invoqué, après avoir beaucoup gémi sur l’injustice qu’on&#13;
leur a faite, il fut résolu, arrêté et décrété qu’on n’aurait aucun égard à l’interdit et&#13;
ordonné sous peine de désobéissance au gardien et à tous les religieux de faire&#13;
publiquement leurs fonctions comme auparavant. » Le décret, scellé du sceau de&#13;
l’office, fut signifié à l’évêque et aussitôt exécuté. Les portes de l’église furent&#13;
ouvertes, le service se fit, les sacrements furent administrés plus solennellement&#13;
que jamais. Les Récollets prirent même ce singulier prétexte qu’ils ne faisaient que&#13;
suivre les intentions secrètes du prélat, lequel, fâché d’avoir fait tant d’éclat, était&#13;
bien aise qu’on le tirât d’intrigue et pour son repos n’aurait qu’à dissimuler. Cela&#13;
pouvait être vrai. En effet, dans ce même temps, par une conduite assez peu&#13;
conséquente, il approuva quelques Récollets pour travailler ailleurs, sans parler&#13;
d’interdit et il leur fit bien des caresses, quoiqu’il n’ignorât ni leur conduite ni le&#13;
décret de leur discrétoire. Cependant, un mois après, soit qu’il eût fait de nouvelles&#13;
réflexions ou que des gens inquiets, dont les maisons des grands sont toujours&#13;
pleines, l’eussent fait changer, il parut irrité à l’excès, leur fit trois monitions&#13;
juridiques et prononça un second interdit contre leurs personnes, leur ôtant tout&#13;
pouvoir de prêcher et de confesser, sous peine d’excommunication ipso facto, les&#13;
déclare irréguliers pour avoir célébré malgré la censure et leurs absolutions nulles,&#13;
même celles données aux Frères et aux Sœurs du Tiers-Ordre. Le discrétoire&#13;
s’assembla une seconde fois.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�C’est là que ces bons pères, lâchant toutes les écluses, font déborder cet océan&#13;
immense de grâces et de privilèges par eux rassemblés dans la fameuse bulle Mare&#13;
Magnum182. Ils mettent sans façon l’Ordre séraphique au niveau de la hiérarchie,&#13;
leurs provinciaux à côté des évêques et se regardent, disent-ils dans leurs écrits,&#13;
comme les confrères de tant de papes, cardinaux, patriarches, archevêques et&#13;
évêques qui leur donnèrent l’être spirituel et en conséquence, par un nouveau&#13;
décret rendu le 2 octobre 1694, signifié à l’évêque quelques jours après, le&#13;
discrétoire « déclare l’interdit nul dans le fond et dans la forme et ordonne à tous&#13;
les religieux de continuer leurs fonctions. » Il se répand une foule d’écrits, les&#13;
chaires retentissent d’anathèmes, toute la ville n’est occupée que de l’interdit. Les&#13;
uns regardent les Récollets comme excommuniés et soutiennent qu’on ne peut&#13;
sans péché aller dans leur église ; les autres affectent de s’y rendre plus&#13;
assidûment ; tels furent M. de Callière, personnellement intéressé, et le gouverneur&#13;
général, qui vint alors à Montréal et qui, soit par aversion pour l’évêque, soit par&#13;
amitié pour les Récollets, soit par l’intérêt de dignité, prit le parti de son subalterne.&#13;
Cette affaire en fit naître deux autres. Malheureusement, M. de Québec avait&#13;
donné prise. Il disait dans sa première monition que par charité pour l’honneur de&#13;
leur Ordre, il n’avait pas exposé dans l’interdit les vrais motifs qui le faisaient agir.&#13;
Par un écrit qu’ils lui signifièrent, ils lui donnent formellement le défi de pouvoir&#13;
rien avancer contre l’honneur de leur Ordre. Le prélat, piqué à son tour, fit dans la&#13;
dernière monition le détail de ses raisons secrètes, telles qu’étaient l’entrée des&#13;
femmes dans leur couvent et l’amitié trop marquée du gardien pour le&#13;
gouverneur, amitié, dit le prélat « injurieuse pour le gardien et contraire à son&#13;
devoir, pour des intérêts que tout le monde sait, qu’on n’oserait exprimer, de peur&#13;
de faire rougir le papier ». Cette monition fut publiée au prône et déclarée nulle&#13;
par le discrétoire.&#13;
Ces termes peu mesurés, ou plutôt outrageants, choquèrent infiniment le&#13;
gouverneur, qui fit afficher à tous les carrefours et publier au son du tambour dans&#13;
toute la ville une protestation pleine d’injures et de menaces contre l’évêque. Il en&#13;
porta juridiquement sa plainte au Conseil souverain et il demanda réparation&#13;
&#13;
NDLR : La bulle Mare Magnum privilegiorum, par Sixte IV en 1476, établit la règle du Tiers-Ordre&#13;
carmélite.&#13;
182&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�d’honneur. Mais l’affaire ne fut pas poursuivie en Canada et elle fut portée à la&#13;
Cour, où le prélat se rendit peu de temps après. Les troubles durèrent pendant son&#13;
absence jusqu’à ce qu’enfin, le roi les termina par son autorité.&#13;
Cependant, le gouverneur général, qui prit le parti du gouverneur particulier et&#13;
faisait partout éclater son mécontentement, s’avisa, pour jouer et le clergé et&#13;
l’évêque, de faire représenter chez lui à Québec la comédie du Tartufe. Il n’y a point&#13;
en Canada de troupes de comédiens ; il fallut former des acteurs et faire des habits.&#13;
Pendant trois ou quatre mois, la maison du gouverneur fut un théâtre où on les&#13;
exerça. Toute la ville, ou plutôt toute la colonie, y fut invitée et la pièce fut&#13;
représentée avec tout l’éclat dont on put s’aviser. Il ne se contenta pas de la faire&#13;
jouer au château, il voulut que les acteurs et les actrices, les danseurs et les&#13;
danseuses, avec les violons, allassent tout habillés la représenter dans toutes les&#13;
communautés religieuses, à l’exception des Récollets. Il les mena d’abord aux&#13;
Jésuites, où tout le monde entra avec lui, ensuite à l’hôpital dans la salle des&#13;
pauvres, où les religieuses eurent ordre de se rendre. Il vint enfin au parloir des&#13;
Ursulines, fit assembler la communauté et fit jouer la pièce en leur présence. Il&#13;
voulut de là venir au Séminaire pour y donner le même spectacle et mettre le&#13;
comble à l’insulte.&#13;
On était prévenu ; on alla au-devant de lui pour le prier de n’y pas venir. Il n’osa&#13;
passer outre et se retira fort mécontent. Les femmes et les filles de la Congrégation&#13;
de la Sainte-Famille, élevées dans des principes bien différents, se refusèrent&#13;
constamment à toutes les invitations du gouverneur ; elles ne voulurent être ni&#13;
actrices ni spectatrices. Toutes les promesses, les menaces, les artifices que leur&#13;
résistance même rendait plus vifs ne purent engager que trois à se trouver à&#13;
quelque représentation. Elles furent aussitôt exclues de la Sainte-Famille ; ce qui&#13;
fut pris pour une nouvelle offense.&#13;
Il est aisé de comprendre que cette comédie, qui avait trouvé tant de contradiction&#13;
quand elle parut en France, n’en trouva pas moins en Canada, surtout dans des&#13;
circonstances où l’on ne pouvait méconnaître et où on ne laissait pas ignorer quels&#13;
en étaient les masques. Il n’y avait pas là d’église à interdire, mais à la place&#13;
l’évêque ayant inutilement prié M. le gouverneur de s’en abstenir, fit un&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�mandement, qu’on publia au prône et qu’on afficha de tout côté, par lequel il&#13;
condamne la comédie comme contraire aux bonnes mœurs et défend de la&#13;
représenter et d’y assister. Le théologal à la cathédrale et le recteur des Jésuites au&#13;
collège prêchèrent là-dessus par son ordre et traitèrent de péché mortel d’assister&#13;
à cette représentation. La rupture éclatante du gouverneur et du prélat en fut la&#13;
suite. Le gouverneur, à son tour, traita cette conduite de tyrannie et d’inquisition&#13;
plus sévère qu’en Italie et en Espagne, cita le théologal et le recteur des Jésuites&#13;
chez lui comme perturbateurs du repos public. Il leur demanda leur sermon, ce&#13;
qu’ils refusèrent, et les menaça de les mettre en prison, ce qu’il ne fit pas. Il se&#13;
contenta de porter ses plaintes au Conseil souverain pour en faire informer et&#13;
d’appeler comme d’abus du mandement. Le prélat se défendit et la cause fut&#13;
introduite ; mais le Conseil la trouva trop délicate pour se mêler de la juger. Par&#13;
deux arrêts des 24 mars et 28 juillet 1694, il fut ordonné que les parties se&#13;
pourvoiraient par-devant Sa Majesté et que toutes leurs pièces lui seraient&#13;
envoyées pour être par elle ordonné ce qu’il appartiendrait. Toute cette affaire y&#13;
fut assoupie. Le roi ordonna aux parties de bien vivre ensemble et il ne fut question&#13;
ni de comédie ni de mandement. M. de Laval n’eut dans ces dernières affaires&#13;
d’autre part que de donner des conseils modérés et de travailler à adoucir les&#13;
esprits et à les réunir ; et sans doute par sa douceur et sa prudence, il arrêta bien&#13;
d’autres éclats auxquels vraisemblablement on se serait porté. Il ne vit qu’avec&#13;
douleur le trouble dans sa chère Église ; mais comme il n’y avait plus d’autorité, il&#13;
ne put que répandre des larmes et offrir des vœux au ciel pour la paix.&#13;
Fin du premier tome.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�</text>
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                    <text>Copie typographiée et annotée en français moderne par le Séminaire de Québec et publiée dans Altera Nova Positio revue et augmentée, 2023, Doc. 69</text>
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                  <text>Cette collection comprend les documents contemporains de François de Laval dont il est l’auteur, le destinataire ou le sujet couvrant la période de 1623 à 1710 : correspondance, rapports, témoignages, actes. etc.</text>
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              <text>Ce livre contient plusieurs erreurs historiques. Il est préférable de consulter la version annotée de l'&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;, 2023.</text>
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                <text>Première biographie de Laval</text>
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                <text>Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec</text>
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                <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2021711"&gt;Original en français classique&lt;/a&gt; via la Bibliopthèque et Archives nationales du Québec&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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&lt;/ul&gt;</text>
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                    <text>FRANÇOIS DE LAVAL :&#13;
LE RAPPORT DE LA&#13;
CAUSE DE&#13;
CANONISATION DE&#13;
1956&#13;
Nouvelle édition, revue, augmentée, annotée&#13;
et traduite&#13;
&#13;
--&#13;
&#13;
VOLUME 2 : LES&#13;
DOCUMENTS&#13;
&#13;
�François de Laval :&#13;
le rapport de la cause de canonisation de 1956&#13;
Volume 2 : Les documents&#13;
Nouvelle édition, revue, augmentée, annotée et&#13;
traduite&#13;
&#13;
Séminaire de Québec&#13;
&#13;
�Édition originale : Église catholique. Congregatio Sacrorum Rituum. Quebecen :&#13;
beatificationis et canonizationis ven servi Dei Francisci de Montmorency-Laval,&#13;
episcopi quebecensis (1708), altera nova positio super virtutibus ex officio critice&#13;
disposita.. [Roma]: Typis polyglottis Vaticanis, 1956.&#13;
ISBN 978-2-9812957-9-8 (ensemble)&#13;
ISBN 978-2-9812957-8-1 (PDF) (vol. 2)&#13;
Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec&#13;
Dépôt légal: Bibliothèque et Archives Canada&#13;
Ce livre a été publié par le Séminaire de Québec dans le cadre du projet Anima :&#13;
www.sfdl.omeka.net.&#13;
Copyright © Séminaire de Québec, 2023&#13;
Mise à jour: 15 mars 2025&#13;
Éditeurs exécutifs : Jean Duval et Martina de Vries, Centre d’animation FrançoisDe Laval (Séminaire de Québec)&#13;
Traductions latines : Paul-Hubert Poirier&#13;
Traduction italienne : Roger Laberge, r.s.v.&#13;
Experts-conseils : Agueda Iturbe-Kennedy et Guy Teasdale&#13;
Révision linguistique : Sandra Dumont&#13;
--&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
Table des matières&#13;
&#13;
Table des matières&#13;
Volume 2 : Les documents&#13;
&#13;
Dans sa table des matières de 1956, l’abbé Demers avait marqué de deux&#13;
astérisques (**) les documents et extraits de documents qui étaient présentés à la&#13;
Cause pour la première fois ; d’un astérisque (*) ceux présentés dans les positiones&#13;
antérieures sans avoir été pris en considération ; et d’aucune lorsque les documents&#13;
étaient déjà connus. Afin de valoriser l’œuvre colossale de l’abbé Demers, nous&#13;
avons conservé ces indications. Les textes que nous avons ajoutés à cette nouvelle&#13;
édition sont marqués par des italiques.&#13;
Table des matières&#13;
&#13;
iii&#13;
&#13;
Préface à la nouvelle édition&#13;
&#13;
xix&#13;
&#13;
Introduction générale à la nouvelle édition&#13;
&#13;
xxi&#13;
&#13;
I. Un bref historique de la Cause&#13;
&#13;
xxi&#13;
&#13;
II. Hommage à Georges-Édouard Demers&#13;
&#13;
xxvii&#13;
&#13;
III. La Réédition de l’Altera Nova Positio&#13;
&#13;
xxix&#13;
&#13;
IV. Notes générales à ce jour&#13;
&#13;
** Doc. 0&#13;
&#13;
** Doc. I&#13;
** Doc. II&#13;
** Doc. III&#13;
** Doc. IV&#13;
** Doc. V&#13;
* Doc. VI&#13;
&#13;
xxv&#13;
&#13;
V. Remerciements&#13;
&#13;
xxxvii&#13;
&#13;
VI. Tableaux synoptiques des autorités civiles et religieuses de&#13;
l’époque de François de Laval&#13;
VII. Tableau synthèse des indicateurs de modifications faites par&#13;
rapport à l’édition de 1956&#13;
&#13;
xxxix&#13;
xliii&#13;
&#13;
Première partie : Les documents sources&#13;
&#13;
1&#13;
&#13;
Observations préliminaires concernant les documents de la naissance,&#13;
du baptême, de la confirmation et de l’ordination sacerdotale de&#13;
Laval&#13;
Nomination par Péricard d'un 1er canonicat d’Évreux à Laval&#13;
(25 septembre 1637)&#13;
Démission de Laval au 1er canonicat d’Évreux (24 décembre 1639)&#13;
&#13;
2&#13;
&#13;
Nomination par Péricard de Laval à un 2 canonicat d’Évreux&#13;
(24 décembre 1639)&#13;
Mention de la démission de Laval au 2e canonicat d’Évreux&#13;
(10 octobre 1648)&#13;
Nomination de Laval comme archidiacre d’Évreux par Du Perron&#13;
(7 décembre 1648)&#13;
Informations canoniques sur Laval par Bagno (5 novembre 1653)&#13;
&#13;
5&#13;
&#13;
e&#13;
&#13;
-iii-&#13;
&#13;
3&#13;
4&#13;
&#13;
6&#13;
7&#13;
8&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
Mention de la démission de Laval à l’archidiaconat d’Évreux&#13;
(7 décembre 1653)&#13;
Extrait de la lettre de Boudon (24 juin 1654)&#13;
&#13;
21&#13;
&#13;
Doc. IX&#13;
&#13;
Lettre de Louis XIV à Alexandre VII (26 janvier 1657)&#13;
&#13;
23&#13;
&#13;
Docs. XI&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des extraits de lettres de Gueffier au sujet de la&#13;
nomination de Laval comme vicaire apostolique au Canada,&#13;
1657-1658&#13;
Lettre de Gueffier à Brienne (15 mai 1657)&#13;
&#13;
26&#13;
&#13;
** Doc. VII&#13;
** Doc. VIII&#13;
&#13;
** Doc. XI-1&#13;
&#13;
22&#13;
&#13;
27&#13;
&#13;
Doc. XI-A&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gueffier à Brienne (29 mai 1657)&#13;
&#13;
28&#13;
&#13;
Doc. XI-B&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gueffier à Brienne (30 juillet 1657)&#13;
&#13;
29&#13;
&#13;
Lettre de Gueffier à Brienne (6 mai 1658)&#13;
&#13;
30&#13;
&#13;
** Doc. XI-2&#13;
&#13;
Doc. XIV&#13;
&#13;
INTRODUCTION aux documents produits pour la nomination de&#13;
Laval comme évêque et vicaire apostolique au Canada, 1657-1659&#13;
Informations canoniques sur Laval par Piccolomini&#13;
(17 juillet 1657)&#13;
Bulles désignant Laval comme évêque de Pétrée et&#13;
vicaire apostolique au Canada (3 juin 1658)&#13;
Facultés accordées à Laval par Alexandre VII&#13;
(5 septembre 1659)&#13;
Lettre de Laval, F. Pallu et Lambert de La Motte à la&#13;
Propagande (1er juillet 1658)&#13;
Lettres patentes de Louis XIV reconnaissant l'autorité de Laval au&#13;
Canada (27 mars 1659)&#13;
Lettre d’Anne d’Autriche à P. d’Argenson pour Laval (31 mars 1659)&#13;
&#13;
Doc. XV&#13;
&#13;
Lettre de Louis XIV à P. d’Argenson (14 mai 1659)&#13;
&#13;
55&#13;
&#13;
Doc. XV-A&#13;
&#13;
Lettre de Louis XIV à Lotbinière (12 mai 1659)&#13;
&#13;
58&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Nickel (août 1659)&#13;
&#13;
60&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des extraits de lettres de jésuites à leur supérieur&#13;
général à Rome, 1659&#13;
Extrait de la lettre de Quen à Nickel (6 septembre 1659)&#13;
&#13;
62&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Ragueneau à Nickel (7 octobre 1659)&#13;
&#13;
63&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Le Mercier à Nickel (16 octobre 1659)&#13;
&#13;
63&#13;
&#13;
Docs. X&#13;
Doc. X&#13;
Doc. X-A&#13;
Doc. X-B&#13;
** Doc. XII&#13;
** Doc. XIII&#13;
&#13;
* Doc. XVI&#13;
Docs. XVII&#13;
* Doc. XVII-1&#13;
Doc. XVII-2&#13;
** Doc. XVII-3&#13;
&#13;
31&#13;
31&#13;
42&#13;
44&#13;
49&#13;
50&#13;
52&#13;
&#13;
62&#13;
&#13;
Docs. XVIII&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des extraits de lettres de J. Lalemant, 1659&#13;
&#13;
64&#13;
&#13;
Doc. XVIII-1&#13;
&#13;
Lettre de J. Lalemant à Renault (12 septembre 1659)&#13;
&#13;
65&#13;
&#13;
** Doc. XVIII-2&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de J. Lalemant à Nickel (16 septembre 1659)&#13;
&#13;
70&#13;
&#13;
** Doc. XVIII-3&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de J. Lalemant à Renault (16 octobre 1659)&#13;
&#13;
71&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des extraits de lettres d’Argenson, 1659-1660&#13;
&#13;
72&#13;
&#13;
Docs. XIX&#13;
Doc. XIX-1&#13;
Doc. XIX-2&#13;
* Doc. XIX-3&#13;
** Docs. XX&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de P. d’Argenson à R. d’Argenson&#13;
(21 octobre 1659)&#13;
Lettre de Laval à R. d’Argenson (20 octobre 1659)&#13;
Extrait de la lettre de P. d’Argenson à R. d’Argenson (décembre&#13;
1660)&#13;
INTRODUCTION à des extraits du Journal des Jésuites, 1659-1668&#13;
&#13;
72&#13;
73&#13;
76&#13;
79&#13;
&#13;
Doc. XX-1&#13;
&#13;
Extraits du Journal des Jésuites de l’année 1659&#13;
&#13;
80&#13;
&#13;
Doc. XX-2&#13;
&#13;
Extraits du Journal des Jésuites de l’année 1660&#13;
&#13;
84&#13;
&#13;
-iv-&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
Doc. XX-3&#13;
&#13;
Extraits du Journal des Jésuites de l’année 1661&#13;
&#13;
88&#13;
&#13;
Doc. XX-A&#13;
&#13;
Extraits du Journal des Jésuites de l’année 1662&#13;
&#13;
92&#13;
&#13;
Doc. XX-B&#13;
&#13;
Extraits du Journal des Jésuites de l’année 1663&#13;
&#13;
93&#13;
&#13;
Doc. XX-4&#13;
&#13;
Extraits du Journal des Jésuites de l’année 1664&#13;
&#13;
94&#13;
&#13;
Doc. XX-5&#13;
&#13;
Extraits du Journal des Jésuites de l’année 1665&#13;
&#13;
96&#13;
&#13;
Doc. XX-C&#13;
&#13;
Extraits du Journal des Jésuites de l’année 1666&#13;
&#13;
97&#13;
&#13;
Doc. XX-D&#13;
&#13;
Extraits du Journal des Jésuites de l’année 1667&#13;
&#13;
98&#13;
&#13;
Doc. XX-E&#13;
&#13;
Extraits du Journal des Jésuites de l’année 1668&#13;
&#13;
Docs. XXI&#13;
Doc. XXI-A&#13;
Doc. XXI-1&#13;
Doc. XXI-2&#13;
Doc. XXI-3&#13;
Doc. XXI-4&#13;
Doc. XXI-5&#13;
Doc. XXI-6&#13;
Doc. XXI-7&#13;
Doc. XXI-B&#13;
Doc. XXI-8&#13;
Doc. XXI-C&#13;
Doc. XXI-9&#13;
Doc. XXI-D&#13;
Doc. XXI-10&#13;
Doc. XXI-E&#13;
Docs. XXII&#13;
Doc. XXII-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des extraits de lettres de Marie de l’Incarnation,&#13;
1659-1668&#13;
Extrait de la lettre de Marie de l’Incarnation à son fils (24 août&#13;
1658)&#13;
Extraits de la lettre de Marie de l’Incarnation à son fils&#13;
(septembre-octobre 1659)&#13;
Extrait de la lettre de Marie de l’Incarnation à son fils&#13;
(17 septembre 1660)&#13;
Extraits de la lettre de Marie de l’Incarnation à Ursule&#13;
de Sainte-Catherine (13 octobre 1660)&#13;
Extraits de la lettre de Marie de l’Incarnation à son fils&#13;
(2 novembre 1660)&#13;
Extrait de la lettre de Marie de l’Incarnation à Ursule de SainteCatherine (13 septembre 1661)&#13;
Lettre de Marie de l’Incarnation à son fils (10 août 1662)&#13;
Extrait de la lettre de Marie de l’Incarnation à son fils&#13;
(septembre 1662)&#13;
Extraits de la lettre de Marie de l’Incarnation à son fils&#13;
(septembre-octobre 1663)&#13;
Extrait de la lettre de Marie de l’Incarnation à Marie-Alexis&#13;
Boschet (20 octobre 1663)&#13;
Extrait de la lettre de Marie de l’Incarnation à son fils&#13;
(29 juillet 1665)&#13;
Extrait de la lettre de Marie de l’Incarnation à son fils (30 août&#13;
1665)&#13;
Extrait de la lettre de Marie de l’Incarnation à Poncet&#13;
(6 octobre 1667)&#13;
Extrait de la lettre de Marie de l’Incarnation à son fils (9 août&#13;
1668)&#13;
Extraits de la lettre de [Marie de l’Incarnation] à la supérieure&#13;
des Ursulines de Saint-Denis (21 septembre 1668)&#13;
INTRODUCTION à des extraits des Relations des Jésuites,&#13;
1659-1676&#13;
Extraits de la Relation des Jésuites de 1659-1660&#13;
&#13;
98&#13;
99&#13;
100&#13;
100&#13;
103&#13;
104&#13;
106&#13;
107&#13;
109&#13;
111&#13;
112&#13;
113&#13;
113&#13;
114&#13;
114&#13;
115&#13;
115&#13;
116&#13;
117&#13;
&#13;
** Doc. XXII-2&#13;
&#13;
Extrait de la Relation des Jésuites de 1661-1662&#13;
&#13;
119&#13;
&#13;
Doc. XXII-A&#13;
&#13;
Extrait de la Relation des Jésuites de 1664-1665&#13;
&#13;
119&#13;
&#13;
Doc. XXII-3&#13;
&#13;
Extrait de la Relation des Jésuites de 1667-1668&#13;
&#13;
120&#13;
&#13;
Doc. XXII-B&#13;
&#13;
Extraits de la Relation des Jésuites de 1667-1669&#13;
&#13;
122&#13;
&#13;
-v-&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
** Doc. XXII-4&#13;
Doc. XXII-5&#13;
Docs. XXIII&#13;
&#13;
Extraits de la Relation des Jésuites de 1669-1670&#13;
&#13;
123&#13;
&#13;
Extraits de la Relation des Jésuites de 1676&#13;
&#13;
125&#13;
&#13;
INTRODUCTION aux lettres de Laval au Saint-Siège, 1659-1685&#13;
&#13;
134&#13;
&#13;
Doc. XXIII-A&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande ([après le 8 décembre 1658])&#13;
&#13;
141&#13;
&#13;
Doc. XXIII-1&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Alexandre VII (31 juillet 1659)&#13;
&#13;
141&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (13 janvier 1660)&#13;
&#13;
145&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Alexandre VII (29 octobre 1660)&#13;
&#13;
147&#13;
149&#13;
&#13;
Doc. XXIII-5&#13;
&#13;
Rapport sur l’état de la mission canadienne par Laval à&#13;
Alexandre VII (29 octobre 1660)&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (21 octobre 1661)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-6&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Alexandre VII (22 octobre 1661)&#13;
&#13;
165&#13;
&#13;
Doc. XXIII-8&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (26 octobre 1663)&#13;
&#13;
169&#13;
&#13;
Doc. XXIII-10&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (26 août 1664)&#13;
&#13;
171&#13;
&#13;
Rapport sur l’état de l’Église de la Nouvelle-France par Laval à&#13;
la Propagande ([26 août 1664])&#13;
Rapport sur l'état de l’Église chez les Algonquins par Laval à la&#13;
Propagande ([26 août 1664])&#13;
Rapport sur l'état de l’Église chez les Hurons par Laval à la&#13;
Propagande ([26 août 1664])&#13;
Lettre de Laval à [A. Barberini] (24 octobre 1665)&#13;
&#13;
172&#13;
&#13;
Doc. XXIII-12&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Alexandre VII (25 octobre 1665)&#13;
&#13;
189&#13;
&#13;
Doc. XXIII-13&#13;
&#13;
Lettre de Laval à [A. Barberini] (25 octobre 1665)&#13;
&#13;
191&#13;
&#13;
Doc. XXIII-14&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (26 octobre 1665)&#13;
&#13;
192&#13;
&#13;
Doc. XXIII-B&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Casanate (1666)&#13;
&#13;
194&#13;
&#13;
Doc. XXIII-16&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Alexandre VII (14 octobre 1666)&#13;
&#13;
194&#13;
&#13;
Doc. XXIII-17&#13;
&#13;
1 lettre de Laval à [A. Barberini] (15 octobre 1666)&#13;
&#13;
198&#13;
&#13;
Doc. XXIII-18&#13;
&#13;
2 lettre de Laval à [A. Barberini] (15 octobre 1666)&#13;
&#13;
199&#13;
&#13;
Doc. XXIII-19&#13;
&#13;
3 lettre de Laval à la Propagande (15 octobre 1666)&#13;
&#13;
200&#13;
&#13;
Doc. XXIII-C&#13;
&#13;
4e lettre de Laval à la Propagande (octobre [1666])&#13;
&#13;
202&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Piccolomini (1666)&#13;
&#13;
202&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Leslie (26 août 1667)&#13;
&#13;
202&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-21&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (29 août 1667)&#13;
&#13;
203&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-22&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Clément IX (29 août 1667)&#13;
&#13;
208&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Clément IX (26 octobre 1668)&#13;
&#13;
211&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-24&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (26 octobre 1668)&#13;
&#13;
213&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-25&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Clément IX (30 septembre 1669)&#13;
&#13;
215&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-26&#13;
&#13;
Lettre de Laval à [A. Barberini et Piccolomini] (30 septembre&#13;
1669)&#13;
Lettre de Laval à A. Barberini (30 septembre 1669)&#13;
&#13;
217&#13;
&#13;
Lettre de Laval à [Colona] (30 septembre 1669)&#13;
&#13;
220&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-2&#13;
Doc. XXIII-3&#13;
** Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-15&#13;
Doc. XXIII-9&#13;
Doc. XXIII-11&#13;
** Doc. XXIII-7&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-20&#13;
Doc. XXIII-D&#13;
&#13;
Doc. XXIII-23&#13;
&#13;
Doc. XXIII-27&#13;
** Doc. XXIII-28&#13;
&#13;
re&#13;
e&#13;
e&#13;
&#13;
163&#13;
&#13;
179&#13;
186&#13;
188&#13;
&#13;
219&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Clément X (27 août 1670)&#13;
&#13;
221&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-30&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (16 septembre 1670)&#13;
&#13;
222&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-32&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Clément X ([14 mars 1672])&#13;
&#13;
225&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-33&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande ([14 mars 1672])&#13;
&#13;
227&#13;
&#13;
Doc. XXIII-29&#13;
&#13;
-vi-&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
** Doc. XXIII-35&#13;
&#13;
Lettre de Laval à [Altieri] ([14 mars 1672])&#13;
&#13;
231&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-36&#13;
&#13;
Lettre de Laval à [Colonna] ([14 mars 1672])&#13;
&#13;
233&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-31&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Nerli (8 septembre 1672)&#13;
&#13;
234&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-34&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Clément X (1672)&#13;
&#13;
235&#13;
&#13;
Mémoire de Laval sur l’état de l’abbaye de Méobecq&#13;
(24 octobre 1672)&#13;
Lettre de Laval à Altieri (8 décembre 1673)&#13;
&#13;
236&#13;
&#13;
Doc. XXIII-38&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Nerli (12 juillet 1673)&#13;
&#13;
236&#13;
&#13;
Doc. XXIII-F&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (1673)&#13;
&#13;
238&#13;
&#13;
Doc. XXIII-G&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Consistoriale ([30 mars 1674])&#13;
&#13;
238&#13;
&#13;
Doc. XXIII-39&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Altieri (8 février 1675)&#13;
&#13;
239&#13;
&#13;
Doc. XXIII-E&#13;
** Doc. XXIII-37&#13;
&#13;
236&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Spada (5 novembre 1675)&#13;
&#13;
241&#13;
&#13;
Doc. XXIII-40&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (13 novembre 1675)&#13;
&#13;
242&#13;
&#13;
Doc. XXIII-42&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Clément X (13 novembre 1675)&#13;
&#13;
245&#13;
&#13;
Doc. XXIII-43&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Nerli (1675)&#13;
&#13;
247&#13;
&#13;
Doc. XXIII-H&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande ([1675])&#13;
&#13;
248&#13;
&#13;
Doc. XXIII-44&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Propagande (15 octobre 1676)&#13;
&#13;
248&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Cibò (15 octobre 1676)&#13;
&#13;
250&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Innocent XI (15 octobre 1677)&#13;
&#13;
250&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-47&#13;
&#13;
Lettre de Cibò à Laval (30 mars 1678)&#13;
&#13;
252&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-48&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Innocent XI (13 novembre 1678)&#13;
&#13;
253&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-49&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Innocent XI (27 janvier 1679)&#13;
&#13;
255&#13;
&#13;
Doc. XXIII-50&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Innocent XI (13 novembre 1680)&#13;
&#13;
258&#13;
&#13;
Doc. XXIII-51&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Cibò (30 novembre 1681)&#13;
&#13;
260&#13;
&#13;
Doc. XXIII-52&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Innocent XI (20 mai 1685)&#13;
&#13;
261&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-41&#13;
&#13;
** Doc. XXIII-46&#13;
Doc. XXIII-45&#13;
&#13;
Doc. XXIV&#13;
&#13;
Lettre de Louis XIV à P. d’Argenson (13 mars 1660)&#13;
&#13;
263&#13;
&#13;
Doc. XXV&#13;
&#13;
Lettre de Louis XIV à Laval (13 mars 1660)&#13;
&#13;
264&#13;
&#13;
Mandement de Laval pour faire reconnaître sa juridiction (3 août&#13;
1660)&#13;
INTRODUCTION à des documents sur la traite des boissons&#13;
enivrantes avec les Autochtones, 1660-1688&#13;
Mandement de Laval excommuniant les vendeurs de boissons&#13;
enivrantes aux Autochtones (5 mai 1660)&#13;
1re délibération de La Sorbonne au sujet des boissons enivrantes&#13;
(1er février 1662)&#13;
1er renouvellement par Laval du mandement excommuniant les&#13;
vendeurs de boissons enivrantes aux Autochtones (24 février&#13;
1662)&#13;
2e renouvellement par Laval du mandement excommuniant les&#13;
vendeurs de boissons enivrantes aux Autochtones (30 avril&#13;
1662)&#13;
Défense du Conseil souverain de Québec de donner des&#13;
boissons enivrantes aux Autochtones (28 septembre 1663)&#13;
2e mandement levant l’excommunication par Laval (9 février&#13;
1668)&#13;
&#13;
265&#13;
&#13;
* Doc. XXVI&#13;
Docs. XXVII&#13;
* Doc. XXVII-1&#13;
* Doc. XXVII-2&#13;
** Doc. XXVII-3&#13;
&#13;
* Doc. XXVII-4&#13;
&#13;
Doc. XXVII-5&#13;
* Doc. XXVII-6&#13;
&#13;
-vii-&#13;
&#13;
267&#13;
269&#13;
271&#13;
272&#13;
&#13;
274&#13;
&#13;
275&#13;
277&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
279&#13;
&#13;
** Doc. XXVII-11&#13;
&#13;
Mandement de Laval sur les cas d’absolution réservés à&#13;
l’évêque (21 avril 1669)&#13;
Défense du Conseil souverain aux habitants d’aller à la&#13;
rencontre des Autochtones pour leur porter des boissons (26 juin&#13;
1669)&#13;
2e délibération de La Sorbonne au sujet des boissons enivrantes&#13;
(8 mars 1675)&#13;
Délibération de l'Université de Toulouse au sujet des boissons&#13;
enivrantes (28 juin 1675)&#13;
Extraits de la lettre de Colbert à Duchesneau (1er mai 1677)&#13;
&#13;
** Doc. XXVII-12&#13;
&#13;
Extraits de la lettre de Dudouyt à Laval (1677)&#13;
&#13;
294&#13;
301&#13;
&#13;
** Doc. XXVII-14&#13;
&#13;
Édit de Louis XIV interdisant de porter des boissons enivrantes&#13;
aux Autochtones (24 mai 1679)&#13;
Lettre de Colbert à Duchesneau (24 mai 1679)&#13;
&#13;
** Doc. XXVII-15&#13;
&#13;
Lettre de Tronson à Dollier (1er juin 1679)&#13;
&#13;
304&#13;
&#13;
** Doc. XXVII-16&#13;
&#13;
Extraits du rapport de La Barre à Seignelay (12 novembre 1682)&#13;
&#13;
305&#13;
&#13;
** Doc. XXVII-17&#13;
&#13;
Témoignage de Dulhut au sujet de la traite des boissons aux&#13;
Autochtones (1688)&#13;
Décret de Laval suspendant les processions dans l'église Notre-Dame&#13;
de Québec (5 mars 1661)&#13;
INTRODUCTION aux lettres de Laval au sujet de la paroisse de&#13;
Montréal et de la prétention de l’archevêque de Rouen, 1661&#13;
Lettre de Laval à Queylus (4 août 1661)&#13;
&#13;
309&#13;
&#13;
* Doc. XXVII-7&#13;
* Doc. XXVII-8&#13;
&#13;
Doc. XXVII-9&#13;
** Doc. XXVII-10&#13;
&#13;
Doc. XXVII-13&#13;
&#13;
* Doc. XXVIII&#13;
Docs. XXIX&#13;
Doc. XXIX-1&#13;
&#13;
280&#13;
&#13;
283&#13;
288&#13;
291&#13;
&#13;
303&#13;
&#13;
310&#13;
312&#13;
312&#13;
&#13;
Doc. XXIX-2&#13;
&#13;
Lettre de Laval à P. d’Argenson (4 août 1661)&#13;
&#13;
313&#13;
&#13;
Doc. XXIX-3&#13;
&#13;
Lettre de Laval à P. d’Argenson (5 août 1661)&#13;
&#13;
314&#13;
&#13;
Doc. XXIX-4&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Queylus (5-6 août 1661)&#13;
&#13;
315&#13;
&#13;
Doc. XXX&#13;
&#13;
Lettre de Ménard sur la rencontre avec Laval (1662)&#13;
&#13;
317&#13;
&#13;
Docs. XXXI&#13;
&#13;
INTRODUCTION aux documents sur la fondation d’un Séminaire&#13;
des Missions étrangères à Québec, 1663&#13;
Décret de Laval établissant le Séminaire de Québec (26 mars&#13;
1663)&#13;
Mémoire de Laval sur l’établissement d’un séminaire en la&#13;
Nouvelle-France (après le 26 mars 1663)&#13;
Lettres patentes de Louis XIV confirmant l’établissement du&#13;
Séminaire de Québec (avril 1663)&#13;
Édit de Louis XIV érigeant le Conseil souverain de Québec (1er avril&#13;
1663)&#13;
INTRODUCTION à deux documents sur l’instauration des dîmes,&#13;
1663-1664&#13;
Mandement de Laval pour fixer la dîme au 20e minot pour six&#13;
ans (10 novembre 1663)&#13;
Mandement de Laval suspendant la dîme jusqu’au retour des&#13;
vaisseaux, puis réduction au 20e minot (1er février 1664)&#13;
Lettre de Colbert à Laval (18 mars 1664)&#13;
&#13;
318&#13;
&#13;
Mandement de Laval sur le baptême (29 mars 1664)&#13;
INTRODUCTION à des documents faisant l’éloge de Laval,&#13;
1664-1702&#13;
&#13;
337&#13;
&#13;
* Doc. XXXI&#13;
Doc. XXXI-A&#13;
Doc. XXXI-B&#13;
Doc. XXXII&#13;
Docs. XXXIII&#13;
Doc. XXXIII-1&#13;
Doc. XXXIII-2&#13;
** Doc. XXXIV&#13;
* Doc. XXXV&#13;
Docs. XXXVI&#13;
&#13;
-viii-&#13;
&#13;
319&#13;
323&#13;
325&#13;
327&#13;
333&#13;
333&#13;
334&#13;
335&#13;
338&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
Doc. XXXVI-A&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de J. Lalemant à Renault (10 octobre 1659)&#13;
&#13;
338&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-B&#13;
&#13;
Extrait de la lettre d’Alexandre VII à Laval (3 avril 1660)&#13;
&#13;
339&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-1&#13;
&#13;
Extrait de Histoire véritable et naturelle des mœurs et&#13;
productions du pays de la Nouvelle-France par Boucher, 1664&#13;
Extrait de la lettre de Leslie au Séminaire de Québec (20 juillet&#13;
1664)&#13;
Lettre de Louis XIV à Laval (23 mars 1665)&#13;
&#13;
339&#13;
&#13;
341&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-4&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Sr Marie de Saint-Bonaventure de Jésus à&#13;
un bourgeois de Paris (23 octobre 1665)&#13;
Lettre de Louis XIV à Laval (1er avril 1666)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-5&#13;
&#13;
Lettre de Colbert à Laval (5 avril 1667)&#13;
&#13;
342&#13;
&#13;
Extraits de Vie de la Servante de Dieu Catherine de SaintAugustin par Ragueneau, 1671&#13;
Extrait de la lettre de Dablon à Pinet (1672)&#13;
&#13;
344&#13;
&#13;
* Doc. XXXVI-8&#13;
&#13;
Lettre d’Estrées à von Hessen-Darmstadt ([1672])&#13;
&#13;
346&#13;
&#13;
* Doc. XXXVI-9&#13;
&#13;
347&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-D&#13;
&#13;
Extrait du mémoire de [Lauri] à la Consistoriale (27 janvier&#13;
1679)&#13;
Extrait de la lettre de Tronson à Dollier (20 mai 1687)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-E&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Tronson à Laval (avril 1698)&#13;
&#13;
348&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-F&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Tremblay à Laval (31 mars 1702)&#13;
&#13;
348&#13;
&#13;
Docs. XXXVII&#13;
&#13;
INTRODUCTION aux lettres de Laval à Boudon, 1664-1692&#13;
&#13;
349&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-C&#13;
Doc. XXXVI-2&#13;
** Doc. XXXVI-3&#13;
&#13;
* Doc. XXXVI-6&#13;
Doc. XXXVI-7&#13;
&#13;
340&#13;
340&#13;
&#13;
342&#13;
&#13;
345&#13;
&#13;
347&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Boudon (27 août 1664)&#13;
&#13;
349&#13;
&#13;
* Doc. XXXVII-1&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Boudon (30 septembre 1666)&#13;
&#13;
351&#13;
&#13;
* Doc. XXXVII-2&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Boudon (6 novembre 1677)&#13;
&#13;
354&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Boudon (1681)&#13;
&#13;
355&#13;
&#13;
* Doc. XXXVII-3&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Boudon (12 novembre 1689)&#13;
&#13;
355&#13;
&#13;
* Doc. XXXVII-4&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Boudon (automne 1690)&#13;
&#13;
356&#13;
&#13;
* Doc. XXXVII-5&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Boudon (12 octobre 1692)&#13;
&#13;
358&#13;
&#13;
Doc. XXXVII-A&#13;
&#13;
Doc. XXXVII-B&#13;
&#13;
Docs. XXXVIII&#13;
Doc. XXXVIII-A&#13;
Doc. XXXVIII-B&#13;
** Doc. XXXVIII-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des documents sur la vie des missionnaires,&#13;
1659-1668&#13;
Instructions de la Propagande aux vicaires apostoliques (1659)&#13;
Instructions du Séminaire de Paris aux missionnaires du&#13;
Séminaire de Québec (1663-1665)&#13;
Lettre de Laval à Oliva (22 octobre 1665)&#13;
&#13;
Permission de mission de Laval pour Trouvé et Fénelon&#13;
(15 septembre 1668)&#13;
* Doc. XXXVIII-3&#13;
Instructions de Laval aux missionnaires Trouvé et Fénelon&#13;
(15 septembre 1668)&#13;
** Doc. XXXVIII-4&#13;
Observations de Laval dans le rapport Considérations utiles&#13;
pour la bonne conduite des missions de la Chine (v. 1668)&#13;
Docs. XXXIX&#13;
INTRODUCTION à des documents sur les difficultés entre Laval et&#13;
Mésy, 1665&#13;
** Doc. XXXIX-1&#13;
Extrait de la lettre de Mésy à Tracy (26 avril 1665)&#13;
* Doc. XXXVIII-2&#13;
&#13;
** Doc. XXXIX-2&#13;
Docs. XL&#13;
&#13;
360&#13;
361&#13;
376&#13;
385&#13;
386&#13;
388&#13;
391&#13;
392&#13;
392&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Talon à Colbert (4 octobre 1665)&#13;
&#13;
393&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des documents témoignant de la dévotion de&#13;
Laval à la Vierge Marie, 1665-1673&#13;
&#13;
394&#13;
&#13;
-ix-&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
* Doc. XL-1&#13;
** Doc. XL-2&#13;
Docs. XLI&#13;
* Doc. XLI-1&#13;
* Doc. XLI-2&#13;
** Doc. XLI-3&#13;
* Doc. XLI-4&#13;
** Doc. XLI-5&#13;
Doc. XLI-6&#13;
&#13;
** Doc. XLI-7&#13;
** Doc. XLI-8&#13;
Doc. XLII&#13;
Docs. XLIII&#13;
** Doc. XLIII-1&#13;
** Doc. XLIII-2&#13;
** Doc. XLIII-3&#13;
&#13;
Formule de vœu de Laval à la Vierge Marie (1665)&#13;
&#13;
394&#13;
&#13;
Renouvellement du vœu de Laval à la Vierge Marie (2 février&#13;
1673)&#13;
INTRODUCTION à des documents sur le culte de la sainte Famille&#13;
au Canada, 1665-1692&#13;
Décret de Laval érigeant la Confrérie de la Sainte-Famille&#13;
(14 mars 1665)&#13;
Règles et constitutions de la Confrérie de la Sainte-Famille par&#13;
Laval (mars 1665)&#13;
Bénédiction par Laval du Petit Séminaire de Québec (entre le 7&#13;
décembre 1677 et le 8 mars 1678)&#13;
Mandement de Laval établissant la fête de la Sainte-Famille&#13;
(4 novembre 1684)&#13;
Extraits de Un missionnaire des Hurons. Autobiographie du&#13;
père Chaumonot par Chaumonot, 1668&#13;
Extraits de Éclaircissement sur l’institution de la dévotion, fête&#13;
et office de la Sainte Famille, établis dans le pays de la&#13;
Nouvelle-France par Glandelet, 1689&#13;
Estampe de la sainte Famille (v. 1665)&#13;
&#13;
395&#13;
&#13;
Extrait de la lettre apostolique Neminem fugit par Léon XIII&#13;
(14 juin 1892)&#13;
Lettre de Laval à Poitevin (8 novembre 1668)&#13;
&#13;
437&#13;
&#13;
INTRODUCTION aux documents sur les difficultés entre Laval et&#13;
les Récollets, 1670-1688&#13;
Décret de Laval autorisant le retour des Récollets au Canada&#13;
(10 novembre 1670)&#13;
Concession par Louis XIV d’un emplacement aux Récollets de&#13;
Québec (28 mai 1681)&#13;
Extrait de la lettre de Dudouyt à Laval (15-20 juin 1681)&#13;
&#13;
442&#13;
&#13;
397&#13;
400&#13;
402&#13;
414&#13;
415&#13;
417&#13;
420&#13;
&#13;
436&#13;
&#13;
438&#13;
&#13;
446&#13;
448&#13;
449&#13;
&#13;
Décret de Laval permettant aux Récollets de célébrer dans leur&#13;
hospice (27 octobre 1681)&#13;
Procès-verbal des échanges entre Laval et Ladan [par Bernières&#13;
et Maizerets] (19 décembre 1681)&#13;
Extraits du rapport de Le Clercq concernant l’établissement à la&#13;
Sénéchaussée (après le 21 octobre 1681)&#13;
Extraits de la lettre de Dudouyt à Laval (9 mars 1682)&#13;
&#13;
450&#13;
&#13;
Doc. XLIII-A&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Tronson à Rémy (11 avril 1683)&#13;
&#13;
465&#13;
&#13;
Doc. XLIII-8&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Le Roux (3 juin 1683)&#13;
&#13;
465&#13;
&#13;
** Doc. XLIII-9&#13;
&#13;
Lettre de Le Roux à Laval (4 juin 1683)&#13;
&#13;
467&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Le Roux (Québec, 12 juin 1683)&#13;
&#13;
471&#13;
473&#13;
&#13;
Doc. XLIII-12&#13;
&#13;
Procès-verbal d’une réunion du chapitre des Récollets (15 juin&#13;
1683)&#13;
Lettre de Laval à Le Roy (3 octobre 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-13&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Le Roy (24 octobre 1683)&#13;
&#13;
491&#13;
&#13;
Extraits du rapport de Meulles (4 novembre 1683)&#13;
&#13;
493&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Seignelay (10 novembre 1683)&#13;
&#13;
497&#13;
&#13;
Doc. XLIII-4&#13;
Doc. XLIII-5&#13;
** Doc. XLIII-6&#13;
** Doc. XLIII-7&#13;
&#13;
Doc. XLIII-10&#13;
** Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
** Doc. XLIII-14&#13;
* Doc. XLIII-15&#13;
&#13;
-x-&#13;
&#13;
451&#13;
456&#13;
462&#13;
&#13;
486&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
* Doc. XLIII-16&#13;
** Doc. XLIII-17&#13;
** Doc. XLIII-18&#13;
&#13;
Mémoire de Brisacier sur un 2e établissement des Récollets à&#13;
Québec (10 novembre 1683)&#13;
Mémoire [des Récollets] à Louis XIV (1684)&#13;
Extrait de la lettre de Dudouyt à Laval (11 mars 1684)&#13;
&#13;
501&#13;
510&#13;
528&#13;
&#13;
Doc. XLIII-19&#13;
&#13;
Lettre de Seignelay à Laval (10 avril 1684)&#13;
&#13;
529&#13;
&#13;
Doc. XLIII-B&#13;
&#13;
Extraits de la lettre de Tronson à Dollier (20 avril 1684)&#13;
&#13;
532&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Dudouyt à Laval (28 mars-19 juin 1684)&#13;
&#13;
532&#13;
&#13;
Lettre de Laval à La Barre (18-27 octobre 1684)&#13;
&#13;
533&#13;
&#13;
Extraits du rapport de La Barre à Louis XIV (13 novembre&#13;
1684)&#13;
Extrait de la lettre de La Barre à Seignelay (14 novembre 1684)&#13;
&#13;
534&#13;
&#13;
Doc. XLIII-C&#13;
&#13;
1 lettre de Saint-Vallier à Georgemé (11 décembre 1688)&#13;
&#13;
537&#13;
&#13;
Doc. XLIII-D&#13;
&#13;
538&#13;
&#13;
Doc. XLIII-E&#13;
&#13;
1re lettre de Georgemé à Saint-Vallier (entre le 11 et 14&#13;
décembre 1688)&#13;
2e lettre de Saint-Vallier à Georgemé (13 décembre 1688)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-F&#13;
&#13;
2 lettre de Georgemé à Saint-Vallier (14 décembre 1688)&#13;
&#13;
545&#13;
&#13;
Doc. XLIII-G&#13;
&#13;
3 lettre de Georgemé à Saint-Vallier (17 décembre 1688)&#13;
&#13;
550&#13;
&#13;
** Doc. XLIII-20&#13;
Doc. XLIII-21&#13;
** Doc. XLIII-22&#13;
** Doc. XLIII-23&#13;
&#13;
Doc. XLIII-H&#13;
Docs. XLV&#13;
Docs. XLV-A&#13;
** Doc. XLV-A-1&#13;
&#13;
re&#13;
&#13;
e&#13;
e&#13;
&#13;
3e lettre de Saint-Vallier à Georgemé (après le 17 décembre&#13;
1688)&#13;
INTRODUCTION GÉNÉRALE à des documents sur les dernières&#13;
difficultés pour l’obtention des bulles, 1674-1686&#13;
INTRODUCTION à des extraits de lettres de prêtres du&#13;
Séminaire de Paris à leur procureur à Rome, 1674-1686&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (25 mai 1674)&#13;
&#13;
536&#13;
&#13;
541&#13;
&#13;
552&#13;
554&#13;
554&#13;
555&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (21 juin 1674)&#13;
&#13;
555&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-2&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (13 juillet 1674)&#13;
&#13;
555&#13;
&#13;
* Doc. XLV-A-3&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (20 juillet 1674)&#13;
&#13;
556&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-4&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (26 juillet 1674)&#13;
&#13;
556&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-5&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Bésard à É. Pallu (2 novembre 1674)&#13;
&#13;
559&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-6&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Bésard à É. Pallu (10 novembre 1674)&#13;
&#13;
560&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Bésard à É. Pallu (23 novembre&#13;
1674)&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (14 décembre 1674)&#13;
&#13;
560&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-7&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (4 janvier 1675)&#13;
&#13;
561&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-8&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (11 janvier 1675)&#13;
&#13;
561&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (29 janvier 1675)&#13;
&#13;
562&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-9&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (7 février 1675)&#13;
&#13;
562&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-10&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (23 février 1675)&#13;
&#13;
563&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-11&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (1er mars 1675)&#13;
&#13;
563&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-13&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (15 mars 1675)&#13;
&#13;
564&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-12&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (28 mars 1675)&#13;
&#13;
564&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-14&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (26 avril 1675)&#13;
&#13;
565&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-15&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (3 mai 1675)&#13;
&#13;
565&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-16&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (1er-6 juin 1675)&#13;
&#13;
565&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-A&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-B&#13;
Doc. XLV-A-C&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-D&#13;
&#13;
-xi-&#13;
&#13;
561&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (6-16 juin 1675)&#13;
&#13;
566&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-17&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (5 mars 1677)&#13;
&#13;
567&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-18&#13;
&#13;
567&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-20&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Brisacier, Gazil et Fermanel à F. Pallu&#13;
(6 janvier 1679)&#13;
Extrait de la lettre de Brisacier et Fermanel à É. Pallu&#13;
(3 janvier 1685)&#13;
Extrait de la lettre de Brisacier à É. Pallu (10 janvier 1685)&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-21&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Brisacier à É. Pallu (20 avril 1685)&#13;
&#13;
569&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-22&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Brisacier à Fermanel (27 mai 1686)&#13;
&#13;
570&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-E&#13;
&#13;
** Doc. XLV-A-19&#13;
&#13;
Docs. XLV-B&#13;
** Doc. XLV-B-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des documents sur l’élection de Laval&#13;
comme abbé commendataire de l’abbaye de l’Estrée, 1672-1680&#13;
Lettre de Altieri à Spada (13 février 1674)&#13;
&#13;
569&#13;
569&#13;
&#13;
571&#13;
576&#13;
&#13;
** Doc. XLV-B-2&#13;
&#13;
Lettre de Spada à Altieri (16 mars 1674)&#13;
&#13;
578&#13;
&#13;
** Doc. XLV-B-3&#13;
&#13;
Lettre de [Marbaud] à la Consistoriale ([30 mars 1674])&#13;
&#13;
579&#13;
&#13;
** Doc. XLV-B-4&#13;
&#13;
Lettre de Laval à la Consistoriale ([30 mars 1674])&#13;
&#13;
581&#13;
&#13;
** Doc. XLV-B-5&#13;
&#13;
Lettre de Spada à Altieri (27 avril 1674)&#13;
&#13;
584&#13;
&#13;
** Doc. XLV-B-6&#13;
&#13;
Lettre de Altieri à Spada (1 mai 1674)&#13;
&#13;
585&#13;
&#13;
** Doc. XLV-B-7&#13;
&#13;
Lettre de Altieri à Spada (22 mai 1674)&#13;
&#13;
586&#13;
&#13;
er&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des bulles de Clément X pour l’évêché de&#13;
Québec, 1674&#13;
Bulles érigeant l’évêché de Québec (1er octobre 1674)&#13;
&#13;
588&#13;
&#13;
Bulles transférant Laval de l’évêché de Pétrée à celui de Québec&#13;
(1er octobre 1674)&#13;
Serment de fidélité à Louis XIV par Laval (24 avril 1675)&#13;
&#13;
596&#13;
&#13;
Ébauche de mémoire de Frontenac à Colbert sur le clergé canadien&#13;
(1677)&#13;
Mémoire de Laval sur une querelle entre Duchesneau et Frontenac&#13;
(27 mars 1681)&#13;
Extraits des Annales du monastère des Ursulines de Québec, 16811708&#13;
Lettre de Laval à Dudouyt (6 novembre 1683)&#13;
&#13;
600&#13;
&#13;
641&#13;
&#13;
* Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION GÉNÉRALE à des documents sur les relations&#13;
entre Laval et Saint-Vallier, 1684-1703&#13;
INTRODUCTION à des documents sur la part de Laval dans&#13;
l’élection de Saint-Vallier, 1684-1685&#13;
Extrait de la lettre de Dudouyt à Laval (28 mars-19 juin&#13;
1684)&#13;
Extrait de la lettre de Dudouyt au Séminaire de Québec&#13;
(26 avril 1685)&#13;
INTRODUCTION à des documents sur la relation entre SaintVallier et Laval pendant qu’il est encore en fonction, 1685-1688&#13;
Lettre de Laval à Saint-Vallier (15 février-15 mars 1686)&#13;
&#13;
* Doc. LI-II-2&#13;
&#13;
Lettre de Dudouyt à H. de Bernières (mars 1687)&#13;
&#13;
667&#13;
&#13;
* Doc. LI-II-3&#13;
&#13;
Lettre de Laval à H. de Bernières (18 mars 1687)&#13;
&#13;
671&#13;
&#13;
* Doc. LI-II-4&#13;
&#13;
Lettre de Dudouyt et Brisacier au Séminaire de Québec&#13;
(11 juin 1687)&#13;
&#13;
679&#13;
&#13;
Docs. XLIV&#13;
Doc. XLIV-A&#13;
* Doc. XLIV&#13;
* Doc. XLVI&#13;
** Doc. XLVII&#13;
* Doc. XVLIII&#13;
** Doc. XLIX&#13;
* Doc. L&#13;
Docs. LI&#13;
Docs. LI-I&#13;
** Doc. LI-I-1&#13;
** Doc. LI-I-2&#13;
Docs. LI-II&#13;
&#13;
-xii-&#13;
&#13;
588&#13;
&#13;
599&#13;
&#13;
622&#13;
629&#13;
632&#13;
&#13;
645&#13;
645&#13;
647&#13;
649&#13;
652&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
Docs. LI-III&#13;
Doc. LI-III-1&#13;
** Doc. LI-III-2&#13;
* Doc. LI-III-6&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des documents sur le désir de Laval de&#13;
retourner au Canada, 1686-1688&#13;
Extrait de la lettre de Denonville à Seignelay (11 novembre&#13;
1686)&#13;
Extrait de la lettre de Seignelay à Denonville et Champigny&#13;
(30 mars 1687)&#13;
Lettre de Laval à La Chaize (avril-mai 1687)&#13;
&#13;
685&#13;
686&#13;
686&#13;
688&#13;
&#13;
* Doc. LI-III-5&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Seignelay (avril-mai 1687)&#13;
&#13;
690&#13;
&#13;
* Doc. LI-III-3&#13;
&#13;
Lettre de La Chaize à Laval (26 mai 1687)&#13;
&#13;
691&#13;
&#13;
* Doc. LI-III-4&#13;
&#13;
Lettre de Laval à La Chaize (mai-juin 1687)&#13;
&#13;
692&#13;
&#13;
* Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
Lettre de Laval au Séminaire de Québec (9 juin 1687)&#13;
&#13;
693&#13;
&#13;
** Doc. LI-III-8&#13;
&#13;
Lettre de Seignelay à Laval (17 juin 1687)&#13;
&#13;
712&#13;
&#13;
** Doc. LI-III-9&#13;
&#13;
713&#13;
&#13;
** Doc. LI-III-10&#13;
&#13;
Relation sur les motifs en faveur du retour de Laval au&#13;
Canada (1687)&#13;
Lettre de Saint-Vallier à Laval (24 mars 1688)&#13;
&#13;
** Doc. LI-III-11&#13;
&#13;
Lettre de Brisacier à Glandelet (9 mai 1688)&#13;
&#13;
716&#13;
&#13;
** Doc. LI-III-12&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Tronson à Denonville (12 mai 1688)&#13;
&#13;
718&#13;
&#13;
Docs. LI-IV&#13;
&#13;
* Doc. LI-IV-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des documents sur les raisons de Laval&#13;
d’intervenir dans le contentieux entre Saint-Vallier et le&#13;
Séminaire de Québec, 1688-1692&#13;
Lettre de Laval à Brisacier (novembre 1688)&#13;
&#13;
714&#13;
&#13;
719&#13;
&#13;
729&#13;
&#13;
Éclaircissement [de Glandelet] au sujet des prétentions de&#13;
Saint-Vallier sur le Séminaire de Québec (automne 1688)&#13;
Lettre de Laval à Beauvilliers (1689)&#13;
&#13;
737&#13;
&#13;
747&#13;
&#13;
* Doc. LI-IV-5&#13;
&#13;
Déclaration de Laval au sujet des 4 000 livres (11&#13;
novembre 1689)&#13;
Lettre de Laval à Milon (automne 1689)&#13;
&#13;
* Doc. LI-IV-6&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Denonville (20 novembre 1690)&#13;
&#13;
752&#13;
&#13;
* Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Mémoire de Glandelet sur les prétentions de Saint-Vallier&#13;
(1690)&#13;
Lettre de Saint-Vallier au Séminaire de Québec (20 mars&#13;
1691)&#13;
Extraits du manifeste du Séminaire de Québec à Brisacier&#13;
(20 mars 1691)&#13;
Lettre de Maizerets à Laval (22 mars 1691)&#13;
&#13;
757&#13;
&#13;
* Doc. LI-IV-10&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Denonville (16 avril 1691)&#13;
&#13;
795&#13;
&#13;
* Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Brisacier (17 avril 1691)&#13;
&#13;
799&#13;
&#13;
* Doc. LI-IV-13&#13;
&#13;
Éclaircissement sur l’union des prêtres et du Séminaire de&#13;
Québec (1691)&#13;
Lettre de Brisacier à Laval (19 juin 1691)&#13;
&#13;
810&#13;
&#13;
Articles de 1692 par Champvallon et La Chaize&#13;
(13-20 février 1692)&#13;
Décret de Louis XIV de faire exécuter les Articles de 1689&#13;
(11 février 1692)&#13;
Lettre de Brisacier à Laval (18 avril 1692)&#13;
&#13;
815&#13;
&#13;
* Doc. LI-IV-2&#13;
* Doc. LI-IV-3&#13;
* Doc. LI-IV-4&#13;
&#13;
* Doc. LI-IV-8&#13;
* Doc. LI-IV-12&#13;
** Doc. LI-IV-9&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-A&#13;
Doc. LI-IV-B&#13;
Doc. LI-IV-C&#13;
** Doc. LI-IV-14&#13;
&#13;
-xiii-&#13;
&#13;
746&#13;
&#13;
750&#13;
&#13;
787&#13;
789&#13;
793&#13;
&#13;
814&#13;
&#13;
820&#13;
820&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
Docs. LI-V&#13;
&#13;
* Doc. LI-V-1&#13;
Doc. LI-V-A&#13;
Doc. LI-V-B&#13;
* Doc. LI-V-2&#13;
* Doc. LI-V-3&#13;
* Doc. LI-V-4&#13;
Docs. LI-VI&#13;
&#13;
* Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des documents sur les raisons de Laval&#13;
d’intervenir dans le contentieux entre Saint-Vallier, le&#13;
Séminaire de Québec et le chapitre de la cathédrale, 1692-1695&#13;
Lettre de Laval à Brisacier (1692)&#13;
&#13;
824&#13;
&#13;
826&#13;
&#13;
Annotations de Maizerets sur les Articles de 1692 (20 janvier&#13;
1692)&#13;
Modifications aux Articles de 1692 par Champvallon et La&#13;
Chaize (20 janvier 1693)&#13;
Lettre de La Colombière à La Chaize (10 août 1693)&#13;
&#13;
832&#13;
&#13;
Instructions de Saint-Vallier à H. de Bernières&#13;
(13 septembre 1694)&#13;
Lettre de C. Chauchetière à J. Chauchetière (7 août 1694)&#13;
&#13;
847&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des documents sur les raisons d’intervenir&#13;
de Laval lorsque la démission de Saint-Vallier était désirée,&#13;
1695-1696&#13;
Extraits de la lettre de Tremblay à Laval (10 mai 1695)&#13;
&#13;
839&#13;
842&#13;
&#13;
849&#13;
851&#13;
&#13;
857&#13;
&#13;
Extraits de la lettre de Tremblay au Séminaire de Québec&#13;
(mars-15 mai 1695)&#13;
Lettre de Saint-Vallier à Laval (18 mai 1695)&#13;
&#13;
870&#13;
&#13;
877&#13;
&#13;
* Doc. LI-VI-4&#13;
&#13;
Actes d’ordination faits par Laval avec l’autorisation de&#13;
Saint-Vallier (3 décembre 1695)&#13;
Lettre de Denonville à Laval (23 mars 1696)&#13;
&#13;
* Doc. LI-VI-5&#13;
&#13;
Lettre de Saint-Vallier à Laval (25 mars 1696)&#13;
&#13;
880&#13;
883&#13;
&#13;
* Doc. LI-VI-7&#13;
&#13;
Extraits de la lettre de Tremblay au Séminaire de Québec&#13;
(29 mars 1696)&#13;
Extraits de la lettre de Tremblay au Séminaire de Québec&#13;
(3 juin 1696)&#13;
Extraits de la lettre de Tremblay à Laval (8-14 juin 1696)&#13;
&#13;
* Doc. LI-VI-8&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Saint-Vallier (1696)&#13;
&#13;
916&#13;
&#13;
* Doc. LI-VI-9&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Noailles (8-14 juin 1696)&#13;
&#13;
920&#13;
&#13;
Extraits de la lettre de Tremblay au Séminaire de Québec&#13;
(juin 1696- 17 avril 1697)&#13;
État de l’Église du Canada par Tremblay (1696)&#13;
&#13;
923&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-A&#13;
* Doc. LI-VI-2&#13;
* Doc. LI-VI-3&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-B&#13;
* Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
** Doc. LI-VI-10&#13;
* Doc. LI-VI-11&#13;
Docs. LI-VII&#13;
* Doc. LI-VII-1&#13;
* Doc. LI-VII-2&#13;
** Doc. LI-VII-3&#13;
** Doc. LI-VII-4&#13;
** Doc. LI-VII-5&#13;
** Doc. LI-VII-6&#13;
&#13;
876&#13;
&#13;
878&#13;
&#13;
884&#13;
910&#13;
&#13;
933&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des documents sur la collaboration entre&#13;
Laval et Saint-Vallier, 1698-1703&#13;
Décret de Saint-Vallier sur le litige entre les Jésuites et les&#13;
paroissiens de Notre-Dame-de-Lorette (13 février 1698)&#13;
Lettre de Laval et de Saint-Vallier à Noailles (25 septembre&#13;
1698)&#13;
Extrait de la lettre de Phélypeaux à Saint-Vallier (27 mai&#13;
1699)&#13;
Lettre de Phélypeaux à Laval (27 mai 1699)&#13;
&#13;
953&#13;
&#13;
Extraits de la lettre de Champigny à Phélypeaux (8 octobre&#13;
1699)&#13;
Extraits des Annales de l’Hôpital général de Québec, 16991704&#13;
&#13;
958&#13;
&#13;
-xiv-&#13;
&#13;
954&#13;
955&#13;
957&#13;
957&#13;
&#13;
961&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
** Doc. LI-VII-7&#13;
** Doc. LI-VII-8&#13;
* Doc. LII&#13;
Docs. LIII&#13;
* Doc. LIII-1&#13;
* Doc. LIII-2&#13;
** Doc. LIII-3&#13;
Doc. LIII-A&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Phélypeaux à Saint-Vallier (5 mai&#13;
1700)&#13;
Extraits de la lettre de Tremblay à Laval (15 juin 1703)&#13;
Lettre de Laval au Séminaire de Québec (mai 1685)&#13;
INTRODUCTION à des documents sur l’approbation de Laval au livre&#13;
de Le Tellier, 1687-1701&#13;
Approbation de Laval du livre Défense des nouveaux chrétiens&#13;
(25 octobre 1687)&#13;
Extrait de la lettre de Tiberge et Brisacier à Laval (9 juin 1700)&#13;
&#13;
965&#13;
966&#13;
967&#13;
1002&#13;
1003&#13;
1004&#13;
&#13;
Extraits de la lettre de Brisacier à Laval (17 juin 1701)&#13;
&#13;
1005&#13;
&#13;
Lettre de Glandelet à Laval (11 octobre 1701)&#13;
&#13;
1006&#13;
1008&#13;
&#13;
* Doc. LIV&#13;
&#13;
Annotations de Glandelet sur l’approbation de Laval au livre de&#13;
Le Tellier (11 octobre 1701)&#13;
Lettre de Gravier à Laval (17 septembre 1697)&#13;
&#13;
* Doc. LV&#13;
&#13;
Lettre de Laval à Tremblay (1699)&#13;
&#13;
1015&#13;
&#13;
* Doc. LVI&#13;
&#13;
Témoignage de Laval sur les vertus de Vincent de Paul (8 novembre&#13;
1702)&#13;
INTRODUCTION à des documents sur les réactions de Laval face&#13;
aux incendies du Séminaire de Québec, 1702-1706&#13;
Extrait de la lettre de Brisacier à Charmot (1er mai 1702)&#13;
&#13;
1024&#13;
&#13;
** Doc. LIII-4&#13;
&#13;
Docs. LVII&#13;
** Doc. LVII-1&#13;
&#13;
1013&#13;
&#13;
1026&#13;
1027&#13;
&#13;
** Doc. LVII-2&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Tremblay à Laval (11 mai 1702)&#13;
&#13;
1027&#13;
&#13;
** Doc. LVII-3&#13;
&#13;
Lettre de Brisacier à Laval (20 mai 1702)&#13;
&#13;
1029&#13;
&#13;
** Doc. LVII-4&#13;
&#13;
Extraits de la lettre de Tremblay à Laval (18 juin 1706)&#13;
&#13;
1031&#13;
&#13;
* Doc. LVIII&#13;
&#13;
Acte de sépulture de Laval (9 mai 1708)&#13;
&#13;
1032&#13;
&#13;
* Doc. LIX&#13;
&#13;
Inscription sur le cercueil de Laval (mai 1708)&#13;
&#13;
1033&#13;
&#13;
INTRODUCTION à trois oraisons funèbres de Laval, 1708&#13;
&#13;
1034&#13;
&#13;
Docs. LX&#13;
&#13;
Oraison funèbre de Laval par Glandelet (9 mai 1708)&#13;
&#13;
1035&#13;
&#13;
Doc. LX-2&#13;
&#13;
Oraison funèbre de Laval par La Colombière (6 juin 1708)&#13;
&#13;
1037&#13;
&#13;
Doc. LX-A&#13;
&#13;
Oraison funèbre de Laval par Belmont (juin 1708)&#13;
&#13;
1060&#13;
&#13;
* Doc. LX-1&#13;
&#13;
Docs. LXII&#13;
Doc. LXII-1&#13;
Doc. LXII-2&#13;
** Doc. LXII-3&#13;
* Doc. LXIII&#13;
Docs. LXIV&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des extraits de journaux sur la mort de Laval,&#13;
1708&#13;
Extrait de la Gazette de France (15 décembre 1708)&#13;
&#13;
1071&#13;
1071&#13;
&#13;
Extrait du Mercure Gallant (décembre 1708)&#13;
&#13;
1071&#13;
&#13;
Extrait du Mercure Gallant (1708)&#13;
&#13;
1073&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de Raudot à Seignelay (1708)&#13;
&#13;
1076&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des lettres écrites à la mort de Laval, 1708&#13;
&#13;
1077&#13;
&#13;
* Doc. LXIV-1&#13;
&#13;
Lettre de Crisafy à Glandelet (15 mai 1708)&#13;
&#13;
1077&#13;
&#13;
* Doc. LXIV-2&#13;
&#13;
Lettre de Vilermaula à Glandelet (22 mai 1708)&#13;
&#13;
1078&#13;
&#13;
* Doc. LXIV-3&#13;
&#13;
Lettre de Vaudreuil à Maizerets (23 mai 1708)&#13;
&#13;
1079&#13;
&#13;
* Doc. LXIV-4&#13;
&#13;
1080&#13;
&#13;
* Doc. LXIV-5&#13;
&#13;
Lettre de Sr Marguerite du Saint-Esprit à Maizerets (25 mai&#13;
1708)&#13;
Lettre de Belmont à Maizerets (25 mai 1708)&#13;
&#13;
* Doc. LXIV-6&#13;
&#13;
Lettre de Ramezay à Maizerets (31 mai 1708)&#13;
&#13;
1082&#13;
&#13;
* Doc. LXIV-7&#13;
&#13;
Lettre de Sr Gaillard à Maizerets (23 juin 1708)&#13;
&#13;
1082&#13;
&#13;
* Doc. LXIV-8&#13;
&#13;
Lettre de Vilermaula à Maizerets (23 mai 1708)&#13;
&#13;
1083&#13;
&#13;
-xv-&#13;
&#13;
1081&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
* Doc. LXIV-9&#13;
Docs. LV&#13;
&#13;
Lettre de Sr Marie des Anges à la supérieure des Ursulines de&#13;
Paris (1708)&#13;
INTRODUCTION à deux mémoires écrits à la mort de Laval, 1708&#13;
&#13;
1084&#13;
1088&#13;
&#13;
* Doc. LXV-1&#13;
&#13;
Mémoire [de Glandelet] sur la vie de Laval (1708)&#13;
&#13;
1089&#13;
&#13;
* Doc. LXV-2&#13;
&#13;
Mémoire [de Glandelet] sur les vertus de Laval (1708)&#13;
&#13;
1096&#13;
&#13;
Extraits de la lettre circulaire de Geneviève Gosselin de SainteMadeleine (28 février 1709)&#13;
Extraits de Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec par Juchereau de&#13;
Saint-Ignace, 1751&#13;
Extrait de La Vie de la mère Marie de l’Incarnation, par Charlevoix,&#13;
1724&#13;
&#13;
1102&#13;
&#13;
Deuxième partie : Les témoignages directs&#13;
&#13;
1109&#13;
&#13;
Doc. LXI&#13;
&#13;
Lettre de Houssart à Tremblay (1er septembre 1708)&#13;
&#13;
1110&#13;
&#13;
Doc. LXIX&#13;
&#13;
Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec, par&#13;
La Tour, 1761&#13;
Préface&#13;
&#13;
1129&#13;
&#13;
* Doc. LXVI&#13;
* Doc. LXVII&#13;
Doc. LXVIII&#13;
&#13;
Docs. LXX&#13;
&#13;
1103&#13;
1108&#13;
&#13;
1135&#13;
&#13;
Livre premier&#13;
&#13;
1137&#13;
&#13;
Livre second&#13;
&#13;
1158&#13;
&#13;
Livre troisième&#13;
&#13;
1178&#13;
&#13;
Livre quatrième&#13;
&#13;
1186&#13;
&#13;
Livre cinquième&#13;
&#13;
1199&#13;
&#13;
Livre sixième&#13;
&#13;
1215&#13;
&#13;
Livre septième&#13;
&#13;
1230&#13;
&#13;
Livre huitième&#13;
&#13;
1246&#13;
&#13;
Livre neuvième&#13;
&#13;
1263&#13;
&#13;
Livre dixième&#13;
&#13;
1279&#13;
&#13;
Livre onzième&#13;
&#13;
1290&#13;
&#13;
Livre douxième&#13;
&#13;
1300&#13;
&#13;
Troisième partie : Les témoignages indirects&#13;
&#13;
1317&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des extraits du procès ordinaire, 1880-1883&#13;
&#13;
1318&#13;
&#13;
Doc. LXX-1&#13;
&#13;
Extraits du témoignage d’Edmond Lamgevin&#13;
&#13;
1319&#13;
&#13;
Doc. LXX-2&#13;
&#13;
Extraits du témoignage d’Adèle Cimon&#13;
&#13;
1322&#13;
&#13;
Doc. LXX-3&#13;
&#13;
Extraits du témoignage de Gédéon Ouimet&#13;
&#13;
1330&#13;
&#13;
Doc. LXX-4&#13;
&#13;
Extraits du témoignage de Louis Beaudet&#13;
&#13;
1332&#13;
&#13;
Doc. LXX-5&#13;
&#13;
Extraits du témoignage d’Hospice Anselme Verreau&#13;
&#13;
1336&#13;
&#13;
Docs. LXXI&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des extraits du procès apostolique, 1898-1902&#13;
&#13;
1340&#13;
&#13;
Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
Extraits du témoignage d’Auguste-Honoré Gosselin&#13;
&#13;
1340&#13;
&#13;
Doc. LXXI-2&#13;
&#13;
Extraits du témoignage de Marie Sara Lachance&#13;
&#13;
1355&#13;
&#13;
Doc. LXXI-3&#13;
&#13;
Extraits du témoignage de Georges Côté&#13;
&#13;
1365&#13;
&#13;
-xvi-&#13;
&#13;
�Table des matières&#13;
Doc. LXXI-4&#13;
&#13;
Extraits du témoignage d’Antoine Nantel&#13;
&#13;
1371&#13;
&#13;
Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
Extraits du témoignage d’Elphège Gravel&#13;
&#13;
1372&#13;
&#13;
Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
Extraits du témoignage de Joseph Edmond Roy&#13;
&#13;
1388&#13;
&#13;
Doc. LXXII&#13;
** Doc. LXXII-1&#13;
** Doc. LXXII-2&#13;
** Doc. LXXII-3&#13;
** Doc. LXXII-4&#13;
** Doc. LXXIII&#13;
** Doc. LXXIV&#13;
Doc. LXXIV-A&#13;
&#13;
Quatrième partie : Les translations du corps de&#13;
Mgr de Laval&#13;
&#13;
1401&#13;
&#13;
INTRODUCTION à des documents sur la découverte du corps de&#13;
Laval, 1877-1878&#13;
Procès-verbal de la découverte du cercueil de Laval (20 septembre&#13;
1877)&#13;
Procès-verbal de la reconnaissance du corps de Laval (6 mai 1878)&#13;
&#13;
1402&#13;
&#13;
Procès-verbal de la 1 translation des restes de Laval (25 mai&#13;
1878)&#13;
Inscription sur la 2e tombe de Laval (1878)&#13;
&#13;
1406&#13;
&#13;
Attestation de Roy sur la présence de Laval au Conseil souverain en&#13;
1682 (30 août 1929)&#13;
Procès-verbal de la 2e translation des restes de Laval (10 mai 1950)&#13;
&#13;
1411&#13;
&#13;
Procès-verbal de la 3e translation des restes de Laval (30 avril 1993)&#13;
&#13;
1418&#13;
&#13;
Cinquième partie : Les annexes&#13;
&#13;
1425&#13;
&#13;
INTRODUCTION aux Annexes&#13;
&#13;
1426&#13;
&#13;
re&#13;
&#13;
1402&#13;
1405&#13;
&#13;
1410&#13;
&#13;
1413&#13;
&#13;
NDLR : Ces textes ont été intégrés à la Première partie :&#13;
Les documents sources&#13;
L’absence de visite ad limina apostolorum par Laval&#13;
&#13;
1426&#13;
&#13;
Annexe III&#13;
&#13;
Les portraits contemporains de Laval&#13;
&#13;
1435&#13;
&#13;
Annexe IV&#13;
&#13;
La bibliographie commentée de 1956&#13;
&#13;
1443&#13;
&#13;
Annexe V&#13;
&#13;
Index onomastique&#13;
&#13;
1465&#13;
&#13;
Annexe I&#13;
** Annexe II&#13;
&#13;
-xvii-&#13;
&#13;
Nil&#13;
&#13;
��Préface&#13;
&#13;
Préface&#13;
&#13;
Préface à la nouvelle édition&#13;
&#13;
En 1956 était publiée l’Altera Nova Positio (ANP) comme recueil de preuves dans&#13;
le procès de canonisation de François de Laval, qui durait depuis déjà 76 ans.&#13;
D’autres positiones avaient été écrites avant celle-ci, mais elles avaient été jugées&#13;
incomplètes. L’ANP, contenant plus de 1 000 pages, rassemblait une somme monumentale de textes d’archives et d’informations sur le premier évêque.&#13;
On ne soulignera jamais assez le travail pionnier de Georges-Édouard Demers,&#13;
architecte de cette œuvre, qui, avec les moyens de son époque, rassembla une&#13;
documentation impressionnante, tirée de 45 fonds d’archives, qu’il réussit à mettre&#13;
en contexte et à expliquer abondamment pour souligner son propos : car une positio&#13;
n’est pas une biographie. C’est un ouvrage d’un genre très particulier : il vise à&#13;
démontrer que la personne en cause possède, à un degré exemplaire, toutes les&#13;
vertus que l’on reconnaît à un saint. Son destinataire est également singulier : la&#13;
Congrégation pour la cause des saints.&#13;
Grâce à l’ANP, François de Laval était reconnu vénérable le 28 février 1960. Ce&#13;
même document était repris 20 ans plus tard, pour sa béatification. Enfin, après&#13;
134 ans d’effort par le Séminaire de Québec, François de Laval a été canonisé le&#13;
3 avril 2014.&#13;
Dans ces circonstances, on pourrait dire que l’ANP est devenue, de ce fait, obsolète.&#13;
Elle a joué son rôle, accompli sa tâche, le but est atteint. À quoi bon, dans ces&#13;
circonstances, la conserver et, surtout, à quoi bon la rééditer ? Elle n’a plus qu’à&#13;
être rangée aux archives ou au musée. Elle appartient à l’histoire.&#13;
Malgré cette objection, il nous est apparu opportun d’entreprendre un travail de&#13;
réédition de l’ANP. Plusieurs raisons militaient en faveur de cette nouvelle édition.&#13;
La principale tient au fait qu’elle rassemble en un seul volume une documentation&#13;
riche et fondamentale. Elle devient ainsi, en quelque sorte, un ouvrage de référence&#13;
incontournable pour le chercheur.&#13;
Il ne s’agissait cependant pas simplement de réimprimer l’édition de 1956.&#13;
L’accessibilité aux informations rassemblées dans cet ouvrage demeurait limitée :&#13;
le tirage n’avait été que de 650 exemplaires ; la recherche de l’abbé Demers avait&#13;
été rédigée en italien ; la majorité des documents imprimés n’était que des extraits ;&#13;
et toute la correspondance de Mgr de Laval avec Rome était en latin. De plus,&#13;
-xix-&#13;
&#13;
�Préface&#13;
&#13;
désormais, après la canonisation, l’objectif n’est plus d’établir la réputation&#13;
vertueuse du premier évêque de Québec, mais d’en favoriser la connaissance et de&#13;
susciter de nouvelles recherches.&#13;
Plusieurs mesures s’imposaient alors. La décision a donc été prise, en plus de rendre&#13;
disponibles quelques exemplaires papier, d’en produire une version en format PDF,&#13;
contenant les lettres complètes de l’évêque et entièrement traduite en français, afin&#13;
de favoriser l’accès à cette documentation et d’en élargir le public. Il s’agissait&#13;
également de mettre à jour le système de référencement et d’indexation qui datait,&#13;
de manière à faciliter le travail des chercheurs.&#13;
Cette nouvelle édition de l’ANP fait partie du projet plus large de créer une&#13;
bibliothèque numérique accessible gratuitement sur Internet : Anima. Celle-ci offre&#13;
l’accès à plus de 5 000 documents de tous types : recherche scientifique, grand&#13;
public, documents d’archives ainsi que leurs transcriptions. La version PDF de&#13;
l’ANP s’y trouve 1 : www.sfdl.omeka.net.&#13;
Tout ce travail n’a donc pas pour objectif de produire un monument inerte en&#13;
l’honneur de François de Laval, mais d’en favoriser la connaissance et, par le&#13;
contact avec cette documentation, de revenir à ses intuitions spirituelles et&#13;
pastorales inspirantes et de s’en nourrir aujourd’hui.&#13;
C’est donc avec beaucoup de fierté que le Séminaire de Québec offre cette nouvelle&#13;
édition de l’Altera Nova Positio aux chercheurs ainsi qu’à tous ceux et celles qui&#13;
souhaitent connaître davantage François de Laval, apôtre de l’Amérique. Puisse son&#13;
zèle pastoral nous inspirer encore aujourd’hui.&#13;
&#13;
Gilles Routhier&#13;
Supérieur général du Séminaire de Québec&#13;
&#13;
1&#13;
&#13;
Site web d’Anima : www.sfdl.omeka.net.&#13;
-xx-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
INTRODUCTION GÉNÉRALE&#13;
&#13;
Introduction générale à la nouvelle édition&#13;
I. UN BREF HISTORIQUE DE LA CAUSE&#13;
&#13;
I. Un bref historique de la Cause 2&#13;
&#13;
Le rapport le plus exhaustif produit pour la Cause de canonisation de François&#13;
de Laval est publié en 1956 : Quebecen. Beatificationis et canonizationis ven. servi&#13;
dei Francisci de Montmorency-Laval, Episcopi Quebecensis (1708) Altera nova&#13;
positio super virtutibus ex officio critice disposita, communémenet appelée l’Altera&#13;
Nova Positio. Il contient 306 textes et extraits de textes du 17e siècle, tous&#13;
méticuleusement étudiés et annotés par l’abbé Georges-Édouard Demers, le&#13;
rapporteur général 3 de la Cause de 1932 à 1940. Il s’agit donc, pour toute personne&#13;
désirant effectuer une recherche sur Mgr de Laval, d’un des livres de référence par&#13;
excellence depuis 67 ans.&#13;
Commençons par rappeler brièvement l’historique de la Cause de canonisation de&#13;
François de Laval, qui dura 134 ans.&#13;
Les premiers procès&#13;
En 1880, un acteur 4, le Séminaire de Québec, dressa une requête écrite à l’évêque&#13;
du diocèse où est mort le Serviteur de Dieu 5. Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau&#13;
appuya la requête et le Séminaire put porter le dossier à la Sacrée congrégation des&#13;
rites (aujourd’hui la Sacrée congrégation des saints 6). Les deux acteurs proposèrent&#13;
&#13;
Texte tiré de M. de Vries, « Ne devient pas saint qui veut », Saint François de Laval. Bulletin du&#13;
Centre d’animation François-De Laval, mai 2019, no 38, p. 2-6.&#13;
3&#13;
Le rapporteur, aujourd’hui appelé un collaborateur, est la personne chargée de la recherche, de la&#13;
transcription et de l’annotation des documents anciens, ainsi que de la rédaction d’un rapport, soit&#13;
d’une positio.&#13;
4&#13;
Un acteur est le ou les demandeurs de l’ouverture d’un procès pour canonisation et qui s’engage à&#13;
la soutenir, même financièrement.&#13;
5&#13;
Un Serviteur de Dieu, terme utilisé partout dans cette positio, est un candidat à la sainteté, dont la&#13;
Cause a été acceptée par la Sacrée congrégation des saints.&#13;
6&#13;
Le 22 janvier 1588, le pape Sixte V fonda une congrégation afin de resserrer le contrôle sur la&#13;
nomination des saints. Entre 1734 et 1738, Benoît XIV rédigea son traité De servorum, qui mit en&#13;
place les procédures officielles des procès d’une Cause. Le 8 mai 1969, Paul VI divisa la&#13;
Congrégation des rites en deux : celle pour les sacrements et le culte divin, et celle pour les Causes&#13;
des saints. Enfin, le 28 juin 1988, Jean-Paul II redéfinit le fonctionnement et le rôle de la&#13;
Congrégation. Sa mission principale est d’examiner les cas potentiels de canonisation et de&#13;
déterminer sans l’ombre d’un doute que le Serviteur de Dieu a vécu dans un tel degré de sainteté&#13;
que sa Cause peut être présentée au pape, afin d’obtenir un culte universel. Le Collège des&#13;
rapporteurs, assisté par des experts théologiens, historiens et médecins, étudie les Causes et se&#13;
prononce à leur sujet. La décision ultime, toutefois, revient toujours au pape.&#13;
-xxi2&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
un postulateur 7 à Rome, l’abbé Pierre-Xavier Cazenave, du Séminaire de Paris,&#13;
aujourd’hui les Missions étrangères de Paris, et un vice-postulateur 8 à Québec,&#13;
l’abbé Thomas-Étienne Hamel.&#13;
Puisque la Congrégation des rites (alors responsable du dossier) avait accepté de&#13;
recevoir la Cause, le Séminaire pouvait commencer les multiples procès initiaux.&#13;
Chaque procès se faisait d’abord à Québec pour recueillir les informations, puis à&#13;
Rome pour les faire accepter par la curie 9.&#13;
De 1880 à 1883 débutèrent les procès informatifs. La Copia Publica 10 de 1 873&#13;
pages contient 18 témoignages qui furent, comme c’était l’usage à l’époque,&#13;
traduits en italien et, comme l’affirme l’abbé Demers, « n’ont pas toujours été bien&#13;
traduits ». Malheureusement, nous n’avons pas encore retrouvé les versions&#13;
originales françaises. Ainsi, les extraits retraduits vers le français trouvés dans les&#13;
Docs. LXX donnent parfois une syntaxe douteuse. Ces témoignages convainquirent&#13;
la Congrégation des rites que la vie exemplaire de Mgr de Laval méritait des études&#13;
plus poussées. Le pape Léon XIII émit donc le décret d’introduction de la Cause le&#13;
24 septembre 1890.&#13;
Les trois étapes suivantes devaient vérifier la validité de la Cause à être inscrite aux&#13;
procès de béatification et, ultimement, de canonisation.&#13;
1° D’abord, on tint un procès pour prouver que François de Laval ne bénéficiait pas&#13;
déjà d’un culte public. Bien qu’on enseignât que « c’était un saint », comme&#13;
l’affirmait Gédéon Ouimet, surintendant de l’Instruction publique de la Province&#13;
de Québec, citant sa mère (Doc. LXX-3), il fut aisé d’obtenir le décret de non-culte&#13;
le 4 février 1893.&#13;
2° Ensuite vinrent les procès pour réputation de sainteté. Comme le témoigne&#13;
Hospice-Anselme Verreau, directeur de l’École normale Jacques-Cartier de&#13;
Montréal et archiviste envoyé par le gouvernement canadien en 1873 pour obtenir&#13;
des copies des documents relatifs à l’histoire du Canada dans les archives de Paris,&#13;
de Rome et de Londres : « Tous les livres qui parlent de Mgr de Laval, ainsi que tous&#13;
les manuscrits que j’ai consultés, le présentent comme animé du désir de la gloire&#13;
Le postulateur est celui qui est chargé de promouvoir la Cause à Rome. Il peut demander l’aide de&#13;
spécialistes pour répondre aux éventuelles difficultés présentées par l’avocat du diable (aujourd’hui&#13;
le promoteur de la justice) sur la sainteté du Serviteur de Dieu.&#13;
8&#13;
L’assistant du postulateur en dehors de Rome qui promeut la dévotion et recueille les informations&#13;
et documents nécessaires pour faire avancer la Cause.&#13;
9&#13;
La curie romaine s’occupe de l’administration au Vatican.&#13;
10&#13;
Une Copia Publica recueille les transcriptions (et parfois les traductions) des témoignages sur la&#13;
vie et les vertus d’un Serviteur de Dieu.&#13;
7&#13;
&#13;
-xxii-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
de Dieu et de la santé des âmes, et plein de zèle apostolique. » (Doc. LXX-5) Le&#13;
pape Léon XIII signa le 3e décret sur François de Laval le 11 janvier 1897.&#13;
3° Enfin, on tint deux séries de procès détaillant les vertus et les miracles du&#13;
Serviteur de Dieu. Une immense Copia Publica en 3 volumes, totalisant&#13;
2 939 pages, offrit les témoignages de 18 personnes, en plus de 2 témoins&#13;
ex officio 11 et 4 témoins contesti. Le 9 novembre 1904, le pape Pie X confirma la&#13;
validité du procès de François de Laval.&#13;
Un vénérable&#13;
Pour désigner un Serviteur de Dieu comme « vénérable », il faut prouver hors de&#13;
tout doute l’héroïcité de sa vie et de ses vertus. Ceci présentait quelques difficultés :&#13;
1° outre l’œuvre de Bertrand de La Tour et la lettre de Hubert&#13;
Houssart, il n’existait aucun témoignage direct et surtout, ni l’un ni&#13;
l’autre n’avait été recueilli juridiquement ;&#13;
2° ainsi, les Copiae Publicae offraient de touchants témoignages,&#13;
mais ceux-ci étaient tous basés sur des documents anciens que les&#13;
consulteurs 12 ne connaissaient pas. Il fallait donc trouver ces&#13;
derniers ;&#13;
3° comme François de Laval avait laissé peu d’écris proprement&#13;
spirituels, comme l’avait fait par exemple Marie de l’Incarnation,&#13;
trouver ces documents serait nécessairement plus compliqué ;&#13;
4° ces documents n’étaient pas tous conservés dans le Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, aujourd’hui prêté au Musée de&#13;
la civilisation. Ils sont éparpillés au Canada, en France, en Italie et&#13;
même en Angleterre.&#13;
Il existe quatre types de témoins dans une Cause :&#13;
1° les témoins de visu sont ceux ayant connu le Serviteur de Dieu. Dans le cas de&#13;
François de Laval, il n’existe que deux témoignages écrits, reproduits dans la&#13;
2e partie de cette nouvelle édition. Nous savons que l’abbé de Glandelet, vicaire&#13;
général lors de la mort de Mgr de Laval, avait recueilli de nombreux procèsverbaux de miracles obtenus par l’intercession du premier évêque, mais ils ont&#13;
tous disparu, probablement détruits dans un des incendies du Séminaire de&#13;
Québec.&#13;
2° les témoins de auditu a videntibus sont ceux qui ont eu un témoignage direct&#13;
de quelqu’un ayant connus le Serviteur de Dieu. Nous n’en avons pas dans cette&#13;
Cause ;&#13;
3° les témoins ex officio sont des personnes spécifiquement interpellées par la&#13;
Sacrée congrégation des saints pour leur expertise ;&#13;
4° enfin, les témoins contesti sont considérés comme des co-témoins.&#13;
12&#13;
Les consulteurs sont une équipe d’experts théologiens, historiens ou médecins consultés lors d’un&#13;
procès.&#13;
11&#13;
&#13;
-xxiii-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
Une période difficile&#13;
En 1912, à la suite du décès du postulateur à Rome, M. Cazenave, l’abbé JosephVictor Grosjean le remplaça pendant deux ans, mais mourut à son tour. L’abbé&#13;
Eugène Garnier, lui aussi du Séminaire de Paris, fut désigné pour lui succéder. À&#13;
Québec, l’archiviste du Séminaire de Québec, l’abbé Amédée Edmond Gosselin,&#13;
l’assista et devint par la suite son vice-postulateur officiel.&#13;
Mais la communication entre Rome et Québec ne fut pas aussi aisée qu’auparavant.&#13;
Le nouvel avocat de la Cause, mis en fonction en 1915, était, selon les mots du&#13;
rapporteur général, Mgr Antonelli, « plus lettré qu’historien ».&#13;
Il demanda à l’abbé Gosselin les copies de documents conservés à Québec qu’il&#13;
jugeait les plus importants. Il les regroupa dans la Nova Positio de 1918. Les&#13;
consulteurs à Rome rejetèrent ce rapport : d’abord, ils avaient besoin de plus de&#13;
documents et provenant d’époques variées, afin de représenter tous les aspects de&#13;
la très longue vie du Serviteur de Dieu ; ensuite, il fallait annoter ces documents,&#13;
afin de faire la démonstration de sa vie sainte ; finalement, il fallait respecter les&#13;
normes de présentation de la Congrégation des rites. Ainsi, la Cause ne pouvait être&#13;
re-présentée immédiatement. Il fallait reprendre à neuf et l’amener devant une&#13;
nouvelle congrégation préparatoire.&#13;
Devant cette situation, M. Garnier demanda à deux prêtres français d’étendre la&#13;
recherche de documents à la France. Malgré une quête fructueuse, ils ne firent&#13;
aucune copie. Tout était à recommencer. Le Séminaire de Québec décida alors de&#13;
lui envoyer l’assistance d’un jeune prêtre dont il connaissait la compétence et la&#13;
rigueur, l’abbé Georges-Édouard Demers. Ce dernier passa les années 1925 et 1926&#13;
en Europe. Nous conservons précieusement son journal de voyage.&#13;
Le 6 février 1930 vint un changement à la Sacrée congrégation des rites, qui allait&#13;
grandement aider la Cause : la création par le pape Pie XI de la Section historique,&#13;
vouée aux Causes anciennes 13 et ayant un rapporteur général pouvant guider les&#13;
postulateurs dans toutes les procédures officielles.&#13;
&#13;
Les Causes anciennes sont celles pourvues de documents écrits, mais n’ayant aucun témoignage&#13;
de contemporains juridiquement recueillis à l’époque du Serviteur de Dieu.&#13;
13&#13;
&#13;
-xxiv-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
L’œuvre colossale de l’abbé Demers&#13;
Devant la nouvelle façon de procéder, le premier rapporteur, le P. Henri Quentin&#13;
(qui fut remplacé cinq ans plus tard, à sa mort, par Mgr Ferdinando Antonelli),&#13;
proposa au Séminaire d’envoyer un prêtre qui, sous sa supervision, serait chargé de&#13;
la recherche, de la transcription, des résumés et de l’annotation des documents&#13;
anciens, ainsi que de la rédaction d’une positio définitive, c’est-à-dire un rapporteur&#13;
de la Cause (aujourd’hui un collaborateur). Le choix était évident. On demanda à&#13;
l’abbé Demers de traverser à nouveau l’océan, et ce, pour sept ans.&#13;
De décembre 1932 à 1940, l’abbé Demers parcourut 45 dépôts d’archives et&#13;
5 bibliothèques publiques à travers l’Europe et le Canada. Il accompagna les documents d’annotations abondantes et très fouillées, qui répondirent bien souvent aux&#13;
Animadversiones 14, qui avaient bloqué la Cause en 1918. Cette œuvre colossale,&#13;
c’est l’Altera Nova Positio (ANP), publiée en 1956.&#13;
Entre 1937 et 1950, l’abbé Paul-Émile Léger, avant son épiscopat, devint&#13;
postulateur, mais avec la Seconde guerre mondiale et ses effets subséquents, rien&#13;
ne put avancer. Les travaux ne reprirent qu’en 1952 avec le P. Romain Saint-Cyr,&#13;
homme très énergique et déterminé à mener la Cause à bien. Il fut secondé de l’abbé&#13;
Jean-Marie Fortier qui, à Québec, s’occupa d’être le « propagandiste » de&#13;
Mgr de Laval et qui redoubla d’efforts pour augmenter la ferveur populaire (prières,&#13;
images, fêtes, activités scolaires, expositions muséales, articles, etc.)&#13;
En 1956, l’œuvre colossale de l’abbé Demers fut enfin publiée : l’Altera Nova&#13;
Positio. Il ne manquait que l’introduction et les réponses complètes de l’avocat aux&#13;
objections pour achever le rapport. À la grande exaspération du P. Saint-Cyr,&#13;
Mgr Antonelli, débordé, traînait à rédiger l’introduction et refusait son aide. Il était&#13;
aussi incapable de trouver un avocat qui travaillerait rapidement et, comble de&#13;
malchance, la Congrégation des rites déménagea ses bureaux (ce qui prit des&#13;
mois) !!! Habile, le postulateur supplia le Séminaire de faire revenir à Rome le&#13;
protégé d’Antonelli. L’abbé Demers assista son ancien mentor dans la rédaction et&#13;
proposa un avocat « cher mais expéditif » qui, par la suite dans la correspondance&#13;
avec Québec fut surnommé « le cher Serafini ».&#13;
Ainsi parut la Novissima Positio en 1959, qui mena enfin au décret de&#13;
reconnaissance de l’héroïcité des vertus par le pape Jean XXIII le 28 février 1960.&#13;
&#13;
Les objections à la Cause d’un Serviteur de Dieu, qui doivent être réfutées par l’avocat de la&#13;
Cause.&#13;
14&#13;
&#13;
-xxv-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
Un bienheureux&#13;
Ordinairement, pour désigner un bienheureux, un miracle attribué directement à&#13;
l’intercession du Serviteur de Dieu est requis, ou celui-ci doit être mort martyr. Le&#13;
nouveau postulateur à Rome, en 1971, le P. Angelo Mitri, et son vice-postulateur à&#13;
Québec, l’abbé Honorius Provost, ouvrirent trois « fronts de bataille » :&#13;
1° ils firent parvenir plusieurs cas de guérison pour étude à la&#13;
Consulta Medica 15 ;&#13;
2° afin de favoriser une dévotion populaire, on fonda au Québec le&#13;
Comité des Fondateurs, dont chaque membre avait un Centre dédié&#13;
à son vénérable ;&#13;
3° ils impliquèrent des laïcs et des experts pour promouvoir la&#13;
connaissance et l’amour pour le Serviteur de Dieu.&#13;
Le 10 mars 1978, le cardinal Maurice Roy, archevêque de Québec, envoya une&#13;
longue lettre au pape, qui présentait la demande des évêques canadiens afin&#13;
d’obtenir une béatification malgré la difficulté de prouver les miracles obtenus dans&#13;
le passé. Le pape Jean-Paul II signa le décret de béatification le 22 juin 1980.&#13;
Un saint&#13;
Dans l’attente d’un miracle, le Séminaire de Québec n’envoya pas de postulateur à&#13;
Rome avant 1999. Pendant ce temps, des cas très intéressants furent présentés. On&#13;
compte, entre autres, de 1996 à 1999, la guérison de l’hépatite C de J. Labrecque ;&#13;
du cancer du pancréas de G. Paquet ; et du syndrome Guylain-Barré de G. Paquette.&#13;
Le P. Roger Laberge, qui fut chargé de défendre cette Cause et qui fut un grand&#13;
collaborateur dans la nouvelle édition de l’Altera Nova Positio, se rendit à Rome&#13;
pour 15 ans et, à Québec, l’abbé Jacques Lemieux, vice-postulateur, se chargea de&#13;
la dévotion populaire et de rapporter les faveurs obtenues.&#13;
En octobre 2013, le P. Laberge fut informé que le pape François proposait une&#13;
canonisation equipollente, c’est-à-dire équivalente à une canonisation ordinaire,&#13;
mais sans cérémonie habituelle : on dit alors que la sainteté du Serviteur de Dieu&#13;
est prouvée de facto par la vie qu’il a menée. Il s’agit d’une procédure existante&#13;
depuis longtemps dans l’Église, bien qu’utilisée rarement et à la discrétion du&#13;
souverain pontife.&#13;
&#13;
15&#13;
&#13;
Collège des médecins experts de la Congrégation des saints qui étudie les miracles soumis.&#13;
-xxvi-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
Aucune étape n’ayant été facile, celle-ci ne pouvait faire exception. Le P. Laberge&#13;
avait atteint l’âge limite d’un postulateur. Le secrétaire de la Sacrée congrégation&#13;
des saints étendit son mandat en sursis et, assisté par un confrère, le P. Yvon&#13;
Sabourin, il termina à la date limite la 10e et dernière positio, celle pour la&#13;
canonisation 16.&#13;
Et c’est ainsi qu’après 134 ans d’efforts et d’espoir, François de Laval fut reconnu&#13;
saint le 3 avril 2014. (Et puisque les bulles de Mgr de Laval avaient toujours été en&#13;
retard, celle-ci tarda aussi de près d’un an avant d’être reçue.)&#13;
II. HOMMAGE À GEORGES-ÉDOUARD DEMERS&#13;
&#13;
II. Hommage à Georges-Édouard Demers 17&#13;
&#13;
Georges-Édouard Demers (1906-1983) est ordonné prêtre en 1931 au Séminaire de&#13;
Québec. Décrit comme très discret, voire timide, incarnation de l’humilité, il n’est&#13;
certes pas le premier qu’on remarque sur les photos d’époque. Et pourtant, quel&#13;
homme exceptionnel !&#13;
&#13;
(Photo : Musée de la civilisation)&#13;
Il y a eu dix positiones au cours de la Cause :&#13;
1890 : Positio Super Introductione Causae (Rapport sur l’introduction de la Cause&#13;
du Serviteur de Dieu) ;&#13;
1892 : Positio Super Non-Cultu (Rapport sur l’absence de culte public) ;&#13;
1896 : Positio Super Fama Sanctitatis (Rapport sur la réputation de sainteté) ;&#13;
1904 : Positio Super Vadidate Processuum (Rapport sur la validité des procès de&#13;
la Cause) ;&#13;
1911 : Positio Pars Prima (Summarium d’un rapport jamais terminé) ;&#13;
1918 : Nova Positio (Le nouveau rapport) ;&#13;
1931 : Altera Nova Positio (Incomplète et jamais publiée) ;&#13;
1956 : Altera Nova Positio (Autre nouveau rapport) ;&#13;
1959 : Novissima Positio (Le plus nouveau rapport, complétant celui de 1956) ;&#13;
2014 : Positio Super Canonizatione Aequipollenti (Rapport sur la canonisation&#13;
équivalente).&#13;
17&#13;
Texte tiré de M. de Vries, « L’œuvre colossale de Georges-Édouard Demers », Saint François de&#13;
Laval : Bulletin du Centre d’animation François-De Laval, mai 2018, no 36, p. 1-3.&#13;
16&#13;
&#13;
-xxvii-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
En 1932, le Séminaire de Québec envoya ce jeune prêtre à Rome, qui travailla&#13;
longuement à effectuer une recherche exhaustive des sources et une analyse&#13;
complète de celles-ci. « Et c’est ainsi que je fus amené par la providence à offrir&#13;
mon concours dans la Cause de Mgr de Laval. Bien inexpérimenté dans les&#13;
questions et les méthodes historiques, je ne pouvais offrir que l’apport de ma bonne&#13;
volonté », confiait M. Demers à la revue L’Abeille (février 1949, vol. 5, no 3, p. 3).&#13;
Pendant sept ans, il logea au Collège pontifical canadien à Rome et au Séminaire&#13;
de Paris. Il transcrivit fidèlement près de 700 documents sources et envoya, par&#13;
mesure de sécurité, les copies au carbone séparément à l’abbé Amédée Gosselin,&#13;
archiviste du Séminaire et vice-postulateur. Il garda une correspondance régulière&#13;
avec ce dernier.&#13;
L’abbé Demers lui demandait souvent de lui envoyer des copies de lettres à Rome,&#13;
afin d’étudier plus en profondeur certains sujets, surtout les plus épineux, qu’il&#13;
attaqua de front. Tout en défendant mordicus Mgr de Laval et en démontrant sa&#13;
sainteté, il conserva une rigueur scientifique exemplaire. Cette démonstration fut&#13;
tout de même difficile, puisque, dans les mots de l’abbé Demers : « Il ne s’agissait&#13;
pas d’étudier la vie d’une bonne petite moniale enfermée toute sa vie derrière les&#13;
murs d’un cloître 18, mais bien celle d’un évêque qui, au milieu de perpétuelles&#13;
difficultés religieuses et politiques, avait fondé et organisé l’Église canadienne. Les&#13;
recherches devaient nécessairement être longues et compliquées. » (Ibidem)&#13;
En 1940, le volume II de l’Altera Nova Positio, la Documenta, (les textes et leurs&#13;
annotations, soit plus de 600 pages) était prête. Mais la Cause devait rester en suspens jusqu’en 1948 à cause de la Seconde Guerre mondiale. Entre 1948 et 1956,&#13;
l’abbé Demers retourna périodiquement à Rome pour aider à terminer l’ANP.&#13;
À l’automne 1956, il reçut deux beaux cadeaux pour son 50e anniversaire : en&#13;
septembre, le pape Pie XII le nomma Camérier secret surnuméraire 19, lui accordant&#13;
le titre honorifique de Monseigneur ; et en novembre, son successeur comme&#13;
postulateur, le P. Romain Saint-Cyr, lui envoya une copie de l’ANP fraîchement&#13;
imprimée. « Comme c’est ce soir les premières vêpres de ma fête au Séminaire, lui&#13;
écrivait Mgr Demers le 8 novembre 1956, et que plusieurs confrères me feront&#13;
l’honneur d’une visite à ma chambre, selon la coutume, j’en profiterai pour leur&#13;
&#13;
Il fait certainement référence à sainte Thérèse de Lisieux, canonisée en 1925.&#13;
Les camériers secrets surnuméraires sont appelés les « chapelains de Sa Sainteté » depuis 1968.&#13;
Il s’agit d’une ancienne fonction de la Maison pontificale où ils avaient la charge de l’antichambre&#13;
dite « secrète » du pape, soit une salle d’attente pour les audiences privées. Ces chapelains obtiennent&#13;
le premier et le plus bas des trois rangs de Monseigneur.&#13;
18&#13;
19&#13;
&#13;
-xxviii-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
faire voir ce travail, même si le contenu reste encore officiellement dans le secret&#13;
de la Congrégation des rites. »&#13;
Finalement, après 80 ans d’efforts, le décret d’héroïcité des vertus fut lu par le&#13;
pape Jean XXIII le 28 février 1960. « Mon cher Père, écrivait Mgr Demers au&#13;
P. Saint-Cyr pour l’occasion, enfin nos vœux sont exaucés ! […] Pour moi, c’est un&#13;
bien grand bonheur, puisque c’est le couronnement de tous les travaux que j’ai faits&#13;
pour la Cause depuis 1932 et aussi, je dois l’avouer, de bien des sacrifices… »&#13;
Le dossier documentaire était donc complété. Mgr Demers envoya des instructions&#13;
à Rome pour déterminer les documents devant être retournés à Québec pour&#13;
préservation.&#13;
Dans cette lettre du 22 mars 1960, on sent la fierté tout humble de l’homme :&#13;
« 3° Les 2 000 feuilles volantes. Il s’agit, je pense, des documents que j’ai copiés&#13;
dans les Archives de Paris, de Rome, d’Évreux, etc. Tout ce matériel n’est pas&#13;
imprimé dans l’ANP 20. De plus, une raison un peu sentimentale m’inclinerait à&#13;
vous les demander… étant donné que c’est mon travail personnel de bien des&#13;
semaines et des mois… j’ai presque envie d’écrire : retourner à Québec… »&#13;
En 1975, il prit une retraite bien méritée, après plusieurs années d’enseignement au&#13;
Petit Séminaire. Son dernier « bien grand bonheur » a sans doute été d’avoir été&#13;
délégué par le Séminaire pour assister aux célébrations de béatification à Rome du&#13;
22 juin 1980. Il décéda en 1983, à l’âge de 77 ans. Il n’a jamais vu la canonisation&#13;
de son cher évêque fondateur, à qui il avait voué une grande partie de sa vie, mais&#13;
on peut être certain qu’il l’a rencontré dans la mort.&#13;
III. LA NOUVELLE ÉDITION DE L’ALTERA NOVA POSITIO&#13;
&#13;
III. La nouvelle édition de l’Altera Nova Positio&#13;
&#13;
À la suite de la canonisation de leur fondateur, les prêtres du Séminaire de Québec&#13;
ont voulu rendre accessible aux chercheurs tout le corpus documentaire&#13;
archivistique, bibliographique et iconographique connu concernant Mgr de Laval.&#13;
À cette fin, ils ont confié au Centre d’animation François-De Laval 21 le mandat de&#13;
recenser, localiser et rendre accessibles tous les documents existants dans une&#13;
même base de données : Anima.&#13;
Du travail de Demers, 45 % seulement a été publié dans l’ANP. Le reste est demeuré, jusqu’ici,&#13;
dans son Fonds aux Archives du Séminaire, conservées au Musée de la civilisation à Québec. Anima&#13;
permettra à celui-ci de devenir accessible au public : www.sfdl.omeka.net.&#13;
21&#13;
Créé par le Séminaire de Québec en 1993, le Centre a pour mission de faire connaître et aimer la&#13;
vie, l’œuvre et la spiritualité du premier évêque. Site Web du CAFL : www.francoisdelaval.com.&#13;
20&#13;
&#13;
-xxix-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
Au cours de ce projet, nous avons pris conscience que l’Altera Nova Positio n’était&#13;
accessible qu’à une minorité de chercheurs et de lecteurs : elle n’avait été imprimée&#13;
qu’à 650 exemplaires, de nombreux textes qu’elle contenait étaient en latin et toutes&#13;
les annotations de l’abbé Demers étaient en italien. De plus, comme elle avait été&#13;
publiée il y a 67 ans, certaines informations qu’elle contenait méritaient une mise à&#13;
jour. Par exemple, la recherche actuelle a confirmé ou infirmé les dates de certaines&#13;
lettres, et plusieurs cotes archivistiques ne correspondaient plus à l’emplacement&#13;
actuel des archives.&#13;
Afin d’honorer le travail colossal de ce très modeste homme, nous avons créé cette&#13;
nouvelle édition. Une personne qui la lira côte à côte avec l’originale de 1956&#13;
trouvera donc les changements qui suivent.&#13;
Décisions éditoriales&#13;
Avant de commencer la nouvelle édition de cette positio, nous devions prendre&#13;
quelques décisions éditoriales. L’ANP de 1956 avait été assemblée dans le but&#13;
spécifique de démontrer la sainteté de François de Laval. L’abbé Demers n’avait&#13;
donc pas besoin d’y inclure tous les textes, ni même de les transcrire en entier. Il&#13;
devait aussi présenter la personne du premier évêque, qui était peu connu à Rome.&#13;
Il s’agit d’un travail immense, s’adressant aux novices et aux experts.&#13;
Puisque l’ANP sert maintenant aux chercheurs connaissant déjà François de Laval,&#13;
nous avons choisi d’éliminer l’introduction originale de l’abbé Demers, qui n’est&#13;
qu’une brève biographie, ainsi que la chronologie, puisqu’elle se trouve dans de&#13;
nombreuses publications. De plus, comme seulement 45 % du travail de l’abbé&#13;
Demers avait été publié dans l’ANP de 1956, nous avons augmenté cette nouvelle&#13;
édition de nouveaux textes et extraits.&#13;
Nous avons conservé la présentation en deux volumes, tout en y apportant quelques&#13;
modifications.&#13;
Le volume I, la Causa, sera publié ultérieurement. Celui-ci contiendra le résumé de&#13;
la vie et des vertus du Serviteur de Dieu (le Summarium) comme dans l’originale&#13;
de 1956 et nous y ajouterons les objections à la Cause (les Animadversiones), les&#13;
réponses de l’avocat à celles-ci, le rapport de l’avocat (la Relazione) et les décrets&#13;
papaux menant François de Laval à sa canonisation.&#13;
&#13;
-xxx-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
Nous publions ici le volume 2, la Documenta, soit les documents qui ont servi de&#13;
preuves présentées à la Sacrée congrégation des saints afin d’obtenir l’héroïcité et&#13;
la béatification de François de Laval. Afin d’aider à la compréhension du lecteur,&#13;
nous l’avons subdivisé en cinq parties thématiques :&#13;
la 1re comprend les textes de l’époque de Mgr de Laval ;&#13;
la 2e, les témoignages directs de la vie de l’évêque ;&#13;
la 3e, les témoignages indirects ;&#13;
la 4e, la translation de ses restes mortels ;&#13;
la 5e, les annexes rédigées par l’abbé Demers.&#13;
Il nous faut maintenant détailler les décisions éditoriales menant à cette nouvelle&#13;
édition a) revue, b) augmentée, c) annotée et d) traduite.&#13;
a) Édition revue&#13;
&#13;
a) Édition revue&#13;
&#13;
Puisque les normes de paléographie (typographie de textes anciens manuscrits) ne&#13;
sont plus les mêmes qu’à l’époque de l’abbé Demers, nous avons refait la&#13;
transcription des textes, à partir des originaux lorsqu’ils étaient disponibles.&#13;
L’origine de la transcription est toujours indiquée dans le titre des documents.&#13;
Pour éviter les erreurs d’interprétation, nous avons conservé la syntaxe du&#13;
17e siècle. Seule l’orthographe a été retouchée. Nous l’avons standardisée à l’aide&#13;
du Multi dictionnaire de la langue française de Marie-Éva de Villers et du Français&#13;
au bureau de l’Office québécois de la langue française. Ce dernier a aussi servi&#13;
pour la toponymie. L’Encyclopédie canadienne a été utilisée pour les noms des&#13;
peuples autochtones. Pour normaliser les noms de famille et de lieux, toujours dans&#13;
le but de faciliter la recherche, nous avons utilisé le Fichier d’autorité international&#13;
virtuel (VIAF), ainsi que le Dictionnaire bibliographique du Canada (DBC) et pour&#13;
les noms au Vatican, Catholic Hierarchy (CH) 22.&#13;
Nous avons conservé la numérotation originale des documents de l’édition de 1956.&#13;
Toutefois, puisque nous avons ajouté des textes et que la recherche actuelle a&#13;
parfois corrigé la date de certains textes, la mise en ordre chronologique et&#13;
thématique de tous les documents donne parfois une suite de numéros un peu&#13;
étrange. De plus, les lettres que l’abbé Demers avait incluses dans l’Annexe I, parce&#13;
qu’il les avait trouvées alors que l’ANP était déjà prête à être imprimée, ont été&#13;
Site du VIAF : https://viaf.org&#13;
Site du DBC : www.biographi.ca/fr&#13;
Site du Catholic Hierarchy : www.catholic-hierarchy.org.&#13;
22&#13;
&#13;
-xxxi-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
intégrées à même la première partie, les documents sources (voir la table des&#13;
matières).&#13;
b) Édition augmentée&#13;
&#13;
b) Édition augmentée&#13;
&#13;
L’abbé Demers avait pour objectif de prouver la sainteté de François de Laval.&#13;
Ainsi, il n’avait pas besoin d’inclure dans leur entièreté les longs rapports annuels,&#13;
principalement d’ordre administratif. Mais puisque l’ANP a servi de « livremaître » pour la recherche sur le premier évêque, nous avons décidé, lorsqu’il s’agit&#13;
d’un texte rédigé par Mgr de Laval, d’inclure le texte au complet.&#13;
Lorsque nous jugions qu’un document pouvait augmenter le propos originel de&#13;
l’abbé Demers, nous avons décidé de l’ajouter à cette nouvelle édition. Ils sont&#13;
indiqués par une lettre après le numéro de document. Par exemple, Doc. XXIII-A,&#13;
Doc. XLV-B-1, etc.&#13;
Dans le même ordre d’idée, nous avons ajouté des passages de lettres ou de rapports&#13;
lorsque c’était pertinent à la narration. Ces extraits ajoutés ou corrigés sont&#13;
identifiés par un changement de typographie. Les titres, les introductions et les&#13;
notes de bas de page sont en Times New Roman ; les textes inclus dans l’édition de&#13;
1956 sont en Palatino Linotype ; et les modifications apportées dans l’édition de&#13;
2023 par rapport à celle de 1956 sont en Calibri Light. Par exemple : Le 20e jour de&#13;
mai, le R. P. Claude Dablon, supérieur de la mission de la Compagnie de Jésus en la&#13;
Nouvelle-France, étant ici à faire sa visite, le père supérieur prit avec lui le&#13;
P. Cholenec pour s’en aller saluer Sa Grandeur. Ils trouvèrent ce prélat&#13;
apostolique avec le train et l’équipage d’un prince de la primitive Église.&#13;
Les formules d’ouverture et de fermeture étant souvent omises dans les copies des&#13;
archivistes et parfois même dans les copies d’époque, nous avons fait le choix&#13;
éditorial de les compléter, en suivant la formulation retrouvée le plus souvent par&#13;
l’auteur. Elles ont été mises entre crochets. Par exemple : François, [par la grâce&#13;
de Dieu, évêque de Pétrée, salutations.]&#13;
Nous avons aussi détaillé davantage le tableau synoptique des autorités civiles et&#13;
religieuses du 17e siècle par pays, afin de faciliter l’identification des personnes.&#13;
Le livre de Bertrand de La Tour, Mémoires sur la vie de M. de Laval, reproduit&#13;
dans cette édition au Doc. LXIX, est très long et ne traite pas entièrement de&#13;
Mgr de Laval. L’auteur voulait y inclure une première Histoire du Canada. Afin&#13;
d’alléger la lecture, nous avons mis les passages qui ne concernent pas Mgr de Laval&#13;
-xxxii-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
en gris pâle. De plus, ce livre est abondamment annoté et parfois une note de la&#13;
rédaction se glisse à l’intérieur d’une note de bas de page déjà existante. Dans ce&#13;
cas, elle est indiquée par un symbole numéro. Par exemple : Il était l’aîné# de la&#13;
famille. #NDLR : Il était le troisième.&#13;
c) Édition annotée&#13;
&#13;
c) Édition annotée&#13;
&#13;
L’abbé Demers inclut de nombreuses notes de bas de page pour apporter des&#13;
précisions ou des explications aux documents qu’il présentait dans l’ANP. Dans&#13;
cette nouvelle édition, nous avons ajouté trois nouveaux types de notes de bas de&#13;
page :&#13;
1° NDLR (note de la rédaction) pour indiquer des corrections, des&#13;
traductions de passages latins ou italiens dans les documents&#13;
d’époque, des informations additionnelles ou des notions réétudiées&#13;
par les historiens ;&#13;
2° NDA (note de l’auteur), lorsque l’auteur d’un livre cité par l’abbé&#13;
Demers incluait une note, que nous avons choisi de reproduire, telle&#13;
une note d’Oury concernant les lettres de Marie de l’Incarnation ;&#13;
3° NDT (note du traducteur), se trouvant dans les traductions de&#13;
textes originellement en latin ou en italien.&#13;
Des notes générales ont aussi été incluses plus loin dans cette introduction afin&#13;
d’éviter les répétitions. Les termes s’y référant sont identifiés par un astérisque. Par&#13;
exemple : École des arts et métiers*.&#13;
d) Édition traduite&#13;
&#13;
d) Édition traduite&#13;
&#13;
Toutes les introductions et les notes de bas de page originales, rédigées par&#13;
l’abbé Demers en italien, ont été traduites par le P. Roger Laberge, religieux de&#13;
Saint-Vincent-de-Paul, dernier postulateur de la Cause, de 1999 à 2014.&#13;
Lorsqu’un texte contient une citation biblique en latin, les traductions sont inscrites&#13;
en note de bas de page. Elles ont été tirées de la Bible officielle de l’Association&#13;
épiscopale liturgique pour les pays francophones (AELF), sauf dans les cas où le&#13;
texte scripturaire latin diffère de celui qui a été traduit par l’AELF.&#13;
De même, les passages en latin inclus dans une lettre en français ont été traduits et&#13;
mis en notes de bas de page. Toutefois, dans certains textes comprenant de longs&#13;
passages en latin et dans les notes de l’abbé Demers citant un document rédigé en&#13;
latin, nous avons intégré la traduction à même le texte, sans son pendant latin, afin&#13;
d’alléger la lecture. Dans ce cas, ces extraits sont indiqués par l’italique. Par&#13;
-xxxiii-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
exemple : Dans ce paragraphe, le Serviteur de Dieu mentionne une question : « en&#13;
vertu de notre autorité apostolique, nous l’érigeons […] en faveur du futur évêque&#13;
de l’Église de Québec » (Doc XXIII-16).&#13;
Enfin, tous les documents du 17e siècle rédigés en italien et en latin ont aussi été&#13;
traduits. Sauf indication contraire, les traductions des textes en italien ont été faites&#13;
par le P. Laberge et celle des textes en latin, par M. Paul-Hubert Poirier, professeur&#13;
de l’Université Laval. La provenance de ces traductions est mentionnée dans le titre&#13;
des documents.&#13;
Note au sujet des traductions de l’italien et du latin&#13;
Les originaux de la correspondance entre Rome et la France et le Canada au&#13;
17e siècle sont conservés aux Archives apostoliques du Vatican. L’accès y est&#13;
difficile. Des copies, manuscrites et dactylographiées, de ces originaux ont été&#13;
faites par quelques archivistes, mais elles sont parfois incomplètes ou défectueuses.&#13;
Heureusement, la comparaison entre les copies d’une même lettre a permis de&#13;
préciser les passages dont la traduction était incertaine.&#13;
Ces textes proviennent de quatre sources : la correspondance entre&#13;
François de Laval et le Saint-Siège ; les rapports des sacrées congrégations ; la&#13;
correspondance entre les nonces de France et les représentants de Rome ; et les&#13;
documents officiels produits par les papes.&#13;
Objectifs de la traduction&#13;
Nous constatons que le langage protocolaire du 17e siècle peut s’avérer lourd à lire :&#13;
le rédacteur utilise souvent la 3e personne pour désigner son correspondant et luimême, il emploie une syntaxe au passif et il multiplie les doubles négations.&#13;
Pour les trois premières sources de documents, nous voulions :&#13;
1° reproduire le plus fidèlement possible le style littéraire de la&#13;
correspondance en français de Mgr de Laval ;&#13;
2° offrir une fluidité à la lecture ;&#13;
3° utiliser les termes équivalents français, avec une note de bas de&#13;
page indiquant leur traduction littérale, afin de bien différencier les&#13;
personnes mentionnées. Par exemple, « Votre Seigneurie » a été&#13;
traduit par « Monseigneur », « la chose chrétienne » par « la&#13;
chrétienté » et « un temple chrétien » par « une église ».&#13;
&#13;
-xxxiv-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
Pour les documents officiels, nous avons favorisé une traduction littérale, parce que&#13;
nous avions généralement les originaux ou des copies collationnées dans leur&#13;
entièreté. L’importance de ces textes nous a menés à être d’autant plus prudents&#13;
afin d’éviter les mauvaises interprétations.&#13;
IV. NOTES GÉNÉRALES À CE JOUR&#13;
&#13;
IV. Notes générales à ce jour&#13;
&#13;
Les notes suivantes se répéteraient trop souvent dans cette positio pour les indiquer&#13;
en notes de bas de page. Nous avons donc choisi de les inscrire dans l’introduction&#13;
et de les indiquer dans les textes par un astérisque. Par exemple : Mgr*.&#13;
a) Catalogue de 1687 : Le « Catalogue de 1687 » est conservée au Musée de la&#13;
civilisation de Québec et porte la cote Séminaire 92, no 25. Il s’agit d’un des&#13;
inventaires de documents alors conservés au Séminaire commencés par l’abbé&#13;
Glandelet en 1687. Cet inventaire est présenté sous forme de liasses lettrées.&#13;
Malheureusement, les documents indiqués dans chacune de ces liasses ont&#13;
effectivement été perdus, peut-être dans l’un des nombreux incendies du Séminaire.&#13;
L’intérêt de ce catalogue est d’y trouver la preuve de l’abondante correspondance&#13;
de Mgr de Laval avec diverses personnes, des missions canadiennes aux asiatiques,&#13;
sur de multiples sujets.&#13;
b) École des arts et métiers : En 1975, Peter N. Moogk démontre que ladite École&#13;
des Arts et Métiers de la Grande Ferme Saint-Joachim n’a en fait jamais existé. La&#13;
Grande Ferme fut dotée d’une école élémentaire en 1688 et formait probablement&#13;
des jeunes aux travaux des champs durant l’été, mais on n’y a trouvé aucune trace&#13;
d’un système de maître à apprenti par les artistes, charpentiers, menuisiers, etc.&#13;
venus de France comme il fut longtemps cru.&#13;
c) Mgr et Mgr : Tous les titres nobiliaires ont été abrégés pour alléger la lecture.&#13;
Les laïcs portaient le titre « Monsieur » et les ecclésiastiques « Monseigneur ».&#13;
Toutefois, dans les échanges entre les deux ordres, la politesse demandait&#13;
l’inversion des titres. Ainsi, l’abbé Dudouyt s’adressait au ministre Colbert en tant&#13;
que « Monseigneur ». Afin de les distinguer, nous avons conservé l’abréviation&#13;
« Mgr » pour les évêques et avons abrégé « Mgr » pour les laïcs.&#13;
d) Montmorency : Dans ses recherches, Honorius Provost, vice-postulateur de la&#13;
Cause de 1960 à 1980, démontra que l’évêque n’a jamais porté ni utilisé le nom de&#13;
Montmorency. Sa famille ne l’avait pas porté depuis 13 générations, soit depuis&#13;
Guy de Montmorency-Laval, utilisant uniquement le nom de Laval. (Provost,&#13;
&#13;
-xxxv-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
« François de Laval est son nom », Pierres vivantes, Spécial béatifications, 1980,&#13;
p. 12-18 et dans L’Église canadienne, vol. 13, no 17, mai 1980, p. 535-537.)&#13;
e) « N. » : On trouve souvent la majuscule N. dans les lettres du 17e siècle pour&#13;
désigner un supérieur, tels un provincial ou un évêque. Dans la série Docs. LI, elle&#13;
fait référence à Mgr de Saint-Vallier.&#13;
f) Registre A des Archives de l’archidiocèse de Québec : Le Registre A, souvent&#13;
cité, est un manuscrit de l’époque de Mgr de Laval, principalement rédigé par&#13;
Henri de Bernières. Il s’agit de copies de maints documents, certifiées par l’évêque&#13;
après avoir obtenu son titre officiel d’évêque de Québec. C’est pourquoi plusieurs&#13;
documents datant d’avant 1674 portent uniquement la signature « François, évêque&#13;
de Québec ». Nous avons ajouté, entre crochets, celle qui aurait été apposée lors de&#13;
la rédaction des documents.&#13;
g) Sauvages / Barbares / Indigènes : Les auteurs du 17e siècle utilisent certains&#13;
termes qui pourraient aujourd’hui porter une connotation négative, qui nécessitent&#13;
une définition.&#13;
Lorsque Mgr de Laval rédige ses rapports au sujet de son Église au Saint-Siège et&#13;
au roi, il distingue trois types de personnes :&#13;
1° les Autochtones du Canada,&#13;
2° les personnes nées en France et installées dans la colonie et&#13;
3° les enfants de ces derniers, nés au pays.&#13;
Selon son locuteur, il emploie des mots différents pour désigner ces trois types de&#13;
personnes. Lorsqu’il écrit à la Cour de France, il utilise ces termes français :&#13;
1° les « Sauvages », du latin silva, qui signifiait « ceux qui vivent&#13;
dans la forêt »,&#13;
2° les « Français » et&#13;
3° les « Canadiens ».&#13;
Lorsqu’il écrit au Saint-Siège, les termes latins pour ces trois types de personnes&#13;
étaient :&#13;
1° les « Barbares », du grec barbaros, signifiant « étranger », (il utilise&#13;
parfois les « Sauvages » et les « nations indigènes »)&#13;
2° les « Français » et&#13;
3° les « Indigènes ».&#13;
Enfin, le terme « les infidèles », du latin infidelis, désigne tous ceux qui n’ont pas&#13;
la foi chrétienne, tant du Canada que de l’Extrême-Orient.&#13;
&#13;
-xxxvi-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
Dans les introductions et annotations de Demers, nous avons changé le mot&#13;
« Sauvage », utilisé en 1956, pour « Autochtone ».&#13;
h) Vice-roi : Les historiens et même plusieurs personnes au 17e siècle ont fait&#13;
référence au marquis Alexandre de Prouville de Tracy comme étant « vice-roi ».&#13;
Les études ont démontré qu’il portait plutôt le titre de lieutenant-général de la&#13;
Nouvelle-France. Nous avons donc corrigé son titre dans les introductions et&#13;
annotations de cette édition.&#13;
V. Remerciements&#13;
&#13;
V. REMERCIEMENTS&#13;
&#13;
Ce projet a été rendu possible grâce à la collaboration d’un grand nombre de&#13;
personnes. Leur expertise, leurs recommandations et leur implication nous ont&#13;
permis de vous offrir un outil de recherche de qualité et des résultats rigoureux.&#13;
Ils méritent nos salutations : à commencer par le personnel dévoué des différents&#13;
fonds d’archives et des musées, particulièrement ceux des Archives de&#13;
l’archidiocèse de Québec (M. Pierre Lafontaine et Mme Maude Leclerc,&#13;
archivistes), celui du Musée de la civilisation de Québec (Mme Anne Laplante et&#13;
M. Peter Gagné, archivistes) et celui des Pères Rédemptoristes de Sainte-Anne-deBeaupré (Mme Assunta Bouchard).&#13;
Les paléographies modernes ont été faites selon les critères rigoureux de la Société&#13;
de généalogie de Québec, grâce à laquelle nous avons pu recruter une petite équipe&#13;
efficace et professionnelle (Mme Hélène Duval, M. Marc Moreau, Mme Nicole&#13;
Paradis, sous la supervision de Mme Lise Saint-Hilaire).&#13;
Les transcriptions en orthographe moderne ont demandé une attention soutenue de&#13;
la part principalement de feu M. Francis Jacques, Mme Isabelle Beaudoin,&#13;
M. Olivier Laporte et M. Alexandre Lépine.&#13;
Nous remercions le P. Roger Laberge, religieux de Saint-Vincent-de-Paul, pour les&#13;
traductions italiennes, Mgr Hermann Giguère, prélat honorifique, professeur&#13;
titulaire et retraité de la Faculté de théologie et des sciences religieuses de&#13;
l’Université Laval pour les révisions italiennes, et l’abbé Paul-Hubert Poirier,&#13;
professeur de l’Université Laval, pour les traductions latines, ainsi que&#13;
M. Benjamin Waterhouse pour plusieurs traductions anglaises.&#13;
&#13;
-xxxvii-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
Les images imprimées dans cette positio ont été captées grâce au talent de&#13;
M. Daniel Abel. M. Steve Lecours a, quant à lui, rendu plus agréable l’aspect&#13;
graphique de cette nouvelle édition.&#13;
Nous voulons également saluer Mme Agueda Iturbe-Kennedy, docteure en histoire&#13;
et en histoire de l’art, pour la recherche dans les fonds archivistiques européens et&#13;
ses avis et conseils pour faciliter l’expérience utilisateur ; également, M. Gilles&#13;
Bureau, professeur retraité d’histoire et auteur de François de Laval et son époque,&#13;
pour ses réponses à nos nombreuses interrogations.&#13;
En terminant, nous tenons à remercier les autorités du Séminaire de Québec pour&#13;
leur confiance et leur soutien. Depuis plus de 180 ans, cette institution a contribué&#13;
à préserver les archives et à faire connaître leur fondateur. Nous saluons leurs&#13;
archivistes et leurs promoteurs, notamment les abbés Noël Baillargeon, Amédée&#13;
Edmond Gosselin, Edmond Langevin et Honorius Provost.&#13;
Nous rendons un hommage tout particulier à l’un des leurs, Mgr Georges-Édouard&#13;
Demers, relateur de la Cause. Sa quête méticuleuse des documents archivistiques&#13;
nécessaires à la rédaction de l’Altera Nova Positio, ainsi que toute la recherche pour&#13;
les présenter, les annoter et les expliquer aux comités scientifiques du Vatican ont&#13;
permis la béatification de François de Laval en 1980 et sa canonisation en 2014.&#13;
&#13;
Martina de Vries, historienne, directrice-adjointe du Centre d’animation FrançoisDe Laval et chargée de projet&#13;
Jean Duval, directeur du Centre d’animation François-De Laval.&#13;
&#13;
-xxxviii-&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
VI. TABLEAUX SYNOPTIQUES DES AUTORITÉS CIVILES ET RELIGIEUSES DE L’ÉPOQUE DE FRANÇOIS DE LAVAL DE 1956&#13;
&#13;
VI. Tableaux synoptiques des autorités civiles et religieuses de l’époque de&#13;
François de Laval&#13;
a) Du Saint-Siège&#13;
a) Du Saint-Siège&#13;
&#13;
Papes&#13;
1655-1667&#13;
1667-1669&#13;
1670-1676&#13;
1676-1689&#13;
1689-1691&#13;
&#13;
Chigi, Fabio / Alexandre VII, pape, 1599-1667&#13;
Rospigliosi, Giulio / Clément IX, pape, 16001669&#13;
Clément X, pape, 1590-1676&#13;
Innocent XI, pape, 1611-1689&#13;
&#13;
1691-1700&#13;
&#13;
Ottoboni, Pietro Vito / Alexandre VIII, pape,&#13;
1610-1691&#13;
Innocent XII, pape, 1615-1700&#13;
&#13;
1700-1721&#13;
&#13;
Clément XI, pape, 1649-1721&#13;
&#13;
16 avril 1655 au 22 mai 1667&#13;
26 juin 1667 au 9 décembre&#13;
1669&#13;
11 mai 1670 au 22 juillet 1676&#13;
4 octobre 1676 au 12 août&#13;
1689&#13;
16 octobre 1689 au 1er février&#13;
1691&#13;
15 juillet 1691 au&#13;
27 septembre 1700&#13;
18 décembre 1700 au 19 mars&#13;
1721&#13;
&#13;
Secrétaires d’État à Rome&#13;
1651-1655&#13;
&#13;
Chigi, Fabio / Alexandre VII, pape, 1599-1667&#13;
&#13;
1655-1667&#13;
&#13;
Rospigliosi, Giulio / Clément IX, pape, 16001669&#13;
Azzolini, Decio, 1623-1689&#13;
&#13;
1667-1669&#13;
1670-1673&#13;
&#13;
1673-1676&#13;
1676-1689&#13;
&#13;
Borromeo, Federico, 1617-1673&#13;
N. B. : Sous le pape Clément X (1670-1676), le&#13;
cardinal patron, Altieri, remplissait un bon&#13;
nombre des devoirs de la secrétairie d’État et a&#13;
été le correspondant principal avec le nonce à&#13;
Paris, Spada.&#13;
Nerli, Francesco, 1636-1708&#13;
Cibò, Alderano, 1613-1700&#13;
&#13;
1689-1691&#13;
1691-1700&#13;
&#13;
Rubini, Giambattista, 1642-1707&#13;
Spada, Fabrizio, 1643-1717&#13;
&#13;
1700-1721&#13;
&#13;
Paolucci, Fabrizio, 1651-1726&#13;
&#13;
-xxxix-&#13;
&#13;
Décembre 1651 au 7 janvier&#13;
1655&#13;
Avril 1655 au 22 mai 1667&#13;
25 juin 1667 au 9 décembre&#13;
1669&#13;
Mai 1670 au 18 février 1673&#13;
&#13;
Août 1673 au 22 juillet 1676&#13;
22 septembre 1676 au 12 août&#13;
1689&#13;
Octobre 1689 à février 1691&#13;
14 juillet 1691 au 27 septembre&#13;
1700&#13;
3 décembre 1700 au 19 mars&#13;
1721&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
Préfets de la Propagande à Rome&#13;
1649-1671&#13;
1671-1698&#13;
1698-1704&#13;
&#13;
Barberini, Antonio, 1607-1671&#13;
Paluzzi Altieri degli Albertoni, Paluzzo, 16231698&#13;
Barberini, Carlo, 1630-1704&#13;
&#13;
1704-1727&#13;
&#13;
Sacripante, Giuseppe, 1642-1727&#13;
&#13;
1649 au 2 août 1671&#13;
2 août 1671 au 29 juin 1698&#13;
17 juillet 1698 au 2 octobre&#13;
1704&#13;
9 décembre 1704 au 4 janvier&#13;
1727&#13;
&#13;
Nonces (N), nonces par intérim (In) et nonces extraordinaires (Ne) à Paris&#13;
1643-1656&#13;
&#13;
N&#13;
&#13;
Guidi di Bagno, Niccolò, 1583-1663&#13;
&#13;
1656-1663&#13;
&#13;
N&#13;
&#13;
Piccolomini, Celio, 1609-1681&#13;
&#13;
1663&#13;
1664-1667&#13;
1667-1668&#13;
&#13;
In&#13;
N&#13;
In&#13;
&#13;
1668- 1671&#13;
1671-1672&#13;
&#13;
N&#13;
In&#13;
&#13;
1672-1673&#13;
1673-1674&#13;
&#13;
N&#13;
In&#13;
&#13;
Rospigliosi, abbé&#13;
Roberti de Vittori, Carlo, 1605-1673&#13;
Vibò, Michele Antonio, 1630-1713&#13;
(abbé de Rivalta)&#13;
Bargellini, Niccolò Pietro, 1630-1694&#13;
Vibò, Michele Antonio, 1630-1713,&#13;
(abbé de Rivalta)&#13;
Nerli, Francesco, 1636-1708&#13;
&#13;
1674-1675&#13;
1675-1676&#13;
&#13;
N&#13;
In&#13;
&#13;
1677-1678&#13;
&#13;
Ne&#13;
&#13;
Montani, Francesco Maria, ✝&#13;
Varese, Pompeo, 1624-1678&#13;
&#13;
1678-1683&#13;
&#13;
In&#13;
&#13;
Lauri, Giovanni Battista, 1630-1689&#13;
&#13;
1683-1689&#13;
1690-1692&#13;
&#13;
Ne&#13;
N&#13;
&#13;
Ranuzzi, Angelo Maria, 1626-1689&#13;
Nicolini, Francesco, v. 1641-1692&#13;
&#13;
1692&#13;
1692&#13;
&#13;
In&#13;
In&#13;
&#13;
Filippini, Orazio, -1692&#13;
&#13;
1692-1696&#13;
&#13;
N&#13;
&#13;
1696-1700&#13;
1700&#13;
&#13;
N&#13;
In&#13;
&#13;
1700-1706&#13;
1706-1712&#13;
&#13;
N&#13;
N&#13;
&#13;
Farratini, Angelo, ✝&#13;
(abbé de San Niccolò)&#13;
Spada, Fabrizio, 1643-1717&#13;
&#13;
Bonfigli, Francesco Maria, ✝&#13;
Cavallerini, Giovanni Giacomo, 16391699&#13;
Delfino, Daniello Marco, 1653-1704&#13;
&#13;
Conti Carlo Francesco, ✝&#13;
Gualterio, Filippo Antonio, 1660-1728&#13;
Cusani, Agostino, 1655-1730&#13;
&#13;
-xl-&#13;
&#13;
25 juin 1643 au 5 décembre&#13;
1656&#13;
15 novembre 1656 au 30 août&#13;
1663&#13;
1664&#13;
28 avril 1664 à avril 1667&#13;
Avril 1667 à mars 1668&#13;
11 février 1668 à juillet 1671&#13;
Juillet 1671 à juin 1672&#13;
26 avril 1672 au 12 juin 1673&#13;
15 juillet 1673 au 5 janvier&#13;
1674&#13;
6 janvier 1674 au 27 août 1675&#13;
27 août 1674 à août 1676&#13;
27 janvier 1677 au 4 novembre&#13;
1678&#13;
&#13;
1683 au 27 septembre 1689&#13;
21 février 1690 au 4 février&#13;
1692&#13;
4 février 1692 au 22 avril 1692&#13;
30 juin 1692 au 15 avril 1696&#13;
7 janvier 1696 à février 1700&#13;
10 avril 1700 au 31 août 1706&#13;
29 mai 1706 à février 1712&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
b) De la France&#13;
&#13;
b) De la France&#13;
&#13;
Rois&#13;
1610-1643&#13;
1643-1651&#13;
1643-1715&#13;
&#13;
Louis XIII, Roi de France, 1601-1643&#13;
Régence d’Anne d’Autriche, reine de France,&#13;
1601-1666, mère de Louis XIV&#13;
Louis XIV, Roi de France, 1638-1715&#13;
&#13;
14 mai 1610 au 14 mai 1643&#13;
14 mai 1643 au 7 septembre&#13;
1651&#13;
14 mai 1643 au 1er septembre&#13;
1715&#13;
&#13;
Secrétaires d’État de la Marine&#13;
1669-1683&#13;
&#13;
Colbert, Jean Baptiste, 1619-1683&#13;
&#13;
1683-1690&#13;
&#13;
Seignelay, Jean-Baptiste Antoine Colbert,&#13;
1651-1690, marquis de&#13;
Pontchartrain, Louis Phélypeaux, 1643-1727,&#13;
comte de&#13;
Pontchartrain, Jérôme Phélypeaux, 1674-1747&#13;
comte de&#13;
&#13;
1690-1699&#13;
1699-1715&#13;
&#13;
7 mars 1669 au 6 septembre&#13;
1683&#13;
6 septembre 1683 au&#13;
3 novembre 1690&#13;
7 novembre 1690 au&#13;
6 septembre 1699&#13;
6 septembre 1699 au 1er octobre&#13;
1715&#13;
&#13;
Supérieurs du Séminaire des Missions étrangères de Paris&#13;
1663-1664&#13;
&#13;
Gazil de la Bernardière, Michel, 1624-1679&#13;
&#13;
1664-1667&#13;
&#13;
Meur, Vincent de, 1628-1668&#13;
&#13;
1667-1670&#13;
&#13;
Gazil de la Bernardière, Michel, 1624-1679&#13;
&#13;
1670-1674&#13;
&#13;
Bésard, François, 1630-1681&#13;
&#13;
1674-1680&#13;
1680-1681&#13;
1681-1694&#13;
&#13;
Fermanel de Favery, Luc, 1632-1688&#13;
Bésard, François, 1630-1681&#13;
Brisacier, Jacques-Charles de, 1642-1736&#13;
&#13;
1694-1700&#13;
&#13;
Tiberge, Louis, 1651-1730&#13;
&#13;
1700-1720&#13;
&#13;
Brisacier, Jacques-Charles de, 1642-1736&#13;
&#13;
-xli-&#13;
&#13;
18 octobre 1663 au 11 juin&#13;
1664 (provisoire)&#13;
11 juin 1664 au 9 septembre&#13;
1667&#13;
9 septembre 1667 au&#13;
9 décembre 1670&#13;
9 septembre 1670 au 12 janvier&#13;
1674&#13;
12 janvier 1674 à 1680&#13;
1680 au 5 avril 1681&#13;
26 avril 1681 au 16 janvier&#13;
1694&#13;
16 janvier 1694 au 11 janvier&#13;
1700&#13;
11 janvier 1700 à 1720&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
&#13;
c) Du Canada&#13;
&#13;
c) Du Canada&#13;
&#13;
Gouverneurs&#13;
1648-1651&#13;
1651-1657&#13;
&#13;
Ailleboust de Coulonge et d’Argentnay, Louis&#13;
d’, 1612-1660&#13;
Lauzon, Jean de, 1584-1666&#13;
&#13;
1658-1661&#13;
1661-1663&#13;
1663-1665&#13;
1665-1672&#13;
&#13;
Argenson, Pierre de Voyer d’, 1625-1709&#13;
Dubois Davaugour, Pierre, m. 1664&#13;
Saffray de Mésy, Augustin de, m. 1665&#13;
Rémy de Courcelle, Daniel de, 1626-1698&#13;
&#13;
1672-1682&#13;
&#13;
Frontenac, Louis de Buade de, 1622-1698&#13;
&#13;
1682-1685&#13;
&#13;
1689-1698&#13;
&#13;
Le Febvre de La Barre, Joseph-Antoine, 16221688&#13;
Denonville, Jacques René de Brisay de, 16421710&#13;
Frontenac, Louis de Buade de, 1622-1698&#13;
&#13;
1698-1703&#13;
&#13;
Callière, Louis-Hector de, 1648-1703&#13;
&#13;
1703-1725&#13;
&#13;
Rigaud de Vaudreuil, Philippe de, 1643-1725&#13;
&#13;
1685-1689&#13;
&#13;
13 septembre 1657 au&#13;
13 octobre 1651&#13;
13 octobre 1651 au 11 juillet&#13;
1658&#13;
11 juillet 1658 au 31 août 1661&#13;
31 août 1661 au 23 juillet 1663&#13;
15 août 1663 au 5 mai 1665&#13;
12 septembre 1665 au&#13;
12 septembre 1672&#13;
12 septembre 1672 au 9 mai&#13;
1682&#13;
9 octobre 1682 au 10 mars 1685&#13;
1er août 1685 au 12 août 1689&#13;
12 août 1689 au 28 novembre&#13;
1698&#13;
29 novembre 1698 au 26 mai&#13;
1703&#13;
27 mai 1703 à 1714&#13;
&#13;
Intendants&#13;
1665-1668&#13;
&#13;
Talon, Jean, v. 1626-1694&#13;
&#13;
1668-1670&#13;
&#13;
Bouteroue d’Aubigny, Claude de, 1620-1680&#13;
&#13;
1670-1672&#13;
1675-1682&#13;
1682-1686&#13;
&#13;
Talon, Jean, v. 1626-1694&#13;
Duchesneau de la Doussinière et d’Ambault,&#13;
Jacques, 1631-1696&#13;
Meulles, Jacques de, m. 1703&#13;
&#13;
1687-1702&#13;
&#13;
Bochart de Champigny, Jean, v. 1645-1720&#13;
&#13;
-xlii-&#13;
&#13;
23 mars 1665 au 22 octobre&#13;
1668&#13;
22 octobre 1668 au 22 octobre&#13;
1670&#13;
23 octobre 1670 à octobre 1672&#13;
16 septembre 1675 au 9 octobre&#13;
1682&#13;
9 octobre 1682 au 23 septembre&#13;
1686&#13;
23 septembre 1686 au 5 octobre&#13;
1702&#13;
&#13;
�Introduction générale&#13;
VII. TABLEAU SYNTHÈSE DES INDICATEURS DE MODIFICATIONS FAITES PAR RAPPORT À L’ÉDITION DE 1956&#13;
VII. Tableau synthèse des indicateurs de modifications faites par rapport à l’édition de 1956&#13;
&#13;
Indicateurs&#13;
&#13;
Signification&#13;
&#13;
Doc. XXIII-A&#13;
Doc. XLV-B-1&#13;
Doc. VI&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Doc. VI&#13;
Informations canoniques, d’après l’original&#13;
conservé dans les Archives de la Propagande,&#13;
vol. 317, fos 124-129&#13;
[Vol. 59, p. 268-290] : Le 20e jour de mai, le&#13;
R. P. Claude Dablon, supérieur de la mission de&#13;
la Compagnie de Jésus en la Nouvelle-France,&#13;
étant ici à faire sa visite, le père supérieur prit&#13;
avec lui le P. Cholenec pour s’en aller&#13;
saluer Sa Grandeur.&#13;
École des arts et métiers*&#13;
NDLR :&#13;
NDT :&#13;
NDA :&#13;
Dans ce paragraphe, le Serviteur de Dieu&#13;
mentionne une question : « en vertu de notre&#13;
autorité apostolique, nous l’érigeons […] en&#13;
faveur du futur évêque de l’Église de Québec »&#13;
(Doc XXIII-16).&#13;
Cependant, M. de Bernières mourut le&#13;
8 mai 1659. L’abrégé de cet évènement ne&#13;
sera pas un épisode déplacé dans la vie du&#13;
prélat.&#13;
Il était l’aîné# de la famille.&#13;
#&#13;
NDLR : Il était le troisième de la famille.&#13;
&#13;
Une extension en lettre (-A, -B, -C, etc.)&#13;
indique un texte ajouté dans la nouvelle&#13;
édition.&#13;
Cette note indique que le texte originel a été&#13;
traduit en français dans la nouvelle édition.&#13;
Le changement de typographie indique une&#13;
correction à la cote archivistique&#13;
originellement publiée.&#13;
Le changement de typographie (Calibri Light)&#13;
indique une correction ou ajout au texte&#13;
originellement publié.&#13;
Les textes publiés en 1956 sont en Palatino&#13;
Linotype. Les introductions, titres et notes de&#13;
bas de page sont en Times New Roman.&#13;
L’astérisque indique que le lecteur doit se&#13;
référer aux Notes générales de l’introduction.&#13;
Note de la rédaction&#13;
Note du traducteur&#13;
Note de l’auteur cité&#13;
L’italique à l’intérieur de guillemets indique&#13;
que le texte originellement publié en latin a&#13;
été traduit en français dans le texte ou dans la&#13;
note de bas de page.&#13;
&#13;
L’écriture plus pâle est uniquement utilisée&#13;
dans le livre de M. La Tour. Elle indique que&#13;
le passage ne traite pas de Mgr de Laval.&#13;
Le dièse indique qu’il y a une note de la&#13;
rédaction à l’intérieur d’une note de bas de&#13;
page originelle.&#13;
&#13;
Pour la version détaillée des modifications apportées à cette nouvelle édition par&#13;
rapport à celle de 1956, voir p. 28 de l’introduction.&#13;
&#13;
-xliii-&#13;
&#13;
�Première partie : Les documents sources&#13;
&#13;
Première partie :&#13;
Les documents sources&#13;
&#13;
-1-&#13;
&#13;
�Doc. 0&#13;
&#13;
Doc. 0. Observations préliminaires concernant les documents de la naissance, du baptême, de la confirmation et de&#13;
l’ordination sacerdotale de Laval&#13;
&#13;
Doc. 0&#13;
Observations préliminaires concernant les documents de la naissance,&#13;
du baptême, de la confirmation et de l’ordination sacerdotale&#13;
du Serviteur de Dieu&#13;
Les documents officiels de la naissance, du baptême, de la confirmation et de&#13;
l’ordination sacerdotale du Serviteur de Dieu François de Laval n’ont pas été&#13;
retrouvés. Cependant, ils sont mentionnés dans certaines sources contemporaines&#13;
sûres, et il n’y a eu de débat qu’à propos de la date de sa naissance et celle de son&#13;
ordination sacerdotale.&#13;
On ne peut déterminer l’année de sa naissance dans les registres de baptême de la&#13;
paroisse natale de Montigny-sur-Avre, du diocèse de Chartres, puisque les pages&#13;
des années 1600 et 1627 sont manquantes. Nous n’en connaissons pas la raison.&#13;
Certains biographes suggèrent qu’il serait né en 1622, mais dans d’autres&#13;
documents, dont le mémoire écrit peu après le décès du Serviteur de Dieu par un&#13;
prêtre du Séminaire de Québec, probablement M. de Glandelet, ainsi que les&#13;
Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec par M. de La Tour&#13;
en 1761, le disent né en 1623. Cette date est confirmée dans les Informations&#13;
canoniques rédigées en 1653 et en 1657, à l’occasion de sa promotion à&#13;
l’épiscopat, ainsi que dans l’inscription sur son tombeau et dans plusieurs autres&#13;
documents présentés dans la présente Positio.&#13;
Le jour de naissance est incertain : le mémoire de M. de Glandelet indique la date&#13;
du 20 avril et celui de M. de La Tour, le 30 du même mois. C’est généralement&#13;
cette dernière date qui est retenue.&#13;
La date de son ordination sacerdotale présente des problèmes semblables.&#13;
M. de La Tour le dit né en 1623 et ordonné prêtre à l’âge de 25 ans : cela donnerait&#13;
une ordination en 1648. Cependant, le mémoire de M. de Glandelet et les autres&#13;
documents en général indiquent qu’il aurait plutôt été ordonné en 1647.&#13;
De plus, lorsque P. Gravier, jésuite, écrivit au Serviteur de Dieu en 1697 23, il fit&#13;
allusion au 50e anniversaire de sacerdoce de Mgr de Laval. Le jour précis de son&#13;
ordination est plus difficile à déterminer. Selon l’abbé Auguste Gosselin 24&#13;
(Le vénérable François de Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec,&#13;
2e édition, Québec, 1923, p. 33), il s’agirait du 1er mai, et les raisons qu’il invoque&#13;
rendent cette date probable 25.&#13;
&#13;
Cf. Doc. LIV.&#13;
L’abbé Gosselin a écrit deux biographies du Serviteur de Dieu : Vie de Mgr de Laval, premier&#13;
évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, 2 vol. et Le vénérable François&#13;
de Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923. Comme nous&#13;
devrons citer cet auteur souvent, chaque fois qu’il manquera une indication de volume, nous ferons&#13;
référence à la seconde biographie.&#13;
25&#13;
NDLR : Dans sa première biographie, l’abbé Gosselin reprenait la date donnée par&#13;
M. de La Tour, soit le 23 septembre 1647 ; mais dans sa version abrégée en un volume, il cite celle&#13;
M. de La Colombière, qui affirme que le Serviteur de Dieu fut ordonné prêtre « à l’âge de 24 ans et&#13;
un jour », ce qui mène au 1er mai 1647.&#13;
23&#13;
24&#13;
&#13;
-2-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. I&#13;
&#13;
Doc. I. Nomination par Péricard d'un 1er canonicat d’Évreux à Laval (25 septembre 1637)&#13;
&#13;
Doc. I&#13;
Nomination du Serviteur de Dieu à la fonction de chanoine de la cathédrale&#13;
d’Évreux, 25 septembre 1637, d’après le pouillé d’Évreux, Archives&#13;
départementales de l’Eure, G 22, AG 35, fo 506&#13;
En 1631, le Serviteur de Dieu François de Laval entra au collège des Jésuites de&#13;
La Flèche ; il avait alors 8 ans. Il fut immédiatement tonsuré et reçut l’habit&#13;
ecclésiastique. Ce fait de conférer la tonsure à un enfant de 8 ans peut nous&#13;
surprendre aujourd’hui, mais à cette époque, c’était l’usage ordinaire. Celle-ci&#13;
trouvait sa justification dans les décrets du concile de Trente (Sess. 23, c. 4, De&#13;
Ref) 26 et dans plusieurs conciles particuliers de France. C’est ainsi que nous&#13;
savons que saint François de Sales fut tonsuré à 11 ans, Bossuet à 18 ans et JeanJacques Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice, prieur de La Trinité de&#13;
Clisson, à 12 ans.&#13;
Le Serviteur de Dieu fut nommé chanoine de la cathédrale d’Évreux à 14 ans par&#13;
l’évêque de ladite ville, Mgr François Boyvin de Péricard, son oncle maternel, qui&#13;
voulait ainsi, semble-t-il, faciliter la poursuite des études de son jeune neveu. Ces&#13;
études avaient été compromises par les difficultés financières dans lesquelles se&#13;
trouvait sa famille à la suite du décès du père peu de temps avant. Dans l’attente&#13;
qu’il soit possible à son neveu de remplir ses fonctions de chanoine, l’évêque lui&#13;
donna certainement un suppléant (Gosselin, Vie de Mgr de Laval, premier évêque&#13;
de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 1, p. 35).&#13;
On ne connaît pas l’acte officiel de cette nomination, parce que les registres de&#13;
l’évêché et du chapitre d’Évreux ont été perdus. Cependant, dans le pouillé&#13;
d’Évreux, une série de registres manuscrits où on notait régulièrement l’état des&#13;
bénéfices ecclésiastiques dudit diocèse, nous trouvons la note reproduite ici, qui&#13;
a le même sceau d’authenticité que le document officiel.&#13;
&#13;
Le vendredi 25 septembre 1637, à 1 heure après-midi, M. François Boyvin&#13;
de Péricard, évêque d’Évreux, a conféré de plein droit à François de Laval,&#13;
clerc du diocèse de Chartres, l’un des canonicats et prébendes sur le sceau&#13;
de l’évêché, vacant par la mort de M. Noël Dupray, prêtre, dernier&#13;
possesseur.&#13;
Et le lundi, 23 novembre 1637, mondit sieur François de Laval a été mis en&#13;
possession desdits canonicat et prébende. Voyez le Registre du chapitre&#13;
pour ledit jour 23 novembre 1637.&#13;
NDLR : Concile de Trente, session 23, Décrets de Réformation, chapitre 4 : « Quels doivent être&#13;
ceux qu’on doit recevoir à la tonsure ? On ne recevra point à la première tonsure ceux qui n’auront&#13;
pas reçu le sacrement de confirmation et qui n’auront pas été instruits des premiers principes de la&#13;
foi ; ni ceux qui ne sauront pas lire, ni écrire et de qui on n’aura pas une conjecture probable, qu’ils&#13;
aient choisi ce genre de vie, pour rendre à Dieu un service fidèle et non pour se soustraire par fraude&#13;
à la juridiction séculière. »&#13;
26&#13;
&#13;
-3-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. II&#13;
&#13;
Doc. II. Démission de Laval au 1er canonicat d’Évreux (24 décembre 1639)&#13;
&#13;
Doc. II&#13;
Démission du Serviteur de Dieu à la fonction de chanoine de la cathédrale&#13;
d’Évreux, 24 décembre 1639, d’après le pouillé d’Évreux, Archives&#13;
départementales de l’Eure, G 22, AG 35, fos 506-507&#13;
En 1639, le Serviteur de Dieu se démit de son canonicat, reçu en 1637, en vue&#13;
d’un nouveau bénéfice qui lui était offert (cf. Doc. III). Il n’est pas facile de dire&#13;
pour quelle raison Mgr de Péricard eut l’idée de donner à son neveu un nouveau&#13;
bénéfice. Il semblerait qu’il voulut assurer au jeune étudiant une plus grande&#13;
prébende, afin de répondre aux exigences financières qui allaient augmenter avec&#13;
l’avancée de ses études.&#13;
&#13;
Le 24 décembre 1639, M. François Boyvin de Péricard, évêque d’Évreux, a&#13;
conféré de plein droit à Nicolas Duvivier, prêtre de ce diocèse, l’un des&#13;
canonicats et prébendes sur le sceau de l’évêché, vacant par la démission&#13;
pure et simple faite d’iceux par le procureur de François de Laval, dernier&#13;
possesseur, suivant la procuration passée devant Claude Moussinot,&#13;
notaire apostolique, demeurant à Paris, le 22 octobre dernier.&#13;
Et le 26 décembre 1639, ledit Nicolas Duvivier a été mis en possession&#13;
desdits canonicat et prébende. Voyez le portefeuille du secrétariat pour&#13;
Évreux et le Registre du chapitre pour ledit jour 26 décembre 1639.&#13;
&#13;
-4-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. III&#13;
&#13;
Doc. III. Nomination par Péricard de Laval à un 2e canonicat d’Évreux 24 décembre 1639)&#13;
&#13;
Doc. III&#13;
Nomination du Serviteur de Dieu à une nouvelle fonction dans la cathédrale&#13;
d’Évreux, 24 décembre 1639, d’après le pouillé d’Évreux, Archives&#13;
départementales de l’Eure, G 22, AG 35, fo 247&#13;
&#13;
Le 24 décembre 1639, M. François Boyvin de Péricard, évêque d’Évreux, a&#13;
conféré de plein droit à François de Laval, clerc du diocèse de Chartres, l’un&#13;
des canonicats et prébendes des huit de l’ancienne fondation en l’église&#13;
cathédrale d’Évreux, venant tant par la démission pure et simple faite&#13;
d’iceux par Guillaume Péricard, clerc du diocèse de Rouen, dernier&#13;
prébendé, que par la cession et renonciation faite par Nicolas Duvivier,&#13;
prêtre, du droit qu’il a ou peut avoir et prétendre sur les mêmes canonicat&#13;
et prébende.&#13;
Et le lundi 9e jour de janvier 1640, le procureur dudit François de Laval,&#13;
clerc, a été mis en possession desdits canonicat et prébende. Voyez les&#13;
Registres du chapitre pour ledit jour 9 janvier 1640 et le portefeuille du&#13;
secrétariat pour Évreux.&#13;
&#13;
-5-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. IV&#13;
&#13;
Doc. IV. Mention de la démission de Laval au 2e canonicat d’Évreux (1er juillet 1648)&#13;
&#13;
Doc. IV&#13;
Mention de la démission du Serviteur de Dieu au canonicat de la cathédrale&#13;
d’Évreux, 1er juillet 1648, d’après le pouillé d’Évreux, Archives&#13;
départementales de l’Eure, G 22, AG 35, fo 249&#13;
L’abbé Gosselin (Le vénérable François de Montmorency*-Laval, premier&#13;
évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923, p. 34) reproduit partiellement l’acte&#13;
officiel du 1er juillet 1648 par lequel le Serviteur de Dieu renonce à son canonicat&#13;
d’Évreux. N’ayant pas en main le texte complet de ce document, nous donnons&#13;
ici un extrait du pouillé d’Évreux, qui fait allusion à cette renonciation. François&#13;
de Laval, déjà prêtre depuis un an, se démit de ce bénéfice, probablement en&#13;
prévision de sa nomination comme archidiacre majeur de la même cathédrale.&#13;
&#13;
Le 10e jour d’octobre 1648, le roi a conféré de plein droit, à cause de la régale,&#13;
à Jacques de Cherville, clerc de ce diocèse, un des canonicats et prébendes&#13;
des huit de l’ancienne fondation, vacant par la démission faite d’iceux entre&#13;
les mains de Sa Majesté, à charge de 300 livres de pension annuelle, par&#13;
François de Laval, prêtre, dernier possesseur, ladite pension en sa faveur.&#13;
Et le vendredi 20 novembre, ledit de Cherville a été mis en possession par&#13;
[le] procureur desdits canonicat et prébende. Voyez le Registre du chapitre&#13;
pour ledit jour 20 novembre 1648.&#13;
&#13;
-6-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. V&#13;
&#13;
Doc. V. Nomination de Laval comme archidiacre d’Évreux par Du Perron (7 décembre 1648)&#13;
&#13;
Doc. V&#13;
Nomination du Serviteur de Dieu à la fonction d’archidiacre majeur de la&#13;
cathédrale d’Évreux, 7 décembre 1648, d’après le pouillé d’Évreux, Archives&#13;
départementales de l’Eure, G 22, AG 35, fo 145&#13;
&#13;
Le 7 décembre 1648, M. Jacques du Perron, évêque d’Évreux, a conféré de&#13;
plein droit à François de Laval, prêtre de ce diocèse, l’archidiaconé&#13;
d’Évreux dans l’église cathédrale de ladite ville, vacant par la démission&#13;
pure et simple faite d’icelui entre les mains de mondit seigneur par&#13;
M. Jacques le Doulx, prêtre, dernier possesseur.&#13;
Et le 15 décembre dudit an, mondit de Laval a pris possession par [le]&#13;
procureur dudit archidiaconé. Voyez le Registre du chapitre pour ledit jour&#13;
15 décembre 1648 et le Registre du secrétariat, fo 6v.&#13;
&#13;
-7-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
Doc. VI. Informations canoniques sur Laval par Bagno (5 novembre 1653)&#13;
&#13;
Doc. VI&#13;
Informations canoniques sur la vie et les mœurs du Serviteur de Dieu en vue&#13;
de la dignité épiscopale et de la fonction de vicaire apostolique au Tonkin,&#13;
5 novembre 1653, d’après l’original conservé dans les Archives apostoliques&#13;
du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 317, fos 124-129&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
En 1652, le P. de Rhodes, célèbre missionnaire jésuite de l’Extrême-Orient, fut&#13;
invité en France pour trouver des sujets capables d’être vicaires apostoliques en&#13;
Orient et de les présenter aux autorités de la Propagande. Il proposa trois noms,&#13;
parmi lesquels celui du Serviteur de Dieu, qui était suggéré comme vicaire au&#13;
Tonkin. C’est à cette occasion que furent recueillies les Informations canoniques&#13;
qui suivent. Le texte fut longtemps inconnu des historiens, puisqu’on le croyait&#13;
perdu. Nous avons eu la chance de retrouver l’original dans les Archives de la&#13;
Propagande. À dire vrai, le contenu de ces Informations de 1653 fut en grande&#13;
partie repris dans les Informations de 1657 (Doc. X), rédigées quatre ans plus tard,&#13;
quand le Serviteur de Dieu fut nommé vicaire apostolique au Canada, mais&#13;
répondant aux mêmes questions. Ce document a tout de même une importance&#13;
majeure, puisqu’on trouve, dans ces premières Informations, six témoignages&#13;
supplémentaires et certains détails sur la vie religieuse et sur les vertus du&#13;
Serviteur de Dieu qui sont absents des secondes.&#13;
&#13;
Niccolò, comte Guidi di Bagno, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège&#13;
apostolique, archevêque d’Athènes et nonce apostolique de notre T. S.-P. le&#13;
pape 27 Innocent X auprès du Roi Très Chrétien et de tout le royaume de la&#13;
France 28, à tous ceux qui verront les présentes lettres, salut dans le Seigneur.&#13;
Puisque, selon les décrets des souverains pontifes, surtout selon la&#13;
constitution du pape Grégoire X, d’heureuse mémoire, et en accord avec les&#13;
dispositions du sacrosaint concile de Trente, tous ceux qui doivent être&#13;
préposés aux églises métropolitaines et cathédrales, aux monastères et aux&#13;
prieurés conventuels et aux autres dignités ecclésiastiques sont tenus de&#13;
montrer à la curie romaine une attestation authentique de leur vie, de leurs&#13;
mœurs, de leur religion, de leur état, de leur doctrine et de leur capacité, de&#13;
faire profession publique de foi orthodoxe et de jurer et promettre de&#13;
demeurer dans l’obéissance à l’Église romaine et à notre T. S.-P. le pape ;&#13;
27&#13;
28&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : Notre Seigneur le Très-Saint Pape.&#13;
NDT : Littéralement : de la Gaule.&#13;
-8-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
puisque le noble et savant homme, le sieur François de Laval, prêtre du&#13;
diocèse de Chartres, seigneur temporel de Montigny et licencié en droit&#13;
canonique de la faculté de Paris, grand-archidiacre de l’église d’Évreux, du&#13;
fait des vœux d’hommes pieux et honnêtes, en vient à devoir être promu&#13;
prochainement à quelque dignité épiscopale même dans les régions des&#13;
infidèles pour la prédication de la vérité évangélique et pour la propagation&#13;
de la foi catholique, apostolique et romaine, selon le bon plaisir de notre&#13;
T. S.-P. le pape et du Saint-Siège apostolique, nous avons été requis de bien&#13;
vouloir et daigner faire l’enquête nécessaire et détaillée sur sa vie, ses&#13;
mœurs et ses antécédents ;&#13;
et en consentant à cette requête, juste et raisonnable, en raison de notre&#13;
charge, nous avons entendu, interrogé, questionné et examiné plusieurs&#13;
témoins dignes, des hommes graves et savants, dont les noms, les prénoms,&#13;
les états, les qualités et les lieux de résidence sont énumérés ci-dessous, et&#13;
nous avons fait recueillir et mettre par écrit leurs déclarations et leur&#13;
déposition par le notaire apostolique de la curie de Paris, assermenté et&#13;
soussigné, et nous nous sommes acquittés de ce mandat de la manière qui&#13;
suit.&#13;
Premièrement, suit la liste des articles sur lesquels lesdits témoins et chacun&#13;
d’entre eux ont été entendus et interrogés :&#13;
1° s’il connaît le susdit sieur à promouvoir, depuis combien&#13;
de temps environ, s’il en est parent, proche ou très familier ;&#13;
2° s’il sait dans quelle ville, lieu ou diocèse ledit sieur à&#13;
promouvoir est né, s’il est issu d’un mariage légitime, de&#13;
parents nobles et catholiques, et d’où il tient cette&#13;
information ;&#13;
3° s’il sait quel âge il a, et surtout s’il a 30 ans révolus, et d’où&#13;
il tient cette information ;&#13;
4° s’il sait s’il a reçu les ordres sacrés, s’il est toujours appliqué&#13;
aux fonctions ecclésiastiques, à la pratique des ordres reçus et&#13;
à la réception des sacrements ;&#13;
-9-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
5° s’il sait s’il a toujours vécu en catholique et s’il est demeuré&#13;
dans la pureté de la foi ;&#13;
6° s’il sait si c’est un homme grave et prudent, excellent dans&#13;
l’usage des biens ;&#13;
7° s’il sait s’il est titulaire de quelque grade en théologie ou en&#13;
droit canonique, où, quand et avec quel succès il s’est adonné&#13;
à l’étude des lettres, et s’il se distingue par la doctrine qui est&#13;
exigée d’un prélat pour qu’il puisse enseigner aux autres ;&#13;
8° s’il sait s’il a exercé quelque fonction ou s’est exercé au soin&#13;
et au gouvernement de quelque Église et comment il s’est&#13;
comporté dans ces circonstances, tant en ce qui concerne la&#13;
doctrine que la prudence et les mœurs ;&#13;
9° s’il sait s’il a parfois causé quelque scandale par ses mœurs&#13;
ou sa doctrine, s’il est retenu par quelque défaut du corps ou&#13;
de l’esprit ou par un autre empêchement canonique, qui&#13;
empêcherait qu’il soit promu aux dignités ecclésiastiques, et&#13;
d’où il tient cette information sur toutes ces choses ;&#13;
10° s’il pense qu’il est idoine et capable pour la gouvernance&#13;
de quelque Église et digne d’être promu à l’épiscopat et s’il&#13;
estime que sa promotion sera utile et profitable et pourquoi il&#13;
estime cela.&#13;
[Deuxièmement,] suivent les déclarations et les dépositions desdits&#13;
témoins.&#13;
Le mercredi, 5 novembre, de l’an du Seigneur 1653 29&#13;
[1er témoin]&#13;
Le très pérenne Henri [II], prince de Savoie, duc de Nemours et d’Aumale,&#13;
nommé archevêque de Reims, duc et premier pair de France, âgé de 27 ans,&#13;
habitant maintenant rue d’Égypte, dans la paroisse Saint-André, à Paris,&#13;
ayant préalablement prêté serment la main sur la poitrine, interrogé sur les&#13;
articles susmentionnés, répondit séparément sur chacun d’eux.&#13;
29&#13;
&#13;
NDT : Millesimi quinquagesimi tertii, littéralement 1053 ; sûrement une erreur de transcription.&#13;
- 10 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
Pour le 1er article, il a dit connaître ledit sieur François de Laval, seigneur&#13;
temporel de Montigny, depuis environ 13 ans, parce qu’il a vécu avec lui&#13;
familièrement au collège de la Compagnie de Jésus de Paris ; il n’en est&#13;
cependant pas parent ou proche.&#13;
Pour le 2e, [il a dit] que celui-ci est originaire du diocèse de Chartres, du&#13;
lieu-dit de Montigny, d’un mariage légitime, de parents nobles et&#13;
catholiques, lesquels il a même occasionnellement fréquentés.&#13;
Pour le 3e, il a dit savoir qu’il a 30 ans accomplis, [qu’il sait] en raison de sa&#13;
relation [avec lui].&#13;
Pour le 4e, il sait qu’il est prêtre depuis environ sept ans et qu’il célèbre&#13;
fréquemment le culte.&#13;
Pour le 5e, [il a dit] qu’il a la réputation très constante d’avoir toujours vécu&#13;
en catholique et d’être demeuré dans la pureté de la foi.&#13;
Pour le 6e, il est convaincu, tant par sa propre expérience que par le&#13;
témoignage d’autres personnes dignes de foi, qu’il est un homme grave,&#13;
prudent et excellent dans l’usage des biens.&#13;
Pour le 7e, il a terminé ses études de lettres, il est licencié en droit canonique&#13;
de Paris et il se distingue par la doctrine qui est exigée d’un prélat pour qu’il&#13;
puisse enseigner aux autres. Il est convaincu de cela de façon assurée par le&#13;
témoignage d’autres personnes.&#13;
Pour le 8e, il est grand-archidiacre de l’église d’Évreux et il a rempli cette&#13;
charge sans aucun reproche et il a dit en être convaincu par le témoignage&#13;
obtenu de ceux qui l’ont vu remplir cette charge.&#13;
Pour le 9e, il n’a jamais occasionné quelque scandale, mais il fut plutôt la&#13;
cause d’une grande édification et il n’est retenu par aucun défaut du corps&#13;
ou de l’esprit ou par quel qu’autre empêchement canonique, qui ferait&#13;
- 11 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
obstacle à sa promotion aux dignités ecclésiastiques ; et cela, il l’a appris&#13;
tant par sa propre expérience que par le témoignage de ceux qui&#13;
connaissent ledit sieur.&#13;
Pour le 10e et dernier, il pense qu’il est idoine et capable pour le&#13;
gouvernement d’une Église, surtout dans les régions des infidèles, en raison&#13;
de son zèle pour les âmes et la gloire de Dieu, et qu’il est digne d’être promu&#13;
à l’épiscopat, d’autant qu’il estime que sa promotion sera utile et profitable&#13;
à l’Église ; et cela, il l’a appris tant par sa propre expérience que par les&#13;
témoignages d’autres témoins importants de toute condition.&#13;
Et il a signé de sa propre main en garantie des choses susdites,&#13;
A. de Savoie, duc, archevêque nommé de Reims.&#13;
[2e témoin]&#13;
L’illustrissime et révérendissime Mgr François [de Coëtlogon], évêque de&#13;
Madaure, coadjuteur de Cornouaille, âgé de 40 ans, habitant maintenant&#13;
rue des Saints-Pères, dans la paroisse Saint-Sulpice, ayant préalablement&#13;
prêté serment la main sur la poitrine, interrogé sur les articles&#13;
susmentionnés, a répondu séparément sur chacun d’eux.&#13;
Pour le 1er article, il a dit connaître ledit sieur François de Laval, seigneur&#13;
temporel de Montigny, depuis environ dix ans, parce qu’il a vécu avec lui&#13;
familièrement au collège de la Compagnie de Jésus de La Flèche ; il dit&#13;
cependant n’en être ni parent ni proche.&#13;
Pour le 2e, [il a dit] savoir que celui-ci est originaire du diocèse de Chartres,&#13;
du lieu-dit de Montigny, d’un mariage légitime, de parents nobles et&#13;
catholiques connus de lui.&#13;
Pour le 3e, il a dit savoir qu’il a 30 ans accomplis, [qu’il sait] en raison de sa&#13;
relation susdite [avec lui].&#13;
&#13;
- 12 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
Pour le 4e, il a vu sur des documents authentiques qu’il est prêtre depuis&#13;
environ sept ans.&#13;
Pour le 5e, il ne fait de doute pour personne qu’il a toujours vécu en&#13;
catholique et qu’il est demeuré dans la pureté de la foi.&#13;
Pour le 6e, [il a dit] savoir qu’il est un homme grave, prudent et qu’il&#13;
surpasse tous ceux avec qui il a vécu par l’exemple de sa piété.&#13;
Pour le 7e, [il a dit] savoir qu’il a terminé ses études de lettres, il est licencié&#13;
en droit canonique de Paris et il se distingue par la doctrine qui est exigée&#13;
d’un prélat pour qu’il puisse enseigner aux autres.&#13;
Pour le 8e, [il a dit] savoir que ledit [sieur] est grand-archidiacre de l’église&#13;
cathédrale d’Évreux depuis environ cinq ans et qu’il a rempli cette charge&#13;
avec zèle et diligence, avec intégrité et prudence. Il en est convaincu par le&#13;
témoignage de nombreuses personnes.&#13;
Pour le 9e, il a appris, tant par sa propre expérience que par le témoignage&#13;
de tous les autres qui connaissent ledit sieur, qu’il n’a jamais occasionné de&#13;
scandale, mais qu’il fut plutôt la cause d’une grande édification et qu’il ne&#13;
souffre d’aucun défaut du corps ou de l’esprit et qu’il n’est retenu par aucun&#13;
autre empêchement canonique qui ferait obstacle à sa promotion aux&#13;
dignités ecclésiastiques.&#13;
Pour le 10e et dernier, il pense qu’il est idoine et capable pour le&#13;
gouvernement d’une Église, surtout dans les régions des infidèles, en raison&#13;
de son zèle pour les âmes et la gloire de Dieu, attendu que, aîné de sa très&#13;
noble famille, ayant renoncé aux honneurs du siècle, il s’est de lui-même&#13;
voué à Dieu et à l’Église dans l’intention de vaquer au mieux au salut du&#13;
prochain. C’est pourquoi il estime qu’il est digne d’être promu à l’épiscopat&#13;
et que sa promotion sera utile à l’Église.&#13;
&#13;
- 13 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
Et il a souscrit de sa propre main en garantie des choses susdites,&#13;
François, évêque de Madaure, coadjuteur de Cornouaille.&#13;
[3e témoin]&#13;
Le R. P. Jean Bagot, prêtre de la Compagnie de Jésus et supérieur de la&#13;
maison professe de Paris, domicilié dans ladite maison, âgé de 63 ans, ayant&#13;
préalablement prêté serment la main sur la poitrine, est interrogé.&#13;
Pour le 1er article, il a répondu qu’il connaît de façon très intime depuis&#13;
13 ans ledit sieur qui doit être promu et qu’il n’en est ni parent ni proche.&#13;
Pour le 2e, [il a dit] savoir que celui-ci qui est à promouvoir est né dans le&#13;
lieu-dit de Montigny, du diocèse de Chartres, d’un mariage légitime, de&#13;
parents nobles et catholiques, et qu’il est convaincu de cela par une&#13;
réputation très constante.&#13;
Pour le 3e, il a répondu savoir qu’il a 30 ans accomplis.&#13;
Pour le 4e, il a répondu savoir qu’il a été institué dans l’ordre sacré du&#13;
presbytérat et qu’il s’est appliqué aux fonctions et à l’exercice de celui-ci,&#13;
qu’il célèbre le culte presque quotidiennement avec une réputation de piété&#13;
insigne.&#13;
Pour le 5e, il dit savoir qu’il a toujours vécu en catholique et qu’il est&#13;
demeuré dans la pureté de la foi, tant parce que, dès ses plus tendres&#13;
années, il a fait ses études dans les collèges de Paris et de La Flèche de ladite&#13;
Compagnie de Jésus que parce que depuis cette époque, il a vécu avec lui&#13;
dans l’intimité.&#13;
Pour le 6e, il a répondu savoir qu’il est un homme grave, prudent, excellent&#13;
dans l’usage des biens et qu’il surpasse tous ceux avec qui il a vécu par&#13;
l’exemple de sa piété.&#13;
&#13;
- 14 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
Pour le 7e, il a répondu savoir qu’il est licencié en droit canonique de&#13;
l’Université de Paris depuis environ cinq ans, qu’il s’est consacré avec&#13;
grand profit à l’étude des lettres et qu’il se distingue vraiment par la&#13;
doctrine qui est exigée d’un prélat ; il a dit savoir cela, parce qu’il l’a vu&#13;
enseigner aux débutants et donner des entretiens à la Congrégation de la&#13;
Sainte Vierge 30, à la grande satisfaction des auditeurs.&#13;
Pour le 8e, il a répondu savoir que ledit [sieur] est grand-archidiacre de&#13;
l’église cathédrale d’Évreux depuis environ cinq ans et qu’il a rempli cette&#13;
charge à la satisfaction de tous, tant en ce qui a trait à la doctrine qu’à la&#13;
prudence et aux mœurs.&#13;
Pour le 9e, il a répondu savoir qu’il n’a jamais occasionné de scandale, qu’il&#13;
ne souffre d’aucun défaut du corps ou de l’esprit et qu’il n’est retenu par&#13;
aucun autre empêchement canonique, qui ferait obstacle à sa promotion&#13;
aux dignités ecclésiastiques ; cela, une réputation très constante le confirme,&#13;
ainsi que le témoignage de tous ceux avec lesquels il a vécu.&#13;
Pour le 10e et dernier, il a répondu penser qu’il est idoine et capable pour le&#13;
gouvernement de quelque Église, surtout dans les régions des infidèles, en&#13;
raison de son zèle pour les âmes et la gloire de Dieu, attendu que, aîné de&#13;
sa très noble famille, ayant renoncé aux honneurs du siècle, il s’est de luimême voué à Dieu et à l’Église dans l’intention de vaquer au mieux au salut&#13;
du prochain. C’est pourquoi il l’estime digne d’être promu à l’épiscopat et&#13;
que sa promotion sera utile et profitable à l’Église.&#13;
Et il a souscrit de sa propre main en garantie,&#13;
Jean Bagot.&#13;
[4e témoin]&#13;
Le vénérable et avisé homme, le sieur François Pallu, prêtre du diocèse de&#13;
Tours, chanoine prébendé de l’illustre église Saint-Martin-de-Tours 31,&#13;
30&#13;
31&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : Congrégation de la Très Bienheureuse Vierge.&#13;
NDT : Littéralement : l’église du Très Bienheureux Martin de Tours.&#13;
- 15 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
habitant maintenant à Paris, âgé de 28 ans, ayant préalablement prêté&#13;
serment la main sur la poitrine, interrogé sur les articles susmentionnés, a&#13;
répondu séparément sur chacun d’eux.&#13;
Pour le 1er article, il a attesté avoir depuis environ dix ans une parfaite&#13;
connaissance, tant du sieur lui-même à promouvoir que de ses parents,&#13;
qu’il sait être nobles, pieux et très catholiques ; [il a dit] toutefois, n’être ni&#13;
proche ni parent de celui-ci.&#13;
Pour le 2e et le 3e, [il a dit] savoir de manière certaine, en raison de ce qu’il&#13;
a dit précédemment et au vu tant de son visage que des documents&#13;
authentiques, qu’il est âgé de 30 ans et plus et qu’il est né dans le lieu-dit de&#13;
Montigny dans le diocèse de Chartres.&#13;
Pour le 4e, [il a dit] qu’il est avéré, par les documents concernant les ordres&#13;
reçus par lui, qu’il a été promu prêtre selon les règles il y a environ sept ans&#13;
et qu’il a été vu célébrer quotidiennement le culte avec la plus grande&#13;
dévotion.&#13;
Pour le 5e, pour les raisons susdites, [il a dit] savoir qu’il a toujours vécu en&#13;
catholique et enseigné partout la pureté de la foi.&#13;
Pour le 6e, pour les mêmes raisons, [il a dit] l’avoir toujours connu être&#13;
recommandable par une très grande gravité, la prudence, l’usage des biens&#13;
et les autres mérites d’honnêteté et de vertu.&#13;
Pour le 7e, [il a dit] savoir, pour l’avoir vu, qu’il est licencié en droit&#13;
canonique depuis cinq ans et qu’il se distingue par la doctrine qui est exigée&#13;
d’un prélat pour qu’il puisse enseigner aux autres et les former pour leur&#13;
salut.&#13;
Pour le 8e, pour les raisons susdites, [il a dit] savoir qu’il est grandarchidiacre de l’illustre église d’Évreux depuis environ cinq ans et qu’en&#13;
cette qualité, il a fait, en autant d’années, la visite ordinaire dans le district&#13;
- 16 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
de son archidiaconat, prêchant partout la divine parole et la vérité&#13;
évangélique pour l’édification et à la satisfaction du peuple.&#13;
Pour le 9e, [il a dit] n’avoir jamais vu ou découvert de scandale dans la vie,&#13;
les mœurs et la doctrine dudit sieur à promouvoir et qu’il n’est retenu par&#13;
aucun autre défaut du corps ou de l’esprit ou par un autre empêchement&#13;
canonique, qui l’éloignerait des dignités ecclésiastiques.&#13;
Pour le 10e et dernier, enfin, [il a dit] penser qu’il est idoine pour être&#13;
préposé à une dignité ecclésiastique, même d’un épiscopat dans les régions&#13;
des infidèles, attendu que, aîné de sa très noble famille, ayant renoncé aux&#13;
honneurs du siècle, il s’est de lui-même voué à Dieu et à l’Église dans&#13;
l’intention de s’adonner au mieux et continuellement au salut et à&#13;
l’édification du prochain. Ce témoin espère donc que sa promotion sera&#13;
grandement profitable pour l’Église.&#13;
Ledit témoin a consigné de sa propre main toutes ces choses comme avérées&#13;
et connues de tous,&#13;
F. Pallu.&#13;
[5e témoin]&#13;
L’illustre sieur Christophe Duplessis, baron et seigneur de Montbard,&#13;
conseiller du Roi Très Chrétien dans son État et son Conseil privé, âgé de&#13;
45 ans, demeurant rue de Vaugirard, près de l’église des Carmes&#13;
déchaussés, dans la paroisse Saint-Sulpice, à Paris, après le serment&#13;
solennel prêté en touchant les Saintes Écritures, interrogé sur les articles&#13;
susmentionnés, a fait sa déposition comme ci-dessous.&#13;
Pour le 1er article, il connaît depuis peu de temps la bonne réputation du&#13;
sieur à promouvoir et depuis lors, il a vécu avec lui deux mois ; il n’en est&#13;
bien entendu ni parent ni proche.&#13;
Pour le 2e, en raison de ladite période de vie commune et d’après le récit de&#13;
personnes dignes de foi, il sait qu’il est le seigneur temporel de Montigny&#13;
- 17 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
et qu’il est originaire du même endroit, d’une illustre famille et de parents&#13;
catholiques.&#13;
Pour le 3e, il passe 30 ans, comme il apparaît dans les documents.&#13;
Pour le 4e, il sait de notoriété publique qu’il est un prêtre ordonné selon les&#13;
règles depuis sept ans et il l’a vu quelquefois célébrer le saint sacrifice de la&#13;
messe avec une grande dévotion.&#13;
Pour le 5e, pour la même raison, il sait qu’il a toujours vécu en catholique et&#13;
qu’il a enseigné la pureté de la foi pour l’édification du peuple.&#13;
Pour le 6e, depuis le temps qu’il le connaît, il l’a vu modéré dans ses agirs&#13;
et bien réglé dans sa façon de vivre.&#13;
Pour le 7e, pour la même raison, il sait qu’il est licencié en droit canonique&#13;
de l’Université de Paris et qu’il s’est adonné à l’étude des lettres avec&#13;
beaucoup de profit, à tel point qu’il se distingue par cette doctrine qui&#13;
instruit un prélat et édifie le prochain.&#13;
Pour le 8e, pour la même raison, il sait qu’il est grand-archidiacre de l’église&#13;
cathédrale d’Évreux depuis environ cinq ans et qu’il a rempli cette charge&#13;
avec zèle, diligence et intégrité de mœurs.&#13;
Pour le 9e, il ne connaît pas qu’il ait causé quelque scandale au sujet de la&#13;
foi, des mœurs ou de la doctrine et [il sait] qu’au contraire il a vécu selon&#13;
l’exemple et l’approbation des hommes pieux et il ne lui connaît aucun&#13;
défaut du corps ou de l’esprit qui empêcherait qu’il soit promu aux dignités&#13;
ecclésiastiques.&#13;
Pour le 10e et dernier, il pense qu’il est capable pour le gouvernement d’un&#13;
évêché, surtout dans les régions des infidèles, attendu que, aîné de sa très&#13;
illustre famille, ayant renoncé aux honneurs du siècle, il s’est de lui-même&#13;
&#13;
- 18 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
voué à Dieu et à l’Église. Ledit témoin estime que sa promotion sera très&#13;
utile à l’Église de Dieu.&#13;
Et il a confirmé sa présente déposition de sa propre main en garantie des&#13;
choses susdites,&#13;
Duplessis.&#13;
[6e témoin]&#13;
Bertrand Drouart, écuyer, préposé aux affaires de l’illustrissime duchesse&#13;
d’Aiguillon, demeurant dans le faubourg Saint-Germain-des-Prés, près de&#13;
Paris, âgé de plus de 60 ans, ayant préalablement prêté solennellement&#13;
serment en touchant les Saintes Écritures, interrogé sur les articles&#13;
susmentionnés, a répondu séparément sur chacun d’eux.&#13;
Pour le 1er article, il a répondu que ledit sieur à promouvoir lui est connu&#13;
de vue depuis peu de temps, mais que, par ce qui circule et par les récits&#13;
d’hommes pieux, il a entendu rapporter à son sujet beaucoup d’œuvres&#13;
pieuses et bonnes et qu’il n’en est ni parent ni proche.&#13;
Pour le 2e, pour la même raison, [il a dit] savoir qu’il est né au lieu-dit de&#13;
Montigny, dans le diocèse de Chartres, de parents nobles et catholiques,&#13;
noble fils du feu seigneur Hugues de Laval, de son vivant seigneur&#13;
temporel dudit lieu de Montigny, et de dame Michelle de Péricard […]&#13;
duquel lieu de Montigny celui qui est à promouvoir est maintenant le&#13;
seigneur temporel.&#13;
Pour le 3e, [il a dit] avoir entendu dire, et de l’avoir constaté en le voyant,&#13;
qu’il a 30 ans accomplis.&#13;
Pour le 4e, [il a dit] avoir entendu dire qu’il a été admis dans les ordres sacrés&#13;
il y a environ sept ans et qu’il est dit être très appliqué aux fonctions&#13;
ecclésiastiques et à l’exercice des ordres reçus ; et cela [il le sait] d’hommes&#13;
dignes de foi.&#13;
&#13;
- 19 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
Pour le 5e, pour la même raison, il a répondu affirmativement.&#13;
Pour le 6e, pour la même raison, il a aussi répondu affirmativement qu’il le&#13;
connaît être tel dans sa manière de vivre selon ce qui en est dit.&#13;
Pour le 7e, [il a dit] savoir qu’il est licencié en droit canonique, comme il&#13;
apparaît dans les documents, et qu’il est donc capable d’enseigner aux&#13;
autres et de les former en vue du salut.&#13;
Pour le 8e, [il a dit] savoir qu’il est grand-archidiacre de l’église d’Évreux&#13;
depuis environ cinq ans et qu’en cette qualité, il a visité chaque année le&#13;
district de son archidiaconat, à l’édification et à la satisfaction du peuple.&#13;
Pour le 9e, [il a dit] n’avoir rien entendu au sujet de quelque scandale donné&#13;
par lui ni de quelque défaut ou empêchement canonique, et que, bien au&#13;
contraire, il le pense très digne d’être préposé à des dignités ecclésiastiques.&#13;
Pour le 10e et dernier, [il a dit] penser qu’il est idoine à être promu à&#13;
l’épiscopat même dans les régions des infidèles et estimer qu’en raison de&#13;
son zèle, cette promotion sera un jour très profitable pour l’Église de Dieu.&#13;
En foi de quoi il a signé,&#13;
Drouart.&#13;
&#13;
Pour la confirmation et en témoignage des choses qui précèdent, nous&#13;
avons signé les présentes lettres de notre propre main et nous avons&#13;
ordonné et fait, par Me Jean Le Vasseur, notaire apostolique et assermenté&#13;
de la curie archiépiscopale de Paris, qu’elles soient signées et munies de&#13;
notre sceau, dont nous usons en pareilles circonstances.&#13;
Niccolò, archevêque d’Athènes, nonce apostolique&#13;
J. Le Vasseur.&#13;
&#13;
- 20 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VII&#13;
&#13;
Doc. VII. Mention de la démission de Laval à l’archidiaconat d’Évreux (7 décembre 1653)&#13;
&#13;
Doc. VII&#13;
Mention de la démission du Serviteur de Dieu à la fonction d’archidiacre&#13;
majeur de la cathédrale d’Évreux, 7 décembre 1653, d’après le pouillé&#13;
d’Évreux, Archives départementales de l’Eure, G 22, AG 35, fo 145&#13;
À la suite de la suggestion de nommer le Serviteur du Dieu comme vicaire&#13;
apostolique au Tonkin, puis la prise en considération de cette proposition par&#13;
Rome, François de Laval se démit de sa charge d’archidiacre d’Évreux. Nous&#13;
n’avons pas retrouvé l’acte officiel de sa démission, mais il est mentionné dans&#13;
une note du pouillé d’Évreux, que nous avons reproduite ci-dessous.&#13;
Les mots « suivant la signature donnée à Rome » utilisés dans ce document&#13;
peuvent porter à croire que le Serviteur de Dieu fit un voyage à Rome à la suite&#13;
de sa démission. Nous pensons plus juste l’interprétation de l’abbé Gosselin,&#13;
(Le vénérable François de Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec,&#13;
2e édition, Québec, 1923, p. 397) : « Mgr de Laval avait envoyé sa démission à la&#13;
Cour de Rome ; voilà tout simplement ce que signifie cette signature donnée à&#13;
Rome. Elle ne suppose nullement un voyage à Rome ; et si, comme nous le&#13;
croyons, il n’y a pas d’autres preuves d’un tel voyage, il faut le regarder au moins&#13;
comme douteux. »&#13;
&#13;
Le dernier jour de février 1654, M. de Beaumesnil, prêtre, chantre chanoine,&#13;
official d’Évreux et vicaire général de M. Gilles Boutault, évêque de ladite&#13;
ville, a conféré à Henri Boudon, clerc du diocèse de Laon, l’archidiaconé&#13;
d’Évreux vacant par la résignation faite en sa faveur par François de Laval,&#13;
prêtre, dernier possesseur, suivant la signature donnée à Rome le 7 des ides&#13;
de décembre 32 de la 10e année du pontificat de N. S.-P. le pape&#13;
Innocent X. Voyez le 17e registre du secrétariat, fo 8v.&#13;
&#13;
32&#13;
&#13;
NDLR : Le 7 décembre 1653.&#13;
- 21 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. VIII&#13;
&#13;
Doc. VIII. Extrait de la lettre de Boudon (24 juin 1654)&#13;
&#13;
Doc. VIII&#13;
Extrait d’une lettre d’Henri-Marie Boudon, 24 juin 1654, d’après le&#13;
manuscrit Vie de M. Boudon par Thomas, conservé aux Archives du diocèse&#13;
d’Évreux, p. 110-111&#13;
À la suite de la mort de son père en 1636, puis de celles de ses deux frères aînés&#13;
en 1644 et en 1645, le Serviteur de Dieu devint l’aîné de la seigneurie de&#13;
Montigny. Nous reproduisons ici le seul document traitant de l’administration de&#13;
ladite seigneurie que nous connaissons. Il s’agit d’une lettre d’Henri-Marie&#13;
Boudon, qui, à la suite de la proposition qui avait été faite au Serviteur de Dieu&#13;
pour la fonction d’archidiacre d’Évreux en 1648, fut l’invité de la famille de Laval&#13;
à Montigny. Elle est insérée dans la Vie de M. Boudon, écrite par un certain&#13;
Thomas en 1706, dont on conserve un manuscrit aux Archives du diocèse&#13;
d’Évreux. Elle n’est pas datée, mais selon l’abbé Gosselin (Le vénérable François&#13;
de Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923,&#13;
p. 46) elle serait de 1654, date que nous avons retenue comme probable.&#13;
« M. l’abbé de Montigny » qui est nommé dans cette lettre n’est autre que notre&#13;
Serviteur de Dieu ; « Mme de Montigny » et « M. de Montigny » sont&#13;
respectivement sa mère et son frère Jean-Louis, en faveur duquel le Serviteur de&#13;
Dieu se démit de la seigneurie quelques années plus tard.&#13;
&#13;
Dimanche dernier en l’église de Montigny, où je parlai aux assistants des&#13;
abus qui se commettent aux feux la veille de la Saint-Jean et en même temps&#13;
je leur déclarai que le sieur curé dudit lieu était résolu de faire en sa paroisse&#13;
le feu public et paroissial de La-Nativité-de-Saint-Jean et leur dis que M. et&#13;
Mme de Montigny leur défendaient d’en faire plus aucun particulier. Je&#13;
leur avais parlé à tous auparavant en particulier, je veux dire à M. le curé, à&#13;
Mme et à MM. de Montigny. La veille donc de la Saint-Jean étant arrivée&#13;
(qui était hier sur le soir), j’allai avec M. l’abbé de Montigny, Mme et&#13;
M. de Montigny, son fils, qui voulurent que toute leur famille les suivît&#13;
pour le bon exemple à l’église, où nous trouvâmes grand nombre de&#13;
peuples, contre l’espérance du sieur curé, qui croyait qu’il n’y viendrait&#13;
personne : il y en avait qui étaient venus d’une demi-lieue. Et toute la&#13;
cérémonie du feu public et paroissial de la Saint-Jean fut faite en perfection&#13;
avec la joie et l’édification de chacun. M. l’abbé de Montigny avait envoyé&#13;
un homme exprès par tous les villages de la paroisse pour prendre garde&#13;
qu’on n’y fît aucun feu particulier ; ce qui fut fait. Mais comme on lui eut&#13;
dit que dans une hôtellerie on se préparait à en faire un, il y alla lui-même,&#13;
le fit détruire et leur fera payer quelque chose à l’église pour n’avoir pas&#13;
gardé son ordre.&#13;
- 22 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. IX&#13;
&#13;
Doc. IX. Lettre de Louis XIV à Alexandre VII (26 janvier 1657)&#13;
&#13;
Doc. IX&#13;
Lettre du roi Louis XIV au souverain pontife Alexandre VII, 26 janvier 1657,&#13;
d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di&#13;
Stato, Lettere di Principi, vol. 81, f° 15&#13;
Les Informations canoniques produites en 1653 pour envoyer le Serviteur de Dieu&#13;
comme vicaire apostolique au Tonkin n’eurent pas de suite. Le Portugal, qui&#13;
exerçait depuis longtemps un droit de regard sur les missions de l’Extrême-Orient,&#13;
s’opposait à l’envoi d’évêques français. En 1655, le pape Innocent X mourut et le&#13;
projet du P. de Rhodes ne reprit qu’en 1658, sous Alexandre VII 33. Mais par ce&#13;
temps, le Serviteur de Dieu avait été présenté au nouveau pape pour les missions&#13;
du Canada plutôt que celles du Tonkin, et ce, dans une lettre du roi de France,&#13;
datée du 26 janvier 1657, à la demande des Jésuites.&#13;
Cette lettre fut reproduite dans la Nova Positio, Summarium Additionale, p. 457459, d’après une copie collationnée conservée au Centre des archives&#13;
diplomatiques de France, La Courneuve, Correspondance politique, Rome,&#13;
vol. 195, fo 122. Nous avons trouvé l’original aux Archives générales du Vatican&#13;
et en reproduisons le texte ici.&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
Ceux qui, sous la protection de cette couronne [de France], ont porté la foi&#13;
dans les pays septentrionaux de l’Amérique ont en sorte réussi en leur&#13;
entreprise par le secours de la divine bonté qui l’a bénie ; que pour y mettre&#13;
la dernière main, ils ont cru être obligés de demander qu’il fût établi un&#13;
évêque et un siège épiscopal en ces pays-là, afin que les âmes converties&#13;
pussent recevoir les sacrements qui ne peuvent être conférés que par ceux&#13;
qui en ont le caractère [épiscopal]. Ils ont eu recours à nous pour solliciter&#13;
auprès de Votre Sainteté cet établissement, qu’ils jugent absolument&#13;
nécessaire, et nous ayant fait comprendre les avantages qui en&#13;
reviendraient à notre sainte religion, nous n’avons pas voulu leur refuser&#13;
notre intercession envers vous, pour vous porter à donner la dernière&#13;
perfection à cette Église naissante.&#13;
&#13;
NDLR : Lucien Campeau a étudié attentivement le rôle d’Alexandre de Rhodes dans « Le voyage&#13;
du P. Alexandre de Rhodes en France 1653-1654 », Archivum Historicum Societatis Iesu, no 48,&#13;
1979.&#13;
33&#13;
&#13;
- 23 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. IX&#13;
&#13;
Mais comme la conduite en doit être commise à une personne de piété, de&#13;
savoir et d’un zèle particulier pour l’Église de Dieu, nous avons cru devoir&#13;
supplier Votre Sainteté d’y engager le P. François de Laval de Montigny,&#13;
dont les vertus l’ont rendu si recommandable qu’il a été sollicité de&#13;
plusieurs endroits d’aller travailler à la vigne du Seigneur ; à quoi il a paru&#13;
toujours en sorte disposé, que sans que Dieu l’ait voulu réserver pour la&#13;
Nouvelle-France, il fut parti pour le Tonkin, recherché par les pères&#13;
[jésuites] qui y ont prêché l’Évangile de les y aller aider. Et ses Informations&#13;
ayant été approuvées par le sieur di Bagno, lors nonce de Votre Sainteté&#13;
vers nous, et ensuite envoyées en Cour de Rome pour vous être présentées ;&#13;
il en fut empêché sans y avoir contribué, après avoir demandé qu’il fût fait&#13;
des prières, afin qu’il plût à la divine Majesté l’éclaircir de ce qui était de sa&#13;
volonté, qu’il était prêt d’embrasser et de suivre, ne taisant pas que, par des&#13;
mouvements secrets, il se sentait porté d’aller plutôt en un pays sauvage&#13;
qu’en un civilisé et abondant en toutes les choses nécessaires à la vie, qui ne&#13;
se trouvent que très difficilement en la Nouvelle-France. Votre Sainteté aura&#13;
sans doute été informée des bonnes qualités de ce bon prêtre et qu’on doit&#13;
donc bien s’en servir pour ces établissements, puisqu’elle n’a pas moins de&#13;
zèle pour la gloire de Dieu qu’en ont toujours eu ses prédécesseurs, dont le&#13;
soin et le travail ont appelé à la connaissance de Dieu des nations entières&#13;
et leur ont fait recevoir agréablement le joug de l’Évangile.&#13;
Nous eussions pu proposer à Votre Sainteté d’autres personnes qui eussent&#13;
pu avancer cette bonne œuvre, si nous n’avions jugé celle dudit de Laval&#13;
leur devoir être préférée par les témoignages qui nous ont été rendus de son&#13;
insigne piété par des personnes très éclairées, en sorte que notre&#13;
connaissance étant fortifiée de la leur, nous pouvons dire qu’il serait&#13;
difficile de commettre le soin d’un si vaste pays à quelqu’un qui s’en pût&#13;
mieux acquitter que lui. Et comme ce pays est soumis à la monarchie&#13;
française, dont les rois ont tant aidé à y faire recevoir la religion chrétienne,&#13;
de même que leurs prédécesseurs avaient fait en plusieurs parties du&#13;
monde, nous nous sentons convié de les imiter, même d’y faire fonder une&#13;
Église, ainsi que plusieurs l’ont été dans l’Allemagne par le soin de Charles&#13;
le Grand ; et comme tant d’âmes furent redevables de leur salut à vos&#13;
- 24 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. IX&#13;
&#13;
prédécesseurs, celles de ce Nouveau Monde le seront à Votre Sainteté et en&#13;
revanche obtiendront non seulement de l’infinie miséricorde de Dieu la&#13;
durée de vos jours pour le bien de l’Église, mais aussi après que vous l’aurez&#13;
longuement administrée, la récompense de vos travaux [en] étant admis&#13;
dans le royaume de Celui par le moyen duquel vous aurez travaillé. Nous&#13;
joindrons, Très Saint-Père, nos prières aux leurs, afin qu’elles soient&#13;
exaucées et que toute la chrétienté en soit consolée.&#13;
Votre dévot fils, le roi de France et de Navarre,&#13;
Louis.&#13;
Écrit à Paris, ce 26e jour de janvier 1657&#13;
&#13;
Docs. X&#13;
Les derniers documents produits pour la nomination de Laval&#13;
comme évêque et vicaire apostolique au Canada&#13;
Voir p. 31 34&#13;
&#13;
34&#13;
&#13;
NDLR : Par souci de préserver l’ordre chronologique des textes, nous avons déplacé ce document.&#13;
- 25 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XI&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XI&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XI&#13;
Extraits de lettres de M. Gueffier à M. de Brienne au sujet de la nomination&#13;
du Serviteur de Dieu comme vicaire apostolique en Nouvelle-France&#13;
Le roi Louis XIV confia à M. Gueffier, son agent à la Cour de Rome, la&#13;
nomination du Serviteur de Dieu comme vicaire apostolique en Nouvelle-France.&#13;
S’ouvrit alors une volumineuse correspondance à ce sujet entre l’agent royal et&#13;
Henri-Auguste de Lomélie, comte de Brienne, secrétaire d’État du roi, alors&#13;
chargé de la direction du Département des Affaires étrangères à Paris. Cette&#13;
longue correspondance nous fait connaître les nombreuses difficultés qui surgirent&#13;
et qui retardèrent la nomination du Serviteur de Dieu : la maladie du cardinal&#13;
Bichi, intermédiaire du roi auprès du Saint-Siège ; l’annulation d’assemblées des&#13;
Congrégations romaines à cause d’une peste qui dura plusieurs mois ; la demande&#13;
d’explications à propos du titre de « père » donné par le roi au Serviteur de Dieu&#13;
dans sa lettre du 26 janvier 1657 (Doc. IX) ; l’échange de plusieurs explications&#13;
entre Rome et Paris pour prouver que François de Laval n’appartenait à aucune&#13;
congrégation religieuse ; un projet irréalisable de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande pour fonder cinq provinces ecclésiastiques, une dans chacune des cinq&#13;
régions principales où se trouvaient les Autochtones du Canada ; l’intervention&#13;
des pères jésuites pour la nomination d’un vicaire apostolique plutôt qu’un évêque&#13;
en titre, puisque, selon eux, l’Église canadienne était encore trop jeune pour y&#13;
ériger un diocèse ; les prébendes promises par le roi pour le soutien du Serviteur&#13;
de Dieu et sur lesquelles le pape voulait des assurances ; et enfin, l’absence&#13;
d’intervention du candidat pour solliciter sa nomination. Toutes ces choses eurent&#13;
un tel impact que, malgré l’insistance de Gueffier, l’affaire traîna en longueur&#13;
pendant plus d’un an 35.&#13;
Finalement, le 11 avril 1658, la Sacrée congrégation de la propagande publia un&#13;
décret par lequel le Serviteur de Dieu fut nommé évêque de Pétrée in partibus et&#13;
vicaire apostolique du Canada. Le pape Alexandre VII signa le décret le 13 avril&#13;
de la même année et le 6 mai suivant, François de Laval fut proposé en&#13;
Consistoriale (cf. Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, VilleMarie, 1865, vol. 2, p. 318-322).&#13;
Il serait superflu de reproduire tous ces textes 36, d’autant plus qu’ils n’ont pas de&#13;
relation directe avec la vie et les vertus du Serviteur de Dieu. Il nous suffit de&#13;
reproduire deux extraits de lettres de Gueffier à Brienne, où il est clair que le&#13;
Serviteur de Dieu, alors retiré à l’Ermitage de Caen, ne fit aucune démarche pour&#13;
assurer ou accélérer sa nomination.&#13;
&#13;
NDLR : L’abbé Demers écrivit un article détaillé sur le processus de nomination de François de&#13;
Laval comme évêque au Canada : « Nomination et sacre de Mgr de Laval », Société canadienne&#13;
d’histoire de l’Église catholique, no 25, 1957-1958, p. 13-32.&#13;
36&#13;
NDLR : Ces lettres sont presque tous reproduites dans Rochemonteix, Les Jésuites et la NouvelleFrance au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2, Annexe XI.&#13;
35&#13;
&#13;
- 26 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XI-1&#13;
&#13;
DOC. XI-1. LETTRE DE GUEFFIER À BRIENNE (15 MAI 1657)&#13;
&#13;
Doc. XI-1&#13;
Lettre de Gueffier à Brienne, 15 mai 1657, d’après l’original conservé à la&#13;
British Library, Western Manuscripts,&#13;
Harley MS4541 A, fos 82-82bis&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
L’ordinaire de Lyon n’étant arrivé que ce dimanche dernier, je reçus ce jour-là&#13;
l’honneur de votre dépêche du 13 avril, par laquelle il vous a plu me mander que&#13;
sur la bonne relation que vous aviez faite au roi de ce que j’avais traité avec le pape,&#13;
tant pour l’érection de cet évêché en la Nouvelle-France que pour ce qui est de la&#13;
suppression de l’Assistance de France en l’ordre des Augustins, Sa Majesté vous&#13;
avait témoigné de l’avoir eu fort agréable, en me commandant de poursuivre&#13;
l’affaire de l’érection jusqu’à l’accomplissement et aussi la suppression de l’affaire&#13;
de l’Assistance et l’éloignement de Rome du P. Guichen.&#13;
Sur quoi, je vous dirai, s’il vous plaît, que ne pouvant rien faire touchant le&#13;
premier commandement si l’on ne sait ici de quel ordre est celui qu’elle a&#13;
nommé à cet évêché-là et qu’il n’y ait quelque solliciteur chargé des&#13;
Informations de sa vie et mœurs et des autres écritures nécessaires, il est&#13;
impossible d’y rien avancer, comme je vous ai mandé par ma lettre du&#13;
13 mars, ne pouvant assez m’étonner que ce nommé-là, s’il en a été averti,&#13;
n’ait encore pourvu à cela, semblant par là qu’il ne veuille accepter la grâce&#13;
que le roi lui en fait ; que s’il y pourvoit et que quelque expéditionnaire me le&#13;
fasse savoir en me donnant les Informations qu’il sera besoin, croyez, s’il vous plaît,&#13;
Monseigneur, que je ne perdrai point de temps d’en faire toutes les poursuites&#13;
requises et nécessaires et de vous rendre aussitôt compte de ce qui ensuivra. Je&#13;
prie Dieu [Monseigneur, vous donner une parfaite santé, très longue et très&#13;
honnête vie,&#13;
Votre très humble, très obéissant et très obligé, fidèle serviteur,]&#13;
Gueffier.&#13;
De Rome, 15 mai 1657&#13;
&#13;
- 27 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XI-A&#13;
&#13;
DOC. XI-A. EXTRAIT DE LA LETTRE DE GUEFFIER À BRIENNE (29 MAI 1657)&#13;
&#13;
Doc. XI-A&#13;
Extrait de la lettre de Gueffier à Brienne, 29 mai 1657, d’après l’original&#13;
conservé à la British Library, Western Manuscripts, Harley MS4541 A, fos 88&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
[…] Depuis ce que dessus écrit, l’ordinaire de Lyon est venu, qui fut vendredi&#13;
dernier, par lequel j’ai reçu l’honneur de votre dépêche du 27 avril (qui fait mention&#13;
de ma lettre du 27 mars), en laquelle j’ai vu l’information, qu’il vous a plu me&#13;
donner, des qualités de M. de Laval de Montigny pour m’en servir ici en l’expédition&#13;
de l’évêché que le roi lui donne dans l’Amérique ; ce que j’ai fait voir au secrétaire&#13;
de la Congrégation de la propagande de la foi, en laquelle l’affaire doit être résolue,&#13;
par ordre du pape en la première assemblée qui s’en fera. M’étant un peu étonné&#13;
que ledit sieur de Montigny n’ait rien écrit ici de cette affaire-là, ni donné charge à&#13;
quelque banquier de Paris d’en commettre ici la sollicitation et d’y envoyer les&#13;
Informations de sa vie et mœurs attestées par des notaires et même par-devant&#13;
M. le nonce, comme l’on a accoutumé. Si portant, sans cela, l’on peut faire expédier&#13;
ses bulles, je ne manquerai pas d’y travailler sitôt que cela aura été résolu en ladite&#13;
Congrégation. […]&#13;
Je prie Dieu, [Monseigneur, vous donner une parfaite santé, très longue et très&#13;
honnête vie,&#13;
Votre très humble, très obéissant et très obligé, fidèle serviteur,]&#13;
Gueffier.&#13;
De Rome, ce 29 mai 1657&#13;
&#13;
- 28 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XI-B&#13;
&#13;
DOC. XI-B. EXTRAIT DE LA LETTRE DE GUEFFIER À BRIENNE (30 JUILLET 1657)&#13;
&#13;
Doc. XI-B&#13;
Extrait de la lettre de Gueffier à Brienne, 30 juillet 1657,&#13;
d’après l’original conservé à la British Library, Western Manuscripts,&#13;
Harley MS4541 A, fo 137&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
[…] Je n’ai point encore reçu le duplicata, que vous m’avez mandé par votredite&#13;
[lettre] du 15 juin, de me vouloir envoyer touchant l’affaire de M. de Montigny, qui&#13;
m’en donnait une ample information, sans quoi il est impossible que j’y puisse rien&#13;
avancer, comme je vous ai ci-devant mandé, ne se trouvant ici personne qui ait [ni]&#13;
connaissance ni commission de cette affaire-là ; et c’est chose étrange que ledit&#13;
sieur [de Montigny] n’en ait point chargé quelque banquier de Paris pour donner&#13;
ordre ici à un expéditionnaire d’en solliciter les bulles, pouvant bien juger que c’est&#13;
chose que je ne saurais faire moi-même, quand j’aurais toutes les informations,&#13;
mémoires et argent qu’il faudra y dépendre. […]&#13;
Je vous baise très humblement les mains, [en vous suppliant de me croire toujours,&#13;
Monseigneur,&#13;
Votre très humble, très obéissant et très obligé, fidèle serviteur,]&#13;
Gueffier.&#13;
De Rome, 30 juillet 1657&#13;
&#13;
- 29 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XI-2&#13;
&#13;
DOC. XI-2. LETTRE DE GUEFFIER À BRIENNE (6 MAI 1658)&#13;
&#13;
Doc. XI-2&#13;
Lettre de Gueffier à Brienne, 6 mai 1658, d’après l’original conservé à la&#13;
British Library, Western Manuscripts, Harley MS4541 A, fos 323, 325&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
Je commencerai cette lettre par l’avis que je suis obligé de vous donner que&#13;
j’ai tant pressé l’affaire de M. de Montigny que j’en ai eu à la fin le décret&#13;
approuvé du pape, comme vous verrez, s’il vous plaît, par la copie ci-jointe,&#13;
ne l’ayant pu néanmoins avoir plus tôt que le 1er jour de ce mois, que je&#13;
laissai incontinent 37 au sieur de La Borne, qui doit faire expédier ces bulleslà, afin qu’il y fasse au plus tôt travailler ; à quoi j’espère qu’il ne manquera&#13;
pas, comme je ne ferai aussi de vous mander, quand elles auront été&#13;
expédiées, et audit sieur de Montigny même, bien qu’il ne m’ait jamais écrit&#13;
un mot sur ce qui regarde en cela son service. J’ai été voir M. le cardinal&#13;
Antonio pour faire. Ledit seigneur cardinal dataire y fit une si bonne et&#13;
favorable réponse que ledit sieur a sujet d’espérer qu’il sera bientôt pourvu,&#13;
dont je me rendrai seigneur solliciteur.&#13;
Je prie Dieu, Monseigneur, vous donne une parfaite santé, très longue et&#13;
très honnête vie,&#13;
Votre très humble, très obéissant et très obligé, fidèle serviteur,&#13;
Gueffier.&#13;
De Rome, ce 6e mai 1658&#13;
Il y a eu ce matin consistoire, auquel on a préconisé M. de Montigny pour&#13;
l’évêché Petrensis in partibus, de sorte qu’au premier, il sera proposé.&#13;
Au même consistoire, M. l’abbé de Bazoches a été proposé, de sorte qu’il n’y a plus&#13;
que ses bulles à expédier.&#13;
37&#13;
&#13;
NDLR : immédiatement&#13;
- 30 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. X&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. X&#13;
Derniers documents produits pour la nomination du Serviteur de Dieu&#13;
comme évêque et vicaire apostolique au Canada&#13;
&#13;
NDLR : À la suite des dernières difficultés soulevées par M. Gueffier&#13;
(cf. Docs. XI), d’autres Informations canoniques sur l’abbé de Montigny furent&#13;
produites par le nonce à Paris, Mgr Piccolomini (Doc. X). Puis, la nomination du&#13;
Serviteur de Dieu comme évêque et vicaire apostolique du Canada fut acceptée à&#13;
Rome. Le pape Alexandre VII produisit alors ses bulles (Doc. X-A) et ses facultés&#13;
d’évêques (Doc. X-B), que nous ajoutons à cette nouvelle édition.&#13;
&#13;
DOC. X. INFORMATIONS CANONIQUES SUR LAVAL PAR PICCOLOMINI (17 JUILLET 1657)&#13;
&#13;
Doc. X&#13;
Informations canoniques sur la vie et les mœurs du Serviteur de Dieu en vue&#13;
de la dignité épiscopale et de la fonction de vicaire apostolique au Canada,&#13;
17 juillet 1657, d’après la copie collationnée conservée au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Évêques, no 183&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
À l’occasion de la nomination du Serviteur de Dieu comme vicaire apostolique&#13;
au Canada, de nouvelles Informations canoniques furent rédigées par le nonce de&#13;
Paris, Mgr Piccolomini, le 17 juillet 1657. Au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, on en conserve une copie de l’époque, avec&#13;
cette annotation de la main du Serviteur de Dieu : « Informations de vie et de&#13;
mœurs faites devant M. le nonce, exigées pour la promotion à l’épiscopat, en&#13;
l’année 1657, 17 juillet ».&#13;
&#13;
Celio Piccolomini, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique,&#13;
archevêque de Césarée, prélat domestique assistant de notre T. S.-P. le&#13;
pape 38 Alexandre VII, ainsi que nonce auprès du Roi Très Chrétien de&#13;
France 39 et du royaume des Français, à tous ceux qui verront les présentes&#13;
lettres, salut dans le Seigneur.&#13;
Puisque, selon les décrets des souverains pontifes, surtout selon la&#13;
constitution du pape Grégoire XIV, d’heureuse mémoire, et en accord avec&#13;
les décrets du sacrosaint concile de Trente, tous ceux qui, désormais,&#13;
doivent être préposés aux églises métropolitaines et cathédrales, aux&#13;
38&#13;
39&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : Notre Seigneur le Très-Saint Pape.&#13;
NDT : Littéralement : de la Gaule.&#13;
- 31 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
monastères et aux prieurés conventuels élus et non élus, et aux autres&#13;
dignités ecclésiastiques dans cesdites églises ou qui désirent être promus&#13;
auxdites [dignités] par le Saint-Siège apostolique, sont tenus de montrer à&#13;
la curie romaine une attestation de leur vie, de leurs mœurs, de leur&#13;
religion, de leur état, de leur doctrine et de leur capacité, de faire une&#13;
profession publique de foi orthodoxe et de jurer et promettre de demeurer&#13;
dans l’obéissance à l’Église romaine et à notre T. S.-P. le pape ;&#13;
puisque, aussi, le très honorable et révérend sieur François de Laval, prêtre&#13;
du diocèse de Chartres, licencié en droit, a été nommé par le susdit Roi Très&#13;
Chrétien pour l’évêché qui doit être érigé dans la province du Canada par&#13;
l’autorité apostolique, […] nous avons été humblement requis de bien&#13;
vouloir et daigner faire l’enquête nécessaire et détaillée sur sa vie, ses&#13;
mœurs, sa doctrine, son âge et ses origines ;&#13;
et en consentant à cette requête, juste et raisonnable, nous avons entendu et&#13;
examiné les témoins nommés ci-après, très dignes de foi, dont les noms, les&#13;
prénoms, les états, les qualités, l’âge, le grade et les honneurs sont énumérés&#13;
ci-dessous, tout sentiment humain scrupuleusement écarté et sous serment&#13;
préalable en présence de notre auditeur et du notaire assermenté par&#13;
l’autorité publique apostolique et celle de la curie archiépiscopale,&#13;
soussignés, et nous avons fait recueillir et mettre par écrit leurs déclarations&#13;
et leur déposition par ledit notaire, de la manière qui suit :&#13;
suit la liste des articles sur lesquels nous avons entendu et examiné chacun&#13;
desdits témoins, sur la vie, la foi, les mœurs, la doctrine, l’âge, la religion et&#13;
les origines du susdit révérend sieur François de Laval :&#13;
1° si le témoin connaît celui qui est à promouvoir, depuis&#13;
combien de temps, etc., s’il en est parent, connu, proche, très&#13;
familier, rival ou ennemi ;&#13;
2° s’il sait dans quelle ville, lieu ou diocèse celui qui est à&#13;
promouvoir est né, et d’où il tient cette information ;&#13;
&#13;
- 32 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
3° s’il sait s’il est né d’un mariage légitime, de parents&#13;
honnêtes et catholiques, et d’où il tient cette information ;&#13;
4° s’il sait quel âge il a et surtout s’il a trois ans révolus, et d’où&#13;
il tient cette information ;&#13;
5° s’il sait s’il a reçu les ordres sacrés, lesquels, quand et si c’est&#13;
il y a [au moins] six mois, et d’où il tient cette information ;&#13;
6° s’il sait s’il est toujours appliqué à ces fonctions dans&#13;
l’Église et à l’exercice des ordres reçus, à la réception&#13;
fréquente et pieuse des sacrements, et d’où il tient cette&#13;
information ;&#13;
7° s’il sait s’il a toujours vécu en catholique et s’il est demeuré&#13;
dans la pureté de la foi, et d’où il tient cette information ;&#13;
8° s’il sait avoir une vie innocente et être de bonnes mœurs,&#13;
s’il est de bon commerce et de bonne réputation, et d’où il&#13;
tient cette information ;&#13;
9° s’il sait si c’est un homme grave et prudent, excellent dans&#13;
l’usage des biens ;&#13;
10° s’il sait s’il est titulaire de quelque grade en droit&#13;
canonique ou en théologie sacrée, où, quand et avec quel&#13;
succès il s’est adonné à la théologie ou au droit canonique, et&#13;
s’il se distingue vraiment par la doctrine qui est exigée d’un&#13;
évêque pour qu’il puisse enseigner aux autres ;&#13;
11° s’il sait s’il a exercé quelque fonction ou s’est exercé au&#13;
soin des âmes ou au gouvernement d’une autre église et&#13;
comment il s’est comporté tant en ce qui concerne la doctrine&#13;
que la prudence, l’intégrité (de vie) et les mœurs, et d’où il&#13;
tient cette information ;&#13;
12° s’il sait s’il a parfois causé quelque scandale public au sujet&#13;
de la foi, des mœurs ou de la doctrine, s’il est retenu par&#13;
quelque défaut du corps ou de l’esprit ou par un autre&#13;
empêchement canonique, qui ferait obstacle à la promotion à&#13;
une église cathédrale, et d’où il tient cette information sur&#13;
toutes ces choses ;&#13;
&#13;
- 33 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
13° s’il pense qu’il est idoine à bien gouverner une église&#13;
cathédrale et digne d’être promu à l’épiscopat et s’il estime&#13;
que sa promotion à cettedite église sera utile et profitable et&#13;
pourquoi il estime cela.&#13;
Suivent les noms et les prénoms, ainsi que les déclarations et les&#13;
témoignages des hommes très illustres et vénérables qui ont rendu un vrai&#13;
et fidèle témoignage, signé de leur propre main, sur la vie, les mœurs, l’âge,&#13;
la religion et la doctrine du susdit révérend sieur François de Laval.&#13;
Le 17 juillet de l’an du Seigneur 1657&#13;
[1er témoin]&#13;
L’illustrissime et révérendissime père dans le Christ et Seigneur,&#13;
Mgr François Servien, évêque de Bayeux, âgé de 58 ans, habitant maintenant&#13;
à Paris, ayant préalablement prêté serment la main posée sur la croix&#13;
pectorale, interrogé sur les articles susmentionnés, a répondu comme suit.&#13;
Pour le 1er [article], [il a dit] connaître ledit sieur à promouvoir depuis une&#13;
année, temps pendant lequel il [François de Laval] a donné des preuves de&#13;
piété et d’intégrité de vie et a exercé toutes et chacune des fonctions qui&#13;
relèvent de la charge sacerdotale avec la plus grande distinction, surtout&#13;
dans l’administration de certaines communautés religieuses dans le diocèse&#13;
dudit illustrissime Mgr [d’Évreux], et qu’il n’en est ni parent, ni proche, ni&#13;
rival, ni ennemi.&#13;
Pour le 2e, [il a dit] qu’il est du diocèse de Chartres.&#13;
Pour le 3e, [il a dit] qu’il est issu d’un mariage légitime, d’une illustrissime&#13;
famille de parents très pieux et vraiment catholiques, ce qu’il assure être de&#13;
notoriété publique.&#13;
&#13;
- 34 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
Pour le 4e, il a dit savoir qu’il a 30 ans accomplis, le savoir parce qu’il a vu&#13;
les lettres de sa promotion au presbytérat, dont il appert qu’il est prêtre&#13;
depuis dix ans.&#13;
Pour le 5e, il a dit dans le précédent article.&#13;
Pour le 6e, [il a dit] l’avoir vu depuis une année exercer ses fonctions&#13;
ecclésiastiques de façon très dévouée dans son diocèse et avoir entendu&#13;
qu’il les a exercées dans cette ville avec une très grande piété.&#13;
Pour le 7e, [il a dit] savoir que, depuis le temps qu’il le connaît, il a vécu en&#13;
catholique.&#13;
Pour le 8e, [il a dit] qu’il mène une vie non seulement innocente, mais même&#13;
exemplaire.&#13;
Pour le 9e, [il a dit] qu’il est un homme très prudent et très excellent dans la&#13;
conduite des affaires.&#13;
Pour le 10e, [il a dit] qu’il a été licencié de l’Université de Paris en 1649 et&#13;
qu’il est à ce point versé dans les lettres sacrées et profanes pour être&#13;
capable de former le peuple aux préceptes de la foi et de la religion&#13;
catholique.&#13;
Pour le 11e, [il a dit] avoir entendu dire qu’il fut archidiacre de l’église&#13;
d’Évreux et qu’il a exercé cette fonction avec le plus grand honneur pendant&#13;
plusieurs années, et que ledit archidiacre s’est démis [de cette fonction]&#13;
pour la plus grande gloire de Dieu, sans retenir aucune pension, mais&#13;
purement et simplement.&#13;
Pour le 12e, il a assuré que celui qui est à promouvoir s’est comporté de telle&#13;
manière qu’il n’a jamais occasionné quelque scandale au sujet de la foi, des&#13;
mœurs ou de la doctrine, qu’il ne souffre d’aucun défaut du corps ou de&#13;
&#13;
- 35 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
l’esprit, et qu’aucun empêchement canonique ne s’oppose à ce qu’il puisse&#13;
être promu à une église cathédrale.&#13;
Pour le 13e, en raison de l’expérience qu’il a dans les fonctions&#13;
ecclésiastiques et principalement à cause de la preuve de bonnes œuvres&#13;
qu’il a donnée dans le diocèse dudit Mgr [d’Évreux], [il a dit] être d’avis que&#13;
sa promotion à une église cathédrale sera très utile et surtout à celle qui doit&#13;
être érigée chez les Canadiens, selon le bon plaisir du souverain pontife, où,&#13;
non seulement par la parole mais aussi par l’exemple des bonnes œuvres,&#13;
le pontife devra briller.&#13;
François, évêque de Bayeux&#13;
[2e témoin]&#13;
Le très illustre et révérend seigneur Claude de Blampignon, prêtre, abbé ou&#13;
commendataire perpétuel du monastère de l’Aumône, de l’Ordre cistercien, du diocèse de Chartres, âgé de 47 ans, demeurant à Paris, au monastère des moniales dites de Saint-Thomas, ayant prêté serment en touchant&#13;
les Écritures, a répondu comme ci-dessous.&#13;
Pour le 1er [article], [il a dit] connaître ledit sieur à promouvoir depuis&#13;
environ cinq ans et n’en être ni parent, ni proche, ni rival, ni ennemi.&#13;
Pour le 2e, [il a dit] savoir que celui-ci est né dans le diocèse de Chartres ; et&#13;
il a dit le savoir parce qu’il a vu les lettres testimoniales de son ordination.&#13;
Pour le 3e, [il a dit] savoir qu’il est né d’une très illustre famille, de parents&#13;
honnêtes et vraiment catholiques ; comme il l’a appris de plusieurs&#13;
personnes connues dudit sieur à promouvoir et par réputation de la part de&#13;
tous.&#13;
Pour le 4e, [il a dit] qu’il est âgé de 35 ans.&#13;
&#13;
- 36 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
Pour le 5e, [il a dit] savoir qu’il est prêtre depuis dix ans, comme il appert&#13;
des lettres de [sa] promotion, qu’il a vues.&#13;
Pour le 6e, [il a dit] avoir entendu dire par tous qu’il est très dévot et très&#13;
assidu à la réception des sacrements.&#13;
Pour le 7e, [il a dit] qu’il a été éduqué pieusement et en catholique par ses&#13;
susdits illustrissimes parents et qu’il a toujours vécu et vit dans la foi&#13;
catholique et romaine.&#13;
Pour le 8e, il a dit comme un fait certain qu’il s’est distingué dans&#13;
l’administration de plusieurs monastères de religieuses qu’il a dirigés avec&#13;
une très grande piété.&#13;
Pour le 9e, [il a dit] avoir vu et connaître sa prudence et gravité par des&#13;
communications variées, en divers lieux […].&#13;
Pour le 10e, [il a dit] savoir que le sieur à promouvoir est licencié en droit&#13;
canonique de l’Université de Paris, qu’il est très versé dans les lettres tant&#13;
sacrées que profanes et qu’il est capable d’enseigner aux autres et de semer&#13;
la parole de Dieu.&#13;
Pour le 11e, [il a dit] savoir que le même a rempli la charge de l’archidiaconat&#13;
en titre dans l’église d’Évreux avec une très grande distinction et le plus&#13;
grand fruit et qu’il a résigné le même archidiaconat, sans recevoir aucun&#13;
bénéfice ni retenir aucune pension, mais purement et simplement pour le&#13;
bien de l’Église.&#13;
Pour le 12e, il a dit qu’il n’a jamais entendu dire que quelque scandale ait&#13;
été causé par lui ou que quelque empêchement canonique s’opposerait à ce&#13;
qu’il soit promu à une église cathédrale.&#13;
&#13;
- 37 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
Pour le 13e, [il a dit] qu’il est très digne, en raison des qualités éminentes de&#13;
son esprit, d’être préposé à une église cathédrale, et surtout à celle qui doit&#13;
être érigée chez les Canadiens, pour qui on a besoin d’un évêque qui se&#13;
distingue non seulement par la doctrine et la prudence, mais aussi par la&#13;
piété et l’exemple des bonnes œuvres.&#13;
Blampignon.&#13;
[3e témoin]&#13;
Le vénérable homme, le sieur Pierre Picques, prêtre de Paris, bachelier en&#13;
théologie de l’Université de Paris, recteur de l’église paroissiale de SaintJosse de Paris, âgé de 31 ans, ayant prêté serment en touchant les Écritures.&#13;
Pour le 1er [article], [il a dit] connaître ledit sieur à promouvoir depuis huit&#13;
ans ou environ pour l’avoir fréquenté depuis ce temps, qu’il n’en est&#13;
toutefois ni parent, ni proche, ni rival, ni ennemi.&#13;
Pour le 2e, [il a dit] savoir que celui-ci est originaire du diocèse de Chartres.&#13;
Pour le 3e, [il a dit] qu’il est né du légitime mariage de l’illustrissime&#13;
seigneur Hugues de Laval, seigneur de Montigny, et de dame Michelle&#13;
de Péricard, feue sa femme 40, de laquelle famille de Péricard plusieurs&#13;
illustrissimes seigneurs évêques sont sortis.&#13;
Pour le 4e, [il a dit] qu’il est âgé de 35 ans, comme cela apparaît d’après les&#13;
lettres de sa promotion aux ordres sacrés.&#13;
Pour le 5e, [il a dit] qu’il est prêtre depuis dix ans, comme il appert desdites&#13;
lettres de promotion.&#13;
Pour le 6e, [il a dit] avoir une connaissance personnelle des exercices&#13;
spirituels dudit sieur à promouvoir et savoir fort bien qu’il est très pieux et&#13;
très dévot.&#13;
40&#13;
&#13;
NDLR : Son père était mort, mais sa mère vivait encore en 1658.&#13;
- 38 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
Pour le 7e, [il a dit] que rien de non catholique ne peut être découvert en lui&#13;
et que la foi catholique lui est très chère.&#13;
Pour le 8e, [il a dit] qu’il est doté d’innocence de vie, de mœurs excellentes,&#13;
de l’honnêteté de vie, d’intégrité des mœurs, d’une réputation pour le comportement, étant pour tous un modèle.&#13;
Pour le 9e, [il a dit] qu’il est très grave et très prudent et excellent dans&#13;
l’usage des biens, grâce à de multiples expériences.&#13;
Pour le 10e, [il a dit] qu’il est licencié en droit canonique de l’Université de&#13;
Paris depuis huit ans, comme il appert des lettres [attestant] son grade, qu’il&#13;
a vues.&#13;
Pour le 11e, [il a dit] qu’il a possédé un archidiaconat dans l’église d’Évreux,&#13;
qu’il a exercé de manière excellente et avec édification pendant plusieurs&#13;
années et qu’il a visité les paroisses de son archidiaconat de façon très diligente, qu’il a réprimé les manquements et semé fréquemment la parole de&#13;
Dieu au cours de ses visites.&#13;
Pour le 12e, [il a dit] ignorer si ledit sieur à promouvoir a causé quelque&#13;
scandale ou si quelque empêchement canonique le visant s’opposerait à ce&#13;
qu’il soit promu.&#13;
Interrogé sur le 13e, il a répondu qu’en raison des dons éminents de l’Esprit&#13;
dont ledit sieur à promouvoir est doté, il est très capable et idoine à être&#13;
promu aux plus grandes dignités supérieures de l’Église et que sa promotion sera utile, s’il semble bien en être ainsi pour notre T. S.-P. le pape et&#13;
pour le Saint-Siège apostolique.&#13;
Picques&#13;
&#13;
- 39 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
[4e témoin]&#13;
Le vénérable maître Joseph Sain, sous-diacre du diocèse de Tours, bachelier&#13;
en théologie de l’Université de Paris et docteur en droit de l’Université&#13;
d’Orléans, âgé de 24 ans, chanoine et théologal de l’insigne église métropolitaine de Tours.&#13;
Pour le 1er [article], [il a dit] connaître ledit sieur à promouvoir depuis deux&#13;
ans, parce qu’il a habité avec lui depuis ce temps, qu’il n’en est toutefois ni&#13;
parent, ni proche, ni très familier, ni rival, ni ennemi.&#13;
Pour le 2e, [il a dit] qu’il est né dans le diocèse de Chartres.&#13;
Pour le 3e, [il a dit] savoir de notoriété publique qu’il est issu d’une légitime&#13;
union, engendré par des parents illustrissimes et très catholiques.&#13;
Pour le 4e, [il a dit] qu’il est âgé de 35 ans.&#13;
Pour le 5e, [il a dit] qu’il est prêtre depuis dix ans ; comme il l’a vu par les&#13;
lettres de sa promotion.&#13;
Pour le 6e, il a dit qu’il est très pieux, qu’il célèbre très dévotement le saint&#13;
sacrifice de la messe à tous les jours et qu’il est assidu à fréquenter les autres&#13;
offices divins.&#13;
Pour le 7e, en raison de ce qui a été dit, [il a dit] qu’il est évident pour lui&#13;
que le sieur à promouvoir est doté d’innocence de vie et de bonnes mœurs,&#13;
qu’il se recommande par son bon comportement et par sa réputation.&#13;
Pour le 8e, [il a dit] savoir qu’il a un bon comportement et qu’il a un très&#13;
grand zèle.&#13;
Pour le 9e, [il a dit] qu’il est remarquable par l’honnêteté de la vie, l’intégrité&#13;
des mœurs et la réputation d’un bon comportement.&#13;
- 40 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
Pour le 10e, [il a dit] qu’il est licencié en droit canonique de l’Université de&#13;
Paris et qu’il est rempli de la doctrine qui est requise d’un évêque pour qu’il&#13;
puisse enseigner aux peuples qui lui sont confiés et les instruire.&#13;
Pour le 11e, il croit qu’il a exercé l’archidiaconat d’Évreux avec un grand&#13;
fruit ; comme il l’a appris de plusieurs personnes très dignes de foi.&#13;
Pour le 12e, [il a dit] qu’aucun scandale n’a été causé par lui et qu’il ne lui&#13;
connaît aucun défaut du corps ou de l’esprit, mais plutôt que l’on trouve en&#13;
lui tous les dons par lesquels il est rendu digne du rang épiscopal.&#13;
Pour le 13e, il a dit que, considérant ce qui précède et ce qui se laisse voir à&#13;
son sujet pour le bien commun et l’intérêt de la société chrétienne, il pense&#13;
et il estime que le susdit sieur à promouvoir est digne et capable pour qu’on&#13;
confie à ses soins et à sa sollicitude le gouvernement et l’administration&#13;
d’une église cathédrale et surtout de l’Église à ériger dans la province&#13;
canadienne.&#13;
Joseph Sain.&#13;
&#13;
En foi de quoi, nous ordonnons et faisons en sorte que les présentes lettres&#13;
signées de notre main soient faites et signées par Me Jean Roger, notaire&#13;
apostolique demeurant à Paris, et munies de notre sceau. Donné à Paris, à&#13;
l’année et au jour indiqués ci-dessus,&#13;
[Celio, archevêque de Césarée]&#13;
[Jean Roger].&#13;
&#13;
- 41 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X-A&#13;
&#13;
DOC. X-A. BULLES DÉSIGNANT LAVAL COMME ÉVÊQUE DE PÉTRÉE ET VICAIRE APOSTOLIQUE AU CANADA (3 JUIN 1658)&#13;
&#13;
Doc. X-A&#13;
Bulles d’évêque de Pétrée, vicaire apostolique de la Nouvelle-France du&#13;
Serviteur de Dieu, données par le pape Alexandre VII, 3 juin 1658, selon la&#13;
copie collationnée aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Bulles I, p. 2&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, au bien-aimé fils&#13;
François de Laval de Montigny, [évêque] élu de Pétrée, salut et bénédiction&#13;
apostolique.&#13;
Désirant, avec l’aide du Seigneur, accomplir l’office de l’apostolat qui nous a été&#13;
confié d’en-haut, malgré nos mérites insuffisants, par lequel nous présidons, par&#13;
une divine disposition, au gouvernement de toutes les Églises, nous nous en&#13;
acquittons d’un cœur attentif et, lorsqu’il s’agit de pourvoir au gouvernement de&#13;
ces Églises, nous nous efforçons de leur préposer des pasteurs qui sachent instruire&#13;
le peuple confié à leurs soins, non seulement par la doctrine de la parole, mais aussi&#13;
par l’exemple d’un bon agir, qui veuillent et puissent diriger en vue du salut et&#13;
gouverner heureusement les Églises qui leur sont confiées, dans la paix et la&#13;
tranquillité. Vraiment, pour l’Église de Pétrée, qui se trouve dans les contrées des&#13;
infidèles, privée de la consolation d’un pasteur, nous voulons expressément :&#13;
nous, la vacance [de ce siège] ayant été établie par des relations dignes de foi, nous&#13;
appliquant à pourvoir à cette Église par des soins paternels et attentifs, après la&#13;
délibération attentive que nous avons eue avec nos vénérables frères, les cardinaux&#13;
de la sainte Église romaine pour préposer à ladite Église une personne honnête&#13;
aussi bien que profitable, vers toi, né dans le diocèse de Chartres, d’un mariage&#13;
légitime, de parents catholiques et nobles, d’un âge conforme aux règles, déjà&#13;
établi dans l’ordre du presbytérat, ayant professé expressément la foi catholique&#13;
selon les articles proposés depuis longtemps par le Siège apostolique et ayant&#13;
toutes les autres choses requises, et qui, comme nous l’avons appris, fut le seigneur&#13;
temporel du lieu-dit de Montigny, et à propos de qui ont été rendus des&#13;
témoignages dignes de foi pour la science des lettres, la noblesse de l’origine, la&#13;
pureté de la vie, l’honnêteté des mœurs, l’attention et la prévoyance dans les&#13;
choses spirituelles et temporelles et les autres dons de nombreuses vertus, nous&#13;
avons dirigé les yeux de notre esprit ;&#13;
&#13;
- 42 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X-A&#13;
&#13;
toutes choses considérées avec l’attention exigée, toi, en t’absolvant et te jugeant&#13;
absous, en vue d’obtenir l’office susdit, de toutes sentences, censures et peines&#13;
légales d’excommunication, de suspense et d’interdit, si jamais tu étais lié par l’une&#13;
ou l’autre, selon notre décret promulgué à la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande de la foi pour la susdite Église de Pétrée, ayant nous-mêmes et nosdits&#13;
frères recueilli au sujet de ta personne le témoignage de l’existence de tes mérites,&#13;
par l’autorité apostolique, nous te pourvoyons et te préposons comme évêque&#13;
pour cette [Église], et en te confiant pleinement le soin pastoral, la gouvernance et&#13;
l’administration de ladite Église, pour les choses spirituelles et temporelles,&#13;
mettant notre confiance en Celui qui donne les grâces et attribue les récompenses,&#13;
pour que, le Seigneur dirigeant tes actes, que la susdite Église, sous ton heureux&#13;
gouvernement, soit utilement régie et dirigée avec bonheur et que,&#13;
reconnaissante, elle s’accroisse dans lesdites réalités spirituelles et temporelles ;&#13;
donc, en recevant avec une dévotion bien disposée le joug du Seigneur imposé sur&#13;
tes épaules et en t’appliquant à exercer l’administration et le gouvernement&#13;
susdits, avec sollicitude, fidélité et prudence, de telle manière que ladite Église se&#13;
réjouisse d’avoir été confiée à un guide prévoyant et à un administrateur profitable,&#13;
toi, en plus du salaire de la récompense éternelle, tu mérites d’obtenir&#13;
généreusement la bénédiction et la grâce de nous-même et dudit Siège ;&#13;
quant à nous, disposé à accorder ce qui pourra t’avantager et considérant&#13;
favorablement tes suppliques à ce sujet, à toi, pour que tu puisses recevoir sans&#13;
empêchement la consécration épiscopale de quelque évêque catholique de ton&#13;
choix, ayant la communion et la grâce du susdit Siège, en y associant deux ou trois&#13;
autres évêques catholiques ayant pareillement la grâce et la communion [du Siège],&#13;
ayant reçu d’abord de toi l’habituel serment de fidélité dû à notre nom et à celui&#13;
de l’Église romaine, selon la lettre portant notre sceau, par les présentes, nous te&#13;
concédons, par notre autorité, la faculté de pouvoir exercer licitement la charge&#13;
susdite ; nous voulons aussi et nous statuons et nous décidons que, par la susdite&#13;
autorité, sans qu’ait été reçu de toi par l’évêque lui-même le serment susdit, si ledit&#13;
évêque osait t’imposer cette charge, et toi, la recevoir, que ledit évêque soit suspendu de l’exercice de l’office pontifical et qu’aussi bien lui que toi soyez de ce fait&#13;
suspendus de l’administration de vos Églises, tant spirituelles que temporelles ;&#13;
par ailleurs, nous voulons que tu voies à envoyer aussi rapidement que possible,&#13;
par le nonce, les formules contenant littéralement le serment prêté maintenant à&#13;
nous par toi, par tes lettres patentes munies de ton sceau, pour que, par là, nul&#13;
- 43 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X-B&#13;
&#13;
préjudice ne soit causé dans l’avenir à notre vénérable frère, l’archevêque de&#13;
Hiérapolis, à qui l’Église de Pétrée est soumise à titre d’Église métropolitaine ; en&#13;
outre, à toi, pour que tu puisses exercer la charge de vicaire apostolique dans le&#13;
Royaume du Canada en Amérique du Nord, à laquelle nous te destinons, et que tu&#13;
puisses avoir accès à ladite Église de Pétrée, aussi longtemps qu’elle sera détenue&#13;
par les infidèles, nous permettons, par l’autorité et la disposition susdites, à titre&#13;
de grâce spirituelle, que tu sois minimalement tenu d’y résider personnellement,&#13;
par les constitutions et les ordonnances apostoliques et celles de ladite Église de&#13;
Pétrée, et par les statuts et les usages établis par serment, par la confirmation&#13;
apostolique et par toute autre garantie, nonobstant ce qui serait contraire.&#13;
Donné à Rome, près de Sainte-Marie-Majeure, en l’année de l’Incarnation du&#13;
Seigneur 1658, le 3 des nones de juin, en la 4e année de notre pontificat,&#13;
J. Cardinal prodataire de’Nobili.&#13;
Visa de la curie : P. Ciampinus&#13;
[Sur le revers] : J. B. Laboure&#13;
[Sur le dos] : Sainte-Marie, Secrétariat des brefs&#13;
DOC. X-B. FACULTÉS ACCORDÉES À LAVAL PAR ALEXANDRE VII (5 SEPTEMBRE 1659)&#13;
Doc. X-B&#13;
Facultés d’évêque vicaire apostolique accordées au Serviteur de Dieu par le&#13;
pape Alexandre VII, 5 septembre 1659, selon la copie conservée au Musée de&#13;
la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Évêques, no 1&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
1° De conférer les ordres en dehors des temps [prévus pour cela] et sans respecter&#13;
les interstices, jusqu’au presbytérat inclusivement, s’il y avait là nécessité de&#13;
prêtres.&#13;
2° De dispenser de toutes irrégularités, excepté celles provenant de la bigamie&#13;
avérée ou de l’homicide volontaire.&#13;
3° De dispenser du défaut d’une année en raison du manque d’ouvriers, pour qu’ils&#13;
puissent être promus au sacerdoce s’ils sont autrement idoines.&#13;
4° De dispenser des vœux simples, même de chasteté, pour une cause raisonnable,&#13;
et de les commuer en d’autres œuvres pies ; cependant pas [d’entrée en] religion.&#13;
- 44 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X-B&#13;
&#13;
5° De dispenser effectivement de quelque simonie les bénéfices étant abandonnés&#13;
et une pénitence salutaire appliquée sur les fruits mal perçus ou ceux-ci distribués&#13;
en aumône.&#13;
6° De dispenser des 3e et 4e degrés de consanguinité et de parenté simple et mixte,&#13;
et des 2e, 3e et 4e degrés mixtes, non seulement du 2e seulement en ce qui concerne&#13;
les mariages futurs, mais même pour les mariages passés, [de dispenser] du&#13;
2e degré seulement pour ceux qui se convertissent de l’hérésie ou de l’infidélité à&#13;
la foi catholique, comme pour les cas précédents en déclarant [leur volonté]&#13;
d’accueillir une progéniture légitime.&#13;
7° De dispenser de l’empêchement d’honnêteté publique, de justice provenant des&#13;
fiançailles.&#13;
8° De dispenser de l’empêchement de crime ourdi contre l’un des époux et de&#13;
l’obligation de restituer la dette perdue.&#13;
9° De dispenser de l’empêchement de parenté spirituelle, sauf entre parrain et&#13;
parrainé.&#13;
10° Les dispenses matrimoniales des nos 6, 7, 8 et 9 ne sont accordées que sous&#13;
réserve que la femme n’a pas été victime d’un rapt, ou si elle le fut, qu’elle ne se&#13;
trouve pas sous la puissance du ravisseur ; et dans la dispense, la teneur de ces&#13;
facultés sera mentionnée avec l’indication de la durée pour laquelle elles furent&#13;
concédées.&#13;
11° D’accorder les dispenses aux païens et aux infidèles qui ont plusieurs femmes&#13;
de pouvoir, après leur conversion et leur baptême, garder celle qu’ils préfèrent, si&#13;
toutefois elle devient fidèle 41, à moins que la première femme ne veuille se&#13;
convertir.&#13;
12° De consacrer les huiles avec les prêtres qui seront disponibles, pourvu qu’ils&#13;
soient au moins cinq, non cependant en dehors du jour de la Cène du Seigneur.&#13;
&#13;
41&#13;
&#13;
NDT : C’est-à-dire, si elle se convertit.&#13;
- 45 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X-B&#13;
&#13;
13° De déléguer à de simples prêtres le pouvoir de bénir les parures d’autel et les&#13;
autres ustensiles nécessaires pour le sacrifice de la messe, là n’intervient pas&#13;
d’onction, et de réconcilier les églises profanées avec de l’eau bénite par l’évêque&#13;
et, en cas de nécessité, même avec de l’eau non bénite par l’évêque.&#13;
14° D’accorder trois fois par année l’indulgence plénière aux personnes&#13;
repentantes, qui se confessent et communient.&#13;
15° D’absoudre de l’hérésie, de l’apostasie et du schisme quiconque, même des&#13;
ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers, non pas, cependant, ceux qui se&#13;
trouveraient dans des lieux où le Saint-Office est actif, à moins qu’ils n’aient péché&#13;
dans des lieux de mission où les hérésies font impunément rage, ni ceux qui&#13;
auraient abjuré par obstination, à qu’ils ne soient nés là où les hérésies font&#13;
impunément rage, et qui, après une abjuration judiciaire, sont retombés dans&#13;
l’hérésie, et ceux-là, seulement devant le tribunal de la conscience.&#13;
16° D’absoudre de tous les cas réservés au Saint-Siège, même de ceux contenus&#13;
dans la bulle In Coenae Domini 42.&#13;
17° D’accorder l’indulgence plénière aux convertis de l’hérésie et aussi à tous les&#13;
fidèles repentants à l’article de la mort, s’ils n’ont pu se confesser.&#13;
18° D’accorder l’indulgence plénière à l’occasion des Quarante-heures, trois fois&#13;
par année, en indiquant les jours, pour ceux qui sont de bonne vie, repentants, se&#13;
confessent et communient, à condition toutefois qu’en raison de l’affluence et de&#13;
l’exposition du Très-Saint Sacrement, il n’y ait aucune possibilité d’une réception&#13;
sacrilège [de l’Eucharistie] par des hérétiques et des infidèles, ou d’offenser&#13;
l’autorité.&#13;
19° De gagner pour soi-même les mêmes indulgences.&#13;
20° Chaque lundi qui n’est pas empêché par un office de neuf lectures, ou, s’il est&#13;
empêché, le jour suivant immédiatement, de célébrer la messe de Requiem sur&#13;
n’importe quel autel même portable, pour libérer [son] âme des peines du&#13;
purgatoire, selon son intention, par mode de recommandation.&#13;
NDLR : Bulle rendue par Paul III en 1536, dont la lecture fut supprimée par Clément XIV en&#13;
1710. Elle prononce l’excommunication générale contre tous les hérétiques, contumaces et ennemis&#13;
de Rome.&#13;
42&#13;
&#13;
- 46 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X-B&#13;
&#13;
21° De posséder et de lire, sans les passer à d’autres, les livres des hérétiques ou&#13;
des infidèles traitant de leur religion, dans le but de les combattre, et tout autre&#13;
livre prohibé, quel qu’il soit, sauf les œuvres de Charles Dumoulin, Nicolas&#13;
Machiavel, et les livres d’astrologie principalement judiciaire, qui en traitent&#13;
incidemment ou de quelque autre manière, de même de ne pas porter ces livres&#13;
hors de ces provinces.&#13;
22° De préposer aux paroisses des réguliers et d’y assigner ses vicaires à défaut de&#13;
séculiers, cependant avec le consentement de leurs supérieurs.&#13;
23° De célébrer [la messe] deux fois par jour, s’il y a nécessité, sans prendre&#13;
l’ablution lors de la première messe, l’une une heure avant l’aurore, l’autre aprèsmidi, sans ministre, sur mer et sur terre, même si l’autel est endommagé ou sans&#13;
reliques des saints, en présence d’hérétiques, de schismatiques ou d’infidèles, s’il&#13;
n’est pas possible de célébrer autrement.&#13;
24° De porter le Très-Saint Sacrement en privé aux malades, sans luminaire et sans&#13;
que celui soit conservé pour cesdits malades dans un lieu convenable, s’il y a risque&#13;
de sacrilège de la part d’hérétiques ou d’infidèles.&#13;
25° De porter des habits séculiers s’il peut autrement se rendre dans les lieux à lui&#13;
confiés ou y demeurer.&#13;
26° De réciter le rosaire ou d’autres prières s’il ne peut prendre avec lui le bréviaire,&#13;
ou s’il ne peut réciter l’office divin en raison de quelque autre empêchement&#13;
légitime.&#13;
27° D’accorder dispense, quand cela paraîtra préférable, en ce qui concerne l’usage&#13;
de la viande, des œufs et des laitages en période de jeûne et surtout de carême.&#13;
28° De transmettre les présentes facultés, non pas, cependant, celles qui&#13;
requièrent l’ordre épiscopal et qui ne peuvent être exercées sans les huiles saintes,&#13;
à des prêtres idoines qui travailleront dans sa mission, et surtout à l’occasion de&#13;
son décès, afin que, le siège étant vacant, quelqu’un puisse suppléer jusqu’à ce que&#13;
le Siège apostolique, ayant été informé, ce qui devra être fait le plus vite possible,&#13;
pourvoie par des délégués ou par l’un d’eux, d’une autre manière, auxquels&#13;
- 47 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. X-B&#13;
&#13;
délégués, par l’autorité apostolique, est concédée la faculté, le siège étant vacant,&#13;
de consacrer en cas de nécessité les calices, les patènes et les autels portables, en&#13;
utilisant cependant des huiles saintes bénites par l’évêque.&#13;
29° D’user desdites facultés seulement dans les lieux de sa mission.&#13;
30° Et que les susdites facultés soient exercées gratuitement et sans aucune&#13;
rémunération et qu’elles soient comprises être concédées pour seulement dix ans.&#13;
Le jeudi, 5 septembre 1659, dans la Congrégation générale de la Sainte Inquisition&#13;
romaine et universelle tenue au palais apostolique, près de Sainte-Marie-Majeure,&#13;
Sa Sainteté, N. S.-P. le pape Alexandre VII a concédé les facultés susdites au susdit&#13;
seigneur François de Laval, évêque de Pétrée, vicaire apostolique au Canada, en&#13;
Amérique du Nord, pour les dix prochaines années.&#13;
Cardinal Barberini,&#13;
Jean Lupus, notaire de la Sainte inquisition romaine et universelle.&#13;
&#13;
- 48 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XII&#13;
&#13;
Doc. XII. Lettre de Laval, F. Pallu et Lambert de La Motte à la Propagande (1er juillet 1658)&#13;
&#13;
Doc. XII&#13;
Requête pour la fondation d’un Séminaire des Missions étrangères à Paris,&#13;
présentée par le Serviteur de Dieu et les vicaires apostoliques d’Héliopolis et&#13;
de Beyrouth à la Sacrée congrégation de la propagande, 1er juillet 1658,&#13;
d’après la copie conservée aux Archives des Missions étrangères de Paris,&#13;
vol. 27, p. 265&#13;
Traduction de l’original en italien&#13;
À la suite de la proposition du P. de Rhodes, le pape nomma François Pallu et&#13;
Pierre Lambert de la Motte comme vicaires apostoliques en Extrême-Orient. Le&#13;
Serviteur de Dieu, quant à lui, reçut ses bulles de vicaire apostolique du Canada.&#13;
Avant de quitter la France, ces trois vicaires s’entendirent pour demander à Rome&#13;
la permission de fonder à Paris un séminaire de prêtres destinés exclusivement&#13;
aux missions étrangères, afin de s’assurer des collaborateurs en France. Ainsi, le&#13;
Séminaire des Missions étrangères de Paris vit le jour et donna à l’Église un&#13;
nombre impressionnant de missionnaires zélés. Nous n’avons pas retrouvé&#13;
l’original de ce document. Nous reproduisons ici une copie de l’époque trouvée&#13;
aux Archives des Missions étrangères de Paris.&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes et révérendissimes 43,&#13;
François de Laval, Pierre Lambert, François Pallu et autres prêtres français&#13;
exposent humblement à Vos Éminences qu’il se trouve en France plusieurs&#13;
ecclésiastiques pleins de doctrine et de bonnes mœurs, déjà expérimentés&#13;
et désireux de collaborer à la conversion des infidèles et, d’autre part, qu’il&#13;
est absolument nécessaire, pour la conservation et la croissance des&#13;
missions, d’envoyer au plus tôt de tels candidats au Canada, en Chine, au&#13;
Tonkin et en Cochinchine, selon l’ordre de Sa Sainteté et en conformité avec&#13;
les décrets de Vos Éminences. Il serait donc bon qu’il y ait des sujets&#13;
entièrement disposés à y être envoyés pour le secours des autres&#13;
missionnaires et pour commencer d’autres missions, avec l’autorisation de&#13;
la Sacrée congrégation.&#13;
C’est pourquoi il est non seulement opportun, mais encore nécessaire de&#13;
fonder un Séminaire qui ait pour unique but la propagation de la sainte foi&#13;
auprès des infidèles et dans lequel tous lesdits ecclésiastiques puissent se&#13;
rassembler, afin d’éprouver leur vocation et de se préparer par tous les&#13;
moyens possibles à n’importe quelle mission.&#13;
&#13;
43&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : Éminentissimes et révérendissimes seigneuries.&#13;
- 49 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIII&#13;
&#13;
Par conséquent, les demandeurs susmentionnés, reconnaissant qu’ils ne&#13;
peuvent mener à bien un si grand projet sans l’autorisation et la protection&#13;
de Vos Éminences, les supplient humblement de vouloir leur accorder&#13;
toutes les facultés et les privilèges nécessaires pour l’érection et&#13;
l’établissement dudit séminaire, cette grâce étant digne de la grande piété&#13;
de Vos Éminences.&#13;
Les demandeurs espèrent que Vos Éminences seront favorables à leurs&#13;
ardents désirs et ils promettent d’être de fidèles ministres sous la prudente&#13;
direction de Vos Éminences. Que Dieu [vous ait en sa sainte garde,&#13;
Vos très humiliés, dévoués et obligés serviteurs,&#13;
François de Laval, Pierre Lambert et François Pallu.]&#13;
&#13;
Doc. XIII. Lettres patentes de Louis XIV reconnaissant l'autorité de Laval au Canada (27 mars 1659)&#13;
&#13;
Doc. XIII&#13;
Lettres patentes du roi Louis XIV concédées au Serviteur de Dieu, 27 mars&#13;
1659, d’après la copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Évêques, no 210&#13;
En France, à cette époque, tout évêque devait obtenir du roi des lettres patentes à&#13;
être présentées au gouverneur du lieu, afin d’être reçu officiellement comme&#13;
nouveau chef spirituel du diocèse. Comme le Canada était une colonie française&#13;
soumise au gouvernement de Louis XIV, le Serviteur de Dieu lui demanda une&#13;
telle lettre, que nous reproduisons ici.&#13;
&#13;
Les grâces et les bénédictions infinies que Dieu verse continuellement sur&#13;
notre personne et sur notre État nous obligent, sur tous les souverains de la&#13;
terre, de prendre un soin particulier d’employer, pour l’avancement de sa&#13;
gloire et de son honneur, la puissance qu’il nous a donnée. C’est pourquoi,&#13;
désirant rendre à Sa Majesté divine une partie des reconnaissances que&#13;
nous lui devons pour tant de faveurs, nous avons estimé que nous ne&#13;
pouvions mieux nous acquitter de ce devoir qu’en soutenant les intérêts de&#13;
la religion et en étendant même nos soins sur les nations barbares et&#13;
infidèles, pour coopérer à ce qu’elles soient appelées à la connaissance de&#13;
son nom et dans le sein de son Église, sachant d’ailleurs que Dieu n’élève&#13;
- 50 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIII&#13;
&#13;
les rois sur la terre [que] pour le gouvernement des peuples, que dans le&#13;
dessein d’en faire les instruments de sa providence, en se servant de leur&#13;
zèle et de leur autorité pour établir son empire et étendre le culte de la vraie&#13;
religion. C’est à quoi nous sommes encore excité par les exemples de piété&#13;
que nous a laissés le feu roi, notre très honoré seigneur et père, et par les&#13;
instructions que nous a données dès notre enfance la reine, notre très&#13;
honorée dame et mère, qui n’a pas eu plus de soin de maintenir notre&#13;
autorité et la grandeur de cette couronne que de nous inspirer par sa vertu&#13;
singulière, avec ces saintes maximes, le zèle du service de Dieu et la gloire&#13;
de son Église.&#13;
Ainsi, ayant été averti que la religion, qui commence à s’établir et à se&#13;
répandre dans les provinces de Canada, ne peut être avancée et maintenue&#13;
qu’en y faisant l’érection d’un évêché, afin d’en pourvoir quelque personne&#13;
d’un grand mérite, qui puisse, avec l’autorité de ce divin caractère et par&#13;
l’usage de sa juridiction, donner la perfection à cet ouvrage si heureusement&#13;
commencé, cette considération nous a porté à inviter N. S.-P. le pape à faire&#13;
l’érection d’un siège épiscopal dans ces provinces éloignées ; mais&#13;
Sa Sainteté ayant jugé que les choses nécessaires à cet établissement ne se&#13;
trouvaient pas encore en ce pays et qu’il y avait danger que la dignité&#13;
épiscopale n’étant pas honorée avec le respect qui lui est dû, l’Église n’en&#13;
reçût quelque désavantage, nous avons fait instance pour qu’il plût à&#13;
Sa Sainteté de donner ordre aux nécessités de cette Église naissante, par les&#13;
voies qu’elle jugerait meilleures. Sur quoi, nous ayant offert de nommer&#13;
vicaire apostolique le sieur de Laval de Montigny, pourvu de l’évêché de&#13;
Pétrée, pour faire toutes les fonctions épiscopales dans l’étendue de la&#13;
Nouvelle-France, nous l’avons accepté et ensuite les bulles qui ont été&#13;
expédiées.&#13;
Ayant donc mis cette affaire en délibération dans notre Conseil, où étaient&#13;
la reine, notre très honorée dame et mère, notre très cher et très aimé frère,&#13;
le duc d’Anjou, et autres princes et seigneurs, nous avons de notre autorité&#13;
royale déclaré et nous déclarons, par ces présentes signées de notre main,&#13;
que nous voulons et qu’il nous plaît que le sieur de Laval de Montigny,&#13;
- 51 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIV&#13;
&#13;
évêque de Pétrée, soit reconnu par tous nos sujets dans lesdites provinces&#13;
pour faire les fonctions épiscopales, sans préjudice des droits de la&#13;
juridiction ordinaire ; et cela, en attendant l’érection d’un évêché dont le&#13;
titulaire sera suffragant de l’archevêque de Rouen, du consentement&#13;
irrévocable duquel nous avons accepté ladite disposition de N. S.-P. le&#13;
pape ; sans préjudice des droits de la juridiction, ci-donnons en mandement à nos&#13;
aimés et féaux conseillers, les gens tenant notre cour de Parlement à Rouen de&#13;
faire registrer ces présentes pour être exécutées et observées selon leur forme et&#13;
teneur, car tel est notre plaisir.&#13;
Donné à Paris, le 27e jour de mars l’an de grâce 1659 et de notre règne le 16e,&#13;
Louis&#13;
[Sur le repli] Par le roi, De Loménie [avec paraphe et scellée du grand sceau de cire&#13;
jaune].&#13;
&#13;
Insinuées les présentes lettres patentes en notre greffe souverain, le&#13;
26e septembre 1659 et d’icelles pris copie pour y avoir recours quand le jour sera&#13;
et servir ce que de raison par moi, soussigné,&#13;
Gillet, greffier de la juridiction souveraine.&#13;
&#13;
Doc. XIV. Lettre d’Anne d’Autriche à P. d’Argenson (31 mars 1659)&#13;
&#13;
Doc. XIV&#13;
Lettre de la reine mère de France, Anne d’Autriche, à M. d’Argenson,&#13;
gouverneur du Canada, 31 mars 1659, d’après les Archives de l’archidiocèse&#13;
de Québec, Registre A*, p. 140, no 184 44&#13;
Le but de cette lettre de la reine mère du roi est de demander au gouverneur du&#13;
Canada de soutenir l’autorité du Serviteur de Dieu contre les prétentions de&#13;
l’archevêque de Rouen, qui considérait que le Canada faisait partie de son diocèse.&#13;
Nous prenons l’opportunité, dans la présentation de ce document, pour écrire&#13;
quelques mots sur la question de la juridiction de Mgr de Laval et des prétentions&#13;
de juridiction de l’archevêque de Rouen, question qui reviendra en plusieurs&#13;
autres documents et qui fut amplement traitée dans les Mémoires sur la vie de&#13;
M. de Laval, premier évêque de Québec de M. de La Tour.&#13;
&#13;
44&#13;
NDLR : L’original est au Musée de la civilisation de Québec, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 1.&#13;
&#13;
- 52 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIV&#13;
&#13;
Les premiers missionnaires du Canada, les pères franciscains récollets, arrivés en&#13;
1615, et les pères jésuites, débarqués en 1625 puis revenus en 1632, avaient reçu,&#13;
avant de partir de la France, leur juridiction d’un préfet nommé par Rome pour&#13;
ces missions. Toutefois, afin d’exercer le ministère auprès des colons durant le&#13;
voyage, les missionnaires qui partirent pour le Canada demandèrent leur&#13;
juridiction aux ordinaires des villes portuaires où ils s’embarquaient. Ainsi, ces&#13;
ordinaires en vinrent à considérer le territoire de la Nouvelle-France comme un&#13;
prolongement de leur propre diocèse, d’où leurs prétentions de juridiction. Le plus&#13;
tenace à ce sujet fut l’archevêque de Rouen. Sa prétention semblait tellement&#13;
justifiée que le Parlement de Rouen, avec le consentement du roi, avait un certain&#13;
droit sur l’administration de la justice au Canada.&#13;
Les pères jésuites, seuls missionnaires dans la colonie à partir de 1632 45,&#13;
donnèrent à l’archevêque d’autres occasions d’affirmer sa prétention. Puisque leur&#13;
juridiction avait été mise en doute dans plusieurs lettres qu’ils avaient reçues de&#13;
France, ces religieux crurent nécessaire de demander confirmation de leur&#13;
juridiction à l’archevêque de Rouen, qui était généralement considéré comme le&#13;
supérieur ecclésiastique du Canada. Cet archevêque nomma en 1649 le supérieur&#13;
des jésuites de Québec comme vicaire général 46. Cette pratique, faite de bonne foi&#13;
par les Jésuites du Canada, fut reprochée par le supérieur général de la Compagnie&#13;
à Rome.&#13;
En 1657, l’archevêque envoya un deuxième vicaire général, l’abbé de Queylus,&#13;
un sulpicien. Ainsi, petit à petit s’affermit l’idée que le Canada faisait partie du&#13;
diocèse de Rouen. On comprend donc la surprise de l’archevêque quand il apprit&#13;
la nomination du Serviteur de Dieu comme vicaire apostolique de cette prétendue&#13;
partie de son diocèse, sans en avoir d’abord été avisé. Il s’opposa alors à la&#13;
consécration du Serviteur de Dieu et obtint de l’Assemblée du clergé de France&#13;
une interdiction à tous les évêques du royaume de participer à ladite cérémonie.&#13;
Mais le nonce, Mgr Piccolomini, par ordre de Rome, consacra le Serviteur de Dieu&#13;
le 8 décembre 1658 dans l’église de Saint-Germain-des-Prés, qui était alors&#13;
indépendante de la juridiction épiscopale de Paris. Puis, le Saint-Siège avertit&#13;
l’archevêque de Rouen d’abandonner ses prétentions, qui étaient sans&#13;
fondement 47.&#13;
Au mois d’avril 1659, le Serviteur de Dieu partit pour le Canada. Le 16 juin, il&#13;
arriva à Québec, ville principale du pays à cette époque.&#13;
La venue en Nouvelle-France d’un vicaire apostolique nommé par Rome dut&#13;
semer un certain doute dans les esprits, puisqu’en pratique la juridiction de&#13;
l’archevêque de Rouen y était acceptée. Afin de prévenir les difficultés possibles&#13;
pour le Serviteur de Dieu au sujet de son autorité, Anne d’Autriche, régente du&#13;
royaume durant la minorité de son fils Louis XIV 48, écrivit au gouverneur&#13;
d’Argenson pour lui demander de soutenir l’autorité du vicaire apostolique.&#13;
NDLR : Les Récollets ne reviennent au Canada qu’en 1670.&#13;
NDLR : À la même époque, Jean de Bernières, fondateur de l’Ermitage de Caen, suggéra Pierre&#13;
Lambert de La Motte comme vicaire apostolique au Canada, mais l’archevêque de Rouen empêcha&#13;
le projet d’aboutir.&#13;
47&#13;
NDLR : La correspondance entre Rome et la France au sujet de la nomination de François&#13;
de Laval est presque entièrement reproduite dans Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France&#13;
au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2, Annexe XII.&#13;
48&#13;
NDLR : La Régence se termina officiellement le 7 septembre 1651, mais la reine mère demeura&#13;
active dans le gouvernement avec le cardinal Mazarin jusqu’à la prise en charge complète de&#13;
Louis XIV en 1663.&#13;
45&#13;
46&#13;
&#13;
- 53 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIV&#13;
&#13;
Cette lettre est reproduite ici selon le Registre A* des Archives de l’archevêché&#13;
de Québec, premier d’une série de volumes manuscrits où sont conservés les&#13;
documents émis par la curie épiscopale de Québec et d’autres documents&#13;
concernant l’histoire de l’Église du Canada. Il ne s’agit pas d’originaux, mais de&#13;
copies de l’époque certifiées par l’évêque. Plusieurs documents de la présente&#13;
Positio proviennent de cette source.&#13;
&#13;
Monsieur,&#13;
Je veux bien accompagner la lettre du roi, M. mon fils, de celle-ci, pour vous&#13;
dire que, suivant son intention et la mienne, vous ayez à faire reconnaître&#13;
le sieur évêque de Pétrée en qualité de vicaire apostolique dans tout le pays&#13;
de Canada, soumis à l’obéissance du roi, et à tenir la main qu’il soit obéi&#13;
dans toutes les fonctions épiscopales, même d’empêcher qu’aucun&#13;
ecclésiastique ou autre n’en puisse exercer ni avoir aucune juridiction&#13;
ecclésiastique que par les ordres ou consentement dudit sieur évêque ; à&#13;
quoi vous devrez contribuer en ce qui dépend de l’autorité de votre charge&#13;
et faire repasser en France tous ceux qui voudront s’opposer à son&#13;
établissement et ne pas se soumettre à sa juridiction, que nous entendons,&#13;
le roi, M. mon fils, et moi, être dans toute l’étendue ordinaire et telle qu’ont&#13;
accoutumé de l’avoir les autres évêques. À quoi ne doutant pas que vous&#13;
ne satisfassiez, je prie Dieu, M. d’Argenson, qu’il vous ait en sa sainte et&#13;
digne garde.&#13;
Anne&#13;
De Fleuret.&#13;
Écrit à Paris, ce dernier mars 1659&#13;
&#13;
- 54 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XV&#13;
&#13;
Doc. XV. Lettre de Louis XIV à d’Argenson (14 mai 1659)&#13;
Doc. XV&#13;
Lettre du roi de France Louis XIV à M. d’Argenson, gouverneur du Canada,&#13;
14 mai 1659, d’après la copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 2b&#13;
Le 27 mars 1659, le roi accorda des lettres patentes au Serviteur de Dieu par&#13;
lesquelles il cherchait, tout en appuyant l’autorité du vicaire apostolique, à ne pas&#13;
irriter l’autorité que s’arrogeait l’archevêque de Rouen (cf. Doc. XIII). Le nonce&#13;
fit remarquer à Mazarin, rédacteur de ladite lettre, que c’était comme reconnaître&#13;
en même temps deux autorités indépendantes, mais le ministre n’en tint pas&#13;
compte. Fort de cet appui, l’archevêque de Rouen envoya à l’abbé de Queylus une&#13;
nouvelle lettre pour le confirmer comme son vicaire général. Celle-ci incluait une&#13;
lettre du roi datée du 11 mai 1659 49, dans laquelle il lui permettait de continuer&#13;
son activité en Nouvelle-France. Cependant, Louis XIV, peut-être à la suite des&#13;
remontrances de sa mère, reconnut son erreur et quelques jours plus tard, le&#13;
14 mai, envoya une lettre au Serviteur de Dieu et au gouverneur du Canada,&#13;
M. d’Argenson, dans laquelle il exprimait clairement son désir que ne fut&#13;
reconnue aucune autre juridiction spirituelle que celle du vicaire apostolique.&#13;
Nous reproduisons ici la lettre envoyée au gouverneur d’Argenson. Celui-ci,&#13;
malgré la sympathie qu’il éprouvait pour l’abbé de Queylus, fit publier la volonté&#13;
royale dans tout le pays dans une ordonnance du 14 octobre suivant. La copie&#13;
reproduite ici est suivie du mandat de publier, avec la signature du gouverneur.&#13;
&#13;
À M. d’Argenson, conseiller en mon Conseil d’État, gouverneur et mon&#13;
lieutenant-général en la Nouvelle-France&#13;
M. d’Argenson,&#13;
Je vous ai ci-devant écrit pour vous ordonner d’appuyer le sieur évêque de&#13;
Pétrée en la fonction épiscopale, selon les pouvoirs qu’il en a obtenus de&#13;
N. S.-P. le pape, lequel à ma prière l’a ordonné évêque, afin que sans aucune&#13;
opposition il en pût faire les fonctions en l’étendue de la Nouvelle-France.&#13;
Présentement je vous écris, non seulement pour vous recommander de&#13;
nouveau la personne dudit sieur évêque, mais pour vous dire que si les&#13;
vicaires du sieur archevêque de Rouen voulaient s’ingérer de faire aucune&#13;
NDLR : Cette lettre n’a pas été retrouvée, mais est mentionnée dans le Journal des Jésuites au 8&#13;
septembre 1659 et dans Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, 1865-1866, vol. 2,&#13;
p. 341. Nous avons ajouté, en Doc. XV-A, la lettre du roi à Lotbinière, datée du 12 mai 1659, qui&#13;
en était peut-être une copie, puisqu’elle mentionne le diocèse suffragant de celui de Rouen.&#13;
49&#13;
&#13;
- 55 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XV&#13;
&#13;
fonction de juridiction, vous ayez à les empêcher et à leur dire que, quelque&#13;
lettre que j’aie accordée audit sieur archevêque, mon intention n’est point&#13;
que lui ni ceux de son autorité s’y prévalent, jusqu’à ce que par celle de&#13;
l’Église il ait été déclaré si ledit sieur archevêque est en droit de prétendre&#13;
que la Nouvelle-France soit de son diocèse ; car outre qu’on ne convient pas&#13;
que ç’ait été sous son autorité ou celle de ses prédécesseurs que la religion&#13;
a été portée en ces pays de par-delà, quand on demeurerait d’accord que&#13;
cela lui eût acquis le droit, N. S.-P. le pape n’en est pas persuadé et ce serait&#13;
un scandale si dans une Église naissante la juridiction de celui que Dieu a&#13;
établi chef de l’universelle venait à être contestée.&#13;
Je sais bien qu’on y veut engager mon autorité et, sous le prétexte de la&#13;
maintenir, on essaye de donner atteinte à celle du pape. Mais je ferai ce que&#13;
je dois en maintenant la mienne, sans blesser l’autre. Ce que vous aurez à&#13;
faire se réduit à maintenir le sieur évêque en la pleine fonction de sa charge,&#13;
soit qu’on le considère honoré du caractère épiscopal, soit du vicariat&#13;
apostolique dont j’ai recherché Sa Sainteté ; mais je désire que vous&#13;
ménagiez en sorte les choses que les vicaires dudit sieur archevêque aient&#13;
sujet de se louer de votre conduite.&#13;
Celle-ci n’étant à cette fin, je prie Dieu qu’il vous ait, M. d’Argenson, en sa&#13;
sainte garde.&#13;
Louis&#13;
De Lomélie [avec paraphe]&#13;
Écrit à Paris le 14e jour de mai 1659&#13;
&#13;
La lettre de cachet du roi du 14 mai 1659 concernant l’établissement de&#13;
M. l’évêque de Pétrée en ce pays de Canada, dont copie est ci-dessus, a été&#13;
insinuée au greffe de la juridiction souveraine le 26e septembre 1659 par moi,&#13;
soussigné,&#13;
Gillet.&#13;
&#13;
- 56 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XV&#13;
&#13;
Pierre de Voyer, chevalier, vicomte d’Argenson, conseiller du roi en ses Conseils&#13;
d’État, gouverneur et lieutenant-général pour Sa Majesté en la Nouvelle-France,&#13;
étant nécessaire de faire connaître à tous ceux qu’il appartiendra les volontés de&#13;
Sa Majesté, portées par la lettre de cachet à nous adressée en date du 14 mai 1659,&#13;
avons ordonné que la présente lettre sera lue, publiée, registrée et affichée où&#13;
besoin sera et que copies d’icelle seront délivrées au grand-sénéchal ou ses&#13;
lieutenants pour les faire lire, publier et registrer et être exécutées en toute leur&#13;
forme et teneur. Afin que personne n’en prétende cause d’ignorance ni se prévale&#13;
de toute autre lettre au contraire qui aurait été ci-devant publiée et registrée,&#13;
mandons [au premier huissier de ladite Cour ou autre huissier ou sergent royal sur&#13;
ce requis faire pour l’insinuation des présentes tous exploits requis et nécessaires&#13;
de ce faire, nous donnons pouvoir.]&#13;
Du fort Saint-Louis de Québec, ce 14e octobre 1659&#13;
De Voyer d’Argenson,&#13;
Gillet.&#13;
&#13;
La lettre de cachet du roi insinuée au greffe de la juridiction souveraine le jour et&#13;
an que dessus a été par moi, secrétaire de Mgr* le gouverneur, lue et publiée en&#13;
présence des principaux habitants de ce pays de Canada, dûment assemblés pour&#13;
cet effet, et copies d’icelle envoyées et affichées où besoin a été, conformément à&#13;
l’ordonnance de mondit seigneur le gouverneur ci-dessus devant écrite.&#13;
Fait au fort Saint-Louis de Québec, le jour et an dessus, par moi, soussigné,&#13;
Gillet.&#13;
&#13;
- 57 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XV-A&#13;
&#13;
Doc. XV-A. Lettre de Louis XIV à Lotbinière (12 mai 1659)&#13;
&#13;
Doc. XV-A&#13;
Lettre du roi de France, Louis XIV, à M. de Lotbinière, procureur général&#13;
du Canada, 12 mai 1659, d’après la copie conservée au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Polygraphie 4, no 6&#13;
De par le roi,&#13;
À notre aimé et féal le sieur Chartier, conseiller en notre Conseil, lieutenant-général&#13;
pour la justice en Canada,&#13;
Notre aimé et féal désirant contribuer, autant que faire se peut, à l’avancement et&#13;
établissement de la religion catholique, apostolique et romaine dans les provinces&#13;
du Canada ou de la Nouvelle-France, que des missionnaires y ont assez bien&#13;
commencé, nous avons volontiers agréé et accepté la nomination que N. S.-P. le&#13;
pape a fait pour vicaire apostolique dans lesdits pays du sieur de Montigny, pourvu&#13;
de l’évêché de Pétrée, auquel par Sa Sainteté, ayant pour cet effet donné les bulles&#13;
nécessaires, nous avons sur celles-ci fait expédier, entre autres choses, qu’il fera&#13;
dans l’étendue de la Nouvelle-France et des provinces voisines les fonctions&#13;
épiscopales, attendant l’érection d’un, dont celui qui sera pourvu sera suffragant&#13;
de l’archevêque de Rouen, du consentement duquel nous avons accepté la&#13;
disposition de Sa Sainteté, sans préjudice des droits et de la juridiction ordinaire,&#13;
dont nous avons bien voulu vous donner avis par cette lettre, et vous mander et&#13;
ordonner de tenir soigneusement la main en ce qui dépende de vous et du fait de&#13;
votre charge à ce que ledit sieur de Montigny soit reçu et reconnu dans ledit pays&#13;
de Canada en ladite qualité de vicaire apostolique, aux clauses et conditions cidessus portées par ladite déclaration et à ce qu’elle soit au surplus ponctuellement&#13;
observée et exécutée selon sa forme et teneur et à ce, car tel est notre plaisir.&#13;
Donné à Paris, 12e jour de mai 1659,&#13;
Louis&#13;
Phélypeaux.&#13;
Au registre des présentes,&#13;
L.-T. Chartier [avec paraphe].&#13;
&#13;
Sur ce qui nous a été dit et remontré par Louis-Théandre Chartier, écuyer, sieur de&#13;
Lotbinière, lieutenant-général, que M. d’Argenson lui avait fait ôter des registres&#13;
du greffe de la Sénéchaussée de Québec, où il est lieutenant-général, une lettre du&#13;
- 58 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XV-A&#13;
&#13;
roi à lui adressée et que pour l’honneur de sa famille et le droit de sa charge, il est&#13;
de justice de le faire remettre, nous lui avons enjoint de faire registrer ladite lettre&#13;
du roi pour lui servir et valoir ce qui est de raison. Mandons, [au premier huissier&#13;
de ladite Cour ou autre huissier ou sergent royal sur ce requis faire pour&#13;
l’insinuation des présentes tous exploits requis et nécessaires de ce faire, nous&#13;
donnons pouvoir.]&#13;
Fait à Québec, ce 11e mars 1662,&#13;
Dubois Davaugour.&#13;
&#13;
Registré et remis audit présent registre de l’ordonnance de mondit seigneur le&#13;
gouverneur ledit jour 11e mars audit an 1663,&#13;
L.-T. Chartier [avec paraphe]&#13;
Rageot [avec paraphe].&#13;
&#13;
- 59 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVI&#13;
&#13;
Doc. XVI. Lettre de Laval à Nickel (août 1659)&#13;
&#13;
Doc. XVI&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu au supérieur général de la Compagnie de Jésus à&#13;
Rome, le P. Goswin Nickel, août 1659, d’après l’original conservé aux&#13;
Archives générales de cette Compagnie, Gall. 109 II, fo 436&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
À son arrivée au Canada en 1659, le Serviteur de Dieu trouva les Jésuites chargés&#13;
des travaux apostoliques. C’étaient alors eux qui dirigeaient toutes les missions, à&#13;
l’exception de celle de Montréal, où les Sulpiciens de Paris s’étaient établis depuis&#13;
quelques années et où ils avaient fondé un séminaire. Heureux de retrouver à&#13;
Québec ses anciens maîtres, le Serviteur de Dieu écrivit au supérieur général des&#13;
Jésuites pour lui exprimer sa reconnaissance envers la Compagnie de Jésus et&#13;
l’espoir qu’il fondait sur ces pères pour la fondation de son Église naissante.&#13;
&#13;
Québec, août 1659&#13;
Mon Révérend Père,&#13;
Dieu seul, qui sonde les cœurs et les reins et qui pénètre jusqu’au fond de&#13;
mon âme, sait combien j’ai d’obligation à votre Compagnie, qui m’a&#13;
réchauffé dans son sein lorsque j’étais enfant, qui m’a nourri de sa doctrine&#13;
salutaire dans ma jeunesse et qui depuis n’a cessé de m’encourager et de&#13;
me fortifier. Aussi je conjure Votre Paternité de ne point voir, dans cette&#13;
expression de mes sentiments de reconnaissance, le simple désir de remplir&#13;
un devoir de convenance ; c’est du fond de mon cœur que je vous parle. Je&#13;
sens qu’il m’est impossible de rendre de dignes actions de grâce à des&#13;
hommes qui m’ont appris à aimer Dieu et ont été mes guides dans la voie&#13;
du salut et des vertus chrétiennes.&#13;
Si tant de bienfaits reçus dans le passé m’ont attaché à votre Compagnie, de&#13;
nouveaux liens viennent encore resserrer ces relations affectueuses. Il m’est&#13;
donné, en effet, Mon Révérend Père, de partager les travaux de vos enfants&#13;
dans cette mission du Canada, dans cette vigne du Seigneur qu’ils ont&#13;
arrosée de leurs sueurs et même de leur sang. Quelle joie pour mon cœur&#13;
de pouvoir espérer une même mort, une même couronne ! Le Seigneur sans&#13;
doute ne l’accordera pas à mes mérites ; mais j’ose l’attendre de sa&#13;
- 60 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVI&#13;
&#13;
miséricorde. Quoiqu’il en soit, mon sort est bien heureux et le partage que&#13;
m’a fait le Seigneur est bien digne d’envie. Quoi de plus beau que de se&#13;
dévouer, de se dépenser tout entier pour le salut des âmes ? C’est la grâce&#13;
que je demande, que j’espère, que j’aime.&#13;
J’ai vu ici et j’ai admiré les travaux de vos pères : ils ont réussi non&#13;
seulement auprès des néophytes qu’ils ont tirés de la barbarie et amenés à&#13;
la connaissance du seul vrai Dieu, mais encore auprès des Français,&#13;
auxquels, par leur exemple et la sainteté de leur vie, ils ont inspiré de tels&#13;
sentiments de piété que je ne crains pas d’affirmer en toute vérité que vos&#13;
pères sont ici la bonne odeur de Jésus-Christ partout où ils travaillent.&#13;
Ce n’est pas pour vous seul que je leur rends ce témoignage ; mes paroles&#13;
pourraient paraître suspectes de quelque flatterie : j’ai 120 écrits dans les&#13;
mêmes termes au souverain pontife, au Roi Très Chrétien et à la reine sa&#13;
mère, aux illustrissimes seigneurs de la Congrégation de la propagande et&#13;
à un grand nombre d’autres personnes. Ce n’est pas que tout le monde m’ait&#13;
approuvé également ; vous avez ici des envieux ou des ennemis qui&#13;
s’indignent contre vous et contre moi ; mais ce sont de mauvais juges qui se&#13;
réjouissent du mal et n’aiment point les triomphes de la vérité. Daigne&#13;
Votre Paternité nous continuer son affection ; du reste, en nous l’accordant,&#13;
elle n’aimera rien en moi qui ne soit à la Compagnie. Car je le sens, il n’est&#13;
rien au monde que je ne lui doive, rien que je ne lui consacre. Je veux être à&#13;
vous autant que je suis à moi-même ; je veux être tout à Jésus-Christ, dans&#13;
les entrailles duquel j’embrasse Votre Paternité, et je la prie de m’aimer&#13;
toujours, comme elle le fait, d’un amour sincère. Que cet amour soit éternel.&#13;
Je suis de Votre Paternité,&#13;
Le très humble et obéissant serviteur,&#13;
François de Laval, évêque de Pétrée, vicaire apostolique 50.&#13;
&#13;
50&#13;
NDLR : Traduction du texte original en latin publiée dans E. Langevin, Notice biographique sur&#13;
François de Laval de Montmorency*, 1874, p. 119-120.&#13;
&#13;
- 61 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVII-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XVII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XVII&#13;
Extraits de lettres de pères jésuites écrites au supérieur général à Rome dans&#13;
lesquelles on loue la vertu du Serviteur de Dieu, 1659, d’après les originaux&#13;
conservés aux Archives générales de cette Compagnie,&#13;
Gall. 109 I, fos 306, 313, 315&#13;
Nous reproduisons ici des extraits de lettres écrites par trois missionnaires jésuites&#13;
au Canada au supérieur général de la Compagnie de Jésus. Dans ces lettres, ils&#13;
manifestent leurs premières impressions du Serviteur de Dieu, arrivé à Québec&#13;
depuis quelques mois.&#13;
&#13;
DOC. XVII-1. EXTRAIT DE LA LETTRE DE QUEN À NICKEL (6 SEPTEMBRE 1659)&#13;
&#13;
Doc. XVII-1&#13;
Extrait d’une lettre du P. de Quen, 6 septembre 1659&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Au mois de juin de cette année, Rome a donné comme pasteur à l’Église&#13;
canadienne un vicaire apostolique, un homme très pieux et très aimé de la&#13;
Compagnie de Jésus, en qui rien ne semble imparfait de ce qui est nécessaire&#13;
à une bonne et correcte gouvernance de cette Église naissante. Pour cette&#13;
raison, nous rendons grâces au pontife suprême et à Votre Paternité. Plaise&#13;
au Ciel que celui qui tient maintenant ici le gouvernail soit doté d’amour&#13;
pour notre Compagnie et pour les Barbares, et des dons [nécessaires] pour&#13;
gouverner ; nous nous efforçons en vain par tous les moyens de nous&#13;
l’attacher. M. l’abbé de Queylus est retourné en France, peut-être pour ne&#13;
jamais revenir en cet endroit. Votre Paternité sait que, par les années&#13;
passées, il fut hostile à notre endroit.&#13;
&#13;
- 62 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVII-2&#13;
&#13;
DOC. XVII-2. EXTRAIT DE LA LETTRE DE RAGUENEAU À NICKEL (7 OCTOBRE 1659)&#13;
Doc. XVII-2&#13;
Extrait d’une lettre du P. Ragueneau, 7 octobre 1659&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Venant de France, le très illustre évêque, Mgr de Pétrée, vicaire apostolique&#13;
pour toute la région de la Nouvelle-France, est arrivé chez nous par une&#13;
providence tout à fait singulière de Dieu à notre égard. Il est assurément un&#13;
homme selon le cœur de Dieu, qui ne cherche pas son intérêt mais celui de&#13;
Jésus-Christ. Il est aussi efficace par son zèle qu’il est prudent, il est très&#13;
attaché aux nouveaux convertis et très proche de notre Compagnie. Je crois&#13;
qu’on aurait difficilement pu trouver quelqu’un de plus capable, qui&#13;
remplisse tous nos espoirs et nos désirs.&#13;
DOC. XVII-3. EXTRAIT DE LA LETTRE DE LE MERCIER À NICKEL (16 OCTOBRE 1659)&#13;
&#13;
Doc. XVII-3&#13;
Extrait d’une&#13;
du P. Le Mercier, 16 octobre 1659&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
lettre 51&#13;
&#13;
Père justement vénérable dans le Christ, la paix du Christ.&#13;
Au sujet des affaires de cette région, que j’écrivais à Votre Révérendissime&#13;
Paternité, je ne trouve encore rien de certain, à savoir le genre [d’actions à&#13;
prendre] en la Nouvelle-France. [Il nous faut] voir s’il faut maintenant&#13;
rester [au même endroit] ou se déplacer de tout côté. Ils disent : « Paix !&#13;
Paix ! » et il n’y a pas de paix. Tout est maintenant plein de crainte, plein de&#13;
périls ; en bref, si les choses sont considérées d’un point de vue humain,&#13;
tout est plein de meurtres, les Iroquois, avec une troupe nombreuse,&#13;
s’apprêtent à attaquer tous les villages très prochainement, à ce qu’on dit,&#13;
et à ravager tous les villages par le feu et le fer. Il est Seigneur, qu’il fasse ce&#13;
qui est bon à ses yeux. Certainement, l’arrivée aussi heureuse qu’inespérée&#13;
du Mgr révérendissime et illustrissime l’évêque de Pétrée 52, homme tout à&#13;
fait saint et très bien disposé à notre égard, incite à espérer le meilleur. […]&#13;
NDT : La copie de l’abbé Demers est incomplète et la photographie de l’original, blanc sur noir,&#13;
présente plusieurs difficultés de lecture ; d’où une traduction très incertaine.&#13;
52&#13;
NDT : Littéralement : le révérendissime et illustrissime seigneur évêque de Pétrée.&#13;
51&#13;
&#13;
- 63 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XVIII&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XVIII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XVIII&#13;
Extraits de lettres du P. Jérôme Lalemant, 1659&#13;
Le P. Jérôme Lalemant, frère du martyr canadien Gabriel Lalemant, passa au&#13;
Canada pour la première fois en 1638. Quelques années plus tard, il revint en&#13;
France pour occuper le poste de recteur du collège de La Flèche. C’est là que le&#13;
Serviteur de Dieu se rendit en 1659 pour le prier de retourner au Canada 53. Il fit&#13;
la traversée avec le Serviteur de Dieu et demeura un proche de ce dernier à&#13;
Québec, où il fut supérieur des Jésuites à deux reprises. Il mourut en 1673, à l’âge&#13;
de 80 ans. Il était supérieur à Québec lorsqu’il écrivit ces trois lettres.&#13;
&#13;
NDLR : Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2,&#13;
p. 286, dans la note, précise cette demande de Mgr de Laval. Nous la reproduisons ici, avec les&#13;
extraits de lettres traduits du latin.&#13;
Le R. P. Nickel, qui désirait ne pas éloigner de La Flèche le P. Lalemant, répondit au P. Le Jeune le&#13;
9 décembre 1658 : « Je comprends, d’après les lettres de Votre Révérence données le 31 octobre,&#13;
qu’il serait agréable à Mgr illustrissime de Laval de Montigny, futur évêque de l’Église canadienne,&#13;
si le P. [Jérôme] Lalemant était affecté aux missions de la Nouvelle-France. Il ignorait&#13;
naturellement qu’il avait été installé recteur du collège de La Flèche et puisque l’affaire n’est pas&#13;
décidée, Mgr illustrissime nous a [demandé] la permission, si au moins dans cette affaire je puisse&#13;
satisfaire à ses vœux. Il n’en manqua pas d’autres, dont il pourrait profiter de l’aide et du zèle, et&#13;
moi-même je recommanderai à nos pères avant tout de gagner sa bienveillance par les services&#13;
qu’ils pourront [rendre]. »&#13;
Monseigneur pria le P. Renault, provincial de Paris, d’insister, et le père général répondit à celui-ci,&#13;
le 21 décembre : « Je concède volontiers à Mgr illustrissime de Montigny le P. [Jérôme] Lalemant,&#13;
qu’il amènera avec lui en Nouvelle-France, comme futur supérieur de toute la mission. »&#13;
Il recommandait en même temps au provincial de ne communiquer cette décision au P. Lalemant&#13;
qu’à l’époque du départ de Monseigneur pour le Canada. La réponse du général n’était pas parvenue&#13;
au P. Renault que Monseigneur lui-même écrivait au R. P. Nickel pour le même objet, le 3 janvier&#13;
1659. Le R. P. Nickel lui répondit par le plus prochain courrier : « Les lettres de Mgr illustrissime,&#13;
datées du 3 janvier, m’ont été transmises, par lesquelles elle demande que vous soit concédé le&#13;
P. [Jérôme] Lalemant pour la mission canadienne. Lorsque j’ai compris par le père provincial que&#13;
cela était le vœu de Mgr illustrissime, que le P. [Jérôme] Lalemant traverse en Nouvelle-France,&#13;
aussitôt je lui ai écrit que je consentais volontiers à la grâce qu’il appelle lui-même pour lui-même ;&#13;
je ne révoque donc pas celle qui a déjà été concédée. »&#13;
Monseigneur avait fait à Paris la connaissance du P. Lalemant et l’appréciait beaucoup. Il partageait&#13;
l’avis du P. Le Jeune que la présence de ce missionnaire était nécessaire au Canada, dans les&#13;
circonstances difficiles où se trouvait le pays. Voici ce qu’en disait le P. Le Jeune au R. P. Nickel,&#13;
le 31 octobre 1658 : « L’homme est fort, empressé, prudent et pieux. Que l’on considère soit le sieur&#13;
abbé de Queylus, soit le gouverneur, soit le sieur évêque, soit les nôtres, il n’est personne&#13;
assurément qui puisse organiser toute chose avec une plus grande prudence. »&#13;
53&#13;
&#13;
- 64 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVIII-1&#13;
&#13;
DOC. XVIII-1. LETTRE DE J. LALEMANT À RENAULT (12 SEPTEMBRE 1659)&#13;
&#13;
Doc. XVIII-1&#13;
d’une lettre au provincial des Jésuites de France, P. Jacques&#13;
Renault, 12 septembre 1659, d’après les Jesuit Relations and Allied&#13;
Documents, édition Thwaites, Cleveland, 1896-1901, vol. 45, p. 30-45&#13;
&#13;
Extraits 54&#13;
&#13;
Première lettre de l’arrivée de Mgr l’évêque de Pétrée au Canada&#13;
Mon Révérend Père,&#13;
Les deux vaisseaux venus cette année de France ont changé la face de nos cœurs&#13;
et de tout le pays. Ils ont fait naître la joie partout, l’un par les heureuses nouvelles&#13;
de la paix entre les deux couronnes 55, l’autre par la venue de Mgr l’illustrissime et&#13;
révérendissime évêque de Pétrée. Notre joie serait entière si les Iroquois ne la&#13;
troublaient point par la guerre […]&#13;
Mais quoique toutes ces choses ne nous présagent rien que de funestes, nous ne&#13;
pouvons pas douter que Dieu n’ait de hauts desseins sur ces terres pour en&#13;
tirer de la gloire, puisqu’il a relevé nos espérances par le don qu’il nous a&#13;
fait d’un prélat, après lequel cette Église naissante soupirait depuis un si&#13;
long temps. C’est de Mgr l’évêque de Pétrée, qui arriva ici heureusement le&#13;
16e jour de juin 1659 et fut reçu avec les cérémonies ordinaires, comme un&#13;
ange consolateur envoyé du ciel et comme un bon pasteur, qui vient&#13;
ramasser le reste du sang de Jésus-Christ, avec un généreux dessein de&#13;
n’épargner pas le sien et de tenter toutes les voies possibles pour la&#13;
conversion des pauvres Sauvages*, pour lesquels il a des tendresses dignes&#13;
d’un cœur qui les vient chercher de si loin.&#13;
Dieu lui a bientôt fait naître des occasions de leur faire paraître son amour,&#13;
car le propre jour de son arrivée, un enfant huron étant venu au monde, il&#13;
eut la bonté de le tenir sur les fonts de baptême et en même temps un jeune&#13;
&#13;
NDLR : Puisque cette lettre traite d’une des premières rencontres de Mgr de Laval avec les nations&#13;
autochtones, nous avons inclus la lettre complète, à l’exception de la description de l’attaque&#13;
iroquoise du début.&#13;
55&#13;
NDLR : Le traité des Pyrénées, signé le 7 septembre 1659, mit fin à la guerre entre la France et&#13;
l’Espagne, qui avait commencé en 1635, et qui promit Marie-Thérèse d’Autriche en mariage à&#13;
Louis XIV.&#13;
54&#13;
&#13;
- 65 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVIII-1&#13;
&#13;
homme, aussi huron, malade à l’extrémité, devant recevoir les derniers&#13;
sacrements, il voulut s’y trouver et lui consacrer ses premiers soins et ses&#13;
premiers travaux, donnant un bel exemple à nos Sauvages, qui le virent&#13;
avec admiration prosterné contre terre, proche d’une pauvre carcasse qui&#13;
sentait déjà la pourriture et à qui il disposait de ses propres mains les&#13;
endroits pour les onctions sacrées.&#13;
Ce fut dans le même sentiment d’affection que, peu après son&#13;
débarquement, en donnant publiquement la confirmation aux Français&#13;
dans la paroisse, il voulut commencer toutes les cérémonies par quelques&#13;
Sauvages ; ce qu’il fit avec une grande joie, voyant à ses pieds et imposant&#13;
les mains à des peuples, qui jamais depuis la naissance de l’Église n’avaient&#13;
reçu ce sacrement.&#13;
Mais sa joie fut bien plus grande, lorsqu’ensuite il confirma toute l’élite de&#13;
nos deux Églises, algonquine et huronne. Nous en avions disposé une&#13;
cinquantaine d’une nation et autant de l’autre par des confessions&#13;
générales. L’idée qu’avaient ces pauvres gens, tant de ce sacrement que de&#13;
celui de qui ils le devaient recevoir, leur fit faire des efforts extraordinaires&#13;
de dévotion l’espace de huit jours pour s’y préparer. Pendant la cérémonie,&#13;
qui se fit dans l’église neuve des mères hospitalières, on loua Dieu en quatre&#13;
langues. Les Hurons et les Algonquins chantaient à leur tour des cantiques&#13;
spirituels, qui tirèrent des larmes des yeux de quelques-uns des assistants.&#13;
Mgr l’évêque, revêtu pontificalement, paraissait à ces Canadiens, qui&#13;
n’avaient jamais rien vu de semblable, comme un ange de paradis et avec&#13;
tant de majesté que nos Sauvages ne pouvaient détacher leurs yeux de sa&#13;
personne.&#13;
Ce fut pour lors qu’il conféra aussi le baptême avec toutes les solennités de&#13;
l’Église à un Huron âgé de 50 ans, qui ne se comprenait pas de joie et qui&#13;
piquait d’une sainte envie ses compatriotes, qui eussent volontiers souhaité&#13;
d’être en sa place pour participer à un semblable bonheur. Ce pauvre&#13;
homme s’était échappé des mains des Iroquois, par une bien aimable&#13;
providence, pour tomber en celles de ce grand prélat, dont l’attouchement&#13;
- 66 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVIII-1&#13;
&#13;
fit couler une vertu secrète sur ce bon néophyte, car en lui versant sur le&#13;
corps les eaux sacrées, il lui toucha tellement le cœur qu’il n’est plus&#13;
reconnaissable depuis ce temps-là. Il s’est comme dépouillé tout d’un coup&#13;
des mauvaises maximes et des méchantes habitudes qu’il avait contractées&#13;
par la fréquentation des Iroquois.&#13;
Mgr l’évêque accompagna ces cérémonies d’un sermon, fait à la portée de&#13;
ces pauvres gens pour les animer à résister courageusement aux tentations&#13;
et à supporter avec patience toutes les misères de cette vie dans la vue et&#13;
sur l’espérance d’une vie éternellement bienheureuse. Après quoi, étant&#13;
tous introduits dans la grande salle de l’hôpital, où les religieuses avaient&#13;
préparé deux longues tables bien couvertes, ils y furent bien servis par les&#13;
mains de ce même prélat pour donner aux Sauvages cet exemple d’humilité&#13;
et de charité chrétiennes, comme Mgr* le vicomte d’Argenson, notre&#13;
gouverneur, le fait assez souvent, servant aux malades de ce même hôpital,&#13;
spectacle bien agréable aux anges tutélaires de ce pays.&#13;
Mais comme c’est la coutume parmi ces nations de reconnaître la qualité des&#13;
étrangers venus de nouveau par la magnificence des festins qu’on fait à leur&#13;
occasion, nos Sauvages ne se seraient pas formé une idée digne de Mgr l’évêque s’il&#13;
ne se fût accommodé à leur façon de faire et s’il ne les eût régalés par un festin&#13;
solennel, lequel les ayant mis en bonne humeur, ils lui firent des harangues&#13;
entremêlées de leurs chansons ordinaires. Ils le complimentaient chacun en leur&#13;
langue avec une éloquence autant aimable que naturelle. Le premier qui harangua&#13;
fut un des plus anciens Hurons, qui s’étendit bien amplement sur les louanges de&#13;
la foi, laquelle fait passer les mers aux plus grands hommes du monde et leur fait&#13;
encourir mille dangers et essuyer mille fatigues pour venir chercher des misérables.&#13;
Nous ne sommes plus rien, dit-il, Ô Hariaouagui ! (C’est le nom qu’ils&#13;
donnent à Monseigneur et qui signifie, en leur langue, l’homme de&#13;
la grande affaire.) Nous ne sommes plus que le débris d’une nation&#13;
florissante, qui était autrefois la terreur des Iroquois et qui possédait&#13;
toutes sortes de richesses. Ce que tu vois n’est que la carcasse d’un&#13;
grand peuple, dont l’Iroquois a rongé toute la chair et qui s’efforce&#13;
d’en sucer jusqu’à la moelle. Quels attraits peux-tu trouver dans nos&#13;
misères ? Comment te laisses-tu charmer par ce reste de charogne&#13;
- 67 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVIII-1&#13;
&#13;
vivante pour venir de si loin prendre part à un si pitoyable état&#13;
auquel tu nous vois ? Il faut bien que la foi, qui opère ces merveilles,&#13;
soit telle qu’on nous l’a publiée il y a 56 plus de 30 ans. Ta présence&#13;
seule, quand tu ne dirais mot, nous parle assez haut pour elle et&#13;
pour nous confirmer dans les sentiments que nous en avons. Mais&#13;
si tu veux avoir un peuple chrétien, il faut détruire l’infidèle. Et sache&#13;
que si tu peux obtenir de la France main-forte pour humilier&#13;
l’Iroquois, qui vient à nous la gueule béante pour engloutir le reste&#13;
de ton peuple comme dans un profond abîme, sache, dis-je, que par&#13;
la perte de deux ou trois bourgades de ces ennemis, tu te fais un&#13;
grand chemin à des terres immenses et à des nations nombreuses,&#13;
qui te tendent les bras et qui ne soupirent qu’après les lumières de&#13;
la foi. Courage donc, Ô Hariaouagui, fais vivre tes pauvres enfants,&#13;
qui sont aux abois. De notre vie dépend celle d’une infinité de&#13;
peuples ; mais notre vie dépend de la mort des Iroquois. &#13;
Ce discours, dit avec chaleur, était d’autant plus touchant qu’il représentait&#13;
naïvement les derniers soupirs d’une nation mourante. La harangue que fit ensuite&#13;
un capitaine algonquin ne fut pas moins pathétique.&#13;
Je m’en souviens, dit-il en comptant par ses doigts, il y a 23 ans que&#13;
le P. Le Jeune, en nous jetant les premières semences de la foi, nous&#13;
assura que nous verrions un jour un grand homme, qui devait avoir&#13;
toujours les yeux ouverts (c’est ainsi qu’il nous le nommait) et dont&#13;
les mains seraient si puissantes que du seul attouchement, elles&#13;
inspireraient une force indomptable à nos cœurs contre les efforts&#13;
de tous les démons. Je ne sais s’il y comprenait les Iroquois. Si cela&#13;
est, c’est à présent que la foi va triompher partout. Elle ne trouvera&#13;
plus d’obstacle, qui l’empêche de percer le plus profond de nos&#13;
forêts et d’aller chercher à 300 et 400 lieues d’ici les nations qui&#13;
nous sont confédérées, au pays desquelles cet ennemi commun&#13;
nous bouche le passage.&#13;
Il ajouta tout plein d’autres choses, qui témoignaient l’estime que lui et tous ceux&#13;
de ces terres faisaient du grand pouvoir qu’a l’impression des mains ; ce qu’ils se&#13;
sont si bien persuadés que les soldats allant en guerre contre l’Iroquois, auparavant&#13;
56&#13;
&#13;
NDLR : depuis.&#13;
- 68 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVIII-1&#13;
&#13;
que de partir, vont prendre la bénédiction de Mgr l’évêque et la reçoivent comme&#13;
un bon présage, avec grande confiance d’en être puissamment fortifiés dans la&#13;
guerre qu’ils entreprennent contre l’ennemi de la foi et du pays.&#13;
Les Français ne prennent pas moins de part que les Sauvages dans ce&#13;
bonheur public. Ils le publient assez eux-mêmes sans qu’il soit besoin que&#13;
je vous en écrive et je ne doute point que toutes les lettres qui seront&#13;
envoyées en France n’en fassent l’éloge. Je dirai seulement ce mot : que&#13;
jamais le Canada ne pourra reconnaître les immenses obligations qu’il a à&#13;
notre incomparable reine, non seulement de l’avoir toujours honoré de son&#13;
affection, comme Sa Majesté l’a bien fait paraître en mille rencontres, mais&#13;
surtout d’avoir comblé tous ses bienfaits par le plus précieux de tous ceux&#13;
qu’elle pût faire, en lui procurant un tel pasteur. Cette grâce, cette faveur et&#13;
ce riche présent a tant d’approbation que tout le monde, Français et&#13;
Sauvages, ecclésiastiques et laïcs, ont tout sujet de s’en louer et d’espérer&#13;
que Dieu conservera un pays qui est pourvu d’une si sainte et si forte&#13;
protection. C’est ce que nous nous promettons surtout, étant assistés des&#13;
prières des gens de bien et des saints sacrifices de Votre Révérence,&#13;
auxquels je me recommande de tout mon cœur.&#13;
À Québec, ce 12 de septembre 1659&#13;
&#13;
- 69 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVIII-2&#13;
&#13;
DOC. XVIII-2. EXTRAIT DE LA LETTRE DE J. LALEMANT À NICKEL (16 SEPTEMBRE 1659)&#13;
&#13;
Doc. XVIII-2&#13;
Extrait d’une lettre au supérieur général de la Compagnie de Jésus, le&#13;
P. Goswin Nickel, 16 septembre 1659, d’après l’original aux Archives&#13;
générales de ladite Compagnie, Gall. 109 I, fos 309-310&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Paix dans le Christ&#13;
Très Révérend Père dans le Christ,&#13;
Il a plu à Votre Paternité, de recteur de La Flèche [que j’étais], de m’instituer&#13;
supérieur de Québec. Je quittai La Flèche le 10 avril ; j’accostai à La Rochelle&#13;
le 13, le jour de la sainte Pâques ; le même jour, nous fîmes voile en&#13;
compagnie de l’illustrissime évêque de Pétrée. Nous parvînmes à Québec&#13;
le 16 juin, au terme d’un voyage tout à fait heureux. Là, Mgr illustrissime fut&#13;
reçu comme un ange de Dieu et il apparaît vraiment être tel par la modestie&#13;
du corps et de l’esprit, mais en même temps par la force remarquable avec&#13;
laquelle il a vaincu toutes les difficultés qui se sont présentées.&#13;
Il y avait crainte et rumeur que l’abbé de Queylus, qui se disait vicaire de&#13;
l’archevêque de Rouen, n’excitât les foules contre lui ; mais comme le navire&#13;
qui nous avait précédé, peut-être chargé de divers mandats de l’archevêque&#13;
de Rouen, n’était pas parvenu à Québec en raison de la tempête ou peutêtre même d’un naufrage, Mgr illustrissime prit possession de tout,&#13;
personne ne faisant opposition. Bien au contraire, le susdit vicaire, ignorant&#13;
ce qui s’était passé en France en sa faveur, se soumit à lui en toutes choses.&#13;
Cependant, trois mois plus tard environ, le dernier navire étant arrivé, il&#13;
reçut les mandats du susdit archevêque de Rouen et les siens ; muni de&#13;
ceux-ci ainsi que de quelques lettres royales, il se risqua à secouer le joug et&#13;
à se déclarer ouvertement vicaire de l’archevêque ; mais comme ledit navire&#13;
avait apporté d’autres lettres royales, postérieures [aux précédentes] pour&#13;
l’illustrissime [évêque] de Pétrée, par lesquelles le roi voulait abroger les&#13;
lettres précédentes que l’archevêque de Rouen avait envoyées au susdit&#13;
- 70 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XVIII-3&#13;
&#13;
vicaire et qui ordonnait au gouverneur d’empêcher tout vicaire de&#13;
l’archevêque de Rouen d’exercer ici quelque juridiction que ce soit,&#13;
l’illustrissime [évêque] de Pétrée pourra exercer la sienne en tant que vicaire&#13;
apostolique. Cette lettre victorieuse a procuré la paix.&#13;
Et ainsi l’illustrissime [évêque] de Pétrée administre pacifiquement et très&#13;
saintement son mandat ecclésiastique et il n’en manque pas qui attendent&#13;
beaucoup de lui. Il est très favorable à la Compagnie [de Jésus] et, en retour,&#13;
nous nous efforçons de lui accorder toute [notre] soumission. L’un de ceux&#13;
qui le sacra comme évêque avait coutume de dire qu’il ne pensait pas tant&#13;
avoir sacré un évêque qu’avoir consacré un martyr ; peut-être n’était-il pas&#13;
faux prophète. De fait, comme la guerre avec les Barbares reprend ici, tout&#13;
espoir de paix et de trêve étant reporté à plus tard, il se pourrait bien faire&#13;
qu’un jour nous ne tombions aux mains des ennemis, tous autant que nous&#13;
sommes ici ; si c’était la volonté de Dieu dans le ciel, qu’il en soit ainsi.&#13;
DOC. XVIII-3. EXTRAIT DE LA LETTRE DE J. LALEMANT À RENAULT (16 OCTOBRE 1659)&#13;
&#13;
Doc. XVIII-3&#13;
Extrait d’une lettre au provincial des Jésuites de France, P. Jacques Renault,&#13;
16 octobre 1659, d’après les Jesuit Relations and Allied Documents, édition&#13;
Thwaites, Cleveland, 1896-1901, vol. 45, p. 70&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
[…] que ne devons-nous pas espérer du secours des anges tutélaires de ces&#13;
contrées, notamment depuis que ces esprits bienheureux y ont amené un&#13;
homme angélique, je veux dire Mgr l’évêque de Pétrée, qui en passant dans&#13;
les limites de notre Acadie, du côté de Gaspé, a donné le sacrement de&#13;
confirmation à 140 personnes, qui jamais peut-être n’auraient reçu cette&#13;
bénédiction, si ce brave prélat ne les fût venu chercher en ce bout du monde&#13;
[…]&#13;
&#13;
- 71 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIX-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XIX&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XIX&#13;
Trois lettres tirées de la collection « Papiers d’Argenson » de Bibliothèque et&#13;
Archives Canada, conservées dans la ville d’Ottawa, et du Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec&#13;
Ces lettres proviennent d’une collection de documents en 50 volumes bien&#13;
connue des historiens sous le nom de « Papiers d’Argenson ». Elle contient une&#13;
grande quantité de lettres en lien avec la famille d’Argenson, à laquelle&#13;
appartenait le comte Pierre Voyer d’Argenson, gouverneur du Canada de 1657&#13;
à 1661. On y trouve les lettres personnelles dudit gouverneur. Malheureusement,&#13;
toute cette importante collection fut détruite dans l’incendie criminel du Louvre&#13;
en 1871. Toutefois, certains documents des Papiers d’Argenson sont des copies&#13;
ou des extraits rapportés de Paris par des historiens. Ainsi, les Archives&#13;
nationales du Canada à Ottawa conservent des copies faites à partir des&#13;
originaux avant l’incendie et auxquelles les historiens et les archivistes&#13;
canadiens attribuent une valeur incontestable.&#13;
La Nova Positio Super Virtutibus, Summarium Additionale, p. 351-354, offre&#13;
deux extraits des Papiers d’Argenson, d’après des copies qui se trouvent dans le&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, probablement faites à partir des&#13;
documents d’Ottawa.&#13;
Nous ne reproduisons que trois de ces lettres, les seules qui nous semblent&#13;
vraiment utiles.&#13;
&#13;
DOC. XIX-1. EXTRAIT DE LA LETTRE DE P. D’ARGENSON À R. D’ARGENSON (21 OCTOBRE 1659)&#13;
Doc. XIX-1&#13;
Extraits d’une lettre d’Argenson, gouverneur du Canada, à son frère,&#13;
21 octobre 1659, d’après une copie au Musée de la civilisation, Fonds d’archives&#13;
du Séminaire de Québec, Séminaire 15, no 2e&#13;
Cette lettre du gouverneur d’Argenson à son frère René, ancien ambassadeur à&#13;
Venise, mais qui se trouvait en France lors de l’écriture de cette lettre, nous fait&#13;
voir comment l’abbé de Queylus, vicaire général de l’archevêque de Rouen, offrit&#13;
sa soumission au nouveau vicaire apostolique immédiatement après l’arrivée du&#13;
Serviteur de Dieu au Canada.&#13;
&#13;
J’entre sur le sujet qui vous tient le plus à cœur pour les affaires de ce pays&#13;
et vous dis par avance que tout va bien. Le pape est parfaitement reconnu&#13;
dans la personne de M. de Pétrée, suivant en cela la volonté de Sa Majesté,&#13;
qu’elle m’a fait connaître par deux lettres de cachet. M. l’archevêque de&#13;
Rouen m’a fait l’honneur de m’écrire sur ce sujet et je crois pouvoir faire&#13;
réponse sans qu’il ait sujet de se plaindre de mon procédé ; au contraire, je&#13;
- 72 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIX-2&#13;
&#13;
puis lui faire connaître qu’étant d’accord de voir M. de Pétrée faire les&#13;
fonctions épiscopales et exercer le vicariat apostolique, il ne devait point&#13;
envoyer de provisions de grand-vicaire à M. l’abbé de Queylus, qui ne&#13;
pouvait en exercer légitimement les fonctions, puisque M. l’archevêque&#13;
souffrait un grand-vicaire de la part du pape. Aussi M. l’abbé s’est bien&#13;
comporté, car il s’est contenté de s’expliquer de toutes choses avec&#13;
M. de Pétrée et après n’a voulu faire aucune marque de son pouvoir. Je vous&#13;
assure que cela ne laisse pas que d’être fort embarrassant, et pour lui et pour&#13;
moi, de renvoyer de France en ce pays des choses qu’on a grande peine à&#13;
pacifier et lesquelles les meilleurs esprits n’ont pu régler sans y laisser&#13;
beaucoup d’indécis.&#13;
Je ne puis assez estimer le zèle et la piété de M. de Pétrée ; c’est un vrai&#13;
homme d’oraison et je ne fais aucun doute qu’il ne fasse grand fruit en ce&#13;
pays, lorsqu’il en aura pris la connaissance ; car les pratiques ici sont bien&#13;
différentes des spéculations qu’il en a faites. Je suis bien aise de la grande&#13;
union qu’il a avec les pères jésuites ; c’est le moyen de conserver la paix&#13;
dans l’Église. […]&#13;
Je ne puis m’empêcher de vous dire qu’il m’aurait été plus avantageux que&#13;
M. de Pétrée eut pris plutôt sa confiance au R. P. Lalemant, supérieur, qu’au&#13;
P. Ragueneau. Je ne vous écris pas les raisons, de peur que la lettre ne tombe en&#13;
d’autres mains. […]&#13;
DOC. XIX-2. LETTRE DE LAVAL À R. D’ARGENSON (20 OCTOBRE 1659)&#13;
&#13;
Doc. XIX-2&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à René d’Argenson, 20 octobre 1659, d’après une&#13;
copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Séminaire 15, no 2b&#13;
&#13;
En 1656, René d’Argenson, frère du gouverneur du Canada, fut admis dans la&#13;
Compagnie du Très-Saint-Sacrement, puissante association secrète d’apostolat,&#13;
intimement unie à l’Ermitage de Caen, que le Serviteur de Dieu avait longtemps&#13;
fréquenté. C’est probablement là que commença l’amitié entre ces deux hommes.&#13;
Après le départ du Serviteur de Dieu pour le Canada, les amis maintinrent une&#13;
correspondance continue, en grande partie perdue dans les Papiers d’Argenson&#13;
originaux. Le danger dans lequel se trouvait la colonie, dont parle le Serviteur de&#13;
Dieu dans cette lettre, était la guerre contre les Iroquois, les Autochtones les plus&#13;
belliqueux du Canada, qui semblaient avoir pris la résolution d’exterminer tous&#13;
les Français de la Nouvelle-France.&#13;
- 73 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIX-2&#13;
&#13;
Monsieur,&#13;
Jésus-Christ soit pour jamais l’unique vie de nos âmes. Je ne puis douter&#13;
que vous ne preniez un intérêt tout particulier au salut des âmes de nos&#13;
pauvres infidèles. Le soin que vous a commis la sainte compagnie des&#13;
missions, joint à l’engagement que vous y avez en la personne de M. votre&#13;
frère, vous sont assurément de puissants motifs de vous employer avec&#13;
votre zèle et piété ordinaires.&#13;
C’est ce qui me fait espérer que l’aimable providence de Notre-Seigneur&#13;
nous procurera un secours extraordinaire, dont cette pauvre Église a besoin&#13;
dans le péril évident où elle [est] d’être étouffée dans son berceau. Quelque&#13;
soin et vigilance que M. votre frère puisse apporter pour soutenir ce pays,&#13;
s’il n’est secouru cette année, il ne peut subsister sans un effet extraordinaire&#13;
de la Puissance divine, que l’on ne doit pas se promettre, bien que nous&#13;
devions l’espérer de sa bonté.&#13;
Je ne puis vous dire la paix et la consolation de mon cœur de me voir dans&#13;
un lieu où je suis assuré que sa sainte volonté me veut et où je suis, en&#13;
l’attente du moment précieux de lui sacrifier ma vie pour le salut des âmes,&#13;
qui ont été depuis tant d’années l’objet de son amour. J’ai reçu, dans mon&#13;
entrée dans ce pays, de M. votre frère, toutes les marques d’une&#13;
bienveillance extraordinaire. J’ai fait mon possible pour le reconnaître et lui&#13;
ai rendu tous les respects que je dois à une personne de sa vertu et de son&#13;
mérite, joints à la qualité qu’il porte, comme son plus véritable ami et fidèle&#13;
serviteur.&#13;
J’ai cru être obligé de lui donner un avis important pour le bien de l’Église et qui lui&#13;
devait être utile, s’il l’eût pris dans la même disposition que je suis assuré que vous&#13;
l’auriez reçu. C’était seul à seul, à cœur ouvert, avec des marques assez évidentes&#13;
que ce que je lui disais était vrai, vu qu’il était fondé sur des sentiments que j’avais&#13;
vus moi-même paraître en diverses assemblées publiques. Cependant, il ne me fit&#13;
que trop connaître qu’il ne trouvait aucunement bon que je lui donnasse cet&#13;
avertissement et me voulut, en abreviat 57, embrasser le parti de ceux qui avaient&#13;
57&#13;
&#13;
NDLR : en résumé.&#13;
- 74 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIX-2&#13;
&#13;
tout sujet de se plaindre de son procédé envers eux, mais que je ne prétendais&#13;
aucunement justifier, n’en ayant aucune plainte de leur part pour lui faire et&#13;
d’ailleurs, étant assez désintéressé.&#13;
Vous pouvez bien juger quels sont ceux dont je veux parler sans vous les nommer,&#13;
puisque vous-mêmes, qui avez une affection sincère et bien réglée pour ces dignes&#13;
ouvriers évangéliques, m’avez avoué que vous aviez douleur de le voir partir dans&#13;
les sentiments où il était à leur égard, sans beaucoup de fondement, du moins&#13;
suffisamment reconnu pour lors. Ce que je lui dis avoir su de vous, pour ne rien&#13;
omettre de ce que je me persuadais qui était capable de lui faire avouer une vérité&#13;
qui n’était que trop apparente, ce qui devait un peu calmer son esprit, sembla&#13;
l’aigrir et [il] se fâcha de ce que vous m’aviez fait cette ouverture.&#13;
Je ne sais depuis ce temps ce qu’il a pensé de moi, mais il semble que je lui sois&#13;
suspect et qu’il ait cru que j’embrasse la cause de ces bons serviteurs de Dieu à son&#13;
préjudice, mais je puis bien assurer qu’ils n’ont pour lui que des sentiments de&#13;
respect et que la plus forte passion que j’aie est de le voir dans une parfaite union&#13;
et intelligence avec eux. Ils n’épargnent rien de leur côté pour se procurer cet&#13;
avantage. Je m’y emploierai de bon cœur. Je vois tout bien disposé. Je vous supplie&#13;
de nous donner un peu de partis à votre souvenir en la présence de Dieu et à nos&#13;
pauvres Sauvages*, nous ne vous oublierons pas dans nos petites prières, y étant&#13;
obligé comme, Monsieur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique en toute la Nouvelle-France.&#13;
À Québec, ce 20 octobre 1659&#13;
[Au dos :] À M. d’Argenson, à Paris&#13;
&#13;
- 75 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIX-3&#13;
&#13;
DOC. XIX-3. EXTRAIT DE LA LETTRE DE P. D’ARGENSON À R. D’ARGENSON (DÉCEMBRE 1660)&#13;
&#13;
Doc. XIX-3&#13;
Extrait d’une lettre d’Argenson, gouverneur du Canada, à son frère,&#13;
décembre 1660, d’après une copie des Papiers d’Argenson à Bibliothèque et&#13;
Archives Canada, C-13994&#13;
C’est avec la question de « l’encensement » décrite ci-dessous que commencèrent&#13;
les dissensions entre le gouverneur d’Argenson et le Serviteur de Dieu sur les&#13;
honneurs dus à chacun durant les cérémonies publiques. Nous croyons utile ici&#13;
d’apporter quelques points au sujet des questions protocolaires de l’époque :&#13;
1° le Serviteur de Dieu arriva dans un pays où l’absence de dignités&#13;
ecclésiastiques avait introduit des pratiques honorifiques en faveur du&#13;
gouverneur, qui le mettaient au premier rang dans toutes les cérémonies&#13;
civiles et religieuses. L’abbé Gosselin (Le vénérable François de&#13;
Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec,&#13;
1923, p. 81) précise que le gouverneur avait alors une place dans le chœur&#13;
de l’église pour les cérémonies religieuses ;&#13;
2° à cette époque, la France de Louis XIV était empreinte de gallicanisme.&#13;
Ainsi, la plus petite usurpation de l’autorité civile dans le domaine&#13;
ecclésiastique de la jeune Église de la Nouvelle-France, même purement&#13;
honorifique, risquait d’avoir un effet plutôt néfaste pour l’avenir ;&#13;
3° la lutte des honneurs entre le gouverneur et l’évêque dépassait les droits&#13;
strictement personnels de chacun ; mais, aux yeux du peuple, la position&#13;
hiérarchique de l’Église et de l’État était justement déterminée par ces&#13;
honneurs respectifs. À ce propos, voir le judicieux jugement de Parkman,&#13;
The Old Regime in Canada, Université Harvard, 1902, p. 110 58.&#13;
&#13;
M. de Pétrée a une telle adhérence à ses sentiments et un zèle qui le porte&#13;
souvent hors du droit de sa charge qu’il ne fait aucune difficulté d’empiéter&#13;
sur le pouvoir des autres et avec tant de chaleur qu’il n’écoute personne. Il&#13;
enleva, ces jours derniers, une fille servante d’un habitant d’ici et la mit de&#13;
son autorité dans [le couvent] des Ursulines, sur le seul prétexte qu’il&#13;
voulait la faire instruire et par là il priva cet habitant du service qu’il&#13;
prétendait de sa servante, qui lui avait fait beaucoup de dépense à amener&#13;
de France. Cet habitant est M. Denis, lequel, ne connaissant pas qui l’avait&#13;
soustraite, me présenta requête pour l’avoir. Je gardai sa requête sans la&#13;
répondre trois jours pour empêcher l’éclat de cette affaire. Le&#13;
R. P. Lalemant, avec lequel j’en communiquai et lequel blâma fort le&#13;
NDLR : Parkman explique que la vie de Mgr de Laval fut une longue lutte pour asseoir l’autorité&#13;
de l’Église. Dans les années 1660, la colonie était en transition entre être un pays de mission et avoir&#13;
un gouvernement qui s’affirme. Ainsi, l’évêque peut avoir semblé excessif dans cette affaire, mais&#13;
dans une perspective catholique, il fallait une main ferme pour fonder l’Église sur des bases solides.&#13;
58&#13;
&#13;
- 76 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIX-3&#13;
&#13;
procédé de M. de Pétrée, s’employa de tout son pouvoir pour la faire rendre&#13;
sans bruit et n’y gagna rien ; si bien que je fus obligé de répondre [à] la&#13;
requête et de permettre à cet habitant de reprendre sa servante où il la&#13;
trouverait. Et si je n’eusse insinué sous main d’accommoder cette affaire et&#13;
que l’habitant à qui on refusa de la rendre l’eût poursuivi en justice, j’eusse&#13;
été obligé de lui rendre et de pousser tout avec beaucoup de scandale et&#13;
cela, par la volonté de M. de Pétrée, qui dit qu’un évêque peut ce qu’il veut&#13;
et ne menace que d’excommunication.&#13;
Je vous ai mandé par le premier vaisseau le règlement que je demandais&#13;
pour les encensements dans l’église, parce que M. de Pétrée prétend que le&#13;
gouverneur ne doit être encensé qu’après le chœur, quoique le Cérémonial&#13;
des évêques le décide au chapitre des encensements et se fonde sur ce qu’il y&#13;
a […] « si la coutume n’est autrement 59 ». Il dit qu’il a trouvé qu’on en usait&#13;
autrement. Sur quoi je réponds qu’il n’y a jamais rien eu d’établi et que&#13;
quand il y aurait coutume qui devrait être de 30 ans, ce qui ne se peut&#13;
comme on voit par les gouverneurs lieutenants-généraux de Sa Majesté qui&#13;
m’ont précédé, dont un a été seulement trois ans dans la charge et l’autre&#13;
six, lui-même ayant changé comme il a fait à la messe de la nuit de Noël. Il&#13;
est de mon devoir de faire régler l’affaire. Il ordonna à cette messe que le&#13;
diacre, après avoir encensé le célébrant, encenserait le sous-diacre et puis&#13;
remettrait l’encensoir au thuriféraire pour recevoir l’encens, puis encenser&#13;
le chœur et ensuite, par le même thuriféraire, le gouverneur. Il continua&#13;
cette manière à la messe du jour de Noël et, aux vêpres du même jour, se fit&#13;
encenser seul et le retrancha à tous. Ce procédé me sembla si nouveau dans&#13;
toutes ces cérémonies que je fus obligé de m’en plaindre au R. P. Lalemant,&#13;
jusqu’au R. P. Dablon. Et tout ce qu’on put gagner, quoiqu’il se vît&#13;
NDLR : Cæremoniale Episcoporum, lib. I, cap. 23, § 30*.&#13;
* L’édition du Cérémonial des évêques de 1752 a été traduite en français. Voici l’extrait du Livre I,&#13;
chapitre 23, paragraphe 30 : « Quant aux laïcs, un grand prince souverain est encensé&#13;
immédiatement après l’évêque. Cependant, l’empereur et les rois sont encensés indistinctement&#13;
avant l’évêque ; le vice-roi, le gouverneur du royaume ou de la province, immédiatement après&#13;
l’évêque.&#13;
Après les dignitaires et les chanoines, sont encensés les magistrats de la cité, sauf les plus importants&#13;
et ceux dont la charge est perpétuelle, qui sont encensés avant les chanoines ; à moins que les&#13;
chanoines ne soient parés, car alors ils sont encensés après les chanoines parés.&#13;
Les barons et seigneurs sans titre sont encensés après tous les magistrats.&#13;
Tous ceux-ci sont encensés par celui qui est chargé de cette fonction en vertu de la coutume. »&#13;
59&#13;
&#13;
- 77 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XIX-3&#13;
&#13;
condamné par son Cérémonial, est qu’il serait seul encensé jusqu’au temps&#13;
qu’on eût [des] nouvelles de France. Il forma encore une autre difficulté sur&#13;
les pains bénits que je présente à Pâques et ne désirait pas qu’il[s] fu[ssent]&#13;
porté[s] dans l’église avec tambours et fifres et enfin, s’était condamné luimême, il en ordonne la bénédiction avant la messe, ce qui ne se pratiquait&#13;
point, mais dans la messe à l’ordinaire.&#13;
&#13;
- 78 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XX&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XX&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XX&#13;
du Journal des Jésuites, 1659-1678, d’après les originaux conservés&#13;
au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, MS48&#13;
&#13;
Extraits 60&#13;
&#13;
Le Journal des Jésuites est un registre dans lequel les supérieurs des Jésuites du&#13;
Canada écrivaient jour après jour, sans aucun artifice littéraire, les faits les plus&#13;
marquants se déroulant en Nouvelle-France. À l’époque, ces écrits, de caractère&#13;
plutôt privé, rapportent quantité de détails ne pouvant intéresser que les membres&#13;
de la Compagnie de Jésus ; mais aujourd’hui, ils jettent une lumière considérable&#13;
sur l’histoire du Canada du 17e siècle.&#13;
Ce caractère intime donne au Journal une valeur documentaire incontestable. Il&#13;
n’était pas destiné au grand public et n’avait pas pour but de protéger les intérêts&#13;
de la Compagnie ou de défendre une cause. Il voulait seulement transmettre aux&#13;
futures générations un compte-rendu des choses les plus remarquables s’étant&#13;
déroulées au Canada. Le relationniste pouvait parfois laisser entrevoir son point&#13;
de vue ou donner quelques appréciations personnelles ; mais les extraits que nous&#13;
reproduisons ici, à propos des activités de Mgr de Laval, n’en contiennent pas,&#13;
n’étant que de sobres et simples indications de faits.&#13;
Ce qui reste des originaux du Journal est conservé dans le Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec en un volume in-folio de 189 pages, d’où proviennent les&#13;
extraits reproduits ici, qui étaient absents, nous ne savons pas pourquoi, dans les&#13;
procès et le volumineux Summarium Additionale 61.&#13;
Les extraits ci-dessous se réfèrent au ministère du Serviteur de Dieu, aux&#13;
controverses avec l’abbé de Queylus et avec le gouverneur d’Argenson et à la&#13;
question des nominations au Conseil souverain de Québec faite par le gouverneur&#13;
de Mésy sans le consentement requis du Serviteur de Dieu 62.&#13;
&#13;
NDLR : Vu l’importance du Journal des Jésuites, nous avons choisi d’inclure tous les passages&#13;
mentionnant Mgr de Laval. Le Journal a été transcrit et annoté dans R. G. Thwaites, The Jesuit&#13;
Relations and Allied Documents, Cleveland, 1896-1901. C’est à partir de cette édition que nous&#13;
avons complété les extraits dans cette nouvelle édition.&#13;
61&#13;
NDLR : Il s’agit des Copia publica publiées en 1885, 1892, 1896, 1920 et 1904, ainsi que de la&#13;
Nova Positio Summarium Additionale de 1918.&#13;
62&#13;
NDLR : Le consentement de Mgr de Laval était requis, puisqu’il était un membre ayant une&#13;
autorité égale à celle du gouverneur selon les lettres patentes du Conseil souverain (cf. Doc. L).&#13;
60&#13;
&#13;
- 79 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-1&#13;
&#13;
DOC. XX-1. EXTRAITS DU JOURNAL DES JÉSUITES DE L'ANNÉE 1659&#13;
&#13;
Doc. XX-1&#13;
Extraits du Journal de l’année 1659&#13;
vol. 45, p. 98-125&#13;
&#13;
Juin :&#13;
16. […] Sur les 6 heures du soir, ce même jour, arriva de France le premier&#13;
vaisseau, qui nous donna un évêque, avec M. de Charny, le P. Lalemant et&#13;
deux prêtres.&#13;
17. Nous reçûmes en procession M. l’évêque sur le bord de la rivière et en&#13;
l’église de Québec. […]&#13;
22. M. l’évêque fit festin aux Sauvages* dans notre salle et leur parla bien à&#13;
propos. […]&#13;
29. M. l’évêque dit la messe in pontificalibus 63, fit faire abjuration après [les]&#13;
vêpres à un hérétique.&#13;
Août :&#13;
3. Fut représentée dans notre chapelle de Québec l’action en l’honneur de&#13;
M. l’évêque de Pétrée. Tout alla bien. […]&#13;
7. Arriva le bac de Montréal qui nous donna M. l’abbé de Queylus. Il alla&#13;
loger au fort. […]&#13;
24. M. l’évêque confirma à l’hôpital, au matin, 100 Sauvages, tant&#13;
algonquins que hurons.&#13;
28. M. l’évêque dit pontificalement la messe à l’hôpital où prêcha M. l’abbé&#13;
de Queylus, le jour de Saint-Augustin.&#13;
&#13;
63&#13;
&#13;
NDLR : dans ses habits d’apparat.&#13;
- 80 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-1&#13;
&#13;
Septembre :&#13;
7. […] Il y eut grande contestation pour la situation des bancs de M. le&#13;
gouverneur. M. d’Ailleboust s’en entremit et la chose fut accordée que le&#13;
banc de M. l’évêque serait dans les balustres et celui de M. le gouverneur,&#13;
hors des balustres, au milieu. […]&#13;
Le 8, […] M. l’abbé de Queylus étant sur le point de s’embarquer pour s’en&#13;
retourner en France changea de dessein à l’arrivée du vaisseau, sur les&#13;
lettres qu’il reçut. Et lui qui avait protesté que, quelque lettre et pouvoir qui&#13;
lui serait envoyé, il ne l’accepterait pas, et qui avait protesté toute amitié&#13;
avec M. de Pétrée, se voyant nanti des pouvoirs de M. de Rouen et de la&#13;
lettre du roi du 11 de mai leva le masque et voulut se faire reconnaître&#13;
grand-vicaire de M. de Rouen. Mais M. de Pétrée étant d’un autre côté&#13;
nanti d’une lettre [du roi] du 14, qui dérogeait entièrement à la première, il&#13;
fut contraint de se désister ; mais M. de Pétrée, n’ayant plus sujet de s’y fier,&#13;
disposa de tout ici-bas et à Montréal souverainement pour le spirituel 64.&#13;
Nous devons noter ici l’utilisation injuste que l’historien sulpicien Faillon fait de ce texte dans&#13;
son Histoire de la colonie française en Canada, Ville-Marie, 1865. Dans le vol. 2, p. 346, il écrit :&#13;
« On lit dans le Journal déjà cité [Journal des Jésuites] que ce prélat [Mgr de Laval] n’ayant plus de&#13;
sujet de se fier à M. l’abbé de Queylus après l’arrivée de la lettre de cachet du 11 mai, disposa de&#13;
tout souverainement à Québec et à Montréal. » Se servant de ce texte tronqué, Faillon explique&#13;
l’intransigeante conduite qu’il attribue au Serviteur de Dieu contre l’abbé de Queylus. Selon lui,&#13;
Mgr de Laval :&#13;
64&#13;
&#13;
au lieu de se contenter de lui envoyer l’original ou une copie de la lettre [du roi]&#13;
qui ordonnait son retour en France, voulut que M. d’Argenson partît de Québec&#13;
pour aller le prendre à Ville-Marie, accompagné d’une escouade de soldats ou&#13;
plutôt d’un nombre considérable d’hommes armés comme pour quelque&#13;
expédition militaire, ainsi que le rapporte M. d’Allet, présent à leur arrivée et l’un&#13;
des trois qui furent conduits à Québec sous cette nombreuse escorte. C’est là sans&#13;
doute ce que le Journal appelle avoir disposé de tout souverainement à Montréal,&#13;
puisque M. de Laval ne fit ensuite aucun autre acte d’autorité souveraine dans ce&#13;
lieu que celui dont nous parlons ». L’auteur appuie sa narration sur un prétendu&#13;
mémoire de M. d’Allet, sulpicien, publié dans les œuvres du janséniste Arnauld,&#13;
dans le livre La morale pratique des Jésuites (cf. Œuvres d’Arnauld, vol. 34,&#13;
p. 724). Mais celui qui lit le texte de ce document se rend compte qu’il n’est fait&#13;
aucune mention du Serviteur de Dieu, mais seulement des Jésuites, qui, selon&#13;
d’Allet, auraient obtenu du roi une lettre obligeant le gouverneur de faire rentrer&#13;
l’abbé de Queylus en France. C’est Faillon qui unit ce mémoire à la citation du&#13;
Journal des Jésuites et en déduit l’influence du Serviteur de Dieu sur le prétendu&#13;
voyage du gouverneur d’Argenson à Montréal. Mais même ce voyage n’a aucun&#13;
fondement historique. D’abord, ledit mémoire n’est pas l’œuvre d’Allet, comme&#13;
indiqué par Arnauld ; selon lui, ce serait seulement une relation que d’Allet aurait&#13;
&#13;
- 81 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-1&#13;
&#13;
11. Mgr de Pétrée, évêque, ayant désiré qu’on fît le service pour M. [Jean]&#13;
de Bernières partout, nous le fîmes le jeudi, intimant la veille au réfectoire que le&#13;
lendemain tous les pères diraient la messe de Requiem et nos frères, un chapelet,&#13;
et communieraient. M. l’évêque dit la messe de communion. Il eut eu bien de&#13;
l’inclination qu’on eut dit un service, mais nous nous en excusâmes, lui faisant voir&#13;
que c’était contre nos coutumes.&#13;
Octobre :&#13;
Le 9 […] Le même jour fut faite la vêture de Jeanne Godefroy aux Ursulines par&#13;
Mgr de Pétrée : il fit la cérémonie en rochet et camail devant et, après une basse&#13;
messe qu’il dit, Mgr de Pétrée lui donna pour son habit neuf aunes de serge noire à&#13;
6 livres l’aune, 2 pièces de toile de 25 aunes chacune, lui donnât 10 écus pour la&#13;
tunique et les voiles blancs, que les religieuses fournirent.&#13;
Novembre :&#13;
Le 1er, retournèrent les guerriers qui amenèrent un petit Agnieronon de 12 ou&#13;
13 ans, après avoir tué deux hommes. Cet enfant eut la vie par notre moyen, savoir&#13;
en fournissant 3 000 grains de porcelaine, dont M. l’évêque donna la moitié. […]&#13;
Le 26 ou 27 commença le froid et les neiges, de sorte qu’on pouvait traîner. En&#13;
même temps, première assemblée chez M. l’évêque pour résoudre le cas si vendre&#13;
de la boisson de vin ou eau-de-vie aux Sauvages était [un] péché. Le résultat aux&#13;
archives.&#13;
Décembre :&#13;
Le 1er, vêpres de Saint-[François-]Xavier. Le lendemain, l’évêque dit une basse&#13;
messe sur les 7 heures, en laquelle il donna la tonsure à Germain Morin et les&#13;
quatre [ordres] mineurs au même et à M. de Bernières. La cérémonie fut si longue&#13;
vue et approuvée (Ibid). Le doute sur l’authenticité du mémoire s’accroît aussi du&#13;
fait qu’il est inséré parmi nombre de mémoires et de relations contre les Jésuites&#13;
qui ont certainement été inventés ; aucun historien ne pourrait se fier aveuglément&#13;
à une telle source. Ensuite, aucun des historiens de l’époque, pas même les moins&#13;
favorables au Serviteur de Dieu, ne fait la moindre allusion à ce voyage. Même&#13;
Faillon a dû percevoir l’effet d’un tel silence des auteurs, puisqu’il tente de&#13;
l’expliquer longuement (Op. cit, vol. 2, p. 348-350). Enfin, ce que nous pouvons&#13;
appeler cette légende du voyage d’Argenson serait contraire à tous les faits&#13;
historiques du temps. Personne n’a pris connaissance de ladite lettre du roi.&#13;
L’abbé de Queylus « s’étant bien comporté » (cf. Doc. XIX), le gouverneur n’a&#13;
pas eu de raison d’intervenir en 1659. Par ailleurs, il n’est pas évident que l’abbé&#13;
de Queylus soit allé à Montréal avant de partir pour la France et il semble qu’il&#13;
soit parti de lui-même (cf. Doc. XXIII).&#13;
- 82 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-1&#13;
&#13;
que tout ce que l’on put faire fut de dire la grand-messe. Le sermon fut différé à&#13;
l’après-dîner, après le magnificat des vêpres. Personne ne fut invité au réfectoire&#13;
pour dîner, dont la raison principale est que d’inviter l’évêque sans le gouverneur ;&#13;
aut contra 65, cela ferait jalousie et l’on ne veut pas quitter à l’autre pour le premier&#13;
rang. L’indulgence plénière est assurée ; elle ne fut pas toutefois publiée.&#13;
Le 4 et 5, seconde assemblée des cas [dont l’absolution était réservée à l’évêque] ;&#13;
le 4, chez nous ; le 5, chez M. l’évêque. […]&#13;
À Noël, je dis deux messes à minuit. Un de nos frères et les Sauvages&#13;
communièrent. Mgr l’évêque dit ensuite deux autres messes au petit autel. […]&#13;
À la paroisse, pour les confessions, il n’y eut que trois confesseurs,&#13;
Mgr l’évêque, le P. Châtelain et le P. Pijart, qui eurent pour s’occuper&#13;
justement jusqu’[aux] laudes de la paroisse. […]&#13;
Le diacre, M. Pelerin, à la messe de minuit et à celle du jour, ayant fait&#13;
encenser M. le gouverneur par le thuriféraire au lieu de l’encenser lui-même&#13;
selon la coutume (et ce, par l’ordre de M. l’évêque), M. le gouverneur s’en&#13;
ressentit bien fort, de sorte qu’il vint à examiner ses droits et ayant trouvé&#13;
que dans le Cérémonial des évêques il y avait qu’il devait être encensé&#13;
immédiatement après l’évêque, non seulement il prétendit être encensé par&#13;
le diacre à la messe, mais aussi par le prêtre assistant qui avait encensé [aux]&#13;
vêpres l’évêque, et ce, immédiatement après l’évêque, devant les prêtres du&#13;
chœur soit à la messe soit [aux] vêpres. Sur quoi y ayant eu grande&#13;
contestation entre M. l’évêque et M. le gouverneur, celui-ci se fondant sur&#13;
le texte du Cérémonial, l’autre sur l’usage de France, qu’il disait être&#13;
contraire, et surtout sur l’usage et la possession qu’on était de faire encenser&#13;
les prêtres du chœur auparavant le gouverneur, et ce, depuis le&#13;
commencement du service fait à l’église nouvelle, nous fûmes entremis&#13;
pour accorder le différent, qui le fut à la manière qu’il est expliqué dans un&#13;
acte qui fut fait, qui se retrouvera dans les archives.&#13;
&#13;
65&#13;
&#13;
NDLR : au contraire.&#13;
- 83 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-2&#13;
&#13;
DOC. XX-2. EXTRAITS DU JOURNAL DES JÉSUITES DE L'ANNÉE 1660&#13;
&#13;
Doc. XX-2&#13;
Extraits du Journal de l’année 1660&#13;
vol. 45, p. 126-167&#13;
&#13;
Janvier :&#13;
La Circoncision vint un jeudi. Vêpres la veille. Le matin, M. l’évêque dit la première&#13;
messe chez nous […] Nous partîmes sur les six heures, le P. Dablon et moi, pour&#13;
saluer M. l’évêque […] M. l’évêque, n’étant pas satisfait pleinement de ce que&#13;
M. Torcapel avait fait le dimanche d’auparavant à la paroisse annonçant la fête de&#13;
la Circoncision, voulut lui-même suppléer le jour de la Circoncision et, montant en&#13;
chaire, fit un discours d’une demi-heure sur la circoncision et le nom de Jésus, où,&#13;
à la fin, ayant apostrophé saint Ignace, il conclut que, pour juste reconnaissance&#13;
des services que l’espace de 30 ans nous avions rendus à la paroisse, dont nous&#13;
avions le soin et la conduite, les vêpres et le sermon ce jour-là ne se diraient à la&#13;
paroisse, mais que processionnellement on viendrait chez nous les dire tous les&#13;
ans, ce qui fut commencé cette année en cette sorte. Le jour de la Circoncision, on&#13;
sonna les vêpres à la paroisse à l’ordinaire des autres fêtes et on en sortit&#13;
processionnellement devant deux heures. M. l’évêque demeura en bas et le curé&#13;
avec le clergé monta au jubé […] M. le gouverneur alla saluer M. l’évêque à l’issue&#13;
de la grand-messe avec une douzaine d’habitants, puis avec les mêmes vint chez&#13;
nous. M. l’évêque y vint le soir après la procession.&#13;
Épiphanie : […] l’encensement se fit à l’offertoire de deux coups à l’officiant&#13;
premier et puis de trois à l’évêque. Les soldats faisant le pain bénit ce jour-là&#13;
firent retentir des tambours et des flûtes et vinrent de la sorte à l’offrande&#13;
et s’en retournèrent de la sorte à la fin de la messe ; ce qui choqua&#13;
puissamment M. l’évêque, auquel toutefois ayant porté un chanteau, il leur&#13;
envoya deux pots d’eau-de-vie et deux livres de pétun.&#13;
Le P. Le Mercier, étant retourné de sa mission de Beaupré le 8 de janvier, y retourna&#13;
le 22 et M. l’évêque s’y en alla le 23 avec MM. de Bernières, Boquet et Durand,&#13;
valet dudit sieur évêque.&#13;
Février :&#13;
Le 8, commença l’oraison des Quarante-heures à l’ordinaire de notre Compagnie :&#13;
le Saint-Sacrement exposé à 4 h 30 ; resserré à 7 heures du soir le dimanche et le&#13;
lundi et le mardi, après le salut de 4 heures ; les matinées, il n’y eut point d’autre&#13;
- 84 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-2&#13;
&#13;
solennité que les messes, continuées depuis 5 h 30 jusqu’à 11 heures ; et le soir,&#13;
des saluts, le dimanche après les vêpres et le lundi et le mardi à 4 heures&#13;
précisément. Aux saluts, il y eut exhortation d’environ un quart d’heure :&#13;
Mgr l’évêque officia au salut le dimanche et le mardi et le lundi, M. de Charny. Le&#13;
dimanche au salut, on ne chanta que le Pange Lingua devant la bénédiction, à cause&#13;
qu’on sortait des vêpres ; les deux autres jours, on chanta en outre le lundi le&#13;
Miserere et le mardi, l’Exaudiat. Après quoi se fit le petit sermon, à la fin duquel&#13;
vint l’officiant au milieu de l’autel pour encenser, pendant quoi on chanta l’Ecce&#13;
panis, après quoi se dirent les oraisons, puis la bénédiction se donna.&#13;
Le jour des Cendres, elles se bénirent à l’autel devant la première messe, qui fut&#13;
dite à l’ordinaire des fêtes et pensait-on qu’il y dût avoir du monde à l’ordinaire&#13;
pour y prêcher, mais ne s’y étant trouvé que fort peu de monde, on n’y prêcha&#13;
point et il sera plus à propos de bénir dorénavant à la sacristie selon le coutumier&#13;
devant la première messe comme on fait l’eau bénite. À la paroisse, il y eut un&#13;
monde raisonnable à la grand-messe, qui eut bien mérité une petite exhortation&#13;
sur la cérémonie. On publia partout la permission de manger des œufs [pendant le&#13;
carême] pour cette année ; on ne parla point du fromage ou en supposa la&#13;
permission, comme du beurre. […]&#13;
Ce même jour de Saint-Mathias, l’évêque donna la confirmation à Québec pour la&#13;
seconde fois : M. de Bernières aux Quatre-temps prit l’ordre de diacre en notre&#13;
église et la prêtrise à la paroisse la veille du dimanche de la Passion.&#13;
Mars :&#13;
En ce temps, M. l’évêque fit sa visite à l’hôpital, d’où les pensionnaires, qui&#13;
n’étaient que deux, furent renvoyées.&#13;
Le 19, jour de Saint-Joseph […] le P. Chastellain et M. l’évêque y [à la chapelle des&#13;
Ursulines] avaient dit la messe devant M. de Bernières. Il y eut indulgence plénière&#13;
appliquée par Mgr l’évêque de trois qu’il avait pouvoir d’appliquer, outre autres&#13;
trois avec oraison de Quarante-heures.&#13;
Le 25, Jeudi saint […] La procession du Saint-Sacrement fut mal disposée, à faute&#13;
de M. des cérémonies. S’il n’y en a point, il faut que le diacre qui va le dernier&#13;
supplée, faisant marcher ceux qui vont devant à leur rang, de sorte que la crosse&#13;
et la mitre allaient derrière, devant aller devant, etc. M. l’évêque fit aussi plusieurs&#13;
fautes. Au commencement, il entonna le Pange lingua étant encore à genoux, sur&#13;
- 85 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-2&#13;
&#13;
le bas degré, au lieu de monter sur le plus haut auparavant que de l’entonner, s’il&#13;
le voulait entonner, et puis descendre seulement quand il serait temps de marcher&#13;
à son rang, ne donnant pas le loisir de s’y mettre. De plus, arrivé qu’il fut au&#13;
reposoir, au lieu de se tenir sur le premier degré, il monta et se tourna vers le&#13;
peuple pour donner le Saint-Sacrement au diacre. […] Le salut se fit ici à l’insu&#13;
des ténèbres. Comme on ne sonne point pour cela, je ne m’y trouvai pas&#13;
assez à temps ; cela fit un peu attendre. On avait préparé deux coussins&#13;
proches du balustre du reposoir, un pour M. l’évêque, l’autre pour M. le&#13;
gouverneur. M. le gouverneur y étant venu le premier et s’étant mis à&#13;
genoux proche de celui de M. l’évêque, sans prendre garde au sien, jugea&#13;
plus à propos de s’en aller tout à fait 66 que de changer de place et se retirer&#13;
où était le sien. Une autre fois, il faut mettre le carreau de l’évêque dans le&#13;
sanctuaire du reposoir.&#13;
Le Samedi saint […] M. l’évêque la vint dire ici entre 6 et 7 [heures]. Il douta s’il&#13;
devait la dire januis clausis 67, mais il la dit publiquement et à sa messe&#13;
communièrent quelques personnes qu’il avait dispensées.&#13;
Le dimanche de Pâques […] Les saluts se firent à la paroisse. Il y eut difficulté pour&#13;
le pain bénit que donnait M. le gouverneur, le prétendant présenter à l’ordinaire&#13;
avec tambours, etc. M. l’évêque ne le voulant souffrir, la chose fut accordée de la&#13;
sorte que le pain bénit serait porté devant le service et reporté après, afin que le&#13;
service ne fût point interrompu.&#13;
Le lundi se fit la première communion des enfants, au nombre d’une quarantaine.&#13;
S’y trouvèrent toutefois quantité d’autres au déjeuner qui avaient été communier&#13;
l’année d’auparavant. Ce fut M. l’évêque qui le voulut faire et le faire chez lui. L’on&#13;
eut ici de pensionnaire extraordinaire gratis sept ou huit d’extraordinaire pendant&#13;
le carême et M. l’évêque mit aux Ursulines une vingtaine de petites filles pendant&#13;
le même temps. M. l’évêque leur dit une petite messe à la paroisse.&#13;
Avril :&#13;
À la Saint-Marc […] La veille arriva de Tadoussac le P. Albanel, qui devant son départ&#13;
de Tadoussac avait marié un Français nommé François Pelletier avec une&#13;
&#13;
66&#13;
67&#13;
&#13;
NDLR : immédiatement.&#13;
NDLR : les portes fermées.&#13;
- 86 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-2&#13;
&#13;
Sauvagesse* chrétienne sans publication de bans, ni avis donné par deçà aux&#13;
parents, ni à M. l’évêque, ni à M. le gouverneur, ce qui fit beaucoup de bruit.&#13;
Mai :&#13;
Le 6e jour de l’Ascension se fit la publication de l’excommunication contre les&#13;
boissons enivrantes données aux Sauvages. Le dimanche dans l’octave se fit la&#13;
grande procession. […] on alla passer devant le logis de M. l’évêque […]&#13;
Juillet :&#13;
Le 31, à la Saint-Ignace […] Personne ne fut invité au réfectoire pour le dîner. On&#13;
envoya quatre saumons : un au fort, l’autre à M. l’évêque, le troisième à MM. les&#13;
ecclésiastiques de Montréal, le quatrième aux Ursulines. Les Hospitalières faisaient&#13;
la pêche avec nous.&#13;
Août :&#13;
Le 17, partit Mgr de Pétrée pour sa visite des Trois-Rivières et de Montréal avec&#13;
M. de Charny, etc., et les quatre Oiochronons. Il arriva à Montréal le 21 sur les&#13;
5 heures du soir, où les Outaouats étaient arrivés le 19 […]&#13;
Octobre :&#13;
Le 21, partit pour sa visite des Trois-Rivières Mgr de Pétrée avec M. de Bernières et&#13;
le même jour, il déclara M. de Charny pour grand-vicaire, M. de Bernières pour&#13;
curé et le P. Le Mercier pour vicaire. Son retour [fut] le dernier du mois.&#13;
Novembre :&#13;
Le 28, Mgr l’évêque ayant tenu assemblée des marguilliers et déclaré M. le&#13;
gouverneur n’être plus marguiller honoraire, et ce, sans lui en avoir parlé,&#13;
le 30 suivant, M. le gouverneur se trouva à l’assemblée des marguilliers&#13;
avec ceux de sa suite ordinaire, où il prétendit se maintenir en sa charge,&#13;
déclarant à M. l’évêque qu’il n’avait pas ce pouvoir que de le démettre.&#13;
Plusieurs paroles se dirent peu respectueuses à l’endroit de M. l’évêque, qui&#13;
donna sujet de mécontentement de part et d’autre 68.&#13;
&#13;
Le gouverneur d’Argenson n’avait pas le droit au titre de marguillier honoraire, titre accordé&#13;
personnellement à son prédécesseur, M. d’Ailleboust, en 1650 (cf. Gosselin, Vie de Mgr de Laval,&#13;
premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, p. 217-220).&#13;
68&#13;
&#13;
- 87 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-3&#13;
&#13;
Décembre :&#13;
À Noël […] les confesseurs à la paroisse furent Monseigneur, le P. Chastellain et&#13;
M. de Bernières, curé, qui ne pouvant chanter laissa l’office à faire à d’autres.&#13;
M. de Charny dit la messe de minuit, le P. Le Mercier fit le diacre et le P. Dablon, le&#13;
sous-diacre. M. l’évêque n’avait donné aucun ordre pour l’éveiller, de sorte qu’il&#13;
pensa ne point venir à la messe de minuit, ni lui ni aucun de ses gens ! M. l’évêque&#13;
dit sur les 2 heures la messe céans, au petit autel, où Boquet le servit tout seul et&#13;
lui refusa bien à propos l’absolution par deux fois ; et bien à propos, car il devait&#13;
dire à la paroisse la troisième messe le lendemain. Le sermon se fit après les vêpres&#13;
à l’ordinaire et à la fin, Monseigneur donna la bénédiction de sa place et hoc male69,&#13;
car il devait aller à l’autel.&#13;
DOC. XX-3. EXTRAITS DU JOURNAL DES JÉSUITES DE L'ANNÉE 1661&#13;
&#13;
Doc. XX-3&#13;
Extraits du Journal de l’année 1661&#13;
vol. 46, p. 159-189&#13;
&#13;
Janvier :&#13;
1er. Nous n’allâmes au fort, le P. Dablon et moi, que sur les 8 heures. Nous ne fûmes&#13;
point salués des soldats. Mgr l’évêque vint dire la messe sur les 6 heures. […] La&#13;
procession partant de l’église en chantant les litanies du nom de Jésus, Mgr l’évêque&#13;
et M. le gouverneur avec sa suite s’y trouvèrent […]&#13;
Février :&#13;
Le 13, jour de la Septuagésime, comme on était au catéchisme solennel ou&#13;
petite action, le bruit vint que le feu était à la basse-ville. En effet, la maison&#13;
de Boutentrain brûla tout entière et tout ce qu’il avait dedans, à la réserve&#13;
des personnes. Mgr l’évêque y porta le Saint-Sacrement, à la présence&#13;
duquel quelques-uns remarquèrent que le feu s’abaissa. Ledit sieur évêque&#13;
envoya dès le soir une couverture à la femme et nous, parole d’une pièce&#13;
de 50 livres pour en disposer en ce qu’elle voudrait. Il leur restait d’ailleurs&#13;
du bien.&#13;
Huit jours après, cette petite action70 s’étant renouvelée où M. le gouverneur&#13;
et M. l’évêque étaient et M. le gouverneur ayant témoigné n’y vouloir&#13;
&#13;
NDLR : et ainsi erronément.&#13;
La « petite action » n’était autre qu’une espèce d’examen de catéchisme, fait publiquement au&#13;
collège des Jésuites.&#13;
69&#13;
70&#13;
&#13;
- 88 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-3&#13;
&#13;
assister en cas qu’on saluât M. l’évêque devant lui, on lui fit trouver bon&#13;
que les enfants eussent les mains occupées pour ne saluer ni l’un ni l’autre,&#13;
ce qui s’entend du prologue et de l’épilogue ; ce qui fut signifié et&#13;
commandé aux enfants. Mais les enfants étant Charles Couillard et Ignace&#13;
de Repentigny, poussés et séduits par leurs parents, firent tout le contraire&#13;
et saluèrent M. le gouverneur le premier ; ce qui offensa puissamment&#13;
M. l’évêque que nous tâchâmes d’apaiser, et les deux enfants eurent le&#13;
fouet 71 le lendemain matin pour avoir désobéi. […]&#13;
Les Quarante-heures de l’an passé, le dimanche au salut, l’Ecce panis en plein chant&#13;
à l’entrée, après que le P. Mercier eut encensé, puis le P. Pijart fit le petit sermon&#13;
et ensuite, Mgr l’évêque s’habilla et chanta-t-on le Pange lingua, avec quelques&#13;
couplets des litanies du nom de Jésus. […] Grande brouillerie entre les puissances.&#13;
On en pensa venir aux extrémités, au sujet d’une sentence portée par Mgr l’évêque&#13;
contre Daniel Will, prisonnier hérétique relaps, blasphémateur et profanateur des&#13;
sacrements, cuius crimina, utruque foru sibi vindicabat longa historia de qua alibi&#13;
fuse72.&#13;
Avril :&#13;
Le jour des Rameaux […] à la paroisse, il n’y eut ni procession ni&#13;
distribution solennelle des rameaux pour éviter la contestation des rangs,&#13;
M. le gouverneur voulant que plusieurs corps passassent devant les&#13;
marguilliers et M. l’évêque soutenant le droit des marguilliers. S’ensuivit&#13;
l’interdiction des processions et les suspensions de semblables cérémonies&#13;
jusqu’à ce jour.&#13;
&#13;
NDLR : Les châtiments corporels infligés aux enfants, autant par les parents que par les&#13;
enseignants, étaient d’usage en Europe à l’époque pour corriger un comportement. Selon le&#13;
sociologue Murray Straus, la distinction apportée entre la discipline et la maltraitance, aux vues de&#13;
la société, était l’absence de blessure dans la première. Le fouet indiqué ici est probablement un&#13;
bâton souple ou une ceinture, donné sous une forme de fessée. Cette forme de punition corporelle&#13;
sera interdite en France d’abord en 1795, puis en 1886 avec la création des écoles publiques. Les&#13;
missionnaires jésuites furent surpris que cette pratique n’existât pas chez les Autochtones, et&#13;
Mgr de Laval s’étonna tout autant de « l’amour extraordinaire pour leurs enfants ». Les règles strictes&#13;
de la Ratio studorium et ces châtiments furent sans doute de fortes raisons pour lesquelles les jeunes&#13;
Autochtones quittèrent rapidement le Petit Séminaire lorsque Mgr de Laval fit l’essai « d’élever à la&#13;
manière de vie des Français les petits enfants sauvages* pour les policer peu à peu », comme&#13;
l’exigeait le roi en 1668, projet dont « le succès nous paraît fort douteux » (Doc. XLII).&#13;
72&#13;
NDLR : des crimes de tous genres qu’il revendiquait, c’est une longue histoire dont on a parlé&#13;
ailleurs.&#13;
71&#13;
&#13;
- 89 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-3&#13;
&#13;
Le Jeudi saint […] le lavement des pieds dans la chapelle Sainte-Anne de 13 petits&#13;
enfants […] on ne donna aucun tablier, ce qui fit que l’évêque gâta son aube […]&#13;
Le lundi de Pâques, Mgr l’évêque bénissant une cinquantaine d’échaudés qu’on&#13;
distribua aux enfants et aux 13 à qui on avait lavé les pieds, on leur donna un petit&#13;
reliquaire ou chose semblable. Tout fut fini à midi. Le soir, salut ici […] il [le&#13;
gouverneur] trouva sa place préparée au balustre de la petite chapelle du reposoir ;&#13;
celle de M. l’évêque était préparée au-dedans par un seul coussin ; il ne s’y trouva&#13;
pas.&#13;
Le 17, jour de Pâques, […] Melius fuisset 73 que le P. Chaumonot eut été à la messe&#13;
de Mgr l’évêque à la paroisse, à faute de cela, n’y ayant point eu de prêtre&#13;
assistance, cela alla mal. […]&#13;
La troisième fête de Pâques, un nommé [espace blanc 74], souvent relaps dans&#13;
l’excommunication jetée au sujet des traitants de boissons enivrantes aux&#13;
Sauvages*, fut enfin excommunié nominatim 75 et aussi, chassé de tous côtés,&#13;
revint à soi et se soumit à la pénitence publique le dimanche d’après.&#13;
Juin :&#13;
Le 16, jour de la Fête-Dieu, le Saint-Sacrement fut exposé chez nous […] Le&#13;
dimanche […] à la procession, le tour se fit comme l’an passé. Mais, arrivé&#13;
qu’on fut au reposoir du fort, M. l’évêque ayant témoigné auparavant qu’il&#13;
passerait outre si les soldats ne se tenaient découverts à l’arrivée du SaintSacrement, ne s’étant pour lors déclaré davantage, M. le gouverneur ayant&#13;
acquiescé à ce point, M. l’évêque y étant arrivé, ne se contenta pas de cela&#13;
et sur le refus que firent les soldats de se mettre à genoux, il envoya dire à&#13;
M. le gouverneur, qui par incommodité de santé ne se trouvait pas à la&#13;
procession et était au fort, que si les soldats ne se mettaient à genoux, il&#13;
passerait outre. La réponse ayant été que les soldats étaient à leur devoir&#13;
étant debout, M. l’évêque passa outre et n’apporta point le Sacrement au&#13;
reposoir ; hinc magnum loquendi utrinque argumentum 76. Ce qui parut de plus&#13;
certain, par le rapport digne de foi (de [M. de] Saint-André de Montréal),&#13;
NDLR : Il aurait été préférable.&#13;
NDLR : Il s’agit de Pierre Aigron dit La Mothe.&#13;
75&#13;
NDLR : de son nom.&#13;
76&#13;
NDLR : ici [on trouve] dans ces mots des arguments forts de part et d’autre.&#13;
73&#13;
74&#13;
&#13;
- 90 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-3&#13;
&#13;
est qu’en semblable rencontre, les soldats des gardes du roi mettent un&#13;
genou en terre sans se découvrir et hoc se vidisse propriis oculis a paucis annis&#13;
dicebat ille et ratione firmari potest 77. C’est de quoi il eut fallu s’éclaircir&#13;
auparavant et en convenir.&#13;
Août :&#13;
Le 5, la nuit au 6, s’en alla à Montréal M. l’abbé [de Queylus], contre la signification&#13;
de M. l’évêque.&#13;
Septembre :&#13;
Le 1er, partit M. le nouveau gouverneur pour la visite de Montréal et les TroisRivières. Il en retourna le 19 […] M. l’évêque avait résolu de le recevoir à la paroisse&#13;
en rochet et camail la première fois qu’il y viendrait, au bas de l’église, lui&#13;
présentant l’eau bénite et le conduisant à sa place avec le Te Deum ; mais s’en étant&#13;
allé au Montréal et venu depuis quelques fois à l’église de la paroisse les jours&#13;
ouvriers sans cérémonie et lui, d’ailleurs, sieur gouverneur étant ennemi de toute&#13;
cérémonie, cela s’en alla sans rien faire.&#13;
Novembre :&#13;
Le 6 au soir, vint loger céans Mgr de Pétrée avec M. de Bernières pour y passer&#13;
l’hiver. Ses gens prenaient leur repas avec les pensionnaires.&#13;
Décembre :&#13;
Le 2, jour de Saint-[François-]Xavier, […] Mgr l’évêque y dit la messe de&#13;
communion.&#13;
À Noël, à la paroisse, la messe à minuit, M. de Bernières, puis à 7 heures la&#13;
messe du point du jour et sa troisième ; Monseigneur, ses deux messes céans&#13;
et la troisième à la paroisse.&#13;
&#13;
77&#13;
&#13;
NDLR : celui-ci disait qu’il en avait été témoin il y a quelques années et qu’il peut le certifier.&#13;
- 91 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-A&#13;
&#13;
DOC. XX-A. EXTRAITS DU JOURNAL DES JÉSUITES DE L'ANNÉE 1662&#13;
&#13;
Doc. XX-A&#13;
Extraits du Journal de l’année 1662&#13;
vol. 47, p. 272-294&#13;
&#13;
Janvier :&#13;
1er, jour de l’An. Le matin vint un tambour donner des aubades dans notre&#13;
curritoire, à cause de Mgr l’évêque. On ne jugea pas à propos de le repousser. On&#13;
lui demanda de la part de qui il venait. Il dit que c’était de la sienne, pour&#13;
M. l’évêque et pour le supérieur. On lui donna un écu blanc. Peut-être faut-il&#13;
empêcher cela quand Mgr l’évêque ne logera plus avec nous. […] J’aurais préparé&#13;
quelque chose le soir de la veille pour donner aux nôtres, mais la présence de&#13;
Mgr l’évêque, qui voulut se trouver à la distribution des sentences, m’en empêcha.&#13;
[…] Il y eut grand bruit pour la permission des boissons aux Sauvages* que donna&#13;
M. le gouverneur. On n’oublia rien pour s’y opposer, excepté l’excommunication.&#13;
Février :&#13;
Ce mois, M. l’évêque fit sa visite à Beaupré, etc. […]&#13;
Le jour de Saint-Mathias [24], on fut obligé de relever l’excommunication [des&#13;
traiteurs de boissons], à cause des troubles et désordres extraordinaires.&#13;
Mars :&#13;
À la Saint-Joseph, aux Ursulines, Monseigneur [dit] une messe basse à 7 heures, la&#13;
grand-messe à 8 heures et la dernière fut dite la même et non céans, le salut&#13;
solennel avec les instruments.&#13;
Avril :&#13;
Ce mois ici, il y eut changement de Conseil, M. le gouverneur en ayant de son&#13;
autorité cassé ceux qui y étaient et institué dix autres, cinq à cinq pour chaque&#13;
quatre mois de l’année. Ensuite, les syndics cassés et plusieurs autres choses&#13;
nouvelles établies.&#13;
Juin :&#13;
Le 2, sur les 7 heures du matin, partit le P. Chaumonot dans la chaloupe de Toupin&#13;
pour Montréal. Il emporta pour faire aumône à Montréal : 50 minots de blé,&#13;
2 poinçons de farine, dont chacun égalait 20 minots de blé et les deux donc, 40, et&#13;
de plus, 4 barriques de galeté, dont chacune égale 4 minots de blé ; ce sont en tout&#13;
- 92 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-B&#13;
&#13;
la valeur de plus de 100 minots de blé. Mme de La Peltrie y était pour 100 livres,&#13;
nous pour 60 livres, Mgr l’évêque, le reste. M. le gouverneur donna quatre soldats&#13;
pour faire le voyage. […]&#13;
Le 8, Fête-Dieu, […] Monseigneur porta le Saint-Sacrement à la procession, mais il&#13;
ne dit pas la grand-messe ; ce fut M. de Bernières. […]&#13;
Août :&#13;
Le 12, à 4 heures du soir, partirent pour la France Mgr de Pétrée et le P. Ragueneau&#13;
dans le vaisseau de Poulet. […]&#13;
DOC. XX-B. EXTRAITS DU JOURNAL DES JÉSUITES DE L'ANNÉE 1663&#13;
&#13;
Doc. XX-B&#13;
Extraits du Journal de l’année 1663&#13;
vol. 47, p. 294-310&#13;
&#13;
Janvier :&#13;
Il y eut d’autres voleurs découverts, mais peu châtiés. Le mépris de&#13;
l’excommunication des boissons continuant, on la renouvela et s’en étant suivi peu&#13;
d’amendement, Dieu parut vouloir parer ses injures.&#13;
Septembre :&#13;
Le 7, vint la nouvelle du vaisseau du roi, qu’on estimait être celui qui portait&#13;
Mgr de Pétrée. On envoya chaloupe au-devant à Tadoussac, qui en effet ramena ici&#13;
le 15, M. le gouverneur de Mésy, M. l’évêque, etc. On renvoya quérir nos malades,&#13;
qui arrivèrent ici avec la chaloupe et les deux vaisseaux du roi le 22, le P. Pierre&#13;
Raffeix et notre Fr Louis le Bohème.&#13;
Décembre :&#13;
Le 2, jour de Saint-[François-]Xavier, comme les années passées, excepté que&#13;
M. l’évêque et M. le gouverneur, M. de Chartran, fils de l’intendant, et deux&#13;
ecclésiastiques, M. des Maizerets et M. de Bernières dînèrent au réfectoire. […]&#13;
Le 15 ou le 16 revint François, le musicien, que nous entreprîmes de nourrir par&#13;
charité et M. l’évêque ou la paroisse, à lui fournir vestitum 78.&#13;
&#13;
78&#13;
&#13;
NDLR : des vêtements.&#13;
- 93 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-4&#13;
&#13;
DOC. XX-4. EXTRAITS DU JOURNAL DES JÉSUITES DE L'ANNÉE 1664&#13;
&#13;
Doc. XX-4&#13;
Extraits du Journal de l’année 1664&#13;
vol. 48, p. 224-240&#13;
&#13;
Janvier :&#13;
1er, jour de l’An. Le jour, Mgr l’évêque vint dire la messe de communion de nos&#13;
frères à 6 heures. Étant arrivé à la sacristie, on tinta cinq ou six coups pour signal à&#13;
tous nos pères et frères de s’y trouver et recevoir la bénédiction de lui. Après, le&#13;
compliment du souper, trois messes ensuite, outre la dernière. À la procession pour&#13;
venir l’après-dîner chez nous aux vêpres se trouvèrent M. l’évêque et M. le&#13;
gouverneur. Les prêtres se mirent en bas, aux côtés de l’officiant, avec trois enfants&#13;
de chœur. […] M. le gouverneur, ayant invité Mgr l’évêque à dîner, j’invitai tout le&#13;
reste de sa maison à dîner chez nous. Il n’en vint que quatre : M. Dudouyt,&#13;
M. Morin, M. Forest et Le Chevalier ; M. de Bernières et M. des Maizerets étant&#13;
allés avec Monseigneur chez M. le gouverneur. […] Ce mois, commencèrent les&#13;
brouilleries des dîmes, etc.&#13;
Février :&#13;
Continuèrent les brouilleries et entre autres, des affiches entre les puissances et&#13;
les désordres de l’ivrognerie recommencèrent, en sorte qu’un Sauvage* nommé&#13;
Robert Haché viola une jeune femme qu’il trouva en chemin.&#13;
Avril :&#13;
Le 17 du mois, sortit de notre maison M. de Charny pour aller loger chez&#13;
M. l’évêque avec les autres prêtres séculiers, après avoir demeuré avec nous en&#13;
pension cinq ans moins deux mois, où il payait 100 écus de pension.&#13;
Le 25 […] Le même jour partit Mgr l’évêque pour sa visite aux Trois-Rivières et&#13;
Montréal.&#13;
Mai :&#13;
Le 1er, je partis pour ma visite aux Trois-Rivières, d’où je revins le 19 ; M. le&#13;
gouverneur, le 21 ; et Mgr l’évêque, le 25.&#13;
&#13;
- 94 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-4&#13;
&#13;
Septembre :&#13;
Le 18. […] Ce même jour fut dissout le Conseil par M. le gouverneur et&#13;
M. Bourdon, maltraité par lui. […]&#13;
Le 24 fut établi un nouveau Conseil, sans participation de M. l’évêque, qui&#13;
envoya son opposition au greffe.&#13;
Le 28, l’établissement de ce nouveau Conseil fut publié par affiche à la porte&#13;
de l’église, sans faire mention de l’opposition.&#13;
Le 29, M. l’évêque la fit signifier au prône.&#13;
Octobre :&#13;
Le 5, M. le gouverneur fit publier à son de tambour une pancarte d’injures&#13;
contre M. l’évêque et autres, ce qui donna sujet aux ecclésiastiques de voir&#13;
en leur conscience ce qu’ils étaient obligés de faire ; de hoc alibi 79. M. le&#13;
gouverneur se plaignait partout tout haut qu’on lui refusait la confession et&#13;
l’absolution ; mais notre réponse était que Dieu savait tout. En ce temps&#13;
commencèrent diverses congrégations de la Sainte-Famille institutore et&#13;
promotore P. Chaumonot et Domina d’Ailleboust80, pour lesquelles on loua la&#13;
maison des Ursulines 150 livres pour une année. Item la petite congrégation&#13;
du P. Pijart.&#13;
Décembre 81 :&#13;
Tant à Noël comme au jour de l’An comme les années passées, M. l’évêque dîna&#13;
chez nous et M. des Maizerets.&#13;
&#13;
NDLR : [on traite] de cela ailleurs.&#13;
NDLR : dont les créateurs et promoteurs étaient le P. Chaumonot et Mme d’Ailleboust.&#13;
81&#13;
NDLR : Dans l’édition Thwaites, vol. 49, p. 156, sous « janvier 1665 ».&#13;
79&#13;
80&#13;
&#13;
- 95 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-5&#13;
&#13;
DOC. XX-5. EXTRAITS DU JOURNAL DES JÉSUITES DE L'ANNÉE 1665&#13;
&#13;
Doc. XX-5&#13;
Extraits du Journal de l’année 1665&#13;
vol. 49, p. 156-180&#13;
&#13;
Janvier :&#13;
Tant à Noël comme au jour de l’An, comme les années passées, M. l’évêque dîna&#13;
chez nous et M. des Maizerets, et le soir, nous invitâmes les sieurs Morin et Jolliet,&#13;
nos officiers de musique, à souper. On alla saluer M. le gouverneur à l’ordinaire,&#13;
quoiqu’il fût mal avec nous et avec tous les ecclésiastiques et le soir, il envoya son&#13;
major chez nous et chez M. l’évêque pour faire espèce de compliment en&#13;
renvoyant le billet de l’assignation de notre pension, signé de lui, lequel il avait&#13;
retenu par-devant soi. Nous reçûmes le matin M. l’évêque dans notre chapelle. […]&#13;
Février :&#13;
Pendant le carême, il n’y eut les jours ouvriers qu’un sermon ici le jeudi matin,&#13;
Mgr l’évêque n’ayant pas voulu qu’on en fît aux maisons religieuses des filles et&#13;
l’ayant mis ici.&#13;
Mars-avril :&#13;
M. le gouverneur étant tombé grièvement malade, on tâcha de lui faciliter sa&#13;
réconciliation avec l’Église ; ce qu’il fit enfin au commencement de mars, qu’il se&#13;
confessa et communia. Et le jour de Saint-Joseph et de Pâques, on lui dit la messe&#13;
à sa chambre.&#13;
Août :&#13;
Le 15, Mgr l’évêque a officié solennellement dans la paroisse, etc. […]&#13;
Le 24, Monseigneur donna le sacrement de confirmation à un grand nombre de&#13;
soldats et à quelques habitants. […] Le soir, il se fit un feu de joie, où se trouvèrent&#13;
les troupes, tout le clergé en surplis, quatre de nos pères. Monseigneur mit le feu&#13;
avec Mgr* de Tracy.&#13;
Septembre :&#13;
Le 23, le Conseil ancien est rétabli ; le nouveau établi par feu M. de Mésy est cassé.&#13;
&#13;
- 96 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-C&#13;
&#13;
Octobre :&#13;
Le 8, un capitaine 82 d’une des compagnies de Mgr de Tracy fait abjuration&#13;
d’hérésie dans la grande église entre les mains de Monseigneur habillé&#13;
pontificalement, de tout le clergé en surplis, en présence de Mgr de Tracy,&#13;
M. de Courcelle, gouverneur, et M. l’intendant et quatre de nos pères.&#13;
Novembre :&#13;
Le 4, […] Mgr l’évêque va faire sa visite à l’île d’Orléans et à la côte de Lauzon, avec&#13;
M. des Maizerets et deux petits Sauvages*. […] Le 19, Mgr l’évêque retourne de&#13;
l’île d’Orléans et de la côte de Lauzon, où il était allé faire sa visite.&#13;
DOC. XX-C. EXTRAITS DU JOURNAL DES JÉSUITES DE L'ANNÉE 1666&#13;
&#13;
Doc. XX-C&#13;
Extraits du Journal de l’année 1666&#13;
vol. 50, p. 180-206&#13;
&#13;
Mars :&#13;
Le jour de Saint-Joseph […] Ce même jour, Mgr* de Tracy fit sa confession générale&#13;
de toute sa vie, communia aux Ursulines, y présenta trois beaux pains bénits, 2 louis&#13;
d’or, tant au cierge qu’à la quête, en tout 20 écus pour les mères ursulines. Le&#13;
P. Bardy en avait écrit à Mgr l’évêque pour le lui faire trouver bon, sed nihil omnino&#13;
responsi tulit 83.&#13;
Mai :&#13;
Le 31, Mgr de Tracy met la première pierre de notre église et de son avis, M. le&#13;
gouverneur la première de la chapelle, M. l’intendant la première de la seconde&#13;
chapelle, M. Le Barois, de la part de MM. de la Compagnie, la première pierre du&#13;
portail. M. de Charny, en l’absence de Mgr l’évêque, y a officié.&#13;
Juin :&#13;
Le 12, Mgr l’évêque retourne de sa visite de Montréal. […]&#13;
Le 23, la solennité du feu de la Saint-Jean se fit avec toutes les magnificences&#13;
possibles, Mgr l’évêque revêtu pontificalement, avec tout le clergé, nos pères en&#13;
surplus, etc. Il présente le flambeau de cire blanche à M. de Tracy, qui le lui rend et&#13;
l’oblige à mettre le feu le premier, etc.&#13;
82&#13;
83&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit d’Isaac Berthier.&#13;
NDLR : mais il ne reçut aucune réponse.&#13;
- 97 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XX-E&#13;
&#13;
Juillet :&#13;
Le 11, la dédicace de la paroisse se fait avec toutes les solennités possibles.&#13;
Août :&#13;
Le 17, M. de Tracy, Mgr l’évêque, avec le P. Bardy, vont à Sainte-Anne, où il donne&#13;
un très beau tableau pour l’autel. […]&#13;
Le 29, on a fait aujourd’hui la translation des corps de saint Flavien et sainte Félicité,&#13;
avec grande solennité, tous les prêtres en chasubles ou chapes, les puissances&#13;
portaient le premier dais. Le planche de l’église des Ursulines se rompit, chargé de&#13;
la foule du peuple et la sortie de la procession, plusieurs tombent dans la cave assez&#13;
profonde. Personne de blessé.&#13;
DOC. XX-D. EXTRAIT DU JOURNAL DES JÉSUITES DE L'ANNÉE 1667&#13;
&#13;
Doc. XX-D&#13;
Extrait du Journal de l’année 1667&#13;
vol. 50, p. 206-218&#13;
&#13;
Décembre :&#13;
Le 3, 11 personnes, tant d’Agniers que d’Onneiouts, baptisées solennellement par&#13;
Mgr l’évêque dans notre église. Les parrains ont été M. le gouverneur,&#13;
M. l’intendant et quelques officiants.&#13;
Doc. XX-E. Extraits du Journal des Jésuites de l'année 1668&#13;
&#13;
Doc. XX-E&#13;
Extraits du Journal de l’année 1668&#13;
vol. 51, p. 144-150&#13;
&#13;
Avril :&#13;
Le 14, M. Giffard [de Moncel] est mort fort chrétiennement, assisté du P. de Carheil&#13;
tout le temps de sa maladie. Le 16, il a été enterré sur le lieu, au pied de la croix de&#13;
l’église, selon qu’il l’avait désiré. Nous avons assisté trois de nos pères à ses&#13;
obsèques avec Mgr l’évêque, M. de Bernières et M. des Maizerets l’officiant avec&#13;
les séminaristes, etc.&#13;
Juin :&#13;
Mgr l’évêque est descendu à Tadoussac pour donner la confirmation aux Sauvages*.&#13;
Le père m’écrit du [espace blanc] qu’il y a jusqu’à 400 âmes.&#13;
- 98 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXI&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS XXI&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXI&#13;
Extraits de lettres de sainte Marie de l’Incarnation, ursuline du monastère de&#13;
Québec, 1659-1668&#13;
La vénérable mère Marie de l’Incarnation, dont les vertus héroïques furent&#13;
reconnues par le pape Pie X en 1911 84, naquit à Tours en 1599. Elle se maria à&#13;
17 ans, à la demande de ses parents. Elle devint veuve en 1619, avec un enfant de&#13;
six mois et sans fortune. Illuminée d’un éclat surnaturel, elle désira entrer au&#13;
monastère des Ursulines de Tours ; ce qu’elle a pu faire en 1631. En 1639, elle&#13;
partit pour le Canada, où elle fonda le couvent des Ursulines de Québec. Elle&#13;
mourut en 1672, favorisée par de remarquables grâces du Ciel. Bossuet l’appelait&#13;
« la Thérèse [d’Avila] de nos jours et du Nouveau-Monde 85 ».&#13;
Son fils, Claude Martin, entra dans un couvent de Bénédictins en 1642 et mourut&#13;
à l’abbaye de Marmoutier en 1696.&#13;
Les lettres de Marie de l’Incarnation sont considérées par les historiens comme&#13;
des sources sûres et impartiales. Elles sont surtout adressées à dom Claude et aux&#13;
supérieures des Ursulines de Tours et revêtent un caractère d’intimité, tout en&#13;
relatant les actualités canadiennes. Bien qu’elle ait été cloîtrée, ses fonctions de&#13;
supérieure et d’enseignante de jeunes filles dans son couvent lui assurèrent un bon&#13;
apport en informations. De plus, sa perception des personnes et des événements&#13;
laisse transparaître un équilibre d’esprit tout à fait singulier ; et c’est pour cela que&#13;
ses témoignages sont étudiés.&#13;
Une minime partie de son courrier fut publiée par son fils quelques années après&#13;
la mort de sa mère, chez Billaine à Paris, en 1681. Il s’agit d’un volume in-quarto,&#13;
divisé en deux parties ; la première contient les lettres spirituelles et la seconde,&#13;
les lettres historiques de la vénérable ursuline. Richaudeau fit réimprimer ces&#13;
lettres à Tournai en 1816, selon l’édition précédente. Une édition définitive est&#13;
actuellement en élaboration par les soins de dom Albert Jamet, bénédictin de&#13;
Solesmes 86.&#13;
&#13;
NDLR : Elle fut béatifiée avec Mgr de Laval en 1980 par Jean-Paul II, puis ils furent tous deux&#13;
canonisés en 2014 par le pape François.&#13;
85&#13;
NDLR : Instructions sur les états d’oraison, où sont exposées les erreurs des faux mystiques de&#13;
nos jours avec les actes de leur condamnation, Tome 1, Livre IX.&#13;
86&#13;
NDLR : Cette édition fut terminée par dom Guy Oury de l’abbaye de Saint-Pierre : Marie de&#13;
l’Incarnation (1599-1672). Correspondance, Solesmes, 1971, 1071 p. C’est selon celle-ci que nous&#13;
citerons les lettres et les notes de l’auteur (NDA).&#13;
84&#13;
&#13;
- 99 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-A&#13;
&#13;
DOC. XXI-A. EXTRAIT DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À SON FILS (24 AOÛT 1658)&#13;
&#13;
Doc. XXI-A&#13;
Extrait de la lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, 24 août 1658,&#13;
(Lettre 177), p. 596-600&#13;
&#13;
M. de Bernières me mande, et le R. P. Lalemant me le confirme, que l’on nous veut&#13;
envoyer pour évêque M. l’abbé de Montigny, qu’on dit être un grand serviteur de&#13;
Dieu. Ce serait un grand bien pour ce pays d’avoir un supérieur permanent et il est&#13;
temps que cela soit, pourvu qu’il soit uni pour le zèle de la religion avec les&#13;
RR. PP. jésuites, autrement tout irait au désavantage de la gloire de Dieu et du salut&#13;
des âmes. Ces personnes qui disent que les Jésuites gênent les consciences en ce&#13;
pays se trompent, je vous en assure ; car l’on y vit dans une sainte liberté d’esprit.&#13;
Il est vrai qu’eux seuls ont la conduite des âmes, mais ils ne gênent personne et&#13;
ceux qui cherchent Dieu et qui veulent vivre selon ses maximes ont la paix dans le&#13;
cœur. Il pourrait néanmoins arriver de certains cas où l’on aurait besoin de recourir&#13;
à d’autres ; et c’est pour cela en partie que l’on souhaite ici un évêque. Dieu nous&#13;
le donne saint par sa miséricorde.&#13;
DOC. XXI-1. EXTRAITS DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À SON FILS (SEPTEMBRE-OCTOBRE 1659)&#13;
Doc. XXI-1&#13;
Extraits de la lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, septembreoctobre 1659 (Lettre 183), p. 613-618&#13;
Mon très cher et bien-aimé fils,&#13;
Ce m’a été une grande privation de voir un navire arrivé et de ne point&#13;
recevoir de lettres de votre part 87. J’ai pourtant été toujours persuadée que&#13;
vous m’aviez écrit ; mais j’ai cru, et je ne me suis pas trompée, que vos lettres&#13;
étaient dans le premier vaisseau, qui nous apportait la nouvelle que nous&#13;
aurions un évêque cette année, mais qui n’a paru que longtemps après les&#13;
autres. Ce retardement a fait que nous avons reçu plus tôt l’évêque que la&#13;
nouvelle qui nous le promettait. Mais ç’a été une agréable surprise en toutes&#13;
manières. Car outre le bonheur qui revient à tout le pays d’avoir un&#13;
NDA : C’était le vaisseau, arrivé le 16 juin, qui avait à son bord Mgr de Laval et le P. Jérôme&#13;
Lalemant, cf. Journal des Jésuites, 1659, p. 258 ; Lettre du P. Lalemant au P. Goswin Nickel, dans&#13;
Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2, p. 287,&#13;
note 1.&#13;
87&#13;
&#13;
- 100 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-A&#13;
&#13;
supérieur ecclésiastique, ce lui est une consolation d’avoir un homme dont&#13;
les qualités personnelles sont rares et extraordinaires. Sans parler de sa&#13;
naissance, qui est fort illustre, car il est de la maison de Laval, c’est un&#13;
homme d’un haut mérite et d’une vertu singulière.&#13;
J’ai bien compris ce que vous m’avez voulu dire de son élection ; mais que&#13;
l’on dise ce que l’on voudra, ce ne sont pas les hommes qui l’ont choisi. Je&#13;
ne dis pas que c’est un saint, ce serait trop dire ; mais je dirai avec vérité&#13;
qu’il vit saintement et en apôtre. Il ne sait ce que c’est que le respect humain.&#13;
Il est pour dire la vérité à tout le monde et il la dit librement dans les&#13;
rencontres. Il fallait ici un homme de cette force pour extirper ici la&#13;
médisance qui prenait un grand cours et qui jetait de profondes racines. En&#13;
un mot, sa vie est si exemplaire qu’il tient tout le pays en admiration. Il est&#13;
intime de M. [Jean] de Bernières, avec qui il a demeuré quatre ans par&#13;
dévotion ; aussi ne se faut-il pas étonner si, ayant fréquenté cette école, il est&#13;
parvenu au sublime degré d’oraison où nous le voyons. Un neveu de&#13;
M. de Bernières l’a voulu suivre 88. C’est un jeune gentilhomme qui ravit tout le&#13;
monde par sa modestie. Il se veut donner tout à Dieu, à l’imitation de son oncle, et&#13;
se consacrer au service de cette nouvelle Église ; et afin d’y réussir avec plus&#13;
d’avantages, il se dispose à recevoir l’ordre de prêtrise des mains de notre nouveau&#13;
prélat.&#13;
Je vous ai dit que l’on n’attendait pas d’évêque cette année 89. Aussi n’a-t-il&#13;
rien trouvé de prêt pour le recevoir quand il est arrivé. Nous lui avons prêté&#13;
notre séminaire, qui est un des coins de notre clôture et tout proche de la&#13;
paroisse 90. Il y aura la commodité à l’agrément d’un beau jardin ; et afin que&#13;
88&#13;
NDA : Henri de Bernières, né à Caen vers 1635, fils de Pierre, le sieur d’Acqueville, frère cadet&#13;
de Jean de Bernières-Louvigny, et de Madeleine Le Breton, cf. Gosselin, Henri de Bernières,&#13;
Québec, 1902 ; A. Maheux, dans Dictionnaire Biographique du Canada, p. 94-95. Il était simple&#13;
tonsuré quand il arriva au Canada ; il devait être ordonné prêtre le 13 mars 1660.&#13;
89&#13;
NDA : On ignorait encore en juin 1659 la consécration de Mgr de Laval ; ce dernier n’ayant reçu&#13;
ses bulles qu’à l’été# de 1658, n’avait pas eu le temps d’en donner connaissance à Québec.&#13;
#&#13;
NDLR : On devrait plutôt lire : le 8 décembre 1658.&#13;
90&#13;
NDA : « Pour loger Monseigneur à son arrivée, l’on ne trouve point de logis plus propre que celui&#13;
de nos pensionnaires ; on les fit donc déloger au plus vite et nous fûmes obligées de leur laisser la&#13;
communauté des religieuses pour leur servir de classe. Monseigneur s’y logea et y a demeuré&#13;
environ deux ans, pendant lesquelles il disait quasi tous les jours la messe dans notre église. »,&#13;
Annales manuscrites des Ursulines de Québec, p. 21. Cet arrangement venait de se faire lorsque&#13;
&#13;
- 101 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-A&#13;
&#13;
lui et nous soyons logés selon les canons, il a fait faire une clôture de&#13;
séparation. Nous en serons incommodées, parce qu’il nous faut loger nos&#13;
séminaristes dans nos appartements ; mais le sujet le mérite et nous&#13;
porterons cette incommodité avec plaisir, jusqu’à ce que sa maison&#13;
épiscopale soit bâtie.&#13;
Dès qu’il fut sacré évêque à Paris, il demande au R. P. général des Jésuites, le&#13;
P. Lalemant, qui depuis trois mois était recteur de La Flèche, afin de l’accompagner.&#13;
C’est un bien pour tout le pays et pour nous en particulier ; pour moi encore plus&#13;
que pour tout autre : car je vous dirai en confiance que je souffrais dans la privation&#13;
d’une personne à qui je puisse communiquer mon intérieur. Toute l’année, j’ai eu&#13;
un mouvement intérieur que Notre-Seigneur m’enverrait du secours. Il l’a fait&#13;
lorsqu’il était temps ; que son saint nom en soit éternellement béni.&#13;
Vous savez ce qui s’est passé les années dernières au sujet de M. l’abbé de&#13;
Queylus. Il est à présent directeur d’un séminaire de prêtres de SaintSulpice de Paris, que M. de Bretonvilliers a entrepris de bâtir à Montréal&#13;
avec une très belle église. Cet abbé, dis-je, est descendu de Montréal pour&#13;
saluer notre prélat ; il était établi grand-vicaire en ce lieu-là par&#13;
M. l’archevêque de Rouen, mais aujourd’hui tout cela n’a plus de lieu et son&#13;
autorité cesse. Les progrès néanmoins de la mission y sont grands. Mgr notre&#13;
prélat aura l’inspection sur tout cela, quoiqu’il ne soit ici que sous le titre&#13;
d’évêque de Pétrée et non pas de Québec ou de Canada.&#13;
Ce titre a bien fait parler du monde. Mais cela s’est fait de la force au sujet&#13;
d’un différend qui est entre la Cour de Rome et celle de France. Le roi veut&#13;
que l’évêque de Canada dépende de lui et lui prête serment de fidélité&#13;
comme les autres de France ; et le Saint-Père prétend avoir quelque droit&#13;
particulier dans les nations étrangères. C’est pour cela qu’il nous a envoyé&#13;
Marie de l’Incarnation écrit à son fils ; très peu de temps après son débarquement, l’évêque avait&#13;
d’abord trouvé un appartement provisoire chez les Hospitalières à l’Hôtel-Dieu, cf. Annales de&#13;
l’Hôtel-Dieu de Québec, éd. Jamet, p. 105-106 (« Il eut la bonté de nous témoigner, dès sa première&#13;
visite, beaucoup d’affection et voulut même nous faire l’honneur trois mois avec plusieurs prêtres&#13;
qu’il avait amenés, ce qui nous causa une grande joie. ») ; c’est donc à la fin de septembre ou au&#13;
début d’octobre que l’évêque dût s’installer chez les Ursulines ; cf. P.-G. Roy, « Les résidences de&#13;
Mgr de Laval à Québec », dans Le Vieux-Québec, 1re série, Québec, 1923, p. 27-32 ; H. Têtu,&#13;
Histoire du palais épiscopal de Québec, Québec, 1896.&#13;
- 102 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-2&#13;
&#13;
un évêque, non comme évêque du pays, mais comme commissaire&#13;
apostolique, sous le titre étranger d’évêque de Pétrée 91. […]&#13;
Le dernier vaisseau s’est trouvé à son arrivée infecté de fièvres pourprées 92&#13;
et pestilentielles. Il portait 200 personnes, qui ont presque toutes été&#13;
malades. Il en est mort huit sur mer et d’autres à terre. Presque tout le pays&#13;
a été infecté et l’hôpital rempli de malades. Mgr notre prélat y est&#13;
continuellement pour servir les malades et faire leurs lits. On fait ce que l’on&#13;
peut pour l’en empêcher et pour conserver sa personne, mais il n’y a point&#13;
d’éloquence qui le puisse détourner de ces actes d’humilité. Le R. P. de&#13;
Quen, par sa grande charité, a pris ce mal et en est mort. […]&#13;
DOC. XXI-2. EXTRAIT DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À SON FILS (17 SEPTEMBRE 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXI-2&#13;
Extrait de la lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, 17 septembre&#13;
1660, (Lettre 185), p. 631-635&#13;
Mgr notre prélat est tel que je vous l’ai mandé par mes précédentes, savoir&#13;
très zélé et inflexible : zélé pour faire observer tout ce qu’il croit devoir&#13;
augmenter la gloire de Dieu et inflexible pour ne point céder en ce qui est&#13;
contraire. Je n’ai pas encore vu personne tenir si ferme que lui en ces deux&#13;
points. C’est un autre saint Thomas de Villeneuve 93 pour la charité et&#13;
l’humilité, car il se donnerait lui-même pour cela. Il ne réserve pour sa&#13;
nécessité que le pire.&#13;
Il est infatigable au travail ; c’est bien l’homme du monde le plus austère et&#13;
le plus détaché des biens de ce monde. Il donne tout et vit en pauvre ; et&#13;
l’on peut dire avec vérité qu’il a l’esprit de pauvreté. Ce n’est pas lui qui se&#13;
fera des amis pour s’avancer et pour accroître son revenu ; il est mort à tout&#13;
NDA : Sur cette question, voir H. Gaillard de Champris, « Mgr de Laval et le pouvoir royal »,&#13;
dans Le Canada français, vol. XI, 1923, p. 241-255 et 434-453 ; J. Guennou, Les Missions&#13;
étrangères, Paris, 1963, p. 43. Le titre de vicaire apostolique ne fut pas bien reçu au Canada, ni par&#13;
les gouverneurs, ni par les Jésuites.&#13;
92&#13;
NDLR : Le typhus.&#13;
93&#13;
NDA : Saint Tomás de Villanueva, 1486-1555, béatifié en 1618, canonisé le 1er novembre 1658&#13;
par Alexandre VII qui le mit au calendrier romain à la date du 18 septembre ; on était donc à la veille&#13;
de la fête.&#13;
91&#13;
&#13;
- 103 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-3&#13;
&#13;
cela. Peut-être (sans faire tort à sa conduite) que s’il ne l’était pas tant, tout&#13;
en irait mieux ; car on ne peut rien faire ici sans le secours du temporel. Mais&#13;
je puis me tromper ; chacun a sa voie pour aller à Dieu. Il pratique cette&#13;
pauvreté en sa maison, en son vivre, en ses meubles, en ses domestiques.&#13;
Car il n’a qu’un jardinier qu’il prête aux pauvres gens quand ils en ont&#13;
besoin et un homme de chambre qui a servi M. [Jean] de Bernières 94. Il ne&#13;
veut qu’une maison d’emprunt, disant que quand il ne faudrait que cinq&#13;
sols pour lui en faire une, il ne les voudrait pas donner. En ce qui regarde&#13;
néanmoins la dignité et l’autorité de sa charge, il n’omet aucune&#13;
circonstance. Il veut que tout se fasse avec la majesté convenable à l’Église&#13;
autant que le pays peut le permettre. Les pères [jésuites] lui rendent toutes&#13;
les assistances possibles, mais il ne laisse pas de demander des prêtres de&#13;
France, afin de s’appliquer avec plus d’assiduité aux charges et aux&#13;
fonctions ecclésiastiques.&#13;
&#13;
DOC. XXI-3. EXTRAITS DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À URSULE DE SAINTE-CATHERINE (13 OCTOBRE 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXI-3&#13;
Extraits de la lettre à mère Ursule de Sainte-Catherine, ursuline de Tours,&#13;
13 octobre 1660, (Lettre 189), p. 643-645&#13;
Marie de l’Incarnation traite dans cette lettre de certains changements que le&#13;
Serviteur de Dieu voulait introduire dans les constitutions des Ursulines de&#13;
Québec. La question des constitutions de cette communauté s’était posée dès&#13;
l’arrivée du Serviteur de Dieu au Canada. Les premières religieuses venues pour&#13;
fonder le monastère de Québec en 1639 appartenaient au monastère de Tours ; la&#13;
vénérable mère Marie de l’Incarnation en fut la première supérieure. Par la suite,&#13;
des ursulines des monastères de Paris et d’autres de Tours vinrent s’unir à elles.&#13;
Des dissensions surgirent entre les deux groupes à propos des règles, des traditions&#13;
et des constitutions en usage dans les deux monastères. En 1646, le P. Jérôme&#13;
Lalemant, supérieur du couvent de Québec, rédigea de nouvelles constitutions,&#13;
plus adaptées au pays, et qui tenaient compte des traditions des deux monastères.&#13;
Chaque groupe dut sacrifier quelque chose de ses propres habitudes, d’où le&#13;
mécontentement. En arrivant à Québec, le Serviteur de Dieu prit tout de suite&#13;
connaissance de la délicate question et demanda aux sœurs d’accepter les&#13;
modifications qu’il proposait. En 1681, il donna au monastère des constitutions&#13;
définitives, obligeant les sœurs à accepter celles du monastère de Paris.&#13;
&#13;
NDA : Denis Roberge, d’après Bertrand de La Tour, Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier&#13;
évêque de Québec, Cologne, 1761, p. 32 ; cf. H. Provost, « Le premier donné du Séminaire », dans&#13;
Revue de l’Université Laval, vol. X, 1955, p. 86-89.&#13;
94&#13;
&#13;
- 104 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-3&#13;
&#13;
Ma révérende et très chère Mère,&#13;
Voici un petit mot que j’ai cru vous devoir écrire en confiance au sujet de&#13;
ma très chère mère N95. Comme elle a confiance en moi, elle me fait voir&#13;
quelques-unes de ses lettres et j’ai remarqué dans celle qu’elle vous écrit au&#13;
sujet de l’élection d’une maîtresse des novices, de certaines choses où elle&#13;
se méprend un peu, ne sachant pas entièrement comme elles se sont&#13;
passées. Mais vous pouvez bien m’en croire, puisque le tout est venu à ma&#13;
connaissance et s’est même passé à ma vue, ayant toujours accompagné&#13;
notre révérende mère 96, à cause de la charge où je suis et celle où j’ai été.&#13;
Voici donc comment la chose s’est passée. Mgr notre prélat ayant fait venir&#13;
notre révérende mère au parloir, après qu’elle fut confirmée en sa charge, il&#13;
lui déclara qu’il voulait que la maîtresse des novices le fût aussi des jeunes&#13;
professes et que cette charge fût sujette à l’élection. Cette proposition nous&#13;
surprit extrêmement et pour en empêcher l’exécution, nous contestâmes&#13;
fort 97. Mais quelques raisons que nous puissions dire, il ne nous voulut&#13;
point écouter. Ce que nous pûmes obtenir fut que cette élection servît&#13;
seulement pour trois ans sans conséquence et connût un essai qui nous&#13;
ferait voir le succès de ce changement. Notre révérende mère ne laissa pas&#13;
d’en avoir bien du déplaisir, parce qu’elle était dans la résolution de&#13;
continuer cette chère mère dans cette charge, en laquelle elle s’était très bien&#13;
comportée. Mais l’élection fit tourner les choses autrement, car, comme&#13;
vous savez, en matière de choix on ne dispose pas des voix comme l’on&#13;
veut. Le tout se fit assurément selon Dieu et dans la sincérité, vous pouvez&#13;
m’en croire, car je suis témoin oculaire de tout ce qui s’est passé. […]&#13;
Je me sens encore obligée de vous donner de l’éclaircissement sur ce qu’on&#13;
vous écrit qu’on voit ici toutes nos lettres. Il est vrai qu’on les voit, mais on&#13;
ne les ouvre et on ne les lit pas. Mgr notre prélat ayant ordonné à notre&#13;
NDLR : On trouve souvent la majuscule N. ou M. dans les lettres du 17e siècle pour désigner un&#13;
supérieur, tels un provincial ou un évêque. Ici, Oury indique qu’il s’agit d’Anne Le Boutz de NotreDame.&#13;
96&#13;
NDA : La mère de Saint-Athanase, élue supérieure en juin de la même année, cf. Annales&#13;
manuscrites des Ursulines de Québec, p. 21.&#13;
97&#13;
NDA : Il n’y a rien de tel dans les constitutions de 1647.&#13;
95&#13;
&#13;
- 105 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-4&#13;
&#13;
révérende mère d’ouvrir les lettres qu’on envoie de France, elle est&#13;
seulement obligée de rompre le cachet et c’est ce qu’elle fait afin d’obéir ;&#13;
mais je vous assure qu’elle ne les lit point du tout […]&#13;
Il faut que ceux qui vous ont écrit cette particularité n’aient pas compris&#13;
l’intention de Monseigneur, qui consiste seulement, comme je viens de dire,&#13;
dans cette formalité de rompre le cachet. Il a eu raison d’en user de la sorte,&#13;
parce que la règle dit quelque chose de semblable, qui souffre&#13;
interprétation ; et enfin il faut garder quelque forme qui fasse voir qu’une&#13;
supérieure peut toujours user de sa liberté. […]&#13;
DOC. XXI-4. EXTRAITS DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À SON FILS (2 NOVEMBRE 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXI-4&#13;
Extraits de la lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, 2 novembre&#13;
1660, (Lettre 192), p. 648-651&#13;
Dans cette lettre, Marie de l’Incarnation nous fait connaître l’opinion du Serviteur&#13;
de Dieu au sujet de la résolution prise par des Français du Canada de détruire la&#13;
nation iroquoise, qui mettait continuellement la colonie en danger.&#13;
&#13;
[…] Il est vrai que si l’on ne va humilier ces Barbares [les Iroquois], ils&#13;
perdront le pays et nous chasseront tous par leur humeur guerrière et&#13;
carnassière […] Il n’y a nulle assurance à leur paix, car ils n’en font que pour&#13;
allonger le temps et prendre l’occasion de faire leur coup et d’exécuter leur&#13;
dessein […]&#13;
Toutes ces connaissances ont tellement animé les Français qu’ils sont&#13;
résolus de détruire ces misérables par eux et par le secours qu’ils attendent&#13;
de France. Ils ne peuvent plus différer leur perte après tant d’hostilités et&#13;
de rupture de paix. Autant qu’ils en prennent, ils les mettent entre les mains&#13;
des Algonquins, qui sont gens de cœur, fort bons chrétiens et très fidèles&#13;
aux Français, qui les traitent comme ils sont traités quand ils sont pris. Vous&#13;
vous étonnez de cette résolution et vous dites que cela répugne à l’esprit de&#13;
l’Évangile et des apôtres qui ont exposé leur vie pour sauver les infidèles et&#13;
ceux mêmes qui les faisaient souffrir. Mgr notre prélat a été de votre&#13;
&#13;
- 106 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-5&#13;
&#13;
sentiment ; il a même fait apprendre la langue à M. [Henri] de Bernières&#13;
pour les aller instruire. Vous savez combien de fois nos révérends pères y&#13;
sont allés pour le même sujet. Tout nouvellement ils ont voulu y aller pour&#13;
faire un dernier effort ; mais on les a retenus comme par violence, le péril&#13;
étant trop évident et inévitable. Après tant d’efforts inutiles et d’expériences&#13;
de la perfidie de ces infidèles, Monseigneur a bien changé de sentiment et&#13;
il tombe d’accord avec toutes les personnes sages du pays, ou qu’il les faut&#13;
exterminer, si l’on peut, ou que tous les chrétiens et le christianisme du&#13;
Canada périssent. Quand il n’y aura plus de christianisme ni de&#13;
missionnaires, quelle espérance y aura-t-il de leur salut ? […]&#13;
DOC. XXI-5. EXTRAIT DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À URSULE DE SAINTE-CATHERINE (13&#13;
SEPTEMBRE 1661)&#13;
&#13;
Doc. XXI-5&#13;
Extrait de la lettre à mère Ursule de Sainte-Catherine, supérieure du&#13;
monastère de Tours, 13 septembre 1661, (Lettre 193), p. 652-654&#13;
Il paraît par votre grande lettre que nous ayons de l’inclination à changer&#13;
nos constitutions. Non, mon intime mère, nous n’avons nulle inclination&#13;
qui tende à cela. Mais je vous dirai que c’est Mgr notre prélat qui en a&#13;
quelque envie, ou du moins de les bien altérer. Voici comme la chose s’est&#13;
passée. L’année dernière lorsqu’il faisait sa visite, quelques-unes de nos&#13;
sœurs lui firent entendre, à notre insu, qu’il serait bon qu’il nous donnât un&#13;
abrégé de nos constitutions. Il ne laissa pas perdre cette parole ; car il en a&#13;
fait faire un selon son idée, dans lequel, laissant ce qu’il y a de substantiel,&#13;
il retranche ce qui donne de l’explication et ce qui en peut faciliter la&#13;
pratique. Il y a ajouté ensuite ce qu’il lui a plu. En sorte que cet abrégé, qui&#13;
serait plus propre pour des Carmélites ou pour des religieuses du Calvaire&#13;
que pour des Ursulines, ruine effectivement notre constitution. Il nous en a&#13;
fait faire la lecture par le R. P. Lalemant, qui n’a pas peu donné à Dieu en&#13;
cette action, parce que c’est lui qui a le plus travaillé à nos constitutions. Il&#13;
nous a donné huit mois ou un an pour y penser. Mais, ma chère mère,&#13;
l’affaire est déjà toute pensée et la résolution toute prise : nous ne&#13;
&#13;
- 107 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-5&#13;
&#13;
l’accepterons pas, si ce n’est à l’extrémité de l’obéissance 98. Nous ne disons&#13;
mot néanmoins pour ne pas aigrir les affaires ; car nous avons affaire à un&#13;
prélat qui, étant d’une très haute piété, s’il est une fois persuadé qu’il y va&#13;
de la gloire de Dieu, il n’en reviendra jamais et il nous en faudra passer par&#13;
là ; ce qui causerait un grand préjudice à nos observances. Il s’en est peu&#13;
fallu que notre chant n’ait été retranché. Il nous laisse seulement nos vêpres&#13;
et nos ténèbres, que nous chantons comme vous faisiez au temps que j’étais&#13;
à Tours. Pour la grand-messe, il veut qu’elle soit chantée à voix droite,&#13;
n’ayant nul égard à ce qui se fait soit à Paris soit à Tours, mais seulement à&#13;
ce que son esprit lui suggère être le mieux. Il craint que nous ne prenions&#13;
de la vanité en chantant et que nous ne donnions de la complaisance audehors. Nous ne chantons plus aux messes, parce que, dit-il, cela 99 donne&#13;
de la distraction au célébrant et qu’il n’a point vu cela ailleurs.&#13;
Notre consolation en tout cela est qu’il a eu la bonté de nous donner pour&#13;
directeur le R. P. Lalemant, qui est notre meilleur ami et avec qui nous&#13;
pouvons traiter confidemment. Il a un soin incroyable de nous tant pour le&#13;
spirituel que pour le temporel et il est très bien dans son esprit ; il rabat bien&#13;
des coups qu’il nous serait difficile de supporter. J’attribue tout ceci au zèle&#13;
de ce très digne prélat ; mais comme vous savez, mon intime mère, en&#13;
matière de règlement, l’expérience le doit emporter par-dessus toutes les&#13;
spéculations. Quand on est bien, il s’y faut tenir, parce que l’on est assuré&#13;
qu’on est bien ; mais en changeant, on ne sait si l’on sera bien ou mal. Je&#13;
vous ai fait ce récit, ma très chère mère, afin que vous jugiez si nous voulons&#13;
changer nos constitutions et pour me consoler avec vous dans la peine que&#13;
je souffre sur ce sujet.&#13;
De Québec, le 13 septembre 1661&#13;
&#13;
NDA : Sur le fond de l’affaire, il semble que les Ursulines aient eu gain de cause : les&#13;
constitutions, qui avaient été achevées par le P. Jérôme Lalemant en la fête de saint Ignace&#13;
(31 juillet) de l’année 1647, furent confirmées avec quelques réserves par Mgr de Laval le 27 juillet&#13;
1662 ; cf. Archives des Ursulines de Québec, Constitutions rédigées par le R. P. Lalemant, supérieur&#13;
des Jésuites de Québec, et adaptées aux besoins du pays pour les premières Ursulines du Canada&#13;
et approuvés par Mgr de Laval, voir fos 69 et 159.&#13;
99&#13;
NDLR : L’original se lit : « parce, dit-il, que cela ». Nous avons déplacé le mot « que » pour&#13;
faciliter la compréhension de la phrase.&#13;
98&#13;
&#13;
- 108 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-6&#13;
&#13;
DOC. XXI-6. LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À SON FILS (10 AOÛT 1662)&#13;
&#13;
Doc. XXI-6&#13;
Lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, 10 août 1662,&#13;
(Lettre 201), p. 681-682&#13;
La question du commerce des boissons enivrantes entre les Européens et les&#13;
Autochtones du Canada suscita une vive controverse, qui se prolongea même&#13;
après la mort du Serviteur de Dieu. D’une part, les commerçants et nombre&#13;
d’autorités civiles disaient que ce négoce était absolument nécessaire pour assurer&#13;
l’avenir du pays ; d’autre part, le Serviteur de Dieu, le clergé et les Jésuites,&#13;
constatant le mal qui se faisait aux Autochtones par ce commerce, disaient que&#13;
personne ne pouvait le faire en bonne conscience. La question revint dans de&#13;
multiples autres documents. Marie de l’Incarnation donne ici son point de vue et&#13;
expose la conduite du Serviteur de Dieu immédiatement après sa venue au&#13;
Canada.&#13;
&#13;
Mon très cher fils,&#13;
Je vous ai parlé dans une autre lettre d’une croix que je vous disais m’être&#13;
plus pesante que toutes les hostilités des Iroquois. Voici en quoi elle&#13;
consiste. Il y a en ce pays des Français si misérables et sans crainte de Dieu&#13;
qu’ils perdent tous nos nouveaux chrétiens, leur donnant des boissons très&#13;
violentes, comme de vin et d’eau-de-vie, pour tirer d’eux des castors. Ces&#13;
boissons perdent tous ces pauvres gens, les hommes, les femmes, les&#13;
garçons et les filles même ; car chacun est maître dans la cabane quand il&#13;
s’agit de manger et de boire. Ils sont pris tout aussitôt et deviennent comme&#13;
furieux. Ils courent nus avec des épées et d’autres armes et font fuir tout le&#13;
monde, soit de jour soit de nuit ; ils courent par Québec sans que personne&#13;
les puisse empêcher. Il s’ensuit de là des meurtres, des violements, des&#13;
brutalités monstrueuses et inouïes.&#13;
Les révérends pères ont fait leur possible pour arrêter le mal tant du côté&#13;
des Français que de la part des Sauvages*. Tous leurs efforts ont été vains.&#13;
Nos filles sauvages externes venant à nos classes, nous leur avons fait voir&#13;
le mal où elles se précipitent en suivant l’exemple de leurs parents ; elles&#13;
n’ont pas remis depuis le pied chez nous. Le naturel des Sauvages est&#13;
comme cela. Ils font tout ce qu’ils voient faire à ceux de leur nation en&#13;
matière de mœurs, à moins qu’ils ne soient bien affermis dans la morale&#13;
- 109 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-6&#13;
&#13;
chrétienne. Un capitaine algonquin, excellent chrétien et le premier baptisé&#13;
du Canada, nous rendant visite, se plaignait disant : « Onontio (c’est M. le&#13;
gouverneur) 100 nous tue de permettre qu’on nous donne des boissons ».&#13;
Nous lui répondîmes : « Dis-lui qu’il le défende ». - « Je lui ai déjà dit deux&#13;
fois, repartit-il, et cependant il n’en fait rien. Mais priez-le vous-mêmes d’en&#13;
faire la défense, peut-être vous obéira-t-il ».&#13;
C’est une chose déplorable de voir les accidents funestes qui naissent de ce&#13;
trafic. Mgr notre prélat a fait tout ce qui se peut imaginer pour en arrêter le&#13;
cours, comme une chose qui ne tend à rien moins qu’à la destruction de la&#13;
foi et de la religion dans ces contrées. Il a employé toute sa douceur&#13;
ordinaire pour détourner les Français de ce commerce si contraire à la gloire&#13;
de Dieu et au salut des Sauvages. Ils ont méprisé ses remontrances, parce&#13;
qu’ils sont maintenus par une puissance séculière qui a la main forte. Ils lui&#13;
disent que partout les boissons sont permises. On leur répond que dans une&#13;
nouvelle Église et parmi des peuples non policés, elles ne doivent pas l’être,&#13;
puisque l’expérience fait voir qu’elles sont contraires à la propagation de la&#13;
foi et aux bonnes mœurs que l’on doit attendre des nouveaux convertis. La&#13;
raison n’a pas fait plus que la douceur. Il y a eu d’autres contestations très&#13;
grandes sur ce sujet. Mais enfin, le zèle de la gloire de Dieu a emporté notre&#13;
prélat et l’a obligé d’excommunier ceux qui exerceraient ce trafic 101. Ce coup&#13;
de foudre ne les a pas plus étonnés que le reste. Ils n’en ont tenu compte, en&#13;
disant que l’Église n’a point de pouvoir sur les affaires de cette nature.&#13;
Les affaires étant à cette extrémité, il s’embarque pour passer en France, afin&#13;
de chercher les moyens de pourvoir à ces désordres, qui tirent après eux&#13;
tant d’accidents funestes. Il a pensé mourir de douleur à ce sujet et on le&#13;
voit sécher sur le pied. Je crois que s’il ne peut venir à bout de son dessein,&#13;
il ne reviendra pas ; ce qui serait une perte irréparable pour cette nouvelle&#13;
Église et pour tous les pauvres Français. Il se fait pauvre pour les assister&#13;
NDLR : Les Autochtones donnèrent quelques surnoms aux Français. Onontio, « grande&#13;
montagne », désigna d’abord Montmagny, puis les autres gouverneurs ; Achiendassé, « robe noire »,&#13;
fut initialement attribué au jésuite Jean de Brébeuf, puis à tous les missionnaires jésuites ;&#13;
François de Laval fut surnommé Hariaouagui, « l’homme de la grande affaire ».&#13;
101&#13;
NDLR : 2e mandement du 30 avril 1662 pour excommunier ceux qui vendent des boissons&#13;
enivrantes aux Autochtones.&#13;
100&#13;
&#13;
- 110 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-7&#13;
&#13;
et, pour dire en un mot tout ce que je conçois de son mérite, il porte les&#13;
marques et le caractère d’un saint. Je vous prie de recommander et de faire&#13;
recommander à Notre-Seigneur une affaire si importante et qu’il lui plaise&#13;
de nous renvoyer notre bon prélat, père et véritable pasteur des âmes qui&#13;
lui sont commises. Vous voyez que ma lettre ne parle que de l’affaire qui&#13;
me presse le plus le cœur, parce que j’y vois la majesté de Dieu déshonorée,&#13;
l’Église méprisée et les âmes dans le danger évident de se perdre. Mes&#13;
autres lettres répondront aux vôtres.&#13;
De Québec, le 10 d’août 1662&#13;
DOC. XXI-7. EXTRAIT DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À SON FILS (SEPTEMBRE 1662)&#13;
Doc. XXI-7&#13;
Extrait de la lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, septembre 1662,&#13;
(Lettre 196), p. 665-670&#13;
De plus, l’on a découvert qu’il y a des sorciers et magiciens en ce pays. Cela&#13;
a paru à l’occasion d’un meunier, qui était passé de France au même temps&#13;
que Mgr notre évêque et à qui Sa Grandeur avait fait faire abjuration de&#13;
l’hérésie, parce qu’il était huguenot 102. Cet homme voulait épouser une fille&#13;
qui était passée avec son père et sa mère dans le même vaisseau, disant&#13;
qu’elle lui avait été promise ; mais parce que c’était un homme de&#13;
mauvaises mœurs, on ne le voulut jamais écouter. Après ce refus, il voulut&#13;
parvenir à ses fins par les ruses de son art diabolique. Il faisait venir les&#13;
démons ou esprits follets dans la maison de la fille, avec des spectres qui lui&#13;
donnaient bien de la peine et de l’effroi. L’on ignorait pourtant la cause de&#13;
cette nouveauté, jusqu’à ce que le magicien paraissant, l’on eût sujet de&#13;
croire qu’il y avait du maléfice de la part de ce misérable ; car il lui paraissait&#13;
jour et nuit, quelquefois seul et quelquefois accompagné de deux ou trois&#13;
autres, que la fille nommait, quoiqu’elle ne les eût jamais vus. Monseigneur&#13;
y envoya des pères et il y est allé lui-même pour chasser les démons par les&#13;
prières de l’Église.&#13;
&#13;
102&#13;
&#13;
NDLR : Daniel Will, qui fut exécuté le 7 octobre 1661.&#13;
- 111 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-B&#13;
&#13;
Cependant, rien n’avançait et le bruit continuait plus fort qu’auparavant.&#13;
L’on voyait des fantômes, l’on entendait jouer du tambour et de la flûte,&#13;
l’on voyait les pierres se détacher des murs et voler çà et là et toujours le&#13;
magicien s’y trouvait avec ses compagnons pour inquiéter la fille. Leur&#13;
dessein était de la faire épouser à ce malheureux, qui la voulait bien aussi,&#13;
mais qui la voulait corrompre auparavant. Le lieu est éloigné de Québec et&#13;
c’était une grande fatigue aux pères d’aller faire si loin leur exorcisme. C’est&#13;
pourquoi Monseigneur, voyant que les diables tâchaient de les fatiguer par&#13;
ce travail et de les lasser par leurs bouffonneries, ordonna que le meunier&#13;
et la fille fussent amenés à Québec. L’un fut mis en prison et l’autre fut&#13;
enfermée chez les mères hospitalières. Voilà où l’affaire en est. Il s’est passé&#13;
dans cette affaire des choses extraordinaires que je ne dis pas pour éviter la&#13;
longueur et afin de finir cette matière. Pour le magicien et les autres, ils&#13;
n’ont encore rien voulu confesser. On ne leur dit rien aussi, car il n’est pas&#13;
facile de convaincre des personnes en cette nature de crime.&#13;
DOC. XXI-B. EXTRAITS DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À SON FILS (SEPTEMBRE-OCTOBRE 1663)&#13;
&#13;
Doc. XXI-B&#13;
Extraits de la lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, septembreoctobre 1663, (Lettre 207), p. 710-713&#13;
Les navires du roi nous ont ramené Mgr notre prélat qu’on nous dit avoir eu bien&#13;
du démêlé en France au sujet des boissons qu’on donnait aux Sauvages* et qui ont&#13;
pensé perdre entièrement cette nouvelle Église […]. On remarque entre tous une&#13;
grande union, Mgr l’évêque et M. le gouverneur sont nommés les chefs du Conseil&#13;
[…].&#13;
L’on a pareillement établi l’usage des dîmes, qui sont destinées pour l’entretien&#13;
d’un Séminaire, fondé par notre évêque, qui doit par ce moyen faire bâtir des&#13;
églises partout où il sera nécessaire et y entretenir des prêtres pour les desservir.&#13;
Ces églises seront comme des paroisses, mais ceux qui y présideront, au lieu de&#13;
curés, seront appelés supérieurs, dont l’évêque sera le chef. Le surplus des dîmes&#13;
doit aller à l’entretien des pauvres. Ce digne prélat a déjà fait bâtir une maison à&#13;
Québec pour l’évêque et pour loger le gros de son Séminaire. Enfin, tout cela sonne&#13;
gros et commence bien, mais il n’y a que Dieu qui voit quelles en seront les issues,&#13;
l’expérience nous faisant voir que les succès sont souvent bien différents des idées&#13;
que l’on conçoit.&#13;
- 112 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-8&#13;
&#13;
DOC. XXI-8. EXTRAIT DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À MARIE-ALEXIS BOSCHET (20 OCTOBRE 1663)&#13;
&#13;
Doc. XXI-8&#13;
Extrait de la lettre à la supérieure des Ursulines de Mons, 20 octobre 1663,&#13;
(Lettre 209), p. 718-720&#13;
&#13;
Je vous dirai qu’après l’arrivée de Mgr notre digne prélat, nous avons fait notre&#13;
élection. J’ai été mise en la charge de supérieure malgré moi, mais il m’a fallu subir&#13;
cette mortification 103. Obtenez de Dieu qu’il me fasse la grâce de m’en bien&#13;
acquitter. Pour ce que vous demandez si nous avons un évêque diocésain,&#13;
nous avons un évêque envoyé par N. S.-P. le pape, en qualité de son grandvicaire apostolique en toute la Nouvelle-France. Il y a quelques raisons pour&#13;
lesquelles il ne se nomme pas titulaire qui sont du droit. C’est un homme&#13;
saint, le père des pauvres et du public. C’est un seigneur de la maison de&#13;
Laval, qui s’est donné à Dieu dès sa jeunesse. Le roi l’aime beaucoup pour&#13;
son mérite et ses qualités. Sa Majesté voulait le retenir en France, mais&#13;
l’amour que ce bon prélat porte à cette nouvelle Église a fait qu’il a supplié&#13;
d’y revenir.&#13;
DOC. XXI-C. EXTRAIT DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À SON FILS (29 JUILLET 1665)&#13;
Doc. XXI-C&#13;
Extrait de la lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, 29 juillet 1665,&#13;
(Lettre 216), p. 744-750&#13;
&#13;
Cette longue maladie ne m’a point du tout ennuyée et par la miséricorde de notre&#13;
bon Dieu, je n’y ai ressenti aucun mouvement d’impatience. J’en dois toute la gloire&#13;
à la compagnie de mon Jésus crucifié, son divin Esprit ne me permettant pas de&#13;
souhaiter un moment de relâche en mes souffrances, mais plutôt me mettant dans&#13;
une douceur, qui me tenait dans la disposition de les endurer jusqu’au jour du&#13;
jugement. Les remèdes ne servaient qu’à aigrir mon mal et accroître mes douleurs ;&#13;
ce qui fit résoudre les médecins de me laisser entre les mains de Dieu, disant que&#13;
tant de maladies jointes ensemble étaient extraordinaires et que la providence de&#13;
Dieu ne les avait envoyées que pour me faire souffrir. Étant donc ainsi abandonnée&#13;
des hommes, toutes les bonnes âmes de ce pays faisaient à Dieu des prières et des&#13;
NDA : Par suite de l’absence de l’évêque, les élections avaient été différées aussi à l’Hôtel-Dieu ;&#13;
elles y furent présidées le 4 octobre par le grand-vicaire Lauson de Charny (Annales de l’HôtelDieu, éd. Jamet, p. 128-129). Peut-être en allait-il de même chez les Ursulines.&#13;
103&#13;
&#13;
- 113 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-9&#13;
&#13;
neuvaines pour ma santé. L’on me pressait de la demander avec elles, mais il ne&#13;
me fut pas possible de le faire, ne voulant ni vie ni mort que dans le bon plaisir de&#13;
Dieu. Mgr notre digne évêque m’en pressait aussi et je lui répartis que j’étais dans&#13;
l’impuissance de le faire. Ce très bon et très charitable prélat me fit l’honneur de&#13;
me visiter plusieurs fois. Le R. P. Lalemant me rendit toutes les assistances d’un bon&#13;
père.&#13;
DOC. XXI-9. EXTRAIT DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À SON FILS (30 AOÛT 1665)&#13;
Doc. XXI-9&#13;
Extrait de la lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, 30 août 1665,&#13;
(Lettre 217), p. 751-753&#13;
On ne saurait croire combien il s’y [ici] est trouvé de calomniateurs contre&#13;
Mgr notre prélat, contre les RR. PP. [jésuites], contre nous et contre plusieurs&#13;
personnes de mérite et cela, pour la plupart [le plus souvent] pour le&#13;
temporel. L’on a écrit des lettres diffamatoires qui sont allées jusqu’au roi,&#13;
qui a découvert ces fourberies des calomniateurs et l’innocence des&#13;
serviteurs de Dieu. Mgr* de Tracy, qui porte le nom de vice-roi*&#13;
d’Amérique, a vu si clair dans ces affaires, qu’il en a donné un second avis&#13;
au roi ; ensuite de quoi ceux qu’on avait voulu abaisser par pure envie sont&#13;
estimés plus que jamais et leurs ennemis humiliés par la privation de leurs&#13;
charges.&#13;
DOC. XXI-D. EXTRAIT DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION AU P. PONCET (6 OCTOBRE 1667)&#13;
&#13;
Doc. XXI-D&#13;
Extrait de la lettre au P. Poncet, 6 octobre 1667, (Lettre 229), p. 783-785&#13;
&#13;
Tout y est à présent magnifique et c’est une bénédiction de Dieu de voir l’union qui&#13;
est entre Mgr notre évêque et nos RR. PP. [jésuites]. Il semble qu’eux et&#13;
MM. du Séminaire ne soient qu’un. M. Tracy, qui m’a déclaré ses sentiments, en&#13;
est ravi, comme aussi de la majesté de l’Église et des grandes actions de piété de&#13;
ceux qui la servent.&#13;
&#13;
- 114 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXI-10&#13;
&#13;
DOC. XXI-10. EXTRAIT DE LA LETTRE DE MARIE DE L’INCARNATION À SON FILS (9 AOÛT 1668)&#13;
&#13;
Doc. XXI-10&#13;
Extrait de la lettre au P. Claude Martin, bénédictin, son fils, 9 août 1668,&#13;
(Lettre 235), p. 800-804&#13;
&#13;
Nos révérends pères et Mgr notre prélat sont ravis de l’éducation que nous&#13;
donnons à la jeunesse. Ils font communier nos filles à l’âge de huit ans, les&#13;
trouvant autant instruites qu’elles le peuvent être. Que si l’on dit que nous&#13;
sommes ici inutiles, parce que la relation ne parle point de nous, il faut dire que&#13;
Mgr notre prélat est inutile, que son Séminaire est inutile, que le Séminaire des&#13;
révérends pères est inutile, que MM. les ecclésiastiques de Montréal sont inutiles&#13;
et enfin, que les mères hospitalières sont inutiles.&#13;
DOC. XXI-E. EXTRAITS DE LA LETTRE DE [MARIE DE L’INCARNATION] À LA SUPÉRIEURE DES URSULINES DE SAINT-DENYS (21&#13;
SEPTEMBRE 1668)&#13;
&#13;
Doc. XXI-E&#13;
Extraits de la lettre à la supérieure des Ursulines de Saint-Denis,&#13;
21 septembre 1668, (Lettre 241), p. 820-822&#13;
&#13;
Sa Majesté, qui a envoyé des troupes en ce pays voyant que Dieu y a béni ses armes,&#13;
désire que l’on francise ainsi peu à peu les Sauvages*, afin d’en faire un peuple poli.&#13;
L’on commence par les enfants : Mgr notre prélat en a pris un grand nombre à cet&#13;
effet, les révérends pères en ont pris aussi en leur collège de Québec ; tous sont&#13;
vêtus à la Française et on leur apprend à lire et à écrire comme en France ; nous&#13;
sommes chargées des filles, conformément à notre esprit. Mais quoique nous les&#13;
ayons élevées depuis que nous sommes en ce pays, nous n’avons néanmoins&#13;
francisé que celles dont les parents l’ont bien voulu et quelques pauvres orphelines&#13;
dont nous étions les maîtresses, les autres n’étaient que passagères et&#13;
demeuraient avec nous un mois ou un peu plus, puis elles faisaient place à d’autres.&#13;
[…]&#13;
Voilà, Mon intime Mère, une petite partie de nos aventures passées et de notre&#13;
état présent. Soyez l’avocate de notre pauvre séminaire, si notre bon Jésus et sa&#13;
sainte Mère, notre vrai support, vous en donne les mouvements. Nous eussions été&#13;
ravies si la bonne mère de votre maison fut passée cette année avec celle de Rouen,&#13;
mais Mgr notre prélat a tant vu de remises pour cette dernière qu’enfin il s’est lassé&#13;
et dans la nécessité où nous étions, il a bien voulu que nous prissions des novices&#13;
de ce pays. […]&#13;
&#13;
- 115 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXII&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XXII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXII&#13;
Extraits des Relations des Jésuites, 1659-1676, tirés de Jesuits Relations and&#13;
Allied Documents, édition Thwaites, Cleveland, 1896-1901&#13;
Les Relations des Jésuites sont des recueils d’informations destinés à faire&#13;
connaître la Nouvelle-France à l’Europe, ainsi que les progrès de l’évangélisation&#13;
au pays. Elles constituent une source très intéressante pour l’histoire canadienne&#13;
du 17e siècle.&#13;
Bien entendu, elles ne sont pas toujours un reflet fidèle des réalités canadiennes.&#13;
Puisque les Jésuites écrivaient dans le but d’inspirer leurs lecteurs, de les&#13;
intéresser à leur apostolat et de correspondre avec leurs confrères, en France et&#13;
dans les missions lointaines, les auteurs devaient nécessairement omettre&#13;
plusieurs choses qui n’auraient pas contribué à cet objectif. Ainsi, les Relations&#13;
contiennent des informations justes, mais parfois incomplètes.&#13;
Malgré cela, on ne peut nier leur grande importance. L’usage fréquent qu’en firent&#13;
les historiens canadiens les plus qualifiés, catholiques et protestants, rend un&#13;
témoignage indubitable à la sincérité des auteurs et à l’exactitude de ces Relations.&#13;
La vénérable mère Marie de l’Incarnation 104 écrivait en 1671 : « J’ai tiré l’un et&#13;
l’autre des mémoires de nos RR. PP. [jésuites], dont la sincérité m’est si connue&#13;
que j’ose bien vous réitérer qu’il n’y a rien qui ne soit [plus] assuré 105. »&#13;
Ces Relations étaient habituellement écrites par le supérieur des Jésuites du&#13;
Canada, qui résidait à Québec. Les missionnaires, dispersés à travers la NouvelleFrance, lui envoyaient régulièrement des rapports et chaque année, le supérieur&#13;
remettait au provincial de France son propre mémoire, qui constituait la Relation.&#13;
La première Relation est écrite en 1632 et publiée à Paris la même année. La&#13;
dernière, celle de 1671-1672, paraît en 1673 et avec elle se termine la publication&#13;
des Relations. À partir de ce moment, les missionnaires canadiens continuaient à&#13;
faire parvenir leurs rapports annuels au provincial de France, mais ils n’étaient&#13;
plus publiés. La controverse sur les rites chinois, soulevée en Europe à cette&#13;
époque, avait provoqué le bref de Clément X Creditae du 16 avril 1673, par lequel&#13;
la publication de tout écrit traitant des missions était désormais interdite, à moins&#13;
d’avoir un placet de la Propagande. Bien que les Jésuites français étaient soumis&#13;
de tout cœur au pontife romain, ils ne voulaient tout de même pas transgresser les&#13;
ordres du roi, qui jugeait que son placet seul était suffisant pour toute publication.&#13;
Ils préférèrent donc mettre fin à la publication de leurs Relations.&#13;
La collection complète des Relations forme une série de 52 volumes de format&#13;
in-8, plus quelques manuscrits qui contiennent les Relations des années 16721679, qui n’avaient pas été publiées à l’époque. Les exemplaires des Relations&#13;
imprimées annuellement au 17e sont devenus extrêmement rares. Au 19e siècle,&#13;
on en fit de nouvelles éditions. La dernière, qui est aussi la plus exacte et la plus&#13;
complète, est celle de Thwaites, The Jesuit relations and allied documents travels&#13;
and explorations of the Jesuit missionaries in New France, 1610-1791, Cleveland,&#13;
1896-1901. Celle-ci est formée de 62 volumes et, en plus des Relations imprimées&#13;
NDLR : Elle fut béatifiée avec Mgr de Laval à la même cérémonie en 1980 par Jean-Paul II, puis&#13;
ils furent tous deux canonisés en 2014 par le pape François.&#13;
105&#13;
NDLR : Lettre de Marie de l’Incarnation à son fils, septembre-novembre 1671.&#13;
104&#13;
&#13;
- 116 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-1&#13;
&#13;
au 17e siècle, elle comprend aussi celles des années 1672-1679, éditées pour la&#13;
première fois en 1881 par le jésuite Félix Martin ; s’y ajoutent également le&#13;
Journal des Jésuites et plusieurs autres documents intéressants pour l’histoire du&#13;
Canada.&#13;
Nos extraits sont tirés de cette édition.&#13;
DOC. XXII-1. EXTRAITS DE LA RELATION DES JÉSUITES DE 1659-1660&#13;
&#13;
Doc. XXII-1&#13;
Extraits de la Relation des années 1659-1660, vol. 46&#13;
[p. 76-78] : Si tôt que Mgr l’évêque de Pétrée eût appris le dessein que nous&#13;
avions de commencer cette mission 106, on ne peut croire combien il y parut&#13;
affectionné. Son zèle, qui embrasse tout et à qui tout l’océan n’a pu donner&#13;
de bornes, lui faisait souhaiter de pouvoir être lui-même de ces heureux&#13;
exposés et, aux dépenses de mille vies, aller chercher dans le plus profond&#13;
de ces forêts la brebis égarée pour laquelle il avait traversé les mers. Il y eut&#13;
été, s’il eût pu se diviser ; et les courses qu’il a faites sur les neiges dès son&#13;
premier hiver pour visiter ses ouailles, non pas à cheval ou en carrosse, mais&#13;
en raquettes et sur les glaces, montrent qu’il tiendrait bien sa place parmi&#13;
les plus excellents missionnaires des Sauvages*, s’il pouvait quitter le plus&#13;
nécessaire pour courir au plus dangereux ; du moins son cœur y a volé&#13;
pendant qu’il s’arrête ici comme au centre de toutes les missions, pour&#13;
pouvoir donner ses soins et partager son zèle à tous également. Tous nos&#13;
Français et Sauvages, dont il a gardé le cœur par la sainteté de sa vie et par&#13;
les grandes charités dont il les assiste continuellement dans toutes sortes de&#13;
besoins, auraient trop perdu et seraient demeurés inconsolables, si ces bois&#13;
si reculés de nous eussent possédé ce précieux trésor, dont ils ne&#13;
connaissent pas assez le mérite. […]&#13;
[p. 102-104] : Une des choses qui a le plus éclaté dans le Canada depuis&#13;
l’arrivée de Mgr l’évêque de Pétrée et qui peut passer pour une merveille est&#13;
de voir l’ivrognerie presque tout exterminée de chez nos Sauvages. Dieu a&#13;
tant donné de bénédictions au zèle de ce bon prélat, qu’il est enfin venu à&#13;
bout d’un mal qui s’était fortifié depuis si longtemps et qui semblait&#13;
irrémédiable.&#13;
&#13;
106&#13;
&#13;
NDLR : La mission des Algonquins.&#13;
- 117 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-1&#13;
&#13;
Ceux qui ont un peu pratiqué 107 les Sauvages savent bien que (je ne parle&#13;
que de ceux qui demeurent proches de nos habitations) c’est un démon qui&#13;
les rend fous et tellement passionnés qu’après leur chasse, se trouvant bien&#13;
riches en castors, au lieu de fournir leur famille de vivres, d’habits et&#13;
d’autres choses nécessaires, ils boivent tout en un jour et sont contraints&#13;
ensuite de passer l’hiver tout nus, dans la famine et dans toutes sortes de&#13;
misères.&#13;
Il s’en est trouvé dont la manie a été si étrange, qu’après s’être dépouillés&#13;
de tout pour boire, ils ont vendu jusqu’à leurs propres enfants, afin de&#13;
s’enivrer. Et les enfants étant pris de boisson, battent impunément leurs&#13;
parents ; les jeunes gens s’en servent comme d’un philtre pour corrompre&#13;
les filles après les avoir enivrées ; ceux qui ont des querelles font semblant&#13;
d’être ivres pour s’en venger avec impunité.&#13;
Toutes les nuits se passent en clameur, en batteries et en funestes accidents,&#13;
dont les ivrognes remplissent les cabanes et, comme tout leur est permis,&#13;
parce qu’ils se contentent de dire pour excuse qu’ils n’avaient point lors&#13;
d’esprit, on ne peut concevoir les désordres que ce vice diabolique a causés&#13;
dans cette nouvelle Église. On ne trouvait ni temps pour les instruire, ni&#13;
moyen de leur donner horreur de ce péché ; car ils étaient toujours saouls&#13;
ou gueux, c’est-à-dire ou incapables d’écouter ou dans la nécessité d’aller&#13;
chercher à vivre dans les bois.&#13;
C’est ce qui a fort touché le cœur de Mgr de Pétrée, qui, voyant les affaires&#13;
de ce nouveau christianisme en danger de se ruiner, s’il n’obviait à ces&#13;
malheurs, a appliqué tous ses soins à trouver remède à ce mal, qui avait&#13;
paru jusqu’alors incurable. Et il l’a heureusement trouvé ; car après que les&#13;
ordres du roi et les règlements des gouverneurs ont paru inefficaces, ayant&#13;
excommunié tous ceux des Français qui donneraient des boissons aux&#13;
Sauvages capables de les enivrer, il a retranché tous ces désordres qui n’ont&#13;
plus paru depuis l’excommunication, tant elle a été accompagnée des&#13;
bénédictions du ciel ; ce qui a tellement surpris nos meilleurs et plus sages&#13;
107&#13;
&#13;
NDLR : côtoyé.&#13;
- 118 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-2&#13;
&#13;
Sauvages, qu’ils sont venus exprès en faire remerciement de la part de toute&#13;
leur nation à Mgr de Pétrée, lui confessant qu’ils ne pouvaient assez admirer&#13;
la force de sa parole, qui a achevé en un moment ce qu’on n’avait pu faire&#13;
depuis si longtemps.&#13;
[p. 112] : Une bonne Huronne, parlant de Mgr de Pétrée, dit qu’elle ne peut&#13;
s’imaginer de voir un homme quand il est revêtu de ses habits pontificaux ;&#13;
qu’il semble respirer un air du ciel et qu’elle ne pourrait pas davantage&#13;
respecter un ange du paradis. Elle ajoute que, quand elle le rencontre dans&#13;
les rues, elle se retire pour le laisser passer ou bien s’enfuit d’un autre côté&#13;
pour ne pas lui faire horreur par sa présence, estimant qu’une si grande&#13;
pécheresse n’est pas digne d’être vue, ou de s’approcher d’un si saint&#13;
homme.&#13;
DOC. XXII-2. EXTRAIT DE LA RELATION DES JÉSUITES DE 1661-1662&#13;
&#13;
Doc. XXII-2&#13;
Extrait de la Relation des années 1661-1662, vol. 47&#13;
[p. 160] : Nous avons fermé les yeux, il y a quelque temps, à un bon Huron&#13;
nommé Louis Aquiennhio, qui est mort en saint. Mgr l’évêque de Pétrée, qui&#13;
a de grandes tendresses pour ces pauvres Sauvages*, ayant eu la bonté de&#13;
le visiter dans le fort de son mal et lui ayant fait gagner l’indulgence des&#13;
moribonds, il s’écria ensuite : « Jésus, enlève-moi, je n’ai plus rien à faire en&#13;
ce monde […] ».&#13;
DOC. XXII-A. EXTRAIT DE LA RELATION DES JÉSUITES DE 1664-1665&#13;
&#13;
Doc. XXII-A&#13;
Extrait de la Relation des années 1664-1665, vol. 49&#13;
&#13;
[p. 88-90] Une bonne Huronne, à qui Dieu s’est communiqué très particulièrement&#13;
pendant le tremblement de terre de l’an passé, a inspiré une ferveur tout&#13;
extraordinaire à son mari, qui était fort lâche en la prière. Et comme ses entretiens&#13;
ordinaires sont des choses de Dieu et de l’autre monde, le plus petit de ses deux&#13;
enfants, qui a environ six ans, l’ayant ouï parler des effroyables peines d[e l]’enfer,&#13;
en fut si épouvanté qu’il lui demanda sur-le-champ permission de se retirer chez&#13;
nous, avec nos petits pensionnaires, afin d’être éloigné des occasions d’offenser&#13;
- 119 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-3&#13;
&#13;
Dieu. Sa mère lui répondit que les petits Français dans le Séminaire le battraient et&#13;
le maltraiteraient comme n’étant pas de leur nation. « Eh bien, repartit-il, que j’aille&#13;
donc demeurer chez Hariaouagui! (C’est le nom que les Hurons donnent à&#13;
Mgr l’évêque de Pétrée.) » Il fit tant d’instances qu’il fallut l’y mener et là, il reçut&#13;
l’assurance de la part de Mgr l’évêque que, quand il serait grand, il y serait admis, si&#13;
Dieu lui continuait ce bon désir. Voilà les fruits de la bonne éducation que les&#13;
parents donnent à leurs enfants lorsqu’ils leur inspirent la dévotion avec le lait.&#13;
DOC. XXII-3. EXTRAITS DE LA RELATION DES JÉSUITES DE 1667-1668&#13;
&#13;
Doc. XXII-3&#13;
Extraits de la Relation des années 1667-1668, vol. 51&#13;
&#13;
[p. 172-176] On commence aussi à s’appliquer à nos Sauvages* d’ici ; car depuis&#13;
quelques conférences que M. Talon a eues sur les intentions du roi, expliquées par&#13;
les dépêches reçues de M. Colbert, en ce qui regarde l’éducation des Sauvages et&#13;
leur conformité à nos mœurs, Mgr l’évêque de Pétrée et les pères jésuites ont déjà&#13;
mis dans leurs séminaires un nombre de petits garçons sauvages pour y être élevés&#13;
avec les enfants français ; ce que MM. les ecclésiastiques qui sont à Montréal ont&#13;
aussi pris résolution de faire, comme encore M. Talon, qui est dans les desseins de&#13;
faire élever cinq petites filles dans le séminaire des mères ursulines. […]&#13;
Mais parce que la mission devient plus ample que jamais dans une si vaste étendue&#13;
de pays et parmi tant de nations différentes, où il nous est permis d’aller&#13;
maintenant, la Providence divine y a pourvu d’une façon particulière, parce que&#13;
d’un côté, elle a augmenté le Séminaire de Mgr l’évêque de Pétrée établi à Québec&#13;
de quelques ecclésiastiques, [en] partie du pays, [en] partie venus de France, pour&#13;
se joindre à ceux qui cultivent tant de colonies différentes avec un zèle pareil à celui&#13;
qui les a fait mépriser les douceurs de la France pour se venir consumer ici par des&#13;
travaux inconcevables ; et d’un autre côté, cette même Providence nous a fourni&#13;
un puissant renfort par la venue de M. l’abbé de Queylus, avec plusieurs&#13;
ecclésiastiques tirés du Séminaire de Saint-Sulpice, lesquels vont joindre au&#13;
Montréal ceux qui y sont et dont deux ont été envoyés par Mgr de Pétrée cet été&#13;
dernier à une peuplade des Iroquois d’Oïogoüen, qui se sont placés depuis sur les&#13;
rives du nord du lac Ontario. […]&#13;
&#13;
- 120 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-3&#13;
&#13;
[p. 276-280] : Arrivée de M. l’évêque de Pétrée à Tadoussac pour y faire sa&#13;
visite.&#13;
Les heureux succès que Dieu a donnés aux armes du roi dans la NouvelleFrance faisant jouir nos Sauvages de Tadoussac, aussi bien que tous les&#13;
autres qui nous sont alliés, des agréables fruits de la paix, cette Église, que&#13;
la crainte de l’Iroquois avait dispersée çà et là, s’est heureusement réunie&#13;
dans son ancien poste, qui est l’embouchure de la rivière du Saguenay,&#13;
appelé Tadoussac. M. l’évêque le sachant et ayant été informé dès le&#13;
printemps de la satisfaction que les Sauvages de cette Église avaient donnée&#13;
à leur pasteur, qui avait hiverné avec eux dans les bois, fit savoir qu’il les&#13;
visiterait.&#13;
Cette nouvelle les consola beaucoup. Mais son arrivée à Tadoussac, qui fut&#13;
le 24 juin, les combla de joie, qu’ils firent paraître en sa réception ; car s’étant&#13;
trouvés au nombre de 400 âmes à son débarquement, ils témoignèrent par&#13;
la décharge de leurs fusils et par leurs acclamations le contentement qu’ils&#13;
avaient de voir une personne qui leur était si chère et dont la plupart avaient&#13;
souvent expérimenté les bontés.&#13;
Ils l’accompagnèrent ensuite en leur chapelle d’écorce, le feu ayant réduit&#13;
en cendre celle qu’on leur avait bâtie ; et là il leur fit dire le motif de son&#13;
arrivée en ce lieu, à savoir pour se conjouir avec eux de l’affection qu’ils&#13;
témoignent avoir envers leur christianisme, pour administrer le sacrement&#13;
de confirmation à ceux qui ne l’ont pas reçu et pour les assurer des bons&#13;
sentiments que le roi a pour eux, dont ils ont des marques bien évidentes&#13;
par la paix à laquelle il a forcé les Iroquois.&#13;
Cela fait, la charité de ce digne évêque les ravit, lorsqu’au sortir de la&#13;
chapelle ils le virent entrer dans leurs cabanes les unes après les autres, pour&#13;
y visiter les malades et les capitaines, consolant ceux-là par sa présence,&#13;
dont ils étaient confus, et par ses charités qu’il étendait sur eux, sur leurs&#13;
pauvres veuves et sur leurs orphelins et encourageant ceux-ci à appuyer la&#13;
foi de leur autorité et se maintenir toujours dans les devoirs de véritables&#13;
- 121 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-B&#13;
&#13;
chrétiens ; ce qu’il renouvela en un célèbre festin, leur recommandant&#13;
surtout de n’oublier jamais les obligations insignes qu’ils ont au roi, qu’ils&#13;
doivent considérer comme leur libérateur et comme celui à qui seul, après&#13;
Dieu, ils ont l’obligation de leur repos et de leur vie.&#13;
Les quatre jours suivants furent employés à disposer à la confirmation ceux&#13;
qui ne l’avaient pas encore reçue. Ce sacrement fut administré à diverses&#13;
reprises à 149 personnes. La dévotion avec laquelle ils l’ont reçue et qu’ils&#13;
ont fait paraître partout ailleurs a ravi Monseigneur et lui a fait avouer que&#13;
les peines qu’il a prises pour ce voyage lui donnent une satisfaction toute&#13;
particulière : de voir de ses propres yeux le christianisme en vigueur et la&#13;
piété régner parmi ces pauvres Sauvages autant et plus que parmi&#13;
beaucoup de nations policées.&#13;
Dieu réservait à cette mission la conversion de quelques Sauvages infidèles, qui ont&#13;
vécu longtemps parmi les chrétiens, avec une aversion étonnante du christianisme&#13;
et qui se sont trouvés si fortement touchés par la vue et par les instructions de&#13;
M. de Pétrée qu’ils ont changé tout d’un coup de résolution et n’aspirent plus&#13;
depuis ce temps-là qu’au baptême.&#13;
C’est un effet des bénédictions qui accompagne toujours le caractère et qui va&#13;
donner une nouvelle force à nos chrétiens, dans l’espérance qu’ils ont de jouir&#13;
encore les années suivantes du même bonheur.&#13;
DOC. XXII-B. EXTRAITS DE LA RELATION DES JÉSUITES DE 1667-1669&#13;
&#13;
Doc. XXII-B&#13;
Extraits de la Relation des années 1667-1669, vol. 52&#13;
Chapitre 9 : De la sainte mort de Cécile Gannendâris, Huronne&#13;
[p. 244] Le 6e jour de février de l’année 1669, Cécile Gannendâris mourut dans&#13;
l’hôpital de Québec après huit mois de diverses maladies. […] L’on ne savait ce qui&#13;
était le plus admirable : ou la patience de cette Sauvage* malade, ou la charité des&#13;
religieuses hospitalières, qui lui rendaient en cet état tous les services possibles.&#13;
Mgr de Pétrée, notre évêque, l’a visitée et l’a nourrie durant qu’elle était dans sa&#13;
cabane ; et quand elle a été à l’hôpital, il a toujours continué sa charité ordinaire, à&#13;
fournir de quoi l’entretenir de toutes choses. […]&#13;
- 122 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-4&#13;
&#13;
[p. 252] Son mari souffrit beaucoup auprès d’elle, mais les instructions et les bons&#13;
exemples de Cécile, l’ont récompensé plus que suffisamment de toutes ses peines.&#13;
Il avoue lui-même que jamais il ne s’est trouvé plus éclairé de la vérité de nos&#13;
mystères que durant une exhortation qu’elle lui fit après une visite, dont&#13;
Mgr de Pétrée l’avait honorée dans sa cabane. « Mon mari, lui dit-elle, quel moyen&#13;
de douter de la vérité et de la bonté d’une religion qui enseigne et qui commande&#13;
à ceux qui la suivent, quoiqu’ils soient nobles, riches et puissants, de s’abaisser&#13;
jusqu’à venir consoler une misérable créature comme moi, dans une aussi pauvre&#13;
cabane que la nôtre ? Pourquoi ce grand et saint prélat prendrait-il la peine de&#13;
m’apporter lui-même en personne ce qu’il a de meilleur, s’il n’était assuré de la&#13;
récompense que Dieu promet à ceux qui secourent les misérables ? […] »&#13;
[p. 256] Cette illustre chrétienne n’eut pas plutôt rendu son âme à son Créateur,&#13;
que par l’ordre de Mgr l’évêque, l’on sonna toutes les cloches de la paroisse de&#13;
Québec ; ce qui ne se pratique point ordinairement à la mort des Sauvages. Le&#13;
lendemain, on lui fit un service solennel dans l’église de la paroisse. […]&#13;
DOC. XXII-4. EXTRAITS DE LA RELATION DES JÉSUITES DE 1669-1670&#13;
&#13;
Doc. XXII-4&#13;
Extraits de la Relation des années 1669-1670, vol. 53&#13;
[p. 94] Tous les Sauvages* chrétiens qui sont morts cette année aux environs de&#13;
Québec et du cap de la Madeleine ont fait voir comme la foi était fortement établie&#13;
dans leurs âmes. […] La mort de tant de Sauvages a touché sensiblement le cœur&#13;
de Mgr de Pétrée, notre évêque, qui leur sert de protecteur et de père. Il a fait faire&#13;
un service solennel pour le repos de leurs âmes et comme il travaille de toutes ses&#13;
forces à cultiver l’Église des Français, il n’oublie aussi rien pour convertir les pauvres&#13;
Sauvages et étendre ainsi les bornes de l’empire de Jésus-Christ dans un pays si&#13;
vaste et peuplé d’un si grand nombre de Barbares.&#13;
[p. 108-112] La bonté de la Sainte Vierge, qui avait eu un soin si&#13;
extraordinaire de l’aider à faire une si belle mort, porta encore plus loin son&#13;
assistance ; car aussitôt que l’on eût porté à Québec les nouvelles de son&#13;
trépas, elle inspira à Mgr l’évêque de lui faire un service solennel dans la&#13;
grande église paroissiale. Aussitôt, il donna ordre à un de nos pères de me&#13;
mander que je fisse apporter le corps à Québec pour l’y enterrer, après&#13;
qu’on y aurait célébré la sainte messe pour le défunt.&#13;
- 123 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-4&#13;
&#13;
Le lendemain 22e de février, Notre-Seigneur modéra la rigueur du froid, qui avait&#13;
duré plusieurs jours ; mais justement autant de temps qu’il en fallait pour apporter&#13;
ce corps à Québec, lui faire le service et l’enterrer. Puis, le froid et le mauvais temps&#13;
recommencèrent tout de nouveau. Il n’y eut quasi pas un habitant du bourg&#13;
des Hurons qui n’accompagnât le corps de leur bon capitaine. Les hommes,&#13;
les femmes et les enfants, tous voulurent lui rendre les derniers devoirs.&#13;
Mais lorsqu’ils arrivèrent à Québec, ils furent surpris de voir l’appareil avec&#13;
lequel se fit le service. Il y avait quantité de torches allumées autour du&#13;
corps ; tout le clergé assista à la grand-messe des morts, qu’on chanta avec&#13;
les cérémonies les plus solennelles de l’Église. Mais surtout la présence de&#13;
Mgr l’évêque et la dévotion avec laquelle il priait pour le défunt ravi[rent]&#13;
tellement ces pauvres gens, qu’ils ne savaient s’ils devaient plutôt pleurer&#13;
de joie pour l’honneur qu’on rendait à un de leurs compatriotes que de&#13;
tristesse pour sa mort.&#13;
Après qu’on eût mis le corps en terre, sa femme, qui avait assisté à toute la&#13;
cérémonie, me tira à part pour me mettre un grand collier de porcelaine de plus de&#13;
4 000 grains, avec une peau d’orignal très bien peinte à leur façon, me disant :&#13;
Mon Père, je n’ai jamais, grâce à Dieu, recherché des biens de la&#13;
terre, mais je vous avoue que maintenant je voudrais en avoir pour&#13;
les distribuer aux gens de bien, pour les engager à procurer au plus&#13;
tôt par leurs prières, l’entrée du paradis à mon mari. Ce collier est&#13;
pour la maison de Mgr l’évêque et pour la vôtre et cette peau pour&#13;
les religieuses ursulines et hospitalières, afin que tout ce que vous&#13;
êtes de serviteurs et de servantes de Dieu, vous continuiez à&#13;
secourir de vos prières l’âme du pauvre défunt.&#13;
&#13;
[p. 130] L’an passé, on envoya à notre R. P. supérieur une statue de la bienheureuse&#13;
Vierge, faite du chêne dans lequel il y a plusieurs années qu’on trouva une image&#13;
miraculeuse de Notre-Dame de foi, près de la ville de Dinan, au pays de Liège ; et&#13;
comme ceux qui envoyaient cette statue avaient témoigné qu’ils souhaitaient&#13;
qu’elle fut placée en quelque chapelle où les Sauvages font ordinairement leurs&#13;
exercices de piété, afin qu’ils y puissent honorer la Mère de Dieu et lui demander&#13;
les grâces nécessaires pour la conversion de tous ces peuples de la NouvelleFrance. Le R. P. supérieur ne douta point que la divine Providence ne lui eût ménagé&#13;
- 124 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-5&#13;
&#13;
ce précieux don, pour une petite église qu’on venait d’achever dans une bourgade&#13;
des Hurons, éloignée d’une lieue et demie de Québec, que Mgr notre évêque avait&#13;
voulu qu’on dédiât à Notre-Dame, sous le titre de l’Annonciation.&#13;
DOC. XXII-5. EXTRAITS DE LA RELATION DES JÉSUITES DE 1676&#13;
&#13;
Extraits 108&#13;
&#13;
Doc. XXII-5&#13;
de la Relation de l’année 1676, vol. 59 et 63&#13;
&#13;
Comme nous l’avons dit plus haut, les Relations des Jésuites des années1673 à&#13;
1679 ne furent pas publiées avec les autres du 17e siècle, mais les manuscrits&#13;
furent conservés. En 1881, le P. Félix Martin, jésuite, en fit une édition en deux&#13;
volumes, Paris, Douniol. Les mêmes textes furent reproduits dans l’édition&#13;
Thwaites. Nous donnons ici un bref extrait de la Relation de 1676, au sujet de la&#13;
visite pastorale que fit le Serviteur de Dieu à Montréal et aux alentours cette&#13;
année-là. Le supérieur de Québec et le P. Cholenec étaient les Jésuites de la&#13;
mission de La Prairie-de-la-Madeleine.&#13;
&#13;
Visite que Mgr l’évêque de Québec et M. l’intendant ont rendue aux Sauvages* de&#13;
La Prairie-de-la-Madeleine, où est établie la mission de Saint-François-Xavier&#13;
[Vol. 59, p. 268-290] : Le 20e jour de mai, le R. P. Claude Dablon, supérieur de la&#13;
mission de la Compagnie de Jésus en la Nouvelle-France, étant ici à faire sa visite,&#13;
nous apprîmes que Mgr de Laval, premier évêque de Québec, n’était qu’à trois&#13;
lieues de Montréal, où il devait faire son entrée le lendemain. À cette nouvelle, le&#13;
père supérieur prit avec lui le P. Cholenec pour s’en aller saluer Sa&#13;
Grandeur. Ils trouvèrent ce prélat apostolique avec le train et l’équipage&#13;
d’un prince de la primitive Église. Ce grand homme, pour sa naissance et&#13;
encore plus pour ses vertus, qui ont fait tout récemment l’admiration de la&#13;
France et qui, dans son dernier voyage en Europe, lui ont justement mérité&#13;
l’estime et l’approbation du roi ; ce grand homme, dis-je, faisant la visite en&#13;
son diocèse, était mené dans un petit canot d’écorce par deux paysans, sans&#13;
aucune suite que d’un ecclésiastique seulement et sans rien porter qu’une&#13;
crosse de bois, qu’une mitre fort simple et que le reste des ornements&#13;
absolument nécessaires à un évêque d’or, comme le disent les auteurs, en&#13;
parlant des premiers prélats du christianisme. Comme il se trouvait dans ce&#13;
misérable canot, exposé à toutes les injures de l’air, il arriva à Montréal après avoir&#13;
reçu toute la pluie, qui fut excessive en ces quartiers, le 21e jour du mois.&#13;
108&#13;
NDLR : Nous avons inclus deux extraits des Relations des Jésuites décrivant la visite de&#13;
Mgr de Laval à la Prairie de-la-Madeleine en 1676.&#13;
&#13;
- 125 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-5&#13;
&#13;
La fête de la Pentecôte, qui était proche, l’obligeant de s’arrêter dans cette île pour&#13;
la consolation des Français, dont plusieurs ne l’avaient pas encore vu, il donna&#13;
parole à nos pères que, dès le lundi suivant, 25 de mai, il irait visiter leur mission&#13;
de Saint-[François-]Xavier, à La Prairie-de-la-Madeleine ; et il les pria de témoigner&#13;
aux Sauvages les tendresses de l’affection qu’il avait pour eux. Cette nouvelle&#13;
réjouit infiniment tout le bourg ; et comme on a toujours donné à nos&#13;
catéchumènes et à nos néophytes toute l’estime due au caractère et au mérite&#13;
d’un si digne évêque, on ne peut exprimer ni la joie que leur causa la seule&#13;
espérance de le voir ni la ferveur qu’ils apportèrent d’eux-mêmes à disposer toutes&#13;
choses pour le recevoir à leur manière, le mieux qu’il leur serait possible.&#13;
C’est pourquoi, dès le même jour, ils commencèrent à nettoyer et à aplanir les&#13;
avenues, les rues et la place de leur village ; ce qu’ils continuèrent encore le&#13;
lendemain, veille de la Pentecôte. Le lundi, qui en était la deuxième fête, ayant&#13;
entendu la sainte messe, ils demandèrent au P. Frémin, leur principal missionnaire,&#13;
la permission de travailler aux préparatifs qu’ils n’avaient pu faire plus tôt. L’ayant&#13;
obtenue, ils allèrent tous au bois et en rapportèrent chacun leur charge de&#13;
branchages, dont ils formèrent une allée agréable dans la grande place, qui est&#13;
depuis leur chapelle, jusqu’au fleuve Saint-Laurent. Au bout de cette allée, sur le&#13;
bord de la rivière, par où Monseigneur devait arriver, ils avaient placé une petite&#13;
estrade élevée sur l’eau d’environ deux pieds. Au milieu de la même allée, ils&#13;
avaient dressé un berceau et ils l’ornèrent de divers feuillages, afin que&#13;
Mgr l’évêque y put recevoir leur premier compliment.&#13;
Joignant l’échafaud, ils avaient disposé une longue allée de branchages, par&#13;
laquelle on put aller à l’ombre des feuilles, depuis le bord de l’eau jusqu’à l’église :&#13;
au milieu de cette allée, qui était de 200 ou 300 pas, était préparé un cabinet de&#13;
verdure avec des sièges de gazon, où devait se faire le deuxième compliment ; et à&#13;
la porte de l’église, où l’allée se terminait, était encore un autre berceau de&#13;
feuillage où Monseigneur devait être harangué pour la troisième fois. Les choses&#13;
étant ainsi disposées et tous les Sauvages d’un côté, avec leurs plus beaux&#13;
ornements s’étant rangés sur le rivage et de l’autre, tous les Français qui habitent&#13;
cette côte en assez bon nombre, on ne faisait plus qu’attendre la venue de&#13;
Mgr l’évêque.&#13;
Il était à Montréal, où il avait fait son entrée deux jours auparavant, et le 3e [mai]&#13;
l’après-midi, il monta en canot pour traverser jusqu’ici, ayant près de deux lieues à&#13;
faire par le chemin qu’il devait tenir. Pendant qu’il navigue, il est bon de remarquer&#13;
- 126 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-5&#13;
&#13;
en passant quel est l’équipage de ce grand prélat en faisant ses visites : il n’avait&#13;
avec lui pour train qu’un ecclésiastique et deux personnes pour conduire un petit&#13;
canot d’écorce dans lequel il était. C’est une voiture bien dangereuse quand on n’a&#13;
pas des hommes bien experts dans cette sorte de navigation et bien sujette à des&#13;
incommodités, puisqu’on y est exposé à toutes les injures de l’air et, de fait, le jour&#13;
où il arriva à Montréal, il fut exposé à une grosse pluie qu’il reçut sur lui pendant&#13;
plus de trois lieues.&#13;
Par bonheur, le temps était fort beau le jour qu’il choisit pour nous honorer de sa&#13;
visite. Sur les 3 heures du soir, on vit paraître de loin son canot sur une espèce de&#13;
lac que fait la rivière, qui s’élargit beaucoup en cet endroit-là. Notre père supérieur,&#13;
qui était alors ici, s’embarqua aussitôt pour aller à la rencontre de Sa Grandeur et&#13;
le salua à un petit quart lieue loin du bord de l’eau. La cloche de l’église&#13;
commençant en même temps de sonner, chacun accourut où Monseigneur devait&#13;
débarquer. Le P. Frémin se mit sur la droite, à la tête de tous ses Sauvages, et le&#13;
P. Cholenec prit la gauche, ayant avec soi tous les Français. Quand le canot de&#13;
Monseigneur fut à la portée de la voix, le capitaine des Hurons, avec les anciens de&#13;
la même nation, s’étant placés sur l’échafaud dont nous avons parlé, cria tout haut :&#13;
« Évêque, arrête ton canot et écoute ce que j’ai à te dire ! » On avait prié&#13;
Mgr l’évêque de souffrir que nos Sauvages usassent de leurs cérémonies ordinaires&#13;
quand ils font des réceptions et s’étant fait expliquer ce compliment, il prit plaisir à&#13;
cette naïveté et s’arrêta volontiers pour écouter ces deux orateurs, qui le&#13;
haranguèrent l’un après l’autre en l’assurant de leur joie et de leur respect.&#13;
L’espérance qu’ils avaient que sa présence les comblerait des bénédictions du ciel&#13;
en le louant de son esprit, de sa vertu et de sa dignité, qui l’élevaient tant au-dessus&#13;
des autres maîtres de la foi et de la prière, et en l’invitant à prendre terre chez&#13;
eux qu’ils le conduiraient d’abord dans la maison du grand Maître de nos vies.&#13;
Monseigneur mit alors pied à terre et s’étant revêtu de son camail et de son rochet,&#13;
il donna sa bénédiction à tout le monde, qui étaient à genoux. Le P. Frémin entonna&#13;
aussitôt le Veni Creator en langue iroquoise et fut secondé de tous ses Sauvages,&#13;
hommes et femmes. Selon leur coutume, ils le suivirent aussi dans l’espèce de&#13;
procession qu’il commença le long de l’allée, qui avait été faite pour ce sujet.&#13;
Monseigneur marchait après eux, suivi de tous les Français, qui chantèrent en latin&#13;
le Veni Creator alternativement avec les Sauvages. On arriva en cet ordre au&#13;
premier berceau, sous lequel Monseigneur s’étant arrêté, un capitaine des&#13;
Onontagués et un ancien des Onneiouts le haranguèrent au nom de toutes les&#13;
- 127 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-5&#13;
&#13;
Cinq Nations iroquoises. Après quoi, on s’avança jusqu’au deuxième berceau, sous&#13;
lequel Sa Grandeur fut haranguée pour la troisième fois, par notre fervent dogique,&#13;
catéchiste nommé Paul, qui étant accoutumé à parler souvent en public pour&#13;
instruire ses frères, fit ici son compliment avec une force d’esprit, une piété et une&#13;
éloquence incroyables dans un Sauvage. Étant donc monté sur un tronc d’arbre qui&#13;
lui servait de chaire, il ôta son chapeau, fit le signe de la croix et élevant ses yeux&#13;
avec sa voix au ciel, il remerci[a] Dieu de la grâce qu’il leur faisait de leur envoyer&#13;
le saint évêque, son lieutenant, et demanda encore celle de profiter de sa visite.&#13;
Ensuite, s’adressant à Sa Grandeur, il la loua de son zèle et de sa charité pour les&#13;
âmes, en lui rendant mille actions de grâce pour ses soins également étendus sur&#13;
les Français et sur les pauvres Sauvages. Ce discours fini, Monseigneur entra dans&#13;
l’église, où le P. Cholenec, en surplis, lui présenta l’eau bénite et fit après le salut&#13;
du Saint-Sacrement, où les Français et les Sauvages chantèrent encore à deux&#13;
chœurs le Pange Lingua, l’Ave Maris Stella et le Domine Salvum Fac Regem ; après&#13;
quoi, les Sauvages seuls, hommes et femmes alternativement, chantèrent un&#13;
second motet du Saint-Sacrement.&#13;
Le salut achevé, Monseigneur étant entré en notre maison, comme il vit que les&#13;
Sauvages le suivaient, il fit entrer les hommes, leur donnant à tous sa main à baiser&#13;
et leur faisant plusieurs caresses, nommément à ceux qu’on lui disait être les plus&#13;
fervents. Étant passé dans une autre chambre, il permit aux femmes d’y entrer pour&#13;
louer leur piété, à proportion du bien qu’on lui dît de chacune d’elles. Enfin, il les&#13;
congédia en leur donnant à tous sa bénédiction. Des Iroquois infidèles, arrivés&#13;
depuis peu de leur pays et qui ne respiraient que la guerre et la fierté, la reçurent&#13;
aussi en rendant à Sa Grandeur tous les mêmes devoirs et toutes les mêmes&#13;
soumissions que nos chrétiens, comme si la présence d’un si bon pasteur eut&#13;
changé ces cruels loups en de doux agneaux.&#13;
Le lendemain, qui était la troisième fête de la Pentecôte, fut véritablement jour de&#13;
descente du Saint-Esprit sur cette mission, par la grâce des sacrements que&#13;
Monseigneur y conféra avec toute la joie et la bonté possible et que nos Sauvages&#13;
reçurent avec une modestie et une dévotion admirable. [Il] commença dès le grand&#13;
matin par le baptême de dix adultes, quatre hommes et six femmes ; il continua par&#13;
trois mariages qu’il fit, après quoi il dit la sainte messe, pendant laquelle nos&#13;
Sauvages chantèrent et communièrent, pour la plupart de sa main. Il leur donna&#13;
encore la confirmation, en permettant aussi aux Français qui ne l’avaient pas reçue&#13;
de se joindre aux Sauvages, pour lesquels seuls il était venu, à ce qu’assure le&#13;
&#13;
- 128 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-5&#13;
&#13;
P. Frémin, [qui] leur répéta en [langue] sauvage le sermon que Sa Grandeur leur fit&#13;
en notre langue.&#13;
La matinée s’étant ainsi passée, on fit en son nom un festin à tous nos Sauvages&#13;
dans la cabane du dogique, une grande cabane. Comme ils surent que Sa Grandeur&#13;
devait assister, ils préparèrent pour lui et pour sa suite des places qu’ils ornèrent&#13;
de tous ce qu’ils avaient de plus beau. Le festin, qui fut plus long en harangues, en&#13;
chants et en cérémonies semblables qu’à manger étant achevé, Monseigneur, ne&#13;
se contentant pas de cette faveur faite à tous en général, voulut encore, par un&#13;
excès de sa bonté et de sa condescendance ordinaire, visiter chaque famille et&#13;
chaque particulier en sa cabane propre ; de quoi nos Sauvages ne furent pas plutôt&#13;
aperçus que, pour reconnaître une faveur si grande, ils ornèrent leurs cabanes de&#13;
tout ce qu’ils avaient de plus précieux dans leurs petits magasins, préparant une&#13;
place pour y faire asseoir Sa Grandeur et étendant à terre les uns des branchages,&#13;
les autres des nattes bien travaillées, d’autres de belles peaux, d’autres des&#13;
couvertures de ratine et de semblables étoffes, nettoyant les rues par où il devait&#13;
passer et les embellissant autant qu’ils le pouvaient.&#13;
Monseigneur fut bien content et édifié de tous ces sincères témoignages&#13;
d’affection et de respect et quoiqu’il se fît tard lorsqu’il eut visité tout le monde,&#13;
l’ardeur que montrèrent quelques parents à lui faire baptiser leurs enfants fut la&#13;
cause que nous lui en présentâmes sept, auxquels il conféra tout aussitôt ce&#13;
sacrement. Après quoi, il assista au salut qui se fit comme le jour précédent. Le&#13;
lendemain matin, ayant encore voulu dire la messe de nos Sauvages, qui y&#13;
chantèrent très bien à leur ordre, il reprit le chemin de Montréal, tout le monde&#13;
l’accompagnant jusqu’à la rivière, comme on l’avait fait à son arrivée. Lorsqu’il fut&#13;
près d’entrer dans son canot, on se mit à genoux pour recevoir sa bénédiction qu’il&#13;
donna encore à toute l’assemblée, qui le suivit tant qu’elle put des yeux et dont il&#13;
emporta tous les cœurs, en lui laissant le sien.&#13;
Nous eûmes loisir d’entretenir Mgr l’évêque, pendant qu’il fut ici, de quelques-uns&#13;
de nos Sauvages dont la vertu éclatait davantage, outre la satisfaction qu’il&#13;
témoigna avoir de tout ce qu’il avait vu et du bon état où il trouvait cette mission.&#13;
Il prit surtout plaisir au récit que nous lui fîmes de la mort précieuse d’un jeune&#13;
Iroquois chrétien.&#13;
&#13;
- 129 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-5&#13;
&#13;
Une des choses par où ce saint prélat et sa suite remarquèrent mieux la solide vertu&#13;
des Sauvages de cette mission et qui les ravit davantage fut que la joie de toute&#13;
cette fête ne fut point troublée par la plus funeste nouvelle qui pût arriver pour ce&#13;
bourg. Comme depuis quelque temps on était en peine d’une bande de chasseurs&#13;
entre lesquels était le capitaine des Agniers, un des plus considérables [groupes]&#13;
de tous les Iroquois et qui de plus sont d’excellents chrétiens, le mardi au matin,&#13;
comme on était prêt de dire la messe, un Sauvage arriva de Québec, qui assura&#13;
qu’en passant par les Trois-Rivières, il avait appris des Sauvages loups que d’autres&#13;
de leur nation auraient tué les chasseurs dont on était en peine à La Prairie.&#13;
Quoique cette nouvelle se soit dans la suite trouvée fausse, grâce à Dieu,&#13;
cependant elle fut crue de tout le monde pour véritable ; et ainsi, suivant la&#13;
coutume des Sauvages dans de pareilles occasions, tous les parents de ceux dont&#13;
on avait annoncé la mort devaient se tenir renfermés chez eux sans paraître à&#13;
aucune action publique, si est-ce que non seulement ils assistèrent tous au divin&#13;
service, auquel ils reçurent le sacrement de pénitence, d’eucharistie et de&#13;
confirmation, mais encore la femme de ce capitaine, toute abîmée dans la douleur,&#13;
ajouta à toutes ses dévotions celle de présenter à la messe le pain bénit qu’elle&#13;
devait donner ce jour-là et dit ensuite la quête par l’église avec toutes les civilités&#13;
d’une dame française et avec une modestie, une force d’esprit et une résignation&#13;
aux ordres de Dieu infiniment plus grande.&#13;
Mgr l’évêque, ayant appris après la messe ce qui était arrivé et ayant été informé&#13;
de la parfaite amitié que cette femme forte avait pour son mari, loua hautement&#13;
sa vertu et lui témoigna, par tout ce qu’il put, la part qu’il prenait à sa perte et à&#13;
celle des Iroquois, qui croyaient leurs gens morts ; ainsi tout le stratagème qu’il&#13;
semblait que le démon n’avait inventé que pour jeter le désordre dans les esprits&#13;
et pour empêcher les fruits de la visite de Mgr l’évêque ne servit qu’à faire éclater&#13;
davantage la vertu de nos nouveaux chrétiens et qu’à augmenter la juste estime où&#13;
est cette mission.&#13;
M. l’intendant n’en a pas conçu moins d’opinions dans la visite qu’il y fit peu après.&#13;
Cet illustre ministre de Sa Majesté, dont l’arrivée a été si heureuse à la NouvelleFrance et qui, par sa piété, sa douceur, son intégrité, son ardeur d’obliger tout le&#13;
monde et son application aux affaires, remplit si dignement toutes les charges,&#13;
arriva dans la ville de Montréal un samedi au soir, 20 juin ; il prit aussitôt [un] jour&#13;
pour venir visiter nos Sauvages à La Prairie, où il se rendit en effet le samedi suivant,&#13;
- 130 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-5&#13;
&#13;
accompagné de M. d’Ambrant, son fils aîné, de M. Perrot, gouverneur de Montréal,&#13;
et de plus de 50 personnes des plus considérables du pays, entre lesquelles était&#13;
M. le curé de Montréal.&#13;
Comme nos Sauvages ont l’obligation à ce digne intendant d’une belle terre d’une&#13;
lieue et demie qu’il leur a accordée, parce que celle de La Prairie, étant dans un&#13;
fond, n’est pas propre pour le blé d’Inde, cela leur fut une indicible joie de le voir&#13;
arriver sur le soir par un très beau temps et avec une suite de 12 ou 15 canots. Il&#13;
n’eut pas lui-même moins de joie de voir sur le rivage un si grand nombre de&#13;
Sauvages chrétiens, qui étaient venus au-devant de lui et dont il connaissait la foi&#13;
et la piété par la réputation qu’ils se sont justement acquise. Après avoir salué,&#13;
selon leur coutume, nos pères et eux le conduisirent à l’église, où il fit ses prières&#13;
devant le Saint-Sacrement. Ensuite, pour montrer aux Sauvages qu’il était venu&#13;
pour eux, il alla à leur village, qui était un peu éloigné de la chapelle, et ayant passé&#13;
quelque temps dans les cabanes à donner mille marques de son amitié et de sa&#13;
vertu, il retourna à l’église, d’où on alla processionnellement au bûcher préparé&#13;
pour la fête de Saint-Jean, qui tombait le lendemain.&#13;
Le P. Frémin marchait à la tête des Sauvages, puis le porte-croix avec deux enfants&#13;
en surplis qui portaient les chandeliers, après lesquels marchait le P. Cholenec, qui&#13;
servait de diacre à M. le curé de Montréal, que l’on avait prié d’officier ;&#13;
M. l’intendant suivait et avait après lui M. le gouverneur de Montréal et un grand&#13;
nombre de Français ; sur les deux côtés de cette longue procession s’était rangée,&#13;
en haie et en armes, la jeunesse sauvage à la gauche et la française à la droite,&#13;
ayant à sa tête le fils de M. l’intendant. Ils firent tous plusieurs décharges, à l’instant&#13;
où M. l’intendant eut commencé de mettre le feu au bûcher et où l’officiant eut&#13;
entonné le chant ordinaire ; ce chant fut continué par les Français et les Sauvages&#13;
qui chantaient en deux chœurs, ceux-ci en latin et ceux-là en iroquois. Si&#13;
M. l’intendant témoigna après cette cérémonie qu’il avait été ravi du chant et&#13;
principalement de la dévotion de nos Sauvages, qui avaient assisté à cette&#13;
procession en silence et prière, nos Sauvages ne furent pas moins édifiés de l’y&#13;
avoir vu toujours nu-tête, son chapelet à la main et avec les marques de cette haute&#13;
piété dont il fait une profession exemplaire. Il nous en donna encore de nouvelles&#13;
preuves, soit par le peu qu’il prit pour la collation de ce jour-là, qui était la vigile de&#13;
Saint-Jean, soit le lendemain par la dévotion qu’il fit paraître en entendant la messe&#13;
et en recevant les sacrements de pénitence et d’Eucharistie. Comme pendant tout&#13;
ce temps nos Sauvages chantèrent en leur langue, alternativement les hommes&#13;
d’un côté et les femmes de l’autre, il témoigna de leur chant lui avait donné bien&#13;
- 131 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-5&#13;
&#13;
de la dévotion et de la joie de voir Dieu loué et servi par des gens qui vivaient, il y a&#13;
peu d’années, plutôt en bête qu’en hommes.&#13;
Avant le dîner, il tint chez nous un conseil général de tous les Sauvages qui étaient&#13;
à La Prairie, savoir des Cinq Nations iroquoises, des Hurons et des Loups ; leur ayant&#13;
par son interprète donné de grandes louanges de leur zèle et de leur fidélité pour&#13;
le culte de Dieu et pour le service du roi, il les exhorta de continuer et leur promit&#13;
tout ce qui pourrait dépendre de sa personne ; il accompagna son discours de beaux&#13;
présents pour ces peuples, au nom desquels il fut remercié par le capitaine de&#13;
La Prairie. En se mettant à table, il fit asseoir à ses côtés nos capitaines, but à leur&#13;
santé et voulut qu’ils bussent à la sienne, ne pouvant se lasser de leur témoigner&#13;
son affection. C’est pourquoi, après son dîner, il fit faire un festin à tout le village&#13;
dans la plus grande de toutes les cabanes, où il eut la bonté de demeurer plus de&#13;
deux heures pour assister à toutes leurs cérémonies, quoiqu’il fît une chaleur&#13;
insupportable. Au sortir de là, on lui présenta un petit Sauvage de six à sept ans&#13;
pour le tenir sur les fonts de baptême, ce qu’il fit en le nommant François-Xavier, à&#13;
cause de la dévotion qu’il a pour ce grand patron de notre mission.&#13;
Après nous avoir donné toutes les marques et plusieurs autres encore de sa solide&#13;
piété et de sa cordiale affection, il s’en retourna à Montréal avec toute sa suite,&#13;
pendant que tous nos pauvres Sauvages, l’ayant reconduit jusqu’à la rivière,&#13;
l’accompagnaient du cœur et des yeux. Il leur rendit comme une seconde visite&#13;
quelque temps après, laquelle ne fut pas moins obligeante que la première. Mais&#13;
pour ne pas user de redite, je dirai seulement qu’elle fut plus familière, étant venu&#13;
cette fois pour la troisième fois et qu’elle lui coûta beaucoup plus à cause de la&#13;
pluie et de l’orage dont il fut surpris en chemin. Cependant, toute l’eau qui tomba&#13;
ne ralentit rien du feu de sa charité et de son zèle pour le bien de nos pauvres&#13;
Sauvages.&#13;
1676&#13;
[Vol. 63, p. 188-192] : C’est une merveille de voir l’état de la mission étant si&#13;
nouvelle que les Sauvages n’avaient point encore entendu parler de la&#13;
confirmation. Que seront-ils donc quand le Saint-Esprit sera descendu sur eux,&#13;
comme il le fera cette année ? Mgr de Québec, qui avait conféré dans son église&#13;
cathédrale le baptême aux six premières personnes de la mission, vient achever&#13;
son ouvrage au mois de mai : la narration est bien au long dans la relation de 1672.&#13;
&#13;
- 132 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXII-5&#13;
&#13;
L’estime que les Sauvages faisaient de la personne qui touche de plus près NotreSeigneur parmi celles de tous les prêtres marquait le fond de leur âme. Lorsqu’ils&#13;
surent que Monseigneur arrivait à La Prairie, ils firent sur l’eau un échafaud pour&#13;
débarquer commodément. Ils avaient bordé le chemin de branchages et l’allée se&#13;
terminait par un trône pratiqué avec du gazon et de la verdure, où Monseigneur&#13;
ayant pris place, il reçut les compliments que les capitaines lui firent le lendemain&#13;
de la Pentecôte, qui se célébrait alors. [Ce] fut un temps favorable pour donner la&#13;
confirmation, qu’il conféra à plus de 80 Sauvages et, dans l’espace de trois années,&#13;
il en confirma plus de 200. Ce sacrement a produit merveilleusement son effet : le&#13;
démon redoubla ses efforts pour ruiner la mission en s’attaquant tant aux&#13;
particuliers qu’au public. Le dogique fut attaqué en premier par une perte qu’il fit&#13;
d’un de ses enfants, nommé Alexis ; à l’exemple de tous les enfants de cette&#13;
mission, il était âgé de six ans, aimé et caressé de tout le monde, d’un naturel riche&#13;
et porté à la dévotion. Cette perte jeta ses parents dans une affliction mortelle. Ils&#13;
se consolèrent pourtant, offrant leur enfant à Dieu.&#13;
La pauvreté est non pas un fléau de la mission, mais une annexe qui la châtie de&#13;
temps en temps. Elle était si grande l’année passée que cette année elle a continué,&#13;
de telle sorte qu’elle a obligé la mission à quitter la terre de La Prairie pour en aller&#13;
chercher une à une lieue et quart plus haut, nommée le Sault-Saint-Louis ou de&#13;
Saint-Xavier, du titre de la mission. Notre-Seigneur veut assurément honorer sa&#13;
pauvreté dans celle des Sauvages ; car c’est une compagne qui les suit partout. Ils&#13;
ne demandent pas aussi d’en être délivrés, comme des autres tentations de la vie,&#13;
parce qu’elle augmente leur mérite. Quoiqu’il en soit, c’est la raison qui obligea la&#13;
mission de faire transmigration, laquelle se fit il y a neuf ans, au mois de juillet. Cela&#13;
ne s’est pas fait sans beaucoup de peine, les missionnaires n’ayant pour tout&#13;
logement qu’un méchant logis et pour chapelle, une cabane d’écorce dans laquelle&#13;
le supérieur de la mission logeait dans un coin pratique pour cela ; mais Dieu&#13;
récompensait, et les pères, et les enfants des grâces abondantes qu’il versait sur&#13;
les uns et sur les autres. On commença l’été à bâtir une chapelle de 60 pieds, qui&#13;
fut achevée à l’automne après. Cette chapelle fut bénite avec cérémonie et devint&#13;
illustre par les grâces que Dieu a versées sur ceux qui allaient prier Dieu dedans.&#13;
&#13;
- 133 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXIII&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XXIII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXIII&#13;
Lettres du Serviteur de Dieu au Saint-Siège, 1659-1685&#13;
La volumineuse correspondance du Serviteur de Dieu avec le Saint-Siège&#13;
constitue une collection de première importance. À travers elle, nous connaissons&#13;
plusieurs détails de sa vie apostolique, de son caractère, de son ministère, de son&#13;
zèle pour les âmes et l’état de l’Église naissante. D’un autre côté, celle-ci prouve&#13;
avec clarté la vénération, le respect et l’inaltérable soumission de Mgr de Laval&#13;
envers le Saint-Siège. Afin de mieux évaluer cette disposition d’âme du Serviteur&#13;
de Dieu envers le Siège apostolique, on devra se rappeler qu’il a vécu en plein&#13;
siècle de gallicanisme. Lorsqu’il partit pour le Canada, le jeune Louis XIV&#13;
commençait un règne qui laissait prévoir une influence toujours plus grande du&#13;
pouvoir royal dans le domaine politique et religieux.&#13;
Au Canada, Mgr de Laval rencontra des gouverneurs imbus des mêmes principes&#13;
politiques, désireux d’imiter sur leur territoire la puissance qu’avait le roi dans la&#13;
mère patrie et d’étendre ce pouvoir dans les affaires ecclésiastiques.&#13;
Quelle fut la conduite du Serviteur de Dieu en cette situation délicate ? Sa&#13;
correspondance avec le Saint-Siège le révèle et montre le soin qu’il mit à établir&#13;
son Église naissante sur les bases solides de l’union avec Rome.&#13;
Le caractère officiel de ces lettres implique certaines expressions imposées par le&#13;
protocole, mais, mises à part ces formules de chancellerie et ces termes de respect&#13;
et d’obéissance en usage dans la correspondance de tous ceux qui écrivaient au&#13;
Saint-Siège, ces lettres mettent en évidence les sentiments de dévotion du&#13;
Serviteur de Dieu envers le Siège apostolique.&#13;
L’importante quantité de lettres démontre le désir de Mgr de Laval de rester uni à&#13;
Rome. En effet, nous avons pu retrouver 46 lettres et 4 relations écrites en moins&#13;
de 25 ans ; et nous sommes d’avis qu’il en manque. Ce chiffre est considérable, si&#13;
l’on pense aux difficultés que rencontraient alors les communications entre&#13;
l’Amérique et l’Europe. Parmi ces blocs de correspondance, 18 sont adressés au&#13;
souverain pontife, 8 à divers cardinaux romains et le reste à la Congrégation de la&#13;
propagande. Nous avons ajouté à ces documents deux lettres écrites au nonce de&#13;
Paris, les considérant comme faisant partie de la correspondance avec le SaintSiège. Mgr de Laval maintint toujours une bonne relation avec les représentants&#13;
du pape à Paris, même après leur départ de cette ville 109. En font foi les lettres&#13;
qu’il écrivit aux cardinaux et à d’anciens nonces, ainsi que les réponses de ces&#13;
derniers.&#13;
Cette correspondance avec Rome s’étend sur toute la période du gouvernement&#13;
spirituel du Serviteur de Dieu au Canada : de 1659, date de sa nomination comme&#13;
vicaire apostolique, jusqu’à 1685, année de son dernier voyage en France pour&#13;
NDLR : En considérant l’inventaire fait par le CRHRC, entre 1659 et 1685, il écrivit 54 lettres&#13;
et mémoires au Saint-Siège et aux nonces : 17 lettres sont adressées aux souverains pontifes sous&#13;
lesquels Mgr de Laval gouverna l’Église du Canada – 5 au pape Alexandre VII, 3 à Clément IX, 4 à&#13;
Clément X et 5 au vénérable Innocent XI. Il y a une lettre à la Consistoriale, 16 lettres et 4 rapports&#13;
sur l’Église et les missions du Canada adressées à la Congrégation de la propagande, dont&#13;
Mgr de Laval dépendait, 16 lettres à divers cardinaux de curie et 2 lettres au nonce de Paris (et 1 à&#13;
l’ancienne nonce).&#13;
109&#13;
&#13;
- 134 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXIII&#13;
&#13;
présenter sa démission. Durant tout ce temps, il se montra fidèle à rédiger un&#13;
rapport annuel, lorsque des circonstances exceptionnelles ne l’en empêchèrent&#13;
pas. Il envoie parfois jusqu’à quatre lettres en une seule année.&#13;
Après sa démission, il se retira au Séminaire, où il demeura jusqu’à sa mort,&#13;
survenue en 1708. Durant sa retraite, il ne s’intéressa plus directement aux affaires&#13;
ecclésiastiques du Canada ; on ne trouve donc plus aucune lettre adressée au SaintSiège.&#13;
Cette collection de lettres nous démontre que le Serviteur de Dieu, soumis à&#13;
l’autorité du pape et de la Sacrée congrégation de la propagande, s’est affairé à&#13;
toutes les questions épineuses de son diocèse. Il traite du commerce des boissons&#13;
enivrantes avec les Autochtones, de l’implantation de l’hôpital de Montréal, etc.&#13;
Ses suppliques se font plus assidues et plus insistantes quand il s’agit de sa&#13;
juridiction spirituelle au Canada. Il désire imposer en Nouvelle-France le respect&#13;
et la soumission totale au Saint-Siège ; d’où ses remontrances contre l’archevêque&#13;
de Rouen, qui prétendait avoir droit de gouverner au Canada, et contre l’abbé de&#13;
Queylus, qui représentait les intérêts de cet archevêque en Amérique ; d’où aussi&#13;
ses suppliques pour la fondation d’un évêché titulaire, qui lui donnerait plus&#13;
d’autorité que le titre de vicaire apostolique face au pouvoir civil ; d’où enfin son&#13;
insistance pour obtenir que la nouvelle Église de Québec soit totalement&#13;
indépendante des archevêchés français et directement dépendante de Rome.&#13;
Pour toutes ces raisons, la correspondance du Serviteur de Dieu avec le SaintSiège a une grande valeur pour l’étude de ses vertus et de ses activités à titre de&#13;
fondateur de l’Église canadienne.&#13;
La majeure partie de cette correspondance est tirée des originaux conservés aux&#13;
Archives générales du Vatican et aux Archives de la Propagande. Ces originaux&#13;
sont écrits avec grand soin par un secrétaire et signés par Mgr de Laval ; seulement&#13;
deux sont entièrement de sa main. Les autres pièces sont des copies de l’époque&#13;
ou des minutes conservées dans lesdites archives ou au Séminaire de Québec.&#13;
Pour chaque document, nous indiquerons la source d’où il provient.&#13;
Il ne nous a pas paru nécessaire de reproduire en entier toutes les lettres, afin de&#13;
ne pas créer de répétitions. Ainsi, certaines lettres ont été entièrement omises,&#13;
tandis que d’autres ont été partiellement reproduites ; dans ce cas, nous donnons&#13;
un bref résumé des passages éliminés.&#13;
Ce dossier comprend seulement les lettres adressées par le Serviteur de Dieu au&#13;
Saint-Siège. Nous possédons plusieurs réponses à ces lettres, mais en général elles&#13;
n’apportent rien de plus à cette Positio. Les autres documents émis par le SaintSiège sont plutôt d’ordre public, comme les bulles, les rescrits, etc., et ont été&#13;
inclus dans la Positio dans leur ordre chronologique.&#13;
Nous avons préparé une présentation générale de cette correspondance, avec&#13;
indication de la date et du destinataire. Celles qui comportent un astérisque ne&#13;
furent pas prises en considération pour la Cause jusqu’à maintenant.&#13;
Note de la rédaction (NDLR)&#13;
En 1977, le Centre de recherche en histoire religieuse du Canada (CRHRC), en&#13;
collaboration avec les Archives nationales du Canada, à l’époque les Archives&#13;
publiques du Canada, débutèrent un projet de longue haleine intitulé Inventaire&#13;
de documents d’intérêt canadien dans les archives et bibliothèques de Rome, sous&#13;
- 135 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXIII&#13;
&#13;
la direction de Pierre Hurtubise, oblat de Marie Immaculée, titulaire de la Chaire&#13;
de recherche en histoire religieuse du Canada. En 1981 s’ajouta la participation&#13;
du Centre académique canadien en Italie (CACI). Entre 1977 et 2009, ils ont&#13;
inventorié et résumé tous les documents relatifs au Canada. Luca Codignola a&#13;
recensé 2 441 documents aux Archives de la Propagande pour les années 1622 à&#13;
1799. L’inventaire complet 110 a été publié sur leur site web.&#13;
À partir de ces recherches, nous avons inclus, dans cette nouvelle édition, les&#13;
nouvelles cotes des documents copiés par l’abbé Demers dans les années 1930,&#13;
quelques corrections de dates et de destinataires, avons rapatrié les textes de son&#13;
Annexe I-Doc. A et avons ajouté des documents dont Laval est l’auteur.&#13;
Afin de rendre ce chapitre plus fluide, nous présenterons les documents, avec leur&#13;
date et leur cote archivistique actuelle, dans leur version corrigée et traduite en&#13;
français. Lorsque nous n’avons pas de copie d’un document, nous nous sommes&#13;
inspirés du résumé publié par le CRHRC pour indiquer la teneur de la lettre. Sauf&#13;
indication, toutes les traductions du latin vers le français ont été faites par M. PaulHubert Poirier, professeur émérite de l’Université Laval&#13;
&#13;
Lettres de Mgr de Laval à Rome&#13;
Tableau de concordance&#13;
Ligne&#13;
&#13;
Liste originale de l’abbé Demers&#13;
&#13;
1&#13;
2&#13;
3&#13;
4&#13;
5&#13;
6&#13;
7&#13;
8&#13;
&#13;
Liste révisée du Centre de recherche en&#13;
histoire religieuse du Canada (CRHRC)&#13;
Doc. A. Après le 8 décembre 1658 111, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
Doc. 1. 31 juillet 1659, au souverain&#13;
pontife Alexandre VII&#13;
Doc. 2. 13 juin 1660, aux cardinaux&#13;
de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
Doc. 3. 29 octobre 1660, au&#13;
souverain pontife Alexandre VII&#13;
*Doc. 4. Octobre 1660, Relation sur&#13;
les missions canadiennes, adressée au&#13;
souverain pontife&#13;
&#13;
Doc. 1. 31 juillet 1659, au souverain pontife&#13;
Alexandre VII&#13;
Doc. 2. 13 janvier 1660, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
&#13;
Doc. 5. 21 octobre 1661, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
Doc. 6. 22 octobre 1661, au&#13;
souverain pontife Alexandre VII&#13;
*Doc. 7. 24 octobre 1663, au cardinal&#13;
préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
Doc. 5. 21 octobre 1661, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
&#13;
Doc. 3. 29 octobre 1660, au souverain pontife&#13;
Alexandre VII&#13;
Doc. 4. 29 octobre 1660, Relation sur les&#13;
missions canadiennes, adressée au souverain&#13;
pontife&#13;
&#13;
Doc. 6. 22 octobre 1661, au souverain pontife&#13;
Alexandre VII&#13;
Voir ligne 15&#13;
&#13;
NDLR : Site web du CRHRC : https://ustpaul.ca/les-archives-du-vatican-et-le-canada/&#13;
NDLR : Puisque l’ordination épiscopale de Mgr de Laval fut le 8 décembre 1658, la lettre a&#13;
probablement été écrite au cours de ce mois.&#13;
110&#13;
111&#13;
&#13;
- 136 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXIII&#13;
&#13;
Ligne&#13;
9&#13;
10&#13;
11&#13;
&#13;
Liste originale de l’abbé Demers&#13;
Doc. 8. Novembre 1663, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
Doc. 9. 1663, Relation sur les&#13;
missions auprès des Algonquins,&#13;
adressée au souverain pontife&#13;
Doc. 10. 26 août 1664, aux cardinaux&#13;
de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
Liste révisée du Centre de recherche en&#13;
histoire religieuse du Canada (CRHRC)&#13;
Doc. 8. 26 octobre 1663, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
Voir ligne 14&#13;
Doc. 10. 26 août 1664, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
&#13;
12&#13;
&#13;
Doc. 15. [26 août 1664], Informations sur l’état&#13;
de l’Église du Canada, adressées au souverain&#13;
pontife&#13;
&#13;
13&#13;
&#13;
Doc. 9. [26 août 1664], Relation sur les missions&#13;
auprès des Algonquins, adressée au souverain&#13;
pontife&#13;
&#13;
14&#13;
&#13;
Doc. 11. 1664, Relation sur les&#13;
missions auprès des Hurons, adressée&#13;
au souverain pontife&#13;
&#13;
Doc. 7. 24 octobre 1665, au cardinal [Barberini],&#13;
cardinal préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
15&#13;
16&#13;
17&#13;
18&#13;
19&#13;
&#13;
Doc. 12. Novembre 1665, au&#13;
souverain pontife Alexandre VII&#13;
Doc. 13. Novembre 1665, au cardinal&#13;
préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
Doc. 12. 25 octobre 1665, au souverain pontife&#13;
Alexandre VII&#13;
Doc. 13. 26 octobre 1665, à [Barberini 113],&#13;
cardinal préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
Doc. 14. 8 novembre 1665, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
Doc. 15. 1665, Informations sur l’état&#13;
de l’Église du Canada, adressées au&#13;
souverain pontife&#13;
&#13;
Doc. 14. 26 octobre 1665, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
&#13;
22&#13;
23&#13;
&#13;
Voir ligne 12&#13;
&#13;
Doc. 16. Octobre 1666, au souverain&#13;
pontife Alexandre VII&#13;
Doc. 17. Octobre 1666, au cardinal&#13;
préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
Doc. B. 1666, au cardinal Casanate, secrétaire&#13;
de la Sacrée congrégation de la propagande&#13;
Doc. 16. 14 octobre 1666, au souverain pontife&#13;
Alexandre VII&#13;
Doc. 17. 15 octobre 1666, à [Barberini], cardinal&#13;
préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
Doc. 18. Octobre 1666, au même&#13;
&#13;
Doc. 18. 15 octobre 1666, au même&#13;
&#13;
20&#13;
21&#13;
&#13;
Doc. 11. [26 août 1664 112], Relation sur les&#13;
missions auprès des Hurons, adressée au&#13;
souverain pontife&#13;
&#13;
NDLR : L’abbé Demers et le CRHRC donnent deux dates différentes pour ce rapport. Toutefois,&#13;
comme le rapport de la Propagande, dans une congrégation de 1665, résume les nos 9, 11 et 15&#13;
ensemble, il est probable qu’ils portent tous la même date.&#13;
113&#13;
NDLR : Les Docs. 13 et 14 ne portent pas de destinataires, mais il est fort probable, comme&#13;
l’indique l’abbé Demers, qu’ils aient été envoyés au cardinal préfet de la Propagande et son&#13;
secrétaire.&#13;
112&#13;
&#13;
- 137 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXIII&#13;
&#13;
Ligne&#13;
24&#13;
&#13;
Liste originale de l’abbé Demers&#13;
Doc. 19. Novembre 1666, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
&#13;
25&#13;
26&#13;
&#13;
*Doc. 20. 1666, au cardinal&#13;
Piccolomini, nonce à Ravenne&#13;
&#13;
27&#13;
28&#13;
29&#13;
30&#13;
&#13;
Doc. 21. 1667, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
Doc. 22. 1667, au souverain pontife&#13;
Clément IX&#13;
Doc. 23. 26 octobre 1668, au même&#13;
&#13;
Liste révisée du Centre de recherche en&#13;
histoire religieuse du Canada (CRHRC)&#13;
Doc. 19. 15 octobre 1666, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
Doc. C. Octobre [1666], aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la Propagande&#13;
Doc. 20. 1666, au cardinal Piccolomini, nonce à&#13;
Ravenne&#13;
Doc. D. 26 août 1667, à Leslie, son procureur à&#13;
Rome&#13;
Doc. 21. 29 août 1667, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
Doc. 22. 29 août 1667 114, au souverain pontife&#13;
Clément IX&#13;
Doc. 23. 26 octobre 1668, au même&#13;
&#13;
*Doc. 24. 26 octobre 1668, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
*Doc. 25. 30 septembre 1669, au&#13;
souverain pontife Clément IX&#13;
*Doc. 26. 30 septembre 1669, au&#13;
cardinal préfet de la Sacrée&#13;
congrégation de la propagande&#13;
&#13;
Doc. 24. 26 octobre 1668, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
&#13;
34&#13;
&#13;
Doc. 27. 30 septembre 1669, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
&#13;
Doc. 27. 30 septembre 1669, à Barberini,&#13;
cardinal de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
35&#13;
&#13;
*Doc. 28. 30 septembre 1669, au&#13;
secrétaire de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
&#13;
Doc. 28. 30 septembre 1669, à [Colonna],&#13;
secrétaire de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
Doc. 29. 27 août 1670, au souverain&#13;
pontife Clément IX&#13;
*Doc. 30. 16 septembre 1670, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
*Doc. 31. 8 septembre 1672, à Mgr&#13;
Francesco Nerli, nonce à Paris&#13;
&#13;
Doc. 29. 27 août 1670, au souverain pontife&#13;
Clément IX&#13;
Doc. 30. 16 septembre 1670, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
&#13;
*Doc. 32. 1672, au souverain pontife&#13;
Clément X&#13;
*Doc. 33. 1672, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
*Doc. 34. 1672, au souverain pontife&#13;
Clément X&#13;
*Doc. 35. 1672, au cardinal Caraffa&#13;
&#13;
Doc. 32. [14 mars 1672], au souverain pontife&#13;
Clément X&#13;
Doc. 33. [14 mars 1672], aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
&#13;
31&#13;
32&#13;
33&#13;
&#13;
36&#13;
37&#13;
38&#13;
39&#13;
40&#13;
41&#13;
42&#13;
&#13;
Doc. 25. 30 septembre 1669, au souverain&#13;
pontife Clément IX&#13;
Doc. 26. 30 septembre 1669, à [Barberini et&#13;
Piccolomini], cardinaux de la Sacrée&#13;
congrégation de la propagande&#13;
&#13;
Voir ligne 46&#13;
&#13;
Voir ligne 47&#13;
Doc. 35. [14 mars 1672], au cardinal [Colonna]&#13;
&#13;
114&#13;
NDLR : Le CRHRC indique la date du 4 septembre, mais la lettre est signée du 4 des calendes&#13;
de septembre, ce qui donne le 29 août.&#13;
&#13;
- 138 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXIII&#13;
&#13;
Ligne&#13;
43&#13;
&#13;
Liste originale de l’abbé Demers&#13;
*Doc. 36. 1672, au secrétaire de la&#13;
Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
Liste révisée du Centre de recherche en&#13;
histoire religieuse du Canada (CRHRC)&#13;
Doc. 36. [14 mars 1672], à [Altieri], cardinal&#13;
préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande&#13;
&#13;
44&#13;
&#13;
Doc. 31. 8 septembre 1672, à Mgr Francesco&#13;
Nerli, nonce à Paris&#13;
&#13;
45&#13;
&#13;
Doc. 34. 1672, au souverain pontife Clément X&#13;
&#13;
46&#13;
&#13;
Doc. E. 24 octobre 1672, Mémoire sur l’état de&#13;
l’abbaye de Méobecq, adressée à la Propagande&#13;
&#13;
47&#13;
48&#13;
&#13;
*Doc. 37. 8 décembre 1673, au&#13;
cardinal Altieri, premier ministre du&#13;
souverain pontife&#13;
Doc. 38. 1673, à Mgr Francesco&#13;
Nerli, nonce à Paris&#13;
&#13;
49&#13;
50&#13;
51&#13;
52&#13;
53&#13;
&#13;
Doc. 39. 8 février 1675, à un cardinal&#13;
à Rome&#13;
Doc. 40. Octobre 1675, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
*Doc. 41. 5 novembre 1675, au&#13;
cardinal Spada, de la Sacrée&#13;
congrégation de la propagande&#13;
&#13;
54&#13;
55&#13;
56&#13;
&#13;
Doc. 42. 13 novembre 1675, au&#13;
souverain pontife Clément X&#13;
Doc. 43. Novembre 1675, au cardinal&#13;
Nerli, premier ministre du souverain&#13;
pontife&#13;
&#13;
57&#13;
58&#13;
&#13;
Doc. 44. Octobre 1676, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
&#13;
59&#13;
60&#13;
61&#13;
62&#13;
&#13;
Doc. 45. 15 octobre 1677, au&#13;
souverain pontife Innocent XI&#13;
*Doc. 46. 1677, au cardinal Cibò,&#13;
secrétaire d’État&#13;
*Doc. 47. 30 mai 1678, aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande&#13;
&#13;
Doc. 37. 8 décembre 1673, au cardinal Altieri,&#13;
cardinal préfet de la Propagande&#13;
Doc. 38. 12 juillet 1673, à Mgr Francesco Nerli,&#13;
nonce à Paris&#13;
Doc. F. 1673, aux cardinaux de la Sacrée&#13;
congrégation de la propagande&#13;
Doc. G. 30 mars 1674, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la consistoriale&#13;
Doc. 39. 8 février 1675, à Altieri, cardinal préfet&#13;
de la Sacrée congrégation de la propagande&#13;
Voir ligne 56&#13;
Doc. 41. 5 novembre 1675, au cardinal Spada,&#13;
de la Sacrée congrégation de la propagande&#13;
Doc. 40. 13 novembre 1675, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
Doc. 42. 13 novembre 1675, au souverain&#13;
pontife Clément X&#13;
Doc. 43. 1675, au cardinal Nerli, premier&#13;
ministre du souverain pontife&#13;
Doc. H. 1675, aux cardinaux de la Sacrée&#13;
congrégation de la propagande&#13;
Doc. 44. 15 octobre 1676, aux cardinaux de la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande&#13;
Doc. 46. 15 octobre 1676, au cardinal Cibò,&#13;
secrétaire d’État&#13;
Doc. 45. 15 octobre 1677, au souverain pontife&#13;
Innocent XI&#13;
Voir ligne 59&#13;
Doc. 47. 30 mars 1678, réponse du cardinal&#13;
Cibò, secrétaire d’État&#13;
&#13;
- 139 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXIII&#13;
&#13;
Ligne&#13;
63&#13;
64&#13;
65&#13;
66&#13;
67&#13;
&#13;
Liste originale de l’abbé Demers&#13;
*Doc. 48. 13 novembre 1678, au&#13;
souverain pontife Innocent XI&#13;
*Doc. 49. 27 janvier 1679, au même&#13;
Doc. 50. 13 novembre 1680, au&#13;
même&#13;
Doc. 51. 1681, au cardinal Cibò,&#13;
secrétaire d’État&#13;
Doc. 52. 20 mai 1685, au souverain&#13;
pontife Innocent XI&#13;
&#13;
Liste révisée du Centre de recherche en&#13;
histoire religieuse du Canada (CRHRC)&#13;
Doc. 48. 13 novembre 1678, au souverain&#13;
pontife Innocent XI&#13;
Doc. 49. 27 janvier 1679, au même&#13;
Doc. 50. 13 novembre 1680, au même&#13;
Doc. 51. 13 novembre 1681, au cardinal Cibò,&#13;
secrétaire d’État&#13;
Doc. 52. 20 mai 1685, au souverain pontife&#13;
Innocent XI&#13;
&#13;
- 140 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-1&#13;
&#13;
DOC. XXIII-A. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE ([APRÈS LE 8 DÉCEMBRE 1658])&#13;
&#13;
Doc. XXIII-A&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande, après le&#13;
8 décembre 1658, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 317, fos 149-150&#13;
NDLR : Maintenant nommé comme évêque in partibus et vicaire apostolique en&#13;
Canada, le Serviteur de Dieu demande ses facultés au pape. Nous n’avons pas de&#13;
copie de ce document pour l’instant.&#13;
DOC. XXIII-1. LETTRE DE LAVAL À ALEXANDRE VII (31 JUILLET 1659)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-1&#13;
Lettre au souverain pontife Alexandre VII, 31 juillet 1659, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di Stato, Lettere di&#13;
vescovi, vol. 44, fos 244r-245r&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Le Serviteur de Dieu arriva à Québec le 19 juin 1659. Un mois plus tard, il écrivit&#13;
sa première lettre au pape. Nous la reproduisons ici.&#13;
Dans la réponse à cette lettre, conservée au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 5, et reproduite dans la Nova&#13;
Positio, Summarium Additionale, p. 228. Le souverain pontife remercie le&#13;
Serviteur de Dieu pour sa lettre, l’encourage à déployer son zèle et lui donne sa&#13;
bénédiction apostolique.&#13;
&#13;
Très Saint-Père 115,&#13;
Puisqu’il a plu à Votre Sainteté de me confier, à moi indigne, le soin du&#13;
troupeau chrétien du Canada, la nature de mon office demande que&#13;
j’informe Votre Sainteté où en est la chrétienté 116 en ce lieu. Nous avons&#13;
appareillé de France le jour de Pâques. Trente jours plus tard, ayant traversé&#13;
l’océan, nous abordâmes en Nouvelle-France, à l’île qu’on appelle Percée,&#13;
qui est attachée au continent de notre Amérique. L’endroit étant renommé&#13;
pour la pêche, il y a habituellement un abordage en grand nombre de&#13;
navires français et un mouillage très sûr. Au même endroit, j’ai donné le&#13;
115&#13;
116&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : Très Bienheureux Père.&#13;
NDT : Littéralement : la chose chrétienne.&#13;
- 141 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-1&#13;
&#13;
sacrement de confirmation à 130 hommes. Peu de jours après, nous avons&#13;
repris la mer en direction du grand fleuve Saint-Laurent pour 300 milles et&#13;
plus. Nous sommes enfin arrivés à Québec, où le gouverneur du Roi Très&#13;
Chrétien m’a reçu en tant que vicaire apostolique, ainsi qu’une foule venue&#13;
jusque-là et tout l’ordre ecclésiastique, qui vinrent au-devant de nous alors&#13;
que nous débarquions. Quatre églises 117, toutes d’un aspect très gracieux,&#13;
toutes parées et pleines de piété, ennoblissent Québec. J’ai célébré la&#13;
première messe 118, selon le rite épiscopal, dans la première église (dans le&#13;
rang), le jour des apôtres Pierre et Paul (heureux présage, je l’espère). Le&#13;
même jour, un homme hérétique, naguère arrivé de France, a abjuré&#13;
publiquement son hérésie.&#13;
De là, à partir de Québec, des Français répandus de toutes parts habitent&#13;
des maisons rustiques et des propriétés, au nombre 10 000 et plus, où se&#13;
trouvent des églises déjà construites et où on en construit de nouvelles, car&#13;
le nombre des Français croît à chaque année. Il y a en outre d’autres colonies&#13;
très célèbres de Français, que je n’ai pas encore pu visiter, dont l’une est&#13;
appelée Montréal, à 60 lieues en haut de Québec, en remontant ledit fleuve&#13;
Saint-Laurent, et l’autre est distante de seulement 30 lieues de Québec, dans&#13;
la même direction, qui s’appelle les Trois-Rivières.&#13;
Après que j’eus abordé à Québec, j’ai voulu visiter moi-même les maisons&#13;
environnantes des Français et m’entretenir publiquement avec tous et en&#13;
privé avec plusieurs, et prêter l’oreille aux confidences de beaucoup, pour&#13;
que je puisse constater plus exactement ce qu’il en était jusque-là de la piété&#13;
de tous, de leurs mœurs et de leur instruction. J’ai appris et vu de mes yeux,&#13;
assurément pour la grande consolation de mon âme, combien cette Église&#13;
du Canada est redevable aux pères de la Compagnie de Jésus, à leur zèle et&#13;
à leur sollicitude infatigable, eux qui ont secouru non seulement les âmes&#13;
mais aussi les corps avec une grande charité et de considérables aumônes,&#13;
grâce auxquelles, à chaque année, ils répondent aux besoins des nécessiteux&#13;
&#13;
117&#13;
118&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : temples sacrés.&#13;
NDT : Littéralement : office sacré.&#13;
- 142 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-1&#13;
&#13;
et font tout à tous pour les gagner tous au Christ 119 ; par ceci, les volontés et&#13;
les marques d’attachement de presque tous les cœurs se tournent vraiment&#13;
vers eux. Lesdits pères se dépensent partout, en long et en large, pour la&#13;
conversion des Barbares*, avec un zèle si efficace que plusieurs milliers&#13;
d’enfants, d’hommes et de femmes ont déjà été reçus dans le ciel et que le&#13;
nom du Christ et la foi ont pénétré chez des peuples très éloignés, à plus de&#13;
400 lieues de Québec.&#13;
Grâce à la providence de Dieu en ce nouveau monde, peu s’en est fallu pour&#13;
que les familles des Barbares, leurs places fortes et la totalité de leurs&#13;
nations ne se soumettent au joug du Christ ; mais aussitôt, une épidémie&#13;
maligne a exterminé toutes les familles et une famine redoutable et des&#13;
guerres funestes les ont tous accablés ; au point qu’il n’en est resté au total&#13;
que quelques-uns, qui, fuyant ici et là, pauvres, affligés, riches de la seule&#13;
foi chrétienne, ont apporté leur foi partout avec eux et furent en tous lieux&#13;
la bonne odeur du Christ. Quelques-uns se sont rabattus sur Québec, pour&#13;
ainsi dire dans le sein des Français, pour qu’ils puissent être à l’abri des&#13;
ennemis du nom chrétien, qu’ils appellent les Iroquois, et tout à fait en&#13;
sécurité, le soutien desquels [est assurée] par la remarquable charité desdits&#13;
pères de la Compagnie de Jésus, eux qui sont presque les seuls à subvenir&#13;
par d’abondantes aumônes à l’indigence de tous, enfants, veuves,&#13;
orphelins, vieillards et malades.&#13;
Une seule chose met à mal nos espérances et arrête nos vœux : la cruelle&#13;
guerre avec les Barbares iroquois, qui sont assurément les seuls à s’opposer&#13;
au salut de tous les peuples de ce nouveau monde. Le gouverneur du Roi&#13;
Très Chrétien se prépare à les repousser et il a bon espoir [de réussir]. En ce&#13;
qui me concerne, je m’efforcerai d’accomplir jusqu’au bout ce qui relève de&#13;
moi et je me dépenserai tout entier et à profusion 120 pour le salut du&#13;
troupeau qui m’est confié. Je comprends que je suis né pour cela et j’ai une&#13;
&#13;
NDT : Cf. « Je me suis rendu le serviteur de tous, afin de gagner le plus grand nombre. »&#13;
(I Corinthiens 9:19)&#13;
120&#13;
NDT : Cf. « Pour moi, je me dépenserai très volontiers et je me dépenserai moi-même pour vos&#13;
âmes, dussé-je, en vous aimant davantage, être moins aimé de vous. » (II Corinthiens 12:15)&#13;
119&#13;
&#13;
- 143 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-1&#13;
&#13;
absolue confiance en la grâce de Dieu que tout contribuera au bien de cette&#13;
Église du Canada.&#13;
Votre Sainteté sait, je crois, combien d’efforts l’archevêque de Rouen a&#13;
déployé avant mon départ de la France pour s’immiscer dans&#13;
l’administration de cette Église du Canada, contre l’autorité du Siège&#13;
romain. J’ai été averti qu’il a dit avoir l’intention de donner toute juridiction,&#13;
qu’il affirme être la sienne et à lui seul, à M. l’abbé de Queylus, qui se trouve&#13;
ici, pour l’opposer à moi et faire obstacle à tout ce qui serait établi ici par&#13;
moi. Je redoute que la paix de cette Église ne soit désormais troublée si l’un&#13;
construit et l’autre détruit. Je crains que des bulles n’aient été obtenues en&#13;
cachette de nous et même de la curie romaine, selon lesquelles quelqu’un&#13;
serait préposé à l’église de Québec au titre de curé ou qu’il ne se produirait&#13;
quelque chose de semblable ; car il y a mille façons de nuire, mille de&#13;
tromper. Je prie Votre Sainteté et je la conjure de prévenir ce grand mal.&#13;
Quant à moi, je n’omettrai absolument aucune des choses qui relèveraient&#13;
de ma charge, celles qui devraient être faites ou celles qu’il serait opportun&#13;
de faire, pour protéger l’autorité du Siège romain. J’accomplirai tout et si la&#13;
nécessité s’en présente, je le scellerai de mon sang ; car quoiqu’il arrive,&#13;
nous sommes sans inquiétude ici pour notre vie, sans inquiétude pour nos&#13;
labeurs, trop heureux si nous mourons à notre poste pour la cause de Dieu.&#13;
Que nous vivions ou que nous mourrions, nous sommes au Seigneur 121 et&#13;
de Votre Sainteté, le plus obéissant des fils, dont je demande humblement&#13;
la bénédiction apostolique, pour moi-même pasteur, quoiqu’indigne, et&#13;
pour le troupeau qui m’est confié. Très Saint-Père,&#13;
[Votre] très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François de Laval, évêque de Pétrée, vicaire apostolique en NouvelleFrance.&#13;
À Québec, le jour de la Saint-Ignace, dernier jour de juillet 1659&#13;
&#13;
NDT : Cf. « Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; et si nous mourons, nous mourons&#13;
pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. »&#13;
(Romains 14:8)&#13;
121&#13;
&#13;
- 144 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-2&#13;
&#13;
DOC. XXIII-2. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (13 JANVIER 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-2&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
13 janvier 1660, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 256, fos 13-14&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgrs illustrissimes et révérendissimes 122,&#13;
Il a plu à Dieu que j’aborde enfin heureusement à Québec, qui est le premier&#13;
siège de tout le Canada, pour être reçu à la très grande joie de tous. Le&#13;
peuple, nombreux, le gouverneur du Roi Très Chrétien, les maisons&#13;
religieuses, en plus des pères de la Compagnie de Jésus eux-mêmes, qui&#13;
travaillent ici depuis déjà plusieurs années, tous ensemble m’ont accueilli&#13;
comme leur pasteur et le vicaire du souverain pontife. Mon premier souci&#13;
a été de parcourir les villages adjacents à Québec, par une tournée de six&#13;
jours, pour faire la connaissance au moins d’une partie de mon troupeau,&#13;
étant moi-même observateur et non seulement auditeur, et pour pouvoir&#13;
m’assurer par moi-même de ce qu’il en était des sentiments de piété des&#13;
citoyens canadiens. J’ai vu partout les labeurs des pères de la Compagnie&#13;
de Jésus bien assurés et le peuple instruit de manière que plusieurs&#13;
honorent Dieu en esprit et en vérité.&#13;
En ce qui concerne l’instruction des Barbares* convertis, lesdits pères&#13;
œuvrent pour la foi, non seulement par la parole et par leur exemple, mais&#13;
encore ils la favorisent souvent même par l’effusion de leur sang, prêts à&#13;
accourir en tout lieu, avec un zèle efficace, partout où le salut des âmes les&#13;
appelle.&#13;
Mais la divine Providence s’est manifestée jusqu’à maintenant aux peuples&#13;
barbares ici, qu’elle a appelés à la foi pour que [leur] soit ménagé l’accès à&#13;
l’Église triomphante plutôt que militante ; car à peine des familles, à peine&#13;
des places fortes, à peine des nations entières se sont-elles soumises au signe&#13;
122&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : Illustrissimes et révérendissimes seigneuries.&#13;
- 145 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-2&#13;
&#13;
de la foi qu’aussitôt des maladies pestilentielles, une douloureuse famine et&#13;
une guerre cruelle en a anéanti beaucoup, pour qu’ainsi le ciel s’enrichisse&#13;
de nos dépouilles. Nous ne pensons cependant pas que ces nombreux&#13;
milliers d’enfants, d’hommes et de femmes ont péri ; nous nous réjouissons&#13;
que le ciel les ait joyeusement reçus, car l’espérance des ouvriers, ceux-là&#13;
qui cultivent le champ du Seigneur pour ce but seulement, qui mettent ses&#13;
élus dans ses greniers, qui doivent amasser le froment et le moudre&#13;
entièrement pour devenir un pain agréable à leur Seigneur, n’est jamais&#13;
trompée.&#13;
Néanmoins, le nombre des Français chaque année, jusqu’à maintenant, s’est&#13;
accru ; les forteresses, les places fortes et les résidences sacrées se sont&#13;
accrues ; les forces se sont accrues ; et c’est encore notre espérance&#13;
qu’arrivera un jour où la foi du Christ pénétrera plus avant et plus&#13;
profondément dans les très nombreux peuples que je sais être éloignés de&#13;
nous, jusqu’où, avec l’aide de Dieu, notre labeur s’étendra et qui paraissent&#13;
déjà dorés pour la moisson, à moins que la fureur des ennemis iroquois ne&#13;
retarde notre cours. Le gouverneur du Roi Très Chrétien se prépare à les&#13;
réprimer et à les briser. Je prie pour [des temps] plus heureux. Puissent-ils&#13;
s’accoutumer au joug du Christ. Quant à nous, nous ne ménagerons ni notre&#13;
labeur ni notre vie pour que Dieu veuille que, tant chez les Français que&#13;
chez les Barbares convertis et chez nos ennemis eux-mêmes, ce qui est bien&#13;
se réalise par nous à ses yeux ; nous avons un cœur prêt à tout.&#13;
Chaque année, je rassure Vos Éminences illustrissimes 123 au sujet du fruit&#13;
de nos labeurs. J’espère bien sûr que, tout un chacun, nous sommes ici d’un&#13;
seul cœur et d’une seule âme et d’un même esprit, alors que notre ardeur à&#13;
tous s’enflamme pour cette seule œuvre de la propagation de la foi. Je ne&#13;
vous demande que cette seule grâce : si jamais quelqu’un voulait se mettre&#13;
en travers de cette union des esprits, que votre autorité le réprime. Là où&#13;
manque l’esprit de charité, là je comprends que l’esprit du Christ fait défaut,&#13;
sans lequel notre labeur tout entier, toute notre industrie et tous nos efforts&#13;
seraient vains.&#13;
123&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : Vos illustrissimes Seigneuries.&#13;
- 146 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-3&#13;
&#13;
Je ne sais pas si Vos Éminences illustrissimes sont suffisamment au courant&#13;
au prix de quels efforts Mgr l’archevêque de Rouen 124 s’est activé en France&#13;
pour s’opposer à la volonté de notre Très Saint-Père 125 de m’envoyer ici&#13;
comme son vicaire apostolique. Il soutient avec assurance que la juridiction&#13;
sur cette Église du Canada revient à lui seul, que le souverain pontife ne&#13;
peut rien ici de valable, tant pour instituer des vicaires apostoliques que&#13;
pour décider de quoi que ce soit qui concerne l’administration de cette&#13;
Église. Je fus averti, avant mon départ de la France, qu’il se promettait un&#13;
[succès] étonnant pour s’opposer à moi et pour abattre tout ce que je&#13;
pourrais décider ici. Je prie et je conjure Vos Éminences illustrissimes de ne&#13;
pas vouloir concéder à qui que ce soit aucun bref qui pourrait être utilisé&#13;
pour la destruction de cette Église. Mgrs illustrissimes et révérendissimes,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François de Laval, évêque de Pétrée et vicaire apostolique en NouvelleFrance.&#13;
DOC. XXIII-3. LETTRE DE LAVAL À ALEXANDRE VII (29 OCTOBRE 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-3&#13;
Lettre au souverain pontife Alexandre VII, 29 octobre 1660, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande,&#13;
Scritture originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 256, fos 19-20&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
Prosterné de cœur et d’esprit aux pieds de Votre Sainteté, je demande d’une&#13;
manière suppliante une bénédiction pour cette mission du Canada et pour le&#13;
troupeau confié à mes soins, ainsi que pour moi, le pasteur que Votre Sainteté a&#13;
nommé vicaire apostolique, bien qu’indigne. La chrétienté et les peuples convertis&#13;
à la foi, déjà jadis affligés par les Barbares* iroquois, espèrent être aidés par la&#13;
France l’année prochaine, la voie étant partout infestée d’ennemis qui tuent les&#13;
ouvriers, déjà peu nombreux, qui travaillent dans la vigne du Seigneur, et ce, avec&#13;
une cruauté si barbare, que je n’ai jamais rien lu qu’on ait fait [quelque chose]&#13;
124&#13;
125&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : le seigneur archevêque de Rouen.&#13;
NDT : Littéralement : notre très bienheureux père.&#13;
- 147 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-3&#13;
&#13;
d’aussi cruel à l’Église naissante, qui fut féconde par le sang des martyrs ;&#13;
néanmoins, nos missionnaires se donnent à la tâche au profit des âmes, si attentifs&#13;
à ne laisser passer aucune occasion que Dieu offre à leur zèle.&#13;
Cet été, un prêtre de la Compagnie de Jésus a affronté un voyage vers une mission&#13;
lointaine, à plus de 500 lieues au-delà de Québec, vers de nombreux peuples qui&#13;
n’ont encore rien appris de la foi chrétienne, à qui sept compagnons français se&#13;
joignirent, ceux-ci, pour faire le commerce des peaux de castor, lui, [pour&#13;
s’occuper] des âmes, en supportant beaucoup de choses, en craignant tout, à cause&#13;
de l’hiver qui, ici, est beaucoup plus dur : la faim, qui souvent contraint à vivre&#13;
plusieurs jours des seules écorces d’arbre, adoucies dans l’eau et ramollies entre&#13;
des pierres ; les maladies, pour lesquelles il n’est d’autre remède que la patience ;&#13;
les ennemis, qui infestent de long en large toutes les régions ; mais assurément&#13;
l’amour du Christ vainc toutes choses, ainsi que le zèle des âmes.&#13;
Au sujet de M. l’abbé de Queylus, dont je crains qu’il ne trouble la paix domestique&#13;
de cette Église, j’ai écrit de nouveau à la Congrégation de la propagation de la foi.&#13;
Cet abbé prétend sans doute que l’archevêque de Rouen a la juridiction ordinaire&#13;
dans ces régions, dont il présume qu’il est le vicaire, au point de ne pas tenir compte&#13;
de l’autorité apostolique. J’écrirai une autre fois à ladite Congrégation plusieurs&#13;
choses que j’estime être nécessaires pour cette Église du Canada, que je ne&#13;
proposerais pas dans celle-ci à Votre Sainteté, de crainte d’être plus long qu’il n’est&#13;
convenable. J’oserais prier Votre Sainteté pour que Les Éminentissimes cardinaux&#13;
de Votre Sainteté comprennent que nos affaires incombent aux soins de Votre&#13;
Sainteté, quelles qu’humbles qu’elles soient, et non indignes du vicaire du Christ,&#13;
qui tiennent au cœur du Christ lui-même, qui a répandu son sang non moins pour&#13;
nos Barbares que pour nos Indigènes*. Que Votre Sainteté nous bénisse, moi,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée et vicaire apostolique de l’Église canadienne.&#13;
À Québec, le 29 octobre 1660&#13;
&#13;
- 148 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
DOC. XXIII-4. RAPPORT SUR L’ÉTAT DE LA MISSION CANADIENNE PAR LAVAL À ALEXANDRE VII (29 OCTOBRE 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-4&#13;
Rapport sur l’état de la mission canadienne au souverain pontife&#13;
Alexandre VII, 29 octobre 1660, d’après l’original conservé aux Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle&#13;
congregazioni generali, vol. 256, fos 5-12&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Ce rapport nous fait connaître l’état général de la mission du Canada et plusieurs&#13;
détails au sujet du ministère apostolique du Serviteur de Dieu. Nous croyons qu’en&#13;
rédigeant ce document, il avait en tête la demande qu’il voulait faire au SaintSiège un peu plus tard d’ériger un évêché en titre en Nouvelle-France. Cette&#13;
érection lui semblait nécessaire, puisque le titre d’évêque de Pétrée et de vicaire&#13;
apostolique pouvait diminuer son autorité auprès du peuple et des gouverneurs&#13;
civils. D’autre part, le roi avait promis au Serviteur de Dieu de le présenter au&#13;
pape 126 comme premier évêque de Québec dès que le Saint-Siège aurait cru bon&#13;
d’ériger cette ville en siège épiscopal.&#13;
&#13;
1° La mission de la Nouvelle-France est baignée à l’est par l’océan ; vers&#13;
l’ouest et le nord, elle se prolonge jusqu’où la terre s’étend ; vers le sud, elle&#13;
a comme voisines la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Angleterre.&#13;
2° La région est partout farouche et montagneuse. Elle a d’immenses lacs&#13;
répartis ici et là, qu’on appellerait sans mal des mers ; des fleuves qui sont&#13;
plus fameux que ceux de l’Europe, mais qui rendent la navigation difficile&#13;
à cause du cours des eaux souvent violent et tombant d’un haut précipice ;&#13;
ainsi, ceux qui font route sont contraints de porter les navires127 sur leurs&#13;
épaules, ainsi que tout le bagage, et ce, sur plusieurs lieues ; ce qui fait que&#13;
le recours à des barques de bois n’est pas possible ; là où l’on doit à&#13;
l’occasion monter sur la terre, ils utilisent des barques faites de l’écorce la&#13;
plus mince (qu’ils appellent canots), par lesquelles ils sont portés plus&#13;
sûrement et plus rapidement à travers les bas-fonds et les récifs cachés et&#13;
qui, au surplus, peuvent très facilement être portés sur les épaules en raison&#13;
de la minceur de l’écorce.&#13;
&#13;
126&#13;
127&#13;
&#13;
NDLR : Cf. Doc. XXV.&#13;
NDLR : Il faut comprendre ici : leurs canots.&#13;
- 149 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
3° La région est partout stérile, parce que, presque inculte, elle manque de&#13;
tout, car [les Barbares*] ne pratiquent aucune activité [agricole]. Ils se&#13;
couvrent de peaux et d’aucun autre vêtement ; ils n’ont presque aucun fruit,&#13;
même sauvages ; les Barbares recourent constamment à la chasse et à la&#13;
pêche, jamais au pain, au vin et aux laitages.&#13;
4° Les nombreux peuples, qui errent par les forêts, les fleuves et les lacs, ne&#13;
cultivent pas la terre, ni ne cueillent aucun fruit ; d’autres sèment du blé&#13;
indien, ont des champs, des domiciles fixes, des places fortes protégées par&#13;
des pieux de bois et des palissades.&#13;
5° La condition de l’air est parfaitement saine, à cause du froid sec ; il pleut&#13;
à peine de tout l’hiver, alors que des neiges épaisses recouvrent la terre.&#13;
6° À Québec et ailleurs habitent des Français. L’altitude est la même qu’en&#13;
France. Le sol n’est vraiment pas ingrat s’il est cultivé ; il produit&#13;
abondamment un excellent blé, des pois, de l’orge, des fèves. Du bétail&#13;
amené de France, des moutons, des vaches, des porcs, des poules sont&#13;
facilement élevés. Chez les Barbares, il n’y a aucune bête ou animal autre&#13;
que des chiens.&#13;
7° Les Barbares se font entre eux des guerres terribles et cruelles. Ils&#13;
torturent leurs captifs à feu lent et par les plus cruels tourments qu’ils&#13;
peuvent. Il y a 20 ans de cela, des peuples entiers convertis à la foi ont été&#13;
anéantis par la guerre. Les peuples iroquois sont distants de Québec d’à&#13;
peine 100 lieues ou un peu plus, une race farouche et très cruelle et&#13;
accoutumée à la guerre, insolente par ses victoires, alliée aux Hollandais et&#13;
aux Anglais hérétiques et voisine de ceux-ci. Ils harcèlent en long et en large&#13;
les convertis chrétiens ; bien plus, ils menacent nos colonies françaises par&#13;
le fer, le feu et tous les procédés extrêmes. Souvent un ennemi s’est introduit&#13;
à l’improviste dans nos murs, il a massacré les uns, hommes et femmes, il a&#13;
emporté les autres captifs, habitué à fuir avec sa proie, qu’il réserve pour&#13;
les flammes, même des enfants et des fillettes innocents.&#13;
&#13;
- 150 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
8° Il y a ici à peine d’autre commerce que celui des peaux, qu’on appelle de&#13;
castors, pour l’exportation desquelles un certain nombre de navires aborde&#13;
chaque année à Québec depuis la France. On espère, cette année, pouvoir&#13;
exporter des peaux pour 400 000 livres.&#13;
9° Toute cette région est soumise au Roi Très Chrétien. Les langues des&#13;
Barbares n’ont rien qui soit proche de nos langues. Il y en a deux&#13;
principales, celle des Hurons et celle des Algonquins, tout à fait différentes&#13;
l’une de l’autre, ni parentes d’aucune manière ; de là naissent des idiomes&#13;
variés, souvent aussi différents entre eux que la langue italienne diffère de&#13;
la latine.&#13;
10° Là où les Français ont établi des colonies, l’exercice de la religion&#13;
catholique est à l’honneur. La foi chrétienne avait largement pénétré dans&#13;
des régions plus éloignées qui ont été dévastées par la fureur de la guerre.&#13;
C’est ainsi que plusieurs peuples sauvages alliés à nous ont été forcés de&#13;
fuir au loin, jusqu’à 30, 40 ou 50 lieues ; là où presque aucune route ne&#13;
s’ouvre pour nos missionnaires. Beaucoup ont été faits captifs en route par&#13;
les ennemis iroquois, massacrés et torturés par tous genres de supplices.&#13;
11° Tout secours nous a été donné jusqu’à maintenant depuis la France et&#13;
l’on en espère encore. En vérité, la traversée de la mer, d’environ 800 lieues,&#13;
n’est pas absolument périlleuse. Elle est réalisée en deux ou trois mois par&#13;
ceux qui arrivent de France ; pour ceux qui retournent en France, elle est&#13;
plus brève et elle se fait très souvent en 20 jours.&#13;
12° Proche de l’océan se trouve un établissement de Français appelé Acadie,&#13;
sur le rivage duquel il y a un mouillage de navires très fréquenté, à cause&#13;
de la pêche à la morue, renommée à cet endroit.&#13;
Miscou est le nom d’un autre [établissement], pareillement proche de la&#13;
mer, là où il y a un mouillage de navires fréquenté depuis la France.&#13;
&#13;
- 151 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
Tadoussac est distante de l’océan d’environ 120 lieues, là où le fleuve SaintLaurent s’allonge dans les terres. Là, les Sauvages* barbares affluent de&#13;
partout pendant tout l’été comme à un marché public, car il y a là une rade&#13;
très protégée ; là, un autre fleuve, qu’on appelle Saguenay, se précipite&#13;
depuis le nord dans le fleuve Saint-Laurent avec un grand mouvement des&#13;
eaux.&#13;
Québec, le principal établissement des Français, est à environ 30 lieues plus&#13;
haut [de Tadoussac], face audit fleuve Saint-Laurent, là où les eaux&#13;
s’adoucissent pour la première fois. En cet endroit-là, il y a une citadelle très&#13;
fortifiée pour la guerre ; là siègent le gouverneur et les magistrats ; audit&#13;
endroit se trouve un lieu très approprié au commerce.&#13;
Pareillement, environ 30 lieues plus haut, face audit fleuve Saint-Laurent, il&#13;
y a la place-forte dont le nom est les Trois-Rivières, parce qu’à cet endroit,&#13;
un fleuve fameux descend du nord en trois lits. Par cette voie, descendent&#13;
chez nous de nombreux Barbares alliés, qui ont des dispositions naturelles&#13;
plus dociles que les autres peuples et qui paraissent destinés à la foi&#13;
chrétienne. C’est là, je veux dire aux Trois-Rivières, que pour la première&#13;
fois le flux et le reflux de la mer cesse.&#13;
Le dernier établissement des Français, et le plus éloigné de tous, s’appelle&#13;
Montréal, pareillement à 30 lieues plus haut, jusqu’où les barques de bois&#13;
peuvent être emmenées et ne peuvent plus être menées au-delà. L’île est&#13;
longue de plus de huit lieues ; là où elle est le plus large, au milieu, elle a&#13;
environ trois lieues, l’étendue la mieux disposée de toutes, car elle s’étend&#13;
vers le sud ; là, les champs sont plus larges, le gibier, abondant, et les&#13;
ennemis iroquois, proches.&#13;
13° Partout, la pratique de la religion est sans entraves, mais il n’est guère&#13;
d’endroit où l’on vit en sécurité à cause de la crainte des Iroquois. À Québec,&#13;
cependant, à l’intérieur de la ville, on est plus en sécurité ; en dehors de la&#13;
ville, à environ huit lieues, des cabanes entourées et très éloignées les unes&#13;
des autres donnent prise aux ennemis.&#13;
- 152 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
14° Partout, le nombre de familles s’accroît de jour en jour et à chaque&#13;
année, à la fois parce que les enfantements des femmes européennes sont&#13;
plus fréquents et que la mort prématurée ravit rarement les enfants et parce&#13;
que, chaque année, de nouvelles familles de Français sont amenées de&#13;
France et jusqu’ici, les maladies ne sont pas aussi fréquentes ni, à vrai dire,&#13;
aussi variées qu’en Europe.&#13;
15° Les Barbares sauvages chrétiens dispersés ici et là et, pour plusieurs, à&#13;
travers les forêts et autour de lacs inaccessibles, hommes et femmes en&#13;
grand nombre, font connaître leur foi tout autour. Quelques-uns, une fois&#13;
par année, se rassemblent là où ils peuvent être instruits et renouvelés par&#13;
les sacrements de l’Église. D’autres ne le peuvent guère pour plusieurs&#13;
années, à la fois parce que la route est impraticable et trop longue et qu’ils&#13;
sont éloignés à plus de 500 lieues et que la crainte des ennemis iroquois&#13;
rend le voyage tout à fait impossible.&#13;
16° Chez les ennemis iroquois, il y a, à la vérité, de nombreux convertis&#13;
chrétiens, hommes et femmes, principalement des Hurons, qui sont&#13;
oppressés par une dure servitude, là où nos missionnaires, avec un grand&#13;
zèle, avaient pénétré les années passées, après la conclusion d’un traité de&#13;
paix, bien que les Français soupçonnassent toutes sortes de ruses et de&#13;
tromperies de la part des ennemis. Cinquante Français et plus, qui avaient&#13;
pénétré là-bas au milieu des ennemis, ont été arrachés au péril par la&#13;
providence de Dieu, à ce point douce et merveilleuse que cela s’est produit&#13;
au-delà de toute prévoyance possible, et de toute force humaine, après&#13;
presque deux années complètes ; deux années pendant lesquelles il y avait&#13;
toute possibilité, pour des hommes apostoliques appliqués au profit des&#13;
âmes, de propager la foi et de rassembler dans les greniers du Seigneur tous&#13;
ceux qui étaient prédestinés à la vie éternelle. Et Dieu a tout à fait favorisé&#13;
les vœux des missionnaires : en effet, les captifs chrétiens furent fortifiés&#13;
dans leur foi ; les enfants baptisés en grand nombre ; un nombre non&#13;
négligeable d’Iroquois sur le point de mourir, ou hors du péril de mort et&#13;
qui se portaient bien, quelques-uns choisis par Dieu, hommes et femmes,&#13;
dûment instruits, ont reçu la foi chrétienne.&#13;
- 153 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
17° Tous les Iroquois parlent la langue huronne, quoique dans un dialecte&#13;
différent, autant que la langue italienne diffère de la latine.&#13;
18° Je ne vois personne ici dont le zèle et l’autorité soutiendraient&#13;
pleinement la chrétienté et plusieurs ne se soucient guère de la propagation&#13;
de la foi, cherchant trop leur profit, bien qu’en France, le Roi Très Chrétien&#13;
et sa mère, ainsi que quelques princes et quelques femmes, aient un&#13;
attachement exceptionnel pour la chrétienté et pour la propagation de la&#13;
foi.&#13;
19° Il n’y a encore ni église cathédrale, ni évêque titulaire. Nulle part&#13;
ailleurs, il ne serait plus opportun qu’il y ait un siège pour l’évêque qu’ici,&#13;
à Québec, là où, moi, François de Laval, évêque de Pétrée, vicaire&#13;
apostolique en Nouvelle-France, arrivé dans ces régions depuis déjà&#13;
l’année 1659, j’ai établi mon siège.&#13;
20° Il n’y a encore aucun revenu pour l’évêque ; le Roi Très Chrétien&#13;
pourrait finalement lui 128 donner quelque bénéfice.&#13;
21° La mense épiscopale n’a aucun revenu. À vrai dire, en ce qui me&#13;
concerne, je n’en demande aucun. Dieu pourvoira pour nous à ce qui est&#13;
nécessaire pour une table modeste et pour le vêtement ; mais c’est&#13;
seulement par la mense que nous pouvons porter secours aux pauvres&#13;
Français et aux Barbares convertis.&#13;
22° De même, il n’y a aucune résidence épiscopale. Nous occupons une&#13;
maison étrangère louée au prix de 200 livres par année. Et celle-là est&#13;
suffisamment riche, car elle suffit à notre pauvreté. J’ai trois prêtres qui&#13;
logent avec moi et, au total, deux serviteurs, pas plus.&#13;
23° Autant que j’ai pu, j’ai vaqué avec soin et vigilance aux fonctions&#13;
sacrées, selon ma faiblesse, prêchant la parole de Dieu, recevant les&#13;
confessions, administrant le sacrement de confirmation, visitant les brebis&#13;
128&#13;
&#13;
NDT : Sous-entendu : celui qui sera fait évêque en titre.&#13;
- 154 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
qui me sont confiées, principalement celles qui sont éloignées, à la&#13;
campagne ou hors de Québec et qui ont moins de secours. Puissé-je me faire&#13;
tout à tous et les gagner tous au Christ. J’ai encore visité Montréal, qui est&#13;
le dernier établissement des Français et plus éloigné que les autres.&#13;
24° Ici, tous suivent le rite romain et aucune erreur et aucun abus ne&#13;
s’introduit.&#13;
25° Il n’y a ici aucune erreur ni aucun abus dans l’exercice de la religion.&#13;
26° Il n’y a ici aucune secte d’infidèles. Les peuples barbares, de partout,&#13;
chez qui il n’y avait eu auparavant aucun culte de la puissance divine, ont&#13;
reconnu de tout temps une âme immortelle, de bons et de mauvais anges,&#13;
auxquels ils rendent quelque culte, surtout par l’entremise de rêves ou&#13;
sacrifices de chiens qu’ils tuent, font griller au feu et mangent, de l’herbe&#13;
royale que les Français appellent tabac, qu’ils jettent dans le feu comme une&#13;
herbe qui lui est appropriée, ou en invoquant un démon par des paroles&#13;
précises, ou en lui offrant comme un holocauste ou en la jetant dans l’eau,&#13;
s’ils risquent le naufrage. Ils font très souvent des banquets, un peu comme&#13;
des sacrifices, et beaucoup d’autres choses du même genre. Ils ne mettent&#13;
en avant aucune peine après la mort pour ceux qui pèchent, ni récompense&#13;
pour ceux agissent bien ; en conséquence, ils n’enseignent rien qu’ils&#13;
tireraient de la vie future après la mort pour la correction des mœurs. Ils&#13;
pratiquent à de multiples occasions de nombreuses cérémonies&#13;
superstitieuses et invoquent les démons. Cependant, jusqu’à maintenant,&#13;
rien n’a été reconnu par nous, qui examinons très attentivement toute&#13;
chose, qui dépasserait les forces humaines et auquel une puissance&#13;
diabolique serait mêlée ; il y en aurait toutefois quelques-uns parmi les&#13;
Barbares qui se disent mages, soit pour guérir les maladies, soit par la&#13;
prévision des choses à venir, soit par de nombreuses impostures par&#13;
lesquelles ils se jouent de la foule ignare.&#13;
27° Chez de nombreux Barbares, les mariages sont si peu solides qu’ils sont&#13;
dissous presque à volonté, même par une femme qui laisse son mari et&#13;
- 155 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
passe à une autre union. Chez plusieurs, la polygamie est en usage. Chez&#13;
beaucoup de peuples, la fornication n’est pas détestable et elle n’est pas non&#13;
plus objet de reproche pour les jeunes filles ou celles qui ne sont pas&#13;
mariées, à moins qu’elle ne soit excessive. L’adultère, pour les femmes, est&#13;
infamant.&#13;
28° Les Barbares ne s’adonnent à aucune doctrine et ils ne savent ni lire ni&#13;
écrire ; beaucoup sont toutefois d’une très grande intelligence, surtout pour&#13;
raconter les choses qu’eux-mêmes auraient vues ou qu’ils auraient&#13;
entendues d’autres personnes. Plusieurs sont à ce point éloquents qu’ils ne&#13;
le cèdent aucunement à nos Européens. Beaucoup sont tout à fait aptes au&#13;
gouvernement et perspicaces, qui, d’une noble extraction, traitent les&#13;
affaires publiques et dirigent les autres et à qui beaucoup de choses sont&#13;
déférées par les autres. Les uns sont plus nobles que les autres ; les autres&#13;
sont pour ainsi dire plébéiens.&#13;
29° C’est par la seule tradition [orale] qu’ils racontent leurs fables et les&#13;
superstitions reçues de leurs parents et, à coup sûr, il ne faut pas trop&#13;
s’attarder à réfuter ces fables au sujet de la création du monde, des champs&#13;
Élysées, où ils veulent que les âmes soient accueillies après la mort, du côté&#13;
du soleil couchant, des apparitions des démons et des autres choses du&#13;
même genre. Il ne faut pas non plus s’attarder à établir par de grands&#13;
raisonnements les articles de notre foi. La voie la plus courte, et de loin la&#13;
plus efficace, pour établir notre foi et l’imprimer dans leurs cœurs est&#13;
l’exposition pure et simple de la vérité au sujet de Dieu, du paradis, de&#13;
l’enfer, de la résurrection, du Christ, Fils de Dieu fait homme, et des&#13;
miracles qui prouvent sa divinité et toutes les autres choses. Il aide toutefois&#13;
d’y mêler souvent des motifs extrinsèques de crédibilité, comme le fait que&#13;
nous, les Français (qui semblons être doués d’intelligence et très peu&#13;
crédules), nous croyons d’une manière si certaine, courageuse et sans&#13;
l’ombre d’un doute que tous les mystères de notre foi sont très vrais au&#13;
point que la jouissance de la vie présente n’est rien pour nous qui espérons&#13;
la vie éternelle et immortelle après la mort ; que Dieu a assurément enseigné&#13;
ces choses à nos premiers parents ; que le Christ, Fils de Dieu fait homme, a&#13;
- 156 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
enseigné les mêmes choses aux hommes et les a confirmées par des&#13;
miracles ; que les mêmes choses établissent que, sur l’ordre de Dieu,&#13;
quelques-uns, rendus à la vie après la mort, sont revenus les uns du paradis,&#13;
les autres, de l’enfer ; que les mêmes choses sont confirmées par de&#13;
nombreux miracles par tout l’univers et en tout temps.&#13;
En outre, une chose qui rend tout ce que nous disons de la foi chrétienne et&#13;
des divins mystères étonnamment crédible auprès des Barbares est que tout&#13;
ce que nous disons a été écrit dans un livre, Dieu l’ayant ordonné et ayant&#13;
dicté ledit livre pour qu’il soit soigneusement conservé pour tous les siècles,&#13;
pour qu’ils s’émerveillent avant tout de l’écriture et pour qu’ils voient, par&#13;
une expérience quotidienne, grâce aux lettres envoyées ici par les Français,&#13;
que toutes les choses qui furent écrites ont été reconnues comme sûres,&#13;
qu’ils ne portent pas atteinte à la foi dans les divines lettres et qu’ils croient&#13;
aux mêmes choses comme à Dieu qui parle.&#13;
30° À Québec, il y a huit églises :&#13;
la 1re est aussi [l’église] paroissiale, sous le titre de&#13;
l’Immaculée Conception, en pierres ;&#13;
la 2e, des pères de la Compagnie de Jésus, en pierres ;&#13;
la 3e, des moniales ursulines, en pierres ;&#13;
la 4e, des moniales hospitalières, en pierres ;&#13;
la 5e, pareillement des pères de la Compagnie de Jésus,&#13;
distante d’à peine deux lieues de Québec, en face du fleuve,&#13;
sous le titre de Saint-Michel (communément appelée Sillery),&#13;
sur les rives du grand fleuve Saint-Laurent, en pierres ;&#13;
la 6e, à quatre lieues en bas de Québec, pareillement en&#13;
pierres, sur les rives du même fleuve, communément appelée&#13;
Château-Richer ;&#13;
la 7e, à encore environ deux lieues plus bas, en bois ; ces trois&#13;
dernières tiennent lieu de paroisses ;&#13;
la 8e, plus proche de Québec, distante d’à peine une demilieue, sous le titre de Saint-Jean, en bois.&#13;
&#13;
- 157 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
31° Aux Trois-Rivières, il y a pareillement une église des pères de la&#13;
Compagnie de Jésus, sous le titre de l’Immaculée Conception, en bois, où&#13;
ils exercent les fonctions paroissiales.&#13;
32° À Montréal, il y a une église en bois sous le titre de Saint-Joseph, qui&#13;
tient lieu de paroisse. Elle appartient à l’hôpital.&#13;
33° À Tadoussac, il y a une église en pierres que les pères de la Compagnie&#13;
de Jésus ont construite pour leurs convertis, qui affluent à cet endroit tout&#13;
l’été.&#13;
34° Les missionnaires honorent les maisons rurales dispersées ici et là par&#13;
de fréquents voyages, avec une chapelle portative, où tout le voisinage&#13;
afflue, tant pour recevoir les sacrements que pour accueillir la doctrine&#13;
chrétienne et la parole de Dieu.&#13;
35° Des prêtres séculiers, que j’ai amenés avec moi l’an passé, en 1659,&#13;
administrent la paroisse de Québec. À Montréal, des prêtres séculiers que&#13;
M. l’abbé de Queylus a amenés avec lui en 1657 vivent pareillement. J’ai&#13;
nommé l’un d’entre eux à l’office de curé, que j’ai estimé être plus obéissant&#13;
à l’autorité du Siège romain, contre la présumée juridiction du sieur&#13;
archevêque de Rouen, ou raisonnablement moins opposé à celle-là.&#13;
36° Les pères de la Compagnie de Jésus me viennent en aide, tant auprès&#13;
des Français, en quelque endroit où je voudrais les envoyer et les utiliser&#13;
pour tous les ministères, qu’auprès des Barbares, dont ils ont été les seuls&#13;
jusqu’à maintenant à s’occuper et dont ils sont les seuls à comprendre les&#13;
langues et à les parler parfaitement.&#13;
37° Il y a partout des calices d’argent et des vases précieux propres aux rites&#13;
sacrés.&#13;
38° Le Très Saint-Sacrement est conservé publiquement et avec une lampe&#13;
allumée, de façon convenable.&#13;
- 158 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
39° Pareillement pour les saintes huiles.&#13;
40° Il n’y a encore aucun presbytère joint aux paroisses où pourraient&#13;
habiter ceux qui en ont soin.&#13;
41° Les églises n’ont encore aucun revenu propre. Il ne sera pas difficile&#13;
d’exiger des dîmes ; déjà, pour plusieurs lieux, ce que j’ai perçu est&#13;
suffisamment doux.&#13;
42° Le nombre des prêtres est de 26, dont 10 séculiers et 16 de la Compagnie&#13;
de Jésus :&#13;
à Québec, six prêtres séculiers, huit de la Compagnie de&#13;
Jésus ;&#13;
à la résidence Saint-Joseph, près de Québec, dont le nom est&#13;
Sillery, un seul prêtre de la Compagnie avec un frère&#13;
coadjuteur ;&#13;
dans la résidence des pères de la Compagnie de Jésus aux&#13;
Trois-Rivières, deux prêtres ;&#13;
à Montréal, il y a quatre prêtres séculiers ; j’ai tout récemment&#13;
envoyé là un prêtre de la Compagnie de Jésus pour que, d’une&#13;
part, il s’occupe des Barbares convertis qui viennent en ledit&#13;
lieu et instruise les infidèles et, d’autre part, qu’il soit une aide&#13;
et consolation pour les Français et les nombreuses personnes&#13;
qui me demandent cela ;&#13;
en Acadie, il y a deux prêtres de la Compagnie de Jésus ;&#13;
deux autres prêtres de la même Compagnie étaient partis l’été&#13;
dernier pour une mission très éloignée, distante de Québec de&#13;
plus de 40 lieues, où de très nombreuses nations et de&#13;
nombreux peuples n’ont jamais été instruits de la foi&#13;
chrétienne : l’un d’eux, abandonné par ses matelots et revenu&#13;
à nous, doit aller à Tadoussac pour instruire les convertis et&#13;
pénétrer dans une nouvelle mission, loin d’ici, vers les rives&#13;
de la mer septentrionale, où beaucoup d’autres peuples et&#13;
- 159 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
nations, jusqu’ici inconnus de nous, l’appellent ; l’autre, ayant&#13;
repris la route, a poursuivi vers l’ouest, par où quelques-uns&#13;
espèrent pouvoir pénétrer en Chine par la mer qui avoisine&#13;
cet endroit-là.&#13;
43° Il n’y a ici aucun régulier, sauf les prêtres de la Compagnie de Jésus, au&#13;
nombre de 16, qui ont en tout neuf frères coadjuteurs.&#13;
44° La propreté et la parure des églises sont comme il convient.&#13;
45° Ils vaquent aux confessions et à la prédication de la parole divine. Ils&#13;
enseignent le catéchisme aux enfants et aux ignorants. Publiquement et en&#13;
privé, ils forment à la piété aussi bien les gens du peuple que les primitifs.&#13;
Ils vivent religieusement. Ils accomplissent les œuvres de miséricorde et&#13;
subviennent aux pauvres par d’abondantes aumônes, aussi bien pour les&#13;
Français que pour les Barbares. Ils connaissent les langues et les mœurs des&#13;
Barbares et ils les aiment dans le Christ et sont aimés par eux en retour. Ils&#13;
ont des revenus, tantôt d’ici tantôt de France ; ceux-ci ne suffiraient&#13;
toutefois pas pour les dépenses et les grandes aumônes qu’ils font s’ils&#13;
n’étaient aidés par ailleurs par des aumônes reçues de France. Ils ne&#13;
reçoivent rien pour l’administration des sacrements. Ils sont pacifiques et&#13;
de bonne édification. Ils ne sont pas très aimés par certains, soit à cause de&#13;
la jalousie soit parce qu’ils ne favorisent pas ceux qui recherchent leur&#13;
propre intérêt. Ils sont bien instruits de la théologie et des humanités et&#13;
plusieurs d’entre eux se seraient distingués parmi les leurs s’ils étaient&#13;
restés en France. Ils sont infatigables pour le profit des âmes. Il n’est pas de&#13;
nation si barbare et si éloignée à laquelle leur soin et leur sollicitude&#13;
apostolique ne s’étendent. Certains ont été trouvés au milieu de la neige,&#13;
raidis par le froid, les yeux levés vers le ciel et genou en terre, morts en train&#13;
de prier, alors qu’ils s’engageaient sur une route bloquée par des&#13;
amoncellements de neige impénétrables. D’autres ont été consumés à petit&#13;
feu, d’autres transpercés par le glaive. C’est à peine si l’un ou l’autre est&#13;
décédé d’une mort naturelle. Plus de dix ont été capturés par les Iroquois,&#13;
ennemis de la foi, tués, massacrés et torturés par tous genres de tourments,&#13;
- 160 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
avec une patience vraiment chrétienne et un zèle véritablement&#13;
apostolique.&#13;
46° Les prêtres séculiers qui sont avec moi me satisfont tous par leur piété&#13;
et l’odeur d’une bonne vie. Ils prêchent au peuple. Ils reçoivent les confessions et exercent leur ministère avec une grande ferveur et avec application.&#13;
Ils appartiennent à l’édification. Ils ne se mêlent jamais d’affaires politiques.&#13;
Ils aiment la pauvreté et ne reçoivent quoi que ce soit pour l’administration&#13;
des sacrements. Ils ne recherchent pas leur intérêt, mais celui du Christ&#13;
Jésus.&#13;
47° J’ai ordonné un clerc aux ordres mineurs, né au Canada, mais de père&#13;
et de mère français, qui sera admissible aux ordres majeurs quand l’âge le&#13;
permettra.&#13;
48° J’ai ordonné un autre prêtre, arrivé ici de France avec moi, né en France&#13;
dans un lieu très honorable, qui, ayant abandonné un important&#13;
patrimoine, pratique la pauvreté du Christ et cherche la plus grande gloire&#13;
de Dieu en esprit et en vérité ; son nom est Henri de Bernières.&#13;
49° J’ai un official distingué par la noblesse, mais plus encore par la piété,&#13;
d’une prudence et d’une expérience des choses au-dessus de son âge (en&#13;
effet, il a à peine 30 ans). Son nom est Charles de Lauson de Charny, qui&#13;
tenait ici la dignité de gouverneur avant qu’il ne devienne prêtre et qui avait&#13;
déjà succédé à son père, avancé en âge, dans la dignité de gouverneur,&#13;
lorsque celui-ci, il y a quatre ans, est retourné en France, où il fait partie du&#13;
Conseil du Roi Très Chrétien.&#13;
50° À Montréal, il y a pareillement des prêtres séculiers et un clerc, dont&#13;
trois que M. l’abbé de Queylus avait amenés avec lui, il y a de cela déjà trois&#13;
ans ; l’année suivante, deux autres vinrent par l’entremise du même abbé.&#13;
Mais l’abbé de Queylus a lui-même traversé en France, puisqu’il voudrait&#13;
sauvegarder ici la juridiction du sieur archevêque de Rouen, dont il espère&#13;
un puissant soutien pour se déclarer ici son vicaire et entraver ma&#13;
- 161 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-4&#13;
&#13;
juridiction de vicaire apostolique. Ces prêtres de Montréal sont également&#13;
davantage enclins à être favorables au sieur archevêque de Rouen et ne sont&#13;
pas suffisamment bien disposés envers le Siège apostolique, parce qu’ils&#13;
s’abreuvent aux sentiments intimes de l’abbé de Queylus et lui sont très&#13;
attachés.&#13;
51° Il y a deux monastères de moniales à Québec, l’un d’hospitalières,&#13;
l’autre d’ursulines. Les Ursulines sont au nombre de 16 ; les Hospitalières,&#13;
de 15.&#13;
52° À Montréal, il y a pareillement deux maisons de vierges : l’une de&#13;
moniales hospitalières, qui ont été amenées ici de France l’an dernier, au&#13;
nombre de seulement trois ; l’autre de personnes qui ne sont pas des&#13;
moniales, qui s’adonnent à l’éducation des filles, au nombre de seulement&#13;
quatre.&#13;
53° Les moniales observent la clôture complète et mènent la vie religieuse&#13;
avec une grande édification.&#13;
54° Celles qui, à Montréal, s’adonnent à l’éducation des filles ne sont pas&#13;
des religieuses ni ne prononcent de vœux, à tout le moins publics ; toutefois,&#13;
elles vivent pieusement et édifient beaucoup.&#13;
55° À partir de là, la foi chrétienne a commencé à être prêchée avec succès&#13;
depuis 25 ans ; car ce qui avait précédé n’était que quelques préludes.&#13;
Beaucoup de Barbares ont accueilli la religion chrétienne à travers toute&#13;
cette région, principalement chez les peuples hurons, une race très&#13;
nombreuse et qui n’est pas nomade, qui se distingue par de nombreuses&#13;
places fortes et par un tel progrès dans la piété que la vigueur de l’Église&#13;
primitive se manifeste. Mais telle a été la providence de Dieu à l’endroit des&#13;
nouvelles églises que, par la peste, la faim, la guerre, tout ce qu’il y avait de&#13;
meilleurs chrétiens et jusqu’à des nations entières ont péri, ainsi que&#13;
plusieurs milliers d’enfants, que la grâce d’un récent baptême avait rendu&#13;
mûrs pour le ciel. Les pasteurs ont souvent été tués avec leur troupeau.&#13;
- 162 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-5&#13;
&#13;
56° La fureur hostile des Barbares infidèles, qu’on appelle Iroquois, trouble&#13;
tout et nous interdit presque tout accès à de nombreuses nations, où la foi&#13;
n’a pas encore pu pénétrer. Néanmoins, nos missionnaires, infatigables&#13;
pour tout profit des âmes, se précipitent dès qu’une porte s’ouvre et&#13;
considèrent ces âmes plus précieuses qu’eux-mêmes, peu importe la route&#13;
barrée par les ennemis, peu importe toutes les difficultés, les croix&#13;
continuelles et la mort imminente.&#13;
L’année prochaine, nous attendons une puissante troupe de soldats contre&#13;
les Iroquois.&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique dans le royaume du Canada&#13;
DOC. XXIII-5. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (21 OCTOBRE 1661)&#13;
Doc. XXIII-5&#13;
Lettre à la Sacrée congrégation de la propagande, 21 octobre 1661, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande,&#13;
Scritture originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 256, fos 25-26&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
J’ai écrit plus longuement l’an dernier au sujet de l’état de cette Église naissante.&#13;
La chrétienté suit le même cours et la ferveur de nos missionnaires n’a jamais&#13;
diminué. Certains, qui sont séparés de nous par plus de 40 lieues vers l’ouest depuis&#13;
déjà un an, n’ont reçu aucune lettre de nous et nous n’en avons reçu nulle d’eux&#13;
en retour. Un seul canot d’écorce a très récemment accosté chez nous de façon&#13;
assez heureuse, qui a rapporté de là-bas des choses toutes favorables, que tout est&#13;
bien pour nos missionnaires, qu’ils parcourent [le territoire] en long et en large&#13;
pour le profit de beaucoup et pour assister ceux qui sont prédestinés à la vie&#13;
éternelle. D’autres parmi nos missionnaires ont affronté un voyage très long et tout&#13;
aussi périlleux vers le nord, jusqu’à la mer qui sépare notre Amérique de la Chine&#13;
(c’est en effet ce que nous supposons), où de très nombreuses nations n’ont&#13;
encore rien entendu au sujet du Christ ; mais ils ont été contraints, à la mi-chemin,&#13;
de refaire le voyage en sens inverse, sans doute à cause de la crainte des ennemis.&#13;
D’autres, vers l’est, se sont dépensés auprès des Barbares* qui vivent là-bas et des&#13;
- 163 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-5&#13;
&#13;
Français qui habitent sur le bord de l’océan ; des deux d’entre eux, l’un est mort du&#13;
fait d’une maladie pestilentielle, le dernier de tous ceux là-bas qui ont été ravis par&#13;
une cruelle épidémie après qu’il eut assisté tous les autres. Un autre, vers le sud, a&#13;
été envoyé au milieu des ennemis iroquois pour un résultat [jugé] périlleux et&#13;
incertain par ceux qui n’accordent aucune confiance aux Barbares.&#13;
Trois messagers des ennemis sont venus chez nous pour nous rendre quatre&#13;
Français qu’ils détenaient captifs, pour que nous leur remettions en retour huit de&#13;
leurs compagnons que nous avions faits prisonniers. Ils nous ont assurés que si l’un&#13;
de nos missionnaires voulait faire route chez les Iroquois, qu’il ne reviendrait pas&#13;
les mains vides, qu’ils lui rendraient certainement 20 autres Français et beaucoup&#13;
plus de captifs qui étaient là et en même temps, qu’ils les rendraient tous avant&#13;
l’hiver. Ils ont ajouté que beaucoup de Hurons prisonniers vivaient là-bas, qui&#13;
souhaiteraient avoir un prêtre par lequel ils seraient instruits et que beaucoup&#13;
d’Iroquois accourraient aussi pour être éduqués. Par la même occasion, les Français&#13;
captifs là-bas nous ont écrit et ont affirmé saintement qu’il y avait là des champs&#13;
blanchis, prêts pour la moisson 129. Plaçant en Dieu l’espérance contre toute&#13;
espérance 130, nous avons envoyé là-bas un prêtre qui certes ne revint pas chez&#13;
nous, mais qui cependant fut reçu très affectueusement par ces Barbares et qui,&#13;
librement, enseigna aux chrétiens hurons autant qu’aux Français et même aux&#13;
hommes et femmes iroquois ; et la confiance qui nous fut accordée par ces&#13;
Barbares n’a pas été complètement vaine : certes, ils ne nous remirent pas tous les&#13;
Français captifs, mais seulement la moitié d’entre eux, l’autre moitié étant réservée&#13;
pour l’année prochaine, qui doit nous être rendue au printemps. Qu’adviendra-t-il,&#13;
Dieu le sait, mais nous espérons toutefois que la gloire de Dieu fera l’objet de soin&#13;
pendant tout l’hiver, ainsi que la promotion de la foi chrétienne au milieu des&#13;
ennemis et que l’ouvrier de la vigne du Seigneur n’épargnera aucun labeur.&#13;
Il a été rapporté que M. l’abbé de Queylus, de retour de là-bas [en Europe], aurait&#13;
obtenu l’érection d’une église paroissiale ici, dont le bénéfice lui aurait été concédé&#13;
par le supérieur du Séminaire Saint-Sulpice, qui se trouve dans la banlieue de Paris,&#13;
mais que l’institution en aurait été réservée pour l’archevêque de Rouen, en tant&#13;
qu’ordinaire de ces régions du Canada. Par ailleurs cependant, il nous a été dit que&#13;
ces bulles étaient fausses ; ce que je croirais facilement. En effet, la faculté et la&#13;
juridiction du Saint-Siège romain ne pourront jamais [coexister] avec une&#13;
NDT : Cf. « Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. » (Jean 4:35)&#13;
NDT : Cf. « Espérant contre toute espérance, il a cru ; ainsi est-il devenu le père d’un grand&#13;
nombre de nations. » (Romains 4:18)&#13;
129&#13;
130&#13;
&#13;
- 164 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-6&#13;
&#13;
prétendue juridiction de l’archevêque de Rouen, car tout ce qui pourrait&#13;
avoir été décidé par moi ici pour le bien de cette Église du Canada, le même&#13;
jour deviendrait inutile pour moi, parce que le vicaire de l’archevêque de&#13;
Rouen ferait opposition (comme nous en avons fait l’expérience) ; ce qui&#13;
troublerait la paix de cette Église et que, de là surgirait un schisme ; car rien&#13;
ne peut être plus nuisible à cette Église qu’un mal et une guerre que je dirais&#13;
domestiques. Mgrs éminentissimes,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée et vicaire apostolique du Canada.&#13;
DOC. XXIII-6. LETTRE DE LAVAL À ALEXANDRE VII (22 OCTOBRE 1661)&#13;
Doc. XXIII-6&#13;
Lettre au souverain pontife Alexandre VII, 22 octobre 1661, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande,&#13;
Scritture originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 256, fos 29-30&#13;
Dans cette lettre, le Serviteur de Dieu expose au Saint-Père les difficultés nées&#13;
entre lui et l’abbé de Queylus au sujet de la juridiction en Nouvelle-France.&#13;
Lorsque le roi l’a empêché d’exercer l’autorité de vicaire général de l’archevêque&#13;
de Rouen, l’abbé de Queylus partit du Canada pour la France le 22 octobre 1659.&#13;
En 1660, il se rendit à Rome et en décembre de la même année, il obtint de la&#13;
Daterie apostolique une bulle fondant la paroisse de Montréal et l’en désignant&#13;
comme premier curé, et ce, sans en avoir avisé la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande ou le nonce à Paris.&#13;
Malgré la défense expresse du roi de retourner au Canada, l’abbé s’embarqua et&#13;
arriva en août 1661 avec une lettre de l’archevêque de Rouen qui priait le Serviteur&#13;
de Dieu de mettre Queylus en possession de son titre de curé de Montréal&#13;
(cf. Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, Ville-Marie, 1865, vol. 2,&#13;
p. 480-484). En dépit de la défense du Serviteur de Dieu, qui voyait en cette&#13;
nomination une intrusion de l’archevêque de Rouen dans le gouvernement&#13;
spirituel du Canada, l’abbé se rendit à Montréal, mais il n’y exerça pas de fait les&#13;
fonctions de curé. Le 22 octobre 1661, il partit pour la France, contraint par le&#13;
gouverneur Davaugour, récemment arrivé au pays, qui exécutait l’ordre du roi.&#13;
Puis, la Propagande fit annuler la bulle de la Daterie (no 13). Quand l’abbé de&#13;
Queylus revint en Nouvelle-France en 1668, le problème avait été définitivement&#13;
réglé et le Serviteur de Dieu le nomma comme son vicaire général (cf. Faillon,&#13;
Op. cit., vol. 3, p. 187-188).&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
J’ai reçu les lettres de Votre Sainteté, datées du 3e jour d’avril 1660, et&#13;
combien vous avez très affectueusement voulu adresser une bénédiction à&#13;
moi-même, le pasteur, et au troupeau qui nous est confié. Aucune lettre de&#13;
- 165 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-6&#13;
&#13;
Votre Sainteté ne nous a été apportée cette année. L’état de l’Église&#13;
canadienne est à peu près le même que ce qu’il fut l’an dernier. Les prêtres&#13;
séculiers, qui demeurent à Québec et qui exercent les fonctions paroissiales,&#13;
cherchent vraiment Dieu et marchent d’une manière digne de Dieu dans&#13;
une charité non feinte. Au sujet des prêtres qui sont à Montréal, je parlerai&#13;
ci-dessous. Les pères de la Compagnie de Jésus, diligents et fidèles à leur&#13;
vocation, partent de tout côté, jusqu’à 40 lieues et plus, partout où brille&#13;
quelque espoir de promouvoir la foi chrétienne, partout avec un grand zèle&#13;
et labeur. Les ennemis du nom chrétien (on les appelle les Iroquois), peuple&#13;
barbare et cruel, habitués à la guerre, aussi perfides envers les hommes&#13;
qu’impies envers Dieu, s’efforcent de retarder la progression de la foi. Le&#13;
Roi Très Chrétien nous a promis un grand secours pour l’année prochaine.&#13;
J’avais écrit, l’an dernier, au sujet de l’abbé de Queylus, que je craignais&#13;
qu’il ne trouble la paix domestique de cette Église sous prétexte de la&#13;
prétendue juridiction de l’archevêque de Rouen, dont il prétend toujours&#13;
être ici le vicaire, comme si l’autorité apostolique n’avait aucune raison&#13;
d’être ; pour cette raison, il avait été empêché, par un ordre du Roi Très&#13;
Chrétien, de revenir [au Canada] de là-bas pour déchirer notre Église. Mais,&#13;
son dessein aussitôt changé, il est parti pour Rome et là, il a activé ses&#13;
affaires, au point de dire qu’il a obtenu de Votre Sainteté l’érection d’une&#13;
église paroissiale à Montréal, dont la direction aurait été concédée au&#13;
supérieur du Séminaire Saint-Sulpice, dans la banlieue de Paris, mais dont&#13;
la juridiction aurait été réservée à l’archevêque de Rouen.&#13;
C’est certainement ainsi que je l’ai compris, selon un certain bref de&#13;
l’archevêque de Rouen, par lequel il m’accorde lui-même le pouvoir, en tant&#13;
qu’ordinaire du lieu constitué par le Saint-Siège, de nommer l’abbé de&#13;
Queylus curé de Montréal, et que personne d’autre ne pourrait y être&#13;
nommé ; de peur que par cela, la fondation de la paroisse soit annulée,&#13;
comme il ressort du contrat de fondation, qu’ils ont fabriqué de propos&#13;
délibérés à cette intention.&#13;
&#13;
- 166 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-6&#13;
&#13;
Mais on m’a écrit de quelque part que ces bulles obtenues de Rome par&#13;
M. l’abbé de Queylus seraient fausses et que ce ne serait vraiment pas la&#13;
pensée de Votre Sainteté que l’archevêque de Rouen ait ici quelque&#13;
juridiction ; ce qui ne peut vraiment pas être compatible avec ma juridiction&#13;
de vicaire apostolique, car quoi que ce soit que je pourrais décider, si c’était&#13;
arrêté par moi, mais que le vicaire de l’archevêque de Rouen, qui aurait ici&#13;
sa juridiction, s’opposait à moi, il affirmerait [alors] que les choses décidées&#13;
par moi seraient nulles et sans effet, comme cela est arrivé cette année.&#13;
Par conséquent, je demande à Votre Sainteté qu’elle me fasse bien&#13;
comprendre quelle est sa véritable pensée à propos de ce conflit ; car je&#13;
comprends assez clairement que toute l’autorité du Siège apostolique, et la&#13;
mienne comme vicaire apostolique, seraient ruinées si l’archevêque de&#13;
Rouen avait ici juridiction. Car j’en ai tout récemment, cette année, fait&#13;
l’expérience, lorsque l’abbé de Queylus a abordé ici, à Québec, fort de son&#13;
autorité de vicaire de l’archevêque de Rouen, n’a acquiescé ni à mes prières&#13;
ni à mes interdictions répétées. Depuis la France, il était entré ici par des&#13;
moyens cachés, contre l’interdiction du Roi Très Chrétien. Il avait voulu&#13;
faire illusion par des bulles fausses, mais il lui a été ordonné par le roi de&#13;
revenir sans tarder en France pour rendre compte de sa désobéissance et il&#13;
a été contraint par notre gouverneur d’obéir aux ordres royaux.&#13;
Maintenant, je crains que, de retour de France, il ne mette tout en&#13;
mouvement et qu’il n’obtienne, par des moyens nouveaux et par une&#13;
présentation fausse de nos affaires, quelque chose de la curie romaine par&#13;
lequel il troublerait la paix de cette Église du Canada.&#13;
C’est assurément dans le même esprit de désobéissance et de division&#13;
qu’agissent les prêtres associés qu’il a amenés avec lui de France et qui&#13;
occupent Montréal ; et ce n’est pas par manque de prudence que je crains&#13;
que tous ceux qui, dans l’avenir, se joindront à eux, appelés de France et&#13;
tirés du Séminaire Saint-Sulpice, qui est dans la banlieue de Paris,&#13;
n’agissent dans le même esprit. Si toutefois le droit de patronage de la&#13;
prétendue église paroissiale de Montréal a été concédé au supérieur du&#13;
susdit Séminaire et le droit d’y pourvoir, à l’archevêque de Rouen, qu’on&#13;
- 167 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-6&#13;
&#13;
dit qu’ils ont obtenus – et qu’ils ont utilisés – des bulles fausses, alors&#13;
assurément un autel sera dressé contre un autre dans notre Église&#13;
canadienne par le clergé de Montréal, [qui] s’opposerait toujours à moi, le&#13;
vicaire apostolique, ou à un autre qui me succédera un jour. Je pense que je&#13;
ne dois rien cacher au vicaire du Christ et que tout lui doit être ouvert&#13;
comme au Christ. Je serai entièrement obéissant à tout ce qu’il décidera. Je&#13;
demande la bénédiction de Votre Sainteté, pour moi, le pasteur, et pour le&#13;
troupeau qui m’est confié. Très Saint-Père,&#13;
[Votre] très humble et très obéissant fils,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique de l’Église canadienne.&#13;
&#13;
Doc. XXIII-7&#13;
Lettre au [cardinal Barberini], 24 octobre 1665&#13;
Voir p. 189 131&#13;
&#13;
131&#13;
NDLR : Par souci de préserver l’ordre chronologique des textes, nous avons déplacé ce&#13;
document, ce que l’abbé Demers aurait probablement fait s’il avait eu accès aux recherches récentes.&#13;
&#13;
- 168 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-8&#13;
&#13;
DOC. XXIII-8. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (26 OCTOBRE 1663)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-8&#13;
Lettre aux cardinaux préfets de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
26 octobre 1663, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 256, fos 37-38&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Cette lettre fut écrite deux mois après le retour du Serviteur de Dieu de son&#13;
premier voyage en France. Le nouveau gouverneur dont il est question ici,&#13;
M. de Mésy, fut nommé sous la recommandation du Serviteur de Dieu. Le&#13;
Summum Consilium est le Conseil souverain de Québec, créé par le roi en 1663&#13;
pour le gouvernement du Canada. Les revenus promis au Serviteur de Dieu en vue&#13;
de financer le futur siège épiscopal de Québec sont ceux de l’abbaye de Méobecq.&#13;
&#13;
Je suis enfin débarqué sain et sauf, il y a quelques heures, de retour de&#13;
France, où la sollicitude pour l’Église m’avait amené à aller, afin&#13;
d’assurément venir au secours de cette chrétienté, qui s’en allait à la ruine,&#13;
pour le moins dire, à cause de l’incurie du gouverneur.&#13;
Le Roi Très Chrétien me reçut avec une très grande bienveillance et il&#13;
acquiesça à toutes mes demandes : il établit un nouveau vice-roi* pour ces&#13;
régions, qui soutiendra et promouvra la chrétienté par sa piété ; il érigea&#13;
ensuite un Conseil suprême, entre les mains duquel seront l’ensemble des&#13;
affaires ; il promit enfin des troupes auxiliaires pour l’année prochaine, par&#13;
lesquelles il broiera et dispersera les très funestes Iroquois, ennemis de&#13;
l’Église, déjà très affaiblis par de nombreuses défaites ; en outre, ledit Roi&#13;
Très Chrétien m’a confié une abbaye pour le soutien de l’évêché canadien.&#13;
Si le souverain pontife l’érige, et dès qu’il l’aura affermi, ce sera aussitôt un&#13;
acte qui contribuera au plus haut point au bien de cette Église et qui, au&#13;
jugement de tous, est absolument nécessaire.&#13;
C’est donc pourquoi je vous prie, et même vous conjure, Mgrs éminentissimes, en raison de votre piété et de votre zèle pour la religion, d’obtenir de&#13;
Sa Sainteté qu’elle en ordonne l’érection aussi vite que possible ; car je suis&#13;
sûr que, par la faveur de la grâce divine, une moisson non négligeable&#13;
provenant de ce nouveau champ sera versée dans le grenier du Souverain&#13;
- 169 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-8&#13;
&#13;
Maître de cette maison, non sans votre bonheur à tous, qui aurez une part&#13;
du labeur et du fruit par votre action.&#13;
J’ajoute en outre une seule chose : que vous demandiez audit souverain&#13;
pontife des reliques de quelques saints pour cette Église, pour qu’elles&#13;
apportent avec elles la piété dans ces régions très éloignées et la protègent&#13;
très puissamment contre les ennemis visibles ou invisibles, quels qu’ils&#13;
soient ; ce qui sera ce que je me devrai de reconnaître de plein droit et d’un&#13;
esprit sincère, si vous le garantissez et si vous implorez pour moi Dieu Très&#13;
Grand 132, par vos très saints sacrifices, d’avoir la force de m’acquitter de la&#13;
charge épiscopale. Mgrs éminentissimes,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée et vicaire apostolique de l’Église du Canada.&#13;
À Québec en la Nouvelle-France, le 7e jour des calendes de novembre 1663&#13;
&#13;
Doc. XXIII-9&#13;
Rapport sur l’Église auprès des populations algonquines de la NouvelleFrance, [26 août 1664]&#13;
Voir p. 180&#13;
&#13;
132&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : Dieu le meilleur et le plus grand.&#13;
- 170 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-10&#13;
&#13;
DOC. XXIII-10. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (26 AOÛT 1664)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-10&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
26 août 1664, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 256, fos 21-24&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
Je vous envoie, en raison de ma fonction, un rapport sur l’état de l’Église&#13;
canadienne, qui exposera à vos yeux toutes choses séparément pour que&#13;
vous puissiez, par votre charité et votre zèle pour la religion, me conseiller&#13;
et m’aider plus sûrement et plus efficacement à procurer le salut aux âmes&#13;
qu’il a plu à Dieu et à vous-mêmes de confier à mes soins. Le Roi Très&#13;
Chrétien a suscité en nos âmes une grande espérance. En effet, il embrasse&#13;
et promeut très volontiers ce qui concerne le bien de cette région et surtout&#13;
de nos églises. Il a institué un Conseil suprême, entre les mains duquel&#13;
repose l’autorité suprême sur toutes choses. Il ordonne d’envoyer chaque&#13;
année de nombreux colons. Il a décidé de détruire complètement les&#13;
peuples iroquois, ennemis funestes de notre région et de la religion et le&#13;
seul obstacle, à vrai dire, à la propagation de l’Évangile et, si Dieu l’accorde,&#13;
il accomplira [cela] l’an prochain : il a en effet ordonné que soit préparé, ici&#13;
et en France, ce qui y sera nécessaire.&#13;
Il a en outre donné mission au sieur marquis de Tracy, général en chef*, qui,&#13;
en cette année 1664, a visité l’Amérique du Sud avec sept navires royaux,&#13;
d’unir ses forces à l’armée royale en mai de l’an prochain, lorsqu’il aura&#13;
abordé ici avec lesdits navires. À la vérité, ce qui touche surtout l’esprit du&#13;
pieux roi est le soin et l’amour de nos églises. Pour cette cause, il ne fait rien&#13;
sans notre sollicitation. Il a déjà demandé à Sa Sainteté l’érection d’un&#13;
évêché en titre, qu’il pourvoira lui-même, si les désaccords de l’an dernier&#13;
n’y ont pas fait obstacle. J’espère maintenant un rapide et heureux&#13;
aboutissement de cette érection, tant de la part de Sa Sainteté et de la vôtre&#13;
que du roi, qui m’a déjà confié une abbaye à cette fin. C’est en effet l’opinion&#13;
- 171 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-15&#13;
&#13;
de ceux qui jugent correctement [la situation] que cela contribuera&#13;
grandement à la gloire de Dieu et à l’affermissement de cette Église. S’il&#13;
vous plaît, Mgrs éminentissimes, de mettre la dernière main à cette affaire et&#13;
de m’aider par vos très saintes prières et vos sacrifices, il en résultera que je&#13;
devrai me reconnaître, de plein droit et d’un esprit sincère, Mgrs éminentissimes,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique de l’Église canadienne.&#13;
À Québec, en Nouvelle-France, le 26 août, de l’année 1664&#13;
DOC. XXIII-15. RAPPORT SUR L’ÉTAT DE L’ÉGLISE DE LA NOUVELLE-FRANCE PAR LAVAL À LA PROPAGANDE ([26 AOÛT&#13;
1664])&#13;
&#13;
Doc. XXIII-15&#13;
Rapport sur l’état de l’Église de la Nouvelle-France, [26 août 1664], d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande,&#13;
Scritture originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 256, fos 39-40&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Information au sujet de l’état de l’Église de Nouvelle-France&#13;
Dans cette Nouvelle-France, six lieux fameux et méritant parmi d’autres&#13;
d’être mentionnés sont peuplés par des colons français, c’est-à-dire&#13;
l’Acadie, l’île Percée, Tadoussac, Québec, Trois-Rivières et Montréal, qui&#13;
peuvent être considérés comme séparés les uns des autres par une distance&#13;
d’environ 30 lieues (sauf l’île Percée et l’Acadie) et établis tout près du très&#13;
célèbre fleuve Saint-Laurent, qui est clairement reconnu pour être plus large&#13;
que tous les fleuves français.&#13;
Le principal de ces lieux est Québec. Là se trouvent bien sûr le port, la&#13;
résidence du gouverneur, la garnison, le siège du Conseil suprême prescrit&#13;
par le roi de France, dont les actes et les décrets ont force de loi pour toute&#13;
la Nouvelle-France. Là aussi, les RR. PP. de la Compagnie de Jésus ont un&#13;
collège dans lequel fleurissent les classes d’humanités et les enfants y vivent&#13;
en pension et y sont éduqués d’une manière non différente qu’en France.&#13;
- 172 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-15&#13;
&#13;
Au même endroit, il y a deux monastères de moniales : le premier est un&#13;
hôpital, soit un [monastère] de moniales qui tiennent un hôpital qui leur est&#13;
confié pour y soigner pendant quelque temps, avec plus de soins, soit les&#13;
Français soit les Sauvages*, c’est-à-dire généralement des hommes ; le&#13;
second est celui des moniales de Sainte-Ursule, dans lequel aussi bien les&#13;
jeunes filles françaises que sauvages, autant qu’il y en a, sont éduquées à la&#13;
vie chrétienne et morale avec un très grand empressement. Toutes ces&#13;
religieuses ont leur église, leurs édifices claustraux et le reste des choses&#13;
nécessaires pour conserver la plus grande fidélité à la règle et à leur institut.&#13;
C’est cet endroit que j’ai choisi comme domicile épiscopal.&#13;
Québec est communément divisée en haute-ville et basse-ville. Dans la ville&#13;
basse se trouvent le port, le rivage pour échouer les navires, l’entrepôt des&#13;
marchands, où les marchandises sont conservées et vendues. Toutes les&#13;
affaires publiques y sont conduites et un grand nombre de citoyens y&#13;
demeurent. Dans la ville haute se trouvent le fort royal, auquel est préposé&#13;
un gouverneur, alors que plusieurs militaires y montent la garde jour et&#13;
nuit, le hameau des Sauvages, les maisons religieuses et celles d’un certain&#13;
nombre d’habitants ; en outre, on y trouve la basilique 133, construite&#13;
maintenant en pierres et vraiment grande et magnifique. L’office divin y est&#13;
célébré selon le Cérémonial des évêques, auquel assistent assidûment les&#13;
prêtres et les jeunes clercs qui s’adonnent aux disciplines ecclésiastiques&#13;
dans notre Séminaire et 10 ou 12 enfants de chœur. Aux grandes fêtes, on&#13;
chante la messe, les vêpres et les saluts du soir, avec la musique de diverses&#13;
violes au complet, l’orgue et autres instruments, qui se mêlent doucement&#13;
aux voix des chantres et rehaussent merveilleusement ce concert. Dans la&#13;
sacristie, de très beaux ornements sont gardés. Huit chandeliers d’argent,&#13;
tous les calices pour chacun [des prêtres], des pyxides [ciboires], des&#13;
bassins, des encensoirs et d’autres ustensiles qui sont soit en argent pur, soit&#13;
même en or.&#13;
Dans cette Église, j’ai établi un Séminaire, dans lequel, pour pousser de&#13;
jeunes gens à l’état clérical, des Canadiens sont formés à la discipline&#13;
133&#13;
&#13;
NDLR : Ici, on doit comprendre l’église paroissiale Notre-Dame de Québec.&#13;
- 173 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-15&#13;
&#13;
ecclésiastique. J’ai sérieusement jugé devoir confier, et j’ai confié d’ailleurs,&#13;
la direction et le soin de celui-ci à six prêtres, qui travaillent par-dessus tout,&#13;
de toutes leurs forces et excellemment, à cette œuvre. Je ne doute pas, Dieu&#13;
aidant, que des fruits abondants en sortiront un jour. Par notre soin et notre&#13;
travail, nous avons trouvé à attribuer des revenus annuels par lesquels ils&#13;
puissent se maintenir suffisamment, ayant en outre ajouté le revenu des&#13;
paroisses, dont j’ai décrété l’annexion audit Séminaire. Notre roi a confirmé&#13;
tout cela par son autorité et le Conseil suprême et royal de la NouvelleFrance en a pris acte.&#13;
Il y a une région dite de Beaupré, éloignée de deux lieues de Québec, qui&#13;
s’étend sur huit lieues de longueur et est baignée par le grand fleuve SaintLaurent. Elle est très cultivée par des colons et par de nombreuses familles,&#13;
au point qu’elle est jugée suffisamment apte à la mise en place de plusieurs&#13;
paroisses ; et les paroisses sont en effet distantes de deux en deux lieues,&#13;
aux soins desquelles nous avons préposé des prêtres du Séminaire&#13;
continuellement mandatés et pouvant être révoqués, pour qu’ils soient plus&#13;
aptes à remplir cet office si difficile. Dans l’intervalle, alors que se succèdent&#13;
au travail ceux que nous voulons, nous veillons à ce qui se passe en d’autres&#13;
lieux, autant que faire se peut.&#13;
Les régions de Beauport et de Notre-Dame-des-Anges ont été établies sur&#13;
la même rive du grand fleuve, dont la longueur n’est pas moins de deux&#13;
lieues, partout riches en colons et suffisantes pour diviser en diverses&#13;
paroisses, puisque les bourgs qui réunissent 30 ou 40 familles de colons ne&#13;
sont pas rares.&#13;
Les régions de Sainte-Geneviève, de Saint-Jean et de Saint-François sont&#13;
également distantes de Québec et voisines d’un cours d’eau qui se jette dans&#13;
le grand fleuve ; elles atteignent deux lieues de longueur et autant de&#13;
largeur ; elles peuvent former diverses paroisses et là quelques bourgs sont&#13;
rassemblés en plusieurs lieux.&#13;
&#13;
- 174 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-15&#13;
&#13;
Les forts de Saint-Xavier, de Sillery et de Cap-Rouge sont baignés [d’un&#13;
côté] par le grand fleuve et de l’autre côté sont édifiés sur une plaine fertile&#13;
et s’étendent à deux lieues de Québec et jusqu’à trois lieues de long et de&#13;
large ; des bourgs très fréquentés se trouvent en ces lieux. Il y a deux forts&#13;
à Sillery : dans l’un, les RR. PP. jésuites ont leur maison ; dans l’autre, dit de&#13;
Saint-[François]-Xavier, environ 30 familles cohabitent, lesquels lieux&#13;
réclament, et forment diverses paroisses.&#13;
Coulonge et les lieux qui entourent Québec de ce côté sont longs d’une lieue&#13;
et demie ; là, de toutes parts, on voit construites des maisons pleines de&#13;
familles nombreuses.&#13;
En aucune église on ne voit de calices et de ciboires d’un autre métal que&#13;
l’argent et jamais, jour ou nuit, une lampe, brûlant là où est conservé le Très&#13;
Saint-Sacrement de l’autel, ne fait défaut.&#13;
J’ai élu résidence dans notre Séminaire et huit prêtres vivent avec moi. Selon&#13;
mon jugement et la nécessité des circonstances, soit je les emploie à diverses&#13;
missions, soit je veille à ce qu’ils se consacrent sans relâche aux autres&#13;
fonctions ecclésiastiques.&#13;
L’île dite d’Orléans, à deux lieues en bas de Québec, est divisée en deux&#13;
parties par le grand fleuve : la longueur de cette île ne mesure pas moins de&#13;
14 lieues et sa largeur, 18. Le nombre des insulaires, en l’une et l’autre&#13;
partie, est très élevé et très grand et, par conséquent, elle renferme plusieurs&#13;
paroisses et nous avons concédé qu’elles soient plus longues qu’il serait&#13;
justement approprié, de manière à ce qu’une église et un presbytère soient&#13;
construits plus rapidement et plus facilement dans chacune d’elles. Cette&#13;
tâche de construction exige, encore maintenant, un travail continuel. La&#13;
population de cette île sera rapidement très élevée en raison de l’abondance&#13;
merveilleuse et habituelle de blé qui est contenue dans ses champs.&#13;
&#13;
- 175 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-15&#13;
&#13;
Tadoussac, à 30 lieues en bas de Québec, est le deuxième établissement qui&#13;
se présente à ceux qui traversent de l’Europe en Nouvelle-France, bien&#13;
qu’elle soit à plus de 80 lieues, au moins, de l’embouchure du grand fleuve.&#13;
C’est là, à Tadoussac, qu’autrefois les navires jetaient l’ancre, étant le port&#13;
le plus proche de Québec, lorsque les marins inexpérimentés n’osaient pas&#13;
s’avancer jusqu’à Québec. Là-bas, les Français ont un poste fortifié et une&#13;
église, où de très nombreux hommes, surtout des Sauvages de la partie&#13;
septentrionale, descendent soit pour être éduqués dans la foi soit pour&#13;
exercer le commerce.&#13;
L’île Percée est située dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent. En ce lieu,&#13;
chaque année, un nombre non négligeable de navires venant de France&#13;
abordent, pour que, une fois l’été terminé, ils puissent retourner de là en&#13;
France ou ailleurs, vers des terres lointaines, chargés d’un poids&#13;
considérable et [d’un nombre] quasi infini de morues, qui sont là très&#13;
abondantes. Cette année surtout, jusqu’à 20 navires abordèrent, dont on&#13;
estime que pour certains il faut couramment une centaine d’hommes pour&#13;
mener ce genre de commerce plus rapidement et selon les formes. Notre roi&#13;
a désigné ce lieu comme centre principal [pour cette pêche], pour que ce&#13;
commerce entre l’Europe et cette Nouvelle-France, qui est très utile à tous&#13;
les Canadiens et Français, y soit pratiqué sans interruption et pour le bien&#13;
des uns et des autres.&#13;
La ville des Trois-Rivières est à 30 lieues au-dessus de Québec, construite&#13;
près du grand fleuve et entourée d’une palissade et d’un retranchement. On&#13;
trouve là [le tribunal de] la justice royale, un gouverneur qui est à la tête de&#13;
la ville et des soldats à la solde. Les RR. PP. de la Compagnie de Jésus&#13;
possèdent là une résidence et une église. Dans l’avenir, nous espérons y&#13;
établir un hôpital et des moniales hospitalières ; à cette fin, quelques colons&#13;
de ce lieu proposent même, de bon gré, de consacrer un domaine propre à&#13;
une œuvre aussi pieuse et nécessaire. Nous y avons envoyé récemment de&#13;
jeunes filles majeures à titre d’institutrices à la direction des plus jeunes,&#13;
pour qu’elles s’occupent de les instruire de tout ce qui est nécessaire à des&#13;
&#13;
- 176 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-15&#13;
&#13;
chrétiens, jusqu’à ce que le temps et l’occasion nous fournissent un lieu plus&#13;
opportun pour y installer des moniales de Sainte-Ursule.&#13;
Il y a une autre habitation à une lieue avant [Trois-Rivières], qui n’est pas&#13;
estimée bien inférieure, puisqu’elle s’étend jusqu’à deux lieues de la rive du&#13;
grand fleuve et où habite une nombreuse population, attirée comme&#13;
d’habitude par la fertilité de cette terre merveilleuse. Là, les RR. PP. de la&#13;
Compagnie de Jésus ont une résidence et une église fut aussi construite il y&#13;
a déjà deux ans, dédiée à sainte Madeleine, à laquelle les Sauvages affluent&#13;
de partout en grand nombre.&#13;
Une troisième habitation est commencée, à deux lieues en dessous, que&#13;
nous espérons être très utile aux colons, car elle est construite près d’un&#13;
cours d’eau.&#13;
L’île de Montréal est à 30 lieues au-dessus des Trois-Rivières et à 60 lieues&#13;
de Québec, sur la rive du fleuve. Là sont un château fort, un gouverneur et&#13;
un poste continuellement défendu par des soldats. Il a été établi là, il y a&#13;
20 ans, par 3 000 Français. Il y a aussi une résidence de moniales&#13;
hospitalières, aux soins desquelles est confié l’hôpital. Cette île est située&#13;
dans une plaine que baigne le grand fleuve. Elle est agréable et tout à fait&#13;
avantageuse pour ses habitants par l’abondance des fruits de la pêche et de&#13;
la chasse. Sa longueur équivaut à au moins deux lieues et elle grossit&#13;
merveilleusement de jour en jour en raison d’une population nombreuse et&#13;
d’un nombre élevé de familles. Elle est divisée en diverses paroisses,&#13;
auxquelles des prêtres, qui demeurent là, s’occupent d’administrer les&#13;
sacrements et les autres [secours] divins.&#13;
L’Acadie est une terre très vaste et fertile, éloignée de Québec d’environ&#13;
150 lieues, qui a commencé à être peuplée jadis par des colons français&#13;
professant la foi chrétienne. Il y a là trois habitations, munies d’une&#13;
palissade, d’un retranchement, de machines de guerre, occupées par&#13;
diverses familles, placées sous l’autorité d’un marquis et d’autres seigneurs,&#13;
séparées l’une de l’autre par 20 lieues, que notre roi songe à grossir&#13;
- 177 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-15&#13;
&#13;
beaucoup, et rapidement, et nous espérons que cette terre ne recevra de sa&#13;
part pas moins d’attention et ne sera pas cultivée avec moins de soins que&#13;
ceux qu’il accorde maintenant à la nôtre.&#13;
L’an passé, notre roi, dans une disposition d’esprit tout à fait royale, m’a&#13;
concédé l’abbaye de Méobecq, dont les revenus annuels se ramènent à une&#13;
valeur non inférieure à 6 000 livres, à la condition, toutefois, qu’il voulût me&#13;
choisir fondateur d’un évêché en titre et premier évêque de l’Église de la&#13;
Nouvelle-France.&#13;
Jusque-là, il n’y avait pas tant d’espoir de voir la terre canadienne reposer&#13;
sur un fondement aussi inébranlable et d’être affermie pour l’avenir.&#13;
Auparavant, toute cette région était sous la domination d’une certaine&#13;
Compagnie, mais le roi se l’est appropriée il y a maintenant deux ans, en&#13;
reprenant possession au prix de grandes dépenses. Il promit de fournir de&#13;
plus amples contributions en faveur [de ce pays], ce qu’aujourd’hui déjà,&#13;
nous avons vu confirmé (200 000 francs ayant été dépensés pour cela en&#13;
l’espace de deux ans). Ce roi très généreux s’est engagé à envoyer ici chaque&#13;
année (pour une période de dix ans) 30 hommes (ce dont nous attestons&#13;
avoir été exactement fait pour les trois dernières années). L’année&#13;
prochaine, nous nous attendons à ce qu’on en amène ici plus de&#13;
1 200 soldats, par lesquels, autant que cela pourra se faire, si Dieu l’accorde,&#13;
nous essaierons d’anéantir complètement les Iroquois criminels ; à cause de&#13;
leur cruauté barbare qui y fait obstacle, la vérité et le fruit de l’Évangile ne&#13;
peuvent être en aucune manière révélés aux autres nations [sauvages],&#13;
puisqu’ils bloquent toujours la route (c’est-à-dire la partie supérieure du&#13;
fleuve).&#13;
Le sieur marquis de Tracy, que le roi a envoyé en Amérique méridionale&#13;
avec sept navires très propres à faire la guerre, si besoin était, visitera&#13;
ensuite ces terres très prochainement pour conférer au sujet de tout ce que&#13;
le roi doit encore faire relativement à cette Nouvelle-France pour l’affermir&#13;
totalement et pour toujours ; laquelle apparaît de jour en jour plus apte à&#13;
nourrir plus facilement tous ses colons. Le blé est rarement frappé&#13;
- 178 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-9&#13;
&#13;
d’improductivité. Nous ne connaissons pas une alimentation de moindre&#13;
qualité en mets solides, ni inférieure en diversité à notre alimentation&#13;
française, car nous nous nourrissons de viande de bœuf, de veau, d’agneau,&#13;
aussi de volailles, et mieux encore, si besoin est, de toutes sortes de poissons&#13;
comme en France. La température du ciel est, du reste, excellente pour la&#13;
santé. Nous ne tolérons ici aucune secte hérétique, ce qu’autrefois, à ma&#13;
demande, le Roi Très Chrétien a pieusement concédé. Bien plus, alors que&#13;
nous nous abstenons de faire quelque commerce que ce soit avec les&#13;
Anglais, nous les savons cependant être plus proches de nous par la&#13;
proximité [que la France], bien que distants d’environ 300 lieues.&#13;
François, évêque de Pétrée&#13;
DOC. XXIII-9. RAPPORT SUR L'ÉTAT DE L’ÉGLISE CHEZ LES ALGONQUINS PAR LAVAL À LA PROPAGANDE ([26 AOÛT&#13;
1664])&#13;
&#13;
Doc. XXIII-9&#13;
Rapport sur l’Église auprès des populations algonquines de la NouvelleFrance, [26 août 1664], d’après l’original conservé aux Archives apostoliques&#13;
du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni&#13;
generali, vol. 256, fos 33-36&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Au sujet de l’état de l’Église naissante parmi les Algonquins&#13;
Puisque le grand fleuve Saint-Laurent partage notre Amérique en deux&#13;
parties presque égales, l’une septentrionale, qui est baignée par la mer, qui&#13;
est pour nous septentrionale, l’autre, que nous appelons australe, qui est&#13;
baignée par la mer qui pour nous est comme australe. Aussi, les convertis&#13;
algonquins et leurs Églises, qui sont dispersés par toute notre Amérique,&#13;
nous appelons les uns septentrionaux, qui sont, bien entendu, dans la partie&#13;
septentrionale de cette Amérique, et nous appelons les autres austraux, qui&#13;
vivent dans sa partie australe. Il sera question de ceux-ci en dernier lieu, de&#13;
ceux-là en premier lieu.&#13;
Quant aux Algonquins septentrionaux, qui sont les uns supérieurs [de&#13;
l’ouest], les autres inférieurs [de l’est], il faut parler d’abord des premiers et&#13;
de leurs Églises, ensuite seulement des seconds.&#13;
- 179 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-9&#13;
&#13;
L’Église parmi les Algonquins septentrionaux inférieurs&#13;
L’Église à laquelle nous ramenons tous les Algonquins inférieurs qui&#13;
survivèrent parmi tant de milliers de convertis, que l’ennemi ou l’épidémie&#13;
nous a arrachés, est triple. En vérité, ce sont les pères de la Compagnie [de&#13;
Jésus], qui gouvernent les convertis algonquins, qui ont fondé ces trois&#13;
Églises :&#13;
la 1re est l’Église de Sainte-Marie-Madeleine 134, près du&#13;
confluent des Trois-Rivières, loin de 30 lieues de la ville de&#13;
Québec ; celle-ci compte environ 450 âmes. L’un ou l’autre&#13;
père de la Compagnie la dirige ;&#13;
la 2e est celle de Saint-Michel, dans le fort de Sillery, près de&#13;
la ville de Québec ; celle-ci compte 400 âmes. L’un ou l’autre&#13;
père de la Compagnie de Jésus la dirige ;&#13;
la 3e est celle de Sainte-Croix, au port de Tadoussac, distante&#13;
d’environ 30 lieues de Québec ; celle-ci compte 100 âmes. L’un&#13;
ou l’autre père de la Compagnie de Jésus la dirige pendant&#13;
l’été.&#13;
C’est vers celle-ci, comme vers l’Église-mère, que regardent cinq autres&#13;
Églises mineures, dont deux sont situées entre l’ouest et le nord :&#13;
la 1re, vers l’ouest, est l’Église de Saint-Jean, au lac du même&#13;
nom, dit Piekouagami par les indigènes, éloigné du port de&#13;
Tadoussac d’environ 45 lieues ; celle-ci compte tantôt&#13;
130 âmes, tantôt davantage à cause des étrangers qui affluent&#13;
à ce lac et ensuite à l’Église de Tadoussac ; celle-ci compte&#13;
pendant l’été au-dessus de 200 âmes ; à celle-ci accourt un&#13;
autre prêtre de la Compagnie de Jésus, qui dirige l’Église de&#13;
Tadoussac ;&#13;
la 2e, entre le nord et l’est, est l’Église de Saint-Charles au lac&#13;
Mistassini, éloignée d’environ 100 lieues dudit port de&#13;
134&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : de la Bienheureuse Madeleine.&#13;
- 180 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-9&#13;
&#13;
Tadoussac ; celle-ci compte environ 80 âmes, outre de&#13;
nombreux étrangers ;&#13;
la 3e Église mineure est de Saint-Pierre sur la rivière dite&#13;
Péritibis [Papinachois] par les indigènes, située à environ&#13;
34 lieues en bas du port de Tadoussac ; celle-ci compte&#13;
environ 300 âmes parmi les Papinachois ; à celle-ci accourt un&#13;
prêtre, si les convertis ne peuvent, comme ils en ont&#13;
l’habitude, aller à l’église de Sainte-Croix ;&#13;
la 4e Église mineure est celle de Saint-Barnabé, sur le lac du&#13;
même nom, appelé Manicouagan par les indigènes et éloignée&#13;
d’environ 60 lieues de la rive du fleuve Saint-Laurent, entre le&#13;
nord et l’est ; celle-ci compte presque 80 âmes, parmi les&#13;
Oukestigouek et leurs voisins ;&#13;
la 5e Église mineure est celle de Saint-Paul, près de la rivière&#13;
du même nom, éloignée d’environ 75 lieues en bas du port de&#13;
Tadoussac, en face des Sept-Îles ; celle-ci compte 150 âmes&#13;
réparties entre les Oumamiouek et les Chichouta Pirinioüe&#13;
[Chisedech].&#13;
Outre des Églises, aussi bien majeures que mineures, il y a deux missions,&#13;
l’une commencée, l’autre sur le point de commencer :&#13;
la 1re mission, commencée depuis l’année 1661, est celle de&#13;
Saint-François-Xavier, dans le grand golfe de la mer&#13;
septentrionale, presque depuis la région du port de&#13;
Tadoussac, dont elle est éloignée d’environ 190 lieues ; celleci compte seulement les âmes qui ont été baptisées en route,&#13;
alors que les missionnaires s’y rendaient, c’est-à-dire 30, mais&#13;
elle en espère de très nombreuses parmi les multiples nations&#13;
qui sont autour, qui affluent à ce golfe, outre plusieurs autres&#13;
qui occupent le rivage de cette mer au couchant et au levant ;&#13;
la 2e mission, sur le point de commencer, est celle de SaintLouis, dans la région de l’Église mineure susdite de SaintPaul, éloignée du rivage de la mer septentrionale par&#13;
- 181 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-9&#13;
&#13;
seulement quelques jours de voyage ; celle-ci espère de&#13;
nombreuses âmes dans les nombreux villages qui ont&#13;
récemment été découverts. Ils s’appellent Kichkankoueiak&#13;
[Outakouamiouek].&#13;
Jusqu’ici, [c’est] ce qui concerne les Églises et les missions parmi les&#13;
Algonquins inférieurs.&#13;
L’Église parmi les Algonquins septentrionaux supérieurs, ou vers l’ouest&#13;
Parmi ceux-ci, il n’y a pas encore d’églises construites, mais à l’occasion des&#13;
missions anciennes ou nouvelles, les pères de la Compagnie y ont travaillé.&#13;
Il y a deux missions anciennes :&#13;
la 1re est celle du Saint-Esprit, sur le lac des Sorciers, dit&#13;
Nipissing par les indigènes, éloignée de la ville de Québec d’à&#13;
peine 200 lieues ; celle-ci compte environ 500 baptisés. Depuis&#13;
l’année 1638, l’un ou l’autre prêtre de la Compagnie de Jésus&#13;
s’en occupe. Elle en espère de nombreux [autres] parmi les&#13;
nombreuses nations voisines qui se rassemblent à ce lac ;&#13;
la 2e mission ancienne est celle de Saint-Michel, sur le lac dit&#13;
Pagritio [Canandaigua] par les indigènes, éloigné d’environ&#13;
100 lieues du lac susdit de Saint-Esprit, vers l’ouest ; celle-ci&#13;
compte 600 baptisés, mais surtout des enfants. Un prêtre de la&#13;
Compagnie qui s’en occupait, décédé en 1661, a écrit qu’elle&#13;
s’élève à 700 hommes ou à autant de chefs de famille. Comme&#13;
de nombreuses nations affluent à ce très grand lac, dont&#13;
certaines comptent 200 familles, d’autres 500, d’autres 1 000,&#13;
[la mission] espère des âmes presque innombrables.&#13;
Les missions nouvelles ou celles qui sont espérées prochainement : ces&#13;
autres missions nouvelles sont situées entre le sud et l’ouest par rapport au&#13;
lac susdit de Saint-Michel, dont elles sont distantes de cinq jours de voyage :&#13;
&#13;
- 182 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-9&#13;
&#13;
la 1re mission nouvelle est pour la nation dite Alinouec&#13;
[Illinois] ; celle-ci, sur 40 villages, compte 1 000 hommes ou&#13;
autant de chefs de famille ;&#13;
la 2e mission nouvelle est pour la nation dite Oumamic&#13;
[Miami] vers le sud ; celle-ci compte 8 000 familles en&#13;
150 villages ;&#13;
la 3e mission nouvelle est pour la nation dite Nadouechiouec&#13;
[Dakota Sioux] ; celle-ci compte 30 000 hommes en 50 villages.&#13;
D’autres missions nouvelles se trouvent parmi les Algonquins supérieurs,&#13;
entre l’ouest et le sud ; parmi celles-ci, je touche un mot à propos de&#13;
quelques-unes :&#13;
la 1re est au lac Alimibeg [Nipigon], éloigné du lac Saint-Michel&#13;
d’environ 40 lieues ;&#13;
la 2e est pour la nation dite Assinipoualac [Nakota Sioux],&#13;
éloignée d’environ 50 lieues du lac Alimibeg, vers le rivage de&#13;
la mer septentrionale ; celle-ci compte 1 000 familles ;&#13;
la 3e mission nouvelle est pour la nation dite Kilistinon [Cris],&#13;
éloignée d’environ 40 lieues de la nation susdite ; celle-ci&#13;
compte 1 000 familles ;&#13;
la 4e est pour la nation dite Kichekilistinon, distante d’environ&#13;
40 lieues de celle immédiatement mentionnée ; celle-ci compte&#13;
au-delà de 1 000 familles ;&#13;
la 5e est pour la nation dite Alimouspigas, distante d’environ&#13;
40 lieues de celle immédiatement mentionnée.&#13;
Jusqu’ici, c’est ce qui concerne les Églises et les missions parmi les&#13;
Algonquins septentrionaux.&#13;
&#13;
- 183 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-9&#13;
&#13;
L’Église parmi les Algonquins austraux,&#13;
ou ceux qui vivent dans la partie australe de cette Amérique&#13;
Comme la partie australe de notre Amérique, qui est baignée par la mer et&#13;
est, pour nous, en partie vers l’est, en partie aussi vers le sud, s’étend depuis&#13;
le cap dit de Gaspé jusqu’à la Virginie, je toucherai ses parties principales,&#13;
c’est-à-dire l’Acadie, la Nouvelle-Angleterre, la Nouvelle-Belgique et la&#13;
Virginie, pour que soient mentionnées aussi bien les Églises que les&#13;
missions anciennes et nouvelles, qui se trouvent, pour chacune d’entre elles,&#13;
parmi ces Algonquins austraux qui habitent aux environs du rivage de la&#13;
mer. Parmi eux, il y a aussi trois Églises :&#13;
la 1re est celle des Micmacs, vers la baie dite des Chaleurs, non&#13;
loin du cap de Gaspé ; celle-ci comptait environ 40 familles,&#13;
lorsqu’elle était desservie par les pères de la Compagnie, qui&#13;
l’avaient édifiée ; maintenant déserte, elle fut assez longtemps&#13;
desservie par les pères capucins. Prochainement, elle espère&#13;
que viendra l’un ou l’autre prêtre de la Compagnie. Depuis&#13;
cette Église, on espère établir à nouveau des missions pour les&#13;
nations avoisinantes. Les missions anciennes sont : dans la&#13;
baie Miramichi et sur la rivière Richibucto ; et dans l’île de&#13;
Bretagne [île du Cap-Breton], en Acadie dans le golfe&#13;
français ;&#13;
la 2e Église est celle de Saint-Jean, près du fort et de la rivière&#13;
du même nom ; celle-ci, construite par les pères capucins, est&#13;
maintenant occupée par les Anglais hérétiques, mais, comme&#13;
nous l’espérons, elle sera sous peu délivrée de leur pouvoir.&#13;
La nation dite Outaouakamigouk [Outaouais] attend [de la&#13;
retrouver]. Elle compte 100 familles ;&#13;
la 3e Église est celle de la rivière dite Pentagouet, éloignée de&#13;
la rivière Saint-Jean d’environ 80 lieues ; celle-ci fut construite&#13;
et desservie par les pères capucins, elle est maintenant&#13;
occupée par les Anglais. La nation dite Etchemin attend [de la&#13;
retrouver]. Elle compte 70 familles.&#13;
- 184 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-9&#13;
&#13;
En Nouvelle-Angleterre :&#13;
La mission ancienne de l’Assomption-de-la-Vierge, près de la rivière dite&#13;
Kennebec, séparée de Pentagouet par environ 20 lieues ; celle-ci compte&#13;
200 familles, parmi lesquelles plus de 200 baptisés pour l’année 1660.&#13;
De nombreuses missions nouvelles ou près d’être commencées, où eut lieu&#13;
d’abord le massacre de ces Églises, par le Turc, c’est-à-dire l’Iroquois :&#13;
la 1re est près de la rivière Marameg, distante de la rivière&#13;
Kennebec d’environ 20 lieues ; celle-ci compte 400 familles&#13;
réparties entre trois nations voisines ; ils s’appellent&#13;
Passagouanouet [Passamaquoddys] ;&#13;
la 2e est près du cap Malabar [île Monomoy], distante de&#13;
Kennebec d’environ 70 lieues ; celle-ci compte 900 familles du&#13;
peuple Hassemetton, près de Nouveau-Plymouth ;&#13;
la 3e mission nouvelle est près du fort dit de Providence ou&#13;
Porcelaine, distante de 10 lieues du cap Malabar ; celle-ci est&#13;
[répartie] en six forts de la nation dite Naraghense&#13;
[Narragansetts], compte plus de 20 000 hommes ;&#13;
la 4e mission nouvelle est à l’île Pequot, séparée de la nation&#13;
des Naraghenses par environ 10 lieues ; celle-ci est parmi les&#13;
indigènes dits Morchiganders, compte 1 000 familles ;&#13;
la 5e mission est de la rivière Socokis, à 15 lieues en retrait de&#13;
l’île Pequot et est située parmi les peuplades des&#13;
Pagamptagwes [Pocumtuck] et des Sokokinois [Sokokis] ; celleci compte 800 familles.&#13;
En Nouvelle-Belgique seront deux missions nouvelles :&#13;
la 1re est près du fleuve Manhattan, séparée de la rivière&#13;
Sokokis d’environ 30 lieues ; celle-ci compte 600 familles parmi&#13;
les indigènes Mahinganaks [Mahigans] ;&#13;
&#13;
- 185 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-11&#13;
&#13;
la 2e est sur l’île près de Manhattan, dite Long Island ; celle-ci&#13;
compte 1 000 familles parmi les indigènes Apemenagoton.&#13;
En Nouvelle-Suède, près du Maryland, adjacent à la Virginie :&#13;
[il y a] une mission néo-ancienne pour le grand peuple usant&#13;
de la langue algonquine ; celle-ci, vue par de nombreux&#13;
Européens, est dite desservie par les pères de la Compagnie&#13;
de Jésus, parmi les catholiques anglais, qui vivent au&#13;
Maryland.&#13;
François, évêque de Pétrée&#13;
DOC. XXIII-11. RAPPORT SUR L'ÉTAT DE L’ÉGLISE CHEZ LES HURONS PAR LAVAL À LA PROPAGANDE ([26 AOÛT 1664])&#13;
&#13;
Doc. XXIII-11&#13;
Rapport de l’Église auprès des populations huronnes en Nouvelle-France,&#13;
[26 août 1664], d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 256, fos 41-42&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Au sujet de l’Église huronne en Nouvelle-France&#13;
L’Église huronne chez les Canadiens de Nouvelle-France, naguère fleurie&#13;
par plusieurs milliers de chrétiens, a presque totalement péri, si vous&#13;
excluez 80 âmes qui ont survécu à la ruine commune et qui se sont rabattues&#13;
ici, à Québec, comme dans un refuge. Il y en a encore beaucoup plus&#13;
[vivants], mais soit qu’ils sont retenus captifs par un ennemi ravisseur de&#13;
toute foi, aussi bien humaine que divine, soit qu’ils se sont enfoncés dans&#13;
des lieux très éloignés et inaccessibles aux hommes, où ils pourraient veiller&#13;
plus sûrement à leur salut.&#13;
Il ne nous a pas non plus échappé qu’un village entier de ceux qu’on appelle&#13;
Tionontatehronnon [Pétuns] s’est éloigné de nous 400 lieues dans des forêts,&#13;
où un religieux de la Compagnie de Jésus a saintement rendu l’âme. Il avait&#13;
été envoyé là, auprès de ceux qu’il avait naguère instruits des Saintes&#13;
- 186 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Écritures, avant la destruction de leur patrie, pour établir chez eux une&#13;
résidence et pour réconforter, par de nouvelles exhortations, une nation&#13;
facilement oublieuse des choses divines.&#13;
De plus, nous savons aussi, par les mêmes [réfugiés], que beaucoup ont fui&#13;
chez les peuples confédérés appelés Andastoerrhonon [Susquehannock /&#13;
Conestoga] et Riqueronon [Érié] ; mais il se trouve que la nation iroquoise,&#13;
ennemie commune des Français et des Hurons, est placée entre [eux et&#13;
nous], de sorte qu’ils sont privés de tout secours d’un pasteur ; ce que nous&#13;
regrettons vivement.&#13;
Lorsqu’il a été possible, grâce à un armistice, à vrai dire bref, d’aller chez&#13;
les ennemis, plusieurs d’entre eux ont donné leur nom au Christ ; mais&#13;
quand la guerre s’est ranimée, les pères de la Compagnie, chassés de leurs&#13;
territoires, se sont retirés chez eux et ont été contraints d’abandonner leur&#13;
troupeau.&#13;
Mais voici que notre Roi Très Chrétien a glorieusement recueilli des parties&#13;
du troupeau errant et nous attendons imminemment de lui de l’aide pour&#13;
briser l’audace du très cruel et perfide Iroquois, le principal et unique&#13;
obstacle à la propagation de l’Évangile ici.&#13;
Il en résulte donc que nous plaçons une grande espérance dans les armées&#13;
royales. Si l’esprit insolent des Iroquois peut pour une fois être brisé,&#13;
aussitôt un vaste accès vers de nombreuses nations très éloignées s’ouvrira&#13;
aux ouvriers depuis longtemps pourvus de zèle et de multiples langues.&#13;
François de Laval, évêque de Pétrée&#13;
&#13;
- 187 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-7&#13;
&#13;
DOC. XXIII-7. LETTRE DE LAVAL À [A. BARBERINI] (24 OCTOBRE 1665)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-7&#13;
Lettre au [cardinal A. Barberini], préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande, 24 octobre 1665, d’après l’original conservé aux Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle&#13;
congregazioni generali, vol. 256, fos 43-44&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Votre Éminence,&#13;
Me voici enfin arrivé en notre Église après un long et fâcheux voyage de plus de&#13;
trois mois sur mer dans un vaisseau plein de malades et de morts, au nombre de&#13;
plus de 40, sans que toutefois Dieu ait permis que je fusse du nombre ; je le prie&#13;
que ce soit pour sa gloire. C’est aussi ce que je supplie Votre Éminence de demander&#13;
à Sa divine Majesté pour moi et de me vouloir continuer son affection, employant&#13;
sa faveur et crédit tant envers Sa Sainteté qu’envers Leurs Éminences cardinalices&#13;
de la Congrégation qui vous reconnaissent pour chef, à ce qu’il leur plaise d’ériger&#13;
en titre d’évêché cette Église, selon l’instance et la poursuite qu’en fait le roi auprès&#13;
de Sa Sainteté, pour lequel dessein Sa Majesté nous a mis une abbaye en main, qu’il&#13;
désire être affectée à sa fondation.&#13;
M. Poitevin, un de nos grands-vicaires, se donnant l’honneur de présenter la&#13;
présente à Votre Éminence, pourra, tout ensemble du même souffle, l’informer de&#13;
l’état où sont les affaires et en quels sentiments est Sa Majesté. Je finis,&#13;
Monseigneur, vous témoignant derechef le désir d’être recommandé à vos saints&#13;
sacrifices et prières et que je suis, Monseigneur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique de l’Église du Canada.&#13;
À Québec, ce 29 octobre 1665&#13;
&#13;
- 188 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-12&#13;
&#13;
DOC. XXIII-12. LETTRE DE LAVAL À ALEXANDRE VII (25 OCTOBRE 1665)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-12&#13;
Lettre au souverain pontife Alexandre VII, 25 octobre 1665, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande,&#13;
Scritture originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 256, fos 49-52&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Très Saint-Père,&#13;
En considérant l’état de nos affaires, il ne me paraît avoir rien d’autre à&#13;
ajouter à ce que j’ai exposé à Votre Sainteté l’an dernier. Les personnes&#13;
arrivant d’Europe, soit pour grossir la colonie soit pour combattre les&#13;
Iroquois, ont été encore plus nombreuses, ce qui s’est réalisé grâce au Roi&#13;
Très Chrétien ; mais la joie ne s’est pas encore multipliée, à moins, peut-être,&#13;
que l’on compte comme un grand profit que notre hôpital, conçu pour&#13;
environ 100 malades, soit devenu d’un coup trop connu : comme il n’y avait&#13;
plus de place dans l’Hôtel[-Dieu] pour ceux qui devaient être accueillis,&#13;
l’église de Dieu elle-même a été consacrée à cela ; parmi ceux-ci, il y en avait&#13;
plusieurs à professer des dogmes hérétiques et à peine l’un d’eux a quitté&#13;
ce lieu sans parvenir au ciel ou à l’Église catholique.&#13;
Nous avons ici, comme vice-roi* envoyé par le Roi Très Chrétien, le&#13;
distingué marquis de Tracy pour passer en revue toutes les contrées&#13;
soumises au pouvoir royal, mais surtout pour faire ici un séjour prolongé&#13;
et pour diriger et fixer toutes les affaires de ces régions. Il est un homme&#13;
puissant en parole et en œuvre, adepte et partisan éminent de la vie&#13;
chrétienne ; on peut espérer beaucoup de bien de son séjour ici, s’il plaît au&#13;
ciel.&#13;
Il y a une chose que plusieurs pensent serait très profitable : s’il plaisait à&#13;
Votre Sainteté d’établir ici un évêché en titre ; par là serait ainsi coupé à la&#13;
racine l’espoir de certains qui, dans la perspective d’un changement,&#13;
ourdissent diverses choses. J’entends dire que le Roi Très Chrétien presse&#13;
pour cela auprès de Votre Sainteté. Qu’il me soit permis de dire que je sens&#13;
qu’il y a quelque danger à retarder. Une certaine Compagnie de marchands&#13;
a en effet été créée en France, qui semble pouvoir s’approprier toutes&#13;
- 189 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-12&#13;
&#13;
choses, envoyer les prêtres qu’elle voudrait, créer des paroisses, nommer&#13;
des curés et décider beaucoup de choses dans le domaine ecclésiastique,&#13;
sous prétexte, je pense, qu’il n’y a ici aucun ordinaire. Il ressort de cela que&#13;
celui-ci [l’évêché en titre] serait tout à fait nécessaire pour s’opposer à de&#13;
multiples choses fâcheuses de cette sorte. Mais entre-temps, j’ai pensé&#13;
devoir établir quelque fondement ferme pour la vraie piété et la religion&#13;
dans ces régions, qui sont tout nouvellement habitées, [à savoir] un&#13;
séminaire de prêtres, qui serait tout à fait convenable, et même nécessaire,&#13;
et que j’ai commencé à établir et que j’ai associé à ce qui a été commencé au&#13;
Séminaire de Paris pour les Missions étrangères, qui a déjà reçu sa force&#13;
[d’existence] de Son Éminentissime cardinal légat.&#13;
J’ai pensé faire au mieux pour cela si j’annexais la paroisse de Québec à&#13;
notre Séminaire, non pas pour qu’il procure à celle-ci une assistance&#13;
temporelle immédiate, qui serait nécessaire, mais pour que de jeunes gens&#13;
capables de cette région puissent être formés par la pratique pour&#13;
s’acquitter un jour des fonctions ecclésiastiques. Comme des ouvriers aptes&#13;
au travail pour l’Église du Canada ne peuvent facilement être obtenus de&#13;
France, ouvriers dont ces régions manquent au plus haut point, Votre&#13;
Sainteté ferait une chose digne de son zèle et de la religion si elle agréait à&#13;
ces trois choses et les affermissait et confirmait par son autorité ; ce que,&#13;
encore et encore, nous demandons et attendons de Votre Sainteté.&#13;
Entre-temps, nous administrons, par les prêtres séculiers de notre&#13;
Séminaire, toutes les affaires chrétiennes de tous côtés, autant que nous le&#13;
pouvons, à tel point qu’un seul a soin de familles qui sont dispersées çà et&#13;
là sur six lieues. Telles sont les choses que j’ai pensé devoir écrire à Votre&#13;
Sainteté. Si elle attend quelque chose d’autre de ma part, je ferai en sorte&#13;
qu’elle soit satisfaite en toutes choses de moi, lorsque j’aurai compris ce&#13;
qu’elle attend. Il ne me reste, prosterné aux pieds de Votre Sainteté, qu’à&#13;
solliciter sa bénédiction. De Votre Sainteté,&#13;
Le très humble serviteur et très obéissant fils,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
- 190 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-13&#13;
&#13;
DOC. XXIII-13. LETTRE DE LAVAL À [A. BARBERINI] (25 OCTOBRE 1665)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-13&#13;
Lettre au [cardinal A. Barberini], préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande, 25 octobre 1665, d’après l’original conservé aux Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle&#13;
congregazioni generali, vol. 256, fos 45-46&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
Les lettres de Votre Éminence du mois d’août de l’année 1663 ne nous ont&#13;
été portées qu’après deux ans, par lesquelles j’ai compris le sentiment&#13;
bienveillant de la Sacrée congrégation à notre égard, [sentiment] que je&#13;
connaissais depuis longtemps, suffisamment et au-delà ; ainsi, il n’est rien&#13;
qui nous garde encore inquiet au sujet des paroisses créées ici sans que nous&#13;
ayons été consulté, puisqu’il a paru bon à la Sacrée congrégation, en son&#13;
nom ou en celui du Très Saint-[Père], d’avertir l’abbé de Queylus qu’il ne&#13;
devait s’arroger quoi que ce soit de cet ordre dans la colonie de Montréal,&#13;
et de fait, on n’a rien entendu, à partir de ce moment, selon quoi il&#13;
continuerait à machiner dans ce sens. Mais je laisse cela à la divine&#13;
Providence et à la sagesse de Vos Éminences.&#13;
Je reviens à nos affaires. Il y a trois points au sujet desquels j’écris à Sa Sainteté et&#13;
à Leurs Éminences cardinalices de la Congrégation, dont j’ose confier le soin et la&#13;
gestion à Votre Éminence, en raison de votre bienveillance à notre égard :&#13;
le 1er point concerne la nécessité d’établir ici un évêché en titre,&#13;
évêché au sujet duquel, dans la lettre à Sa Sainteté et à Leurs&#13;
Éminences cardinalices, j’ai écrit qu’il semblerait y avoir quelque&#13;
péril ou dommage à retarder, pour les raisons produites dans ladite&#13;
lettre ;&#13;
le 2e point concerne la nécessité d’unir le Séminaire que j’ai fondé&#13;
ici à celui de Paris ;&#13;
le 3e point concerne l’union de la paroisse principale de Québec à&#13;
notre susdit Séminaire de Québec.&#13;
&#13;
- 191 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-14&#13;
&#13;
Si Sa Sainteté et Leurs Éminences cardinalices consentaient à accorder force et&#13;
consistance à ces trois choses, j’estime qu’il ne pourrait arriver rien de plus utile et&#13;
de plus approprié à cette Église pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ; car en&#13;
ces trois choses réside le fondement de tout l’édifice. Ce sera pour nous un objet&#13;
de grande reconnaissance envers le zèle et la charité de Votre Éminence que de&#13;
voir l’heureux aboutissement de cette affaire et, pour cela, nous nous considérons&#13;
obligés, nous et nos successeurs, de faire mémoire de ce bienfait devant Dieu et&#13;
devant les hommes. De Votre Éminence,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
À Québec en Nouvelle-France, le 7e jour des calendes de novembre de&#13;
l’année 1665&#13;
DOC. XXIII-14. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (26 OCTOBRE 1665)&#13;
Doc. XXIII-14&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
26 octobre 1665, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 256, fos 47-48&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
Le cardinal Chigi m’a fait savoir, par ses très obligeantes lettres, que nos lettres, par&#13;
lesquelles je cherchais à vous donner les vraies informations sur nos affaires et&#13;
celles de ces contrées, ont été reçues. Nos affaires sont maintenant presque au&#13;
même point que l’an dernier ; grâce à de fortes dépenses en provenance de&#13;
l’Europe et à l’autorité du Roi Très Chrétien, de nombreuses personnes sont encore&#13;
venues ici, soit pour grossir la colonie, soit pour faire la guerre contre les ennemis.&#13;
Nous avons eu une généreuse récolte : plus de 100 malades sont venus en une&#13;
seule fois à l’hôpital et parmi eux, certains qui professaient les dogmes des&#13;
hérétiques, jusqu’à 20, sont revenus à l’Église, si vous en excluez quelques-uns qui&#13;
se sont envolés au ciel, favorisés par un meilleur sort ; [cela] a pareillement été&#13;
accompli avec diligence par tous les ouvriers, tant par des séculiers que par des&#13;
religieux de la Compagnie [de Jésus].&#13;
&#13;
- 192 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-14&#13;
&#13;
Afin d’établir quelque raison d’espérer pour l’avenir, nous avons fondé ici un&#13;
Séminaire de prêtres que j’ai pensé devoir agréger au Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris, qui a déjà reçu un appui solide de la part de l’éminentissime&#13;
cardinal légat, si la chose vous plaît ; en outre, j’ai pensé unir la principale église&#13;
paroissiale, qui est celle de Québec, à notre Séminaire pour qu’y soient instruits et&#13;
formés à toutes les fonctions ecclésiastiques ceux qui, dans ces régions, y&#13;
paraîtraient aptes ; si cela convient à Vos Éminences, je demande, encore et encore,&#13;
que ces deux choses reçoivent votre appui et confirmation, par quelque bulle&#13;
particulière, rédigée à cette fin, pour nous être envoyée.&#13;
Car un bon nombre [de personnes] estiment que toutes les choses susdites ne&#13;
pourront progresser aisément à moins qu’un ordinaire ne soit installé ici. Je sais&#13;
que cette affaire a déjà été discutée et promue auprès de Vos Éminences et de&#13;
Sa Sainteté ; de telle sorte que je doute que je doive pousser l’affaire plus avant,&#13;
sinon que pour employer la plume afin de rendre grâce. Quoiqu’il en soit, je mets&#13;
ma confiance tout entière dans le zèle et la charité de Vos Éminences, croyant que&#13;
ce qui est nécessaire d’être fait pour le plus grand honneur et gloire de Dieu sera&#13;
fait.&#13;
Étant ainsi satisfait de cela, j’ajoute seulement que nous nous souviendrons&#13;
toujours des grâces reçues de vous et que nous continuerons nos prières auprès&#13;
de Dieu pour qu’il garde Vos Éminences saines et sauves pour sa plus grande gloire&#13;
[de Dieu] et celle de toute la sainte Église. De Vos Éminences,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
À Québec en Nouvelle-France, le 7e jour des calendes de novembre de l’année 1665&#13;
&#13;
Doc. XXIII-15&#13;
Rapport sur l’état de l’Église en Nouvelle-France, [26 août 1664]&#13;
Voir p. 173&#13;
&#13;
- 193 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-16&#13;
&#13;
DOC. XXIII-B. LETTRE DE LAVAL À CASANATE (1666)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-B&#13;
Lettre au cardinal Casanate, secrétaire de la Propagande, 1666&#13;
&#13;
NDLR : Nous connaissons l’existence de cette lettre par sa mention dans celle du&#13;
nonce à Paris, Piccolomini, au cardinal Casanate du 20 janvier 1667.&#13;
&#13;
DOC. XXIII-16. LETTRE DE LAVAL À ALEXANDRE VII (14 OCTOBRE 1666)&#13;
Doc. XXIII-16&#13;
Lettre au souverain pontife Alexandre VII, 14 octobre 1666, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande,&#13;
Scritture originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 256, fos 62-65&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
J’avais écrit l’an dernier à Votre Sainteté en rendant compte de l’état de cette&#13;
Église. Je ne sais si ces lettres ont été remises à Votre Sainteté.&#13;
Dans celles-ci, je montrais combien nos affaires canadiennes tiennent à&#13;
cœur au Roi Très Chrétien et qu’il suit avec un soin particulier. Pour cela, il&#13;
a envoyé ici, en tant que vice-roi*, le très noble sieur marquis de Tracy, avec&#13;
un détachement de soldats. C’est un homme d’une grande autorité et d’une&#13;
remarquable piété, qui s’applique totalement à rendre la colonie illustre par&#13;
les hommes et par les ressources. Le Roi Très Chrétien n’a pas seulement&#13;
envoyé des soldats, mais aussi des hommes pour cultiver la terre et de&#13;
jeunes filles pour peupler la région par le mariage, ce qu’il se propose de&#13;
faire chaque année ; ce qui fait que la colonie grossit de toutes parts.&#13;
N’empêche que des postes de Français sont avancés jusque chez les&#13;
Iroquois, avec divers moyens de défense pour effrayer les ennemis et&#13;
protéger les nôtres.&#13;
Au moment même où j’écris ceci, le vice-roi lui-même attaque les ennemis&#13;
avec une grande force armée, constituée autant de soldats envoyés l’an&#13;
dernier que d’Indigènes* et de nos Barbares* convertis, d’où il se fait que, à&#13;
moins que nos péchés y fassent obstacle, la victoire est considérée comme&#13;
- 194 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-16&#13;
&#13;
sûre et dont le fruit sera la possession d’un sol de loin le plus fertile et le&#13;
plus agréable. Et une fois que cette nation des ennemis iroquois aura été&#13;
soumise, qui était un obstacle permanent à la propagation de l’Évangile,&#13;
l’accès aux nations qui se trouvent plus haut sera plus facile pour les&#13;
missionnaires qu’il ne l’a été jusqu’à maintenant, où nonobstant les pères&#13;
de la Compagnie [de Jésus] n’ont cessé de pénétrer partout avec un fruit&#13;
non négligeable. Pour pourvoir désormais d’une façon stable aux besoins&#13;
spirituels du peuple nombreux qui est ici, des ouvriers formés en France&#13;
doivent et devront être amenés chaque année, jusqu’à ce que de jeunes gens,&#13;
pris parmi les Indigènes et qui soient trouvés aptes, soient formés et qu’on&#13;
pourvoie aux paroisses qui, de tous côtés, surgissent. Il m’est nécessaire de&#13;
les nourrir et de les soutenir par mes propres ressources au collège des pères&#13;
de la Compagnie, où ils sont pensionnaires et externes, et où ils se&#13;
consacrent aux humanités et à la philosophie. De là, nous aurons des&#13;
personnes préparées, qui pourront à l’avenir vaquer aux fonctions&#13;
ecclésiastiques.&#13;
À vrai dire, pour qu’une fois pour toutes je dévoile à Votre Sainteté ce que&#13;
je pense, toutes ces choses paraissent chanceler et menacer la ruine avant&#13;
même d’exister par le manque d’un fondement stable, c’est-à-dire un&#13;
évêque en titre.&#13;
En effet, toutes les choses qui, établies et décrétées, émanent de quelqu’un&#13;
d’autre [qu’un évêque en titre] sont considérées comme transitoires et&#13;
révocables à volonté, pour ne pas dire caduques, et pouvant être renversées&#13;
par ceux qui pensent ou feignent d’avoir sur nous quelque pouvoir&#13;
supérieur, auquel ils auraient convenu d’avoir recours, d’où des guerres et&#13;
des querelles. Je n’ajoute pas plus, car Votre Sainteté comprend facilement&#13;
à quoi cela fait référence.&#13;
Il y a trois ans, alors que je revenais de France, j’ai rapporté un décret royal&#13;
par lequel les populations reçurent l’ordre d’acquitter les dîmes ; les&#13;
habitants refusèrent d’exécuter cet ordre, prétextant qu’il n’y avait aucun&#13;
véritable évêque ni, par conséquent, de paroisses en titre. À cela, cependant,&#13;
- 195 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-16&#13;
&#13;
cette année, le vice-roi, ledit sieur de Tracy, ou plutôt la nécessité elle-même,&#13;
les y contraindra ; car comment autrement subvenir aux besoins de ceux&#13;
qui, entre-temps, desservent les paroisses ?&#13;
Mais quelle que soit la manière dont les choses vont, Votre Sainteté&#13;
accordera à cette Église une chose sans aucun doute tout à fait utile et de&#13;
grande importance, si elle surmontait quelques difficultés qui se&#13;
présenteraient peut-être maintenant et songeait sérieusement, et le plus&#13;
rapidement possible, à l’érection d’un évêché ici. Je crains qu’avec le temps,&#13;
les difficultés ne croissent et qu’elles n’en retardent la réalisation, ce qui ne&#13;
pourrait se produire sans grand dommage pour cette Église.&#13;
L’an dernier, je signalais pareillement à Votre Sainteté, dans mes lettres, que&#13;
j’unirais le Séminaire de nos prêtres au Séminaire des Missions étrangères&#13;
de Paris, érigé en congrégation par Son Illustrissime légat. J’ai pensé que&#13;
cela devait être fait, d’une part, parce que je savais que ce Séminaire était&#13;
très bien vu de Votre Sainteté et que, d’autre part, j’ai toujours une intimité&#13;
et une amitié étroites avec lui.&#13;
Il y a une chose que je demanderais humblement, encore et encore, à Votre&#13;
Sainteté : c’est qu’il lui plaise d’ériger, le plus vite possible, la paroisse de&#13;
Québec en cure en titre par un bref exprès ou des bulles et, ainsi érigée, de&#13;
l’affilier à notre Séminaire des Missions étrangères de Québec par le même&#13;
bref. Rien ne peut être plus convenable pour procurer un fondement solide&#13;
et perpétuel à la saine doctrine et à la vraie piété en ce temps où plusieurs&#13;
autres, qui n’entendent pas bien, convoitent avidement l’occupation de ces&#13;
lieux et guettent la moindre occasion favorable.&#13;
La paroisse de ce lieu, ou de la ville de Québec, est illustre, là où sont le&#13;
vice-roi, le gouverneur, le sénat de l’intendant royal, le mouillage des&#13;
navires et la rade, les boutiques des marchands et tout ce qui est le plus&#13;
honorable et le plus utile pour le peuple y a son siège fixe. Celle-ci&#13;
rassemble dans son enceinte, outre le collège des pères de la Compagnie [de&#13;
Jésus], deux familles de moniales, l’une qui prend soin des malades, [des&#13;
- 196 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-16&#13;
&#13;
Augustines], l’autre, des Ursulines, qui instruit les jeunes filles. De là, il est&#13;
clair que plus rien ne paraît manquer pour l’attribution de l’appellation de&#13;
paroisse en titre ; car il y a des revenus suffisants pour qu’elle soit&#13;
décemment desservie ; finalement, il y a aussi des revenus pour le futur&#13;
siège de l’évêque, jusqu’à ce que Dieu en statue autrement. Les choses ellesmêmes poursuivent leur cours, de telle sorte qu’il semble qu’il faudra&#13;
penser à brève échéance à [ériger] diverses paroisses dans le même lieu ou&#13;
dans des lieux environnants. Telles sont les choses que j’ai pensé devoir&#13;
écrire à Votre Sainteté, afin qu’elle pourvoie à ce qui est convenable et bon.&#13;
Il me suffit d’avoir rempli mon rôle, en satisfaisant aux choses que je sentais&#13;
que l’on attendait de moi ; pour le reste, celui qui est prosterné en esprit à&#13;
vos pieds implore votre bénédiction et se recommande à la divine&#13;
Providence et à la sagesse éminente de Votre Sainteté. De Votre Sainteté,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée et vicaire apostolique de l’Église canadienne.&#13;
À Québec en Nouvelle-France, la veille des ides d’octobre de l’année 1666&#13;
&#13;
- 197 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-17&#13;
&#13;
DOC. XXIII-17. 1RE LETTRE DE LAVAL À [A. BARBERINI] (15 OCTOBRE 1666)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-17&#13;
Lettre au [cardinal A. Barberini], préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande, 15 octobre 1666, d’après les originaux conservés aux Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle&#13;
congregazioni generali, vol. 256, fos 60-61&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgr éminentissime et illustrissime,&#13;
J’ai été assez attristé de ce que mes lettres de l’an dernier pour Votre Éminence&#13;
illustrissime ne lui aient pas été remises. Dans celles-ci, je persistais à attester,&#13;
autant que je le pusse, par la manifestation d’un esprit reconnaissant, combien je&#13;
dois à votre charité et combien j’en serai le débiteur pour toujours.&#13;
Je demandais en outre ce que je redemande maintenant : que Votre Éminence&#13;
illustrissime promeuve, par votre grâce et votre autorité auprès du souverain&#13;
pontife et de la Sacrée congrégation, l’œuvre même que vous avez commencée par&#13;
votre zèle. Celle-ci consiste en trois choses :&#13;
[1er] de faire fixer et d’affermir, ou d’ériger en titre, l’évêché, parce&#13;
que c’est une chose qui nous apparaît de jour en jour plus&#13;
nécessaire pour organiser et affermir correctement cette Église ;&#13;
2e, de faire ériger la paroisse de Québec en titre par un bref qui nous&#13;
sera envoyé ;&#13;
3e, s’il plaît à Sa Sainteté qu’elle soit ainsi érigée, la faire rattacher à&#13;
perpétuité, dans le même bref, à notre Séminaire de Québec, pour&#13;
la constitution duquel les directeurs du Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris ont envoyé d’Europe des ouvriers.&#13;
En cela, nous n’espérons rien de votre inclination et de votre charité à notre égard,&#13;
si ce n’est que, si nous obtenons gain de cause, vous consentiez au cumul des&#13;
autres bénéfices, ce pourquoi vous nous aurez, à un titre et par un lien spécial,&#13;
comme redevable. De Mgr éminentissime,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique.&#13;
À Québec, en Nouvelle-France, aux ides d’octobre 1666&#13;
- 198 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-18&#13;
&#13;
DOC. XXIII-18. 2E LETTRE DE LAVAL À [A. BARBERINI] (15 OCTOBRE 1666)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-18&#13;
Lettre au [cardinal A. Barberini], préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande, 15 octobre 1666, d’après les originaux conservés aux Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle&#13;
congregazioni generali, vol. 256, fos 110-111&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgr éminentissime et illustrissime,&#13;
Je ne sais par quel hasard il s’est fait que les lettres que j’avais envoyées l’an dernier&#13;
à Votre Éminence illustrissime ne furent pas portées à Rome. Dans celles-ci, autant&#13;
que je le pusse par la manifestation d’un esprit reconnaissant, je répondais à la&#13;
pieuse volonté et à l’affection de Votre Éminence illustrissime à notre endroit et à&#13;
l’endroit de notre Église, s’il vous plaît, qu’il me soit permis d’en user maintenant&#13;
aussi. J’ai écrit à Sa Sainteté et à la Sacrée congrégation, ce qui m’a semblé être&#13;
attendu de moi. Au sujet d’où en sont nos affaires, nous sommes toujours en&#13;
attente du titre d’évêque de Québec, chose qui, ces jours-ci, nous apparaissent&#13;
nécessaire et convenable pour organiser et affermir correctement cette nouvelle&#13;
Église. Je sais qu’en ceci, rien n’est [plus] désirable à Votre Éminence illustrissime,&#13;
mais il m’appartient de rendre grâce pour le passé et de demander pour l’avenir,&#13;
afin que les difficultés, s’il y en avait, ne diminuent pas cette pieuse volonté.&#13;
Je vous ai en outre écrit pour faire ériger en titre des paroisses, surtout celle de&#13;
Québec, dans un bref ou document officiel qui nous serait envoyé. Ceux qui&#13;
refusent d’acquitter les dîmes s’objectent par cette lacune, mais ce qui&#13;
contribuerait le plus à la chrétienté en ces régions est ceci : s’il plaisait à Sa Sainteté&#13;
d’ériger en titre la paroisse de Québec et de l’affilier à perpétuité, dans le même&#13;
bref, à notre Séminaire de Québec, constitué de prêtres du Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris, on pourvoirait alors aux nécessités spirituelles pour le présent&#13;
et pour le futur, une fois que les hommes de foi et de piété douteuses seraient par&#13;
là exclus et que les jeunes gens aptes seraient confiés à notre Séminaire pour les&#13;
instruire et les former aux fonctions ecclésiastiques.&#13;
Ce sont les trois choses au sujet desquelles j’ai écrit à Sa Sainteté et à la Sacrée&#13;
congrégation, dont, s’il plaît à Votre Éminence illustrissime de les soutenir par son&#13;
autorité et par sa recommandation, je ne doute pas qu’elles connaissent une&#13;
heureuse issue ; nous nous réjouirons de devoir cela à Votre Éminence illustrissime&#13;
- 199 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-19&#13;
&#13;
pour en faire mémoire auprès de Dieu et des hommes. De Mgr éminentissime et&#13;
excellentissime,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique.&#13;
À Québec, en Nouvelle-France, aux ides d’octobre 1666&#13;
DOC. XXIII-19. 3&#13;
&#13;
E&#13;
&#13;
LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (15 OCTOBRE 1666)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-19&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
15 octobre 1666, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 256, fos 109-112&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
Je n’avais pas manqué, l’an dernier, de satisfaire à mon devoir de rassurer la Sacrée&#13;
congrégation au sujet de nos affaires. Je ne comprends pas ce qui a pu se passer&#13;
pour que mes lettres n’y parviennent pas. Quoiqu’il en soit, telles sont les choses&#13;
qui se présentent maintenant pour être écrites.&#13;
Le 1er point concerne la conversion des infidèles, jusqu’à ce que soient confondus&#13;
ceux qui nous troublent. Alors que j’écris ceci, le vice-roi* de ces régions est sur le&#13;
point de faire irruption contre les places fortes des Iroquois, [qui sont] nos ennemis&#13;
et ceux de la propagation de l’Évangile. Si la chose a une heureuse issue, ce que&#13;
Dieu semble vouloir, l’accès aux nations [des terres] supérieures sera ensuite facile.&#13;
Le 2e point, concernant le soin des fidèles, suscite en moi ceci : la moisson du Christ&#13;
est abondante, la colonie croît sûrement de jour en jour, au point que de&#13;
nombreuses paroisses doivent déjà être établies. Plusieurs refusent d’acquitter les&#13;
dîmes, parce qu’il n’y aurait ni évêque ni curés titulaires ; il en résulte que, jusqu’à&#13;
maintenant, aucune dîme n’a été acquittée. Cependant, cette année, le vice-roi, le&#13;
sieur de Tracy, ou la nécessité elle-même, les y a contraint : car, comment subvenir&#13;
autrement aux besoins de ceux qui desservent les paroisses ? Il me faut entretemps soutenir par mes propres ressources plusieurs des prêtres qui subviennent&#13;
aux nécessités présentes et nourrir les jeunes gens au collège des pères de la&#13;
- 200 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-19&#13;
&#13;
Compagnie [de Jésus], qui étudient soit les humanités soit la philosophie ; ceux qui&#13;
seront aptes à accomplir les fonctions ecclésiastiques seront plus tard choisis parmi&#13;
ceux-ci.&#13;
À partir de là, il est facile de voir combien je souhaiterais, à juste titre, qu’il y ait ici,&#13;
dans les années prochaines, un évêché stable et fixe, dont nous poursuivons de&#13;
pousser cette année l’accomplissement auprès de Sa Sainteté et de presser auprès&#13;
de vous, Mgrs éminentissimes, car il apparaît qu’il n’y ait nul remède meilleur aux&#13;
divers préjudices qui se produisent tous les jours et qui sont à craindre.&#13;
Le point suivant [3e] est que, pareillement, des paroisses en titre soient établies,&#13;
mais que, surtout, et le plus vite possible, soit érigée en titre la paroisse de Québec,&#13;
dont nous avons récemment consacré solennellement l’église à la bienheureuse&#13;
Marie conçue sans péché. Ce qui contribuerait le plus à la chrétienté serait qu’il&#13;
plaise à Sa Sainteté et à la Sacrée congrégation que la paroisse de Québec, [une&#13;
fois qu’elle sera] érigée en titre par quelque bref ou bulles qui nous serait envoyé,&#13;
soit unie à perpétuité, par le même bref, à notre Séminaire de Québec, formé avec&#13;
des prêtres du Séminaire des Missions étrangères de Paris : par cela, en effet, on&#13;
pourvoirait aussitôt cette Église et toute la région en hommes d’une saine foi et&#13;
d’une vraie piété, les mêmes qui sont avant tout soumis au Saint-Siège et très bien&#13;
disposés [envers lui] ; autrement, il est à craindre que d’autres, tout autrement&#13;
disposés, n’occupent la place. Telles sont les choses dont j’ai voulu, cette année,&#13;
Mgrs éminentissimes, que vous soyez avertis, au sujet desquelles j’ai écrit à Sa&#13;
Sainteté et pour lesquelles je considère inutile de vous prier davantage. Cela&#13;
équivaudrait à mettre en doute votre charité et votre zèle pour la gloire de Dieu&#13;
qui abonde à chaque occasion. Confiant donc toutes choses à votre sagesse et à&#13;
votre charité, il 135 se recommande encore et encore, lui et toute l’Église qui lui est&#13;
confiée, à vos très saints sacrifices et prières. De Mgrs éminentissimes,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée et vicaire apostolique.&#13;
À Québec, en Nouvelle-France, aux ides d’octobre 1666&#13;
&#13;
135&#13;
&#13;
NDLR : Utilisation de la 3e personne comme formule de politesse.&#13;
- 201 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-20&#13;
&#13;
DOC. XXIII-C. 4E LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (OCTOBRE [1666])&#13;
&#13;
Doc. XXIII-C&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande, octobre&#13;
[1666], conservée aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande,&#13;
Scritture originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 256, fos 103, 106&#13;
NDLR : Mgr de Laval avait maintes fois demandé d’obtenir des reliques. Sa&#13;
requête de 1658 avait été approuvée par la Propagande, mais rien ne lui fut&#13;
envoyé. Il réitère alors sa demande. Nous n’avons pas de copie de ce document&#13;
pour l’instant.&#13;
&#13;
DOC. XXIII-20. LETTRE DE LAVAL À PICCOLOMINI (1666)&#13;
Doc. XXIII-20&#13;
Lettre au cardinal Piccolomini, nonce à Ravenne, 1666&#13;
Cette lettre du Serviteur de Dieu, dont le texte n’a pas été retrouvé, ne nous est&#13;
connue que par la réponse du cardinal Piccolomini de janvier 1667, conservée au&#13;
Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N,&#13;
no 26. Piccolomini, nonce à ce moment-là à Ravenne, avait été d’abord nonce à&#13;
Paris (1656-1662). C’est lui qui avait consacré le Serviteur de Dieu le 8 décembre&#13;
1658. Il était membre de la Sacrée congrégation de la propagande.&#13;
&#13;
DOC. XXIII-D. LETTRE DE LAVAL À LESLIE (26 AOÛT 1667)&#13;
Doc. XXIII-D&#13;
Lettre à William Leslie, agent du Serviteur de Dieu à Rome, 26 août 1667,&#13;
conservée aux Archives apostoliques du Vatican, Sacra Congregatio&#13;
Consistorialis, Acta congregationis consistorialis, vol. 1668, t. 1, fos 93r-94v&#13;
&#13;
NDLR : Dans cette lettre, le Serviteur de Dieu fait état des progrès de la religion&#13;
au Canada et du début des dîmes en 1663. Il indique le manque de prêtres et le&#13;
presse d’obtenir l’érection du diocèse de Québec. Il avise aussi son agent que son&#13;
rapport annuel sur l’état de l’Église ne sera pas prêt avant 1668. Nous n’avons pas&#13;
de copie de ce document pour l’instant.&#13;
&#13;
- 202 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-21&#13;
&#13;
DOC. XXIII-21. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (29 AOÛT 1667)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-21&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
29 août 1667, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 256, fos 85-88&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Dans cette lettre, le Serviteur de Dieu demande quelques explications aux&#13;
cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande concernant l’approbation&#13;
des Hospitalières de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Montréal. En septembre 1659,&#13;
trois sœurs hospitalières de Saint-Joseph, petite congrégation fondée depuis peu à&#13;
La Flèche par un pieux laïc, M. de La Dauversière, débarquèrent à Québec. Elles&#13;
étaient venues à la demande de Jeanne Mance, fondatrice de l’Hôtel-Dieu de&#13;
Montréal, pour prendre la direction de cet hôpital. Le Serviteur de Dieu s’opposa&#13;
à ce projet, peut-être parce qu’il ne comprenait pas tout à fait la position juridique&#13;
de cette congrégation, ou parce que, comme l’abbé de Queylus avant lui, il désirait&#13;
avoir dans son vicariat une seule congrégation religieuse d’hospitalières, celle des&#13;
Augustines, déjà présentes à l’Hôtel-Dieu de Québec.&#13;
Il proposa donc aux trois sœurs de s’unir à cette dernière. Devant leur refus, le&#13;
Serviteur de Dieu finit par leur accorder la permission de se rendre à Montréal.&#13;
Lorsque la Congrégation de Saint-Joseph obtint l’approbation pontificale par le&#13;
bref Ad perpetuam d’Alexandre VII le 8 février 1666, les sœurs de Montréal&#13;
demandèrent à Mgr de Laval la reconnaissance définitive de leur communauté&#13;
dans son vicariat. À ce moment-là, les hésitations du Serviteur de Dieu reprirent&#13;
et il les exposa, dans la lettre qui suit, adressée à la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande. Nous n’avons pas la réponse de la Propagande, qui a dû être&#13;
favorable aux sœurs. Nous avons en effet une lettre du Serviteur de Dieu datée du&#13;
7 octobre 1671 (Archives de l’Hôtel-Dieu de Montréal 136) dans laquelle il donne&#13;
aux sœurs la permission de faire des vœux solennels, ce qui, comme le dit&#13;
Sr Morin dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Montréal, au chapitre 4, premier&#13;
paragraphe, avait la même valeur qu’une approbation définitive de la&#13;
communauté.&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
Puisque je n’ai reçu de Vos Éminences aucune lettre, je ne ferai aucune&#13;
mention de celles-ci dans les présentes. Comme je sais déjà par ailleurs&#13;
combien fut généreuse la volonté de Vos Éminences à mon égard, je ne puis&#13;
me retenir plus longtemps de vous épancher mon âme en action de grâce.&#13;
Il a donc plu à Son Éminentissime cardinal Antonio de me répondre que&#13;
Vos Éminences avaient enfin jugé opportun d’ériger l’église de Québec au&#13;
136&#13;
NDLR : Une copie existe aux Archives de l’Archidiocèse de Québec, Copies de lettres, vol. 1,&#13;
p. 139.&#13;
&#13;
- 203 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-21&#13;
&#13;
rang de cathédrale et, entre-temps, si quelque chose arrivait de la part des&#13;
hommes de donner la faculté de constituer l’un de nos ecclésiastiques&#13;
comme vicaire apostolique et, bien plus, d’instituer des curés amovibles,&#13;
jusqu’à ce qu’il semble devoir être fait autrement, selon les canons, il ne put&#13;
arriver rien de plus convenable pour cette Église, surtout s’il s’agit d’un&#13;
premier pas ; en effet, puisqu’en même temps la paix avec les Barbares*, qui&#13;
fut antérieurement engagée, est plus solide, ceci apporte un nouveau motif&#13;
d’insister pour que le vicariat soit transformé en épiscopat en titre dudit&#13;
lieu ; puisqu’en effet, il advient de cela que plusieurs colonies ont été&#13;
fondées récemment, qu’il faut en même temps penser à de nombreuses&#13;
paroisses et à des curés, qui seront d’autant plus convenablement institués&#13;
et maintenus dans leur charge s’ils aperçoivent une cathédrale dans laquelle&#13;
siège un évêque en titre.&#13;
Il reste une chose qui n’a peut-être pas été proposée assez clairement par&#13;
nous à Vos Éminences, à savoir qu’il nous paraît de la plus haute&#13;
importance, pour affermir la chrétienté dans ces régions, que l’église de&#13;
Québec, maintenant solennellement dédicacée et consacrée, qui possède&#13;
même maintenant plus de 1 000 livres de revenu annuel, soit élevée au titre&#13;
d’église paroissiale par Sa Sainteté et soit ainsi érigée par un bref et, par un&#13;
autre [bref] qui nous serait transmis, qu’elle soit unie et affiliée à perpétuité&#13;
au Séminaire des Missions étrangères que nous avons constitué ici avec des&#13;
hommes du Séminaire de Paris pour les mêmes Missions étrangères. Si cela&#13;
se produit, la Sacrée congrégation aura de quoi se reposer pour toujours en&#13;
ce qui concerne la situation chrétienne et catholique dans ces régions. Cette&#13;
paroisse est maintenant administrée par ceux-ci [les prêtres du Séminaire]&#13;
par délégation, non cependant en tant que paroisse, mais comme une&#13;
cathédrale insigne, dans laquelle rien ne laisse à désirer pour exciter la piété&#13;
et pour la splendeur de l’Église.&#13;
Au sujet de l’établissement fixe des dîmes qui est en train de se faire, je vous&#13;
en assurerai dans mes lettres à venir. Vos Éminences jugeront-elles, une fois&#13;
que celles-ci auront été parfaitement consolidées, que même des paroisses&#13;
&#13;
- 204 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-21&#13;
&#13;
rurales pourraient être érigées en titre par Sa Sainteté ? Nous attendrons&#13;
déféremment et humblement votre réponse au sujet de tout cela.&#13;
Il y a maintenant une chose qui me semble valoir tout à fait la peine d’en&#13;
référer à la Sacrée congrégation. Au cours de l’année 1661 est venue dans&#13;
ces régions une communauté de femmes, au nombre de trois, pour habiter&#13;
une maison de Montréal et prendre soin, à cet endroit, d’un hôpital, dont la&#13;
fondation avait été envisagée en France. Sollicité pour donner [mon]&#13;
approbation, j’ai fait savoir que je voulais d’abord connaître leur institut.&#13;
Par conséquent, quelques constitutions et règles imprimées m’ont été&#13;
transmises, dont l’auteur, comme je l’ai compris, était un homme marié, le&#13;
sieur de La Dauversière, receveur royal en Anjou, qui, quelques années&#13;
auparavant, avait introduit la première famille 137 de cette sorte à l’hôpital&#13;
de La Flèche, laquelle, par la suite, s’est étendue à d’autres villes de France&#13;
et a été reçue, à ce qu’on dit, par quelques évêques.&#13;
Mais en vérité, dans ces constitutions et règles, tant de choses me sont&#13;
parues inhabituelles et peu usitées pour des femmes dans l’Église de Dieu&#13;
que j’hésiterais longtemps à les approuver, d’autant qu’elles [ces femmes]&#13;
prétendent être approuvées comme religieuses, même si, dans ces&#13;
constitutions, nulle sorte de vœux n’apparaît, sauf des vœux simples, et que&#13;
leur habit non plus n’est en aucune manière distinct d’un habit séculier.&#13;
Mais voici que, alors que j’étais ballotté par ces réflexions, est arrivé un&#13;
prêtre du Séminaire Saint-Sulpice de Paris, toute l’habitation du susdit&#13;
Montréal étant maintenant dans les mains de cedit Séminaire, produisant&#13;
un bref du souverain pontife daté du 8e février de l’année 1666, par lequel&#13;
cette société des susdites femmes de l’habitation de Montréal, en même&#13;
temps que quelques autres monastères en France, était déclarée être de&#13;
vraies religieuses. S’il en a été décidé ainsi par le Siège suprême, je n’ai rien&#13;
à y opposer.&#13;
&#13;
137&#13;
&#13;
NDLR : communauté religieuse.&#13;
- 205 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-21&#13;
&#13;
Mais plusieurs choses me conduisent à soupçonner ce bref d’être un faux :&#13;
1° je n’ai pu obtenir une copie de ce bref ;&#13;
2° il est présupposé, dans ce bref, qu’elles sont de vraies&#13;
religieuses, mais seulement pour lever les scrupules de&#13;
quelques-uns qui penseraient que le bref doive être admis&#13;
autrement ; il s’est avéré qu’elles n’étaient auparavant&#13;
d’aucune manière de vraies religieuses, puisqu’elles n’ont été&#13;
engendrées par aucune profession, dans aucun Ordre ou&#13;
règle, et qu’il n’en apparaît vraiment rien par l’habit ou le&#13;
vêtement ou par quelques bulles antécédentes ;&#13;
3° parce que la Sacrée congrégation m’avait avisé qu’elle ne&#13;
donnerait aucun rescrit pour ces régions sans que j’en sois&#13;
averti.&#13;
Toutes ces choses m’ont amené à croire que les Sulpiciens ont machiné cela&#13;
pour se jouer de mon opposition ; et puisqu’ils ont senti que j’avais de tels&#13;
soupçons, ils semblent vouloir prévenir auprès de vous la déclaration de&#13;
ma suspicion et aller au-devant des conséquences fâcheuses qui pourraient&#13;
survenir contre eux du fait de cette friponnerie ; et telle est la raison pour&#13;
laquelle je vous ai adressé par avance cette mienne lettre, car si j’ai les&#13;
coudées franches, rien n’ayant encore été décidé à ce sujet par vous, je dirais&#13;
ici librement ce que je pense : toutes les Hospitalières de cette sorte qui&#13;
servent sous la règle de saint Augustin doivent être vêtues d’un seul et&#13;
même habit et costume, régies, autant que possible, par les mêmes&#13;
constitutions et règles, à tout le moins celles se trouvant dans un même&#13;
diocèse. Nous avons ici d’anciennes Hospitalières, qui s’accordent, en&#13;
grande partie, par les manières d’être et les règles, avec les autres qui sont&#13;
en France. Il paraîtrait certainement fâcheux que soient admises ici à&#13;
nouveau d’autres Hospitalières, qui ne s’accordent pas à l’usage commun à&#13;
toutes les autres Hospitalières, surtout de celles qui sont ici. Si toutefois il&#13;
en a été décidé autrement par le Très Saint-Père et par vous, nous estimons&#13;
que c’est juste et bon.&#13;
&#13;
- 206 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-21&#13;
&#13;
Voilà les choses au sujet desquelles j’ai pensé devoir écrire à Vos Éminences.&#13;
Pour le reste, la chrétienté ancienne et nouvelle suit son cours et progresse :&#13;
ancienne, je veux dire celle des Français, dont le nombre augmente chaque&#13;
année et au salut desquels on pourvoit, autant que faire se peut ; nouvelle,&#13;
celle des Barbares convertis, dont les pères de la Compagnie [de Jésus] en&#13;
ont ajouté cette année à l’Église plus de 400 dans les diverses missions&#13;
proches et éloignées et ils ont fondé, cette année, une mission fixe distante&#13;
de plus de 500 lieues vers l’ouest, à partir de laquelle certains pensent que&#13;
pas plus de 500 lieues la séparent de la mer de Chine. Nous espérions vous&#13;
transmettre, cette année, quelque chose de plus au sujet de toute la&#13;
chrétienté dans ces régions, depuis le commencement ; mais, en raison des&#13;
difficultés du moment, il n’a pas été possible de le faire cette année. La chose&#13;
est donc remise à l’année prochaine. Entre-temps, qu’il plaise à&#13;
Vos Éminences d’agréer mes sentiments de gratitude à votre égard pour&#13;
tant de bienfaits et de m’accompagner jusqu’au terme par votre&#13;
bienveillance habituelle. De Vos Éminences,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique.&#13;
À Québec, en Nouvelle-France, le 4e des calendes de septembre en&#13;
l’année 1667&#13;
&#13;
J’avais à peine écrit ces choses que l’affaire des dîmes, depuis longtemps&#13;
débattue, a fait l’objet d’un décret et a été réglée ; duquel il ressort que, dans&#13;
les paroisses dont la création sera décidée, lorsque les dîmes se trouveront&#13;
être suffisantes pour la subsistance d’un curé titulaire, il sera nécessaire que&#13;
j’aie entre les mains la faculté d’en instituer de tels, si cela est exigé de moi,&#13;
et ceci nous paraît [approprié] pour la chrétienté, s’il vous plaît que je sois&#13;
pourvu efficacement pour ceci par Sa Sainteté et la Sacrée congrégation. Je&#13;
voudrais qu’elle soit à nouveau avertie qu’elle se méfie de la façon de faire&#13;
des susdits Sulpiciens, dont l’un, à ce que j’ai entendu, est parti en France.&#13;
Il nous est par ailleurs apparu qu’ils ont ourdi beaucoup d’autres choses&#13;
- 207 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-22&#13;
&#13;
par tromperie et friponnerie, entre autres que les paroisses de Québec et de&#13;
Montréal, et peut-être d’autres, leur soient attribuées ; toutes choses qui, en&#13;
fin de compte, contreviendraient à la subordination due à l’évêque ou&#13;
l’affaibliraient, après avoir été déchus de l’espoir de l’épiscopat. Il apparaît&#13;
être tout à fait avantageux pour le bien de la paix que Sa Sainteté décide de&#13;
considérer comme suspectes ou fausses toutes bulles ou brefs qui&#13;
suggéreraient quelque indépendance que ce soit de ce genre et qu’elle ait&#13;
cette confiance en nous que nous n’abuserons pas du plein pouvoir qu’elle&#13;
daignerait nous conférer en ces matières, de sorte que toutes les choses qui&#13;
regarderaient cette Église nous soient remises ou ne soient pas décidées à&#13;
Rome avant que je présente [moi-même], ce qui paraît devoir nous être&#13;
présenté.&#13;
DOC. XXIII-22. LETTRE DE LAVAL À CLÉMENT IX (29 AOÛT 1667)&#13;
Doc. XXIII-22&#13;
138&#13;
Lettre au souverain pontife Clément IX, 29 août 1667, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Sacra Congregatio&#13;
Consistorialis, Acta congregationis consistorialis, vol. 1668, t. 1, fos 88r-90v&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
NDLR : L’abbé Demers avait initialement indiqué : « Nous n’avons pas le texte&#13;
de cette lettre, qui est connue seulement par la suivante, no 23 ». Lorsqu’il l’a&#13;
trouvée, il était trop tard pour l’ajouter à la section XXIII et l’a incluse en&#13;
Annexe I, Doc. A-1. Par souci de préserver l’ordre chronologique des textes&#13;
souhaitée par l’abbé Demers, nous la reproduisons ici.&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
La paix dans ces régions, que la victoire de l’année dernière a générée et&#13;
ramenée, aux dépens des Iroquois par l’illustrissime marquis de Tracy,&#13;
légat suprême du Roi Très Chrétien dans ces régions, homme qu’on ne&#13;
louera jamais assez en tout et, entre ses autres excellents mérites, de&#13;
[grande] piété et dévotion pour Dieu, a enlevé un obstacle à une&#13;
propagation plus avancée de l’Évangile ; ce qui, comme de raison, a aussitôt&#13;
été mis à profit par les pères de la Compagnie [de Jésus] et même chez ceux&#13;
138&#13;
NDT : La transcription dactylographiée de cette lettre est manifestement défectueuse à plusieurs&#13;
endroits, ce qui en rend la traduction incertaine, même si le sens général est relativement clair.&#13;
&#13;
- 208 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-22&#13;
&#13;
qui avaient représenté jusque-là la plus grande part de cet obstacle ; et&#13;
comme ceci ne peut qu’être des plus agréables à Votre Sainteté, nous&#13;
espérons être soutenus de votre piété pour en rendre grâce à Dieu. Cette&#13;
paix permet, en outre, un grand développement à la colonie et de&#13;
nombreuses personnes travaillent désormais pour se construire de&#13;
nouvelles demeures et bâtir des places fortes, pour lesquelles il me faut&#13;
donc penser à ériger des paroisses et à installer des curés ; de là surgit le&#13;
motif, certainement de conséquence, pour mettre de l’avant trois choses&#13;
auprès de Votre Sainteté.&#13;
La 1re [chose] est la réalisation du projet, approuvé depuis longtemps par&#13;
Votre Sainteté, de transformer le vicariat de ce pays-ci en évêché en titre. En&#13;
effet, comme de nombreuses paroisses doivent être érigées à tour de rôle et&#13;
des curés installés, cela se ferait plus convenablement et avec une plus&#13;
grande autorité s’il y avait dans ces régions une église cathédrale, dans&#13;
laquelle l’évêque siégerait et ordonnerait toutes choses de façon stable,&#13;
selon la doctrine et l’usage de l’Église romaine ; c’est pourquoi il serait&#13;
nécessaire que Votre Sainteté, par un bref ou des bulles, nous accorde la&#13;
faculté générale d’ériger ces paroisses et [d’installer] en titre des curés. Je&#13;
n’ai d’autre intention que d’user de cette faculté selon le besoin et ce qui&#13;
semblera le mieux pour la chrétienté. Il serait vraiment difficile, à moins que&#13;
quelque chose d’autre n’y fasse obstacle, de désormais refuser cela à ses&#13;
demandeurs, alors que les dîmes sont déjà assurées et qu’elles se trouvent&#13;
même être suffisantes pour l’entretien d’un curé titulaire. Que pourrais-je&#13;
apporter de plus pour soutenir la détermination des demandeurs ? Qu’il&#13;
plaise donc à Votre Sainteté de considérer cela.&#13;
La 2e chose est que la paroisse de Québec, que j’ai récemment consacrée par&#13;
une dédicace solennelle et qui, outre les dîmes susdites, possède [une rente&#13;
de] plus de 2 000 livres annuelles, soit érigée en titre et soit unie à perpétuité&#13;
au Séminaire des Missions étrangères, que nous avons constitué avec des&#13;
hommes dudit Séminaire de Paris, qui, depuis cinq ou six ans, administrent&#13;
cette église de Québec avec tant de splendeur et de somptuosité qu’à cause&#13;
&#13;
- 209 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-22&#13;
&#13;
de nous, elle paraît être une paroisse cathédrale plutôt qu’une simple&#13;
paroisse.&#13;
C’est dans cedit Séminaire, [rempli] d’hommes de saine doctrine et de&#13;
mœurs éprouvées, que repose tout espoir d’affermir, de conserver et de&#13;
promouvoir la chrétienté dans ces régions. De plus, ils sont tous occupés à&#13;
mettre sur pied des missions dans les paroisses, qui manquent d’assistance&#13;
spirituelle, et ils assument eux-mêmes le soin de la formation des jeunes&#13;
gens aux réalités ecclésiastiques, ce qui, par la suite, pourra être confié au&#13;
Séminaire épiscopal, et ceux-ci demeureront alors stables et fixes, peu&#13;
importe la succession des évêques, et pourront conserver la chrétienté saine&#13;
et intacte et toujours égale à elle-même ; ce qui nous conduit [à demander]&#13;
instamment que l’administration de ladite paroisse de Québec leur soit&#13;
confiée à perpétuité.&#13;
La 3e [chose] est que, pour faire face à divers troubles dans cette Église, il&#13;
me paraît nécessaire que Votre Sainteté ait connaissance des agissements&#13;
d’une certaine communauté de prêtres qui s’est établie dans ces régions, qui&#13;
est originaire du Séminaire Saint-Sulpice de Paris, communauté ou famille&#13;
dont provient l’abbé de Queylus, qui nous a causé tant d’embarras. De&#13;
concert avec l’archevêque de Rouen, il aurait manigancé une affaire&#13;
lorsqu’il s’est agi de nous envoyer ici : ledit abbé, avec ses sulpiciens,&#13;
lorsqu’il se vit déchu de l’espoir de l’épiscopat, aurait fait tout ce qu’il a pu&#13;
à Rome pour au moins occuper les paroisses de ces régions ; ainsi munis de&#13;
ces titres, ils exerceraient quelque domination et auraient de quoi s’opposer&#13;
à l’évêque, sous prétexte qu’ils auraient reçu du Saint-Siège le soin de ces&#13;
âmes ; d’où j’avoue craindre vivement des troubles graves de la part de ces&#13;
hommes, qui sont dotés d’un esprit tout à fait étranger et agité.&#13;
Bien plus, la rumeur a couru qu’ils auraient d’ailleurs obtenu des bulles&#13;
pour cela ; et il m’a plu de signaler à Son Éminentissime cardinal Antonio&#13;
que, si elles ont réellement existé, elles sont fausses. Par ailleurs, s’il plaisait&#13;
à Votre Sainteté de trancher et de me faire signifier que toutes les bulles de&#13;
ce genre, qui encouragent l’indépendance à notre égard en quelque manière&#13;
- 210 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-23&#13;
&#13;
que ce soit, doivent être tenues pour frauduleuses et nulles, elle ferait une&#13;
chose absolument profitable à cette Église et de nature à sauvegarder&#13;
grandement la paix et l’union ; si, bien sûr, en ce qui nous concerne, elle a&#13;
confiance que nous n’abuserons pas des pleins pouvoirs qu’elle daignerait&#13;
nous conférer à cette occasion.&#13;
Telles sont les choses que, pour le moment présent, j’ai estimé de ma&#13;
responsabilité de faire voir à Votre Sainteté. Que Dieu Très Grand conserve&#13;
Votre Sainteté pour de nombreuses années. De Votre Sainteté,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur et fils,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique en Nouvelle-France.&#13;
De Québec, en Nouvelle-France, le 4 des calendes de septembre de&#13;
l’année 1667&#13;
DOC. XXIII-23. LETTRE DE LAVAL À CLÉMENT IX (26 OCTOBRE 1668)&#13;
Doc. XXIII-23&#13;
Lettre au souverain pontife Clément IX, 26 octobre 1668, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives apostoliques du Vatican,&#13;
Segreteria di Stato, Lettere di vescovi, vol. 53, fos 505r-506r&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Très Saint-Père,&#13;
Ayant appris, l’an dernier, l’élévation de Votre Sainteté [à la papauté], mon&#13;
premier devoir a été de présenter à Votre Sainteté, par des lettres, la&#13;
soumission et l’obéissance de mon esprit et, par lesdites lettres, de lui&#13;
présenter l’état et l’organisation de cette Église naissante qui m’a été&#13;
confiée.&#13;
De jour en jour, cette colonie grossit au point où elle requiert, chaque année,&#13;
de doubler le nombre de prêtres qui sont nécessaires ici pour que nous&#13;
puissions pourvoir le culte pour les colons qui habitent dans des lieux&#13;
variés et éloignés. Parmi les Indigènes*, je n’ai ordonné qu’un seul prêtre ;&#13;
cinq autres [candidats] sont au nombre des clercs, dont trois achèvent la&#13;
- 211 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-23&#13;
&#13;
théologie : ce sont les premières pierres vivantes de notre Séminaire. Nous&#13;
avons reçu, dans les murs de notre Séminaire, des candidats au clergé, qui&#13;
tous sont instruits dans le collège des pères de la Compagnie [de Jésus] ;&#13;
nous avons joint à ceux-ci quelques indigènes parmi les Sauvages*, qui&#13;
seront faciles à promouvoir au sacerdoce si, un jour, ils devenaient aptes,&#13;
dans la mesure où on le constatera.&#13;
Pour le reste, il est du plus grand intérêt de cette Église qu’elle soit érigée&#13;
comme évêché en titre le plus rapidement possible ; ainsi, les choses qui ont&#13;
été jusqu’à maintenant imaginées et heureusement menées à leur terme&#13;
développeront de solides racines et seront renforcées en toute autorité.&#13;
Il vaudrait également la peine que des paroisses en titre soient érigées. Nous&#13;
pourvoirons plus sûrement pour celles-ci par les dîmes, qui sont&#13;
maintenant acquittées, pour la subsistance des curés. En ces débuts, il paraît&#13;
nécessaire que ceux qui sont à la tête de ces églises soient amovibles au gré&#13;
de l’évêque, du moins dans la plupart des lieux ; ainsi se formera plus&#13;
facilement en eux un ordre ecclésiastique.&#13;
Cela ferait beaucoup pour nos affaires si Votre Sainteté voyait à agréer une&#13;
de nos humbles requêtes : que deux corps de saints nous soient donnés, qui&#13;
serviraient à notre protection dans ces lieux et, non moins, à enflammer la&#13;
piété des âmes des Français et des Sauvages*. Nous avons déjà consacré&#13;
quelques églises et le moment approche où d’autres seront à consacrer ; ces&#13;
dons [de reliques] nous arriveraient de manière tout à fait opportune. Qu’il&#13;
me soit permis d’ajouter une chose : qu’il plaise à Votre Sainteté de me&#13;
concéder une indulgence provenant des Cinq saints ; je tiendrais cela pour&#13;
une faveur unique.&#13;
En ce qui concerne les missions lointaines, profitant de la paix que les&#13;
armées victorieuses du Roi Très Chrétien ont procurée à ces régions, les&#13;
pères de la Compagnie de Jésus ont pénétré dans toutes les directions et&#13;
dans les régions mêmes des ennemis, jusqu’ici très cruels. Plusieurs de ces&#13;
excellents ouvriers s’occupent maintenant des choses de Dieu avec un profit&#13;
- 212 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-24&#13;
&#13;
remarquable. Nous avons par ailleurs envoyé deux prêtres séculiers de&#13;
notre clergé pour instruire cesdits Barbares* ; de tous ceux-ci, nous espérons&#13;
une grande moisson, surtout s’il plaît à Votre Sainteté d’accompagner de sa&#13;
sainte bénédiction moi-même et toute cette nouvelle Église, ainsi que ses&#13;
ouvriers, et de nous confier à vos très saintes prières. De Votre Sainteté,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur et fils dans le Christ,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique.&#13;
À Québec, en Nouvelle-France, le 26 octobre, de l’année 1668&#13;
DOC. XXIII-24. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (26 OCTOBRE 1668)&#13;
Doc. XXIII-24&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
26 octobre 1668, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 419, fos 174-175&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
À la fin de cette lettre, le Serviteur de Dieu demanda le renouvellement de ses&#13;
facultés épiscopales qui avaient été accordées en 1659. Une copie de ces&#13;
dernières, conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Évêques, no 1, fut reproduite dans la Nova Positio Summarium&#13;
Additionale, p. 327-331. Le cardinal Barberini, préfet de la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande, répondit au Serviteur de Dieu le 13 avril 1669 et lui annonça&#13;
cette concession. L’original de cette réponse se trouve au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 30.&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
Même si je n’ai reçu aucune réponse de vous cette année, j’ai cependant&#13;
considéré qu’il m’appartenait de vous rassurer sur nos affaires, à mon&#13;
habitude, et de vous présenter l’état de notre Église.&#13;
La population augmente. Que Dieu fasse que la joie se multiplie ! Les&#13;
labeurs se multiplient à coup sûr en raison d’un tel accroissement de la&#13;
colonie et d’une telle pénurie d’ouvriers. Mais ce qui favoriserait le plus&#13;
l’affaire serait que l’œuvre entreprise de l’érection en titre de cette Église&#13;
soit tout à fait achevée le plus rapidement possible ; car rien de fixe et de&#13;
stable ne peut être établi sans cela.&#13;
- 213 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-24&#13;
&#13;
J’ai écrit à une autre occasion qu’il serait par ailleurs nécessaire que des&#13;
paroisses soient semblablement érigées en titre. Les dîmes sont acquittées&#13;
et elles seraient acquittées plus facilement et plus sûrement s’il y avait ici&#13;
des personnes desservant les paroisses, qui seraient pourvues en titre. Ici et&#13;
là, des colonies naissent au point où, si on ne pourvoyait pas de curés pour&#13;
les églises d’ailleurs que de France, nous serions tout à fait incapables de&#13;
subvenir à leurs besoins. Et il n’est pas non plus facile de les amener loin de&#13;
la patrie. Cette situation fait que nous songeons sérieusement à des&#13;
séminaires pour former les Indigènes* de ces régions ; nous en avons déjà&#13;
institué six au nombre des clercs et, parmi ceux-ci, un au sacerdoce. Trois&#13;
autres parmi ceux-ci achèvent la théologie. Nous pensons par ailleurs à&#13;
accueillir en nos murs, à la façon d’un collège, quelques autres élèves, tous&#13;
candidats au clergé, et nous avons joint à ceux-ci quelques Sauvages*, qui&#13;
en arriveront peut-être à être aptes à recevoir la cléricature. Pour accomplir&#13;
tout cela, nous sommes secondés par l’aide des pères de la Compagnie [de&#13;
Jésus], qui, par pure charité, enseignent dans leur collège toutes les&#13;
disciplines qui puissent servir à ce dessein.&#13;
Pour le reste, si la Sacrée congrégation voit une difficulté dans quelqu’une&#13;
des choses susdites, je demande humblement, qu’autant que faire se peut,&#13;
cette difficulté soit surmontée. Il sera facile après coup de tout remettre en&#13;
ordre. Voilà ce que j’ai eu à exposer à Vos Éminences, aux très saintes&#13;
prières desquelles je me recommande, encore et encore, ainsi que toute cette&#13;
Église naissante.&#13;
La dixième année est entamée depuis que les privilèges de vicaire&#13;
apostoliques m’ont été concédés ; qu’il plaise donc à la Sacrée congrégation&#13;
de les proroger, même si l’érection d’un évêché en titre doit être réalisée&#13;
l’an prochain. De Vos Éminences,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée et vicaire apostolique de l’Église canadienne.&#13;
À Québec, en Nouvelle-France, le 26 octobre, en l’année 1668&#13;
- 214 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-25&#13;
&#13;
DOC. XXIII-25. LETTRE DE LAVAL À CLÉMENT IX (30 SEPTEMBRE 1669)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-25&#13;
Lettre au souverain pontife Clément IX, 30 septembre 1669, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives de apostoliques du Vatican, Propagande,&#13;
Scritture originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 422, fos 448-449&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
Nous continuons ici, autant que nous le pouvons, avec l’aide de Dieu, de&#13;
promouvoir la chrétienté sous les auspices de Votre Sainteté, tout d’abord&#13;
auprès des fidèles 139, ensuite auprès des Barbares* qui sont au-dehors,&#13;
dispersés en long et en large.&#13;
Pour les premiers, comme nous ne pouvons obtenir de la vieille France&#13;
qu’un très petit nombre de prêtres à la retraite, nous nous sommes efforcés&#13;
jusqu’à maintenant, autant que nous le pouvions, d’en rassembler au&#13;
Séminaire parmi les Indigènes* et de les nourrir dans cette espérance. S’il&#13;
est possible de conjecturer quelque chose à partir de ces commencements,&#13;
nos espoirs ne seront pas vains. [Par contre], ce ne serait pas un attrait&#13;
négligeable, pour acquérir de tels [candidats], de loin ou de proche,&#13;
d’obtenir le pouvoir d’ériger des paroisses en titre. La colonie s’est&#13;
maintenant à ce point développée qu’il serait du moins nécessaire de&#13;
prévoir des curés pour vingt endroits ou plus. Mais, à ce que je comprends,&#13;
ce pouvoir dépend d’abord de l’érection d’un évêché en titre, que nous&#13;
avons déjà reçue par décret de Votre Sainteté, mais qui n’a pas encore fait&#13;
l’objet d’un mandat exécutoire.&#13;
On rapporte que la cause de ce retard est l’intervention de l’archevêque de&#13;
Rouen, qui affirme que je dois lui être subordonné. S’il ne s’agissait que de&#13;
moi et si un arrangement était envisageable dans une telle affaire, je&#13;
consentirais volontiers à cette subordination, si le bon ordre et la liberté de&#13;
l’Église ne subissaient aucun dommage par celle-ci. À ce propos, cela&#13;
pourrait être accordé seulement pour un temps, tant qu’un archevêque ne&#13;
139&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : les familiers de la foi.&#13;
- 215 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-25&#13;
&#13;
pourrait être créé ici ; le jour où il le serait, la subordination cesserait. On ne&#13;
doit rien espérer ici de stable, tant que ces choses seront en suspens.&#13;
En ce qui concerne les missions extérieures, celles-ci deviennent de plus en&#13;
plus florissantes de jour en jour grâce au travail ordinaire et extraordinaire&#13;
des pères de la Compagnie de Jésus. Encore cette année, jusqu’à 600&#13;
[Barbares] ont été baptisées, un gain dont on ne doit pas être mécontent&#13;
même s’il s’agit en majeure partie d’enfants. Ils sont les fleurs du paradis et&#13;
l’espérance de fruits abondants, si Dieu est favorable. Lesdits pères ne sont&#13;
pas les seuls à œuvrer à cette vigne. Des prêtres séculiers ont également&#13;
commencé à travailler. Tous se répandent chez les nations éloignées des&#13;
Barbares, profitant du bien de la paix. Nous nous efforçons ainsi de toutes&#13;
nos forces de promouvoir le règne du Christ et de réaliser la promesse&#13;
divine que le Père lui a faite : « Je te donne en héritage les nations, pour&#13;
domaine la terre tout entière 140 ».&#13;
Il est permis d’espérer beaucoup de choses pour l’avenir, s’il plaisait à&#13;
Votre Sainteté de m’honorer, ainsi que tous ceux qui sont avec moi, de sa&#13;
sainte et apostolique bénédiction. Prosterné en esprit aux pieds de Votre&#13;
Sainteté, je sollicite vivement cette bénédiction pour moi-même et pour tous&#13;
ceux qui, avec moi, sont les ouvriers [de la vigne]. De Votre Sainteté,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur et fils,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique.&#13;
&#13;
140&#13;
&#13;
NDT : Psaume 2:8.&#13;
- 216 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-26&#13;
&#13;
DOC. XXIII-26. LETTRE DE LAVAL À [A. BARBERINI ET PICCOLOMINI] (30 SEPTEMBRE 1669)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-26&#13;
aux cardinaux A. Barberini et Piccolomini, membres de la Sacrée&#13;
congrégation de la propagande et aux cardinaux, 30 septembre 1669, d’après&#13;
l’originaux conservé Archives apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture&#13;
originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 422, fos 443-433&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Lettre 141&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
D’après vos lettres et les facultés qui ont été renouvelées avec abondance, j’ai&#13;
suffisamment compris combien je suis redevable à Vos Éminences, qui m’honorent&#13;
de toutes sortes de bénéfices. Il ressort de cesdites lettres qu’elles rapportent que&#13;
la principale affaire qui touche cette Église, à savoir l’aboutissement de l’érection&#13;
d’un évêché en titre, est retardée par l’intervention de l’archevêque de Rouen, qui&#13;
prétend que l’évêché du Canada doit être soumis à son archevêché.&#13;
Certes, si rien d’autre n’est possible et si, selon le jugement de Vos Éminences, il&#13;
faut agir ainsi pour le bien de la paix, je m’avoue vaincu sans plus ; et pour que ne&#13;
survienne quelque préjudice à l’ordre et à la liberté de l’Église, il conviendrait peutêtre qu’il en soit décidé ainsi temporairement, aussi longtemps qu’il n’y aurait pas&#13;
ici un archevêque et qu’il ne serait pas encore opportun d’y créer un archevêché.&#13;
Une fois celui-ci créé, cette subordination cesserait.&#13;
J’écris brièvement quelque chose à ce sujet à Sa Sainteté, ainsi qu’à propos d’autres&#13;
sujets qui touchent nos affaires. J’ai auparavant visité toute la colonie, qui s’étend&#13;
sur environ 70 lieues. Dans beaucoup d’endroits, on a besoin de curés. Ceux que je&#13;
voudrais avoir de France, je ne puis les obtenir. Je cherche par tous les moyens d’en&#13;
former ici de pareils, de façon distincte en fonction de leur âge ; des jeunes gens&#13;
soutenus en grande partie à même nos propres ressources. Si les progrès sont à la&#13;
mesure des commencements, j’espère que nous n’aurons pas à regretter la&#13;
dépense et le travail ; mais on ne peut rien espérer de stable aussi longtemps qu’on&#13;
n’aura pas décidé quelque chose de certain au sujet de l’érection en titre de&#13;
l’évêché et des paroisses.&#13;
&#13;
141&#13;
&#13;
NDT : Il n’y a qu’un seul exemplaire de cette lettre, dont l’état n’est pas toujours satisfaisant.&#13;
- 217 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-26&#13;
&#13;
Je pense qu’il n’y a rien à ajouter sur cela, puisque je sais que Vos Éminences ont la&#13;
chose à cœur, si ce n’est que si l’affaire de l’évêché ne peut être réglée cette année&#13;
et si, par conséquent, tous les titres nécessaires pour [ériger] les paroisses ne&#13;
peuvent être obtenus, [je souhaiterais] que Vos Éminences fassent la chose la plus&#13;
nécessaire et la plus utile pour soutenir la religion chrétienne, à savoir qu’au moins&#13;
un curé soit établi le plus vite dans l’église [paroissiale] de Québec.&#13;
Je juge qu’il n’y a personne de plus capable que celui qui l’administre depuis dix&#13;
ans, en toute estime : M. Henri de Bernières, qui est noble par ses origines et sa&#13;
vertu. Soit que Sa Sainteté le nomme par des bulles, soit, s’il plaît ainsi, qu’il nous&#13;
confie la tâche de nommer. Cette chose sera la plus agréable à Vos Éminences, si&#13;
elles veulent du bien à cette Église naissante ; et je suis tout à fait persuadé qu’elles&#13;
le veulent. J’écris pareillement quelque chose à Sa Sainteté au sujet des missions&#13;
auprès des peuples barbares*, à propos desquelles je puis assurer Vos Éminences&#13;
de ceci : rien de plus ne pourrait être souhaité à ce sujet de la part des pères de la&#13;
Compagnie [de Jésus], les premiers cultivateurs de cette vigne, ni de la part des&#13;
nouveaux prêtres séculiers, qui s’appliquent pareillement à cette œuvre. Ils sont&#13;
tous dignes d’être objets de l’attention et de l’amour de Vos Éminences. Le nombre&#13;
des nouveaux baptisés, pour la majorité des enfants des Barbares, s’élève à 600.&#13;
Beaucoup plus est à espérer si la Sacrée congrégation de Vos Éminences continue&#13;
de nous accorder sa faveur. De Vos Éminences,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique.&#13;
À Québec, en Nouvelle-France, le dernier jour de septembre de l’année 1669.&#13;
&#13;
- 218 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-27&#13;
&#13;
DOC. XXIII-27. LETTRE DE LAVAL À A. BARBERINI (30 SEPTEMBRE 1669)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-27&#13;
Lettre au cardinal A. Barberini, préfet de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande, 30 septembre 1669, d’après l’originaux conservé aux Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle&#13;
congregazioni generali, vol. 422, fos 442, 445&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Mgr éminentissime,&#13;
D’après les lettres de Votre Éminence et les facultés qui ont été renouvelées avec&#13;
abondance, j’ai suffisamment compris combien je dois à la charité de&#13;
Votre Éminence et au zèle de toute la Sacrée congrégation à mon endroit, moi qui&#13;
ne le mérite pas, et que, à ce que je vois, l’aboutissement du décret de l’évêché en&#13;
titre ne dépend pas d’elle. J’entends dire que la cause du retard est l’intervention&#13;
de l’archevêque de Rouen, qui prétend que l’évêché du Canada doit être soumis à&#13;
son archevêché. J’écris à Sa Sainteté et à la Sacrée congrégation que je suis prêt [à&#13;
accepter] tout ce qui sera jugé le meilleur et le plus convenable, ajoutant&#13;
seulement que cela ne peut être concédé que pour un temps, à savoir jusqu’à ce&#13;
que soient venu le temps et la décision de créer ici un archevêché. C’est la seule&#13;
chose que je poursuis, parce que tout le reste en dépend, comme les lettres mêmes&#13;
de Votre Éminence le laissent suffisamment entendre. Que le Seigneur Dieu rende&#13;
à Votre Éminence ce que je ne peux lui accorder, au nom de la gratitude. Que je&#13;
vive et que je meure pour qu’il en soit ainsi ! De Votre Éminence,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique.&#13;
À Québec, en Nouvelle-France, le dernier jour de septembre en l’année 1669&#13;
&#13;
- 219 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-28&#13;
&#13;
DOC. XXIII-28. LETTRE DE LAVAL À [COLONA] (30 SEPTEMBRE 1669)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-28&#13;
Lettre au [cardinal Colonna], secrétaire de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande, 30 septembre 1669, d’après l’originaux conservé aux Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle&#13;
congregazioni generali, vol. 422, fos 446-447&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Mgr illustrissime et éminentissime,&#13;
J’ai une très grande gratitude pour ceux qui ont voulu me faire savoir combien je&#13;
dois à votre charité et à votre bienveillance, qui, [bien que] me connaissant à peine&#13;
de nom, m’entourent de toutes sortes de bons offices. Cela est l’œuvre de Dieu,&#13;
ou d’un homme selon le cœur de Dieu, qui ne pourra jamais être contrebalancé par&#13;
aucune expression de gratitude. Vous avez certainement devancé celui qui n’a&#13;
aucun mérite et vous vous êtes acquis pour toujours un débiteur. J’écris au Siège&#13;
apostolique, à la Sacrée congrégation et Leurs Éminentissimes cardinaux Antonio&#13;
et Piccolomini. Me trompé-je [en croyant] que toutes ces lettres ne sont pas venues&#13;
à votre connaissance ? Votre Grandeur verra en celles-ci ce que je pense être&#13;
avantageux pour le bien de cette Église naissante. Il suffit que je vous en informe&#13;
[pour les mettre en œuvre], car vous n’aimeriez pas l’abandonner. Il ne convient&#13;
pas de fatiguer un homme qui est très occupé à beaucoup de choses. Que Dieu&#13;
garde saine et sauve Votre Éminence. De Votre Grandeur,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée, vicaire apostolique.&#13;
À Québec, en Nouvelle-France, le dernier jour de septembre en l’année 1669&#13;
&#13;
- 220 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-29&#13;
&#13;
DOC. XXIII-29. LETTRE DE LAVAL À CLÉMENT X (27 AOÛT 1670)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-29&#13;
Lettre au souverain pontife Clément X, 27 août 1670, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande, Congressi&#13;
(America Settentrionale), vol. 1, fos 17-18&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
À Québec, en Amérique du Nord, principale ville de la Nouvelle-France,&#13;
qui est appelée Canada, le 27 août 1670&#13;
Très Saint-Père,&#13;
L’heureuse nouvelle de l’accession de Votre Sainteté au pontificat nous est&#13;
parvenue, souhaitée de tous et acclamée par tout l’univers. Que Votre&#13;
Sainteté nous bénisse, notre troupeau et moi-même, duquel, il y a déjà de&#13;
cela onze années, vos prédécesseurs ont voulu confier à nos soins, certes en&#13;
tant que vicaire apostolique, tâche à laquelle je me suis appliqué à dépenser&#13;
toutes mes ressources et ma personne tout entière pour qu’il en aille à la&#13;
plus grande satisfaction des souverains pontifes, de la Congrégation de la&#13;
propagande et du Roi Très Chrétien.&#13;
Cette nouvelle Église canadienne qui est la nôtre se compose de colonies de&#13;
Français et de populations des nations barbares* en grand nombre,&#13;
répandues jusqu’à 500 et 600 lieues et plus. Pour les appeler à la foi&#13;
chrétienne, les missionnaires de la Compagnie de Jésus labourent et se&#13;
dépensent, non sans effusion de sang pour beaucoup, les uns par le fer, les&#13;
autres par un feu lent et par toutes sortes de tortures. Ils ont donné leur&#13;
corps et leur vie dans un esprit invincible et ils continuent leur travail avec&#13;
une pareille constance et avec fécondité. Il avait plu à vos prédécesseurs&#13;
d’ériger en titre l’évêché de l’Église de Québec, cette Église naissante, déjà&#13;
suffisamment raffermie par ses propres forces ; mais une mort prématurée&#13;
a retardé [la mise en œuvre] de ce dessein qui était le leur.&#13;
Je demande humblement à Votre Sainteté qu’elle nous soit favorable et&#13;
qu’elle veuille accélérer toutes choses de manière que nous puissions jouir&#13;
- 221 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-30&#13;
&#13;
très prochainement de cette faveur de votre part. Je crains que ma pauvreté&#13;
ne soit un empêchement et, en outre, que ceux qui s’occupent de mes&#13;
affaires en France ne puissent fournir les fonds nécessaires pour cette affaire&#13;
[l’obtention des bulles] ; car j’ai été obligé, d’année en année, de vivre ici en&#13;
dépensant presque toutes mes ressources, soit pour le soutien des pauvres,&#13;
qui sont très nombreux en ces premiers temps, soit pour nourrir et aider les&#13;
prêtres qui prennent soin des paroisses des Français, qui ne sont pas encore&#13;
établies et auxquelles nous n’avons pu pourvoir correctement, à défaut de&#13;
pouvoir utiliser le pouvoir ordinaire de l’évêque titulaire qui nous a été&#13;
remis. Que Votre Sainteté me permette de demander cette faveur pour une&#13;
chose d’une telle importance et qu’elle veuille nous l’accorder gratuitement,&#13;
pour cette première fois, comme je comprends qu’il est habituel en ces&#13;
matières qui sont réglées par la Congrégation de la propagande ; à laquelle&#13;
Congrégation, d’année en année, j’ai rendu soigneusement compte de tout&#13;
ce qui a été entrepris et accompli par nous. Je ferais la même chose en ce&#13;
moment même si l’heure n’était pas imminente pour les navires de mettre&#13;
les voiles. Ainsi donc, que Votre Sainteté permette que je termine la&#13;
prochaine fois où je lui ferai rapport. De Votre Sainteté,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
DOC. XXIII-30. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (16 SEPTEMBRE 1670)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-30&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
16 septembre 1670, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 426, fos 108-109&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
Plus de dix années se sont passées depuis que je m’acquitte ici de la charge de&#13;
vicaire apostolique dans l’Église du Canada. J’ai rendu compte à Vos Éminences&#13;
presque chaque année de l’état de la religion chrétienne, tant chez les Français que&#13;
chez les Barbares*. Ces trois dernières années, elle a connu un progrès&#13;
- 222 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-30&#13;
&#13;
remarquable, notamment par le fait que le Roi Très Chrétien a envoyé de France,&#13;
à plusieurs reprises, de nouveaux soldats et des troupes importantes pour réprimer&#13;
les Barbares iroquois ennemis du peuple chrétien 142, ainsi que de nouvelles familles&#13;
et de jeunes filles nubiles en grand nombre, qui renforceront les colonies de&#13;
Français répandues ici dans toute la région et qui les rendront durables grâce à une&#13;
progéniture pérenne et nombreuse.&#13;
Depuis ce temps, les ennemis iroquois – qui avaient retardé le développement de&#13;
la foi chrétienne, avaient anéanti d’une manière ou d’une autre, de long en large,&#13;
les Églises naissantes des Sauvages* qui nous sont amis et qui avaient tué, par tous&#13;
genres de tourments et à feu lent, les pasteurs eux-mêmes, [c’est- à-dire] les pères&#13;
de la Compagnie de Jésus – cesdits [Iroquois], d’ennemis qu’ils étaient, sont&#13;
maintenant devenus amis, sont instruits infatigablement par lesdits pères et ils&#13;
procurent désormais l’espoir d’une abondante moisson pour le grenier de l’Église.&#13;
J’ai espéré chaque année que notre Église canadienne serait érigée en évêché en&#13;
titre ; en effet, cette espérance nous était donnée, tant par le Roi Très Chrétien que&#13;
par ceux qui s’occupaient de cette affaire dans la curie romaine ; mais le décès&#13;
prématuré de Clément IX 143, qui était très bien disposé envers notre Église, a&#13;
repoussé mes espérances. J’ai écrit tout récemment au souverain pontife pour qu’il&#13;
veuille nous être favorable et accélérer toutes nos affaires, afin que je puisse très&#13;
prochainement jouir de cette faveur. Permettez, Mgrs éminentissimes, qu’encore&#13;
et encore je vous prie pour obtenir cette grâce par bienveillance : cette affaire est&#13;
en effet de la plus grande importance pour affermir cette Église canadienne. Des&#13;
paroisses pour les Français n’ont pas encore été fondées et il ne nous est pas&#13;
possible d’y pourvoir, à moins que nous ne puissions user du pouvoir ordinaire d’un&#13;
évêque en titre qui nous serait concédé. Je ne puis non plus porter le poids de&#13;
subvenir aux besoins des pauvres, qui sont nombreux en ces premiers temps, et à&#13;
la fois de soutenir les prêtres qui ont le soin des paroisses des Français. Dans ce&#13;
but, j’ai à ce point dépensé toutes mes ressources que je suis contraint à&#13;
m’endetter grandement.&#13;
Pareillement, j’ai prié le souverain pontife pour qu’il veuille nous concéder tout cela&#13;
gratuitement pour cette première fois, car ceux qui s’occupent de mes affaires en&#13;
France ne pourraient fournir les dépenses nécessaires pour cela. [Je prie] pour que&#13;
j’obtienne cela par votre bienveillance, par le zèle que vous avez pour les âmes, la&#13;
142&#13;
143&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : du nom chrétien.&#13;
NDLR : le 9 décembre 1669.&#13;
- 223 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-30&#13;
&#13;
propagation de la foi et la conversion des Barbares ; car j’ai compris que les choses&#13;
qui sont accomplies par votre Congrégation en faveur des missions auprès des infidèles sont [parfois] concédées gratuitement et beaucoup plus auprès des populations barbares. Je ne me rappelle pas avoir demandé à Vos Éminences aucune&#13;
faveur qui m’aurait été obligeamment concédée. Celle-ci est de toutes la plus nécessaire : celle-là, je la demande ; celle-là, je l’espère ; que de celle-là, je puisse vous&#13;
rendre grâce l’an prochain. Cela me sera par-dessus tout un nouvel incitatif à accomplir l’œuvre de Dieu, avec une force et une vivacité plus grandes. Que le Seigneur Dieu sauve Vos Éminences et les garde en bonne santé. De Vos Éminences,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
&#13;
Doc. XXIII-31&#13;
Lettre à M Francesco Nerli, 8 septembre 1672,&#13;
Voir p. 236&#13;
gr&#13;
&#13;
- 224 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-32&#13;
&#13;
DOC. XXIII-32. LETTRE DE LAVAL À CLÉMENT X ([14 MARS 1672])&#13;
&#13;
Doc. XXIII-32&#13;
Lettre au souverain pontife Clément X, [14 mars 1672], d’après l’original&#13;
conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture&#13;
originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 433, fos 689-690&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
Pour rendre compte à Votre Sainteté de la raison de mon retour inattendu&#13;
de l’Amérique du Nord en Europe, je me jette à vos pieds avec autant&#13;
d’abaissement que je le puisse. Lorsque je reçus le décret d’érection du siège&#13;
épiscopal de Québec, communément connu sous le nom de Québec en la&#13;
Nouvelle-France (auquel le Roi Très Chrétien m’a nommé), donné au mois&#13;
d’octobre 1670 par la Congrégation de la consistoriale, pour être confirmé&#13;
par Votre Sainteté, une seule chose restait [à être faite] : produire les bulles&#13;
d’érection. Et de jour en jour plus inquiet, j’attendais lesdites bulles de&#13;
l’érection et de la mise en possession de ma charge. Mais, ayant été averti&#13;
que quelques retards étaient surgis en raison de la difficulté d’acquitter les&#13;
frais de chancellerie et craignant qu’une affaire urgente ne soit embrouillée&#13;
par des obstacles imprévus, je décidai d’y apporter toute mon attention&#13;
pour qu’un aboutissement heureux soit procuré à une œuvre heureusement&#13;
commencée et pour que, enfin créé évêque [titulaire] de l’Église canadienne&#13;
ou de la Nouvelle-France, j’achève justement les choses que j’avais&#13;
l’intention de poursuivre pour confirmer les droits de l’Église ; car les&#13;
choses de la religion se trouvent dans un état tel, la colonie grossissant de&#13;
jour en jour, qu’elles ne peuvent être administrées de manière sûre que par&#13;
un évêque muni de l’autorité de l’ordinaire et soutenu par elle.&#13;
En outre, un certain chagrin se glissait dans mon esprit (pour parler en&#13;
pleine confiance à l’excellent père des évêques) en raison du fait que cette&#13;
érection, absolument nécessaire pour la propagation de la foi chez les&#13;
Barbares* et décidée avec tant de prévoyance par Votre Sainteté pour établir&#13;
en même temps que protéger l’autorité de l’Église, ne soit retardée du seul&#13;
fait qu’un pauvre évêque (ce que je ne rougis pas de me déclarer) n’a pas&#13;
- 225 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-32&#13;
&#13;
assez de moyens pour assumer les frais de chancellerie. Mais, Très SaintPère, ranimé par la grande considération que j’ai conçue pour l’affection de&#13;
Votre Sainteté 144, je n’ai pas refusé, bien que je sois épuisé par les labeurs et&#13;
d’une santé chancelante, d’affronter de nouveau les périls de l’océan.&#13;
Mais pour ne pas tenir Votre Sainteté occupée plus longtemps par une telle&#13;
quantité de choses, je la conjure seulement, dans l’esprit qui nous possède&#13;
tous et surtout les serviteurs du Siège apostolique, de daigner se rappeler&#13;
que depuis presque 14 ans, je remplis la fonction de vicaire apostolique&#13;
dans les plus grands soucis de toutes sortes et que pour soutenir et ériger&#13;
l’Église, qui se lève dans une barbarie très pénible et qui est dénuée de tout,&#13;
j’ai contracté de nombreuses dettes, sous le poids desquelles je crains que je&#13;
ne succombe s’il s’y ajoutait le fardeau des frais à acquitter, tant de l’érection&#13;
que des bulles, non sans déshonneur pour ma dignité et au détriment de&#13;
l’Église qui m’est confiée.&#13;
Votre Sainteté sait combien l’entreprise de la propagation de la religion&#13;
chez les Barbares est une chose qui coûte beaucoup de peine et qui est&#13;
exposée à combien de difficultés, d’épreuves et de dépenses. Mais jusqu’à&#13;
maintenant, Dieu m’en procurant les forces, j’ai tenu fermement et (comme&#13;
j’ai confiance [en la Providence]), je tiendrai plus fermement, ayant éprouvé&#13;
si souvent la bienveillance du Siège apostolique (que j’ai toujours honoré&#13;
de la plus éminente dévotion de mon esprit). Je souhaiterais vraiment qu’un&#13;
terme soit mis à une œuvre désirée depuis tant d’années, pour que je ne sois&#13;
pas absent plus longtemps de l’Église qui m’a été confiée, non sans grand&#13;
dommage pour celle-ci, et qu’il me soit accordé de revenir vers elle à la&#13;
prochaine saison de navigation. Je prie Dieu souverain de garder Votre&#13;
Sainteté toujours en santé pour le bien de l’Église.&#13;
Votre très humble et très obéissant fils,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
À Paris&#13;
144&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : de Votre Béatitude.&#13;
- 226 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-33&#13;
&#13;
DOC. XXIII-33. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE ([14 MARS 1672])&#13;
Doc. XXIII-33&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
[14 mars 1672], d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 433, fos 691-692&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
Alors que je naviguais de l’Amérique en Europe, traversant à nouveau&#13;
l’océan, je me suis exposé à plusieurs choses pour le Seigneur Très-Saint. La&#13;
cause la plus importante pour affronter ce péril fut la nécessité d’urger&#13;
l’érection du siège épiscopal de la ville de Québec, dans le royaume du&#13;
Canada ou Nouvelle-France.&#13;
Lorsque j’ai appris que cette érection, décrétée si providentiellement lors de&#13;
la congrégation de la Consistoriale du 2 octobre 1670, était retardée par le&#13;
seul fait que je n’avais pas les ressources pour satisfaire à quelques frais de&#13;
chancellerie, j’ai décidé de revenir en Europe pour déployer tous les&#13;
moyens pour qu’un terme soit enfin apporté à l’œuvre commencée.&#13;
Les affaires de l’Église canadienne sont dans un état tel que, la religion&#13;
croissant de jour en jour dans la colonie, elle ne peut [désormais] être&#13;
administrée que par un ordinaire : les paroisses à ériger, les bénéfices à&#13;
créer, les séminaires à fonder, les églises à construire, les droits de l’Église&#13;
à garantir, les hôpitaux à administrer, trois monastères de moniales à&#13;
gouverner, les scandales à repousser, les litiges à régler et à trancher, en&#13;
affrontant ceux qui méprisent les choses sacrées ; en somme, à moins que&#13;
l’autorité épiscopale n’ait ici sa validité, tout ce qui concerne le droit&#13;
ecclésiastique vacillera. Certes, je déplorerais tout ce qui, à cause de moi,&#13;
rabaisserait les droits du Siège apostolique, dont je désire plutôt&#13;
l’accroissement. Il convient tout à fait à la dignité dudit Saint-Siège de&#13;
parfois décider de quelque chose par la justesse de sa cause, bien que ce soit&#13;
à l’encontre des droits [ordinaires].&#13;
- 227 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-33&#13;
&#13;
Il semble conforme à l’équité et convenable à la pieuse affection du Siège&#13;
apostolique que l’érection d’un siège épiscopal, nécessaire d’abord et avant&#13;
tout pour le gouvernement paisible de l’Église dans une région sauvage, ne&#13;
soit empêché seulement que par ce que les sommes d’argent qui suffiraient&#13;
pour supporter les frais de chancellerie feraient défaut à un pauvre évêque&#13;
(ce que je professe être), qui est réduit à la gêne après tant d’années de&#13;
labeur. Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais demandé l’épiscopat et j’ai reçu&#13;
celui-ci, en étant conscient de mon insignifiance. À vrai dire, ayant fait&#13;
l’expérience des charges qui y sont liées, je considérerais comme un bienfait&#13;
d’en être libéré ; toutefois, je ne recule pas devant le fait de me dépenser&#13;
pour l’Église du Christ et le salut des âmes. Par une longue expérience, j’ai&#13;
appris à quel point la condition de vicaire apostolique est peu assurée face&#13;
à ceux qui traitent des choses politiques, c’est-à-dire dire les ministres de la&#13;
Cour, qui sont les perpétuels adversaires et contempteurs de la puissance&#13;
ecclésiastique, pour qui il est habituel d’objecter que le pouvoir d’un vicaire&#13;
apostolique est incertain et doit être enfermé dans des limites précises.&#13;
Voilà pourquoi, ayant pesé les choses avec soin, je me suis résolu à abdiquer&#13;
ma charge de vicaire apostolique et de ne pas revenir en Nouvelle-France,&#13;
à moins que l’évêché y soit érigé et que je ne sois muni et pourvu des bulles&#13;
d’ordinaire : cela est le but de ma navigation et de mes vœux, car il est&#13;
extrêmement pénible d’avoir l’esprit soumis aux embarras et aux&#13;
inquiétudes, d’user d’un pouvoir toujours incertain dans les choses les plus&#13;
difficiles et les plus urgentes, celles qui concernent la religion, et d’exercer&#13;
une juridiction flottante qui ne suffit pas à affermir les choses ; de tenir le&#13;
rôle de l’évêque, mais de ne pas avoir le pouvoir de l’évêque.&#13;
Cette indulgence, que je demande qu’elle soit faite à l’Église de Québec, à&#13;
savoir la remise des frais de chancellerie, non sous un prétexte de cupidité&#13;
mais par le privilège manifeste de notre pauvreté, en raison seulement de&#13;
la bonté qu’il convient au Siège apostolique de déployer envers une Église&#13;
naissante au milieu de la barbarie, j’ai l’intention de la demander&#13;
respectueusement et instamment, avec une pieuse confiance.&#13;
&#13;
- 228 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-33&#13;
&#13;
Certes, le Roi Très Chrétien, bienveillant à mon endroit, [qui a] déjà assigné&#13;
une abbaye comme fonds pour l’évêché de Québec, à laquelle il m’a&#13;
nommé, a transféré des colons à grand frais dans notre Amérique, a&#13;
distribué d’abondantes aumônes pour le mariage des pauvres, pour ériger&#13;
et soutenir l’Église, qui ne peut se maintenir par le peuple catholique seul,&#13;
estime qu’il a rempli pleinement les devoirs de la libéralité royale et&#13;
chrétienne. Le reste, qui concerne le plus grand accroissement de l’Église, il&#13;
le laisse à la providence du Siège apostolique, dont la sollicitude est grande&#13;
pour promouvoir la religion chez les infidèles, qui est son [souci] principal.&#13;
Pour cette même raison, il a voulu que l’Église et la chrétienté de Québec&#13;
lui soient soumises et attachées par un lien très étroit, tant de dépendance&#13;
que de patronage.&#13;
De plus, Mgrs éminentissimes, afin que je ne paraisse pas montrer notre&#13;
pauvreté plutôt que la prouver, puis-je exposer une chose à Vos Éminences.&#13;
Chaque jour, il y a plus de 40 personnes à soutenir à même nos ressources :&#13;
les prêtres, tous dispersés de tous côtés dans des paroisses non encore&#13;
érigées en titre ; les enfants, que nous instruisons des rudiments de la foi ;&#13;
les jeunes, que nous entretenons dans l’espoir de la cléricature ; et les autres,&#13;
qui appartiennent au clergé, vaquent aux études et vivent grâce aux&#13;
ressources d’un seul évêque ; car c’est à peine si quelque chose est reçu de&#13;
la part des colons, pas même pour l’administration des sacrements ou pour&#13;
la célébration des messes, ou rarement, au point que, fuyant toute suspicion&#13;
d’avarice, nous paraissions imiter par nos mœurs, jusqu’à un certain point,&#13;
la pureté de la première Église naissante. Ce qui augmente l’indigence, c’est&#13;
la cherté de presque toutes les choses qui nous sont apportées de la vieille&#13;
France, autant que les conditions de la région dans laquelle nous habitons.&#13;
Ici, nulle abondance d’or, aucune mine d’argent, pas de marchandises de&#13;
prix, de trésors de pierres précieuses dont regorgent des peuples plus&#13;
heureux, ni de grande possibilité d’enrichir les autres ; à nous il reste la&#13;
vaste et inculte barbarie, une terre sans valeur et vide depuis l’origine du&#13;
monde. Cependant, irriguée par les sueurs des colons français et soumise à&#13;
leurs labeurs, elle promet une grande abondance de tous les biens, mais&#13;
dont nos descendants [seulement] jouiront.&#13;
- 229 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-33&#13;
&#13;
Il me reste à exposer brièvement ce qui suit pour en finir avec l’état de notre&#13;
Église : d’innombrables nations sont découvertes vers l’Orient et l’Occident,&#13;
prêtes à recevoir la semence du froment de l’Évangile, et il est à espérer que,&#13;
dans peu de temps, notre région atteindra les deux océans ; il y a la plus&#13;
grande harmonie entre les ecclésiastiques et les réguliers ; la paix procurée&#13;
par les armées françaises rend amis et alliés les peuples barbares* et&#13;
farouches ; le commerce fleurit ; les arts commencent à être cultivés ; les&#13;
deux rives de notre fleuve sont habitées sur plus de 80 lieues par des colons&#13;
français. Plusieurs parmi les Indigènes* sont instruits dans le Séminaire de&#13;
Québec érigé à nos frais, ils ont les meilleures dispositions, ils aiment la&#13;
piété, ils se montrent doués pour les disciplines [scolaires], on leur enseigne&#13;
la philosophie et la théologie.&#13;
De nouveaux renforts fournis par les pères récollets ou réformés de saint&#13;
François se sont ajoutés. Le Roi Très Chrétien, bien qu’il soit occupé par tant&#13;
de choses, favorise cette colonie d’une manière étonnante, avant tout par le&#13;
zèle pour propager la religion, lui qui n’obtient presque rien d’utile en&#13;
provenance de cette région barbare.&#13;
Enfin, Mgrs éminentissimes, pour dire en un mot ce que je ressens, [nous&#13;
avons] une grande espérance d’enrichir continuellement de colons français&#13;
l’Amérique septentrionale que nous habitons et de l’abreuver des&#13;
témoignages de la foi catholique (car ici, seule la religion catholique est&#13;
pratiquée) pour qu’elle en vienne à être un jour un nouveau monde, et celuici, catholique.&#13;
Je m’estime tout à fait heureux, moi à qui a échu, de la part du Siège&#13;
apostolique, sous les auspices de Vos Éminences, la charge de poser les&#13;
premiers fondements de l’Église canadienne. Voilà pourquoi je conjure&#13;
Vos Éminences, avec autant d’empressement de l’âme et de soumission que&#13;
je puisse, de me rendre [évêque] de l’Église qui m’a été confiée et de faire&#13;
en sorte que les bulles d’érection et de provision soient expédiées aussi vite&#13;
que possible, par la faveur dont elles jouissent auprès de notre Très Saint&#13;
Seigneur le souverain pontife, afin qu’il me soit accordé de revenir à elle&#13;
- 230 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-33&#13;
&#13;
par la première navigation opportune. Je prie Dieu Très Bon pour qu’il&#13;
accorde à Vos Éminences d’être en bonne santé pour le bien de l’Église. De&#13;
Vos Éminences,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
À Paris&#13;
&#13;
Doc. XXIII-34&#13;
Lettre au souverain pontife Clément X, 1672&#13;
Voir p. 236&#13;
DOC. XXIII-35. LETTRE DE LAVAL À [ALTIERI] ([14 MARS 1672])&#13;
&#13;
Doc. XXIII-35&#13;
Lettre au [cardinal Altieri], préfet de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
[14 mars 1672], d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 433, fos 687-688&#13;
&#13;
Mgr illustrissime et révérendissime 145,&#13;
J’écris à Sa Sainteté au sujet des raisons qui, rapidement et à l’improviste, ont&#13;
provoqué mon départ de la résidence de l’Église qui m’a été confiée en Amérique&#13;
du Nord ou Nouvelle-France. La principale de ces raisons est le souci de promouvoir&#13;
l’érection d’un siège épiscopal dans la ville de Québec, métropole de la région,&#13;
[érection] que le Roi Très Chrétien a réclamée au Siège apostolique il y a plusieurs&#13;
années.&#13;
Dans mes prières continuelles adressées à Dieu, je rappellerai à mon souvenir&#13;
combien je dois à Votre Éminence pour le décret de l’érection de cette Église,&#13;
donné en congrégation de la Consistoriale du 2 octobre 1670, surtout grâce à votre&#13;
intervention, et confirmé par la suite par le souverain pontife.&#13;
&#13;
145&#13;
&#13;
NDT : Littéralement : Illustrissime et révérendissime seigneur.&#13;
- 231 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-33&#13;
&#13;
Cependant, ce n’est pas sans un grave sentiment de lassitude [que je constate] que&#13;
l’affaire de l’érection, entreprise si heureusement, est retardée pour ce seul motif&#13;
que nous nous sentirions incapable d’assumer les droits de chancellerie, presque&#13;
épuisé que nous sommes par d’innombrables peines, dépenses et dettes, et réduit&#13;
à une très pénible pauvreté dans une région sauvage et pas encore cultivée ; car la&#13;
situation est telle en Nouvelle-France que celui qui est ici évêque ou qui joue le rôle&#13;
d’évêque, devenu le père de tous, doit prendre tous en pitié et qu’il lui incombe&#13;
presque la totalité du soin des Barbares, des pauvres, des paroisses, des églises, de&#13;
la fabrique, des semences et de l’accueil. Pour que nous puissions nous acquitter&#13;
de ce premier devoir apostolique de notre ministère, notre conscience nous est&#13;
témoin (avec laquelle nous paraissons devant Dieu 146) que, n’ayant presque rien,&#13;
nous nous efforçons d’enrichir les autres, ne ménageant nul peine, soin ou&#13;
dépense, attentif aux préceptes évangéliques. Puisque, jusqu’à maintenant, le&#13;
Siège apostolique a donné des gages remarquables de charité à l’endroit des&#13;
évêques qui travaillent à porter aux nations le nom du Christ, il me reste une&#13;
espérance inébranlable que, par l’autorité de Votre Éminence, que je prie&#13;
respectueusement et en qui surtout je me confie, il arrivera que, pour hâter&#13;
l’érection de l’évêché de Québec (à laquelle le Roi Très Chrétien m’a nommé), on&#13;
tienne compte de ma pauvreté, du ministère qui m’a été imposé depuis presque&#13;
14 ans dans une région difficile entre toutes, de la tendresse et de la bienveillance&#13;
qui doit à bon droit être accordées à une Église naissante par la miséricordieuse&#13;
mère et maîtresse de toutes les Églises, l’Église romaine. Je prie le Dieu Très Bon&#13;
pour qu’il garde toujours saine et sauve Votre Éminence, pour son bien et son&#13;
progrès spirituel. De Votre Éminence,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
À Paris&#13;
&#13;
146&#13;
&#13;
NDT : Cf. 2 Corinthiens 5:11.&#13;
- 232 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-36&#13;
&#13;
DOC. XXIII-36. LETTRE DE LAVAL À [COLONNA] ([14 MARS 1672])&#13;
&#13;
Doc. XXIII-36&#13;
Lettre au [cardinal Colonna], secrétaire de la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande, [14 mars 1672], d’après l’original conservé aux Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle&#13;
congregazioni generali, vol. 433, fos 693-694&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgr illustrissime et révérendissime,&#13;
Combien notre Église canadienne doit à Votre Éminence illustrissime, comme&#13;
Michel Gazil, qui s’est occupé de nos affaires à Rome pendant deux ans et en a été&#13;
le témoin fidèle, nous l’a rapporté. J’ai communiqué par écrit à Leurs Éminences&#13;
cardinalices de la Propagande de la foi les raisons qui m’ont contraint à revenir en&#13;
Europe, dont la principale est la nécessité d’accélérer l’érection d’un siège&#13;
épiscopal. Je fais si grand cas de celle-ci que toutes les choses me semblent devoir&#13;
être mises de côté pour l’obtenir ; car il ne peut y avoir de religion [catholique] sans&#13;
évêché, et un évêché ne peut non plus exister sans une autorité certaine et&#13;
distincte, que les sacrés canons définissent, surtout chez les gens rompus aux&#13;
habitudes de la France, où il règne une grande jalousie et rivalité entre la puissance&#13;
séculière et ecclésiastique.&#13;
Lorsque j’ai entendu dire que l’érection d’un siège épiscopal dans la ville de&#13;
Québec, métropole de la Nouvelle-France, est empêchée par le seul fait que nous&#13;
soyons tout à fait incapable d’acquitter les frais de chancellerie, [j’ai été] longtemps&#13;
et profondément plongé dans le doute quant à la résolution à prendre. Rien de plus&#13;
opportun ne s’est présenté que d’exposer l’état et la condition de nos affaires à&#13;
Mgrs éminentissimes, dont je connais la bienveillance par expérience. Ils sauront&#13;
parfaitement à quel point nous nous sommes sincèrement dépensé jusqu’à&#13;
aujourd’hui, nous-même et tout ce qui nous appartient. Certes, le Roi Très Chrétien&#13;
a prévu qu’une abbaye me soit assignée en tant qu’évêque, mais il y a une telle&#13;
pénurie de toutes choses dans une Église naissante dans une terre sauvage, pour&#13;
que même un évêque riche qui voudrait être à la hauteur de son office doive se&#13;
priver du nécessaire et s’autosuffire.&#13;
Je crains que l’Église canadienne ne souffre un trop grand dommage si je&#13;
m’absentais plus longtemps. Comme elle est formée de personnes venues d’un&#13;
autre pays, beaucoup de choses là-bas exigent la présence de l’évêque, qui doit&#13;
- 233 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-31&#13;
&#13;
transiger, principalement en matières ecclésiastiques, avec prudence et autorité,&#13;
surtout dans les débuts. Il serait certes convenable pour la bienveillante mère et&#13;
maîtresse de toutes les Églises, l’Église romaine, de pourvoir à la pauvreté de notre&#13;
Église quasi naissante et de montrer un cœur maternel à celle qui gît au berceau.&#13;
Je sais à quel point la prudence et l’habileté de Votre Éminence illustrissime sont&#13;
efficaces pour faire aboutir les affaires et je lui demande de ne pas répugner à me&#13;
prodiguer conseils et protection. Qu’il considère que moi-même et toute notre&#13;
Église lui sommes à jamais attachés. Je prie le Dieu Très Bon de mener toujours&#13;
Votre Éminence illustrissime aux réalités les plus grandes et les plus heureuses. De&#13;
Votre Éminence illustrissime,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
&#13;
Doc. XXIII-37&#13;
Lettre au cardinal Altieri, 8 décembre 1673&#13;
Voir p. 235&#13;
DOC. XXIII-31. LETTRE DE LAVAL À NERLI (8 SEPTEMBRE 1672)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-31&#13;
Lettre au nonce du souverain pontife auprès du roi de France, Francesco&#13;
Nerli, 8 septembre 1672, d’après l’original conservé aux Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle&#13;
congregazioni generali, vol. 440, fos 365-366&#13;
Le Serviteur de Dieu vint en France durant l’été de 1672 et retourna au Canada en&#13;
1675. Les neuf lettres qui suivent appartiennent à cette période et sont toutes&#13;
écrites de Paris, où il résidait pendant cette période.&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
Une fluxion 147 qui m’est survenue m’empêche d’avoir l’honneur de vous&#13;
aller remercier des bontés que vous avez pour moi et pour mon Église.&#13;
Depuis que j’ai eu le bien de rendre mes respects à Votre Grandeur&#13;
147&#13;
&#13;
NDLR : Une fluxion est un afflux de sang ou d’autre liquide organique dans une partie du corps.&#13;
- 234 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-31&#13;
&#13;
illustrissime, j’ai parlé au roi de l’expédition des bulles de l’érection de&#13;
l’évêché de Québec. Sa Majesté m’a fait l’honneur de me répondre qu’il&#13;
donnerait ses ordres pour ladite expédition, sans s’expliquer à moi sur la&#13;
manière suivant laquelle il la voulait faire demander. J’en ai conféré aussi&#13;
avec quelques-uns de ses ministres, qui ne se sont pas plus ouverts à moi.&#13;
Ainsi, comme l’article de l’érection regarde principalement le roi qui la&#13;
demande, je suis dans une dépendance absolue de Sa Majesté quant à ce&#13;
regard. Et l’incertitude où je suis des intentions de Sa Majesté fait que je ne&#13;
puis m’engager qu’avec réserve, de crainte de les prévenir. Je tâcherai de&#13;
m’en informer, dont je rendrai compte à Votre Grandeur illustrissime&#13;
aussitôt que ma santé me le permettra. Il est vrai que le grand désir que j’ai&#13;
de retourner à mon Église, qui demande ma présence, me fera toujours faire&#13;
au-delà de mon pouvoir pour obtenir mes bulles et pour contenter le SaintSiège apostolique, pour lequel j’ai une singulière vénération, et en&#13;
particulier j’aurai une entière créance aux avis que Votre Grandeur&#13;
illustrissime voudra bien me donner. Et quant aux 1 000 écus dont elle me&#13;
parle, si elle juge que sans me commettre avec le roi (ce que je confie à sa&#13;
prudence), elle puisse moyenner par ses offices avec la Cour de Rome&#13;
l’expédition de mes bulles avant Noël, afin que je sois en état de partir au&#13;
printemps, je consens et promets de les donner de mon fonds ; et c’est en&#13;
vérité au-delà de ce que je puis faire. Je suis avec respect,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
Ce 8 septembre 1672&#13;
DOC. XXIII-34. LETTRE DE LAVAL À CLÉMENT X (1672)&#13;
Doc. XXIII-34&#13;
Lettre au souverain pontife Clément X, 1672&#13;
Nous connaissons l’existence de cette lettre par la réponse donnée au Serviteur de&#13;
Dieu le 15 novembre 1672 par le cardinal Altieri, au nom du pape. Cette réponse&#13;
est conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 33.&#13;
&#13;
- 235 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-38&#13;
&#13;
DOC. XXIII-E. MÉMOIRE DE LAVAL SUR L’ÉTAT DE L’ABBAYE DE MÉOBECQ (24 OCTOBRE 1672)&#13;
Doc. XXIII-E&#13;
Mémoire sur l’état de l’abbaye de Méobecq, du 24 octobre 1672, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande,&#13;
Congressi (America Settentrionale), vol. 1, fos 40-41&#13;
NDLR : Mgr de Laval décrit l’abbaye de Méobecq comme étant en ruines et inclut&#13;
des témoignages de religieux et l’accord de ceux-ci pour en supprimer les menses&#13;
conventuelles, afin de créer un chapitre à Québec. Nous n’avons pas de copie de&#13;
ce document pour l’instant.&#13;
&#13;
DOC. XXIII-37. LETTRE DE LAVAL À ALTIERI (8 DÉCEMBRE 1673)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-37&#13;
Lettre au cardinal Altieri, 8 décembre 1673&#13;
Nous n’avons pas retrouvé le texte de cette lettre du Serviteur de Dieu au cardinal&#13;
Altieri. Nous la connaissons par la citation que le cardinal en fait dans une réponse&#13;
du 9 janvier 1674, conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 35.&#13;
&#13;
DOC. XXIII-38. LETTRE DE LAVAL À NERLI (12 JUILLET 1673)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-38&#13;
Lettre au nonce du souverain pontife auprès du roi de France, Francesco&#13;
Nerli, 12 juillet 1673, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques&#13;
du Vatican, Segreteria di Stato, Lettere di vescovi, vol. 59, fos 119r-120v&#13;
Bien que le destinataire ne soit pas mentionné dans cette lettre, on déduit par le&#13;
contexte qu’elle fut écrite au nonce apostolique de Paris, Mgr Francesco Nerli.&#13;
&#13;
J’avais prié ce matin M. Castel 148 de vouloir recevoir 3 000 livres, qui sont&#13;
1 000 écus, et de les remettre ensuite entre les mains de qui vous auriez&#13;
agréable. Il a été ce matin pour avoir l’honneur de vous voir, mais il ne vous&#13;
a pas rencontré. Il a témoigné à M. votre auditeur que je n’ai que 1 000 écus,&#13;
c’est-à-dire 3 000 francs de notre monnaie de France. C’est ce que j’ai&#13;
toujours compris, ne sachant pas même la différence de la valeur de&#13;
monnaie lorsque M. Castel me l’a fait connaître aujourd’hui. Je vous prie,&#13;
&#13;
148&#13;
NDLR : L’abbé Charles Irénée Castel de Saint-Pierre (1658-1743) fut éduqué par les Jésuites et&#13;
entra à l’Académie française en 1695.&#13;
&#13;
- 236 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-38&#13;
&#13;
Monseigneur, si l’on faisait quelque difficulté en Cour de Rome sur ce point,&#13;
de vouloir employer votre autorité et crédit afin que je puisse avoir&#13;
l’expédition de mes bulles pour cette somme, n’ayant rien à espérer de la&#13;
Cour de France dans les conjonctures fâcheuses de la guerre 149.&#13;
J’ai été obligé d’emprunter cette somme de deux personnes, [ce] qui est à&#13;
vrai dire, eu égard à l’état de mes affaires et des grandes charges que j’ai à&#13;
porter pour le soutien de mon Église, faire l’impossible et au-dessus de mes&#13;
forces ; mais je suis bien aise d’avoir cette consolation de n’avoir rien omis&#13;
de ma part pour me donner le moyen de retourner ce printemps-ci à mon&#13;
Église, qui souffre de mon absence et si longue. J’espère de votre bonté que&#13;
vous écrirez si fortement à Sa Sainteté, à Son Éminence cardinal Altieri et à&#13;
Leurs Éminences cardinalices de la Congrégation de la consistoriale qu’ils&#13;
accorderont cette grâce à cette somme pour toute chose. Du moins, je puis&#13;
assurer que c’est tout l’effort que je puis faire et duquel même je demeurerai&#13;
incommodé à la suite. Que si absolument l’on exige une plus grande&#13;
somme, vous pourriez avoir la bonté de donner l’ouverture de la prendre&#13;
sur les fonds que la Sacrée congrégation de la Propagande a entre les mains&#13;
et que vous m’avez fait la grâce de me proposer pour commencer quelque&#13;
établissement qui puisse servir de subsistance aux ecclésiastiques qui feront&#13;
les fonctions de chanoines dans mon église de Québec ; pour laquelle affaire&#13;
je vous supplie de vouloir continuer vos soins auprès de Leurs Éminences&#13;
de la Congrégation de la propagande de la foi.&#13;
Il y a seulement à observer qu’il est beaucoup plus à la gloire de Dieu et&#13;
plus utile pour l’état de l’Église du Canada que l’évêque puisse changer et&#13;
disposer de ses ecclésiastiques dans lesdites fonctions, ainsi qu’il le jugera&#13;
à propos et nécessaire pour le bien de son Église, ainsi que Sa Sainteté me&#13;
l’a déjà accordé par un bref pour les fonctions curiales, pour raison du besoin que l’évêque aura toujours de missionnaires et d’ouvriers qui soient&#13;
amovibles ad nutum 150 et d’en envoyer à la place de ceux que l’on jugerait&#13;
plus propres pour des fonctions plus sédentaires. Je prends bien de la li149&#13;
150&#13;
&#13;
NDLR : Guerre de Hollande (1672-1678) entre la France, ses alliés et la Quadruple-Alliance.&#13;
NDLR : immédiatement.&#13;
- 237 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-38&#13;
&#13;
berté, mais je connais votre bonté et votre zèle pour les œuvres de piété.&#13;
Vous aurez part en celui-ci aux bénédictions d’une Église naissante et je serai toujours avec bien du respect, Monseigneur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
À Paris, ce 12 jeudi après-midi 1673&#13;
&#13;
DOC. XXIII-F. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (1673)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-F&#13;
Lettre aux cardinaux de la Propagande, 1673&#13;
NDLR : Nous connaissons l’existence de cette lettre par sa mention par le nonce&#13;
à Paris, Mgr Francesco Nerli, dans sa lettre à la Propagande du 13 juin 1673. Il y&#13;
affirme que Mgr de Laval promet de payer 3 000 livres pour ses bulles.&#13;
&#13;
DOC. XXIII-G. LETTRE DE LAVAL À LA CONSISTORIALE ([30 MARS 1674])&#13;
Doc. XXIII-G&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la consistoriale, 30 mars&#13;
1674, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican,&#13;
Segreteria di Stato, Francia, vol. 426, fos 281r-283r&#13;
&#13;
NDLR : Le Serviteur de Dieu se défend des accusations portées contre lui par les&#13;
religieux de l’abbaye de l’Estrée. Il espère que la Congrégation réglera en sa faveur, mais il se soumettra à sa décision. Cette lettre est reproduite au Doc. XLVB-4.&#13;
&#13;
- 238 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-39&#13;
&#13;
DOC. XXIII-39. LETTRE DE LAVAL À ALTIERI (8 FÉVRIER 1675)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-39&#13;
Lettre au cardinal Altieri, préfet de la Propagande, 8 février 1675, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di Stato,&#13;
Lettere di vescovi, vol. 61, fo 26&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Mgr éminentissime,&#13;
Je peux à peine exprimer à Votre Éminence quelles furent ma stupeur et ma&#13;
douleur lorsque j’appris que Son Éminentissime cardinal dataire diffère de&#13;
jour en jour et refuse en quelque manière l’expédition des bulles de l’évêché&#13;
de Québec, après que j’eus été nommé dans un double consistoire et assuré&#13;
par Son Éminentissime cardinal Nerli, alors qu’il était nonce chez nous, que&#13;
la chancellerie romaine se contenterait pour ses frais de 1 000 écus, en considération de Votre Éminence ; d’où il me semble étonnant que cette somme&#13;
d’argent soit maintenant considérée comme trop modeste et que ce serait ce&#13;
pourquoi les bulles ne seraient pas expédiées.&#13;
Assurément, comme je suis absent de l’Église canadienne depuis plus de&#13;
trois ans et que je songe à y retourner dans quelques mois, cet état de mes&#13;
affaires m’apporte d’autant plus de tristesse que je ne puisse recevoir ni&#13;
consolation ni conseil.&#13;
Que faire, en effet, dans une telle situation d’angoisse ? Attendre encore une&#13;
année en France, comme s’il était permis d’espérer quelque chose de plus&#13;
de la curie romaine alors qu’entre-temps, l’Église de la Nouvelle-France&#13;
s’en va à la ruine, faute d’un pasteur ? Ou encore retourner sans bulles dans&#13;
cette région, où, privé d’autorité, je serais soumis au mépris et à la témérité&#13;
de tous et à la moquerie des autorités ? Comment puis-je maintenant exposer davantage au Saint-Siège mon indigence et les dettes contractées de jour&#13;
en jour à Paris ? J’ai exposé tant de fois ce qu’il en est que j’en suis las. Si&#13;
Son Éminentissime cardinal dataire connaît la grâce qui m’a été accordée,&#13;
ainsi qu’à mon Église, et qu’à Rome on est satisfait de l’effort que j’ai fait&#13;
pour transmettre au moins 1 000 écus, il y a 18 mois, auxquels par après&#13;
- 239 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-39&#13;
&#13;
Son Éminentissime cardinal Francesco Barberini a beaucoup ajouté en guise&#13;
de supplément, en raison de sa générosité, il se produit [alors] pour mon&#13;
malheur que, jusqu’à un certain point, la curie romaine se repent de son&#13;
obligeance, alors que les dons de Dieu sont sans repentir 151.&#13;
Certes, si quelque argent supplémentaire est exigé, je n’y peux rien du tout.&#13;
Dieu sait combien je suis pressé par le désir de revenir dans mon Église,&#13;
même si je ne dois y attendre que d’immenses labeurs ; cependant, je n’en&#13;
crains rien ni ne tiens mon âme plus précieuse que moi-même, pourvu que&#13;
j’achève ma course et le ministère de la parole que j’ai reçu du Seigneur&#13;
Jésus. Mais, face à de tels obstacles, le seul fait qui me retienne, c’est que je&#13;
crains que la divine Providence, par les décrets de laquelle toutes choses se&#13;
produisent, ne m’avertisse sans rien dire que je suis indigne de l’épiscopat&#13;
canadien et qu’elle réserve cette gloire pour quelqu’un d’autre. Je prie néanmoins, encore et encore, Votre Éminence de daigner se souvenir depuis&#13;
combien de temps déjà elle m’a promis que rien de plus ne serait exigé de&#13;
moi que 1 000 écus, assurément à cause de la faiblesse de l’Église naissante&#13;
en ces parties du monde, qui sont vraiment des plus dures. Je demande, en&#13;
raison de sa sagesse, que Votre Éminence rappelle cela à Son Éminentissime&#13;
cardinal dataire. Si toutefois je n’obtenais rien par mes très humbles&#13;
supplications, je demande enfin cette dernière chose : que je sache au plus&#13;
vite ce que le Saint-Siège veut qu’il advienne de moi, ce qu’il me faut faire&#13;
et par quels moyens je pourrai accomplir ce qu’il aura ordonné. Je vous écris&#13;
cela avec le plus grand respect et la plus grande humilité, Mgr éminentissime. De Votre Éminence,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
À Paris, le 8 février 1675&#13;
&#13;
151&#13;
&#13;
NDT: Cf. Romains 11:29.&#13;
- 240 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-41&#13;
&#13;
Doc. XXIII-40&#13;
Lettre aux cardinaux de la Propagande, 13 novembre 1675&#13;
Voir p. 244&#13;
DOC. XXIII-41. LETTRE DE LAVAL À SPADA (5 NOVEMBRE 1675)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-41&#13;
Lettre au cardinal Spada, 5 novembre 1675, d’après une copie moderne&#13;
conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 41bis&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
L’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval : premier évêque de Québec et apôtre du&#13;
Canada, 1622-1708, 1890, vol. 2, p. 16-18) fournit une traduction française de&#13;
cette lettre du Serviteur de Dieu au cardinal Spada et, en référence, indique un&#13;
dépôt d’archives ayant appartenu à l’abbé Verreau de Montréal et maintenant&#13;
passé dans le Fonds d’archives du Séminaire de Québec.&#13;
Dans cette lettre, Mgr de Laval félicite le cardinal pour sa récente élévation à la&#13;
pourpre, le prie de continuer ses attentions pour l’Église de Québec et le supplie&#13;
de lui obtenir l’union de la mense monastique de l’abbaye de Méobecq avec son&#13;
évêché, ce qui lui procurera les moyens nécessaires pour la fondation du chapitre&#13;
de sa cathédrale. Il termine en lui demandant des reliques de saints martyrs.&#13;
&#13;
À mon départ de la France pour le Canada, on m’a remis vos lettres, par lesquelles&#13;
j’ai appris avec une joie inexprimable l’entrée de Votre Éminence dans le sacré&#13;
collège. Je vous félicite d’autant plus volontiers de la haute dignité à laquelle vous&#13;
avez été élevé, que je vous en sais plus digne. Tout vous désignait aux honneurs de&#13;
la pourpre : la noblesse de vos ancêtres, la dignité de votre caractère, votre esprit&#13;
élevé, votre science, votre vertu éprouvée, non moins que les services signalés que&#13;
vous avez déjà rendus à l’Église universelle.&#13;
Aussi, à peine ai-je touché le sol de la Nouvelle-France — je suis arrivé&#13;
heureusement, après une traversée d’un peu plus de deux mois — que je&#13;
m’empresse de féliciter Votre Éminence sur sa promotion au cardinalat. Jamais,&#13;
tant que je vivrai, je ne pourrai oublier ce que le nouveau monde doit à&#13;
Votre Éminence, ce que lui doit le monde entier.&#13;
Maintenant que vous êtes cardinal, continuez de protéger et de réchauffer, pour&#13;
ainsi dire, dans votre sein cette jeune Église, dont vous avez accueilli la naissance&#13;
&#13;
- 241 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-41&#13;
&#13;
avec tant de faveur. Vous vous êtes occupé de lui procurer un chef, un évêque152 :&#13;
veuillez maintenant lui donner un corps, je veux dire, procurez à cet évêque un&#13;
corps de chanoines.&#13;
Plus je réfléchis, plus je regarde de toutes parts, je ne vois qu’un moyen de fonder&#13;
ici un chapitre : ce serait d’affecter au soutien des chanoines la mense monacale&#13;
de mon abbaye de Méobecq. Prenez donc cette affaire en mains et, pour la faire&#13;
réussir, usez de toute votre influence auprès de Sa Sainteté, à laquelle, je le sais,&#13;
vous êtes très agréable. Je supplie en outre Votre Éminence, pour l’amour qu’elle&#13;
nous porte, de prendre en mains les intérêts de cette Église en général et de nous&#13;
traiter comme ses enfants.&#13;
Il y a dans notre diocèse un bon nombre d’églises. Pour promouvoir la piété des&#13;
fidèles, obtenez-nous donc de Sa Sainteté des reliques, des corps de saints martyrs,&#13;
que nous puissions exposer à leur vénération. Ces martyrs seront pour nous autant&#13;
de témoins de votre bienveillance, autant d’avocats que nous aurons dans le ciel.&#13;
Je ne puis assez, Éminence, me recommander à vos saints sacrifices. De mon côté,&#13;
je ne cesserai de penser à vous dans mes prières. Portez-vous bien et vivez&#13;
longtemps.&#13;
&#13;
152&#13;
NDLR : L’abbé Gosselin inclut cette note : « Le nonce Spada s’était employé pour hâter&#13;
l’expédition des bulles de l’évêché de Québec. »&#13;
&#13;
- 242 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-40&#13;
&#13;
DOC. XXIII-40. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (13 NOVEMBRE 1675)&#13;
Doc. XXIII-40&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
13 novembre 1675, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 457, fos 179-180&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Il fait un rapport général sur le bon déroulement des choses dans le diocèse,&#13;
demande le renouvellement de ses privilèges concédés auparavant et prie qu’on&#13;
lui envoie des reliques de saints martyrs.&#13;
&#13;
À Leurs Éminences cardinalices de la Sacrée congrégation de la propagande de la&#13;
foi,&#13;
Je vois que l’Église canadienne et moi-même vous devons beaucoup,&#13;
Mgrs Éminentissimes ; mais si je ne puis [vous] apporter davantage de choses, je&#13;
voudrais au moins m’en rapporter à la Puissance Suprême, et je prie pour que le&#13;
siège épiscopal, érigé ici pour moi par vos soins, soit éternel et qu’il brille comme&#13;
les étoiles parmi les habitants du ciel vêtus de pourpre 153.&#13;
Certes, si le visage que l’on désire pour cette Église que vous m’avez attribuée a&#13;
grandement augmenté et enflammé notre volonté, il en est de même pour la&#13;
colonie, qui a grandi, en premier lieu par la faveur du Roi Très Chrétien ; de même&#13;
que pour la piété, qui s’est révélée dans toute sa force grâce aux ministres des&#13;
sacrements ; de même que pour notre Séminaire, qui est très fréquenté, a fleuri&#13;
par la probité des mœurs et par une formation exacte dans tous les aspects de la&#13;
religion et des rites sacrés ; de même, enfin, que pour la parole de Dieu et la foi, qui&#13;
se sont disséminées ici si largement et si abondamment et qui se sont propagées&#13;
avec tant de fruits par les pères de la Compagnie de Jésus, jusqu’à 600 lieues d’ici,&#13;
par leur zèle habituel, efficace et infatigable, et il ne paraît pas possible d’ajouter&#13;
ou de souhaiter rien de plus à nos espoirs pour cette Église en plein&#13;
épanouissement.&#13;
Puissé-je assurer Vos Éminences chaque année des progrès de tous pour qu’elles&#13;
constatent le fruit de leur service auprès de nous et qu’elles nous aident toujours&#13;
par leurs bonnes grâces et par leur appui auprès de Dieu ! Cependant, il m’apparaît&#13;
153&#13;
&#13;
NDT : C’est-à-dire, les martyrs.&#13;
- 243 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-40&#13;
&#13;
nécessaire que les facultés que vous m’avez concédées à titre d’évêque de Pétrée&#13;
et de vicaire apostolique le soient pareillement à titre d’évêque de Québec. Voilà&#13;
pourquoi je demande, encore et encore, que cesdites facultés soient prorogées en&#13;
ma faveur, à ce titre ou sous quelque autre titre qu’il semblera pertinent.&#13;
À cette faveur, je demande d’en ajouter une autre, je vous en prie, afin que rien ne&#13;
manque à la beauté et à la protection des nouvelles églises à construire, dont cette&#13;
nouvelle région requiert en grand nombre, à savoir quelques corps sacrés de&#13;
martyrs ou d’autres reliques de saints, en l’honneur desquels nos maisons seront&#13;
nommées, par lesquels elles seront défendues et auxquels elles se&#13;
recommanderont. Espérant [recevoir] tout cela par une faveur singulière de votre&#13;
part à notre égard et à l’égard de cette Église naissante, nous demandons le salut&#13;
pour vous pour de nombreuses années. De Vos Éminences,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur et frère dans le Christ,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
À Québec, dans notre palais épiscopal, 1675&#13;
&#13;
- 244 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-42&#13;
&#13;
DOC. XXIII-42. LETTRE DE LAVAL À CLÉMENT X (13 NOVEMBRE 1675)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-42&#13;
Lettre au souverain pontife Clément X, 13 novembre 1675, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di Stato, Lettere di&#13;
vescovi, vol. 61, fos 292r-293r&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Dès 1662, le roi Louis XIV avait personnellement concédé à Mgr de Laval les&#13;
revenus de la mense abbatiale de Méobecq (diocèse de Bourges), dont il fut&#13;
nommé abbé commendataire par la suite. La bulle d’érection du diocèse de&#13;
Québec (1er octobre 1674) confirmait cette nomination et précisait aussi que les&#13;
revenus de la mense abbatiale serviraient pour l’érection du chapitre de la&#13;
cathédrale. Comme ces revenus étaient insuffisants au maintien du chapitre, le&#13;
Serviteur de Dieu demanda plusieurs fois au Saint-Siège qu’on lui attribue aussi&#13;
les revenus de la mense monastique de la même abbaye. (Cf. Gosselin,&#13;
Le vénérable François de Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec,&#13;
2e édition, Québec, 1923, p. 237-239 154.)&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
Ce n’est pas avant d’avoir reçu les bulles de Votre Sainteté, par lesquelles&#13;
elle a daigné créer un nouveau diocèse en Nouvelle-France et ériger pour&#13;
moi le siège épiscopal de Québec, que j’ai entrepris de retourner auprès de&#13;
la très chère épouse 155, qui m’a été accordée par le pieux désir de Votre&#13;
Sainteté, très agréable pour moi, et je n’ai eu de cesse [de le désirer] jusqu’à&#13;
ce que j’y aborde, sain et sauf, grâce à votre bénédiction paternelle et à la&#13;
faveur du nom du Christ. Voilà pourquoi il convient désormais non&#13;
seulement de rendre louanges et grâces immortelles à Votre Sainteté pour&#13;
ce bienfait immortel qu’elle a accordé, à moi en particulier, ainsi qu’à toute&#13;
cette région, mais aussi de me réjouir avec elle de la pépinière&#13;
magnifiquement pourvue pour tous les services de la piété et des rites&#13;
sacrés que j’ai trouvés ici et des fruits non négligeables que les pères de la&#13;
Compagnie de Jésus rapportent ici de leurs difficiles et laborieuses&#13;
missions, par leur infatigable zèle habituel, et auxquels je comprends que&#13;
&#13;
NDLR : L’histoire très complexe des abbayes dont Mgr de Laval était abbé commendataire a été&#13;
aussi bien expliquée par Noël Baillargeon, Le Séminaire sous l’épiscopat de Mgr de Laval, 1972.&#13;
G.-É. Demers recensa aussi plusieurs lettres entre l’évêque et la Propagande dans l’Annexe.&#13;
155&#13;
NDLR : C’est-à-dire l’Église du Canada.&#13;
154&#13;
&#13;
- 245 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-42&#13;
&#13;
80 Barbares* doivent l’ouverture de la porte du Ciel par le baptême cette&#13;
année et auxquels l’Évangile doit sa propagation jusqu’à 600 lieues d’ici.&#13;
Un tel accroissement nous a aussi ranimé, car je vois la colonie naître et&#13;
progresser de jour en jour, surtout grâce au soin particulier et à la faveur&#13;
que lui manifeste le roi, par laquelle, si Votre Sainteté continue d’y ajouter&#13;
sa faveur, cette nouvelle Église ne pourra rien faire d’autre que de croître&#13;
plus facilement et de fleurir plus heureusement, à la louange de Votre&#13;
Sainteté et sous sa protection ; et cela d’autant plus si elle nous accorde&#13;
quelques corps sacrés des saints pour l’ornement et la protection des saintes&#13;
églises qui doivent être construites, comme l’exige ce nouveau monde, et si&#13;
aussi, par cette même volonté bienveillante qui a présidé à l’établissement&#13;
pour nous de ce siège épiscopal, elle daigne pareillement ériger un&#13;
chapitre ; ce que je considère comme tout à fait nécessaire et ce qui&#13;
n’apparaît pas pouvoir être fondé d’une manière plus facile que celle-ci. De&#13;
la même manière que [la mense abbatiale de] l’abbaye de Méobecq fut&#13;
supprimée et unie à l’évêché de Québec, [je demande] que sa mense&#13;
conventuelle soit pareillement supprimée et unie au chapitre qui doit être&#13;
érigé. Puisque cela dépend tout à fait de l’accord et du bon plaisir de Votre&#13;
Sainteté et qu’il ne semble manquer rien d’autre pour son éternelle&#13;
glorification en ce nouveau monde, ainsi nous le demandons aussi&#13;
instamment et espérons sa singulière bienveillance à notre égard et pour&#13;
cette sienne Église, en priant pour son salut pour de nombreuses années et&#13;
pour son bonheur éternel. Très Saint-Père, de Votre Sainteté,&#13;
Le très humble, très obéissant et très respectueux serviteur et fils dans le&#13;
Christ,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
À Québec, dans notre palais épiscopal, aux ides de novembre, en l’année 1675 du salut assuré par le Christ&#13;
&#13;
- 246 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-43&#13;
&#13;
DOC. XXIII-43. LETTRE DE LAVAL À NERLI (1675)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-43&#13;
Lettre au cardinal Nerli , 1675, d’après une copie conservée aux Archives de&#13;
l’archidiocèse de Québec, dans le registre Copies de lettres, vol. 1, p. 169&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
156&#13;
&#13;
Le Serviteur de Dieu remercie le cardinal Nerli pour son influence dans l’obtention de l’érection du diocèse de Québec et lui demande d’aussi obtenir l’union de&#13;
l’abbaye de l’Estrée à son diocèse.&#13;
&#13;
Ce n’est pas avant qu’un siège épiscopal n’ait été établi pour moi à Québec, par le&#13;
soin et la faveur de Votre Éminence, que j’ai abordé [à Québec] pour l’occuper en&#13;
vue du bienfait de mes Indigènes*, selon le vœu de Sa Sainteté, et ce n’est pas&#13;
avant d’avoir vu de mes yeux le fruit de vos pieux offices envers moi et toute cette&#13;
Église, que j’ai pensé à louer Votre Éminence et à lui rendre grâce ; et je ne vois&#13;
personne à qui je serais davantage débiteur en cette affaire que Votre Éminence.&#13;
C’est pourquoi il n’y aura ici aucun autre nom qui sera plus illustre que le vôtre, ni&#13;
un souvenir plus doux et agréable que le vôtre. Aussi, je voudrais en devoir plus à&#13;
Votre Éminence, ainsi qu’au Siège [apostolique], qui s’empresse avec zèle pour&#13;
nous, pour le chapitre, dont nous voyons clairement qui manque à la beauté et à la&#13;
dignité de cette Église, et c’est en ce sens que je [vous] prie.&#13;
Et la mense conventuelle (qui subsiste, provenant de l’abbaye de Méobecq,&#13;
supprimée et unie à notre siège [épiscopal]) montre la nécessité, en même temps&#13;
que l’opportunité, qu’elle soit pareillement supprimée et ajoutée au chapitre à&#13;
fonder pour que [Votre Éminence] puisse toujours se réjouir que cette œuvre ait&#13;
été achevée et que les fondements de l’un et l’autre aient été posés tant par sa&#13;
peine que par sa grâce. Il reste à dépenser 10 000 livres et celles qui proviennent&#13;
de revenus antérieurs, le reste étant laissé à la providence de Sa Sainteté, qui&#13;
pourront, une fois pourvues à la fondation du chapitre, être employées de la façon&#13;
la plus convenable pour l’institution de quelques dignités. Je confie toute cette&#13;
affaire, en même temps que toutes nos autres, à la bienveillance singulière de&#13;
Votre Éminence à notre endroit et à l’égard de notre Église, et désirant par-dessus&#13;
tout me recommander à lui, avec mon troupeau et les Barbares* qui doivent nous&#13;
être associés. J’implore pour elle la santé pour de nombreuses années et, par la&#13;
suite, le bonheur éternel.&#13;
À Québec, de notre palais épiscopal&#13;
156&#13;
NDT : Il y a plusieurs différences entre la copie imprimée de cette lettre et la copie manuscrite,&#13;
ce qui en rend la traduction incertaine.&#13;
&#13;
- 247 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-H&#13;
&#13;
DOC. XXIII-H. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE ([1675])&#13;
&#13;
Doc. XXIII-H&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la Propagande, 1675,&#13;
d’après une traduction italienne conservée aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Scritture originali riferite nelle congregazioni generali,&#13;
vol. 458, fos 186-187&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Mgrs éminentissimes et révérendissimes,&#13;
Vos Éminences sont humblement priées par l’évêque de Québec de lui accorder la&#13;
grâce de demander au Saint-Père le jubilé de l’année sainte, tant pour lui que pour&#13;
les fidèles de son diocèse, puisqu’il est tout à fait impossible pour eux de venir à&#13;
Rome pour ce saint jubilé. Que Dieu [vous ait en sa sainte garde.]&#13;
[Au dos :] Mgrs éminentissimes, daignez obtenir de la Sacrée congrégation des&#13;
indulgences le jubilé demandé.&#13;
DOC. XXIII-44. LETTRE DE LAVAL À LA PROPAGANDE (15 OCTOBRE 1676)&#13;
Doc. XXIII-44&#13;
Lettre aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la propagande,&#13;
15 octobre 1676, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du&#13;
Vatican, Propagande, Congressi (America Settentrionale), vol. 1, fos 45-46&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Lettre de remerciement de Mgr de Laval pour le renouvellement de ses facultés&#13;
spéciales et pour plusieurs reliques de saints martyrs.&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes,&#13;
Nous savons que nous vous devons beaucoup plus que ce que nous pouvons même&#13;
rapporter ou exprimer pour votre soin, votre amour et votre bienveillance envers&#13;
nous et envers cette Église naissante. C’est pourquoi nous préférons nous avouer&#13;
inférieur à vos bienfaits, plutôt que de vouloir y paraître presque à égalité, sans&#13;
aucune autre action de notre part que la perpétuelle recommandation de&#13;
Vos Éminences auprès de Dieu ; ce qui exige ici le service d’un esprit reconnaissant&#13;
et pousse non seulement à user de vos bienfaits, mais encore [à en porter] les fruits&#13;
avec empressement ; car nous nous comportons de manière à nous réjouir que&#13;
cette province, que vous avez voulu me confier, qui est marquée par votre amour&#13;
et votre faveur, s’épanouisse partout, surtout grâce à la bienveillance de nos&#13;
- 248 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-44&#13;
&#13;
missionnaires, tant du clergé que de la Compagnie de Jésus, qu’elle s’étende même&#13;
chez les Barbares* grâce à leur zèle laborieux et infatigable, et qu’elle soit affermie&#13;
par l’espérance [suscitée] par les élèves de notre Séminaire, qui sont formés à tous&#13;
genres de piété et de science.&#13;
Alors que je dois attribuer cela aux vœux et à la volonté de Vos Éminences, il est&#13;
suffisamment évident que nous sommes [tout autant] poussé à invoquer la&#13;
puissance divine à notre secours. Cela couronne vos bienfaits à notre égard, mais&#13;
surtout ceux que vous avez ajoutés dernièrement, lorsqu’il vous a plu de nous&#13;
renouveler nos privilèges apostoliques, comme nous l’avions demandé, et&#13;
d’envoyer des reliques des saints martyrs pour la protection et la glorification des&#13;
églises, que nous prévoyons multiplier chaque année, avec l’aide de Dieu et selon&#13;
vos vœux. Je voudrais que votre amour et votre protection soient continués à notre&#13;
endroit et pour notre Église et qu’ils dominent en toutes choses qui regardent la&#13;
gloire du don divin et le bien de notre Église, à ce point que votre souvenir doive&#13;
être à jamais conservé par nous et qu’avant toute chose, votre bienveillance soit&#13;
louée. Nous prions pour que la santé et le bien-être de Vos Éminences [soient&#13;
préservés] pour de nombreuses années.&#13;
Votre humble et obéissant serviteur,&#13;
François, premier évêque de Québec.&#13;
Québec, aux ides d’octobre de l’an du salut 1676.&#13;
&#13;
Doc. XXIII-45&#13;
Lettre au souverain pontife Innocent XI, 15 octobre 1677&#13;
Voir p. 251&#13;
&#13;
- 249 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-46&#13;
&#13;
DOC. XXIII-46. LETTRE DE LAVAL À CIBÒ (15 OCTOBRE 1676)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-46&#13;
Lettre au cardinal Cibò, secrétaire d’État à Rome, 15 octobre 1676, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande,&#13;
Congressi (America Settentrionale),&#13;
vol. 1, fos 47-48&#13;
NDLR : Mgr de Laval le remercie de leur bienveillance envers son Église et le&#13;
supplie de la continuer. Il le remercie plus spécialement d’avoir renouvelé ses&#13;
pouvoirs et de lui avoir envoyé des reliques des martyrs pour être déposées dans&#13;
les édifices sacrés de son diocèse, lesquels se multiplient d’année en année. Nous&#13;
n’avons pas de copie de ce document pour l’instant.&#13;
&#13;
DOC. XXIII-45. LETTRE DE LAVAL À INNOCENT XI (15 OCTOBRE 1677)&#13;
Doc. XXIII-45&#13;
Lettre au souverain pontife Innocent XI, 15 octobre 1677, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di Stato, Lettere di&#13;
vescovi, vol. 63, fos 633r-634v&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
Alors que le monde chrétien se réjouit de l’heureuse élévation de Votre&#13;
Sainteté [au pontificat], qu’il me soit permis de prendre part à cette joie, qui&#13;
a rempli les esprits de tous les êtres bons d’une très suave douceur. Bien&#13;
plus, j’estime avoir une raison particulière de me réjouir, alors que Dieu&#13;
Très Grand vous a choisi comme son vicaire sur la terre, vous en qui se&#13;
trouve, avec les qualités les plus grandes, un zèle si brûlant et un souci&#13;
particulier pour ceux qui se dépensent pour conduire à la foi chrétienne les&#13;
habitants de la Nouvelle-France.&#13;
De jour en jour, le nombre de ceux qui rejettent la barbarie et revêtent les&#13;
mœurs chrétiennes grandit et ils sont formés à toutes sortes de piété par le&#13;
labeur incroyable des missionnaires et par une peine qu’on ne saurait&#13;
regretter. Dans cette entreprise, les pères de la Compagnie de Jésus se&#13;
distinguent, dont le courage n’a pu jusqu’à maintenant être brisé ou&#13;
diminué par aucun danger et aucune épreuve.&#13;
- 250 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-45&#13;
&#13;
Votre Sainteté aurait déjà reconnu avec quel fruit ces peuples incultes ont&#13;
été civilisés si les lettres que j’avais écrites à Clément X, de bienheureuse&#13;
mémoire, s’étaient rendues. S’il vous plaît, j’informerai chaque année Votre&#13;
Sainteté de l’état le plus récent de cette jeune Église. Assurément,&#13;
j’entretiens l’espoir qu’en peu de temps elle connaîtra une grande&#13;
croissance si elle est soutenue par la paternelle affection de Votre Sainteté.&#13;
Que Dieu garde en santé un père si aimant pour de nombreuses années.&#13;
Tels sont les vœux publics et tels sont les vœux privés, tant des Français que&#13;
des Barbares*. C’est cela que je demande continuellement par des prières&#13;
instantes. De Votre Sainteté,&#13;
Le très humble et très obéissant fils,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
À Québec, en Nouvelle France, aux ides d’octobre 1677&#13;
&#13;
Doc. XXIII-46&#13;
Lettre au cardinal Cibò, secrétaire d’État à Rome, 15 octobre 1676&#13;
Voir p. 251&#13;
&#13;
- 251 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-45&#13;
&#13;
DOC. XXIII-47. LETTRE DE CIBÒ À LAVAL (30 MARS 1678)&#13;
Doc. XXIII-47&#13;
Réponse du cardinal Cibò au Serviteur de Dieu, 30 mars 1678, d’après l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture&#13;
riferite nei congressi Americo settentrionale, vol. 1, fo 49&#13;
&#13;
Mgr illustrissime et révérendissime 157,&#13;
Les félicitations de Mgr illustrissime pour l’honneur qui m’a été conféré 158, à ma&#13;
faiblesse, par le très généreux pontife, me sont parvenues et [m’ont été] très&#13;
agréables et joyeuses, non seulement parce qu’elles expriment votre sentiment très&#13;
affectueux et votre bonté à mon égard, mais aussi parce qu’elles m’apportent&#13;
l’annonce très désirée de l’heureux accroissement que cette nouvelle et sainte&#13;
vigne du Christ a reçu par vos mains, arrosée de jour en jour par vos sueurs.&#13;
Combien cela a rempli Sa Sainteté de contentement et de consolation !&#13;
Mgr illustrissime l’apprendra facilement par le bref apostolique ci-joint [et le]&#13;
connaîtra même de manière plus certaine par les occasions qui s’offrent à&#13;
l’expression de la bonté pontificale.&#13;
Mgr illustrissime ne manquera de rien de ma peine et de mon travail, lorsque je&#13;
saurai que je puis lui être utile, ainsi qu’aux intérêts de l’Église de Québec et à la&#13;
propagation de la foi catholique. Je me réjouis vivement que les pères jésuites vous&#13;
prêtent assistance dans la charge apostolique en s’empressant avec une application&#13;
et un zèle remarquables, bien que cela soit habituel pour eux et selon la coutume&#13;
de [ce] très saint ordre, lesquels donnent des fruits grands et abondants pour&#13;
l’Église catholique.&#13;
Entre-temps, je souhaite que toutes choses soient heureuses et favorables pour&#13;
vous, Mgr illustrissime, avec une prospérité durable et l’ajout constant de&#13;
nouveaux serviteurs. De Mgr illustrissime,&#13;
Le serviteur,&#13;
A. Cardinal Cibò.&#13;
Rome, le 30 mars 1678&#13;
157&#13;
158&#13;
&#13;
Littéralement : Illustrissime et révérendissime Seigneurie&#13;
C’est-à-dire, son cardinalat&#13;
- 252 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-48&#13;
&#13;
DOC. XXIII-48. LETTRE DE LAVAL À INNOCENT XI (13 NOVEMBRE 1678)&#13;
Doc. XXIII-48&#13;
Lettre au souverain pontife Innocent XI, 13 novembre 1678, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican. Propagande,&#13;
Congressi (America Settentrionale), vol. 1, fos 51-54&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Le Serviteur de Dieu demande au pape de ratifier l’union qu’il avait faite entre la&#13;
paroisse de Québec et le Séminaire de Québec. La bulle d’érection du diocèse de&#13;
Québec (1er octobre 1674) avait supprimé la paroisse et avait confié le soin des&#13;
âmes au Serviteur de Dieu. Ce dernier devait pourvoir à la paroisse, soit par le&#13;
chapitre, soit par le moyen qu’il jugeait le plus approprié, comme le dit la bulle.&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
Depuis le moment où je suis parti vers les colonies françaises, qui sont&#13;
établies dans la province canadienne, par un mandat du Siège apostolique,&#13;
toute l’affaire s’est heureusement passée, Dieu aidant, au point où les&#13;
Français conservent la foi ancestrale et les Barbares* passent au culte du&#13;
Dieu Très Grand et sont plus nombreux de jour en jour. Mais en réalité, Très&#13;
Saint-Père, j’ai besoin de votre autorité pour établir plus fermement la&#13;
position de la religion : que vous confirmiez par votre assentiment ce qui a&#13;
été fait et que vous prescriviez, dans votre sagesse et votre prudence, ce qui&#13;
doit être fait pour la suite. Comme le troupeau de Dieu s’accroît, j’ai estimé&#13;
de mon devoir, à l’exemple des apôtres, d’établir des prêtres dans différents&#13;
lieux, qui auraient en titre le soin des âmes, afin que le pasteur connaisse&#13;
ses brebis et que les brebis, entendant de plus près la voix de leur pasteur,&#13;
s’habituent plus facilement à la discipline du salut. Je me suis appliqué à&#13;
cette tâche d’autant plus consciencieusement que le Roi Très Chrétien m’a&#13;
signifié plus d’une fois que cela lui serait très agréable et que tous les&#13;
peuples appelaient très vivement, de leurs vœux et de leurs prières&#13;
communes, une telle consolation pour leurs âmes.&#13;
La dévotion envers le Siège apostolique et le respect unique qui lui sont dus&#13;
ont occasionné cette première création de paroisses dans le diocèse de&#13;
Québec, au point où je la vouerai et la consacrerai à Votre Sainteté comme&#13;
&#13;
- 253 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-48&#13;
&#13;
les premiers et les principaux fruits de nos labeurs ; mais l’amour de la&#13;
discipline ecclésiastique me pousse à prier instamment Votre Sainteté de&#13;
tenir ladite création pour ratifiée et de la renforcer par un bref. Car jamais&#13;
rien ne fut pour moi plus approprié pour jeter les bases de l’Église de&#13;
Québec que d’affermir ainsi, correctement et solidement, toutes choses de&#13;
manière qu’elles ne puissent être détruites de quelque façon par le passage&#13;
du temps, surtout en ce qui concerne l’installation des curés paroissiaux,&#13;
qui collaborent avec l’évêque pour faire paître les brebis du Christ. Rien&#13;
n’est plus convenable que le fait qu’ils soient choisis par l’évêque et confiés&#13;
à son autorité pastorale. Il a donc été prévu que la recommandation [aux&#13;
bénéfices] des paroisses érigées, la présentation et le fait de conférer [des&#13;
bénéfices] de quelque genre que ce soit nous soient attribués de droit, ainsi&#13;
qu’à nos successeurs, à partir de tous les biens de l’Église, à savoir des&#13;
dîmes qui sont recueillies depuis l’année 1663.&#13;
Si toutefois il se trouvait dans l’avenir des lieux où il n’y aurait aucune dîme&#13;
ou si faibles qu’on ne pourrait subvenir grâce à celles-ci aux besoins des&#13;
ministres des églises, j’ai décidé, pour exciter le zèle des fidèles, comme les&#13;
saints canons le disent, qu’à ceux qui construiraient ou doteraient des&#13;
églises ne soient autrement concédés des droits de patronage. Pour le reste,&#13;
et ce que je pense ne sera pas désagréable à Votre Sainteté, pour que les&#13;
clercs qui sont formés à la discipline ecclésiastique puissent être instruits&#13;
plus facilement et plus commodément de ce qui relève de la charge&#13;
pastorale, j’ai confié au Séminaire des Nations 159 étrangères (fondé certes à&#13;
Paris, mais ayant aussi un siège fixe à Québec, auquel j’ai aussi confié le&#13;
séminaire épiscopal) la paroisse de Québec, qui doit être érigée sous le titre&#13;
de la bienheureuse Marie, et je l’y ai unie à perpétuité ; car on ne peut à&#13;
peine dire à quel point les prêtres du susdit Séminaire ont contribué au bien&#13;
et à l’édification de l’œuvre et du travail de notre Église.&#13;
Toutes ces choses, Très Saint-Père, je demande ardemment à Votre Sainteté&#13;
qu’elles soient confirmées par un décret propre pour que ce qui a été réalisé&#13;
par cette institution pour l’utilité de l’Église demeure fixe et approuvé et ne&#13;
159&#13;
&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : des Missions.&#13;
- 254 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-49&#13;
&#13;
puisse être modifié, ni par moi ni par aucun de mes successeurs. Vous&#13;
m’excuserez, comme je l’espère, Très Saint-Père, si je trouble Votre Sainteté,&#13;
retenue par ailleurs par tant d’affaires, par mes lettres peut-être trop&#13;
fréquentes, mais vers qui, pour des choses si graves, puis-je chercher refuge&#13;
sinon auprès du père très aimant et soucieux au plus haut point de la&#13;
discipline ecclésiastique ? Je prie donc Votre Sainteté pour que, par la même&#13;
bienveillance dont elle nous a accompagné jusqu’à maintenant, elle nous&#13;
protège, nous et nos entreprises, et que, par sa bénédiction apostolique, elle&#13;
rende nos labeurs plus agréables et plus féconds. Très Saint-Père,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur et fils,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
À Québec, aux ides de novembre 1678&#13;
DOC. XXIII-49. LETTRE DE LAVAL À INNOCENT XI (27 JANVIER 1679)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-49&#13;
Lettre au souverain pontife Innocent XI, 27 janvier 1679, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Sacra Congregatio&#13;
Consistorialis, Acta congregationis consistorialis,&#13;
vol. 1678-1679, t. 1, fos 506r-509r&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
NDLR : L’abbé Demers avait initialement indiqué : « Nous ne connaissons cette&#13;
lettre que par la réponse du souverain pontife du 1 mars 1679 (Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Segreteria di Stato, Francia, vol. 327, fo 89) dans laquelle&#13;
le pape se réjouit des bonnes nouvelles au sujet des progrès religieux du diocèse&#13;
et l’assure que la question de l’union de l’abbaye de Méobecq et de l’Estrée à&#13;
l’évêché de Québec sera examinée avec attention ». Lorsqu’il l’a trouvée, il était&#13;
trop tard pour l’ajouter à la section XXIII et il l’a incluse en Annexe I, Doc. A-2.&#13;
Par souci de préserver l’ordre chronologique des textes souhaitée par l’abbé&#13;
Demers, nous la reproduisons ici.&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
Depuis les 20 ans que le Saint-Siège apostolique m’a préposé à l’Église&#13;
canadienne, il ne m’est rien arrivé qui ait mérité plus de gratitude que&#13;
lorsque j’ai compris, par les lettres qu’il m’adressait, que mes modestes&#13;
labeurs dans cette région à défricher avaient été reçus avec reconnaissance.&#13;
&#13;
- 255 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-49&#13;
&#13;
Cependant, comme je m’apprêtais à écrire à Votre Sainteté pour l’informer&#13;
de ce qui se passe ici, à Québec, et combien le progrès de la chrétienté est&#13;
heureux, il m’a fallu passer par la France pour traiter avec le Roi Très&#13;
Chrétien de choses très graves et qui sont d’une grande importance pour&#13;
protéger et promouvoir la foi chrétienne sur ces rivages. Après 31 jours de&#13;
voyage maritime, j’ai atteint la France, d’où j’ai le projet de revenir à Québec&#13;
au mois de mai prochain. Entre-temps, lorsque je suis arrivé à Paris, j’ai&#13;
appris avec une grande joie de ceux qui s’occupent à cet endroit des affaires&#13;
de Québec, avec quel soin et avec quelle volonté Votre Sainteté se penche&#13;
sur tout ce qui peut rehausser et agrandir cette Église, sujets auxquels elle a&#13;
elle-même trouvé opportun de m’écrire. Elle a suffisamment compris à quel&#13;
point nous avons besoin d’un chapitre qui puisse venir prendre part à&#13;
[notre] labeur et s’empresser avec nous à cette œuvre commune. Cela est&#13;
assurément la seule chose, surtout, qui nous est recommandée, dans ces&#13;
lettres et ces bulles qui ont institué l’Église de Québec, et dont notre Église&#13;
ne peut absolument pas se passer.&#13;
Voilà pourquoi nous avons pensé que nous ne pouvions faire rien de plus&#13;
agréable à Votre Sainteté que si, avant de quitter Québec, nous travaillions&#13;
à instituer ce chapitre. Nous avons ordonné que celui-ci soit constitué de&#13;
quatre dignités principales, de douze chanoines et de quatre vicaires. Pour&#13;
entretenir et soutenir ceux-ci, un revenu annuel assuré est nécessaire. Il ne&#13;
peut être tiré de façon plus appropriée qu’en y unissant la mense abbatiale&#13;
de l’abbaye de Méobecq, déjà abolie et dont les revenus annuels ne suffisent&#13;
pas pour cela, et celle d’une autre abbaye, qu’on appelle de l’Estrée, donnée&#13;
par le roi à cette fin. Je demande à Votre Sainteté, encore et encore, de&#13;
vouloir concéder l’union de cette abbaye de l’Estrée à l’évêché de Québec,&#13;
que le Roi Très Chrétien s’est occupé à demander, et de consacrer l’union&#13;
de ces deux menses abbatiales au soutien du chapitre de Québec.&#13;
Enfin, nous avons installé des curés fixes et des recteurs dans tous les lieux&#13;
dans lesquels le soin des fidèles peut être assuré selon l’usage et la pratique&#13;
de l’Église, dans la mesure où nous enverrions des prêtres de notre&#13;
Séminaire dans ces lieux de façon temporaire pour y administrer la&#13;
- 256 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-49&#13;
&#13;
chrétienté. Ce serait avant tout le Séminaire, que nous avons érigé à Québec&#13;
il y a trois ans, qui contribuerait à cela. Comme celui-ci est grand et&#13;
accommodant, il peut accueillir un bon nombre de clercs afin qu’ils soient&#13;
instruits pour ces charges. Dans ledit Séminaire, une quarantaine de&#13;
garçons, que nous avons admis dès leur jeune âge, selon l’esprit du concile&#13;
de Trente, sont éduqués en vue de l’état ecclésiastique. Parmi ceux-ci,&#13;
plusieurs ont déjà reçu le sacerdoce, dont sept cette année d’ailleurs. Ils ont&#13;
été formés à toutes les disciplines classiques, à la philosophie et à la&#13;
théologie au collège des pères de la Compagnie de Jésus à Québec, lesquels&#13;
s’appliquent avec beaucoup d’énergie à l’éducation de la jeunesse et&#13;
continuent de travailler activement dans les missions, comme je l’ai écrit à&#13;
Votre Sainteté l’année dernière. C’est avec la même ardeur dans l’âme que&#13;
les prêtres [du Séminaire] s’appliquent avec empressement au salut, tant&#13;
des Barbares* que des Français, à notre singulière satisfaction, et les fruits&#13;
correspondent à leurs labeurs.&#13;
Voilà pourquoi, prosterné aux pieds de Votre Sainteté, je demande de&#13;
toutes mes forces la bénédiction apostolique pour tous ceux-ci, et surtout&#13;
pour moi-même, qui a été jusqu’à maintenant et serai tant que je vivrai, de&#13;
Votre Sainteté,&#13;
Le très humble et très obéissant fils,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
À Paris, le 27 janvier 1679&#13;
&#13;
- 257 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-50&#13;
&#13;
DOC. XXIII-50. LETTRE DE LAVAL À INNOCENT XI (13 NOVEMBRE 1680)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-50&#13;
Lettre au souverain pontife Innocent XI, 13 novembre 1680, d’après une&#13;
copie conservée aux Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di Stato,&#13;
Lettere di vescovi, vol. 66, fos 447r-448v&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Le Serviteur de Dieu annonce qu’il a institué le chapitre de la cathédrale de&#13;
Québec, en conformité avec la bulle d’érection du diocèse (1er octobre 1674). Il&#13;
s’agissait cependant d’une institution temporaire ; son érection définitive ne fut&#13;
faite qu’en 1684. Pour maintenir le chapitre, en plus des revenus de l’abbaye de&#13;
Méobecq qu’il avait déjà, il demanda aussi la confirmation des revenus de&#13;
l’abbaye de l’Estrée, que le roi Louis XIV lui avait concédés en 1672&#13;
(cf. Gosselin, Le vénérable François de Montmorency*-Laval, premier évêque de&#13;
Québec, 2e édition, Québec, 1923, p. 239-240).&#13;
&#13;
Très Saint-Père,&#13;
J’ai exposé l’an dernier à Votre Sainteté les raisons pour lesquelles j’avais&#13;
traversé en France. Lorsqu’il me parut avoir, pour ainsi dire, réglé les&#13;
affaires qui m’avaient poussé à y venir, je suis retourné aussitôt en notre&#13;
Église canadienne dans le plus grand souci de revoir les très chers&#13;
néophytes, bien que je n’eusse pas encore mis la dernière main à ces affaires.&#13;
Votre Sainteté aura entendu, je pense, et non sans plaisir, à quel point cette&#13;
Église poursuit heureusement sa course, et quelle gloire de vertu et de piété&#13;
y fleurit du fait du travail et des labeurs, tant de nombreux prêtres que des&#13;
pères de la Compagnie de Jésus. Nous avons assurément obtenu ces fruits&#13;
agréables grâce à la charité paternelle par laquelle Votre Sainteté embrasse&#13;
cette Église naissante. Ce bonheur est engendré par ses prières et est&#13;
agréable au Ciel.&#13;
Des églises ont été construites en bon nombre, tant dans les lieux où se&#13;
trouvent les Barbares* que dans ceux où habitent les colons français. J’ai&#13;
élevé plusieurs de celles-ci au rang de paroisse et à chacune j’ai envoyé l’un&#13;
de nos prêtres, qui sont presque tous des Indigènes* et qui ont été éduqués&#13;
dans notre Séminaire dont, avec l’aide de Dieu, l’utilité est remarquable et&#13;
les fruits, très abondants. J’ai aussi créé notre chapitre, comme j’avais reçu&#13;
- 258 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-50&#13;
&#13;
l’ordre de le faire dans mes bulles ; ce qui n’est pas d’une importance&#13;
négligeable pour développer et affermir cette Église naissante, lorsqu’on&#13;
verra avec quelle splendeur et dignité, mais surtout avec quelle piété, les&#13;
offices divins sont célébrés dans notre église cathédrale, d’où il résultera&#13;
une dévotion et une vénération particulière pour les divins mystères pour&#13;
ceux qui ont été récemment joints au Christ.&#13;
Votre Sainteté comprend assez quelles dépenses il me convient de faire&#13;
pour soutenir autant de prêtres chez moi. Toutefois, je n’ai disposé jusqu’à&#13;
maintenant d’autres prébendes assurées que les revenus de la mense&#13;
[abbatiale] de l’abbaye de Méobecq, qui a été unie à l’évêché de Québec&#13;
lorsque celui-ci a été créé. Le Roi Très Chrétien a vu à cela et il a accepté de&#13;
joindre [celle de] l’abbaye de l’Estrée audit évêché, pour que sa pauvreté&#13;
soit au moins en partie soulagée. J’ai déjà conjuré Votre Sainteté de bien&#13;
vouloir confirmer cette union, pour que notre entreprise puisse plus&#13;
facilement croître une fois ces prébendes ajoutées. J’ai demandé aussi que&#13;
les menses conventuelles des deux abbayes, celle de Méobecq et celle de&#13;
l’Estrée, soient jointes pour que, par ces prébendes, notre chapitre puisse&#13;
être créé. J’ai été contraint de fonder ce chapitre sans qu’aucun revenu ne&#13;
lui soit attribué ; cependant, sans cela, il ne peut tenir et ira sans aucun&#13;
doute à la ruine, à moins que Votre Sainteté ne tende la main à ce qui vacille.&#13;
À plusieurs reprises, j’ai écrit à ce sujet à Son Éminentissime cardinal Cibò,&#13;
que j’ai prié de ne pas répugner à exposer le tout le plus rapidement&#13;
possible à Votre Sainteté, à la charité et à la tendresse paternelle de laquelle&#13;
je recommande le pasteur et le troupeau, et à qui je demande qu’elle&#13;
demeure dans le même sentiment envers l’Église de Québec qu’elle l’a été&#13;
jusqu’à maintenant. De Votre Sainteté,&#13;
Le très humble et très obéissant fils,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
À Québec, en Nouvelle France aux ides de novembre 1680&#13;
&#13;
- 259 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-51&#13;
&#13;
DOC. XXIII-51. LETTRE DE LAVAL À CIBÒ (30 NOVEMBRE 1681)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-51&#13;
Lettre au cardinal Cibò, 30 novembre 1681, d’après la copie conservée au&#13;
Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Lettres N, no 75 160&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Je suis très obligé à Votre Éminence de la bonté qu’elle me témoigna par&#13;
celle qu’elle m’a fait l’honneur de m’écrire et du bref très obligeant qu’elle&#13;
m’a procuré de Sa Sainteté, ce qui me sert d’un puissant motif pour soutenir&#13;
les difficultés qui se trouvent dans l’établissement d’une Église naissante&#13;
parmi les peuples aussi barbares que tous les Sauvages* de l’Amérique&#13;
septentrionale. Le zèle que Votre Éminence a pour la propagation de la foi&#13;
et pour l’accroissement de ce nouveau christianisme m’oblige de lui rendre&#13;
compte de ce que nous avons fait depuis celle que je me donnai l’honneur&#13;
de lui écrire l’an passé et lui dire que, suivant ce qui m’avait été ordonné&#13;
par mes bulles, j’ai érigé le chapitre de notre cathédrale, que j’ai composé&#13;
de quatre dignités, douze chanoines et quatre vicaires. En attendant que&#13;
l’on sera en état de faire davantage, j’ai tiré les sujets qui le composent de&#13;
notre Séminaire, lesquels ayant l’esprit et la grâce ecclésiastique, il y a sujet&#13;
d’espérer qu’ils se comporteront avec toute la piété et l’édification&#13;
nécessaire pour donner commencement à une Église naissante.&#13;
Nous avons pareillement établi des cures fixes dans les lieux qui se sont&#13;
trouvés en état et y avons nommé des curés qui ont été élus dans notre&#13;
Séminaire et qui s’en acquitteront avec beaucoup [de zèle] et travailleront à&#13;
mettre les autres lieux en état d’y faire la même chose à la suite. J’avais&#13;
commencé, il y a trois ans, à faire travailler à la construction d’un [bâtiment&#13;
pour le] Séminaire, que nous avons achevé cette année. Il est fort ample et&#13;
capable de loger les ecclésiastiques, mais encore un nombre considérable&#13;
d’enfants que nous élevons pour l’état ecclésiastique. Nous y en avons à&#13;
présent au nombre de 40, qui y réussirent bien. J’en ai ordonné huit cette&#13;
année, qui promettent beaucoup pour leur piété et leur capacité. NotreNDLR : Il existe un brouillon de cette lettre en latin en Lettres N, no 51. La copie au no 75 est&#13;
une version française de celle-ci.&#13;
&#13;
160&#13;
&#13;
- 260 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-52&#13;
&#13;
Seigneur donne [sa] bénédiction sur la conversion des Sauvages et les pères&#13;
de la Compagnie de Jésus continuent toujours d’y travailler avec un zèle&#13;
digne de leur vocation. Il me reste de supplier très humblement&#13;
Votre Éminence d’appuyer auprès de Sa Sainteté la très humble prière que&#13;
je lui fais [de] vouloir unir la mense monacale de l’abbaye de Méobecq et&#13;
l’abbaye de l’Estrée, afin de pourvoir d’un fonds, dont l’évêque et le&#13;
chapitre puissent subsister, n’en ayant pas d’autre. C’est la grâce que&#13;
j’espère de Votre Éminence.&#13;
DOC. XXIII-52. LETTRE DE LAVAL À INNOCENT XI (20 MAI 1685)&#13;
&#13;
Doc. XXIII-52&#13;
Lettre au souverain pontife Innocent XI, 20 mai 1685, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Propagande, Scritture originali&#13;
riferite nelle congregazioni generali, vol. 495b, fos 46-47&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Très Saint-Père,&#13;
Le poids de nos infirmités et l’impossibilité de porter plus longtemps le fardeau de&#13;
l’épiscopat nous ont fait prendre la détermination de nous désister de notre&#13;
évêché, suivant les saints canons. C’est pour cela qu’à la fin de l’année dernière,&#13;
nous sommes passé en France avec le dessein d’obtenir du Roi Très Chrétien et&#13;
ensuite du Siège apostolique un successeur, qui fût également agréé de Sa Majesté&#13;
et de Votre Sainteté. Celui que le roi a nommé est Mgr illustrissime de Saint-Vallier.&#13;
Il a vécu à la Cour sans être courtisan, il fut d’un caractère grave dès sa plus tendre&#13;
jeunesse et l’éclat de sa naissance, de sa science et de ses vertus ne le rend que&#13;
plus modeste. Il est d’autant plus digne du siège épiscopal dans la Nouvelle-France&#13;
qu’il a plus craint d’être prélat dans l’ancienne. Là, toutes les Églises souhaiteraient&#13;
un tel évêque et il n’y a que lui qui non seulement ne désirerait aucune de ces&#13;
Églises, mais qui les refuserait toutes, que dis-je, (chose incroyable) qui en&#13;
redouterait la responsabilité, spectacle vraiment digne de l’âge d’or.&#13;
Nous n’avons aucun doute, Très Saint-Père, que Votre Sainteté n’acquiesce très&#13;
volontiers à la nomination royale et ne nous donne, ainsi qu’à tout le troupeau des&#13;
fidèles du Canada, ce témoignage de son affection, surtout lorsque, par sa lettre,&#13;
notre successeur nommé lui aura fait connaître de quel zèle ardent pour le salut de&#13;
ses futures ouailles il est enflammé. En effet, déjà impatient de tout retard,&#13;
avant même d’avoir reçu les bulles pontificales et en attendant son&#13;
- 261 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIII-52&#13;
&#13;
intronisation, revêtu du seul titre de notre vicaire, il se dirige plein de joie&#13;
vers La Rochelle, accompagné de nombreux ouvriers évangéliques. Il vient&#13;
de quitter ce Séminaire des Missions étrangères, où nous sommes, pour&#13;
s’embarquer sur un navire qui le conduira à Québec et dans tout le diocèse,&#13;
où il travaillera au moins pendant une année. Après son retour en France et&#13;
sa consécration, lorsque le séjour à Paris aura refait notre santé, il nous&#13;
ramènera avec lui vers cette Église du Canada, notre chère épouse, entre les&#13;
bras de laquelle nous désirons mourir. Cette épouse, dont nous nous&#13;
sommes séparé avec un grand chagrin, nous voulons en dire un mot qui&#13;
soit agréable au très aimant et très vigilant pasteur de l’Église universelle.&#13;
D’abord, avant notre départ, vu la prospérité toujours grandissante des&#13;
missions, l’accroissement des chrétiens, l’extension de la colonie, le zèle et&#13;
la concorde du clergé séculier et régulier, ainsi que l’établissement d’un&#13;
corps de fabriciens pour notre cathédrale, nous avons érigé un chapitre et&#13;
commencé à chanter l’office divin avec plus de respect et de majesté&#13;
qu’auparavant. À cela s’ajoute la grande espérance que nous avons que&#13;
l’arrivée à Québec d’un nouveau gouverneur et d’un nouveau pontife (de&#13;
celui, dis-je, qui deviendra pontife par la grâce de Votre Sainteté), qui&#13;
traversent l’océan ensemble, saura heureusement réparer les fautes qui&#13;
auraient pu jusqu’à présent être commises par d’autres et surtout par nousmêmes. Qu’en ces régions, des cieux, la terre, tout se renouvelle ! Mais que&#13;
surtout Votre Sainteté continue, comme elle a commencé, d’entourer par&#13;
ses soins paternels cette heureuse Église, qu’elle la défende par son zèle,&#13;
qu’elle la porte avec amour dans ses bras, que, dans l’ardeur de sa charité,&#13;
elle la recommande à Dieu dans les saints mystères et qu’elle ne dédaigne&#13;
pas de lui accorder la bénédiction apostolique. Cette bénédiction, il la&#13;
demande très humblement et il l’attend avec la plus grande confiance pour&#13;
lui-même et pour son Église. Du Très Saint-Père,&#13;
Le très humble et très dévoué serviteur et fils de Votre Sainteté,&#13;
François, premier évêque de Québec.&#13;
20 mai 1685 161&#13;
&#13;
NDLR : Traduction de l’original latin par Mgr Gagnon, Souvenir des fêtes du second centenaire&#13;
de la fondation de l’Hôpital Général de Québec, 1892, p. 43-45.&#13;
&#13;
161&#13;
&#13;
- 262 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIV&#13;
&#13;
Doc. XXIV. Lettre de Louis XIV à P. d’Argenson (13 mars 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXIV&#13;
Lettre du roi Louis XIV à P. d’Argenson, gouverneur du Canada,&#13;
13 mars 1660, d’après la copie collationnée conservée au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 3&#13;
Cette lettre fut écrite pour appuyer l’autorité du Serviteur de Dieu au Canada&#13;
contre les prétentions de l’archevêque de Rouen et de son vicaire général, l’abbé&#13;
de Queylus.&#13;
&#13;
M. le vicomte d’Argenson,&#13;
Depuis que le sieur évêque de Pétrée a été envoyé en la Nouvelle-France&#13;
pour y faire ses fonctions épiscopales, j’ai eu avis qu’il y a des personnes&#13;
qui essayent par divers moyens d’y introduire quelque schisme et d’y&#13;
établir une autorité indépendante de celle dudit sieur évêque et voulant&#13;
empêcher une chose qui pourrait non seulement apporter beaucoup de&#13;
désordre et de confusion dans l’Église dudit pays, mais encore un très&#13;
grand préjudice à la propagation de la foi, je vous fais cette lettre pour vous&#13;
dire que vous ayez à favoriser l’établissement et le maintien de l’autorité&#13;
ecclésiastique dudit évêque de Pétrée en tous les lieux où votre pouvoir&#13;
s’étend, conformément à la mission qu’il a reçue de N. S.-P. le pape, et que&#13;
vous empêchiez qu’il ne soit rien fait qui y puisse être contraire ni à la bonne&#13;
union qui doit être dans ladite Église sous la dépendance dudit évêque,&#13;
lequel en a été établi le chef à mon instance par Sa Sainteté, vous assurant&#13;
que, comme c’est une chose qui regarde la gloire de Dieu, les soins que vous&#13;
en prendrez me seront très agréables. Et la présente n’étant pour autre fin,&#13;
je ne vous la ferai plus longue que pour prier Dieu qu’il vous ait, M. le&#13;
vicomte d’Argenson, en sa sainte garde.&#13;
Louis&#13;
Écrit à Aix, ce 13e jour de mars 1660.&#13;
&#13;
- 263 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXV&#13;
&#13;
Doc. XXV. Lettre de Louis XIV à Laval (13 mars 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXV&#13;
Lettre du roi Louis XIV au Serviteur de Dieu, 13 mars 1660, d’après la copie&#13;
collationnée conservée au Musée de la Civilisation, Fonds d’Archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 4&#13;
Dans cette lettre, le roi loue le Serviteur de Dieu et lui promet de le présenter au&#13;
Saint-Siège comme premier évêque de Québec, lorsqu’il y aura une opportunité.&#13;
&#13;
M. l’évêque de Pétrée,&#13;
Ayant été informé que, depuis votre arrivée en la Nouvelle-France, vous&#13;
avez agi avec tant de zèle et de piété dans la mission qui vous a été donnée&#13;
par N. S.-P. le pape que non seulement les chrétiens qui habitent le pays en&#13;
ont beaucoup d’édification, mais encore que vous avez travaillé avec&#13;
efficac[ité] à la propagation de la foi, j’en ai une particulière satisfaction,&#13;
dont j’ai bien voulu vous donner avis par cette lettre, et vous dire que&#13;
lorsqu’il y aura lieu de faire ériger un évêché audit pays, j’en ferai volontiers&#13;
instance à N. S.-P. le pape et vous nommerai ensuite à Sa Sainteté pour en&#13;
être pourvu, vous assurant que je serai bien aise de vous donner, dans&#13;
toutes les occasions qui s’en pourront offrir, des témoignages de l’estime&#13;
que je fais de votre personne. Et sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait,&#13;
M. l’évêque de Pétrée, en sa sainte garde.&#13;
Louis&#13;
De Lomélie&#13;
Écrit à Aix, le 13 mars 1660.&#13;
&#13;
- 264 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVI&#13;
&#13;
Doc. XXVI. Mandement de Laval pour faire reconnaître sa juridiction (3 août 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXVI&#13;
Mandement du Serviteur de Dieu à tous les prêtres de la Nouvelle-France&#13;
pour qu’ils reconnaissent par écrit sa juridiction, 3 août 1660, d’après la&#13;
copie collationnée conservée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 18, no 16&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
À cause des difficultés issues de la juridiction spirituelle au Canada entre le&#13;
Serviteur de Dieu et l’abbé de Queylus, vicaire général de l’archevêque de Rouen,&#13;
et en vue de s’assurer la soumission de son clergé, Mgr de Laval demanda à tous&#13;
les prêtres séculiers de son vicariat apostolique la reconnaissance par écrit de sa&#13;
juridiction. Tous signèrent ledit document, sauf les abbés de Saint-Sauveur et&#13;
Bourdon : le premier avait déjà abandonné le ministère et l’autre était peut-être&#13;
absent du Canada, comme le laisse entendre l’abbé Gosselin (Le vénérable&#13;
François de Laval premier évêque de Québec et apôtre du Canada : sa vie et ses&#13;
vertus, vol. 1, p. 194). Ajoutons que le manque d’engagement par écrit de l’abbé&#13;
de Queylus ne signifie rien, car à cette époque il se trouvait en France.&#13;
Notons que les huit signataires de ce document, si on tient compte des deux&#13;
abstentions, nous donnent le compte complet du clergé séculier du vicariat&#13;
apostolique de la Nouvelle-France à cette époque.&#13;
&#13;
Nous, François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, évêque&#13;
de Pétrée et vicaire apostolique dans les contrées du Canada, à nos bienaimés prêtres et clercs dans le Christ, salut dans le Seigneur.&#13;
Désireux, en raison de notre charge et de la dignité d’évêque et de vicaire&#13;
apostolique, de pourvoir très exactement à tout ce qui est requis dans cette&#13;
Église qui nous est confiée, et surtout à ce que l’autorité et le droit suprême&#13;
du souverain pontife, par le soin duquel nous avons été préposé à cette&#13;
Église, soient reconnus par tous et reçus avec le respect et la pieuse affection&#13;
qui conviennent, nous vous ordonnons, à tous et à chacun, prêtres et clercs,&#13;
ayant rejeté toute juridiction étrangère si, peut-être de bonne foi, vous en&#13;
avez reçu une de Mgr l’archevêque de Rouen ou de quelque autre évêque,&#13;
de n’en recevoir aucune autre à l’avenir, mais de reconnaître à l’avenir notre&#13;
seule [juridiction] dans toute cette Église canadienne et d’accomplir vos&#13;
diverses fonctions ecclésiastiques selon les règles et pour le salut des âme&#13;
par l’autorité de cette seule [juridiction].&#13;
&#13;
- 265 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVI&#13;
&#13;
Donné à Québec, le 3e jour d’août de l’an 1660,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
C. de Lauson-Charny, prêtre et official&#13;
I. Torcapel, prêtre et curé de l’église de Québec&#13;
G. Souart, prêtre et curé de la paroisse de Montréal&#13;
H. de Bernières, prêtre&#13;
G. Vignal, prêtre&#13;
Lemaître, prêtre&#13;
D. Gallinier, prêtre&#13;
Par mandement de Monseigneur, G. Morin.&#13;
&#13;
- 266 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXVII&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XXVII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXVII&#13;
Quelques documents au sujet du commerce de boissons enivrantes avec les&#13;
peuples autochtones de Nouvelle-France, 1660-1668&#13;
Dès le début de la colonie française, la question du commerce des boissons&#13;
alcooliques avec les Autochtones donna lieu à plusieurs discussions sur la licéité&#13;
d’un tel commerce. Le débat se compliqua et dura longtemps, puisque divers&#13;
intérêts étaient en jeu.&#13;
D’un côté, les commerçants français troquaient les fourrures des Autochtones&#13;
contre une petite quantité d’alcool. Les généreux profits poussaient donc les&#13;
Européens à favoriser ce qu’ils appelaient « le penchant des Sauvages* pour les&#13;
boissons ». Ils cherchaient à justifier leur conduite en prétextant que ce commerce&#13;
faciliterait les rapprochements entre les colons et les natifs, et ainsi accélérerait&#13;
leur adoption de la culture française.&#13;
De l’autre côté, les missionnaires et plusieurs administrateurs civils, qui n’étaient&#13;
pas influencés par ces intérêts commerciaux et qui avaient à cœur d’abord les&#13;
graves désordres causés parmi les Autochtones par l’usage abusif de l’alcool, se&#13;
croyaient obligés en bonne conscience de combattre et d’interdire ce commerce.&#13;
En effet, dès les premiers temps de la colonie, Champlain, fondateur de Québec,&#13;
l’avait prohibé. Son exemple fut suivi par certains de ses successeurs, soit&#13;
Montmagny, d’Ailleboust et le fondateur de Montréal, Maisonneuve. Un décret&#13;
du Conseil d’État du 7 mars 1657 confirma cette prohibition. Le 31 mars 1658,&#13;
l’abbé de Queylus, alors vicaire général de l’archevêque de Rouen, déclara dans&#13;
une prédication que donner ou vendre des boissons enivrantes aux Autochtones&#13;
constituait un péché grave, puisque ces derniers n’en demandaient que pour&#13;
s’enivrer.&#13;
Quand le Serviteur de Dieu arriva au Canada en 1659, il trouva ce problème déjà&#13;
bien enraciné. Il comprit immédiatement la gravité de la situation. Après avoir&#13;
pris conseil auprès de son clergé (cf. Doc. XX 162), il prit la ferme résolution de&#13;
combattre ce néfaste commerce, d’abord par la douceur et la conviction, puis, si&#13;
cela devenait nécessaire, par des mesures contraignantes.&#13;
En menant de front ce courageux combat, il n’eut peur de rien : ni de la force du&#13;
pouvoir civil, ni des insistances du roi et du secrétaire d’État de la Marine de&#13;
France, ni de la menace des commerçants, ni de la fatigue de deux voyages 163 en&#13;
France. Il démontra toute sa force d’âme dans l’accomplissement de son devoir.&#13;
Il est important de noter que ses successeurs, surtout Mgr de Saint-Vallier et&#13;
Mgr Dosquet, continuèrent la lutte en maintenant les interdictions imposées par le&#13;
Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
NDLR : Le Journal des Jésuites mentionne une rencontre à ce sujet le 26 novembre et les 4 et&#13;
5 décembre 1659.&#13;
163&#13;
NDLR : Les voyages de 1662 et de 1679.&#13;
162&#13;
&#13;
- 267 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXVII&#13;
&#13;
Nous avons rassemblé ci-dessous les principaux documents concernant cette&#13;
épineuse question et le vigoureux combat mené par le Serviteur de Dieu. Mais il&#13;
faut se rappeler que plusieurs autres documents, éparpillés çà et là dans la présente&#13;
Positio, y font allusion occasionnellement, comme on le voit dans le&#13;
Summarium 164.&#13;
Nous dressons ici une liste schématique des documents choisis et avons inclus,&#13;
dans l’introduction de chaque texte, les notes historiques nécessaires pour mettre&#13;
en évidence leur lien logique.&#13;
1° 5 mai 1660 : Mandement d’excommunication promulguée par le&#13;
Serviteur de Dieu contre les commerçants de boissons enivrantes avec les&#13;
Autochtones&#13;
[Octobre 1661 : 1re levée de la sentence d’excommunication]&#13;
2° 1er février 1662 : 1re délibération de La Sorbonne au sujet de la&#13;
légitimité d’une telle excommunication&#13;
3° 24 février 1662 : 1er renouvellement de l’excommunication&#13;
4° 30 avril 1662 : 2e renouvellement de l’excommunication&#13;
5° 28 septembre 1663 : Défense par le Conseil souverain de Québec du&#13;
commerce des boissons enivrantes avec les Autochtones&#13;
6° 9 février 1668 : 2e levée de la sentence d’excommunication&#13;
7° 21 avril 1669 : Cas d’absolution réservés à l’évêque&#13;
8° 26 juin 1669 : Arrêt du Conseil souverain à propos dudit commerce&#13;
9° 8 mars 1675 : 2e délibération de La Sorbonne au sujet de ladite réserve&#13;
10° 28 juin 1675 : Délibération de l’Université de Toulouse sur ledit sujet&#13;
11° 1er mai 1677 : Lettre de Colbert, secrétaire d’État de la Marine de&#13;
France, à Duchesneau, intendant du Canada&#13;
12° 12 mai 1677 : Lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu&#13;
13° 24 mai 1679 : Édit royal au sujet dudit commerce&#13;
14° 24 mai 1679 : Lettre du ministre Colbert à l’intendant Duchesneau&#13;
15° 1er juin 1679 : Lettre de l’abbé Tronson à l’abbé Dollier de Casson,&#13;
sulpicien&#13;
16° 12 novembre 1682 : Rapport du gouverneur de La Barre&#13;
17° environ 1688 : Témoignage de M. Dulhut au sujet des désordres&#13;
causés aux Autochtones par les boissons enivrantes&#13;
NDLR : Une excellente œuvre présentant l’esprit de la lutte de Mgr de Laval pour la justice&#13;
humaine, mais comprenant les modérations, a été rédigée par David Levack, L’œuvre antialcoolique&#13;
de Mgr de Laval : 25 ans de lutte héroïque, 1659-1685, Québec, 1952.&#13;
164&#13;
&#13;
- 268 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-1&#13;
&#13;
DOC. XXVII-1. MANDEMENT DE LAVAL EXCOMMUNIANT LES VENDEURS DE BOISSONS ENIVRANTES AUX AUTOCHTONES (5&#13;
MAI 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-1&#13;
Mandement d’excommunication du Serviteur de Dieu portée contre ceux qui&#13;
exercent le commerce des boissons enivrantes avec les Autochtones, 5 mai&#13;
1660, d’après la copie collationnée conservée aux Archives de l’archidiocèse&#13;
de Québec, Registre A*, p. 16, no 15&#13;
Comme il a été dit plus haut, en arrivant au Canada, le Serviteur de Dieu a&#13;
immédiatement vu la gravité du mal causé par le commerce des boissons&#13;
enivrantes avec les Autochtones. Après avoir inutilement tenté de convaincre le&#13;
gouverneur de la nécessité de l’interdire et après avoir pris conseil auprès de son&#13;
clergé, il frappa solennellement d’excommunication tous ceux qui exerceraient un&#13;
tel commerce. Nous reproduisons ici le texte de cette sentence, datée du 5 mai&#13;
1660.&#13;
&#13;
Nous, François de Laval, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de&#13;
Pétrée, vicaire apostolique en toute l’étendue de la Nouvelle-France et pays&#13;
adjacents, ayant reconnu les grands désordres qu’ont apportés par le passé&#13;
les boissons enivrantes de vin et d’eau-de-vie données aux Sauvages* et les&#13;
suites encore plus funestes qui sont à craindre de jour en jour ; vu d’ailleurs&#13;
les ordres du roi, par lesquels il est fait défenses expresses à tous habitants&#13;
de ce pays, marchands, facteurs, capitaines, matelots, passagers et à tous&#13;
autres de traiter en quelque sorte et manière que ce soit, soit vin soit eaude-vie avec les Sauvages, à peine de punition corporelle ; vu en outre les&#13;
règlements des gouverneurs qui ont été faits jusqu’à maintenant pour&#13;
arrêter le cours de ces désordres et que, nonobstant, le mal va croissant de&#13;
jour en jour avec tant d’excès qu’il va non seulement au scandale tout&#13;
public, mais encore qu’il met tout ce christianisme dans un péril évident&#13;
d’une ruine totale ; dans la crainte que nous avons que Dieu, justement&#13;
irrité, ne retire le cours de ses grâces et n’exerce ses plus vigoureux&#13;
châtiments sur cette Église, de laquelle il a plu à sa divine bonté nous&#13;
commettre le soin, quoique nous en soyons très indigne ; enfin, nous voyant&#13;
obligé d’apporter les derniers remèdes à ces maux arrivés dans l’extrémité ;&#13;
à cet effet, nous faisons très expresses inhibitions et défenses, sous peine&#13;
d’excommunication encourue ipso facto, de donner en payement aux&#13;
Sauvages, vendre, traiter ou donner gratuitement et par reconnaissance soit&#13;
vin soit eau-de-vie en quelque façon et manière et sous quelque prétexte&#13;
- 269 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-1&#13;
&#13;
que ce soit, de laquelle excommunication nous nous réservons à nous seul&#13;
l’absolution.&#13;
Nous&#13;
&#13;
déclarons&#13;
&#13;
toutefois&#13;
&#13;
que&#13;
&#13;
dans&#13;
&#13;
cette&#13;
&#13;
défense&#13;
&#13;
sous&#13;
&#13;
peine&#13;
&#13;
d’excommunication, nous ne prétendons pas y comprendre quelques&#13;
rencontres qui n’arrivent que très rarement et où l’on ne peut quasi se&#13;
dispenser de donner quelque peu de cette boisson, comme il pourrait&#13;
arriver en des voyages et fatigues extraordinaires et semblables nécessités ;&#13;
mais même dans ces cas, l’on saura que l’on tomberait dans&#13;
l’excommunication susdite si l’on y excédait la petite mesure ordinaire,&#13;
dont les personnes de probité et de conscience ont de coutume de se servir&#13;
envers leurs domestiques en ce pays ; et tous ceux qui prétendraient sous&#13;
ce prétexte user de quelque fraude et tromperie, en quelque rencontre que&#13;
ce soit, se souviendront que rien ne peut être caché à Dieu et que trompant&#13;
les hommes, cela n’empêcherait pas que sa malédiction et sa juste colère ne&#13;
tombât sur eux ; mais toutefois l’on saura que lorsqu’il s’agira directement&#13;
ou indirectement de la traite des pelleteries, souliers et de quoi que ce soit,&#13;
il ne sera aucunement permis de donner aucune boisson aux Sauvages, non&#13;
pas même ce petit coup que dans les cas susdits, afin qu’on ne tombe point&#13;
dans notre défense et excommunication.&#13;
Et afin que personne ne prétende cause d’ignorance de notredite défense et&#13;
censure, nous voulons qu’elle soit envoyée en toute l’étendue de notre&#13;
juridiction et que publication en soit faite par trois dimanches consécutifs&#13;
ou fêtes solennelles, s’il se rencontrait, et qu’elle soit réitérée de trois mois&#13;
en trois mois à un premier dimanche du mois, jusqu’à ce qu’autrement en&#13;
ait été par nous ordonné.&#13;
Donné à Québec, en notre demeure ordinaire, sous notre sceau et seing et&#13;
celui de notre secrétaire, ce 5e mai 1660,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
&#13;
- 270 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-2&#13;
&#13;
DOC. XXVII-2. 1RE DÉLIBÉRATION DE LA SORBONNE AU SUJET DES BOISSONS ENIVRANTES (1ER FÉVRIER 1662)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-2&#13;
Première délibération de La Sorbonne sur la question sur le commerce des&#13;
boissons enivrantes avec les nations autochtones de la Nouvelle-France,&#13;
1er février 1662, d’après la copie collationnée conservée aux Archives de&#13;
l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 25, no 23&#13;
Les mesures répressives prises par la sentence d’excommunication qui précède,&#13;
appuyées par un décret du gouverneur Davaugour, donnèrent d’excellents&#13;
résultats et le Serviteur de Dieu, se fiant à la sévère prohibition civile, leva la peine&#13;
d’excommunication. Malheureusement, peu de temps après, à cause d’un incident&#13;
dont parle M. de La Tour 165, le gouverneur Davaugour autorisa la reprise de ce&#13;
commerce. S’en suivirent, comme il est facile de le supposer, de graves désordres.&#13;
Afin de donner force à la nouvelle interdiction qu’il prévoyait faire et pour contrer&#13;
les oppositions des commerçants, qui niaient son droit de produire une telle&#13;
interdiction, le Serviteur de Dieu demanda l’avis des docteurs de La Sorbonne. La&#13;
réponse de l’université, reproduite ici, fut pleinement conforme à son point de&#13;
vue.&#13;
&#13;
On demande l’avis de MM. de [La] Sorbonne sur le cas suivant.&#13;
Les Américains en quelques endroits de l’Amérique aiment fort les boissons&#13;
qui enivrent, comme le vin et l’eau-de-vie, et pour l’ordinaire ils ne les&#13;
achètent des Européens que pour s’enivrer ; d’où il s’ensuit de grands&#13;
désordres et de grands crimes. Ils se battent, ils se tuent, ils attaquent les&#13;
Européens ; bref, ils commettent mille et mille péchés.&#13;
Remarquez que les gouverneurs du pays ne les peuvent pas gouverner&#13;
comme on gouverne les Européens. Les Sauvages* sont quasi par toute&#13;
l’Amérique censés comme pupilles et mineurs, contre lesquels on n’a point&#13;
d’action. C’est pourquoi on défend aux Français et aux autres Européens de&#13;
leur vendre de ces boissons. Mais comme ils n’obéissent pas ni aux ordres&#13;
du roi ni des gouverneurs, nonobstant qu’ils soient condamnés à de grosses&#13;
amendes ou châtiés par le chevalet, on demande si le prélat, pour obvier à&#13;
ces désordres, ne peut pas excommunier les désobéissants et les réfractaires,&#13;
en un mot, ces vendeurs de boissons si dommageables.&#13;
[Réponse]&#13;
165&#13;
&#13;
NDLR : La Tour, Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec, au livre V.&#13;
- 271 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-3&#13;
&#13;
Les docteurs en théologie soussignés sont d’avis que, vu les désordres qui&#13;
arrivent de la vente de telles boissons faite aux Américains, l’ordinaire ou&#13;
prélat peut défendre sous peine d’excommunication ipso facto aux&#13;
Européens la vente de telles boissons et traiter ceux qui seront&#13;
désobéissants et réfractaires comme des excommuniés.&#13;
Délibéré à Paris, ce 1er février 1662,&#13;
N. Cornet&#13;
M. Grandin.&#13;
DOC. XXVII-3. 1ER RENOUVELLEMENT PAR LAVAL DU MANDEMENT EXCOMMUNIANT LES VENDEURS DE BOISSONS&#13;
ENIVRANTES AUX AUTOCHTONES (24 FÉVRIER 1662)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-3&#13;
renouvellement du mandement d’excommunication contre ceux qui&#13;
exercent le commerce des boissons alcoolisées avec les populations&#13;
autochtones, 24 février 1662, d’après la copie collationnée conservée aux&#13;
Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 163, no 213&#13;
1er&#13;
&#13;
Les désordres provoqués par l’autorisation du commerce des liqueurs avec les&#13;
Autochtones par le gouverneur Davaugour devinrent si graves que le Serviteur de&#13;
Dieu, avant même de recevoir la réponse de La Sorbonne, se vit obligé de&#13;
prononcer de nouveau la sentence d’excommunication contre ceux qui auraient&#13;
donné d’une façon ou d’une autre des liqueurs aux Autochtones, au-delà des&#13;
limites de la petite quantité déjà permise. Le décret d’octobre 1661 suspendant&#13;
l’excommunication auquel il est fait allusion n’a pas été retrouvé.&#13;
&#13;
François, [par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Pétrée, vicaire&#13;
apostolique en Canada, dit la Nouvelle-France,] à tous prêtres [qui ces présentes&#13;
lettres verront, salut en Notre-Seigneur.]&#13;
Le désir de soulager les âmes des fidèles nous avait porté ci-devant, au mois&#13;
d’octobre dernier, de faire publier une suspension de l’excommunication&#13;
portée au mois de mai 1660 contre ceux qui donneraient des boissons&#13;
enivrantes aux Sauvages*, sur l’espérance qu’on nous avait donnée que les&#13;
moyens que l’on faisait état d’y apporter seraient suffisants pour empêcher&#13;
le cours d’un si grand mal, mais l’expérience nous ayant fait voir le contraire&#13;
et le mal en étant arrivé jusqu’aux derniers excès en tous les lieux où se&#13;
- 272 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-3&#13;
&#13;
rencontrent les Sauvages, même au milieu de Québec, où en suite des&#13;
ivresses journalières desdits Sauvages de l’un et de l’autre sexe, ils en sont&#13;
venus à des meurtres inouïs et à des violements de femmes et de filles&#13;
innocentes qui font horreur dans leurs circonstances, tout le christianisme&#13;
de cette nouvelle Église étant malheureusement étouffé par les désordres&#13;
dans les âmes des pauvres Sauvages, lesquels, nonobstant tous les soins des&#13;
missionnaires, nous voyons, avec une douleur extrême, de jour en jour&#13;
abandonner la foi ;&#13;
pour ces causes et le tout mûrement considéré, nous, étant obligé par le dû&#13;
de notre charge de nous opposer de tout notre pouvoir au torrent de ce&#13;
désordre, qui ruine entièrement la foi de cette Église, nous enjoignons de&#13;
publier aux peuples dont vous avez le soin que la suspension de ladite&#13;
excommunication est ôtée et icelle excommunication remise en sa force et&#13;
vigueur contre tous ceux qui donneront en quelque façon que ce soit des&#13;
boissons enivrantes auxdits Sauvages, sinon un ou deux coups par jour de&#13;
la petite mesure ordinaire d’eau-de-vie que l’on donne aux gens de travail&#13;
français ou deux petits coups de vin. Et nous vous enjoignons d’exhorter&#13;
un chacun de prendre garde soigneusement à soi en cela pour n’attirer pas&#13;
sur sa personne et sur tout le pays la malédiction de Dieu, qui n’est déjà que&#13;
trop à craindre.&#13;
Donné à Québec, ce 24 février 1662,&#13;
[François, évêque de Pétrée.]&#13;
François, évêque de Québec&#13;
&#13;
- 273 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-4&#13;
&#13;
DOC. XXVII-4. 2E RENOUVELLEMENT PAR LAVAL DU MANDEMENT EXCOMMUNIANT LES VENDEURS DE BOISSONS&#13;
ENIVRANTES AUX AUTOCHTONES (30 AVRIL 1662)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-4&#13;
renouvellement par le Serviteur de Dieu du mandement&#13;
d’excommunication envers les traiteurs de boissons enivrantes, 30 avril 1662,&#13;
d’après la copie collationnée conservée aux Archives de l’archidiocèse de&#13;
Québec, Registre A*, p 164, no 214&#13;
2e&#13;
&#13;
Malgré la précédente interdiction, les troubles causés par le commerce des&#13;
liqueurs avec les Autochtones augmentèrent de plus en plus et Mgr de Laval dut,&#13;
après deux mois, publier un nouveau décret d’excommunication, dans lequel il&#13;
renouvelle la précédente et ajoute quelques précisions.&#13;
&#13;
François, [par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Pétrée, vicaire&#13;
apostolique en Canada, dit la Nouvelle-France, à tous ceux qui ces présentes lettres&#13;
verront, salut en Notre-Seigneur.]&#13;
Vu la continuation et même l’augmentation des désordres provenant de la&#13;
vente des boissons enivrantes aux Sauvages*, dont les scandales continuels&#13;
sont publics et viennent jusqu’à un tel excès que le meurtre s’en est suivi,&#13;
les adultères et violements fréquents des filles et des femmes, lesquelles on&#13;
enivre dans le dessein de commettre ces crimes, ce qui fait horreur à tous&#13;
les gens de bien et dont nous voyons avec douleur extrême une désolation&#13;
quasi générale de ce christianisme, dont il a plu à Dieu nous confier le soin,&#13;
tous lesdits désordres arrivés par l’avarice déréglée de quelque peu de&#13;
Français, la plupart infâmes, qui y trouvant un malheureux gain, s’y portent&#13;
avec toute liberté et impunité, nonobstant les défenses expresses du roi&#13;
réitérées par diverses fois et nonobstant l’excommunication par nous cidevant publiée contre ceux qui vendraient auxdits Sauvages desdites&#13;
boissons enivrantes en telle mesure et quantité qu’il pût s’en ensuivre de&#13;
telles ivresses ; vu d’ailleurs les connaissances que nous avons de la&#13;
faiblesse des Sauvages, qui est telle qu’à peine s’en trouve-t-il un seul qui&#13;
soit capable de conserver de la boisson sans qu’il s’en ensuive des ivresses&#13;
tout à fait criminelles et de très grands désordres, selon l’expérience funeste&#13;
que l’on en a depuis plusieurs années ; pour ces raisons, voulant selon le dû&#13;
de notre charge obvier à un mal si déplorable, nous déclarons sur notre&#13;
susdite excommunication ci-devant publiée que non seulement ceux qui&#13;
- 274 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-5&#13;
&#13;
donneront ci-après aux Sauvages des boissons enivrantes pour être par eux&#13;
transportées&#13;
&#13;
tomberont&#13;
&#13;
comme&#13;
&#13;
ci-devant&#13;
&#13;
dans&#13;
&#13;
notre&#13;
&#13;
susdite&#13;
&#13;
excommunication, mais en outre tous ceux qui par leur faute seront la cause&#13;
de l’ivresse desdits Sauvages de l’un ou de l’autre sexe en leur donnant&#13;
desdites boissons enivrantes.&#13;
Donné à Québec, le dernier jour d’avril 1662,&#13;
[François, évêque de Pétrée.]&#13;
François, évêque de Québec&#13;
DOC. XXVII-5. DÉFENSE DU CONSEIL SOUVERAIN DE QUÉBEC DE DONNER DES BOISSONS ENIVRANTES AUX&#13;
AUTOCHTONES (28 SEPTEMBRE 1663)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-5&#13;
Défense du commerce de boissons alcooliques avec les nations autochtones,&#13;
édictée par le Conseil souverain de Québec, 28 septembre 1663, d’après&#13;
l’original conservé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds&#13;
Conseil souverain, TP1, S28, P16&#13;
Malgré les sentences antérieures d’excommunication (nos 3 et 4), le commerce des&#13;
boissons enivrantes avec les Autochtones, encouragé par le gouverneur&#13;
Davaugour, fournit l’occasion à de nouveaux désordres. Le Serviteur de Dieu se&#13;
résolut donc de se rendre en France pour en parler avec le roi. Louis XIV&#13;
l’accueillit avec bienveillance et lui concéda tout ce qu’il demandait, dont&#13;
l’institution d’un Conseil souverain, où l’évêque serait un membre d’office, et&#13;
l’envoi d’un nouveau gouverneur mieux disposé, M. de Mésy. Mgr de Laval et le&#13;
gouverneur de Mésy arrivèrent ensemble à Québec le 15 septembre 1663. Dans&#13;
une première séance du Conseil, ceux-ci proposèrent et firent approuver un sévère&#13;
décret interdisant un tel commerce. Cette défense fut renouvelée par le même&#13;
Conseil le 17 avril 1664, le 29 avril 1665, le 6 décembre 1666, le 5 janvier 1667&#13;
et le 29 février 1668. Nous n’avons pas cru nécessaire de publier tous ces décrets ;&#13;
pour atteindre notre objectif, il suffit d’en reproduire un seul, soit le premier.&#13;
&#13;
Du 28e jour de septembre 1663,&#13;
Sur ce qui a été remontré par le procureur général du roi que depuis le&#13;
commencement de cette colonie, la traite des boissons enivrantes aux&#13;
Sauvages avait toujours été prohibée et défendue sous peine d’amende&#13;
arbitraire, à cause de la furie dans laquelle ces peuples se trouvent dans&#13;
l’ivresse et qu’il est pour constant qu’ils ne veulent boire que pour&#13;
s’enivrer ; et que nonobstant la recherche et la punition des contrevenants,&#13;
- 275 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-5&#13;
&#13;
ce désordre s’est trouvé à tel point qu’étant venu à la connaissance de&#13;
Sa Majesté, par arrêt du Conseil d’État du roi donné le 7 mars 1657, il aurait&#13;
été fait défense de traiter desdites boissons aux Sauvages sur peine de&#13;
punition corporelle ; qu’au mépris desdites défenses et des censures de&#13;
l’Église qui seraient intervenues, ce malheureux commerce aurait toujours&#13;
continué et notamment depuis deux ans en ça ; que plusieurs s’y sont&#13;
licenciés à l’envie des uns des autres, à cause du relâche arrivé en la&#13;
punition des délinquants ; et que voyant de plus en plus les désordres qui&#13;
en provenaient et que les Sauvages enclins à l’ivrognerie, méprisant les lois&#13;
du christianisme, s’adonnaient à toutes sortes de vices et abandonnaient&#13;
l’exercice de la chasse, par lequel seulement cette colonie a subsisté jusqu’à&#13;
ce jour ; requérant d’y apporter le remède convenable ; en outre pris de&#13;
l’avis des RR. PP. jésuites, missionnaires desdits Sauvages, pour ce mandés ;&#13;
tout considéré, il est fait itératives inhibitions et défenses à toutes personnes&#13;
de quelque qualité et condition qu’elles soient de traiter directement ni&#13;
indirectement aucune boisson enivrante aux Sauvages pour quelque cause&#13;
et sous quelque prétexte que ce soit, pas même un coup, sur peine pour la&#13;
première fois de 300 livres d’amende applicable le tiers au dénonciateur, le&#13;
tiers à l’Hôtel-Dieu et l’autre tiers au fisc, et en cas de récidive, du fouet ou&#13;
du bannissement selon le cas y écherra. Et sera la présente lue, publiée et&#13;
affichée en les lieux accoutumés à Québec, les Trois-Rivières et Montréal, à&#13;
ce que personne n’en prétende cause d’ignorance. Mandons [au premier&#13;
huissier de ladite Cour ou autre huissier ou sergent royal sur ce requis faire pour&#13;
l’insinuation des présentes tous exploits requis et nécessaires de ce faire, nous&#13;
donnons pouvoir.]&#13;
Mésy, gouverneur&#13;
François, évêque de Pétrée&#13;
Rouer de Villeray.&#13;
[En marge :] Affiché le [espace blanc] suivant le rapport de Romainville. Affiché aux&#13;
Trois-Rivières, le 3e octobre 1663, suivant le rapport d’Ameau, étant aux liasses de&#13;
ce greffe. Affiché au Montréal, le [espace blanc] octobre 1663, suivant le rapport&#13;
de Basset, notaire, étant à la liasse.&#13;
&#13;
- 276 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-6&#13;
&#13;
Doc. XXVII-6. 2e mandement levant l’excommunication par Laval (9 février 1668)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-6&#13;
mandement du Serviteur de Dieu levant l’excommunication des traiteurs&#13;
de boissons enivrantes avec les nations autochtones, 9 février 1668, d’après la&#13;
copie collationnée conservée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 164, no 215&#13;
2e&#13;
&#13;
Dans ce document, le Serviteur de Dieu rappelle la révocation qu’il avait faite de&#13;
la peine d’excommunication, promulguée en 1662 (nos 3 et 4). Il avait&#13;
probablement cru que la sévère prohibition du Conseil souverain de Québec aurait&#13;
été suffisante pour empêcher les graves désordres du commerce des liqueurs avec&#13;
les Autochtones, d’autant plus que, étant un des principaux membres du Conseil,&#13;
il pouvait veiller plus facilement à l’exécution desdits décrets. Il avertit tout de&#13;
même ses diocésains, dans le document ci-dessous que, malgré la suspension de&#13;
l’excommunication, ledit commerce restera interdit sous peine de péché mortel.&#13;
&#13;
François, [par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Pétrée, vicaire&#13;
apostolique en Canada, dit la Nouvelle-France, nommé par le roi premier évêque&#13;
dudit pays, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut en Notre-Seigneur.]&#13;
Le&#13;
&#13;
grand dommage&#13;
&#13;
que&#13;
&#13;
l’ivrognerie&#13;
&#13;
des Sauvages*&#13;
&#13;
apporte à&#13;
&#13;
l’établissement du christianisme et à la paix et repos de leurs familles nous&#13;
ayant autrefois porté de défendre de leur donner, traiter ou vendre aucune&#13;
boisson enivrante sous peine d’excommunication, quelque raison depuis&#13;
nous ayant obligé de lever ladite excommunication, on a pu penser ensuite&#13;
que toute défense sous peine de péché mortel était aussi levée, quoique&#13;
néanmoins ce n’ait jamais été notre intention ;&#13;
et pour en ôter tout doute et remédier à un si grand mal, autant que nous y&#13;
sommes obligé et que nous le prétendons, nous déclarons derechef à toutes&#13;
les personnes qui sont employées au salut des âmes, tant Français que&#13;
Sauvages, que nous [le] leur défendons, tant pour la quantité suffisante&#13;
pour les enivrer que pour toute autre quantité au-dessous d’icelle, vu le&#13;
génie et l’intention des Sauvages qui facilement en abuseraient, comme&#13;
nous ne l’avons que trop expérimenté dans le relâchement et la&#13;
modification que nous jugeâmes à propos d’apporter dans le temps de&#13;
notre susdite excommunication en permettant de leur en donner quelques&#13;
petits coups ;&#13;
- 277 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-6&#13;
&#13;
que si l’on présume que de même que des autres commandements&#13;
ecclésiastiques, il se peut trouver des raisons et occasions qui exemptent de&#13;
leur observation, quand il s’en peut trouver qui exemptent de celui-ci, nous&#13;
laissons cela au jugement de ceux qui gouvernent les consciences, avec cet&#13;
avertissement qu’ils prennent garde qu’il faut bien d’autres raisons pour&#13;
exempter de l’observation de ce précepte-ci que des autres préceptes&#13;
ecclésiastiques, vu la grièveté du péché, à raison de ses suites et&#13;
conséquences en toutes manières, de sorte que nous jugeons que rarement&#13;
il se peut trouver des raisons qui puissent obliger raisonnablement d’en&#13;
dispenser ; de quoi la conscience des confesseurs demeure chargée pour en&#13;
répondre devant Dieu.&#13;
Donné à Québec, ce 9e février 1668,&#13;
[François, évêque de Pétrée.]&#13;
François, évêque de Québec&#13;
&#13;
- 278 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-7&#13;
&#13;
DOC. XXVII-7. MANDEMENT DE LAVAL SUR LES CAS D’ABSOLUTION RÉSERVÉS À L’ÉVÊQUE (21 AVRIL 1669)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-7&#13;
Mandement du Serviteur de Dieu que, par autorité épiscopale, l’absolution&#13;
du péché du commerce des boissons alcooliques avec les Autochtones est&#13;
réservée à l’évêque, 21 avril 1669, d’après la copie collationnée conservée aux&#13;
Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 69, no 75&#13;
Dans les premières années de son administration, l’intendant Jean Talon, arrivé&#13;
au Canada en 1665, appuya le Serviteur de Dieu dans la lutte contre le commerce&#13;
néfaste des boissons enivrantes avec les Autochtones, puisqu’à cette époque le&#13;
lieutenant-général de Tracy, qui était favorable au Serviteur de Dieu à ce sujet,&#13;
visitait le Canada. Mais le 10 octobre 1668, avant de retourner en France par ordre&#13;
royal, Talon montra ouvertement son opposition aux principes mêmes de la&#13;
prohibition et obtint du Conseil souverain de Québec un décret par lequel ce&#13;
commerce devenait permis, malgré les sévères interdictions qu’il avait faites&#13;
auparavant. Le Serviteur de Dieu, présent à la réunion, refusa de signer le décret&#13;
et protesta énergiquement. En prévision des grands désordres qui en&#13;
découleraient, il se réserva l’absolution du péché du commerce et de l’enivrement&#13;
des Autochtones par quelque moyen que ce soit.&#13;
&#13;
Cas réservés à l’évêque :&#13;
1° donner aux Sauvages* des boissons en quantité suffisante&#13;
de les enivrer, soit qu’ils la transportent ou la boivent en&#13;
présence ;&#13;
2° abuser des filles ou femmes sauvages devant ou après la&#13;
boisson et en quelque manière que ce soit.&#13;
François, évêque de Pétrée&#13;
Nous nous réservons le péché qu’il y a à enivrer les Sauvages et à leur&#13;
vendre ou donner des boissons à transporter en quantité suffisante pour les&#13;
enivrer, à moins qu’il n’y ait une assurance morale qu’eux ou d’autres&#13;
Sauvages ne s’en enivreront pas, comme aussi de ceux qui abusent des filles&#13;
ou femmes sauvages devant ou après la boisson ou en quelque manière que&#13;
ce soit.&#13;
[François, évêque de Pétrée.]&#13;
François, évêque de Québec&#13;
&#13;
- 279 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-8&#13;
&#13;
DOC. XXVII-8. DÉFENSE DU CONSEIL SOUVERAIN AUX HABITANTS D’ALLER À LA RENCONTRE DES AUTOCHTONES POUR&#13;
LEUR PORTER DES BOISSONS (26 JUIN 1669)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-8&#13;
Arrêt du Conseil souverain de Québec au sujet du commerce des boissons&#13;
avec les populations autochtones de la Nouvelle-France, 26 juin 1669, d’après&#13;
l’original conservé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds&#13;
Conseil souverain, TP1, S28, P641&#13;
À la suite de la résolution de laisser la liberté complète du commerce des liqueurs&#13;
avec les Autochtones, concédée par le Conseil souverain de Québec en novembre&#13;
1668 166, de graves désordres survinrent. Ledit Conseil dut restreindre cette liberté&#13;
quelques mois plus tard et prohiber de porter des boissons enivrantes aux&#13;
Autochtones dans la forêt 167. Il est intéressant de noter dans ce document&#13;
comment le Conseil fut obligé de reconnaître ces graves désordres, bien qu’ils&#13;
fussent cachés par les commerçants.&#13;
&#13;
Du 26e juin 1669,&#13;
Sur l’avis donné au Conseil par M. Claude de Bouteroue, conseiller du roi&#13;
en ses Conseils, intendant de la justice, police et finances en la NouvelleFrance, que faisant son recensement, les habitants de Montréal, des TroisRivières, du Cap[-de-la-Madeleine], de Champlain et autres lieux lui ont&#13;
fait plainte que plusieurs particuliers, tant soldats volontaires qu’habitants,&#13;
pendant l’hiver dernier, avaient été dans les bois 30, 40 et 50 lieues audevant des Sauvages* et continuaient tous les jours, sous divers prétextes&#13;
de chasse, d’aller chercher de la viande et autrement et leur avaient porté et&#13;
leur portaient de l’eau-de-vie pour traiter avec eux, les avaient enivrés et&#13;
commis d’autres désordres ; que ce commerce rendait les Sauvages&#13;
paresseux à la chasse et les soldats volontaires et habitants négligents à la&#13;
culture des terres qu’ils abandonnaient pour courir à ce trafic, qui leur&#13;
semblait plus avantageux, et particulièrement empêchant les Sauvages de&#13;
venir dans les bourgs avec leurs peaux et leur chasse, leur ôtait le seul&#13;
moyen qu’ils avaient de payer leurs créanciers, ce qui causait de la perte à&#13;
ceux qui ont avancé leurs biens aux Sauvages et était contraire aux défenses&#13;
portées par l’arrêt du Conseil du 29 février 1668 et contre l’intention de celui&#13;
du 10e novembre suivant ;&#13;
NDLR : Permission du 10 novembre 1668, Bibliothèque et Archives nationales du Québec,&#13;
Fonds Conseil souverain, TP1, S28, P616.&#13;
167167&#13;
NDLR : Défense du 26 juin 1669, Ibid., TP1, S28, P641.&#13;
166&#13;
&#13;
- 280 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-8&#13;
&#13;
la matière mise en délibération, vu lesdits arrêts, ouï le substitut du&#13;
procureur général en ses conclusions, tout considéré, le Conseil par&#13;
provision et sous le bon plaisir de Sa Majesté, interprétant l’arrêt du&#13;
10 novembre dernier, qui sera exécuté selon sa forme et teneur, a fait et fait&#13;
très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes d’aller dans les bois&#13;
au-devant des Sauvages sous quelque prétexte que ce soit et de leur porter&#13;
des boissons et marchandises pour traiter avec eux, à peine de confiscation&#13;
d’icelles et de 50 livres d’amende pour la première fois et de punition&#13;
corporelle pour la seconde ; a réitéré les défenses aux Sauvages de s’enivrer&#13;
et en ce cas qu’ils s’enivrent, les a condamnés à être attachés au carcan&#13;
pendant deux heures et en deux castors gras d’amende applicables l’un au&#13;
dénonciateur et l’autre à qui il sera ordonné et jusqu’au payement de&#13;
l’amende tiendront prison ;&#13;
enjoint auxdits Sauvages d’empêcher que leurs femmes s’enivrent, à peine&#13;
d’en répondre et d’être punis avec elles et en cas que pendant l’ivresse&#13;
desdits Sauvages, ils commettent quelques insolences, désordres ou crimes,&#13;
ordonné qu’ils seront punis suivant la rigueur des ordonnances, faisant&#13;
aussi défenses aux Français de s’enivrer avec les Sauvages sous les mêmes&#13;
peines et d’être châtiés, suivant les rigueurs de l’ordonnance, des crimes&#13;
qu’ils commettront pendant et à cause de leur ivresse ; a permis aux&#13;
Français et Sauvages d’aller à la chasse ou quérir de la viande dans les bois&#13;
à la charge qu’ils ne partiront point sans congé du commandant ou du plus&#13;
prochain juge du lieu de leur demeure en son absence, auquel ils seront&#13;
tenus de déclarer ce qu’ils portent avec eux et ledit juge de le visiter et ne&#13;
pourront porter plus d’un pot d’eau-de-vie pour homme pour huit jours,&#13;
deux pots pour 15 jours et ainsi à proportion du temps, à peine de&#13;
confiscation de leur équipage et d’amende pour la première fois et de&#13;
punition corporelle pour la seconde.&#13;
Et à ce qu’aucun n’en prétende cause d’ignorance, ordonne qu’à la diligence&#13;
du substitut du procureur général, le présent arrêt sera lu, publié et affiché&#13;
par les carrefours ordinaires de la haute et basse-ville de Québec et envoyé&#13;
dans toutes les juridictions de ce pays pour y être registré et signifié aux&#13;
- 281 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-8&#13;
&#13;
capitaines des Sauvages et à eux interprété, à la diligence des juges des lieux&#13;
et procureurs fiscaux, auxquels et audit substitut est enjoint de tenir la main&#13;
à l’exécution, à peine d’en répondre en leur propre et privé nom et de&#13;
certifier le Conseil au moins de leurs diligences.&#13;
De Courcelle,&#13;
Rouer de Villeray,&#13;
Legardeur de Tilly,&#13;
Bouteroue,&#13;
D’Amours,&#13;
De Tesserie.&#13;
&#13;
- 282 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-9&#13;
&#13;
DOC. XXVII-9. 2E DÉLIBÉRATION DE LA SORBONNE AU SUJET DES BOISSONS ENIVRANTES (8 MARS 1675)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-9&#13;
délibération de La Sorbonne à la question de la licéité des réserves faites&#13;
par le Serviteur de Dieu à propos du péché de commerce des boissons&#13;
enivrantes avec les populations autochtones, 8 mars 1675, d’après la copie&#13;
collationnée conservée aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre&#13;
A*, p. 83, no 98&#13;
&#13;
2e&#13;
&#13;
Le décret du Serviteur de Dieu du 21 avril 1669 (no 7) occasionna beaucoup&#13;
d’opposition de la part des administrateurs civils et des commerçants, qui niaient&#13;
son droit de promulguer un tel décret. Il semble que même les pères récollets,&#13;
arrivés au Canada en 1670, aient été convaincus de l’illégitimité de cette&#13;
interdiction, comme nous le verrons plus tard. Durant son voyage en France&#13;
(1671-1675) 168, le Serviteur de Dieu demanda de nouveau l’avis des docteurs de&#13;
La Sorbonne pour justifier son décret et sa manière d’agir. Dans cette réponse,&#13;
non seulement les docteurs approuvent l’attitude du Serviteur de Dieu, comme en&#13;
1662 (no 2), mais ils déclarent aussi l’importante obligation de conscience de&#13;
maintenir la prohibition et la réserve. On pourra noter en passant que Mgr de SaintVallier, successeur du Serviteur de Dieu, reçut de La Sorbonne le 6 avril 1696 une&#13;
réponse similaire (Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 764,&#13;
no 492).&#13;
&#13;
Délibération de [La] Sorbonne sur la traite des boissons, savoir :&#13;
1° si l’on peut vendre, traiter et donner aux Sauvages* du&#13;
Canada des boissons enivrantes suffisamment pour s’enivrer ;&#13;
2° si l’évêque de Canada peut et même s’il n’est pas obligé de&#13;
faire un cas réservé de vendre, traiter et donner aux Sauvages&#13;
des boissons enivrantes suffisamment pour s’enivrer.&#13;
Pour résoudre ces deux questions :&#13;
Depuis l’établissement de la colonie des Français en Canada, une&#13;
expérience continuelle a fait connaître que les Sauvages s’enivrent toutes&#13;
fois et quantes qu’ils ont en leur disposition de quoi s’enivrer et s’il se voit&#13;
des Iroquois qui traitent de l’eau-de-vie des Français et qui la conservent&#13;
pour emporter dans leur pays, ce n’est que parce que l’eau-de-vie de France&#13;
NDLR : Il s’agit de son troisième voyage en France. Dans le Catalogue de 1687*, les Liasses N,&#13;
M et P montrent qu’il a appuyé son argumentaire à la Cour sur plusieurs lettres, témoignages et&#13;
rapports de prêtres et de missionnaires en Nouvelle-France, autant du Séminaire de Québec que des&#13;
jésuites, des récollets, des sulpiciens et même des laïcs, qui lui furent expédiés, sans doute à la&#13;
demande de l’évêque. Ces documents sont aujourd’hui perdus.&#13;
168&#13;
&#13;
- 283 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-9&#13;
&#13;
étant faite de vin est beaucoup plus forte, plus violente et enivre bien plus&#13;
tôt que celle qu’ils peuvent avoir de la Nouvelle-Hollande, qui ne se fait que&#13;
de grain. Et pendant que cette eau-de-vie dure, toute la bourgade ne&#13;
désenivre point. L’on y commet toutes sortes de désordres et&#13;
d’abominations et [c’]est une vraie image de l’enfer et, selon que&#13;
l’expérience le fait voir, les missionnaires sont dans un continuel péril d’être&#13;
massacrés, pendant tout le temps qu’ils ont de quoi s’enivrer.&#13;
Ils ont une pente et si forte inclination pour s’enivrer qu’ils ne veulent&#13;
aucunement traiter de la boisson, à moins qu’il n’y en ait suffisamment de&#13;
quoi s’enivrer et c’est pour cette raison qu’ils ne veulent point traiter de vin&#13;
ni autres liqueurs, lorsqu’ils peuvent traiter de l’eau-de vie, parce qu’elle&#13;
enivre plus promptement et plus violemment ; ce qui a souvent fait que les&#13;
Français leur donnant à six ou sept une bouteille qui ne les aurait pas&#13;
enivrés, ils abandonnent d’accord la bouteille à deux ou trois d’entre eux,&#13;
afin de pouvoir s’enivrer ; et lors même que l’on leur en donne un coup&#13;
seulement, ils en demandent un second et un troisième ou ils le conservent&#13;
jusqu’à ce qu’ils en aient suffisamment de quoi s’enivrer.&#13;
L’ivrognerie dans tous les lieux où l’on traite de la boisson aux Sauvages&#13;
ruine entièrement parmi eux le christianisme et tout ce qu’on y pourrait&#13;
établir de vie civile et empêche absolument que l’on les puisse instruire des&#13;
principes de la religion catholique et que l’on les puisse former à la façon et&#13;
manière de vivre des Français. Les femmes et les filles boivent aussi bien&#13;
que les hommes et les parents font boire jusqu’aux petits enfants, en sorte&#13;
que pendant qu’ils ont de quoi boire, ils vivent plutôt en bêtes qu’en&#13;
hommes et ne désenivrent point qu’ils n’aient bu tout ce qu’ils ont et&#13;
consommé ce qu’ils ont vaillant, jusqu’à se dépouiller ; et il s’en trouve de&#13;
si malheureux que n’ayant plus de quoi avoir de la boisson, ils abandonnent&#13;
et prostituent leurs propres filles pour avoir de quoi boire ; d’où il s’ensuit&#13;
une confusion et des désordres incroyables dans leurs nations et leurs&#13;
familles :&#13;
&#13;
- 284 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-9&#13;
&#13;
1° qu’ils sont toujours gueux et misérables et n’ont la plupart&#13;
du temps quoi que [ce] soit pour subvenir à leur vêtement et&#13;
nourriture et à celle de leurs enfants ;&#13;
2° qu’après s’être enivrés, ils se massacrent les uns les autres,&#13;
se mutilent les membres à coup de haches et de couteaux,&#13;
rompent en morceaux et brûlent leurs cabanes et vont souvent&#13;
jusqu’à cette furie de jeter leurs enfants dans le feu et de les&#13;
traîner par terre et enfin de les faire mourir ; l’on a vu le mari&#13;
tuer sa femme et la femme tuer le mari à coup de haches et de&#13;
couteaux, étant ivres ; d’autres se noient ; et l’on en a trouvé&#13;
qui étaient morts et crevés par la force de la boisson, ayant&#13;
encore la bouteille à la main ;&#13;
3° ces meurtres et ces malheurs n’arrivent pas seulement de&#13;
la part des Sauvages, mais encore de la part des Français, dont&#13;
tous les libertins et qui n’ont aucune crainte de Dieu, après&#13;
avoir traité de la boisson aux Sauvages et les avoir enivrés, les&#13;
pillent et enlèvent tout ce qu’ils ont et les tuent en cet état ; et&#13;
il y a peu d’années qu’il y eut dans l’espace d’un an plus de&#13;
30 Sauvages qui furent égorgés par les Français, dont il y en&#13;
eut deux pendus et un qui fut tué par un autre Français d’un&#13;
coup de hache et beaucoup d’autres complices de ces&#13;
meurtres qui furent commis en divers endroits, ayant pris la&#13;
fuite, n’ont paru depuis dans le pays ;&#13;
4° la boisson traitée aux Sauvages produit encore d’autres&#13;
désordres non moins déplorables que les précédents : les&#13;
adultères, les incestes et tous les crimes les plus infâmes en&#13;
impureté, qui se commettent après que l’on a enivré les filles&#13;
et les femmes à dessein de satisfaire à leur brutalité ; ce qui&#13;
arrive aussi journellement dans les familles sauvages et&#13;
chrétiennes.&#13;
L’on peut aisément inférer de ce que dessus que la boisson traitée ou&#13;
donnée aux Sauvages étant la source de tant de désordres et de péchés si&#13;
énormes, l’on ne doit ni l’on ne peut en conscience leur en donner.&#13;
- 285 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-9&#13;
&#13;
[C’est] ce que les Anglais, quoique hérétiques, ont reconnu si pernicieux et&#13;
dommageable que dans la Nouvelle-Angleterre, située dans le même pays,&#13;
ayant les mêmes Sauvages que les Français. Ils ont fait des lois et des&#13;
ordonnances&#13;
&#13;
très&#13;
&#13;
rigoureuses,&#13;
&#13;
lesquelles&#13;
&#13;
ils&#13;
&#13;
font&#13;
&#13;
observer&#13;
&#13;
fort&#13;
&#13;
ponctuellement, étant défendu à toutes personnes de quelque qualité et&#13;
condition qu’elles puissent être de traiter ni donner directement ou&#13;
indirectement aucune boisson enivrante, y comprenant même le cidre et la&#13;
bière, et qualifient cette action du nom d’exécrable péché dans leurs&#13;
ordonnances, lesquelles sont si exactes qu’elles n’exemptent de punition&#13;
que ceux qui en donneront un petit coup à un Sauvage qui serait tombé en&#13;
évanouissement et un médecin qui en ordonnerait en forme de médecine,&#13;
obligeant néanmoins en ce cas le médecin de faire voir son ordonnance au&#13;
juge ou prévôt du lieu 169.&#13;
Les Sauvages même de la Nouvelle-France ont toujours été si convaincus&#13;
de leur faiblesse à l’égard de la boisson que leurs chefs ont présenté&#13;
beaucoup de fois des règlements aux gouverneurs et au Conseil, afin qu’il&#13;
fût défendu de leur donner de la boisson, ayant une longue expérience des&#13;
grands maux qu’elle produit parmi eux, qu’elle réduit leurs familles dans&#13;
une misère et une pauvreté extrême et enfin, détruit de jour en jour toute&#13;
leur nation, étant la plupart tous brûlés et desséchés, d’où il leur arrive&#13;
beaucoup de maladies.&#13;
Cela a obligé souvent en Canada de faire des défenses et des ordonnances,&#13;
qui ont été observées de temps en temps et, pendant qu’elles ont été&#13;
gardées, l’on a vu toutes les familles sauvages accommodées et vivre en bon&#13;
ordre et au contraire, que toutes sortes de malheurs et de désordres leur&#13;
sont arrivés lorsqu’elles ont été négligées et non observées, comme aussi&#13;
beaucoup de divisions dans les colonies des Français.&#13;
&#13;
169&#13;
Il s’agit ici d’une loi faite par le tribunal civil de Boston en Nouvelle-Angleterre en 1666. Le&#13;
texte de cette loi fut publié dans la Nova Positio Super Virtutibus, Summarium Additionale, p. 403405, selon une copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, MS377. Nous n’avons pas cru nécessaire de la reproduire dans la présente Positio, puisque&#13;
cette note est suffisante.&#13;
&#13;
- 286 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-9&#13;
&#13;
Réponse au cas proposé :&#13;
Une longue expérience ayant, depuis l’établissement de la colonie des&#13;
Français dans le Canada, fait connaître qu’il n’y a rien de si pernicieux dans&#13;
toutes ses suites, ni qui apporte plus d’obstacle à l’avancement de la religion&#13;
et qui cause tant de désordres parmi les Sauvages que le débit qu’on leur&#13;
fait des eaux-de-vie et autres boissons enivrantes, les docteurs soussignés,&#13;
professeurs en théologie de la maison et société de [La] Sorbonne, qui ont&#13;
vu et examiné attentivement ce qui est rapporté ci-dessus, sont d’avis :&#13;
1° que dans les circonstances du cas proposé, on ne peut en&#13;
conscience vendre, troquer ni donner des eaux-de-vie aux&#13;
Sauvages et autres semblables boissons en quantité suffisante&#13;
pour les enivrer ou même aucun d’entre eux ;&#13;
2° que Mgr l’évêque de Canada peut, afin d’empêcher un&#13;
commerce si préjudiciable au salut des âmes, user de la&#13;
puissance que Dieu lui a donnée et même qu’il est obligé en&#13;
conscience de se servir à cet effet des moyens les plus efficaces&#13;
et qu’il jugera les plus convenables, tel que serait par exemple&#13;
de faire un cas réservé du péché que l’on commet par le&#13;
malheureux débit de ces sortes de liqueurs et boissons.&#13;
Délibéré en [La] Sorbonne, le 8e jour du mois de mars, en l’an 1675,&#13;
M. Grandin,&#13;
G. de l’Estocq,&#13;
G. Boust,&#13;
De Periers,&#13;
Pirot,&#13;
Jos. Boucher.&#13;
&#13;
- 287 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-10&#13;
&#13;
DOC. XXVII-10. DÉLIBÉRATION DE TOULOUSE AU SUJET DES BOISSONS ENIVRANTES (28 JUIN 1675)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-10&#13;
Délibération des docteurs de l’Université de Toulouse à la question sur la&#13;
licéité de la réserve faite par le Serviteur de Dieu au sujet du péché de&#13;
commerce des boissons avec les peuples autochtones, 28 juin 1675, d’après la&#13;
copie conservée des Archives départementales des Yvelines et de l’ancienne&#13;
Seine-et-Oise, Montigny-le-Bretonneux, 57H1&#13;
Comme y fait allusion une note du secrétaire d’État de la Marine de France&#13;
Colbert retrouvée avec la copie de ce document, on cherchait, par la présente&#13;
consultation, à affaiblir la réponse de La Sorbonne donnée à ce sujet (no 9). De&#13;
fait, la réponse fut contraire à celle de l’Université de Paris.&#13;
On ne connaît pas l’auteur de cet avis, mais le texte laisse clairement entendre&#13;
qu’il était tout à fait favorable à un tel commerce et convaincu de l’illégitimité de&#13;
la prohibition faite par le Serviteur de Dieu. Le fait d’avoir retrouvé une copie de&#13;
ce document dans les Archives des Récollets de Versailles, qui semblaient&#13;
admettre ce commerce (cf. Introduction aux Docs. XLIII), pourrait indiquer que&#13;
la demande ait été présentée par ceux-ci. Mais aucun document ne le prouve.&#13;
D’autre part, on pourrait croire que Talon, alors en France, ait pu en être&#13;
l’instigateur.&#13;
&#13;
Difficulté touchant le commerce des boissons enivrantes avec les Sauvages*&#13;
de la Nouvelle-France, répondue par les docteurs de l’Université de&#13;
Toulouse :&#13;
M. l’évêque de Québec fait un cas réservé et prétend que c’est un péché&#13;
mortel de vendre de l’eau-de-vie et autres boissons enivrantes aux&#13;
Sauvages de la Nouvelle-France en quantité suffisante pour les enivrer,&#13;
quoiqu’ils n’en abusent pas pour lors et qu’ils la portent ailleurs pour la&#13;
boire.&#13;
Sa raison est que tous les Sauvages ne boivent que pour s’enivrer ; ce qui est&#13;
véritable, y en ayant très peu qui ne boivent trop, lorsqu’ils ont de la boisson&#13;
à discrétion. Il est vrai encore que dans les excès, ils commettent plusieurs&#13;
désordres qui en sont inséparables. Cependant, il est à remarquer qu’il y a&#13;
deux sortes de Sauvages, les uns tellement soumis aux Français qu’on n’a&#13;
rien à craindre d’eux et qu’on peut leur commander absolument. Il serait&#13;
bon de ne pas vendre à ceux-là des boissons enivrantes et de les accoutumer&#13;
à l’ordre et à la discipline, quoiqu’ils ne soient pas chrétiens et que le peu&#13;
- 288 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-10&#13;
&#13;
de conversions qui s’y font marque assez leur peu de disposition à la foi.&#13;
Les autres, comme les Iroquois et les Loups ou Mahingans, ne nous sont&#13;
nullement soumis, nous ont fait par le passé de sanglantes guerres qu’ils&#13;
peuvent recommencer avec plus de désavantages pour nous que jamais&#13;
sous la protection des Hollandais et autres ennemis de l’État, dont ils sont&#13;
voisins et qui les sollicitent continuellement à une rupture avec nous, qui&#13;
irait à la destruction du pays et à l’extirpation de la foi par l’obstacle qu’ils&#13;
apportent à la publication de l’Évangile chez les autres nations ; ce qui a&#13;
paru par l’ambassade que les Hollandais envoyèrent en 1673 aux Iroquois 170&#13;
pour les engager à une guerre contre nous et par le meurtre qu’ils firent&#13;
faire aux Loups la même année en la personne de 16 de nos alliés pour&#13;
commencer la guerre. Ces Sauvages devenant nos ennemis peuvent ruiner&#13;
le pays, seront inconvertibles et ôteront le moyen de convertir les autres&#13;
nations. Ils ont déjà et auront autant d’eau-de-vie et de boisson qu’il leur&#13;
plaît des Hollandais et Anglais, qui se servent de notre scrupule pour les&#13;
ménager contre nous en leur fournissant de ces denrées, qui sont leur&#13;
principal commerce.&#13;
On sait assurément que sans ce commerce, on ne peut obvier à tous ces&#13;
inconvénients, parce que les autres marchandises étant trop chères chez&#13;
nous, on ne peut faire de commerce avec les nations, ni par conséquent&#13;
entretenir la paix, qui dépend absolument de pouvoir les engager à venir&#13;
souvent chez nous, ce qu’on ne peut obtenir sans trafic. On demande, ce&#13;
que dessus supposé très véritable, comme l’est assurément, si on ne peut&#13;
pas en conscience, pour conserver le pays et la paix, permettre aux Loups&#13;
et aux Iroquois d’emporter chez eux telle quantité de boissons qu’ils&#13;
voudront, pourvu qu’ils ne s’enivrent point actuellement, quoiqu’on&#13;
prévoie moralement qu’ils en abuseront dans le pays. Et comme ceux qui&#13;
proposent ce cas de conscience savent bien qu’ils se tromperaient euxmêmes s’ils imposaient à ceux qu’ils consultent, ils supplient les personnes&#13;
qui auront la charité d’y répondre de mettre leur âme en repos en s’assurant&#13;
aussi de la vérité de l’hypothèse.&#13;
170&#13;
NDLR : Alliance avec les Agniers pour l’hiver 1673-1674 (cf. Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie :&#13;
1666-1687, vol. 2, 1998, p. 120-121).&#13;
&#13;
- 289 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-10&#13;
&#13;
Réponse des docteurs de l’Université de Toulouse :&#13;
Nous, soussignés, professeurs en théologie de l’Université de Toulouse,&#13;
déclarons que notre sentiment est que M. l’évêque de Québec ne peut point&#13;
licitement faire un péché mortel et moins un cas réservé de la vente des&#13;
eaux-de-vie, particulièrement à ceux qui ne sont pas soumis ; parce que,&#13;
prétendant empêcher un mal, il ne l’empêche point, comme il est porté par&#13;
le cas proposé, et que d’ailleurs ceux qui vendent de l’eau-de-vie ne font&#13;
point une chose illicite d’elle-même, mais qui est absolument licite ; il n’y a&#13;
que l’abus qui en est mauvais, lequel n’est pas moralement présent et que&#13;
d’ailleurs il est inévitable ; mais surtout parce que l’on peut et l’on doit&#13;
tolérer un moindre mal pour en éviter un plus grand, tel qu’est d’être cause&#13;
d’une guerre et d’empêcher la prédication de l’Évangile, qui sont&#13;
assurément des maux plus grands que l’ivresse et les accidents qui en&#13;
proviennent, qui sont contre l’intention de ceux qui vendent. C’est notre&#13;
sentiment.&#13;
Donné à Toulouse, ce 28 juin 1675,&#13;
F. [J.] Brunet, religieux augustin et professeur du roi&#13;
F. Antonin Regnault de l’Ordre des Frères prêcheurs&#13;
Deexea, religieux de l’Ordre de Cîteaux, professeur en théologie.&#13;
&#13;
- 290 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-11&#13;
&#13;
DOC. XXVII-11. EXTRAITS DE LA LETTRE DE COLBERT À DUCHESNEAU (1ER MAI 1677)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-11&#13;
Extraits de la lettre de Colbert, secrétaire d’État de la Marine de France, à&#13;
Duchesneau, intendant du Canada, 1er mai 1677, d’après la copie&#13;
collationnée conservée aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-enProvence, Archives des colonies, série B, vol. 7, fos 80-82&#13;
Cette lettre se divise en trois parties. La 1re est laissée de côté, car elle n’intéresse&#13;
pas notre Cause. La 2e fait référence à la question du commerce des boissons&#13;
enivrantes avec les Autochtones. Cette partie, avec les documents nos 2, 9 et 12,&#13;
nous montre que le fond de la question sur la légitimité de l’excommunication et&#13;
de la réserve prononcée par le Serviteur de Dieu portait sur le fait que certains&#13;
administrateurs civils, comme les anciens intendants Talon et Bouteroue et le&#13;
gouverneur de Frontenac, niaient la gravité des désordres causés par ce commerce&#13;
auprès des Autochtones, et ils accusaient le Serviteur de Dieu de les exagérer.&#13;
Cependant, la gravité des désordres est prouvée en plusieurs textes irréfutables&#13;
publiés dans cette Positio. La 3e partie nous fait connaître la solution donnée par&#13;
le roi au problème survenu entre le Serviteur de Dieu et le gouverneur de&#13;
Frontenac au sujet d’honneurs indus dans les cérémonies religieuses que le&#13;
gouverneur voulait faire approuver par le Conseil souverain.&#13;
Il est important de noter que dans cette lettre, le ministre accuse le Serviteur de&#13;
Dieu d’abuser de son autorité au détriment du pouvoir royal. Derrière ces fausses&#13;
accusations se devine l’esprit gallican du ministre français, ainsi que l’énergique&#13;
résistance manifestée par Mgr de Laval pour conserver intacte son autorité&#13;
épiscopale et assurer les droits de l’Église au Canada.&#13;
&#13;
À Paris, le 1er mai 1677&#13;
Monsieur,&#13;
Quoique je vous aie fait savoir les intentions du roi sur tous les points&#13;
contenus en vos dépêches, auxquelles vous devez vous conformer, je suis&#13;
bien aise de vous les expliquer encore plus particulièrement sur trois ou&#13;
quatre points principaux.&#13;
Le 1er consiste en ce que vous vous mêlez de proposer au roi toutes sortes&#13;
d’officiers […]&#13;
Le 2e, en ce que je vois M. le comte de Frontenac de l’avis que le commerce&#13;
des boissons, que l’on appelle en ce pays-là enivrantes, avec les Sauvages*,&#13;
ne cause point les grands et effroyables maux sur lesquels M. de Québec&#13;
fait un cas réservé et même qu’il est nécessaire pour le commerce et je vous&#13;
- 291 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-11&#13;
&#13;
vois d’un contraire sentiment au sien, c’est-à-dire qu’il faut interdire&#13;
entièrement ce commerce avec les Sauvages ; et comme j’ai voulu&#13;
approfondir cette matière autant qu’il m’a été possible, j’ai voulu avant&#13;
toute chose savoir de M. Talon, qui a été six à sept ans en Canada, et du&#13;
sieur Bouteroue, qui y a été deux années, si en effet ces boissons causaient&#13;
de si étranges désordres. Vous verrez le mémoire dudit sieur Talon que je&#13;
vous envoie et vous verrez de plus quelques mémoires que j’ai fait faire ici&#13;
par d’habiles gens sur la même matière, sur laquelle vous devriez, avant&#13;
que de vous ranger du sentiment de M. l’évêque, vous informer fort&#13;
exactement du nombre de meurtres, d’assassinats, d’incendies et autres&#13;
excès causés par l’eau-de-vie, qui sont arrivés parmi les Sauvages depuis&#13;
que vous êtes en Canada et m’en envoyer la preuve ;&#13;
parce qu’en cas que ces faits eussent été bien constants, vous ne devez pas&#13;
douter de la piété du roi, que Sa Majesté n’eût donné tous les ordres&#13;
nécessaires en conformité des sentiments de M. de Québec et Sa Majesté&#13;
aurait fait une très sévère et très rigoureuse défense à tous ses sujets de faire&#13;
ce trafic ici ; mais au défaut de cette preuve et voyant de plus le contraire&#13;
par le témoignage et le rapport de ceux qui ont été le plus longtemps dans&#13;
ce pays-là, il n’est pas juste et la police générale d’un état résiste en cela aux&#13;
sentiments d’un évêque, qui, pour empêcher les abus que quelque petit&#13;
nombre de particuliers peuvent faire d’une chose qui est bonne en soi, veut&#13;
abolir le commerce d’une denrée qui sert beaucoup à attirer le commerce et&#13;
les Sauvages même parmi les chrétiens orthodoxes comme sont les&#13;
Français ;&#13;
d’autant plus que l’on courrait le risque d’être privé de ce commerce et de&#13;
contraindre ces Sauvages à le porter aux Anglais et Hollandais, qui sont&#13;
hérétiques, et par conséquent se priver des facilités que ce commerce&#13;
apporte pour les rendre capables d’une société civile, les convertir et les&#13;
maintenir dans les sentiments de la bonne et véritable religion ; et comme il&#13;
est difficile que vous puissiez empêcher directement que l’évêque ne fasse&#13;
un cas réservé de cette matière, il est d’autant plus nécessaire que vous vous&#13;
teniez uni aux sentiments du gouverneur pour empêcher, par tous les&#13;
&#13;
- 292 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-11&#13;
&#13;
moyens que l’autorité royale vous donne, les suites et les mauvais effets&#13;
d’une résolution, laquelle, quoiqu’elle soit fondée sur les apparences&#13;
d’éviter un péché et d’une plus grande perfection, ne laisse pas de tirer des&#13;
conséquences, qui sont assurément bien contraires à la fin que ledit sieur&#13;
évêque se propose.&#13;
Je suis encore obligé de vous dire que l’on voit clairement qu’encore que&#13;
ledit sieur évêque soit un homme de bien et qu’il fasse fort bien son devoir,&#13;
il ne laisse pas d’affecter une domination, qui passe de beaucoup au-delà&#13;
des bornes que les évêques ont dans tout le monde chrétien et&#13;
particulièrement dans le royaume, et ainsi vous devez vous appliquer à&#13;
bien connaître et à savoir le plus parfaitement que vous pourrez l’étendue&#13;
du pouvoir des évêques et les remèdes que l’autorité royale a apportés pour&#13;
en empêcher l’abus et leur trop grande domination, afin que vous puissiez,&#13;
de concert avec M. le comte de Frontenac, dans les occasions importantes,&#13;
y apporter les mêmes remèdes ; en quoi vous devez toutefois agir avec&#13;
beaucoup de modération et de retenue.&#13;
Le 3e point consiste en la difficulté que vous avez avec M. l’évêque de&#13;
Québec concernant les honneurs de l’Église ; sur quoi je vous déclare que la&#13;
prétention que vous avez, que le Conseil en corps doive recevoir l’encens et&#13;
les autres honneurs immédiatement après l’évêque et avant tout son clergé,&#13;
n’a aucun fondement et ne se pratique en aucun lieu du royaume et ainsi,&#13;
si ledit sieur évêque consent de vous donner ces honneurs dans les Te Deum,&#13;
vous devez les recevoir et dans les autres cérémonies, vous devez les laisser&#13;
donner à tout son clergé auparavant le Conseil, même étant en corps, et si&#13;
ledit sieur évêque en fait difficulté, même dans les Te Deum, vous devez le&#13;
souffrir, parce que le Conseil en corps n’y a aucun droit.&#13;
Le 4e point concerne les demandes que vous faites sur le sujet de la justice ; sur&#13;
quoi je dois vous dire que M. le comte de Frontenac doit avoir la première place,&#13;
M. l’évêque de Québec la seconde et que vous devez demander les opinions, les&#13;
recueillir et prononcer les arrêts. […]&#13;
&#13;
- 293 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-12&#13;
&#13;
Et comme je vois que M. l’évêque de Québec, ainsi que je viens de vous dire,&#13;
affecte une autorité un peu trop indépendante de l’autorité royale et que,&#13;
par cette raison, il serait peut-être bon qu’il n’eût pas de séance dans le&#13;
Conseil, vous devez bien examiner toutes les occasions et tous les moyens&#13;
que l’on pourrait pratiquer pour lui donner à lui-même l’envoi de n’y plus&#13;
venir. Mais vous devez en cela vous conduire avec beaucoup de retenue et&#13;
de secret et bien prendre garde que qui que ce soit ne découvre ce que je&#13;
vous écris sur ce point.&#13;
Vous devez faire voir à M. de Frontenac tous les mémoires et papiers que&#13;
je vous envoie concernant la traite des boissons.&#13;
Je suis.&#13;
DOC. XXVII-12. EXTRAITS DE LA LETTRE DE DUDOUYT À LAVAL (1677)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-12&#13;
Extraits d’une lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu, 1677, d’après&#13;
l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 48c&#13;
À l’époque du document que nous reproduisons ici, le débat au sujet du commerce&#13;
des boissons enivrantes avec les Autochtones avait dépassé les limites de la&#13;
Nouvelle-France et était entré à la Cour de Paris. Pendant qu’au Canada le&#13;
Serviteur de Dieu, appuyé par ses prêtres et par l’intendant Duchesneau, défendait&#13;
sa thèse de prohibition contre les prétentions du gouverneur de Frontenac et des&#13;
commerçants, à Paris, l’abbé Dudouyt, représentant du Serviteur de Dieu,&#13;
soutenait le point de vue du clergé contre les vues utilitaires du ministre Colbert.&#13;
Ce dernier, conseillé par Talon, penchait pour la liberté du commerce. Dans cet&#13;
extrait de la lettre de l’abbé Dudouyt, l’auteur donne de l’information sur deux&#13;
audiences obtenues avec le ministre à cet effet. Le document est plutôt intéressant,&#13;
puisqu’on y expose les objections ordinaires des administrateurs et les arguments&#13;
majeurs de l’évêque de Québec en faveur d’une telle prohibition.&#13;
&#13;
M. Colbert 171 étant sur le point de régler toutes choses et peu disposé à avoir&#13;
égard à tout ce que je lui ai représenté, nommément pour la traite des&#13;
boissons, à laquelle il penchait fort, je me suis présenté à lui à l’audience&#13;
publique, par l’avis de nos amis, et lui ai dit que je le suppliais d’avoir égard&#13;
à ce que je lui ai remontré touchant la modération qui se doit observer dans&#13;
171&#13;
NDLR : Dudouyt écrit parfois « M. C. » et « M. F. » pour nommer M. Colbert et&#13;
M. de Frontenac. Nous avons complété les noms lorsque c’était le cas.&#13;
&#13;
- 294 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-12&#13;
&#13;
la traite des boissons aux Sauvages* ; que de là dépendait tout leur&#13;
christianisme et même le bien de la colonie ; que s’il avait pour agréable de&#13;
m’entendre sur ce sujet, que je lui rendrais raison de toutes choses.&#13;
Il me repartit d’un ton fort haut et sévère (ce qui ne se fait pas dans les&#13;
audiences publiques) que nous étions des gens qui nous voulions mêler de&#13;
ce qui ne nous regardait pas ; que, parce que nous étions loin du Soleil 172,&#13;
nous voulions entreprendre sur l’autorité ; que nous ne devions nous mêler&#13;
que de prêcher, confesser et exhorter.&#13;
Je lui dis que nous ne nous mêlions que de ce qui regardait notre ministère ;&#13;
que je lui représentai les choses afin qu’il y apportât l’ordre qu’il jugerait&#13;
nécessaire ; et, à même temps, je lui présentai la résolution de [La] Sorbonne&#13;
que j’avais en main, lui disant : « Voilà la résolution des six professeurs de&#13;
[La] Sorbonne, où vous verrez la vérité du fait clairement exposée et ce qui&#13;
se peut faire à ce sujet. »&#13;
À quoi il me repartit qu’il y avait dix ans qu’il était instruit de cela ; que&#13;
M. l’évêque de Canada se mêlât de prêcher, exhorter, etc., me témoignant&#13;
qu’il n’agréait pas m’entendre sur ce sujet, etc. […]&#13;
Après avoir attendu l’espace de 15 jours, le temps auquel M. Colbert serait&#13;
en état de m’entendre, il me donna audience à Sceaux mardi 11 mai, où&#13;
M. Bellinzani m’avait mené pour cet effet. Ce fut après que tout le monde&#13;
fut expédié et parti pour retourner à Paris. Il me fit appeler dans la salle&#13;
proche de son cabinet et sortir deux de ses domestiques, qui restaient en&#13;
cette salle, et je restai seul avec lui près de trois quarts d’heure où il me parla&#13;
et m’entendit avec patience, et même assez doucement, excepté quelque&#13;
chose au sujet du cas réservé.&#13;
Je commençai de lui dire quelque chose, où il prit la parole, me disant qu’il&#13;
savait notre zèle ; que nous voudrions détruire les vices jusque dans la&#13;
racine ; que nous faisions ce que des missionnaires doivent faire ; mais qu’il&#13;
172&#13;
&#13;
Le roi Louis XIV.&#13;
- 295 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-12&#13;
&#13;
y avait bien des choses qu’il fallait tolérer, comme on fait ailleurs ; que nous&#13;
voulions porter les choses à une grande perfection.&#13;
Je lui répondis que pour ce qui regarde la disposition des Sauvages au&#13;
regard de la boisson, si elle était semblable à celle de tous les autres peuples&#13;
d’Europe, il ne faudrait pas penser à tenir d’autre conduite que celle qui&#13;
s’observe partout ailleurs, mais que toute la difficulté de cette affaire&#13;
consistait à bien connaître la différence qu’il y a entre nos Sauvages et les&#13;
autres peuples d’Europe au regard de la boisson.&#13;
Sur quoi je lui dis que l’inclination que les Sauvages ont à s’enivrer est&#13;
beaucoup plus grande que celle des peuples d’Europe ; qu’ils ont bien plus&#13;
de faiblesse pour y résister ; qu’elle est universelle ; que les désordres que&#13;
les Sauvages commettent sont bien plus grands ; ce que je lui prouvai de&#13;
cette sorte :&#13;
— Monseigneur, s’il y a dans une bourgade de la boisson à la discrétion des&#13;
Sauvages, ils s’enivrent ordinairement tous, vieux, jeunes, grands, petits,&#13;
femmes et enfants, de sorte qu’à peine en reste-t-il quelqu’un qui ne&#13;
s’enivre ; que s’il y a de la boisson pour deux jours, l’ivrognerie durera deux&#13;
jours ; s’il y en a pour une semaine, elle durera une semaine ; s’il y en a pour&#13;
un mois, elle durera un mois ; que nous ne voyons pas que parmi les&#13;
peuples d’Europe toute une ville s’enivre, ni que cela dure les semaines et&#13;
les mois et que les peuples d’Europe étant civilisés ne commettaient pas tant&#13;
de désordres, ni si grands que les Sauvages, qui étant barbares faisaient&#13;
dans l’ivresse tous les désordres dont un Barbare est capable en cet état ;&#13;
que ce qu’on avait exposé aux six professeurs de [La] Sorbonne était dans&#13;
la vérité.&#13;
À quoi il répartit que nous exagérions les choses, qu’il s’était informé des&#13;
personnes qui avaient eu habitude en Canada 173, qui ne le disaient pas de la&#13;
sorte.&#13;
NDLR : Il avait interrogé Jean Talon (v. 1626-1698) et Claude de Bouteroue d’Aubigny (16201680), anciens intendants au Canada, tous deux en faveur de la traite des boissons pour favoriser le&#13;
commerce (cf. Doc. XXVII-10).&#13;
173&#13;
&#13;
- 296 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-12&#13;
&#13;
Je lui dis que toutes les personnes qui n’étaient pas intéressées lui&#13;
rendraient le même témoignage que je faisais.&#13;
— Je n’entends pas, dit-il, ce que cela veut dire : des personnes intéressées.&#13;
— C’est-à-dire, Monseigneur, des personnes qui veulent avoir des castors&#13;
des Sauvages par le moyen de la boisson, sans se mettre en peine des&#13;
désordres qu’ils causent par ce moyen et sans avoir égard à leur salut, ni à&#13;
celui des Sauvages.&#13;
Il me dit là-dessus qu’il s’en était informé de M. Talon, qui ne disait pas&#13;
cela, que ce n’était pas un homme intéressé.&#13;
Je lui dis que M. Talon était cause de la peine dans laquelle nous nous&#13;
trouvions présentement, d’autant qu’un jour étant prêt de mettre le pied&#13;
dans le vaisseau pour passer en France, il fit lever toutes les peines et&#13;
ordonnances desquelles la justice et ceux qui avaient eu l’autorité en main&#13;
s’étaient servis pour réprimer les désordres, qui étaient causés par la trop&#13;
grande quantité de boisson que l’on baillait aux Sauvages et que l’espace de&#13;
30 ans, on s’y était toujours opposé par les ordonnances, les peines et&#13;
amendes, etc. ; que s’il voulait en faire informer sur le lieu, les personnes&#13;
qui ne seraient pas intéressées lui rendraient le même témoignage que je&#13;
faisais.&#13;
Il me dit qu’il y avait déjà donné ordre ; et en effet, j’avais su qu’il avait fait&#13;
disposer toutes ses consultations et mémoires pour envoyer à&#13;
M. Duchesneau.&#13;
Je lui dis qu’on pouvait aisément garder la modération dans la traite des&#13;
boissons, d’autant qu’il en avait déjà été le principal empêchement par&#13;
l’arrêt qui défend les congés d’aller dans les bois et que, la traite se faisant&#13;
dans les habitations, tout se passerait à la vue et connaissance du public et&#13;
qu’ainsi il serait facile de reconnaître les désordres et d’y apporter le&#13;
remède.&#13;
&#13;
- 297 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-12&#13;
&#13;
— Mais comment donc faire le commerce avec les Sauvages ? dit&#13;
M. Colbert.&#13;
— Il faut, Monseigneur, leur bailler des marchandises et de la boisson avec&#13;
modération.&#13;
— Quelle est cette modération ?&#13;
— C’est-à-dire qu’il leur en faut donner en telle quantité qu’il n’y en ait pas&#13;
pour les enivrer.&#13;
— Que veut dire cela ? Comment peut-on faire ?&#13;
— On le peut faire, Monseigneur, comme les fermiers du roi174 le font faire à&#13;
Tadoussac il y a 175 plus de 20 ans. On donne, par exemple, une pinte de&#13;
vin 176 à un Sauvage et, s’il en veut davantage, on le remet à un autre temps&#13;
et ainsi on garde la modération nécessaire et on ne gâte point le commerce.&#13;
S’il vous plaît d’ordonner qu’il n’en soit pas donné en quantité suffisante&#13;
pour enivrer les Sauvages et commander au Conseil d’y tenir la main, vous&#13;
aurez la satisfaction de voir la chose observée dans tous les autres lieux,&#13;
aussi bien qu’à Tadoussac.&#13;
M. Colbert — Oui, mais comment faire le commerce avec un Sauvage qui&#13;
apportera au lieu de la traite 50 castors et qui voudra pour paiement la&#13;
moitié en marchandises et la moitié en boisson pour emporter à son village&#13;
et payer ceux qui lui ont baillé du castor, qui veulent de la boisson ?&#13;
Je lui dis que c’était le transport des boissons qui causait les plus grands&#13;
désordres, qu’il fallait accoutumer les Sauvages iroquois à prendre des&#13;
marchandises et de la boisson modérément, comme les Sauvages de&#13;
Tadoussac, et que souvent ils ont témoigné, après s’être enivrés et avoir tout&#13;
consommé en boisson, qu’ils souhaiteraient qu’on ne leur en baillât pas en&#13;
quantité pour s’enivrer, qu’ils aimeraient bien mieux emporter les hardes&#13;
qui leur sont nécessaires, mais que quand on leur baille une telle quantité&#13;
de boisson, qu’ils ne sauraient s’empêcher de s’enivrer. Il y a même eu des&#13;
NDLR : La Compagnie des fermiers généraux, ici appelée « fermiers du roi », fut officiellement&#13;
créée par Louis XIV et Colbert en 1680, à partir d’un principe existant depuis plus de 100 ans. Elle&#13;
avait la charge des recettes des impôts indirects, des droits de douane, des droits d’enregistrement&#13;
et des produits domaniaux.&#13;
175&#13;
NDLR : depuis.&#13;
176&#13;
Une pinte équivaut à 93 cl.&#13;
174&#13;
&#13;
- 298 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-12&#13;
&#13;
Sauvages qui ont représenté requête aux gouverneurs pour qu’on ne leur&#13;
traitât pas une telle quantité de boisson qui les enivrât.&#13;
M. Colbert — Mais quoi ! Ils porteront leurs castors aux Hollandais !&#13;
— Cela n’est pas à craindre de la plupart de nos Sauvages. Il n’y a que les&#13;
Iroquois qui pourront y aller et ceux de Sonnontouan, qui sont à 80 lieues&#13;
de la Nouvelle-Hollande, n’iront pas chercher de la boisson et porter leurs&#13;
castors si loin, pourvu que nous leur portions avec la barque des&#13;
marchandises et de la boisson avec modération, comme on a fait depuis&#13;
deux ans ; et quand il y en aurait quelqu’un qui serait si passionné pour la&#13;
boisson qu’il y allât pour cet effet, cela ira à très peu de choses et les Français&#13;
n’en feront pas 500 castors [de] moins chaque année pour garder la&#13;
modération nécessaire pour le christianisme et le bien de la colonie ; ce qui&#13;
est très peu de chose pour causer tant de désordres.&#13;
M. Colbert — Mais si un Sauvage emporte un baril d’eau-de-vie, il n’y en&#13;
aura pas pour enivrer un village.&#13;
— Il est vrai, Monseigneur, mais il arrivera que le Sauvage boira avec sa&#13;
bande tout le baril sans le porter au village et s’il l’y porte, les Sauvages, qui&#13;
ne boivent que pour s’enivrer, en prendront en telle quantité qu’il en ait&#13;
pour s’enivrer ; car ils sont tellement passionnés pour s’enivrer que si on&#13;
leur baille une bouteille à six ou sept, qui ne serait pas capable de les enivrer&#13;
tous, ils l’abandonnent à deux ou trois, afin qu’ils se puissent enivrer et les&#13;
autres s’en privent.&#13;
M. Colbert — Mais pourquoi faire un cas réservé de cela ? En use-t-on de&#13;
même en France et ailleurs ? Les Bretons [ne] s’enivrent-ils pas ? Les&#13;
Allemands ? etc.&#13;
— C’est, Monseigneur, pour la raison que je vous dis, que nos Sauvages&#13;
sont dans une disposition au regard de la boisson qui est tout autre de celle&#13;
des peuples d’Europe. C’est une chose bien sensible à un évêque de voir&#13;
&#13;
- 299 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-12&#13;
&#13;
périr son Église entre ses mains par un pareil désordre et n’y pas apporter&#13;
tous les remèdes qui peuvent servir à l’empêcher.&#13;
M. Colbert — Le christianisme a-t-il péri depuis 12 ans que le roi a pris le&#13;
soin du pays ?&#13;
Je répondis qu’on avait toujours tâché par les ordonnances, les peines et&#13;
amendes d’empêcher les excès et que, dans les lieux où on a abandonné la&#13;
boisson aux Sauvages, le christianisme y a beaucoup souffert ; l’on a même&#13;
été contraint à l’Acadie d’abandonner par deux ou trois fois des églises de&#13;
Sauvages, d’autant qu’il n’y avait point de juge, ni de personne en autorité&#13;
pour réprimer les désordres. Je ne répétai point toutes les raisons et&#13;
désordres qui sont marqués dans l’exposé de la résolution de La Sorbonne.&#13;
Je dis seulement qu’on avait exposé la vérité des choses comme elle est.&#13;
Sur quoi il répondit que nous exagérions ; qu’il ne fallait pas faire un cas&#13;
réservé de cela ; que si M. l’évêque excommuniait pour cela, qu’on en&#13;
appellerait comme d’abus ; qu’il manderait au Conseil d’y tenir la main et&#13;
que je vous le mandasse ; et que je m’informasse si on usait de la sorte en&#13;
France, que les évêques ne faisaient pas cela ; que si on le faisait, on&#13;
trouverait toujours l’autorité royale qui s’y opposerait, etc.&#13;
Je lui dis qu’il n’y avait pas d’évêque ni de clergé plus soumis aux volontés&#13;
du roi qu’en Canada.&#13;
À quoi il me dit qu’il n’en doutait pas, mais que nous voulions porter les&#13;
choses à une plus grande perfection qu’en France.&#13;
Et je lui répondis que si les évêques de France étaient en Canada, ils en&#13;
useraient de la même manière et tout autrement qu’en France, la chose étant&#13;
si différente.&#13;
Il me dit qu’il voyait bien qu’il ne pouvait pas me convaincre sur ce sujetlà ; car il s’était disposé et avait résolu de me convaincre s’il pouvait, ainsi&#13;
qu’il avait dit et que je l’avais su.&#13;
- 300 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-13&#13;
&#13;
DOC. XXVII-13. ÉDIT DE LOUIS XIV INTERDISANT DE PORTER DES BOISSONS ENIVRANTES AUX AUTOCHTONES (24 MAI&#13;
1679)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-13&#13;
Édit de Louis XIV sur le commerce des boissons enivrantes avec les&#13;
Autochtones, 24 mai 1679, d’après l’original conservé aux Archives nationales&#13;
d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série C11 A, vol. 4, fos 185-186&#13;
En vue de rendre une décision définitive autour de la question du commerce des&#13;
boissons enivrantes avec les Autochtones, le roi de France, Louis XIV, demanda&#13;
au gouverneur de Frontenac de choisir 24 Canadiens qui devraient témoigner sur&#13;
les inconvénients d’un tel commerce. La réunion eut lieu à Québec le 10 octobre&#13;
1678. Comme le remarque le réputé historien canadien, l’abbé Ferland (Cours&#13;
d’histoire du Canada, Québec, 1865, vol. 2, p. 106), « ceux qui furent appelés à&#13;
cette assemblée étaient engagés dans le commerce avec les nations sauvages ;&#13;
aussi la plupart se déclarèrent en faveur du trafic de l’eau-de-vie ». Comme on&#13;
devait envoyer en France le procès-verbal 177 de la session à l’automne 1678, le&#13;
Serviteur de Dieu crut opportun de se rendre lui-même auprès du roi pour&#13;
démontrer l’importance de sa thèse de prohibition. L’étude de cette question fut&#13;
confiée au P. de La Chaize, confesseur du roi, et à l’archevêque de Paris. Sur leur&#13;
conseil, le roi rendit le décret reproduit ici, par lequel ledit commerce était interdit&#13;
seulement dans les habitations des Autochtones en forêt.&#13;
Voici ce qu’ajoute l’abbé Ferland à propos de ce décret :&#13;
La permission de vendre de l’eau-de-vie aux Sauvages* était ainsi&#13;
restreinte aux habitations françaises et il était défendu d’en porter dans les&#13;
bois. L’évêque avait obtenu beaucoup moins qu’il ne souhaitait ; car,&#13;
comme les habitations françaises étaient dispersées, que plusieurs même&#13;
étaient rapprochées des villages sauvages, il était encore facile aux&#13;
traiteurs de trouver des entrepôts pour y déposer leur marchandise et fort&#13;
difficile de découvrir les contraventions à l’ordonnance. C’était cependant&#13;
un avantage remporté sur la cupidité des coureurs des bois et un pas vers&#13;
un meilleur ordre de chose. Ne pouvant obtenir davantage, Mgr de Laval&#13;
revint au Canada en 1680 et essaya de combattre les restes du mal par&#13;
l’influence salutaire de la religion.&#13;
La lutte qu’il eut à soutenir contre les intrigues et les persécutions de ceux&#13;
qui favorisaient le commerce de l’eau-de-vie forme comme un de ses plus&#13;
beaux titres à la reconnaissance des habitants du Canada. Pour résister aux&#13;
progrès d’un mal qui menaçait de ruiner la colonie au moral et au physique,&#13;
il opposa une patience et une fermeté qui arrêtèrent le progrès du fléau et&#13;
le forcèrent à rétrograder. Soutenu par son clergé et un petit nombre de&#13;
laïcs, amis de leur pays, le digne prélat opposa une digue que rien ne put&#13;
emporter. Contre les vils artifices des marchands, il opposa la sagesse et la&#13;
fermeté d’un véritable chrétien. Ce qu’il y a d’honneur, de patriotisme et&#13;
de vraie sagesse dans la Nouvelle-France se leva pour repousser la&#13;
cupidité, le libertinage et l’égoïsme de ces faux amis du pays, qui&#13;
cherchaient à s’enrichir en se couvrant du masque du bien public. Si la&#13;
victoire ne fut pas complète, elle fut cependant suffisante pour sauver le&#13;
Canada. » (Ibid., vol. 2, p. 107-108)&#13;
&#13;
177&#13;
NDLR : Une copie de ce procès-verbal a été conservée au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Polygraphie 5, no 7.&#13;
&#13;
- 301 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-13&#13;
&#13;
Ordonnance du roi qui défend de porter de l’eau-de-vie aux bourgades&#13;
des Sauvages éloignées des habitations françaises, du 24 mai 1679&#13;
De par le roi,&#13;
Sa Majesté s’étant fait représenter ses ordonnances du 15 avril 1676, 12 mai&#13;
1678 et 25 avril 1679 ; la 1re portant défenses à tous ses sujets habitants des&#13;
pays de Canada d’aller à la traite des pelleteries dans les habitations des&#13;
Sauvages et profondeur des bois ; la 2e, de chasser hors [de] l’étendue des&#13;
terres défrichées et habitées et une lieue à la ronde ; et la 3e, par laquelle Sa&#13;
Majesté permet de donner des congés de chasse depuis le 15 janvier&#13;
jusqu’au 15 avril de chacune année ; ensemble tous les mémoires venus&#13;
dudit pays concernant le débit des vins et eaux-de-vie aux Sauvages ; et&#13;
voulant terminer les difficultés qui sont jusqu’à présent survenues audit&#13;
pays sur le sujet dudit commerce, Sa Majesté a fait très expresses inhibitions&#13;
et défenses à tous ses sujets habitants dudit pays qui auront permission&#13;
d’aller à la chasse dans la profondeur des bois, depuis le 15 janvier jusqu’au&#13;
15 avril, conformément à ladite ordonnance du 25 avril dernier, de porter&#13;
ni faire porter des eaux-de-vie dans les bourgades des Sauvages éloignées&#13;
des habitations françaises, à peine de 100 livres d’amende pour la première&#13;
fois, de 300 livres pour la seconde et de punition corporelle pour la&#13;
troisième.&#13;
Mande Sa Majesté au sieur comte de Frontenac, gouverneur et lieutenantgénéral pour Sa Majesté audit pays, de tenir la main à l’exécution de la&#13;
présente ordonnance. Veut pareillement Sa Majesté qu’elle soit enregistrée&#13;
au Conseil souverain pour être exécutée selon sa forme et teneur.&#13;
Fait à Saint-Germain-en-Laye, le 24e jour de mai 1679,&#13;
Louis&#13;
Colbert. [Scellé du petit cachet du roi]&#13;
Registré suivant l’arrêt de ce jour à Québec au Conseil souverain, le&#13;
16 octobre de relevée 1679,&#13;
Peuvret.&#13;
- 302 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-14&#13;
&#13;
DOC. XXVII-14. LETTRE DE COLBERT À DUCHESNEAU (24 MAI 1679)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-14&#13;
Lettre de Colbert, secrétaire d’État de la Marine de France, à Duchesneau,&#13;
intendant du Canada, 24 mai 1679, d’après la copie conservée aux Archives&#13;
nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série B, vol. 8, fos 18v-19&#13;
Cette lettre nous informe que le Serviteur de Dieu, sur requête expresse de&#13;
l’archevêque de Paris et du P. de La Chaize, confesseur du roi, accepta de rendre&#13;
le cas réservé conforme au décret royal du 24 mai 1679. On constatera dans le&#13;
document suivant (no 15) que le Serviteur de Dieu alla jusqu’à le suspendre pour&#13;
un an, en considération du désir exprimé par l’archevêque de Paris.&#13;
&#13;
À Saint-Germain, le 24 mai 1679&#13;
Monsieur,&#13;
Le roi a fait examiner à fond par M. l’archevêque de Paris et le&#13;
R. P. de La Chaize, confesseur de Sa Majesté, la difficulté concernant les&#13;
boissons enivrantes. Ils ont été d’avis, après en avoir conféré avec&#13;
M. l’évêque de Québec, que Sa Majesté fît de très expresses défenses aux&#13;
Français de porter desdites boissons dans les habitations des Sauvages*.&#13;
J’envoie à M. le comte de Frontenac l’ordonnance qui a été expédiée en&#13;
conformité de cet avis et comme M. l’évêque de Québec a assuré qu’il&#13;
réduirait son cas réservé aux termes de cette ordonnance, vous devez tenir&#13;
la main à la faire ponctuellement exécuter pour faire finir cette grande&#13;
difficulté.&#13;
Je suis.&#13;
&#13;
- 303 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-15&#13;
&#13;
DOC. XXVII-15. LETTRE DE TRONSON À DOLLIER (1ER JUIN 1679)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-15&#13;
de l’abbé Tronson à l’abbé Dollier de Casson, 1er juin 1679, d’après&#13;
la copie conservée aux Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris,&#13;
série 2, vol. 6, p. 3353&#13;
&#13;
Lettre 178&#13;
&#13;
Mgr de Québec m’a parlé de l’union de la cure de Montréal [au Séminaire SaintSulpice de Montréal], à quoi je lui ai témoigné que je ne voyais pas de difficulté. Il&#13;
se résout pour l’eau-de-vie d’entrer dans l’expédient que propose&#13;
Mgr l’archevêque de Paris et de suspendre pour une année son cas réservé.&#13;
Il fait état de partir demain et je l’ai prié de se charger de sept pages&#13;
d’arithmétique, qui composent une 6e lettre, afin qu’elle vous fût rendue&#13;
sûrement. Il ne sait pas ce qu’elle contient. Je ne sais comment il portera la&#13;
fatigue d’un si long voyage, car il se trouve assez incommodé et il&#13;
l’entreprend dans un temps où il aurait besoin de repos et où, si les grandes&#13;
chaleurs continuent, il aura beaucoup à souffrir. Je souhaiterais que&#13;
M. Guyotte pût l’accompagner, mais il n’est pas encore débarrassé du pays.&#13;
&#13;
NDLR : Puisque cette lettre est très courte, nous avons choisi de la reproduire au complet. Cette&#13;
lettre est la huitième d’une série que Louis Tronson, supérieur général de la Compagnie des prêtres&#13;
de Saint-Sulpice à Paris, a envoyée à Dollier de Casson, supérieur du Séminaire de Montréal.&#13;
178&#13;
&#13;
- 304 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-16&#13;
&#13;
DOC. XXVII-16. EXTRAITS DU RAPPORT DE LA BARRE À SEIGNELAY (12 NOVEMBRE 1682)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-16&#13;
Extraits du rapport de La Barre, gouverneur du Canada, à Seignelay,&#13;
secrétaire d’État de la Marine de France, 12 novembre 1682, d’après la copie&#13;
collationnée aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence,&#13;
Archives des colonies, Série C11 A, vol. 6, fos 59-65&#13;
Par le document précédent (no 15), nous savons que Mgr de Laval avait suspendu&#13;
pour un an sa réserve. Dans celui-ci, on constate qu’à l’automne 1682, cette&#13;
réserve n’était pas encore remise en vigueur. Il est probable que le Serviteur de&#13;
Dieu n’eut pas cru opportun de remettre sur le tapis l’épineuse question des&#13;
boissons alcooliques avant 1682, pour ne pas empirer la situation de la colonie,&#13;
déjà si critique à la suite des graves dissensions entre le gouverneur de Frontenac&#13;
et l’intendant Duchesneau. On peut ajouter que les désordres causés par les&#13;
boissons enivrantes chez les Autochtones avaient considérablement diminué.&#13;
Cependant, dès l’arrivée du gouverneur de La Barre, successeur de Frontenac, le&#13;
Serviteur de Dieu reprit ses efforts pour remettre en vigueur la réserve. Aussitôt,&#13;
le gouverneur répondit par une énergique opposition. Mgr de Laval, sur le point&#13;
de démissionner, n’alla pas plus loin, laissant à son successeur la mission de&#13;
reprendre le combat contre le néfaste commerce des boissons enivrantes qu’il&#13;
avait soutenu pendant tant d’années.&#13;
Le présent rapport fut écrit par M. de La Barre quelques semaines après son&#13;
arrivée au Canada. On y constate l’évidente influence des instructions reçues du&#13;
secrétaire d’État de la Marine de France, M. de Seignelay. Celui-ci, se fiant sur&#13;
les rapports tendancieux de Frontenac et de Talon, avait faussement présenté le&#13;
Serviteur de Dieu et le clergé canadien comme des ambitieux et des usurpateurs&#13;
du pouvoir civil à M. de La Barre. La présence au Canada de l’ancien gouverneur&#13;
de Frontenac contribua pour beaucoup à lui inspirer cette mauvaise réputation.&#13;
Tout cela explique les dures paroles que M. de La Barre tint à l’endroit de&#13;
l’évêque. Avec le temps, il changea d’avis et devint un sincère admirateur du&#13;
Serviteur de Dieu.&#13;
L’accusation « d’avoir contribué à la division entre M. le comte de Frontenac,&#13;
M. Duchesneau et le Conseil souverain » présentée contre le Serviteur de Dieu&#13;
mérite une explication.&#13;
M. de La Barre fait allusion aux difficultés survenues récemment entre le&#13;
gouverneur de Frontenac et l’intendant Duchesneau pour la présidence effective&#13;
du Conseil souverain, que le roi avait attribuée à l’intendant, mais que Frontenac&#13;
voulait avoir pour lui-même.&#13;
À dire vrai, ces difficultés remontaient à 1676 ; mais en 1679, elles prirent les&#13;
proportions alarmantes auxquelles fait allusion le gouverneur et qui, par la suite,&#13;
causèrent une vraie division au sein du Conseil souverain et de grands désordres&#13;
dans la colonie. La douloureuse histoire prit fin en 1682, avec le rappel en France&#13;
des deux administrateurs. L’accusation d’ingérence portée contre le Serviteur de&#13;
Dieu doit se rapporter à cette ultime phase du différend.&#13;
Sans entrer en détail dans cette question très complexe, nous nous contenterons&#13;
de noter que M. Duchesneau, tout en se montrant peu courtois envers son&#13;
supérieur, M. de Frontenac, soutenait cependant ses justes droits, tandis que&#13;
- 305 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-16&#13;
&#13;
Frontenac, toujours arrogant et despote, avait été plus d’une fois accusé d’abus de&#13;
pouvoir par le roi et le ministre.&#13;
Personne ne peut reprocher à M. de La Barre d’avoir lui aussi accusé le Serviteur&#13;
de Dieu d’avoir opté en faveur de M. Duchesneau, puisque ce dernier était dans&#13;
son plein droit. D’autre part, en vertu de sa nomination comme membre du&#13;
Conseil souverain, Mgr de Laval avait lui aussi le droit de s’occuper de toutes les&#13;
questions concernant la politique de la colonie.&#13;
Cependant, il n’est pas prouvé que Mgr de Laval se soit occupé directement de&#13;
cette affaire, puisqu’il était absent de Québec lorsque la lutte était au plus fort. En&#13;
effet, en novembre 1678, il partit pour la France, d’où il ne revint qu’à&#13;
l’automne 1680. Ensuite, du 7 avril au 10 août 1681, il s’absenta de Québec pour&#13;
une longue visite pastorale. À son retour, il était fatigué et malade.&#13;
Il semble même que le Serviteur de Dieu ait pris la résolution de ne pas s’en&#13;
occuper, comme le laisse entendre son procureur à Paris, l’abbé Dudouyt, dans&#13;
une lettre : « Dans la conjoncture des affaires, ç’a été un grand bien que l’Église&#13;
et vous particulièrement n’ayez eu aucune part dans toutes les brouilleries qui sont&#13;
arrivées depuis votre retour au Canada 179. »&#13;
Cependant, Mgr de Laval ne put rester tout à fait étranger à la douloureuse&#13;
situation ; en effet, il dut intervenir en deux circonstances. Dans la première, il fut&#13;
appelé à trancher une question à caractère privé entre Frontenac et Duchesneau&#13;
(Doc. XLVIII). Dans la seconde, il dut défendre au P. Adrien, récollet, de&#13;
continuer la prédication de l’avent, parce qu’il avait fait allusion aux difficultés&#13;
qui existaient entre le gouverneur et l’intendant. Le Serviteur de Dieu fit observer&#13;
à ce récollet que l’Église ne devait pas intervenir dans une telle affaire, mais « ce&#13;
dernier ne se soumit pas et le Serviteur de Dieu lui interdit de prêcher »&#13;
(Doc. XLIII-5).&#13;
En conclusion, nous pouvons dire que l’accusation avancée contre le Serviteur de&#13;
Dieu d’avoir contribué à semer la division au Conseil de Québec nous semble sans&#13;
fondement.&#13;
&#13;
Ce qui nous fera le plus de peine en ce pays sera l’esprit de M. l’évêque qui,&#13;
par toutes sortes de moyens, veut maintenir une autorité dans la politique&#13;
et le civil, comme il l’a dans le spirituel et se sert de l’un à tout propos pour&#13;
parvenir à l’autre.&#13;
Nous aurons pour sa personne et pour son caractère le dernier respect ; je&#13;
parle pour tous deux 180. Mais nous irons notre chemin dans les affaires.&#13;
Nous avons observé qu’il a beaucoup contribué à la division d’entre M. le&#13;
comte de Frontenac, M. Duchesneau et le Conseil souverain, et que&#13;
&#13;
179&#13;
180&#13;
&#13;
NDLR : Doc. LI-VI-8.&#13;
Le gouverneur de La Barre et l’intendant de Meulles arrivent ensemble à l’automne 1682.&#13;
- 306 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-16&#13;
&#13;
M. Duchesneau a tombé dans bien des pièges qu’on lui a tendus. Cela nous&#13;
rendra défiants tous deux.&#13;
Il y a présentement trois difficultés entre nous.&#13;
[La 1re est] l’exécution de l’ordonnance du 24e mai 1679 pour les boissons&#13;
enivrantes sur laquelle il dit qu’il n’a donné parole que pour un an à&#13;
M. l’archevêque de Paris de surseoir son cas réservé et qu’il l’a déjà sursis&#13;
trois ans et ainsi qu’il faut accommoder avec le spirituel l’autorité du roi.&#13;
Cependant, comme je lui ai parlé sur ce sujet avec toute la modération&#13;
possible et représenté que, depuis cette ordonnance, on n’entendait presque&#13;
plus parler des désordres que l’on contait parmi les Sauvages*, il m’a paru&#13;
fléchir. Mais comme il est fort adroit, je crains que ce ne soit à cause du&#13;
prompt départ des vaisseaux. Ainsi je crois qu’il serait bon que le roi lui&#13;
écrivît déterminément qu’il veut être obéi à cet égard.&#13;
La 2e est au sujet des cures fixes, à quoi il biaise avec beaucoup d’adresse,&#13;
faisant la chose impossible dans son exécution. Comme je n’entre dans ce&#13;
point que pour le conseil, M. l’intendant vous informera amplement.&#13;
La [3e] dernière est que les Hospitalières auxquelles il a ordonné de ne&#13;
recevoir aucun malade au lendemain de notre arrivée ; ce qu’elles nous ont&#13;
fait savoir avec bien de la peine de leur part. J’ai été surpris qu’il se soit&#13;
arrogé la qualité de seul directeur d’un hôpital qui subsiste plus par les&#13;
bienfaits du roi qu’autrement et que MM. les intendants n’aient pas établi&#13;
une direction comme dans les hôpitaux de France, dont ils fussent toujours&#13;
à la tête avec le procureur général et un autre officier du Conseil souverain&#13;
et un bourgeois de la ville, sauf à lui à y avoir place comme en quelques&#13;
villes du royaume. Il a tellement poussé ces pauvres filles à bâtir qu’il les a&#13;
fort incommodées. Vous savez, Monseigneur, ce qu’il y a à faire à cet égard ;&#13;
car c’est une affaire qui ne me touche ni ne concerne en rien que par l’esprit&#13;
de charité 181.&#13;
Nous n’avons pu vérifier à travers d’autres témoignages l’exactitude des faits indiqués par&#13;
M. de La Barre au sujet des relations du Serviteur de Dieu avec l’Hôtel-Dieu de Québec. Nous&#13;
181&#13;
&#13;
- 307 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-16&#13;
&#13;
Nous entrons, M. l’intendant et moi, dans les sentiments de régler les&#13;
revenus de chaque curé à 450 livres, monnaie de France, parce qu’il lui faut&#13;
un homme pour l’aider à mener son canot dans une étendue de cinq à&#13;
six lieues que contient la cure ou pour porter sa chapelle sur les neiges en&#13;
hiver aux lieux où il est obligé d’aller dire la messe, ces éloignements étant&#13;
surprenants pour un seul prêtre [...]&#13;
Depuis ma lettre écrite, M. l’évêque m’est venu voir et m’a donné parole&#13;
qu’il tiendrait la main à l’exécution de l’ordonnance du 24e mai 1679. Je crois&#13;
que les civilités dont je me sers près de lui et l’union parfaite de&#13;
M. l’intendant avec moi le mettront à la raison. Il est bon cependant, qu’il&#13;
sache les intentions du roi, mais non comme y résistant [...]&#13;
&#13;
sommes d’avis que ces témoignages, s’ils sont vrais, n’ont certainement pas eu l’importance que&#13;
semble leur attribuer le gouverneur, car aucun document des riches archives de l’Hôtel-Dieu de&#13;
Québec n’en fait la moindre allusion. Nous avons interrogé à ce sujet la mère archiviste, qui nous a&#13;
répondu ainsi dans une lettre du 5 février 1937 : « Nous ne trouvons partout, sous la plume de nos&#13;
mères, que des louanges pour le vénérable de Laval. Le fait dont parle M. de La Barre, s’il est exact,&#13;
n’est pas relevé dans les registres de l’Hôtel-Dieu ni dans les premières Annales de la maison. Les&#13;
correspondances ne portent pas trace non plus de l’incident. » De plus, l’abbé Casgrain ne fait&#13;
aucunement allusion à ces difficultés dans son livre Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec, Québec,&#13;
1878. D’autre part, même si les faits relatés étaient vrais, tout nous autorise à penser que le Serviteur&#13;
de Dieu aurait eu des motifs que nous ignorons et que M. de La Barre, même s’il les avait connus,&#13;
n’aurait pas été en mesure de les admettre ou de les comprendre à cause de son esprit gallican.&#13;
- 308 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVII-17&#13;
&#13;
DOC. XXVII-17. TÉMOIGNAGE DE DULHUT AU SUJET DE LA TRAITE DES BOISSONS AUX AUTOCHTONES (1688)&#13;
&#13;
Doc. XXVII-17&#13;
Témoignage de M. Dulhut sur les effets pervers de l’usage des boissons&#13;
alcooliques chez les populations autochtones de la Nouvelle-France, vers&#13;
1688, d’après la copie collationnée conservée aux Archives nationales&#13;
d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série 11 A, vol. 12, fo 131&#13;
Ce témoignage de M. Dulhut, capitaine de marine, revêt une importance spéciale,&#13;
car il a passé la majeure partie de sa vie avec les Autochtones et s’est consacré,&#13;
comme certains l’assurent, au commerce des boissons enivrantes pour le compte&#13;
du gouverneur de Frontenac.&#13;
&#13;
Je, soussigné, certifie avoir demeuré en diverses fois [en] l’espace de dix&#13;
années, tant au pays des Outaouais à la découverte que j’ai faite au pays de&#13;
Nadouesioux qu’au fort Saint-Joseph établi par ordre de M. le marquis de&#13;
Denonville, notre gouverneur général, à la tête du détroit du lac Érié qui est&#13;
dans le pays des Iroquois où j’avais l’honneur de commander, pendant&#13;
lequel temps je n’ai jamais vu traiter de l’eau-de-vie [sans] qu’il ne soit&#13;
arrivé de grands désordres jusqu’à voir le père tuer son fils et le fils jeter sa&#13;
mère dans le feu ; et je soutiens que moralement parlant il est impossible de&#13;
traiter de l’eau-de-vie dans le bois et dans les missions étrangères sans&#13;
s’exposer à tomber dans ces malheurs.&#13;
En foi de quoi j’ai signé,&#13;
Dulhut.&#13;
&#13;
- 309 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVIII&#13;
&#13;
Doc. XXVIII. Décret de Laval suspendant les processions dans l'église Notre-Dame de Québec (5 mars 1661)&#13;
&#13;
Doc. XXVIII&#13;
Décret du Serviteur de Dieu par lequel sont suspendues temporairement les&#13;
processions dans l’église cathédrale de Québec, 5 mars 1661, d’après la copie&#13;
collationnée conservée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 166, no 217&#13;
Dans les processions religieuses, les marguilliers de l’église de Québec avaient&#13;
toujours eu la position d’honneur suivant immédiatement le gouverneur, à cause&#13;
de l’autorité paroissiale qu’ils représentaient. Le gouverneur d’Argenson voulut&#13;
leur faire précéder certains gentilshommes. Convaincu que l’usurpation du&#13;
pouvoir civil, même honorifique, sur les droits de l’Église aurait des effets nocifs&#13;
sur l’autorité ecclésiastique, le Serviteur de Dieu s’y opposa énergiquement et,&#13;
pour mettre fin aux exigences injustifiées du gouverneur, il interdit pour un temps&#13;
toutes les processions religieuses. Nous reproduisons ici le texte de cette&#13;
interdiction.&#13;
La même question de préséance dans les processions religieuses reviendra par la&#13;
suite en 1668 et 1673 (cf. Gosselin, Henri de Bernières, Québec, 1902, p. 188195), mais nous ne croyons pas utile de la relater en détail. Notons que face à&#13;
l’esprit gallican, dont étaient imbus les gouverneurs, le Serviteur de Dieu fut&#13;
toujours inflexible dans la revendication des droits ecclésiastiques.&#13;
Nous croyons nécessaire de faire une observation à propos du titre « évêque de&#13;
Québec » qui apparaît dans la signature de ce document et dans d’autres produits&#13;
avant 1674, c’est-à-dire avant l’érection du siège épiscopal. L’explication est&#13;
simple : ces documents furent recopiés après 1674 dans le Registre qui les a&#13;
conservés et le Serviteur de Dieu les a authentifiés de sa propre main à une époque&#13;
où il était évêque en titre de Québec.&#13;
&#13;
François, [par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Pétrée, vicaire&#13;
apostolique en Canada, dit la Nouvelle-France, à tous ceux qui ces présentes lettres&#13;
verront, salut en Notre-Seigneur.]&#13;
Vu la requête à nous présentée par nos bien-aimés les marguilliers de la&#13;
paroisse de Québec à ce qu’ils soient conservés dans un droit qui leur est&#13;
déjà acquis et dont ils sont en possession depuis longtemps, touchant&#13;
l’ordre qu’ils ont tenu dans les processions, où ils ont toujours marché&#13;
immédiatement après le gouverneur du pays, sans qu’il ait été permis à&#13;
aucun soit noble soit d’autre condition de marcher devant eux, nonobstant&#13;
quoi quelques particuliers par voie de fait ont déjà par deux diverses fois&#13;
pris le pas devant eux dans l’église et avec scandale ; vu en outre ce qui nous&#13;
a été rapporté que ceux qui ont ainsi présumé de renverser l’ordre ci-devant&#13;
- 310 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXVIII&#13;
&#13;
établi menacent de violence et de force si on veut les empêcher de leur&#13;
dessein, ce qui troublerait la paix de notre Église et ce qui causerait un plus&#13;
grand scandale ; dans le désir que nous avons, selon le dû de notre charge,&#13;
de procurer la paix et l’édification de notredite Église et d’ôter toutes les&#13;
occasions de trouble, nous avons jugé qu’il serait plus expédient de ne faire&#13;
aucune procession, jusqu’à ce que l’on se soit accordé en cette affaire,&#13;
concernant le droit à un chacun.&#13;
Pour ces causes, nous avons interdit et interdisons toutes les processions&#13;
jusqu’à ce que nous en ayons autrement ordonné et mandons à celui qui a&#13;
soin de la paroisse de Québec qu’il fasse publier notre mandement à la&#13;
grand-messe.&#13;
Donné à Québec, le 5e mars 1661,&#13;
[François, évêque de Pétrée.]&#13;
François, évêque de Québec&#13;
&#13;
- 311 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXIX&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XXIX&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXIX&#13;
Lettres du Serviteur de Dieu au sujet de la paroisse de Montréal et la&#13;
prétention de l’archevêque de Rouen, août 1661, d’après les copies&#13;
collationnées aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 140-142, nos 185-188&#13;
Comme nous l’avons vu aux Docs. XXIII, nos 5 et 6, en 1661, malgré l’interdiction&#13;
du roi, l’abbé de Queylus revint au Canada avec un décret d’érection de la paroisse&#13;
de Montréal et une lettre de l’archevêque de Rouen autorisant Mgr de Laval à&#13;
l’instituer comme curé de la nouvelle paroisse. Bien entendu, le Serviteur de Dieu&#13;
ne pouvait pas consentir à l’érection d’une paroisse sous l’autorité d’un autre&#13;
évêque sans vivement compromettre sa propre juridiction. De plus, il se doutait&#13;
que l’abbé de Queylus avait obtenu ce décret de la Daterie apostolique de façon&#13;
suspecte. Mgr de Laval demanda alors des explications au Saint-Siège et, en&#13;
attendant une réponse qui clarifierait la situation, il défendit expressément à l’abbé&#13;
de se rendre à Montréal. Voyant que ce dernier s’apprêtait tout de même à partir,&#13;
le Serviteur de Dieu lui envoya une lettre d’interdiction officielle, que nous&#13;
reproduisons au no 1.&#13;
Le Serviteur de Dieu s’adressa en même temps au gouverneur, afin d’obtenir un&#13;
appui (nos 2 et 3). Comme l’abbé était déterminé à partir malgré tout, Mgr de Laval&#13;
lui écrivit une seconde lettre (no 4), qui renouvelait l’interdiction sous peine de&#13;
suspension, mais l’abbé partit pour Montréal durant la nuit, avant de l’avoir reçue.&#13;
Il resta deux mois à Montréal, sans toutefois exercer le ministère de curé.&#13;
Entre-temps, un nouveau gouverneur, Davaugour, arriva au Canada avec l’ordre&#13;
du roi de renvoyer l’abbé de Queylus en France. Ce dernier quitta le Canada le&#13;
22 octobre de la même année. Par la suite, le Saint-Siège intervint dans l’affaire&#13;
et chargea le nonce de Paris d’empêcher l’exécution de bulle d’érection de la&#13;
paroisse de Montréal.&#13;
Sept ans plus tard, l’abbé de Queylus retourna au Canada. Cette fois, il reconnut&#13;
pleinement l’autorité de Mgr de Laval. Celui-ci, dans une attitude qui lui fait&#13;
grandement honneur, oublia aussitôt le passé et nomma l’abbé de Queylus son&#13;
vicaire général à Montréal. Il ne nous a pas été possible jusqu’à présent de&#13;
retrouver le décret de cette nomination, mais les archives de la paroisse NotreDame de Montréal conservent plusieurs actes de mariage des années 1669, 1670&#13;
et 1671, dans lesquels l’abbé de Queylus semble investi de cette charge.&#13;
DOC. XXIX-1. LETTRE DE LAVAL À QUEYLUS (4 AOÛT 1661)&#13;
&#13;
Doc. XXIX-1&#13;
Lettre à l’abbé de Queylus, 4 août 1661&#13;
Jugeant que votre présence à Montréal avant la venue des premiers navires,&#13;
qui doivent en bref arriver de France, serait nuisible au bien de notre Église&#13;
et que, nonobstant la prière que nous vous avions faite de n’y pas aller, vous&#13;
êtes néanmoins dans le dessein d’y monter au plus tôt, nous vous faisons&#13;
défenses sous peine de désobéissance de quitter cette habitation de Québec.&#13;
- 312 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIX-2&#13;
&#13;
Et afin que vous n’en prétendiez cause d’ignorance, mandons au premier&#13;
clerc ou prêtre vous signifier notre présente ordonnance.&#13;
[Français, évêque de Pétrée.]&#13;
À Québec, ce 4e jour d’août 1661&#13;
François, évêque de Québec&#13;
DOC. XXIX-2. LETTRE DE LAVAL À P. D’ARGENSON (4 AOÛT 1661)&#13;
&#13;
Doc. XXIX-2&#13;
Lettre à P. d’Argenson, gouverneur du Canada, 4 août 1661&#13;
Monsieur,&#13;
Je supplie Notre-Seigneur de vous donner sa paix et son amour.&#13;
Jugeant nuisible au bien de notre Église que M. l’abbé de Queylus monte au&#13;
Montréal avant la venue des premiers vaisseaux qui doivent, Dieu aidant,&#13;
arriver de France en bref, nous l’avons prié, par toutes les voies de douceur&#13;
et charité de n’y pas aller ; mais ne l’ayant pas vu dans la disposition de&#13;
nous rendre l’obéissance qu’il nous doit, je me suis trouvé obligé de lui faire&#13;
signifier nos défenses de quitter l’habitation de Québec jusqu’à ce temps,&#13;
sous peine de désobéissance, pour l’exécution desquelles, au cas qu’il ne&#13;
veuille s’y soumettre, nous vous prions de tenir la main selon les ordres que&#13;
vous avez du roi, afin que nous puissions maintenir la paix en notre Église,&#13;
si nécessaire à l’avancement de la gloire de Dieu dans ce christianisme.&#13;
J’attends de vous cette grâce et celle de me croire, Monsieur,&#13;
Votre [très humble et très obéissant serviteur,]&#13;
[François, évêque de Pétrée.]&#13;
Ce 4e d’août 1661&#13;
François, évêque de Québec&#13;
&#13;
- 313 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIX-3&#13;
&#13;
DOC. XXIX-3. LETTRE DE LAVAL À P. D’ARGENSON (5 AOÛT 1661)&#13;
&#13;
Doc. XXIX-3&#13;
Lettre à P. d’Argenson, gouverneur du Canada, 5 août 1661&#13;
Monsieur,&#13;
Je supplie Notre-Seigneur de vous donner sa paix et son saint amour.&#13;
Je vous ai prié par lettre et de vive voix, lorsqu’hier vous prîtes la peine de&#13;
venir céans, de tenir la main aux défenses que nous avons été obligé de faire&#13;
à M. l’abbé de Queylus de monter au Montréal, jusqu’à la venue des&#13;
premiers vaisseaux qui doivent arriver dans peu de France, n’ayant voulu&#13;
déférer aux prières que nous lui en avons faites précédemment. Jugeant&#13;
d’ailleurs la chose très importante pour le bien et la paix de notre Église, j’ai&#13;
cru qu’il était de notre obligation (crainte d’être responsable de ce qui en&#13;
peut arriver) de vous supplier pour une troisième fois de considérer qu’il&#13;
ne se peut rien de plus clair ni de plus exprès que les ordres que vous avez&#13;
du roi, lesquels nous lûmes hier ensemble, de nous donner le secours qui&#13;
nous est nécessaire pour la conduite de notre Église, en quoi consiste&#13;
uniquement notre charge, et pour y maintenir la subordination dans&#13;
l’obéissance qui nous y est due de tous les ecclésiastiques qui n’y peuvent&#13;
être que sous notre dépendance.&#13;
Voici de plus des ordres postérieurs du roi, donnés à Aix, du 14 mars 1660,&#13;
qui vous doivent confirmer des intentions de Sa Majesté sur ce sujet (vous&#13;
ne pouvez non plus les ignorer), touchant en particulier la personne de&#13;
M. l’abbé de Queylus, vous ayant fait voir et lu les défenses expresses&#13;
qu’elle lui a faites de retourner en Canada, même de sortir de son royaume,&#13;
données à Aix du 27e de février 1660, collation faite par l’un de ses&#13;
secrétaires nommé Féré.&#13;
En vérité, Monsieur, il me semble devant Dieu que tout cela est plus que&#13;
suffisant pour vous obliger à m’accorder l’aide que je vous demande, ne&#13;
s’agissant particulièrement que de l’exécution d’un ordre le plus doux&#13;
(quoiqu’il ne vous semble pas tel et à M. l’abbé de Queylus) qui puisse être&#13;
&#13;
- 314 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIX-3&#13;
&#13;
porté par un évêque envers un ecclésiastique qui, ayant par le passé été la&#13;
cause de beaucoup de désordres en notre Église, part de France contre la&#13;
volonté du roi signifiée même aux ports de mer et celle des personnes qui&#13;
ont le soin de nos affaires spirituelles ; c’est de quoi je suis assuré par les&#13;
lettres que j’ai reçues de France depuis hier que j’ai eu l’honneur de vous&#13;
voir. Je veux croire que les intérêts des majestés divine et humaine jointes&#13;
ensemble auront quelque pouvoir sur votre esprit et que j’obtiendrai ce que&#13;
je vous demande en toute justice. Vous me la ferez tout entière, si de plus&#13;
vous me croyez, Monsieur,&#13;
Votre très humble [et très obéissant serviteur,]&#13;
[François, évêque de Pétrée.]&#13;
Ce 4e août 1661&#13;
François, évêque de Québec&#13;
DOC. XXIX-4. LETTRE DE LAVAL À QUEYLUS (5-6 AOÛT 1661)&#13;
&#13;
Doc. XXIX-4&#13;
Lettre à l’abbé de Queylus, 5-6 août 1661&#13;
&#13;
Vous ayant ci-devant donné avis dans l’esprit de douceur et de charité, que&#13;
nous jugions votre présence au Montréal nuisible au bien de notre Église&#13;
avant la venue des premiers navires, qui doivent en bref arriver de France ;&#13;
que nonobstant la prière que nous vous aurions faite de n’y pas aller, vous&#13;
étiez dans le dessein d’y monter au plus tôt ; et ensuite, nous étant senti&#13;
obligé, par le soin que Dieu nous a donné de cette Église, de vous faire&#13;
défenses expresses sous peine de désobéissance de quitter cette habitation&#13;
de Québec, selon notre ordonnance qui vous en a été signifiée le 4e de ce&#13;
mois ; et toutefois, ayant appris de divers endroits que nonobstant toutes&#13;
nos prières et défenses, vous continuez, avec mépris de notre autorité, dans&#13;
le dessein de monter au plus tôt audit Montréal ; après nous être servi de&#13;
tous les moyens possibles et que la charité et le devoir de notre charge nous&#13;
ont pu fournir pour vous réduire en votre devoir ; connaissant que tous ces&#13;
remèdes n’ont pu avoir l’efficacité que nous aurions souhaitée, pour le bien&#13;
de notre Église et pour le vôtre en particulier ; nous nous sommes enfin vu&#13;
- 315 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXIX-3&#13;
&#13;
contraint, quoiqu’à regret et contre nos inclinations, vu votre obstination&#13;
dans le mépris de nos ordres, de vous faire itératives défenses d’aller audit&#13;
Montréal avant l’arrivée prochaine des susdits navires et sans notre&#13;
permission, sous peine de désobéissance et de suspension ab officio&#13;
sacerdotis 182, encourue ipso facto. C’est ce que nous faisons par ces présentes.&#13;
Et afin que vous n’en prétendiez cause d’ignorance, mandons au premier&#13;
clerc ou prêtre vous signifier notre présente ordonnance pour première,&#13;
seconde et troisième fois, à cause de la précipitation dont nous avons avis&#13;
que vous apportez pour votre départ audit Montréal.&#13;
Donné à Québec, ce 5e du mois d’août 1661,&#13;
[François, évêque de Pétrée.]&#13;
&#13;
Et d’autant que depuis notre ordonnance portée, nous avons appris que non&#13;
seulement vous vous disposez à partir au plus tôt, mais encore que le jour&#13;
d’hier, 5e août, vous vous êtes embarqué de nuit, nous vous réitérons les&#13;
défenses ci-dessus et, au cas que vous ne retourniez à Québec pour y&#13;
recevoir nos ordres et y obéir, nous vous déclarons suspens ab officio&#13;
sacerdotis encourue ipso facto que vous passerez outre.&#13;
[François, évêque de Pétrée]&#13;
Ce 6e d’août 1661&#13;
François, évêque de Québec&#13;
&#13;
182&#13;
&#13;
NDLR : Suspension du droit de pratiquer les fonctions ecclésiastiques.&#13;
- 316 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXX&#13;
&#13;
Doc. XXX. Lettre de Ménard sur la rencontre avec Laval (1662)&#13;
&#13;
Doc. XXX&#13;
Extrait de la lettre du P. Ménard, jésuite, 1662, d’après les Jesuit Relations&#13;
and Allied Documents, édition Thwaites, Cleveland, 1896-1901, vol. 48, p. 258&#13;
Dans cet extrait de lettre, le P. Ménard, missionnaire jésuite au Canada, raconte&#13;
comment, en se rendant dans sa mission auprès des Autochtones outaouais, il&#13;
rencontra le Serviteur de Dieu. Il exprime sa plus grande admiration pour la vertu&#13;
de ce dernier et note la consolation qu’il reçut de sa parole. Ce fait fut apporté&#13;
dans le procès ordinaire et dans le procès apostolique par plusieurs témoins, qui y&#13;
ont vu un exemple de la confiance que les missionnaires avaient dans les conseils&#13;
de Mgr de Laval.&#13;
Cette lettre, dont le destinataire est inconnu, est reproduite ici dans une citation&#13;
du P. Jérôme Lalemant dans la Relation des Jésuites des années 1663-1664.&#13;
&#13;
Entre les Trois-Rivières et le Montréal, nous fîmes heureusement rencontre&#13;
de Mgr l’évêque de Pétrée, qui me dit ces paroles, lesquelles entrèrent bien&#13;
avant dans mon cœur et me seront un grand sujet de consolation parmi tous&#13;
les fâcheux accidents qui m’arriveront : « Mon Père, toute raison semble&#13;
vous retenir ici ; mais Dieu, plus fort que tout, vous veut dans ces quartierslà ! ». Oh ! que j’ai béni Dieu depuis cette heureuse entrevue et que ces&#13;
paroles sorties de la bouche d’un si saint prélat me sont doucement&#13;
revenues dans l’esprit au plus fort de nos peines et de nos misères et de&#13;
notre abandon. Dieu me veut en ces quartiers. Que j’ai souvent repassé ces&#13;
paroles dans mon esprit parmi le bruit de nos torrents et dans la solitude&#13;
de nos grandes forêts.&#13;
&#13;
- 317 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXXI&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XXXI&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXXI&#13;
Documents sur la fondation d’un Séminaire des Missions étrangères&#13;
à Québec, 1663&#13;
NDLR : Le Séminaire de Québec est connu comme le « coup de génie 183 » de&#13;
François de Laval. L’intention du premier évêque en fondant cette institution&#13;
allait bien au-delà d’un simple collège où former un clergé local. Pour mieux&#13;
comprendre, nous reproduisons la note de l’abbé Demers de l’introduction aux&#13;
Docs. LI-IV.&#13;
Commençons par rappeler en quoi consistait la nature de communauté du&#13;
Séminaire. Dans son mandement érigeant le Séminaire de Québec&#13;
(Doc. XXXI), le Serviteur de Dieu voulut qu’il soit une communauté&#13;
religieuse diocésaine destinée à accueillir non seulement les prêtres&#13;
chargés de l’éducation des séminaristes, mais aussi tous les autres prêtres&#13;
consacrés au ministère, qui resteraient ensuite unis au Séminaire, tout en&#13;
demeurant dans différents presbytères lorsque nécessaire. Les&#13;
ecclésiastiques étaient libres d’entrer ou non dans la communauté ; et dans&#13;
les faits, presque tous les prêtres séculiers du Canada, à l’exception de ceux&#13;
de Saint-Sulpice à Montréal, étaient agrégés ou unis au Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Québec. Les prêtres affiliés renonçaient à tous leurs&#13;
biens en faveur du Séminaire et ce dernier s’engageait à les soutenir en&#13;
tout, et pour toute leur vie. Les curés unis versaient une contribution&#13;
annuelle et, en échange, ils avaient l’assurance d’être aidés et soutenus en&#13;
cas de nécessité, de maladie ou d’invalidité.&#13;
Notons le fait qu’un prêtre fasse partie de la communauté ne nuisait en rien&#13;
à l’autorité de l’évêque sur ce prêtre, puisque le Séminaire ne pouvait se&#13;
mêler de l’administration du diocèse. Selon le mandement d’érection,&#13;
lorsqu’il s’agissait de la nomination des prêtres aux différentes charges du&#13;
ministère, l’évêque devait prendre en compte l’opinion du supérieur du&#13;
Séminaire, mais demeurait libre de procéder pour le mieux. (Au sujet de&#13;
cette question des relations entre le Séminaire et les curés unis à la&#13;
communauté, voir Doc. LI-IV-13).&#13;
Ce système de vie commune était sans doute idéal dans l’esprit du&#13;
Serviteur de Dieu, puisqu’il apportait de grands avantages spirituels et&#13;
temporels aux prêtres affiliés et facilitait l’obtention de vocations&#13;
missionnaires de la France, puisqu’il assurait l’entretien des missionnaires&#13;
du Séminaire, même dans la maladie ou la retraite (sur l’organisation du&#13;
Séminaire, sur ses avantages et ses relations avec les curés, voir LI-IV-13 ;&#13;
LI-VI-11 ; La Tour, Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque&#13;
de Québec, Livre VI).&#13;
En général, ces avantages étaient reconnus et Mgr de Saint-Vallier luimême en avait été convaincu, à tel point que, à peine arrivé à Québec&#13;
comme vicaire général en 1685, il s’était uni au Séminaire et avait fait la&#13;
renonciation de ses biens en faveur de la communauté. Cependant, malgré&#13;
les nombreux avantages de ce système, il pouvait mener à des&#13;
controverses, plus ou moins justifiées, en certaines circonstances. L’abbé&#13;
183&#13;
NDLR : G. Routhier, Le Séminaire de Québec : le coup de génie de François de Laval,&#13;
Conférence donnée au cours des célébrations du 350e du Séminaire de Québec, 2013.&#13;
&#13;
- 318 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXI&#13;
&#13;
Gosselin écrit à ce propos (Le vénérable François de Montmorency*Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923, p. 176) :&#13;
« L’état des choses créé par Mgr de Laval supposait à la tête du clergé un&#13;
évêque de sa trempe et de son caractère, jouissant d’un ascendant&#13;
incontestable sur les prêtres de son Séminaire et disposé d’ailleurs à&#13;
s’entendre toujours parfaitement avec eux. » Mais sous un autre évêque,&#13;
un qui ne se percevrait pas comme le « père » du Séminaire, comme c’était&#13;
le cas du Serviteur de Dieu, et qui n’aurait pas le même ascendant que son&#13;
prédécesseur sur les membres, les choses pouvaient se dérouler autrement ;&#13;
et ce fut le cas sous la gouverne de Mgr de Saint-Vallier.&#13;
DOC. XXXI. DÉCRET DE LAVAL ÉTABLISSANT LE SÉMINAIRE DE QUÉBEC (26 MARS 1663)&#13;
&#13;
Doc. XXXI&#13;
Décret du Serviteur de Dieu érigeant le Séminaire de Québec, 26 mars 1663,&#13;
d’après les originaux en français et en latin conservés au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 2, no 36 et Séminaire 1, no 8&#13;
À cause de l’organisation spéciale et nouvelle de ce Séminaire, nous croyons&#13;
opportun de faire d’abord quelques remarques. Dans la pensée de Mgr de Laval,&#13;
le Séminaire de Québec ne devait pas être seulement une maison de formation&#13;
pour le clergé, mais une vraie communauté diocésaine de prêtres séculiers dont&#13;
l’évêque pouvait se servir en toute liberté pour tous les services du ministère.&#13;
Personne n’était obligé de s’inscrire même si, dans les faits, presque tous en&#13;
faisaient partie. La désappropriation des biens patrimoniaux et de tout autre&#13;
revenu en faveur du Séminaire était un point fondamental pour ceux qui entraient&#13;
dans la communauté. De son côté, le Séminaire s’engageait à maintenir chacun&#13;
des prêtres, même en cas de maladie ou de vieillesse. Le gouvernement de la&#13;
communauté, sous haute surveillance de l’évêque, était exercé par le supérieur élu&#13;
par ladite communauté et aidé par deux assistants.&#13;
En ce qui concerne l’activité et le ministère, il y avait un groupe de prêtres&#13;
disposés à la direction et à la formation morale et intellectuelle des jeunes&#13;
ecclésiastiques. Les autres prêtres, tout en faisant partie de la communauté du&#13;
Séminaire, n’étaient pas concernés par la formation des jeunes et étaient plutôt&#13;
utilisés pour le ministère paroissial. La nouveauté consistait en ceci : un prêtre&#13;
envoyé pour diriger une paroisse ne cessait pas de faire partie du Séminaire et son&#13;
office de curé était ad nutum episcopi et Seminarii 184, c’est-à-dire que l’évêque,&#13;
en accord avec le supérieur, pouvait sans autre formalité le rappeler au Séminaire&#13;
ou le destiner à une autre paroisse.&#13;
Même le chapitre de la cathédrale était constitué de prêtres affectés au Séminaire&#13;
avec le titre de chanoines.&#13;
Les dîmes et autres fonds furent assignés à la communauté. Après les dépenses&#13;
nécessaires pour le maintien ordinaire, le surplus était réservé pour la construction&#13;
des églises.&#13;
Il serait difficile de dire si l’idée de cette institution est due exclusivement au&#13;
Serviteur de Dieu. Ce qui est certain, c’est que lors de la rédaction de ces lettres&#13;
patentes, il résidait à Paris. Il est facile de penser qu’il soumit le projet à l’avis&#13;
d’amis expérimentés et qu’il ait mûri, en accord avec le conseil des membres du&#13;
184&#13;
&#13;
NDLR : à la discrétion de l’évêque et du Séminaire.&#13;
- 319 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXI&#13;
&#13;
Séminaire des Missions étrangères de Paris. L’union que le Serviteur de Dieu fit,&#13;
peu après, entre son Séminaire et celui de Paris, rend probable cette hypothèse.&#13;
De toute façon, on peut être sûr que, dans la vision du Serviteur de Dieu, cette&#13;
institution devait être aussi utile pour l’Église naissante du Canada qu’elle le fut&#13;
dans les faits.&#13;
&#13;
François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Pétrée, vicaire&#13;
apostolique en Canada, dit la Nouvelle-France, nommé par le roi premier&#13;
évêque dudit pays, lorsqu’il aura plu à N. S.-P. le pape y ériger un évêché, à&#13;
tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut en Notre-Seigneur.&#13;
Les saints conciles et celui de Trente particulièrement, pour remettre&#13;
efficacement la discipline ecclésiastique dans sa première vigueur, n’ont&#13;
rien trouvé de plus utile que d’ordonner le rétablissement de l’usage ancien&#13;
des séminaires, où l’on instruisait les clercs dans les vertus et les sciences&#13;
convenables à leur état. L’excellence de ce décret s’est fait voir par une&#13;
expérience toute sensible, puisque le grand saint Charles Borromée, qui&#13;
l’exécuta le premier, bientôt après ce concile, et plusieurs évêques qui ont&#13;
suivi son exemple, ont commencé de redonner au clergé sa première&#13;
splendeur, particulièrement en France. Ce moyen si efficace pour réformer&#13;
la conduite ecclésiastique dans les lieux où elle s’était affaiblie nous a fait&#13;
juger qu’il ne serait pas moins utile pour l’introduire où elle n’est pas encore&#13;
qu’il l’a été dans les premiers siècles du christianisme.&#13;
À ces causes, considérant qu’il a plu à la divine Providence nous charger&#13;
du soin de l’Église naissante du Canada, dit la Nouvelle-France, et qu’il est&#13;
d’une extrême importance en ces commencements de donner au clergé la&#13;
meilleure forme qui se pourra pour perfectionner des ouvriers et les rendre&#13;
bien capables à cultiver cette nouvelle vigne du Seigneur, en vertu de&#13;
l’autorité qui nous a été commise, nous avons érigé et érigeons, dès à&#13;
présent et à perpétuité, un Séminaire pour servir de clergé à cette nouvelle&#13;
Église, qui sera conduit et gouverné par les supérieurs que nous ou les&#13;
successeurs évêques de la Nouvelle-France y établiront ; et suivant les&#13;
règlements que nous dresserons à cet effet, dans lequel l’on élèvera et&#13;
formera les jeunes clercs, qui paraîtront propres au service de Dieu et&#13;
auxquels, à cette fin, l’on enseignera la manière de bien administrer les&#13;
- 320 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXI&#13;
&#13;
sacrements, la méthode de catéchiser et prêcher apostoliquement, la&#13;
théologie morale, les cérémonies, le plain-chant grégorien et autres choses&#13;
appartenant aux devoirs d’un bon ecclésiastique ; et en outre, afin que l’on&#13;
puisse dans ledit Séminaire et clergé former un chapitre qui soit composé&#13;
des ecclésiastiques dudit Séminaire choisis par nous et les évêques dudit&#13;
pays qui succéderont, lorsque le roi aura eu la bonté de le fonder ou que&#13;
ledit Séminaire, de soi, aura le moyen de fournir à cet établissement par la&#13;
bénédiction que Dieu y aura donnée.&#13;
Nous désirons que ce soit une continuelle école de vertu et un lieu de&#13;
réserve d’où nous puissions tirer des sujets pieux et capables pour les&#13;
envoyer à toutes rencontres et au besoin dans les paroisses et autres lieux&#13;
dudit pays, afin d’y faire les fonctions curiales et autres auxquelles ils&#13;
auront été destinés et les retirer des mêmes paroisses et fonctions, quand on&#13;
le jugera à propos, nous réservant pour toujours et aux successeurs évêques&#13;
dudit pays, comme aussi audit Séminaire par nos ordres et desdits sieurs&#13;
évêques, le pouvoir de révoquer tous les ecclésiastiques qui seront départis&#13;
et délégués dans les paroisses et autres lieux, toutes fois et quantes il sera&#13;
jugé&#13;
&#13;
nécessaire,&#13;
&#13;
sans&#13;
&#13;
qu’aucun&#13;
&#13;
puisse&#13;
&#13;
être&#13;
&#13;
titulaire&#13;
&#13;
et&#13;
&#13;
attaché&#13;
&#13;
particulièrement à une paroisse, voulant au contraire qu’ils soient de plein&#13;
droit amovibles, révocables et destituables à la volonté des évêques et du&#13;
Séminaire par leurs ordres, conformément à la sainte pratique des premiers&#13;
siècles, suivie et conservée encore à présent en plusieurs diocèses de ce&#13;
royaume.&#13;
Et d’autant qu’il est absolument nécessaire de pourvoir ledit Séminaire et&#13;
clergé d’un revenu capable de soutenir les charges et les dépenses qu’il sera&#13;
obligé de faire, nous lui avons appliqué et appliquons, affecté et affectons,&#13;
dès à présent et pour toujours, toutes les dîmes de quelque nature qu’elles&#13;
soient et en la manière qu’elles seront levées dans toutes les paroisses et&#13;
lieux dudit pays, pour être possédées en commun et administrées par ledit&#13;
Séminaire, suivant nos ordres et sous notre autorité et des successeurs&#13;
évêques du pays, à condition qu’il fournira la subsistance de tous les&#13;
ecclésiastiques qui seront délégués dans les paroisses et autres endroits&#13;
- 321 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXI&#13;
&#13;
dudit pays et qui seront toujours amovibles et révocables au gré desdits&#13;
évêques et Séminaire par leurs ordres ; qu’il entretiendra tous lesdits&#13;
ouvriers évangéliques tant en santé qu’en maladie, soit dans leurs&#13;
fonctions, soit dans la communauté, lorsqu’ils y seront rappelés ; qu’il fera&#13;
les frais de leurs voyages, quand on en tirera de France ou qu’ils y&#13;
retourneront, et toutes ces choses suivant la taxe, qui sera faite par nous et&#13;
les successeurs évêques dudit pays pour obvier aux contestations et aux&#13;
désordres que le manque de règle y pourrait mettre.&#13;
Et comme il est nécessaire [dès à présent] 185 de bâtir plusieurs églises pour faire le&#13;
service divin et pour la commodité des fidèles, nous ordonnons [sans préjudice&#13;
néanmoins de l’obligation que les peuples de chaque paroisse ont de fournir à la&#13;
bâtisse desdites églises] 186 qu’après que ledit Séminaire aura fourni toutes les&#13;
dépenses annuelles, ce qui pourra rester de son revenu sera employé à la&#13;
construction des églises, en aumônes et en autres bonnes œuvres pour la&#13;
gloire de Dieu et pour l’utilité de l’Église, selon les ordres de l’évêque, sans&#13;
que toutefois nous ni les successeurs évêques dudit pays en puissions&#13;
jamais appliquer quoi que ce soit à nos usages particuliers, nous ôtant&#13;
même et auxdits évêques la faculté de pouvoir aliéner aucun fonds dudit&#13;
Séminaire, en cas de nécessité, sans l’exprès consentement de quatre&#13;
personnes du corps dudit Séminaire et clergé, savoir le supérieur, les deux&#13;
assistants et le procureur. En foi de quoi nous avons signé les présentes et&#13;
y avons fait apposer notre sceau.&#13;
Donné à Paris, le 26e du mois de mars 1663,&#13;
[Français, évêque de Pétrée.]&#13;
François, évêque de Québec&#13;
&#13;
185&#13;
186&#13;
&#13;
NDLR : Ce passage est ajouté dans la version latine.&#13;
NDLR : Ce passage est absent dans la version latine.&#13;
- 322 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXI-A&#13;
&#13;
DOC. XXXI-A. MÉMOIRE DE LAVAL SUR L’ÉTABLISSEMENT D’UN SÉMINAIRE EN LA NOUVELLE-FRANCE (APRÈS LE 26 MARS&#13;
1663)&#13;
&#13;
Doc. XXXI-A&#13;
Mémoire sur les raisons pour l’établissement d’un séminaire en NouvelleFrance, après 26 mars 1663, d’après l’original conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 2, no 27&#13;
&#13;
Les évêques sont obligés d’établir des séminaires pour maintenir tous les&#13;
ecclésiastiques dans un état de vie qui soit convenable à leur condition. Il est&#13;
nécessaire en la Nouvelle-France, plus qu’en aucun autre lieu, d’y en avoir un :&#13;
1° parce que l’on ne peut trouver d’ecclésiastiques en France qui&#13;
veuillent y aller et quitter leur établissement, à moins qu’ils ne&#13;
soient assurés d’y passer leur vie dans un lieu où l’on se charge&#13;
d’eux ;&#13;
2° leurs fonctions sont si continuelles qu’elles accablent les prêtres&#13;
qui y sont employés, que souvent et pendant un temps&#13;
considérable, à peine peuvent-ils avoir le moyen de dire leur office&#13;
et à moins que de se renouveler dans un séminaire, ils se dégoûtent&#13;
et repassent en France ; ce qui m’est arrivé en plusieurs bons&#13;
ecclésiastiques.&#13;
Ce qui m’a obligé d’attribuer toutes les dîmes au Séminaire, aux conditions portées&#13;
dans l’établissement, est :&#13;
1° les dîmes appartiennent de droit divin à l’évêque et aux prêtres&#13;
qui administrent les paroisses ;&#13;
2° cela étant supposé, il y a tout sujet d’appréhender que les&#13;
évêques qui me succéderont ne prennent la meilleure part de ces&#13;
dîmes pour eux et qu’ils n’en laissent la moindre aux prêtres qui&#13;
desserviront les paroisses, comme dans la plupart des diocèses de&#13;
France où des prêtres n’ont qu’une pension fort modique, ce qui a&#13;
bien de mauvais effets ;&#13;
3° que selon l’avis des plus habiles avocats en matières&#13;
ecclésiastiques lequel j’ai eus pour cet effet, je puis me dépouiller&#13;
et lier tous ceux qui succéderont en sorte qu’ils n’y pourront&#13;
prendre aucune part à l’avenir, un premier évêque ayant engagé ce&#13;
&#13;
- 323 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXI-A&#13;
&#13;
fonds aux prêtres qui desserviront les paroisses avec les conditions&#13;
qui sont portées ;&#13;
4° que les habitants, voyant une nécessité absolue de bâtir des&#13;
églises et n’ayant pas le moyen quoiqu’ils y soient obligés de faire&#13;
cette dépense, m’ont présenté requête pour établir la dîme, ce que&#13;
nous avons fait et n’en avons pas touché un sol, mais l’avons toute&#13;
appliquée à la construction de plusieurs églises depuis trois ans et&#13;
quelque besoin que j’aie eu pour le soutien de la dépense qu’il m’a&#13;
fallu faire, je n’ai pas voulu en rien divertir, étant de présent la plus&#13;
pressante nécessité de mon Église et qu’il continuera beaucoup plus&#13;
au-delà de ce que j’ai de vie et pendant tout le temps que le pays&#13;
s’établira qui sera possible plus de 50 ans ;&#13;
5° j’attribue ce fonds des dîmes au Séminaire aux conditions qui sont&#13;
spécifiées, parce qu’elles appartiennent de droit divin à ceux qui&#13;
desservent les paroisses et que je puis nourrir chaque jour, auquel&#13;
cas supposé que celui qui me succédera ne veuille pas entretenir&#13;
avec soi les ecclésiastiques qui desserviront l’Église, il faut de&#13;
nécessité qu’ils vivent du fonds des dîmes et que le reste soit&#13;
employé à la construction des églises et autres œuvres nécessaires&#13;
pour le bien de l’Église, sans que l’évêque puisse en appliquer quoi&#13;
que ce soit à son usage, comme il est spécifié dans l’établissement ;&#13;
6° quoique dans l’établissement il soit dû que le Séminaire jouira des&#13;
dîmes et que la chose soit pour le présent, cependant pendant que&#13;
je vivrai, j’espère bien ne pas appliquer ce fonds à l’entretien dudit&#13;
Séminaire, mais continuer la construction des églises qui, par ce&#13;
moyen, ne coûte rien aux habitants, qui est néanmoins tellement&#13;
nécessaire qu’il est dès à présent comme impossible d’avoir soin de&#13;
leurs âmes, à moins que d’y pourvoir au plus tôt ; il y a 30 ans à peu&#13;
près que les Trois-Rivières et le Montréal sont établis et il n’y a pas&#13;
encore d’église à l’un ni à l’autre, ce qui cause des maux qui sont en&#13;
grand et auxquels l’on ne saurait apporter de remède ;&#13;
7° je trouve les lettres patentes du roi nécessaires, parce que bien&#13;
qu’elles ne le soient pas pour l’établissement des autres séminaires&#13;
de France, par l’avis des avocats ; néanmoins, elles doivent&#13;
beaucoup affermir ce dépouillement que l’évêque fait du droit qu’il&#13;
a aux dîmes, afin que les évêques qui nous succéderont ne jugent&#13;
pas que l’évêque seul les ait liées.&#13;
&#13;
- 324 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXI-B&#13;
&#13;
DOC. XXXI-B. LETTRES PATENTES DE LOUIS XIV CONFIRMANT L’ÉTABLISSEMENT DU SÉMINAIRE DE QUÉBEC (AVRIL 1663)&#13;
&#13;
Doc. XXXI-B&#13;
Lettres patentes du roi Louis XIV confirmant l’établissement du Séminaire&#13;
de Québec, avril 1663, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 11, no 1&#13;
&#13;
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir,&#13;
salut.&#13;
La résolution que nous avons prise de rentrer dans le domaine de la NouvelleFrance dite Canada et d’en prendre un soin plus particulier que jamais, pour le&#13;
soulagement du pays, nous fait embrasser toutes les occasions de lui procurer&#13;
quelques avantages et sachant bien que les plus grands qu’il puisse recevoir, ce&#13;
sont les moyens de l’instruction spirituelle des habitants et de la conversion des&#13;
Sauvages*, nous nous portons volontiers à les appuyer et à les favoriser de notre&#13;
hospitalité, avec un zèle digne du titre que nous portons de Roi Très Chrétien et de&#13;
fils aîné de l’Église ; ainsi sur ce que nous avons appris que le sieur évêque de&#13;
Pétrée, vicaire du Saint-Siège apostolique en toute la Nouvelle-France dite Canada,&#13;
nommé par nous à l’évêché dudit pays, aussitôt qu’il aura plus à N. S.-P. le pape de&#13;
l’établir, pour s’acquitter pleinement des obligations de son épiscopat et se faire&#13;
soulager dans ses fonctions, avait érigé un Séminaire d’ecclésiastiques capables de&#13;
seconder ses pieux desseins pour servir de clergé à cette nouvelle Église et dans&#13;
lequel on pourra former un chapitre, composé des ecclésiastiques dudit clergé et&#13;
Séminaire, choisis par ledit sieur de Pétrée et les successeurs évêques dudit pays,&#13;
lorsque nous l’aurons fondé, ou que ledit clergé et Séminaire de soi aura le moyen&#13;
de fournir audit établissement, nous aurons voulu concourir à cette bonne œuvre&#13;
et autoriser par ces présentes l’acte d’établissement qu’il en a fait, le 26e jour de&#13;
mars de la présente année, qu’il nous a représenté et qu’il nous a supplié d’agréer&#13;
et de confirmer pour son entière et parfaite exécution ;&#13;
à ces causes, savoir faisons qu’après avoir examiné en notre Conseil ledit acte&#13;
d’établissement et d’érection dudit Séminaire, nous n’y avons rien trouvé que&#13;
d’avantageux à la gloire de Dieu et au bien de nos sujets ; qu’à ces fins, nous l’avons&#13;
agréé et agréons, confirmé et confirmons par ces présentes et en ce faisant,&#13;
ordonné, suivant et au désir dudit acte, que toutes les dîmes de quelque nature&#13;
qu’elles puissent être, tant de ce qui naît par le travail des hommes que de ce que&#13;
&#13;
- 325 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXI-B&#13;
&#13;
la terre produit d’elle-même, se payeront seulement de treize-une 187 et seront&#13;
destinées et affectées irrévocablement pour toujours à la fondation et à l’entretien&#13;
de ce Séminaire et clergé, sans que ledit sieur évêque ni les successeurs évêques&#13;
du pays en puissent disposer de quelque manière que ce soit pour leur usage&#13;
particulier, mais seulement pour les besoins de ladite communauté ; après lesquels,&#13;
ce qui restera sera employé à la construction et bâtiment des églises, en aumônes&#13;
et en d’autres bonnes œuvres pour le règlement et utilité de l’Église, par les ordres&#13;
desdits évêques, sans préjudice néanmoins de l’obligation que les peuples de&#13;
chaque paroisse ont de fournir à la bâtisse desdites églises ; que si pour quelques&#13;
fortes considérations, il est absolument nécessaire d’aliéner quelques fonds de&#13;
ladite communauté, ledit sieur évêque ni ses successeurs ne le pourront faire que&#13;
du consentement des quatre premiers officiers de ladite communauté, savoir du&#13;
supérieur, des deux assistants et du procureur, pour en examiner le besoin et&#13;
souscrire l’aliénation ;&#13;
et pour maintenir tous les ecclésiastiques de ce clergé dans une totale soumission&#13;
à leur évêque et de remédier à quantité d’inconvénients que produit quelquefois&#13;
la stabilité des cures, dont le changement ne dépend point des supérieurs, nous&#13;
approuvons et voulons que tous ceux qui seront délégués dans les paroisses, églises&#13;
et autres lieux en toute la Nouvelle-France, pour y faire les fonctions curiales et&#13;
autres auxquelles ils auront été destinés, soient amovibles, révocables et&#13;
destituables toutes et quantes fois que ledit sieur évêque et les successeurs&#13;
évêques dudit pays le trouveront à propos, conformément à la sainte pratique des&#13;
premiers siècles, dont l’usage se conserve encore en plusieurs diocèses de notre&#13;
royaume, à la charge que ledit Séminaire entretiendra de toutes choses nécessaires&#13;
lesdits ecclésiastiques, tant en santé qu’en maladie, soit dans les paroisses ou&#13;
autres lieux où ils seront envoyés, soit dans la communauté, lorsqu’ils y seront&#13;
rappelés, et qu’il payera les frais de leur passage et de leur retour, lorsqu’ils seront&#13;
tirés de France ou qu’ils y seront envoyés ;&#13;
et pour donner un solide fondement à ce Séminaire et clergé, dont nous souhaitons&#13;
la perpétuité et le bon succès pour l’avantage de cette Église naissante, nous&#13;
l’avons approuvé et approuvons, autorisé et autorisons, rendu et rendons capable&#13;
de tous effets civils, comme les autres corps et communautés ecclésiastiques de&#13;
notre royaume, pour acquérir tous domaines, droits et actions, recevoir toutes&#13;
donations entre vifs et à cause de mort, testaments, legs et autres dépositions qui&#13;
187&#13;
&#13;
NDLR : La 13e part ou 13 %.&#13;
- 326 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXII&#13;
&#13;
seront faits en sa faveur, tant en l’ancienne qu’en la Nouvelle-France, sans payer&#13;
aucune finance pour droits d’amortissements et nouveaux acquis, dont nous&#13;
l’avons déchargé et déchargeons par ces présentes à perpétuité, voulant et&#13;
entendant derechef que ledit clergé et Séminaire jouisse de la totalité des dîmes,&#13;
grosses et menues, anciennes et nouvelles, de tous les fruits généralement&#13;
quelconques et sans aucune distinction, qui proviendront sur toutes les terres dans&#13;
ledit pays de la Nouvelle-France ou Canada aux charges, clauses et conditions&#13;
portées par son acte d’érection ci-attaché, sous le contre-sceau de notre&#13;
chancellerie, sans que ledit sieur de Pétrée et ses successeurs évêques dudit pays&#13;
puissent prétendre autre part que celle d’être ordonnateurs de la dispensation qui&#13;
s’en fera.&#13;
Ci donnons en mandement à nos aimés et féaux conseillers, les gens tenant contre&#13;
Conseil souverain à Québec, que ces présentes ils fassent lire et enregistrer au&#13;
greffe de notredit Conseil et à tous gouverneurs et autres de nos sujets, les faire&#13;
exécuter selon leur forme et teneur et du contenu en icelles faire jouir ledit&#13;
Séminaire et clergé, faisant cesser tous troubles et empêchements à ce contraires ;&#13;
car tel est notre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous&#13;
avons fait mettre notre sceau à cesdites présentes, sauf en autres choses notre&#13;
droit et l’autrui en toutes.&#13;
Donné à Paris, au mois d’avril de l’an de grâce 1663 et de notre règne le 20e,&#13;
Louis.&#13;
Doc. XXXII. Édit de Louis XIV érigeant le Conseil souverain de Québec (1er avril 1663)&#13;
&#13;
Doc. XXXII&#13;
Édit du roi Louis XIV érigeant le Conseil souverain de Québec, avril 1663,&#13;
d’après l’original conservé aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-enProvence, Archives des colonies, sous-série F3, vol. 3, fos 279-280&#13;
Lorsque le Serviteur de Dieu arriva au Canada, toute la colonie était sous le&#13;
contrôle de compagnies commerciales françaises, qui avaient reçu du&#13;
gouvernement royal le monopole de la colonisation de ces vastes régions,&#13;
moyennant de généreuses concessions à caractère commercial. Ces compagnies&#13;
avaient pratiquement en main le gouvernement de la colonie, puisqu’ils&#13;
administraient la justice, imposaient les redevances et voyaient à la défense&#13;
militaire du territoire. De plus, ils proposaient au roi la nomination du gouverneur.&#13;
Celui-ci, par le fait même, favorisait surtout les intérêts des compagnies qui&#13;
l’avaient proposé. Ce système administratif eut un bien maigre succès au Canada,&#13;
non pas pour ses défauts internes que pour son application inadéquate.&#13;
Le Serviteur de Dieu nota tout de suite les déficiences administratives de la&#13;
Compagnie des Cent-Associés, à qui l’on avait confié la colonie, et les graves&#13;
désordres qu’elles suscitaient. C’est pour cela que lors de son premier voyage en&#13;
France (1662-1663), le Serviteur de Dieu fit un rapport détaillé de la situation&#13;
- 327 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXII&#13;
&#13;
politico-administrative du Canada au souverain, qui l’accueillit avec une&#13;
bienveillance particulière.&#13;
Bien que l’état déplorable de la colonie ne fût pas complètement inconnu du&#13;
gouvernement royal, puisque certains gouverneurs comme d’Argenson en avaient&#13;
déjà parlé, la conversation animée mais désintéressée du Serviteur de Dieu eut le&#13;
mérite de convaincre le souverain de supprimer le vieux système de gouvernement&#13;
du Canada. En effet, Louis XIV, ayant obtenu de la Compagnie des Cent-Associés&#13;
la cession des droits acquis sur le territoire canadien en vertu du traité du 29 avril&#13;
1628 188, nomma un nouveau gouverneur qui devait représenter exclusivement&#13;
l’autorité souveraine et en protéger les droits. Le roi ajouta un intendant, espèce&#13;
de ministre des Finances et de la Justice et chef de la police, à ce gouvernement.&#13;
Il institua en même temps le Conseil souverain, dont faisait aussi partie l’évêque.&#13;
Le décret royal instituant le Conseil souverain de Québec mérite une sérieuse&#13;
attention, puisqu’en plus de nous démontrer la grande estime que le roi portait au&#13;
Serviteur de Dieu, il nous fait comprendre pourquoi ce Conseil développa une&#13;
intense activité politique jusqu’au moment de sa démission. Il en avait même reçu&#13;
la mission expresse du souverain, comme en font foi le décret que nous&#13;
reproduisons ici et plusieurs autres documents. Aussi, l’accusation que certains&#13;
gouverneurs du Canada ont portée contre Mgr de Laval de se mêler abusivement&#13;
des affaires politiques doit être considérée comme sans fondement et&#13;
tendancieuse.&#13;
&#13;
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous présents et&#13;
à venir, salut.&#13;
La propriété du pays de la Nouvelle-France, qui appartenait à une&#13;
compagnie de nos sujets, laquelle s’était formée pour y établir des colonies,&#13;
en vertu des concessions qui lui en auraient été accordées par le feu roi,&#13;
notre très honoré seigneur et père, de glorieuse mémoire, par le traité passé&#13;
le 29 avril 1628 189, nous ayant été cédée par un contrat volontaire que les&#13;
intéressés en ladite Compagnie en ont fait à notre profit le 24 février dernier,&#13;
nous avons estimé en même temps que pour rendre ledit pays florissant et&#13;
faire ressentir à ceux qui l’habitent le même repos et la même félicité dont&#13;
nos autres sujets jouissent depuis qu’il a plu à Dieu nous donner la paix, il&#13;
fallait pourvoir à l’établissement de la justice, comme étant le principe et un&#13;
préalable absolument nécessaire pour bien administrer les affaires et&#13;
assurer le gouvernement, dont la solidité dépend autant de la manutention&#13;
des lois et de nos ordonnances que de la force de nos armes ; et étant bien&#13;
informé que la distance des lieux est trop grande pour pouvoir remédier&#13;
&#13;
188&#13;
189&#13;
&#13;
NDLR : La Compagnie des Cent-Associés est dissolue par le roi le 24 février 1663.&#13;
NDLR : On devrait plutôt lire : le 29 avril 1627.&#13;
- 328 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXII&#13;
&#13;
d’ici à toutes choses avec la diligence qui serait nécessaire, que l’état&#13;
desdites affaires se trouvant ordinairement changé lorsque nos ordres&#13;
arrivent sur les lieux et que les conjonctures et les maux pressants ayant&#13;
besoin de remèdes plus prompts que ceux que nous pouvons y apporter de&#13;
si loin, nous avons cru ne pouvoir prendre une meilleure résolution qu’en&#13;
établissant une justice réglée et un Conseil souverain dans ledit pays pour&#13;
y faire fleurir les lois, maintenir et appuyer les bons, châtier les méchants et&#13;
contenir chacun dans son devoir, y faisant garder, autant qu’il se pourra, la&#13;
même forme de justice qui s’exerce dans notre royaume et de composer&#13;
ledit Conseil souverain d’un nombre d’officiers convenables pour la&#13;
rendre ;&#13;
savoir faisons que pour ces causes et autres à ce nous mouvant, de l’avis de&#13;
notre Conseil, où étaient la reine, notre très honorée dame et mère, notre&#13;
très cher et très aimé frère unique le duc d’Orléans, notre très cher et très&#13;
aimé cousin le prince de Condé et plusieurs autres princes, grands et&#13;
notables personnages de notredit Conseil et de notre certaine science, pleine&#13;
puissance et autorité royale, avons créé, érigé, ordonné et établi et, par ces&#13;
présentes signées de notre main, créons, érigeons et ordonnons et&#13;
établissons un Conseil souverain en notredit pays de la Nouvelle-France à&#13;
nous cédé comme dit est par le contrat de cession de la Compagnie à&#13;
laquelle la propriété en appartenait, pour être ledit Conseil souverain séant&#13;
en notredite ville de Québec, nous réservant néanmoins la faculté de&#13;
transférer ledit Conseil souverain en telles villes et autres lieux dudit pays&#13;
que bon nous semblera suivant les occasions et occurrences ; lequel Conseil&#13;
souverain nous voulons être composé de nos chers et bien-aimés les sieurs&#13;
de Mésy, gouverneur, représentant notre personne, de Laval, évêque de&#13;
Pétrée, ou du premier ecclésiastique qui y sera, et de cinq autres qu’ils&#13;
nommeront et choisiront conjointement et de concert et d’un nôtre&#13;
procureur audit Conseil souverain, et leur feront prêter le serment de&#13;
fidélité entre leurs mains ; lesquelles cinq personnes choisies pour faire la&#13;
fonction de conseillers seront changées ou continuées tous les ans selon&#13;
qu’il sera estimé plus à propos et plus avantageux par lesdits gouverneur,&#13;
évêque ou premier ecclésiastique qui y sera ;&#13;
- 329 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXII&#13;
&#13;
avons en outre audit Conseil souverain donné et attribué, donnons et&#13;
attribuons le pouvoir de connaître de toutes causes civiles et criminelles&#13;
pour juger souverainement et en dernier ressort selon les lois et&#13;
ordonnances de notre royaume et y procéder autant qu’il se pourra en la&#13;
forme et manière qui se pratique et se garde dans le ressort de notre cour&#13;
de Parlement de Paris, nous réservant néanmoins, selon notre pouvoir&#13;
souverain, de changer, réformer et amplifier lesdites lois et ordonnances,&#13;
d’y déroger, de les abolir, d’en faire de nouvelles ou tels règlements, statuts&#13;
et constitutions que nous verrons être plus utiles à notre service et au bien&#13;
de nos sujets dudit pays ;&#13;
voulons, entendons et nous plaît que dans ledit Conseil, il soit ordonné de&#13;
la dépense des deniers publics et disposé de la traite des pelleteries avec les&#13;
Sauvages*, ensemble de tout le trafic que les habitants peuvent faire avec&#13;
les marchands de ce royaume, même qu’il y soit réglé de toutes les affaires&#13;
de police publiques et particulières de tout ce pays au lieu, jour et heure qui&#13;
seront désignés à cet effet ;&#13;
en outre, donnons pouvoir audit Conseil de commettre à Québec, à&#13;
Montréal, aux Trois-Rivières et en tous autres lieux, autant et en la manière&#13;
qu’ils jugeront nécessaire, des personnes qui jugent en première instance,&#13;
sans chicane et longueur de procédures, des différents procès qui y&#13;
pourront survenir entre les particuliers, de nommer tels greffiers, notaires&#13;
et tabellions, sergents et autres officiers de justice qu’ils jugeront à propos,&#13;
notre désir étant, autant qu’il se pourra, d’éviter toute chicane dans ledit&#13;
pays de la Nouvelle-France, afin que prompte et brève justice y soit rendue ;&#13;
et d’autant que pour la conservation des minutes, des arrêts, jugements et&#13;
autres actes ou expéditions dudit Conseil, il sera besoin d’un greffier ou&#13;
secrétaire, voulons semblablement qu’il soit commis telle personne qui sera&#13;
avisée bon être par lesdits sieurs gouverneur, évêque ou premier&#13;
ecclésiastique qui y sera, pour faire la fonction de greffier notre secrétaire,&#13;
laquelle sera pareillement changée ou continuée selon qu’il sera estimé à&#13;
propos par lesdits sieurs susnommés ;&#13;
&#13;
- 330 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXII&#13;
&#13;
voulons de plus que les cinq conseillers choisis par lesdits gouverneur,&#13;
évêque ou premier ecclésiastique, soient commis pour examiner les procès&#13;
et affaires de peu de conséquence et pour avoir l’œil et tenir la main à&#13;
l’exécution des choses jugées ou dictées, afin que lesdits commissaires&#13;
prennent une connaissance plus particulière des affaires qui devront être&#13;
proposées en icelui, rapportant celles dont ils pourront être chargés par les&#13;
syndics des habitations dudit pays, habitants d’icelui, étrangers, passagers&#13;
et autres, auxquels voulons et entendons que prompte et brève justice soit&#13;
rendue, pour jouir desdites charges par ceux qui en seront pourvus, aux&#13;
honneurs, pouvoirs, autorités, prééminences, privilèges et libertés auxdites&#13;
charges appartenant et aux gages qui leur seront ordonnés par l’état que&#13;
nous en ferons dresser, sans que les officiers dudit Conseil souverain&#13;
puissent exercer autres offices, avoir gages, ni recevoir présents ou pensions&#13;
de qui que ce soit que ceux qui leur seront par nous ordonnés, sans notre&#13;
permission.&#13;
Ci donnons en mandement aux sieurs de Mésy, gouverneur, de Laval,&#13;
évêque de Pétrée, ou premier prêtre qui sera sur les lieux, que notre présent&#13;
édit ils aient à exécuter pour le choix par eux fait desdits conseillers, notre&#13;
procureur et greffier, et iceux assemblés le faire publier et enregistrer de&#13;
point en point selon leur forme et teneur, et le contenu en icelui faire garder&#13;
et observer nonobstant tous empêchements, oppositions ou appellations&#13;
quelconques dont, si aucunes interviennent, nous nous en sommes réservé&#13;
la connaissance en icelle, renvoyé et renvoyons audit Conseil de la&#13;
Nouvelle-France et, à cet effet, interdites et défendues à toutes nos autres&#13;
cours et juges ;&#13;
et parce que dudit présent édit l’on pourra avoir besoin en plusieurs et&#13;
divers endroits dudit pays, voulons qu’aux copies collationnées par le&#13;
greffier dudit Conseil souverain foi soit ajoutée comme à l’original, scellées&#13;
néanmoins du cachet de nos armes ainsi que toutes les autres expéditions&#13;
qui seront décernées par ledit Conseil ;&#13;
&#13;
- 331 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXII&#13;
&#13;
mandons en outre à tous justiciers, officiers, habitants dudit pays, passagers&#13;
et autres de déférer et obéir aux arrêts qui seront rendus par notredit&#13;
Conseil souverain sans difficulté, car tel est notre plaisir. Et afin que ce soit&#13;
chose ferme et stable à toujours, nous avons audit présent notre édit&#13;
perpétuel et irrévocable fait mettre notre sceau, sauf en autre chose notre&#13;
droit et l’autrui en toutes.&#13;
Donné à Paris, au mois d’avril l’an de grâce 1663 et de notre règne le 20e,&#13;
Louis&#13;
Par le roi, de Lionne.&#13;
&#13;
- 332 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXIII-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XXXIII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXXIII&#13;
Deux mandements promulgués sur les dîmes à établir en Nouvelle-France,&#13;
1663-1664, d’après les copies collationnées conservées aux Archives de&#13;
l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 40, nos 34 et 35&#13;
Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de publier dans cette Positio tous les&#13;
documents qui ont trait à la question de l’imposition de la dîme au Canada ; cette&#13;
question est longuement exposée dans les Mémoires sur la vie de M. de Laval,&#13;
premier évêque de Québec par M. de La Tour au Livre IX. Cependant, nous&#13;
reproduisons ici les deux plus importants décrets émis par le Serviteur de Dieu à&#13;
ce sujet ; ils font clairement voir avec quelle prudence et bonté il agissait avec ses&#13;
fidèles. Comme il a été noté plus haut (cf. Doc. XXXI), le décret d’érection du&#13;
Séminaire de Québec introduisit l’usage de prélever la dîme selon la coutume&#13;
française, puis la destinait au Séminaire. Or, ce décret, approuvé par une lettre&#13;
patente du roi Louis XIV en avril 1663 et enregistré par le Conseil souverain de&#13;
Québec le 10 octobre 1663, eut ainsi force de loi non seulement ecclésiastique,&#13;
mais aussi civile. Malgré cela, les Canadiens, habitués à recevoir gratuitement&#13;
l’assistance religieuse, refusèrent de payer la dîme et furent malheureusement&#13;
appuyés en cela par le gouverneur de Mésy. Mgr de Laval chercha prudemment à&#13;
diminuer le poids de la dîme par les décrets qui suivent.&#13;
DOC. XXXIII-1. MANDEMENT DE LAVAL POUR FIXER LA DÎME AU 20E MINOT POUR SIX ANS (10 NOVEMBRE 1663)&#13;
&#13;
Doc. XXXIII-1&#13;
Mandement du Serviteur de Dieu pour fixer la dîme au 20e minot pour six ans&#13;
10 novembre 1663&#13;
François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Pétrée, vicaire&#13;
apostolique en toute la Nouvelle-France, nommé par le roi premier évêque&#13;
dudit pays, à tous les habitants de la paroisse de Québec, salut.&#13;
Déclarons qu’ayant été obligé, pour le bien et avancement de ce&#13;
christianisme, d’ordonner que les dîmes seraient levées à la 13e, eu égard&#13;
néanmoins à l’état présent du pays, nous avons jugé à propos de vous&#13;
accorder et vous accordons par ces présentes qu’elles ne seront payées, six&#13;
années durant, qu’à la 20e. Déclarons en outre que pour contribuer aux&#13;
nécessités de votre Église, nous donnons les dîmes de la présente&#13;
année 1663, à la réserve de celles de la côte de Lauzon et de la pointe de l’île&#13;
d’Orléans, lesquelles seront employées pour bâtir les églises paroissiales&#13;
desdits lieux.&#13;
Donné à Québec, en notre demeure ordinaire, le 10e novembre 1663,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
- 333 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXIII-2&#13;
&#13;
DOC. XXXIII-2. MANDEMENT DE LAVAL SUSPENDANT LA DÎME JUSQU’AU RETOUR DES VAISSEAUX, PUIS RÉDUCTION AU&#13;
20E MINOT (1ER FÉVRIER 1664)&#13;
&#13;
Doc. XXXIII-2&#13;
Mandement du Serviteur de Dieu suspendant la dîme jusqu’au retour des&#13;
vaisseaux, puis réduction au 20e minot&#13;
&#13;
1er février 1664,&#13;
François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Pétrée, vicaire&#13;
apostolique en la Nouvelle-France, nommé par le roi premier évêque dudit&#13;
pays, à tous les habitants, salut.&#13;
Ayant fait insinuer au greffe du Conseil souverain l’établissement de la&#13;
dîme, en conséquence de l’arrêt de Sa Majesté en date du mois d’avril 1663,&#13;
par lequel elle aurait été réglée au 13e et ayant déclaré, vu l’état présent du&#13;
pays, qu’elle ne serait levée pendant six années qu’au 20e, dans le dessein&#13;
de continuer autant que besoin serait, l’on aurait néanmoins fait difficulté&#13;
de la payer ; nous, voulant témoigner notre affection auxdits habitants, leur&#13;
aurions fait offre que ladite dîme ne serait levée qu’au 20e notre vie durant ;&#13;
de quoi n’étant encore contents, nous consentons volontiers de leur donner&#13;
le temps jusqu’au retour des vaisseaux de l’année 1665, pour représenter à&#13;
Sa Majesté les raisons de leur difficulté, pendant lequel temps nous prenons&#13;
résolution de les assister gratuitement selon notre pouvoir et commodité&#13;
comme nous avons fait ci-devant ; et en attendant, nous admonestons et&#13;
exhortons lesdits habitants de commencer à bâtir des églises et presbytères,&#13;
afin que les prêtres puissent au plus tôt résider sur les lieux&#13;
convenablement à leur condition et par ce moyen desservir les paroisses.&#13;
Donné à Québec, en notre demeure ordinaire, sous notre sceau et seing et&#13;
celui de notre secrétaire, le 1er de février 1664 et ordonné que publication en&#13;
soit faite dans tous les lieux qui dépendent de notre juridiction,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
&#13;
- 334 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXIV&#13;
&#13;
Doc. XXXIV. Lettre de Colbert à Laval (18 mars 1664)&#13;
&#13;
Doc. XXXIV&#13;
Lettre de Colbert, secrétaire d’État de la Marine de France, au Serviteur de&#13;
Dieu, 18 mars 1664, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 14&#13;
Cette lettre du célèbre ministre de Louis XIV, Colbert, nous montre l’intérêt&#13;
particulier du Serviteur de Dieu pour le développement de la colonie canadienne,&#13;
son zèle pour n’avoir au Canada que des colons choisis et le crédit dont il jouissait&#13;
auprès de la Cour de France.&#13;
&#13;
Monsieur,&#13;
J’ai reçu la dépêche que vous m’avez faite depuis votre retour en Canada,&#13;
par laquelle vous m’informez des circonstances de votre voyage et de l’état&#13;
auquel vous aviez trouvé les affaires du pays à votre arrivée, dont je rendis&#13;
compte au roi aussitôt.&#13;
Comme, pendant le séjour que vous fîtes ici, vous me témoignâtes que les&#13;
gens des environs de La Rochelle et des îles circonvoisines qui passaient en&#13;
la Nouvelle-France étaient peu laborieux et même que, n’étant pas fort zélés&#13;
pour la religion, ils donnaient de mauvais exemples aux anciens habitants&#13;
du pays qui avaient plus de docilité, le roi a pris résolution, suivant votre&#13;
avis, de faire lever 300 hommes cette année en Normandie et dans les&#13;
provinces circonvoisines, qui seront conduits sur des vaisseaux marchands&#13;
frettés par des particuliers, qui m’ont été produits par le P. Ragueneau,&#13;
lesquels sont obligés par leur traité de rapporter des certificats du Conseil&#13;
de Québec du nombre d’hommes qu’ils auront débarqués et de la quantité&#13;
et qualité des marchandises qu’ils auront consignées dans les magasins ; en&#13;
sorte que j’espère que ce secours tournera effectivement à l’avantage du&#13;
pays, de même que les autres que Sa Majesté a déterminé d’y envoyer tous&#13;
les ans par la même voie, en cas que celui-ci réussisse, ainsi que l’on se le&#13;
promet. Mais elle estime tout à fait indispensable que le Conseil souverain&#13;
distribue des terres à ces nouveaux venus et qu’on les oblige de les défricher&#13;
de proche en proche, afin que, n’étant plus épars comme autrefois, ils soient&#13;
mieux en état de se défendre contre les surprises des Iroquois.&#13;
- 335 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXIV&#13;
&#13;
L’affaire d’Italie 190 étant heureusement accommodée à la satisfaction du roi,&#13;
Sa Majesté a résolu d’envoyer un bon régiment d’infanterie en Canada dans&#13;
la fin de cette année ou dans le mois de février prochain, afin de ruiner&#13;
entièrement ces Barbares, lesquels sont déjà fort diminués, suivant les&#13;
dernières relations que nous avons eues, et par les pertes qu’ils ont&#13;
souffertes en guerre contre leurs ennemis, et par une espèce de maladie&#13;
contagieuse qui en a enlevé une bonne partie ; et a ordonné à M. de Tracy,&#13;
auquel elle a donné un pouvoir de lieutenant-général pour commander&#13;
dans l’étendue de toutes les terres et îles habitées par les Français en&#13;
l’Amérique, de s’y transporter pour y conférer avec vous et M. de Mésy sur&#13;
les moyens de réussir promptement dans cette guerre et établir ensuite un&#13;
bon ordre pour le gouvernement et administration des affaires civiles et&#13;
militaires, afin de pouvoir augmenter considérablement cette colonie. Je&#13;
suis, Monsieur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
Colbert.&#13;
À Saint-Germain, 18 mars 1664&#13;
&#13;
190&#13;
NDLR : Référence à la crise diplomatique, dite l’affaire de la Garde corse, entre Rome et la&#13;
France, entre 1662 et 1664. Elle fut résolue le 12 février 1664 par le traité de Pise.&#13;
&#13;
- 336 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXV&#13;
&#13;
Doc. XXXV. Mandement de Laval sur le baptême (29 mars 1664)&#13;
&#13;
Doc. XXXV&#13;
Mandement par lequel le Serviteur de Dieu ordonnait d’administrer le plus&#13;
tôt possible le sacrement du baptême, 29 mars 1664, d’après la copie&#13;
collationnée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 43, no 38&#13;
À l’époque du Serviteur de Dieu, tant en France qu’au Canada, il arrivait souvent&#13;
que l’administration du baptême aux enfants soit retardée de façon significative.&#13;
Le Serviteur de Dieu écrivit à ce sujet le mandement que nous reproduisons cidessous et qui fut remis en vigueur en 1677 (Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A, p. 102, no 129).&#13;
&#13;
François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Pétrée, vicaire&#13;
apostolique en la Nouvelle-France, nommé par le roi premier évêque dudit&#13;
pays, à tous les prêtres ayant soin du salut des âmes dans l’étendue de notre&#13;
juridiction, salut.&#13;
Ayant appris les abus qui se commettent au sujet du sacrement de baptême,&#13;
pour y obvier et à ce que personne ne prétende cause d’ignorance du temps&#13;
auquel les enfants doivent être baptisés, nous vous mandons de publier au&#13;
prône que nous ordonnons à tous les pères et mères de faire baptiser leurs&#13;
enfants au plus tôt après leur naissance, eu égard aux accidents qui sont&#13;
fréquents dans ce pays. Nous leur défendons aussi expressément d’en&#13;
ondoyer ou faire ondoyer aucun en la maison, s’il n’est en péril de mort et&#13;
en ce cas, nous voulons que celui qui aura été ondoyé de la sorte reçoive, au&#13;
plus tard dans huit jours après sa naissance, les saintes cérémonies du&#13;
baptême, ordonnant tout ce que dessus sous peine d’encourir les censures&#13;
de l’Église.&#13;
Donné à Québec, en notre demeure ordinaire, sous notre sceau et seing de&#13;
notre secrétaire, le 29 mars 1664,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
&#13;
- 337 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-A&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XXXVI&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXXVI&#13;
Divers témoignages où on loue le Serviteur de Dieu, 1664-1702&#13;
Nous avons réuni ici quelques témoignages, privés et publics, écrits entre 1664 et&#13;
1679, dans lesquels on fait chaudement l’éloge du Serviteur de Dieu 191.&#13;
DOC. XXXVI-A. EXTRAIT DE LA LETTRE DE J. LALEMANT À RENAULT (10 OCTOBRE 1659)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-A&#13;
Extrait de la lettre du P. Jérôme Lalemant, jésuite, à son provincial, le&#13;
P. Renault, le 10 octobre 1659, d’après les Jesuit Relations and Allied&#13;
Documents, édition Thwaites, Cleveland, 1896-1901, vol. 45, p. 46-56&#13;
&#13;
J’ai mandé à Votre Révérence la joie universelle qu’a reçue ce pays par la venue de&#13;
Mgr l’évêque de Pétrée. Mais je vous avoue que la guerre des Iroquois nous en&#13;
détrempe bien la douceur et ne nous permet pas de goûter à notre aise le bien que&#13;
nous possédons. Ce qui nous console, c’est que le zèle de ce généreux prélat n’a&#13;
pas de bornes. Il pense que ce serait peu d’avoir passé les mers, s’il ne traversait&#13;
aussi nos grandes forêts par le moyen des ouvriers évangéliques, qu’il a dessein&#13;
d’envoyer jusqu’aux nations, dont à peine savons-nous les noms, pour y chercher&#13;
tant de pauvres brebis égarées et pour les ranger au nombre de son cher troupeau ;&#13;
c’est à quoi il se prépare, nonobstant la guerre des Iroquois. Il prétend bien faire&#13;
en ce Nouveau Monde ce qui se pratique en l’ancien.&#13;
&#13;
191&#13;
NDLR : Ayant trouvé d’autres éloges du Serviteur de Dieu, nous avons choisi de les inclure dans&#13;
cette section.&#13;
&#13;
- 338 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-1&#13;
&#13;
DOC. XXXVI-B. EXTRAIT DE LA LETTRE D’ALEXANDRE VII À LAVAL (3 AVRIL 1660)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-B&#13;
Extrait de la lettre du pape Alexandre VII au Serviteur de Dieu, 3 avril 1660,&#13;
d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 5&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Nous savons que vous accorderez spontanément tout votre zèle, avec diligence et&#13;
avec soin, pour la protéger et la propager de toutes vos forces ; cependant, en&#13;
raison du devoir de notre charge, nous vous exhortons encore et encore à vous y&#13;
appliquer incessamment de tout votre esprit. Par là, vous vous assurerez plus&#13;
étroitement, plus uniquement, de jour en jour, la charité paternelle avec laquelle&#13;
nous vous embrassons, vous et cette Église et [ces] nouveaux champs ; et ce qui est&#13;
[plus] important, vous vous attirerez de plus en plus [les bénédictions] de la volonté&#13;
de Dieu Tout-Puissant.&#13;
DOC. XXXVI-1. EXTRAIT DE HISTOIRE VÉRITABLE ET NATURELLE DES MŒURS ET PRODUCTIONS DU PAYS DE LA NOUVELLEFRANCE PAR BOUCHER, 1664&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-1&#13;
Extrait tiré de la préface de l’Histoire véritable et naturelle des mœurs et&#13;
productions du pays de la Nouvelle-France, par Pierre Boucher, Paris, 1664&#13;
Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivières, homme de grande intégrité et&#13;
écrivain fiable, fait ici l’éloge du Serviteur de Dieu et du clergé canadien, éloge&#13;
qui mérite d’être connu.&#13;
&#13;
Pour le spirituel, l’on ne peut rien désirer de plus. Nous avons un évêque&#13;
dont le zèle et la vertu sont au-delà de ce que j’en puis dire. Il est tout à tous,&#13;
il se fait pauvre pour enrichir les pauvres et ressemble aux évêques de la&#13;
primitive Église. Il est assisté de plusieurs prêtres séculiers, gens de grande&#13;
vertu, car il n’en peut souffrir d’autres. Les pères jésuites secondent ses&#13;
desseins, travaillant dans leur zèle ordinaire infatigablement pour le salut&#13;
des Français et des Sauvages*.&#13;
&#13;
- 339 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-C&#13;
&#13;
DOC. XXXVI-C. EXTRAIT DE LA LETTRE DE LESLIE AU SÉMINAIRE DE QUÉBEC (20 JUILLET 1664)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-C&#13;
Lettre de William Leslie, procureur du Serviteur de Dieu à Rome, au&#13;
Séminaire de Québec, 20 juillet 1664, d’après la copie collationnée conservée&#13;
aux Archives des Missions étrangères de Paris, vol. 200, p. 282-289&#13;
&#13;
[…] je sers M. de Pétrée avec la même affection que je [le] ferais [pour] les saints&#13;
apôtres et Notre-Seigneur ou leurs disciples, car je le tiens dans ce rang et, quoique&#13;
nous soyons plus éloignés des apôtres que leurs disciples, néanmoins j’estime le&#13;
mérite de ceux qui se dévouent à l’Évangile dans ce temps-ci [à l’]égal pour le moins&#13;
à celui des premiers. Et si, comme je ne doute pas [que] M. de Pétrée ne le fasse,&#13;
nous avions un amour et une affection égaux aux leurs, notre mérite serait peutêtre plus grand, comme Notre-Seigneur [lui-]même insinue à saint Thomas apôtre&#13;
disant : « Beati qui non viderunt et crediderunt 192. » Ce que je dis de M. de Pétrée,&#13;
je le dis [aussi] de M. d’Héliopolis et de M. de Bérythe.&#13;
DOC. XXXVI-2. LETTRE DE LOUIS XIV À LAVAL (23 MARS 1665)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-2&#13;
Lettre de Louis XIV, roi de France, au Serviteur de Dieu, 23 mars 1665,&#13;
d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 11.&#13;
Dans cette lettre et dans la suivante (no 4), le roi manifeste sa pleine satisfaction&#13;
pour le travail accompli par Mgr de Laval au Canada. Comme on le verra par le&#13;
contexte, les éloges du roi ne sont pas de simples formules de convenance, mais&#13;
l’expression d’un sentiment réel.&#13;
&#13;
M. l’évêque de Pétrée,&#13;
J’ai reçu toutes vos lettres et vu les avis que vous me donnez de ce qui s’est&#13;
passé en Canada ; mais je ne vous dirai point ici mes volontés à cet égard,&#13;
me remettant au sieur de Tracy, mon lieutenant-général en l’Amérique, de&#13;
vous l’expliquer. Cette lettre vous sera seulement un témoignage de la&#13;
grande satisfaction [que] j’ai du soin que vous donnez au bien des peuples,&#13;
à leur instruction et à leur salut. J’espère que vous les continuerez et je vous&#13;
y exhorte et de prendre une entière assurance en ma protection, dont vous&#13;
192&#13;
&#13;
NDLR : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! » (Jean 20:29)&#13;
- 340 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-3&#13;
&#13;
recevrez des preuves en toutes rencontres. Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait,&#13;
M. l’évêque de Pétrée, en sa sainte garde.&#13;
Louis&#13;
Écrit à Paris, le 23e jour de mars 1665&#13;
DOC. XXXVI-3. EXTRAIT DE LA LETTRE DE SR MARIE DE SAINT-BONAVENTURE DE JÉSUS À UN BOURGEOIS DE PARIS (23&#13;
OCTOBRE 1665)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-3&#13;
Extrait d’une lettre de la supérieure de l’Hôtel-Dieu de Québec, 23 octobre&#13;
1665, d’après les Jesuit Relations and Allied Documents, édition Thwaites,&#13;
Cleveland, 1896-1901, vol. 49, p. 202&#13;
Cette lettre fut publiée à Paris en 1665 et elle est inscrite dans les Relations des&#13;
Jésuites.&#13;
&#13;
Parmi les malades qui sont venus à notre hôpital, il s’en est trouvé plusieurs&#13;
qui étaient malades et au corps et en l’âme. Les uns étaient huguenots et,&#13;
grâce à Dieu, ils ont tous fait chez nous abjuration publique de leur hérésie.&#13;
Les autres étaient de mauvais chrétiens, qui depuis plusieurs années&#13;
n’avaient point approché des sacrements ; ils ont fait des confessions&#13;
générales avec toutes les dispositions qu’on pouvait désirer. Mgr l’évêque&#13;
de Pétrée, notre très digne prélat, et M. de Lauson, son grand-vicaire et&#13;
notre supérieur, ont fait une mission et une moisson dignes de leur zèle. On&#13;
eût dit à les voir que c’était une primitive Église. Ils travaillaient nuit et jour&#13;
pour les mettre en la grâce de Dieu ; et ces pauvres gens s’estimaient si&#13;
heureux, sortant de la misère où ils étaient, de trouver un lieu de refuge&#13;
contre leurs maux, qu’ils faisaient tout retentir par les actions de grâce qu’ils&#13;
rendaient continuellement à notre Sauveur.&#13;
&#13;
- 341 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-4&#13;
&#13;
DOC. XXXVI-4. LETTRE DE LOUIS XIV À LAVAL (1ER AVRIL 1666)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-4&#13;
Lettre de Louis XIV, roi de France, au Serviteur de Dieu, 1er avril 1666,&#13;
d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 17&#13;
&#13;
M. l’évêque de Pétrée,&#13;
Je n’attendais pas moins de votre zèle pour l’exaltation de la foi et de votre&#13;
affection au bien de mon service que la conduite que vous tenez dans une&#13;
maison aussi importante et aussi sainte que la vôtre 193. La principale&#13;
récompense en est réservée au ciel, qui seul peut vous la donner&#13;
proportionnée à votre mérite ; mais vous devez faire état que celles qui&#13;
dépendent de moi ne vous manqueront pas dans les rencontres. Je me&#13;
remets de surplus à ce que le sieur Colbert mandera de ma part et prie Dieu&#13;
qu’il vous ait, M. l’évêque de Pétrée, en sa sainte garde.&#13;
Louis&#13;
Écrit à Saint-Germain-en-Laye, 1er avril 1666&#13;
DOC. XXXVI-5. LETTRE DE COLBERT À LAVAL (5 AVRIL 1667)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-5&#13;
Lettre de Colbert, secrétaire d’État de la Marine de France, au Serviteur de&#13;
Dieu, 5 avril 1667, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 24&#13;
Aux précédents éloges à Mgr de Laval faits par le roi de France, il est intéressant&#13;
d’ajouter celui de son ministre, Colbert.&#13;
&#13;
Monsieur,&#13;
J’ai reçu les deux lettres que vous avez pris la peine de m’écrire du 22e de&#13;
novembre de l’année dernière 1666. Après la satisfaction que le roi vous&#13;
témoigne lui-même qu’il a des soins que vous continuez de prendre,&#13;
toujours avec le même zèle du christianisme de la Nouvelle-France,&#13;
193&#13;
&#13;
Le Séminaire de Québec, érigé par le Serviteur de Dieu.&#13;
- 342 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-5&#13;
&#13;
[d’]établir une solide piété parmi les habitants, de les entretenir dans les&#13;
exercices de notre religion et de les maintenir dans les deux devoirs&#13;
auxquels ils sont obligés envers Dieu et envers Sa Majesté, il serait superflu&#13;
que je vous en parlasse.&#13;
Ainsi, je me renfermerai à vous dire en mon particulier que je vous envoie&#13;
par son ordre la somme de 6 000 livres pour en disposer ainsi que vous le&#13;
jugerez pour le mieux pour subvenir à vos besoins et à ceux de votre Église ;&#13;
et que l’on ne saurait donner un trop grand prix à une vertu comme la vôtre,&#13;
qui se soutient toujours également, qui étend charitablement ses assistances&#13;
partout où elles sont nécessaires, qui vous rend infatigable dans les&#13;
fonctions de l’épiscopat, nonobstant la faiblesse de votre santé et les&#13;
infirmités fréquentes dont vous êtes attaqué et qui ainsi vous fait partager&#13;
la peine d’administrer les sacrements dans les lieux les plus écartés des&#13;
principales habitations avec le moindre de vos ecclésiastiques. Je n’ajouterai&#13;
rien à cette expression, qui est toute sincère, de peur de blesser la modestie&#13;
qui vous est naturelle.&#13;
Mais permettez-moi, Monsieur, avant de finir ces lignes, de vous supplier,&#13;
quoique vous fassiez l’une de vos plus importantes occupations de bien&#13;
faire élever les enfants, d’en user toujours à leur égard avec la même bonté&#13;
que vous avez fait jusqu’ici, parce qu’il est certain que c’est le meilleur&#13;
moyen de bien policer la colonie et d’y former des gens capables de servir&#13;
Dieu et le prince dans toutes les professions différentes où ils se trouveront&#13;
engagés pendant le cours de leur vie. Cependant, je demeure, Monsieur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
Colbert.&#13;
À Saint-Germain, le 5e avril 1667&#13;
&#13;
- 343 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-6&#13;
&#13;
DOC. XXXVI-6. EXTRAITS DE VIE DE LA SERVANTE DE DIEU CATHERINE DE SAINT-AUGUSTIN PAR RAGUENEAU, 1671&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-6&#13;
Extraits de la Vie de la Servante de Dieu Catherine de Saint-Augustin, moniale&#13;
de l’Hôtel-Dieu de Québec, par le P. Paul Ragueneau, jésuite, Paris, 1671,&#13;
selon la nouvelle édition des Annales, Québec, 1923&#13;
Le P. Paul Ragueneau, jésuite, fut l’un des plus illustres missionnaires jésuites du&#13;
Canada, où il arriva en 1636. Après plusieurs années de mission dans le territoire&#13;
des Hurons, il fut nommé supérieur des Jésuites du Canada. En 1662, il retourna&#13;
en France, où il mourut en 1680. Il écrivit une Vie de la Servante de Dieu&#13;
Catherine de Saint-Augustin, dans laquelle il parle de Mgr de Laval.&#13;
&#13;
[p. 6] : Après tout, j’aurais assez de peine à me résoudre de donner au jour&#13;
une Vie si pleine de merveilles si Mgr l’évêque de Pétrée, que toute la France&#13;
connaît comme un prélat d’une éminente vertu, d’une piété solide et d’un&#13;
zèle tout apostolique, ne m’eût donné ordre de le faire et d’y travailler sur&#13;
les mémoires qu’il a lui-même examinés, approuvés et signés de sa main.&#13;
Ainsi j’ai cru qu’après les témoignages authentiques et les marques d’une&#13;
vénération toute extraordinaire qu’un évêque aussi sage et aussi éclairé&#13;
comme il est, a donné si souvent à la vertu de cette bonne religieuse, sur la&#13;
parfaite connaissance qu’il avait de tout ce que Dieu opérait en elle et de&#13;
tout ce qu’elle faisait pour Dieu, j’ai cru, dis-je, que je ne pouvais refuser à&#13;
l’édification du public [...] l’exemple d’une vie et d’une mort aussi pures [...]&#13;
[p. 213] : Mgr l’évêque de Pétrée, que l’on peut dire véritablement avoir un&#13;
cœur selon le cœur de Dieu et être un modèle parfait des véritables évêques,&#13;
a toujours eu tant d’estime et, si je l’ose dire, tant de vénération pour les&#13;
grâces que Notre-Seigneur avait versées si libéralement sur cette digne&#13;
religieuse, qu’il la consultait très souvent et recommandait à ses prières les&#13;
affaires les plus importantes de son diocèse.&#13;
&#13;
- 344 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-7&#13;
&#13;
DOC. XXXVI-7. EXTRAIT DE LA LETTRE DE DABLON À PINET (1672)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-7&#13;
Extrait de la lettre du P. Claude Dablon au P. Jean Pinet, 1672, d’après les&#13;
Jesuits Relations and Allied Documents, édition Thwaites, Cleveland, 18961901, vol. 55, p. 236&#13;
Cette lettre du P. Dablon, supérieur des Jésuites du Canada, au P. Pinet, provincial&#13;
de France, fut écrite pendant que le Serviteur de Dieu se trouvait en France (16711675) pour les affaires concernant l’érection du diocèse de Québec.&#13;
&#13;
Il ne nous manque pour nous bien animer que la présence de Mgr notre&#13;
évêque. Son absence tient ce pays comme en un deuil et nous fait languir&#13;
par la trop longue séparation d’une personne si nécessaire à ces Églises&#13;
naissantes. Il en était l’âme et le zèle qu’il faisait paraître en toutes&#13;
rencontres pour le salut de nos Sauvages* attirait sur nous des grâces du&#13;
ciel bien puissantes pour le bon succès de nos missions. Et comme pour&#13;
éloigné qu’il soit de corps, son cœur est toujours avec nous, nous en&#13;
éprouvons les effets par la continuation des bénédictions dont Dieu&#13;
favorise, et les travaux de nos missionnaires, et ceux de MM. les&#13;
ecclésiastiques de son Église, qui continuent avec un grand zèle et avec&#13;
l’édification publique à procurer l’honneur de Dieu et à travailler au parfait&#13;
établissement des paroisses dans l’étendue de ce pays.&#13;
&#13;
- 345 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-8&#13;
&#13;
DOC. XXXVI-8. LETTRE D’ESTRÉES À VON HESSEN-DARMSTADT ([1672])&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-8&#13;
Lettre du cardinal César d’Estrées au cardinal landgrave, 1672, d’après la&#13;
copie conservée aux Archives apostoliques du Vatican. Propagande, Scritture&#13;
originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 433, fos 695-696&#13;
Traduction de l’original en italien&#13;
César d’Estrées, évêque-duc de Laon, en France, fut envoyé à Rome en 1671 par&#13;
la Cour de Paris comme ambassadeur extraordinaire et le 26 mai 1672, il fut&#13;
nommé cardinal. La lettre reproduite ici fut écrite par Mgr d’Estrées au cardinal&#13;
landgrave 194 de la Sacrée congrégation de la propagande en vue d’appuyer la&#13;
nomination du Serviteur de Dieu comme premier évêque en titre du diocèse de&#13;
Québec, qui devait être érigé peu de temps après.&#13;
&#13;
Mgr éminentissime et révérendissime 195,&#13;
Lors de la prochaine réunion de la Congrégation de la propagande de la foi&#13;
devant proposer la cause de l’évêque de Pétrée, vicaire apostolique au&#13;
Canada ou en Nouvelle-France en Amérique du Nord, et au nom dudit&#13;
prélat, devant demander de l’aide pour l’expédition des bulles d’érection&#13;
en évêché de Québec, chef-lieu de cette province, je demande humblement&#13;
à Votre Éminence d’aider ledit prélat, homme de grande piété et zèle, qui&#13;
s’est voué pendant 18 ans 196 avec beaucoup de fruits en cette vigne du&#13;
Seigneur, non seulement en donnant toutes les aumônes et les biens&#13;
d’Église qu’il a pu avoir, mais encore tous ses biens patrimoniaux pour les&#13;
secours de ladite chrétienté et pour la conversion de ces infidèles, comme&#13;
vous pourrez le constater dans ses nombreux rapports détaillés remis à la&#13;
Sacrée congrégation en diverses occasions ; et encore bien plus, s’agissant&#13;
d’une cause où la religion catholique (et cette mission est grandement&#13;
intéressée) en tirera de très grands avantages. Que Dieu [vous ait en sa sainte&#13;
garde,&#13;
Le très humilié, dévoué et obligé serviteur,&#13;
C. d’Estrées.]&#13;
&#13;
NDLR : Friedrich de Hesse-Darmstadt (1616-1682) est le fils cadet du landgrave, soit le prince&#13;
souverain d’Allemagne, Louis V de Hesse-Darmstadt. Il est nommé cardinal en 1652.&#13;
195&#13;
NDLR : Littéralement : Éminentissimes et révérendissimes seigneuries.&#13;
196&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : 13 ans.&#13;
194&#13;
&#13;
- 346 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-9&#13;
&#13;
DOC. XXXVI-9. EXTRAIT DU MÉMOIRE DE [LAURI] À LA CONSISTORIALE (27 JANVIER 1679)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-9&#13;
Extrait du mémoire sur les abbayes de Méobecq et de l’Estrée et sur la&#13;
réputation du Serviteur de Dieu en France, 27 janvier 1679, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Consistoriale, Acta congregationis&#13;
consistorialis, vol. 1685-1687, fos 174r-177v&#13;
Traduction de l’original en italien&#13;
Ce rapport fut probablement envoyé à Rome par le nonce de Paris à l’occasion du&#13;
dossier monté pour l’union des abbayes de Méobecq et de l’Estrée au diocèse de&#13;
Québec. Même si elle n’est pas datée, nous savons qu’il fut présenté par la Sacrée&#13;
congrégation de la propagande à la réunion du 14 mars 1679 à cause d’un autre&#13;
document conservé dans le même dossier (fos 512r, 513v).&#13;
La 1re partie de ce rapport traite de l’état des abbayes de Méobecq et de l’Estrée ;&#13;
la 2e, d’où nous avons tiré cet extrait, est faite « de la réputation qui court à Paris&#13;
sur le compte de Mgr l’évêque de Québec en Nouvelle-France ».&#13;
&#13;
[…] La réputation qui court sur l’évêque de Québec, en Nouvelle-France,&#13;
ne peut être meilleure ; on parle de lui comme d’un prélat d’excellentes&#13;
mœurs et qui vit entièrement engagé à établir et à développer dans ces&#13;
régions le christianisme par tous les moyens qu’utilisent les évêques zélés&#13;
en pareille occasion.&#13;
DOC. XXXVI-D. EXTRAIT DE LA LETTRE DE TRONSON À DOLLIER (20 MAI 1687)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-D&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Tronson à l’abbé Dollier de Casson, 20 mai&#13;
1687, d’après la copie collationnée conservée aux Archives du Séminaire&#13;
Saint-Sulpice de Paris, série 2, vol. 7, p. 4036-4051&#13;
&#13;
Je m’assure que vous trouverez Mgr l’évêque de Québec l’ancien dans ce même&#13;
sentiment. Vous connaissez sa piété, son désintéressement, sa prudence et ses&#13;
lumières ; il sait ce que c’est que le pays, il connaît mieux que personne l’état de&#13;
son Église. Consultez-le là-dessus et faites aveuglément ce qu’il vous dira, car nous&#13;
ne cherchons tous que la volonté de Dieu et c’est là le moyen de la connaître.&#13;
&#13;
- 347 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVI-E&#13;
&#13;
DOC. XXXVI-E. EXTRAIT DE LA LETTRE DE TRONSON À LAVAL (AVRIL 1698)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-E&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Tronson au Serviteur de Dieu, avril 1698,&#13;
d’après la copie collationnée conservée aux Archives du Séminaire SaintSulpice de Paris, série 2, vol. 7, p. 4600&#13;
&#13;
Il y a longtemps que je suis convaincu de la bonté et de la tendresse de votre cœur,&#13;
mais ce que j’apprends par les dernières lettres que j’ai reçues de Canada me&#13;
confirme fortement dans cette pensée. L’on me mande de divers endroits ce que&#13;
vous avez fait pour nos ecclésiastiques à leur arrivée à Québec et surtout pour&#13;
M. de Rolon, à qui vous avez rendu tous les bons offices qu’on pouvait lui rendre&#13;
durant sa maladie et après sa mort. J’en ai su le détail et je n’y saurais penser sans&#13;
admirer votre charité et sans louer Dieu de vous en avoir pourvu si abondamment.&#13;
DOC. XXXVI-F. EXTRAIT DE LA LETTRE DE TREMBLAY À LAVAL (31 MARS 1702)&#13;
&#13;
Doc. XXXVI-F&#13;
Extrait de lettre d’Henri-Jean Tremblay, procureur du Séminaire de Québec&#13;
à Paris, au Serviteur de Dieu, 31 mars 1702, d’après l’original conservé au&#13;
Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Lettres N, no 117&#13;
&#13;
Je n’ai aussi jamais douté que Votre Grandeur sortît des sentiments de grâce que&#13;
vous nous avez vous-même inspirés. […] car nous sommes persuadés que la grâce&#13;
qui vous a inspiré la pratique du détachement et vous l’a fait si solidement&#13;
pratiquer toute votre vie sera persévérante jusqu’à la mort, afin qu’elle ne s’efface&#13;
jamais de l’esprit de vos enfants. J’ai été bien aise même que ce que je vous écrivis&#13;
l’an passé sans y penser vous ait engagé à me marquer tous les sentiments édifiants&#13;
qui sont dans vos lettres.&#13;
&#13;
- 348 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVII-A&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XXXVII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXXVII&#13;
Cinq 197 lettres du Serviteur de Dieu à Henri-Marie Boudon, 1666-1692,&#13;
d’après les copies conservées aux Archives de la Sacrée congrégation pour la&#13;
Cause des saints, parmi les écrits du Serviteur de Dieu, et au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec&#13;
Il semble que le Serviteur de Dieu ait toujours maintenu une correspondance avec&#13;
Henri-Marie Boudon, son ami de jeunesse et son successeur comme archidiacre&#13;
d’Évreux (cf. Doc. VII), mais on ne connaît que quelques lettres de Mgr de Laval.&#13;
Les originaux, longtemps conservés aux Archives du Grand Séminaire d’Évreux,&#13;
sont aujourd’hui perdus. Par chance, on en avait déjà fait une copie en 1887 pour&#13;
le procès des exactitudes, c’est-à-dire pour la recherche des écrits, copies que l’on&#13;
conserve à la Sacrée congrégation des Rites (aujourd’hui la Congrégation pour la&#13;
Cause des saints) et de laquelle sont extraites les quatre premières lettres ici&#13;
reproduites. La cinquième provient d’une copie faite également à Évreux en 1887&#13;
et conservée dans le Fonds d’archives du Séminaire de Québec. Ces lettres&#13;
confidentielles présentent plusieurs aspects de la vie spirituelle et, sous ce point&#13;
de vue, servent à connaître de plus près l’esprit de notre Serviteur de Dieu.&#13;
DOC. XXXVII-A. LETTRE DE LAVAL À BOUDON (27 AOÛT 1664)&#13;
&#13;
Doc. XXXVII-A&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à Henri-Marie Boudon, 27 août 1664, d’après la&#13;
copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire&#13;
de Québec, Séminaire 57, no 43b&#13;
&#13;
À Québec, ce 27 août 1664&#13;
Monsieur,&#13;
J’ai reçu vos chères lettres, qui ne respirent que Dieu seul et l’amour de Jésus et&#13;
Marie, du glorieux saint Joseph et des saints anges. L’indisposition où je suis&#13;
m’oblige de me servir d’une autre main que la mienne pour vous écrire. Ma santé&#13;
n’a pas été beaucoup meilleure pendant la plupart de cette année et néanmoins&#13;
nous sommes accablés de beaucoup d’affaires. Dieu soit béni de tout. Faites en&#13;
sorte, par vos prières et celles des bonnes âmes avec qui vous communiquez, que&#13;
Jésus-Christ soit connu et aimé dans le Canada, et des Français, et des Sauvages*,&#13;
et qu’il lui plaise donner bénédiction à l’établissement du Séminaire et du clergé&#13;
où nous travaillons.&#13;
NDLR : Une sixième lettre de Mgr de Laval à l’abbé Boudon, datée du 27 août 1664, a été trouvée&#13;
dans le Fonds d’archives du Séminaire de Québec. Une correspondance entre l’abbé de Glandelet&#13;
et l’abbé Boudon, ainsi qu’une lettre de Mgr de Saint-Vallier au même, ont aussi été trouvées&#13;
(Séminaire, no 73).&#13;
&#13;
197&#13;
&#13;
- 349 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVII-A&#13;
&#13;
M. Forest 198 repasse en France. Ce bon jeune homme ne nous était pas propre. On&#13;
a pris beaucoup de peine pour le former, mais sans fruit. Je vous renvoie ses lettres,&#13;
avec son dimissoire. Vous les lui rendrez sans lui faire connaître que vous nous les&#13;
avez envoyées. Il a besoin de recommencer sa philosophie pour être capable&#13;
d’étudier en théologie.&#13;
Tous nos ecclésiastiques vous saluent et se recommandent à vos prières. Adieu, ne&#13;
m’oubliez pas au saint autel. Je suis, Monsieur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
&#13;
198&#13;
NDLR : Parmi les cinq premiers élèves reçus au Séminaire de Québec, deux devinrent prêtres.&#13;
Forest retourna en France.&#13;
&#13;
- 350 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVII-1&#13;
&#13;
DOC. XXXVII-1. LETTRE DE LAVAL À BOUDON (30 SEPTEMBRE 1666)&#13;
&#13;
Doc. XXXVII-1&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à Henri-Marie Boudon, 30 septembre 1666,&#13;
d’après la copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Séminaire 57, no 43a&#13;
Dans cette lettre et dans la suivante (no 2), le Serviteur de Dieu fait allusion aux&#13;
graves calomnies inventées contre son ami Boudon 199.&#13;
&#13;
À Québec, ce dernier septembre 1666,&#13;
Mon très cher Monsieur,&#13;
Jésus crucifié soit notre force. Jamais je ne fus plus consolé d’aucune de vos&#13;
lettres que de celle que j’ai reçue cette année. L’on ne peut lire sans horreur&#13;
le manifeste pernicieux qui a été publié contre votre réputation. Je vois que&#13;
199&#13;
&#13;
NDLR : L’abbé Demers l’explique au Doc. 59, dont voici la note :&#13;
[…] auteur de plusieurs livres ascétiques, avec qui le Serviteur de Dieu entretint&#13;
une véritable amitié dès sa jeunesse. Notons que dans les Aliae Novae&#13;
Animadversiones (nos 26-28), on a fait de cette amitié un chef d’accusation contre&#13;
le Serviteur de Dieu, du fait qu’un livre de Boudon, Dieu seul ou l’Association&#13;
pour l’intérêt de Dieu seul, fut condamné en 1688 par la Congrégation de l’Index,&#13;
qu’elle perçut comme infecté de quiétisme. À ce propos, quelques remarques&#13;
suffiront. Le Dieu seul de Boudon fut édité en 1662 avec l’approbation de Bossuet&#13;
et de La Sorbonne et eut un tel succès qu’il fut traduit en plusieurs langues, dont&#13;
en italien. Cette dernière version, exécutée par un secrétaire de Congrégation, fut&#13;
approuvée par le maître des Sacrés palais. La condamnation survint 26 ans après&#13;
la première publication, à la suite d’une traduction italienne publiée à Milan à&#13;
l’insu de l’auteur (cf. Lettres de Boudon, Paris, 1785, vol. 2, p. 110-111).&#13;
Selon Brémond (Histoire littéraire du sentiment religieux en France, vol. 6, Paris,&#13;
1922, p. 233), le livre ne fut pas condamné dû à des erreurs doctrinales mais,&#13;
comme ce fut le cas pour bien d’autres livres à cette époque, à cause de fortes&#13;
réactions antiquiétistes face à des expressions, acceptables à l’époque de la&#13;
publication, mais qui étaient devenues équivoques avec le développement de la&#13;
controverse (sur le même sujet, voir Lettres de Boudon, p. 198 ; Saudreau, La Vie&#13;
d’union à Dieu, Angers, 1921, p. 354). De plus, il est certain que lorsque qu’il&#13;
apprit la condamnation de son livre, Boudon se comporta en homme très religieux.&#13;
En effet, non seulement il se soumit au jugement du Saint-Siège (Lettres de&#13;
Boudon, p. 163), mais encore il composa un mémoire de plusieurs corrections à&#13;
être prises en compte dans les éditions ultérieures de tous ses livres (Œuvres&#13;
complètes de Boudon, éd. Migne, Paris, 1856, vol. 3, col. 1322 ; Heurtevent,&#13;
« Boudon », dans Dictionnaire de Spiritualité, Paris, 1937). Ainsi, il serait&#13;
impossible de reprocher à Mgr de Laval l’amitié qu’il eut avec Boudon. Quant au&#13;
quiétisme, on n’en trouve pas le moindre soupçon dans toute la vie de&#13;
Mgr de Laval.&#13;
- 351 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVII-1&#13;
&#13;
l’enfer a vomi tout ce poison et que ce malheureux auteur y a puisé toute la&#13;
malice dont il est composé. Je ne puis vous estimer malheureux, puisque&#13;
Notre-Seigneur, la vérité éternelle, vous béatifie : « Beati estis cum&#13;
maledixerint vobis homines et dixerint omne malum adversus vos 200. »&#13;
Au contraire, je me réjouirai avec vous de la joie des saints apôtres, lesquels&#13;
« ibunt a conspectu concilii gaudentes, quoniam digni habiti sunt pro nomine Iesu&#13;
contumeliam pati 201 ». Ma consolation donc, mon cher Monsieur, recevant&#13;
votre lettre, est de ce que par la miséricorde de Notre-Seigneur, il vous a&#13;
donné un cœur capable d’avoir autant de joie et d’amour pour la croix et le&#13;
mépris que le monde en conçoit d’horreur et d’aversion. « Non fecit taliter&#13;
omni nationi 202. » Sans doute la Très Sainte Vierge et les saints anges vous&#13;
auront procuré cette grâce par un amour spécial qu’ils ont pour vous. C’est&#13;
la précieuse perle de l’Évangile, « quam quis invenit, abscondit et prae gaudio&#13;
illius vadit et vendit universa quæ habet et emit illam 203 ». Priez bien NotreSeigneur qu’il me fasse la grâce de bien user des grâces qu’il me fait et des&#13;
petites croix qu’il nous présente quelquefois à souffrir.&#13;
Nous sommes, grâce à Dieu, plus paisiblement que nous n’avons été les&#13;
années passées en ce pays par le retour que M. de Tracy a fait depuis un an.&#13;
Il y passera encore cette année. C’est une personne de mérite et de piété. Il&#13;
est présentement dans le pays des Iroquois en personne avec 1 400 ou&#13;
1 500 hommes dont nous avons sujet d’espérer un bon succès, Dieu aidant.&#13;
Il y aura ensuite une grande liberté. « Operarii pauci, messis quidem multa,&#13;
rogate, etc. 204. »&#13;
&#13;
200&#13;
NDLR : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement&#13;
toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. » (Matthieu 5:11)&#13;
201&#13;
NDLR : « repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom&#13;
de Jésus. » (Actes des apôtres 5:41)&#13;
202&#13;
NDLR : « Pas un peuple qu’il n’ait ainsi traité. » (Psaumes 147:20)&#13;
203&#13;
NDLR : « qui l’a découvert, le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède,&#13;
et il achète ce champ. » (Matthieu 13:44)&#13;
204&#13;
NDLR : « La moisson est abondante, mais les disciples sont peu nombreux. Priez […]. »&#13;
(Matthieu 9:37-38)&#13;
&#13;
- 352 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVII-1&#13;
&#13;
J’écris à Mgr d’Évreux. Vous lui donnerez ma lettre. Je n’ai pas cru me&#13;
pouvoir dispenser de rendre le témoignage que je dois à votre vertu et votre&#13;
innocence. C’est à Notre-Seigneur à la manifester et non pas aux hommes.&#13;
Ainsi, mon cher Monsieur, disons : « Expecta paulisper, donec impleatur&#13;
numerus fratrum vestrorum 205. » Priez bien Dieu pour moi, je vous en conjure,&#13;
et pour toute notre Église et nous faites [illisible] des bonnes fortunes, qui&#13;
vous arriveront par la disposition aimable de la divine volonté, et surtout&#13;
me croyez avec vérité,&#13;
Votre très humble et obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
&#13;
Mon très cher Monsieur,&#13;
Je vous conjure de me mander quelque chose dans la simplicité et vérité de&#13;
la disposition de mon frère, le religieux 206. Il me semble avoir entendu qu’il&#13;
avait bien l’air du monde et non pas celui d’un bon religieux. Cela me donne&#13;
de la douleur et de la peine en même temps, ayant possible contribué&#13;
quelque chose à ce qu’il fût religieux, étant trop jeune pour le connaître. Ce&#13;
n’est pas que je n’aie fait tout mon possible depuis ce temps pour le porter&#13;
au bien, comme de le faire étudier et de lui inspirer de faire [l’]effort d’entrer&#13;
aux réformés ; ce qu’il a tenté, mais son infirmité l’en a empêché. Je souhaite&#13;
de tout mon cœur pouvoir contribuer à le remettre dans son train de vertu.&#13;
Je vous supplie d’en avoir soin et de me faire savoir tous les ans comme[nt]&#13;
il se comporte. J’ai négligé de lui écrire depuis mon éloignement de France.&#13;
J’ai pensé le faire cette année, mais j’ai voulu avoir auparavant vos&#13;
sentiments et savoir l’état dans lequel il est.&#13;
&#13;
NDLR : « Il leur fut dit de patienter encore quelque temps, jusqu’à ce que soient au complet&#13;
leurs compagnons de service, leurs frères, qui allaient être tués comme eux. » (Apocalypse 6:11)&#13;
206&#13;
NDLR : Dom Henri de Laval, bénédictin, frère cadet de Mgr de Laval.&#13;
205&#13;
&#13;
- 353 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVII-2&#13;
&#13;
DOC. XXXVII-2. LETTRE DE LAVAL À BOUDON (6 NOVEMBRE 1677)&#13;
&#13;
Doc. XXXVII-2&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à Henri-Marie Boudon, 6 novembre 1677,&#13;
d’après la copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Séminaire 57, no 43c&#13;
&#13;
Québec, 6 novembre 1677&#13;
J’ai reçu, mon cher Monsieur, bien de la consolation d’apprendre que&#13;
Notre-Seigneur, après toutes les épreuves dont sa divine conduite s’est&#13;
servie pour exercer votre patience et pour vous sanctifier, vous faisant la&#13;
miséricorde d’en faire un bon usage, enfin, il vous ait rétabli dans la&#13;
réputation que lui-même assurément a permis qui vous ait été ôtée.&#13;
« Dominus mortificat et vivificat, deducit ad inferos et reducit 207. »&#13;
Tout ce que la main de Dieu fait nous sert admirablement, quoique nous&#13;
n’en voyions pas sitôt les effets. Il y a bien des années que la Providence&#13;
conduit cette Église, et nous par conséquent, par des voies fort pénibles et&#13;
crucifiantes tant pour le spirituel que pour le temporel. Pourvu que sa&#13;
sainte volonté soit faite, il ne nous importe. Il me semble que c’est toute ma&#13;
paix, mon bonheur en cette vie que de ne [vouloir] point d’autre paradis.&#13;
C’est le royaume de Dieu qui est au-dedans de l’âme [et] qui fait notre&#13;
centre et notre tout. Priez-le bien, sa sainte Mère, son saint époux, tous les&#13;
saints anges et bienheureux esprits, qu’il me [fasse] la grâce de ne jamais&#13;
rien vouloir que l’accomplissement de cette divine et aimable volonté « per&#13;
infamiam et bonam famam 208 ». Je vous recommande bien les besoins spirituels&#13;
de notre Église aussi bien que les temporels, afin que Notre-Seigneur se&#13;
glorifie en tout. Je suis tout à vous en son amour et celui de sa sainte Mère.&#13;
François, évêque de Québec&#13;
&#13;
NDLR : « Le Seigneur fait mourir et vivre ; il fait descendre à l’abîme et en ramène. » (I&#13;
Samuel 2:6)&#13;
208&#13;
NDLR : « dans la mauvaise et la bonne réputation. » (II Corinthiens 6:8)&#13;
207&#13;
&#13;
- 354 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�J’ai été incommodé et retenu à la chambre pendant tout l’hiver de fluxions 209&#13;
et autres incommodités. L’on m’a fait un cautère 210 pour voir si cela n’en&#13;
détournerait point le cours, mais il ne fait pas grand effet. Je vous envoie les&#13;
deux actes que vous m’avez demandés. Donnez-nous tous les ans de vos&#13;
nouvelles ; elles me consolent dans nos tribulations.&#13;
DOC. XXXVII-B. LETTRE DE LAVAL À BOUDON (1681)&#13;
&#13;
Doc. XXXVII-B&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à Henri-Marie Boudon, 1681&#13;
NDLR : Cette lettre est mentionnée dans celle de Dudouyt à Laval du 9 mars&#13;
1682, mais elle est introuvable.&#13;
DOC. XXXVII-3. LETTRE DE LAVAL À BOUDON (12 NOVEMBRE 1689)&#13;
&#13;
Doc. XXXVII-3&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à Henri-Marie Boudon, 12 novembre 1689,&#13;
d’après la copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Séminaire 57, no 43c&#13;
Cette lettre du Serviteur de Dieu fut écrite un an après sa démission. Il se trouvait&#13;
alors au Séminaire de Québec.&#13;
&#13;
Québec, ce 12 novembre 1689,&#13;
J’ai reçu, mon cher Monsieur, votre lettre d’Évreux du 7e de février. Je ne&#13;
puis vous écrire de ma main, ne faisant que relever d’une maladie qu’on&#13;
croyait mortelle, qui a été précédée, trois mois auparavant, d’une autre qui&#13;
n’était pas moins dangereuse. Ce qui nous fait connaître que notre fin n’est&#13;
pas éloignée. C’est en cet état qu’on reconnaît la vérité qu’il n’y a que Dieu&#13;
seul et que tout le reste n’est rien qu’un pur néant. Souvenez-vous toujours&#13;
de nous en sa sainte présence et lui demandez et [à] sa sainte Mère les grâces&#13;
qui nous sont nécessaires pour nous disposer à bien mourir. Je suis tout à&#13;
vous en leur amour,&#13;
François, ancien évêque de Québec.&#13;
&#13;
209&#13;
210&#13;
&#13;
NDLR : La congestion ou gonflement causé par un surplus de liquide organique.&#13;
NDLR : La brûlure des parties malades.&#13;
- 355 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVII-4&#13;
&#13;
DOC. XXXVII-4. LETTRE DE LAVAL À BOUDON (AUTOMNE 1690)&#13;
&#13;
Doc. XXXVII-4&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à Henri-Marie Boudon, après le 15 novembre&#13;
1690, d’après la copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives&#13;
du Séminaire de Québec, Séminaire 57, no 43d&#13;
À la fin de cette lettre et dans la suivante (no 5), le Serviteur de Dieu fait allusion&#13;
au projet de son successeur, Mgr de Saint-Vallier, qui pensait abolir le Séminaire&#13;
de Québec. Cette question sera amplement étudiée par la suite 211.&#13;
&#13;
1690,&#13;
J’ai reçu, mon cher Monsieur, votre lettre du 3 mai, jour de la fête de&#13;
l’Exaltation de la sainte croix de Notre-Seigneur, sauveur de tous les&#13;
hommes. Vous avez raison de nous marquer dans votre lettre que la&#13;
véritable marque de l’amour qu’il nous porte est de nous faire part de ses&#13;
croix et qu’en faisant bonne part au Canada, il y doit répandre ses grâces et&#13;
bénédictions. Sa protection a paru cette année toute miraculeuse sur le&#13;
Canada que les Anglais comptaient déjà de mettre en leur possession, étant&#13;
venus assiéger Québec avec une armée navale de plus de 30 vaisseaux, avec&#13;
du moins 3 000 hommes, partis de Boston, où ils avaient donné rendez-vous&#13;
à une autre armée du moins de 4 000 hommes, composée d’Iroquois et&#13;
Anglais de la Nouvelle-York.&#13;
Notre plus grand secours a été à la prière et de faire diverses neuvaines à la&#13;
Sainte Vierge et à saint Joseph, aux saints anges, aux âmes du purgatoire, à&#13;
sainte Anne et à saint François Xavier, tous patrons particuliers de ce pays.&#13;
Ce moyen a été plus efficace que la force des armes, Dieu ayant mis la&#13;
consternation dans leurs esprits et encouragé un petit nombre de nos&#13;
habitants qui n’étaient pas au nombre au plus de 300 et qui cependant ont&#13;
obligé les ennemis, qui avaient fait une descente de plus de 2 000 à une lieue&#13;
de Québec, de se rembarquer la nuit, laisser cinq pièces de canon qu’ils&#13;
avaient descendues à terre avec deux étendards.&#13;
&#13;
211&#13;
&#13;
NDLR : Dans la section LI-IV.&#13;
- 356 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVII-4&#13;
&#13;
Nous n’avions pas en ce temps-là un seul vaisseau. Les trois seuls que nous&#13;
avons encore de dix qui sont partis de France n’étant arrivés que le&#13;
15 novembre, n’ont pas été protégés moins miraculeusement, ayant été&#13;
poursuivis des ennemis qui pendant cinq jours ont fait tous leurs efforts&#13;
pour entrer dans un lieu où ils s’étaient réfugiés, en ayant toujours été&#13;
repoussés par des vents contraires qui changè[rent] sur l’heure même que&#13;
les nôtres y furent entrés et enfin furent obligés par des tourbillons de neige&#13;
et de mauvais temps de se retirer. L’on dit même que l’amiral a coulé à fond&#13;
à 20 ou 30 lieues d’ici, n’ayant pu trouver où il faisait eau du dommage qu’il&#13;
avait reçu de notre canon. L’on ne sait encore les accidents qui sont arrivés&#13;
à nos autres vaisseaux, mais l’on rapporte qu’il y en a encore deux qui ne&#13;
sont pas éloignés d’ici et qu’ils ont passé au travers des ennemis sans qu’ils&#13;
[ne] leur aient rien fait. Ce qui est certain est qu’ils s’en retournent avec&#13;
grande confusion et désordre.&#13;
Cette protection miraculeuse obligerait bien ce pauvre pays de reconnaître&#13;
qu’il n’y a que Dieu seul qui a manifesté en cette occasion sensiblement sa&#13;
toute-puissance et sa miséricorde, de si puissants ennemis étant venus avec&#13;
la résolution de mettre tout à feu et à sang. Je prie Notre-Seigneur et sa&#13;
sainte Mère que tout le pays reconnaisse cette grâce et que les intérêts de&#13;
Dieu seul soient à l’avenir leur seul intérêt et de procurer la gloire de son&#13;
saint nom en détruisant les péchés qui ont attiré ces fléaux de sa colère sur&#13;
nous. Ces châtiments ont été remplis de bonté et de miséricorde vraiment&#13;
paternelles.&#13;
Priez bien, mon cher Monsieur, Notre-Seigneur et sa sainte Mère, tous les&#13;
saints anges et les saints patrons de cette Église que nous puissions faire un&#13;
bon usage des croix dont il plaît à Notre-Seigneur de faire bonne part au&#13;
pays et spécialement à toute l’Église. Vous apprendrez, lorsque vous irez à&#13;
Paris, de nos amis, des moyens dont il se sert pour cet effet, qui sont&#13;
d’autant plus extraordinaires qu’ils viennent de la part de ceux qui en&#13;
doivent être tout l’appui. Notre-Seigneur est aimable en tout et en prenant&#13;
tout de sa divine main, nous jouirons toujours d’une paix que tous les&#13;
hommes ne nous peuvent ôter. Je serai toujours, le peu de jours qui me&#13;
- 357 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVII-5&#13;
&#13;
restent à vivre, tout à vous en l’amour de Jésus, Marie, Joseph, tous les saints&#13;
anges et tous les saints.&#13;
François, ancien évêque de Québec.&#13;
DOC. XXXVII-5. LETTRE DE LAVAL À BOUDON (12 OCTOBRE 1692)&#13;
&#13;
Doc. XXXVII-5&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à Henri-Marie Boudon, 12 octobre 1692, d’après&#13;
la copie conservée aux Archives apostoliques du Vatican, Sacrée&#13;
congrégation de la Cause des saints&#13;
&#13;
À Québec, ce 12 octobre 1692,&#13;
J’ai reçu, mon cher Monsieur, votre lettre dans laquelle je remarque que&#13;
Notre-Seigneur vous continue ses grâces et miséricordes et vous fait&#13;
toujours quelque part de sa croix et qu’elle vient pour l’ordinaire des&#13;
personnes qui devraient être l’appui de ce qu’ils contrarient, afin qu’elles&#13;
soient plus sensibles à la nature et qu’elles purifient davantage. Jamais on&#13;
ne l’a expérimenté de la manière que cette pauvre Église le ressent, NotreSeigneur ayant permis que j’y aie introduit (par le choix que j’ai fait) une&#13;
personne qui se déclare ennemi irréconciliable de tout le bien que nous&#13;
avons fait notre possible d’y établir depuis 30 ans. Son voyage de France n’a&#13;
été à d’autres desseins que de détruire ce Séminaire (si Notre-Seigneur [le]&#13;
lui avait permis) de fond en comble. Il s’est servi pour cet effet de tous les&#13;
moyens que l’esprit humain et du démon peut former et inventer ; ce qu’il&#13;
continue depuis son retour. Toutes les persécutions et oppositions que Dieu&#13;
a permis que nous ayons reçues du dehors, quelque fortes et puissantes&#13;
qu’elles aient été, n’ont été rien en comparaison de ces épreuves. Ce sont&#13;
des marques assurées que c’est vraiment une œuvre de Dieu et en effet, il&#13;
est tout le soutien et l’appui de tout le bien qui s’est fait depuis 30 ans et qui&#13;
se fait journellement dans cette pauvre Église naissante. J’estime que d’un&#13;
côté qu’à mon regard, c’est la plus grande grâce que Notre-Seigneur me&#13;
pouvait faire, dont je le loue et le bénis et sa sainte Mère ; mais d’autre part,&#13;
ce m’est une douleur bien sensible que celui qui devrait être l’appui et le&#13;
soutien de cette Église naissante serve d’instrument au démon pour&#13;
- 358 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVII-5&#13;
&#13;
travailler à la destruction, tâchant d’y mettre autant qu’il peut la division et&#13;
la confusion sous des apparences de bonnes intentions, qui sont de pures&#13;
illusions et tromperies du démon.&#13;
Vous voyez, mon cher Monsieur, que nous avons un besoin extrême que&#13;
Notre-Seigneur apporte un prompt remède à ce mal, qui est sans remède, à&#13;
moins que Dieu inspire au roi (qui a connu la nature de l’esprit dans ce&#13;
voyage) de le changer, étant comme impossible qu’il puisse lui-même&#13;
changer de conduite et de maximes. Joignez vos prières aux nôtres, afin que&#13;
Notre-Seigneur se glorifie lui-même selon son bon plaisir. M. Tremblay, qui&#13;
va en France pour avoir besoin des affaires de ce Séminaire, vous instruira&#13;
des particularités. Il loge au Séminaire des Missions étrangères. Je suis tout&#13;
à vous en l’union et l’amour de Notre-Seigneur, de sa sainte Mère, des saints&#13;
anges et de tous les saints.&#13;
François, ancien évêque de Québec&#13;
&#13;
- 359 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XXXVIII&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XXXVIII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXXVIII&#13;
Textes et instructions du Serviteur de Dieu sur la vie des missionnaires et sur&#13;
leur pastorale missionnaire, 1659-1668&#13;
Nous reproduisons ici quatre documents, dans lesquels le Serviteur de Dieu&#13;
expose son point de vue sur la vie des missionnaires et sur l’esprit qu’ils devaient&#13;
avoir en travaillant à la conversion des infidèles.&#13;
Les documents nos 1 et 4 démontrent que Mgr de Laval tenait à ce que les membres&#13;
du clergé séculier et régulier travaillent en parfaite concorde, surtout dans les pays&#13;
de mission.&#13;
Dans la lettre no 2, le Serviteur de Dieu concède à deux sulpiciens, l’abbé François&#13;
de Salignac de la Mothe Fénelon et l’abbé Claude Trouvé, la faculté de se rendre&#13;
dans le territoire des Iroquois et d’y travailler à la conversion des Autochtones.&#13;
Ces deux jeunes prêtres furent les premiers missionnaires du clergé séculier à&#13;
œuvrer auprès de ces peuples.&#13;
Le Serviteur de Dieu profite de cette occasion pour donner quelques instructions&#13;
de caractère pastoral aux deux missionnaires (no 3), présentant de manière&#13;
succincte sa vision du travail missionnaire, une question importante, voire vitale&#13;
selon lui. On peut déduire que Mgr de Laval désirait que ces conseils servent de&#13;
directives non# seulement aux deux prêtres à qui ils étaient adressés, mais&#13;
également à tous les missionnaires qui travailleraient dans les limites de sa&#13;
juridiction, puisqu’il les fit inscrire dans les actes officiels de sa curie.&#13;
&#13;
- 360 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
DOC. XXXVIII-A. INSTRUCTIONS DE LA PROPAGANDE AUX VICAIRES APOSTOLIQUES (1659)&#13;
&#13;
Doc. XXXVIII-A&#13;
Instructions de la Sacrée congrégation de la propagande&#13;
aux vicaires apostoliques en Orient, 10 novembre 1659&#13;
NDLR : En 1971, Mgr Bernard Jacqueline publia une traduction française des&#13;
Instructions que la Sacrée congrégation de la propagande avait envoyées en 1659 à&#13;
Mgrs Pallu et Lambert de La Mothe, amis du Serviteur de Dieu. Il s’agissait d’un&#13;
résumé de tous les principes missionnaires de la Congrégation. Un de ses auteurs&#13;
principaux, William Leslie, archiviste de la Propagande de 1661 à 1672, fut aussi&#13;
l’agent de Mgr de Laval à Rome. Il écrivit que le document se voulait « des&#13;
instructions générales pour toutes les missions et pour tous les missionnaires »&#13;
(Lettre de Leslie à F. Pallu, 4 août 1659). Le Serviteur de Dieu devait être familier&#13;
avec ce texte, puisque les idées contenues se retrouvent aussi dans ses fameux&#13;
conseils aux missionnaires (no 3).&#13;
&#13;
Instructions aux vicaires apostoliques des royaumes du Tonkin&#13;
et de la Cochinchine&#13;
I. Avant de partir&#13;
1° Les qualités des candidats aux missions&#13;
Comme vous avez tant de diligence et comme aussi en France, il y a tant de zèle et&#13;
de dévouement pour la religion, de telle sorte que beaucoup ont été invités par&#13;
vous à participer à cette mission de Chine et que beaucoup se sont offerts&#13;
spontanément, ne croyez pas facilement à tout esprit, mais éprouvez les esprits&#13;
pour voir s’ils viennent de Dieu.&#13;
L’expérience en effet a montré que beaucoup, poussés par je ne sais quelle piété&#13;
zélée, surtout quand la nature est un peu plus fervente, se ruent vers les œuvres&#13;
de piété plus qu’ils n’y sont portés ; mais comme chez eux la vertu n’avait pas mis&#13;
de racines profondes, dès que cette ferveur initiale s’est calmée, ils sont revenus&#13;
avec des cœurs brisés par les débuts mêmes de leurs travaux et ont porté leurs&#13;
regards en arrière se détournant de la charrue.&#13;
Il vous faut donc, tout d’abord, rechercher, avec grand soin et discerner parmi un&#13;
grand nombre des hommes capables, par leur âge et leur santé, de supporter les&#13;
travaux et aussi, ce qui est beaucoup demander, qui soient des gens doués d’une&#13;
charité supérieure et de prudence ; et de ces vertus, ce n’est pas le jugement&#13;
- 361 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
d’autrui ou la conjecture mais l’usage et la pratique des réalités et l’expérience des&#13;
autres dans d’autres charges remplies avec éloge qui en donneront la preuve ; des&#13;
gens capables de garder le secret et de le conserver avec ténacité, qui soient doués&#13;
de mœurs sérieuses, de courtoisie, de douceur, de patience, d’humilité et qui&#13;
s’attachent à donner l’exemple de toutes les vertus de la foi chrétienne qu’ils&#13;
professent, des gens qui soient formés selon les normes de la charité évangélique,&#13;
s’adaptant aux mœurs et aux caractères d’autrui, qui ne soient pas pesants pour&#13;
les compagnons avec lesquels ils auront à vivre, qui ne deviennent pas détestés des&#13;
étrangers ou ingrats, mais qui, avec l’apôtre, se fassent tout à tous.&#13;
2° La procédure à suivre pour leur envoi en mission&#13;
Ceux que vous choisirez, proposez leurs noms au nonce apostolique de Paris pour&#13;
qu’on connaisse leurs noms, âge et capacité, et qu’on puisse les insérer dans vos&#13;
lettres de facultés ; c’est pourquoi on a laissé dans ces facultés un espace libre pour&#13;
y mettre leurs noms. Rendez compte immédiatement de cela à la Sacrée&#13;
congrégation pour qu’on ratifie ce qui aura été fait dans ce domaine par vous et&#13;
par le nonce apostolique.&#13;
3° La transmission du courrier&#13;
Fixez clairement de quelle façon et suivant quelle manière le nonce vous adressera&#13;
de très fréquentes lettres et vice-versa vous à lui et ainsi au Siège apostolique. C’est&#13;
pourquoi aussi dans les lieux maritimes ou ports, que des hommes de confiance&#13;
soient désignés par vous, non seulement en Europe mais dans toute l’Asie et&#13;
surtout sur le littoral de vos missions, qui aient ou reçoivent cette charge et&#13;
transmettent vos lettres aussi sûrement que possible.&#13;
4° L’envoi des subsides&#13;
Déterminez aussi la manière selon laquelle, chaque année, des secours temporels&#13;
et spirituels vous seront envoyés de France et faites-la connaître par écrit à la&#13;
Sacrée congrégation pour qu’informée de la situation, elle puisse autant que lui&#13;
permet la masse des affaires qui l’absorbe sans cesse, coopérer en raison de son&#13;
amour pour vous, à vos saintes entreprises et à celles des autres personnes pieuses.&#13;
&#13;
- 362 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
5° Les qualités des procureurs&#13;
C’est pourquoi, qu’il y ait à Paris des personnes prudentes et pieuses qui gèrent vos&#13;
affaires aussi bien en France même que par lettres adressées aussi ici même, à&#13;
Rome ; que ce soient des gens tels que la Sacrée congrégation puisse, à juste titre,&#13;
avoir confiance en eux. Pour qu’ils puissent juger avec certitude des qualités et des&#13;
aptitudes des autres, désignez des personnes âgées, émérites, douées de grande&#13;
piété et de prudence et n’ayant aucun goût de toutes les choses du monde. Leur&#13;
charge consistera surtout à chercher, à trouver et à examiner les missionnaires, qui&#13;
trouvés capables d’après ce qu’on a dit plus haut, vous seront envoyés, en son&#13;
temps, par cette Sacrée congrégation, qu’ils doivent, à cause de cela, conseiller en&#13;
indiquant tous les missionnaires qu’ils auront trouvés avoir les qualités voulues,&#13;
pour qu’après une mûre délibération de l’autorité légitime, ils vous rejoignent&#13;
munis de facultés et de mandats.&#13;
6° Le procureur à Rome, ses qualités&#13;
En plus de ceux que vous constituerez vos procureurs à Paris, ayez à Rome&#13;
quelqu’un qui gère vos affaires et munissez-les tous les deux de votre mandat&#13;
légitime de procuration, surtout celui qui restera à Rome, pour qu’il puisse presser&#13;
vos affaires et les solliciter avec la modestie voulue. Mais il faut vous efforcer de&#13;
choisir pour cette charge un homme éprouvé qui d’abord connaisse bien vos&#13;
affaires, qui soit capable et auquel la Congrégation puisse se fier. Et comme de lui&#13;
dépend beaucoup le progrès de vos affaires, une fois élu, veillez à ce qu’il puisse&#13;
persévérer dans sa charge de peur qu’en le changeant souvent quelqu’un de plus&#13;
négligent et de nouveau ne lui succède non sans peu de détriment pour votre&#13;
affaire.&#13;
7° Le départ&#13;
Après que vous aurez reçu ces instructions du nonce apostolique, il vous faut partir&#13;
le plus vite et le plus secrètement possible, cachant à tous ce qui regarde tant le&#13;
voyage et la décision de votre départ que l’itinéraire et la route que vous suivrez,&#13;
de peur qu’en transpirant cela ne suscite des empêchements en grande masse et&#13;
en beaucoup d’endroits.&#13;
&#13;
- 363 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
II. Au cours du voyage&#13;
1° L’itinéraire&#13;
Le voyage par terre, au travers de la Syrie et de la Mésopotamie, sera de beaucoup&#13;
plus sûr pour vous que celui par l’océan Atlantique et le cap de Bonne-Espérance&#13;
et il faut surtout vous défier des régions et des lieux qui, de quelque manière,&#13;
dépendent des Portugais, que vous ne saluerez même presque pas pour autant que&#13;
vous pourrez. Arrivés sur place, ni Macau, ni les autres pays qui obéissent au Roi de&#13;
Portugal, même s’ils sont compris dans les limites de votre administration, ne&#13;
relèvent de votre charge. C’est pourquoi il faut partir par la Perse ou la Mongolie,&#13;
ou même par mer s’il s’offre à vous, opportunément, quelque bateau que vous&#13;
sachiez avec certitude destiné à la Chine mais qui n’aborde pas aux lieux indiqués&#13;
ci-dessus.&#13;
2° Le secret en cours de route&#13;
Il faut veiller surtout à ce qu’au cours de votre voyage personne ne puisse savoir le&#13;
nom et la fin de votre mission. C’est pourquoi changez vos noms, votre patrie et&#13;
votre façon de vous comporter et ne parlez pas de votre voyage, de votre itinéraire,&#13;
surtout de son but et, ce qui est plus important que tout, de votre dignité&#13;
épiscopale. Pour ce qui est d’un si long voyage, alléguez soit le commerce, soit la&#13;
curiosité innée des Européens qui les porte à visiter et à connaître les pays&#13;
étrangers, que si enfin la nécessité ou une circonstance vous amènent à le&#13;
confesser vous pouvez avouer que vous êtes missionnaires mais destinés bien&#13;
ailleurs qu’en Chine.&#13;
3° Rapports de voyage&#13;
Faites une brève description des régions que vous traverserez et de votre itinéraire&#13;
et, tout ce que vous apprendrez en route, il faut l’écrire ici de la façon et de la&#13;
manière prescrites en son lieu.&#13;
En voyageant, il vous faut enquêter, avec diligence, pour savoir s’il y a une façon&#13;
d’envoyer des lettres en Europe, s’il y a un homme de confiance à qui les lettres&#13;
puissent être confiées ; s’il y a quelqu’un de ce genre il faut faire amitié et se rendre&#13;
des services mutuels ; taisant toutefois le secret de votre mission, il faut l’exhorter&#13;
à envoyer avec soin vos lettres en Europe. Il faut faire enquête pour savoir s’il veut&#13;
- 364 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
quelque chose dans son intérêt en Europe et offrez libéralement votre concours,&#13;
et le cas échéant, écrivez le nom, le siège et les affaires de cet homme et des lettres&#13;
de recommandation pour lui, et les occasions que vous avez rencontrées ;&#13;
n’omettez d’écrire à la Sacrée congrégation et aux procureurs de vos affaires&#13;
aucune de ces choses qui vous arriveront au cours de votre voyage ; racontez&#13;
surtout toutes les difficultés de votre voyage et la manière dont vous les avez&#13;
surmontées pour que vos successeurs puissent les surmonter.&#13;
Où vous arriverez, observez là avec diligence ce qui touche la propagation de la foi,&#13;
le salut des âmes et la gloire de Dieu à promouvoir, l’état de la chrétienté, des&#13;
missions et des missionnaires. Il faut vous garder de penser que vous avez quelque&#13;
fonction ou droit de visite, mais faites enquête de telle manière que votre curiosité&#13;
apparaisse excitée par souci de charité chrétienne et non par une autre fin.&#13;
4° Manière de voyager&#13;
Faites voyage tous ensemble, à moins que vous pensiez préférable de faire route&#13;
séparément par groupes différents. Si l’un de vous ou de vos compagnons est pris&#13;
d’une infirmité, qu’on espère devoir finir en peu de jours, il vous faut lui venir en&#13;
aide jusqu’à ce qu’il guérisse et poursuive le voyage avec vous. Si vous voyez que la&#13;
maladie doit se prolonger et vous fait perdre cependant de bonnes occasions de&#13;
poursuivre votre voyage, il faut confier le malade à des personnes pieuses et&#13;
religieuses, de préférence à des missionnaires, si vous en trouvez dans cette région ;&#13;
ou, si vous préférez, laissez l’un d’entre vous avec le malade, qui puisse l’aider et le&#13;
consoler et ensuite, fasse le voyage avec lui et vous rejoigne là où vous aurez&#13;
déterminé d’aller. De toutes vos forces, efforcez-vous sans cesse de parvenir le plus&#13;
vite possible à votre mission, où Dieu vous a appelés et, sous aucun prétexte de&#13;
piété ou de charité, ne tolérez d’être un tant soit peu retenu ou détourné de votre&#13;
droit chemin. C’est en effet une charité désordonnée qui vous détourne surtout de&#13;
la misère des peuples qui vous sont confiés pour en aider d’autres.&#13;
III. Sur le lieu même de la mission&#13;
1° Créer un clergé indigène le plus nombreux possible&#13;
Voici la principale raison qui a déterminé la Sacrée congrégation à vous envoyer,&#13;
revêtus de l’épiscopat, dans ces régions. C’est que vous preniez en main, par tous&#13;
les moyens et méthodes possibles, l’éducation de jeunes gens de façon à les rendre&#13;
- 365 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
capables de recevoir le sacerdoce. Après les avoir ordonnés prêtres, vous les&#13;
établirez chacun dans son pays d’origine à travers ces vastes territoires, avec&#13;
mission d’y servir le christianisme de tout leur cœur sous votre direction. Ayez donc&#13;
toujours ce but devant les yeux : amener jusqu’aux ordres sacrés le plus grand&#13;
nombre possible de sujets et les plus aptes, les former et les faire avancer chacun&#13;
en son temps.&#13;
2° Réserver au Saint-Siège la décision au sujet des évêques indigènes&#13;
Si parmi ceux que vous aurez su promouvoir, il s’en trouve qui soient dignes de&#13;
l’épiscopat, gardez-vous bien – il s’agit ici d’une défense absolue – de revêtir l’un&#13;
quelconque d’entre eux du caractère d’une si haute dignité. Écrivez d’abord à la&#13;
Sacrée congrégation leurs noms, âge et qualités et tout ce savoir à leur propos, par&#13;
exemple à quel endroit vous pourriez les consacrer, à la tête de quels diocèses vous&#13;
pourriez les placer, et beaucoup d’autres renseignements dont il sera bientôt&#13;
question.&#13;
3° Être l’exemple de l’obéissance au Saint-Siège&#13;
Puisque c’est à l’obéissance des évêques envers le Siège apostolique que sont&#13;
suspendues l’unité de l’Église entière, la communion des saints, l’horreur et le rejet&#13;
des hérésies et du schisme, danger particulièrement redoutable en ces terres&#13;
lointaines, il faut non seulement vous montrer vous-mêmes d’une soumission&#13;
entière et empressée à l’égard du pontife romain, mais encore tout faire pour que&#13;
les Chinois et les autres peuples placés sous votre autorité soient bien persuadés&#13;
de la règle et de la garantie de la foi orthodoxe : pour eux aussi elle consiste à&#13;
révérer la chaire apostolique comme maîtresse de vérité et voix de l’Esprit Saint, à&#13;
se soumettre avec une parfaite exactitude à ses ordres et ses dispositions en ce qui&#13;
concerne les choses spirituelles, à la consulter dans les difficultés et à accepter&#13;
volontiers de se conduire suivant ses directives. Mais c’est surtout par votre&#13;
exemple, à vous qui êtes leurs chefs, que cela leur deviendra plus facile et plus&#13;
évident.&#13;
Ne réglez donc aucune affaire d’importance sans en avoir reçu mandat de la Sacrée&#13;
congrégation et rendez-lui compte par écrit de ce que vous aurez fait dans&#13;
l’accomplissement de votre charge suivant les circonstances : vous persuaderez&#13;
ainsi les Chinois qu’en matière grave il faut toujours consulter le Siège apostolique.&#13;
Efforcez-vous de les amener à nous écrire très souvent, à solliciter l’avis du&#13;
- 366 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
souverain pontife et à en attendre réponse. Les Chinois en effet pourraient être&#13;
impressionnés par l’énorme distance qui les sépare de Rome et les difficultés du&#13;
recours, au point de prétendre qu’il ne leur serait pas bon d’embrasser une religion&#13;
dont le chef a tant de peine à faire parvenir jusqu’à eux ses oracles !&#13;
À vous de leur montrer par votre exemple comment la sollicitude du pontife&#13;
romain, avant toute démarche de leur part, supplée aux inconvénients de&#13;
l’éloignement en nommant des évêques munis de très amples pouvoirs. D’ailleurs,&#13;
on pourrait y suppléer encore mieux, si Dieu veut que le christianisme s’enracine&#13;
plus profondément dans ces pays, par la nomination de nonces, sans se laisser&#13;
arrêter par la dépense ou les incommodités, comme cela se fait sans difficultés&#13;
pour d’autres pays moins éloignés pourtant que ceux-ci.&#13;
4° Ne pas imposer de force les ordres de la Propagande&#13;
Si dans l’exécution des ordres de la Sacrée congrégation vous rencontrez ou vous&#13;
prévoyez de grosses difficultés au point de juger que ces ordres ne pourront être&#13;
acceptés sans révolte, évitez à tout prix de les imposer aux intéressés contre leur&#13;
gré, de les mettre en vigueur par la force ou la crainte de vos censures, de semer&#13;
la division qui naîtra de la désobéissance de quelques-uns, de vous aliéner les&#13;
esprits, d’exaspérer les passions. Au contraire, il sera bien préférable, compte tenu&#13;
de la conversion récente et de la faiblesse des néophytes, de ne pas appliquer le&#13;
décret tout de suite. Prenez le temps d’écrire à la Sacrée congrégation en lui&#13;
exposant l’affaire avec la plus complète sincérité et attendez ce qu’elle vous&#13;
répondra de faire.&#13;
La liaison avec la Sacrée congrégation&#13;
5° Devoir de renseigner les cardinaux&#13;
Rien ne s’oppose davantage à la conversion des peuples païens et à l’unité de la foi,&#13;
rien ne retarde plus la propagation de l’Évangile à travers l’univers entier que la&#13;
difficulté de correspondre et de communiquer avec le monde chrétien et surtout&#13;
avec le Siège apostolique. Vous devez d’autant plus mettre tout votre soin, votre&#13;
zèle et votre étude à organiser le courrier, tant à l’aller qu’au retour, dans les&#13;
meilleures conditions de sécurité. Il ne faut donc jamais perdre de vue ce but : nous&#13;
écrire le plus souvent possible. Ce devoir vous est sévèrement prescrit dans le&#13;
Seigneur pour que vous l’accomplissiez plus scrupuleusement.&#13;
&#13;
- 367 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
Et bien que vous rencontriez presque à chaque heure une foule de choses qu’il&#13;
importe essentiellement de savoir et qui pourtant vous paraîtront de peu&#13;
d’importance, ne vous permettez pas de les laisser dans l’oubli et que le fait de les&#13;
écrire ne vous soit pas à charge. Il est de la plus grande conséquence de savoir que&#13;
la situation n’est pas restée tout à fait la même ou qu’il ne s’est rien passé de&#13;
remarquable.&#13;
6° Précautions à prendre dans l’expédition des courriers&#13;
Pour que les lettres arrivent en toute sécurité à destination, envoyez-les par&#13;
plusieurs secrétaires et plusieurs itinéraires et souvent même en plusieurs copies&#13;
par le même itinéraire. Sachez donc bien à quel point la correspondance est un&#13;
devoir qui vous est recommandé et ordonné : s’il vous arrive de le négliger, n’en&#13;
doutez pas, aucun écart de conduite de votre part ne sera plus sensible à la Sacrée&#13;
congrégation et il n’est rien qu’elle vous pardonnera plus difficilement.&#13;
N’écrivez en Europe absolument rien qui, touchant la politique ou le commerce,&#13;
risque d’offenser les princes et les dirigeants des États, mais réservez pour un&#13;
moment plus opportun le récit complet et détaillé de ces sortes d’affaires. Pour le&#13;
cas où la nécessité exigerait que le contenu de vos lettres ne soit pas divulgué si les&#13;
missives étaient interceptées, nous vous envoyons un procédé permettant d’écrire&#13;
à la Sacrée congrégation en langage convenu certains messages secrets et qu’il faut&#13;
tenir cachés.&#13;
Mais il ne faut vous en servir que de loin en loin en cas d’urgente nécessité et&#13;
seulement lorsque vous êtes sûrs qu’en cas de saisie de votre correspondance et&#13;
bien que son contenu leur soit indéchiffrable, des gens malveillants ne profiteront&#13;
pas de l’occasion pour vous rendre suspects, auprès des gouvernants, comme si&#13;
vous ourdissiez quelque chose. C’est pourquoi, si vous n’avez pas confiance dans&#13;
les lettres et s’il survient des événements, qu’il faille absolument nous faire savoir&#13;
au plus vite, qu’un de vos missionnaires fasse un rapide voyage hors des frontières&#13;
de la province pour écrire à Rome, depuis un lieu sûr, où en sont les choses. En&#13;
raison de la charge que vous lui confiez, ne lui cachez rien, pourvu qu’il soit loyal et&#13;
dévoué à la religion.&#13;
Avant son départ, qu’il obtienne de vous la permission écrite de sortir de votre&#13;
province, où seront spécifiés aussi l’endroit où il doit se rendre par le chemin le&#13;
plus direct et le temps au bout duquel il devra rentrer. Lorsqu’il aura expédié les&#13;
- 368 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
lettres que vous lui aurez dit d’écrire, il devra aussitôt revenir dans sa province sans&#13;
attendre la réponse de peur qu’entre-temps le christianisme ne souffre quelque&#13;
dommage de son absence.&#13;
7° Encourager les missionnaires à écrire&#13;
En outre, si les missionnaires eux-mêmes veulent nous écrire, bien loin de les&#13;
empêcher, vous ferez au contraire tout le possible pour les y encourager et y&#13;
engager formellement. N’ouvrez pas leurs lettres, ne les lisez pas, ne cherchez&#13;
nullement à savoir ce qu’elles contiennent. Contentez-vous de leur défendre très&#13;
strictement tout propos qui y offenserait la politique ou les princes. Mais qu’ils ne&#13;
laissent passer aucune occasion de vous écrire à vous-mêmes depuis la résidence&#13;
que vous leur avez assignée. D’ailleurs, toutes les fois que vous pouvez écrire avec&#13;
sécurité ou nous envoyer un messager, envoyez-le assez informé pour répondre&#13;
parfaitement aux questions que vous trouverez énumérées sur la feuille ci-jointe.&#13;
Conduite avec les princes&#13;
8° N’offusquer en rien souverains et fonctionnaires du pays&#13;
Si quelque roi, seigneur ou dignitaire, écoutant la voix de Dieu, se montre&#13;
bienveillant envers vous ou manifeste de l’inclination pour la religion chrétienne,&#13;
soyez-en reconnaissants. Mais de peur d’exciter l’envie, ne réclamez ni privilèges,&#13;
ni exemptions, ni tribunaux spéciaux ; ne cherchez en aucune façon à réduire&#13;
l’étendue de leur juridiction. Si toutefois, sans attirer la haine de personne, vous&#13;
avez obtenu quelque avantage propre à aider le développement de la foi, ne vous&#13;
vantez pas de l’avoir acquis de plein droit, mais précisez qu’il vous est venu de lui&#13;
par pure bienveillance. Et évitez absolument de lui inspirer la plus petite crainte&#13;
pour sa personne ou ses droits : il faut fuir jusqu’à l’ombre de tout soupçon de cet&#13;
ordre.&#13;
9° Interdiction de s’intéresser à la politique&#13;
Soyez si éloignés de la politique et des affaires de l’État que vous n’acceptiez jamais&#13;
de prendre en charge une administration civile, même si on vous le demande&#13;
formellement et qu’on vous fatigue d’instantes prières. La Sacrée congrégation l’a&#13;
toujours strictement et expressivement interdit et elle continuera à l’interdire.&#13;
&#13;
- 369 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
C’est pourquoi vous avez le devoir, vous et vos compagnons, de vous en garder très&#13;
soigneusement. On vous a sans nul doute appris que la Sacrée congrégation serait&#13;
fort mécontente de celui qui se mêlerait de pareilles choses ou qui s’y laisserait&#13;
mêler, non seulement dans le cas où cela tourne au préjudice de la religion et à&#13;
détourner les missionnaires de leur tâche, mais tout autant lorsque brille l’espoir&#13;
le plus certain de voir par ce moyen la religion accrue et la foi largement propagée.&#13;
Sur ce point, il ne vous servira de rien d’invoquer l’exemple d’autres missionnaires,&#13;
serait-ce des religieux, exemple que peut-être vous apporteriez comme excuse à&#13;
votre conduite.&#13;
Au contraire, montrez-vous hardiment comme un modèle pour eux, afin qu’ils&#13;
apprennent de vous, et les populations avec eux, quel est le véritable esprit du&#13;
Saint-Siège. Ce n’est pas par des habiletés de ce genre que la parole de Dieu doit&#13;
être répandue, mais par la charité, le mépris des choses humaines, une attitude&#13;
modeste, une vie simple, la patience, l’oraison et les autres vertus apostoliques.&#13;
Bien plus, mettez tous vos soins à faire comprendre à tous combien de telles&#13;
pratiques sont éloignées de l’esprit de la Sacrée congrégation, avec quelle rigueur&#13;
et quelle sévérité elle les interdit à ses ministres, avec quelle indignation elle en&#13;
recevrait la nouvelle si, par des relations de missionnaires, elle venait à apprendre&#13;
des faits de ce genre.&#13;
Ainsi donc, que l’on sache et proclame hautement que vous et les vôtres, vous avez&#13;
en horreur de telles pratiques, que vous ne tendez qu’à des intérêts spirituels et au&#13;
salut des âmes, que vos travaux, vos désirs et votre esprit sont rigoureusement&#13;
dirigés vers les choses célestes à l’exclusion de toutes les autres.&#13;
Si vous voyez l’un d’entre vous tomber dans une telle absurdité, renvoyez-le sans&#13;
délai de la mission, allez jusqu’à le chasser du pays, car on ne peut rien imaginer de&#13;
plus dangereux pour vous et de plus préjudiciable à la cause de Dieu, qui repose&#13;
entre vos mains.&#13;
10° Comment décourager les appels des princes&#13;
Si toutefois, il arrive que les princes réclament un jour ou l’autre vos conseils, alors,&#13;
mais non sans vous être fait beaucoup prier et en alléguant notre présente défense,&#13;
vous leur donnerez des avis loyaux et justes, ayant une saveur d’éternité.&#13;
&#13;
- 370 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
Cependant, abandonnez rapidement le palais et la Cour et retirez-vous dans vos&#13;
diocèses pour y vaquer aux fonctions sacrées. Plutôt que d’être obligés de rester,&#13;
feignez une totale ignorance des affaires politiques et une inaptitude complète à&#13;
l’administration civile, de façon à vous éloigner au plus vite, avec leur propre&#13;
agrément, de ce lieu plein de périls.&#13;
Patience et silence sous la persécution&#13;
11° Exiger le loyalisme à leur égard et ne pas introduire chez eux le parti de&#13;
l’étranger quel qu’il soit.&#13;
Aux peuples, prêchez l’obéissance à leurs princes, même difficiles, et tant en privé&#13;
qu’en public priez Dieu de tout votre cœur pour leur prospérité et leur salut. Ne&#13;
critiquez pas leurs actions, même celles des princes qui vous persécuteraient,&#13;
n’accusez pas leur dureté, ne reprenez rien dans leur conduite, mais dans la&#13;
patience et le silence attendez de Dieu le temps de la consolation. Refusez-vous&#13;
absolument à semer dans leurs territoires les germes d’aucun parti, espagnol,&#13;
français, turc, persan ou autre. Bien au contraire, extirpez à la racine, autant qu’il&#13;
est en votre pouvoir, toutes les rivalités de ce genre. Et si l’un de vos missionnaires,&#13;
dûment averti, continue à alimenter de telles dissensions, renvoyez-le&#13;
immédiatement en Europe, de peur que son imprudence ne mette les affaires&#13;
religieuses en grand péril.&#13;
Le respect des usages du pays&#13;
12° Ne pas amener les usages des pays d’Europe&#13;
Ne mettez aucun zèle, n’avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de&#13;
changer leurs rites, leurs coutumes et leurs mœurs, à moins qu’elles ne soient&#13;
évidemment contraires à la religion et à la morale. Quoi de plus absurde que de&#13;
transporter chez les Chinois la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays&#13;
d’Europe ? N’introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi, cette foi qui ne repousse&#13;
ni ne blesse les rites ni les usages d’aucun peuple, pourvu qu’ils ne soient pas&#13;
détestables, mais bien au contraire veut qu’on les garde et les protège.&#13;
Il est pour ainsi dire inscrit dans la nature de tous les hommes d’estimer, d’aimer,&#13;
de mettre au-dessus de tout au monde les traditions de leur pays et ce pays luimême. Aussi n’y a-t-il pas de plus puissante cause d’éloignement et de haine que&#13;
- 371 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
d’apporter des changements aux coutumes propres à une nation, principalement&#13;
à celles qui y ont été pratiquées aussi loin que remontent les souvenirs des anciens.&#13;
Que sera-ce si, les ayant abrogées, vous cherchez à mettre à la place les mœurs de&#13;
votre pays, introduites du dehors ? Ne mettez donc jamais en parallèle les usages&#13;
de ces peuples avec ceux de l’Europe ; bien au contraire, empressez-vous de vous&#13;
y habituer. Admirez et louez ce qui mérite la louange. Pour ce qui ne la mérite pas,&#13;
s’il convient de ne pas le vanter à son de trompe comme font les flatteurs, vous&#13;
aurez la prudence de ne pas porter de jugement ou en tout cas de ne rien&#13;
condamner étourdiment ou avec excès.&#13;
Quant aux usages qui sont franchement mauvais, il faut les ébranler plutôt par des&#13;
hochements de tête et des silences que par des paroles, non sans saisir les&#13;
occasions grâce auxquelles, les âmes une fois disposées à embrasser la vérité, ces&#13;
usages se laisseront déraciner insensiblement.&#13;
13° Veillez à ce que le ministère des âmes n’offre pas de prétexte à quelque&#13;
agitation&#13;
Dans la prédication de la parole de Dieu et dans l’administration des sacrements ne&#13;
donnez lieu à aucun soupçon de vouloir créer du désordre ou exciter à la rébellion&#13;
en raison des rassemblements provoqués par l’instruction des fidèles et les&#13;
cérémonies du culte. Prenez bien soin que les chrétiens viennent célébrer avec&#13;
vous les saints mystères avec beaucoup de discrétion. Ne les laissez dans leurs&#13;
rencontres traiter d’aucune affaire qui ne soit pas du domaine sacré et interdisez&#13;
absolument qu’on parle à cette occasion de ce qui concerne la vie publique.&#13;
Ordre et paix entre les missionnaires&#13;
C’est intentionnellement que vos provinces ont été choisies éloignées les unes des&#13;
autres, pour que nul d’entre vous ne se mêle de la mission d’autrui. S’il y a vraiment&#13;
urgence, et si un énorme coup de filet force votre voisin à appeler les pêcheurs&#13;
d’une autre barque, il peut vous être permis pour peu de temps, après en avoir été&#13;
prié non pas une fois, mais plusieurs fois, de vous absenter de votre province et de&#13;
travailler dans une autre. Mais de peur que la vôtre n’en souffre, il faut prévoir un&#13;
vicaire capable. Ne vous absentez toutefois que très brièvement et écrivez à la&#13;
Sacrée congrégation la raison et la durée de votre déplacement, dans quel état&#13;
vous aurez laissé les choses à votre départ et comment vous les aurez trouvées au&#13;
retour.&#13;
- 372 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
Écrivez-vous très fréquemment les uns aux autres, faites grandir par cette sorte de&#13;
communion épistolaire l’amitié déjà née entre vous, pour pouvoir prêter la main à&#13;
ceux qui sont dans la peine et leur donner vos avis. Si quelque différend s’élevait&#13;
entre vous ou entre vos missionnaires, gardez-vous des disputes violentes, des cris&#13;
et de tout ce qui fait scandale, surtout devant le peuple. Si vous êtes incapables&#13;
d’apaiser vos désaccords par vos propres moyens, portez-les devant la Sacrée&#13;
congrégation. Soyez sûrs d’avance de la trouver plus sévère et plus disposée aux&#13;
sanctions envers les obstinés, les opiniâtres, ceux qui ne veulent absolument pas&#13;
démordre de leurs droits. Au contraire, envers ceux qui sont disposés à céder et&#13;
qui préfèrent renoncer à leur droit strict plutôt que d’empiéter et d’usurper sur&#13;
celui du voisin, vous savez qu’elle sera favorable et portée à l’indulgence.&#13;
Ayez toujours un clergé et des missionnaires excellents et conservez-les tels à force&#13;
de soins et de sollicitude. Assignez à chacun sa tâche dans votre territoire et tracez&#13;
des limites bien précises à la vigne dans laquelle ils doivent travailler. Nul ne doit&#13;
être autorisé à en sortir sans avoir obtenu de vous une autorisation écrite, qui ne&#13;
lui sera d’ailleurs accordée que difficilement, à moins qu’une raison légitime et très&#13;
urgente ne vous y oblige. Même alors, vous lui prescrirez une absence très brève&#13;
et vous lui nommerez un remplaçant.&#13;
Dans le cas où un missionnaire, étant entré dans un territoire qui n’est pas le sien,&#13;
ne voudrait pas se soumettre à l’organisation établie, réprimandez-le d’abord de&#13;
manière à gagner en lui un frère s’il revient à la raison. Si toutefois il s’obstine à ne&#13;
pas comprendre, que ceux dont il blesse les droits, fuyant toute occasion de&#13;
contestation et de violence, cèdent du terrain, mais vous informent de tout ce qui&#13;
est arrivé de fâcheux.&#13;
14° Causes de renvoi en Europe&#13;
Ne renvoyez pas de missionnaires en Europe sans y être poussés, ou plutôt forcés,&#13;
par la pure et simple nécessité et des raisons très urgentes. Ces raisons peuvent&#13;
être les suivantes : mauvaise vie, mœurs scandaleuses, déformation de la doctrine,&#13;
esprit agité, querelleur, incapable de supporter autrui, surtout habitude de se&#13;
mêler aux affaires séculières, politiques et temporelles. Vous pouvez enfin estimer&#13;
nécessaire l’envoi d’un messager pour informer la Sacrée congrégation de la&#13;
situation générale et de l’état de votre mission en son ensemble et en chacune de&#13;
ses provinces.&#13;
&#13;
- 373 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
15° Pas de conflit avec les religieux&#13;
Quelle prudence vous devez observer dans vos relations avec le clergé régulier,&#13;
nous vous l’avons abondamment expliqué en votre présence et par lettre après&#13;
votre départ. Vous possédez donc une excellente règle de conduite en attendant&#13;
que vous ayez pu décrire à la Sacrée congrégation la situation que vous aurez&#13;
trouvée là-bas. Que ceci vous soit une règle générale : il est bien préférable de&#13;
laisser empiéter sur vos droits que de revendiquer d’une manière qui fasse&#13;
scandale, même en réclamant le minimum de ce qui vous est dû.&#13;
Nouvelles instances&#13;
16° Désintéressement personnel&#13;
Vous ne voudrez pas vous rendre odieux pour des questions matérielles. Souvenezvous de la pauvreté des apôtres qui gagnaient de leurs mains ce qui leur était&#13;
nécessaire, à eux et à leurs compagnons.&#13;
À plus forte raison, satisfaits de votre nourriture et de votre vêtement, devez-vous&#13;
vous abstenir de tout bas profit, ne pas exiger d’aumônes, ne pas ramasser argent,&#13;
dons, richesses. Si certains fidèles, malgré vos refus, vous imposent leurs offrandes,&#13;
sous leurs yeux distribuez-les aux pauvres, sachant bien que rien n’étonne les&#13;
peuples, rien n’attire leurs regards comme le mépris des choses temporelles,&#13;
comme cette pauvreté évangélique qui, s’élevant au-dessus de toutes les réalités&#13;
humaines et terrestres, se prépare un trésor dans le ciel.&#13;
Ne vous laissez lier de façon durable, ni vous ni les vôtres, à aucune Cour, ou si l’un&#13;
d’entre vous s’y trouve obligé envers un puissant personnage, qu’il ait l’air d’être à&#13;
son service privé et non à celui de sa province. Il ne faut pas vous laisser attacher&#13;
par des bienfaits trop considérables qui ne seraient que des pièges ; ils ne&#13;
serviraient pas le bien commun et en outre vous ôteraient votre liberté de parole,&#13;
en particulier celle de reprocher à votre bienfaiteur ses mauvaises actions.&#13;
17° Instruction des jeunes en vue du sacerdoce&#13;
Pour faire progresser dans ces pays la connaissance et le goût des lettres sacrées,&#13;
il est nécessaire de traduire du grec ou du latin dans leur langue maternelle un&#13;
grand nombre de livres des docteurs de l’Église et des auteurs religieux. Pour&#13;
- 374 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-A&#13;
&#13;
atteindre ce but, recherchez activement lequel des vôtres, sur place ou ailleurs,&#13;
serait à la hauteur de cette tâche par sa parfaite connaissance des deux langues et&#13;
son sens de la doctrine, et informez-en la Sacrée congrégation.&#13;
Ouvrez partout des écoles avec grand soin et sans retard. À la jeunesse apprenez&#13;
gratuitement le latin et, en langue vulgaire, la doctrine chrétienne. Faites tous vos&#13;
efforts pour que nul catholique ne donne ses fils à élever à des infidèles, mais bien&#13;
à vous et aux vôtres. Si dans ces écoles vous trouvez des jeunes gens pieux et de&#13;
bon naturel, dévoués et généreux, aptes à faire leurs humanités et qui donnent&#13;
quelque espoir d’embrasser un jour la vie ecclésiastique, alimentez leur zèle et&#13;
aidez-les à poursuivre leurs études sans se laisser attirer ailleurs. Lorsqu’ils seront&#13;
assez avancés en savoir et en piété, vous pourrez les recevoir au nombre des clercs&#13;
et, le moment venu, les élever jusqu’aux ordres sacrés, après les avoir éprouvés en&#13;
de nombreux exercices spirituels, après avoir examiné leurs intentions et leur&#13;
vocation à la règle de vie d’un prêtre. Enfin, vous les désignerez pour aller annoncer&#13;
à leurs compatriotes l’Évangile du Christ.&#13;
Il reste beaucoup d’autres points à exposer et les prescriptions qui pourraient vous&#13;
être faites pour votre consolation spirituelle et l’information de votre dévouement.&#13;
Nous les omettons, car l’estime que cette Sacrée congrégation professe envers&#13;
votre zèle et votre diligente activité la persuade avec certitude que tout ce qui&#13;
pourrait vous manquer dans la connaissance de ces régions, tout ce qui concerne&#13;
les nombreux doutes qui ont surgi autrefois et pourront se produire de nouveau,&#13;
seront résolus au mieux par une lecture abondante de livres heureusement écrits&#13;
récemment sur les choses indiennes et chinoises et surtout ceux qui regardent la&#13;
conversion de ces peuples.&#13;
Parmi ces livres nous vous recommandons la vie de saint François-Xavier et surtout&#13;
ses lettres ; vous y puiserez pour vous-même des normes qui peuvent être&#13;
regardées à l’égal des plus sûres, soit en ce qui concerne les rites de ces régions&#13;
soit pour votre comportement au milieu des difficultés très grandes que vous&#13;
pourrez avoir avec les habitants.&#13;
Que le Christ veuille bénir vos travaux et vous conduire heureusement, avec les&#13;
troupeaux qui vous sont confiés, aux tabernacles éternels. Ainsi soit-il 212.&#13;
&#13;
212&#13;
NDLR : Traduction en français par Mgr Bernard Jacqueline et publié dans Documents Omnis&#13;
Terra, LXXXI, Rome, Union pontificale du clergé, 5 mai 1971.&#13;
&#13;
- 375 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-B&#13;
&#13;
DOC. XXXVIII-B. INSTRUCTIONS DU SÉMINAIRE DE PARIS AUX MISSIONNAIRES DU SÉMINAIRE DE QUÉBEC (1663-1665)&#13;
&#13;
Doc. XXXVIII-B&#13;
Instructions du Séminaire de Paris aux missionnaires du Séminaire de&#13;
Québec, entre 1663 et 1665, d’après la copie conservée aux Archives du&#13;
Séminaire Saint-Sulpice de Paris, vol. 1, pièce 5&#13;
NDLR : Aux Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris est conservée une&#13;
copie de la main de l’abbé Dudouyt, procureur du Séminaire de Québec à Paris,&#13;
décrivant la définition du parfait missionnaire. Ce texte semble avoir été écrit par&#13;
des prêtres du Séminaire des Missions étrangères de Paris entre 1663 et 1666, et&#13;
nous croyons que le Serviteur de Dieu a pu participer à sa rédaction, puisque le&#13;
style littéraire ressemble beaucoup à celui que nous lui connaissons.&#13;
&#13;
Pour les missionnaires de Canada&#13;
1° La définition d’un parfait missionnaire&#13;
Le parfait missionnaire est celui qui étant envoyé de la part de ceux qui lui tiennent&#13;
la place de Jésus-Christ sur la terre et qui, par conséquent, ayant sa mission de&#13;
Jésus-Christ comme il a eu de son Père, « sicut misit me pater et ego mitto vos 213 »,&#13;
tâchez de l’imiter en toutes choses, mais spécialement selon la qualité qu’il a prise&#13;
de missionnaire, dont il a exercé les fonctions les trois dernières années de sa vie&#13;
et auxquelles il a formé ses apôtres, les ayant rendus de parfaits missionnaires et&#13;
l’exemple de tous les autres. C’est donc de là que celui qui veut arriver à la&#13;
perfection de cet état doit tirer toutes ses règles, ayant toujours devant ses yeux la&#13;
vie de Jésus-Christ et les maximes qu’il a données à ses disciples pour se les&#13;
approprier, ce qui l’empêchera de s’égarer, le mettra en son chemin s’il venait à&#13;
s’en écarter et le disposera à être possédé de cet esprit divin qui animait celui des&#13;
saints apôtres.&#13;
2° De la fin d’un missionnaire&#13;
Avant toute chose, un missionnaire se doit proposer pour fin la seule gloire de Dieu&#13;
et le salut des âmes, auxquelles il est envoyé, et se doit servir de tout le reste&#13;
comme de moyen pour arriver à cette fin. C’est ce qu’a fait Jésus-Christ et ce qu’il&#13;
nous a donné à connaître en plusieurs endroits de la sainte Écriture : « In hoc&#13;
clarificatus est Pater meus et fructum plurimum adferatis et efficiamini mei&#13;
&#13;
213&#13;
&#13;
NDLR : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » (Jean 20:21)&#13;
- 376 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-B&#13;
&#13;
discipuli214. » C’est ce qu’il a dit à ses apôtres pour leur faire connaître qu’ils&#13;
devaient glorifier Dieu en travaillant au salut des âmes, ces deux choses n’étant&#13;
qu’une même, et ce qu’il dit à saint Pierre, il le dit à tous les missionnaires : « Si tu&#13;
m’aimes, pais mes brebis 215 ». L’amour doit donc être le motif qui le doit faire&#13;
tendre à sa fin, d’où il arrivera que plus on aimera Jésus-Christ, plus l’on travaillera&#13;
à procurer le salut des âmes.&#13;
3° De la manière dont un missionnaire doit se comporter en ses emplois&#13;
Il doit être extrêmement convaincu que cet emploi n’est pas humain mais divin et&#13;
qu’étant au-dessus des forces humaines, nous n’y pouvons réussir de nous-mêmes&#13;
qu’une branche ne peut porter de fruit si elle n’est unie à son arbre : « Sicut palmes&#13;
non potest ferre fructum a semet ipso nisi manserit in vite sic nec nos nisi in me&#13;
manseritis. Qui manet in me et ego in eo hic fert fructum multum quia sine me nihil&#13;
potestis facere 216. » Celui qui sera bien convaincu de cette vérité ne s’ingérera pas&#13;
dans les emplois sans y être envoyé, ni ne préviendra pas le temps, à l’exemple de&#13;
Jésus-Christ, se méfiant de soi-même et d’autre part, il se portera avec ferveur à&#13;
tous les emplois qu’on lui donnera, mettant toute sa confiance en Dieu, comme&#13;
saint Paul disait : « Omnia possum in eo qui me confortat 217 », évitant par ce moyen&#13;
la présomption et la pusillanimité, qui sont les deux écueils de ceux qui sont appelés&#13;
à travailler au salut des âmes. Mais il faut remarquer qu’encore bien qu’un&#13;
missionnaire doive attendre tout le succès de la mission de Jésus-Christ, qui la lui a&#13;
donnée, il doit néanmoins employer de sa part tous les moyens pour y bien réussir,&#13;
sans y mettre son appui. Autrement, il se rendrait indigne du secours divin, qui ne&#13;
manque jamais à celui qui fait de son côté tout ce qu’il peut Facientibus quod in se&#13;
est Deus non denegat gratiam 218.&#13;
4° Des trois moyens dont il se doit servir pour y réussir&#13;
Il y a trois moyens dont un missionnaire se doit servir pour bien réussir en sa&#13;
mission, savoir : l’oraison, l’étude et le bon exemple. Pour le premier, il est dit de&#13;
214&#13;
NDLR : « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous&#13;
soyez pour moi des disciples. » (Jean 15:8)&#13;
215&#13;
NDLR : Jean 21:17.&#13;
216&#13;
NDLR : « De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas&#13;
sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. […] Celui qui demeure en&#13;
moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez&#13;
rien faire. » (Jean 15:4-5)&#13;
217&#13;
NDLR : « Je peux tout en celui qui me donne la force. » (Philippiens 4:13)&#13;
218&#13;
NDLR : À ceux qui font ce qui est à l’intérieur d’eux, Dieu ne refuse pas la grâce.&#13;
&#13;
- 377 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-B&#13;
&#13;
Notre-Seigneur quels emplois qu’il eut dans ses missions, qu’il se retirait souvent&#13;
pour prier : « pernoctans in oratione219 » ; pour l’étude, il n’en avait pas besoin ; et&#13;
pour le dernier, « coepit Jesus facere et docere220 ». L’étude seule est sans onction,&#13;
dessèche l’esprit et ne fait pas de fruit. L’oraison seule sans la science ne peut pas&#13;
suffire pour instruire, mais la science animée de l’oraison éclaire l’esprit et embrase&#13;
la volonté ; et quand elles sont accompagnées de la pratique, le succès en est&#13;
infaillible, s’il n’est arrêté par l’indisposition de ceux à qui l’on parle, ainsi qu’il est&#13;
arrivé à Jésus Christ : « Qui ex Deo est verba Dei audit propterea ; vos non auditis&#13;
quia ex Deo non estis 221 » et d’autre part, « Sermo meus non capit vos 222 ». Cette&#13;
même vérité est encore manifestée dans une infinité d’autres endroits des saintes&#13;
Écritures, ce qui doit empêcher un missionnaire de se décourager s’il n’apporte pas&#13;
grand fruit, quoiqu’il fasse tout son possible pour réussir. Jésus-Christ en a&#13;
beaucoup moins converti que ses apôtres. Il ordonne aux missionnaires de&#13;
travailler au salut des âmes, non pas de les convertir, ce qui n’est pas en son&#13;
pouvoir, « curam illius habe , non dicit cura [illisible] 223 », c’est-à-dire à convertir et&#13;
sauver et au missionnaire à préparer les voies du Seigneur, comme a fait saint Jean,&#13;
le précurseur de Notre-Seigneur.&#13;
5° De l’oraison et étude&#13;
Il est donc nécessaire qu’un missionnaire soit un homme d’oraison et d’étude. Pour&#13;
cela, il doit si bien ménager son temps qu’il en ait pour l’un et pour l’autre, ce qui&#13;
est facile s’il retranche les visites inutiles et qui ne sont pas pour le bien des âmes ;&#13;
et dans celles qu’il fera, qu’il n’y mette que le temps nécessaire et ne s’entretienne&#13;
que de discours utiles. Il faut pour ce sujet se mettre de prime abord sur ce piedlà, ce qui n’est pas difficile par après. Il faut aimer tout le monde, mais ne se&#13;
familiariser avec personne, ce qui a de mauvaises suites et est une occasion de&#13;
perdre bien du temps. La familiarité avec les séculiers, quoique par un bon motif,&#13;
est un piège du diable et la ruine d’un missionnaire et l’on ne la peut éviter si l’on&#13;
est amoureux de l’étude et de l’oraison. Il faut donc que les choses se servent&#13;
réciproquement. « Cella bene custodita dulcescit ; male custodita taedium parit224. »&#13;
NDLR : « Il passa toute la nuit à prier Dieu. » (Luc 6:12)&#13;
NDLR : « Jésus a fait et enseigné, depuis le moment où il commença. » (Actes des Apôtres 1:1)&#13;
221&#13;
NDLR : « Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. Et vous, si vous n’écoutez pas, c’est&#13;
que vous n’êtes pas de Dieu. » (Jean 8:47)&#13;
222&#13;
NDLR : « Ma parole ne trouve pas sa place en vous. » (Jean 8:37)&#13;
223&#13;
NDLR : « Prends soin de lui. » (Luc 10:35) « Il ne dit pas prenez soin de », puis le reste est&#13;
illisible.&#13;
224&#13;
NDLR : « Une chambre bien gardée est agréable ; mal gardée, elle engendre le dégoût. » (Saint&#13;
Augustin, De l’imitation du Christ)&#13;
219&#13;
220&#13;
&#13;
- 378 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-B&#13;
&#13;
L’étude d’un missionnaire doit être proportionnée à ses emplois :&#13;
la 1re est la sainte Écriture, qu’il doit avoir fort en main, étant utile à&#13;
tout ;&#13;
la 2e, des cas de conscience ;&#13;
et la 3e, des autres livres qui lui sont nécessaires pour les&#13;
prédications, catéchismes et instructions familières ;&#13;
et [4e] enfin, pour son particulier, surtout l’Épitre à Tite et Timothée.&#13;
6° Du bon exemple&#13;
Pour ses mœurs, il doit être irrépréhensible et ne pas souffrir qu’on lui fasse le&#13;
reproche des pharisiens : « Dicunt et non faciunt 225. » Surtout, il doit fort étudier la&#13;
leçon que Notre-Seigneur a ordonnée à ses apôtres d’apprendre de lui, à savoir la&#13;
douceur et l’humilité : « Discite a me, quia mitis sum et humilis corde 226. » Il ne doit&#13;
jamais se laisser aller à la colère, ni agir par passion, pour quelle raison que ce soit,&#13;
ni sortir de l’humilité qu’il doit avoir au cœur pour la faire paraître dans ses actions&#13;
et sa conversation. Il y a bien de la différence entre le zèle véritable et la colère,&#13;
entre l’humilité et la bassesse d’esprit : l’un attirant la vénération et le respect de&#13;
tout le monde et l’autre résidant méprisable et avilissant le ministère. Il faut être&#13;
tel que les peuples nous honorent comme leur père, nous craignent comme leur&#13;
juge, nous aiment comme leur pasteur, qu’ils aient un facile accès et une grande&#13;
confiance pour nous ouvrir leur cœur et grande liberté pour leur dire la vérité qu’ils&#13;
trouveront toujours bonne de votre bouche, si vous avez les qualités susdites à leur&#13;
égard.&#13;
7° Désintéressement&#13;
Il est de grande conséquence qu’un missionnaire ne paraisse pas intéressé et ne le&#13;
soit pas en effet. L’on voit, comme Samuel dans l’Ancien Testament et saint Paul&#13;
aux Actes des apôtres et dans ses Épitres, affectent de ne paraître pas l’être et le&#13;
Saint-Esprit dit : « Beatus vir qui post aurum non abiit nec speravit in pecunia ; fecit&#13;
enim mirabilia in vita sua 227. » Quand un missionnaire est intéressé et paraît pour&#13;
tel, il n’y a plus de fruit à espérer quand il ferait des miracles. Il doit fuir les affaires&#13;
NDLR : « Ils disent et ne font pas. » (Matthieu 23:3)&#13;
NDLR : « Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur. » (Matthieu 11:29)&#13;
227&#13;
NDLR : « Bienheureux est celui qui n’est pas allé derrière l’or, ni n’a mis son espoir dans l’argent&#13;
comptant ; il a fait des choses admirables dans sa vie. » (Bréviaire)&#13;
225&#13;
226&#13;
&#13;
- 379 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-B&#13;
&#13;
temporelles, s’il n’y est obligé par nécessité ou obéissance qui lui fasse connaître&#13;
l’ordre de Dieu et en ce cas, il faut qu’il s’y comporte en telle manière que son&#13;
désintéressement soit connu et la pureté de ses intentions, prenant garde de&#13;
tomber dans un autre défaut de vouloir paraître libéral dans la manière des gens&#13;
du monde. Il se doit considérer non comme propriétaire, mais comme procureur&#13;
ou économe du bien de Dieu et se comporter comme lui en devant rendre compte ;&#13;
ce qui lui fera éviter les deux extrémités.&#13;
8° Sobriété&#13;
Pour sa nourriture, il se doit conformer au lieu où il est, suivant l’avis de NotreSeigneur, « manducate quæ apponuntur vobis 228 » et jamais ne rien faire paraître&#13;
qui dénote un esprit de gourmandise ou friandise, se contentant de ce que l’on&#13;
présente et dans la manière qu’il est apprêté et qui n’empêchera pas que si le&#13;
nécessaire venait à manquer et que cela eut des suites, que l’on y remédiât&#13;
adroitement. Plus on peut éviter de manger avec les séculiers par manière de&#13;
festin, l’on doit le faire. La sobriété, tant au boire qu’au manger, est fort&#13;
recommandée par saint Paul à son disciple.&#13;
9° De la patience&#13;
Un missionnaire se doit représenter qu’il est avec les gens du monde comme un&#13;
agneau entre les loups, mitto vos sicut agnos inter lupos 229, et par conséquent, il&#13;
doit y avoir entre lui et ceux qui vivent selon les damnables coutumes de ce siècle&#13;
corrompu la même antipathie qui se trouve entre ces deux animaux. « Si de mundo&#13;
essetis, mundus, quod suum est, diligeret ; sed quia de mundo non estis, propterea&#13;
odit vos mundus 230 » et c’est une marque que l’esprit du monde est encore dans un&#13;
cœur, lorsqu’il est animé de ce monde immonde et qu’il symbolise avec eux. C’est&#13;
pour cela qu’un vrai missionnaire de Jésus-Christ se doit attendre d’être persécuté,&#13;
tourmenté et calomnié de ces sortes de gens comme un agneau par des loups, qui&#13;
ne cherchent qu’à le dévorer. « Si me persecuti sunt et vos persequentur 231 » et « Si&#13;
odit vos mundus, scitote quia me priorem odio habuit 232. » Il doit donc, comme&#13;
NDLR : « Mangez ce qui vous est présenté. » (Luc 10:8)&#13;
NDLR : Luc 10:3.&#13;
230&#13;
NDLR : « Si vous apparteniez au monde, le monde aimerait ce qui est à lui. Mais vous&#13;
n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà&#13;
pourquoi le monde a de la haine contre vous. » (Jean 15:19)&#13;
231&#13;
NDLR : « Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. » (Jean 15:20)&#13;
232&#13;
NDLR : « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. »&#13;
(Jean 15:18)&#13;
228&#13;
229&#13;
&#13;
- 380 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-B&#13;
&#13;
notre divin agneau, n’avoir autre défense que son innocence, accompagnée d’une&#13;
patience douce, humble et longanime. « In patientia vestra possidebitis animas&#13;
vestras 233. » « Noli vinci a malo, sed vince in bono malum 234. » Il faut surmonter le&#13;
vice par les vertus, aussi bien dans les autres que dans nous-mêmes.&#13;
10° De l’obéissance&#13;
La marque d’un parfait missionnaire est la dépendance de celui qui lui donne sa&#13;
mission pour n’agir que selon l’impression qu’il en reçoit, lorsqu’elle est selon&#13;
l’esprit de Dieu et conforme aux maximes de Jésus-Christ, qui n’agissait que selon&#13;
qu’il était mû de son Père et qui a dit que celui-là est véritable qui ne cherche [pas]&#13;
sa gloire, mais celle de Celui qui l’a envoyé, qu’il ne fait rien de lui-même, mais ce&#13;
qu’il a appris de son Père, qui ne dit que ce que son Père lui a mis en bouche, qui&#13;
est venu en terre non pour faire sa volonté, mais celle de son Père, que s’il travaille&#13;
au salut des âmes, c’est parce que telle est la volonté de son Père et autres choses&#13;
semblables, par lesquelles il instruit les missionnaires de la grande correspondance&#13;
qu’ils doivent avoir avec leurs supérieurs et du dégagement de la mission même&#13;
qui leur est donnée, devant être prêt de la quitter ou changer au premier mot de&#13;
l’obéissance, qui les a engagés à l’entreprendre.&#13;
Jésus-Christ eut pu aller prêcher aux gentils et les convertir, comme ont fait les&#13;
apôtres, mais il ne l’a pas fait, parce qu’il n’y était pas envoyé : « Non sum missus&#13;
nisi ad oves quæ perierunt domus Israel235 » ; et les apôtres l’ont fait, parce qu’ils y&#13;
étaient envoyés par Jésus-Christ et le Saint-Esprit et eux ont donné la mission à&#13;
leurs disciples, comme les évêques la donnent aux prêtres, qui leur sont soumis.&#13;
C’est une grande faute de s’ingérer dans la mission d’autrui de son propre&#13;
mouvement : c’est le moyen de tout gâter, Dieu n’y donnant aucune bénédiction,&#13;
étant un effet de présomption secrète, voilée d’un zèle apparent, mais qui n’est&#13;
pas selon Dieu. Il se faut donner de garde de condamner légèrement un autre&#13;
missionnaire et faire le réformateur, ce qui aurait de très mauvais effets : la&#13;
prudence accompagnée de charité doit enseigner la manière de se comporter dans&#13;
les fautes qu’on aurait remarquées dans ceux qui ont la conduite des âmes, cela&#13;
étant extrêmement délicat.&#13;
&#13;
NDLR : « C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. » (Luc 21:19)&#13;
NDLR : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. »&#13;
(Romains 12:21)&#13;
235&#13;
NDLR : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » (Matthieu 15:24)&#13;
233&#13;
234&#13;
&#13;
- 381 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-B&#13;
&#13;
11° Du soin des âmes qu’il a sous sa conduite&#13;
Il doit avoir une parfaite connaissance de toutes ses brebis et pour cela, avoir un&#13;
Status Animarum236, qu’il doit renouveler tous les ans et marquer le nom et l’âge&#13;
d’un chacun les enfants qui ont fait leur première confession, communion, qui&#13;
savent leurs prières, le catéchisme, qui ont été confirmés, ceux et celles qui sont&#13;
de la Congrégation ou Sainte-Famille et autres choses qu’il jugera lui être utiles. Il&#13;
doit pour cela faire de temps en temps, comme tous les trois mois, ou plus souvent&#13;
s’il le juge nécessaire, une visite générale de toutes les familles et prendre occasion&#13;
de s’informer des désordres, divisions et scandales qui se pourraient rencontrer&#13;
pour y apporter les remèdes qu’il jugera les plus propres et surtout, tâchera de&#13;
conserver la bonne intelligence entre les seigneurs et leurs vassaux ; sans quoi, il ne&#13;
peut réussir.&#13;
12° De la sainte Famille&#13;
Il ne doit épouser aucun parti que celui de Jésus-Christ, mais être ami de tous quand&#13;
il trouve des sujets capables d’être de la sainte Famille ou Congrégation. C’est un&#13;
moyen très avantageux pour conserver le bien qu’il peut faire, mais quand il n’y a&#13;
pas nombre suffisant de personnes qui soient d’exemple. C’est détruire tout le bien&#13;
qu’on pourrait attendre de telles confréries. C’est une grande prudence de différer&#13;
souvent pour établir les choses avec solidité.&#13;
13° De la vigilance sur son troupeau&#13;
Il doit être extrêmement vigilant : « qui præest in sollicitudine 237 », « attendite vobis&#13;
et universo gregi238 », disait saint Paul aux pasteurs. Pour empêcher que son&#13;
troupeau ne soit endommagé par les loups, c’est-à-dire les impies, les scandaleux,&#13;
surtout de certaines gens qui semblent de méchante doctrine, contre les bonnes&#13;
mœurs opposées aux maximes de Jésus-Christ. Il ne doit fuir comme un&#13;
mercenaire, mais leur résister fortement jusqu’à exposer sa vie pour ses brebis s’il&#13;
en était besoin, à l’exemple de notre Bon Pasteur. Il doit aussi veiller pour maintenir&#13;
les bons dans la piété, ramener ceux qui s’en écartent, exciter les lâches et tièdes,&#13;
instruire les ignorants, consoler les affligés, avoir grand soin des malades surtout&#13;
NDLR : Registre des paroissiens et de leurs informations de vie religieuse tenu par les curés, à&#13;
la suite des réformes du concile de Trente.&#13;
237&#13;
NDLR : « celui qui dirige, qu’il soit empressé. » (Romains 12:8)&#13;
238&#13;
NDLR : « Veillez sur vous-mêmes, et sur tout le troupeau. » (Actes des Apôtres 20:28)&#13;
236&#13;
&#13;
- 382 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-B&#13;
&#13;
de ceux qui sont en danger de mort, afin de les assister en ce dernier passage en&#13;
toutes les manières possibles. Il doit être persuadé qu’il rend autant et plus de&#13;
services aux âmes qu’il a sous sa conduite par les prières et le saint sacrifice de la&#13;
messe que, par ses paroles, l’un doit être joint à l’autre et être deux choses&#13;
inséparables.&#13;
14° Des enfants et serviteurs&#13;
Un missionnaire doit, à l’exemple de Notre-Seigneur, aimer les enfants et travailler&#13;
à les instruire dans la crainte de Dieu, leur imprimant une grande horreur du péché.&#13;
C’est où il y a plus à gagner. Leur innocence les rendant plus capables des bonnes&#13;
impressions qu’on voudrait leur donner, mais il ne faut pas se rebuter, ni s’ennuyer&#13;
si l’on ne recueille pas sitôt le fruit de ses travaux ; moins il leur sera familier, plus il&#13;
leur sera utile, pourvu qu’il en soit aimé ; ce qui arrivera s’il les aime en vérité et&#13;
selon Dieu. Il doit avoir aussi un soin particulier du salut de ses serviteurs, à&#13;
l’exemple de Notre-Seigneur, qui ne dédaigna pas de rendre visite au serviteur du&#13;
centenier, quoiqu’il ne le fît pas au fils d’un petit roi de Capharnaüm.&#13;
15° Des prédications&#13;
Dans ses prédications, il doit être court et clair, s’accommodant à la portée de ses&#13;
auditeurs et avoir pour but d’instruire et d’échauffer. Il prendra garde de ne rien&#13;
dire qui aigrisse les esprits, puisqu’il écarterait les pécheurs au lieu de les attirer à&#13;
Dieu, qui est néanmoins la fin de la prédication. S’il est obligé d’invectiver contre&#13;
les scandales publics, il faut que ce soit en dessein de profiter aux autres et faire en&#13;
sorte de ne dénoter personne en particulier pour leur laisser toujours une porte à&#13;
revenir ; le contraire n’a jamais de bons effets.&#13;
16° Des églises&#13;
Il doit être affectionné pour son église et faire en sorte qu’elle soit propre et que le&#13;
service divin y soit fait en la meilleure manière qu’il le pourra, ayant pour devise :&#13;
« Domine, dilexi decorem domus tuae 239! » La malpropreté des églises et choses qui&#13;
concernent le culte divin glisse insensiblement l’indévotion dans l’esprit des&#13;
peuples et éteint l’esprit de la religion, ce que ne produit pas la pauvreté de l’Église,&#13;
mais bien la négligence du missionnaire. Il doit éviter d’introduire des pratiques&#13;
239&#13;
&#13;
NDLR : « Seigneur, j’aime la maison que tu habites ! » (Psaume 25:8)&#13;
- 383 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-B&#13;
&#13;
nouvelles qui ne sont en usage, mais suivre la manière usitée dans les autres lieux&#13;
du diocèse, surtout en ce qui concerne le service divin et sera soigneux, dans les&#13;
choses douteuses, de conseiller ceux de qui il doit recevoir lumière, se souvenant&#13;
qu’il n’y a rien de plus dangereux que de suivre son esprit particulier, ce qui ne peut&#13;
provenir que de la bonne opinion de soi-même.&#13;
17° De son règlement&#13;
Il doit se faire un règlement particulier, conforme à celui du Séminaire, autant que&#13;
l’état de sa mission le pourra permettre et y être fidèle, pour ne l’interrompre que&#13;
pour nécessité ou pour le bien des âmes et lorsqu’il y va de la plus grande gloire de&#13;
Dieu. Il doit se souvenir de faire ses examens, non seulement sur ses péchés, mais&#13;
aussi sur les péchés d’autrui, dont il peut être coupable en bien des manières. Ab&#13;
alienis parce servo tuo, Domine 240 ! C’est une louable coutume, outre la retraite&#13;
annuelle de prendre tous les mois un jour pour se retirer plus particulièrement et&#13;
renouveler les bons propos de sa dernière retraite.&#13;
&#13;
240&#13;
NDLR : « Préserve ton serviteur des erreurs qui m’échappent, Seigneur ! » (Inspiré du&#13;
Psaume 18:14)&#13;
&#13;
- 384 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-1&#13;
&#13;
DOC. XXXVIII-1. LETTRE DE LAVAL À OLIVA (22 OCTOBRE 1665)&#13;
&#13;
Doc. XXXVIII-1&#13;
Extrait de la lettre du Serviteur de Dieu au P. Giovanni Oliva, supérieur&#13;
général de la Compagnie de Jésus, 22 octobre 1665, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives générales de ladite Compagnie,&#13;
France 110, vol. 2, fo 183&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Québec, le 22 octobre 1665&#13;
Révérendissime Père,&#13;
J’ai reçu les lettres qu’il a plu à Votre Paternité de me donner, par lesquelles&#13;
elle pousse puissamment, par ses obligeantes actions de grâces, à des&#13;
manifestations de bienveillance envers votre Compagnie. De jour en jour,&#13;
la satisfaction croit, que j’ai toujours espéré [éprouver] de ses fils qui se&#13;
trouvent ici, que je trouve prêts à tout ; si Dieu daigne faire réussir les&#13;
dispositions que le Roi Très Chrétien a prises pour combattre les Iroquois,&#13;
ceux-là auront un très large espace dans lequel se déploieront leur zèle et&#13;
leur activité. Pour les aider et les raffermir, rien ne peut être plus opportun&#13;
que si Votre Paternité envoie ici d’autres ouvriers, car la moisson est&#13;
abondante mais les ouvriers sont peu nombreux, surtout lorsque le nombre&#13;
de prêtres séculiers, principalement idoines, est faible, et il me faut en&#13;
choisir qui ne repoussent pas les réguliers pour que le progrès d’une œuvre&#13;
heureusement commencée ne soit empêché. J’ignore si l’affaire d’un évêché&#13;
à établir ici aboutira, au sujet de laquelle j’écrivais l’an dernier ; s’il s’y&#13;
trouvait quelque chose pour servir à la plus grande gloire de Dieu, au&#13;
jugement de Votre Paternité, je ne doute pas que, l’occasion s’en présentant,&#13;
Votre Paternité accomplisse auprès de Sa Sainteté ce qui pourra être fait.&#13;
Pour cela, je me recommande, moi-même ainsi que l’Église qui m’est&#13;
confiée, aux prières de Sa Sainteté, de Votre Paternité et de toute la&#13;
Compagnie.&#13;
&#13;
- 385 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-2&#13;
&#13;
DOC. XXXVIII-2. PERMISSION DE MISSION DE LAVAL POUR TROUVÉ ET FÉNELON (15 SEPTEMBRE 1668)&#13;
&#13;
Doc. XXXVIII-2&#13;
Permission de mission par le Serviteur de Dieu à deux missionnaires du&#13;
Séminaire Saint-Sulpice de Montréal, 15 septembre 1668, d’après la copie&#13;
collationnée conservée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 64, no 68&#13;
François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Pétrée, vicaire&#13;
apostolique en la Nouvelle-France, nommé par le roi premier évêque dudit&#13;
pays, à notre bien-aimé en Notre-Seigneur, François de Salignac, prêtre,&#13;
salut.&#13;
C’est avec une singulière satisfaction et consolation de notre âme que nous&#13;
avons vu la ferveur et le courage avec lequel vous vous portez à la&#13;
conversion des nations infidèles ; et que pour l’exécution de ce pieux&#13;
dessein, vous nous avez fait connaître les sentiments que Dieu vous a&#13;
donnés d’aller avant cet hiver dans un lieu situé vers l’entrée plus proche&#13;
de nous du lac nommé Ontario, côte du nord, pour y travailler à la&#13;
conversion d’une nation que nous avons appris qui s’y est établie depuis&#13;
environ trois ans et y chercher les brebis égarées que ci-devant les pères de&#13;
la Compagnie de Jésus avaient amenées au bercail de Notre-Seigneur JésusChrist ;&#13;
nous sentant d’autre part porté de contribuer de tout notre pouvoir et&#13;
autorité à un zèle si saint et le devoir de notre charge nous obligeant de&#13;
pourvoir aux besoins de ce lieu et ne le pouvant faire par nous-même pour&#13;
la trop grande distance, étant d’ailleurs bien informé de votre suffisance,&#13;
piété et bonnes mœurs, nous vous donnons pouvoir et autorité de travailler&#13;
à la conversion de ce peuple, leur conférer les sacrements et généralement&#13;
faire tout ce que vous jugerez à propos pour l’établissement de la foi et&#13;
l’accroissement du christianisme nouveau, et ce, autant de temps que nous&#13;
le jugerons à propos, vous enjoignant toutefois d’être subordonné en toutes&#13;
lesdites fonctions à notre bien-aimé Claude Trouvé, prêtre, que nous&#13;
associons avec vous pour le même dessein et de recevoir en tout ce qui&#13;
regardera le salut des âmes, la conduite et le pouvoir de lui, vous exhortant&#13;
surtout de vivre ensemble dans une sainte union ;&#13;
- 386 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-2&#13;
&#13;
que si par une providence de Dieu, il se présente quelque occasion d’écrire&#13;
à quelques-uns des pères de la Compagnie de Jésus qui sont dans les&#13;
nations iroquoises, nous vous exhortons et désirons que vous confériez avec&#13;
eux par lettres de toutes les difficultés que vous rencontrerez dans&#13;
l’administration de vos fonctions et que vous vous conformiez à la pratique&#13;
que les lumières de la grâce et leur longue expérience leur ont fait juger&#13;
nécessaire d’établir pour la conduite de ces nouveaux chrétiens, tant en ce&#13;
qui concerne l’usage des sacrements qu’en tout le reste du spirituel ; mais&#13;
sur toutes choses, nous vous conjurons de leur faire paraître en toutes sortes&#13;
de rencontres des marques véritables et sincères du ressentiment très juste&#13;
que vous avez avec nous des grandes obligations dont cette Église naissante&#13;
est redevable à cette sainte Compagnie, pour le zèle et les soins continuels&#13;
avec lesquels elle y a travaillé depuis 40 ans et continue de faire encore&#13;
aujourd’hui, la grande bénédiction qu’il a plu à Notre-Seigneur de donner&#13;
à ses travaux, nous sert d’un puissant motif pour nous porter autant qu’il&#13;
est en notre pouvoir, de conserver toujours une liaison très étroite et intime&#13;
union avec les religieux missionnaires de cette Compagnie, afin que n’ayant&#13;
tous qu’un même cœur et un même esprit, il plaise à Notre-Seigneur JésusChrist, le souverain pasteur des âmes, vous rendre tous participants des&#13;
mêmes grâces et bénédictions. C’est ce que nous le supplions très&#13;
humblement de vous accorder par ses mérites, par l’intercession de sa très&#13;
sainte Mère, du bienheureux saint Joseph, patron spécial de cette Église&#13;
naissante, de tous les saints anges tutélaires, des âmes qui sont sous notre&#13;
charge et de tous les saints protecteurs de tout ce christianisme.&#13;
Donné à Québec, ce 15e de septembre 1668,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
&#13;
- 387 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-3&#13;
&#13;
DOC. XXXVIII-3. INSTRUCTIONS DE LAVAL AUX MISSIONNAIRES TROUVÉ ET FÉNELON (15 SEPTEMBRE 1668)&#13;
&#13;
Doc. XXXVIII-3&#13;
Instructions rédigées par le Serviteur de Dieu sur la vie missionnaire, 1668,&#13;
d’après la copie collationnée conservée aux Archives de l’archidiocèse de&#13;
Québec, Registre A*, p. 65, no 69&#13;
&#13;
Instructions pour nos bien-aimés en Notre-Seigneur Claude Trouvé et&#13;
François de Salagnac, prêtres, allant en mission aux Iroquois situés en la&#13;
côte du nord du lac Ontario&#13;
1° Qu’ils se persuadent bien qu’étant envoyés pour travailler à la&#13;
conversion des infidèles, ils ont l’emploi le plus important qui soit dans&#13;
l’Église ; ce qui les doit obliger, pour se rendre dignes instruments de Dieu,&#13;
à se perfectionner dans toutes les vertus propres d’un missionnaire&#13;
apostolique, méditant souvent à l’imitation de saint François-Xavier, le&#13;
patron et l’idé[al] des missionnaires, ces paroles de l’Évangile : « Quid&#13;
prodest homini si universum mundum lucretur, anima vero sua detrimentum&#13;
patiatur 241. »&#13;
2° Qu’ils tâchent d’éviter deux extrémités qui sont à craindre en ceux qui&#13;
s’appliquent à la conversion des âmes : de trop espérer ou de trop&#13;
désespérer. Ceux qui espèrent trop sont souvent les premiers à désespérer&#13;
de tout à la vue des grandes difficultés qui se trouvent dans l’entreprise de&#13;
la conversion des infidèles, qui est plutôt l’ouvrage de Dieu que de&#13;
l’industrie des hommes. Qu’ils se souviennent que la semence de la parole&#13;
de Dieu « fructum affert in patientia 242 ». Ceux qui n’ont pas cette patience&#13;
sont en danger, après avoir jeté beaucoup de feu au commencement, de&#13;
perdre enfin courage et de quitter l’entreprise.&#13;
3° La langue est nécessaire pour agir avec les Sauvages* ; c’est toutefois une&#13;
des moindres parties d’un bon missionnaire, de même que dans la France,&#13;
de bien parler français n’est pas ce qui fait prêcher avec fruit.&#13;
NDLR : « Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il en perdait son âme ? »&#13;
(Matthieu 16:26)&#13;
242&#13;
NDLR : « portent du fruit dans la patience » (Luc 8:15)&#13;
241&#13;
&#13;
- 388 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-3&#13;
&#13;
4° Les talents qui font les bons missionnaires sont :&#13;
1° être rempli de l’esprit de Dieu : cet esprit doit animer nos&#13;
paroles et nos cœurs : « Ex abundantia cordis os loquitur 243 » ;&#13;
2° avoir une grande prudence pour le choix et l’ordre des&#13;
choses qu’il faut faire, soit pour éclairer l’entendement, soit&#13;
pour fléchir la volonté ; tout ce qui ne porte point là sont&#13;
paroles perdues ;&#13;
3° avoir une grande application pour ne perdre pas les&#13;
moments de salut des âmes et suppléer à la négligence qui&#13;
souvent se glisse dans les catéchumènes ; car comme le diable&#13;
de son côté « evenit tamquam leo rugiens, quaerens quem&#13;
devoret 244 », ainsi faut-il que nous soyons vigilants contre ses&#13;
efforts avec soin, douceur et amour ;&#13;
4° n’avoir rien dans notre vie et dans nos mœurs qui paraisse&#13;
démentir ce que nous disons ou qui mette de l’indisposition&#13;
dans les esprits et dans les cœurs de ceux qu’on veut gagner&#13;
à Dieu ;&#13;
5° il faut se faire aimer par sa douceur, sa patience et sa charité&#13;
et se gagner les esprits et les cœurs pour les gagner à Dieu ;&#13;
souvent une parole d’aigreur, une impatience, un visage&#13;
rebutant, détruiront en un moment ce que l’on avait fait en un&#13;
long temps ;&#13;
6° l’esprit de Dieu demande un cœur paisible, recueilli et non&#13;
pas un cœur inquiet et dissipé ; il faut un visage joyeux et&#13;
modeste, il faut éviter les railleries et les ris déréglés et&#13;
généralement tout ce qui est contraire à une sainte et joyeuse&#13;
modestie : « Modestia vestra nota sit omnibus hominibus 245 ».&#13;
5° Leur application principale dans l’état présent où ils se trouvent sera de&#13;
ne laisser mourir, autant qu’il sera possible, aucun Sauvage sans baptême.&#13;
Qu’ils prennent garde néanmoins d’agir toujours avec prudence et réserve&#13;
NDLR : « C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. » (Luc 6:45)&#13;
NDLR : « rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera. » (1 Pierre 5:8)&#13;
245&#13;
NDLR : « Que votre douceur soit connue de tous les hommes. » (Philippiens 4:5)&#13;
243&#13;
244&#13;
&#13;
- 389 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-3&#13;
&#13;
dans les occasions à l’égard des baptêmes des adultes et même des enfants&#13;
hors des dangers de mort.&#13;
6° Dans le doute qu’un adulte aura été autrefois baptisé, qu’ils le baptisent&#13;
sous condition et pour assurer davantage son salut, qu’ils lui fassent faire&#13;
en outre une confession générale de toute sa vie, l’instruisant auparavant&#13;
des moyens de la bien faire.&#13;
7° Qu’ils aient un grand soin de marquer par écrit les noms des baptisés,&#13;
des pères et mères et même de quelques autres parents, le jour, le mois et&#13;
l’année du baptême.&#13;
8° Dans les occasions, qu’ils écrivent aux pères jésuites qui sont employés&#13;
dans les missions iroquoises pour la résolution de leurs doutes et pour&#13;
recevoir de leur longue expérience les lumières nécessaires pour leur&#13;
conduite.&#13;
9° Ils auront aussi un grand soin de nous informer, par toutes les voies qui&#13;
se présenteront, de l’état de leur mission et du progrès qu’ils feront dans la&#13;
conversion des âmes.&#13;
10° Qu’ils lisent souvent ces avis et les autres mémoires des instructions que&#13;
nous leur avons données pour s’en rafraîchir la mémoire et les bien&#13;
observer, se persuadant bien que de là dépend l’heureux succès de leur&#13;
mission.&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
&#13;
- 390 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXVIII-4&#13;
&#13;
DOC. XXXVIII-4. OBSERVATIONS DE LAVAL DANS LE RAPPORT CONSIDÉRATIONS UTILES POUR LA BONNE CONDUITE DES&#13;
MISSIONS DE LA CHINE (V. 1668)&#13;
&#13;
Doc. XXXVIII-4&#13;
Extrait des Considérations utiles pour la bonne conduite des missions de la&#13;
Chine d’un auteur inconnu, 1668, d’après la copie conservée aux Archives&#13;
des Missions étrangères de Paris, vol. 4, p. 507&#13;
&#13;
Mais si l’on demande à Mgr de Pétrée s’il trouve à propos que l’on élève les&#13;
ecclésiastiques dans un esprit d’éloignement et d’opposition aux réguliers,&#13;
il répondra à qui lui demandera qu’il ne peut y avoir rien de plus pernicieux&#13;
pour l’amour de la propagation de la foi ni de plus contraire à l’esprit&#13;
apostolique, qui doit être un esprit de charité, dégagé des fâcheux&#13;
mouvements que l’on peut ressentir quand l’on voit les autres ouvriers&#13;
réussir dans leurs emplois et exercer une autorité qui peut diminuer ou&#13;
semble menacer de diminuer la nôtre.&#13;
&#13;
- 391 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXIX-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS XXXIX&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XXXIX&#13;
Notes sur les difficultés vécues entre le Serviteur de Dieu&#13;
et Mésy, gouverneur du Canada, 1665&#13;
Selon la teneur du décret royal d’érection du Conseil souverain de Québec&#13;
(Doc. XXXII), la nomination des conseillers devait être faite de concert entre le&#13;
gouverneur et l’évêque. Or, dans les années 1664-1665, à la suite de la destitution&#13;
de certains membres du Conseil de la part du gouverneur de Mésy, sans le&#13;
consentement préalable du Serviteur de Dieu, quelques difficultés naquirent entre&#13;
eux, qui dégénérèrent en vraie persécution contre le Serviteur de Dieu. Les&#13;
persécutions devinrent si graves que le lieutenant-général de Tracy, le gouverneur&#13;
de Courcelle et l’intendant Talon, récemment nommé, furent chargés par le roi de&#13;
France de procéder contre M. de Mésy. L’action n’eut pas lieu à cause du décès&#13;
de M. de Mésy, qui s’était réconcilié avec Mgr de Laval sur son lit de mort. Sur&#13;
toute cette question, voir l’abbé Gosselin, Le vénérable François de&#13;
Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923,&#13;
p. 134-147.&#13;
Nous ne croyons pas opportun de publier tous les documents ayant trait à cette&#13;
affaire, puisque l’ensemble a été amplement étudié par M. de La Tour dans les&#13;
Mémoires sur M. de Laval, Livre VII, et repris par les témoins des deux procès.&#13;
Nous ne donnons ici que deux lettres qui permettent de connaître l’issue du&#13;
différend mieux que tous les autres documents. Le premier est un extrait d’une&#13;
lettre de M. de Mésy au lieutenant-gouverneur de Tracy ; le second est un extrait&#13;
d’un rapport fait par l’intendant Talon au ministre.&#13;
DOC. XXXIX-1. EXTRAIT DE LA LETTRE DE MÉSY À TRACY (26 AVRIL 1665)&#13;
&#13;
Doc. XXXIX-1&#13;
Extrait de la lettre de Mésy, gouverneur du Canada, à Tracy, lieutenantgénéral du Canada, 26 avril 1665, d’après l’original conservé à Bibliothèque&#13;
et Archives nationales du Québec, Fonds Conseil souverain, TP1, S36, P48&#13;
&#13;
Mais Dieu ayant disposé de mes jours pour m’appeler à lui, m’a fait prier,&#13;
avant ma mort, M. de Tilly, conseiller du roi, de vous donner les lumières&#13;
avec les écrits de ce que j’ai fait savoir au roi l’année dernière et de ce qui&#13;
s’est passé ensuite entre M. l’évêque de Pétrée, les pères jésuites et moi.&#13;
Votre arrivée assurément en ce pays m’a donné beaucoup de joie avant ma&#13;
mort, puisque vous éclaircirez bien mieux que moi les choses que j’aurais&#13;
pu faire savoir au roi touchant leur conduite dans les affaires temporelles.&#13;
Je ne sais néanmoins si je ne me serais point trompé en me laissant un peu&#13;
trop légèrement persuader au rapport qu’on m’en avait fait. Je remets&#13;
toutefois à votre prudence et aux bons examens que vous en ferez la&#13;
- 392 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XXXIX-2&#13;
&#13;
définition de cette affaire. C’est pourquoi, Monseigneur, si vous trouvez&#13;
dans mon procédé quelque manque dans le général, je vous conjure de le&#13;
faire connaître à Sa Majesté, afin que ma conscience n’en puisse être chargée&#13;
avec le particulier, mon intention, selon mon avis, n’ayant jamais été que de&#13;
servir fidèlement le roi et maintenir l’autorité de la charge dont il m’a fait&#13;
l’honneur de m’honorer en ce pays-ci.&#13;
DOC. XXXIX-2. EXTRAIT DE LA LETTRE DE TALON À COLBERT (4 OCTOBRE 1665)&#13;
&#13;
Doc. XXXIX-2&#13;
Extrait de la lettre de Talon, intendant du Canada, à Colbert, secrétaire&#13;
d’État de la Marine de France, 4 octobre 1665, d’après l’original conservé&#13;
aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des&#13;
colonies, série C11 A, vol. 2, fo 143&#13;
Il n’a pas été jugé à propos d’informer contre M. de Mésy après sa mort,&#13;
M. l’évêque et les autres particuliers qu’il avait blessés par sa conduite ne&#13;
faisant plus d’instances pour cela ; nous avons cru, M. de Tracy, de&#13;
Courcelle et moi, que Sa Majesté ne serait pas fâchée qu’on ensevelît sa faute&#13;
avec sa mémoire. On fera cependant raison pour le civil à ceux qui&#13;
prétendent avoir souffert quelque dommage de la conduite qu’il a tenue et&#13;
si Sa Majesté veut quelque chose de plus, quand il me paraîtra par vos&#13;
lettres que j’espère recevoir l’année prochaine, je ferai de ma part ce que&#13;
vous m’ordonnerez de celle de Sa Majesté.&#13;
&#13;
- 393 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XL-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XL&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XL&#13;
Deux témoignages qui manifestent la dévotion du Serviteur de Dieu pour la&#13;
bienheureuse Vierge Marie, 1665-1673&#13;
NDLR : L’abbé Demers présente, dans les deux sections suivantes (Docs. XL&#13;
et Docs. XLI), des documents relatifs aux dévotions particulières de&#13;
Mgr de Laval. À l’âge de 11 ans, en 1634, le père jésuite Pierre Mesland le reçut&#13;
dans la Congrégation de la Sainte Vierge du collège de La Flèche. Il garda la&#13;
Vierge et la sainte Famille en son cœur tout le reste de sa vie.&#13;
DOC. XL-1. FORMULE DE VŒU DE LAVAL À LA VIERGE MARIE (1665)&#13;
&#13;
Doc. XL-1&#13;
Formule de vœu faite par le Serviteur de Dieu pour accomplir quelques&#13;
pratiques de dévotion en l’honneur de la bienheureuse Vierge Immaculée,&#13;
1665, d’après la copie collationnée conservée aux Archives de l’archidiocèse&#13;
de Québec, Registre A*, p. 50, no 48&#13;
Le Serviteur de Dieu manifesta toute sa vie une particulière dévotion envers la&#13;
Sainte Vierge, spécialement sous le vocable de l’Immaculée Conception. En 1665,&#13;
il fit le vœu de dire une messe par mois et de jeûner la veille de la fête de&#13;
l’Immaculée Conception. Cette pieuse coutume était déjà en usage chez les&#13;
Jésuites du Canada depuis 1636. Le Serviteur de Dieu voulu l’introduire dans son&#13;
Séminaire de Québec et il donna l’exemple en premier. Le vœu était renouvelé&#13;
chaque année et l’est encore aujourd’hui au Séminaire de Québec.&#13;
&#13;
Formule de vœu qui commença à être fait environ l’an 1636 et s’est depuis&#13;
renouvelé tous les ans par dévotion, sans obligation de le renouveler&#13;
Adorable Jésus, sauveur du monde, quoique nos péchés nous doivent&#13;
éloigner de votre présence, si est-ce qu’étant épris d’une affection de vous&#13;
honorer et votre Très Sainte Mère et poussés du désir de nous voir dans la&#13;
fidèle correspondance que vous désirez de vos serviteurs pour vous faire&#13;
reconnaître et adorer des peuples de ces pauvres contrées, nous voici&#13;
prosternés à vos pieds, où nous vous promettons et faisons vœu, comme&#13;
aussi à la Très Sainte Vierge, votre mère, de célébrer 12 fois ces 12 mois&#13;
suivants le sacrifice de la sainte messe et pour ceux qui ne sont prêtres, de&#13;
communier et dire le chapelet autant de fois, et ce, à l’honneur et en action&#13;
de grâce de l’Immaculée Conception de cette Sainte Vierge, votre Mère,&#13;
comme aussi de jeûner tous la veille de cette sienne fête à la même intention.&#13;
Le tout de plus pour obtenir de votre bonté et miséricorde par son&#13;
- 394 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XL-2&#13;
&#13;
intercession et par ses mérites la conservation de ce pays et la conversion&#13;
des pauvres Sauvages* qui l’habitent. Recevez donc, ô sainte et sacrée reine&#13;
des anges et des hommes, sous votre sainte protection, ces peuples désolés&#13;
et abandonnés que nous vous présentons par les mains de votre époux et&#13;
de vos fidèles serviteurs saint Ignace et saint François-Xavier et de tous les&#13;
anges gardiens et protecteurs de ces lieux, pour les offrir à votre bien-aimé&#13;
fils, à ce qu’il lui plaise les maintenir et conserver contre leurs ennemis,&#13;
donner la connaissance de son saint nom à ceux qui ne l’ont pas encore et à&#13;
tous la persévérance en sa sainte grâce et son saint amour.&#13;
Ainsi soit-il.&#13;
François, évêque de Pétrée&#13;
DOC. XL-2. RENOUVELLEMENT DU VŒU DE LAVAL À LA VIERGE MARIE (2 FÉVRIER 1673)&#13;
&#13;
Doc. XL-2&#13;
Renouvellement du vœu à la Vierge Marie, 2 février 1673, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives nationales de France, série MM, vol. 649, fo 20&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Dans les Archives nationales de France, à Paris, on conserve une collection de&#13;
formules de consécration à la Sainte Vierge, que les membres de la Congrégation&#13;
mariale des pères jésuites de Paris récitaient au jour de leur admission. Il s’agit de&#13;
plusieurs feuilles avec formule imprimée et la signature autographe de l’agrégé.&#13;
La feuille no 20 de cette collection porte la signature du Serviteur de Dieu. De&#13;
plus, on y lit deux dates : le 2 février 1634 et le 2 février 1673. On peut penser&#13;
que la première date représente le jour de son admission à la Congrégation, tandis&#13;
que la seconde a été faite lors du second voyage du Serviteur de Dieu en France.&#13;
On voit donc qu’il voulut renouveler sa consécration à la Sainte Vierge 30 ans&#13;
plus tard.&#13;
&#13;
Il a donné le nom de la Vierge, Mère de Dieu, à la Congrégation et a signé&#13;
de sa propre main la formule habituelle de prière et de consécration.&#13;
Sainte Marie, Mère de Dieu et Vierge, moi, François, je te choisis comme&#13;
maîtresse, protectrice et avocate, et je décide fermement et me propose de&#13;
ne jamais t’abandonner ni de ne jamais dire ou faire quoi que ce soit contre&#13;
toi et de permettre que quelque chose ne soit jamais accompli contre ton&#13;
honneur par mes subordonnés. Je te supplie donc, reçois-moi comme ton&#13;
- 395 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XL-2&#13;
&#13;
serviteur à jamais, assiste-moi dans toutes mes actions et ne m’abandonne&#13;
pas à l’heure de la mort. Amen.&#13;
François de Laval, évêque de Québec.&#13;
[Deux dates sont inscrites en dessous :]&#13;
2 février 1634&#13;
2 février 1673.&#13;
&#13;
- 396 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLI&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XLI&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XLI&#13;
Divers textes sur le culte de la sainte Famille émis par le Serviteur de Dieu&#13;
au Canada, 1665-1692&#13;
Nous reproduisons dans cette section divers documents concernant la dévotion à&#13;
la sainte Famille publiés au Canada par le Serviteur de Dieu.&#13;
Notons d’abord que le culte de la sainte Famille, très répandu au Canada à cette&#13;
époque, ne fut pas introduit par le Serviteur de Dieu, comme certains l’ont&#13;
suggéré : il était établi depuis les premiers temps de la colonie. Toutefois,&#13;
Mgr de Laval, faisant preuve d’une intense dévotion envers la sainte Famille, peut&#13;
à juste titre être considéré comme l’un de ses principaux promoteurs par le zèle&#13;
qu’il déploya pour l’étendre à tout son diocèse, comme le pape Léon XIII le mit&#13;
en lumière dans sa lettre apostolique Neminem Fugit du 15 juin 1892 (no 8).&#13;
Il commença par instituer à Québec une confrérie destinée aux femmes, dans le&#13;
but de promouvoir la sainteté de chaque membre de la famille (nos 1 et 5) ; il&#13;
consacra ensuite son Séminaire à la sainte Famille (no 3) et en fit faire une estampe&#13;
dans le but de distribuer des images pieuses à travers son diocèse (no 7). Selon un&#13;
récit bien connu à Québec, on exposa un tableau de la sainte Famille au sommet&#13;
du clocher de la cathédrale durant le siège des Britanniques en 1690, à la requête&#13;
du Serviteur de Dieu. La libération de la ville fut ainsi attribuée à une protection&#13;
spéciale de la sainte Famille envers le Canada (Gosselin, Le vénérable François&#13;
de Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923,&#13;
p. 357).&#13;
Notons ensuite que le Serviteur de Dieu, dans son ingénieuse piété, voulut unir à&#13;
cette dévotion celle des saints anges, qui servirent Jésus et Marie sur cette terre,&#13;
et les offrir comme modèles à tous ceux qui devaient, d’une manière ou d’une&#13;
autre, être les serviteurs des autres.&#13;
Enfin, la meilleure manifestation de l’amour du Serviteur de Dieu pour la sainte&#13;
Famille fut la promesse d’instituer une fête avec office et messe. Toutefois, dans&#13;
l’étude des vertus du Serviteur de Dieu, l’établissement de cette fête causa des&#13;
difficultés, car on ne put prouver qu’il avait demandé l’approbation des textes&#13;
liturgiques de l’office et de la messe au Saint-Siège. Ce problème fut soulevé par&#13;
le promoteur de la foi dans la Positio Super Virtibus, 1911, vol. 2, no 33, p. 32-33,&#13;
et à nouveau dans les Nouvelles objections du 28 mai 1912 (Nova Positio Super&#13;
Virtibus, Novae Animadversiones, no 58, p. 38-39). Les avocats, connaissant la&#13;
profonde dévotion du Serviteur de Dieu envers la sainte Famille et sur la&#13;
sollicitude habituelle qu’il démontrait à s’adresser à Rome dans toutes ses&#13;
difficultés, conclurent que, malgré l’absence de témoignages directs le&#13;
démontrant, Mgr de Laval avait certainement dû l’avoir demandée (Nova Positio&#13;
Super Virtibus, Responsio Ad Novas Animadversiones, nos 197-201, p. 232-236)&#13;
Le promoteur de la foi a jugé cette réponse valable, puisqu’il ne reprit pas cette&#13;
objection dans ses Autres nouvelles objections du 2 juillet 1918.&#13;
Cependant, la lecture de documents trouvés lors de nos recherches, alors inconnus&#13;
des précédentes positiones, nous pousse à reconnaître que cette approbation de&#13;
l’office et de la messe de la Sainte-Famille ne fut en fait jamais demandée par le&#13;
Serviteur de Dieu. Toutefois, selon nous, ceci ne constitue pas une objection&#13;
tangible à ses vertus, si l’on explique les circonstances historiques et les opinions&#13;
des canonistes de l’époque.&#13;
- 397 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLI&#13;
&#13;
D’abord, l’autorité des ordinaires en matière de liturgie était, à l’époque, du moins&#13;
en théorie, beaucoup plus grande qu’aujourd’hui : par exemple, un évêque&#13;
pouvait, pour raisons particulières, supprimer l’obligation du précepte festif pour&#13;
certaines fêtes. Ainsi, Mgr de Laval émit un décret le 3 décembre 1667, par lequel&#13;
était levée l’obligation du repos festif pour les fêtes de Saint-Marc, Saint-Barnabé,&#13;
Sainte-Marie-Madeleine, Saint-Luc et Saint-Martin, suivant en cela le désir&#13;
général de son clergé et de ses diocésains ; à la place, une obligation fut imposée&#13;
pour les fêtes de Sainte-Anne et de Saint-François-Xavier, tous deux patrons du&#13;
Canada (Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 58, no 61). De plus,&#13;
selon certains canonistes du 17e siècle (no 6), l’ordinaire avait l’autorité d’instituer&#13;
quelques fêtes dans des cas particuliers, comme le fit justement Mgr de Laval pour&#13;
la fête de la Sainte-Famille.&#13;
Toutefois, pour l’introduction de nouveaux textes liturgiques, messes et offices&#13;
particuliers, une approbation de la Sacrée congrégation des rites (aujourd’hui la&#13;
Congrégation pour la Cause des saints) était sans doute exigée : un décret de cette&#13;
Congrégation, daté de 1641, défendait de dire des messes et des offices sans la&#13;
permission du Saint-Siège. Le Serviteur de Dieu ne pouvait ignorer ce décret,&#13;
reproduit au début du missel et du bréviaire romain qu’il utilisait ; d’où l’objection&#13;
évidente du promoteur de la foi au fait que Mgr de Laval ait introduit dans son&#13;
Église l’office et la messe de la Sainte-Famille sans en avoir au préalable demandé&#13;
l’approbation.&#13;
Malgré cela, des canonistes de l’époque enseignaient que la simple intention d’un&#13;
évêque de demander une telle approbation pontificale était suffisante à la création&#13;
dans son diocèse d’un nouvel office et d’une messe, parce qu’il pouvait le faire&#13;
ad tempus 246 (no 6). La conduite du Serviteur de Dieu répond tout à fait à ce&#13;
principe : nous savons qu’il en a eu l’intention dès le début de son épiscopat, mais&#13;
maintes circonstances extraordinaires, que nous estimons utile de rappeler&#13;
brièvement, l’en ont empêché.&#13;
Quelque temps après l’érection de la Confrérie de la Sainte-Famille (no 1) et la&#13;
concession pour celle-ci d’une indulgence plénière pour le deuxième dimanche&#13;
après l’Épiphanie par le pape Alexandre VII en 1665 (Archives de l’archidiocèse&#13;
de Québec, Registre A, p. 46, no 41), suivant le désir du clergé de Québec et du&#13;
peuple canadien, Mgr de Laval accorda la faculté de célébrer en ce dimanche une&#13;
fête spéciale en honneur de la sainte Famille et d’y dire l’office et la messe de&#13;
l’Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie, qui étaient approuvés par le&#13;
Saint-Siège et en usage à l’époque.&#13;
Quinze ans plus tard, vers 1682, il décida de pourvoir cette fête d’un office et&#13;
d’une messe propres et chargea deux prêtres du Séminaire de Québec, les abbés&#13;
de Bernières et des Maizerets, et deux jésuites, les PP. Dablon et Bouvart, de les&#13;
composer ; mais dans l’esprit de Mgr de Laval, ces textes n’étaient pas définitifs,&#13;
puisqu’il désirait les présenter à des théologiens spécialistes en France à la&#13;
première occasion, afin d’y apporter les modifications nécessaires. Entre-temps,&#13;
il autorisa une utilisation temporaire de cette liturgie, avec l’intention de&#13;
demander l’approbation à la Sacrée congrégation des rites dès que ces textes&#13;
seraient coulés. Nous croyons que lors de son voyage en France en 1685 pour&#13;
remettre sa démission au roi, Mgr de Laval s’en occupa certainement ; mais le&#13;
travail de révision traîna tellement qu’il ne fut complété qu’après sa démission,&#13;
&#13;
246&#13;
&#13;
NDLR : pour un temps.&#13;
- 398 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLI&#13;
&#13;
en 1688. Ainsi, l’obligation de demander l’approbation au Saint-Siège passa à son&#13;
successeur, qui, pour plusieurs raisons, n’y donna pas suite.&#13;
Les supérieur et directeurs du Séminaire de Québec conservèrent toutefois le désir&#13;
de l’obtenir et, assistés par l’abbé Tremblay, leur procureur à Paris, ils entamèrent&#13;
une démarche en 1699. Celle-ci fut sans doute connue du Serviteur de Dieu. En&#13;
juin 1699, M. Tremblay leur répondit : « Je vois actuellement quelques difficultés&#13;
de demander à Rome l’approbation de la [fête de la] Sainte-Famille. Il faudrait&#13;
que ce fût l’évêque de Québec [Mgr de Saint-Vallier] qui en fit la demande et&#13;
Monseigneur paraît froid là-dessus. » (Lettre citée dans Faillon, Histoire de la&#13;
colonie française en Canada, Ville-Marie, 1865, vol. 3, p. 547.)&#13;
Nous pensons que cette tiédeur de Mgr de Saint-Vallier à ce sujet proviendrait des&#13;
difficultés nées entre le Séminaire de Québec et lui. En contrecoup, ces différends&#13;
refroidirent sa relation avec le Serviteur de Dieu et le rendirent moins zélé par les&#13;
initiatives que son prédécesseur avait prises. Quelle que soit la raison,&#13;
Mgr de Saint-Vallier ne fit pas la demande d’approbation à Rome au début de son&#13;
épiscopat. Puis, il fut fait prisonnier en Angleterre de 1704 à 1713 et lorsqu’il&#13;
revint au Canada, après huit ans d’absence, le Serviteur de Dieu était décédé et la&#13;
question de l’approbation de l’office et de la messe de la Sainte-Famille sombra&#13;
dans l’oubli.&#13;
La question ne fut reprise qu’en 1820 : dans une lettre du 15 mars 1862,&#13;
l’abbé Brassard, curé de la paroisse de la Conversion-de-Saint-Paul, du diocèse&#13;
de Montréal (Archives de la Sacrée congrégation des rites, Positiones, an. 1862),&#13;
écrit qu’en 1820 et en 1855, deux suppliques furent présentées au Saint-Siège pour&#13;
l’obtention de la messe et de l’office de la Sainte-Famille, la première par l’évêque&#13;
de Montréal, Mgr Plessis, et la seconde par l’archevêque de Québec, Mgr Turgeon.&#13;
L’approbation fut définitivement accordée en 1865 dans deux décrets de la Sacrée&#13;
congrégation des rites : l’un est daté du 23 mars 1865 pour le diocèse de Montréal&#13;
(Archives de la Sacrée congrégation des rites, Decreta, an. 1865, fo 166A.), par&#13;
lequel on déduit que la messe et l’office ne furent jamais approuvés « sans&#13;
cependant qu’aucune trace de concession n’apparaisse » ; et l’autre est du 1er juin&#13;
1865 pour l’archidiocèse de Québec et pour les autres diocèses du Canada (Ibid.,&#13;
fo 298).&#13;
Cette simple exposition chronologique des faits et des circonstances suffira, il&#13;
nous semble, pour clarifier la conduite du Serviteur de Dieu dans toute cette&#13;
question. Si nous nous en tenons simplement à la sentence des canonistes de&#13;
l’époque, elle ne peut être censurée. Hors de tout doute, Mgr de Laval a agi avec&#13;
les meilleures intentions et la plus grande rectitude, guidé uniquement par sa piété&#13;
et son désir d’être utile au bien spirituel de son clergé et de son diocèse par&#13;
l’introduction d’une telle fête.&#13;
Nous dressons ici la liste des documents publiés dans ce dossier :&#13;
1° 14 mars 1665 : décret du Serviteur de Dieu érigeant la Confrérie de la&#13;
Sainte-Famille&#13;
2° 1665, extrait des règlements de la Confrérie&#13;
3° Décembre 1677 : extrait du journal du Séminaire de Québec&#13;
&#13;
- 399 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-1&#13;
&#13;
4° 4 décembre 1684 : décret du Serviteur de Dieu instituant la fête de la&#13;
Sainte-Famille dans le diocèse de Québec&#13;
5° 1688 : extrait de l’autobiographie du P. Chaumonot, jésuite&#13;
6° 1689 : extrait d’une apologie de l’institution de la fête et de l’office&#13;
propre de la Sainte-Famille dans le diocèse de Québec&#13;
7° 1742 : inscription d’un cadre de la Sainte-Famille&#13;
8° 14 juin 1892 : extrait de la lettre apostolique du pape Léon XIII&#13;
Neminem fugit&#13;
DOC. XLI-1. DÉCRET DE LAVAL ÉRIGEANT LA CONFRÉRIE DE LA SAINTE-FAMILLE (14 MARS 1665)&#13;
&#13;
Doc. XLI-1&#13;
Décret du Serviteur de Dieu érigeant la Confrérie de la Sainte-Famille,&#13;
14 mars 1665, d’après la copie collationnée aux Archives de l’archidiocèse de&#13;
Québec, Registre A*, p. 41, no 37&#13;
Nous, François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, évêque de Pétrée,&#13;
vicaire apostolique en la Nouvelle-France, nommé par le roi premier&#13;
évêque dudit pays, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut en&#13;
Notre-Seigneur.&#13;
Ayant plu à la divine Providence nous charger de la conduite de cette&#13;
nouvelle Église, nous sommes obligé de veiller sans cesse au salut des âmes&#13;
qu’elle a confiées à nos soins ; ce qui nous aurait fait chercher des moyens&#13;
pour inspirer une véritable et solide piété à toutes les familles chrétiennes,&#13;
à quoi nous désirons travailler avec d’autant plus de fidélité que nous&#13;
savons qu’elles doivent, selon les desseins de Dieu, servir à la conversion&#13;
des infidèles de ce pays par l’exemple d’une vie irréprochable.&#13;
Dans cette vue, nous n’avons pas estimé pouvoir faire choix d’un moyen&#13;
plus efficace et plus solide pour le salut et la sanctification de toutes sortes&#13;
de personnes que de leur imprimer vivement dans le cœur un amour&#13;
véritable et une dévotion spéciale, tant envers la Très Sainte et Très Sacrée&#13;
Famille de Jésus, Marie et Joseph, qu’à l’égard de tous les saints anges. Il&#13;
semble que Dieu ait pris plaisir à rendre lui-même cette dévotion&#13;
recommandable en plusieurs villes d’Europe, dans ces dernières années,&#13;
&#13;
- 400 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-1&#13;
&#13;
par quelques événements qui tiennent quelque chose du miracle, pendant&#13;
qu’il donnait en Canada de très fortes inspirations à beaucoup de bonnes&#13;
âmes de se dévouer au culte de cette sainte Famille et de nous prier&#13;
instamment, pour rendre la chose plus stable et plus utile, d’établir dans&#13;
Québec et autres lieux de notre juridiction quelques assemblées de femmes&#13;
et de filles, où on les instruirait plus en détail des choses qu’elles sont&#13;
obligées de savoir pour vivre saintement dans leur condition, à l’exemple&#13;
de la sainte Famille, qu’elles se proposent pour modèle avec les saints&#13;
anges.&#13;
Nous, à ces causes, pour procurer la plus grande gloire de Dieu et le plus&#13;
grand bien des âmes et spécialement pour le grand désir que nous avons de&#13;
graver et accroître, autant qu’il est en notre pouvoir, dans les cœurs de tous&#13;
les peuples que Dieu, par sa divine providence, a commis à notre conduite,&#13;
l’amour et la dévotion envers cette sacrée Famille de Jésus, Marie et Joseph&#13;
et les saints anges, permettons, agréons et approuvons lesdites assemblées&#13;
être faites à Québec et tous autres lieux de notre juridiction, pour être&#13;
lesdites assemblées tout unies à celles de notre principale résidence, sous la&#13;
conduite des ecclésiastiques faisant les fonctions curiales ou autres à notre&#13;
choix, lesquels nous exhortons et tous ceux qui sont appliqués aux saints&#13;
ministères d’inspirer et augmenter, autant qu’il sera en eux, l’amour et la&#13;
dévotion envers ladite sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph et des saints&#13;
anges comme étant une source inépuisable de grâces et de bénédictions,&#13;
pour toutes les âmes qui y auront une sincère confiance et de contribuer de&#13;
tout leur pouvoir à l’établissement, progrès et perfection desdites&#13;
assemblées. Et afin de rendre cette association plus permanente et plus&#13;
solide, nous avons bien voulu nous-même dresser les règlements que nous&#13;
voulons y être observés, sans qu’il soit permis à qui que ce soit d’y rien&#13;
ajouter, retrancher ou changer sans notre permission.&#13;
Donné à Québec, en notre demeure ordinaire, sous notre sceau et seing de&#13;
notre secrétaire, le 14e de mars 1665,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
&#13;
- 401 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
DOC. XLI-2. RÈGLES ET CONSTITUTIONS DE LA CONFRÉRIE DE LA SAINTE-FAMILLE PAR LAVAL (MARS 1665)&#13;
&#13;
Doc. XLI-2&#13;
rédigées par le Serviteur de Dieu pour la Confrérie&#13;
Règles et&#13;
de la Sainte-Famille, 1665, d’après les Mandements des évêques de Québec,&#13;
Québec, 1887, vol. 1, p. 56-58&#13;
constitutions 247&#13;
&#13;
Règlements de la Confrérie des femmes établie en l’église de&#13;
Notre-Dame de Québec sous le titre de la sainte Famille de Jésus,&#13;
Marie et Joseph et des saints anges&#13;
&#13;
Chapitre 1&#13;
Du dessein et de la fin de cette Confrérie&#13;
Le dessein et la fin de cette dévotion est d’honorer la sainte Famille de Jésus,&#13;
Marie et Joseph et des saints anges et de régler les ménages chrétiens sur&#13;
l’exemple de cette sainte Famille, qui doit être le modèle de toutes les&#13;
autres ; de sanctifier les mariages et les familles ; d’en exclure le péché,&#13;
particulièrement celui de l’impureté, cette peste des mariages, qui est la&#13;
source de tant de maux et qui peuple la terre et les enfers d’enfants de Satan&#13;
qui blasphémeront toute l’éternité leur Créateur ; d’y établir les vertus&#13;
chrétiennes, particulièrement la chasteté, l’humilité, la douceur, la charité,&#13;
l’union des cœurs, la patience dans les tribulations et, par ce moyen, de&#13;
peupler la terre et le ciel d’enfants de Dieu qui loueront éternellement leur&#13;
Père céleste.&#13;
C’est ce que procureront les bons et saints mariages, suivant ce que nous&#13;
enseigne Notre-Seigneur qu’un bon arbre ne peut produire de mauvais&#13;
fruits. C’est à cela que doivent tendre et contribuer toutes les âmes dévotes&#13;
à la sainte Famille, comme le moyen le plus efficace pour la faire honorer.&#13;
NDLR : L’introduction originale de l’abbé Demers stipule qu’il ne transcrivait que les&#13;
deux premiers chapitres des constitutions de la Confrérie de la Sainte-Famille, qui montrent&#13;
le zèle de Mgr de Laval pour la sanctification des familles chrétiennes. Il avait omis les&#13;
autres parties, car elles réfèrent plutôt à des questions de simple administration de la&#13;
Confrérie et n’étaient pas nécessaires pour la Positio de 1956. Il en incluait tout de même&#13;
la table des matières.&#13;
247&#13;
&#13;
- 402 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
Chapitre 2&#13;
De l’esprit de cette Confrérie&#13;
L’esprit de cette Confrérie consiste à imiter les sacrées personnes qui&#13;
composent la sainte Famille, chacun selon son état et sa condition. Les&#13;
femmes auront un soin particulier d’imiter la Sainte Vierge, qu’elles auront&#13;
toujours devant les yeux comme le modèle de leurs actions et la&#13;
considéreront comme leur supérieure et la règle de leur perfection, étant&#13;
assurées qu’elles seront de la sainte Famille autant qu’elles imiteront de&#13;
plus près ses vertus.&#13;
Les principales qu’elles doivent se proposer sont les suivantes :&#13;
1° envers Dieu : la crainte de l’offenser ; la promptitude dans&#13;
les choses où il va de son honneur et de son service ; une&#13;
grande soumission et conformité à sa volonté dans les&#13;
accidents les plus fâcheux ; un profond respect pour toutes les&#13;
choses saintes ;&#13;
2° envers le mari : un amour sincère et cordial qui fasse qu’on&#13;
ait un grand soin de tout ce qui le regarde selon le temporel&#13;
et le spirituel, tâchant toujours de le gagner à Dieu par prières,&#13;
bons exemples et autres moyens convenables ; le respect,&#13;
l’obéissance, la douceur et la patience à souffrir ses défauts et&#13;
ses mauvaises humeurs ;&#13;
3° à l’égard des enfants : un grand soin de les élever dans la&#13;
crainte de Dieu, de leur apprendre et de leur faire dire tous&#13;
les jours leurs prières ; leur inspirer un grand horreur du&#13;
péché ; ne leur souffrir rien où Dieu pourrait être offensé ; une&#13;
grande douceur à les corriger ; la patience à souffrir leurs&#13;
petites faiblesses, envisageant sans cesse dans leurs personnes&#13;
celle de l’Enfant-Jésus, dont ils sont les images vivantes ;&#13;
garder la netteté et la propreté dans leurs habits, évitant les&#13;
ajustements qui ne servent qu’à nourrir la vanité des parents&#13;
et à l’inspirer aux enfants ;&#13;
- 403 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
4° à l’égard des serviteurs : faire son possible pour qu’ils&#13;
évitent le péché et pour les rendre affectionnés au service de&#13;
Dieu ; ne pas permettre qu’ils prononcent de mauvaises&#13;
paroles ; les envoyer à [la] confesse, au sermon, surtout au&#13;
catéchisme, autant que faire se pourra ; leur payer exactement&#13;
leurs gages ; ne leur point donner occasion de murmurer et&#13;
d’offenser Dieu, mais les traiter avec amour ;&#13;
5° envers le prochain : la charité, la patience, la douceur,&#13;
l’humilité et tâcher de le gagner à Dieu en le retirant du péché&#13;
par les bons discours et les bons exemples, qui persuadent&#13;
plus efficacement que les paroles ;&#13;
6° à l’égard du ménage : un grand soin et une grande&#13;
vigilance, prenant garde que rien ne se perde ni se gâte par sa&#13;
faute, et une propreté sans affectation ;&#13;
7° à l’égard de soi-même : l’humilité, la douceur, la chasteté ;&#13;
la tempérance dans le boire et le manger ; la modestie et la&#13;
tenue en paroles ; la simplicité en les habits, y gardant la&#13;
propreté et y évitant la vanité et ce qui excède l’état et la&#13;
condition ; enfin, un très grand soin de retrancher tout ce que&#13;
l’on connaîtra être déplaisant à Dieu et ce qui ne sera pas&#13;
conforme à l’esprit de la sainte Famille, se disant souvent à&#13;
soi-même : comment est-ce que la Sainte Vierge agissait en&#13;
cette occasion ? faisait-elle cela ? parlait-elle ? s’habillait-elle&#13;
de cette sorte ?&#13;
Cette imitation est tellement essentielle que si elle manquait, l’on ne serait&#13;
pas véritablement de la sainte Famille, quoique l’on fît tout le reste ; et au&#13;
contraire, quand l’on omettrait le reste, pourvu que ce ne fût ni par mépris&#13;
ni par négligence, l’on serait encore de cette auguste Famille, et ce, d’autant&#13;
plus qu’on imiterait de plus près les vertus que l’on y remarque ; et pour&#13;
rendre cette imitation parfaite, l’on doit considérer dans la personne du&#13;
mari celle de saint Joseph, dans celle de la femme la Sainte Vierge, dans les&#13;
enfants l’Enfant-Jésus, dans les serviteurs les saints anges et chacun se doit&#13;
&#13;
- 404 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
proposer d’imiter principalement la personne qu’il représente pour rendre&#13;
une sainte Famille accomplie.&#13;
Chapitre 3&#13;
Des pratiques&#13;
1° Elles auront dans leurs maisons quelque image de la sainte Famille, devant&#13;
laquelle elles feront leurs prières soir et matin à genoux et renouvelleront tous les&#13;
jours la donation et la consécration qu’elles lui ont faites d’elles-mêmes, de leur&#13;
mari, de leurs enfants et de toutes leurs familles et encourageront, tant qu’elles&#13;
pourront, leur mari à faire de même.&#13;
2° Elles y auront recours en toutes leurs nécessités, afflictions, tentations et dans&#13;
toutes les occasions où elles auront besoin de l’assistance du Ciel, demandant avec&#13;
confiance, étant assurées d’obtenir ce qu’elles demanderont par l’intercession de&#13;
la sainte Famille, qui est l’objet des complaisances du Père Éternel, qui ne lui peut&#13;
rien refuser.&#13;
3° Elles réciteront tous les jours le chapelet en commun dans leurs maisons, ou en&#13;
particulier quand elles ne pourront le faire en commun, en l’honneur de Jésus et&#13;
Marie et Joseph et elles se souviendront d’offrir cette prière pour remercier la Très&#13;
Sainte Trinité des grâces qu’elle a faites à l’humanité sainte de Jésus et aux deux&#13;
autres personnes sacrées, spécialement durant les 30 années qu’elles ont vécu&#13;
ensemble, et pour demander, par leur intercession, le progrès et l’avancement et&#13;
les grâces nécessaires pour toutes les personnes qui ont recours à la sainte Famille.&#13;
4° Elles entendront la sainte messe tous les jours, autant que faire se pourra, sans&#13;
préjudice de l’obligation qu’elles ont de prendre soin de leur ménage ; et n’y&#13;
pouvant assister, elles le feront au moins d’esprit, se souvenant de l’offrir pour les&#13;
fins marquées en l’article précédent.&#13;
5° Elles tâcheront d’avoir quelque livre de dévotion qu’elles liront ou feront lire&#13;
tous les jours, autant qu’il sera possible, en présence des enfants et des&#13;
domestiques.&#13;
&#13;
- 405 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
6° Elles feront leur possible pour assister aux assemblées qui se tiendront deux fois&#13;
par mois et ne le pouvant faire, il est à propos qu’elles en donnent avis à celui qui&#13;
en a la conduite pour prouver que ce n’est ni par mépris, ni par négligence qu’elles&#13;
ont été absentes.&#13;
7° Les fêtes et dimanches, elles assisteront au service divin et auront soin surtout&#13;
que leurs enfants et leurs domestiques y assistent et aillent au catéchisme, le tout&#13;
autant qu’il pourra se faire.&#13;
8° Elles se confesseront tous les mois et aux grandes fêtes de l’année, tant qu’il&#13;
sera possible ; elles tâcheront de se bien faire connaître à leur confesseur, sachant&#13;
que de là dépend leur avancement spirituel ; et elles communieront aux mêmes&#13;
jours, ou plus souvent, si c’est l’avis de leur confesseur, à qui elles seront très&#13;
soumises pour tout ce qui concerne leurs consciences.&#13;
9° Elles seront soigneuses de gagner les indulgences accordées à la Confrérie.&#13;
10° Quand il y aura des malades dans ladite Confrérie, elles les assisteront, autant&#13;
qu’il sera en leur pouvoir et que la charité le requerra, et feront pour elles quelques&#13;
prières à la sainte Famille à leur dévotion ; se considérant comme sœurs, n’ayant&#13;
toutes qu’un même père et une même mère, Jésus et Marie, qui les ont&#13;
engendrées par amour, les ont unies ensemble par le même amour et dans le&#13;
même amour.&#13;
11° Quand une d’entre elles sera morte, elles feront une communion à son&#13;
intention, entendront une messe, réciteront une fois le chapelet et assisteront, si&#13;
elles le peuvent, à son enterrement, ainsi qu’à la messe que la Confrérie fera dire&#13;
pour le repos de son âme.&#13;
12° Elles feront paraître leur piété dans les temps auxquels l’Église porte tous les&#13;
chrétiens à une dévotion extraordinaire, comme en celui de la Passion de NotreSeigneur Jésus-Christ, lorsqu’il y a des Quarante-heures, aux fêtes particulières et&#13;
spécialement au temps du carnaval, où Dieu est plus offensé qu’à l’ordinaire ; en&#13;
outre, elles s’éloigneront des plaisirs mondains et profanes et dans les relations&#13;
indispensables avec la société où elles vivent, elles observeront la modestie&#13;
chrétienne dans leurs vêtements et toute leur conduite, se proposant pour modèle&#13;
Jésus, Marie et Joseph, qui doivent être l’exemple de toutes leurs actions.&#13;
&#13;
- 406 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
13° Elles auront une dévotion spéciale à tous les saints qui appartiennent, ou qui&#13;
ont été particulièrement dévots à la sainte Famille, ainsi qu’à la sainte du mois qui&#13;
leur sera échue comme patronne et comme proposée dans la sentence qui leur&#13;
sera donnée ; et elles feront leur possible pour entendre la messe les jours de leur&#13;
fête ou pour suppléer par la prière ou par quelques pratiques de vertu.&#13;
14° Tous les ans, le 23 de janvier, pour célébrer la mémoire du saint mariage de la&#13;
Sainte Vierge avec saint Joseph, fête principale de la sainte Famille, ou le troisième&#13;
dimanche d’après Pâques, auquel jour il y a indulgence plénière, l’on fera la&#13;
rénovation, à laquelle on se disposera par quelques pratiques particulières de&#13;
dévotion, 15 jours auparavant, pour faire cette action avec plus de ferveur.&#13;
Chapitre 4&#13;
Des qualités requises en celles que l’on doit admettre dans la Confrérie&#13;
Celles qui seront admises dans la Confrérie doivent avoir les qualités suivantes :&#13;
1° une dévotion et une tendresse particulières envers les personnes&#13;
sacrées qui composent la sainte Famille ;&#13;
2° n’être point scandaleuses et si elles l’avaient été, avoir&#13;
auparavant réparé entièrement tous les scandales qu’elles auraient&#13;
pu donner par un véritable et total changement de vie ;&#13;
3° avoir une bonne volonté de se corriger de tous ses défauts et&#13;
d’être pour cet effet dociles aux avertissements qu’on pourrait leur&#13;
donner ;&#13;
4° disposées à assister, au moins de temps en temps, aux&#13;
assemblées et aux instructions.&#13;
Ces qualités suffisent, par la raison que la Confrérie de la Sainte Famille est plutôt&#13;
pour celles qui désirent travailler efficacement à se perfectionner que pour les&#13;
parfaites. Et l’on n’en rejettera aucune, quelque grande pécheresse qu’elle puisse&#13;
avoir été, pourvu toutefois qu’elle ait les qualités susdites ; la sainte Famille étant&#13;
la Famille de Jésus, qui n’est pas venu pour appeler les justes, mais les pécheurs, et&#13;
qui dit que si quelqu’un vient à lui, il ne le rejettera point.&#13;
Pour reconnaître si celles qui postulent ont les qualités susdites, on les différera&#13;
autant de temps que l’on jugera à propos, avant que de les admettre aux&#13;
assemblées. Cependant, on les avertira de tous leurs défauts et des choses qu’il y&#13;
- 407 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
a à faire et l’on reconnaîtra, par leur persévérance, leur fidélité à se corriger et&#13;
l’amendement de leur vie, quand elles seront assez disposées ; que si on ne les&#13;
jugeait pas dignes, l’on ne les rebutera pas pour cela, mais on leur fera entendre&#13;
qu’elles ont des défauts incompatibles avec la sainte Famille, qu’elles doivent&#13;
retrancher avant que d’y être admises.&#13;
Ces défauts incompatibles sont : toute habitude de péché mortel et occasion de&#13;
péché mortel qui est volontaire ; tout défaut un peu notable contre la chasteté ; la&#13;
traite des boissons sans licence ; l’intempérance dans le boire ; l’habitude de dire&#13;
des paroles impures et à double entente, de médisance, de jurement,&#13;
d’imprécation et autres semblables ; la vanité dans les habits, excédant son état et&#13;
sa condition ; l’esprit de discorde ; la désobéissance à son mari ; la division dans le&#13;
ménage venant par sa faute ; la mauvaise éducation des enfants ; la négligence au&#13;
service de Dieu, à assister au service Divin, à faire les prières en sa famille ; l’esprit&#13;
d’avarice, d’arrogance et de superbe, dont on donne des marques au dehors ; la&#13;
négligence du soin de son ménage, de ses enfants et de ses domestiques quant au&#13;
spirituel et au temporel, ne veillant pas sur eux, ne leur payant pas leurs gages ; et&#13;
autres vices semblables, contraires à l’esprit de la sainte Famille et spécialement&#13;
ceux qui portent avec eux quelque scandale et quelque mauvais exemple.&#13;
Chapitre 5&#13;
Des dispositions nécessaires à celles qu’on doit recevoir&#13;
1° Il faut qu’elles aient été proposées d’abord dans une assemblée ordinaire, puis&#13;
admises par le conseil, après un mois d’épreuves.&#13;
2° Il faut qu’elles aient travaillé à corriger les défauts auxquels elles étaient sujettes&#13;
et dont elles auront été averties.&#13;
3° Il faut qu’elles soient bien instruites des règles et de tout ce qui regarde la&#13;
Confrérie de la Sainte-Famille, de leurs obligations envers leur mari, leurs enfants,&#13;
leurs serviteurs, leur ménage et de leurs autres devoirs.&#13;
4° Si une personne, après avoir fait son mois d’épreuves, n’avait pas toutes ces&#13;
conditions, on la différerait et on lui en ferait entendre la cause, ce qui lui serait un&#13;
motif de se corriger et un aiguillon pour l’exciter à mieux faire ; on se gardera bien&#13;
surtout d’en recevoir par quelques considérations humaines, que l’on ne jugerait&#13;
pas dignes ; ce qui serait détruire, au lieu d’édifier.&#13;
- 408 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
Chapitre 6&#13;
Du mode de la réception dans la Confrérie&#13;
Celles qui devront être reçues seront averties 15 jours auparavant pour qu’elles s’y&#13;
disposent de leur mieux ; ce qu’elles feront par quelques petites considérations&#13;
qu’on leur pourra donner. Pour cet effet, elles auront soin de voir celui qui aura la&#13;
conduite des assemblées, pour lui demander quelques instructions et surtout, elles&#13;
feront paraître la grande estime qu’elles en font dans leur cœur. Comme il n’y a&#13;
rien de plus opposé à la sainteté de la sainte Famille que le péché, aussi feront-elles&#13;
toute diligence pour purifier leur cœur entièrement.&#13;
Pour cet effet, elles feront une confession générale de toute leur vie, si elles n’en&#13;
ont encore faite ; ou une revue depuis leur dernière confession générale, si elles en&#13;
ont déjà faite ; prenant de fermes résolutions de ne plus donner entrée au péché&#13;
dans leurs âmes ; étant assurées qu’il n’y a que le péché seul qui les puisse rendre&#13;
indignes de la protection de la sainte Famille. Le jour de leur réception elles&#13;
communieront, réciteront l’oraison plus de cœur que de bouche, tenant un cierge&#13;
allumé et se consacrant entièrement, elles et toute leur famille, à Jésus, Marie,&#13;
Joseph et aux saints anges ; l’on dira ensuite neuf fois le Gloria Patri, après le&#13;
Laudate Dominum omnes gentes, avec le verset et l’oraison propre, en action de&#13;
grâces de l’établissement et du progrès de cette dévotion.&#13;
Chapitre 7&#13;
Des raisons pour lesquelles on sera exclu de la Confrérie&#13;
Comme il est quelquefois nécessaire pour la santé et la conservation du corps d’en&#13;
retrancher un membre gâté, aussi est-il expédient d’exclure des assemblées celles&#13;
qui s’en rendraient indignes et qui par leur mauvaise conduite pourraient porter&#13;
préjudice à la sainte Famille, qui rejette tout ce qui est contraire à la sainteté.&#13;
Les raisons pour lesquelles on sera exclu des assemblées sont les péchés de&#13;
scandale, spécialement contre la chasteté, la traite des boissons sans licence,&#13;
l’intempérance scandaleuse dans le boire, les inimitiés publiques, le divorce d’avec&#13;
le mari, provenant de la faute de la femme, le mépris de la sainte Famille, ou&#13;
négligence affectée d’assister aux assemblées ; et autres péchés scandaleux qui&#13;
pourraient décrier la Confrérie et faire tort aux bonnes âmes ; mais non des vices&#13;
secrets et cachés, qui n’éclatent point au dehors.&#13;
&#13;
- 409 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
Avant que d’en venir à cette extrémité, l’on donnera tous les avis nécessaires et&#13;
l’on usera de toutes sortes de voies possibles pour ramener dans le droit chemin&#13;
les personnes qui s’en égarent ; l’on ne se servira de ce remède qu’après avoir&#13;
éprouvé tous les autres et pour lors on priera la personne de s’absenter, lui&#13;
donnant néanmoins espérance de retour, quand elle se sera corrigée et aura&#13;
réparé les scandales qu’elle aura donnés, par un total changement de vie. Si une&#13;
personne avait fait une faute très scandaleuse, malgré qu’elle se reconnaîtrait, il&#13;
serait néanmoins nécessaire de la priver des assemblées pour quelque temps, afin&#13;
de lui donner horreur de sa faute et pour conserver la bonne réputation de la sainte&#13;
Famille.&#13;
Chapitre 8&#13;
Du conseil et des officiers&#13;
Le conseil sera composé de cinq personnes ou plus, selon que les assemblées&#13;
seront nombreuses, et ces personnes seront nommées et changées par celui qui&#13;
en aura la direction, lorsqu’il le jugera convenable.&#13;
La Sainte Vierge sera reconnue pour supérieure et la première assistante en fera&#13;
les fonctions, avec subordination et sous la conduite de celui qui y présidera. La&#13;
seconde assistante suppléera au défaut de la première et lui aidera en tout ce qui&#13;
regarde le soin de l’assemblée. Elles se souviendront qu’elles doivent passer toutes&#13;
les autres eu ferveur, en vigilance, eu humilité, en pureté en bon exemple et dans&#13;
l’observation des règlements, puisque leur vie doit être la règle des autres.&#13;
La trésorière recevra tous les présents qui seront faits à la sainte Famille, qu’elle&#13;
mettra dans les armoires destinées à cet effet, dont elle aura une clé, et la première&#13;
assistante une autre, et en donnera avis à la prochaine assemblée du conseil. Elle&#13;
tiendra un mémoire de tous les meubles et autres choses avec les noms des&#13;
personnes qui les auront donnés et la première assistante en aura un double. Elle&#13;
tiendra un autre mémoire des dépenses et n’en fera aucune que par l’avis du&#13;
conseil et du directeur, à qui elle sera tenue de rendre compte tous les six mois,&#13;
ainsi que quand elle sortira de charge.&#13;
Ce sera toujours un prêtre qui présidera à toutes les assemblées, qui seront&#13;
ouvertes par le Veni Sancte, etc., et finiront par la conclusion ordinaire, Maria&#13;
Mater Gratiæ, etc. L’on convoquera le conseil, quand le directeur le jugera à&#13;
propos, à la suite de l’assemblée. Et l’on commencera d’abord par lire ce qui aura&#13;
- 410 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
été résolu dans la dernière assemblée, pour voir s’il a été exécuté. On proposera&#13;
ensuite les postulantes qui demandent d’assister aux assemblées et celles qui&#13;
devront être reçues. On avisera aux moyens de remédier aux désordres qui&#13;
pourraient se glisser et d’avancer de plus en plus le bien de la Confrérie.&#13;
On prendra bien garde de ne rien dire dans les assemblées qui puisse porter&#13;
préjudice à la réputation de personne ; que s’il était néanmoins nécessaire, pour le&#13;
bien de la sainte Famille de découvrir quelque défaut que la charité défendrait de&#13;
rendre public, on le fera savoir en particulier au directeur ; et l’on prendra bien&#13;
garde de ne rien dissimuler ou avancer par considération humaine, disant toujours&#13;
son avis bien sincèrement dans l’intérêt de la justice et de la charité, bannissant&#13;
toute affection particulière. Les conseillères seront fort secrètes à l’égard de toutes&#13;
les choses qui se diront dans les assemblées du conseil ; ce qui est absolument&#13;
requis : le manque de secret étant suffisant pour en exclure une personne.&#13;
Lorsqu’il y aura quelque chose de conséquence à terminer, l’on pourra appeler&#13;
dans le conseil quelques-unes des sœurs les plus capables de donner leurs avis avec&#13;
les conseillères, selon que celui qui en aura la conduite le jugera nécessaire. Le&#13;
principal soin des cinq officières sera de veiller sur les désordres qui pourraient se&#13;
glisser parmi celles qui seraient de la Sainte-Famille et d’y remédier s’il est possible ;&#13;
sinon, d’en avertir aux assemblées du conseil, si la chose est publique, ou du moins&#13;
d’en informer le directeur ; comme aussi de visiter les malades et de faire connaître&#13;
celles qui seraient dans la nécessité et qu’elles ne pourraient secourir dans leurs&#13;
besoins ; enfin, elles auront généralement soin de tout ce qui regarde le bon ordre&#13;
et le progrès de la Confrérie, qu’elles tâcheront de procurer en toutes les manières&#13;
possibles soit par elles-mêmes, soit par les autres.&#13;
Ordre des prières des assemblées 248&#13;
In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, Amen.&#13;
Veni, Sancte Spiritus,&#13;
Reple tuorum corda fidelium&#13;
Et tui amoris in eis ignem accende.&#13;
V : Emitte Spiritum tuum, et creabuntur.&#13;
R : Et renovabis faciem terrae.&#13;
Cette partie n’est pas dans les Règlements originaux de la Confrérie. Nous l’avons donc ajoutée&#13;
à partir du livre La solide dévotion à la très sainte famille, de iesus, marie et ioseph avec un&#13;
catéchisme qui enseigne à pratiquer leurs vertus, publié en 1675.&#13;
248&#13;
&#13;
- 411 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
Oremus :&#13;
Deus, qui corda fidelium Sancti Spiritus illustratione docuisti,&#13;
Da nobis in eodem Spiritu recta sapere,&#13;
Et de eius semper consolatione gaudere.&#13;
Per Christum Dominum nostrum. Amen.&#13;
On recite ensuite le chapelet de la sainte Famille, composé de trois dizaines, avec&#13;
la brève méditation&#13;
Sur les gros grains : l’on dit le Pater&#13;
Et sur les petits : Jesu, Maria, Joseph, Joachim et Anna succurrite nobis.&#13;
R : Sancta Trinitas unus Deus, meserere nobis.&#13;
Et Gloria Patri à la fin de chaque dizaine.&#13;
&#13;
Méditation des choses qu’on peut considérer&#13;
en récitant le chapelet de la sainte Famille&#13;
1° Souvenons-nous que la sainte Famille, où la Très Sainte Trinité prenait toutes ses&#13;
complaisances et sur laquelle elle versait la plénitude de ses grâces, était celle qui&#13;
était composée de Jésus, Marie et Joseph, à cause que tout péché en était banni et&#13;
que la paix et l’union y régnait aussi bien que la charité envers tous les hommes.&#13;
Quiconque veut attirer sur son ménage les miséricordes du ciel doit tâcher d’en&#13;
éloigner l’offense de Dieu et d’y faire régner la bonne intelligence et concorde&#13;
entre les domestiques, avec un esprit de douceur et de compassion à l’endroit du&#13;
prochain. C’est ce que nous demanderons à Dieu, par les mérites de Jésus, Marie&#13;
et Joseph, pour tous les enfants de leur sainte Famille, en récitant la première&#13;
dizaine.&#13;
2° Considérons quelles pouvaient être les intentions qu’avaient Notre-Dame et&#13;
saint Joseph en élevant le divin Enfant-Jésus : sans doute qu’elles ne tendaient qu’à&#13;
la gloire du Créateur et au soulagement du prochain ; sans doute que cette pensée&#13;
les y encourageait à tout moment. « Ah, disaient-ils, que la vie de notre aimable&#13;
enfant est chère et agréable à Dieu! Ah qu’elle lui apportera de gloire! Ah qu’elle&#13;
causera de biens au monde quand il sera plus grand! » Travaillons donc pour la lui&#13;
conserver et augmenter. Demandons à Dieu pour les pères et les mères de famille&#13;
qu’ils prennent de leurs enfants qu’à les rendre un jour des sujets capables de&#13;
glorifier Dieu et d’aider à sauver le prochain. Pater noster, etc.&#13;
&#13;
- 412 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-2&#13;
&#13;
3° Qui verrait d’un côté la diligence et promptitude, la joie et la persévérance avec&#13;
lesquelles le petit Enfant-Jésus, tout Fils de Dieu qu’il était, obéissait à la Sainte&#13;
Vierge et à saint Joseph ; et d’un autre côté, la répugnance, la lâcheté et l’ennui&#13;
que montrèrent certains enfants à obéir à leur père et mère, pourrait-il n’être pas&#13;
attristé de cette différence et contrariété? Demandons au Père éternel, par les&#13;
mérites de la soumission et obéissance de Jésus à la Sainte Vierge et à son époux,&#13;
qu’il rende les enfants des confrères et sœurs de la [Confrérie de la] Sainte-Famille&#13;
souples et obéissants à leurs parents. Pater noster, etc.&#13;
On peut diversifier cette méditation&#13;
selon les différents mystères qui se célèbrent en l’Église&#13;
Après le chapelet, l’on fait une exhortation ou instruction ou explication du&#13;
Règlement d’une demi-heure, à la fin de laquelle on donne les avis nécessaires sur&#13;
les défauts qui se pourraient glisser, l’on avertit du jour de la prochaine assemblée&#13;
et autres choses semblables, l’on recommande aux prières ceux ou celles qui s’y&#13;
seraient recommandés, les absents, malades ou autres nécessités, pour lesquels&#13;
l’on dit un Pater et un Ave après l’oraison des litanies.&#13;
Au commencement de chaque mois, l’on donne là un saint ou une sainte pour le&#13;
patron du mois, dont l’on propose une des principales vertus à imiter et l’on&#13;
applique les prières de ce mois pour quelque fin utile ; puis, on récite les litanies.&#13;
Avis pour les litanies de la sainte Famille&#13;
L’expérience ayant fait voir les grands biens que fait la dévotion à Jésus, Marie et&#13;
Joseph, plusieurs personnes ont pris coutume de réciter ces litanies et entrant par&#13;
ce moyen en [illisible] de ceux qui pratiquent un si saint exercice, qui est fort&#13;
[illisible].&#13;
&#13;
- 413 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-3&#13;
&#13;
Doc. XLI-3. Bénédiction par Laval du Petit Séminaire de Québec (entre le 7 décembre&#13;
1677 et le 8 mars 1678)&#13;
&#13;
Doc. XLI-3&#13;
Extrait du Journal du Séminaire de Québec rédigé par l’abbé des Maizerets,&#13;
décembre 1677, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 1, no 15&#13;
Pendant les premières années de l’érection du Petit Séminaire de Québec, les&#13;
étudiants logeaient dans une petite maison appartenant au Serviteur de Dieu.&#13;
Quelque temps plus tard, Mgr de Laval commença la construction d’une maison&#13;
plus grande dans laquelle ces jeunes entrèrent le 8 décembre 1677. C’est à cette&#13;
occasion qu’eurent lieu les fêtes dont il est question dans ce document et la&#13;
consécration à la sainte Famille.&#13;
Le Journal d’où nous avons tiré la présente note est encore conservé au Séminaire&#13;
de Québec, mais il est dans un état très fragmentaire.&#13;
&#13;
Le 7 décembre 1677, M. l’évêque de Québec fit la bénédiction du nouveau&#13;
[Petit] Séminaire, où assistèrent les ecclésiastiques, enfants et domestiques&#13;
du Séminaire. On chanta le Veni Creator avant la bénédiction et, après la&#13;
bénédiction, on récita les litanies de l’Enfant-Jésus, dont on avait exposé&#13;
l’image en bosse sous un crucifix et une image de la sainte Famille comme&#13;
pour prendre possession du [Petit] Séminaire. L’évêque fit ensuite une&#13;
exhortation. Après, l’on chanta le psaume Laetatus sum et l’évêque finit la&#13;
cérémonie en donnant la bénédiction.&#13;
L’on commença ce même jour une neuvaine à la sainte Famille pour&#13;
demander tous les effets de la bénédiction pour cette nouvelle maison et il&#13;
fut réglé que tout ce que l’on ferait durant ces neuf jours, avec toutes les&#13;
messes et communions, serait appliqué à cette intention et que l’on réciterait&#13;
tous les jours en commun une partie des litanies de la sainte Famille. Le&#13;
lendemain, fête de la Conception Immaculée de la Sainte Vierge, les enfants&#13;
du [Petit] Séminaire, après avoir fait leur renonciation, s’être confessés et&#13;
[avoir] communié, commencèrent à s’y loger.&#13;
&#13;
- 414 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-4&#13;
&#13;
DOC. XLI-4. MANDEMENT DE LAVAL ÉTABLISSANT LA FÊTE DE LA SAINTE-FAMILLE (4 NOVEMBRE 1684)&#13;
&#13;
Doc. XLI-4&#13;
Mandement du Serviteur de Dieu établissant la fête de la Sainte-Famille dans&#13;
le diocèse de Québec, 4 novembre 1684, d’après la copie collationnée&#13;
conservée aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 108, no 150&#13;
Comme on y a déjà fait allusion, Mgr de Laval autorisa dès 1665 la célébration de&#13;
la fête de la Sainte-Famille, selon le désir de son clergé et de ses diocésains ;&#13;
cependant, l’institution officielle de cette fête eut lieu le 4 novembre 1684 par le&#13;
décret que nous reproduisons ici.&#13;
&#13;
François, [par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, premier évêque de&#13;
Québec, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut en Notre-Seigneur.]&#13;
Les grandes bénédictions qu’il a plu à sa divine Majesté verser sur cette&#13;
Église naissante et ce nouveau christianisme par les mérites de la sainte&#13;
Famille [de] Jésus, Marie et Joseph et les saints anges nous ayant obligé de&#13;
condescendre aux pieuses intentions de plusieurs personnes, qui nous&#13;
auraient humblement supplié de permettre dans tout notre diocèse des&#13;
assemblées de femmes et de filles pour y être instruites plus en détail des&#13;
choses qu’elles sont obligées de savoir pour vivre saintement dans leur&#13;
condition, à l’exemple de cette même sainte Famille, qu’elles se proposent&#13;
pour idé[al], modèle et exemplaire, avec les saints anges ; et ayant sujet de&#13;
bénir Dieu de l’heureux succès qu’il a donné à ces assemblées, désirant&#13;
d’abondant graver et accroître, autant qu’il est en notre pouvoir, dans les&#13;
cœurs de tous les peuples que Dieu, par sa divine providence, a commis à&#13;
nos soins et à notre conduite, l’amour et la dévotion envers cette sacrée&#13;
Famille [de] Jésus, Marie, Joseph et les saints anges ; vu nos lettres patentes&#13;
d’établissement de ladite Confrérie et association du 14e de mars 1665 et la&#13;
bulle de N. S.-P. le pape Alexandre VII, d’heureuse mémoire, contenant les&#13;
indulgences accordées à ladite Confrérie, données à Rome le 28e janvier&#13;
1665 ;&#13;
nous avons ordonné et ordonnons par ces présentes que tous les ans on&#13;
célébrera, dans toute l’étendue de notre diocèse, une fête en l’honneur de&#13;
cette même sainte Famille, qui sera de première classe avec octave, ainsi&#13;
qu’il est pratiqué depuis plusieurs années ; et d’autant que la saison&#13;
- 415 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�extrêmement froide et incommode en laquelle l’on a célébré jusqu’à présent&#13;
ladite fête, à savoir au second dimanche d’après l’Épiphanie, ayant presque&#13;
toujours détourné une grande partie des fidèles de venir à l’église pour la&#13;
solenniser, les aurait portés à nous supplier, comme ils ont souvent fait,&#13;
qu’il nous plût la transférer à un autre temps plus commode ; nous, ayant&#13;
égard à leur bonne et pieuse demande et voulant, autant qu’il est en nous,&#13;
contribuer à rendre la dévotion à cette fête plus célèbre et plus fréquentée&#13;
par les peuples de notre diocèse, nous avons pareillement ordonné et&#13;
ordonnons qu’au lieu du second dimanche d’après l’Épiphanie, auquel&#13;
nous avions assigné la célébration de cette fête de la Sainte-Famille, elle sera&#13;
dorénavant célébrée le troisième dimanche d’après Pâques, connue au&#13;
temps qui nous a semblé plus propre pour exciter les fidèles à la bien&#13;
solenniser et faire leurs dévotions ;&#13;
voulons de plus que, jusqu’à ce qu’il en ait été par nous autrement ordonné,&#13;
l’office et la messe de cette même fête se diront en la manière qu’ils ont été&#13;
approuvés de nous, enjoignant à tous les ecclésiastiques de notre diocèse&#13;
qui disent la messe ou qui sont obligés au bréviaire de les réciter et&#13;
d’inspirer à toutes les personnes qui leur sont commises le respect, l’amour&#13;
et la vénération qu’elles doivent avoir pour la plus aimable de toutes les&#13;
familles et de la protection de laquelle elles doivent attendre toutes sortes&#13;
de secours et de bénédictions, Dieu ayant même pris plaisir à rendre cette&#13;
dévotion recommandable, tant dans l’ancienne que dans la NouvelleFrance, par un grand nombre d’effets miraculeux qui ont été opérés par son&#13;
moyen.&#13;
Mandons à tous les ecclésiastiques employés aux fonctions curiales dans&#13;
notre diocèse qu’aussitôt qu’ils auront reçu notre présent mandement, ils&#13;
aient à le publier ou le faire publier au prône.&#13;
Donné à Québec, le 4e jour de novembre 1684,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
&#13;
- 416 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-5&#13;
&#13;
DOC. XLI-5. EXTRAITS DE UN MISSIONNAIRE DES HURONS. AUTOBIOGRAPHIE DU PÈRE CHAUMONOT, PAR CHAUMONOT, 1668&#13;
&#13;
Doc. XLI-5&#13;
Extraits de l’autobiographie du P. Chaumonot, jésuite, 1668, d’après une&#13;
copie d’époque conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, P32&#13;
Dans l’extrait qui suit, le P. Chaumonot, missionnaire au Canada de 1639 à 1693,&#13;
nous fait connaître des détails intéressants sur l’institution de la Confrérie de la&#13;
Sainte-Famille.&#13;
&#13;
[p. 38] : En 1662, je fus choisi par Mgr de Laval-Montmorency* et par notre père&#13;
supérieur pour secourir les habitants de Montréal, qui étaient dans une extrême&#13;
nécessité de vivres. On leur en envoya par la barque qui me portait. […]&#13;
Dès mon arrivée à Montréal, j’eus le bien de faire connaissance avec&#13;
Mme d’Ailleboust, qui m’avait été recommandée par le P. Jérôme Lalemant, notre&#13;
supérieur, qui, ayant été son directeur à Québec, voulut que je tinsse sa place&#13;
auprès d’elle à Montréal. Comme je la reconnus aussitôt pour une femme de vertu,&#13;
d’esprit et de conduite, je la priai de se charger des vivres qu’on m’avait confiés à&#13;
mon départ de Québec et d’en faire la distribution ; de quoi elle s’acquitta à la&#13;
satisfaction de tous les nécessiteux, pendant que je vaquais à leur spirituel. Cette&#13;
dame, dont le mari avait été deux fois gouverneur de la Nouvelle-France,&#13;
eut la pensée, pendant que j’étais à Montréal, de trouver quelque puissant&#13;
et efficace moyen de réformer les familles chrétiennes sur le modèle de la&#13;
sainte Famille du Verbe incarné, en instituant une société ou confrérie où&#13;
l’on fût instruit de la manière dont on pourrait, dans le monde même, imiter&#13;
Jésus, Marie, Joseph.&#13;
Pour moi, il y avait 14 ans et plus que j’avais de très ardents désirs, et presque&#13;
continuels, que la divine Marie eût grande quantité d’enfants spirituels et adoptifs&#13;
pour la consoler des douleurs que lui avait causées la perte de son Jésus. Aussi la&#13;
première pensée que j’eus sur ce sujet me vint en méditant les infinies peines de&#13;
la compassion de la Vierge à la mort de son Fils et depuis ce temps-là, je n’ai guère&#13;
eu d’autres entretiens dans mes oraisons que de conjurer le Saint-Esprit de donner&#13;
à sa très digne épouse le plus de dévots enfants qu’il se pourrait pour suppléer au&#13;
respect, à l’amour et aux services que le Sauveur même lui aurait rendus si la mort&#13;
ne lui avait pas dérobé durant trois jours ce fils si cher. […]&#13;
&#13;
- 417 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-5&#13;
&#13;
Après une telle faveur que j’aurais bien voulu mériter, je trouvai dans un livre une&#13;
dévotion pratiquée par quelques personnes dévotes à la sainte Famille, lesquelles,&#13;
à l’honneur des 30 années que Jésus, Marie et Joseph ont passées ensemble,&#13;
portent un cordon qui a 30 nœuds. Chacun de ces nœuds a trois tours, pour&#13;
représenter combien, pendant tout ce temps, ces trois adorables personnes ont&#13;
été unies de pensées, de sentiments et d’affection. Là-dessus, je me sentis porté à&#13;
établir à Montréal cette pratique ; et M. Souart, à qui, comme à mon confesseur, je&#13;
découvrais tout ce qui se passait dans mon âme, approuva cette dévotion déjà&#13;
reçue en France ; et comme curé, il me permit d’en prêcher le dimanche suivant,&#13;
ce que je fis en exhortant ceux et celles qui voudraient porter ce cordon, après&#13;
qu’on l’aurait béni, selon la formule qui s’en trouve ; ils devaient s’y disposer&#13;
surtout par une exacte veille sur leurs pensées, sur leurs paroles et sur leurs&#13;
actions, afin qu’il n’y eût rien de criminel en matière d’impureté. Tout le monde&#13;
agréa fort cette dévotion et plusieurs en prirent la sainte marque, après s’être&#13;
préparés à la recevoir.&#13;
Ce coup d’essai fut suivi d’un autre dessein : Dies diei eructat verbum&#13;
(Psaume 18:3) 249. Ce fut d’ériger une association sous le titre de la Sainte-Famille&#13;
et de s’y proposer pour fin la sanctification des familles chrétiennes sur le modèle&#13;
de celle du Verbe incarné, les hommes imitant saint Joseph, les femmes la divine&#13;
Marie et les enfants l’Enfant Jésus. Mon même directeur, à qui je découvris ce&#13;
dessein, m’y confirma par son approbation ; mais comme nous ne pouvions y&#13;
réussir si nous n’avions et l’approbation de Mgr l’évêque et même des indulgences&#13;
de N. S.-P. le pape, je proposai audit Monsieur, à Mme d’Ailleboust, à la mère&#13;
supérieure de l’hôpital et à la Sr Marguerite Bourgeoys, supérieure de la&#13;
Congrégation (parce qu’en cette affaire nous agissions de concert ensemble), je&#13;
proposai, dis-je, que nous recommanderions une si grande entreprise à saint&#13;
Ignace, en faisant pour son heureux succès une neuvaine à ce digne fondateur de&#13;
la Compagnie de Jésus. [...]&#13;
Au reste, le saint ne manqua pas de faire réussir l’affaire que nous lui avions&#13;
recommandée. Après quelques traverses et quelques oppositions, qui sont&#13;
ordinaires dans tous les ouvrages de Dieu, je fus rappelé à Québec, où&#13;
Mgr l’évêque, avant que de donner son approbation à notre dessein, en&#13;
voulut d’abord faire comme un essai. Ainsi il me permit d’assembler de&#13;
&#13;
249&#13;
&#13;
NDLR : Le jour au jour en livre le récit.&#13;
- 418 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-5&#13;
&#13;
15 en 15 jours un bon nombre de dames et autres femmes dévotes pour être&#13;
admises dans cette nouvelle société.&#13;
Ensuite, ayant reconnu par expérience que l’association érigée sous le nom&#13;
et à l’honneur de la sainte Famille produirait dans les femmes et les filles&#13;
les mêmes biens que les Congrégations de Notre-Dame produisent dans les&#13;
hommes et dans les garçons, il l’approuva. Les lettres patentes de l’évêque&#13;
sont du 14 mars 1664. Il me fit même écrire au P. Paul Ragueneau, qui était&#13;
lors à Paris, qu’il nous procurât de Rome des indulgences même plénières&#13;
pour les personnes de l’Association de la Sainte-Famille. C’est ce qu’il fit et,&#13;
l’année suivante, nous en reçûmes les bulles du pape Alexandre VII, datées&#13;
du 28 janvier 1665, à la sollicitation du R. P. Claude Boucher, assistant de&#13;
France.&#13;
Ensuite, Mgr de Laval, grand dévot de la sainte Famille, à laquelle il a dédié&#13;
son très beau Séminaire de Québec, souhaitant que notre nouvelle&#13;
association y fût aussi attachée et à sa cathédrale même, nous avons jugé&#13;
que lui et ses très dignes ecclésiastiques, étant si zélés pour cette belle&#13;
dévotion, rétabliraient encore mieux que nous. Ainsi nous nous sommes&#13;
démis entre leurs mains de la conduite de l’Association de la Sainte-Famille&#13;
en Canada, à condition que ce nouvel établissement servirait plutôt à&#13;
soutenir les Congrégations de la Vierge qu’à en diminuer ou la ferveur ou&#13;
les sujets.&#13;
C’est en effet ce que ces Messieurs observent très fidèlement, puisqu’ils ne&#13;
font des assemblées que des femmes et des filles qui sont de l’Association&#13;
de la Sainte-Famille et que les hommes et les écoliers ou garçons s’acquittent&#13;
avec encore plus d’assiduité et de ferveur que jamais de tous les devoirs de&#13;
congréganistes. Aussi l’Association de la Sainte-Famille étant comme une&#13;
imitation de la Congrégation de la Vierge, par le rapport des exercices de piété qui&#13;
se pratiquent dans l’une et dans l’autre, il n’a fallu que former celle-là sur celle-ci,&#13;
afin qu’elles s’aidassent l’une et l’autre comme elles font, plutôt que de s’entrenuire. Tout le Canada est témoin des grands biens que produisent, comme de&#13;
concert, et les congréganistes de leur côté, et les femmes avec les filles de la SainteFamille de leur côté aussi.&#13;
- 419 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
DOC. XLI-6. EXTRAITS DE ÉCLAIRCISSEMENT SUR L’INSTITUTION DE LA DÉVOTION, FÊTE ET OFFICE DE LA SAINTE FAMILLE,&#13;
ÉTABLIS DANS LE PAYS DE LA NOUVELLE-FRANCE PAR GLANDELET, 1689&#13;
&#13;
Doc. XLI-6&#13;
du mémoire Éclaircissement sur l’institution de la dévotion, fête et&#13;
office de la Sainte-Famille, établis dans le pays de la Nouvelle-France, par&#13;
l’abbé de Glandelet, 1689, d’après l’original conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 34, no 149&#13;
&#13;
Extraits 250&#13;
&#13;
Cette longue explication, sous la forme d’apologie de la dévotion, de la fête et de&#13;
l’office de la Sainte-Famille, fut rédigée par l’abbé de Glandelet, prêtre du&#13;
Séminaire de Québec et directeur de la Confrérie de la Sainte-Famille, dans le but&#13;
de répondre à certaines objections émises en France contre cette dévotion.&#13;
Indirectement, l’apologie de la fête devient aussi celle de l’œuvre du Serviteur de&#13;
Dieu, qui l’a instituée. En plus de nombreux et bien intéressants détails historiques&#13;
rapportés sur l’institution de la fête de la Sainte-Famille dans le diocèse de Québec&#13;
et de l’imposition que fit le Serviteur de Dieu d’un office propre, ce document&#13;
expose amplement l’opinion des canonistes de l’époque sur les droits des évêques&#13;
pour l’institution de la fête et l’introduction de nouveaux offices dans leurs&#13;
diocèses.&#13;
Le principal canoniste évoqué par l’auteur en faveur de sa thèse est Charles Guyet&#13;
(1601-1664), jésuite de Tours. Ce père écrivit plusieurs œuvres de droit canon,&#13;
dont la plus importante est Heortologia, sive de festis propriis locorum et&#13;
ecclesiarum 251 (1re édition, Paris, 1657). De plus, l’abbé de Glandelet, comme&#13;
nous en ferons allusion dans quelques notes ajoutées au texte, suivit plus d’une&#13;
fois les arguments de Louis Thomassin, oratorien, un des plus illustres canonistes&#13;
français du temps et auteur de plusieurs traités de droit canon et de liturgie, dont&#13;
Les fêtes de l’Église (Paris, 1683). Nous avons reproduit en note les principaux&#13;
textes de ces auteurs et d’autres auxquels fait allusion Glandelet.&#13;
Même si Mgr de Laval avait introduit dans son diocèse le bréviaire, le missel et le&#13;
rituel romains, comme cela avait déjà été fait dans d’autres diocèses français, nous&#13;
remarquons que pour ce qui concernait la législation ecclésiastique, le Canada, en&#13;
tant que colonie française, devait être régi selon le droit et les usages en vigueur&#13;
en France. En conséquence, l’opinion des canonistes exposée ci-après, bien&#13;
qu’elle s’appliquât plus spécialement à la France, avait tout de même une valeur&#13;
égale pour le gouvernement ecclésiastique du Canada.&#13;
Nous avons laissé de côté diverses parties de ce document, jugées inutiles pour&#13;
notre Positio.&#13;
&#13;
NDLR : Afin d’alléger la lecture, nous avons inclus les traductions des extraits en latin&#13;
directement dans le texte et les avons mis en italiques pour les identifier. Ils ont été traduits par&#13;
l’abbé Paul-Hubert Poirier en 2022.&#13;
251&#13;
NDLR : Livre contenant les fêtes propres à certains lieux ou à certaines Églises.&#13;
250&#13;
&#13;
- 420 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
À Mgr l’illustrissime et révérendissime évêque de Québec 252&#13;
Monseigneur,&#13;
L’engagement où je suis par l’union que j’ai au Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Québec, dédié à la sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, et&#13;
par les emplois auxquels je suis appliqué sous l’autorité et les auspices de&#13;
Votre Grandeur, en qualité de directeur de l’Association de la SainteFamille, de procurer l’honneur de cette divine Famille, dont la dévotion&#13;
montrait depuis longtemps la meilleure partie des familles qui composent&#13;
la nouvelle colonie du Canada, m’a porté à faire cet écrit dans l’occasion&#13;
que m’en a fait naître le sentiment d’une personne qui est en France,&#13;
laquelle, ayant lu dans quelques écrits qu’on lui a fait voir le nom de la fête&#13;
de la Sainte-Famille, a dit qu’il ne faut point parler de sainte Famille et qu’il&#13;
ne croit pas que l’évêque puisse faire un office propre pour cela, l’Église, ni&#13;
par concile ni autrement, n’ayant jamais parlé de ce mot de sainte Famille,&#13;
mais que cela n’empêche pas qu’on ne fasse une congrégation sous ce titre.&#13;
Ce sont les propres termes de cette personne, dont j’honore le caractère et&#13;
que je suis bien éloigné de censurer le moins du monde, lorsque je produis&#13;
ici mon sentiment tout contraire au sien. Je prétends simplement, en&#13;
exposant mes raisons à Votre Grandeur, faire ce que je crois être de mon&#13;
devoir pour contribuer, autant qu’il est en mon pouvoir, à la gloire de Dieu&#13;
et à l’utilité des âmes de notre diocèse, qui me paraissent devoir être&#13;
beaucoup accrues par le progrès et l’augmentation de ce qui a été établi en&#13;
faveur de la dévotion, fête et office de la Sainte-Famille, composée des trois&#13;
augustes personnes, Jésus, Marie, Joseph.&#13;
C’est ce à quoi tend l’éclaircissement dans lequel il fait cinq choses, en&#13;
autant de sections qui le composeront :&#13;
1° j’expose ce qui s’est passé dans l’institution de la dévotion,&#13;
fête et office de la Sainte-Famille ;&#13;
252&#13;
&#13;
Mgr de Saint-Vallier, successeur du Serviteur de Dieu.&#13;
- 421 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
2° je réponds au fondement sur lequel la susdite personne&#13;
appuie son opinion ;&#13;
3° je fais voir que Mgr de Québec a pu légitimement établir en&#13;
son diocèse une fête de la Sainte-Famille ;&#13;
4° je montre qu’il en a pu aussi établir un office propre ;&#13;
et 5° je produis quelques raisons qui doivent porter Votre&#13;
Grandeur à augmenter dans ce Nouveau-Monde le zèle et la&#13;
dévotion pour la sainte Famille.&#13;
Section première&#13;
1° Il faut savoir que la dévotion de la sainte Famille de Jésus, Marie, Joseph,&#13;
ayant pris naissance dans ce pays il y a environ 30 ans, Mgr l’ancien évêque&#13;
de Québec, voyant par l’expérience de plusieurs années le bien que cette&#13;
dévotion serait capable de faire dans son diocèse, si elle y était établie d’une&#13;
manière authentique, il l’y approuva en l’année 1665 sur les sollicitations&#13;
pressantes et continuelles instances que lui en firent un grand nombre de&#13;
personnes du Canada ; et à l’exemple de plusieurs autres villes d’Europe,&#13;
où Dieu a rendu cette dévotion recommandable par des événements qui&#13;
tiennent quelque chose du miracle, il établit dans Québec une association&#13;
sous le titre de la Sainte-Famille [de] Jésus, Marie et Joseph, qu’il étendit&#13;
aussi à tous les autres lieux du Canada, exhortant tous les ecclésiastiques et&#13;
missionnaires de contribuer de tout leur pouvoir à l’établissement, progrès&#13;
et perfection de cette association. Et afin de la rendre plus permanente et&#13;
plus solide, il dressa lui-même les règlements qu’il voulut y être observés,&#13;
ainsi qu’il est porté dans les lettres patentes de l’établissement de la SainteFamille du 14 mars 1665.&#13;
2° Mais pour donner à cette dévotion plus de recommandation et de&#13;
solidité, il en écrivit à N. S.-P. le pape Alexandre VII, qui non seulement&#13;
l’approuva, mais qui l’enrichit encore de plusieurs indulgences, comme il&#13;
se voit par ses bulles du 22 et 28 janvier 1665. Ce qu’ont fait pareillement les&#13;
souverains pontifes ses successeurs, Clément X par sa bulle du 5 avril 1674&#13;
&#13;
- 422 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
et Innocent XI par ses bulles du 20 août 1678 et 7 mai 1685, qui font mention&#13;
de ladite association sous le titre et invocation de la sainte Famille 253.&#13;
3° Cette dévotion s’étant accrue dans le pays avec une grande bénédiction&#13;
des peuples, Mgr l’ancien évêque de Québec fut porté, par la dévotion et les&#13;
instances fortes et continuelles que lui en firent les ecclésiastiques et les&#13;
fidèles de son diocèse, d’ordonner que le second dimanche d’après&#13;
l’Épiphanie, auquel les souverains pontifes avaient accordé une indulgence&#13;
plénière pour tous ceux qui visiteraient la chapelle qui est dans l’église&#13;
cathédrale sous l’invocation de la sainte Famille, serait solennisé sous le&#13;
titre et nom de la fête de la Sainte-Famille ; ce qui se pratiqua premièrement&#13;
dans Québec et ensuite par tout le diocèse, du consentement et dévotion de&#13;
tout le clergé et du peuple, qui ont toujours fait paraître jusqu’à présent&#13;
beaucoup de zèle pour la célébration de cette fête.&#13;
4° Pour cet effet, Mgr l’évêque ordonna que l’on dirait en ce jour de la fête&#13;
de la Sainte-Famille, la messe et l’office du jour de l’Annonciation de la&#13;
Sainte Vierge, en attendant qu’on eût dressé une messe et un office propres&#13;
de la sainte Famille ; ce qui s’est pratiqué dans tout le diocèse jusqu’à sept&#13;
ou huit ans près en ça, que mondit seigneur fit dresser ladite messe et office&#13;
propres de la fête de Sainte-Famille, desquels on s’est servi dans Québec et&#13;
les autres lieux.&#13;
5° La fête de la Sainte-Famille ayant été ainsi célébrée avec la messe et&#13;
l’office ci-dessus sans aucun ordre ou mandement par écrit, Mgr l’ancien&#13;
évêque de Québec, devant partir pour la France en 1684, fut incessamment&#13;
et plusieurs fois supplié tant par les ecclésiastiques de son clergé que par&#13;
un grand nombre d’autres personnes de son diocèse d’ordonner par un&#13;
mandement exprès et par écrit la célébration de ladite fête en la manière&#13;
qu’elle s’était faite jusqu’alors. Ce qu’il exécuta, comme il se voit par son&#13;
mandement du 4 novembre 1684, lequel fut publié dans Québec et dans les&#13;
autres églises de son diocèse au prône de la messe paroissiale.&#13;
253&#13;
Ces bulles, sauf celle d’Innocent XI du 20 août 1678, sont reproduites dans Mandements des&#13;
évêques de Québec, Québec, 1887, vol. 1, p. 53-54 ; 54-56 ; 79-81 ; 148.&#13;
&#13;
- 423 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
6° Et parce que la saison extrêmement froide et incommode, en laquelle l’on&#13;
avait célébré jusqu’alors ladite fête, était cause que plusieurs ne pouvaient&#13;
venir à l’église pour la solenniser, Mgr l’évêque, sur les supplications&#13;
fréquentes qui lui furent faites de transférer ladite fête à un temps plus&#13;
commode, ordonna, par son mandement ci-dessus, qu’au lieu du second&#13;
dimanche d’après l’Épiphanie, auquel il avait assigné ladite fête, elle serait&#13;
dorénavant célébrée le troisième dimanche d’après Pâques, connue au&#13;
temps le plus propre pour exciter les fidèles à la solenniser et faire leurs&#13;
dévotions, ordonnant de plus, par sondit mandement, que l’office et la&#13;
messe de la même fête se diraient en la manière qu’ils ont été approuvés de&#13;
lui et enjoignant à tous les ecclésiastiques de son diocèse qui disent la messe&#13;
et qui sont obligés au bréviaire de les réciter ; ce qui s’est ainsi pratiqué&#13;
jusqu’à présent.&#13;
7° Et comme l’indulgence plénière qui avait été accordée jusqu’alors pour&#13;
le deuxième dimanche d’après l’Épiphanie n’aurait pu se gagner le&#13;
troisième dimanche après Pâques, auquel ladite fête a été renvoyée, il a plu&#13;
à N. S.-P. le pape Innocent XI de transférer aussi ladite indulgence au&#13;
troisième dimanche susdit, comme il se voit par sa bulle du 7 mai 1684.&#13;
8° Depuis, on a composé, suivant l’ordre qu’en avait donné Mgr l’ancien&#13;
évêque de Québec dès le commencement, des hymnes propres de la SainteFamille, en la place de celles du jour de Noël qui se sont dites jusqu’à&#13;
présent, et une prose ou séquence pour la messe.&#13;
Après avoir exposé ce qui est de fait touchant l’institution de cette fête aussi&#13;
bien que de la messe et de son office, il faut voir maintenant ce qui est de&#13;
droit, savoir si l’évêque a pu faire ce qu’il a fait ; car s’il l’a pu, il n’y a pas&#13;
de doute que la chose est valide. Mais parce que la personne ci-dessus, qui&#13;
est d’un sentiment contraire, n’appuie ce qu’il avance que « sur ce que&#13;
l’Église, dit-il, ni par ses conciles ni autrement, n’a jamais parlé de ce mot&#13;
de sainte Famille », il faut premièrement examiner quelle est la solidité de&#13;
ce fondement, puis l’on verra quel est le pouvoir des évêques touchant&#13;
l’institution des fêtes et offices nouveaux.&#13;
- 424 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
Section seconde&#13;
Cette seconde partie de l’Éclaircissement répond à l’objection affirmant que&#13;
l’Église n’avait jamais utilisé, ni dans les actes des conciles ni ailleurs,&#13;
l’expression Sacra Famiglia. Ainsi, les trois pontifes qui accordèrent des&#13;
indulgences à la Confrérie de la Sainte-Famille de Québec approuvèrent&#13;
implicitement cette formule.&#13;
&#13;
Section troisième&#13;
Où l’on fait voir que l’évêque peut instituer légitimement une fête sous le&#13;
titre et le nom de la Sainte-Famille.&#13;
1° L’on ne doute pas que l’évêque n’ait pu ériger une association sous le&#13;
titre et le nom de la Sainte-Famille ; c’est ce que celui qui a fait la remarque&#13;
ci-dessus venue de France dit expressément. Or nous avons fait voir cidevant que l’on peut attacher une fête et un office propres à une confrérie&#13;
et association légitimement établie sous le titre et le nom de la même&#13;
association ; ce qui est autorisé par un grand nombre de fêtes et d’offices de&#13;
cette sorte qui ont été approuvés. La question est de savoir maintenant si&#13;
l’évêque peut le faire.&#13;
2° Il semble qu’il n’y ait point de difficultés que, pouvant établir une&#13;
confrérie ou association, il peut aussi, pour la rendre plus recommandable&#13;
et exciter davantage la dévotion des associés, en instituer une fête et un&#13;
office pour être en usage au moins dans les lieux de l’association. C’est ce&#13;
qui se pratique en plusieurs endroits et cet usage doit paraître aussi&#13;
légitimement établi que l’est, dans plusieurs Églises particulières, celui d’y&#13;
faire des fêtes et offices propres et particuliers de quelque mystère ou de&#13;
quelque saint.&#13;
Il s’agit maintenant de savoir si l’évêque peut étendre cette fête et cet office&#13;
dans les lieux et les églises de son diocèse, où ladite confrérie ou association&#13;
n’est pas établie.&#13;
&#13;
- 425 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
3° Mais pourquoi ne le pourrait-il point quand il le juge ainsi expédient&#13;
pour le bien de son diocèse, surtout si le clergé et le peuple y donne son&#13;
consentement ou même s’il y ajoute ses instances et ses sollicitations ?&#13;
Certes, pour ne parler encore que de l’institution des fêtes, il est constant,&#13;
par la disposition des anciens canons, que les évêques en peuvent instituer&#13;
et ordonner avec le clergé et le peuple dans tout le diocèse. Gratien,&#13;
rapportant un décret où sont comprises les fêtes universellement reçues&#13;
dans l’Église, il ajoute après cela qu’il y a d’autres fêtes qu’il est libre à&#13;
chaque diocèse et à chaque évêque d’instituer avec le peuple : « et les autres&#13;
fêtes que chacun des évêques célébrera dans son évêché 254 ».&#13;
4° La décrétale de Grégoire IX conserve aux évêques leur ancien pouvoir de&#13;
délibérer avec leur clergé et leur peuple des fêtes qui doivent être célébrées&#13;
avec une entière suspension du travail manuel : « les autres fêtes que chacun&#13;
des évêques célébrera dans son diocèse avec le peuple et le clergé 255 ». Mais ce que&#13;
les canonistes observent de plus important sur cette décrétale, aussi bien&#13;
que sur la bulle d’Urbain VIII en 1642, est que le pape seul peut ordonner&#13;
des fêtes dans l’Église universelle et l’évêque, dans son diocèse : « Étant noté&#13;
que seulement le pape peut prescrire des jours de fête pour l’Église universelle et&#13;
un évêque, dans son diocèse 256. »&#13;
5° Et quant au consentement du peuple, quelques canonistes [l’]avaient jugé&#13;
nécessaire, fondés sur les paroles de la décrétale et sur l’intérêt que le&#13;
peuple a dans ces sortes de délibérations. En effet, c’est principalement par&#13;
la raison qu’ils disaient que le peuple doit être appelé dans ces&#13;
délibérations, non pour instituer et établir des fêtes avec l’évêque, car il n’en&#13;
a pas le pouvoir, non pas même les princes, comme tous en demeurent&#13;
d’accord, le pouvoir étant de soi-même spirituel ; d’où vient que le pape&#13;
Clément X cassa par sa déclaration de 1653 un décret du gouverneur et du&#13;
&#13;
Décret de Gratien, De Conscratione, distinctiones 3, causa 1. Le texte original de Gratien ne dit&#13;
pas « autres fêtes », mais « ces fêtes ».&#13;
255&#13;
Livre 2, tome 9, cause 5.&#13;
256&#13;
Ce texte est extrait de Commentarium in Libos Decretalium del Fagnanus et est reproduit ici&#13;
selon le livre de Thomassin, Les Fêtes de l’Église, Paris, 1683, liber 1, causa 10, no 15, p. 139.&#13;
254&#13;
&#13;
- 426 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
sénat de Milan, par lequel il était ordonné que la fête de Saint-Dominique&#13;
serait solennisée à l’avenir tous les ans avec cessation des œuvres serviles 257,&#13;
mais le peuple doit être appelé pour savoir de lui si cette institution ne lui&#13;
sera pas trop à charge en le retirant de son travail. C’est ce qui a poussé le&#13;
pape Urbain, dans sa bulle ci-dessus, d’exhorter les évêques à ne pas établir&#13;
facilement des nouvelles fêtes pour ne pas retirer, dit-il, les peuples du&#13;
travail258.&#13;
Néanmoins le concile de Trente s’est déclaré pour le sentiment contraire,&#13;
quand il a obligé les réguliers et les exempts à célébrer les fêtes que chaque&#13;
évêque aura ordonnées dans son diocèse : « Que les jours de fête que l’évêque&#13;
prescrit d’observer dans son diocèse soient observés par tous ceux qui sont exempts,&#13;
même les réguliers 259. »&#13;
Que si l’évêque peut instituer et faire observer des fêtes dans son diocèse&#13;
par la cessation du travail sans avoir consulté le peuple, surtout quand,&#13;
après les avoir proposées, il ne s’est trouvé personne qui ait contredit, ce&#13;
qui est, disent les docteurs, un consentement suffisant du même peuple, ou&#13;
que la raison de contredire ne paraît pas juste et évidente, à plus forte raison&#13;
pourra-t-il instituer des fêtes lorsqu’elles n’imposent aucune nouvelle&#13;
charge ou obligation au peuple, qui puisse préjudicier à son travail, telle&#13;
qu’est la fête de la Sainte-Famille, qui se trouve toujours attachée à un&#13;
dimanche ? Mais pour étendre davantage ces preuves touchant le pouvoir&#13;
qu’ont les évêques d’instituer des fêtes dans leur diocèse, les lettres de saint&#13;
Cyprien et celle de l’Église de Smyrne, qui nous a été conservée par Eusèbe&#13;
[...]&#13;
&#13;
Cf. Thomassin, Les Fêtes de l’Église, liber 1, causa 10, no 16, p. 139-140.&#13;
« Pour qu’il n’arrive pas que les jours de fête soient multipliés par les ordinaires du lieu avec&#13;
une trop grande facilité de la part de quelques-uns ou au désagrément des populations, nous&#13;
exhortons lesdits évêques, pour sauvegarder partout l’harmonie ecclésiastique, de voir à s’abstenir&#13;
à l’avenir, à partir de la [présente] déclaration, de [créer] de nouvelles fêtes d’obligation. »&#13;
(Constit. Universa, Urbain VIII, 24 février 1643, § 3). Il est intéressant de noter que Thomassin&#13;
considère ce décret comme une simple recommandation aux évêques (cf. Les Fêtes de l’Église,&#13;
livre 1, cause 11, § 16, p. 157-158).&#13;
259&#13;
Concile de Trente, Session 25, 3 et 4 décembre 1563, chapitre 12.&#13;
257&#13;
258&#13;
&#13;
- 427 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
Le canon du concile X de Tolède fait voir que ce sont les évêques qui ont la&#13;
puissance d’ordonner, de fixer et de transférer les fêtes. Aussi, ce concile&#13;
transféra la fête de l’Annonciation du carême à l’avent 260 [...]&#13;
12° Guyet, dans son traité des fêtes, dit, avec plusieurs auteurs qu’il cite,&#13;
que l’on peut instituer des fêtes propres avec obligation de les observer,&#13;
lorsqu’il y a une juste cause d’en user ainsi et que l’autorité légitime s’y rend&#13;
compte. Et il ajoute que la cause est juste lorsqu’il se présente quelque&#13;
nouveau saint à honorer spécialement en quelque lieu, soit à cause des&#13;
fréquents miracles qui se font à son sépulcre ou à ses reliques, soit à cause&#13;
du secours et des bienfaits signalés qui ont été obtenus de Dieu par son&#13;
intercession ; et il dit de plus que l’autorité légitime de celui qui commande&#13;
ces sortes de fêtes est, outre le souverain pontife, le propre évêque du lieu,&#13;
à qui cette institution appartient de droit, et non pas à aucun autre qui lui&#13;
soit inférieur, si ce n’est qu’il ait une juridiction comme épiscopale sur ceux&#13;
qui lui sont sujets. C’est ce que dit Guyet 261. Or, il est aisé de voir par&#13;
l’exposition de ce qui a été dit ci-devant, touchant ce qui s’est passé dans&#13;
l’institution, tant de l’Association que de la fête et office de la Sainte-Famille&#13;
que les deux conditions ci-dessus, qui sont rapportées par les auteurs, se&#13;
rencontrent suffisamment pour rendre légitime l’institution de la fête&#13;
susdite de la Sainte-Famille, que le consentement, les sollicitations, le&#13;
concours et l’applaudissement du clergé et du peuple doivent rendre, ce&#13;
semble, incontestable.&#13;
&#13;
Cf. Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, vol. 11, Florence, 1765, col. 3334.&#13;
261&#13;
« Peuvent-ils introduire de nouvelles fêtes propres d’obligation ?&#13;
Parce qu’il y a une juste cause d’accorder cela et que cela est prescrit par l’autorité légitime. La&#13;
cause est juste lorsqu’il se présente quelque nouveau saint à honorer, spécialement en quelque lieu,&#13;
soit à cause des fréquents miracles qui se font à son tombeau ou à ses reliques, soit à cause du&#13;
secours et des immenses bienfaits qui ont été obtenus de Dieu par son intercession. Il prescrit&#13;
qu’outre le souverain pontife, l’évêque en titre du lieu est le seul que cela regarde d’après les canons&#13;
souvent cités Pronuntiandum et Conquestus. Cela ne relève d’aucun autre qui lui serait inférieur, à&#13;
moins qu’il n’ait une juridiction quasi épiscopale sur ceux qui lui sont soumis. » (Guyet,&#13;
Heortologia sive de festis propriis locorum et ecclesiarum, Urbino, 1728, livre II, chapitre 19,&#13;
question 10, p. 214.)&#13;
260&#13;
&#13;
- 428 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
Section quatrième&#13;
Où l’on montre que l’évêque peut instituer un office propre de la SainteFamille.&#13;
1° De ce qu’on a dit ci-devant, il semble que l’on doit conclure que l’évêque&#13;
a ce pouvoir, d’autant plus surtout que les deux causes pour lesquelles il&#13;
est à propos d’instituer des offices propres dans les fêtes propres des lieux,&#13;
se rencontrent au sujet de la sainte Famille. Or ces causes sont, au rapport&#13;
de Guyet dans son traité des fêtes 262 :&#13;
1° le défaut d’un office commun comme dans les fêtes de Dieu&#13;
Tout-Puissant ou de Notre-Seigneur Jésus-Christ ou de&#13;
quelques autres qui se font en quelques endroits et desquels&#13;
il n’y a aucun office commun [...] C’est ainsi que dans&#13;
plusieurs bréviaires l’on trouve les offices propres des cinq&#13;
plaies de Notre-Seigneur, du saint Nom de Jésus, de son&#13;
couronnement, de la compassion de la bienheureuse Vierge&#13;
Marie, de saint Gabriel et autres semblables ;&#13;
2° la célébrité même des saints, qui semble être plus grande&#13;
lorsque leurs louanges sont exprimées par des termes qui&#13;
soient plus propres et naturels et non pas par ceux qui sont&#13;
vulgaires et empruntés d’ailleurs. C’est de là que presque en&#13;
tous les bréviaires ou cahiers propres des diocèses l’on trouve&#13;
des offices propres des patrons principaux, comme aussi dans&#13;
les ordres religieux des saints fondateurs et des premiers&#13;
profès ; et plusieurs Églises le pratiquent ainsi. C’est aussi&#13;
pour cela qu’ayant fait ici dans le commencement, au jour de&#13;
la fête de la Sainte-Famille, l’office de l’Annonciation de la&#13;
Sainte Vierge comme du mystère qui aurait donné&#13;
commencement à la sainte Famille, l’on jugea depuis à propos&#13;
de composer un office propre de la Sainte-Famille, même sur&#13;
ce qu’on a observé que le mystère de l’Annonciation n’est&#13;
262&#13;
&#13;
Guyet, Ibid., livre III, c. 1, question 2, p. 220-221.&#13;
- 429 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
qu’un mystère particulier de la sainte Famille et non pas celui&#13;
de la sainte Famille même, qui les renferme tous et qui doit&#13;
exprimer l’union et la vie commune des sacrées personnes qui&#13;
la composent.&#13;
2° Il est vrai que les auteurs demandent trois conditions pour rendre ces&#13;
sortes d’offices légitimes. La première est qu’ils ne soient soupçonnés&#13;
d’aucune erreur ni d’aucune chose apocryphe ; la deuxième est qu’ils soient&#13;
exempts de toute autre tache ; et la troisième est que l’usage de les réciter&#13;
soit approuvé et légitime, c’est-à-dire, comme ils l’expliquent, qu’ils aient&#13;
été approuvés par l’évêque ou par quelque autre qui ait ce pouvoir ; car&#13;
comme il appartient de droit commun aux évêques d’instituer les offices&#13;
divins, on n’y peut légitimement introduire rien de nouveau sans leur&#13;
approbation.&#13;
3° Or, pour venir à ce qui concerne l’office de la Sainte-Famille, c’est&#13;
l’évêque avec son clergé qui l’a institué, qui l’a approuvé et qui l’a ordonné&#13;
dans son diocèse par son mandement, comme il a été dit ci-devant. Cet&#13;
office est composé des psaumes qui se récitent dans l’office de la Sainte&#13;
Vierge, toutes les leçons sont prises en partie de la sainte Écriture et en&#13;
partie des saints Pères et de ceux entre autres dont l’Église a coutume&#13;
d’insérer les ouvrages dans ses offices, les antiennes, les répons et les versets&#13;
[et qui] sont les mêmes pour la plupart que ceux qui sont adoptés par&#13;
l’Église aux offices particuliers des mystères et fêtes de Notre-Seigneur, de&#13;
la Sainte Vierge et de saint Joseph, qu’elle célèbre durant le cours de l’année&#13;
et, s’il s’en trouve d’autres, ils sont tirés de l’Évangile, qui rapporte les&#13;
mystères de la sainte Famille ; l’oraison même est tissée des paroles de la&#13;
même Église dans les deux oraisons qu’elle emploie au jour de la&#13;
Circoncision et l’autre dans celui de l’octave de l’Épiphanie ; la messe&#13;
pareillement ne contient que les paroles dont se sert ou l’Écriture sainte ou&#13;
l’Église ; il n’y a que les hymnes et la prose qui ont été faites, suivant l’ordre&#13;
qu’en avait donné dès le commencement Mgr l’ancien évêque de Québec, et&#13;
qui expriment de suite tous les mystères de la sainte Famille selon&#13;
l’Évangile, qui soient particuliers, de sorte que l’on peut dire que cet office&#13;
- 430 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
n’est pas nouveau dans sa matière, puisqu’il est tiré des autres offices et&#13;
mystères, mais seulement en sa forme, c’est-à-dire dans l’arrangement des&#13;
matières, étant d’ailleurs conforme à la forme et à la manière du bréviaire&#13;
romain. Il n’y a donc rien dans l’office de la Sainte-Famille qui puisse être&#13;
soupçonné d’aucune chose apocryphe, rien qui ne soit exempt de toute&#13;
autre tâche qui pourrait le rendre douteux et suspect ; et son usage&#13;
d’ailleurs doit être ainsi très légitime et approuvé, suivant les règles qui sont&#13;
rapportées par les auteurs ; et par suite, il faut conclure qu’il a toutes les&#13;
qualités requises pour être validement institué et pratiqué.&#13;
4° Je sais que Gavanti semble nier que, depuis la bulle de Pie V, qui est datée&#13;
du 7e jour des ides de juillet en 1568, les évêques puissent approuver de&#13;
nouveaux offices dans leurs diocèses 263 ; mais comme il est certain que les&#13;
évêques ont par le droit commun ce pouvoir et que la bulle de Pie V, qui&#13;
déroge à ce droit, n’est pas reçue en France, l’opinion de Gavanti, qui&#13;
suppose la réception de cette bulle, ne sera pas suivie dans les lieux où elle&#13;
n’est pas effectivement reçue ; outre que Gavanti lui-même tempère son&#13;
opinion, comme on le verra bientôt.&#13;
5° Il est certain, comme dit Guyet, que dans toutes les Églises qui ont retenu&#13;
jusqu’à présent leur propre et légitime bréviaire, les quelques [évêques] de&#13;
ces Églises peuvent y approuver de nouveaux offices ; la raison est que,&#13;
n’étant aucunement obligées par ladite bulle, le pouvoir qu’ils ont par le&#13;
droit commun d’instituer et d’ordonner des offices nouveaux leur demeure&#13;
tout entier. Et quant aux Églises qui ont quitté leur bréviaire propre pour&#13;
embrasser le romain, le même Guyet avec les autres auteurs disent qu’à la&#13;
vérité les évêques de ces mêmes Églises n’ont pas le pouvoir de prescrire&#13;
ou d’ordonner quoi que ce soit dans leurs Églises contre les lois et la forme&#13;
du bréviaire romain, parce qu’ils se sont eux-mêmes imposé cette obligation&#13;
en le recevant, mais que pour ce qui est des offices propres des lieux, comme&#13;
le droit commun leur donne de toute antiquité le pouvoir de les approuver,&#13;
après les avoir dûment examinés, il ne faut pas croire que ce droit soit censé&#13;
« Une fois cette bulle de Pie V publiée, toute ancienne faculté des évêques concernant les offices&#13;
des fêtes, qu’avaient les archevêques et les évêques en vertu des saints canons, est disparue. »&#13;
(Gavanti, Thesaurus Sacrorum Rituum, Venise, 1651, t. II, sect. 2, § 22, p. 13.)&#13;
263&#13;
&#13;
- 431 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
leur être ôté par la bulle de Pie V, quand ils jugeront expédient d’en instituer&#13;
et d’en approuver dans leurs diocèses, pourvu qu’ils soient conformes au&#13;
bréviaire romain 264.&#13;
6° Cette opinion, fondée en partie sur le droit commun et ancien qui donne&#13;
pouvoir aux évêques d’approuver de nouveaux offices dans leurs diocèses,&#13;
en partie sur la non-réception de la bulle de Pie V en France et en partie&#13;
aussi sur le juste tempérament avec lequel il faut entendre cette bulle, a&#13;
d’autant plus de lieux pour l’office de la fête de la Sainte-Famille que,&#13;
comme on l’a remarqué ci-dessus, n’y ayant pas d’office commun que l’on&#13;
puisse commodément approprier à cette fête et d’ailleurs étant convenable&#13;
de la célébrer avec les éloges qui lui soient propres, l’évêque a eu une juste&#13;
cause de lui destiner un office propre et nouveau, cet office surtout étant,&#13;
comme il est entièrement, selon la forme et la manière du bréviaire romain.&#13;
7° Bien plus, Gavanti répondant à l’objection qu’il s’était faite à lui-même&#13;
tirée des rubriques du bréviaire romain, où il est marqué qu’on fait l’office&#13;
double le jour des fêtes des saints qu’on a accoutumé en certaines Églises&#13;
ou religions 265 ou congrégations de célébrer solennellement avec des offices&#13;
propres266, tel [que] dit expressément le pape Pie V par sa bulle, qui révoque&#13;
toutes les permissions et les coutumes qui étaient en usage touchant la&#13;
« Est-ce que les évêques peuvent approuver de nouveaux offices chacun dans leurs diocèses ?&#13;
Gavanti le nie plus d’une fois, supposant reçue et astreignante la bulle de Pie V, parce que, partout&#13;
il en est ainsi de fait, ce que nous, nous nions pareillement avec lui. Cependant, en France, où ladite&#13;
bulle n’a pas été reçue, on doit décider autrement au sujet de ce droit.&#13;
Et pour toutes les Églises qui ont gardé jusqu’à maintenant leurs bréviaires propres et légitimes,&#13;
même corrigés et ramenés à la forme propre au bréviaire romain, il est certainement possible pour&#13;
les évêques d’approuver de nouveaux offices pour leurs églises et diocèses. En effet, comme elles&#13;
ne sont nullement tenues par l’obligation de ladite bulle, toute faculté demeure libre pour elle, dans&#13;
la mesure où elles se prévalaient du droit commun ancien, elles se prévalaient aussi du droit de&#13;
régler les offices, donc, etc. D’où, dans le bréviaire réformé de Noyon, est-il ajouté expressément :&#13;
avec des offices propres approuvés par le Siège apostolique ou par l’ordinaire ; et dans le Bréviaire&#13;
de Meaux : approuvées par l’évêque.&#13;
En ce qui concerne les Églises qui, abandonnant leur propre bréviaire, ont reçu le bréviaire romain,&#13;
il apparaît qu’une analyse contraire doit prévaloir. En effet, comme celles-ci se sont astreintes aux&#13;
lois du bréviaire romain et à la bulle de Pie V au point (comme nous l’avons montré auparavant)&#13;
de ne pouvoir s’en affranchir, leurs prélats ne peuvent non plus approuver de nouveaux offices, car&#13;
cela est réservé au Siège apostolique par les rubriques et par la susdite bulle. » (Guyet, Heortologia,&#13;
Livre III, chapitre 1, question 11, p. 227-228.)&#13;
265&#13;
NDLR : communautés religieuses.&#13;
266&#13;
Les rubriques générales du Bréviaire, chapitre premier, De l’office double, no 1.&#13;
264&#13;
&#13;
- 432 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
forme du bréviaire depuis l’espace de 200 ans, [il] n’a pas aboli néanmoins&#13;
par cette bulle les coutumes qui sont solennelles, mais seulement celles qui&#13;
ne le sont pas, puisqu’autrement il serait contraire à lui-même, si ayant aboli&#13;
les autres coutumes par sa bulle susdite, il les approuvait dans les&#13;
rubriques ; de sorte que cet auteur avoue que le pape n’a point abrogé les&#13;
coutumes solennelles qu’il permet dans les rubriques et qu’ainsi il a&#13;
effectivement permis de retenir dans les lieux propres les fêtes des saints de&#13;
ces lieux, non pas telles quelles, mais celles qui ont coutume de s’y célébrer&#13;
avec solennité 267. C’est ce que dit Gavanti, qui expliquant immédiatement&#13;
après ce que c’est que cette solennité, il dit qu’au regard du clergé, elle&#13;
consiste à célébrer ces fêtes avec pompe extérieure comme processions,&#13;
ornements, concours de peuples et autres choses semblables et que c’est&#13;
ainsi que la Sacrée congrégation des rites s’en est déclarée 268. Puis donc que&#13;
la fête de la Sainte-Famille est une de ces fêtes qui ont coutume de se&#13;
célébrer solennellement dans ce pays avec son propre office, on doit, ce&#13;
semble, conclure que cet usage n’est point contraire à la bulle du pape ni&#13;
aux rubriques.&#13;
8° 269 II est vrai que les mêmes rubriques des offices propres, avec lesquels&#13;
on a coutume de célébrer solennellement les fêtes des saints ci-dessus, elles&#13;
marquent que ces offices soient approuvés du Saint-Siège apostolique ou&#13;
qu’ils soient reçus ou à recevoir de son autorité, en y gardant toutefois la&#13;
forme du bréviaire romain, et que si les saints n’ont aucun office propre,&#13;
leurs offices seront pris du commun, encore bien qu’ils ne soient point&#13;
marqués au calendrier : « L’office est double depuis le jeudi de la Cène du&#13;
Seigneur, etc., et pour les fêtes des saints qu’il est habituel de célébrer&#13;
« Ces paroles se trouvent souvent dans les rubriques, comme le titre I, numéro 1, titre II,&#13;
numéro 1, et ailleurs : pour les fêtes des saints qu’il était habituel de célébrer, Pie V concède donc&#13;
de retenir encore ces coutumes. Je réponds qu’il en est ainsi dans le texte : qu’il était habituel de&#13;
célébrer solennellement ou plus solennellement, puisque autrement il serait contraire à lui-même,&#13;
s’il concédait dans les rubriques les coutumes qu’il a abolies dans la bulle, car il n’a pas abrogé&#13;
les coutumes solennelles qu’il permet dans les rubriques, et ainsi il a effectivement permis de retenir&#13;
dans les lieux propres les fêtes des saints de ces lieux, non pas n’importe quelle fête, mais celles qui&#13;
sont célébrées avec solennité ». (Gavanti, Thesaurus Sacrorum Situum, Venise, 1651, T. II, sect. 2,&#13;
c. 2, § 27, p. 15.)&#13;
268&#13;
Gavanti, Ibid.&#13;
269&#13;
Le texte de Glandelet ajoute dans une note : « Tout ce numéro huit est omis ; que l’on passe à la&#13;
cinquième section. »&#13;
267&#13;
&#13;
- 433 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
solennellement dans quelques églises, communautés religieuses ou congrégations,&#13;
avec des offices propres approuvés par le Siège apostolique, ou reçus ou à recevoir&#13;
de par l’autorité dudit Siège, étant sauve la forme de ce bréviaire, autrement du&#13;
commun, si les susdites fêtes ne sont pas inscrites dans ce calendrier 270. » Mais il&#13;
faut bien remarquer ce que disent plusieurs auteurs sur cet endroit des&#13;
rubriques : qu’il n’est pas toujours nécessaire que ces offices soient&#13;
actuellement approuvés du Saint-Siège pour les pouvoir mettre en usage et&#13;
qu’il suffit qu’on s’en serve avec intention de les lui faire approuver et&#13;
confirmer, surtout lorsque ces offices propres se trouvent accompagnés des&#13;
trois circonstances dont on a parlé ci-devant et qui sont requises à leur&#13;
validité. Aussi, la rubrique ne dit pas seulement : « Approuvées par le Siège&#13;
apostolique », mais elle ajoute la disjonctive en disant : « ou reçues ou à recevoir&#13;
par l’autorité du même Siège » ; ce que quelques-uns même expliquent de telle&#13;
sorte comme si ce mot de reçues était la même chose que dignes d’être&#13;
reçues 271.&#13;
Or, l’office de la Sainte-Famille n’est pas seulement digne d’être reçu ou&#13;
approuvé pour avoir, comme on a déjà dit, toutes les conditions requises,&#13;
mais il est vrai de plus que Mgr l’évêque l’a institué en vue et avec l’intention&#13;
d’en demander l’approbation et la confirmation à N. S.-P. le pape ; et on&#13;
espère que Sa Sainteté, qui a approuvé, continué et gratifié en bien des&#13;
manières la pratique de la dévotion de la sainte Famille dans ce pays,&#13;
voudra bien dans la suite, quand elle le jugera à propos, confirmer par son&#13;
autorité l’office propre qui en a été fait et ordonné par Mgr l’évêque pour lui&#13;
donner par là son entière valeur et perfection.&#13;
&#13;
Rubriques générales du bréviaire, titre 1, no 1.&#13;
« Rodericus, tome I, question 42, art. 21, tempère ainsi en faveur des ordres religieux, pour que&#13;
ceux-ci puissent réciter les offices propres de leurs saints même s’ils ne sont pas approuvés par le&#13;
Siège apostolique, pourvu qu’ils soient dignes d’être approuvés ou si l’ordre les utilise, qu’il ait&#13;
l’intention de les faire approuver. Ce docteur dit aussi qu’il lui semble que les mots de la rubrique :&#13;
reçues ou à recevoir, comme le mot : à recevoir, est la même chose que : dignes d’être reçues.&#13;
Layman, livre 4, traité I, chap. 5, numéro 6, accepte la même opinion et il l’étend à toutes les&#13;
Églises, avec cependant cette différence que, si ces offices avaient l’habitude d’être récités jusquelà dans l’Église sans aucune suspicion de fausseté, il n’est pas besoin de la susdite approbation ; il&#13;
en irait autrement s’ils étaient nouvellement introduits. » (Guyet, Heortologia, livre III, c. 1,&#13;
question 3, p. 221.)&#13;
270&#13;
271&#13;
&#13;
- 434 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-6&#13;
&#13;
L’évêque cependant peut instituer et ordonner des offices propres dans son&#13;
diocèse en la manière qui a été dite et c’est une chose qui se voit&#13;
universellement pratiquée dans la plupart des diocèses où, s’il y a des&#13;
offices propres qui soient maintenant approuvés du Saint-Siège, l’on&#13;
trouvera pour l’ordinaire qu’ils y ont été longtemps en usage avant cette&#13;
approbation. Mais ce qui lève, ce semble, toute difficulté au sujet de l’office&#13;
de la Sainte-Famille, est ce que la rubrique ci-dessus dit que quand les saints&#13;
dont on a parlé n’ont aucun office propre, leurs offices se doivent prendre&#13;
au commun. Donc, la rubrique suppose qu’il y ait un office commun qui&#13;
puisse être approprié à ces saints, comme en effet il n’y en a point à qui&#13;
quelques-uns des offices communs qui sont dans les bréviaires ne puisse&#13;
convenir. Mais il n’en est pas de même de la fête de la Sainte-Famille, qui&#13;
demande, comme on l’a déjà remarqué plusieurs fois, son office propre et&#13;
particulier, n’y en ayant aucun dans tout le bréviaire qui puisse seul lui&#13;
convenir comme il faut.&#13;
Section cinquième&#13;
Suit la cinquième et dernière section de l’Éclaircissement, où sont exposés les&#13;
motifs pour lesquels le successeur du Serviteur de Dieu, Mgr de Saint-Vallier,&#13;
devrait développer la dévotion à la sainte Famille.&#13;
&#13;
- 435 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-7&#13;
&#13;
DOC. XLI-7. ESTAMPE DE LA SAINTE FAMILLE (V. 1665)&#13;
&#13;
Doc. XLI-7&#13;
Inscription à propos de l’image représentant la sainte Famille272, conservée&#13;
au monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec, 1742&#13;
À l’arrière du cadre de la sainte Famille conservé à l’Hôtel-Dieu de Québec, on&#13;
trouve la note, reproduite ici, écrite par mère Andrée Duplessis de Sainte-Hélène&#13;
(1687-1760). Cette note est selon nous digne de mention, parce que le Serviteur&#13;
de Dieu favorisa aussi la diffusion de ce genre d’image sacrée.&#13;
&#13;
(Photo : Fonds Daniel Abel)&#13;
&#13;
Ce tableau a été tiré sur l’estampe que Mgr de Laval, premier évêque du&#13;
Canada, fit faire pour être distribuée dans toutes les familles chrétiennes de&#13;
cette nouvelle colonie, après qu’il eut établi la Confrérie de la Sainte-Famille&#13;
en ce pays.&#13;
272&#13;
NDLR : Denis Martin a rédigé une thèse sur cette estampe en 1990, L’estampe importée en&#13;
Nouvelle-France, conservée à l’Université Laval.&#13;
&#13;
- 436 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLI-8&#13;
&#13;
DOC. XLI-8. EXTRAIT DE LA LETTRE APOSTOLIQUE NEMINEM FUGIT PAR LÉON XIII (14 JUIN 1892)&#13;
&#13;
Doc. XLI-8&#13;
Extrait de la lettre apostolique de Léon XIII Neminem fugit au sujet de&#13;
l’institution de la Confrérie de la Sainte-Famille, 14 juin 1892, d’après les&#13;
Archives apostoliques du Vatican, Acta Sanctae Sedis, vol. 25, p. 9&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Dans cet extrait, le pape Léon XIII considère le Serviteur de Dieu comme un des&#13;
principaux promoteurs de la dévotion à la Sainte-Famille et loue le zèle avec&#13;
lequel il la propagea au Canada.&#13;
&#13;
Un tel culte [de la sainte Famille] a été tenu en grand honneur depuis déjà&#13;
le 17e siècle puis, propagé largement en Italie, en France et en Belgique, a&#13;
atteint presque toute l’Europe ; ensuite, ayant franchi les vastes étendues de&#13;
l’océan, il s’est étendu en Amérique, au Canada, grâce, surtout, au soin et&#13;
au travail du vénérable Serviteur de Dieu François de Montmorency*Laval, premier évêque de Québec, et de la vénérable Servante de Dieu&#13;
Marguerite Bourgeoys, et il s’y est épanoui sous les plus heureuses&#13;
auspices.&#13;
&#13;
- 437 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLII&#13;
&#13;
Doc. XLII. Lettre de Laval à Poitevin (8 novembre 1668)&#13;
&#13;
Doc. XLII&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à l’abbé Poitevin, 8 novembre 1668, d’après les&#13;
Jesuit Relations and Allied Documents, édition Thwaites, Cleveland, 18961901, vol. 52, p. 42-50&#13;
L’abbé Poitevin, curé de Saint-Josse à Paris, était ami du Serviteur de Dieu et, à&#13;
cette époque, il était son délégué auprès du roi pour les affaires de l’Église du&#13;
Canada. Dans cette lettre, publiée dans les Relations des Jésuites, le Serviteur de&#13;
Dieu fait connaître plusieurs détails intéressants au sujet de l’Église de Québec,&#13;
des missions, de l’établissement du Séminaire de Québec et du retour de l’abbé&#13;
de Queylus au Canada.&#13;
&#13;
Monsieur,&#13;
Le zèle que Notre-Seigneur vous a donné pour cette Église naissante, qu’il&#13;
lui a plu confier à notre conduite, et les soins que vous continuez de prendre&#13;
avec tant de charité pour tout ce qui peut contribuer à son accroissement&#13;
m’obligent à vous faire part, à mon ordinaire, de l’état auquel elle se trouve&#13;
présentement. Le secours des ecclésiastiques, que vous nous avez envoyés&#13;
par les premiers vaisseaux 273, nous est venu fort à propos pour nous donner&#13;
le moyen d’assister divers lieux de cette colonie qui en ont un notable besoin&#13;
et sans lesquels ils auraient été destitués de tout secours.&#13;
La venue de M. l’abbé de Queylus avec plusieurs bons ouvriers tirés du&#13;
Séminaire de Saint-Sulpice ne nous a pas moins apporté de consolation ;&#13;
nous les avons tous embrassés in visceribus Christi 274. Ce qui nous donne une&#13;
joie plus sensible est la bénédiction de voir notre clergé dans une sainte&#13;
disposition de travailler d’un cœur et d’un même esprit à procurer la gloire&#13;
de Dieu et le salut des âmes tant des Français que des Sauvages*.&#13;
Les tendresses de père que le roi fait paraître pour la Nouvelle-France et les&#13;
dépenses notables qu’il fait pour la rendre nombreuse et florissante&#13;
fournissent à tous une fort ample moisson pour employer dignement leur&#13;
zèle et consumer leur vie pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui&#13;
NDLR : Il s’agit des abbés François Filion et Nicolas Goblet. Ce dernier ne supporta pas l’hiver&#13;
canadien et retourna en France.&#13;
274&#13;
NDLR : dans les viscères du Christ.&#13;
273&#13;
&#13;
- 438 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLII&#13;
&#13;
leur a, par sa bonté infinie, donné les premières inspirations de la lui venir&#13;
consacrer dans une Église sur laquelle il a, dès son berceau, versé ses plus&#13;
tendres bénédictions et dont il continue de la combler incessamment.&#13;
L’humiliation dans laquelle sont présentement nos ennemis 275 ne nous a pas&#13;
seulement ouvert la porte à la conversion des infidèles dans les nations les&#13;
plus éloignées, mais encore les a rendus eux-mêmes capables de prendre&#13;
part à ce bonheur. Les pères jésuites s’y emploient toujours avec le même&#13;
zèle qu’ils y ont travaillé depuis 40 ans. J’en ai reçu des témoignages&#13;
sensibles après le retour de nos visites, dans celle que nous avons faite ce&#13;
printemps à Tadoussac, 30 lieues au dehors de Québec, ayant trouvé les&#13;
Sauvages de cette mission dans des dispositions telles que, depuis qu’il a&#13;
plu à Notre-Seigneur de nous donner la conduite de ce christianisme, je ne&#13;
sache rien qui m’ait donné plus de consolation. Nous y avons reconnu&#13;
quelle bénédiction ce peut être à ces nouveaux chrétiens de se trouver hors&#13;
des occasions des boissons enivrantes, lesquelles, à raison de la faiblesse&#13;
qu’ils y ont, causent des excès de désordre parmi eux, qui nous font souvent&#13;
gémir devant Dieu et déplorer le malheur de ceux qui en sont la cause. Cette&#13;
église de Tadoussac, exempte de ce mal, est dans une piété vraiment solide&#13;
et chrétienne. Nous y avons donné la confirmation à 149, très bien disposés&#13;
à recevoir les effets de ce sacrement.&#13;
Si Notre-Seigneur me donne autant de santé l’an prochain que j’en ai ce&#13;
printemps, j’espère encore y retourner ; car je vous avoue que s’ils ont&#13;
témoigné de la joie de nous y voir, nous n’en avons pas moins ressenti de&#13;
notre côté en cette visite.&#13;
J’ai donné mission depuis un mois à deux très vertueux et bons ouvriers&#13;
pour aller dans une nation iroquoise, qui s’est établie depuis quelques&#13;
années assez proche de nous du côté du nord du grand lac nommé Ontario,&#13;
dont la communication ne nous est pas difficile. L’un est M. Fénelon,&#13;
duquel le nom est assez connu dans Paris, et l’autre, M. Trouvé. Nous&#13;
&#13;
275&#13;
&#13;
NDLR : les Iroquois.&#13;
- 439 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLII&#13;
&#13;
n’avons pu encore savoir le succès de leur emploi, mais nous avons tout&#13;
sujet d’en espérer un très grand fruit.&#13;
Comme le roi m’a témoigné qu’il souhaitait que l’on tâchât d’élever à la&#13;
manière de vie des Français les petits enfants sauvages pour les policer peu&#13;
à peu, j’ai formé exprès un [Petit] Séminaire, où j’en ai pris un nombre à ce&#13;
dessein ; et pour mieux y réussir, j’ai été obligé d’y joindre des petits&#13;
Français, desquels les Sauvages apprendront plus aisément et les mœurs et&#13;
la langue en vivant avec eux. Cette entreprise n’est pas sans difficulté, tant&#13;
du côté des enfants que de celui des pères et des mères, lesquels ont un&#13;
amour extraordinaire pour leurs enfants, à la séparation desquels ils ne&#13;
peuvent presque se résoudre ou, s’ils la souffrent, il y aura une peine tout à&#13;
fait grande qu’elle soit pour beaucoup de temps, à raison que pour&#13;
l’ordinaire, les familles des Sauvages ne sont pas peuplées de beaucoup&#13;
d’enfants comme celles de nos Français, où dans la plupart en ce pays ils se&#13;
trouvent 8, 10, 12 et quelquefois jusqu’à 15 et 16 enfants, les Sauvages au&#13;
contraire n’en ont pour la plupart que deux ou trois et rarement ils passent&#13;
le nombre de quatre ; ce qui fait qu’ils se reposent sur leurs enfants,&#13;
lorsqu’ils sont un peu avancés en âge, pour l’entretien de leur famille, qu’ils&#13;
ne peuvent avoir que par la chasse et d’autres travaux dont les pères et les&#13;
mères ne sont plus capables, lorsque leurs enfants sont en âge et en pouvoir&#13;
de les secourir ; à quoi pour lors, il semble que la loi naturelle oblige&#13;
indispensablement les enfants. Cependant, nous n’épargnerons rien de ce&#13;
qui sera de nos soins pour faire réussir cette heureuse entreprise, quoique&#13;
le succès nous en paraisse fort douteux.&#13;
Les prêtres de notre Séminaire des Missions étrangères ne nous ayant pas&#13;
moins fait paraître de soin et de vigilance dans l’éducation des enfants de&#13;
ce pays, que nous leur avons donnés à former à l’état ecclésiastique, qu’ils&#13;
nous ont donné des marques de leur zèle dans les travaux qu’il y a à souffrir&#13;
dans tous les lieux des habitations de ce pays où nous les employons, nous&#13;
avons estimé ne pouvoir rien faire qui soit plus à la gloire de Dieu et pour&#13;
le bien de notre Église que de leur confier de nouveau la direction de ce&#13;
second Séminaire ; d’autant plus que nous avons jugé à propos de le&#13;
- 440 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLII&#13;
&#13;
renfermer dans l’enceinte de notre Séminaire, dans laquelle nous avons fait&#13;
accommoder un logement propre à ce dessein. Il a déjà, grâce à Dieu, pris&#13;
ses premiers commencements depuis un mois. Je supplie Notre-Seigneur,&#13;
au nom de la Très Sainte Famille, en l’honneur et sous la protection de&#13;
laquelle notre Séminaire est établi, d’y vouloir donner le succès et la&#13;
bénédiction que nous nous en promettons.&#13;
Voilà succinctement ce que je puis avoir pour le présent à vous dire de ce&#13;
qui regarde notre spirituel. Souvenez-vous, je vous conjure, de&#13;
recommander à Notre-Seigneur au saint autel les besoins de notre troupeau&#13;
et d’implorer sa divine miséricorde pour celui qu’il lui a plu en établir le&#13;
pasteur. Et me croyez avec vérité, Monsieur,&#13;
Votre très humble et obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée, premier évêque de la Nouvelle-France nommé&#13;
par le roi.&#13;
À Québec, ce 8 novembre 1668&#13;
&#13;
- 441 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLIII&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XLIII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XLIII&#13;
Divers textes à propos des difficultés entre le Serviteur de Dieu 276&#13;
et les pères récollets, 1670-1688&#13;
Dans cette section, nous réunissons les documents les plus importants concernant&#13;
les célèbres controverses entre le Serviteur de Dieu et les pères franciscains&#13;
récollets, missionnaires au Canada.&#13;
Ces pères arrivèrent en Nouvelle-France en 1615 et furent suivis, dix ans plus&#13;
tard, des pères jésuites. En 1629, les deux groupes durent retourner en France, en&#13;
conséquence de la cession de la colonie à l’Angleterre. Cependant, lorsque la&#13;
France récupéra ses colonies américaines en 1632, le ministre Richelieu permit&#13;
seulement aux Jésuites d’y ériger des missions. Entre-temps, les Récollets&#13;
attendaient avec impatience le moment de pouvoir rentrer dans les terres&#13;
canadiennes qu’ils avaient évangélisées les premiers. L’occasion leur fut offerte&#13;
en 1669 par l’intendant Talon.&#13;
Depuis longtemps, Talon désirait avoir d’autres missionnaires en NouvelleFrance, car, selon lui, les Jésuites, les prêtres du Séminaire de Québec et ceux de&#13;
Saint-Sulpice étaient trop liés à l’évêque et trop sévères dans la direction des&#13;
consciences. De plus, Talon leur reprochait de s’opposer systématiquement au&#13;
commerce des boissons alcooliques avec les Autochtones, citant les censures&#13;
promulguées à ce propos par le Serviteur de Dieu (Doc. XXVII, nos 1, 3, 4, 6 et&#13;
7). Talon estimait ces censures comme « une entreprise du pouvoir spirituel sur&#13;
l’autorité civile » (Thomas Chapais, Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France&#13;
(1665-1672), Québec, 1904, p. 239).&#13;
On sent bien l’esprit gallican de Talon, qui manifesta plus d’une fois, dans les&#13;
actes de son gouvernement et dans ses écrits, vouloir s’entremettre dans les&#13;
champs de juridiction ecclésiastique (Ibid., p. 167-175, 200-201).&#13;
Afin de diminuer l’influence du clergé local, Talon demanda au ministre Colbert&#13;
de rappeler en France les missionnaires qui s’obstinaient à ne pas reconnaître&#13;
l’autorité civile. Il proposa aussi d’y :&#13;
introduire quatre ecclésiastiques, entre les séculiers et les réguliers, les&#13;
faisant bien autoriser pour l’administration des sacrements, sans qu’ils&#13;
puissent être inquiétés [par l’évêque et le clergé canadien] ; autrement, ils&#13;
deviendraient inutiles au pays, parce que, s’ils ne se conformaient pas à la&#13;
pratique de ceux qui y sont aujourd’hui, M. l’évêque leur défendrait&#13;
d’administrer les sacrements » (Talon, Mémoire sur l’État du Canada,&#13;
1667, un petit fascicule très rare, conservé à Bibliothèque nationale de&#13;
France, Département des manuscrits, Nouvelles acquisitions françaises,&#13;
Collection Margry, NAF 9273, fos 73-76).&#13;
&#13;
NDLR : L’abbé Demers a répertorié quelques documents concernant les difficultés que le&#13;
successeur de Mgr de Laval, Mgr de Saint-Vallier, a aussi eues avec les Récollets, autant à Québec&#13;
qu’à Montréal. Nous les avons inclus ici, puisqu’ils démontrent bien que ce n’était pas par&#13;
entêtement ou autre défaut de Mgr de Laval que surgirent ces problèmes.&#13;
276&#13;
&#13;
- 442 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLIII&#13;
&#13;
Talon devait revenir au Canada en sa qualité d’intendant. Fort de son projet, il&#13;
demanda au roi et au ministre l’autorisation d’amener avec lui ces quatre religieux&#13;
récollets. Le 15 mai 1669, Louis XIV autorisa le provincial de Saint-Denis à&#13;
envoyer quelques religieux au Canada.&#13;
Malheureusement, il semblerait que les Récollets, trop heureux de pouvoir&#13;
reprendre leur ancienne mission, ne se rendirent pas compte immédiatement des&#13;
objectifs insidieux qui accompagnaient leur retour. Citons ici le jugement du&#13;
remarquable historien canadien, l’honorable Thomas Chapais, au sujet du retour&#13;
des Récollets :&#13;
Mais si la vivacité de leurs désirs les eût laissés libres de bien saisir la&#13;
situation, leur satisfaction n’eût pas été sans mélange. Ils auraient compris&#13;
que leur retour en Canada s’opérait dans de fâcheuses conditions et que,&#13;
pour des religieux, être envoyés dans un pays par une puissance séculière,&#13;
afin d’y affaiblir l’autorité épiscopale, d’y ruiner la discipline&#13;
ecclésiastique, d’y ériger confessionnal contre confessionnal, et chaire&#13;
contre chaire, d’y être en un mot les tenants de 1’État contre l’Église, ce&#13;
n’était pas précisément l’idéal. Ce fut un grand malheur pour les Récollets&#13;
que de se prêter à l’entreprise gallicane de Louis XIV, de Colbert et de&#13;
Talon. Nous ne voulons pas dire qu’ils auraient pu refuser de venir au&#13;
Canada en 1669. Devant la lettre de cachet du roi, cela leur aurait été&#13;
difficile. Mais leur faute fut d’entrer dans l’esprit de ceux qui les y&#13;
envoyaient et de correspondre à leur attente. (Ibid., p. 321)&#13;
Le 18 août 1670, six récollets arrivèrent à Québec et furent bien accueillis par le&#13;
Serviteur de Dieu, les Jésuites et le peuple canadien. Ils exprimèrent le désir de&#13;
reprendre possession de leur ancien couvent situé aux alentours de Québec qu’ils&#13;
avaient occupé de 1615 à 1629. L’intendant et l’évêque y consentirent.&#13;
De 1670 à 1681, on ne note aucune sérieuse difficulté entre les Récollets et le&#13;
Serviteur de Dieu. Au contraire, ce dernier leur concéda la faculté de prêcher et&#13;
de confesser dans le diocèse et leur confia diverses paroisses et missions.&#13;
Cependant, certains rapports dressés par les Récollets (par exemple, no 17) nous&#13;
font voir que Mgr de Laval se montra peu à peu moins favorable envers leur Ordre&#13;
et ne se servit plus de leur aide comme il l’avait fait au début pour le ministère.&#13;
Ce refroidissement envers les Récollets, tout à fait justifiable, se développa en&#13;
même temps que le changement d’attitude des Récollets envers certaines&#13;
questions pastorales, qui devint plus conforme à l’intention initiale de Talon de&#13;
les voir diminuer l’autorité de l’évêque et des Jésuites, qu’il jugeait trop&#13;
intransigeants. Le P. Chrestien Le Clercq, récollet, dans son rapport de 1681&#13;
(no 6), affirme à ce propos que les Récollets étaient venus au Canada pour&#13;
« soulager les consciences étrangement gênées par une conduite aussi&#13;
extraordinaire que celle des autres », les Jésuites et l’évêque.&#13;
Tout porte à croire que cette « gêne des consciences », à laquelle les Récollets&#13;
devaient apporter un soulagement, provenait principalement de la prohibition faite&#13;
par le Serviteur de Dieu du commerce des boissons enivrantes avec les&#13;
Autochtones. Selon ce qu’écrit l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu (no 3), les&#13;
Récollets voyaient là la cause principale de leur divergence avec l’évêque : « Un&#13;
des principaux et des mieux intentionnés [des Récollets de France] me dit hier que&#13;
la cause du mal était qu’on ne convenait du principe qui consiste en ce que&#13;
M. l’évêque et les Jésuites défendent l’eau-de-vie pour en traiter seuls. »&#13;
&#13;
- 443 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLIII&#13;
&#13;
Il est difficile de déterminer si les Récollets s’étaient en effet crus dépositaires&#13;
d’une licence particulière pour apaiser la conscience des commerçants et dans&#13;
quelle mesure, s’appuyant peut-être sur la réponse de l’Université de Toulouse&#13;
(Doc. XXVII-10) ; et ce, en dépit des mesures rigoureuses prises par le Serviteur&#13;
de Dieu, qui avait fait de ce commerce un cas réservé, on peut se demander si en&#13;
effet, et dans quelle mesure, il n’est pas facile de le dire.&#13;
Cependant, selon quelques extraits d’un vieux catalogue* de documents&#13;
aujourd’hui perdus, qui est conservé dans le Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, il semble certain que les Récollets ont usé d’une certaine liberté en cette&#13;
délicate affaire. En effet, on y lit : « Lettre de M. Rémy. 11 octobre 1682. La&#13;
passion effrénée des … Comment conduite par les Récollets. Effet de la lettre de&#13;
M. l’intendant. Lettre du même 16 juillet 1682. Désordres des boissons. Conduite&#13;
des Récollets là-dessus 277. » « Lettre de M. Rémy. Rapporte les désordres de la&#13;
boisson et la liberté que donnent les Récollets là-dessus. 1682 278 »&#13;
En somme, nous ne trouvons pas de parité de vue entre les Récollets et l’évêque&#13;
sur la question du commerce des boissons enivrantes. Sachant que cette question&#13;
était capitale pour le Serviteur de Dieu, il est compréhensible que ses rapports&#13;
avec ces religieux devinssent difficiles. De plus, les Récollets posèrent des gestes&#13;
qui, loin d’adoucir leurs liens avec l’évêque, les rendirent plus tendus ; par&#13;
exemple, certains négligèrent de se munir du permis exigé par le Serviteur de Dieu&#13;
pour exercer le ministère dans les paroisses et d’autres s’opposèrent à&#13;
Mgr de Laval sur la question de l’organisation paroissiale au Canada. Jusqu’en&#13;
1681, ces relations, quoique peu cordiales, demeurèrent généralement bonnes ;&#13;
puis, elles devinrent ouvertement opposées par un fait en soi anodin : les Récollets&#13;
érigèrent un clocher au-dessus de leur hospice de la haute-ville de Québec, dont&#13;
la construction fut défendue par le Serviteur de Dieu. Rappelons ici que les pères&#13;
récollets eurent peut-être leurs torts, mais il leur revient aussi de grands mérites&#13;
dans l’évangélisation au Canada. Nous ne portons pas de jugement sur leur œuvre.&#13;
Notre but est de déterminer comment le Serviteur de Dieu s’est comporté dans&#13;
cette controverse.&#13;
À la suite d’une étude approfondie de toute la documentation à ce sujet, il nous&#13;
apparaît évident que Mgr de Laval n’a pas dépassé les limites de ses droits, ne les&#13;
a pas traités avec injustice et, tout en concédant qu’il avait un tempérament parfois&#13;
vif, nous pouvons affirmer avec confiance qu’il ne s’est jamais laissé emporter&#13;
par une animosité ou une rancœur personnelle envers ces religieux. Ainsi, lorsque&#13;
les Récollets se soumirent en 1684, le Serviteur de Dieu les reçut avec grâce et les&#13;
réadmit dans toutes les activités du ministère.&#13;
En bref, il nous semble certain que, dans toute cette affaire, le Serviteur de Dieu&#13;
n’a pas abusé de son autorité et a manifestement agi sans passion et en pleine&#13;
rectitude.&#13;
Avant de reproduire ce dossier considérable, dont la majeure partie se réfère à la&#13;
question du clocher, nous dressons ici une liste générale de cette documentation.&#13;
1° 10 novembre 1670. Décret de Laval autorisant le retour des Récollets&#13;
2° 28 mai 1681. Concession de Louis XIV aux Récollets d’un terrain dans&#13;
la ville de Québec&#13;
277&#13;
278&#13;
&#13;
NDLR: Catalogue de 1687*, Liasse P, no 41.&#13;
NDLR : Ibid., Liasse P, no 26.&#13;
- 444 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLIII&#13;
&#13;
3° 20 juin 1681. Lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu&#13;
4° 27 octobre 1681. Décret du Serviteur de Dieu aux Récollets, leur&#13;
permettant de célébrer privément la messe dans leur infirmerie&#13;
5° 19 décembre 1681. Procès-verbal des échanges entre le Serviteur de&#13;
Dieu et le P. Adrien Ladan, récollet, au sujet du sermon que fit ce père&#13;
dans la cathédrale de Québec durant l’avent 1681&#13;
6° 1681. Rapport du P. Chrestien Le Clercq, récollet, à propos de&#13;
l’infirmerie de Québec&#13;
7° 9 mars 1682. Lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu&#13;
A. 11 avril 1683. Lettre de l’abbé Tronson à l’abbé Rémy&#13;
8° 3 juin 1683. 1re lettre du Serviteur de Dieu au P. Valentin, supérieur des&#13;
Récollets&#13;
9° 4 juin 1683. Réponse des Récollets au Serviteur de Dieu&#13;
10° 12 juin 1683. 2e lettre du Serviteur de Dieu aux Récollets&#13;
11° 15 juin 1683. Procès-verbal d’une réunion capitulaire des Récollets&#13;
12° 3 octobre 1683. 1re lettre du Serviteur de Dieu au P. Henri Le Roy,&#13;
récemment nommé supérieur des Récollets&#13;
13° 24 octobre 1683. 2e lettre du Serviteur de Dieu au P. Henri Le Roy&#13;
14° 4 novembre 1683. Rapport de Meulles, intendant du Canada, à&#13;
Seignelay, secrétaire d’État de la Marine de France&#13;
15° 10 novembre 1683. Lettre du Serviteur de Dieu au ministre de&#13;
Seignelay&#13;
16° 10 novembre 1683. Mémoire de Brisacier au roi de France Louis XIV&#13;
au sujet de la question du clocher&#13;
17° 1684. Rapport des Récollets sur leurs difficultés avec le Serviteur de&#13;
Dieu&#13;
18° 11 mars 1684. Lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu&#13;
19° 10 avril 1684. Lettre du ministre de Seignelay au Serviteur de Dieu&#13;
B. 20 avril 1684. Lettre de l’abbé Tronson à l’abbé Dollier de Casson&#13;
20° 14 mai 1684. Lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu&#13;
21° 18 octobre 1684. Lettre du Serviteur de Dieu à La Barre, gouverneur&#13;
du Canada&#13;
22° 13 novembre 1684. Rapport du gouverneur de La Barre au roi&#13;
Louis XIV&#13;
- 445 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-1&#13;
&#13;
23° 14 novembre 1684. Lettre du gouverneur de La Barre au ministre de&#13;
Seignelay&#13;
C. 11 décembre 1688. 1re lettre de Mgr de Saint-Vallier au P. Séraphin&#13;
Georgemé&#13;
D. Entre le 11 et 14 décembre 1688. 1re lettre du P. Séraphin Georgemé à&#13;
Mgr de Saint-Vallier&#13;
E. 13 décembre 1688. 2e lettre de Mgr de Saint-Vallier au P. Séraphin&#13;
Georgemé&#13;
F. 14 décembre 1688. 2e lettre du P. Séraphin Georgemé à Mgr de SaintVallier&#13;
G. 17 décembre 1688. 3e lettre du P. Séraphin Georgemé à Mgr de SaintVallier&#13;
H. Après le 17 décembre 1688. 3e lettre de Mgr de Saint-Vallier au&#13;
P. Séraphin Georgemé&#13;
DOC. XLIII-1. DÉCRET DE LAVAL AUTORISANT LE RETOUR DES RÉCOLLETS AU CANADA (10 NOVEMBRE 1670)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-1&#13;
Décret du Serviteur de Dieu autorisant les pères récollets dans son vicariat&#13;
apostolique, 10 novembre 1670, d’après l’original conservé aux Archives&#13;
départementales des Yvelines et de l’ancienne Seine-et-Oise,&#13;
Montigny-le-Bretonneux, 57H1&#13;
Traduction de l’original latin&#13;
Ces lettres patentes furent écrites à la suite d’une lettre du roi de France au&#13;
Serviteur de Dieu le 4 avril 1670 (Archives nationales d’Outre-mer, Aix-enProvence, Archives des colonies, Série B, vol. 2, fos 38v-39), dans laquelle&#13;
Louis XIV demandait à Mgr de Laval d’accueillir les Récollets dans son vicariat&#13;
apostolique.&#13;
&#13;
François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, évêque de&#13;
Pétrée, vicaire apostolique et premier évêque nommé de cette région, à nos&#13;
bien-aimés dans le Christ, le P. Allart, provincial, et les religieux récollets&#13;
de l’Ordre de Saint-François, de la province de Saint-Denis, salut dans le&#13;
Seigneur.&#13;
Le ministère évangélique qu’avec la grâce divine les religieux de votre&#13;
province ont rempli dans cette nouvelle partie du monde, sous l’autorité&#13;
des souverains pontifes et le bon plaisir du Très Chrétien Roi de France,&#13;
Louis XIII, d’heureuse mémoire, est un titre plus que suffisant à la&#13;
- 446 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-1&#13;
&#13;
fondation que vous y faites présentement. Si fervent, en effet, fut le zèle de&#13;
vos devanciers, si exemplaire leur vie, si infatigable surtout l’activité qu’ils&#13;
déployèrent à propager la foi, qu’en moins de 14 ans, l’assistance de Dieu,&#13;
qui fortifie ceux qui espèrent en lui les fit pénétrer pour y instruire dans&#13;
leurs forêts les Sauvages* habitants des bois, jusqu’à l’extrémité des terres&#13;
arrosées par ce fleuve immense ;&#13;
néanmoins, le parfum d’édification et le pieux souvenir qu’ont laissés ces&#13;
hommes apostoliques, non moins que le désir ardent de les revoir, exprimé&#13;
par les populations canadiennes, sont tels qu’ils nous poussent à donner un&#13;
témoignage public de l’allégresse et de la consolation causées en tous et&#13;
dans chacun par le retour de ceux qu’il y a plus de 40 ans ont chassé les&#13;
Anglais, alors ennemis jurés de la France ;&#13;
c’est pourquoi nous vous octroyons les présentes lettres patentes, afin que&#13;
selon l’ordre du Roi Très Chrétien Louis XIV, recouvrant et reprenant la&#13;
possession de votre antique maison de Québec, vous puissiez l’ériger en&#13;
monastère de votre ordre et y vivre selon vos règles et statuts ; vous&#13;
assurant en outre de notre volonté d’être toujours favorable à votre ordre,&#13;
dont nous désirons d’un grand désir l’accroissement perpétuel et sans&#13;
mesure en ce pays. À ces fins, nous vous promettons le concours de toute&#13;
notre autorité et bienveillance.&#13;
Donné à Québec, l’an 1670, le 10e jour de novembre, sous notre seing et&#13;
sceau, et la signature accoutumée de notre secrétaire ordinaire,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
Par mandement de Mgr illustrissime et révérendissime l’évêque, Petit 279.&#13;
&#13;
NDLR : Traduction de l’original latin tirée de François de Montmorency*-Laval, premier&#13;
évêque de la Nouvelle-France, Souvenir des fêtes du 21-23 juin 1908, p. 10-13.&#13;
&#13;
279&#13;
&#13;
- 447 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-2&#13;
&#13;
DOC. XLIII-2. CONCESSION DE LOUIS XIV D’UN ESPACE À QUÉBEC POUR LES RÉCOLLETS (28 MAI 1681)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-2&#13;
Concession faite par le roi Louis XIV aux pères récollets d’un terrain dans la&#13;
ville de Québec, 28 mai 1681, d’après l’original conservé aux Archives&#13;
nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série B, vol. 8, fo 89v&#13;
&#13;
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces&#13;
présentes lettres verront, salut.&#13;
Nos chers et bien-aimés les religieux récollets résidant en notre pays de la&#13;
Nouvelle-France nous ont très humblement fait remontrer que leur maison&#13;
étant éloignée d’une demi-lieue de la ville de Québec, ils auraient besoin&#13;
d’y avoir un hospice pour s’y retirer lorsque la nuit et le mauvais temps les&#13;
surprennent dans les fonctions de leur institut, au lieu qu’ils pourraient les&#13;
continuer plus facilement, s’il nous plaisait leur accorder une place inutile&#13;
à notre service située dans la haute-ville de Québec où était ci-devant la&#13;
Sénéchaussée ;&#13;
à ces causes, désirant traiter favorablement lesdits exposants, nous leur&#13;
avons fait et faisons don, par ces présentes signées de notre main, de ladite&#13;
place située dans la haute-ville de Québec, où était ci-devant la&#13;
Sénéchaussée et dépendances, pour en faire et disposer comme de chose à&#13;
eux appartenant.&#13;
Et donnons en mandement à nos aimés et féaux les gens tenant notre&#13;
Conseil souverain à Québec et autres nos officiers et sujets qu’il&#13;
appartiendra que ces présentes lettres de don et de concession, ils aient à&#13;
faire lire et enregistrer et du contenu en icelles jouir et user lesdits&#13;
exposants, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements qui&#13;
pourraient leur être donnés au contraire. Car tel est notre plaisir. En témoin&#13;
de quoi nous avons fait mettre notre sceau à cesdites présentes.&#13;
Donné à [Paris, le 28 mai 1681.]&#13;
&#13;
- 448 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-3&#13;
&#13;
DOC. XLIII-3. EXTRAIT DE LA LETTRE DE DUDOUYT À LAVAL (15-20 JUIN 1681)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-3&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu, 15-20 juin 1681,&#13;
d’après l’original au Musée de la civilisation de Québec, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 59&#13;
En 1676, l’abbé Dudouyt fut envoyé en France par le Serviteur de Dieu comme&#13;
son représentant et procureur du Séminaire de Québec. Durant la période pendant&#13;
laquelle le Serviteur de Dieu rencontra des difficultés avec les Récollets, cet abbé&#13;
intervint auprès des supérieurs des Récollets de la province de Saint-Denis pour&#13;
soutenir les intérêts de Mgr de Laval. Dans cette section, nous présentons quatre&#13;
de ses lettres (Docs. XLIII, nos 3, 7, 18 et 20).&#13;
&#13;
Du 16e [juin],&#13;
Je suis allé aux pères récollets, où le père provincial est fort malade et hors d’état&#13;
d’agir jusqu’à ce qu’il ait recouvert la santé. Ainsi, je crois qu’il ne peut rien faire&#13;
davantage cette année pour le Canada. Le F. Luc m’a dit qu’il croit que le P. Valentin&#13;
reviendra cette année, parce qu’il se porte mal en Canada. La place pour laquelle&#13;
ils ont obtenu des lettres de la Cour est une maison qui était à vendre à Québec&#13;
qu’ils veulent acheter. Ce pourrait bien être celle de M. Godefroy, qui appartient à&#13;
M. Talon, car je ne crois pas que ce soit à la basse-ville. Ils avaient demandé à M. de&#13;
Frontenac la Sénéchaussée et il leur avait promise, mais il changea d’avis et la&#13;
donna à Mlle Denys. Ils prennent prétexte que c’est pour s’y faire&#13;
médicamenter quand ils tombent malades. M. Tronson m’a dit que si on&#13;
pouvait faire différer la chose jusqu’à l’année prochaine, on y pourrait&#13;
remédier. Et comme ils ne peuvent pas s’établir ici, ni en la haute ni en la&#13;
basse-ville, sans avoir obtenu la permission de vous, il y a raison pour&#13;
différer la chose, car il y a plus que suffisamment des églises dans Québec&#13;
et au regard des autres établissements qu’ils veulent faire en d’autres lieux,&#13;
le pays n’est pas capable de les y faire subsister d’aumônes, outre qu’ils&#13;
n’ont pas assez de monde pour faire l’office divin et garder la régularité&#13;
dans la seule maison de Québec.&#13;
Du 20 [juin],&#13;
Un des principaux et des mieux intentionnés dit hier que la cause du mal&#13;
était qu’on ne convenait du principe, qui consiste en ce que M. l’évêque et&#13;
les Jésuites défendent l’eau-de-vie pour en traiter seuls. Ces bons pères sont&#13;
- 449 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-4&#13;
&#13;
si bien affermis dans cette impression, que quelque chose qu’on leur puisse&#13;
dire au contraire, ils n’en reviennent pas et cela se publie non seulement&#13;
parmi eux, mais le croyant de la sorte, ils le disent au-dehors et à la Cour et&#13;
M. de Frontenac le publie en France et en Canada, comme [le] font ceux qui&#13;
entrent dans ses sentiments. Vous pouvez juger quel effet tout cela peut&#13;
avoir. Je ne vois pas qu’il soit facile de remédier à toute leur conduite et tout&#13;
ce que vous pouvez faire, c’est de donner de l’emploi à ceux-là seulement&#13;
que vous en jugerez capables et que tous les autres demeurent à garder leur&#13;
règle dans leur couvent. C’est ce que m’a dit le père provincial et qu’il ne&#13;
prétendait pas que les religieux s’ingérassent de travailler sinon lorsque&#13;
vous les appelleriez ; que hors cela, ils demeurassent au couvent à garder&#13;
leur règle.&#13;
DOC. XLIII-4. DÉCRET DE LAVAL PERMETTANT AUX RÉCOLLETS DE CÉLÉBRER DANS LEUR HOSPICE (27 OCTOBRE 1681)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-4&#13;
Décret du Serviteur de Dieu permettant aux pères récollets de célébrer la&#13;
messe en privé dans leur infirmerie de Québec, 27 octobre 1681, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives départementales des Yvelines et de&#13;
l’ancienne Seine-et-Oise, Montigny-le-Bretonneux, 57H1&#13;
&#13;
François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, premier évêque de Québec,&#13;
à nos bien-aimés les frères mineurs récollets de l’Ordre de Saint-François&#13;
du couvent établi proche de Québec, salut.&#13;
Nous ayant représenté des lettres patentes du roi expédiées à Versailles le&#13;
28 du mois de mai dernier, par lesquelles il a plu à Sa Majesté de vous&#13;
accorder une place située en la haute-ville de Québec, sur laquelle était cidevant bâtie la maison de la Sénéchaussée, sur ce que vous lui avez&#13;
remontré que vous y auriez besoin d’un hospice pour vous retirer lorsque&#13;
vous y êtes surpris de la nuit et du mauvais temps ; et nous ayant aussi&#13;
d’autre part représenté la nécessité que vous avez de retirer audit lieu vos&#13;
religieux lorsqu’il leur arrive quelque accident de maladie, à raison de la&#13;
plus grande commodité des remèdes et autres soulagements nécessaires ;&#13;
nous, pour ces considérations et en conséquence desdites lettres patentes&#13;
de Sa Majesté et de notre permission que vous nous aviez humblement&#13;
supplié de vous accorder, désirant faire de notre part tout ce qui est en notre&#13;
- 450 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-4&#13;
&#13;
pouvoir pour votre soulagement et consolation, nous vous permettons,&#13;
lorsque vous aurez une maison bâtie sur ladite place et que quelqu’un de&#13;
vos religieux y sera retenu par maladie, d’y faire célébrer la sainte messe&#13;
par un de vos religieux en particulier et, lorsque les infirmes seront en&#13;
convalescence, de la célébrer eux-mêmes jusqu’à ce qu’ils soient en état de&#13;
pouvoir retourner audit couvent.&#13;
En foi de quoi nous avons à ces présentes signées de notre main et&#13;
contresignées par notre secrétaire, fait apposer le sceau de nos armes.&#13;
Donné à Québec, le 27e jour d’octobre 1681,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
Par commandement de Monseigneur, Francheville.&#13;
&#13;
- 451 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-5&#13;
&#13;
DOC. XLIII-5. PROCÈS-VERBAL DES ÉCHANGES ENTRE LAVAL ET LADAN PAR BERNIÈRES ET MAIZERETS (19 DÉCEMBRE&#13;
1681)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-5&#13;
Procès-verbal des échanges entre le Serviteur de Dieu et le P. Adrien Ladan,&#13;
récollet, sur sa prédication, 19 décembre 1681, d’après la copie collationnée&#13;
aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 229, no 270&#13;
Mgr de Laval recommanda prudemment au P. Adrien Ladan, récollet, de ne pas&#13;
faire allusion au douloureux conflit né entre le gouverneur de Frontenac et&#13;
l’intendant Duchesneau durant la prédication de l’avent de 1681 dans la cathédrale&#13;
(cf. Doc. XXVII-16). Le P. Adrien désobéit. Le Serviteur de Dieu eut alors un&#13;
long entretien avec le prédicateur, qui, refusant toujours de se soumettre à&#13;
l’autorité épiscopale, fut substitué par un prêtre du Séminaire de Québec pour la&#13;
prédication du quatrième dimanche de l’avent.&#13;
Le document reproduit ici raconte minutieusement cet entretien. Bien qu’il ne soit&#13;
pas signé, on devine qu’il a été rédigé par une personne qui était présente durant&#13;
la discussion, peut-être même par le Serviteur de Dieu, comme on pourrait en&#13;
déduire par le style, ou par un de ses deux vicaires généraux, Bernières ou&#13;
Maizerets. La copie de ce document conservée au Registre A des Archives de&#13;
l’archidiocèse de Québec porte par erreur la date du 19 novembre 1681. On doit&#13;
plutôt écrire 19 décembre 1681, puisqu’il traite de la prédication de l’avent ; de&#13;
plus, nous savons par un autre document que ledit échange eut lieu après les&#13;
prédications du 7 et du 14 décembre.&#13;
&#13;
Le 19e [déc]embre 1681, le P. Adrien, récollet, est venu trouver Monseigneur&#13;
à 1 heure après-midi, après avoir été mandé par mondit seigneur, qui a&#13;
voulu que MM. de Bernières et des Maizerets y fussent présents.&#13;
Monseigneur a exposé que lorsqu’il lui donna la chaire de Québec, il l’avait&#13;
prévenu de ne point parler des divisions qui étaient dans le pays, vu que&#13;
cela n’y remédierait pas, mais ferait plus de mal que de bien, lui alléguant&#13;
pour exemple le père commissaire 280 qui en avait parlé et avait fait plus de&#13;
mal que de bien et celle de quelques autres qui avaient prêché avec&#13;
édification sans parler de ces matières.&#13;
Monseigneur lui dit de plus que depuis il n’avait pas laissé d’en parler, sur&#13;
quoi il lui avait donné avis le jour de la Conception, à quoi il avait paru&#13;
acquiescer et se soumettre par son maintien et inclination de tête ; que&#13;
nonobstant il avait continué dimanche dernier, se servant des mots de&#13;
cabale, division et partialité ; qu’il lui en avait par après parlé et remontré&#13;
280&#13;
&#13;
NDLR : Valentin Leroux, récollet.&#13;
- 452 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-5&#13;
&#13;
les mauvais effets que cela pouvait produire, qui seraient d’augmenter la&#13;
division et l’avait prié, exhorté et commandé de ne plus parler à l’avenir&#13;
d’aucune chose qui concernât cette matière et fît connaître qu’il y eût&#13;
partialité dans le pays et dit que le P. Adrien (à qui il achevait les paroles)&#13;
avait répondu qu’il demandait du temps pour y répondre et qu’il lui avait&#13;
donné et que présentement il l’a fait venir pour l’entendre de sa bouche&#13;
avec l’explication de plusieurs choses qu’il avait dites à M. de Bernières&#13;
deux jours auparavant sur cette matière.&#13;
Il fit voir ensuite par plusieurs raisons les conséquences qu’il y a de prêcher&#13;
de cette matière et que chacun croyait avoir raison ; que cela ne pouvait&#13;
concerner que MM. le gouverneur et intendant ; que c’était au roi à terminer&#13;
leurs différends et non pas à l’Église, qui ne devait point prendre de parti ;&#13;
que chacun se croyait en bonne conscience et sa cause juste ; qu’il pouvait&#13;
néanmoins y avoir bien du péché de part et d’autre ; qu’il ferait très bien et&#13;
l’approuvait de remontrer aux uns et aux autres en particulier et à tous ceux&#13;
qu’il croyait prendre parti, tout ce qu’il jugerait à propos, pourvu qu’il n’en&#13;
dît rien en public ; il ajouta que cela ferait croire qu’eux-mêmes prendraient&#13;
parti, comme on l’avait déjà jugé du père commissaire.&#13;
Le P. Adrien, avant que de répondre, pria Monseigneur de lui parler seul ;&#13;
à quoi mondit seigneur dit qu’il souhaitait que ses grands-vicaires fussent&#13;
présents à la réponse, que s’il obéissait, il ne devait pas avoir de difficulté&#13;
et que, s’il n’obéissait pas, il souhaitait qu’ils en fussent témoins. Il se mit&#13;
ensuite à genoux pour répondre ; ce qu’il fit plusieurs fois et toujours&#13;
Monseigneur le releva et ne voulut souffrir qu’il lui parlât à genoux, disant&#13;
qu’il demandait de lui une soumission intérieure et non toutes ces&#13;
déférences extérieures. Le père dit donc qu’il ne pourrait pas s’engager ni&#13;
lui promettre de ne point parler de cette matière. Sur quoi l’on se leva et le&#13;
père étant sur le point de sortir demanda encore à dire ses raisons.&#13;
Monseigneur le fit asseoir et lui donna lieu de dire tout ce qu’il voulut, dont&#13;
voici la substance :&#13;
&#13;
- 453 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-5&#13;
&#13;
1° que Notre-Seigneur avait dit à ses apôtres : « Nolite cogitare&#13;
quid loquamini ; non vos estis qui loquimini, sed Spiritus Patris&#13;
vestri qui loquitur in vobis 281 » ;&#13;
2° que prêchant, il était la voix de Jésus-Christ pour prêcher&#13;
l’Évangile, qu’il recevait sa mission de Monseigneur, mais la&#13;
parole de Jésus-Christ ;&#13;
3° qu’il considérait Monseigneur, ou comme évêque, ou&#13;
comme particulier ; comme évêque, il se soumettait à lui, mais&#13;
comme particulier, il n’était pas infaillible et ne pouvait pas&#13;
lui commander des choses comme cela, qu’il était obligé&#13;
d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ;&#13;
4° qu’il ne prêchait que ce qu’ordonnaient l’Évangile, l’Église&#13;
et ses Pères et que Notre-Seigneur avait ordonné à ses apôtres&#13;
de prêcher la paix ; que sa règle lui commandait de prêcher&#13;
les vertus et contre les vices, du paradis et de l’enfer, qu’il ne&#13;
pouvait pas en conscience se dispenser de prêcher contre les&#13;
partialités qui régnaient depuis si longtemps dans le pays ;&#13;
que quelques séculiers lui avaient dit qu’elles étaient la cause&#13;
qu’il ne se faisait presque aucune bonne confession dans le&#13;
pays ; et plusieurs autres choses semblables. La conclusion fut&#13;
qu’il ne pouvait pas se soumettre en ce point, qu’il n’avait&#13;
point recherché la chaire et qu’il était disposé de la quitter&#13;
plutôt que d’agir contre sa conscience.&#13;
Monseigneur lui répondit à chaque article et lui fit voir qu’il avait un bon&#13;
zèle, mais qui n’était pas selon la science et qu’il était dans une conscience&#13;
erronée sur ce point ; qu’il ne s’agissait pas ici ni du vice ni de la vertu, mais&#13;
de ne pas entretenir la division par ses prédications ; que c’est tout l’effet&#13;
qu’elles auraient ; que c’était un stratagème du diable pour empêcher le&#13;
fruit qu’il pourrait faire ; qu’il prêchât contre les haines, vengeances et&#13;
autres vices de cette nature, pourvu qu’il ne parle pas des cabales, ni&#13;
partialités en aucune manière ; que c’est ce qu’il lui défendait et non autre&#13;
NDLR : « Ne vous inquiétez ni de la manière dont vous parlerez ni de ce que vous direz […] car&#13;
ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. » (Matthieu 10:1920)&#13;
281&#13;
&#13;
- 454 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-5&#13;
&#13;
chose ; que c’était à lui, qui lui donnait sa mission et qui avait la conduite&#13;
de l’Église en main, de juger de ce qu’il devait prêcher ou ne pas prêcher ;&#13;
que l’obéissance à son évêque était le caractère de l’esprit de Dieu ; et&#13;
qu’enfin, c’était à lui d’en répondre devant Dieu et à lui d’obéir. Il ajoute&#13;
qu’il le priait de ne se point opiniâtrer et lui commandait en même temps.&#13;
Il lui dit que cela ne venait point de lui et qu’il était conseillé ; il dit n’en&#13;
avoir parlé qu’à son supérieur et enfin, il persiste toujours à dire que la&#13;
parole de Dieu n’était point liée et qu’il ne pourrait lui promettre rien sur&#13;
ce qu’il lui demandait et demanda à Monseigneur s’il lui défendait la chaire.&#13;
Mondit seigneur lui répondit que c’était sa désobéissance et qu’il le dirait&#13;
partout et qu’il lui avait parlé sans passion.&#13;
&#13;
- 455 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-6&#13;
&#13;
DOC. XLIII-6. EXTRAITS DU RAPPORT DE LE CLERCQ CONCERNANT L’ÉTABLISSEMENT À LA SÉNÉCHAUSSÉE (APRÈS LE 21&#13;
OCTOBRE 1681)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-6&#13;
Extraits du rapport du P. Le Clercq sur la fondation du couvent des&#13;
Récollets dans la ville de Québec, après le 21 octobre 1681, d’après une copie&#13;
conservée aux Archives départementales des Yvelines et de l’ancienne Seineet-Oise, Montigny-le-Bretonneux, 57H1&#13;
Ce mémoire, attribué au P. Chrestien Le Clercq, récollet, et probablement envoyé&#13;
aux supérieurs des Récollets de la province de Saint-Denis (cf. Hugolin, franciscain, Notes bibliographiques pour servir à l’histoire des Récollets au Canada,&#13;
Montréal, 1932, vol. 1, p. 20), est publié ici d’après une copie contemporaine,&#13;
conservée aux Archives départementales de Seine-et-Oise, à Versailles, dans le&#13;
fonds des Récollets. Cette copie reproduit en entier la seconde partie du mémoire,&#13;
mais ne donne qu’un bref résumé de la première, qui est cependant suffisant pour&#13;
notre Positio, étant donné que ce résumé est assez complet et que tous les&#13;
arguments abordés reviennent dans d’autres documents de notre dossier. Le texte&#13;
complet de ce rapport a été publié en annexe à l’Histoire chronologique de la&#13;
Nouvelle-France, du P. Sixte Le Tac, récollet, édité chez Eugène Réveillaud&#13;
(Paris, 1888), p. 199-208.&#13;
&#13;
Éclaircissement nécessaire pour l’établissement d’un hospice que&#13;
Sa Majesté nous a accordé dans la haute-ville de Québec&#13;
[Première partie, résumé]&#13;
Après avoir donné les raisons qui motivent cet hospice :&#13;
1° l’éloignement de leur couvent de Notre-Dame-des-Anges&#13;
de Québec et la raison de leur envoi au Canada : « soulager&#13;
les consciences étrangement gênées par une conduite aussi&#13;
extraordinaire des autres, » des Jésuites et de l’évêque ;&#13;
2° l’inutilité qui s’ensuit des Récollets venus comme&#13;
missionnaires au Canada ;&#13;
3° Québec étant la capitale et le lieu le plus visité des&#13;
habitants, ce serait l’endroit désigné pour le ministère auquel&#13;
les destine le roi ;&#13;
4° les nécessités domestiques du couvent Notre-Dame-desAnges exigent une maison à Québec pour recueillir les&#13;
quêtes ;&#13;
- 456 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-6&#13;
&#13;
5° de même pour les malades ;&#13;
6° des aumônes venues pour les Récollets à Québec s’y&#13;
perdent, faute de quelqu’un pour les recueillir à temps ;&#13;
7° les Récollets sont les aumôniers ordinaires du gouverneur ;&#13;
8° recueillir les aumônes et des honoraires de messe ;&#13;
9° soulager les consciences ; ils sont obligés d’entendre les&#13;
confessions dans des maisons de particuliers ; encore les&#13;
prêtres du Séminaire et les Jésuites font-ils des enquêtes&#13;
auprès de leurs pénitents pour savoir s’ils sont allés se&#13;
confesser aux Récollets.&#13;
[Seconde partie]&#13;
Il y a longtemps que nous en avions fait le projet, mais nous ne l’espérions&#13;
pas de le voir encore exécuté cette année, lorsque le 29e jour de juillet&#13;
dernier, sans que nous en eussions reçu aucun avis de France,&#13;
Mgr* l’intendant, après l’arrivée du vaisseau le Mouton Blanc, écrivit au père&#13;
supérieur que Sa Majesté nous ayant accordé la place où était ci-devant la&#13;
Sénéchaussée, nous eussions à le venir trouver le lendemain pour nous en&#13;
mettre en possession. Le père supérieur, ayant obéi à ses ordres, lui alla&#13;
rendre ses civilités au jour et à l’heure marqués et, quant à la prise de&#13;
possession, le pria de la différer jusqu’à ce qu’il eût le moyen de&#13;
communiquer la chose à Mgr l’évêque, qui était pour lors absent de Québec&#13;
dans le cours de ses visites et obtenir son agrément.&#13;
Peu de jours après, Sa Grandeur étant de retour, tomba malade d’une&#13;
maladie dangereuse 282 ; dans l’espace de 15 jours, on n’espérait que la mort.&#13;
Mais Dieu nous ayant fait la grâce de le rétablir en convalescence et dans sa&#13;
première santé, les pères supérieur et vicaire le seraient allés voir pour lui&#13;
demander son agrément aux fins de notre établissement au susdit hospice,&#13;
lequel il aurait accordé verbalement de la manière du monde la plus&#13;
NDLR : Cette « maladie dangereuse » n’est jamais précisée, mais elle est mentionnée dans&#13;
plusieurs documents, dont ceux du Conseil souverain, duquel il a dû s’absenter du 18 août au&#13;
20 octobre 1681. Elle faisait suite à la plus longue et la plus complète de ses visites diocésaines,&#13;
couvrant plus de 135 km en 19 jours.&#13;
282&#13;
&#13;
- 457 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-6&#13;
&#13;
obligeante. Avec cette parole de Sa Grandeur, ils se seraient transportés à&#13;
l’hôtel dudit seigneur intendant pour lui demander l’exécution des ordres&#13;
du roi, lequel ayant égard à leurs très humbles suppliques, aurait fait le jour&#13;
même, 19e septembre, descente sur les lieux en personne accompagné de&#13;
son secrétaire, des susdits pères supérieur et vicaire et d’un nommé Le&#13;
Rouge, arpenteur juré et, après avoir toisé cette place, nous en aurait fait et&#13;
donné son verbal.&#13;
En même temps après, il courut un bruit de la ville que le roi nous avait&#13;
accordé l’alternative, ou de la Sénéchaussée dans la haute-ville, ou du Vieux&#13;
magasin du roi dans la basse-ville et que l’un ou l’autre était en notre choix.&#13;
Mgr l’évêque, étrangement effrayé de cette nouvelle que l’on débitait comme&#13;
sûre, fit appeler le père supérieur pour lui en demander la vérité ; mais&#13;
quelque certitude qu’on lui donnât du contraire, il en douta toujours, en&#13;
sorte que pour prendre les devants, il fit faire un autel au Vieux magasin&#13;
pour y faire en même temps célébrer la sainte messe, comme une espèce de&#13;
possession qu’il en prenait, en cas que les ordres de la Cour arrivassent&#13;
conformément à ce qu’il appréhendait. Ledit seigneur évêque ayant&#13;
derechef fait appeler le père supérieur, lui renouvela ses instances pour&#13;
prendre au plus tôt possession de la Sénéchaussée avec la croix et les&#13;
cérémonies ordinaires, afin d’apaiser les discours et les tumultes des&#13;
peuples de la basse-ville, qui témoignaient de concert leurs désirs pour y&#13;
avoir un établissement de Récollets.&#13;
Le père supérieur, pour marquer la sincérité de ses intentions et satisfaire&#13;
Mgr l’évêque, fit en même temps venir sa communauté et Monseigneur,&#13;
nommant M. de Bernières, son grand-vicaire, pour faire la cérémonie,&#13;
M. Souart, prêtre du Séminaire de Montréal, pour assistant, en alla planter&#13;
la croix le 25e de septembre.&#13;
Le même jour, le vaisseau nommé le Saint-François arriva de France devant&#13;
Québec et nous rendit les patentes du roi pour le susdit établissement.&#13;
Mgr l’évêque [et] Mgr l’intendant n’y trouvèrent pour lors aucune difficulté.&#13;
Elles ont été depuis les vacations enregistrées au Conseil, de sorte que pour&#13;
- 458 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-6&#13;
&#13;
le temporel, il paraîtrait que partout ailleurs que dans un pays de chicane,&#13;
nous en serions paisibles possesseurs.&#13;
Ayant jugé à propos auparavant que de rien entreprendre d’obtenir de&#13;
Mgr l’évêque sa permission par écrit pour le régulier de notre hospice et&#13;
pour le libre exercice de nos fonctions, nous l’aurions été voir plusieurs fois&#13;
à ce dessein, jusqu’à ce qu’enfin, le 30 d’octobre, il nous envoya son grandvicaire avec l’écrit ci-joint, tout rempli d’artifices 283, fort éloigné de ce qu’il&#13;
nous avait promis de parole, de la teneur des patentes et des intentions du&#13;
roi et des fins nécessaires de notre établissement, vu que ladite permission&#13;
ne se termine qu’à nous donner le pouvoir de célébrer la sainte messe en&#13;
particulier, lorsque nous y aurons des malades et jusqu’à ce qu’ils soient en&#13;
état de s’en retourner au couvent de Notre-Dame-des-Anges.&#13;
1° Il est visible que, par cet écrit, il nous restreint à une maison purement&#13;
séculière, dont nous sommes incapables selon notre état, ne pouvant avoir&#13;
aucune terre à notre usage que par forme d’établissement régulier&#13;
permanent.&#13;
2° Il nous restreint la concession du roi, qui se sert de terme d’hospice,&#13;
ajoutant que c’est pour plus facilement exercer les fonctions de notre&#13;
institut, à une simple infirmerie, dont le roi ne parle point.&#13;
3° Il nous permet ce qu’il ne nous saurait contester même dans un interdit,&#13;
qui est de dire la messe en particulier ianuis clausis 284, puisque nous le&#13;
pouvons dans nos établissements. Par cette adresse, qui lui a été plutôt&#13;
suggérée par ceux qui le conduisent que par son propre esprit, il obtient&#13;
toutes ses fins : il nous interdit à Québec en reste de son écrit et nous exclut&#13;
du ministère pendant que la distance des lieux, les pluies, les neiges, les bois&#13;
et la difficulté des chemins interdisent les peuples des secours qu’ils&#13;
espéraient de nous à Notre-Dame-des-Anges.&#13;
&#13;
283&#13;
284&#13;
&#13;
Il s’agit du Doc. LXIII-4.&#13;
NDLR : derrière des portes fermées.&#13;
- 459 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-6&#13;
&#13;
4° Il se réserve par là de nous inquiéter et de nous chicaner dans cette figure&#13;
d’hospice que nous aurions à Québec selon sa restriction, pour nous faire&#13;
naître tous les jours des incidents et des sujets de reproche lorsque nos&#13;
religieux s’y arrêteraient, étant une maison non régulière.&#13;
5° Il nous la rend inutile à toutes les fins publiques et particulières, que nous&#13;
avons marquées ci-dessus au commencement de cet écrit, puisque n’y&#13;
pouvant y faire demeurer habituellement des religieux et encore moins des&#13;
donnés, des personnes séculières, ceux qui reviennent de la campagne la&#13;
nuit en canot, ceux qui se trouvent à la ville arrêtés par les pluies et le&#13;
mauvais temps, ne pourraient y trouver de retraite, les peuples n’en&#13;
recevraient aucun secours, notre maison de Notre-Dame-des-Anges aucun&#13;
soulagement.&#13;
Sa Grandeur fait paraître que sa mauvaise volonté n’est pas seulement&#13;
contre quelques particuliers, dont il s’entête successivement pour nous tenir&#13;
en haleine, mais contre le corps de l’Ordre et qu’il nous a extrêmement en&#13;
jalousie pour l’exercice de nos fonctions, puisqu’il ne s’agit pas ici de&#13;
l’interdire à un particulier, mais à l’Ordre qui y placerait des sujets.&#13;
Il nous fait dire sous-main par ses émissaires que pour nous montrer qu’il&#13;
ne désire pas de nous ôter, de nous restreindre le libre exercice de nos&#13;
fonctions, qu’il nous donnera, quand nous voudrons, un confessionnal à la&#13;
paroisse, comme nous l’avions les deux premières années depuis notre&#13;
retour et notre rétablissement en ce pays. L’artifice est spécieux à qui ne&#13;
saurait pas les différentes traverses que lui et les siens nous faisaient naître,&#13;
autant de fois que l’on se présentait alors au susdit confessionnal et quels&#13;
en étaient ceux et celles qui s’y adressaient pour les mettre à l’inquisition,&#13;
les discréditer et les scandaliser par les détours ordinaires de leur adresse.&#13;
Et le seul moyen de lever cet inconvénient serait de nous accorder le libre&#13;
exercice de nos ministères dans notre hospice ; et c’est ce qu’il refuse.&#13;
&#13;
- 460 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-6&#13;
&#13;
Il prétexte encore sous-main que la paroisse et les Jésuites suffisent pour le&#13;
service des peuples et qu’il y aurait trop d’églises ouvertes à Québec,&#13;
comme s’il pouvait y avoir de fixé dans le nombre des églises, des messes&#13;
et des dévotions publiques ; et des justes inconvénients à donner lieu aux&#13;
sujets du roi de choisir des confesseurs ordinaires. Les exemples de&#13;
l’inquisition [phrase incomplète] 285&#13;
Il a eu deux fins par cet écrit : l’une de gagner du temps et de faire ses&#13;
diligences en Cour cette année pour obtenir la révocation de la concession&#13;
du roi ; nous savons de bonne part qu’il doit mettre en œuvre tous les&#13;
moyens afin d’en venir à bout ; je crois que son prétexte le plus apparent&#13;
sera de produire la concession provisionnelle, qui en avait été faite la même&#13;
année de la Sénéchaussée à M. Denis par nos seigneurs gouverneur et&#13;
intendant sous le bon plaisir du roi, lequel ne l’ayant pas agréé et nous ayant&#13;
donné la préférence, la possession prise, la croix plantée, les lettres&#13;
enregistrées, un bâtiment de 60 pieds qui y sera élevé l’été prochain avant&#13;
l’arrivée des vaisseaux, nous ne voyons pas qu’à cet égard ses prétentions&#13;
puissent avoir leurs effets. L’autre fin dans laquelle il se retranche est de&#13;
nous rebuter de l’établissement en le rendant presque inutile à notre usage&#13;
et au service de ses peuples ; mais comme il ne produit ouvertement&#13;
d’autres prétextes et n’allègue point d’autres excuses que l’équivoque des&#13;
lettres patentes du roi, qui ne s’expriment, dit-il, favorablement pour nos&#13;
intentions et qu’il appréhende de se faire une affaire en Cour, s’il nous&#13;
accorde un établissement régulier ad populum 286, jusqu’à ce que le roi s’en&#13;
soit déclaré, vu que Sa Majesté défend aux évêques de favoriser de pareils&#13;
établissements sans son autorité expresse, il ne s’agirait que d’obtenir une&#13;
lettre de cachet par forme de déclaration des intentions de Sa Majesté qui&#13;
auraient été de nous accorder cet hospice comme un établissement régulier,&#13;
non seulement pour y retirer les religieux de Notre-Dame-des-Anges, mais&#13;
encore pour y établir une communauté d’hospice qui servît au soulagement&#13;
et à la consolation des consciences de ses sujets.&#13;
NDLR : Réveillaud propose cette phrase : « Les exemples de l’inquisition exercée naguère&#13;
contre ceux qui nous prenaient pour confesseurs extraordinaires prouvent assez la nécessité d’éviter&#13;
pareille inquisition à l’avenir. » (p. 207)&#13;
286&#13;
NDLR : pour le peuple&#13;
285&#13;
&#13;
- 461 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-7&#13;
&#13;
L’on doit faire état qu’il faudra abandonner bientôt cet hospice prétendu si&#13;
nous le recevons avec les restrictions de Mgr l’évêque, sans obtenir une&#13;
déclaration du roi, qui nous serve toujours de droit pour obtenir toute&#13;
liberté d’un autre évêque après la mort de celui-ci, qui selon toute&#13;
apparence ne saurait vivre longtemps. Comme nous n’avons d’autres&#13;
intentions que de procurer en cela la sûreté, l’utilité et la régularité de nos&#13;
missions, l’honneur de la religion qui est fort engagé en cet endroit, le salut&#13;
des âmes et la gloire de Dieu, nos supérieurs en étant les premiers&#13;
dépositaires, nous recevrons tout ce qu’il leur plaira d’en décider et de&#13;
ménager auprès de Sa Majesté, sans nous rendre cautions des inconvénients&#13;
qui en arriveraient si l’on négligeait de soutenir cette affaire après l’avoir&#13;
entreprise.&#13;
DOC. XLIII-7. EXTRAITS DE LA LETTRE DE DUDOUYT À LAVAL (9 MARS 1682)&#13;
Doc. XLIII-7&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu, 9 mars 1682,&#13;
d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 61&#13;
Monseigneur,&#13;
Je bénis Dieu, avec tous vos amis, de vous avoir conservé pour le bien de&#13;
son Église et le prie de vous donner des grâces et des années pour affermir&#13;
ce que vous avez si heureusement établi. Votre âge et vos indispositions ne&#13;
vous permettent pas de supporter de si grands travaux. Il faut les modérer&#13;
et prendre les soulagements nécessaires pour travailler plus longtemps au&#13;
salut des âmes que Notre-Seigneur vous a confiées. [...]&#13;
M. de Bernières m’avait écrit touchant la conduite du P. Louis et m’avait&#13;
envoyé la lettre que vous lui aviez adressée touchant ce que le P. Louis avait&#13;
dit et fait à Chambly ; et M. Trouvé m’avait dit comme il s’était comporté&#13;
depuis Québec jusqu’en France, qu’il avait continué de dire contre vous, les&#13;
Jésuites et M. l’intendant tout ce qu’il avait coutume de dire en Canada. Il&#13;
avait confessé depuis Québec dans les côtes jusqu’au bout des habitations,&#13;
quoique vous lui eussiez défendu. [...]&#13;
- 462 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-7&#13;
&#13;
Touchant ceux [des Récollets] qui se sont ingérés de faire les fonctions dans&#13;
les missions et les paroisses sans votre permission ou de vos grandsvicaires, j’ai dit au père provincial ce que le P. Louis, le P. Martial, le&#13;
P. Georges, le P. Luc, le P. Zénobe avaient fait et lui ai fait remarquer qu’il&#13;
m’avait dit l’an passé qu’il ne prétendait pas qu’ils s’ingérassent de faire&#13;
aucune fonction si vous ne leur ordonniez. Je ne l’ai pas trouvé dans la&#13;
même disposition et lui ayant dit que ses religieux devaient avoir la même&#13;
dépendance dans notre diocèse qu’ils avaient dans les diocèses de France,&#13;
il m’a répondu que ce n’était pas de même en Canada, qu’ils dépendaient&#13;
non seulement de la puissance ecclésiastique, mais que quand le&#13;
gouverneur demandait un récollet, qu’ils ne pouvaient pas le refuser, etc. Il&#13;
m’ajouta que si on pensait les tenir de si court, c’était au sujet des missions&#13;
et des voyages que le P. Louis avait faits.&#13;
1° De tout ceci, il faut conclure que vous devez agir à leur égard comme on&#13;
fait en France, où ils n’oseraient s’être ingérés de [ne] faire aucune fonction&#13;
dans les diocèses sans l’approbation et permission de l’évêque du lieu.&#13;
2° S’ils font au contraire, il faut en informer et en avoir un témoignage&#13;
juridique et me l’envoyer. La Cour ne les soutiendra nullement en cela ni&#13;
M. de Seignelay.&#13;
3° Si quelqu’un se comporte mal, il faut semblablement en avoir un&#13;
témoignage juridique et me l’envoyer, car sans cela je ne puis rien faire, ni&#13;
au regard du provincial, ni à la Cour ; mais ayant un témoignage en forme,&#13;
cela leur ferme la bouche et ils n’ont rien à dire.&#13;
4° L’on travaille actuellement dans l’Assemblée du clergé à régler la&#13;
conduite des réguliers, que l’on réduit presque à celle des ecclésiastiques.&#13;
Si ce règlement est fait avant le départ des vaisseaux, je vous l’enverrai.&#13;
M. de Frontenac n’étant plus gouverneur, les Récollets ne seront pas&#13;
soutenus dans cette conduite et je crois qu’ils la changeront et on ne les&#13;
approuverait pas à la Cour. [...]&#13;
&#13;
- 463 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-7&#13;
&#13;
Pour le regard de l’établissement des Récollets dans Québec, il me dit qu’il&#13;
leur ferait défense de se servir de la place que le roi leur avait accordée à&#13;
autre usage que pour une infirmerie et retraite si la nuit les prenait, suivant&#13;
les patentes du roi qui leur ont été accordées.&#13;
Pour le Vieux magasin, M. de Frontenac a voulu vous faire une affaire à ce&#13;
sujet, comme si de votre autorité vous aviez voulu prendre cette place.&#13;
M. de Seignelay me dit que [si] vous aviez voulu faire cela de votre autorité,&#13;
qu’il avait fallu mettre des soldats à la porte, que c’était une chose qui&#13;
dépendait de l’autorité du gouverneur. Je lui répondis que vous en aviez&#13;
écrit à M. de Frontenac et que s’il en avait dit la moindre parole, qu’on&#13;
n’aurait pas fait aucune chose ; au contraire, que si même M. le major en&#13;
avait dit la moindre chose, vous auriez attendu le retour de M. le&#13;
gouverneur pour voir avec lui s’il le trouverait à propos. Mais le major, sans&#13;
vous en parler, ni à personne, mit de son chef et sans en avoir ordre de M. de&#13;
Frontenac, comme il l’a dit depuis, une sentinelle à la porte, après quoi l’on&#13;
ne passa pas outre ; qu’au reste, personne ne jugea qu’il y eut aucune&#13;
difficulté à cela, puisque ce n’était qu’en attendant qu’on aurait un lieu où&#13;
le roi accorderait cette place pour y bâtir une chapelle qui servirait d’aide à&#13;
la paroisse. Il me parut satisfait de mes réponses et me dit qu’il ne pouvait&#13;
l’accorder cette année, parce qu’il fallait voir auparavant s’il était nécessaire&#13;
pour le roi ; d’autant que M. de Frontenac mandait qu’il n’avait pour le roi&#13;
que ce seul magasin. C’est pourquoi il faut faire en sorte de concerter la&#13;
chose avec le gouverneur et intendant qui seront à Québec et qu’ils en&#13;
écrivent un mot et on l’obtiendra l’année prochaine. [...]&#13;
&#13;
- 464 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-A&#13;
&#13;
DOC. XLIII-A. EXTRAIT DE LA LETTRE DE TRONSON À RÉMY (11 AVRIL 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-A&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Tronson, supérieur des Sulpiciens de Paris, à&#13;
l’abbé Rémy, supérieur de ceux de Montréal, d’après la copie conservée aux&#13;
Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris, série 2, vol. 6, p. 3673-3677&#13;
&#13;
Votre peine pour les traiteurs d’eau-de-vie est bien plus considérable et mieux&#13;
fondée, car vous ne sauriez pas suivre d’autres règles pour la confession que celles&#13;
que vous donne Mgr l’évêque de Québec. Si les pères récollets s’en écartent, nous&#13;
n’en sommes pas cause et vous ne répondrez ni devant Dieu ni devant les hommes&#13;
de ceux à qui ils donnent les absolutions quand vous y aurez fait votre devoir ;&#13;
« Unusquisque Domino suo stat, aut cadit 287. » Quant à leur établissement à&#13;
Montréal, que puisse faire autre chose sur les instances qui m’en ont été faites,&#13;
que de dire que j’y consentirais, pourvu que les habitants demandent, que Mgr de&#13;
Québec l’approuve, que les puissances y consentent et qu’on n’y trouve point de&#13;
difficulté particulière sur les lieux. N’en peut-on pas trouver assez si l’on croit leur&#13;
établissement si préjudiciable, comme en effet il le serait beaucoup si les choses se&#13;
passent comme vous me le mandez ?&#13;
DOC. XLIII-8. LETTRE DE LAVAL À LE ROUX (3 JUIN 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-8&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu au P. Valentin, 3 juin 1683, d’après la copie&#13;
collationnée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 203, no 256&#13;
Premier écrit portant ordre au P. Valentin, supérieur des Récollets,&#13;
d’ôter le clocher de leur hospice&#13;
François, [par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, premier évêque de&#13;
Québec,] au P. Valentin, supérieur des Récollets.&#13;
Étant relevé d’une maladie qui nous a retenu depuis 15 jours au lit, nous&#13;
avons été extrêmement surpris de voir que vous faites commencer d’élever&#13;
un clocher sur un corps de logis que vous avez fait édifier sur un&#13;
emplacement qui vous a été accordé par Sa Majesté à la haute-ville, sur&#13;
l’exposé que vous lui avez fait de la nécessité où se peut trouver quelque&#13;
287&#13;
&#13;
NDLR : « S’il tombe ou s’il demeure ferme, cela regarde chaque maître. » (Romains 14:4)&#13;
- 465 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-8&#13;
&#13;
religieux surpris de la nuit et du mauvais temps, qui ne lui permettraient&#13;
de se retirer à votre couvent de Québec ; et que nonobstant le contenu aux&#13;
lettres patentes du roi et le juste refus que nous avons apporté aux instances&#13;
que vous nous avez faites de vous permettre d’y établir aucune demeure&#13;
sédentaire de vos religieux, vous ayez, contre toute sorte de droit et de&#13;
discipline ecclésiastique, fait une entreprise de cette nature et de votre&#13;
propre autorité ; ce qui nous aurait obligé de vous envoyer notre grandvicaire accompagné d’un ecclésiastique pour vous remontrer votre faute,&#13;
avec toute sorte de charité et de suavité, et pour vous déclarer de notre part&#13;
que vous ayez à désister de cette entreprise et à faire ôter de dessus ledit&#13;
corps de logis ce qui est commencé dudit clocher ;&#13;
mais comme nous n’avons pas eu sujet de croire par le rapport que nous a&#13;
fait notredit grand-vicaire, que vous exécuterez cet ordre et que même l’on&#13;
a encore continué d’y travailler après cet avertissement, nous avons cru&#13;
qu’il était nécessaire, pour agir par les mêmes voies de douceur, de vous&#13;
admonester de nouveau par ces présentes écrites de notre propre main et&#13;
vous déclarer derechef que vous ayez à désister d’une entreprise si&#13;
extraordinaire et si contraire à nos intentions, qui ne vous sont que trop&#13;
connues, tant par les éclaircissements que nous avons eus avec vous, en&#13;
conséquence du refus ci-dessus mentionné, que par l’écrit que nous vous&#13;
avons accordé, qui vous permet seulement de faire transporter, s’il est&#13;
nécessaire et pour une plus grande commodité, ceux de vos religieux qui&#13;
tomberaient malades, au susdit emplacement de la haute-ville de Québec,&#13;
de dresser proche de la chambre du malade un autel pour y célébrer la&#13;
sainte messe pour sa consolation, de l’y célébrer lui-même dans sa&#13;
convalescence, jusqu’à ce qu’il soit en état de retourner audit couvent, le&#13;
tout en particulier, ianuis clausis ; ce qui ne vous donne aucun lieu d’y&#13;
pouvoir édifier un clocher, ni toute autre sorte de marque extérieure qui&#13;
puisse donner à connaître qu’il y ait audit lieu aucun établissement ni&#13;
communauté, puisque ledit lieu n’a été accordé par Sa Majesté, comme dit&#13;
est ci-dessus, que pour y retirer quelque religieux pressé de la nuit ou du&#13;
mauvais temps et que nous n’avons d’abondant donné la permission d’y&#13;
transporter les malades que par pure bonté et facilité et non par nécessité.&#13;
- 466 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-9&#13;
&#13;
Voilà ce que nous avons à vous déclarer et vous conjurons et ordonnons&#13;
expressément d’y obéir et de faire ôter de dessus le logis ledit clocher,&#13;
remettant incessamment ledit corps de logis dans le même état où nous&#13;
l’avons vu depuis un an, sans aucune marque de clocher, afin que je ne sois&#13;
pas contraint de vous y obliger par les voies de droit et le devoir de notre&#13;
charge.&#13;
Donné à Québec, ce matin, 3e jour de juin 1683,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
DOC. XLIII-9. LETTRE DE LE ROUX À LAVAL (4 JUIN 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-9&#13;
Réponse des pères récollets à la précédente lettre du Serviteur de Dieu, 4 juin&#13;
1683, d’après une copie conservée aux Archives nationales d’Outre-mer, Aixen-Provence, Archives des colonies, sous-série F3, vol. 6, fos 37-38&#13;
Mgr l’illustrissime et révérendissime François de Laval, premier évêque de&#13;
Québec,&#13;
sur l’avis que M. de Bernières, grand-vicaire de Monseigneur, serait venu&#13;
donner verbalement à notre R. P. supérieur de la part de mondit seigneur&#13;
mercredi dernier, 2e juin 1683, entre 1 et 2 heures de relevée, que Sa&#13;
Grandeur était surprise de ce que nous avions fait élever une manière de&#13;
clocher sur notre petite maison bâtie à la haute-ville de Québec dans&#13;
l’emplacement que la bonté du roi nous y a accordé pour y établir un&#13;
hospice, sur l’ordre par écrit que mondit seigneur avait adressé le&#13;
lendemain à notre susdit R. P. supérieur, lequel l’aurait reçu le jour même&#13;
d’hier, 3e jour de l’année susdite, à 5 heures de relevée, des mains de mondit&#13;
sieur de Bernières, portant le commandement que mondit seigneur nous&#13;
fait d’abattre le susdit clocher et autres choses y contenues, dont lecture a&#13;
été faite ce jourd’hui, 4e juin de ladite année, dans notre chapitre assemblé&#13;
solennellement et extraordinairement pour cet effet à 2 heures après-midi,&#13;
supplient très humblement les religieux récollets missionnaires de la&#13;
Nouvelle-France soussignés, résidant dans leur mission et couvent de&#13;
Notre-Dame-des-Anges, situé dans une solitude au milieu des bois à une&#13;
&#13;
- 467 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-9&#13;
&#13;
demi-lieue de Québec, de considérer que nous n’avons point cru&#13;
contrevenir aux intentions de Sa Grandeur dans la bâtisse du petit&#13;
clocheton dont il s’agit et que nous avons fait élever sur le petit oratoire&#13;
intérieur de notre hospice de Québec ;&#13;
que Sa Majesté nous ayant fait la grâce de nous en accorder le fonds et&#13;
l’emplacement avec permission d’y établir un hospice, comme il est porté&#13;
plus amplement par ses patentes enregistrées au Conseil souverain de&#13;
Québec, avec ordre à Mgr* l’intendant de tenir la main à leur exécution,&#13;
mondit seigneur évêque nous aurait confirmé par son écrit du 27e octobre&#13;
1681, en conséquence desdites patentes, le droit susdit d’hospice, comme il&#13;
est porté par ledit écrit ; que Mgr Duchesneau, alors intendant pour&#13;
Sa Majesté en Canada, nous ayant mis en possession de l’emplacement&#13;
susdit dans les termes ordinaires en vertu des ordres du roi, nous en aurions&#13;
dès lors porté les actes authentiques à mondit seigneur évêque, lequel notre&#13;
communauté avait supplié très humblement de nous faire la grâce de venir&#13;
planter la croix sur le lieu ; ce que son état de convalescence après une&#13;
longue et dangereuse maladie, ne lui ayant pas permis de nous accorder&#13;
par lui-même, il aurait substitué en sa place M. de Bernières, son grandvicaire, lequel, accompagné de quelques-uns de MM. ses ecclésiastiques et&#13;
de notre communauté, y serait venu planter la croix avec les solennités&#13;
ordinaires aux établissements religieux et pour marque de prise de&#13;
possession du libre exercice intérieur de nos petites dévotions en ce lieu, au&#13;
moins en particulier et pour nos religieux, qui nous est accordé par tout le&#13;
monde chrétien et par les bulles des souverains pontifes et reçu en usage&#13;
dans tout le royaume ; que d’un très grand nombre d’hospices que nous&#13;
avons non seulement en France en huit provinces de récollets, à cause de&#13;
l’éloignement des couvents, mais aussi des hospices que nous avons dans&#13;
les autres royaumes et de ceux des autres ordres religieux avec la&#13;
permission du prince, il ne s’en trouve point qui nous soit connu sans une&#13;
chapelle et un clocher pour entretenir la dévotion de ceux qui se rencontrent&#13;
et que le clocher est même inséparable des hospices destinés pour le&#13;
soulagement des infirmes et des malades auxquels notre mission pourrait&#13;
être plus sujette que dans un autre pays ; que nous n’avons jamais eu&#13;
- 468 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-9&#13;
&#13;
intention et que nous l’aurons jamais de dire autrement la messe qu’en&#13;
particulier, ianuis clausis, ni d’exercer publiquement nos fonctions dans ledit&#13;
hospice, sans la permission de mondit seigneur évêque non plus que&#13;
partout ailleurs et même dans notre église de Notre-Dame-des-Anges,&#13;
quand il lui plaira de nous l’interdire dans les formes ;&#13;
mais que pour un petit clocheton de 10 ou 12 pieds hors du toit sur une&#13;
petite maison faite de murailles de bois de 7 ou 8 pieds de haut, n’étant&#13;
distinguée pour les dévotions domestiques et intérieures des religieux qui&#13;
s’y rencontreraient, sans aucune relation au dehors, il nous serait jamais&#13;
venu en pensée qu’il pût offenser Sa Grandeur et d’autant moins que dans&#13;
de simples ermitages champêtres, dans des chapelles de châteaux et même&#13;
dans des maisons séculières, on ne se formalise pas d’y voir de petits&#13;
clochers ou des cloches pendues pour y appeler les domestiques à la prière,&#13;
aux instructions et autres choses, à plus forte raison dans un hospice destiné&#13;
au culte de Dieu, à la retraite des pauvres religieux, à les édifier dans leurs&#13;
maladies, à recevoir les derniers soupirs de leurs moribonds et à leur&#13;
administrer le spirituel durant leur maladie et après leur mort ; que le susdit&#13;
clocher ayant été élevé entièrement dès le 20e du mois passé dans un lieu&#13;
peu éloigné de l’évêché, à la vue et au milieu de toute une ville, et couvert&#13;
de planches les deux jours suivants, prêt à recevoir la couverture du&#13;
couvreur, l’on y a rien fait depuis le 23e dudit mois de mai dernier que de&#13;
couvrir d’ardoise le dessus dudit clocher par la crainte du feu, à cause de la&#13;
proximité de la cheminée, le reste du bâtiment n’étant couvert que de&#13;
bardeaux de cèdre ;&#13;
nous supplions très humblement Sa Grandeur de nous permettre de lui&#13;
représenter qu’elle n’a pas été bien informée dans sa maladie, lorsqu’elle&#13;
nous dit par son écrit que l’on a travaillé audit clocher depuis le 2e juin&#13;
susdit, que MM. ses grand-vicaires nous sont venus donner avis de sa part&#13;
qu’elle ne l’approuvait pas et de s’assurer que ne restant rien à faire pour la&#13;
perfection du clocher, dès le 23e de mai passé que de l’ouvrage du couvreur&#13;
lequel avait cessé d’y travailler dès le 27 dudit mois de mai dernier, la&#13;
nécessité de quelques bourgeois l’appelant ailleurs, ni ledit couvreur, ni&#13;
- 469 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-9&#13;
&#13;
quelque ouvrier que ce soit, n’ont pas fait le moindre ouvrage audit clocher,&#13;
non seulement depuis le 2e juin susdit, mais encore depuis le 27e mai dernier&#13;
que les couvreurs le quittèrent ; que pour l’ordre que Sa Grandeur nous&#13;
donne d’ôter le clocher susdit qui se trouvait achevé plusieurs jours avant&#13;
le 2e juin, à la réserve d’une partie de l’ouvrage du couvreur, nous supplions&#13;
très humblement mondit seigneur d’avoir égard que toute la maison avec&#13;
le petit clocher n’étant bâtie qu’à l’instar de nos autres hospices de France&#13;
et de notre ordre, dont Sa Majesté a bien voulu nous accorder le droit à&#13;
Québec, nous ne saurions en retrancher le clocher déjà bâti sans déroger à&#13;
la grâce que le roi nous a faite et dont nous sommes en possession autant&#13;
de temps que Sa Majesté voudra bien nous la continuer ;&#13;
que nous aurions sujet de croire par d’autres termes et expressions de l’écrit&#13;
de Sa Grandeur du 3e juin, qu’elle voudrait par là venir peu à peu à d’autres&#13;
retranchements qui nous ôteraient les commodités temporelles et le&#13;
soulagement corporel et spirituel que nous espérions de notre hospice pour&#13;
notre couvent solitaire de Notre-Dame-des-Anges ; que nous ne prétendons&#13;
point établir de communauté régulière audit lieu de Québec sans une&#13;
permission expresse du roi et de mondit seigneur évêque ; qu’il ne s’agit&#13;
que d’un hospice, d’une attache et d’une dépendance, d’un secours et d’une&#13;
petite retraite à la ville pour notre couvent de Notre-Dame-des-Anges, que&#13;
le roi accorde à la nécessité indispensable assez visible où notre&#13;
éloignement nous réduit dans des lieux presque inaccessibles une grande&#13;
partie de l’année ; suppliant en outre Sa Grandeur de nous vouloir bien&#13;
traiter en père et de s’assurer que nous avons été et serons tellement soumis&#13;
et pleins de respect pour son caractère et son mérite que nous aimerions&#13;
mieux nous priver de tout service public au dehors de nos ministères, en&#13;
quoi que ce soit, plutôt que de lui déplaire, ne souhaitant de nous-mêmes&#13;
que de nous acquitter au dedans de nos exercices de dévotion et de nos&#13;
prières, lesquelles nous offrons tous les jours à Dieu pour la conservation et&#13;
la prospérité de mondit seigneur, à qui nous sommes et serons&#13;
éternellement très humbles et très obéissants serviteurs en Jésus-Christ.&#13;
F. Valentin Leroux, supérieur du couvent de Notre-Dame-des-Anges et&#13;
commissaire provincial des Récollets missionnaires en Canada&#13;
- 470 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-10&#13;
&#13;
F. Exupère Dethunes, récollet missionnaire&#13;
F. Luc Filiastre, missionnaire récollet&#13;
F. Luc Buisset, missionnaire&#13;
F. Adrien Ladan, récollet missionnaire&#13;
F. Maxime Le Clercq, missionnaire&#13;
F. Joseph Denis de La Ronde, récollet missionnaire.&#13;
Fait en notre couvent susdit de Notre-Dame-des-Anges, ce 4e juin 1683.&#13;
DOC. XLIII-10. LETTRE DE LAVAL À LE ROUX (QUÉBEC, 12 JUIN 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-10&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu au P. Valentin, 12 juin 1683, d’après la copie&#13;
collationnée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 204, no 257&#13;
&#13;
François, [par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, premier évêque de&#13;
Québec,] au P. Valentin, supérieur des Récollets du couvent de Québec dit&#13;
Notre-Dame-des-Anges&#13;
Si nous avons eu sujet d’être surpris de votre entreprise, ainsi que nous vous&#13;
avons fait connaître par plusieurs avertissements que notre grand-vicaire&#13;
vous a donnés de notre part et par notre écrit du 3e de ce mois, nous en&#13;
avons eu beaucoup davantage de voir que pour autoriser votre conduite et&#13;
vous maintenir dans votre désobéissance, vous y voulez engager vos&#13;
religieux et les rendre participants et coupables d’une faute dont vous&#13;
devez être seul responsable, comme celui qui en avez donné les ordres et&#13;
qui partant en êtes l’auteur ;&#13;
c’est pourquoi, sans avoir aucun égard à l’écrit qui nous a été apporté, signé&#13;
par eux et de vous en tête, nous continuons de nous adresser à vous comme&#13;
à celui qui seul nous avez fait toutes les demandes et instances afin&#13;
d’obtenir nos lettres de permission pour un établissement en la haute-ville&#13;
de Québec et auquel nous en avons aussi fait le refus et déclaré plusieurs&#13;
fois distinctement audit lieu pour beaucoup de justes et solides raisons que&#13;
nous en avions, et vous aurions seulement donné par écrit une permission&#13;
particulière et limitée au sujet des malades que l’on pourrait faire&#13;
- 471 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-10&#13;
&#13;
transporter audit lieu de la haute-ville, qui vous a été accordée par le roi,&#13;
quoiqu’il ne vous est donné par Sa Majesté simplement que pour retirer&#13;
quelque religieux au cas qu’il fût surpris de la nuit ou du mauvais temps&#13;
qui l’empêchât de retourner coucher au couvent ; laquelle permission étant&#13;
par vous interprétée si fort à contresens (si ce n’est plutôt que vous vouliez&#13;
vous servir de ce prétexte, puisque ladite permission détruit d’elle-même&#13;
ce que vous prétendez établir contre notre volonté que nous vous avons si&#13;
formellement fait connaître), nous nous trouvons obligé de la révoquer,&#13;
comme nous faisons de nouveau par ces présentes, après vous l’avoir cidevant déclaré nous-même de vive voix et vous défendons, et à tous vos&#13;
religieux, de vous servir de ladite permission, la déclarant par cet écrit nulle&#13;
et de nulle valeur ; et comme nous voyons que vous persistez dans votre&#13;
désobéissance et à soutenir votre entreprise, nous vous admonestons et&#13;
ordonnons encore une fois que vous ayez à en désister et remettre le logis&#13;
en son premier état en ôtant le clocher de dessus, la nature et la figure&#13;
duquel, nonobstant que vous le qualifiez du nom de clocheton, doit bien&#13;
suffire à toutes sortes d’établissements de votre institut s’ils demeurent&#13;
dans l’esprit de votre Ordre, puisqu’il y a grand nombre de couvents dans&#13;
l’Église qui ont la même règle que vous, lesquels se contentent bien d’en&#13;
avoir de semblables et même de moindres que ne peut être ledit clocher ;&#13;
mais comme vous passez plus avant dans votre entreprise et que vous&#13;
déclarez que ledit clocher est pour placer au-dessus d’un oratoire, sans nous&#13;
arrêter au nom que vous voulez lui donner, ainsi qu’audit clocher, nous&#13;
vous défendons sous peine de désobéissance de construire dans ledit lieu&#13;
aucune chapelle ou oratoire de quelque nature qu’elles puissent être, ni&#13;
mêmes autres lieux qui puissent être d’usage à des religieux pour y faire&#13;
une demeure sédentaire ; et comme nous sommes informé que plusieurs de&#13;
vos religieux ont dit fort indiscrètement dans des maisons séculières que le&#13;
dimanche de la Très Sainte Trinité, 3e de ce mois, jour de Saint-Antoine de&#13;
Pad[ou]e, vous devez faire célébrer la première messe dans ledit lieu de la&#13;
haute-ville, nous vous défendons expressément, et à tous vos religieux, de&#13;
célébrer la sainte messe dans ledit lieu en quelque temps que ce soit ni sous&#13;
quelque prétexte que ce puisse être soit en public, soit même en particulier,&#13;
&#13;
- 472 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
ianuis clausis, et en toute autre manière, comme aussi d’y faire aucune sorte&#13;
de demeure sédentaire ni d’y exercer aucune fonction régulière, sans avoir&#13;
pour tout ce que dessus auparavant obtenu nos lettres de permission à cet&#13;
effet ; et vous défendons le tout, et à vos religieux, sous les peines de droit&#13;
et qui sont portées par toutes les constitutions ecclésiastiques,&#13;
conformément aux décrets et canons des conciles et nommément du concile&#13;
de Trente.&#13;
Fait à Québec, ce 12e juin 1683,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
DOC. XLIII-11. PROCÈS-VERBAL D’UNE RÉUNION DU CHAPITRE DES RÉCOLLETS (15 JUIN 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-11&#13;
Procès-verbal des pères récollets en réponse à la précédente du Serviteur de&#13;
Dieu, 15 juin 1683, d’après une copie conservée aux Archives nationales&#13;
d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
sous-série F3, vol. 142A, fos 97-108&#13;
Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ,&#13;
Ce jourd’hui, 15e juin 1683, la communauté des Récollets de la mission et&#13;
couvent de Notre-Dame-des-Anges, chef de leurs autres missions de la&#13;
Nouvelle-France, situé dans une petite solitude au milieu des bois à une&#13;
demi-lieue de Québec, capitulairement assemblée, où étaient les P. Valentin&#13;
Leroux, supérieur, Exupère Dethunes, vicaire et maître des novices, Adrien&#13;
Ladan, ancien lecteur de théologie, Luc Buisset et Maxime Le Clercq, prêtres&#13;
et missionnaires de la Nouvelle-France, soussignés ; se faisant forts pour les&#13;
PP. Luc Filiastre et Joseph Denys, aussi prêtres missionnaires de ladite&#13;
communauté, députés du jour d’hier par un acte capitulaire à Mgr de La&#13;
Barre, gouverneur et lieutenant-général pour Sa Majesté en ce pays ;&#13;
lecture ayant été faite pour une seconde fois de l’ordre par écrit de&#13;
Mgr l’évêque, daté du 12e du présent mois et en susdit adressé à notre&#13;
R. P. supérieur et signifié à lui par M. de Bernières, grand-vicaire de mondit&#13;
seigneur, en présence de la communauté, samedi dernier, le même jour de&#13;
la date d’icelui ordre, sur les 7 heures du soir, pour en délibérer après&#13;
discussion suffisante de tous les articles contenus audit ordre, il a été&#13;
- 473 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
déclaré que quant au premier article de l’ordre susdit de mondit seigneur,&#13;
le R. P. Valentin, notre supérieur, n’a pas dû répondre de lui-même à l’ordre&#13;
de Sa Grandeur du 3e juin, par lequel elle lui commande de faire abattre ce&#13;
qui est fait du clocher de notre hospice de Québec, puisqu’il s’agit d’une&#13;
affaire commune et générale de la religion et dont le supérieur ne saurait&#13;
disposer suivant nos statuts sans le consentement à la pluralité de ses&#13;
discrets et de sa communauté.&#13;
[1°] Que le supérieur de Canada ne pouvant recourir si facilement à ses&#13;
supérieurs majeurs, à cause de l’éloignement, ils restreignent encore son&#13;
pouvoir au-delà des statuts pour les choses communes, où il est plus obligé&#13;
qu’un autre de consulter ses religieux et de se rendre à leur sentiment ; que&#13;
la permission de mondit seigneur du 27 octobre pour l’établissement de&#13;
l’hospice susdit s’adressait à la communauté ; en voici les termes : « À nos&#13;
bien-aimés les frères mineurs récollets de l’Ordre de Saint-François du&#13;
couvent établi proche de Québec, salut […] » ; les patentes du roi s’y&#13;
adressant de même, le père supérieur avait cru être de son devoir de référer&#13;
la chose à sadite communauté ; que ledit R. P. supérieur n’a donné les&#13;
ordres d’élever ledit clocher que conjointement avec ses religieux et qu’il&#13;
n’a pu le faire autrement selon ses constitutions, suivant lesquelles il ne&#13;
peut ni édifier ni détruire sans le susdit consentement ; qu’il est d’autant&#13;
plus obligé à cette déférence que n’étant supérieur depuis près de trois ans&#13;
que par simple commission par le droit d’antiquité par intérim et en&#13;
attendant un successeur, son pouvoir est fort limité par les statuts de la&#13;
religion ; qu’au reste il ne s’agissait pas proprement d’une réponse, mais&#13;
bien d’une simple remontrance par manière de supplique respectueuse et&#13;
pleine de confiance, par laquelle nous n’aurions pas eu sujet de croire que&#13;
nous eussions donné occasion à Sa Grandeur de traiter de désobéissants ni&#13;
le R. P. supérieur ni ses religieux.&#13;
2° Que quand le R. P. supérieur en 1681 a cru recourir à Sa Grandeur en&#13;
vertu des ordres du roi pour planter la croix régulière de notre hospice et&#13;
obtenir l’agrément de mondit seigneur, il ne s’y est adressé que comme chef&#13;
et député de la communauté ; qu’il ne l’a jamais demandé ni prétendu pour&#13;
- 474 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
l’établissement d’une communauté régulière, dont on n’a pas eu la moindre&#13;
vue ; que le roi nous ayant envoyés en Canada pour le service de ses sujets,&#13;
son intention aurait été que lesdits récollets exerçassent publiquement leurs&#13;
fonctions et que la maison de Notre-Dame-des-Anges se trouvant placée&#13;
dans les bois à une demi-lieue de Québec, écartée même des habitations&#13;
champêtres, d’un accès fort difficile et presque inaccessible la plus grande&#13;
partie de l’année, nous aurions cru que Mgr l’évêque serait bien aise de&#13;
donner cette liberté à son troupeau à l’égard de notre hospice de Québec et&#13;
d’autant plus que nous nous offrons de ne point exercer la régularité à porte&#13;
ouverte dans notre maison de Notre-Dame-des-Anges, où aussi bien elles&#13;
sont presque toujours fermées, parce qu’il ne s’y trouve quasi personne qu’à&#13;
certaines dévotions de l’été, quand elles arrivent à quelque beau jour ;&#13;
jusque-là que nos religieux se trouvant à Québec sont de tout temps assez&#13;
fréquemment obligés de confesser dans des maisons particulières ceux de&#13;
la campagne et de la ville qui ont confiance en eux et qui n’oseraient le faire&#13;
paraître par la crainte des inconvénients ; que dans cette seule vue, nous&#13;
aurions demandé verbalement à Mgr l’évêque si le roi nous accordant un&#13;
hospice à Québec, Sa Grandeur souhaiterait que l’on y exerçât la régularité&#13;
d’hospice, ianuis aperti 288, pour l’édification de ses peuples ; que mondit&#13;
seigneur n’en ayant rien décidé pour lors non plus que du détail de ses&#13;
intentions, il nous aurait envoyé peu après par M. son grand-vicaire un écrit&#13;
du 27e octobre 1681, par lequel il semble nous exclure de cet exercice public,&#13;
auquel nous n’avons plus pensé depuis, mais seulement à une manière de&#13;
régularité d’hospice purement secrète et intérieure ; que depuis le susdit&#13;
écrit de permission, nous n’avons jamais eu aucun entretien avec&#13;
Monseigneur sur ledit écrit, ni aucun éclaircissement sur les choses y&#13;
contenues qui sont assez clairement expliquées, nous ne lui en avons jamais&#13;
parlé ni lui à nous, non plus qu’aucune personne de sa part, jusqu’au 2e du&#13;
présent mois, n’ayant point eu sujet de douter de ses intentions, en&#13;
conséquence de celles du roi, auxquelles il nous avait toujours dit qu’il&#13;
ajouterait par son écrit, comme M. son grand-vicaire nous a dit souvent de&#13;
sa part, depuis le 2e du présent mois.&#13;
&#13;
288&#13;
&#13;
NDLR : avec portes ouvertes.&#13;
- 475 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
3° Qu’en suite des lettres patentes du roi pour l’érection d’un hospice et de&#13;
l’agrément de mondit seigneur, ce qui bien loin de nous marquer par son&#13;
écrit aucune opposition, confirme, autant qu’il est en lui, par son écrit&#13;
susdit, tout ce que le roi a eu intention de nous permettre sous le nom&#13;
d’hospice et autoriser en termes exprès par le même écrit l’érection d’une&#13;
maison aux religieux de notre Ordre, nous l’aurions érigé conforme à&#13;
l’usage de nos hospices, deux religieux de notre communauté y avaient été&#13;
plusieurs jours en possession de résidence, [ont] célébré la sainte messe&#13;
lorsque nous y avons eu des malades, conformément à la permission de&#13;
Monseigneur ; qu’après que la maison est bâtie et achevée régulièrement&#13;
avec sa clôture autant régulière que l’on peut en ce pays, la place d’un petit&#13;
jardin préparée, les démolissements des vieilles masures et beaucoup de&#13;
travaux faits dans la place, le tout en vertu des lettres patentes de Sa Majesté&#13;
confirmées par Sa Grandeur depuis près de deux ans, à la connaissance et&#13;
à la vue de toute une ville et de mondit seigneur, sans qu’il nous en ait dit&#13;
pas un mot ou fait dire par qui que ce soit, elle nous permettra d’en appeler&#13;
par manière de supplique respectueuse d’elle-même à elle-même, à son&#13;
équité et à sa bonne foi, lorsqu’elle révoque par son écrit du 12e du présent&#13;
mois la permission susdite du 27 octobre 1681, la déclarant nulle et de nul&#13;
effet et nous défendant de nous en servir.&#13;
Elle voudrait bien aussi nous permettre de lui déclarer humblement&#13;
qu’ayant donné cette permission, nous n’avons garde d’y renoncer quant&#13;
au droit, protestant à cet égard contre la susdite renonciation de la&#13;
permission susmentionnée, comme étant renonciation faite hors de temps,&#13;
après la maison bâtie et achevée et les religieux en possession d’usage dudit&#13;
hospice ; qu’à l’égard du clocher dudit hospice, nous l’avons véritablement&#13;
qualifié de clocheton non seulement à cause de sa petitesse en comparaison&#13;
des clochers ordinaires et dont nous sommes tous contents comme&#13;
conforme à l’esprit de notre profession qui nous l’a fait bâtir ainsi, mais&#13;
parce qu’on appelle de la sorte les clochers domestiques qui ne sont point&#13;
destinés pour des assemblées d’externes, qui ne sont, ainsi que le nôtre, que&#13;
pour une petite cloche semblable à celle de nos infirmeries et parce que dans&#13;
l’état où il est, il n’a pas encore la figure de clocher régulier et rien qui le&#13;
- 476 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
distingue d’une simple lanterne ou d’une guérite, Sa Grandeur nous&#13;
permettant par son écrit, outre le droit d’hospice qu’elle nous confirme, de&#13;
l’établir en infirmerie et d’y célébrer la sainte messe, il est de conséquence&#13;
qu’il nous permît le droit de chapelle domestique et par conséquent celui&#13;
de clocheton qui en est l’accompagnement aussi bien que de la messe ; que&#13;
le clocheton se trouve à nos infirmeries quoiqu’attachées aux couvents qui&#13;
ont leur véritable clocher de communauté, à plus forte raison le clocheton&#13;
serait-il convenable à l’infirmerie de Québec éloignée d’une demi-lieue de&#13;
son couvent de communauté, que la messe et ledit clocheton étant&#13;
inséparables des hôpitaux où l’on n’assiste que des laïcs, on aurait cru qu’il&#13;
ne le serait pas moins d’un hôpital de religieux, non seulement de notre&#13;
communauté, mais encore des autres missions où nous sommes et où&#13;
Monseigneur et ses successeurs pourront nous employer à l’avenir ; que&#13;
sans parler des vieillards et des infirmes habituels qui pourraient s’y&#13;
trouver un jour par la nécessité des secours et des remèdes, des&#13;
convalescents et des sains qui les assisteraient et qui observeraient entre eux&#13;
la régularité des infirmiers, qui se distingue pour l’intérieur au coup de la&#13;
cloche, Monseigneur ne pouvait pas souffrir que l’on administrât les&#13;
sacrements aux malades et aux moribonds et qu’ils expirassent dans leur&#13;
propre maison sans aucune solennité régulière, après avoir travaillé dans&#13;
son diocèse, s’être attiré des maladies et sacrifié leur vie pour seconder sa&#13;
sollicitude pastorale ; que mondit seigneur sait bien dans son âme que nous&#13;
avons suspendu l’achèvement dudit clocher dès son premier avis verbal du&#13;
2e juin et nous attestons toute la ville que l’on n’y a rien fait depuis pour&#13;
marque de notre respect, que nous avons déclaré à mondit seigneur par&#13;
notre supplique du 4e juin à lui présentée.&#13;
[4°] Il ne nous serait jamais venu en pensée que ledit clocheton dût offenser&#13;
Sa Grandeur et, d’autant moins que dans des simples ermitages&#13;
champêtres, dans les chapelles des châteaux et autres maisons séculières,&#13;
on ne se formalise pas d’y avoir des petits clochers et des cloches pendues&#13;
pour y appeler les domestiques à la prière et leur marquer les autres&#13;
devoirs, à plus forte raison dans un hospice destiné au culte de Dieu et à la&#13;
retraite des pauvres religieux, quoiqu’ils n’y prétendent aucun exercice de&#13;
- 477 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
leurs fonctions ianuis apertis sans un ordre du roi, agréé de mondit seigneur ;&#13;
que Mgr l’évêque ne saurait désavouer son écrit du 27 octobre 1681, par&#13;
lequel, en conséquence des patentes de Sa Majesté, il autorise notre droit&#13;
d’hospice régulier, [dont] le clocher fait l’accompagnement ; que par ledit&#13;
écrit, Monseigneur agrée que l’on y bâtisse une maison pour notre usage,&#13;
duquel le clocher ou du moins le clocheton domestique est inséparable,&#13;
pour marquer aux religieux leurs exercices réguliers ; que mondit seigneur&#13;
ne désavoue pas non plus ce que nous lui avons humblement représenté&#13;
par notre supplique respectueuse du 4e du présent mois et an qu’aussitôt&#13;
après la réception des ordres du roi, il y a près de deux ans, il avait fait&#13;
planter la croix régulière de notre hospice par M. son grand-vicaire avec les&#13;
solennités&#13;
&#13;
ordinaires&#13;
&#13;
aux&#13;
&#13;
établissements&#13;
&#13;
religieux&#13;
&#13;
pour&#13;
&#13;
marque&#13;
&#13;
d’approbation de l’ordinaire et de prise de possession du titre de libre&#13;
exercice de la régularité ; que de tous les hospices que nous avons par tout&#13;
le monde chrétien et catholique, il ne s’en trouve point qui nous soit connu&#13;
où il n’y ait un clocheton ; que cette manière de clocheton nous paraîtrait&#13;
plutôt du règlement de police que du droit de Mgr l’évêque ; que tout ce que&#13;
notre devoir semble nous dicter serait de souffrir en patience et silence que&#13;
mondit seigneur fît abattre ce qui est fait dudit clocheton sans nous traiter&#13;
de désobéissants pour ne le pas abattre nous-mêmes ; qu’il ne s’y trouvait&#13;
ni croix dessus ni coq ni cloche pendue ni la couverture achevée au 2e juin&#13;
que mondit seigneur nous en a fait témoigner son chagrin pour la première&#13;
fois et que tout ce qu’il a pu raisonnablement attendre de notre respect a été&#13;
d’arrêter l’ouvrage et surseoir, comme nous avons fait aussitôt, à&#13;
l’achèvement dudit clocheton, de quoi nous appelons les ouvriers en&#13;
déclaration par-devant notaire pour ne point exciter de bruit par les&#13;
informations plus juridiques et plus solennelles des juges royaux, par&#13;
lesquels nous pourrions appeler toute la ville en témoignage de notre&#13;
prompte soumission.&#13;
5° Que quant à la défense que Sa Grandeur nous fait de construire dans&#13;
notre maison ni chapelle ni oratoire de quelle nature que ce puisse être ni&#13;
mêmes autres lieux d’usage à des religieux sédentaires, toute la ville sait&#13;
que ce que nous avons à y construire pour le dedans et pour le dehors était&#13;
- 478 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
achevé longtemps avant le susdit ordre ou défense du 12e juin susdit, Sa&#13;
Grandeur ne le peut ignorer et enfin, le verbal que nous en avons fait&#13;
dresser en fera foi ; que pour l’oratoire, on ne le refuserait pas au moindre&#13;
chrétien laïc, mais que nous aurions encore moins cru que Sa Grandeur y&#13;
trouverait à redire à des réguliers exempts et après qu’elle a agréé la&#13;
construction de la maison pour le logement des religieux et y dire la messe&#13;
du moins aux malades et en particulier ; que les hospices et les infirmeries&#13;
de notre Ordre ont leur oratoire ou chapelle ; qu’il serait permis à un simple&#13;
laïc, sans permission de l’ordinaire, de faire un oratoire de toute sa maison,&#13;
s’il voulait, pour la consolation de ses domestiques, et que quand des&#13;
religieux n’auraient qu’un jour à y demeurer, l’oratoire leur serait bien séant&#13;
pour faire leurs prières et y dire leur office ; que pour les autres lieux&#13;
réguliers qu’elle nous défend de construire et qu’elle sait bien être en état,&#13;
si elle entend autre chose que deux petites cellules de 5 ou 6 pieds, une&#13;
troisième de pareille grandeur d’où un malade peut entendre la sainte&#13;
messe, une cuisine de 12 pieds, sa cheminée y comprise, un réfectoire de&#13;
même, au-dessus un grenier dans lequel sont deux petites cellules pour les&#13;
allants et les venants et un oratoire à l’écart, nous n’avons pas dessein de&#13;
contrevenir à son intention ; qu’elle nous permettra de lui dire que cette&#13;
construction matérielle et distribution du dedans d’une maison nous aurait&#13;
paru de la disposition civile ou économique ; qu’après tout, ne s’agissant&#13;
pas de loger des séculiers, mais des religieux, il leur est indispensable&#13;
d’avoir ce peu d’officines régulières et religieuses qui marque assez qu’ils&#13;
ne regardent d’eux-mêmes cette maison que comme un petit hospice&#13;
succursale de la communauté et comme l’infirmerie du couvent.&#13;
6° Que pour la première messe que Sa Grandeur nous attribue d’avoir eu le&#13;
dessein d’y dire le jour de Saint-Antoine, nous ne croyons pas qu’on ait fait&#13;
en cela un fidèle rapport à Sa Grandeur, puisque nos religieux n’ont pu&#13;
ignorer que nous avons auparavant plusieurs fois célébré la sainte messe&#13;
dans notredit hospice de la haute-ville à l’occasion des malades,&#13;
conformément à la permission de mondit seigneur du 27 octobre 1681,&#13;
laquelle il nous déclare encore de nouveau par son ordre du 3e du présent&#13;
mois ; qu’à cet égard, quand il s’agirait même de l’érection d’une maison de&#13;
- 479 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
communauté régulière et capitulaire, les réguliers seraient obligés de&#13;
prendre la licence pour l’érection de la maison, mais qu’après cela, les&#13;
religieux exempts comme nous auraient par le droit de leur exemption et&#13;
ipso facto toute liberté d’exercer leurs fonctions régulières, comme de&#13;
célébrer les divins mystères, et à plus forte raison dans un hospice qui ne&#13;
dit point d’établissement nouveau ni de communauté et où la communauté&#13;
déjà érigée jouit en conséquence des mêmes droits que dans le couvent sur&#13;
tout notre couvent, sans s’arrêter à cette exactitude du droit, ayant obtenu&#13;
de mondit seigneur sa permission pour l’érection dudit hospice ou&#13;
extension de la communauté déjà établie.&#13;
Cependant, on y a sursis à la célébration des divins mystères le jour de&#13;
Saint-Antoine, crainte de donner occasion à quelque bruit que des religieux&#13;
doivent toujours éviter avec beaucoup de précautions, singulièrement dans&#13;
ces pays éloignés de France, où l’on ne saurait recourir si facilement au roi&#13;
pour obtenir ces règlements et aussi dans l’absence de Mgr* le général et de&#13;
Mgr l’intendant, qui sont éloignés de Québec et occupés dans le pays aux&#13;
affaires du service du roi, protestant encore, quant à ce point, que nos&#13;
déférences ne pourront porter de préjudice à nos droits d’exemption ni&#13;
même à la permission susdite de Mgr l’évêque qu’il prétend aujourd’hui&#13;
révoquer après le temps ; qu’il ne faut que séjourner quelque temps dans le&#13;
pays et s’attacher un peu à connaître les dispositions où mondit seigneur&#13;
est à notre égard, pour pénétrer le fond de ses défenses, dont il s’explique&#13;
même assez souvent, qui serait de nous rendre tout à fait inutiles à la fin&#13;
pour laquelle Sa Majesté nous aurait établis dans le pays, qui serait d’y&#13;
accorder la liberté de conscience ; et que Sa Grandeur, nous voyant hors&#13;
d’état de donner ce secours par l’éloignement et l’accès difficile de notre&#13;
couvent qui n’est bon que pour nous-mêmes et pour notre noviciat,&#13;
trouvant tous les jours à la faveur de notre docilité de nouveaux moyens de&#13;
restreindre la liberté que nous pourrions avoir d’aller en mission dans la&#13;
campagne, où les peuples qui n’ont que rarement la messe nous demandent&#13;
incessamment, Sadite Grandeur ne peut aussi souffrir que nous soyons&#13;
résidants ni par conséquent que nous disions la messe à Québec, parce que,&#13;
n’y eût-il que deux ou trois sujets, ce serait une ressource d’un recours&#13;
- 480 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
habituel au peuple qui le souhaite ardemment pour avoir toute la liberté de&#13;
conscience ; que mondit seigneur pourrait assez connaître combien même à&#13;
cet égard nous avons eu de complaisance afin de ne pas lui déplaire,&#13;
puisque n’ayant tenu et ne tenant encore qu’à nous de changer notre&#13;
emplacement de la haute-ville à la basse, qui est sans chapelle, où tous les&#13;
habitants nous demandent et où on nous offrait de nous bâtir&#13;
charitablement, nous avons refusé l’offre susdit par ce seul motif de respect&#13;
à mondit seigneur ; que nous serions les religieux qui devraient le moins&#13;
attendre en traitement et tant d’autres que nous recevons en toutes&#13;
rencontres et que nous souffrons en patience sans nous plaindre,&#13;
puisqu’ayant été durant tant d’années les premiers et les seuls&#13;
missionnaires du pays et pour les Français et pour les Sauvages* au&#13;
commencement de son établissement, nous y avons été les premiers&#13;
fondements du christianisme et fort avancé l’Église de Monseigneur,&#13;
l’édification des peuples espérerait que Sa Grandeur nous serait plus&#13;
favorable dans une chose qui n’irait qu’à leur sanctification.&#13;
7° Que quant à la défense que mondit seigneur nous fait d’établir dans ledit&#13;
hospice aucune sorte de demeure sédentaire, Sa Grandeur aura la bonté de&#13;
considérer qu’elle nous exclurait par là de tout le soulagement que la&#13;
communauté et nos missions auraient espéré dudit hospice, dont la&#13;
nécessité nous est indispensable pour la régularité et la subsistance&#13;
économique du couvent par 25 choses importantes ; que si nous avions cru&#13;
devoir craindre une pareille défense et être obligés de nous y soumettre,&#13;
nous n’aurions pas sollicité la bonté du roi pour obtenir l’usage d’un fonds&#13;
considérable et encore moins fait la dépense et les travaux qu’on y voit pour&#13;
une maison qui nous serait inutile ; que la règle obligatoire de notre institut&#13;
ne nous permettant que le simple usage de fait des fonds des maisons et de&#13;
toute autre chose, ne nous permet cet usage que pour des couvents de&#13;
communauté ou pour des hospices de résidence régulière et domestique,&#13;
nos constitutions ne permettent point que nos hospices aient pour résidence&#13;
des gardiens et des conservateurs séculiers pour plusieurs inconvénients&#13;
notables, outre celui de l’obligation de la règle conformément à laquelle&#13;
nous aurions cru que Sa Majesté nous aurait accordé l’hospice, lequel Sa&#13;
- 481 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
Grandeur a autorisé en conséquence et ajouté la qualité d’infirmerie ; que&#13;
Sa Majesté notifiant dans ses patentes que nous en pouvons user comme de&#13;
chose à nous appartenant, elle a entendu que nous en usions en la manière&#13;
dont nous sommes capables par notre règle et constitution et dont nous en&#13;
jouissons dans son royaume et par tout l’Ordre où il se trouva dans les&#13;
hospices des religieux sédentaires et, d’autant plus que Sa Majesté déclare&#13;
qu’elle nous l’accorde pour nous acquitter plus facilement des fonctions de&#13;
notre institut ; que ce serait même donner quelque atteinte à l’édification&#13;
publique de notre état et occasion de soupçon à la délicatesse des peuples,&#13;
qu’un religieux qui se trouverait pour aller toutes fois et quantes coucher&#13;
dans une maison abandonnée sans y trouver un témoin suffisant de sa&#13;
conduite religieuse ; qu’il y a 100 autres raisons et générales et particulières&#13;
et naturelles et morales et canoniques qui contrediraient à ce projet, dont la&#13;
conséquence serait de nous rendre inutile le bienfait du roi ; qu’au reste on&#13;
ne voit pas où peut être l’inconvénient que quelques sujets du corps de la&#13;
communauté y résident pour y recevoir les religieux qui s’y trouveraient&#13;
étrangers, leur y faire pratiquer leur règle en particulier et répondre de&#13;
toute chose au supérieur du couvent.&#13;
8° Que pour la défense que mondit seigneur nous fait d’exercer dans ledit&#13;
hospice aucune fonction régulière, nous n’avons pas en vue de les exercer&#13;
ianuis apertis que par son ordre ; mais puisque des religieux doivent&#13;
pratiquer partout où ils sont chez eux une espèce de régularité d’office, n’y&#13;
fussent-ils que pour un jour ou pour une nuit, nous appelons de cette&#13;
défense à l’âpreté de Sa Grandeur, que nous ne puissions pas en nous&#13;
trouvant à l’hospice pratiquer ensemble des fonctions saintes et qui ne&#13;
pourraient aller qu’à l’édification du peuple quand on le saurait et à notre&#13;
propre sanctification ; que si pour tout cela nous avions besoin des lettres&#13;
de permission de Sa Grandeur, nous n’aurions point à en espérer de plus&#13;
expresses que les susdites du 27 octobre 1681, auxquelles nous espérons que&#13;
la bonne foi de Sa Grandeur ne pourra déroger ; qu’elles sont de même&#13;
nature et autant inviolables que les lettres patentes du roi pour ledit hospice&#13;
qui en sont le fondement ; qu’autant de temps qu’il plaira à Sa Majesté de&#13;
ne pas révoquer l’usage du fonds et le droit d’hospice qu’elle nous accorde,&#13;
- 482 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
nous ne croyons pas que Sa Grandeur puisse révoquer son agrément une&#13;
fois donné et nous rendre par là inutile la jouissance du bienfait du roi ou&#13;
tout assez contraire à notre profession si nous voulions en user ;&#13;
qu’autrement il n’y aurait plus rien de fixe dans les établissements religieux&#13;
soit d’hospice soit de communauté et que le saint concile de Trente, quand&#13;
bien même il serait venu en France pour les règlements comme pour les&#13;
dogmes, ne permet pas de rétracter la licence une fois donnée pour&#13;
l’érection des communautés capitulaires, à plus forte raison pour des&#13;
hospices, si elles étaient nécessaires.&#13;
9° Que comme mondit seigneur nous croirait paraître capables d’étendre&#13;
au-delà des bornes le mot d’hospice, nous le supplions d’être assuré que&#13;
nous n’entendons point l’établissement d’une nouvelle communauté&#13;
régulière, ni même, à parler dans la rigueur, un nouvel établissement&#13;
régulier différent de la communauté dont il est l’hospice, mais seulement&#13;
une demeure succursale, une appartenance et une extension de la&#13;
communauté et du couvent déjà établis ; c’est ce qu’on appelle casula,&#13;
residentia, hospitium, hospitalium (ab hospitando) 289 et quelquefois infirmerie ;&#13;
l’hospice ne donne point le droit d’augmenter le nombre des religieux de la&#13;
communauté régulière, après que la police l’a une fois fixé, mais seulement&#13;
d’y placer quelques sujets, à la volonté des supérieurs, tirés du nombre&#13;
susdit et du couvent de la communauté régulière, dont ils demeurent&#13;
toujours les membres, ne faisant point de corps et de chapitre différents,&#13;
obligés de se trouver de temps en temps au chapitre conventuel, qui sont&#13;
les gardiens à caution de l’hospice, destinés pour y recevoir les autres&#13;
religieux qui s’y trouvent ex transitu 290 et leur faire pratiquer les régularités&#13;
du statut, obligés de répondre de tout au supérieur du couvent ; la&#13;
régularité qu’on y observe doit être de soi purement intérieure et&#13;
domestique, n’ayant point de droit de l’exercer ianuis apertis sans la&#13;
permission et l’agrément du roi et de l’évêque diocésain, laquelle à la vérité,&#13;
nos seigneurs les évêques se font une piété d’accorder partout pour la&#13;
consolation de leur peuple ; mais tandis que cette régularité se restreint au&#13;
289&#13;
290&#13;
&#13;
NDLR : maison, résidence, hospice, hôpital (d’hébergement).&#13;
NDLR : de passage.&#13;
- 483 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
particulier et au servir de l’hospice, elle est permise ipso facto par la&#13;
permission que l’on a pour la communauté dont il est l’hospice.&#13;
Voilà tout ce [que] nous entendons être dû de droit à l’érection de l’hospice&#13;
régulier et nous n’avons prétendu autre chose, certifiant à mondit seigneur&#13;
que comme il a prétendu autoriser de sa part tout ce que le roi a eu intention&#13;
de nous permettre par ses lettres, nous ne souhaitons rien autre chose ; que&#13;
non seulement nous nous soumettons par avance, comme nous y sommes&#13;
obligés, à tout ce qu’il plaira à Sa Majesté et, comme notre prince et&#13;
fondateur de notre hospice et de notre couvent régulier, de déclarer sur ces&#13;
difficultés présentes, mais encore à quitter et abandonner tout&#13;
établissement de notre Ordre dans ce pays, si Sa Majesté nous l’ordonne ;&#13;
que cependant, nous avons député du jour d’hier, 14e du présent mois, les&#13;
deux religieux susdits à Monseigneur le général, en attendant qu’il plaise à&#13;
Sa Majesté de nous faire jouir sans trouble et empêchement du bienfait que&#13;
nous avons reçu de sa bonté ; que le souverain pontife étant le seul&#13;
supérieur des réguliers exempts reconnus autorisés comme tels en France,&#13;
c’est aussi de lui seul que nous recevons la juridiction spirituelle pour&#13;
l’intérieur de nos maisons, après que nous y sommes établis&#13;
temporellement par l’autorité du prince ; que le concile de Trente n’est point&#13;
reçu en France, mais que quand il y serait reçu, il ne donnerait à&#13;
Mgr l’évêque qu’un pouvoir commissif à l’égard de l’établissement des&#13;
communautés régulières et nullement des simples hospices ; que par&#13;
conséquent il n’a pu nous interdire dans le nôtre de Québec les exercices&#13;
intérieurs de la régularité, protestant en outre que toutes les déférences que&#13;
nous avons eues ci-devant à son égard, depuis la réception de&#13;
l’établissement du roi en 1681, n’ont été que pour savoir de lui s’il voulait&#13;
bien qu’on exerçât publiquement la régularité dans ledit hospice et toutes&#13;
et autres.&#13;
Par un principe de paix, ordre, suavité, comme dit est ci-dessus, nous&#13;
suspendons pour un temps les usages dudit hospice qui pourraient donner&#13;
à mondit seigneur occasion d’exercer ou faire exercer quelque violence&#13;
d’éclat contre nous, comme il nous en a menacés, protestant enfin, qu’ayant&#13;
- 484 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-11&#13;
&#13;
été ci-devant établis dans notre hospice par toute sorte de droits et de titres&#13;
et par la possession même par la résidence régulière des PP. Exupère et&#13;
Maxime, soussignés, l’espace de plus d’un mois, nous ne prétendons point&#13;
qu’aucun écrit de Mgr l’évêque soit d’ordre soit de révocation ou en quelque&#13;
manière que ce soit, non plus que les déférences que nous y aurions eues&#13;
ou que nous y aurions à l’avenir, puissent tirer à conséquence ni apporter&#13;
aucun préjudice à notre droit et profession susdits, tant pour le régulier que&#13;
pour le temporel domestique et claustral. L’édification de notre état et la&#13;
paix publique ne nous permettant pas les voies d’éclat, nous avons arrêté&#13;
que ledit présent acte serait porté et présenté par les PP. Exupère et Maxime,&#13;
soussignés, au premier notaire royal qui voudra bien le recevoir et que le&#13;
lui remettant entre les mains, il sera requis de nous en devoir copie dans les&#13;
formes pour être conservée dans nos archives et nous en servir en cas de&#13;
besoin.&#13;
Fait et passé, ce jour, mois, tels que dessus, dans notre mission et couvent&#13;
susdits. En foi de quoi nous avons signé,&#13;
F. Valentin Leroux, supérieur du couvent de Notre-Dame-des-Anges et&#13;
commissaire provincial des Récollets de Canada&#13;
F. Exupère Dethunes, récollet missionnaire, vicaire et père maître&#13;
F. Adrien Ladan, récollet missionnaire&#13;
F. Luc Buisset, récollet missionnaire&#13;
F. Maxime Le Clercq, récollet missionnaire.&#13;
&#13;
- 485 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-12&#13;
&#13;
DOC. XLIII-12. LETTRE DE LAVAL À LE ROY (3 OCTOBRE 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-12&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu au P. Henri Le Roy, 3 octobre 1683, d’après la&#13;
copie collationnée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 206, no 258&#13;
Le P. Henri Le Roy était arrivé depuis quelques mois à Québec à titre de supérieur&#13;
des Récollets.&#13;
&#13;
François, [par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, premier évêque de&#13;
Québec] au P. Henri Le Roy, supérieur des Récollets du couvent de Québec&#13;
dit Notre-Dame-des-Anges.&#13;
Vous avez été par nous pleinement informé des entreprises du P. Valentin,&#13;
qui vous a précédé dans la charge, de ce que non seulement il n’a voulu&#13;
désister de celle du clocher qu’il a fait bâtir de sa propre autorité à la hauteville de Québec, mais encore que passant plus avant, il a fait édifier une&#13;
chapelle au-dessous dudit clocher, ornée de toute manière avec un&#13;
tabernacle et des figures en relief ; et ce qui est de plus extraordinaire et que&#13;
l’on aurait peine à se persuader est qu’ensuite ladite chapelle a été ouverte&#13;
au public, en sorte que tout le peuple de l’un et de l’autre sexe y aurait été&#13;
journellement faire leurs prières, ainsi que dans les autres églises dudit&#13;
Québec. Cette nature d’entreprise, jusqu’à présent inouïe et si formellement&#13;
défendue par l’ordre et l’usage universel de toute l’Église sans la&#13;
permission expresse des évêques et contre la défense particulière que nous&#13;
en avons faite par écrit et fort explicitement audit P. Valentin, nous aurait&#13;
obligé de commettre les sieurs de Bernières et des Maizerets, nos grandsvicaires, pour se transporter audit lieu et dresser un procès-verbal, tant&#13;
dudit clocher et de ladite chapelle que de l’exposition qui en aurait été faite&#13;
au public, par lequel nous aurions reconnu que le tout était véritable et&#13;
conforme à ce qui nous en avait été rapporté ; ce qui nous aurait dû obliger&#13;
de procéder contre ledit P. Valentin et les religieux qui participent à cette&#13;
entreprise par toutes les voies de droit et sans aucun retardement pour&#13;
arrêter le cours d’une action si téméraire et qui touche si sensiblement et de&#13;
si près l’autorité épiscopale.&#13;
&#13;
- 486 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-12&#13;
&#13;
Mais pour ne rien précipiter dans une affaire de cette conséquence et agir&#13;
avec toute la prudence et douceur qui nous seraient possibles, nous avons&#13;
bien voulu surseoir jusqu’à la venue du nouveau supérieur qui lui devait&#13;
succéder, ne doutant aucunement qu’il n’eût des sentiments tout opposés&#13;
et une disposition plus soumise et respectueuse aux ordres de l’Église. C’est&#13;
pour cet effet qu’aussitôt que vous êtes arrivé en ce pays, nous avons jugé&#13;
nécessaire de vous instruire au vrai de toute chose et vous faire nous-même&#13;
lecture des lettres de donation que le roi vous a faite d’un emplacement en&#13;
la haute-ville de Québec, sur ce qui a été représenté à Sa Majesté que&#13;
quelques religieux pourraient être surpris du mauvais temps ou de la nuit&#13;
qui les empêcheraient d’aller coucher au couvent, et de l’écrit que nous&#13;
avons donné en conséquence desdites lettres audit P. Valentin au mois&#13;
d’octobre 1681 en suite du juste refus que nous lui avions fait de lui accorder&#13;
nos lettres pour l’établissement d’un hospice audit lieu, lequel, suivant qu’il&#13;
se serait expliqué avec nous, renferme en soi la demeure sédentaire de&#13;
plusieurs religieux jusqu’au nombre de six, notredit écrit contenant&#13;
seulement une permission particulière de faire transporter audit lieu les&#13;
religieux en cas de maladie et de dire la sainte messe proche desdits&#13;
malades pour leur consolation, lequel écrit ledit P. Valentin aurait accepté&#13;
en nous témoignant qu’ils étaient contents et satisfaits de tout ce que nous&#13;
aurions agréable de leur accorder ; et en effet l’aurait conservé un an et huit&#13;
mois tout entiers, sans qu’il parût quoi que ce soit au logis que l’on avait&#13;
fait bâtir sur ledit emplacement qui pût être contraire audit écrit.&#13;
Nous avons cru en outre qu’il était à propos, afin de vous donner une&#13;
connaissance entière de ce qui s’est passé depuis notredit écrit, de vous faire&#13;
pareillement la lecture de deux écrits par nous envoyés audit P. Valentin le&#13;
3e et 12e du mois de juin dernier, le premier contenant un ordre à lui de&#13;
désister de l’entreprise du clocher et de remettre le corps de logis dans le&#13;
même état où il avait été depuis plus d’un an, sans aucune marque de&#13;
clocher ni de chapelle ; et le second étant une seconde admonition d’obéir à&#13;
nos ordres et une défense à lui et à tous ses religieux de faire aucune&#13;
demeure sédentaire audit lieu, d’y édifier de chapelle, ni d’y avoir rien qui&#13;
puisse dénoter aucune espèce de communauté, avec une révocation que&#13;
- 487 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-12&#13;
&#13;
nous faisons, pour de très justes raisons, de la permission particulière que&#13;
nous aurions accordée par notre écrit de 1681 ; et en dernier lieu, d’un écrit&#13;
qui nous a été envoyé par ledit P. Valentin, signé de lui et de six religieux.&#13;
Après lesquels éclaircissements, nous aurions, conformément à ce que nous&#13;
avions attendu de vous, reçu de votre part toute la satisfaction que nous en&#13;
pouvions espérer, nous ayant déclaré ouvertement que vous n’approuviez&#13;
aucunement les sentiments ni la conduite dudit P. Valentin, que vous en&#13;
auriez une toute opposée à cela, que vous feriez abattre ledit clocher et ôter&#13;
les marques de chapelle et généralement tout ce que je n’approuvais pas,&#13;
demeurant d’accord que ledit P. Valentin n’avait point eu de fondement par&#13;
les lettres de donation de Sa Majesté dudit emplacement, non plus que par&#13;
notre écrit donné en conséquence desdites lettres, d’en user de la manière&#13;
qu’il avait fait ; que si vous aviez été en sa place, il n’y aurait pas eu la&#13;
première pierre et que si l’on exécutait le dessein dudit P. Valentin, y&#13;
établissant un hospice, vous ne voyiez pas ce que pourrait devenir le&#13;
couvent de Québec.&#13;
Ce raisonnement si juste et équitable et tous ces sentiments nous étant&#13;
autant de marques d’un esprit vraiment religieux, nous n’eûmes que des&#13;
cojouissances et des assurances d’une sincère amitié à vous témoigner, vous&#13;
conjurant seulement de demeurer ferme, en vous donnant avis qu’il fallait&#13;
vous attendre que ledit P. Valentin n’épargnerait aucun moyen pour en&#13;
empêcher l’exécution et que s’étant servi de toutes sortes de voies et&#13;
d’adresses pour gagner à soi les religieux, les ayant engagés dans une&#13;
dernière désobéissance à tous nos ordres, il ne vous restait que le seul&#13;
moyen de vous servir de votre autorité pour en venir à bout ; ce que vous&#13;
nous promîtes de faire ; et quelques jours après, étant revenu nous voir,&#13;
vous auriez trouvé le sieur des Maizerets, notre grand-vicaire, dans notre&#13;
chambre, en présence duquel vous nous auriez fait connaître les mauvaises&#13;
dispositions où étaient le P. Valentin et une grande partie des religieux de&#13;
ne vouloir consentir à tout ce que vous aviez résolu et que, si vous&#13;
l’exécutiez, qu’ils vous avaient dit qu’ils s’en iraient tous en France et, en&#13;
outre, que vous n’aviez pas le pouvoir, suivant la conduite de vos actes&#13;
&#13;
- 488 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-12&#13;
&#13;
capitulaires, de détruire ce que votre prédécesseur avait fait et qu’il y allait&#13;
même de la prison pour vous.&#13;
Nonobstant quoi vous persistiez toujours dans les mêmes dispositions que&#13;
vous nous aviez témoignées et nous auriez réitéré distinctement toutes les&#13;
promesses que vous nous aviez faites la première fois, mais que vous vous&#13;
trouviez fort empêché pendant que ledit P. Valentin serait ici, que si je&#13;
voulais bien attendre après son départ, vous exécuteriez le tout&#13;
ponctuellement. À quoi nous vous aurions répondu que tous vos actes&#13;
capitulaires ne pouvaient vous donner aucun droit de rien faire qui fût&#13;
contre l’ordre et usage universel de toute l’Église et l’autorité des évêques&#13;
et que la défense qu’ils faisaient à un supérieur de détruire ce que son&#13;
prédécesseur avait fait ne se pouvait entendre que de ce qui est de l’étendue&#13;
de leur pouvoir et autorité et qu’il était à propos que cela fût exécuté avant&#13;
que ledit P. Valentin s’en allât en France, où il était nécessaire que l’on fût&#13;
informé dans la vérité de l’état des choses, et nous vous aurions ensuite&#13;
conjuré derechef de tenir ferme dans l’exécution nonobstant toute leur&#13;
résistance ; ce que vous nous auriez promis une seconde fois de faire,&#13;
quelque peine que vous y pussiez trouver de leur part, et en auriez encore&#13;
assuré ledit sieur des Maizerets, notre grand-vicaire, dans le temps qu’il&#13;
vous conduisait.&#13;
Cependant, quelques jours après, vous seriez venu nous trouver et nous&#13;
auriez dit que pour les mêmes raisons que vous nous aviez déjà alléguées,&#13;
il ne vous était pas possible de rien faire, quoiqu’à votre égard vous fussiez&#13;
toujours dans les mêmes sentiments et que vous en eussiez toute la douleur&#13;
possible, me priant de ne vous en pas savoir mauvais gré et que vous feriez&#13;
connaître votre disposition en France ; sur quoi vous ayant conjuré d’y faire&#13;
encore une sérieuse réflexion et aux suites fâcheuses qu’une entreprise de&#13;
cette qualité attirerait après soi, vous nous auriez assuré pour une dernière&#13;
fois que vous feriez encore tout votre possible, afin de réduire leurs esprits&#13;
dans l’obéissance à nos ordres ; pour quoi nous aurions volontiers attendu&#13;
quelque temps, pendant lequel nous avons été très bien informé que, bien&#13;
loin de la soumission et obéissance que nous attendions, l’on continuait&#13;
- 489 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-12&#13;
&#13;
d’exposer la chapelle au public 291, que plusieurs de vos religieux y faisaient&#13;
une demeure sédentaire, qu’ils disaient la sainte messe dans ladite chapelle&#13;
et que, pour comble de leur rébellion et faire paraître aux séculiers un plus&#13;
grand mépris de nos défenses et de notre autorité, ils font gloire de&#13;
divulguer qu’ils n’y obéiront pas, dont ils nous donnent des marques plus&#13;
que suffisantes en ce qu’ils ont été jusqu’au point de prendre la hardiesse&#13;
d’administrer les sacrements de confession et communion dans ladite&#13;
chapelle ; ce qui nous aurait obligé de vous envoyer encore une fois les&#13;
sieurs de Bernières et des Maizerets, nos grands-vicaires, savoir de vous les&#13;
raisons pour lesquelles vos religieux continuent dans leur désobéissance et&#13;
d’attenter de plus en plus à notre autorité avec un mépris qui ne peut passer&#13;
plus avant et afin de vous réitérer tout de nouveau nos défenses&#13;
précédentes ; auxquels vous auriez répondu que vous n’aviez aucune part&#13;
à tout cela, qu’ils pouvaient bien m’en assurer, que vous ne saviez pas que&#13;
l’on donnait entrée aux séculiers dans ladite chapelle, ni tout ce qu’ils y&#13;
faisaient et que vous alliez vous-même faire sortir les religieux, les&#13;
ramèneriez coucher au couvent et prendriez la clé de la maison.&#13;
Nonobstant quoi ils y auraient ensuite retourné et y auraient continué de&#13;
donner entrée aux séculiers dans ladite chapelle, dont nous vous aurions&#13;
fait de nouvelles plaintes le 2e de ce mois. Et voyant qu’il ne nous reste plus&#13;
aucun remède de douceur dont nous ne nous soyons servis pour arrêter le&#13;
cours d’une désobéissance et attentat si extraordinaires, qui va à un mépris&#13;
si formel de toute l’autorité ecclésiastique et qu’il nous est assez manifeste&#13;
par toutes les assurances que vous nous avez données et les bons sentiments&#13;
que vous nous avez toujours fait paraître, que vous avez apporté tous vos&#13;
soins pour réduire les esprits dans l’obéissance, nous, ne vous attribuant&#13;
rien de leur opiniâtreté, non plus qu’à ceux de vos religieux qui n’y ont&#13;
point trempé, laquelle nous oblige néanmoins de vous réitérer, comme nous&#13;
faisons derechef, toutes les défenses que nous avons faites à tous vos&#13;
religieux par nos écrits du 3 et 12 de juin, vous ordonnons et à tous vos&#13;
291&#13;
Sur cette question, on peut lire la note suivante dans le vieux catalogue* (1687) de documents&#13;
aujourd’hui perdus (Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire&#13;
92, no 25) : « Le F. Luc, récollet, publie qu’ils feront leurs fonctions publiquement dans la chapelle&#13;
de Québec et que ç’a été leur dessein, 6 août 1683. »&#13;
&#13;
- 490 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-13&#13;
&#13;
religieux encore une fois d’exécuter tous les ordres qui y sont mentionnés,&#13;
sous peine de désobéissance, et vous déclarons que nous procéderons par&#13;
toutes les voies de droit et celles que nous jugerons convenables pour nous&#13;
faire obéir, vous défendons et à tous vos religieux par ces présentes de&#13;
donner aucune entrée aux séculiers dans ladite chapelle et d’y dire la sainte&#13;
messe, ni en aucun endroit de ladite maison, à peine de suspension&#13;
encourue ipso facto par ceux qui y contreviendront et de toutes les autres&#13;
peines de droit.&#13;
Donné à Québec en notre demeure ordinaire, le 3e jour d’octobre 1683,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
DOC. XLIII-13. LETTRE DE LAVAL À LE ROY (24 OCTOBRE 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-13&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu au P. Henri Le Roy, 24 octobre 1683, d’après la&#13;
copie collationnée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 211, no 259&#13;
François, [par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, premier évêque de&#13;
Québec,] au P. Henri Le Roy, supérieur du couvent des Récollets.&#13;
Vous nous avez fait paraître depuis que vous êtes arrivé en ce pays une&#13;
disposition si soumise et respectueuse à l’égard des entreprises qui ont été&#13;
faites par le P. Valentin, qui vous a précédé, contre l’autorité, l’ordre et&#13;
l’usage de l’Église, que nous avons eu sujet jusqu’à présent d’être persuadé&#13;
que vous avez, ainsi que vous avez témoigné plusieurs fois, des sentiments&#13;
fort opposés à la conduite qu’il a tenue et les religieux qui ont été auteurs&#13;
avec lui desdites entreprises ; ce qui nous aurait obligé de vous envoyer il y&#13;
a quelque temps les sieurs de Bernières et des Maizerets, nos grandsvicaires, pour vous donner avis que nous étions très bien informé que vos&#13;
religieux continuaient, comme ils avaient fait depuis trois mois, d’ouvrir la&#13;
chapelle qu’ils ont entrepris de faire, au peuple de l’un et l’autre sexe pour&#13;
y faire leurs prières, tout ainsi que dans les autres églises de Québec, d’y&#13;
dire la sainte messe et même d’y avoir administré les sacrements de&#13;
pénitence et de communion à des personnes séculières, en exécution de&#13;
- 491 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-13&#13;
&#13;
vœux qu’elles y auraient faits pour le recouvrement de choses perdues à&#13;
saint Antoine de Padoue, auquel ils ont dévoué ladite chapelle, comme&#13;
aussi de faire une demeure sédentaire dans ladite maison, ainsi qu’ils ont&#13;
entrepris depuis quelque temps, le tout au mépris de nos avertissements&#13;
que nous leur avons réitérés beaucoup de fois et de tous nos ordres et&#13;
défenses par nous faits, tant de vive voix que par écrit ; auxquels grandsvicaires vous auriez répondu que vous ne saviez pas qu’ils fussent dans&#13;
ladite maison et que vous n’aviez point de part à tout cela, qu’ils pouvaient&#13;
bien m’en assurer, que vous alliez vous-même les faire revenir, les&#13;
ramèneriez dès ce jour-là au couvent et que vous prendriez la clé ;&#13;
nonobstant quoi, ils auraient toujours continué d’y demeurer et de donner&#13;
entrée dans ladite chapelle aux séculiers de l’un et l’autre sexe, dont nous&#13;
vous aurions donné nous-même avis et réitéré nos mêmes ordres et&#13;
défenses précédentes ; et voyant qu’il ne nous reste plus aucun remède ni&#13;
voie de douceur desquels nous ne nous soyons servi pour arrêter le cours&#13;
d’une désobéissance et attentat si extraordinaire, qui va à un mépris si&#13;
formel de toute l’autorité ecclésiastique, nous vous faisons par ces présentes&#13;
derechef toutes les mêmes défenses que nous avons faites à tous vos&#13;
religieux, par nos écrits du 3e et 12e juin dernier et vous ordonnons et à tous&#13;
vos religieux encore une fois d’exécuter tous nos ordres qui y sont spécifiés&#13;
sur peine de désobéissance et vous déclarons que nous procéderons par&#13;
toutes les voies de droit et celles que nous jugerons convenables et&#13;
nécessaires pour nous faire obéir, vous défendons et à tous vos religieux de&#13;
dire la sainte messe dans ladite chapelle ni en aucun endroit de ladite&#13;
maison à peine de suspense encourue ipso facto par ceux qui témérairement&#13;
y contreviendront et de toutes les autres peines de droit.&#13;
Donné à Québec, en notre demeure, le 24 d’octobre 1683,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
&#13;
- 492 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-14&#13;
&#13;
DOC. XLIII-14. EXTRAITS DU RAPPORT DE MEULLES (4 NOVEMBRE 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-14&#13;
Extraits du rapport de Meulles, intendant du Canada, à Seignelay, secrétaire&#13;
d’État de la Marine de France, 4 novembre 1683, d’après l’original conservé&#13;
aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des&#13;
colonies, série C11A, vol. 6, partie 1, (FM 1/3, 8)&#13;
La 1re partie de cet extrait relate brièvement une visite de l’intendant de Meulles&#13;
et de l’abbé des Maizerets, vicaire général de Québec, à tous les villages français&#13;
du Canada. Cette visite avait été demandée par le roi pour connaître le nombre de&#13;
villages qui pourraient soutenir les frais nécessaires au maintien d’un curé,&#13;
puisque le souverain désirait que des paroisses soient érigées au Canada. La&#13;
2e partie traite des Récollets.&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
Je me suis attaché fortement cette année à connaître le Canada. Il n’y a point&#13;
d’habitation que je n’aie visitée et je crois être en état présentement de pouvoir&#13;
vous rendre compte de toute cette colonie. Je suis parti de Québec à la fin de&#13;
mai avec le grand-vicaire de M. l’évêque et un autre ecclésiastique, lesquels&#13;
m’ont mené dans tous les endroits où ils ont cru que ma présence était&#13;
nécessaire pour mettre la paix dans toutes les familles, juger leurs&#13;
différends, condamner les vicieux et ordonner de tout ce qui regarde le&#13;
temporel de l’Église, comme des dîmes et autres choses [...]&#13;
Des cures&#13;
La visite que j’ai faite dans toutes les habitations de Canada, Monseigneur,&#13;
m’a assez instruit pour pouvoir vous donner mon avis touchant&#13;
l’établissement des cures. Il est certain que si nous avions des prêtres de&#13;
France à notre disposition, qu’ils se contenteraient des dîmes de plusieurs&#13;
villages de ce pays. Mais la manière dont M. l’évêque les entretient est tout&#13;
à fait opposée du ménage qu’un curé doit avoir pour subsister d’un&#13;
médiocre revenu. Ils ne sont point accoutumés à se nourrir et encore moins&#13;
à s’entretenir ni à [pourvoir à] leurs petites nécessités, étant logés à pension&#13;
chez des particuliers et prenant tous leurs habits et vêtements au Séminaire ;&#13;
ce qui les oblige à faire mille obstacles quand on leur parle de se fixer au&#13;
&#13;
- 493 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-14&#13;
&#13;
revenu de leur cure et ce qui empêchera que ceux qui y sont puissent jamais&#13;
se résoudre de vivre dans leur particulier, à moins que l’on ne fasse leur&#13;
parti meilleur que celui des bons chanoines de France. Quand j’en parle à&#13;
M. l’évêque ou à son grand-vicaire, ils me font tous deux un dénombrement&#13;
des nécessités desdits curés, comme un fils de famille le pourrait faire à un&#13;
père fort riche, sans compter que l’autel et le ménage d’un curé doivent faire&#13;
la moitié de son revenu.&#13;
Je prendrai la liberté de vous dire, Monseigneur, que mon sentiment est&#13;
pour décider une fois cette question, ou que le roi accorde au Canada un&#13;
supplément de 2 000 écus, en quel cas on pourrait parvenir à faire un grand&#13;
nombre de cures dans ce pays, ou bien, si Sa Majesté veut absolument que&#13;
le pays subsiste par lui-même, de déclarer à M. l’évêque que l’on donne la&#13;
liberté à tous les prêtres de son Séminaire de choisir les lieux où l’on peut&#13;
faire les meilleures cures et que s’ils ne se peuvent contenter du revenu qui&#13;
y est, que le roi enverra de France de bons ecclésiastiques et vertueux qui se&#13;
contenteront dudit revenu et que pour les endroits où il serait encore à&#13;
propos d’y avoir des cures dont les dîmes ne montent qu’à 200, 300 ou&#13;
400 livres, on pourrait les faire desservir par voie de mission par de bons&#13;
religieux, lesquels étant accoutumés à vivre sobrement dans leurs couvents,&#13;
se contenteraient de ce médiocre revenu ; ce qui est si vrai que le P. Sixte,&#13;
récollet, que M. l’évêque a souffert plusieurs années aux Trois-Rivières en&#13;
qualité de curé et qui y demeure encore présentement, qui y a même bâti&#13;
une petite maison fort jolie, m’a avoué que le revenu de sa cure n’avait&#13;
jamais monté dans la meilleure année plus haut qu’à 300 livres, dont il avait&#13;
subsisté parfaitement bien et en avait envoyé tous les ans au moins&#13;
100 livres à son couvent ; ce qui m’a fait penser que dans une colonie&#13;
nouvelle comme celle-ci, il serait à propos de passer par-dessus plusieurs&#13;
formalités qui empêchent qu’on ne tire les religieux de leurs couvents pour&#13;
desservir des cures. On ne peut pas s’imaginer le bien que les habitants de&#13;
Canada en tireraient, dont les trois quarts au moins n’entendent pas quatre&#13;
fois la messe dans l’année, ce qui fait que souvent ils meurent sans&#13;
sacrements et ne sont pas plus instruits dans notre religion que les&#13;
&#13;
- 494 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-14&#13;
&#13;
Sauvages* qui n’en entendent jamais parler ; ce qui m’a fait une compassion&#13;
extraordinaire.&#13;
Le roi ayant ci-devant accordé aux pères récollets un emplacement appelé&#13;
la Sénéchaussée, situé en la ville de Québec, ils y ont fait bâtir un corps de&#13;
logis dans lequel ayant cette année fait une chapelle et édifié un petit clocher&#13;
au-dessus, M. l’évêque y avait apporté de l’opposition. Ce que voyant, j’ai&#13;
fait une proposition d’accommodement à mondit sieur l’évêque, pour&#13;
procurer la paix et l’union de l’Église, à laquelle ayant fait réflexion et&#13;
voulant éviter les contestations qui sans doute arriveraient entre&#13;
M. l’évêque, tout son clergé et lesdits récollets, en considération du&#13;
bâtiment que lesdits pères ont fait sur ledit emplacement, et pour les&#13;
dédommager aussi dudit emplacement qu’il a plu à Sa Majesté de leur&#13;
accorder, est convenu avec moi de leur donner tant pour ledit bâtiment qui&#13;
provient des aumônes et des charités des peuples que pour ledit&#13;
emplacement, la somme de 6 000 livres, monnaie de ce pays, qui sera&#13;
employée à l’augmentation de leur couvent. C’est ce qui me fait prendre la&#13;
liberté de vous dire, Monseigneur, que je juge la chose fort raisonnable,&#13;
étant obligé de vous avouer que lesdits pères ne sont nullement nécessaires&#13;
dans la ville de Québec, où il y a plus d’églises qu’il n’en faut pour rendre&#13;
service au peu d’habitants qui sont dans la haute et basse-ville dudit&#13;
Québec. Toutes les raisons que l’on peut alléguer pour ledit établissement&#13;
ne doivent faire aucune considération, me semblant inutile à cause de la&#13;
grande proximité de leur couvent à ladite ville de Québec, et que d’ailleurs,&#13;
comme mondit sieur l’évêque le prévoit, ce serait dans la suite une source&#13;
de division perpétuelle entre tout le clergé et lesdits pères récollets. Ce qui&#13;
a obligé mondit sieur l’évêque par un véritable motif de paix, ainsi qu’il me&#13;
l’a assuré, de s’opposer à ce nouvel établissement dans un lieu où il n’y en&#13;
a aucun besoin.&#13;
Le dédommagement de 6 000 livres que mondit sieur l’évêque propose&#13;
pourrait faire une augmentation considérable au couvent desdits pères et&#13;
par ce moyen le mettre en état de contenir un plus grand nombre de&#13;
religieux, lesquels pourraient desservir les cures où il n’y a que 200 ou&#13;
- 495 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-14&#13;
&#13;
300 livres de dîmes ; ce qui donnerait à tous les peuples le secours spirituel&#13;
dont ils ont besoin. Et si Sa Majesté veut encore accorder un supplément&#13;
tous les ans pour fixer les principales cures dans tout le Canada, qui seraient&#13;
fixes, c’est-à-dire qui auraient leurs églises et presbytères où ils&#13;
demeureraient toujours et où les peuples iraient entendre la messe, nous ne&#13;
donnerions auxdits curés que deux lieues d’étendue à la ronde et, par&#13;
conséquent, n’étant point obligés d’aller en raquettes en hiver et en été en&#13;
canot, [ils] s’attacheraient plus particulièrement au lieu de leur résidence et&#13;
seraient en état de subsister de leur ménage, au lieu qu’étant obligés d’aller&#13;
d’habitation en habitation, ils sont engagés à faire beaucoup de dépenses&#13;
par les canots et les hommes qu’il leur faut pour les mener ; et ce qui est&#13;
plus considérable est que, desservant plusieurs lieux, les habitants des&#13;
villages où ils ne vont point ne peuvent entendre la messe que tous les mois&#13;
une fois au plus et ne peuvent presque jamais être instruits des mystères de&#13;
notre religion.&#13;
&#13;
- 496 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-15&#13;
&#13;
DOC. XLIII-15. LETTRE DE LAVAL À SEIGNELAY (10 NOVEMBRE 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-15&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à Seignelay, secrétaire d’État de la Marine de&#13;
France, 10 novembre 1683, d’après l’original conservé aux Archives&#13;
nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
sous-série F3, vol. 2, fos 148-150&#13;
En plus de l’affaire des Récollets, le Serviteur de Dieu expose ici au ministre&#13;
de Seignelay quelques autres questions importantes concernant l’Église du&#13;
Canada.&#13;
&#13;
Monsieur,&#13;
J’ai reçu les deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire cette&#13;
année et je ne puis assez vous témoigner la joie qu’elles m’ont donnée,&#13;
quand j’y ai lu que Sa Majesté est satisfaite de la bonne intelligence que je&#13;
conserve pour les intérêts de son service avec M. le gouverneur et&#13;
M. l’intendant.&#13;
M. le gouverneur a passé tout l’été au Montréal, où il a connu à fond le&#13;
désordre que cause le commerce des boissons enivrantes chez les&#13;
Sauvages* ; ce qui l’a obligé de faire des ordonnances très sévères 292, qui&#13;
arrêteront le mal, pourvu qu’on les exécute. Il a aussi eu dans ce même lieu&#13;
l’adresse et le bonheur de suspendre jusqu’à présent l’exécution du dessein&#13;
que les Iroquois ont de nous déclarer la guerre, pour laquelle vous avez eu&#13;
la bonté de nous envoyer déjà quelques troupes, dont nous sommes obligés&#13;
à votre crédit. Auparavant ce petit voyage, il m’avait remis de la part de Sa&#13;
Majesté, suivant vos ordres, l’emplacement du vieux magasin pour y bâtir&#13;
une chapelle succursale de la paroisse et je vous dois sur cela des&#13;
remerciements particuliers.&#13;
M. l’intendant a parcouru en personne la plupart des habitations de ce pays&#13;
pour y connaître mieux à quoi peuvent aller les dîmes et il s’est employé&#13;
partout avec succès à pacifier les différends et à remédier aux désordres.&#13;
Ces deux Messieurs se sont appliqués avec tout le soin et toute l’exactitude&#13;
292&#13;
À la demande du gouverneur, le Conseil souverain de Québec fit publier à nouveau le décret du&#13;
24 mai 1679 (Doc. XXVII-13).&#13;
&#13;
- 497 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-15&#13;
&#13;
possibles durant tout le cours de cette année à trouver les moyens d’établir&#13;
des cures fixes dans ce pays ; et après plusieurs conférences que nous avons&#13;
tenues ensemble, nous avons dressé un état qu’on vous envoie signé de&#13;
nous trois 293, où vous verrez, Monsieur, qu’à cause de la pauvreté des&#13;
peuples, il est impossible de faire subsister les curés, à moins que Sa Majesté&#13;
ne donne le petit supplément que nous vous marquons.&#13;
Nous lui sommes infiniment obligés de la bonté qu’elle a de nous accorder&#13;
ce qui est nécessaire pour faire passer de France ici quatre ecclésiastiques.&#13;
Je n’en ai fait venir aucun jusqu’à présent qui ne m’ait coûté 400 francs, tant&#13;
pour son passage que pour son voyage de Paris à La Rochelle, pour la&#13;
dépense jusqu’au jour de l’embarquement et pour un calice et des&#13;
ornements d’autel, sans parler des livres dont un missionnaire doit être&#13;
pourvu.&#13;
Il me paraît important d’établir une cure au Port-Royal, situé en l’Acadie,&#13;
afin d’y maintenir les habitants dans l’obéissance due au roi, parce qu’ils&#13;
sont éloignés de Québec et tout proche des Anglais. Il y a sept ans qu’un de&#13;
mes ecclésiastiques 294 travaille utilement à ce dessein, en même temps qu’il&#13;
est chargé par commission du soin des âmes. Mais comme l’habitation a&#13;
près de 20 lieues d’étendue et qu’elle est la plus peuplée de l’Acadie, il y&#13;
faut encore un prêtre pour aider celui qui y demeure depuis si longtemps.&#13;
Cet ecclésiastique m’a donné avis qu’il est passé en ce lieu-là des hérétiques&#13;
de La Rochelle qui prétendent s’y établir sous prétexte de pêche et qui ont&#13;
déjà trop de communication avec les Anglais de Boston. Je vous supplie très&#13;
humblement, Monsieur, de ne pas souffrir ce désordre, dont vous voyez&#13;
bien les suites.&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit d’un résumé, extrait d’un long mémoire, sur les cures et les missions du Canada,&#13;
leurs noms, étendues, nombre de familles et d’âmes, etc., envoyé en 1683 au ministre. L’original se&#13;
trouve aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, sous-série&#13;
F5 A 4/1.&#13;
294&#13;
NDLR : Il s’agit de l’abbé Louis Petit, vicaire général de Port-Royal, Pentagouet, du fleuve&#13;
Saint-Jean et des côtes de l’Acadie de 1676 à 1690 et de 1691 à 1693.&#13;
293&#13;
&#13;
- 498 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-15&#13;
&#13;
La place que je tiens ici m’oblige de vous représenter, en faveur des&#13;
communautés du pays, qu’il serait de la piété et de la bonté du roi et, si je&#13;
l’ose dire, en quelque façon de sa justice, de leur accorder pour toujours&#13;
l’exemption du 10 % sur les boissons qu’elles font venir de France en&#13;
Canada pour leur usage. Le mémoire que je prends la liberté de vous&#13;
envoyer et que je vous fis présenter dès l’an passé par mon grand-vicaire&#13;
résidant à Paris, vous instruira parfaitement du fond de cette affaire, qui ne&#13;
diminuera rien de la ferme du roi, puisque les fermiers d’à présent, sans&#13;
diminution du prix de leur bail, font déjà de leur propre mouvement cette&#13;
grâce aux communautés dont je parle, qui sont sans difficulté le principal&#13;
soutien de la colonie et des missions auprès des Sauvages.&#13;
Le secours que vous nous avez obtenu de Sa Majesté pour contribuer au&#13;
rétablissement du clocher de notre cathédrale est une nouvelle marque de&#13;
votre protection, dont je vous suis sensiblement obligé. Nous allons&#13;
commencer cet ouvrage sans aucun retardement, y ayant déjà quatre&#13;
années que l’on ne sonne point de cloches. La dépense sera bien plus grande&#13;
qu’on n’avait prévu et si je ne craignais point de vous être trop importun,&#13;
je vous prierais très humblement de représenter à Sa Majesté qu’à raison de&#13;
la pauvreté des habitants, l’ouvrage demeurera imparfait, à moins que par&#13;
sa piété elle ne continue de nous secourir.&#13;
Comme MM. de La Barre et de Meulles m’ont témoigné qu’ils vous&#13;
exposent l’un et l’autre la pauvreté de notre hôpital de Québec, je me joins&#13;
à eux pour vous dire que nonobstant la pension annuelle que le roi lui&#13;
donne, il est si chargé de malades et de dettes que sans des secours&#13;
extraordinaires, il faut qu’il succombe. Et vous savez, Monsieur, de quelle&#13;
conséquence il est de le soutenir.&#13;
Le sieur Bourdon, chirurgien, que M. de La Barre a amené avec lui, rend de&#13;
grands services à cet hôpital et à tout le pays. C’est en cette considération&#13;
que je vous supplie de lui procurer quelque gratification de Sa Majesté.&#13;
&#13;
- 499 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-15&#13;
&#13;
J’ai bien du déplaisir de me voir obligé à vous faire des plaintes de la&#13;
conduite des Récollets à l’occasion d’un hospice qu’ils veulent établir ici&#13;
malgré moi, sur le pied de tous leurs autres hospices d’Europe. Je leur avais&#13;
accordé, par respect pour les lettres patentes du roi, qui leur avait donné&#13;
l’emplacement de la Sénéchaussée, et par le désir sincère de leur témoigner&#13;
mon affection, la permission de bâtir sur cet emplacement une infirmerie&#13;
pour leurs malades, quoique je susse bien qu’elle ne leur était pas nécessaire&#13;
et que je craignisse dès lors qu’ils n’abusassent de cette grâce. D’abord, ils&#13;
avaient paru contents de cette infirmerie, sans se plaindre ouvertement du&#13;
refus que je leur faisais de souffrir un hospice, auquel toutes les&#13;
communautés de ce pays et les véritables intérêts de la religion et de la&#13;
politique s’opposent. Mais ils n’ont fait que dissimuler le dessein secret&#13;
qu’ils ont formé de faire un second établissement dans Québec et qui n’a&#13;
que trop éclaté depuis que la chapelle qu’ils ont bâtie est ouverte pour y&#13;
faire leurs fonctions contre nos défenses réitérées. Ils ne font point de&#13;
difficultés de faire de ces sortes d’entreprises, dans l’espérance d’être&#13;
soutenus quand elles sont faites, et leur ressource, au cas qu’ils y trouvent&#13;
trop d’opposition, est de promettre tout ce qu’on veut, pourvu qu’on&#13;
conserve les bâtiments qu’ils ont faits, parce qu’ils se promettent qu’avec le&#13;
temps, ils trouveront des conjonctures favorables pour consommer leurs&#13;
desseins sans avoir égard au bien public.&#13;
Je vous conjure, Monsieur, de lire avec quelques applications le mémoire&#13;
que j’ai dressé sur cette affaire 295. Je n’y ai rien mis d’inutile et je puis vous&#13;
protester que je cherche le bien sans passion. On croit ici que le plus court&#13;
et le meilleur moyen de terminer l’affaire en esprit de paix, c’est d’entrer&#13;
dans la proposition que M. l’intendant m’a faite d’acheter la place et le&#13;
nouveau bâtiment des Récollets, quoique je ne sois guère en état de faire&#13;
cette dépense et, pendant que je fais de ma part plus que je ne puis pour&#13;
agréer cet expédient, j’espère que vous ferez connaître au roi la nécessité&#13;
qu’il y a de donner aux Récollets un ordre de Sa Majesté à ce qu’ils aient à&#13;
se désister de tout établissement dans Québec (leur couvent de NotreDame-des-Anges étant plus que suffisant pour tous leurs besoins) et qu’ils&#13;
295&#13;
&#13;
Ce rapport est reproduit au Doc. XLIII-16.&#13;
- 500 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-16&#13;
&#13;
n’entreprennent point à l’avenir de se bâtir des maisons (comme ils le&#13;
veulent faire au Montréal, aux Trois-Rivières et à l’île Percée) sans la&#13;
permission expresse de Sa Majesté et de l’évêque. Je ne puis m’empêcher en&#13;
finissant de vous dire une chose que je n’ai pas voulu mettre dans mon&#13;
mémoire pour épargner davantage le nouveau supérieur, dont j’ai&#13;
d’ailleurs sujet d’être assez content : il m’a déclaré depuis huit jours que si&#13;
je leur défendais sous peine de suspense de dire la messe dans leur hospice&#13;
prétendu, je serais moi-même excommunié par leurs privilèges.&#13;
Pardonnez-moi, Monsieur, la longueur de cette lettre. Je crois n’avoir dit&#13;
que le nécessaire. Je vous demande la continuation de vos bontés pour moi&#13;
et de votre protection pour notre Église et pour tout le pays. Personne ne&#13;
vous honore plus que je le fais et je suis avec autant de reconnaissance que&#13;
de respect, Monsieur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
DOC. XLIII-16. MÉMOIRE DE BRISACIER SUR UN 2E ÉTABLISSEMENT DES RÉCOLLETS À QUÉBEC (10 NOVEMBRE 1683)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-16&#13;
Mémoire de l’abbé de Brisacier 296 au sujet de la controverse avec les pères&#13;
récollets sur la construction en cours d’un clocheton, 10 novembre 1683,&#13;
d’après l’original conservé aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-enProvence, Archives des colonies, série C11 A, vol. 106, fos 400-404v&#13;
&#13;
Mémoire sur un second établissement que&#13;
les pères récollets ont fait à Québec&#13;
Les pères récollets de la Nouvelle-France obtinrent du roi par lettres&#13;
patentes du 28 mai 1681 l’emplacement de la Sénéchaussée dans la hauteville de Québec pour en faire disposer comme de chose à eux appartenant&#13;
selon les termes des lettres patentes. Le 27e octobre suivant, ils présentèrent&#13;
à M. l’évêque de Québec lesdites lettres patentes et ce prélat leur donna la&#13;
296&#13;
NDLR : Le texte est attribué à l’abbé Jacques-Charles de Brisacier, qui s’est peut-être inspiré&#13;
d’une lettre que lui envoya Mgr de Laval.&#13;
&#13;
- 501 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-16&#13;
&#13;
permission par écrit, lorsqu’ils auraient une maison bâtie sur ledit&#13;
emplacement et que quelqu’un de leurs religieux y serait retenu par&#13;
maladie, d’y faire célébrer la sainte messe par un de leurs religieux en&#13;
particulier, et lorsque les infirmes seraient en convalescence, de la célébrer&#13;
eux-mêmes jusqu’à ce qu’ils fussent en état de retourner en leur couvent de&#13;
Notre-Dame-des-Anges. La permission dudit sieur évêque ne contient rien&#13;
autre chose.&#13;
En conséquence de cette permission, les Récollets ont fait un bâtiment à leur&#13;
usage et, pendant que M. l’évêque était malade, ils ont élevé sur ce bâtiment&#13;
un clocher qui marquait une nouvelle communauté. M. l’évêque envoya&#13;
son grand-vicaire pour avertir doucement ces religieux d’ôter cette marque&#13;
de nouvel établissement et, comme au lieu de déférer à cet avertissement&#13;
charitable, ils achevèrent le clocher, M. l’évêque leur signifia, par un écrit&#13;
de sa main du 3 juin 1683, qu’ils eussent à exécuter son ordre et qu’ils se&#13;
souvinssent que selon la permission qu’il leur avait donnée, leur maison de&#13;
la haute-ville ne devait pas être un nouvel établissement, mais seulement&#13;
une infirmerie pour les malades. Ces pères n’obéirent pas plus à cet écrit&#13;
qu’à l’ordre verbal et dès le jour suivant, 4 juin 1683, ils présentèrent une&#13;
requête audit sieur évêque, par laquelle ils se défendent de lui obéir et&#13;
déclarent qu’ils ne sauraient faire ce qu’il souhaite d’eux sans déroger à la&#13;
grâce que le roi leur a faite. Ils ajoutent même qu’ils auraient sujet de croire&#13;
que M. l’évêque voudrait peu à peu venir à d’autres retranchements qui&#13;
leur ôteraient les commodités temporelles. Cette requête est signée du&#13;
P. Valentin, supérieur, et de six autres religieux. M. de Québec, surpris de&#13;
cette requête, réitéra, par une seconde signification de sa main, du 12 du&#13;
même mois de juin, ce qu’il avait déjà ordonné par la première et, pour&#13;
punir lesdits religieux, il révoque la permission qu’il leur avait donnée&#13;
d’avoir une infirmerie dans la haute-ville de Québec.&#13;
Au préjudice de cette nouvelle défense, M. l’évêque, ayant appris que les&#13;
Récollets avaient construit au-dessous du clocher une chapelle sous&#13;
l’invocation de saint Antoine de Pad[ou]e, il commet les sieurs [de]&#13;
Bernières et Ango [des Maizerets], ses grands-vicaires, pour informer sur&#13;
- 502 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-16&#13;
&#13;
les lieux de la vérité des choses. Ces Messieurs, en vertu de leur&#13;
commission, se transportent sur les lieux et dressent leur procès-verbal, par&#13;
lequel il paraît que sous ledit clocher, ils auraient trouvé une chapelle&#13;
lambrissée, avec un autel orné d’un tabernacle doré tout prêt à dire la&#13;
messe, avec deux statues de hauteur naturelle, l’une de l’Enfant-Jésus et&#13;
l’autre de saint Antoine de Pad[ou]e, une sacristie derrière ledit autel et audessus de la sacristie, un chœur ouvert sur la chapelle par deux fenêtres des&#13;
deux côtés à l’usage des religieux de Saint-François. Ensuite étant entrés&#13;
dans la maison, ils y auraient vu une cuisine, un réfectoire et des chambres&#13;
et auraient aussi vu la cloche que lesdits religieux prétendaient placer dans&#13;
le clocher ; en outre auraient appris que ladite chapelle avait paru&#13;
journellement ouverte à toute sorte de personnes de l’un et de l’autre sexe,&#13;
entre lesquelles il passait pour constant que la Dlle d’Ailleboust y avait reçu&#13;
la sainte communion pour s’acquitter d’un vœu fait par elle à saint Antoine&#13;
de Pad[ou]e 297. Et avant que de sortir de ladite maison, lesdits sieurs&#13;
commissaires ayant rencontré le P. Exupère, qui depuis quelques jours y&#13;
faisait sa demeure sédentaire, et, après l’avoir exhorté à obéir à M. l’évêque&#13;
en fermant ladite chapelle et n’y disant point de messe (qu’il leur avoua dire&#13;
tous les jours), il leur aurait répondu que le prélat n’avait pas le pouvoir de&#13;
leur défendre de dire la messe en leur particulier, ni de faire de leur maison&#13;
ce qu’ils voudraient, qu’ils avaient ce pouvoir des papes par leurs privilèges&#13;
et que M. l’évêque ne pouvait leur faire fermer leur chapelle, n’ayant pas&#13;
droit de les empêcher de l’ouvrir ; c’est ce que contient le procès-verbal 298.&#13;
Les choses étaient en cet état, lorsque le P. Henri Le Roy arriva à Québec en&#13;
qualité de supérieur et commissaire pour succéder au P. Valentin.&#13;
M. l’évêque, qui aurait pu, en conséquence du procès-verbal de ses grandsvicaires, user de son autorité contre la désobéissance de ces religieux, aima&#13;
mieux s’adresser au nouveau supérieur pour le faire juge dans sa propre&#13;
cause ; et l’ayant informé exactement de ce qui s’était fait de part et d’autre,&#13;
ce père condamna le procédé de ses religieux et promit par plusieurs fois&#13;
en différents jours de les faire désister de leur entreprise qu’il connaissait&#13;
Le Serviteur de Dieu n’avait pas été bien informé au sujet de Mlle d’Ailleboust. Il a été démontré&#13;
que les Récollets avaient refusé de la confesser et de lui donner la communion dans leur chapelle.&#13;
298&#13;
NDLR : Ce procès-verbal n’a pas été retrouvé.&#13;
297&#13;
&#13;
- 503 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-16&#13;
&#13;
mal fondée et injustement soutenue. Mais quelques efforts qu’il fît pour les&#13;
ramener à leur devoir, il fut contraint d’avouer à M. l’évêque qu’ils&#13;
n’avaient pas voulu se soumettre, qu’ils lui avaient même dit que s’il les&#13;
obligeait à obéir, ils retourneraient tous en France et que leurs actes&#13;
capitulaires lui défendaient sous peine de prison de détruire ce que son&#13;
prédécesseur avait fait. Toutes ces choses furent rapportées par le P. Henri&#13;
dans la chambre de M. de Québec en présence de M. des Maizerets. Ce&#13;
prélat, n’espérant plus rien de la médiation et de l’autorité du P. Henri,&#13;
auquel il n’imputait rien de cette conduite, parce qu’il connaissait bien la&#13;
sincérité de ses intentions, se trouva obligé de faire reconnaître aux&#13;
désobéissants la grandeur de leur faute, en révoquant, par acte du 3 octobre&#13;
1683, la permission qu’il leur avait donnée de prêcher et de confesser et,&#13;
pour leur montrer que cette manière d’agir ne procédait point d’aucun&#13;
éloignement qu’il eût pour leur Ordre ni pour leurs personnes, il distingua&#13;
les innocents d’avec les coupables et accorda au P. Henri et à cinq autres,&#13;
qui n’avaient point trempé dans la désobéissance, la permission de prêcher&#13;
et de confesser en se présentant à lui pour recevoir son approbation.&#13;
Voilà dans la pure vérité ce qui s’est passé dans cette affaire où il est aisé de&#13;
remarquer d’abord la modération de M. l’évêque et le peu de soumission&#13;
des Récollets dans un point où il paraît évidemment que leur cause est&#13;
contre toutes sortes de droits. Pour juger de l’injustice de leur prétention, il&#13;
ne faut que remarquer que les ordonnances royales et le droit canon&#13;
défendent à toute communauté régulière de faire de nouveaux&#13;
établissements sans la permission expresse du roi et de l’évêque diocésain,&#13;
qui par le même droit peut procéder par censure contre les contrevenants,&#13;
outre que le consentement des corps déjà établis dans le même lieu y est&#13;
aussi nécessaire. Or il est certain par le contenu au procès-verbal dont on a&#13;
rapporté l’extrait ci-dessus qu’il ne manque rien à la maison que les&#13;
Récollets ont bâtie sur l’emplacement de la Sénéchaussée dans la haute-ville&#13;
de Québec pour être un véritable établissement de communauté.&#13;
&#13;
- 504 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-16&#13;
&#13;
Et d’ailleurs il est constant par les lettres patentes de Sa Majesté et par l’acte&#13;
de permission de M. de Québec qu’ils n’ont aucune permission de faire une&#13;
nouvelle communauté ; le roi leur a donné à la vérité l’emplacement de la&#13;
Sénéchaussée pour en disposer comme de chose à eux appartenant, mais&#13;
Sa Majesté n’exprime point que son intention soit qu’ils y fassent un second&#13;
établissement et M. l’évêque, dans sa permission, ne leur accorde qu’une&#13;
infirmerie pour leurs malades, pour la consolation desquels il permet qu’on&#13;
dise une messe basse en particulier. Enfin, ils ne peuvent montrer aucun&#13;
consentement des autres corps de Québec, qui s’y opposent formellement.&#13;
Par conséquent, ils ne sont fondés ni en lettres patentes du roi, ni en&#13;
permission de l’évêque, ni en consentement des autres corps pour soutenir&#13;
ce qu’ils ont fait. Mais non seulement ils n’ont aucun droit de faire un&#13;
nouvel établissement, il est encore certain que dans l’état présent de l’Église&#13;
de Canada, toutes sortes de raisons obligent à s’y opposer :&#13;
1° ce second établissement n’est pas nécessaire à Québec,&#13;
parce que dans cette ville il n’y a que 500 à 600 habitants au&#13;
plus et pour leur secours spirituel il y a déjà six églises, savoir&#13;
la cathédrale et paroissiale, qui est la même, celles des&#13;
Jésuites, des Ursulines, des Hospitalières, la chapelle&#13;
succursale dans la basse-ville et celle du couvent des Récollets&#13;
de Notre-Dame-des-Anges ;&#13;
2° il n’est pas nécessaire aux pères récollets et les deux raisons&#13;
qu’ils ont alléguées dans la requête présentée au roi pour&#13;
obtenir la concession de la Sénéchaussée, ne sont que de faux&#13;
prétextes pour arriver à leurs fins en faisant un second&#13;
établissement à Québec : la 1re raison est leur éloignement&#13;
prétendu de Québec, dont ils ne sont pas plus éloignés que&#13;
leur couvent de Paris l’est de Notre-Dame ; et le chemin n’en&#13;
est point difficile depuis que les hauts bois ont été entièrement&#13;
abattus ; la 2e raison est le besoin de leurs malades, et dans la&#13;
vérité les médecins et les chirurgiens n’ont jamais fait aucune&#13;
difficulté de les aller secourir dans leurs maladies à leur&#13;
- 505 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-16&#13;
&#13;
couvent ; au reste ce que l’on avance ici paraît si véritable et si&#13;
fort à tous ceux qui en jugent sans préoccupation, que M. le&#13;
gouverneur et M. l’intendant ont dit hautement que cet&#13;
hospice était inutile et qu’il n’y avait rien de plus mal&#13;
entrepris ; ce que le P. Henri Le Roy, nouveau supérieur, a&#13;
reconnu lui-même, quand il a dit lui-même à M. de Québec&#13;
que ses pères ne lui paraissaient pas bien fondés dans leur&#13;
entreprise et qu’il ne savait pas ce que deviendrait le couvent&#13;
de Notre-Dame-des-Anges si l’hospice de Québec était une&#13;
fois établi ;&#13;
3° il est onéreux à la ville, parce que les habitants de Québec&#13;
étant pauvres et en si petit nombre, ils ne peuvent pas faire&#13;
subsister deux maisons de mendiants ;&#13;
4° il est préjudiciable en particulier à l’hôpital, où tous les&#13;
malades de la colonie se font porter de toute part pour y&#13;
trouver le soulagement nécessaire, sans quoi ils périraient&#13;
presque tous dans leurs habitations ; or cet hôpital ayant très&#13;
peu de revenus assurés, il est capable lui seul d’épuiser toutes&#13;
les charités du pays ; c’est pour cette raison que lorsque les&#13;
Récollets se sont établis en Canada, le roi leur a donné et leur&#13;
donne encore 1 200 livres par an, afin qu’ils ne soient point à&#13;
charge par leurs quêtes et l’on a remarqué que depuis qu’ils&#13;
ont commencé à quêter, l’hôpital ne reçoit presque plus&#13;
d’aumône, de sorte qu’il est accablé de dettes et tout prêt à&#13;
succomber ;&#13;
5° s’il y a dans Québec une nouvelle église au milieu de toutes&#13;
les autres, comme est celle du second établissement des&#13;
Récollets, l’église cathédrale et paroissiale sera bientôt&#13;
déserte, y ayant si peu de monde dans la ville, et ce sera une&#13;
source de divisions perpétuelles avec le chapitre, la paroisse&#13;
et les autres communautés.&#13;
&#13;
- 506 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-16&#13;
&#13;
Toutes ces raisons concluent sans difficulté qu’on ne peut pas souffrir&#13;
l’hospice des Récollets, étant indubitable que si Sa Majesté était informée de&#13;
l’état des choses, elle jugerait sans doute qu’il est contre le bien public de la&#13;
Nouvelle-France.&#13;
Les Récollets objectent :&#13;
1° que Sa Majesté leur ayant accordé, comme ils le supposent,&#13;
un hospice dans Québec, M. l’évêque ne peut sans déroger à&#13;
la grâce de Sa Majesté, empêcher cet hospice où ils prétendent&#13;
avoir les mêmes exercices qu’ils ont dans tous leurs autres&#13;
hospices de l’Europe en vertu des décrets des papes, comme&#13;
le P. Valentin, supérieur, l’a soutenu à M. de Québec, auquel&#13;
il a dit que l’on ne pourrait pas se plaindre d’eux, quand ils&#13;
auraient dans cet hospice cinq ou six religieux sédentaires qui&#13;
disent la messe et fassent toutes leurs fonctions, et l’on sait&#13;
d’ailleurs que, quoiqu’à la fin de leur requête ils paraissent&#13;
fort soumis pour ne faire aucune fonction, non pas même&#13;
dans le couvent de Notre-Dame-des-Anges, si M. l’évêque le&#13;
leur défend, il leur est échappé de dire à plusieurs personnes&#13;
qu’ils ouvriraient la chapelle dudit hospice le jour de saint&#13;
Antoine de Pad[ou]e par une messe publique et que si&#13;
M. de Québec leur défendait d’user de leur droit prétendu, il&#13;
faudrait avoir patience jusqu’à ce qu’un autre évêque leur fût&#13;
favorable.&#13;
On répond qu’il n’est point véritable que le roi leur ait accordé un hospice&#13;
dans Québec par ses lettres patentes, mais seulement l’emplacement de la&#13;
Sénéchaussée pour en disposer comme de chose à eux appartenant. En quoi&#13;
il faut remarquer que, quand Sa Majesté leur aurait accordé en termes&#13;
formels un hospice, elle l’aurait fait, comme elle a de coutume de le faire,&#13;
en laissant toujours à l’évêque, aux magistrats et aux corps déjà établis la&#13;
liberté de voir s’il est à propos de recevoir ce nouvel établissement ou de&#13;
s’y opposer, en cas que le bien public en souffrît tant pour le temporel, dont&#13;
- 507 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-16&#13;
&#13;
les magistrats et les corps peuvent juger, que pour le spirituel, dont l’évêque&#13;
est le juge. Et par conséquent on ne déroge en rien à la grâce du roi, lorsque&#13;
par toutes les raisons exprimées ci-dessus, on s’oppose à l’hospice des&#13;
Récollets, sans manquer de respect et de soumission aux ordres de&#13;
Sa Majesté. On doit même ajouter en cet endroit que M. de Québec, par la&#13;
seule considération qu’il a eue pour l’intention que Sa Majesté a fait paraître&#13;
de gratifier les Récollets, leur avait accordé une infirmerie dont ils s’étaient&#13;
contentés et même la permission d’y dire une messe en particulier pour&#13;
leurs malades, quoiqu’il sût bien que cela ne leur était point nécessaire et&#13;
qu’il appréhendât dès lors les suites fâcheuses qui paraissent aujourd’hui.&#13;
2° Ils avancent dans leur requête que M. de Québec a&#13;
confirmé leur droit d’hospice en conséquence des lettres&#13;
patentes de Sa Majesté par son écrit du 7 octobre 1681 et qu’il&#13;
a autorisé d’abondant ce second établissement en envoyant&#13;
son grand-vicaire planter de sa part la croix sur le lieu, ne&#13;
pouvant y aller lui-même à cause de la langueur qui lui restait&#13;
d’une grande maladie.&#13;
On répond qu’il est bien étrange qu’on avance si hardiment un fait dont on&#13;
connaît la fausseté par la lecture de la permission de M. de Québec, qui,&#13;
outre qu’il a refusé de vive voix de souffrir un nouvel établissement sous le&#13;
nom d’hospice, n’a accordé par écrit qu’une infirmerie dont les Récollets lui&#13;
avaient témoigné être contents. Il est vrai que pour leur donner quelque&#13;
marque de la bonté qu’il a pour eux (quoiqu’ils en doutent sans fondement),&#13;
il a fait planter la croix sur le lieu où ils ont bâti ; mais il n’a prétendu en cela&#13;
autre chose que d’autoriser l’infirmerie qu’il leur avait accordée et qui,&#13;
appartenant à des religieux, devait avoir quelque marque d’un lieu&#13;
distingué des maisons purement profanes.&#13;
[3°] Enfin, ils opposent que dans tous les endroits de l’Europe&#13;
où leur Ordre a des hospices, ils ont droit et sont en&#13;
possession d’avoir des religieux sédentaires qui y demeurent,&#13;
&#13;
- 508 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-16&#13;
&#13;
une chapelle, un chœur, une sacristie, un clocher, avec la&#13;
liberté de dire des messes et de faire leurs autres fonctions.&#13;
On répond que c’est pour cette même raison que M. de Québec et toutes les&#13;
communautés de ladite ville s’opposent à ce qu’ils y aient un hospice et&#13;
qu’on a seulement consenti qu’ils y aient une infirmerie, sans autre droit&#13;
que d’y tenir leurs malades, de leur dire la messe en particulier et de souffrir&#13;
que les malades même la disent jusqu’à ce qu’ils soient en état de retourner&#13;
dans leur couvent. Mais quoiqu’ils n’ont pas voulu se contenter de cela et&#13;
qu’au mépris des défenses et de l’autorité épiscopale, ils ont osé faire tout&#13;
ce qui leur était défendu, ils méritent non seulement de déchoir pour jamais&#13;
de la prétention mal fondée qu’ils ont de faire un hospice dans la ville de&#13;
Québec, mais même d’être privés de l’infirmerie que M. l’évêque leur avait&#13;
accordée par pure bonté, étant convaincu qu’elle ne leur était pas&#13;
nécessaire.&#13;
Ainsi il ne faut pas s’étonner qu’il ait révoqué la permission dont ils se sont&#13;
rendus indignes par l’abus qu’ils en ont fait. Et néanmoins voulant encore&#13;
avoir égard à l’embarras où ils se trouvent d’avoir fait la dépense de ce&#13;
nouvel hospice qui leur deviendrait inutile, il veut bien entendre à la&#13;
proposition qui lui a été faite par M. l’intendant de dédommager lesdits&#13;
religieux, en achetant la place et le bâtiment qu’ils y ont fait, et de sacrifier&#13;
pour le bien et la paix de son Église 2 000 écus prix de Canada, quoique&#13;
cette somme soit au-dessus de ses forces et qu’il soit obligé de les&#13;
emprunter. M. de Québec supplie très humblement Sa Majesté de faire&#13;
réflexion sur les raisons marquées ci-dessus pour s’opposer au nouvel&#13;
établissement des Récollets et sur la manière dont ils se sont comportés, tant&#13;
pour obtenir de Sa Majesté par surprise des lettres patentes en lui&#13;
demandant un hospice sous prétexte d’une nécessité qui dans le fond n’est&#13;
pas véritable, que pour établir par adresse de leur propre autorité une&#13;
nouvelle communauté contre toutes les formes ; et ayant égard d’une part&#13;
à la modération de M. l’évêque à l’égard des Récollets et de l’autre à la&#13;
désobéissance des Récollets envers M. l’évêque, d’ordonner à ces religieux&#13;
de se contenter de leur couvent de Notre-Dame-des-Anges, qui leur suffit&#13;
- 509 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
et qui est déjà assez onéreux à la ville et à l’hôpital de Québec par leurs&#13;
quêtes, et de se désister du dessein qu’ils ont formé de se conserver une&#13;
demeure dans la haute-ville, quand même ils paraîtraient à présent se&#13;
contenter d’y avoir une infirmerie, parce que, selon leurs vues, ils&#13;
changeraient tôt ou tard par leurs intrigues et leur importunité cette&#13;
infirmerie en un véritable hospice et second établissement contre les plus&#13;
solides intérêts de la colonie et de l’Église de Canada.&#13;
DOC. XLIII-17. MÉMOIRE [DES RÉCOLLETS] À LOUIS XIV (1684)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-17&#13;
Mémoire où sont exposées les controverses entre les pères récollets et le&#13;
Serviteur de Dieu, début de 1684, d’après les 1re et 2e parties conservées aux&#13;
Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, soussérie F3, vol. 142 A, fos 113-118 et la 3e partie conservée aux Archives&#13;
départementales des Yvelines et de l’ancienne Seine-et-Oise,&#13;
Montigny-le-Bretonneux, 57H1&#13;
Ce long mémoire, autour des difficultés entre le Serviteur de Dieu et les pères&#13;
récollets, missionnaires au Canada, a été publié en 1879 par Pierre Margry dans&#13;
Mémoires et Documents pour servir à l’histoire des origines françaises des pays&#13;
d’Outre-Mer, Paris, vol. 1, 1879, p. 18-33. Toutefois, les acteurs de la Cause n’en&#13;
ont pas fait mention durant tout le déroulement de la Cause ; on ne sait pas&#13;
pourquoi. Il s’agit pourtant d’un texte important pour l’étude des relations du&#13;
Serviteur de Dieu avec les Récollets, puisqu’il s’agit du seul document qui, en&#13;
plus de l’affaire du clocher, expose toutes les plaintes de ces pères contre l’évêque.&#13;
C’est pourquoi nous croyons nécessaire de le reproduire ici.&#13;
On ne connaît pas l’auteur du mémoire, mais le fait qu’il tente de faire prévaloir&#13;
l’avis des Récollets dans leurs difficultés avec Mgr de Laval auprès du roi de&#13;
France nous porte à croire qu’il a été rédigé par un récollet. Cette hypothèse&#13;
s’appuie aussi sur le fait qu’un exemplaire de ce texte, l’unique que nous&#13;
connaissions, se trouve aux Archives départementales de Seine-et-Oise à&#13;
Versailles, dans le fonds des pères récollets de la province de Saint-Denis, les&#13;
mêmes qui œuvraient dans la mission au Canada.&#13;
Le prétexte s’est peut-être présenté aux pères pour rédiger ce mémoire lorsque&#13;
Mgr de Laval exposa son point de vue au roi, à la fin de 1683, dans l’affaire du&#13;
clocher (no 16). Nous ne savons pas si ce mémoire des Récollets a été demandé&#13;
ou a été écrit spontanément. Peut-être était-il considéré comme une contrepartie&#13;
du mémoire de l’évêque. Il a toutefois ceci de particulier : tandis que l’évêque se&#13;
limitait à l’histoire du clocher, les pères récollets crurent opportun d’aussi exposer&#13;
leurs griefs contre le Serviteur de Dieu.&#13;
On peut distinguer trois parties dans ce document. Dans la 1re, on traite brièvement&#13;
des premières missions des Récollets au Canada de 1615 à 1629 et des tentatives&#13;
pour revenir en 1632, sujets qui n’ont toutefois aucun rapport avec le Serviteur de&#13;
Dieu. Dans la 2e partie, au contraire, toutes les accusations des Récollets envers&#13;
Mgr de Laval sont condensées, à l’exception de l’affaire du clocher. C’est une&#13;
- 510 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
partie que nous avons cru nécessaire d’étudier plus à fond, parce que certains&#13;
reproches faits au Serviteur de Dieu ne se retrouvent dans aucun autre document.&#13;
Nous avons inclus plusieurs notes explicatives, soit pour fournir des&#13;
éclaircissements pour tous les faits allégués, soit pour relever, lorsque c’est le cas,&#13;
les inexactitudes et les exagérations que les bons missionnaires récollets, dans&#13;
l’ardeur de la polémique, ont écrites. La 3e partie traite longuement de l’affaire du&#13;
clocher, affaire qui revient amplement dans d’autres documents du présent&#13;
dossier ; nous n’avons donc pas cru utile d’inclure de notes dans celle-ci.&#13;
Enfin, remarquons que le manuscrit est daté de 1684 uniquement, mais il s’agit&#13;
probablement des premiers mois de l’année, puisque la résolution de l’affaire du&#13;
clocher par le roi est datée du printemps de cette année-là.&#13;
Nous avons inclus les divisions des parties pour des raisons de clarté.&#13;
&#13;
Mémoire instructif contenant la conduite des pères récollets de Paris&#13;
en leur mission de Canada depuis l’année 1615 jusqu’en la présente&#13;
année 1684&#13;
[Première partie]&#13;
L’année 1615, le père provincial des Récollets de Paris, en vertu des ordres&#13;
de Paul V donnés à son nonce, qui était actuellement en France, et en&#13;
conséquence des lettres patentes de Sa Majesté expédiées ensuite, envoya&#13;
quatre récollets en Canada où ils arrivèrent la même année. Ils y célébrèrent&#13;
la première messe qui y ait jamais été dite le 25e juin 1615. Il est à remarquer&#13;
que le père provincial des Récollets de Paris fut institué préfet général de&#13;
cette mission, ainsi qu’il apparaît par le décret de la Sacrée congrégation de&#13;
propagation de la foi donné à Rome le 28e février 1635 ; de plus que Sa&#13;
Majesté, par ses patentes, donne pouvoir au provincial des Récollets de&#13;
Paris d’envoyer au Canada autant de ses religieux qu’il jugera nécessaire,&#13;
d’y faire bâtir un ou plusieurs couvents, selon qu’il jugera à propos, avec&#13;
défense à tous autres religieux d’y aller sans l’obédience dudit provincial.&#13;
Le 3e juin 1620, l’on posa la première pierre du couvent Notre-Dame-desAnges. Les Récollets, depuis l’année 1615 exerçant seuls les fonctions&#13;
curiales à l’égard des Français et travaillant à la conversion des Sauvages*&#13;
avec un succès merveilleux durant l’espace de dix années consécutives,&#13;
proposèrent à M. de Ventadour, lieutenant-général pour le roi, de&#13;
- 511 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
demander à Sa Majesté des pères jésuites pour les aider dans ces ministères,&#13;
lesquels RR. PP. jésuites arrivèrent l’an 1625 et, personne ne les ayant voulu&#13;
loger, les Récollets les retirèrent dans leur couvent l’espace de plusieurs&#13;
années. Mais enfin, les Anglais, ayant fait une descente dans le pays en 1629,&#13;
emmenèrent les Jésuites et les Récollets prisonniers.&#13;
La paix ayant été faite entre Sa Majesté et l’Angleterre, les pères jésuites&#13;
retournèrent en Canada à l’insu des Récollets et se logèrent dans leur&#13;
couvent, lesquels Récollets, quoique désirés et demandés de tout le pays&#13;
depuis l’an 1630 et nonobstant toutes les diligences possibles qu’ils aient&#13;
faites jusqu’en 1669, il n’a jamais été à leur pouvoir d’y retourner, en étant&#13;
empêchés par une cause secrète, à eux inconnue, sur le point de&#13;
l’embarquement 299.&#13;
[Deuxième partie]&#13;
En 1669, Sa Majesté ayant appris le grand désir et le besoin que les peuples&#13;
de Canada avaient du retour des Récollets pour la liberté de leurs&#13;
consciences 300, eut la bonté de commander par Mgr* Colbert, ministre et&#13;
secrétaire d’État, au provincial des Récollets de Paris d’y faire passer ses&#13;
religieux et de les y établir ; ce qui fut exécuté la même année 301.&#13;
&#13;
299&#13;
Il serait inutile de reproduire dans cette Positio la longue discussion autour des causes qui avaient&#13;
empêché les Récollets de retourner au Canada en 1632 ; sur cette affaire, voir Sixte Le Tac, récollet,&#13;
Histoire chronologique de la Nouvelle-France, 1689, édition Réveillaud, Paris, 1888, p. 165-170 ;&#13;
Chrestien Le Clercq, récollet, Premier établissement de la foi dans la Nouvelle-France, Paris, 1691,&#13;
vol. 2, p. 465 ; Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, Ville-Marie, 1865, vol. 1, p. 279282 ; et Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2,&#13;
p. 184-187.&#13;
300&#13;
L’ensemble des documents de l’époque nous portent à croire que les expressions gêne des&#13;
consciences, liberté des consciences, qui reviennent souvent dans les écrits des récollets et de&#13;
certains administrateurs civils du Canada, comme Frontenac et Talon, se réfèrent surtout à la&#13;
fameuse question de la prohibition faite par le Serviteur de Dieu du commerce des boissons&#13;
alcooliques avec les Autochtones, comme nous l’avons dit plus haut. C’est sans doute pour donner&#13;
une plus grande liberté de conscience au sujet de ce commerce que Talon obtint le retour des&#13;
Récollets au Canada en 1669. Il semblerait que ces derniers, tout en étant de bonne foi, réalisèrent&#13;
tous les espoirs de l’intendant.&#13;
301&#13;
Les Récollets quittèrent la France une première fois en 1669, mais à cause d’une immense&#13;
tempête, ils durent rentrer dans leur patrie. Ils n’arrivèrent donc à Québec qu’en août de l’année&#13;
suivante.&#13;
&#13;
- 512 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
M. l’évêque de Québec, qui avait toujours fait son possible pour cacher à la&#13;
Cour le désir et l’empressement avec lequel les sujets du roi en ce pays&#13;
demandaient le rétablissement des Récollets et les raisons pressantes qu’ils&#13;
avaient 302, ne pouvant plus s’opposer aux volontés et aux ordres de&#13;
Sa Majesté, déclara aux Récollets, comme il a toujours fait depuis, qu’ils&#13;
n’étaient destinés du roi en Canada que pour vivre en solitude, chanter au&#13;
chœur, faire oraison, mener la vie régulière au-dedans du cloître et&#13;
nullement pour exercer au dehors les ministères à l’égard des peuples 303.&#13;
Sur ce projet, il fit si bien par ses adresses et son crédit que, contre le&#13;
sentiment des religieux, on plaça leur couvent dans une solitude à l’écart&#13;
dans les bois à une bonne demi-lieue de Québec et en un lieu de difficile&#13;
&#13;
Rien ne prouve que le Serviteur de Dieu ait caché au roi et à son ministre qu’une grande partie&#13;
du peuple canadien nourrissait le désir du retour des Récollets. Cependant, l’abbé de La Tour&#13;
(Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec, Livre XII) nous informe que le&#13;
Serviteur de Dieu « ne goûtait pas l’établissement des Récollets en Canada et il avait témoigné sa&#13;
répugnance quand il en avait entendu parler », car il connaissait les manigances sournoises liées à&#13;
leur retour et prévoyait les oppositions que ces derniers pouvaient faire à la prohibition du commerce&#13;
des boissons enivrantes. En somme, il connaissait bien les intentions qui avaient poussé Talon à les&#13;
rappeler. Malgré cela, il les accueillit avec bienveillance, comme le prouvent, entre autres&#13;
documents, les lettres patentes qu’il leur a données en cette occasion (no 1). À propos de l’accueil&#13;
que le Serviteur de Dieu réserva aux Récollets en 1670, voir Rochemonteix, Les Jésuites et la&#13;
Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 3, p. 89-91 ; et Odoric Jouve, franciscain, Les&#13;
Franciscains et le Canada. Aux Trois-Rivières, Paris, 1934, p. 20-21.&#13;
303&#13;
L’assertion de l’auteur ne nous semble pas conforme aux faits, puisque le Serviteur de Dieu&#13;
accueillit généreusement les Récollets, leur confiant diverses paroisses et missions dès leur arrivée&#13;
et leur accordant la faculté de confesser et de prêcher dans son diocèse, si bien que, selon de La Tour&#13;
(Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec, Livre XII), « ces bons pères en&#13;
furent surpris, ils ne cessaient de louer la charité de l’évêque et avouaient ingénument que, n’étant&#13;
venus que pour se battre avec le clergé, ils ne pouvaient comprendre qu’on eût pour eux tant de&#13;
bonté ». Il est cependant vrai que Mgr de Laval, à l’époque du présent mémoire, se servait peu des&#13;
récollets, qui se montraient insubordonnés à son endroit. Il est normal que le Serviteur de Dieu ait&#13;
cru bon de réduire ces religieux « à mener la vie régulière au-dedans du cloître ».&#13;
302&#13;
&#13;
Du reste, le provincial de Saint-Denis lui-même ne voulait pas que ses religieux se mêlent des choses&#13;
du ministère, à moins que l’évêque le leur demande, comme on peut le comprendre dans une lettre&#13;
de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu, datée du 15-20 juin 1681 : « Tout ce que vous pouvez faire,&#13;
c’est de donner de l’emploi à ceux-là seulement que vous en jugerez capables et que les autres&#13;
demeurent à garder leur règle dans leur couvent. C’est ce que m’a dit le père provincial et qu’il ne&#13;
prétendait pas que les religieux s’ingérassent de travailler sinon lorsque vous les appelleriez ; que&#13;
hors de cela ils demeurassent au couvent [à] garder leur règle. » Cependant, Mgr de Laval n’éloigna&#13;
jamais du sacré ministère les récollets qui ne s’étaient pas immiscés dans la question du clocher. La&#13;
bonté du Serviteur de Dieu envers les Récollets se manifesta plus clairement en 1684 à l’occasion&#13;
de leur parfaite soumission, quand il concéda de nouveau à tous la faculté de prêcher et de confesser&#13;
dans son diocèse.&#13;
- 513 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
accès durant les eaux, les glaces, les neiges et les mauvais chemins, afin de&#13;
les y rendre à l’avenir inutiles au soulagement des consciences 304.&#13;
M. l’évêque, sur ce premier dessein, ne leur a en effet accordé la permission&#13;
de confesser que dans leur couvent 305, auquel les peuples ne sauraient&#13;
aborder que très difficilement, sinon en quelques beaux jours de l’année, et&#13;
pour les exclure indirectement du ministère, leur a réitéré de temps en&#13;
temps les défenses sous peine de prison supérieure ou inférieure de sortir&#13;
de leur couvent plus loin que la ville sans la permission expresse qu’il faut&#13;
obtenir à chaque fois, même pour leurs affaires domestiques, quêtes,&#13;
dévotions, exercices de charité, fonctions du ministère. Il en faut exposer les&#13;
causes et jusqu’où l’on veut aller, sans oser après en passer les bornes&#13;
prescrites, laquelle permission susdite M. de Québec refuse très souvent à&#13;
&#13;
Cette affirmation est absolument fausse, puisque les Récollets eux-mêmes avaient demandé&#13;
d’être remis en possession de leur ancien couvent de Notre-Dame-des-Anges, qu’ils avaient habité&#13;
de 1629 à 1632. Ce couvent se trouvait à deux km de Québec. Les lettres patentes par lesquelles&#13;
Louis XIV leur concéda la permission de retourner dans les missions du Canada sont explicites sur&#13;
ce point : « Ayant été informé qu’autrefois les religieux de l’Ordre de Saint-François, Récollets,&#13;
étaient établis en Canada et qu’ils désirent entrer en possession de tout ce qui leur appartient audit&#13;
pays, afin de pouvoir s’appliquer entièrement à la consolation spirituelle de mes sujets […] »&#13;
(Archives départementales des Yvelines et de l’ancienne Seine-et-Oise, Montigny-le-Bretonneux,&#13;
57H1). Nous savons par ailleurs que lorsque les Récollets partirent de la France pour le Canada en&#13;
1669, ils apportèrent les titres de propriété du terrain où se trouvait leur ancien couvent, en vue de&#13;
faire valoir leurs droits de propriété. Mais, ayant perdu ces titres, le gouverneur de Frontenac, sur&#13;
demande expresse du P. de La Ribourde, leur concéda de nouveaux titres de possession le 29 mai&#13;
1673 (Ididem). L’affirmation des Récollets est aussi contredite par le mémoire du P. Le Clercq en&#13;
1681, dans lequel il loue la sagesse du provincial de Saint-Denis d’avoir édifié le nouveau couvent&#13;
au même endroit que l’ancien. Parmi les motifs qui poussèrent ledit provincial à cette décision, le&#13;
P. Le Clercq signale : « C’est en effet un lieu de la plus agréable situation, la plus commode et la&#13;
plus propre en toute chose pour une maison religieuse […] ; l’on ne peut assez louer le projet d’y&#13;
avoir le couvent principal et le chef de tous les autres. » (Cf. Sixte Le Tac, Histoire chronologique&#13;
de la Nouvelle-France, édition Réveillaud, Paris, 1888, Annexe, p. 200.)&#13;
305&#13;
Ici, une précision s’impose. Lorsque les Récollets affirment que Mgr de Laval leur concéda la&#13;
faculté de confesser seulement dans leur couvent, ils voulaient certainement dire que la juridiction&#13;
sans aucune restriction leur était concédée seulement dans l’église de leur couvent, parce que, dès&#13;
leur arrivée au Canada, les pères récollets eurent du Serviteur de Dieu la juridiction pour tout le&#13;
diocèse « tout dépendant du consentement des curés et supérieurs ». Notons aussi qu’en 1670,&#13;
Mgr de Laval leur assigna un confessionnal fixe dans la cathédrale, confessionnal qu’ils&#13;
abandonnèrent en 1672, parce que, selon eux, l’évêque et les prêtres du Séminaire de Québec&#13;
faisaient enquête sur leur manière d’agir avec les pénitents (no 6) ; nous croyons que c’est à ce&#13;
moment-là que ceux-ci se déterminèrent à demander un couvent dans la ville de Québec, afin d’avoir&#13;
une chapelle où exercer librement leur ministère. Le Serviteur de Dieu ne voulut pas que la chapelle&#13;
du nouveau couvent soit ouverte au public et leur proposa à nouveau un confessionnal dans la&#13;
cathédrale. Mais ces derniers le refusèrent, se réservant seulement les confessionnaux de leur&#13;
chapelle de Notre-Dame-des-Anges.&#13;
304&#13;
&#13;
- 514 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
qui il lui plaît et quand il lui plaît ; ce qui met les Récollets presque hors&#13;
d’état de se soutenir dans le pays et d’y servir utilement 306.&#13;
Quand M. l’évêque a donné cette permission à un religieux particulier, il lui&#13;
est défendu d’exercer les fonctions et même de célébrer la messe dans le&#13;
district d’un curé, qui est quelquefois de 25 à 30 lieues, sans avoir&#13;
auparavant cherché et trouvé le curé dans l’étendue de son district et reçu&#13;
de lui une seconde permission 307, laquelle il limite encore comme bon lui&#13;
semble quant aux lieux et quant aux personnes.&#13;
Il est vrai que la prohibition de ne pouvoir s’éloigner de la ville de Québec au-delà d’un rayon&#13;
de deux lieues (environ huit km) dont se lamentent les pères récollets leur a été faite par le Serviteur&#13;
de Dieu, puisque Mgr de Laval en parle lui-même dans une lettre au directeur du Séminaire de&#13;
Québec datée de 1685. Cette mesure peut sembler un peu excessive, mais elle n’est pas&#13;
complètement injustifiée.&#13;
306&#13;
&#13;
En effet, certains de ces pères, sans doute de bonne foi et en se basant sur des motifs qu’ils jugeaient&#13;
bons, exercèrent parfois leur ministère dans le diocèse de Québec sans la faculté expresse du&#13;
Serviteur de Dieu. À ce propos, l’abbé Dudouyt, dans une lettre à Mgr de Laval (no 7), parle des&#13;
Récollets « qui se sont ingérés de faire les fonctions dans les missions et les paroisses sans votre&#13;
permission ou de vos grands-vicaires » et précise le cas d’un certain P. Louis# qui rentrant en France,&#13;
« avait confessé depuis Québec dans les côtes jusqu’au bout des habitations, quoique vous lui&#13;
eussiez défendu ».&#13;
De plus, bien que Mgr de Laval eût avisé les Récollets de ne pas exercer le saint ministère dans les&#13;
paroisses sans le consentement des curés locaux, « tout dépendant du consentement des curés et&#13;
supérieurs », nous savons par les Récollets eux-mêmes qu’ils entendaient des confessions dans les&#13;
maisons privées (nos 6, 11, 17) et en parlent de manière à faire supposer que les curés n’étaient pas&#13;
au courant. Il semble aussi qu’ils se rendaient parfois pour donner le ministère dans les paroisses&#13;
sur demande des paroissiens et non des curés. Du moins, c’est ce que laisse entendre le Serviteur de&#13;
Dieu quand il écrit au curé Morel « qu’il ne veut pas que les Récollets aillent en aucun lieu sans&#13;
avoir été demandés par les curés et non par les paroissiens » (Extrait du Catalogue de 1687*).&#13;
Enfin, selon une réponse donnée par le provincial de Saint-Denis à l’abbé Dudouyt sur le même&#13;
sujet, réponse référée dans la lettre de l’abbé Dudouyt (no 7), on peut même déduire que certains&#13;
récollets allaient dans les paroisses sur la seule demande du gouverneur ; en effet, l’abbé Dudouyt&#13;
écrit à l’évêque qu’ayant dit au provincial « que les religieux devaient avoir la même dépendance&#13;
dans votre diocèse qu’ils avaient dans les diocèses de France, il m’a répondu que ce n’était pas de&#13;
même en Canada, qu’ils dépendaient non seulement de la puissance ecclésiastique, mais que quand&#13;
le gouverneur demandait un récollet ils ne pouvaient pas le refuser ». Toutes ces raisons expliquent&#13;
et justifient, nous semble-t-il, la conduite du Serviteur de Dieu et la sévérité de certains de ses&#13;
comportements envers les pères récollets.&#13;
#&#13;
NDLR : Il s’agit probablement du père récollet Louis Hennepin.&#13;
307&#13;
Comme nous l’avons écrit plus haut, le Serviteur de Dieu concéda aux Récollets la faculté de&#13;
confesser dans son diocèse sous condition « d’obtenir le consentement des curés et supérieurs », ce&#13;
qui était conforme aux usages de l’Église et aux droits des évêques. En ce qui concerne la célébration&#13;
de la messe, nous n’avons trouvé aucun autre document qui confirme cette affirmation ; par ailleurs,&#13;
nous savons qu’en 1685, Mgr de Laval était d’un avis parfaitement contraire, puisqu’il écrivit de&#13;
&#13;
- 515 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
Le récollet a spécialement ordre de s’informer du curé [les]quels de ses&#13;
paroissiens il doit exclure du tribunal de la pénitence, de savoir de lui les&#13;
péchés dont on les accuse 308 et quoique le pénitent proteste qu’il est&#13;
innocent des fautes qu’on lui impose, le confesseur doit plutôt en croire à la&#13;
déposition du curé qu’à la bonne foi du pénitent, auquel il doit refuser&#13;
l’absolution et de même de le refuser et l’entendre en confession. Le récollet&#13;
qui a franchi est privé de sortir de la maison et de l’exercice de ses fonctions.&#13;
Cette rigueur est si exacte que, pour les Récollets et pour les peuples, que&#13;
ceux-ci n’ont pas plus à cet égard de liberté en Canada que s’ils vivaient&#13;
dans un pays hérétique, la crainte des suites obligeant les Récollets de&#13;
confesser moins dans les églises et dans les lieux publics ou en présence des&#13;
témoins que dans des maisons particulières des villes et de la campagne,&#13;
d’en conserver le secret au pénitent qui se cache aussi de ses proches et de&#13;
ses amis 309 ; car si quelqu’un est reconnu, le confesseur est traité de rebelle&#13;
et le pénitent de libertin et l’on persécute l’un et l’autre sous d’autres&#13;
prétextes contournés.&#13;
Le district des curés de Canada se trouve d’une si grande étendue qu’à&#13;
peine en plusieurs endroits peut-on donner la messe trois ou quatre fois&#13;
l’année 310. Les seigneurs et les habitants ont demandé souvent des Récollets&#13;
qui s’offraient de les servir par manière de mission pour la cinquième partie&#13;
Paris aux directeurs du Séminaire de Québec « qu’ils [les Récollets] n’exercent point de fonction&#13;
hors de dire la messe, sans qu’ils aient l’agrément de celui qui a soin du lieu » (Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 130).&#13;
308&#13;
Dans la même lettre de 1685, le Serviteur de Dieu donna les raisons pour lesquelles il se crut&#13;
obligé de faire telle prescription. Il écrit de Paris aux directeurs du Séminaire de Québec que chaque&#13;
curé « les doit par nécessité instruire [les Récollets] des désordres et de ceux qui donnent du&#13;
scandale, à moins de quoi il arrive presque infailliblement qu’ayant des considérations purement&#13;
humaines et de leur intérêt, ils reçoivent aux sacrements les plus scandaleux, s’excusant sur ce qu’ils&#13;
ignoraient, quoiqu’ils le sachent très bien ». Tout porte à croire que le Serviteur de Dieu avait ici en&#13;
vue les commerçants de boissons enivrantes, pour lesquels les Récollets, comme nous l’avons déjà&#13;
écrit, se montraient plus indulgents, malgré les mesures sévères du Serviteur de Dieu.&#13;
309&#13;
Il est certain que cette façon d’agir ne pouvait obtenir l’approbation du Serviteur de Dieu, même&#13;
si les Récollets étaient convaincus, comme nous le croyons, d’avoir le droit d’agir ainsi, pour les&#13;
motifs précis qu’ils invoquaient. Il serait difficile de croire que ces confessions répétées soient&#13;
restées complètement cachées. On peut donc raisonnablement supposer que l’évêque en ait eu&#13;
connaissance et y ait trouvé une autre raison pour se montrer peu indulgent avec eux.&#13;
310&#13;
Nous pouvons croire sans difficulté que certains colons canadiens ne pouvaient entendre la messe&#13;
plus de trois ou quatre fois par année à cette époque ; mais le fait s’explique facilement. Certains&#13;
curés devaient parcourir 100 ou 200 km pour porter leur ministère d’un endroit à l’autre sur leur&#13;
territoire.&#13;
- 516 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
de ce qu’un curé tire des dîmes et de l’autel de son district, mais M. l’évêque&#13;
s’y est toujours opposé, quelques instances que MM. les gouverneurs et&#13;
intendants les lui en aient faites 311, et il souffre quelquefois que ces religieux&#13;
soient jusqu’à dix prêtres retirés par ses ordres dans leur solitude, pendant&#13;
que tant d’âmes demeurent sans secours.&#13;
&#13;
L’auteur de ce rapport fait allusion aux difficultés nées entre le Serviteur de Dieu et les&#13;
administrateurs civils à propos de l’organisation paroissiale du diocèse de Québec. Dans ces&#13;
difficultés, les pères récollets, même s’ils étaient animés de motifs apostoliques, ne prirent pas le&#13;
parti de l’évêque. Dès les premiers temps de son gouvernement au Canada, le Serviteur de Dieu&#13;
s’était rendu compte de la nécessité d’ériger des paroisses. Toutefois, avant de créer une nouvelle&#13;
paroisse, il voulait qu’elle ait une rente stable et suffisante pour le maintien d’un curé, que ce soit&#13;
par la dîme ou par une contribution royale. Mais certains administrateurs civils, comme Frontenac&#13;
et Meulles, s’immiscèrent dans l’affaire et, poussés autant par leur esprit gallican que par leur désir&#13;
de contrôler et de diminuer la contribution royale, accusèrent le Serviteur de Dieu d’exagérer les&#13;
besoins des curés et de refuser de créer de nouvelles paroisses dans des lieux qu’ils jugeaient en&#13;
mesure de soutenir un curé avec les dîmes. Les Récollets, en conflit avec le Serviteur de Dieu et&#13;
éloignés du ministère paroissial à la suite de leurs difficultés avec lui, se proposèrent pour assurer&#13;
le ministère dans les paroisses pour une somme relativement minime.&#13;
311&#13;
&#13;
Ainsi, ils donnaient plus de poids aux colons qui refusaient de payer les dîmes et rendirent plus&#13;
acerbe la discussion du Serviteur de Dieu avec les administrateurs civils. Dans une longue lettre&#13;
écrite de Paris le 15 février 1686 (cf. Doc. LI-II-1) à son successeur, Mgr de Saint-Vallier, alors au&#13;
Canada avec le titre de vicaire général, Mgr de Laval fit allusion à cette question et exprime son point&#13;
de vue sur le sujet : « Le roi a [l’intention] de retrancher à l’avenir ce qu’elle [Sa Majesté] a accordé&#13;
par le passé pour la subsistance des curés, s’appuyant toujours sur de vieux principes que&#13;
MM. de Frontenac et de Meulles et autres ont tâché d’inspirer, que les ecclésiastiques doivent se&#13;
contenter de peu, que ce n’est point au roi d’y fournir, mais aux habitants, que s’il coûte trop pour&#13;
des ecclésiastiques, il faut employer des Récollets, qui se contentent de moins. À quoi lesdits&#13;
Récollets aident beaucoup, insinuant cela de tout côté, même au ministre. Mais il faut demeurer&#13;
ferme sur ce que l’ordre de l’Église ne permet pas d’en user de la sorte que lorsque l’on ne peut pas&#13;
fournir un nombre suffisant d’ecclésiastiques, ce qui ne sera pas avec la grâce de Notre-Seigneur,&#13;
que cela est formellement opposé à l’ordre de la hiérarchie qui demande qu’il y ait des curés, et&#13;
contraire aux intentions du roi, qui par ses arrêts, veut qu’il y ait des curés en titre à chaque&#13;
paroisse. » (Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 1, no 47)&#13;
En résumé, le Serviteur de Dieu ne voulait confier le gouvernement des paroisses à des réguliers&#13;
qu’en cas de nécessité et personne ne pourrait le lui reprocher. En s’en tenant à ce que disent les&#13;
Récollets, il ne se serait pas bien conduit à leur égard, puisqu’il aurait refusé de leur confier des&#13;
paroisses, malgré la grande nécessité. Pour porter un jugement correct à ce sujet, il nous manque&#13;
bien des données. Toutefois, nous ne pouvons pas accuser le Serviteur de Dieu de manquer de&#13;
sincérité lorsqu’il écrit, en tant qu’évêque, qu’il y a un nombre suffisant d’ecclésiastiques dans le&#13;
pays. Par ailleurs, quand une vraie nécessité de recourir aux Récollets se présenta, dans des cas&#13;
particuliers, il ne se montra pas opposé. Ce fut le cas au moment de leur arrivée au Canada en 1670,&#13;
ainsi qu’il le dit dans sa lettre du 9 juin 1687, lorsqu’il répondit au supérieur du Séminaire, qui lui&#13;
avait fait connaître l’impossibilité d’administrer une paroisse à cause du manque de prêtres : « Je&#13;
n’y vois guère d’apparence [de la conserver], à moins de pouvoir suppléer aux cures par le moyen&#13;
de récollets ; à quoi je ne verrais pas tant d’inconvénients si la chose était possible ; mais comme il&#13;
n’en passe pas cette année, ils ne le pourront pas. » (Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 87)&#13;
- 517 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
Il a éludé de même plusieurs requêtes et instances réitérées des villes de&#13;
Montréal et des Trois-Rivières et autres lieux qui avaient aussi donné des&#13;
fonds aux Récollets pour s’y établir sans préjudice du curé 312, mais afin&#13;
d’avoir un recours contre la gêne où l’on retient leurs consciences. Il n’y a&#13;
village au Canada auquel les peuples ne les aient demandés de temps en&#13;
temps durant le cours de l’année par manière de mission passagère. Mais&#13;
M. de Québec n’a répondu à la plupart de leurs demandes que par des&#13;
détours et des excuses, par des menaces et des mauvais offices, par des&#13;
invectives et des calomnies contre les Récollets, en sorte qu’il passait&#13;
visiblement qu’il aime mieux voir une partie de ses ouailles sans secours&#13;
spirituels et plusieurs années sans faire leurs pâques, des enfants mourir&#13;
sans baptême et des adultes sans confession 313, plusieurs exposés à faire des&#13;
sacrilèges, que de leur envoyer des Récollets auxquels les peuples ont une&#13;
singulière confiance.&#13;
&#13;
Il est certain qu’il y a eu des démarches pour avoir un couvent de Récollets à Montréal, à TroisRivières et en d’autres lieux au Canada, et il est tout aussi certain que ces démarches furent&#13;
favorisées par le gouverneur de Frontenac. Quant au Serviteur de Dieu, il ne put être très favorable&#13;
à une expansion des Récollets, vu la controverse alors en cours au sujet des questions d’ordre&#13;
pastoral, mais nous ne pouvons vérifier si et dans quelle mesure il exerça une influence dans les&#13;
réponses défavorables auxdites demandes#. Pour Montréal, ce fut le roi Louis XIV lui-même qui&#13;
leur refusa la permission, mais nous ne savons pas pour quels motifs (cf. Hugolin, L’Établissement&#13;
des Récollets à Montréal, Montréal, 1911, p. 21-22). Quant aux Trois-Rivières, les Récollets, qui y&#13;
exerçaient la fonction de curés depuis 1670, y eurent dès 1678 une maison paroissiale, qu’ils durent&#13;
abandonner en 1683, peu de temps après la nomination d’un prêtre du Séminaire de Québec comme&#13;
curé de cette paroisse. Cependant, les Récollets conservèrent toujours le désir d’établir un couvent&#13;
régulier en ces deux villes, ce qui se réalisa plus tard avec l’assentiment de Mgr de Saint-Vallier,&#13;
successeur du Serviteur de Dieu.&#13;
#&#13;
NDLR : L’abbé Tronson, supérieur général de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, écrivit&#13;
à l’abbé Guyotte, curé de la paroisse de Montréal, que « la conduite des Récollets à l’égard de&#13;
Mgr de Québec est une raison pour ne pas presser de les établir à Montréal » (9 août 1684, Archives&#13;
du Séminaire Saint-Sulpice de Paris, Série 2, vol. 6, p. 3828).&#13;
312&#13;
&#13;
313&#13;
Il n’est pas possible de vérifier ces affirmations, mais il est facile de les considérer comme&#13;
exagérées. Quant au nombre d’enfants morts sans avoir été baptisés, il ne pouvait être très élevé, à&#13;
cause de la coutume établie au Canada, sur laquelle était intervenu le Serviteur de Dieu&#13;
(Doc. XXXV), de baptiser les enfants dans la famille immédiatement après la naissance. En ce qui&#13;
concerne les cas de décès sans sacrement, nous devons tenir compte de ce que note Mgr de Laval&#13;
lui-même à ce sujet dans sa lettre du 15 février 1686 à son successeur, Mgr de Saint-Vallier, dans&#13;
laquelle il faisait allusion à la création de nouvelles paroisses : « C’est une nécessité, si l’on veut&#13;
que les peuples soient assistés et qu’ils ne meurent pas sans confession, comme l’on l’a souvent&#13;
inspiré à la Cour qu’il était arrivé, quoique, par le grand soin et charité des missionnaires et la&#13;
miséricorde de Notre-Seigneur, la chose ne soit pas arrivée plus souvent qu’il ferait en France. »&#13;
(Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 1, no 47)&#13;
&#13;
- 518 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
Il est arrivé en des années différentes depuis le rétablissement des Récollets&#13;
en Canada qu’en l’absence de M. de Québec, qui se trouvait alors en France,&#13;
le commandant de l’Acadie, le gouverneur du fort de Frontenac, le seigneur&#13;
de l’île Percée, celui de Saint-François, demandèrent des Récollets pour&#13;
administrer aux Français et aux Sauvages et, sur le refus des grandsvicaires, ils interposèrent M. le comte de Frontenac, alors gouverneur audit&#13;
pays, lequel s’y intéressa auprès d’eux sans pouvoir d’abord obtenir ; mais&#13;
enfin, M. de Frontenac, comprenant la nécessité de la présence de ces&#13;
religieux dans les postes susdits pour y tenir en règle les Français et y attirer&#13;
et former les Sauvages qui demandaient aussi des Récollets, leur ordonna&#13;
d’autorité d’y aller, sauf deux, de n’y point exercer leurs fonctions qu’après&#13;
en avoir obtenu licence de MM. les grands-vicaires, lesquels enfin, forcés&#13;
par la justice et les instances des peuples en accordèrent la permission ; ce&#13;
que M. de Québec ne pouvant approuver depuis son retour et n’osant pas&#13;
aussi rappeler les Récollets dans leur solitude, les a incessamment traversés&#13;
aussi bien que ceux qui les avaient demandés, jusqu’à ce que ces religieux&#13;
aient abandonné quelqu’un des postes susdits et seront peut-être obligés&#13;
d’abandonner bientôt les autres pour complaire à M. l’évêque.&#13;
C’est assez que l’on témoigne inclination d’avoir des récollets dans les lieux&#13;
même où d’autres missionnaires ne voudraient pas qu’on les employât,&#13;
pour s’attirer la persécution de M. l’évêque et de ses adhérents. Ce qui a&#13;
paru singulièrement dans les années dernières dans les grandes&#13;
découvertes que M. de La Salle a faites par ordre du roi, lesquelles ont eu&#13;
tout le succès qu’on pouvait espérer de sa grande conduite, quoique&#13;
traversées au-delà de ce que l’on peut croire, et l’on ne lui en a donné&#13;
d’autre raison sinon qu’on ne pouvait souffrir qu’il eût choisi des récollets&#13;
pour administrer le spirituel aux Français et aux Sauvages durant le cours&#13;
de ses entreprises.&#13;
Après qu’un récollet a passé par une côte, M. de Québec y envoie de ses&#13;
prêtres comme autant de commissaires déclarés de son inquisition pour&#13;
rechercher la conduite du récollet, la décréditer et la tourner même en&#13;
criminelle et l’on déclare souvent ses absolutions nulles, si elles ont été&#13;
- 519 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
données à des personnes qui ne sont pas dans les intérêts de MM. les&#13;
ecclésiastiques.&#13;
Comme les langues sont différentes parmi chaque nation des Sauvages,&#13;
quand un récollet s’est formé à une langue et qu’il commence à faire&#13;
quelques progrès, l’on cherche des prétextes pour le retirer dans son&#13;
couvent et envoyer un nouveau religieux. Il est rare qu’un religieux y soit&#13;
plus de trois ans, quoiqu’il n’en use pas de même à l’égard des autres&#13;
missionnaires qu’on laisse dans un même poste parmi les Sauvages plus de&#13;
15 et 20 années ; ce qui met les Récollets hors d’état de réussir à la&#13;
conversion des Sauvages sujets de Sa Majesté.&#13;
Tout le Canada sait que les Récollets, soit dans le couvent soit dans les&#13;
missions, sont d’une vie très frugale et fort modique et qui trouvent peu de&#13;
choses dans leur pays pour leur subsistance par les défenses que&#13;
M. l’évêque leur [a] faites de sortir en certains temps qui seraient propres,&#13;
par le refus qu’il leur fait de rendre service aux peuples et par les ordres&#13;
qu’il donne à ses ecclésiastiques, qui vont même au-devant et détournent&#13;
les charités pour augmenter les grandes quêtes qu’ils font partout sous&#13;
prétexte de bâtisses et ornements d’église, de confréries, de congrégations,&#13;
de pèlerinages et pour des pauvres qui sont à eux et leurs inspecteurs dans&#13;
chaque lieu, afin de rapporter ce qui se passe dans les familles. M. l’évêque,&#13;
prétendant que la quête est purement son droit, a souvent menacé les&#13;
Récollets de leur interdire tout à fait sous peine de constituer dans ses&#13;
prisons celui qui la ferait après sa défense 314.&#13;
Il leur est expressément défendu de célébrer même des messes basses pour&#13;
la dévotion de certains corps de métier qui ne font pas encore de confréries,&#13;
avec ordre de les renvoyer à la paroisse où on les reçoit pour lesdites&#13;
messes. On prend soin de leur détourner les rétributions de messes, en sorte&#13;
On doit noter que les Récollets jouissaient d’une pension annuelle de 1 200 livres, à condition de&#13;
ne pas quêter, selon ce que transmettent le Serviteur de Dieu (no 16) et M. de La Tour (Mémoires&#13;
sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec, Livre XII). À cette époque, au Canada, c’était&#13;
une somme considérable#.&#13;
#&#13;
NDLR : Aujourd’hui, ce serait l’équivalent d’environ 52 000 $.&#13;
314&#13;
&#13;
- 520 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
qu’ils n’en ont pas 30 par année de 3 000 ou 4 000 qu’ils disent tous les ans&#13;
dans la mission 315. Les enterrements leur sont interdits, quoiqu’ordonnés&#13;
par les dernières volontés des défunts. Jusque-là qu’un habitant de Québec&#13;
nommé Becquet, qui avait contribué à la bâtisse de la chapelle du TiersOrdre, dont il était confrère, à condition d’y être enterré, ne put l’obtenir&#13;
après sa mort, quoique M. l’évêque lui eût promis et que M. le comte de&#13;
Frontenac, gouverneur pour le roi audit pays et exécuteur en cette part de&#13;
la dernière volonté du défunt, lui en eût fait de fortes instances.&#13;
Jusqu’à présent, la province des Récollets a envoyé en Canada l’élite des&#13;
plus habiles et des plus sages religieux et dont plusieurs avaient paru avec&#13;
estime dans les premières charges de la province, desquelles ils ont encore&#13;
été honorés après leur retour. Cependant, ils n’y ont reçu que toute sorte de&#13;
mauvais traitements et après quelques années de séjour, de silence et de&#13;
patience, ont été obligés de revenir en France pour complaire à M. l’évêque,&#13;
rendant ainsi leurs sacrifices inutiles aussi bien que les frais qu’il plaît à&#13;
Sa Majesté de faire pour payer leur passage en Canada et contribuer à leur&#13;
entretien.&#13;
[Troisième partie]&#13;
Les Récollets, ainsi resserrés dans leur solitude où ils ne subsistaient&#13;
qu’avec peine, avaient cru trouver quelque ressource à de telles extrémités,&#13;
en sollicitant la bonté du roi de leur accorder un hospice en la ville de&#13;
Québec :&#13;
1° pour y retirer les religieux qui sont souvent arrêtés par la&#13;
pluie, la nuit et les mauvais temps ;&#13;
2° pour y assister les malades qui jusque-là avaient été obligés&#13;
de se faire porter à l’hôpital de Québec parmi les laïcs à cause&#13;
&#13;
Au sujet du paiement des messes, le Serviteur de Dieu écrivait à la Sacrée congrégation de la&#13;
propagande, le 14 mars 1672 : « car c’est à peine si quelque chose est reçu de la part des colons,&#13;
pas même pour l’administration des sacrements ou pour la célébration des messes, ou rarement, au&#13;
point que, fuyant toute suspicion d’avarice, nous paraissions imiter par nos mœurs, jusqu’à un&#13;
certain point, la pureté de la première Église naissante » (Doc. XXIII-33).&#13;
315&#13;
&#13;
- 521 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
de l’éloignement du couvent, où l’on ne peut avoir à temps le&#13;
secours des médecins, des remèdes et autres choses&#13;
nécessaires ;&#13;
3° pour y tenir deux religieux résidents qui eussent soin de&#13;
recueillir les aumônes qui leur viennent des côtes et de faire&#13;
les autres provisions journalières pour lesquelles il avait fallu&#13;
jusque-là beaucoup d’allées et de venues du couvent à la ville,&#13;
la maison même ayant manqué souvent dans les besoins&#13;
lorsqu’on ne pouvait sortir ;&#13;
4° pour servir de retraite aux religieux qui se trouvaient à la&#13;
ville occupés en prédications, confessions, visites de malades&#13;
et qui auraient pu par ce moyen se trouver à l’hospice aux&#13;
heures d’offices, d’oraison ;&#13;
[5°] et enfin, pour donner aux habitants de la ville et à ceux de&#13;
la campagne, qui y abordent incessamment pour avoir un&#13;
recours facile aux Récollets dans leurs besoins spirituels.&#13;
M. le comte de Frontenac susdit s’y était même intéressé par la connaissance&#13;
qu’il avait de la nécessité des raisons sus alléguées et encore pour faciliter&#13;
les fonctions d’aumônerie de sa personne et de sa garnison, pour lesquelles&#13;
il avait choisi et employé les Récollets durant huit années.&#13;
Sa Majesté ayant eu la bonté de leur accorder ses lettres patentes pour le&#13;
fonds et la concession dudit hospice, datées de Versailles du 28e mai 1681,&#13;
avec ordre de M. Duchesneau alors intendant de Canada, de les mettre en&#13;
possession dudit hospice, le 25e septembre, M. l’évêque étant malade y fit&#13;
planter la croix régulière par M. son grand-vicaire avec les cérémonies&#13;
accoutumées à la tête de la communauté ; les lettres patentes enregistrées&#13;
au Conseil souverain de Québec le 29e octobre 1681, en vertu desquelles il&#13;
confirme et reconnaît de sa part ce que le roi accorde aux Récollets,&#13;
permettant, autant qu’il est en lui, l’érection de l’hospice, quoiqu’il&#13;
restreigne la permission de célébrer les divins mystères en particulier et&#13;
ianuis clausis, à laquelle permission les religieux se sont soumis selon sa&#13;
&#13;
- 522 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
teneur et il ne se trouvera point qu’ils en aient outrepassé les conditions et&#13;
les clauses.&#13;
Les Récollets, en suite des concessions et permissions susdites, ont bâti peu&#13;
à peu leur maison par les secours de M. le comte de Frontenac susdit. Les&#13;
PP. Exupère et Maxime étaient en possession de la résidence depuis deux&#13;
mois, les dehors et les dedans de la maison presque achevés à la réserve de&#13;
la couverture d’une petite lanterne posée sur l’oratoire des infirmes pour&#13;
une cloche de 18 ou 20 livres, lorsque M. de Québec, par deux de ses&#13;
ordonnances, l’une du 3e, l’autre du 12e juin ladite année 1683, leur révoqua&#13;
la permission susdite qu’il avait donnée en date du 27 octobre 1681 pour la&#13;
bâtisse de la maison, hospice et infirmerie, leur défendit d’y construire&#13;
aucun oratoire intérieur ni aucun lieu régulier au dedans, n’ignorant pas&#13;
que tous ces offices étaient déjà achevés, défense à tout religieux d’y résider&#13;
et d’y célébrer la sainte messe même en particulier et ianuis clausis et autres&#13;
choses portées plus amplement par lesdites ordonnances, prenant pour&#13;
prétexte le clocheton susdit élevé sur l’infirmerie, qui n’était alors et n’est&#13;
encore aujourd’hui que quatre bâtons entourés de planches, sans croix et&#13;
sans coq, sans cloche ni clochette et sans aucun ouvrage préparé pour la&#13;
prendre, n’étant en un mot qu’une simple lanterne destinée à soutenir une&#13;
clochette telle que les religieux en ont à toutes les infirmeries.&#13;
À l’égard dudit clocher prétendu, les Récollets ont remontré humblement,&#13;
et de parole et par écrit, à M. l’évêque que ni par la figure de l’ouvrage, de&#13;
sa situation et de l’oratoire, ni dans leur intention qui paraît assez, il n’avait&#13;
pas été élevé pour servir de clocher public et solennel que l’on appelle&#13;
campanile, a campana, mais pour un clocheton domestique, campanalitum a&#13;
campanula, lequel n’a jamais choqué MM. les ordinaires dans les plus petites&#13;
maladeries, hôpitaux, ermitages, châteaux, maisons de seigneurs et des&#13;
particuliers, à plus forte raison dans un hospice et hôpital destiné pour des&#13;
religieux infirmes et au droit de chapelle domestique intérieure que&#13;
M. l’évêque avait permise aux Récollets en leur accordant la liberté de&#13;
célébrer la sainte messe audit lieu ianuis clausis ; que cette petite retraite&#13;
étant de séjour des vieillards, infirmes habituels, malades actuels et des&#13;
- 523 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
convalescents qui auraient consumé leur force et leur santé dans les&#13;
missions, pour les religieux passants et pour loger deux religieux qui les&#13;
assistent, ils avaient besoin d’une clochette, afin de marquer les heures de&#13;
la régularité des infirmeries et des hospices ; qu’ils ont par tout l’Ordre de&#13;
pareils clochetons, quoiqu’attachés aux couvents qui ont leur clocher&#13;
solennel de communauté ; qu’ils ne voudraient pas souffrir que l’on&#13;
administrât les sacrements aux religieux moribonds, que l’on reçût leur&#13;
dernier soupir, qu’on leur donnât la sépulture sans aucune solennité&#13;
domestique comme à des hérétiques sans sonner un coup de cloche ; que&#13;
les Récollets avaient d’autant moins cru offenser M. l’évêque que leur ayant&#13;
donné son écrit en confirmation du titre d’hospice et infirmerie et fait&#13;
planter la croix régulière solennellement, il semblait qu’une cloche&#13;
domestique en était la conséquence ; enfin, que les Récollets en appelaient&#13;
en la justice et à sa parole sur laquelle et ensuite des patentes du roi il leur&#13;
avait vu deux années durant bâtir une maison, laquelle, après les défenses&#13;
de M. l’évêque, leur demeurerait inutile aux fins pour lesquelles Sa Majesté&#13;
la leur avait accordée et que lui-même avait confirmée par son écrit du&#13;
27 octobre 1681.&#13;
Il est à remarquer que les Récollets ont protesté toujours à M. l’évêque non&#13;
seulement par leur écrit du 4e juin à lui signifié et souvent de vive voix, mais&#13;
encore employé l’entremise et le crédit de M. de Meulles, intendant pour le&#13;
roi en Canada, qui s’est porté leur caution, que pour le bien de la paix ils&#13;
n’avaient pas prétendu se servir de la clochette, quand elle serait pendue,&#13;
pour appeler les peuples aux offices ni exercer en public aucune de leurs&#13;
fonctions, sinon de l’agrément d’un évêque qui en connaîtrait peut-être un&#13;
jour la nécessité pour la satisfaction des habitants de la ville et de la&#13;
campagne qui le demandent.&#13;
M. de Québec n’ayant goûté aucune des raisons susdites, les Récollets lui&#13;
proposèrent humblement de laisser ce qui était commencé sans s’en servir&#13;
à aucun usage, de même de l’abattre s’il le souhaitait pourvu qu’il voulût&#13;
bien ne pas trouver mauvais qu’ils se dispensassent d’obéir jusqu’à nouvel&#13;
ordre aux autres articles de ses ordonnances et leur permettre résidence&#13;
- 524 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
[espace blanc] de deux religieux audit hospice pour les fins qui dessus, d’y&#13;
célébrer la messe à porte fermée et d’y laisser la régularité susdite d’officine&#13;
sans y rien détruire ; mais M. l’évêque refusa d’accorder aucun des articles,&#13;
quand bien même les Récollets abattraient le clocheton commencé.&#13;
Enfin, les Récollets lui proposèrent de vouloir bien suspendre l’exécution&#13;
de tout ce qu’il exigeait d’eux jusqu’à l’année suivante qu’il plairait au roi&#13;
d’en ordonner et que cependant, les religieux laisseraient le bâtiment dans&#13;
l’état où il était. À quoi M. l’évêque ayant paru s’accorder alors, il ne se&#13;
trouvera point que les Récollets aient mis un clou ni ajouté la moindre chose&#13;
audit hospice ni au clocheton depuis le 25 mai, sept jours devant la&#13;
première ordonnance, comme en feront foi le procès-verbal fait alors de&#13;
l’état des lieux, qui se trouvera de même, le certificat de la déposition des&#13;
ouvriers par-devant notaire et le témoignage de M. de Meulles, intendant,&#13;
il leur a donné par écrit de la soumission de leur conduite à l’égard de&#13;
M. l’évêque.&#13;
Cependant, deux mois et demi se sont passés dans une profonde paix,&#13;
M. l’évêque témoignant être satisfait de l’accord susdit, jusqu’à ce que sur&#13;
la fin du mois d’août les Récollets ayant changé de supérieur par l’arrivée&#13;
du P. Henri Le Roy, gardien et commissaire provincial de la mission,&#13;
M. l’évêque reprit son premier dessein et renouvela audit supérieur&#13;
verbalement l’exécution de ses ordonnances susdites, non seulement pour&#13;
abattre le clocheton commencé, ce que l’on lui avait offert pour le bien de la&#13;
paix, mais encore pour détruire les lieux réguliers, renoncer à toute&#13;
résidence même de malades et s’abstenir d’y célébrer en particulier. Jusquelà qu’un pauvre religieux attaqué de fièvre et de fluxion sur la poitrine,&#13;
réduit en extrême danger faute de secours, lui ayant été demander&#13;
permission le 22 de septembre de se retirer dans leur hospice pour y&#13;
recevoir le soulagement nécessaire, M. l’évêque le lui refusa.&#13;
Le nouveau supérieur lui réitéra les propositions d’abattre ce qui était&#13;
commencé du clocheton pourvu qu’il voulût désister du reste qui était porté&#13;
par sesdites ordonnances, que sans cela il trouverait bon que l’on s’en tînt à&#13;
- 525 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
la parole qu’il avait donnée plus de deux mois auparavant, en laissant les&#13;
choses au même état de part et d’autre, M. l’évêque attendrait jusqu’à&#13;
l’année prochaine pour savoir les volontés de Sa Majesté sur ce sujet ; mais&#13;
enfin, M. l’évêque, révoquant la parole aussi bien que son écrit de&#13;
permission du 27 octobre 1682, sans vouloir rien suspendre, révoqua aussi&#13;
par écrit à tous les Récollets qui s’étaient trouvés au chapitre, à la réserve&#13;
du supérieur, les permissions de confesser et de prêcher dans son diocèse 316.&#13;
Depuis ce temps, les Récollets se sont servis de tous les moyens possibles&#13;
afin d’adoucir M. l’évêque, lui ont protesté qu’ils ne déterminaient rien&#13;
pour l’exécution ou l’inexécution de ses ordonnances par lesquelles il les&#13;
excluait de leur office, mais seulement d’en suspendre l’exécution jusqu’à&#13;
ce que l’on pût apprendre les volontés du roi, n’ayant reçu d’autre réponse&#13;
de M. l’évêque sinon qu’il était le seul maître, même de leur maison et&#13;
infirmerie, qui pourrait révoquer les permissions d’établissement quand il&#13;
lui plaisait et qu’au reste il ne voulait attendre autre résolution de France.&#13;
Jusqu’au départ des navires, 11e novembre dernier, les Récollets ont&#13;
persévéré en soumission et en silence, ont même prié les puissances des&#13;
ministres du roi audit pays de s’intéresser en leur faveur auprès de&#13;
M. l’évêque, qui leur a toujours répondu qu’il ne leur permettrait jamais ni&#13;
de résider ni de dire la messe à porte fermée, crainte qu’un autre évêque&#13;
après lui ne leur permît de les ouvrir et aussi parce que les Récollets étant&#13;
dans la ville, les peuples trouveraient en eux un recours facile et pressant et&#13;
que cette diversion causerait de la division par la différence des maximes ;&#13;
mais il paraîtrait à toute personne désintéressée, qui n’aurait pas sujet&#13;
d’amoindrir les mauvais offices de M. l’évêque, que la raison susdite&#13;
devrait au contraire assurer aux Récollets la concession de leur hospice,&#13;
puisque cette diversion ne ferait que donner aux sujets du roi la liberté de&#13;
Notons que cette révocation de la juridiction pour les confessions et la prédication fut applicable&#13;
seulement à ceux qui avaient signé l’écrit du 15 juin 1683 (no 11), à l’exception du P. Henri Le Roy,&#13;
supérieur. Les pères qui ne s’étaient pas mêlés de cette affaire conservèrent leur juridiction, comme&#13;
le prouve le titre de la lettre, aujourd’hui perdue, par laquelle le Serviteur de Dieu révoquait la&#13;
juridiction des signataires : « Copie de la révocation que fait Monseigneur des pouvoirs donnés aux&#13;
Récollets pour prêcher et entendre les confessions, etc. […] à la réserve des PP. Henri, Sixte,&#13;
Chrestien, Emmanuel et François » (Extrait du catalogue de 1687*).&#13;
316&#13;
&#13;
- 526 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-17&#13;
&#13;
conscience, conformément aux intentions du roi dans l’établissement des&#13;
Récollets, et qu’à l’égard de la division de ses sentiments, les Récollets n’ont&#13;
point d’autre morale en Canada que partout ailleurs, ne suivant que les&#13;
maximes ordinaires de l’Église et qu’au contraire les principaux réfugiés&#13;
des illuminés de l’Ermitage de Caen s’étant réfugiés en Canada, après avoir&#13;
été condamnés en France 317, ils y établissent leurs maximes par lesquelles&#13;
les ecclésiastiques conduisent aujourd’hui le pays et dans lesquelles les&#13;
Récollets ne peuvent entrer, comme contraires aux principes de la&#13;
conscience et de l’État.&#13;
Les Récollets ainsi traversés par M. l’évêque dans l’exercice de leurs&#13;
fonctions, dans l’honneur et dans la réputation, dans la liberté domestique&#13;
et dans les secours nécessaires des choses nécessaires à la vie, l’ont souffert,&#13;
depuis près de 14 ans en patience et en silence, ne trouvant pas de remède&#13;
dans le pays. Ils ont respiré quelques années, aussi bien que les peuples,&#13;
sous le gouvernement de M. le comte de Frontenac, quoique sans avoir&#13;
beaucoup plus de liberté pour l’exercice de leurs fonctions qui n’étaient pas&#13;
de son ressort. M. de La Barre, son successeur, bien loin de leur donner&#13;
quelque protection, leur a souvent déclaré qu’il ferait en sorte que dans peu&#13;
d’années il n’y aurait pas un récollet en Canada. Ces religieux ne voyant&#13;
point de ressource, ont recours à la bonté du roi qui les a envoyés en Canada&#13;
pour le service de ses sujets (on leur a toujours interdit depuis leur&#13;
rétablissement) et pensant que Sa Majesté aura la bonté de leur marquer ses&#13;
ordres et ses volontés sur ces articles précédents, auxquels ils obéiront avec&#13;
une entière soumission.&#13;
&#13;
Jean de Bernières, directeur de l’Ermitage de Caen, où Mgr de Laval passa beaucoup de temps&#13;
entre 1654 et 1658, décéda en 1659. Après sa mort, quelques-uns de ses disciples, voulant combattre&#13;
les jansénistes, tombèrent dans certaines exagérations que leur maître n’aurait certainement pas&#13;
approuvées. Si certains de ces disciples vinrent ensuite au Canada, comme l’abbé Dudouyt, ce n’est&#13;
qu’après avoir fait amende honorable. On ne trouve pas la moindre allusion à ces prétendues&#13;
relations du Serviteur de Dieu et du clergé canadien avec des disciples infidèles de M. de Bernières&#13;
dans aucun autre document.&#13;
317&#13;
&#13;
- 527 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-18&#13;
&#13;
DOC. XLIII-18. EXTRAIT DE LA LETTRE DE DUDOUYT À LAVAL (11 MARS 1684)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-18&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu, 11 mars 1684,&#13;
d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 77&#13;
Le P. Henri dont il est question ici est le P. Henri Le Roy, supérieur des Récollets&#13;
du Canada, à qui le Serviteur de Dieu, qui se trouvait alors en France, envoya les&#13;
lettres XLIII, nos12 et 13.&#13;
&#13;
Le P. Henri, dans un entretien que j’ai eu avec lui, m’a paru fort irrité contre&#13;
vous, de ce que vous l’auriez traité d’une manière très rude, que vous aviez&#13;
révoqué les pouvoirs de ses religieux, que vous vouliez les empêcher de&#13;
quêter et les chasser du Canada. Il se plaint de l’attestation de la mère&#13;
supérieure de l’hôpital, a dit qu’il ne retournerait pas [sans] que cette affaire&#13;
ne fût réglée, qu’ils étaient inutiles au Canada. Il ne m’a pas été difficile de&#13;
répondre à tout cela.&#13;
J’ai vu depuis à Versailles le P. Hyacinthe, provincial, avec M. notre&#13;
supérieur 318. Il nous a dit qu’il n’approuvait pas que ses religieux eussent&#13;
un clocher et qu’ils eussent outrepassé ce que vous avez permis.&#13;
Précisément, il a fait venir en notre présence le P. Henri, auquel il a&#13;
demandé s’il était vrai que ses religieux n’avaient pas voulu lui obéir et qu’il&#13;
ne pouvait pas détruire ce que son prédécesseur avait fait. Le P. Henri ayant&#13;
répondu que les constitutions lui défendaient de défaire ce que son&#13;
prédécesseur avait fait. Il lui a demandé où il avait pris cela, qu’il ferait&#13;
abattre le clocher et qu’il se ferait bien obéir. Il lui a demandé s’il prétendait&#13;
faire dans Québec un hospice comme ceux de France ; lui ayant répondu&#13;
que les patentes du roi et votre permission le portaient ainsi, il lui a dit que&#13;
cela n’était pas vrai et qu’il fallait le réduire précisément à ce que vous aviez&#13;
permis. Il l’a traité fort rudement, le P. Henri. Je ne crois pas qu’il retourne&#13;
en Canada.&#13;
&#13;
318&#13;
&#13;
« Notre supérieur » réfère au supérieur du Séminaire des Missions étrangères de Paris.&#13;
- 528 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-19&#13;
&#13;
DOC. XLIII-19. LETTRE DE SEIGNELAY À LAVAL (10 AVRIL 1684)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-19&#13;
Lettre de Seignelay, secrétaire d’État de la Marine de France, au Serviteur&#13;
de Dieu, 10 avril 1684, d’après une copie conservée aux Archives nationales&#13;
d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série B, vol. 11, fos 37-39&#13;
Dans cette lettre et la suivante, no 20, la solution donnée par le roi à l’affaire de&#13;
l’infirmerie des Récollets à Québec nous est connue.&#13;
&#13;
À M. l’évêque de Québec&#13;
À Versailles, le 10 avril 1684&#13;
Monsieur,&#13;
J’ai rendu compte au roi du contenu en la lettre que vous m’avez écrite le&#13;
10e novembre dernier. Sa Majesté a été bien aise d’apprendre que vous vous&#13;
appliquez à maintenir l’union et la bonne intelligence qui doit être entre le&#13;
gouverneur et l’intendant et elle s’assure que, connaissant comme vous&#13;
faites, combien elle est nécessaire pour le bien de son service et le repos de&#13;
ses sujets de la Nouvelle-France, vous continuerez vos soins et votre&#13;
application pour fortifier la bonne disposition en laquelle ils sont de&#13;
concourir au bien à l’avantage de la colonie.&#13;
Vous verrez par le mémoire que vous trouverez ci-joint qu’outre les&#13;
gratifications ordinaires que Sa Majesté a faites cette année aux maisons&#13;
régulières établies en Canada, elle a accordé 1 500 livres aux pères jésuites&#13;
pour le rétablissement de leur église du Sault-Saint-Louis, pareille somme&#13;
aux Hospitalières de Québec et 400 livres pour deux ecclésiastiques que&#13;
vous faites passer audit pays.&#13;
Sa Majesté a vu le mémoire que vous avez formé avec MM. de La Barre et&#13;
de Meulles pour la distribution des cures de la Nouvelle-France et pour la&#13;
subsistance des curés 319. Le principe sur lequel vous avez travaillé est&#13;
&#13;
319&#13;
NDLR : Plan général de l’état des missions du Canada en l’année 1683, aux Archives nationales&#13;
d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, sous-série F5 A 4/1.&#13;
&#13;
- 529 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-19&#13;
&#13;
préjudiciable au bien de la colonie, vu que vous réglez la portion congrue&#13;
d’un curé de 500 livres et il y a tel à qui vous en donnez davantage, dans un&#13;
pays nouveau, peuplé d’habitants pauvres et qu’il est important de faire&#13;
subsister par lui-même pour ce qui regarde le spirituel. Vous savez qu’en&#13;
France, où l’on n’a pas les mêmes raisons, les portions congrues les plus&#13;
fortes ne vont qu’à 300 livres et qu’il y a un nombre infini de curés qui n’en&#13;
ont pas 100 et 150 livres, qui ne laissent pas de vivre et de faire leurs&#13;
fonctions. Ainsi Sa Majesté veut que ceux qui n’ont que 400 livres&#13;
s’accoutument à vivre pour cette somme et elle a donné ordre audit&#13;
sieur de Meulles de ne rien faire distribuer à ceux à qui les dîmes ordinaires&#13;
pourront fournir cette subsistance.&#13;
Sa Majesté a été surprise d’apprendre que vous ayez refusé aux Récollets&#13;
qui sont établis à Québec les permissions nécessaires pour aller en mission&#13;
et faire leurs fonctions hors de leur couvent, puisque par cette conduite&#13;
vous privez les habitants dudit pays d’un secours auquel vous ne pouvez&#13;
suppléer par d’autres ecclésiastiques. Et comme il n’y a rien de plus utile&#13;
pour le bien spirituel du pays que de profiter de la disposition où sont ces&#13;
religieux, son intention est que vous les employiez soit en mission dans les&#13;
lieux où les peuples n’ont pas les secours dont ils ont besoin, soit même à&#13;
desservir les cures dans lesquelles les prêtres de votre Séminaire ne croiront&#13;
pas de pouvoir subsister.&#13;
Sa Majesté a réduit cette année la gratification de 6 000 livres qu’elle a&#13;
accordée les années précédentes à 4 000 livres et elle est résolue de la&#13;
supprimer entièrement en deux ou trois années de temps, afin&#13;
d’accoutumer le pays peu à peu à fournir ce qui est nécessaire pour la&#13;
subsistance des curés. Elle aurait fait le fonds nécessaire pour celle du curé&#13;
que vous proposez d’établir au Port-Royal, si les intéressés à la pêche&#13;
sédentaire à la côte de l’Acadie ne s’étaient chargés d’y envoyer quelques&#13;
récollets pour y faire les fonctions curiales, et Sa Majesté s’assure que vous&#13;
ne leur refuserez pas les permissions nécessaires pour l’administration des&#13;
sacrements dans cette colonie, dans laquelle des religieux, qui vivent de&#13;
peu, pourront servir plus utilement que des prêtres. Et comme le sieur&#13;
- 530 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-19&#13;
&#13;
Bergier, qui a fait abjuration depuis peu, s’est chargé de la conduite desdits&#13;
Récollets, je vous prie de lui donner tous les secours qui dépendront de&#13;
vous.&#13;
Sa Majesté a vu et examiné les mémoires qui lui ont été présentés de votre&#13;
part et de celle desdits Récollets sur le sujet de leur hospice de Québec. Son&#13;
intention n’est pas que ces religieux établissent un couvent régulier sous&#13;
prétexte de cet hospice, mais elle veut qu’ils soient maintenus dans la grâce&#13;
qu’elle leur a accordée, étant juste qu’ils aient un lieu propre pour se retirer&#13;
dans la ville, puisque leur couvent est éloigné.&#13;
À l’égard du clocher, ils ne doivent pas en faire bâtir un sans votre&#13;
consentement et j’écris audit sieur de Meulles que, s’il peut les porter à se&#13;
contenter de 6 000 livres que vous avez offert de leur donner, tant pour&#13;
l’emplacement qui leur a été accordé que pour le bâtiment qu’ils ont fait&#13;
faire, Sa Majesté y donnera les mains. Sinon elle veut qu’ils jouissent de&#13;
cette concession à condition qu’ils ne pourront ouvrir leur porte aux&#13;
étrangers pour les y recevoir publiquement et qu’ils ne pourront dire la&#13;
messe dans cet hospice que quand il y aura de leurs pères actuellement&#13;
malades ; auquel cas, ils pourront la dire dans une chapelle particulière à&#13;
portes fermées ; bien entendu qu’ils ne pourront tenir qu’un ou deux de&#13;
leurs pères en cette maison pour en avoir soin.&#13;
Je suis.&#13;
&#13;
- 531 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-B&#13;
&#13;
DOC. XLIII-B. EXTRAITS DE LA LETTRE DE TRONSON À DOLLIER (20 AVRIL 1684)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-B&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé Tronson à l’abbé Dollier de Casson, supérieur&#13;
du Séminaire Saint-Sulpice de Montréal, 20 avril 1684, d’après les Archives&#13;
du Séminaire Saint-Sulpice de Paris, série 2, vol. 6, p. 3797-3813&#13;
&#13;
34° Le démêlé des Récollets avec M. de Québec et votre église, qui n’est pas encore&#13;
achevé, sont deux bonnes raisons pour différer leur établissement à Montréal320.&#13;
[…]&#13;
41° On a réduit les Récollets de Québec pour leur hospice aux termes de la&#13;
concession de Mgr de Québec. C’est tout ce que l’on a pu obtenir. Ils abattront&#13;
cependant leur clocher.&#13;
DOC. XLIII-20. EXTRAIT DE LA LETTRE DE DUDOUYT À LAVAL (28 MARS-19 JUIN 1684)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-20&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Dudouyt au Serviteur de Dieu, 28 mars-19 juin&#13;
1684, d’après une copie collationnée conservée au Musée de la civilisation de&#13;
Québec, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 79&#13;
Du 14e mai,&#13;
L’affaire des Récollets se réduit à ce qui est porté par les patentes du roi et&#13;
votre permission. C’est ce que j’ai su de M. Tronson et du père provincial&#13;
des Récollets, qui m’a dit avoir envoyé ordre de faire abattre le clocher et&#13;
qu’il ne se fera aucun exercice en cette maison qui eût rapport au public et&#13;
qu’on en demeurerait à ce qui était porté par vos patentes et celles du roi. Il&#13;
est aisé de voir qu’ils feront dans la suite des temps leur possible pour obtenir d’un&#13;
autre évêque la permission d’y faire leurs fonctions, mais il n’a pas été possible de&#13;
pousser la chose plus avant et tous vos amis ont bien jugé dès le commencement&#13;
que l’affaire en viendrait là.&#13;
Nota : M. Tronson m’a dit que si vous le faisiez, vous feriez une mauvaise affaire à&#13;
la Cour, ainsi qu’il l’a remarqué de la disposition dans laquelle il a vu&#13;
M. de Seignelay. C’est aussi le sentiment de tous vos amis. Le roi vous écrira ou fera&#13;
écrire ses sentiments touchant les Récollets, qui ont de l’appui à la Cour. Le roi leur&#13;
320&#13;
&#13;
NDLR : Cet article est en code chiffré dans la lettre.&#13;
- 532 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-21&#13;
&#13;
a fait bâtir un couvent et une église magnifique à Versailles. On se sert d’eux pour&#13;
l’armée où ils sont présentement au nombre de 30. Il faut avoir patience jusqu’à ce&#13;
que Notre-Seigneur y met[te de l’]ordre par quelque autre moyen.&#13;
Le P. Exupère est nommé supérieur. Le P. Henry ne retourne pas. […]&#13;
DOC. XLIII-21. LETTRE DE LAVAL À LA BARRE (18-27 OCTOBRE 1684)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-21&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à La Barre, gouverneur du Canada,&#13;
18-27 octobre 1684, d’après la copie collationnée aux Archives de&#13;
l’archidiocèse de Québec, Registre A*, no 360&#13;
Je vous envoie, Monsieur, mes grands-vicaires pour vous assurer de&#13;
nouveau de bouche et par écrit de la disposition dans laquelle je vous ai&#13;
souvent témoigné que j’étais à l’égard des pères récollets, qui est de les&#13;
rétablir dans l’exercice de toutes les fonctions de leur institut et de m’en&#13;
servir avec toutes les marques d’affection que je dois, comme les évêques&#13;
de France ont coutume de se servir des religieux de leur ordre, pourvu&#13;
qu’ils se soumettent à leur devoir, faisant abattre le clocher qu’ils ont fait&#13;
élever sans ma permission sur la maison qu’ils ont bâtie au lieu de Québec&#13;
appelé communément la Sénéchaussée et qu’ils n’usent de ladite maison&#13;
que conformément à ce que nous leur avons permis par les lettres que nous&#13;
leur avons accordées ; ce qui a été trouvé très juste par Sa Majesté. Je vous&#13;
prie, Monsieur, de vouloir bien rendre témoignage au bas de cet écrit que&#13;
je vous ai fait cette déclaration.&#13;
Fait à Québec, ce 18 octobre 1684&#13;
&#13;
Nous certifions que l’écrit ci-dessus nous a été présenté et le contenu en icelui dit&#13;
de bouche par MM. de Bernières et des Maizerets, grands-vicaires de M. l’évêque&#13;
de Québec.&#13;
Fait audit lieu, le 27 octobre 1684,&#13;
Lefebvre de La Barre.&#13;
François, évêque de Québec&#13;
&#13;
- 533 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-22&#13;
&#13;
DOC. XLIII-22. EXTRAITS DU RAPPORT DE LA BARRE À LOUIS XIV (13 NOVEMBRE 1684)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-22&#13;
Extraits du mémoire de La Barre, gouverneur du Canada, envoyé au roi&#13;
Louis XIV, 13 novembre 1684, d’après l’original conservé aux Archives&#13;
nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série C11 A, vol. 6, fos 340-354&#13;
Ce document et le suivant, no 23, démontrent la parfaite soumission que rendirent&#13;
les pères récollets au Serviteur de Dieu après quelques hésitations et le pardon&#13;
complet que ce dernier leur accorda.&#13;
La première partie du présent document traite de la question de l’érection des&#13;
paroisses.&#13;
&#13;
Mémoire au roi en réponse de sa dépêche du 10e avril dernier&#13;
Répondant à la dépêche de Votre Majesté du 10e avril, je lui dirai que la&#13;
différence du prix des monnaies de Canada à celles de France a fait, à mon&#13;
sens, la différence de l’estimation des portions congrues des curés qui lui a&#13;
causé la surprise qu’elle me témoigne, 400 livres monnaie du pays n’en&#13;
valant que 300 monnaie de France ; et la grande étendue de terre de chaque&#13;
cure obligeant le curé, pour en faire le service, d’avoir un valet et un canot&#13;
d’écorce pour pouvoir marcher le long des rivières où ledit service se doit&#13;
rendre, a fait que je n’ai pas cru qu’un curé pût vivre à moins de 400 livres&#13;
monnaie de France par an, attendu que la barrique de vin vaut ici au moins&#13;
par an 75 livres et la toile et étoffe le double de ce qu’elles coûtent en France,&#13;
outre que les terres diminuant de produit tous les jours et le blé de valeur&#13;
(qui est le seul revenu des curés), lesdits curés changent chaque année de&#13;
prix. Par exemple, l’année dernière, la récolte fut abondante, le blé valait&#13;
50 sols le minot ; cette année, elle a diminué de plus du tiers et le blé ne vaut&#13;
que 45 le minot ; encore n’en trouve-t-on pas le débit. Cela a fait former à&#13;
M. notre évêque les difficultés sur le prix qu’il souhaite mettre au prix fixe&#13;
des cures pour lesquelles il a demandé les suppléments que j’ai cotés dans&#13;
mon mémoire comme une chose fixe et assurée, laissant le produit des&#13;
dîmes comme beaucoup plus incertain. Si M. de Meulles, intendant, se fût&#13;
tenu sur ce chapitre avec moi, nous l’eussions porté encore à quelque&#13;
diminution et j’aurais fait en sorte que les 4 000 livres que Votre Majesté&#13;
- 534 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-22&#13;
&#13;
accorde présentement auraient suffi pour tous les suppléments que l’on lui&#13;
a demandés. J’ai dit que les terres diminuaient ; cela est si vrai que celles qui&#13;
ont été les premières défrichées sont presque toutes à présent abandonnées,&#13;
20 ans de production ayant usé les terres ; ce qui arrive journellement aux&#13;
autres, qui la plupart sont ou sablonneuses ou pleines de pierres.&#13;
Il est vrai que M. l’évêque a un grand attachement à former les curés de son&#13;
Séminaire et peu d’inclination à se servir de religieux pour les cures et&#13;
surtout des Récollets, qui, de leur côté, n’ont pas la complaisance que de&#13;
bons religieux mendiants devraient avoir pour leur évêque, comme par&#13;
exemple leur opiniâtreté à maintenir le clocher que Votre Majesté me&#13;
témoigne ne pas approuver, qui est une misérable bagatelle, et à préférer&#13;
l’interdiction presque générale de tous ceux de leur Ordre en ce pays à la&#13;
démolition de ce misérable ouvrage, qui ne vaut pas 10 écus, dont ils ont&#13;
préféré la conservation à leur rétablissement en toutes leurs fonctions et à&#13;
recouvrer les bonnes grâces de leur évêque et à rétablir la paix entière dans&#13;
le spirituel du pays ; à quoi il me semble que les sentiments de&#13;
M. l’intendant leur ont donnés sont tout à fait contraires aux miens.&#13;
Mais comme ces choses ne sont ni de ma fonction ni de mon action, je me&#13;
contente d’exhorter les uns et les autres à la soumission et au pardon pour&#13;
les accommoder ensemble, à quoi j’ai jusqu’à présent assez mal réussi ; ce&#13;
qui a été préjudiciable au bien des peuples, comme le marque&#13;
Votre Majesté, qui recevra la réponse desdits Récollets par écrit, que j’ai&#13;
souhaité qu’ils me donnassent aux propres termes de votre dépêche que je&#13;
leur ai fait signifier.&#13;
Ayant connu dans l’esprit des Récollets et surtout du P. Exupère, à présent&#13;
leur supérieur, une grande répugnance à avoir aucun égard à ce que je leur&#13;
ai lu de la dépêche de Votre Majesté et nulle inclination à faire la moindre&#13;
soumission à leur évêque, je leur ai envoyé l’extrait de sa dépêche, afin&#13;
qu’ils y missent leurs réponses positives que Votre Majesté trouvera bon&#13;
que je lui envoie, ne voulant pas être accusé par ces pères, qui me paraissent&#13;
dans un grand emportement. Et au contraire, M. l’évêque m’a promis que,&#13;
- 535 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-23&#13;
&#13;
moyennant un peu de soumission et d’obéissance de leur part, il les&#13;
rétablirait dans l’exercice de toutes leurs fonctions, les emploierait à toutes&#13;
les œuvres de leur ministère et les remettrait absolument dans ses bonnes&#13;
grâces ; à quoi les Récollets ne m’ayant paru aucunement disposés, je&#13;
supplie Votre Majesté de décider une affaire qui est scandaleuse en soi et&#13;
prive d’un grand bien toute la colonie [...]&#13;
Depuis ce que dessus écrit, les Récollets ayant solidement songé à ce à quoi&#13;
ils s’exposaient de se brouiller entièrement avec M. l’évêque sur le sujet de&#13;
ce misérable clocher, au préjudice des ordres de Votre Majesté, me sont&#13;
venus trouver, m’assurant qu’ils en feraient un sacrifice d’obéissance à ce&#13;
que désirerait ledit sieur évêque, qui, de son côté, les ayant très bien reçus,&#13;
l’on a réciproquement travaillé à un accommodement général qui les remet&#13;
en état d’assister le pays de tout le secours spirituel qu’ils sont capables de&#13;
lui donner. Ainsi nous aurons la joie de voir la paix dans l’Église et que&#13;
l’obéissance étant rétablie, chacun travaille à secourir son prochain. […]&#13;
&#13;
DOC. XLIII-23. EXTRAIT DE LA LETTRE DE LA BARRE À SEIGNELAY (14 NOVEMBRE 1684)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-23&#13;
Extrait de la lettre de La Barre, gouverneur du Canada, à Seignelay,&#13;
secrétaire d’État de la Marine de France, 14 novembre 1684, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence,&#13;
Archives des colonies, série C11 A, vol. 6, fos 355-379&#13;
Le retour des Récollets à la soumission qu’ils doivent à leur prélat met la&#13;
paix dans l’Église de ce pays et donne lieu à M. notre évêque d’aller&#13;
chercher des remèdes à Paris contre une forte indisposition dont il est&#13;
attaqué 321. J’ai beaucoup de joie que cette guerre domestique ait fini,&#13;
quoique tard, mais néanmoins d’assez bonne grâce.&#13;
&#13;
321&#13;
NDLR : Au printemps 1684, Mgr de Laval fit une vilaine chute. Il souffrit ensuite d’une plaie&#13;
ouverte au pied et d’une hernie. Il dut se rendre en France pour y trouver des soins adéquats.&#13;
&#13;
- 536 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-23&#13;
&#13;
DOC. XLIII-C. 1RE LETTRE DE SAINT-VALLIER À GEORGEMÉ (11 DÉCEMBRE 1688)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-C&#13;
Lettre de Mgr de Saint-Vallier au P. Georgemé, supérieur des Récollets de la&#13;
Nouvelle-France, 11 décembre 1688, d’après la copie collationnée conservée&#13;
aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 236, no 283&#13;
&#13;
Jean, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, évêque de Québec, au&#13;
P. Séraphin Georgemé, supérieur du couvent des Récollets de Notre-Dame-desAnges de Québec.&#13;
Sur ce que vous seriez venu chez nous, où ne nous ayant pas trouvé et ayant appris&#13;
que nous étions chez M. le gouverneur, vous nous y seriez venu faire part de la&#13;
nouvelle de la mort du P. Nicolas, religieux de votre Ordre ; sur quoi, vous ayant&#13;
demandé le temps que vous le feriez transporter dans votre couvent pour y être&#13;
inhumé, vous nous auriez dit le dessein que vous avez de le faire enterrer dans&#13;
l’hospice que vous avez à Québec, nous vous avons fait voir les conséquences de&#13;
cette sépulture, la sépulture ecclésiastique d’un religieux étant une marque&#13;
essentielle d’un monastère ; que vous savez bien que la Cour ne veut pas que vous&#13;
ayez deux monastères et que le ministre nous avait fait entendre que nous ne&#13;
devions rien innover de ce qui avait été réglé par le roi ; qu’après avoir lu la lettre&#13;
de M. le marquis de Seignelay, écrite à mon prédécesseur, nous n’y trouvions point&#13;
que cela vous fut permis ; bien au contraire, que toute assemblée de peuple vous&#13;
était interdite, puisque vous ne pouvez, selon la teneur de ladite lettre, ouvrir votre&#13;
porte aux étrangers pour les y recevoir publiquement et qu’aucun de vos religieux&#13;
ne peuvent même dire la messe dans cet hospice que quand il y aura de vos pères&#13;
actuellement malades, auquel cas, ils pourraient la dire dans une chapelle&#13;
particulière, à portes fermées ;&#13;
ce qu’étant ainsi, nous vous avons dit que nous ne pensions pas que vous puissiez&#13;
et dussiez faire ladite sépulture dans cet hospice ; outre, que nous ne croyons pas&#13;
votre couvent trop éloigné pour y porter ledit religieux, puisqu’on y a porté [et]&#13;
enterré plusieurs laïcs de la ville de Québec ; cependant, que nous vous offrions de&#13;
le faire inhumer dans la cathédrale et lui faisant faire un service ou de faire conduire&#13;
le corps avec toute sorte de tenue dans votredit couvent ; ce qu’ayant vu qui ne&#13;
vous plaisait pas, nous vous avons proposé de nous en tenir au conseil que nous&#13;
voudrait donner M. le gouverneur, qui a été présent à toute la conversation, et&#13;
M. l’intendant, ce qui ne vous a pas non plus agréé ; et nous, n’ayant pas de dessein&#13;
de vous faire de la peine, mais ne voulant point aussi recevoir de reproches de la&#13;
- 537 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-D&#13;
&#13;
Cour d’avoir permis des innovations dans la première année de notre épiscopat,&#13;
nous avons jugé ne pouvoir prendre un tempérament plus doux que de vous prier,&#13;
comme nous avons fait, d’accepter l’une ou l’autre de nos offres ci-dessus&#13;
proposées ;&#13;
et pour cet effet, nous vous envoyons les sieurs de Glandelet, notre théologal, et&#13;
de Merlac, notre aumônier, pour vous réitérer de notre part nosdites offres, vous&#13;
témoigner derechef qu’il ne nous est pas possible de vous permettre d’enterrer&#13;
ledit religieux dans ledit hospice et vous faire voir le contenu de la lettre de M. le&#13;
marquis de Seignelay, ci-dessus mentionnée, écrite à mon prédécesseur ; et en cas&#13;
que vous persistiez, nonobstant cela, dans votre premier dessein, nous leur avons&#13;
dit de vous mettre entre les mains le présent écrit signé de notre main, par lequel&#13;
nous avons cru ne pouvoir nous dispenser de vous défendre, comme en effet nous&#13;
vous défendons expressément, de faire inhumer ledit religieux dans ledit hospice.&#13;
Fait à Québec, ce 11e jour du mois de décembre 1688,&#13;
Jean, évêque [de Québec.]&#13;
Jean, évêque de Québec&#13;
DOC. XLIII-D. 1RE LETTRE DE GEORGEMÉ À SAINT-VALLIER (ENTRE LE 11 ET 14 DÉCEMBRE 1688)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-D&#13;
Réponse du P. Georgemé, supérieur des Récollets de la Nouvelle-France, à&#13;
Mgr de Saint-Vallier, entre le 11 et 14 décembre 1688, d’après la copie&#13;
collationnée conservée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 236, no 284&#13;
&#13;
La lettre de Votre Grandeur, adressée au P. Séraphin 322, supérieur du couvent des&#13;
Récollets du couvent de Notre-Dame-des-Anges de Québec, touchant les voies&#13;
qu’elle lui propose pour la sépulture du défunt P. Nicolas, religieux de son Ordre,&#13;
n’ayant été d’abord acceptée par lui qu’avec peine et seulement sur les instances&#13;
[faites] à lui de l’accepter par MM. de Glandelet, votre théologal, et de Merlac,&#13;
votre aumônier, sans qu’auparavant ils lui en eussent fait lecture ni déclaré le&#13;
contenu, il n’a pu s’empêcher de témoigner à ces Messieurs, si tôt qu’ils la lui ont&#13;
mise en main et qu’il en a eu fait la lecture, que si d’une part, il était fort obligé à&#13;
Votre Grandeur des offres qu’elle lui avait déjà faites et qu’elle lui réitère encore&#13;
par sa lettre de faire inhumer ledit défunt dans sa cathédrale, en lui faisant faire un&#13;
322&#13;
&#13;
NDLR : Lettre écrite à la 3e personne.&#13;
- 538 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-D&#13;
&#13;
service ou de faire conduire son corps avec toute sorte de décence au couvent, il&#13;
était d’ailleurs fort surpris de voir ensuite, de ces offres, une défense expresse faire&#13;
absolument à lui, supérieur, par Votre Grandeur, de faire inhumer ledit religieux&#13;
défunt dans l’hospice accordé aux Récollets dans la ville de Québec, vu que cette&#13;
défense semble contraire au droit qu’il a, en vertu des concessions apostoliques,&#13;
de désigner le lieu de la sépulture de ses religieux et de la faire soit publiquement&#13;
dans l’église du couvent sans aucune permission recherchée ailleurs, soit en secret&#13;
et les portes fermées dans la chapelle de l’hospice, pareillement sans requérir sur&#13;
cela aucune permission, soit publiquement dans la même chapelle de l’hospice,&#13;
après en avoir demandé et obtenu la permission de Votre Grandeur, qu’il a cru ne&#13;
lui devoir point être refusée à l’égard d’un religieux connu à Votre Grandeur par les&#13;
services qu’il a rendus dans votre diocèse, par la patience édifiante qu’il a exercée&#13;
durant le cours de sa maladie et par tous les témoignages qu’il a donné d’une mort&#13;
chrétienne, religieuse et, de votre aveu même, précieuse devant Dieu ;&#13;
il n’a pu encore s’empêcher, sitôt que ladite lettre lui a été rendue dans l’hospice,&#13;
de retourner au couvent pour y assembler capitulairement les religieux de sa&#13;
communauté, qui déjà se disposaient à aller à l’hospice pour y faire la sépulture de&#13;
leur frère défunt, afin de leur communiquer la dernière lettre de Votre Grandeur&#13;
et de délibérer avec eux touchant le lieu et la manière de cette sépulture, après&#13;
une défense de votre part, si contraire à leurs désirs et si peu conforme à l’intention&#13;
qu’avaient eue les supérieurs précédents de notre mission, qui avaient toujours&#13;
regardé l’hospice comme [le] lieu le plus commode à la sépulture des religieux qui&#13;
viendraient à y mourir, surtout lorsque la rigueur de la saison, qui rend la plupart&#13;
du temps notre couvent inaccessible, empêcherait qu’on ne fit commodément et&#13;
décemment le transport des corps des religieux défunts depuis l’hospice jusqu’au&#13;
couvent ; défense qui semble déroger, sinon quant au principal, au moins quant à&#13;
l’accessoire, à la permission que Mgr de Laval, ancien et premier évêque de Québec,&#13;
nous a accordée d’user de notre hospice de Québec comme d’une infirmerie pour&#13;
les religieux malades, permission qui semble tacitement et naturellement porter&#13;
avec soi le droit de sépulture au même lieu quand d’ailleurs on ne l’aurait pas.&#13;
Les religieux assemblés, lecture leur ayant été faite de la lettre de Votre Grandeur&#13;
et leurs avis requis sur la défense qu’elle contient de faire inhumer le défunt&#13;
P. Nicolas à l’hospice, ils en ont d’abord marqué de la surprise et étant ensuite&#13;
requis de dire ce qu’ils jugeaient à propos que l’on fit en un cas si surprenant, ils&#13;
ont répondu tous unanimement, au moins en substance, sinon en termes exprès,&#13;
à leur supérieur qu’ils ne pouvaient mieux faire que de suspendre l’inhumation du&#13;
- 539 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-D&#13;
&#13;
défunt jusqu’à ce que Votre Grandeur se fut expliquée d’une manière plus&#13;
favorable touchant ladite inhumation, qu’ils désirent que leur supérieur fasse faire&#13;
à l’hospice et non au couvent, soit à cause de la difficulté qu’ils auraient à y&#13;
transporter le corps du défunt, vu le petit nombre où la communauté se trouve&#13;
présentement réduite, parce que la plus grande partie des religieux est&#13;
actuellement occupée à desservir les missions que Votre Grandeur leur a confiées,&#13;
soit à cause qu’ils ont grand sujet de croire que l’intention des supérieurs&#13;
précédents de leur mission a[vait] été que la sépulture des religieux qui viendraient&#13;
à mourir se fit à l’hospice, surtout lorsqu’il serait difficile de transporter&#13;
décemment les corps des religieux défunts jusqu’au couvent.&#13;
Ils ont ajouté qu’ils pouvaient députer deux d’entre eux pour aller d’abord&#13;
remercier Votre Grandeur des offres qu’elle leur [a] fait touchant l’inhumation du&#13;
défunt P. Nicolas à la cathédrale, comme aussi touchant son transport au couvent,&#13;
pour lui remontrer ensuite en toute humilité que [de] telles voies d’inhumation,&#13;
tout honorables qu’elles sont, étant extraordinaires, ils ne jugent pas qu’ils doivent&#13;
se résoudre à les employer, mais que plutôt il doit réitérer, et par écrit et par la&#13;
voix, de quelques religieux députés de la communauté, des prières et des instances&#13;
à Votre Grandeur pour obtenir de sa piété la révocation de la défense touchant&#13;
l’inhumation du défunt à l’hospice que nous avons à Québec et pour lui demander&#13;
comme un surcroît de grâce, dont le défunt n’est pas indigne, la liberté de&#13;
l’inhumer publiquement et avec les cérémonies ordonnées par l’Église et accordées&#13;
[à] notre ordre, l’inhumer, dis-je, à l’hospice et pour lui protester enfin que, s’il&#13;
refuse de se rendre à de si justes prières, lui, supérieur, ne saurait se dispenser de&#13;
déclarer à [Votre] Grandeur, et en son nom, et au nom de la communauté, qu’il&#13;
procédera au plus tôt à l’inhumation du défunt dans la chapelle de l’hospice en y&#13;
apportant, sinon des solennités publiques accoutumées en pareilles rencontres,&#13;
celles au moins que requiert une sépulture ecclésiastique faite privément par une&#13;
communauté de religieux exempts, une fois reçus dans un diocèse avec tous les&#13;
agréments nécessaires et requis, tant de la part de la puissance royale que de la&#13;
puissance ecclésiastique, et qu’en ce faisant, il n’aura pas lieu de craindre que Votre&#13;
Grandeur se puisse offenser d’une conduite si modeste.&#13;
C’est, Monseigneur, en conséquence de cette délibération de sa communauté que&#13;
le père supérieur vous députe les PP. Sixte Le Tac et Ludovic Évrard pour vous&#13;
remercier, en son nom et au nom de la communauté, des offres que vous lui avez&#13;
faites touchant l’inhumation du défunt Nicolas, pour vous témoigner qu’il ne peut&#13;
pas se tenir à ces voies de sépulture, comme étant extraordinaires et peu usitées,&#13;
- 540 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-E&#13;
&#13;
pour vous prier de lui en accorder une qui paraisse plus naturelle et plus suave,&#13;
savoir en permettant que la sépulture dudit défunt se fasse publiquement à notre&#13;
hospice, selon que la communauté l’a souhaitée et le souhaite, et pour vous&#13;
protester enfin que, si Votre Grandeur refuse cette permission, il ne pourra se&#13;
dispenser de procéder bientôt à l’inhumation du défunt dans la chapelle de&#13;
l’hospice et en cas que Votre Grandeur y fit opposition, il se décharge sur elle de&#13;
toutes les suites que pourrait avoir le retardement de cette inhumation.&#13;
Ce sont, Monseigneur, les sentiments et du supérieur et des religieux récollets de&#13;
la communauté de Notre-Dame-des-Anges, qui espèrent pour leur frère défunt un&#13;
traitement plus favorable que celui que Votre Grandeur n’a d’abord témoigné lui&#13;
vouloir faire, en défendant qu’il ne fut inhumé à notre hospice. Nous demandons,&#13;
avec toute l’instance possible, la révocation de cette défense, la permission de faire&#13;
une sépulture publique et honorable dans notre hospice à notre cher défunt et, en&#13;
attendant cette grâce, nous sommes avec tout le respect possible, etc.&#13;
F. Séraphin Georgemé, gardien du couvent et commissaire provincial,&#13;
F. Sixte Le Tac, F. Ambroise Pèlerin, F. Ludovic Évrard,&#13;
F. Charles, F. Luc.&#13;
DOC. XLIII-E. 2E LETTRE DE SAINT-VALLIER À GEORGEMÉ (13 DÉCEMBRE 1688)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-E&#13;
Lettre de&#13;
de Saint-Vallier au P. Georgemé, supérieur des Récollets de la&#13;
Nouvelle-France, 13 décembre 1688, d’après la copie collationnée conservée&#13;
aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 236, no 285&#13;
Mgr&#13;
&#13;
Jean, par la grâce de Dieu [et du Saint-Siège apostolique], évêque de Québec, au&#13;
P. Séraphin Georgemé, supérieur du couvent de Notre-Dame-des-Anges de&#13;
Québec.&#13;
Nous avons lu et examiné la requête que vous et vos religieux nous avez fait&#13;
présenter par deux d’entre eux. Le P. Sixte et le P. Ludovic, en suite de la défense&#13;
par écrit signée de nous, qui vous fut remise entre les mains hier de notre part par&#13;
les sieurs de Glandelet, notre théologal, et de Merlac, notre ecclésiastique, que&#13;
nous vous avions envoyés obligeamment pour vous réitérer les offres que nous&#13;
vous avions faites de faire inhumer votre défunt religieux, le P. Nicolas, dans notre&#13;
église cathédrale et de lui faire dire un service ou de le faire conduire dans votre&#13;
couvent avec toute sorte de tenue, attendu qu’il ne nous était pas possible (comme&#13;
- 541 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-E&#13;
&#13;
ils vous témoignèrent de notre part) de vous permettre de faire enterrer ledit&#13;
religieux dans la maison que vous avez à Québec, comme étant la sépulture&#13;
ecclésiastique d’un religieux une marque essentielle d’un monastère, pour lequel&#13;
vous savez qu’il ne vous est pas permis de faire passer ladite maison, ainsi qu’il est&#13;
constant et que lesdits sieurs vous le firent remarquer en vous faisant, comme ils&#13;
firent par notre ordre, la lecture du contenu de la lettre du ministre écrite à votre&#13;
prédécesseur et par lesquels nous nous sommes vu obligé, sur le refus que vous&#13;
fissiez de vous déporter du dessein que vous nous aviez fait paraître d’inhumer ledit&#13;
religieux défunt dans ladite maison de Québec, de vous envoyer la défense cidessus de le faire inhumer audit lieu.&#13;
Quoique la désobéissance formelle que vous et vos religieux témoignez dans ladite&#13;
requête être résolue d’apporter à nos ordres, étant prêts, comme vous le dites, de&#13;
l’enterrer audit lieu contre notre défense, pourrait justement nous engager d’user&#13;
contre vous de tous les droits que nous donnent les saints canons en cas d’une&#13;
contravention si manifeste aux ordres de votre évêque, sans nous arrêter à donner&#13;
aucune réponse à ladite requête, nous voulons bien néanmoins vous mettre dans&#13;
votre tort en vous montrant le peu de fondement que vous avez.&#13;
Vous alléguez premièrement [1er] que notre défense semble contraire au droit que&#13;
vous dites avoir en vertu des concessions apostoliques [de] désigner la sépulture&#13;
de vos religieux et de la faire dans l’église du couvent sans aucune permission&#13;
recherchée ailleurs, soit en secret et les portes fermées dans la chapelle de&#13;
l’hospice, pareillement sans requérir sur cela aucune permission, soit&#13;
publiquement dans la même chapelle de l’hospice après en avoir obtenu notre&#13;
permission. Pouvez-vous douter, (Mon Père), que toutes ces concessions&#13;
apostoliques prétendues n’ont de force et de valeur dans leur exécution que&#13;
dépendamment de la permission des évêques auxquels Sa Sainteté les a toujours&#13;
renvoyés ? Et ignorez-vous que, les évêques s’étant plaints au roi de la&#13;
désobéissance que certains réguliers apportaient à leurs ordres sous prétexte&#13;
desdites concessions apostoliques, Sa Majesté a donné un arrêt solennel par lequel&#13;
elle défend auxdits réguliers de faire aucune fonction ecclésiastique sans la&#13;
permission desdits évêques, sans que lesdits évêques soient obligés d’apporter&#13;
aucune raison du refus ou de la révocation qu’ils en pourraient faire ? Pouvez-vous&#13;
désigner la sépulture de vos religieux dans un lieu qui ne soit pas autorisé du roi et&#13;
de l’évêque [si] Sa Majesté ne l’autorise pas, puisque, dans ses lettres patentes de&#13;
l’emplacement de la Sénéchaussée qu’elle vous a accordées, elle dit que c’est en&#13;
conséquence de la remontrance que vos religieux lui ont faite du besoin qu’ils&#13;
- 542 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-E&#13;
&#13;
avaient d’avoir dans Québec un hospice pour s’y retirer lorsque la nuit et les&#13;
mauvais temps les surprendraient dans les fonctions de leur institut, cela dit-il&#13;
qu’elle vous donne lieu de faire enterrer vos religieux audit emplacement, comme&#13;
si c’était une communauté régulière ? Tant s’en faut que Sa Majesté ait eu intention&#13;
de vous accorder l’établissement d’aucune communauté régulière audit lieu,&#13;
qu’elle s’explique positivement d’en avoir une toute contraire, puisque sur la&#13;
prétention que vous en aviez dans les mémoires qui lui ont été présentés par notre&#13;
prédécesseur et par les religieux de votre ordre, Mgr* le marquis de Seignelay a&#13;
répondu positivement par la lettre ci-devant mentionnée, dont lecture vous a été&#13;
faite par les sieurs ecclésiastiques ci-dessus nommés, que l’intention du roi n’était&#13;
pas que vous établissiez un couvent régulier sous prétexte de cet hospice, qu’à&#13;
l’égard même d’un clocher vous n’y en pouviez pas faire bâtir un sans le&#13;
consentement de l’évêque et que Sa Majesté ne vous donne la jouissance de cette&#13;
concession qu’à condition que les religieux qui y seront ne pourront ouvrir leurs&#13;
portes aux étrangers pour les y recevoir publiquement et qu’ils ne pourront dire la&#13;
messe dans cet hospice que quand il y aura de leurs pères actuellement malades,&#13;
auquel cas ils pourront la dire dans une chapelle particulière, à portes fermées, et&#13;
ne pourront tenir qu’un ou deux de leurs pères en cette maison pour en avoir soin ;&#13;
cela ne dit-il pas clairement que vous ne pouvez désigner ce lieu-là pour y faire la&#13;
sépulture de vos religieux, puisqu’elle doit être nécessairement accompagnée des&#13;
cérémonies publiques ordonnées par l’Église et qu’elle suppose essentiellement&#13;
une communauté régulière pour ce qui concerne l’autorité de l’évêque, laquelle&#13;
est nécessaire pour désigner un lieu de sépulture à vos religieux ?&#13;
Vous dites en 2e lieu que notre défense semble déroger, sinon quant au principal,&#13;
au moins quant à l’accessoire, à la permission que vous dites que notre&#13;
prédécesseur vous a accordée d’user de votre hospice comme d’une infirmerie&#13;
pour les religieux malades, permission dites-vous, qui semble tacitement et&#13;
naturellement porter avec soi le droit de sépulture au même lieu (quand d’ailleurs&#13;
on ne l’aurait pas) ; cela fait assez connaître que vous voulez dire que vous avez ce&#13;
droit indépendamment de l’autorité de l’évêque. Et avec quel fondement, (Mon&#13;
Père), pouvez-vous avancer cela ? Mais de plus, comment alléguez-vous le&#13;
témoignage de notre prédécesseur pour vous autoriser dans l’exercice d’une&#13;
fonction qui suppose si nécessairement l’établissement d’une communauté&#13;
régulière comme est la sépulture d’un religieux, lui qui s’est tant de fois expliqué à&#13;
vos religieux, et de vive voix et par écrit, sur l’établissement dudit hospice, qu’il leur&#13;
défendait d’exercer audit lieu toutes sortes de fonctions propres d’une&#13;
&#13;
- 543 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-E&#13;
&#13;
communauté régulière, ce qui nous est connu, tant par lesdits écrits que nous&#13;
avons lus que par ce qu’il nous a dit de vive voix.&#13;
Vous dites en 3e lieu que notre défense est si peu conforme à l’intention qu’avaient&#13;
eue les supérieurs précédents de votre couvent, qui ont toujours regardé (ditesvous), cet hospice comme le lieu le plus commode à la sépulture de vos religieux&#13;
qui viendraient à y mourir, surtout lorsque la rigueur de la saison empêcherait&#13;
qu’on ne fît commodément et dûment le transport des corps des religieux défunts&#13;
depuis l’hospice jusqu’au couvent. Outre que les supérieurs précédents n’ont pas&#13;
eu droit de désigner cet hospice pour un lieu de sépulture sans le consentement&#13;
de l’évêque, ils paraissent avoir renoncé à cette vue lorsque, dans la demande qu’ils&#13;
ont faite dudit lieu à la Cour, ils ont simplement remontré le besoin qu’ils avaient&#13;
dans la ville de Québec pour s’y retirer lorsque la nuit et les mauvais temps les&#13;
surprennent dans les fonctions de leur institut. Nous nous étonnons de ce que vous&#13;
ajoutez que la rigueur de la saison empêcherait qu’on ne fit commodément et&#13;
décemment le transport des corps des religieux défunts depuis l’hospice jusqu’au&#13;
couvent, après que l’usage d’une longue suite d’années a fait voir qu’on y a très&#13;
facilement transporté dans les saisons les plus rigoureuses les corps des laïcs&#13;
décédés dans la ville de Québec qui ont eu dévotion de s’y faire enterrer.&#13;
L’expérience journalière fait connaître que le peuple s’y transporte aisément pour&#13;
assister aux offices qui s’y font pendant le cours de l’année.&#13;
Comme nous faisons achever cet écrit pour vous le faire porter et vous y réitérer la&#13;
défense d’inhumer dans ledit hospice votre religieux défunt, nous avons été surpris&#13;
de recevoir une de vos lettres et d’apprendre, par celles que vous avez écrites à&#13;
M. le gouverneur et M. l’intendant, qui nous en ont fait part, et le supérieur de&#13;
notre Séminaire aussi, que vous les invitiez à cette sépulture et que vous leur en&#13;
désigniez l’heure. Mais ce qui nous a encore beaucoup plus surpris, c’est d’avoir su&#13;
que vous avez exécuté la chose au son d’une cloche mise exprès et par la réception&#13;
de plusieurs personnes dans cet hospice ; ce que vous avouez vous-même, dans la&#13;
requête que vous nous avez présentée, ne pouvoir se faire sans la permission de&#13;
l’évêque. Après une manière si peu respectueuse, n’avons-nous pas toutes sortes&#13;
de sujets de changer la conduite pleine de douceur et de suavité que nous avons&#13;
gardée jusqu’ici en votre endroit et que nous étions bien résolus de garder durant&#13;
tout le temps de notre épiscopat ?&#13;
Fait à Québec, ce 13e jour de décembre 1688,&#13;
Jean, évêque de Québec.&#13;
- 544 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-F&#13;
&#13;
DOC. XLIII-F. 2E LETTRE DE GEORGEMÉ À SAINT-VALLIER (14 DÉCEMBRE 1688)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-F&#13;
Réponse du P. Georgemé, supérieur des Récollets de la Nouvelle-France, à&#13;
Mgr de Saint-Vallier, 14 décembre 1688, d’après la copie collationnée&#13;
conservée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 236, no 286&#13;
&#13;
Comme je n’ai que des sujets d’appréhender de la part de Votre Grandeur les effets&#13;
d’une conduite moins douce et moins suave que celle qu’elle m’avait plusieurs fois&#13;
promise par le passé, vu la lettre que MM. de Glandelet, votre théologal, et&#13;
de Merlac, votre ecclésiastique, viennent de me rendre par son ordre, après m’en&#13;
avoir fait la lecture, vu surtout que ladite lettre n’étant datée ni du lieu ni du jour&#13;
auxquels elle a été écrite, il me semble que Votre Grandeur me veuille marquer,&#13;
par l’omission expresse de la date de la lettre, que tous les moments sont à craindre&#13;
pour moi et qu’elle pourra bien user de rigueur en mon endroit et m’en faire&#13;
ressentir les durs effets au temps que j’y penserai le moins, quand je ne devrais&#13;
répondre que succinctement à ladite lettre (aussi bien mon dessein n’est-il pas&#13;
d’user à l’égard de Votre Grandeur de pointilles qui paraissent tenir de la&#13;
contestation, que je suis fort résolu d’éviter par un principe de respect et de&#13;
vénération que j’ai pour vous) ; il est de mon devoir d’y répondre promptement,&#13;
afin d’aller au-devant du rude coup dont je me vois menacé et quelque envie que&#13;
j’eusse de vous aller marquer la douleur que nos religieux et moi singulièrement&#13;
avons tous de ce que notre cher défunt, le P. Nicolas Cadart, a été privé de la&#13;
solennité d’une sépulture publique à cause du refus que Votre Grandeur a fait de&#13;
lui accorder cette grâce et, à nos religieux et à moi, la consolation de lui pouvoir&#13;
rendre publiquement ce dernier office, je supprime néanmoins ici ces sentiments&#13;
(que je ne pourrai m’empêcher de vous témoigner dans la suite) pour tâcher&#13;
d’effacer promptement ceux où Votre Grandeur témoigne qu’elle est à mon égard.&#13;
Si la patience et la résignation avec laquelle j’ai souffert le refus que vous m’avez&#13;
fait et à notre communauté d’une grâce aussi facile à accorder de votre part et de&#13;
la nôtre, si importante à la réputation de notre cher défunt et à l’honneur de notre&#13;
ordre [et] si l’exactitude avec laquelle je me suis soumis à ce refus, jusqu’à n’oser y&#13;
contrevenir en aucune manière, ne me disculpaient devant Dieu ; et si la retenue&#13;
de ma conduite à l’extérieur, dans une occasion aussi délicate qu’est la présente,&#13;
ne me justifiait devant le monde du crime de désobéissance dont Votre Grandeur&#13;
me charge, comme aussi nos religieux qui n’ayant pas été moins retenus que moi&#13;
en cet encontre et qui par suite ne sont pas moins innocents que moi de ce crime ;&#13;
- 545 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-F&#13;
&#13;
il n’y a point de voie que je ne fusse prêt de tenter pour expier une pareille faute&#13;
et en obtenir de vous le pardon, fallut-il pour cet effet employer la médiation des&#13;
personnes les plus qualifiées et les plus élevées en dignité, je veux dire de M. le&#13;
gouverneur et de M. l’intendant, j’aurais recours à cette voie et je crois qu’ils ne&#13;
me refuseraient pas leur médiation, laquelle je n’aurais pas la confiance de leur&#13;
demander si j’avais été si malavisé que de ne pas agréer qu’on s’en tint à leur&#13;
conseil touchant l’affaire principale dont il est question (comme il semble que Votre&#13;
Grandeur l’avait témoigné par son écrit du 11e du courant) ; quoique depuis et&#13;
s’expliquant sur cet article aux religieux qui lui furent députés de ma part, au nom&#13;
de notre communauté, vous m’ayez fait la justice de reconnaître que je n’avais pas&#13;
marqué que cette proposition d’arbitrage me désagréât, comme en effet je puis&#13;
bien remontrer en toute humilité à Votre Grandeur que, si le Conseil de ces&#13;
Messieurs ne fut pas pris, ce fut plutôt à cause de l’éloignement où M. le&#13;
gouverneur parut être à cet égard qu’à cause d’aucun refus de ma part ;&#13;
mais comme je ne vois point par quel endroit je puis avoir encouru cette note de&#13;
désobéissance, je croirai m’être purgé tout à fait (comme il me sera très facile) que&#13;
je n’ai donné aucune solennité publique ni aucun rite de régularité externe à&#13;
l’inhumation que j’ai fait faire de notre religieux défunt dans la chapelle de notre&#13;
hospice ; car je ne pense pas que Votre Grandeur ait voulu m’interdire absolument&#13;
ladite inhumation, soit que telle manière de sépulture, soit une marque essentielle&#13;
de communauté régulièrement établie au lieu où elle se fait ou non, puisque cet&#13;
interdit absolu supposerait que, nonobstant les lettres patentes de Sa Majesté qui&#13;
nous accorde cet hospice à Québec et l’extension que Mgr de Laval, ancien et&#13;
premier évêque de Québec, a fait de cette grâce, en qualifiant ledit hospice&#13;
d’infirmerie, nous n’aurions cependant aucun droit d’exercer dans cet hospice&#13;
aucune fonction [ni] ecclésiastique ni propre d’une communauté régulière ; ce qui&#13;
voudrait dire qu’il ne nous serait pas même permis d’administrer en ce lieu les&#13;
derniers sacrements à nos religieux malades, d’y faire à Dieu la recommandation&#13;
de leurs âmes, d’assister auprès d’eux lorsqu’ils rendent les derniers soupirs,&#13;
puisque tous ces offices à l’égard des religieux malades et mourants se doivent faire&#13;
la communauté étant régulièrement assemblée, selon les statuts généraux et&#13;
provinciaux presque de tous les ordres religieux, et singulièrement du nôtre, ce&#13;
qu’à grande peine pourrait-on se persuader que Votre Grandeur voulut contester&#13;
aux pauvres Récollets de son diocèse, si exactement dévoués à son service et à la&#13;
desserte de ses paroisses.&#13;
&#13;
- 546 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-F&#13;
&#13;
Il paraît de là que la grâce que le roi nous a faite de nous accorder un hospice à&#13;
Québec [et] que celle que Mgr votre prédécesseur nous a fait à l’égard de ce même&#13;
hospice, trouvant bon que nous en usassions comme d’une infirmerie pour nos&#13;
religieux malades, ne se bornant pas à user de cet hospice comme d’une retraite&#13;
lorsque la nuit et les mauvais temps nous surprendraient dans les fonctions de&#13;
notre institut, ni seulement à y tenir nos religieux malades et y faire dire la messe&#13;
les portes fermées quand il y en aura de malades actuellement, vu que si nous&#13;
étions réduits à nous en tenir à ces conditions, nous n’aurions pas la concession&#13;
que le roi nous a faite dudit hospice [et] pas plus de liberté dans cet hospice que&#13;
les personnes de toute sorte de conditions [n’]en ont dans les rues, au milieu des&#13;
places et dans les halls publics ;&#13;
et en vertu de l’écrit de concession dudit hospice sous le titre d’infirmerie faite à&#13;
nous par Mgr votre prédécesseur, nous n’y aurions pas plus de liberté que les laïcs&#13;
de la campagne en ont durant leurs maladies, lorsqu’ils se trouvent éloignés de&#13;
l’église de leur paroisse. Il paraît encore que ces grâces à nous accordées, et par la&#13;
bonté du roi et par la piété de Mgr votre prédécesseur, ne nous regarderaient&#13;
nullement et ne seraient pas censées avoir été faites à des religieux (comme nous&#13;
avons l’honneur de l’être), si elles ne s’étendaient à nous donner la liberté d’en&#13;
user en religieux, c’est-à-dire à condition d’y faire nos fonctions ecclésiastiques et&#13;
régulières, sinon avec une régularité externe, au moins avec une régularité interne,&#13;
régularité que les religieux doivent exercer jusqu’à la mort et que les religieux&#13;
survivants doivent pratiquer à l’endroit de leur frère défunt et qu’ils ne peuvent&#13;
exercer d’une manière plus édifiante qu’en se conformant, autant qu’il leur est&#13;
possible, au règlement du diocèse, qui porte dans celui-ci, à l’égard de l’hôpital,&#13;
que ceux qui y mourront y seront enterrés ; règlement en particulier dont je me&#13;
serais peut-être vu obligé de chercher la dispense, si j’avais consenti au transport&#13;
de notre défunt religieux à l’hôpital, lorsqu’il était encore malade [et] selon les&#13;
sollicitations fortes qui m’en ont été faites et réitérées plusieurs fois et qu’ensuite,&#13;
de ce transport, ledit religieux y fut mort ; règlement enfin auquel j’ai eu quelque&#13;
égard en désignant la chapelle de notre hospice pour le lieu de la sépulture de notre&#13;
cher défunt.&#13;
Après cela, quel sujet Votre Grandeur a-t-elle de s’offenser des cérémonies que&#13;
j’aie apportées à l’inhumation du feu P. Nicolas Cadart dans la chapelle de notre&#13;
hospice, les portes fermées et l’entrée en ayant été refusée aux personnes externes&#13;
qui y accoururent au petit bruit, qui se répandit sourdement qu’on l’allait enterrer ?&#13;
Votre Grandeur s’offense-t-elle de ce que je n’aie pas attendu de réponse à la&#13;
- 547 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-F&#13;
&#13;
requête qui lui avait été présentée pour demander que cette inhumation fût&#13;
publique ? Quelle réponse pouvais-je attendre, puisque Votre Grandeur avait&#13;
répondu aux députés de notre communauté, lorsqu’ils lui présentèrent ladite&#13;
requête, que son écrit précédent disait tout et devait me suffire ? S’offense-t-elle&#13;
de ce que je n’aie pas eu d’égard à sa défense réitérée ? Et quel égard y a[urais]-je&#13;
pu avoir avant l’inhumation du corps, puisqu’elle ne m’a été signifiée que près de&#13;
24 heures après l’inhumation faite ?&#13;
S’offense-t-elle de ce que j’aie pris la liberté de l’inviter par une petite lettre au&#13;
service qui se devait faire pour le défunt dans l’église de notre couvent ? Puisqu’elle&#13;
m’avait fait l’honneur de faire sur cela des offres encore plus grandes, s’offense-telle de ce que, dans ladite lettre, je ne lui parlai point de l’enterrement ? J’aurais&#13;
tout au contraire dû appréhender qu’un tel avis ne déplut [un] tant soit peu à Votre&#13;
Grandeur.&#13;
S’offense-t-elle de ce que j’aie donné avis de l’enterrement par des billets adressés&#13;
à M. le gouverneur, à M. l’intendant et à M. le supérieur du Séminaire, en leur en&#13;
désignant l’heure sans néanmoins les y inviter aucunement, mais seulement au&#13;
service qui se devait faire le lendemain dans l’église de notre couvent, service qui&#13;
devait être accompagné des solennités publiques, lesquelles je n’osais apporter à&#13;
l’enterrement à cause du refus que vous m’aviez fait de les y apporter ? Pouvais-je&#13;
raisonnablement me dispenser d’user de ces précautions ? Et si je les avais omises,&#13;
n’aurait-on pas eu lieu de me reprocher que j’avais fait l’enterrement d’une&#13;
manière furtive et, en conséquence de cela, n’aurait-on pas eu lieu quelque&#13;
prétexte pour demander, même après l’inhumation, que j’eusse à représenter le&#13;
corps dudit défunt ?&#13;
S’offense-t-elle encore de ce que j’aie fait ladite inhumation au son d’une cloche ?&#13;
N’étais-je pas obligé de convoquer au moins par un signe domestique les religieux&#13;
de notre communauté ? Pouvais-je leur en donner un plus simple, plus secret, plus&#13;
conforme à une régularité purement interne qu’en les y appelant par le son d’une&#13;
petite cloche, qui n’était posée dans aucun clocher public ? S’offense-t-elle enfin de&#13;
la réception de plusieurs personnes dans cet hospice ?&#13;
J’avoue qu’elle aurait quelque sujet de témoigner de la fâcherie de cette dernière&#13;
circonstance, qui pourrait passer pour une solennité publique, si elle avait été&#13;
recherchée, procurée ou même admise et tolérée ; mais il paraît assez qu’il n’y a&#13;
rien eu de pareil à l’inhumation de notre défunt religieux, puisqu’elle s’est faite&#13;
- 548 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-F&#13;
&#13;
sans avoir été précédée par aucune convocation publique, sans aucun signal de&#13;
cloche public, les portes étant toujours fermées et sans qu’on ait admis librement&#13;
le peu de personnes qui se présentèrent pour y assister et qui, se tenant aux&#13;
fenêtres, plaignaient le sort du défunt auquel ils n’osaient rendre publiquement les&#13;
derniers offices de charité chrétienne. Ç’a été presque aux mêmes conditions que&#13;
son service a été achevé aujourd’hui dans l’église de notre couvent, à la réserve&#13;
qu’on l’a fait publiquement et que quelques amis de notre mission y ont assisté en&#13;
très petit nombre, ce qui n’est qu’une suite de ce qui s’est passé au sujet de son&#13;
enterrement, lequel Votre Grandeur n’a pas voulu permettre qu’on accompagnât&#13;
des solennités publiques.&#13;
C’est, Monseigneur, ce qui me cause une douleur très sensible, aussi bien qu’à tous&#13;
nos religieux présents au couvent [et] je ne doute point que ceux qui sont absents&#13;
et qui sont actuellement occupés à la desserte des paroisses éloignées n’en aient&#13;
un grand ressentiment, lorsqu’ils en apprendront la triste nouvelle, qu’ils ne&#13;
regardent ce traitement comme une injure faite au défunt, une atteinte à sa&#13;
réputation qu’il sera difficile de réparer, comme une marque de mépris pour leur&#13;
communauté, lequel rejaillit sur tout leur Ordre et enfin, comme un triste présage&#13;
du traitement qu’ils ont sujet de craindre qu’on ne leur fasse après leur mort ;&#13;
l’horreur que j’ai de cette seule pensée me fait tomber la plume de la main. Je la&#13;
reprends néanmoins pour vous assurer que, dans le plus fort de ma douleur, je ne&#13;
laisse pas d’être avec tout le respect possible.&#13;
F. Séraphin Georgemé&#13;
À Notre-Dame-des-Anges, le 14e octobre 1688&#13;
&#13;
- 549 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-G&#13;
&#13;
DOC. XLIII-G. 3E LETTRE DE GEORGEMÉ À SAINT-VALLIER (17 DÉCEMBRE 1688)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-G&#13;
Lettre du P. Georgemé, supérieur des Récollets de la Nouvelle-France, à&#13;
Mgr de Saint-Vallier, 17 décembre 1688, d’après la copie collationnée&#13;
conservée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 236, no 287&#13;
&#13;
Votre Grandeur n’ayant fait l’honneur jusqu’ici de donner aucune réponse expresse&#13;
à la requête adressée dimanche dernier, 12e du mois courant, par le supérieur323&#13;
et la communauté des religieux récollets du couvent de Notre-Dame-des-Anges de&#13;
Québec, tendant singulièrement à ce que Votre Grandeur permit que l’inhumation&#13;
de leur défunt confrère le P. Nicolas Cadart se fit publiquement dans la chapelle de&#13;
leur hospice à Québec, et présentée à Votre Grandeur le lendemain lundi 13e du&#13;
même mois, dans la chapelle de son palais épiscopal, par les PP. Sixte Le Tac et&#13;
Ludovic Évrard, députés par ladite communauté pour les fins marquées dans ladite&#13;
requête ; et comme au lieu de la réponse favorable qu’ils avaient tout sujet&#13;
d’attendre de votre piété, ils ont eu le déplaisir d’apprendre que Votre Grandeur,&#13;
par un écrit signé de sa main, adressé à leur supérieur, à lui rendu de votre part&#13;
mardi dernier, 14e du [mois] courant, par MM. de Glandelet, votre théologal, et&#13;
de Merlac, votre ecclésiastique, et par lui, supérieur, communiqué à sa&#13;
communauté, les traitait, tant le supérieur que ses religieux, de désobéissants,&#13;
nous avons cru, par un sentiment de respect que nous avons pour Votre Grandeur,&#13;
que [nous] ne devions rien omettre pour nous purger auprès d’elle du soupiant&#13;
d’un tel crime ;&#13;
à cet effet, quelque assurance que nous ait donné le supérieur qu’il a déjà travaillé&#13;
à le faire, par une lettre qu’il a pris la liberté d’écrire à Votre Grandeur et qu’il lui a&#13;
envoyée par deux d’entre nous, savoir les PP. Sixte Le Tac et Ludovic Évrard,&#13;
lesquels étaient chargés de vous la rendre dans votre palais épiscopal, ce qu’ils&#13;
auraient fait si Votre Grandeur n’avait bien voulu qu’ils la lui missent en main,&#13;
comme en effet ils la lui mirent en main mercredi dernier, 15e du [mois] courant,&#13;
étant dans une chaise traînante, où elle se faisait porter au monastère des&#13;
religieuses hospitalières de Québec, dont elle était fort proche, et à la vue dudit&#13;
monastère ;&#13;
nous ne pouvons cependant, pour le respect que nous portons à Votre Grandeur,&#13;
nous dispenser de lui déclarer, par ce présent écrit signé de nous tous, que nous&#13;
323&#13;
&#13;
NDLR : Lettre écrite à la 3e personne.&#13;
- 550 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-G&#13;
&#13;
n’avons jamais cru encourir le crime et la note de désobéissance à votre égard en&#13;
faisant l’inhumation de notre défunt religieux dans la chapelle de notre hospice,&#13;
avec les cérémonies d’une régularité purement interne, (ainsi que nous l’avons fait)&#13;
et que notre supérieur vous a déclaré l’avoir fait par sa lettre susdite, vu que nous&#13;
ne saurions penser que Votre Grandeur ait eu dessein de défendre que cette&#13;
inhumation fut accompagnée de telles cérémonies de régularité purement interne&#13;
mais seulement qu’elle ne fut faite à notre hospice avec aucune solennité publique,&#13;
ce que, tant le supérieur que la communauté, n’a eu garde de faire et aussi n’a&#13;
point faite, quoique l’omission d’une pareille solennité (que Votre Grandeur n’a pas&#13;
voulu permettre qu’ils y apportassent, après en avoir été par eux très instamment&#13;
suppliée) leur ait paru fort dure et qu’elle leur cause encore à présent une douleur&#13;
très sensible, laquelle ils ne souffrent qu’avec peine et dont ils attendent que Votre&#13;
Grandeur les consolera un peu, par des traitements plus doux et plus suaves,&#13;
desquels ils tâcheront de ne se rendre pas indignes, en témoignant par une&#13;
conduite toujours respectueuse et soumise qu’ils font gloire d’être et de se dire&#13;
avec tout le respect possible.&#13;
F. Séraphin Georgemé, gardien du couvent de Notre-Dame-des-Anges [et&#13;
commissaire provincial]&#13;
F. Sixte Le Tac,&#13;
F. Ambroise Pélerin,&#13;
F. Ludovic Évrard,&#13;
F. Luc Charon [de La Barre],&#13;
F. Charles Bazire.&#13;
À Notre-Dame-des-Anges, Québec, ce 17e décembre 1688&#13;
&#13;
- 551 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-H&#13;
&#13;
DOC. XLIII-H. 3E LETTRE DE SAINT-VALLIER À GEORGEMÉ (APRÈS LE 17 DÉCEMBRE 1688)&#13;
&#13;
Doc. XLIII-H&#13;
Lettre de&#13;
de Saint-Vallier au P. Georgemé, supérieur des Récollets de la&#13;
Nouvelle-France, 17 décembre 1688, d’après la copie collationnée conservée&#13;
aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 236, no 288&#13;
Mgr&#13;
&#13;
Jean, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, évêque de Québec, au&#13;
P. Séraphin Georgemé, supérieur du couvent de Notre-Dame-Des-Anges de&#13;
Québec.&#13;
Nous nous étonnons qu’après nous être expliqué si clairement par les deux écrits&#13;
qui vous ont été portés de notre part, le premier qui vous fut rendu le 12e jour du&#13;
mois courant et le deuxième le 14e du même mois, sur la défense que nous vous&#13;
avons faite de faire inhumer dans votre hospice de Québec votre défunt religieux,&#13;
le P. Nicolas Cadart, pour les raisons mentionnées aux écrits ci-dessus. Vous&#13;
prétendez néanmoins dans deux écrits, que vous nous avez envoyés du 14e et&#13;
17e du [mois] courant, n’avoir point désobéi à nos ordres, après avoir enterré&#13;
comme vous avez fait ledit religieux défunt à votre hospice. Vous nous demandez&#13;
par le même écrit la révocation de notre défense, vous protestez encore&#13;
aujourd’hui, écri[vez] que si nous vous refusons notre permission, vous ne pourrez&#13;
vous dispenser de procéder à son inhumation dans ledit hospice. Vous l’y avez&#13;
effectivement inhumé, sans aucune permission de nous et sans que nous ayons&#13;
révoqué aucunement notre défense, laquelle vous avouez vous-même dans votre&#13;
écrit du 14e du [mois] courant avoir été confirmée par nous de vive voix aux&#13;
députés de votre communauté ; et après cela, vous voulez nous faire croire que&#13;
vous n’avez point désobéi, sous prétexte que vous dites avoir fait ladite inhumation&#13;
dans ledit hospice avec les cérémonies d’une régularité purement interne (c’est&#13;
ainsi que vous la nommez dans vos deux écrits du 14e et 17e du même mois),&#13;
quoique vous avouiez au même endroit avoir donné avis dudit enterrement par des&#13;
billets adressés à M. le gouverneur, à M. l’intendant et au supérieur de notre&#13;
Séminaire, en leur désignant l’heure ;&#13;
ce que nous savons que vous avez encore fait à l’égard de plusieurs autres&#13;
personnes et nommément, à M. de Villeray, premier conseiller du Conseil&#13;
souverain de ce pays, et en sa personne audit Conseil, et à M. de Lotbinière,&#13;
lieutenant-général de Québec, pour avoir vu et lu nous-même lesdits billets que&#13;
vous leurs avez adressés, quoique vous avouiez de plus avoir fait ladite inhumation&#13;
au son d’une cloche pour convoquer vos religieux (cloche que vous avez mise&#13;
- 552 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIII-H&#13;
&#13;
exprès audit hospice et qui s’est faite entendre audit Québec et de bien plus loin&#13;
encore), quoique vous ayez encore reçu audit lieu plusieurs personnes qui ont&#13;
assisté à la [cérémonie] d’inhumation, laquelle s’est faite avec les cérémonies du&#13;
chant et d’autres dont vous ne sauriez disconvenir, étant une vérité de fait que&#13;
chacun sait ;&#13;
quand toutes ces manières n’auraient pas été employées à ladite inhumation,&#13;
laisseriez-vous pour cela d’avoir contrevenu à nos ordres, lesquels vous&#13;
défendaient expressément de faire inhumer audit hospice ledit religieux défunt ; ce&#13;
que vous n’avez pu ni dû faire de quelque façon que ce soit, soit publiquement, soit&#13;
en particulier, pour toutes les raisons que nous vous avons marquées dans nos&#13;
écrits précédents ; et néanmoins, après une désobéissance si formelle que vous&#13;
avez apportée à nos ordres, vous vous efforcez dans tous vos écrits ci-dessus de&#13;
nous imputer tout le blâme, comme si nous avions manqué de considération, tant&#13;
pour le défunt religieux que pour votre communauté et tout votre ordre, quoique&#13;
cependant les offres obligeantes que nous vous avons faites et fait faire, tant de&#13;
vive voix que par écrit, d’inhumer votredit religieux en notre église cathédrale ou&#13;
de le faire transporter en votre couvent avec honneur, sont des témoignages plus&#13;
que suffisants de notre complaisance, estime et affection, tant envers ledit&#13;
religieux défunt, pour qui nous avons même fait faire un service solennel dans&#13;
notre église cathédrale et fait dire des messes et prières par tous les ecclésiastiques&#13;
de notre Séminaire, qu’envers votre communauté et tout votre ordre. Je vous&#13;
avoue que toute cette conduite que vous tenez à mon égard me donne de la peine ;&#13;
ces sortes d’écrits que vous m’adressez ne servent qu’à l’augmenter et je souhaite&#13;
que vous vous en absteniez à l’avenir.&#13;
Fait à Québec, ce 13e jour de décembre 1688,&#13;
Jean, évêque de Québec.&#13;
&#13;
Docs. XLIV&#13;
Les bulles du pape Clément X au Serviteur de Dieu&#13;
pour l’évêché de Québec, 1674&#13;
Voir p. 633 324&#13;
&#13;
324&#13;
NDLR : Par souci de préserver l’ordre chronologique des textes, nous avons déplacé ce&#13;
document, ce que l’abbé Demers aurait probablement fait s’il avait eu accès aux recherches récentes.&#13;
&#13;
- 553 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction générale aux Docs. XLV&#13;
&#13;
INTRODUCTION GÉNÉRALE AUX DOCS. XLV&#13;
&#13;
Introduction générale aux Docs. XLV&#13;
Dernières difficultés rencontrées par le Serviteur de Dieu&#13;
pour l’obtention de ses bulles, 1674-1686&#13;
NDLR : En parcourant la correspondance entre le Séminaire de Paris et le SaintSiège, ainsi que celle entre le nonce et Rome, on découvre que deux facteurs ont&#13;
ralenti l’obtention des bulles pour l’érection de l’évêché de Québec : les frais de&#13;
chancellerie romaine, que Mgr de Laval ne pouvait payer dans leur entièreté, et les&#13;
accusations de deux moines de l’abbaye de l’Estrée, dont l’évêque était abbé&#13;
comandataire nommé par le roi, d’avoir outrepassé ses pouvoirs.&#13;
Dans les Docs. XLV-A, nous reproduisons la section XLV originale de l’abbé&#13;
Demers, dans laquelle nous retrouvons des extraits de lettres traitant des délais&#13;
pour l’expédition des bulles et l’attitude du Serviteur de Dieu pendant cette&#13;
période d’attente. Dans les Docs. XLV-B, nous incluons les textes que l’abbé&#13;
Demers trouva après avoir complété l’Altera Nova Positio et a inclus à la fin&#13;
comme Annexe I, Docs. B, qui traitent de l’affaire de l’Estrée.&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XLV-A&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XLV-A&#13;
Extraits de diverses lettres des prêtres du Séminaire des Missions étrangères&#13;
de Paris envoyées au procureur de ce Séminaire au Saint-Siège, 1674-1686,&#13;
d’après les originaux conservés aux Archives desdites Missions&#13;
Aux Archives des Missions étrangères de Paris se trouve un fonds dédié aux&#13;
relations entre le Séminaire et ses procureurs à Rome. Après l’avoir examiné, nous&#13;
avons constaté que plusieurs lettres contiennent des allusions au Serviteur de&#13;
Dieu, et que les réponses de Rome sont manquantes pour cette époque.&#13;
Nous avons choisi les extraits les plus intéressants de ces lettres, soit celles des&#13;
années 1674 et 1675, lorsque le Serviteur de Dieu se trouvait à Paris afin d’obtenir&#13;
les bulles d’érection de l’évêché de Québec.&#13;
L’affaire de l’érection du diocèse était un sujet récurrent dans les lettres de&#13;
Mgr de Laval au Saint-Siège (cf. Docs. XXIII), puisque la question traînait depuis&#13;
plusieurs années. Le Serviteur de Dieu, depuis longtemps convaincu de la&#13;
nécessité de celle-ci pour le bien de l’Église du Canada, se résout en 1671 à se&#13;
rendre en personne en France. Les tractations durèrent encore plus de trois ans,&#13;
soit jusqu’en 1674, lors de la publication du décret d’érection. Mgr de Laval fut&#13;
enfin présenté comme premier évêque de Québec à la Consistoriale. Cependant,&#13;
l’expédition des bulles fut, quant à elle, retardée jusqu’en avril de l’année suivante&#13;
(1675). Cette autre longue période d’échanges et d’attente a dû être ardue pour le&#13;
Serviteur de Dieu, principalement durant la dernière année, alors que, si près du&#13;
but, il était incapable de payer les frais requis par Rome.&#13;
Les extraits sélectionnés concernent l’obtention des bulles et sont utiles pour&#13;
comprendre et juger l’attitude du Serviteur de Dieu durant cette période latente.&#13;
Presque toutes ces lettres ont été écrites par l’abbé Gazil. On réalise rapidement&#13;
qu’il s’agit d’un homme à l’esprit mordant dans sa recherche de plaisanteries et&#13;
qui ne prêche certainement pas par sympathie pour la curie romaine. Ceci doit être&#13;
- 554 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-1&#13;
&#13;
pris en considération, afin de donner le juste poids à certaines attitudes attribuées&#13;
au Serviteur de Dieu ; un simple sentiment de regret exprimé par le Serviteur de&#13;
Dieu pour le retard de ses bulles, tout à fait justifiable, peut ainsi prendre la forme&#13;
d’un débordement d’inquiétudes sous la plume colorée de l’abbé Gazil.&#13;
Doc. XLV-A-1. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (25 mai 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-1&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 25 mai 1674,&#13;
d’après le vol. 5, p. 271&#13;
M. de Québec est bien obligé aux bontés de la Cour de Rome de lui avoir&#13;
enfin accordé ses bulles. S’il les recevait assez à temps, il quitterait tout pour&#13;
repasser.&#13;
Doc. XLV-A-A. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (21 juin 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-A&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 21 juin 1674,&#13;
d’après le vol. 5, p. 289-292&#13;
&#13;
Je reviens à votre dernière du 23 mai. [Par] le dernier ordinaire, M. de Québec&#13;
s’attendait d’avoir de vos nouvelles, mais il ne savait pas votre voyage du Subiaco&#13;
pour y voir M. Leslie. Il a envoyé, par l’ordinaire passé, une information de l’Église&#13;
de Québec, assuré [que] sans le mauvais office du P. Malgoire, à qui Dieu pardonne,&#13;
il aurait eu ses bulles et serait parti cette année, car les vaisseaux destinés pour&#13;
Québec sont à La Rochelle et je pense que la flotte hollandaise leur laissera le&#13;
passage libre.&#13;
Doc. XLV-A-2. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (13 juillet 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-2&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 13 juillet 1674,&#13;
d’après le vol. 5, p. 310&#13;
&#13;
M. de Québec ne fut jamais si aise que d’apprendre qu’on le préconise. Il&#13;
s’est répandu une joie sur son visage qui le rajeunit de dix ans ; jugez ce que&#13;
ce sera lorsqu’il recevra ses bulles. Il est en peine comment on aura dressé&#13;
la bulle et quels termes on aura usés pour exprimer les libertés de l’Église&#13;
gallicane ou sous quelles équivoques on les aura fait passer.&#13;
&#13;
- 555 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-3&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-3. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (20 juillet 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-3&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 20 juillet 1674,&#13;
d’après le vol. 5, p. 311&#13;
J’accompagnai, il y a deux jours, Mgr de Québec chez Mgr le nonce. Le prélat&#13;
était fort alarmé d’une ou deux propositions qu’il lui envoya faire de la part&#13;
du pape par son auditeur. La première était qu’il eût à s’en retourner en son&#13;
Église et qu’il aurait soin de lui envoyer ses bulles ; l’autre était de retirer la&#13;
parole donnée de n’accepter point la nomination de l’abbaye de l’Estrée.&#13;
M. de Québec fit entendre au nonce qu’il avait tout le désir de retourner en&#13;
son Église, mais qu’il n’était plus temps, les bateaux étant partis ; d’ailleurs&#13;
qu’il fallait faire registrer ses bulles et prêter le serment de fidélité [au roi]&#13;
et que pour ce qui est de l’abbaye de l’Estrée, il serait toujours le même,&#13;
savoir de ne rien faire que de concert avec le Saint-Siège et de soumission à&#13;
ses décrets. Ces réponses satisfirent M. le nonce et M. de Québec s’en&#13;
retourna content et tranquille.&#13;
Doc. XLV-A-4. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (26 juillet 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-4&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 26 juillet 1674,&#13;
d’après le vol. 5, p. 316-318&#13;
La première partie de cet extrait, prise isolément, pourrait porter à soupçonner le&#13;
Serviteur de Dieu de gallicanisme. Nous croyons donc utile de faire quelques&#13;
remarques à ce sujet.&#13;
À cette époque, les documents produits par la chancellerie pontificale pour le&#13;
royaume de France étaient très laborieux, à cause de la question de la liberté&#13;
gallicane, que Rome cherchait à restreindre et que Paris tentait d’élargir le plus&#13;
possible. La rédaction des bulles pour l’érection du diocèse de Québec, et&#13;
conséquemment la nomination du Serviteur de Dieu fut très difficile, vu&#13;
l’importance du dossier ; à un tel point que, par deux fois, les formulaires furent&#13;
envoyés à Paris et de Paris retournés à Rome avec des propositions et des contrepropositions. Dans cet état des choses, on comprend bien ce que veut dire&#13;
l’abbé Gazil lorsqu’il écrit, le 13 juillet 1674 (no 2), que le Serviteur de Dieu « est&#13;
en peine comment on aura dressé la bulle et quels termes on aura usés pour&#13;
exprimer les libertés de l’Église gallicane et sous quelles équivoques on les aura&#13;
fait passer ». Il s’agit en fait d’une question issue d’une juste préoccupation de la&#13;
part de Mgr de Laval ; en effet, si les bulles étaient rédigées dans des termes peu&#13;
clairs et équivoques, dans une affaire aussi délicate, des controverses pourraient&#13;
survenir.&#13;
&#13;
- 556 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-3&#13;
&#13;
Les propos contenus dans la lettre du 26 juillet 1674 sont plus difficiles à&#13;
expliquer. Si on les interprète littéralement, le Serviteur de Dieu aurait reçu une&#13;
lettre de l’abbé Étienne Pallu, procureur du Séminaire des Missions étrangères de&#13;
Paris à Rome, dans laquelle l’abbé Pallu aurait écrit que l’abbé Gazil n’avait pas&#13;
suffisamment protégé les libertés gallicanes dans ses tractations pour les bulles.&#13;
On le reprocha à l’abbé Pallu. Muni de cette lettre, le Serviteur de Dieu serait allé&#13;
chez l’abbé Gazil « pour se plaindre » de toute cette affaire.&#13;
Malheureusement, nous n’avons pas ladite lettre de l’abbé Pallu ; et il n’est pas&#13;
facile, d’après les quelques mots de l’abbé Gazil, de mesurer exactement l’objet&#13;
et la portée de cette « plainte » du Serviteur de Dieu. Quoiqu’il en soit, il semble&#13;
qu’une simple expression comme celle-ci, ou comme l’autre précédemment&#13;
mentionnée, n’est pas suffisante pour accuser le Serviteur de Dieu de&#13;
gallicanisme. D’abord, parce que ce n’est pas lui qui écrit, c’est l’abbé Gazil, qui,&#13;
on l’a dit, aimait colorer les choses. Pensons aussi à la longue carrière de&#13;
Mgr de Laval et aux occasions infinies qu’il aurait eues de révéler ou de trahir son&#13;
état d’âme sur des questions épineuses à travers des gestes, des affirmations ou&#13;
dans ses écrits, spécialement dans ceux de caractère épistolaire et confidentiel. Or,&#13;
personne n’a jamais reproché au Serviteur de Dieu d’avoir fait des concessions ou&#13;
d’avoir eu des sympathies injustifiées envers les libertés gallicanes. Sur ce point,&#13;
sa manière d’agir apparut même souvent en contraste avec l’attitude générale des&#13;
bons 325 ; et cela, tout en conservant une haute et sincère déférence envers le roi,&#13;
mais en tenant fermement à ce qu’il estimait être les droits du Saint-Siège et de&#13;
l’autorité spirituelle en général.&#13;
&#13;
Mgr de Québec est venu armé d’une de vos lettres pour se plaindre que&#13;
j’avais négligé les privilèges de l’Église gallicane et que l’on vous en avait&#13;
fait reproche. Il est à propos que vous soyez informé que l’on ne peut être&#13;
accusé de n’avoir rien fait qui soit contraire aux avantages de notre liberté&#13;
française. Et primo nota 326 que nous ne disons pas que nous ayons des&#13;
privilèges en notre Église gallicane, car ce mot de privilège est odieux et il&#13;
a été censuré dans une thèse de la Faculté par M. l’avocat général et par&#13;
d’autres. La raison est que si nous prétendons que ces droits, ce sont des&#13;
privilèges, il s’ensuit qu’en quelques cas, les papes y pourraient déroger et&#13;
que nous les tiendrions de la pure grâce du Saint-Siège. Au contraire, nous&#13;
estimons que ces libertés et franchises ne sont pas autre chose que le droit&#13;
commun, dans l’usage duquel l’Église de France s’est maintenue contre les&#13;
entreprises de la Cour de Rome, qui avance toujours son autorité et la&#13;
pousse par des progrès insensibles tant qu’elle peut.&#13;
&#13;
NDLR : Les « bons » font peut-être référence aux membres de la Cour royale ou aux&#13;
représentants du roi en Nouvelle-France.&#13;
326&#13;
NDLR : en premier lieu.&#13;
325&#13;
&#13;
- 557 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-3&#13;
&#13;
Or on n’a rien fait dans l’affaire de Québec qui empêche que l’Église&#13;
canadienne se maintienne dans le droit commun de l’Église gallicane. Il est&#13;
vrai que la Cour désirait que Québec fût dépendant de l’archevêché de&#13;
Rouen. Mais jamais la Cour de Rome n’a voulu passer cette clause. Et&#13;
M. l’ambassadeur de Chaulnes, qui le premier négocia cette affaire avec&#13;
l’abbé Bigorre, jugèrent que cette dépendance du siège de Rouen n’était pas&#13;
si importante, attendu la distance des lieux et qu’il était impossible qu’un&#13;
suffragant qui réside à Québec fût membre d’une métropole de Normandie,&#13;
vu même qu’il était très vraisemblable que l’Église de Québec serait un jour&#13;
elle-même métropole. Et néanmoins en 1670, quand M. de Bourlémont&#13;
proposa l’érection au mois d’octobre, il sonda les esprits pour voir si l’on&#13;
devait faire de nouvelles instances pour cette suffragance de Rouen. Les&#13;
cardinaux amis de France lui dirent que jamais elle ne serait accordée et que&#13;
ce serait une demande inutile.&#13;
De plus, vous devez savoir que le dispositif de la bulle a été envoyé en&#13;
France du temps de M. de Chaulnes et que, par ordre du roi, elle a été&#13;
communiquée à des conseillers d’État et même M. Talon 327 la fit réformer&#13;
en quelques endroits et envoyer à Rome. Elle fut revue et recorrigée entre&#13;
M. le cardinal Ottoboni et M. de Bourlémont, de sorte que l’on n’a rien&#13;
laissé en icelle bulle qui fût préjudiciable aux avantages de la France et, de&#13;
fait, l’évêque de Québec est laissé dans le droit commun, qui est le vrai&#13;
fondement et l’unique base de ce que nous appelons improprement les&#13;
privilèges de l’Église gallicane.&#13;
L’Église de Québec ne sera pas plus sujette aux dispositions extraordinaires&#13;
de la Cour de Rome que toutes nos métropoles de France qui relèvent&#13;
immédiatement de Rome, comme sont Lyon, Rouen, Bourges, dont les&#13;
appels vont à Rome, et le pape, par les concordats, nomme des juges in&#13;
partibus. Voilà notre usage et ce sera celui du Canada.&#13;
&#13;
327&#13;
Il ne s’agit pas ici de Jean Talon, ancien intendant du Canada, mais de Denis Talon, célèbre&#13;
juriste de la Cour de Louis XIV (cf. Thomas Chapais, Jean Talon, Québec, 1904, p. 389, note).&#13;
&#13;
- 558 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-5&#13;
&#13;
Il y a quatre choses principales en quoi nos libertés nous servent que le pape&#13;
n’entreprenne rien sur le temporel de France, sur le temporel et le spirituel&#13;
des bénéfices, sur les lois canoniques déjà reçues, ni sur la personne des&#13;
sujets de Sa Majesté, les tirant à Rome pour plaider quand il émane de la&#13;
Cour de Rome quelque décret ou bulle ou autre rescrit qui porte atteinte à&#13;
ces quatre choses. Aussitôt, on prend en main le bouclier impénétrable des&#13;
franchises, immunités et libertés de l’Église gallicane et on l’oppose aux&#13;
foudres du Vatican et on leur dit « huc usque venies et ibi confringes tumentes&#13;
fluctus 328 ! » ou bien on leur allègue « non licet [espace blanc] transgre[ditur]&#13;
fines quos posuerunt patres nostri 329 ». Ayant autrefois un peu étudié ces&#13;
matières, j’ai vu que ce que nous qualifions [de] nos privilèges de l’Église&#13;
gallicane ne sont autre chose qu’une juste et nécessaire précaution contre&#13;
MM. les Romains. Je veux vous en marquer quelque exemple : un pape, par&#13;
son autorité spirituelle, peut bien dispenser un religieux profès de ses&#13;
vœux, mais il ne peut pas le rendre habile à succéder, parce que cela&#13;
troublerait nos lois ; il peut rendre habile un bâtard à posséder un bénéfice,&#13;
mais non pas à succéder chaque autorité à ses bornes.&#13;
Doc. XLV-A-5. Extrait de la lettre de Bésard à É. Pallu (2 novembre 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-5&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Bésard à l’abbé É. Pallu, 2 novembre 1674,&#13;
d’après le vol. 5, p. 417&#13;
&#13;
J’ai fait voir aussi le bas de l’article qui concernait Mgr de Pétrée, qui était&#13;
venu dîner au Séminaire exprès pour savoir des nouvelles de ses bulles. Il&#13;
est parti pour huit jours et c’est le dernier voyage qu’il fera à l’Estrée, car&#13;
s’il avait des expéditions de Rome dans tout ce mois, il pourrait partir le&#13;
15e de janvier pour aller à La Rochelle et de là, en Canada par la première&#13;
barque de pêcheurs.&#13;
&#13;
NDLR : « Tu viendras jusqu’ici et ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ! » (Job 38:11)&#13;
NDLR : « Il n’est pas permis de dépasser les limites que nos pères ont posées. » (Lutte de saint&#13;
Bernard contre Abélard)&#13;
328&#13;
329&#13;
&#13;
- 559 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-6&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-6. Extrait de la lettre de Bésard à É. Pallu (10 novembre 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-6&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Bésard à l’abbé É. Pallu, 10 novembre 1674,&#13;
d’après le vol. 5, p. 429&#13;
Vous voyez, Monsieur, que Mgr de Québec ne travaille qu’à finir ses affaires&#13;
par l’acte qu’il m’a prié de vous faire tenir. Il me l’envoya trop tard vendredi&#13;
dernier le paquet et les lettres étaient déjà rendus à M. Lemaire et il était&#13;
trop tard, outre que je ne crois pas qu’il soit nécessaire, ledit seigneur n’est&#13;
pas encore de retour de son abbaye de l’Estrée. Il attend dans tout le mois&#13;
ses bulles pour se disposer incessamment à son retour en Canada, où il est&#13;
attendu par tout le monde, qui désire ardemment son retour.&#13;
Doc. XLV-A-B. Extrait de la lettre de Bésard à É. Pallu (23 novembre 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-B&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Bésard à l’abbé É. Pallu, 23 novembre 1674,&#13;
d’après le vol. 5, p. 437-438&#13;
&#13;
J’ai parlé à M. Poitevin des 500 écus qui restent à Rome et un peu plus, suivant&#13;
votre mémoire. Il m’a dit que si l’on peut retirer les 1 000 écus du banquier, on se&#13;
servira de cette somme pour les bulles de Mgr de Québec, qui n’est pas encore de&#13;
retour de l’Estrée. Je crois qu’il ne s’attendait pas à cette dernière opposition et on&#13;
lui a rendu un bon office d’avoir empêché qu’elle ne fut présentée. Il courrait risque&#13;
de passer encore une année en France. […]&#13;
Depuis cette lettre écrite, Mgr de Québec me mande qu’il est arrivé à Saint-Josse,&#13;
où je m’en vais le trouver pour lui donner une lettre à M. Simon ou au procureur&#13;
de la maison, afin qu’ils délivrent à son ordre et par ma lettre les 500 écus. Le&#13;
surplus vous sera mis en main par la lettre que je vous enverrai peut-être par le&#13;
premier ordinaire.&#13;
&#13;
- 560 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-C&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-C. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (14 décembre 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-C&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 14 décembre 1674,&#13;
d’après le vol. 5, p. 445-447&#13;
&#13;
M. de Québec et nous, avec lui, sommes surpris que vous n’ayez pas avancé les&#13;
20 pistoles qui restaient pour avoir l’expédition de ses bulles qu’il attend depuis&#13;
trois ans. Un agent peut bien peu s’il ne peut donner 20 pistoles sans avis quand il&#13;
s’agit de mettre fin à une affaire de la suprême importance ! Cela soit dit pour&#13;
quelque autre pareille occasion, car en retardant l’expédition de ces bulles de deux&#13;
mois, on hasarde de ne les avoir de longtemps, les moments de la vie d’un pape de&#13;
86 ans n’étant plus que précaires.&#13;
Doc. XLV-A-7. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (4 janvier 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-7&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 4 janvier 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 499&#13;
Les vaisseaux de la Nouvelle-France sont arrivés. Le gouverneur du pays&#13;
n’y est pas tranquille. Mgr de Québec gronde contre M. Pallu et M. Marbaud&#13;
et contre la Cour de Rome et, s’il osait, manderebbe tutti alla casa del diavolo 330,&#13;
parce qu’il n’a pas ses bulles au bout de trois ans révolus.&#13;
Doc. XLV-A-8. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (11 janvier 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-8&#13;
&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 11 janvier 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 502&#13;
&#13;
Je vous avertis que si Mgr de Québec ne reçoit ses bulles dans ce mois, qu’il&#13;
perdra entièrement la foi. Il ne sera pas pourtant apostat, car je ne parle que&#13;
de la foi humaine par laquelle on croit qu’il y a une Rome sans l’avoir vue.&#13;
Sans mentir, qui pourra le croire, il y a trois ans écoulés que ce prélat attend&#13;
l’expédition des bulles de son érection et Notre-Seigneur n’a mis que trois&#13;
ans à fonder l’Église universelle !&#13;
&#13;
330&#13;
&#13;
NDLR : enverrait tout le monde à la maison du diable.&#13;
- 561 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-D&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-D. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (29 janvier 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-D&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 29 janvier 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 525-528&#13;
&#13;
Les difficultés qu’on fait à Mgr de Québec sont cruelles ! Est-ce donc une banque&#13;
que la Daterie attend pour tant ? « Obstupescite, caeli super hoc 331 ! » Pour moi, je&#13;
soupçonne que la Cour de Rome n’est point fâchée de mortifier notre Cour et&#13;
qu’elle lui veut faire savoir et ressentir qu’on a besoin d’elle. De ce procédé, je&#13;
conjecture que l’on n’aura pas [de] sitôt une érection pour les îles [d’Amérique&#13;
française] d’un siège épiscopal qu’on y destine et que la Cour de France veut y être&#13;
établi. Ainsi, vous aurez loisir d’examiner devant Dieu et avec vos pères directeurs&#13;
votre vocation ; vous n’aurez pas tant de peine à vous résoudre, étant né dans une&#13;
famille épiscopale et né pour le gouvernement.&#13;
Doc. XLV-A-9. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (7 février 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-9&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 7 février 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 534-535&#13;
&#13;
M. de Québec est fort affligé des nouvelles chicanes du cardinal dataire.&#13;
Comment n’avez-vous su dire ou faire dire qu’on est convenu à Rome en la&#13;
Sacrée congrégation des cardinaux, où présidait le cardinal Altieri, qu’on se&#13;
contenterait de missives qu’on a envoyées ici, auxquels le cardinal&#13;
Francesco Barberini a ajouté un supplément ? Se repent-on de la grâce qu’on&#13;
a faite à ce prélat qui a tant travaillé et qui est si pauvre et qui attend depuis&#13;
trois ans et qui veut se consumer pour l’Église ? Sans mentir, on perdrait la&#13;
religion, en ce pays de Rome ! M. de Québec vous dira le reste. Voyant ce&#13;
qu’on fait pour l’évêché de Québec, celui des îles [d’Amérique française] n’est pas&#13;
sitôt prêt !&#13;
&#13;
331&#13;
&#13;
NDLR : « Cieux, soyez étonnés de cela ! » (Jérémie 2:12)&#13;
- 562 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-10&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-10. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (23 février 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-10&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 23 février 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 544&#13;
On se prépare à la guerre d’une terrible force. Tout est plein de soldats et la&#13;
France ne sera dans peu qu’un camp. Cependant, MM. les Romains godono della&#13;
pace, si burlano di tutti, e tirano a se quatrini, mangiano la vitella, bevono fresco e&#13;
fanno arrabbiare il vescovo di Quebec 332.&#13;
Doc. XLV-A-11. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (1er mars 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-11&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 1er mars 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 551&#13;
&#13;
M. de Québec commence à respirer. Il espère qu’on le bullifiera, après&#13;
qu’on l’a fait tant soupirer et qu’il sera le martyr de la longanimité, qui est&#13;
une vertu spéciale, distincte de la patience, qui lui est subordonnée.&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-12&#13;
Lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 28 mars 1675&#13;
Voir p. 565 333&#13;
&#13;
NDLR : aiment la paix, se moquent de tout le monde, tirent des quatrains, mangent du veau,&#13;
boivent frais et mettent en colère l’évêque de Québec.&#13;
333&#13;
NDLR : Par souci de préserver l’ordre chronologique des textes, nous avons déplacé ce&#13;
document, ce que l’abbé Demers aurait probablement fait s’il avait eu accès aux recherches récentes.&#13;
332&#13;
&#13;
- 563 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-12&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-13. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (15 mars 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-13&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 15 mars 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 558-560&#13;
&#13;
M. de Québec s’en va sans bulles ; ce qui est bien cruel. Il prend demain&#13;
congé du roi. Il part à la fin du [mois] courant. Il a été trois ans et demi à&#13;
Paris pour avoir lesdites bulles. Il n’a pu réussir et il s’en faut 20 000 francs&#13;
qu’il n’ait un sol. Et cependant, il ne s’est pas appauvri du jeu ni de bonne&#13;
chère. Il est ménager, sobre et épargnant ; il n’a point de maîtresse ; il n’est&#13;
ni galant ni dupe. À quoi donc s’est-il appauvri sinon à soutenir son Église,&#13;
les prêtres, les pauvres, qui sont ses enfants, à bâtir des églises, enrichir les&#13;
hôpitaux, faire des fondations : voilà les péchés de cet évêque et ce qui l’a&#13;
mis hors d’état de contenter la convoitise de la chancellerie. C’est ce qui le&#13;
rend coupable à ce tribunal, mais c’est ce qui sera quelque jour canonisé au&#13;
tribunal de la Congrégation des rites.&#13;
Doc. XLV-A-12. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (28 mars 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-12&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 28 mars 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 565&#13;
&#13;
Quant à M. de Québec, vous connaîtrez à présent son style. Il ne sait pas à&#13;
qui s’en prendre de ces grands retardements et il faut qu’il s’en prenne à&#13;
quelqu’un. Il a commencé de prendre congé de Leurs Majestés. Le roi l’a&#13;
extrêmement bien écouté et paraît bien être favorable. La Cour est bien aise&#13;
qu’il retourne à Québec, où sa présence est nécessaire. Il doit donc partir&#13;
dans le mois d’avril. […] Vous auriez beaucoup contribué à notre instruction si&#13;
vous nous aviez mandé quelle est cette difficulté qui arrête l’expédition des bulles&#13;
de l’évêché de Québec, car ne l’écrivant qu’en général, nous ne savons rien en&#13;
particulier.&#13;
&#13;
- 564 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-15&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-14. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (26 avril 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-14&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 26 avril 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 583&#13;
Nous avons enfin reçu les bulles tant désirées ! M. de Québec prêta lundi le&#13;
serment [de fidélité au roi] ; ce qui lui coûta 20 pistoles en distributions,&#13;
chagrines pour lui, mais nécessaires, puisque c’est l’usage. Tout son monde&#13;
est parti et l’attend à La Rochelle. Son voyage est un peu retardé, aussi bien&#13;
que celui des vaisseaux de La Rochelle.&#13;
Doc. XLV-A-15. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (3 mai 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-15&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 3 mai 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 591&#13;
Mgr de Québec est merveilleusement joyeux de la venue de ses bulles et&#13;
autres pièces nécessaires. Son départ est un peu retardé. C’est à cause des&#13;
longueurs de la Cour et des ministres, qui sont très occupés en le départ&#13;
pour commencer la campagne, qui sera des plus sanglantes, les ennemis&#13;
sont merveilleusement forts et bien préparés.&#13;
Doc. XLV-A-16. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (1er-6 juin 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-16&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 1-6 juin 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 619-620&#13;
Enfin, notre incomparable prélat est parti de Paris pour aller s’embarquer à&#13;
La Rochelle. Il porte avec soi quelques Quatrains 334 que la Daterie et la&#13;
Chancellerie romaine ne lui ont pas ôtés. M. Duchesneau est déclaré intendant.&#13;
Il partira bientôt aussi. Il faut croire que le Canada va prospérer sous de si grands&#13;
personnages et que la Providence y veut faire éclater ses miséricordes. Chacun se&#13;
promet beaucoup de sa bonté et douceur et justice et piété et religion. Le prélat&#13;
veut faire un chapitre. Vous êtes de pauvres gens de n’avoir pas fait ôter le&#13;
galimatias qui est au commencement de la bulle d’érection. Lorsque j’étais à Rome,&#13;
j’en avais averti, mais vous êtes tous des frères ignorantins en matière de latinité.&#13;
Je parle à M. de la Chancellerie. On y a mis une clause pour gêner exprès&#13;
M. de Québec et empêcher la suppression de la mense monacale. Il faut pourtant&#13;
qu’elle serve à la fondation d’un chapitre. […]&#13;
334&#13;
NDLR : Il s’agit probablement de Les quatrains ; Les plaisirs de la vie rustique et autres poésies&#13;
par Guy du Faure de Pibrac.&#13;
&#13;
- 565 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-E&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-E. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (6-16 juin 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-E&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à l’abbé É. Pallu, 6-16 juin 1675,&#13;
d’après le vol. 5, p. 623-635&#13;
Vous pouvez assurer le P. Malgoire que ce n’est point M. de Québec qui a demandé&#13;
son abbaye bernardine de l’Estrée ; c’est le roi qui la lui a donnée et ce prélat lui&#13;
ayant remontré la difficulté de l’union, le roi lui repartit que quoiqu’il eût peu de&#13;
pouvoir à Rome, qu’il en ferait son affaire ; mais il faut espérer que saint Bernard&#13;
ne sera pas moins généreux que saint Benoît et que comme le procureur des&#13;
Bénédictins ne s’est point opposé à l’union de l’abbaye de Méobecq pour l’érection&#13;
d’un titre et siège épiscopal, en contemplation de la propagation de la foi, que le&#13;
P. Malgoire fera scrupule de traverser [faire obstacle à] l’union de l’Estrée que le&#13;
roi donne pour la même fin.&#13;
J’écrirai aujourd’hui à M. de Québec ce que vous me mandez et ce sera M. Poitevin&#13;
qui agira pour la poursuite de la réunion de l’Estrée, qui est la plus commode&#13;
abbaye qu’on puisse unir à l’évêché de Québec. Cependant, il faut attendre sans&#13;
rien dire que le temps mûrisse toute chose, car M. de Québec n’est pas de ces&#13;
dévots scrupuleux et timides. Il jouira de l’abbaye de l’Estrée sans bulle par un arrêt&#13;
du Grand Conseil. De plus, si le roi requiert l’abbé de Cîteaux de consentir à cette&#13;
réunion à cause de la singularité de l’œuvre, pourra-t-il le lui refuser, ayant tant&#13;
d’autres grâces à demander au roi pour le maintien de sa juridiction, contre les&#13;
attaques journalières des pères réformés de Cîteaux, qui sont près de 60 couvents&#13;
ou abbayes pour mieux parler ? […]&#13;
On ne fera rien pour la réunion de l’abbaye de l’Estrée qu’au retour du roi. Je ferai&#13;
avertir le P. de La Chaize de ce que le père abbé de Cîteaux lui fait dire. Il est certain&#13;
que la Cour de Rome donne tout à la faveur et qui a une puissante recommandation&#13;
ne manque guère d’emporter ce qu’il prétend quand il s’agit de disposer de&#13;
bénéfices. C’est dans cette suprême et libre disposition des biens d’Église que&#13;
paraît la puissance du Saint-Siège apostolique, lequel Saint-Siège, selon les&#13;
canonistes d’Italie, potest omnia supra jus, contra jus et praeter jus 335. […]&#13;
&#13;
335&#13;
&#13;
NDLR : peut tout, au-dessus de la loi, contre la loi et au-delà de la loi.&#13;
- 566 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-17&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-17. Extrait de la lettre de Gazil à É. Pallu (5 mars 1677)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-17&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Gazil à Mgr François Pallu, évêque de&#13;
Héliopolis, 5 mars 1677, d’après le vol. 6, p. 452&#13;
Il ne faut pas confondre Mgr François Pallu, évêque d’Héliopolis et vicaire&#13;
apostolique du Tonkin, avec l’abbé Étienne Pallu, dont il a été fait mention jusqu’à&#13;
maintenant. Mgr François Pallu passa trois années à Rome (1677-1680), pendant&#13;
lesquelles il servit aussi de procureur pour le Séminaire des Missions étrangères&#13;
de Paris.&#13;
&#13;
Je n’ai pas grand commerce avec M. Dudouyt, agent de Mgr de Québec. Il y&#13;
a eu quelques froideurs entre ce prélat et nous. Il est fort susceptible de&#13;
défiance et il ne faut se mêler de ses affaires sans une vocation bien légitime.&#13;
L’érection de son chapitre pourra durer au moins dix ans, aussi bien que&#13;
l’érection du siège épiscopal.&#13;
Doc. XLV-A-18. Extrait de la lettre de Brisacier, Gazil et Fermanel à F. Pallu (6 janvier 1679)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-18&#13;
Extrait de la lettre des abbés Brisacier, Gazil et Fermanel à Mgr François&#13;
Pallu, évêque d’Héliopolis, 6 janvier 1679, d’après le vol. 7, p. 277&#13;
&#13;
[…] Votre Grandeur sera surprise d’apprendre que M. l’évêque de Québec&#13;
est attendu aujourd’hui à Paris [en note : où il arriva hier au soir, logé&#13;
d’abord à Saint-Josse]. Il faut que ce prélat ait eu de grands motifs de&#13;
repasser en France, parce qu’au dernier voyage, y ayant fait trois ans de&#13;
séjour, il s’était bien promis de n’y revenir jamais et en avait assuré le roi,&#13;
qui ne voulut pas le croire, et lui dit qu’il serait bien aise de le revoir dans&#13;
quelques années. On croit que l’affaire principale qui l’amène est pour&#13;
s’opposer à ce que le Conseil du roi consent à la distribution des eaux-devie aux Sauvages* du Canada, dont ces pauvres infidèles abusent à un tel&#13;
point qu’ils en deviennent tous furieux et qu’il est impossible d’empêcher&#13;
les désordres infinis qui en proviennent. Cependant, l’intérêt du commerce&#13;
et de la colonie semble exiger de la politique que l’on permette cette&#13;
distribution, que M. de Québec a défendue sous peine d’excommunication&#13;
et en a fait un cas réservé.&#13;
&#13;
- 567 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-17&#13;
&#13;
Ce n’est pas dans le Canada seul où cet abus règne. Il y en a eu de tout&#13;
temps des plaintes dans l’une et l’autre Indes. Le savant P. Acosta [le&#13;
mentionne] dans son livre De procunda Indorum salute, traité De ebrietate&#13;
Indorum 336. Il ne sera pas peut-être mal que M. de Québec consulte le SaintSiège sur une affaire de cette importance, qui le peut brouiller avec les&#13;
ministres du roi. M. Dudouyt, qui fait ici les affaires de ce prélat, en a&#13;
souvent traité avec M. Colbert, mais sans beaucoup de fruits, sinon que le&#13;
Conseil ne pouvant se résoudre, vu les diverses raisons de part et d’autre,&#13;
il a été ordonné à M. le gouverneur de Québec de prendre l’avis cacheté de&#13;
20 habitants notables du Canada touchant l’abus ou le non-abus du débit&#13;
de ladite eau-de-vie, qui est la marchandise la plus désirée des Sauvages et&#13;
qui fait la matière la plus solide de notre commerce en ces contrées. Il y aura&#13;
peut-être dans les Archives de la Propagande quelques mémoires sur cela,&#13;
car on y a vu diverses plaintes des Indes orientales et occidentales des&#13;
grands excès des Indiens abusant des liqueurs enivrantes, que les chrétiens&#13;
même&#13;
&#13;
leur&#13;
&#13;
procuraient&#13;
&#13;
d’Europe.&#13;
&#13;
Nous&#13;
&#13;
sommes&#13;
&#13;
avec&#13;
&#13;
respect,&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
Vos très humbles et très obéissants serviteurs,&#13;
L’abbé de Brisacier, Gazil, Fermanel.&#13;
À Paris, ce jour des Rois 1679&#13;
&#13;
NDLR : Le jésuite José de Acosta écrivit sur les Autochtones de l’Amérique centrale et du Sud.&#13;
Son traité De procuranda Indorum de 1588 traite de l’évangélisation des Autochtones. Dans le&#13;
chapitre De ebrietate Indorum, il parle du problème qu’ils avaient avec les boissons enivrantes.&#13;
336&#13;
&#13;
- 568 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-19&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-19. Extrait de la lettre de Brisacier et Fermanel à É. Pallu (3 janvier 1685)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-19&#13;
Extrait de la lettre des abbés Brisacier et Fermanel à l’abbé É. Pallu,&#13;
3 janvier 1685, d’après le vol. 9, p. 476-481&#13;
Autre nouvelle à vous surprendre : Mgr de Québec est arrivé à La Rochelle.&#13;
C’est à l’occasion d’un mal très dangereux et qu’on ne peut guérir en&#13;
Canada. Vous pouvez en donner avis à la Congrégation. Il logera céans.&#13;
Doc. XLV-A-20. Extrait de la lettre de Brisacier à É. Pallu (10 janvier 1685)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-20&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé de Brisacier à l’abbé É. Pallu, 10 janvier 1685,&#13;
d’après le vol. 9, p. 480&#13;
Mgr de Québec arrive demain ici. Il a été obligé de repasser pour une rupture&#13;
qu’on ne peut guérir à Québec et dont il a pensé mourir en chemin dans le&#13;
vaisseau, où peu s’en fallut aussi qu’il ne fût tué, le jour de la Conception,&#13;
par le mouvement d’un roulis, qui le jeta haut en bas de son lit sur le&#13;
plancher. Il en a été quitte pour une contusion à la tête et pour une plaie à&#13;
la jambe. Le roi a nommé un nouveau gouverneur de Canada, d’une grande piété&#13;
et d’un grand mérite.&#13;
Doc. XLV-A-21. Extrait de la lettre de Brisacier à É. Pallu (20 avril 1685)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-21&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé de Brisacier à l’abbé É. Pallu, 20 avril 1685,&#13;
d’après le vol. 9, p. 579 337&#13;
J’ai trouvé notre Séminaire [de Paris] rempli de personnes fort zélées ; c’est à&#13;
présent le Canada qui en fait la principale occupation. M. de Québec&#13;
l’ancien y est avec M. de Saint-Vallier, son successeur. Ce dernier se&#13;
propose à partir en peu de temps avec nombre de missionnaires. Il va dans&#13;
ce pays en qualité de grand-vicaire, en attendant que les affaires se&#13;
disposent pour demander ses bulles. Cependant, M. de Québec demeure à&#13;
Paris pour se guérir et puis après, il se mettra aussi en chemin. Il ne veut&#13;
pas mourir en France.&#13;
&#13;
337&#13;
&#13;
NDLR : Nous ignorons si cet extrait s’est rendu, puisqu’il est biffé dans la copie collationnée.&#13;
- 569 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-A-20&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-22. Extrait de la lettre de Brisacier à Fermanel (27 mai 1686)&#13;
&#13;
Doc. XLV-A-22&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé de Brisacier à l’abbé Fermanel, 27 mai 1686,&#13;
d’après le vol. 10, p. 60&#13;
&#13;
M. de Laval m’a mandé qu’il est toujours languissant et que néanmoins il&#13;
viendra cette semaine au Séminaire. Mais il s’excuse par avance sur le&#13;
défaut de santé.&#13;
&#13;
- 570 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLV-B337F&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. XLV-B&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XLV-B 338&#13;
Documents concernant l’élection du Serviteur de Dieu comme abbé&#13;
commendataire de l’abbaye de l’Estrée, diocèse d’Évreux, 1672-1680&#13;
Le 20 avril 1672, Louis XIV assigna en commende au Serviteur de Dieu l’abbaye&#13;
cistercienne de Sainte-Marie-de-l’Estrée, située dans le diocèse d’Évreux et&#13;
vacante depuis la mort de son abbé. Cette assignation permettait au roi de&#13;
supprimer au futur évêque de Québec la pension annuelle de 2 000 francs qu’il&#13;
devait alors payer à Mgr de Laval comme vicaire apostolique. Le Serviteur de Dieu&#13;
ne prit pas possession de son abbaye : il ne voulait pas demander à Rome sa&#13;
nomination canonique afin de ne pas nuire à la procédure administrative, déjà&#13;
lente, pour l’érection du diocèse de Québec, procédure qui traînait depuis 1662.&#13;
Le roi confia alors l’abbaye à un économe royal.&#13;
L’abbaye de l’Estrée se trouvait dans les pires conditions à cause de la mauvaise&#13;
administration des précédents abbés et parce qu’il n’y avait que deux religieux.&#13;
Deux autres l’avaient abandonnée depuis longtemps ; mais à la mort de l’abbé,&#13;
semble-t-il, ils étaient rentrés en grande hâte. Le Grand Conseil du roi, cependant,&#13;
pourvut à les faire repartir le 20 mars 1672, avant que l’abbaye ne fût assignée à&#13;
Mgr de Laval. Le Serviteur de Dieu alla à l’Estrée pour se rendre compte de la&#13;
situation du nouveau bénéfice mais, comme on l’a dit, il n’en prit pas possession,&#13;
se contentant de prêter à l’économe une forte somme pour pourvoir aux plus&#13;
urgentes réparations.&#13;
Les deux moines, dom La Verge et dom Vallée, expulsés de l’abbaye, ne se tinrent&#13;
pas pour vaincus ; en effet, ils obtinrent un décret royal par lequel ils devaient soit&#13;
être réintégrés dans leur abbaye, soit recevoir une pension annuelle de 200 francs.&#13;
Mgr de Laval ne voulut pas les recevoir. Les deux moines recoururent au Conseil&#13;
privé du roi, mais celui-ci fit valoir le précédent décret du Grand Conseil du 20&#13;
mars 1672.&#13;
Les deux moines ne se découragèrent pas et recoururent à la Consistoriale par&#13;
l’intermédiaire du procureur des Cisterciens, Jean Malgoire ; ils présentèrent les&#13;
chefs d’accusation suivants :&#13;
1° Mgr de Laval avait pris possession de l’abbaye avant d’obtenir la&#13;
nomination canonique ;&#13;
2° il y avait démoli des édifices ;&#13;
3° il y avait expulsé les moines en refusant de pourvoir à leur subsistance ;&#13;
4° il avait donné en location des terres de l’abbaye.&#13;
La Consistoriale resta surprise de voir que le Serviteur de Dieu s’était rendu&#13;
coupable de tels faits. Le nonce de Paris fut alors chargé de procéder à une enquête&#13;
serrée (no 1).&#13;
Le nonce exécuta les ordres reçus du cardinal neveu, Paluzzo Altieri, et l’enquête&#13;
résulta pleinement favorable au Serviteur de Dieu. Mis au courant des chefs&#13;
d’accusation, Mgr de Laval voulut de son côté écrire à la Consistoriale pour les&#13;
réfuter un à un, ce qui ne fut pas difficile (no 4). La question fut examinée par la&#13;
Congrégation du 30 avril 1674 et le 1er mai, le cardinal neveu, Paluzzo Altieri,&#13;
communiqua au nonce de Paris que Mgr de Laval était pleinement blanchi et il&#13;
338&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit des documents originalement publiés dans l’Annexe I- Docs. B.&#13;
- 571 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLV-B337F&#13;
&#13;
donna ordre pour que la bulle d’érection du diocèse soit expédiée (no 6). On&#13;
recommanda au Serviteur de Dieu de ne pas intervenir dans les affaires de&#13;
l’abbaye de l’Estrée ; Mgr de Laval ne rencontra aucune difficulté à accepter un&#13;
tel conseil.&#13;
De retour à Québec, le Serviteur de Dieu insista auprès du Saint-Siège pour que&#13;
l’abbaye de l’Estrée soit unie à la mense de Québec. La question demeura&#13;
longtemps sans réponse et ce n’est qu’en 1704 que Mgr de Saint-Vallier en obtint&#13;
l’union.&#13;
Sur cette question et ses conséquences, le P. Conrad Morin, franciscain, a&#13;
découvert un grand nombre de documents aux Archives générales du Vatican,&#13;
dont nous dressons ici une liste complète. Puisque nous sommes dans&#13;
l’impossibilité, pour des raisons évidentes, de publier intégralement ce&#13;
volumineux dossier, nous en avons choisi quelques-uns parmi les plus importants&#13;
aux fins de la Cause 339.&#13;
1° 9 juin 1672. Procès-verbal de l’enquête commandée par l’évêque&#13;
d’Évreux, Mgr Henri Cauchon de Maupas du Tour, sur les causes de la&#13;
ruine de l’abbaye de l’Estrée, Archives apostoliques du Vatican, Sacra&#13;
Congregatio Consistorialis, Acta congregationis consistorialis, vol. 1674,&#13;
t. 1, fos 53r-56v.&#13;
2° [1672-1674]. Supplique présentée au nom de dom La Verge et de dom&#13;
Vallée, moines de l’Estrée, par le procureur des Cisterciens, Jean&#13;
Malgoire, à la Consistoriale contre Mgr de Laval, Ibid., fo 31. Avec cette&#13;
supplique, le procureur présenta une copie notariée de plusieurs actes&#13;
contenant des accusations contre le Serviteur de Dieu, Ibid., fos 42-45.&#13;
3° 8 février 1674. Délibération dans laquelle la Consistoriale chargeait le&#13;
nonce de Paris de procéder à une enquête sur les accusations faites contre&#13;
le Serviteur de Dieu, Ibid., fo 27r.&#13;
4° 13 février 1674. Lettre du cardinal Paluzzo Altieri au nonce de Paris,&#13;
Fabrizio Spada, le chargeant de l’enquête établie par la Consistoriale,&#13;
Segreteria di Stato, Francia, vol. 426, f° 30r-31r (voir le texte ci-après,&#13;
no 1).&#13;
5° 16 mars 1674. Lettre du nonce Spada au cardinal Altieri, Acta…,&#13;
fos 61r-62r (voir le texte plus bas, no 2). Il l’informe que Mgr de Laval est&#13;
avisé des accusations portées à son encontre par deux cisterciens de&#13;
l’abbaye de l’Estrée et qu’il en est stupéfait.&#13;
6° [30 mars 1674]. Relation présentée à la Consistoriale en défense du&#13;
Serviteur de Dieu, Ibid., fo 39 (voir le texte plus bas, no 3).&#13;
7° 23 mars 1674. Lettre du nonce Spada au cardinal Altieri, Segreteria di&#13;
Stato, Francia, vol. 150, fo 246r. Mgr de Laval l’a rencontré le 19 mars 1674&#13;
pour se disculper des accusations. Il a rendu le brevet royal et a prêté&#13;
6 000 livres à l’économe pour effectuer des réparations.&#13;
&#13;
NDLR : Nous avons inclus des résumés des documents dans la liste présentée par l’abbé Demers,&#13;
afin d’aider à la compréhension du dossier. Tous ces documents se retrouvent en ligne sur Anima :&#13;
https://sfdl.omeka.net/.&#13;
339&#13;
&#13;
- 572 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLV-B337F&#13;
&#13;
8° 30 mars 1674. Lettre du Serviteur de Dieu aux cardinaux de la&#13;
Consistoriale, Ibid., vol. 426, fos 281r-283r (voir le texte plus bas, no 4)&#13;
pour se défendre des accusations.&#13;
9° 10 avril 1674. Lettre du cardinal Altieri au nonce Spada, Ibid., fo 191r.&#13;
Il l’avise que, bien que Mgr de Laval ait admis qu’il a pris possession de&#13;
l’abbaye de l’Estrée prématurément, il a promis qu’il enverrait par écrit&#13;
ses justifications et s’est montré obéissant, donc aucune décision ne sera&#13;
prise à Rome avant de recevoir ses explications.&#13;
10° 17 avril 1674. Lettre du cardinal Altieri au nonce Spada, Ibid., fo 213r.&#13;
Il l’informe que la congrégation particulière concernant le litige entre&#13;
Mgr de Laval et l’abbaye de l’Estrée et il attend les opinions des évêques&#13;
d’Évreux et de Rouen.&#13;
11° 27 avril 1674. Lettre du nonce Spada au cardinal Altieri, Ibid.,&#13;
vol. 150, fo 342r. Il l’informe qu’il a reçu les réponses de l’évêque d’Évreux.&#13;
Mgr de Laval n’a jamais pris possession de l’abbaye et, au contraire, a prêté&#13;
une grande somme d’argent pour des réparations, avec l’espoir d’en&#13;
bénéficier lorsque le pape consentirait à l’unir à l’Église du Canada.&#13;
12° 30 avril 1674. Délibération durant laquelle la Consistoriale décide&#13;
d’expédier les bulles d’érection du diocèse de Québec, Acta…, fo 27r.&#13;
13° 1er mai 1674. Brouillon d’une lettre du cardinal Altieri au Serviteur de&#13;
Dieu pour l’aviser de ladite délibération de la Consistoriale, Segreteria di&#13;
Stato, Francia, vol. 317A, fo 50.&#13;
14° 1er mai 1674. Lettre du cardinal Altieri au nonce Spada, Ibid., vol. 426,&#13;
fo 270 (voir le texte plus bas, no 6). Le pape Clément X envoie les bulles&#13;
d’érection de l’évêché de Québec. Rome conserve les lettres contenant&#13;
deux promesses de Mgr de Laval, de ne plus intervenir dans les affaires de&#13;
l’abbaye de l’Estrée et de retourner au Canada au printemps, en gage de&#13;
sa bonne foi.&#13;
15° 18 mai 1674. Lettre du nonce Spada au cardinal Altieri, Ibid., vol. 429,&#13;
fos 67-68. Il fait état de son enquête sur l’affaire de l’abbaye de l’Estrée et&#13;
d’une rencontre avec un de ses moines qui prétend prouver que&#13;
Mgr de Laval s’est imposé dans la possession des biens de l’abbaye. Il&#13;
attend la preuve.&#13;
16° 22 mai 1674. Lettre du cardinal Altieri au nonce Spada, Ibid., vol. 426,&#13;
fo 330r (voir le texte plus bas, no 7). Il l’informe de la satisfaction du pape&#13;
Clément X, l’assurant de l’innocence de Mgr de Laval. Il peut maintenant&#13;
expédier les bulles pour l’érection de l’évêché de Québec et demande au&#13;
nonce de presser l’évêque à retourner au Canada.&#13;
17° 25 mai 1674. Lettre par laquelle le nonce Spada avise le cardinal&#13;
Altieri qu’il a fait connaître au Serviteur de Dieu la décision de la&#13;
Consistoriale sur ce qui précède, Ibid., vol. 150, fo 392.&#13;
18° 12 juin 1674. Lettre du cardinal Altieri au nonce Spada, Ibid., vol. 426,&#13;
fo 374r. Il informe le nonce qu’il a reçu le document des moines sur la&#13;
proposition d’union entre l’abbaye et l’évêché de Québec. Le témoignage&#13;
- 573 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLV-B337F&#13;
&#13;
du document ne correspond pas à celui de Mgr de Laval ni à celui de&#13;
l’évêque d’Évreux.&#13;
19° 19 juin 1674. Lettre par laquelle le cardinal Altieri recommande au&#13;
nonce Spada de pousser le Serviteur de Dieu à retourner au Canada avant&#13;
même que ne soient publiées les bulles, Ibid., vol. 426, fo 385r.&#13;
20° 20 juillet 1674. Lettre du nonce Spada au cardinal Altieri. Le nonce&#13;
communique que le Serviteur de Dieu doit attendre les bulles de l’Église&#13;
de Québec qui doivent être enregistrées à Paris, avant de partir pour le&#13;
Canada, Ibid., vol. 150, fo 524r.&#13;
21° 14 août 1674. Lettre du cardinal Altieri au nonce Spada. Le cardinal&#13;
espère que « soient arrivées au Serviteur de Dieu les bulles de l’Église de&#13;
Québec déjà proposées en Consistoriale depuis plusieurs semaines », Ibid.,&#13;
vol. 428, fo 15r.&#13;
22° 8 février 1675. Lettre du nonce Spada au cardinal Altieri. Les bulles&#13;
n’ont pas encore été expédiées. Le Serviteur de Dieu, par l’entremise du&#13;
nonce, supplie le cardinal de voir à telle expédition, afin qu’il puisse se&#13;
mettre en route avec les premiers navires en partance pour le Canada, Ibid.,&#13;
vol. 153, fo 68r.&#13;
23° 2 avril 1675. Lettre par laquelle le cardinal Altieri écrit au nonce Spada&#13;
que les bulles sont déjà expédiées et recommande au Serviteur de Dieu de&#13;
partir le plutôt possible pour le Canada, Ibid., vol. 427, fo 356r.&#13;
24° 26 avril 1675. Lettre du nonce Spada au cardinal Altieri. Finalement,&#13;
le Serviteur de Dieu a reçu ses bulles et part immédiatement pour La&#13;
Rochelle, où l’attend un navire pour le Canada, Ibid., vol. 153, fo 241.&#13;
25° 21 mai 1675. Lettre du cardinal Altieri au nonce Spada en réponse à&#13;
la précédente, Ibid., vol. 427, fo 500r. Il l’informe que le pape Clément X&#13;
est heureux d’apprendre que Mgr de Laval, ayant reçu les bulles, était prêt&#13;
à partir pour La Rochelle et à s’embarquer.&#13;
26° 5 octobre 1677. Supplique à la Consistoriale au nom du Serviteur de&#13;
Dieu pour l’union des menses abbatiales des abbayes de Méobecq et de&#13;
l’Estrée à l’évêché de Québec, Acta…. , fos 32r-33r.&#13;
27° 5 octobre 1677. Discussion à la Congrégation de la consistoriale sur la&#13;
question ci-haut mentionnée, Acta…, fos 32r et ss.&#13;
28° 30 septembre 1678. Nouvelle discussion à la Congrégation de la&#13;
consistoriale, Ibid., fo 246.&#13;
29° 5 octobre 1678. Lettre du secrétaire d’État Alderano Cibò au nonce&#13;
par intérim à Paris Giovanni Battista Lauri, pour demander des&#13;
informations sur les abbayes de Méobecq et de l’Estrée, Segreteria di&#13;
Stato, Francia, vol. 326, fo 243.&#13;
30° 28 octobre 1678. Réponse de Lauri au secrétaire d’État Alderano Cibò.&#13;
Il ne lui est pas possible de donner tout de suite les informations requises,&#13;
Ibid., vol. 159, fo 467.&#13;
&#13;
- 574 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. XLV-B337F&#13;
&#13;
31° 20 janvier 1679. Lettre de Lauri au secrétaire d’État Alderano Cibò&#13;
pour communiquer l’arrivée du Serviteur de Dieu à Paris, Ibid., vol. 160,&#13;
fo 50r.&#13;
32° 27 janvier 1679. Lettre de Lauri au secrétaire d’État Alderano Cibò&#13;
pour l’aviser de l’expédition des informations demandées, Ibid., fo 70r.&#13;
33° 27 janvier 1679. « Information sur les abbayes de l’Estrée et de&#13;
Méobecq et sur la réputation qui court à Paris sur Mgr l’évêque de Québec&#13;
en Nouvelle-France », Acta Congregationis Consistorialis, vol. 16851687, fos 174r-177v. La dernière partie de cette information a été&#13;
reproduite dans une copie qui se trouve aux Archives de la Propagande,&#13;
au Doc. XXXVI-9.&#13;
34° 1er mars 1679. Réponse d’Innocent XI à la lettre du Serviteur de Dieu&#13;
reproduite au Doc. XXIII-49. Le pape annonce que la question de l’union&#13;
des menses monastiques de Méobecq et de l’Estrée à l’évêché de Québec&#13;
sera étudiée sans retard, Segreteria di Stato, Francia, vol. 327, fo 89.&#13;
35° 1er mars 1679. Lettre par laquelle le secrétaire d’État Cibò transmet à&#13;
Lauri la lettre d’Innocent XI, Ibid., fo 88r.&#13;
36° 14 mars 1679. Discussion à la Congrégation de la consistoriale sur&#13;
l’union des abbayes concernées à la mense épiscopale de Québec, Acta&#13;
Congregationis Consistorialis, vol. 1678-1679, fo 504r.&#13;
37° 15 mars 1679. Lettre du secrétaire d’État Cibò à Lauri, Segreteria di&#13;
Stato, Francia, vol. 327, fo 113r. Il l’informe qu’il a informé Mgr de Laval&#13;
des discussions en cours à Rome concernant l’union des abbayes à son&#13;
évêché.&#13;
38° 6 août 1680. Sentence par laquelle le Conseil du roi de France oblige&#13;
l’économe royal de l’abbaye de l’Estrée à recevoir dom La Verge dans&#13;
cette abbaye, Acta Congregationis Consistorialis, vol. 1674, t. 1, fos 30,&#13;
35v.&#13;
39° après le 6 août 1680. Supplique du procureur des Cisterciens pour&#13;
s’opposer à l’union de la mense monastique de l’abbaye de l’Estrée à la&#13;
mense épiscopale de Québec, Ibid., fos 29r, 36v.&#13;
Le dossier contient d’autres documents de l’année 1685 relatifs à l’union de la&#13;
mense de l’Estrée à celle de Québec, mais ces documents concernent plus&#13;
directement Mgr de Saint-Vallier que le Serviteur de Dieu, alors démissionnaire.&#13;
En 1704, Mgr de Saint-Vallier obtint enfin la souhaitée et désirée union des deux&#13;
menses.&#13;
&#13;
- 575 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-1339F&#13;
&#13;
Doc. XLV-B-1. Lettre de Altieri à Spada (13 février 1674)&#13;
Doc. XLV-B-1 340&#13;
&#13;
Lettre du cardinal Paluzzo Altieri au nonce apostolique auprès du roi de&#13;
France, Fabrizio Spada, 13 février 1674, d’après l’original conservé aux&#13;
Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di Stato, Francia,&#13;
vol. 426, fos 30r-31r&#13;
Traduction de l’original en italien&#13;
Dans cette lettre au nonce de Paris, Spada, le cardinal neveu Paluzzo Altieri, préfet&#13;
de la Propagande, fait allusion aux principales accusations formulées contre le&#13;
Serviteur de Dieu par les moines de l’Estrée et charge le nonce de faire enquête à&#13;
ce sujet.&#13;
&#13;
Mgr illustrissime et révérendissime 341,&#13;
Mgr l’évêque de Pétrée, vicaire apostolique au Canada ou Nouvelle-France&#13;
en Amérique, fut présenté par le Roi Très Chrétien à l’évêché de Québec,&#13;
nouvellement érigé en ces lieux ; mais insatisfait des rentes de la mense&#13;
abbatiale du monastère de Méobecq de l’Ordre de Saint-Benoît, du diocèse&#13;
de Rouen 342, déjà unie à la mense de Québec comme portion congrue, il a&#13;
tout fait pour inciter le roi à lui unir aussi la mense conventuelle de cedit&#13;
monastère et cela serait arrivé si la Sacrée congrégation de la consistoriale&#13;
n’avait pas désapprouvé [l’union].&#13;
Privé de cet espoir, il a imploré le roi, pour ce qu’on peut déduire,&#13;
d’accorder l’union, à la mense de Québec, [celle du] monastère de SainteMarie-de-l’Estrée de l’Ordre des Cisterciens, au diocèse d’Évreux ; et sans&#13;
recourir à l’autorité du Saint-Siège, pour l’avoir connue lente dans de&#13;
semblables situations, il s’est considéré en possession du monastère et a&#13;
exercé les actes de propriété et d’hostilité, dont Votre Éminence sera&#13;
informée par le rapport ci-inclus. Ces agissements de Mgr de Pétrée nous&#13;
sont parvenus tout récemment.&#13;
&#13;
NDLR : Originellement : Annexe I- Doc B-1.&#13;
NDLR : Littéralement : Éminentissime et révérendissime seigneurie.&#13;
342&#13;
NDLR : On devrait plutôt lire : du diocèse d’Évreux.&#13;
340&#13;
341&#13;
&#13;
- 576 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-1339F&#13;
&#13;
D’autant plus qu’il y a quelques mois, il nous suppliait pour l’expédition&#13;
[des bulles] de son Église en termes d’infinie soumission envers le SaintSiège apostolique, semblant n’avoir aucune autre pensée que de se rendre&#13;
à Québec pour se consacrer entièrement au service des âmes ; et puisque le&#13;
fait est en soi très grave et sujet à produire des conséquences encore plus&#13;
graves, Sa Sainteté juge nécessaire d’employer toute diligence et de&#13;
remédier à cela et de l’annuler.&#13;
Vous devrez donc, Votre Éminence, vérifier l’exactitude de ce qui est&#13;
exposé dans le rapport susmentionné auprès de l’évêque d’Évreux ou de&#13;
son métropolite de Rouen, ainsi qu’auprès de personnes en particulier de&#13;
la région. Et si elles s’avèrent vraies, appelez Mgr de Pétrée et faites-le rendre&#13;
compte des nombreux excès d’autorité avec laquelle il a agi, pourquoi il n’a&#13;
pas fait appel à Rome, comme il l’a fait pour l’union de la mense de&#13;
Méobecq. Informez-vous aussi si un décret royal ou un arrêt du Parlement&#13;
a été émis, en chargeant les moines cisterciens de vous fournir ces&#13;
informations et envoyez le tout ici, afin que nous puissions ensuite&#13;
soumettre à Votre Éminence ce que vous pourrez faire pour indemniser le&#13;
monastère et l’autorité pontificale et pour corriger l’évêque de Pétrée. Et je&#13;
prie Dieu qu’il vous bénisse abondamment,&#13;
Votre très obligé et très fidèle serviteur,&#13;
P. cardinal Altieri.&#13;
Rome, 13 février 1674&#13;
&#13;
- 577 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-2342F&#13;
&#13;
Doc. XLV-B-2. Lettre de Spada à Altieri (16 mars 1674)&#13;
Doc. XLV-B-2 343&#13;
&#13;
Lettre du nonce apostolique Spada au cardinal Altieri, 16 mars 1674, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Sacra Congregatio&#13;
Consistorialis, Acta congregationis consistorialis, vol. 1674, t. 1, fos 61r-62r&#13;
Traduction de l’original italien&#13;
Dans cette lettre en réponse à la précédente (Doc. XLV-B-1), le nonce Spada&#13;
fait l’état de sa rencontre avec le Serviteur de Dieu, qui se défendit contre les&#13;
accusations présentées par les moines de l’Estrée.&#13;
&#13;
Mgr éminentissime et révérendissime et cher patron344,&#13;
J’ai porté à l’attention de Mgr l’évêque de Pétrée les accusations portées&#13;
contre lui par les moines cisterciens de l’abbaye de Sainte-Marie-de-l’Estrée&#13;
dans le rapport que Votre Éminence m’a transmis. Monseigneur est&#13;
demeuré très surpris de la chose. Il m’a répondu que bien qu’il soit vrai&#13;
qu’il a reçu de Sa Majesté le brevet pour cette abbaye, il n’en a cependant&#13;
jamais eu l’usufruit et il s’est abstenu d’en prendre possession, tout en&#13;
demeurant auprès de l’économe royal, qui en a l’administration, et qu’il a&#13;
uniquement contribué à empêcher les préjudices qu’il prétend inférer à&#13;
l’abbaye habitée par deux moines seulement, deux autres [moines] étant&#13;
depuis longtemps vagabonds en dehors. Il souligne qu’au lieu de la pension&#13;
de 2 000 francs qu’il retirait de Sa Majesté, on lui a concédé le brevet de cette&#13;
abbaye et l’accord du roi de l’unir à la mense épiscopale de Québec.&#13;
Il admet avoir différé de se procurer la concession de cette faveur par Sa&#13;
Sainteté, parce que, [à la suite] son expérience avec des donations&#13;
semblables, il craignait qu’une telle demande eût pu retarder l’expédition&#13;
des bulles de son Église, bulles qu’il attend avec impatience afin d’être prêt&#13;
à les emporter au prochain printemps à sa résidence épiscopale [de&#13;
Québec]. Maintenant qu’il est capable de tout, il affirme qu’il n’a pas&#13;
recherché de Sa Majesté cette abbaye, mais d’avoir plutôt désiré la&#13;
continuation de sa pension, mentionnée plus haut, professant son infinie&#13;
343&#13;
344&#13;
&#13;
NDLR : Originellement : Annexe I- Doc. B-2.&#13;
NDLR : Littéralement : Éminentissime et révérendissime seigneur et cher promoteur.&#13;
- 578 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-3344F&#13;
&#13;
soumission et très grand respect envers le Saint-Siège et Sa Sainteté et se&#13;
disant non seulement prêt à obéir à tout ordre qu’on voudra lui donner,&#13;
mais disant même vouloir écrire à Votre Éminence pour se disculper des&#13;
accusations qu’on lui fait.&#13;
En agissant dans la mesure de mes connaissances, comme j’ai pu le faire&#13;
jusqu’à maintenant, je n’omettrai pas de chercher les autres informations&#13;
que vous m’avez demandées de prendre auprès de l’évêque d’Évreux,&#13;
lorsqu’il sera arrivé ici, où on l’attend après les fêtes de Pâques. Et ici je&#13;
m’incline humblement à Votre Éminence. De Votre Éminence,&#13;
[Le très dévoué, humilié et obéissant serviteur,&#13;
Fabrizio, archevêque de Patras.]&#13;
Paris, 26 mars 1674&#13;
Doc. XLV-B-3. Lettre de [Marbaud] à la Consistoriale ([30 mars 1674])&#13;
Doc. XLV-B-3 345&#13;
&#13;
Lettre de [Marbaud], écrite au nom de Laval, à la Consistoriale, [30 mars&#13;
1674], d’après une copie conservée aux Archives apostoliques du Vatican,&#13;
Sacra Congregatio Consistorialis, Acta congregationis consistorialis, an. 1674,&#13;
vol. 1, fo 39&#13;
Rapport non signé à la défense du Serviteur de Dieu, présenté à la Consistoriale&#13;
par, semble-t-il, son procureur, Marbaud.&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes et révérendissimes,&#13;
À la suite de diverses difficultés survenues au sujet de l’érection de l’Église&#13;
de Québec, en Indes septentrionales appelées Canada, l’affaire s’était déjà&#13;
redimensionnée grâce à l’intervention très efficace de Vos Éminences,&#13;
lorsque l’ennemi de la propagation de notre foi suscita de nouveaux&#13;
empêchements ; et avec l’art et la tromperie, il s’efforça de détruire aux yeux&#13;
de Vos Éminences l’honneur et l’obéissance dévouée de Mgr de Pétrée,&#13;
nommé à cette future Église par Sa Majesté Très Chrétienne. Les vertus et&#13;
345&#13;
&#13;
NDLR : Originellement : Annexe I- Doc. B-3.&#13;
- 579 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-3344F&#13;
&#13;
les mérites de ce dernier sont [pourtant] depuis très longtemps connus de&#13;
cette Sacrée congrégation.&#13;
Ce dernier y fut nommé par Sadite Majesté lorsque l’abbaye de l’Estrée, de&#13;
l’Ordre des Cisterciens, au diocèse de Bayeux, fut vacante et où le roi de&#13;
France avait envoyé un économe. Les moines de cette abbaye prétendent&#13;
que cet évêque les aurait chassés, qu’il aurait détruit les bâtiments du&#13;
monastère, après en avoir pris possession de son propre chef, sans bulles&#13;
apostoliques, et enfin qu’il aurait coupé leurs vivres, sous prétexte de&#13;
vouloir unir les revenus de ladite abbaye à la future mense épiscopale de&#13;
Québec. Et tout cela fut rapporté à Vos Éminences par le procureur général&#13;
de cet Ordre qui, non content d’entraver l’expédition des bulles de cette&#13;
abbaye 346 par voie ordinaire et licite l’expédition, il lui fait [maintenant]&#13;
obstacle : il présenta un libelle diffamatoire à Vos Éminences contre cet&#13;
évêque, contenant tout ce qui a été dit plus haut et plusieurs autres grandes&#13;
exagérations.&#13;
La vérité, la voici : ledit évêque n’a pas pris possession de cette abbaye,&#13;
encore moins prétend-il la prendre, puisqu’elle est plus onéreuse que&#13;
rentable : elle doit plus de 7 000 écus et les bâtiments sont dans un état si&#13;
déplorable que 6 000 écus ne suffiraient pas pour les restaurer ; les revenus&#13;
sont si faibles qu’ils ne sont [même] pas recensés dans les livres de la&#13;
Chambre apostolique. Et si l’on avait fait connaître audit évêque cet état&#13;
misérable [de l’abbaye], il n’aurait pas accepté la faveur de la nomination&#13;
de Sa Majesté. Bien plus, il a été contraint de prendre sur son patrimoine&#13;
plus de 2 000 écus et de les remettre à l’économe pour servir à la&#13;
restauration des bâtiments, tant de l’église que du reste, afin que le tout ne&#13;
tombe pas totalement en ruine. Le prélat, prévoyant ne pas pouvoir&#13;
continuer à soutenir les dépenses, remit sa lettre de nomination royale au&#13;
confesseur de Sa Majesté 347 pour qu’il en dispose autrement. Si les&#13;
conditions de restauration ne changent pas, l’évêque ne pourrait payer&#13;
autant de dettes ni réparer des bâtiments si onéreux.&#13;
346&#13;
347&#13;
&#13;
NDLR : On devrait plutôt lire : de cette Église.&#13;
NDLR : Le R. P. Ferrier, l’un des confesseurs du roi.&#13;
- 580 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-4347F&#13;
&#13;
C’est pourquoi, il n’y a pas, selon moi, apparence que cet évêque ait eu la&#13;
moindre pensée de s’immiscer dans les affaires qui lui ont été imposées,&#13;
afin de demeurer tout dévoué au Saint-Siège. Je supplie humblement&#13;
Vos Éminences pour qu’elles daignent conclure l’érection et la provision de&#13;
l’évêché, si nécessaires et utiles à la religion chrétienne. Daignant me&#13;
recommander aux bons soins de Vos Éminences et que Dieu [vous ait en sa&#13;
sainte garde].&#13;
Doc. XLV-B-4. Lettre de Laval à la Consistoriale ([30 mars 1674])&#13;
Doc. XLV-B-4 348&#13;
&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu aux cardinaux de la Sacrée congrégation de la&#13;
consistoriale, 30 mars 1674, d’après la copie conservée aux Archives&#13;
apostoliques du Vatican, Segreteria di Stato, Francia, vol. 426, fos 281r-283r&#13;
Traduction de l’original latin&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à la Consistoriale pour réfuter les accusations faites&#13;
par les moines de l’Estrée. Le Serviteur de Dieu écrivit en même temps au cardinal&#13;
Altieri, comme on le note par la réponse du cardinal au nonce (voir plus bas, no 6).&#13;
Le texte de la lettre de Mgr de Laval au cardinal Altieri ne nous est pas parvenu.&#13;
&#13;
Mgrs éminentissimes 349,&#13;
C’est réellement avec une très grande impression de douleur qu’il m’a été&#13;
signifié, par Mgr l’illustrissime nonce 350, que j’ai souffert de calomnie auprès&#13;
de Vos Éminences par la médisance de quelques-uns, à savoir que j’aurais&#13;
usurpé l’abbaye de l’Estrée, en aurais expulsé les moines et aurais causé de&#13;
lourds dommages aux bâtiments et ce, sans aucun droit et au mépris du&#13;
souverain pontife.&#13;
Ce dont je suis le plus profondément affligé, c’est que ceci a occasionné du&#13;
retard dans l’envoi des bulles d’érection [de l’évêché] de Québec. Je suis&#13;
réellement étonné, Mgrs éminentissimes, que certains aient été à ce point&#13;
emportés ou téméraires pour dénigrer un évêque auprès du tribunal&#13;
suprême de l’Église et n’aient pas craint de le décrier par le mensonge.&#13;
&#13;
NDLR : Originellement : Annexe I- Doc. B-4.&#13;
NDT : Littéralement : Éminentissimes seigneuries.&#13;
350&#13;
NDT : Littéralement : l’illustrissime seigneur nonce.&#13;
348&#13;
349&#13;
&#13;
- 581 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-4347F&#13;
&#13;
Encore supporterais-je patiemment les traits de la calomnie s’il n’était de&#13;
mon devoir d’empêcher qu’on se joue du sentiment de Vos Éminences par&#13;
une fausse accusation. Permettez-moi plutôt de dire à Vos Éminences de&#13;
quoi il s’agit. Le Roi Très Chrétien, désirant pourvoir à l’Église de Québec,&#13;
dont les revenus sont modestes mais dont les charges occasionnent de très&#13;
grandes dépenses, avait destiné l’abbaye dite de l’Estrée, du diocèse&#13;
d’Évreux, quoique de peu d’importance, pour augmenter la rente de&#13;
l’Église, m’y ayant nommé [abbé commendataire] par son bref.&#13;
Après que j’eusse soigneusement examiné l’état de cette abbaye, selon les&#13;
procédures d’inspection de Mgr l’illustrissime évêque d’Évreux, des&#13;
officiers royaux et des juges (comme il est de coutume en France), j’ai&#13;
découvert d’une manière sûre que celle-ci avait été grevée par de très&#13;
lourdes dettes par les abbés successifs, que les édifices étaient en ruine, tant&#13;
à l’intérieur de l’enceinte de l’abbaye que dans les fermes en dépendant,&#13;
que le mobilier et les objets précieux de l’église avaient été vendus, enfin&#13;
que tous ses biens, domaines et maisons gisaient en ruine, à un point tel que&#13;
6 000 écus n’auraient pas suffi pour les réparer ou les restaurer. J’ai jugé&#13;
plus prudent de rendre le bref de la nomination royale de Sa Majesté au&#13;
R. P. Ferrier, l’un des confesseurs [du roi], […] pour que je puisse revenir&#13;
aussi vite que possible auprès du troupeau qui m’a été confié une fois que&#13;
les bulles de l’érection de Québec auront été obtenues.&#13;
Entre-temps, un économe fut attribué à cette abbaye vacante par un ordre&#13;
royal : par quelle audace, donc, m’impute-t-on, à tort, de m’être investi de&#13;
cette abbaye, sans que je n’eusse ni demandé ni obtenu des bulles, alors que,&#13;
du moment où elle a été vacante, elle a été administrée par un économe&#13;
royal ? Certes, dans l’incertitude qu’une autre abbaye plus convenable me&#13;
soit concédée par le roi, j’ai fait ce que j’ai pu et j’ai employé toute mon&#13;
énergie pour que les intérêts de cette abbaye, destinée à notre Église par le&#13;
roi, soient pris en compte le plus rapidement possible.&#13;
&#13;
- 582 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-4347F&#13;
&#13;
Il en a résulté que, après que la procédure de visite ait pris acte du véritable&#13;
état de cette abbaye, nous avons empruntés à nos risques et périls plus de&#13;
2 000 écus, que nous avons attribués [à l’abbaye], qui ont été dépensés tant&#13;
pour réparer l’église et les édifices attenants que pour refaire les maisons&#13;
des fermes et des champs qui partout s’écroulaient ; un peu plus et j’abattais&#13;
tout pour qu’on [puisse] s’attaquer aux autres inconvénients le plus vite&#13;
possible, qui, en raison de la très grande incurie des derniers abbés,&#13;
résulteraient en préjudice grave et presque irréparable pour l’abbaye,&#13;
comme les documents authentiques de la visite effectuée selon le droit par&#13;
Mgr l’illustrissime évêque d’Évreux, à qui revient juridiquement ce soin, le&#13;
démontreront clairement ; à tel point qu’on se demanderait, et avec raison,&#13;
si les derniers possesseurs de cette abbaye ne devraient être destructeurs et&#13;
dilapidateurs de la pire espèce plutôt qu’abbés. Il y a une chose que&#13;
j’entends m’être reprochée (que je ne peux passer sous silence), à savoir que&#13;
j’aurais expulsé les moines de cette abbaye par la force ; et ce qui rend ceci&#13;
encore plus faux, c’est que les deux [moines] qui s’y trouvent font cette&#13;
calomnie tout en y accomplissant les offices divins ; et des deux autres&#13;
[moines] qui se disent fils de l’abbaye, l’un a dû être banni en raison d’un&#13;
comportement désordonné et l’autre s’est retiré dans une autre abbaye&#13;
depuis plusieurs années déjà. Ce n’est pas de mon propre chef que j’y crois,&#13;
mais sur la foi de preuves suffisantes. D’ailleurs, quelque créance est due à&#13;
celui qui nie absolument les crimes qui lui ont été reprochés auprès de&#13;
l’évêque et ce, sans aucune preuve ou par la seule audace des accusateurs.&#13;
Vraiment,&#13;
&#13;
Mgrs&#13;
&#13;
éminentissimes,&#13;
&#13;
ce&#13;
&#13;
n’est&#13;
&#13;
pas&#13;
&#13;
pour&#13;
&#13;
importuner&#13;
&#13;
Vos Éminences que j’ai traité de ces choses en détail avec Mgr l’illustrissime&#13;
le nonce : c’est parce que j’ai espoir que, grâce à l’impartialité du jugement&#13;
de votre Sacrée congrégation, la calomnie qui a été employée à mon égard&#13;
sera facilement écartée et qu’aucun retard plus important n’affectera l’envoi&#13;
de mes bulles, alors que le moment du départ des navires est imminent et&#13;
qu’il y a la plus grande urgence pour l’Église canadienne. En ce qui&#13;
concerne l’union de l’abbaye de l’Estrée, certes proposée par le roi mais non&#13;
encore acceptée, j’estime que tout cela doit être laissé à la sollicitude du&#13;
Siège apostolique et du roi. À cela près, je me contenterai d’être un jour&#13;
- 583 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-5350F&#13;
&#13;
rendu à mes brebis avec le titre de légitime et vrai pasteur. De&#13;
Vos Éminences,&#13;
Le très obéissant et très humble serviteur,&#13;
François, évêque de Pétrée.&#13;
Paris, le 30 mars 1674&#13;
Doc. XLV-B-5. Lettre de Spada à Altieri (27 avril 1674)&#13;
Doc. XLV-B-5 351&#13;
&#13;
Lettre du nonce apostolique Spada au cardinal Altieri, 27 avril 1674, d’après&#13;
une copie conservée aux Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di&#13;
Stato, Francia, vol. 150, fo 342r&#13;
Traduction de l’original italien&#13;
Poursuivant son enquête, le nonce apostolique Spada s’informa auprès de&#13;
l’évêque d’Évreux, diocèse où se trouvait l’abbaye de l’Estrée. Le témoignage de&#13;
l’évêque, que le nonce transmet dans cette lettre au cardinal Altieri, est favorable&#13;
au Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
Paris, en ce jour [27 avril 1674]&#13;
Les informations que j’ai reçues de Mgr l’évêque d’Évreux, au sujet des&#13;
accusations qui lui ont été portées contre Mgr l’évêque de Pétrée concernant&#13;
l’abbaye de Sainte-Marie de l’Estrée, sont semblables à celles que&#13;
Votre Éminence a écrites dans cette affaire ; Monseigneur [nous] assure que&#13;
l’abbaye a toujours été entre les mains de l’économe royal et que&#13;
Mgr de Pétrée l’a seulement assisté en lui versant beaucoup d’argent pour la&#13;
réparation et l’entretien des biens [de l’abbaye], [parce que] il espérait&#13;
pouvoir en profiter lorsque Sa Sainteté voudra bien répondre au désir de&#13;
Sa Majesté, [qui est] de l’unir à l’Église de Québec.&#13;
[Mgr de Pétrée] affirme que la ruine de l’église et du clocher est survenue un&#13;
an avant le décès du dernier abbé, qui a négligé de les réparer, se contentant&#13;
de recouvrir l’église avec de la paille. L’économe royal a remédié à cet&#13;
351&#13;
&#13;
NDLR : Originellement : Annexe I- Doc. B-5.&#13;
- 584 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-6351F&#13;
&#13;
inconvénient avec l’argent que lui a prêté Mgr de Pétrée. L’information que&#13;
je transmets à Votre Éminence se réduit à cela. En vous saluant&#13;
humblement,&#13;
[Le très dévoué, humilié et obéissant serviteur,&#13;
Fabrizio, archevêque de Patras.]&#13;
Doc. XLV-B-6. Lettre de Altieri à Spada (1er mai 1674)&#13;
Doc. XLV-B-6 352&#13;
&#13;
Lettre du cardinal Altieri au nonce apostolique Spada, 1er mai 1674, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di Stato,&#13;
Francia, vol. 426, fo 270&#13;
Traduction de l’original italien&#13;
Le cardinal Altieri annonce au nonce de Paris que la Consistoriale a accepté la&#13;
réfutation du Serviteur de Dieu et que les bulles d’érection de Québec seront&#13;
expédiées sous peu.&#13;
&#13;
Mgr illustrissime et révérendissime,&#13;
La très grande opinion des vertus et du zèle de Mgr l’évêque de Pétrée, dès&#13;
le début, l’ont promu au vicariat apostolique de la Nouvelle-France et par&#13;
la suite s’est développé dans l’exécution du ministère de l’évêché de&#13;
Québec, nouvellement érigé. De plus, la préoccupation de Sa Sainteté que&#13;
ce nouveau troupeau ressuscite en voyant et en entendant la voix de son&#13;
pasteur a prévalu sur les dépositions des témoins interrogés au sujet des&#13;
[accusations faites par les] moines cisterciens d’usurpation et de dommages&#13;
qu’il [Laval] aurait faits à l’abbaye de l’Estrée.&#13;
Il a fourni des excuses, tout aussi respectueuses que nombreuses, dans ses&#13;
lettres qu’il a écrites à moi-même et à la Sacrée congrégation de la&#13;
consistoriale, ainsi que la promesse qu’il [nous] a faite de ne plus s’ingérer&#13;
[dans les affaires de l’abbaye] – [puisqu’il] a déjà restitué le brevet royal de&#13;
propriété au père confesseur de Sa Majesté et [puisqu’il] tout abandonné&#13;
aux soins du Saint-Siège et de Sa Majesté, comme il conclut dans l’une et&#13;
&#13;
352&#13;
&#13;
NDLR : Originellement : Annexe I- Doc. B-6.&#13;
- 585 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-7353F&#13;
&#13;
l’autre des lettres susmentionnées 353, dont j’envoie à Votre Éminence une&#13;
seule copie, l’une et l’autre étant de même teneur. [Je vous envoie cette&#13;
lettre,] afin de pouvoir mieux le convaincre et lui faire prendre conscience&#13;
de la nécessité, qu’il s’est lui-même imposée, de maintenir sa promesse et&#13;
de refléter la générosité de Sa Sainteté, qui a voulu mettre fin à toutes les&#13;
difficultés et qui a ordonné l’expédition des bulles [de l’évêché de Québec],&#13;
afin qu’il [Laval] puisse profiter du prochain départ pour l’Amérique.&#13;
J’ajouterai que l’une et l’autre des lettres susmentionnées seront conservées,&#13;
par ordre de Sa Sainteté, aux Archives de la Secrétairerie d’État et de la&#13;
Sacrée congrégation de la consistoriale, comme gages et otages de sa&#13;
[bonne] foi. Enfin, pressez-le de partir pour la Nouvelle-France, puisqu’il&#13;
en est absent depuis déjà longtemps et qu’il ne s’y trouve aucun évêque. Et&#13;
je prie le Seigneur Dieu de toujours vous conserver [et de me croire,&#13;
Le très humilié, dévoué et obligé serviteur,&#13;
P. cardinal Altieri.]&#13;
Rome, 1er mai 1674&#13;
Doc. XLV-B-7. Lettre de Altieri à Spada (22 mai 1674)&#13;
Doc. XLV-B-7 354&#13;
&#13;
Lettre du cardinal Altieri au nonce apostolique Spada, 22 mai 1674, d’après&#13;
une copie conservée aux Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di&#13;
Stato, Francia, vol. 426, fo 330r&#13;
Traduction de l’original en italien&#13;
&#13;
À Mgr le nonce à Paris, 22 mai 1674&#13;
Sa Sainteté se réjouit de voir, dans la dernière lettre de Votre Éminence, un&#13;
nouveau témoignage de l’innocence de Mgr l’évêque de Pétrée au sujet des&#13;
accusations qu’on lui a portées d’avoir envahi et maltraité le monastère de&#13;
Sainte-Marie-de-l’Estrée, tandis que Mgr d’Évreux, évêque dudit diocèse, où&#13;
se trouve ledit monastère, y croit entièrement. Par conséquent, le décret&#13;
353&#13;
354&#13;
&#13;
NDLR : Deux lettres de Laval à Altieri et à la Consistoriale du 30 mars 1674.&#13;
NDLR : Originellement : Annexe I- Doc. B-7.&#13;
- 586 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLV-B-7353F&#13;
&#13;
pour l’expédition des lettres apostoliques d’érection de Québec demeure&#13;
encore davantage de mise, afin que Monseigneur puisse profiter de&#13;
l’occasion de s’embarquer pour la Nouvelle-France et y reprendre, avec son&#13;
zèle et sa vaillance habituels, la culture de cette grande vigne du Seigneur,&#13;
confiée à ses soins. Que Votre Éminence ne cesse de le presser de&#13;
s’embarquer. Et je prie [Dieu qu’il vous bénisse abondamment,&#13;
Le très humilié, dévoué et obligé serviteur,&#13;
P. cardinal Altieri.]&#13;
&#13;
- 587 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�INTRODUCTION AUX DOCS. XLIV&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. XLIV&#13;
Les bulles du pape Clément X au Serviteur de Dieu&#13;
pour l’évêché de Québec, 1674&#13;
NDLR : Le 1er octobre 1674, le pape Clément X émit plusieurs bulles au sujet de&#13;
l’érection du premier évêché au Canada, dont des copies sont conservées aux&#13;
Archives de l’archidiocèse de Québec, dans le Registre A*, p. 171, no 225 et ss.&#13;
Les bulles annonçant la nomination du Serviteur de Dieu comme évêque en titre&#13;
au roi (no 227), au Chapitre (no 228), au clergé (no 229), aux citoyens de la ville&#13;
de Québec (no 230), aux fidèles du diocèse (no 231) ne sont pas reproduits dans&#13;
cette section, ni celles permettant à l’archevêque de Paris de recevoir le serment&#13;
de fidélité de Mgr de Laval au pape et ledit serment (nos 225 et 226). Nous ne&#13;
reproduisons que les bulles de l’érection de l’évêché de Québec et celles de la&#13;
translation de Mgr de Laval de l’évêché de Pétrée à celui de Québec, tous deux&#13;
traduits par le P. Lucien Campeau, jésuite.&#13;
&#13;
DOC. XLIV-A. BULLES ÉRIGEANT L’ÉVÊCHÉ DE QUÉBEC (1ER OCTOBRE 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLIV-A&#13;
Bulles du pape Clément X par lesquelles l’évêché de Québec est érigé,&#13;
1er octobre 1674, d’après la copie collationnée aux Archives de l’archidiocèse&#13;
de Québec, Registre A*, p. 214, no 265&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
&#13;
Clément, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, pour en perpétuer le souvenir,&#13;
élevé malgré notre faiblesse au redoutable sommet du pontificat, sans l’appui&#13;
d’aucune prétention venant de nos propres mérites, mais par la seule bienveillance&#13;
du Dieu Très Clément, qui choisit les instruments les plus humbles de ce monde,&#13;
sans repos ni cesse, nous avons voulu réfléchir dans notre cœur en nous&#13;
demandant comment nous pourrions porter vaillamment un tel fardeau et remplir&#13;
avec quelque succès une si lourde charge, susceptible d’effrayer les anges euxmêmes, mais allégée par le souffle divin de l’Esprit aux sept dons, tout en&#13;
considérant avec attention les réalisations de nos prédécesseurs en faveur de la&#13;
propagation de la foi catholique, accomplies par tout l’univers et marquées du&#13;
sceau de l’éternité, nous ne cessions de supplier Dieu pour que ces glorieuses&#13;
illustrations du nom chrétien ne demeurent pas seulement pour nous l’objet d’une&#13;
vaine vénération, mais qu’en outre elles nous fassent passer à une imitation&#13;
effective ; de sorte que nous ne semblions point nous satisfaire de la gloire divine,&#13;
qui ne rejaillit de ces exploits qu’une saine émulation, nous presse non seulement&#13;
d’accomplir, mais d’accroître ;&#13;
&#13;
- 588 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIV-A&#13;
&#13;
pendant que nous méditions ces pensées, il nous faut exposer, à notre très grande&#13;
joie, de la part de notre très cher fils dans le Christ, Louis, Roi Très Chrétien de&#13;
France et de Navarre, que ce roi Louis, avec l’aide de Dieu, avait acquis par la force&#13;
des armes et soumis à son empire plusieurs contrées et plusieurs îles de l’Amérique&#13;
septentrionale, qu’il avait décoré du nom de Nouvelle-France ce pays maintenant&#13;
assujetti à son autorité et qu’il l’avait honorablement peuplé en y envoyant de&#13;
France des gens remarquables par l’instruction, la valeur militaire ou la piété ; quant&#13;
aux indigènes, qu’on appelle communément Iroquois, peuplades farouches et&#13;
barbares, entièrement dénuées de lois humaines et divines, il en a déjà subjugué&#13;
un grand nombre et il s’efforce sans cesse de se soumettre les autres ; mais puisque&#13;
ni les pays ni les royaumes ne peuvent subsister à moins d’être gouvernés par une&#13;
autorité et régis par des lois, dans le bourg nommé Québec, baigné par un&#13;
majestueux fleuve, le Saint-Laurent, et pourvu d’un port, défendu par une citadelle,&#13;
habité par un grand nombre de marchands et principale localité parmi toutes celles&#13;
déjà soumises à sa puissance, le même roi Louis a établi un gouverneur sur tout le&#13;
pays, institué un Conseil souverain et muni ce territoire de troupes nombreuses ; et&#13;
comme ce roi se distingue par une très grande piété envers Dieu et envers le Siège&#13;
apostolique, il estime que c’est une œuvre vaine de soumettre de cruels barbares,&#13;
d’ajouter de nouveaux fleurons à sa couronne et de conquérir de nouveaux&#13;
territoires, même dans les contrées éloignées, si, après avoir déployé les drapeaux&#13;
de son pouvoir temporel dans les régions conquises, il ne plante pas en même&#13;
temps l’adorable étendard de la très sainte Croix pour que les infidèles, renonçant&#13;
à l’aveuglement de leur infidélité, se convertissent à la connaissance de la vraie&#13;
lumière et une fois convertis, soient instruits dans la foi catholique.&#13;
Comme il ne peut atteindre ce résultat si désiré à moins qu’il n’y ait dans ces&#13;
contrées un pasteur bon et fidèle, qui préside au soin des âmes et des églises, qui&#13;
y établisse des ministres ecclésiastiques capables d’induire les ouvriers de ces&#13;
régions, encore oisifs alors qu’approche la 12e heure, à travailler d’une façon&#13;
permanente à la vigne du Père de famille ; et puisque notre plus grande sollicitude&#13;
est de voir fleurir et s’accroître partout la foi catholique, de faire connaître aux&#13;
infidèles le chemin de la vérité et de les amener à la vérité et au giron de l’Église&#13;
catholique, de sorte que l’Église se réjouisse avec nous et se félicite, non pas d’une&#13;
brebis retrouvée, mais de presque tout un troupeau sauvé et ramené au bercail, à&#13;
ces causes et accédant volontiers aux pieux désirs dudit roi Louis, après en avoir&#13;
mûrement délibéré avec nos frères les cardinaux de la sainte Église romaine, de&#13;
leur avis et assentiment, par la plénitude du pouvoir apostolique, le roi Louis nous&#13;
en ayant humblement supplié par ses lettres, nous, à la louange du Dieu Tout- 589 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIV-A&#13;
&#13;
Puissant et à la gloire de sa très glorieuse Mère, la Vierge Marie, et de toute l’Église&#13;
triomphante pour l’exaltation de la même foi, décorons du nom, du titre et de la&#13;
dignité de ville, le bourg susdit, qui jouit d’un climat agréable et en vertu de notre&#13;
autorité apostolique, nous l’érigeons et le constituons à perpétuité en ville, qui sera&#13;
appelée Québec ; quant à l’église paroissiale qui s’y trouve, sous l’invocation de la&#13;
bienheureuse Vierge Marie et de saint Louis, d’une structure ample et magnifique,&#13;
convenablement fournie d’un précieux mobilier sacré et où déjà les offices divins&#13;
sont célébrés avec les cérémonies requises, selon le rite prescrit par la sainte Église&#13;
romaine, où messes solennelles et vêpres sont chantées avec instruments de&#13;
musique, en présence des prêtres, de 12 enfants de chœur et des élèves du&#13;
Séminaire ecclésiastique, établi canoniquement par la très grande piété de notre&#13;
vénérable frère François, évêque de Pétrée, en vertu de notre autorité apostolique,&#13;
et après en avoir supprimé et éteint à perpétuité le titre et la dénomination d’église&#13;
paroissiale, nous l’érigeons et la constituons à perpétuité en église cathédrale,&#13;
immédiatement subordonnée au Siège apostolique, en faveur du futur évêque de&#13;
l’Église de Québec, pour qu’il y préside avec le droit et la dignité propres aux&#13;
évêques ;&#13;
dans cette église et le diocèse délimité plus bas, le futur évêque exercera toutes et&#13;
chacune des fonctions qui relèvent de l’ordre, de la juridiction et de la dignité&#13;
épiscopale, comme aussi de la charge pastorale et tout ce qui les concerne et&#13;
regarde, de même que la convocation et la tenue du synode diocésain ;&#13;
pareillement, en vertu de notre autorité, il établira et instituera le plus tôt possible,&#13;
dans ladite église de Québec, les dignités, canonicats et prébendes, dont les fruits,&#13;
bénéfices et revenus ne seront pas inférieurs à 24 ducats d’or au titre de la&#13;
Chambre apostolique, de sorte que les détenteurs de ces dignités, canonicats et&#13;
prébendes, ainsi que de leurs fruits, bénéfices et revenus, constituent le chapitre,&#13;
avec mense capitulaire, sceau et trésor communs et autres insignes capitulaires ; il&#13;
établira aussi des bénéfices et des ministères ecclésiastiques, proportionnellement&#13;
à la dotation qui devra être versée par les fidèles pour l’entretien des détenteurs&#13;
actuels de ces dignités, canonicats et prébendes ; ceux-ci seront respectivement&#13;
tenus et devront résider près de ladite église de Québec, y célébrer et chanter&#13;
chaque jour les heures canoniales, tant diurnes que nocturnes, les messes&#13;
conventuelles et les autres messes, en conformité avec la discipline ecclésiastique,&#13;
être présents à ces offices et se trouver disponibles pour les autres ministères&#13;
sacrés de ladite église de Québec, assumer et exercer les autres charges et devoirs&#13;
qui leur seront occasionnellement imposés ; ils pourront, en toute liberté et&#13;
légitimité, pour les processions, tant au chœur qu’au chapitre et pour les autres&#13;
- 590 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIV-A&#13;
&#13;
cérémonies, revêtir et porter les habits que le droit et la coutume concèdent aux&#13;
dignités, chanoines, bénéficiers et ministres des églises cathédrales similaires ;&#13;
le futur évêque veillera à ce que la desserte des âmes de l’église paroissiale&#13;
supprimée soit assurée par l’actuel recteur sa vie durant, s’il y consent, tous et&#13;
chacun des revenus certains et incertains lui étant réservés tant qu’il vivra et après&#13;
sa mort, par le détenteur d’une dignité, d’un canonicat ou d’une prébende de ladite&#13;
église de Québec ou par un autre prêtre de ladite église, approuvé par le futur&#13;
évêque, l’un alternant avec l’autre toutes les semaines ou encore de la façon qui&#13;
paraîtra la plus appropriée à l’évêque ;&#13;
le futur évêque pourra validement se servir, bénéficier, être maître et jouir de tous&#13;
et de chacun des privilèges, honneurs, droits, insignes, exemptions, libertés,&#13;
immunités, faveurs, grâces et indults dont les autres évêques, de par le droit&#13;
commun, se servent, bénéficient, sont maîtres et jouissent et peuvent validement&#13;
se servir, bénéficier, être maîtres et jouir ;&#13;
comme résidence de l’évêque durant son office, pour son usage et son habitation,&#13;
nous assignons, en vertu de la même autorité, la demeure que ledit François&#13;
désignera, près de l’église de Québec, qu’elle soit déjà accommodée à cette fin ou&#13;
qu’il faille l’acquérir à un juste prix ;&#13;
pour assurer à l’évêque de Québec une subsistance convenable, nous supprimons&#13;
aujourd’hui, de notre autorité, et nous éteignons à perpétuité le monastère de&#13;
l’abbaye dite de Méobecq, de l’Ordre de Saint-Benoît, au diocèse de Bourges,&#13;
régulièrement en commande et dont le susdit évêque François obtenait naguère la&#13;
commande ; de même, le titre collatif et la dénomination d’abbé [commendataire]&#13;
dudit monastère et, du consentement du roi Louis, tout droit d’y nommer qui&#13;
appartenait au même roi Louis, en vertu du concordat conclu entre le Siège&#13;
apostolique et François Ier, d’illustre mémoire, jadis roi des Français, sans&#13;
préjudicier à la mense conventuelle, à toute juridiction spirituelle à l’intérieur dudit&#13;
monastère et aux droits concédés à nos chers fils, le prieur et les moines ; quant&#13;
aux revenus de la mense abbatiale dudit monastère, ensemble avec tous les droits,&#13;
juridictions, fruits et émoluments qui y sont rattachés, du consentement déjà&#13;
mentionné dudit roi Louis et en vertu de notre autorité apostolique, nous les&#13;
assignons, unissons et incorporons à perpétuité à l’église de Québec et à sa mense&#13;
épiscopale ;&#13;
&#13;
- 591 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIV-A&#13;
&#13;
au futur évêque de Québec, nous attribuons et assignons ladite ville de Québec&#13;
pour sa ville épiscopale et pour son diocèse, les terres, les bourgs et les lieux qui&#13;
sont à présent ou qui seront avec le temps dans ledit pays, sous le domaine&#13;
temporel dudit roi Louis, et qui ne sont maintenant sujets à la juridiction spirituelle&#13;
d’aucun évêque, selon les brunes et les limites que ledit roi Louis désignera et que&#13;
le Siège apostolique approuvera pour son peuple et ses diocésains, les citoyens et&#13;
la population de la ville de Québec avec l’ensemble des hommes, habitants et&#13;
ressortissants des terres, bourgs et autres lieux dudit pays et pour son clergé, les&#13;
ecclésiastiques au service de ce peuple et de ces diocésains ;&#13;
de plus, pour ce qui regarde l’organisation, le fonctionnement, le gouvernement et&#13;
la conduite, de façon heureuse et prospère, de ladite église de Québec, de la mense&#13;
capitulaire, de la sacristie, de la fabrique, de leurs biens spirituels et temporels,&#13;
comme pour ce qui concerne le support des charges incombant à l’évêque, aux&#13;
dignités, au chapitre et aux chanoines, la célébration des messes, des heures&#13;
canoniales, des offices, tant diurnes que nocturnes, des processions, funérailles,&#13;
anniversaires et autres cérémonies ; pour la réception et l’admission de ce dont les&#13;
dignités, canonicats et prébendes, ainsi que les autres bénéfices et ministères&#13;
ecclésiastiques devront être pourvus ; pour la résidence des personnes, le partage,&#13;
la répartition et la réception des distributions, même quotidiennes, ou autres&#13;
émoluments ; pour l’imposition des peines encourues, tant par les absents que par&#13;
ceux qui n’assistent pas en temps et lieu aux offices divins ou par ceux qui négligent&#13;
de remplir les charges et ministères qui leur incombent, de même, pour&#13;
l’inscription des présences et des absences aux célébrations et cérémonies dans&#13;
l’église cathédrale, aux processions, tant au chœur qu’au chapitre ou à d’autres&#13;
rassemblements selon les circonstances ; pour le choix ou la révocation des&#13;
ministres dont ladite église de Québec aura besoin ; pour l’assignation de leurs&#13;
fonctions et ministères, la répartition de leurs émoluments et rétributions ; enfin,&#13;
pour tout ce qui se trouvera en rapport avec le contenu des présentes et qui&#13;
s’avérerait nécessaire et opportun ;&#13;
à ces fins et en vertu de la même autorité, nous concédons et accordons à l’évêque,&#13;
aux dignités, au chapitre et aux chanoines susdits pleine, libre et entière faculté&#13;
d’édicter tous statuts, ordonnances, règles capitulaires et décrets, pourvu qu’ils&#13;
soient licites, honnêtes et conformes aux saints canons, décrets des conciles et&#13;
constitutions apostoliques, puis, une fois édictés, de les limiter, corriger, expliquer,&#13;
interpréter, de les rédiger en meilleure forme ou même de les changer du tout au&#13;
tout, selon la diversité des temps ou la nécessité des circonstances et de les faire&#13;
- 592 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIV-A&#13;
&#13;
observer par ceux qui y seront tenus, à peine de sanction à l’endroit des&#13;
contrevenants ;&#13;
et à l’évêque, comme il est dit plus haut, et à ceux qui dans ladite église de Québec&#13;
obtiendront des dignités, au chapitre et aux chanoines, aux autres personnes et&#13;
ministres qui seront rattachés à cette église et au chapitre, en vertu de notre&#13;
autorité apostolique, nous concédons et accordons de pouvoir validement,&#13;
librement et légitimement user, bénéficier, être maîtres et jouir de tous et de&#13;
chacun des privilèges, immunités, exemptions, libertés, prééminences,&#13;
prérogatives, concessions, facultés, indults, faveurs et grâces, même pour ce qui&#13;
regarde le port de l’habit, et dont bénéficient, peuvent et pourront bénéficier, user,&#13;
être maîtres et jouir dans l’avenir les autres évêques, les dignités, chapitres et&#13;
chanoines des autres églises, les autres diocèses et les autres villes, leur clergé,&#13;
habitants et ressortissants, ainsi que leurs propriétés et leurs biens ;&#13;
et vu l’assignation faite ci-haut de la susdite abbaye à ladite mense épiscopale, du&#13;
consentement du roi Louis et en vertu de notre autorité, nous réservons,&#13;
concédons et assignons à perpétuité audit roi Louis et à ses successeurs le droit de&#13;
nommer à la susdite Église de Québec, lorsque par démission, décès ou autrement,&#13;
cette Église aura été privée pour un temps de la consolation d’un pasteur ; et à celui&#13;
qui aura ou à ceux qui auront, à la décision de l’évêque, fondé et doté de leurs&#13;
propres biens des dignités, canonicats, prébendes et autres bénéfices et ministères&#13;
ecclésiastiques, nous réservons, concédons et assignons à perpétuité le droit de&#13;
patronat pour les dignités, canonicats, prébendes, bénéfices et ministères, fondés&#13;
et dotés par lui ou par eux, sous réserve que la nomination à l’Église de Québec&#13;
devra être faite à nous ou au pontife romain notre successeur, par le roi Louis ou&#13;
ses successeurs, tandis que la présentation aux dignités, canonicats, prébendes,&#13;
bénéfices et ministères, toutes et chaque fois qu’une démission, un décès ou toute&#13;
autre cause les rendraient vacants, devra être faite par les patrons à l’évêque alors&#13;
en fonction ;&#13;
nous décrétons que les présentes lettres ne pourront jamais, en aucun temps, être&#13;
taxées de subreption, d’obreption ou de nullité, ni être notées d’un défaut&#13;
provenant de notre intention ou de tout défaut quelconque, même sous prétexte&#13;
que les motifs qui ont nécessité lesdites lettres n’ont point été vérifiés et approuvés&#13;
devant nous ou autrement ; ou que ceux qui ont ou prétendent avoir intérêt au&#13;
contenu de ces lettres n’y ont pas consenti ; ou qu’ils n’ont pas été appelés, cités et&#13;
entendus à l’effet des présentes, lesquelles ne pourront pas non plus, sous prétexte&#13;
- 593 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIV-A&#13;
&#13;
de tout autre défaut, être attaquées, retouchées, remises en discussion ou&#13;
restreintes dans les termes de droit et aucun recours ne sera allégué contre elles ;&#13;
nous déclarons qu’elles ne sont comprises dans aucune clause révocatoire,&#13;
suspensive, limitative de grâces analogues ou différentes, ni dans toute autre&#13;
disposition contraire, établie et promulguée par toute espèce de constitutions&#13;
apostoliques ou règles de la chancellerie apostolique, de quelque façon, sous&#13;
quelque teneur et forme ou en quelque circonstance que ce soit, ou puisse être&#13;
dans l’avenir, même au lendemain de l’avènement de nos successeurs au sommet&#13;
du suprême apostolat ; nous statuons au contraire qu’elles sont et demeurent&#13;
exceptées de ces clauses et chaque fois qu’elles seront publiées, quelle que soit la&#13;
date dans l’avenir qu’auraient choisi pour le faire l’évêque, les dignités, le chapitre&#13;
et les chanoines alors en fonction, elles seront rétablies, remises et entièrement&#13;
réintégrées dans leur première et pleine vigueur et seront de nouveau concédées,&#13;
qu’elles sont et demeurent valides à perpétuité, qu’elles auront et sortiront leur&#13;
plein et entier effet et qu’elles serviront de titre spirituel et perpétuel à l’évêque,&#13;
aux dignités, au chapitre et aux chanoines alors en fonction ;&#13;
ainsi, nous ordonnons à tous juges ordinaires ou délégués, de quelque&#13;
prééminence et pouvoir qu’ils soient revêtus, aux auditeurs mêmes des causes de&#13;
la curie, de la chambre apostolique et de notre palais apostolique, aux cardinaux&#13;
de la sainte Église romaine, aux légats a latere355, aux vice-légats, aux nonces du&#13;
Siège apostolique et à tous autres, de s’y conformer dans leurs décisions et leurs&#13;
jugements, ôtant à toute personne le pouvoir et la faculté de juger et d’interpréter&#13;
autrement, et déclarons nul et invalide tout ce qui sera fait au préjudice des&#13;
présentes, avec connaissance de cause ou par ignorance, et de quelque autorité&#13;
qu’on ose se prévaloir ;&#13;
nonobstant notre règle et celle de la chancellerie apostolique sur la nécessité&#13;
d’exprimer la valeur juste et annuelle des bénéfices et de requérir, dans les unions&#13;
de bénéfices, le consentement des parties, après avoir fait appeler les intéressés,&#13;
nonobstant la règle du concile de Latran 356, tenu en ces derniers temps, proscrivant&#13;
les unions à perpétuité à l’exception des cas prévus par le droit, nonobstant les&#13;
constitutions apostoliques, synodales, provinciales, celles mêmes des conciles&#13;
généraux, faites ou à faire, nous décimons que nous dérogeons par ces présentes,&#13;
NDLR : Cardinal envoyé par le pape auprès d’un souverain chrétien.&#13;
NDLR : Le concile du Latran V, tenu de 1512 à 1517, a entre autres modifié la forme donnée&#13;
aux bulles pontificales.&#13;
355&#13;
356&#13;
&#13;
- 594 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIV-A&#13;
&#13;
d’une façon expresse et spéciale, et pour cette fois seulement, à ces constitutions,&#13;
clauses, actes et droits quelconques, quoique ces actes ou quelques-uns d’entre&#13;
eux n’aient pas été insérés ou spécifiés expressément dans les présentes, quelque&#13;
dignes qu’on les croie d’une mention spéciale et express, ou d’une forme&#13;
particulière dans leur expression, voulant que les présentes obtiennent leur plein&#13;
et entier effet, nonobstant toutes choses à ce contraire ;&#13;
qu’il ne soit donc permis à personne d’enfreindre ou de contredire par une&#13;
entreprise téméraire la teneur de notre érection, institution, suppression,&#13;
extinction, union, incorporation, induit, réserve, concession, assignation, décret et&#13;
dérogation ; que si quelqu’un ose le tenter, qu’il sache qu’il encourra l’indignation&#13;
du Dieu Tout-Puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.&#13;
Donné à Rome, près de Sainte-Marie-Majeure, l’an de l’incarnation du&#13;
Seigneur 1674, le jour des calendes d’octobre, en la 5e année de notre pontificat.&#13;
Pour l’éminentissime cardinal Barberini, vice-chancelier, Ciampini.&#13;
Visa de curie, Ciampini.&#13;
Lieu † du sceau en plomb, Catallus.&#13;
Enregistré à la Secrétairerie des brefs 357&#13;
&#13;
357&#13;
NDLR : Faite à partie de la traduction publiée dans L. Campeau, L’évêché de Québec (1674) :&#13;
aux origines du premier diocèse érigé en Amérique française, 1974, p. 117-124.&#13;
&#13;
- 595 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIV&#13;
&#13;
DOC. XLIV. BULLES TRANSFÉRANT LAVAL DE L’ÉVÊCHÉ DE PÉTRÉE À CELUI DE QUÉBEC (1ER OCTOBRE 1674)&#13;
&#13;
Doc. XLIV&#13;
Bulles du pape Clément X par lesquelles le Serviteur de Dieu est transféré du&#13;
siège titulaire de Pétrée au siège résidentiel de Québec, 1er octobre 1674,&#13;
d’après la copie collationnée aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, p. 79, no 94&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Après de longues tractations pour l’érection du diocèse de Québec faites entre le&#13;
Serviteur de Dieu et le roi de France, d’une part, et avec le Saint-Siège, d’autre&#13;
part, le siège épiscopal fut érigé en 1674. Les bulles reproduites ici transfèrent le&#13;
Serviteur de Dieu du siège titulaire de Pétrée au siège résidentiel de Québec.&#13;
&#13;
Lettres apostoliques pour le transfert de l’illustrissime et révérendissime&#13;
François de Laval de l’Église de Pétrée in partibus infidelium à l’Église de&#13;
Québec, vacante depuis son érection en évêché&#13;
Clément, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à notre vénérable frère,&#13;
François, évêque de Québec, naguère évêque de Pétrée, salut et bénédiction&#13;
apostolique.&#13;
La sollicitude du pontife romain que le Pasteur céleste et l’Évêque des âmes,&#13;
par la plénitude du pouvoir à lui confié, a mis à la tête de toutes les Églises,&#13;
impose le devoir de réfléchir avec vigilance aux besoins de chaque Église et&#13;
de voir ainsi avec discernement à ce que, tantôt par un office de simple&#13;
provision, tantôt par un ministère de translation, selon que l’exigent les&#13;
besoins des Églises elles-mêmes et de la condition des personnes, des temps&#13;
et des lieux, chaque Église soit convenablement pourvue, par une sage&#13;
prévoyance, d’un pasteur digne et d’un chef clairvoyant, qui puisse en&#13;
guider avec rectitude le troupeau et non seulement pourvoir avec utilité&#13;
aux intérêts de cette Église, mais encore lui procurer la prospérité.&#13;
En ce qui concerne l’Église de Québec qui, sous l’invocation de la&#13;
bienheureuse Vierge Marie et de saint Louis, était jusqu’ici l’église&#13;
paroissiale du bourg de Québec, à la supplication de notre très cher fils,&#13;
Louis, roi très chrétien de France et de Navarre, de l’avis de nos vénérables&#13;
&#13;
- 596 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIV&#13;
&#13;
frères les cardinaux de la sainte Église romaine et en vertu de la plénitude&#13;
du pouvoir apostolique, nous avons aujourd’hui érigé et constitué à&#13;
perpétuité en ville le bourg susdit et l’église paroissiale en église cathédrale,&#13;
immédiatement subordonnée au Siège apostolique, après en avoir&#13;
supprimé et éteint à perpétuité le titre et la dénomination d’église&#13;
paroissiale.&#13;
Et pour des motifs qui nous avaient été alors exposés, nous avons réservé,&#13;
concédé et assigné à perpétuité audit roi Louis et à ses successeurs le droit&#13;
de nommer à ladite Église de Québec, nomination qui sera faite à nous ou&#13;
au pontife romain notre successeur et suivant les formalités et les clauses&#13;
qui en furent en même temps déterminées.&#13;
Et comme l’Église de Québec, ainsi qu’en témoignent plus explicitement&#13;
nos lettres déjà dressées, se trouve privée de la consolation d’un pasteur&#13;
depuis le moment de son érection et de son institution, cherchant dans notre&#13;
paternelle sollicitude à la pourvoir favorablement et sans retard pour ne pas&#13;
l’exposer&#13;
&#13;
aux&#13;
&#13;
inconvénients&#13;
&#13;
d’une&#13;
&#13;
longue&#13;
&#13;
vacance,&#13;
&#13;
nous&#13;
&#13;
avons&#13;
&#13;
promptement délibéré avec nos frères les cardinaux du choix d’une&#13;
personne capable, zélée même, à promouvoir à la même Église de Québec&#13;
et c’est enfin sur toi, jusqu’ici évêque de Pétrée, que nous avons jeté les&#13;
yeux, en considération de l’excellence des vertus insignes dont le&#13;
Dispensateur céleste t’a comblé et parce que toi, après avoir présidé avec&#13;
honneur à l’Église de Pétrée, tu sauras, voudras et pourras, avec l’aide du&#13;
Seigneur, gouverner avec sagesse et administrer avec succès ladite Église&#13;
de Québec.&#13;
C’est pourquoi, désirant pourvoir convenablement tant à ladite Église de&#13;
Québec qu’au troupeau du Seigneur qui en dépend et suivant le décret de&#13;
la Congrégation préposée aux affaires consistoriales, sur le conseil de nos&#13;
vénérables frères les cardinaux et en vertu de notre autorité apostolique,&#13;
nous te délions, bien que tu sois absent, du lien qui te rattachait à ladite&#13;
Église de Pétrée dont tu étais le chef et, sur les lettres du roi Louis qui nous&#13;
ont été présentées te nommant à ladite Église de Québec, du même conseil&#13;
- 597 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIV&#13;
&#13;
de nos vénérables frères et par la même autorité apostolique, nous te&#13;
transférons à ladite Église de Québec et t’en constituons l’évêque et le&#13;
pasteur.&#13;
En te confiant l’entière administration, le gouvernement et la conduite des&#13;
affaires tant spirituelles que temporelles de l’Église de Québec et en&#13;
t’autorisant à passer librement à cette même Église, nous avons le ferme&#13;
espoir et la confiance que, par ton zèle industrieux, ta prudence éclairée et&#13;
avec la main du Seigneur comme guide, elle puisse être gouvernée avec&#13;
efficacité et dirigée avantageusement, pour la prospérité des mêmes intérêts&#13;
spirituels et temporels.&#13;
Cependant, avant que tu assumes le gouvernement et l’administration de&#13;
ladite Église de Québec, nous voulons que tu émettes la profession de foi&#13;
catholique et prêtes le serment habituel de fidélité entre les mains de nos&#13;
vénérables frères, l’archevêque de Paris et les évêques de Poitiers et de&#13;
La Rochelle, ou encore de l’un des trois, suivant l’une et l’autre formules&#13;
que nous expédions, scellées sous des bulles distinctes, lesquelles formules&#13;
tu seras tenu de transmettre au Siège apostolique, dans les délais requis et&#13;
après avoir émis la profession de foi et prêté le serment de fidélité ;&#13;
obligation dont chargent ta conscience celui ou ceux, mentionnés ci-haut, et&#13;
à qui nous enjoignons, par nos autres lettres, de recevoir ta profession de&#13;
foi et, en notre nom et au nom de l’Église de Rome, ton serment de fidélité.&#13;
Au moment où tu accèdes, avec la grâce de notre bénédiction, à ladite Église&#13;
de Québec, toi notre frère, nous te recommandons par lettres apostoliques&#13;
de t’appliquer à exercer avec sollicitude, fidélité et prudence le&#13;
gouvernement et l’administration de cette Église, pour que s’ensuivent les&#13;
fruits escomptés et que le parfum de ta bonne renommée, à la suite de tes&#13;
entreprises louables, se répande encore avec plus d’ampleur.&#13;
L’Église de Québec elle-même se réjouira d’avoir été confiée à un chef&#13;
clairvoyant et à un administrateur zélé ; et toi, en plus de la couronne de&#13;
l’éternelle récompense, tu mériteras d’obtenir avec plus de libéralité la&#13;
- 598 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVI&#13;
&#13;
bénédiction du Siège apostolique et la nôtre, avec la consolation qui t’en&#13;
adviendra.&#13;
Donné à Rome, près de Sainte-Marie-Majeure, l’an de l’Incarnation du&#13;
Seigneur 1674, le jour des calendes d’octobre, en la 5e année de notre&#13;
pontificat.&#13;
P. V. de Sanninis, magister&#13;
C. Marcus&#13;
A. Lasagna&#13;
Lieu † du sceau en plomb 358&#13;
Doc. XLVI. Serment de fidélité à Louis XIV par Laval (24 avril 1675)&#13;
&#13;
Doc. XLVI&#13;
Serment de fidélité du Serviteur de Dieu présenté au roi Louis XIV,&#13;
24 avril 1675, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 11, no 8&#13;
En conformité avec la coutume à l’époque en France, le Serviteur de Dieu, qui&#13;
venait d’être nommé évêque de Québec, fit serment de fidélité au roi Louis XIV&#13;
avant de s’embarquer pour son diocèse. La cérémonie eut lieu dans la chapelle&#13;
royale de Versailles, après une messe à laquelle le roi assista.&#13;
&#13;
Je, François de Laval, premier évêque de Québec en la Nouvelle-France,&#13;
jure le Très Sacré Saint Nom de Dieu et promets à Votre Majesté que tant&#13;
que je vivrai, je lui serai toujours fidèle sujet et serviteur, que je procurerai&#13;
de tout mon pouvoir le bien de son État, n’assisterai jamais à aucun conseil&#13;
ou assemblée qui se tiennent contre son service et s’il vient quelque chose&#13;
de ma connaissance au préjudice d’iceux, je promets d’en avertir&#13;
Votre Majesté. Ainsi Dieu me soit en aide et ses saints Évangiles par moi&#13;
touchés.&#13;
François, évêque de Québec&#13;
&#13;
NDLR : Traduction de l’original latin tirée de Lucien Campeau, L’évêché de Québec (1674) :&#13;
aux origines du premier diocèse érigé en Amérique française, 1674, p. 129-131.&#13;
358&#13;
&#13;
- 599 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
Nous, Emmanuel-Théodose de la Tour-Auvergne, cardinal de Bouillon, que ce&#13;
jourd’hui 24e avril 1675, le roi entendant la messe en la chapelle de son château de&#13;
Versailles, M. François de Laval, premier évêque de Québec en la Nouvelle-France,&#13;
a prêté à Sa Majesté ce serment de fidélité, à elle due à cause dudit évêché de&#13;
Québec, dont il est pourvu par [les] bulles de N. S.-P. le pape. En foi de quoi, nous&#13;
avons signé ces présentes et fait contresigner par le secrétaire général de la&#13;
grande-aumônerie de France et à icelles apposer le sceau de nos armes.&#13;
Le cardinal de Bouillon, grand-aumônier de France,&#13;
Feret. [avec paraphe]&#13;
Doc. XLVII. Ébauche de mémoire de Frontenac à Colbert sur le clergé canadien (1677)&#13;
&#13;
Doc. XLVII&#13;
Lettre ou&#13;
rédigé par Frontenac, gouverneur du Canada, 1677,&#13;
d’après l’original conservé à la Bibliothèque nationale de France,&#13;
Département des manuscrits, Claraimbault, vol. 1016, fos 43-47&#13;
mémoire 359&#13;
&#13;
Dans le fonds Claraimbault de la Bibliothèque nationale de Paris, on conserve un&#13;
mémoire manuscrit du gouverneur de Frontenac au ministre de France contre le&#13;
clergé canadien en général, et en particulier contre le Serviteur de Dieu. Le&#13;
mémoire est de 1677, comme on le déduit par les mots « l’an dernier 1676 »&#13;
(fo 48v).&#13;
Il est à noter que le manuscrit n’est certainement pas l’exemplaire envoyé au&#13;
ministre, mais un brouillon de la main d’un secrétaire, écrit d’abord en forme de&#13;
lettre, corrigé et ensuite réduit aux deux premiers tiers en forme de mémoire, avec&#13;
quelques notes autographes de Frontenac lui-même.&#13;
Nous ne sommes pas certains si ledit mémoire a réellement été envoyé ; mais il&#13;
est certain que M. de Frontenac a émis de semblables accusations à Québec et&#13;
lorsqu’il écrivait à la Cour de Paris. On le voit aussi dans une lettre de l’abbé&#13;
Dudouyt au Serviteur de Dieu en 1677 : « M. de Frontenac a écrit ce qu’il a&#13;
coutume de dire à Québec contre vous et votre clergé et contre M. l’intendant.&#13;
L’on ne m’a point communiqué ses lettres pour y répondre. Je crois que c’était à&#13;
cause qu’elles étaient remplies de calomnies trop grandes. » (Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 48c) Le&#13;
manuscrit n’est pas inédit : il a déjà été publié par Margry en 1879 (Mémoires et&#13;
Documents pour servir à l’histoire des origines françaises des pays d’Outre-Mer,&#13;
vol. 1, 1879, p. 299-325 360), mais jusqu’ici il ne fut pas pris en considération par&#13;
NDLR : Le rapport étant très intéressant pour comprendre les accusations du gouverneur de&#13;
Frontenac contre le clergé canadien, nous avons choisi de l’inclure au complet. Nous avons conservé&#13;
les parties entièrement biffées ; les mots et les phrases rayés, puis remplacés par d’autres, n’ont pas&#13;
été gardés ; les sections en marge ont été intégrées dans leur paragraphe respectif, lorsque c’était&#13;
indiqué ; et les sections dans la marge n’appartenant pas à un paragraphe propre ont été inscrites&#13;
comme étant dans la marge.&#13;
360&#13;
NDLR : Toutefois, la transcription dans le livre de Margry n’est pas fidèle à l’original et ne met&#13;
pas en évidence les parties rayées, les annotations et les sections en marge.&#13;
359&#13;
&#13;
- 600 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
les acteurs de la Cause et fut complètement omis dans les diverses Positiones. Il&#13;
est maintenant reproduit pour les raisons suivantes : en 1er lieu, pour que les&#13;
relations entre le Serviteur de Dieu et M. de Frontenac, dont parlent tous les&#13;
historiens canadiens, puissent être mieux expliquées ; en 2e lieu, pour que l’on&#13;
puisse voir et juger si les faits rassemblés contre le Serviteur de Dieu sont vrais et&#13;
réellement dignes de censure.&#13;
Après un examen sommaire du mémoire, on retient deux points : 1° que les faits&#13;
ont généralement un fondement réel, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas de pures et&#13;
simples calomnies ; 2° et que sous la plume de M. de Frontenac, ces faits sont&#13;
déformés et mal interprétés. Mais, selon le point de vue religieux dont nous nous&#13;
occupons, nous ne pouvons guère nous étonner que cet homme aux grandes&#13;
qualités d’administrateur civil et militaire ait en contrepoids une ambition de&#13;
gouverner peu commune, alimentée et protégée par des principes gallicans, dont&#13;
il fut un très fidèle disciple.&#13;
Ceci pourrait être amplement illustré. À peine arrivé à Québec en 1672, en&#13;
l’absence du Serviteur de Dieu qui se trouvait alors à Paris, M. de Frontenac&#13;
manifesta immédiatement sa tendance tout autre que favorable envers le clergé ;&#13;
il contrôlait le mouvement des missionnaires, interceptait les lettres, refusait au&#13;
vicaire général de Mgr de Laval d’assister au Conseil souverain, etc. (Archives&#13;
nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, série B, vol. 6,&#13;
fos 94v-100v)&#13;
On comprend bien qu’avec un gouverneur aussi mal disposé, un évêque de la&#13;
trempe de Mgr de Laval devait inévitablement avoir des différends. Et il en fut&#13;
ainsi. Les principaux points de conflit sont bien connus : le commerce des&#13;
boissons alcooliques avec les Autochtones, favorisé plus ou moins ouvertement&#13;
par M. de Frontenac et prohibé par le Serviteur de Dieu (cf. Doc. XXVII, nos 11&#13;
et 13), la question de la préséance et des prétendus honneurs envers le gouverneur&#13;
et le Conseil souverain dans les cérémonies religieuses (cf. Doc. XLIII-11) et&#13;
l’affaire de l’érection des paroisses (cf. Doc. XLIII-17, 2e note).&#13;
Sans entrer dans les détails, il suffit de noter que M. de Frontenac se montra si&#13;
enflammé dans toutes ces controverses que même la Cour de Paris, où il jouissait&#13;
d’une pleine faveur publique, les jugea imprudentes et finit par le rappeler en&#13;
France en 1682.&#13;
En 1677, lors de la rédaction de ce mémoire, M. de Frontenac était très contrarié,&#13;
peut-être parce que la réalisation de ses plans était contrecarrée par le Serviteur&#13;
de Dieu, ou encore parce qu’il ne se sentait plus complètement approuvé à Paris.&#13;
D’un point de vue psychologique, le mémoire peut être considéré comme une&#13;
explosion de colère.&#13;
Il était nécessaire de noter tout cela pour comprendre les faits et pour relativiser&#13;
les jugements du gouverneur par rapport au Serviteur de Dieu.&#13;
Ce mémoire se réduit en deux points : 1° M. de Frontenac veut montrer à la Cour&#13;
de Paris que le clergé canadien est trop riche et qu’il exerce une trop grande&#13;
influence ; 2° à cet effet et avec l’usage d’amplifications et de réticences, il&#13;
exagère et déforme les faits, parfois de mauvaise foi, comme on pourra le&#13;
constater en parcourant les notes que nous ajoutons au texte. Ce texte est un peu&#13;
différent de celui publié par Margry, où furent reproduites toutes les parties biffées&#13;
et que nous avons omises.&#13;
&#13;
- 601 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
Pour cette édition, nous nous sommes servi des photographies du manuscrit et&#13;
nous avons omis les parties qui ne concernent pas le Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
Depuis qu’il a plu au roi de défendre les congés, comme je ne me suis plus vu tant&#13;
d’occupation au-dehors où je travaillais à faire de nouvelles découvertes et à frayer&#13;
le chemin pour entreprendre de nouveaux établissements, en quoi j’espère que&#13;
mes soins auront eu le bonheur de ne pas vous déplaire, j’ai travaillé plus&#13;
particulièrement à examiner le dedans du Canada et l’état de cette colonie que&#13;
vous favorisez de votre protection. Elle en a ressenti les effets d’une manière qui&#13;
peut seule faire durer votre mémoire autant de temps qu’il y aura des habitants&#13;
dans la Nouvelle-France.&#13;
Mais, Monseigneur, quoique vous ayez pourvu à tous les besoins de la colonie et&#13;
que vous les ayez même prévenus, quand ils vous ont été connus, permettez-moi&#13;
de vous dire que, comme vous ne les pouvez pas tous voir par vos yeux, dont les&#13;
lumières auraient pénétré même les plus cachés, il y en a de généraux que je suis&#13;
persuadé que l’on ne vous a pas fait connaître dans toute leur étendue et que&#13;
l’obligation de ma charge m’engage à vous découvrir. Quasi tous les désordres&#13;
de la Nouvelle-France tirent leur source de l’ambition des ecclésiastiques&#13;
qui, voulant joindre à l’autorité spirituelle une puissance absolue sur les&#13;
choses temporelles, font souffrir et murmurer tous ceux qui ne leur sont pas&#13;
entièrement soumis.&#13;
Le style et les choses dont le mémoire est composé feront connaître que [ni]&#13;
la haine ni la passion n’y ont en rien contribué et qu’on n’expose la conduite&#13;
des ecclésiastiques à Monseigneur qu’afin de prévenir les suites qui&#13;
diminueront l’autorité du roi.&#13;
Mais avant que je m’explique davantage, je vous supplie, Monseigneur, de trouver&#13;
bon que je vous proteste que ce n’est point la passion qui me fait parler, qu’il y a&#13;
longtemps que je médite ces avis, que je n’ai pas osé entreprendre de vous donner,&#13;
jusqu’à ce que j’en fusse pleinement instruit, que je ne prétends point juger,&#13;
j’apporterai que des faits pour preuve de ce que j’avancerai, que je ne prétends&#13;
point juger de leurs mœurs, ni les décrier dans l’esprit du peuple et que je ne vous&#13;
proposerai que des remèdes que l’on peut employer sans éclat et sans scandale et&#13;
- 602 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
peu à peu, si l’on les trouve raisonnables, souhaitant même que tout ceci ne soit&#13;
connu de vous ou de très peu de personnes, tant pour leur honneur qu’afin que le&#13;
mal ne devint plus opiniâtre s’ils avaient connaissance qu’on le voulut guérir.&#13;
Conduite des ecclésiastiques&#13;
Ce n’est pas depuis une année ou deux que les ecclésiastiques ont voulu se&#13;
faire un empire absolu dans le Canada ; il semble qu’ils en ont formé le&#13;
dessein presque aussitôt qu’ils y sont entrés, car ils songèrent d’abord à s’y&#13;
rendre considérables par deux moyens : par leur richesse et par leur crédit.&#13;
Pour le premier, ils en sont venus à bout d’une manière surprenante pour&#13;
un pays fort pauvre de lui-même. Ils [ont] employé pour y parvenir les&#13;
gratifications du roi, les aumônes qu’ils ont attirées de France, les&#13;
fréquentes concessions des meilleurs et plus importants endroits du&#13;
Canada qu’ils ont demandées et obtenues et enfin, le commerce qu’ils&#13;
continuent encore, nonobstant les défenses que le roi a été obligé de leur en&#13;
faire 361.&#13;
L’accusation de faire du commerce avec les Autochtones qui est portée contre le clergé canadien&#13;
en général, et en particulier contre les Jésuites, revient souvent dans l’histoire du Canada à cet&#13;
époque et – fait à signaler – on la retrouve souvent dans les écrits de ceux qui pratiquaient réellement&#13;
ce commerce illégal. L’abbéִ Faillon (Histoire de la colonie française en Canada, Ville-Marie, 1865,&#13;
vol. 3, p. 475, note 1) et l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre&#13;
du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 2, p. 185) affirment tous deux que c’est précisément le&#13;
cas de Frontenac, qui, comme le dit l’abbé Faillon :&#13;
361&#13;
&#13;
ne craignait pas de rendre suspectes les personnes les plus recommandables pour&#13;
écarter plus sûrement, par ce zèle apparent, les soupçons auxquels sa propre&#13;
conduite pouvait donner lieu. Parlant des Jésuites, qu’il n’aimait pas, il osait bien&#13;
écrire à Colbert, en déguisant ses paroles sous le voile de chiffres convenus,&#13;
« Pour vous parler franchement, ils songent autant à la conversion du castor qu’à&#13;
celle des âmes. » (Lettre de Frontenac à Colbert, 2 novembre 1672).&#13;
En ce qui concerne le Serviteur de Dieu, c’est une chose reconnue ouvertement par tous les&#13;
historiens qu’il se tint très loin de toute activité de ce genre. Henri Lorrin, dans son œuvre Le Comte&#13;
de Frontenac, étude sur le Canada français à la fin du 17e siècle, Paris, 1895, p. 167-168, écrit à ce&#13;
sujet :&#13;
Ce qui est exact, ce que l’on doit retenir des accusations qui remplissent les&#13;
correspondances du Canada, comme des reproches de la Cour, c’est que presque&#13;
tous les fonctionnaires de la Nouvelle-France cherchaient dans la traite un&#13;
supplément de ressources ordinairement très nécessaires : gouverneur, intendant,&#13;
officiers, missionnaires même, tous traitent plus ou moins. […] Il est juste de&#13;
faire ici une exception pour l’évêque de Québec : sans doute les revenus de sa&#13;
&#13;
- 603 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
Et pour faire voir que ce ne sont pas des choses supposées, on a l’aveu qu’en a fait&#13;
par écrit l’un d’entre eux, coté A, par lequel il prétend que le profit du commerce&#13;
des pelleteries, qu’ils font en deux seuls endroits fort voisins, ne va qu’à 4 000 livres&#13;
par an au lieu que l’on disait qu’il montait à plus de 20 000 livres :&#13;
la déclaration d’une Sauvagesse* nommée Marie-Félix, qui parle&#13;
français, et qui a dit à M. de Frontenac 362 que le P. Chaumonot a&#13;
défendu aux Sauvages qu’il instruit à Lorette d’acheter chez les&#13;
marchands ce dont ils auront besoin, leur promettant d’avoir de&#13;
toutes sortes de denrées dans leur magasin ;&#13;
celle du sieur Denison, de présent à Paris, qui rencontra deux canots&#13;
de missionnaires chargés à morte-charge, où entre autres il y avait&#13;
trois rouleaux de tabac, qui est la marchandise où il y a le plus à&#13;
gagner ;&#13;
celle du nommé Alain, que cinq canots des Sauvages de la Prairiede-la-Madeleine, chargés de castor autant qu’ils en pouvaient&#13;
porter, ayant rencontré des Socoquis, leurs ennemis, envoyèrent&#13;
demander au missionnaire de la Prairie-de-la-Madeleine qu’ils&#13;
passeraient outre ;&#13;
la lettre que le P. Bruyas écrivit au sieur d’Allerais pour l’inviter au&#13;
commerce avec la Nouvelle-York ;&#13;
la lettre que le P. de Lamberville a écrite au sieur de La Salle, portée&#13;
par un Sauvage, par laquelle il lui présentait un moyen d’envoyer du&#13;
castor à la Nouvelle-Hollande ;&#13;
l’achat que les missionnaires des Outaouais ont fait des&#13;
marchandises appartenant aux Français, qui en ont été rappelés en&#13;
exécution des ordres de Sa Majesté ;&#13;
et plusieurs autres preuves qu’on fournira si Monseigneur le&#13;
souhaite.&#13;
Cependant, après de telles preuves, M. Duchesneau, qui est ouvertement déclaré&#13;
et qui s’en est expliqué nettement pour eux en toutes choses, prétend faire&#13;
entendre qu’ils sont dans une grande peine, que leur bien ne suffit pas pour les&#13;
charge et les dons du roi lui assuraient, parmi des fonctionnaires à peine payés,&#13;
une situation très privilégiée, mais on n’en doit pas moins rendre hommage à la&#13;
dignité de sa conduite ; il n’a pu, dans la campagne si vive qu’il dirigea contre la&#13;
traite avec les Sauvages, l’accuser de motifs intéressés.&#13;
362&#13;
NDLR : La lettre est écrite à la 3e personne.&#13;
- 604 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
dépenses nécessaires, comme de mettre des curés fixes au lieu de vicaires&#13;
amovibles. Mais pour faire connaître leurs richesses d’une manière à n’en&#13;
pas douter, voici le détail des revenus et des biens que tout le monde sait&#13;
qui leur appartiennent 363.&#13;
Premièrement, à l’égard de M. l’évêque, le roi lui donne tous les ans&#13;
6 000 livres 364 ; les deux abbayes que Sa Majesté a annexées à l’évêché de&#13;
Canada, au moins 6 000 livres. Il est vrai que M. l’évêque dit que le revenu&#13;
s’en va presque tout en réparations qui y sont nécessaires, mais comme on&#13;
s’en est informé particulièrement, on a appris que non seulement il n’y en&#13;
fait pas, mais qu’au contraire il a laissé tomber les bâtiments en ruine et en&#13;
a vendu une partie des matériaux 365.&#13;
M. de Frontenac a voulu faire l’inventaire des revenus du clergé canadien et surtout ceux de&#13;
l’évêque. Ceux-ci sont clairement exagérés. Ce qui peut lui être grandement reproché, c’est sa&#13;
mauvaise foi lorsqu’il note que ces biens étaient complètement utilisés pour les œuvres&#13;
d’organisation du nouveau diocèse, comme la construction de lieux de culte, le maintien des curés&#13;
et du Séminaire, l’aumônes aux pauvres, etc., alors que le Serviteur de Dieu et son clergé vivaient&#13;
dans un style tout autre que l’opulence.&#13;
364&#13;
Nous devons tout de suite noter que cette somme n’était pas une gratification pour l’évêque&#13;
personnellement, mais était inscrite dans le bilan avec ces destinataires : 4 000 livres tournois pour&#13;
le Séminaire, ses officiers, ses domestiques, le curé de Québec et l’entretien des édifices ; et&#13;
2 000 livres tournois pour les prêtres malades retirés au Séminaire.&#13;
365&#13;
Il n’est pas honnête d’affirmer que le Serviteur de Dieu recevait de grosses rentes de ses abbayes&#13;
de Méobecq et de l’Estrée. En ce qui concerne la rente de la première, le Serviteur de Dieu écrivait&#13;
au Saint-Siège en 1665 qu’elle pourrait monter à 6 000 livres tournois (cf. Doc. XXIII-15).&#13;
Cependant, il ne tarda pas à se rendre compte qu’il avait surestimé ses revenus, puisque la mauvaise&#13;
administration des procureurs et les énormes impôts diminuaient de beaucoup les profits espérés.&#13;
De plus, durant la récente guerre de religion, tous les édifices avaient été réduits en un pitoyable état&#13;
et d’importantes réparations étaient devenues nécessaires. Celles-ci furent réellement entreprises,&#13;
comme il en ressort d’une lettre de l’administrateur Matheron au Serviteur de Dieu, dans laquelle il&#13;
écrit : « je fais travailler incessamment aux réparations de Méobecq, tant des étangs que des&#13;
bâtiments » (Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 15,&#13;
no 33).&#13;
363&#13;
&#13;
On retient aussi que les rentes de cette abbaye n’étaient certes pas splendides, comme l’affirme une&#13;
lettre du frère du Serviteur de Dieu, Henri de Laval, bénédictin (Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 15, no 15) ; dans cette lettre, datée du 1er avril 1676,&#13;
une année avant le présent mémoire, Henri lui déconseillait de donner l’abbaye en location, parce&#13;
que « sans quoi je ne crois pas que vous puissiez toucher aucun denier de Méobecq, tout se&#13;
consumant en frais et procès sur les lieux […]. C’est un malheur que cette abbaye soit dans une si&#13;
grande distance et éloignement des personnes qui prennent soin de vos affaires […]. Je suis persuadé&#13;
du grand besoin de votre Église et suis bien touché du peu de revenu que vous produisent vos&#13;
abbayes. » Selon l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du&#13;
Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 1, p. 655-658), l’abbaye de l’Estrée, concédée au Serviteur&#13;
de Dieu en 1672, ne donna pas davantage que celle de Méobecq. Mgr de Laval la loua à&#13;
M. de Berthelot, qui se plaignait souvent de ne pas y trouver son profit (cf. Lettre de Berthelot à&#13;
&#13;
- 605 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
Pour les dîmes, M. Duchesneau, qui est ouvertement déclaré pour les&#13;
ecclésiastiques, les a estimées à 4 000 livres et M. l’évêque dit qu’il les&#13;
abandonnera pour 3 000 ; il se trouverait des gens qui lui en donneront&#13;
10 000. Mais pour en connaître la vérité, il faut remarquer qu’il y a dans le&#13;
Canada, comme il paraît par le dernier recensement, 21 526 arpents de terre&#13;
en valeur, que l’on laisse rarement sans y semer des grains, à cause de la&#13;
difficulté que trouvent les habitants à défricher de nouvelles terres. Mais il&#13;
y en a au moins 12 000 arpents que l’on sème tous les ans en froment et qui&#13;
rendent, l’un portant l’autre, 10 et 12 minots chacun ; ce qui se monte à près&#13;
de 5 000 minots pour la dîme et comme le minot de blé vaut ordinairement&#13;
4 livres, en y comprenant le blé d’Inde, les pois, les fèves, etc., se monterait&#13;
à près de 20 000 livres 366. On peut connaître la même chose par le nombre&#13;
des habitants, à qui il faut du moins, l’un portant l’autre, 12 minots de blé,&#13;
pesant 50 livres, sans y comprendre le blé d’Inde, les pois et les fèves, etc.,&#13;
et la consommation qu’en font les Sauvages éloignés, à qui on en vend une&#13;
quantité considérable.&#13;
Le dedans de l’Église rend aussi de très grandes sommes ; ce qu’on pourra&#13;
juger par ce qui suit : M. l’évêque a 15 prêtres. On prend pour une messe&#13;
Laval, 25 mars 1676, Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N,&#13;
no 42).&#13;
366&#13;
Nous devons à nouveau noter ici la mauvaise foi de Frontenac, puisqu’il ne fait pas la nécessaire&#13;
distinction entre les dîmes qui auraient dû être perçues de droit et celles qui le furent réellement. Or,&#13;
M. de Frontenac ne pouvait pas ignorer que de 1663 à 1667, le Serviteur de Dieu n’avait reçu aucune&#13;
dîme des habitants. Après cette époque, une grande partie des colons refusaient de payer les dîmes&#13;
ou le firent partiellement, comme l’atteste l’intendant Duchesneau dans le décret du 25 juillet 1677,&#13;
émis pour faire observer à cet égard les ordres de l’évêque et du roi :&#13;
Cependant, plusieurs particuliers, par une désobéissance manifeste audit&#13;
règlement [du 23 août 1663] et par un mépris pour l’Église, non seulement&#13;
refusent de payer les dîmes, mais même s’emportent jusqu’à la violence lorsqu’on&#13;
les convie de satisfaire à une si légitime obligation et négligent de faire leurs&#13;
déclarations de ce qu’ils recueillent et de convenir d’estimations pour régler à&#13;
l’amiable ce qu’ils doivent […]. (Archives de la Province de Québec,&#13;
Ordonnances, commissions, etc., etc., des gouverneurs et intendants de la&#13;
Nouvelle-France, 1639-1706, Québec, 1924, vol. 1, p. 214)&#13;
De plus, nous savons qu’en 1685, Mgr de Saint-Vallier et l’intendant de Meulles évaluèrent à&#13;
6 196 livres tournois la valeur des dîmes payées (cf. Instructions du ministre à l’intendant de&#13;
Meulles, 31 mai 1686, Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série B, vol. 12, fos 7-21). On peut penser qu’à l’époque du mémoire de M. de Frontenac, les dîmes&#13;
n’étaient guère supérieures à cette somme.&#13;
- 606 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
basse 20 sols, pour une grand-messe 10 livres, pour l’assistance de chaque&#13;
prêtre aux enterrements 20 sols, pour le mariage des pauvres gens 3 livres,&#13;
ceux des gens accommodés à proportion, l’ouverture de la terre dans&#13;
l’église coûte pour un enfant 30 livres, pour un adulte 60 livres.&#13;
L’enterrement du frère de Jolliet, mort au service du sieur de La Salle et&#13;
enterré en son absence dans le cimetière, lui a coûté 53 livres. Les bancs de&#13;
l’église sont loués jusqu’à 25 livres par an. Je ne parle pas des offrandes,&#13;
quêtes, baptêmes et autres droits, de sorte que ces sortes de revenus se&#13;
montent du moins à 6 000 livres 367.&#13;
Les seigneuries de M. l’évêque se montent, savoir : la ferme du CapTourmente, 4 000 livres ; les seigneuries Beaupré, Sainte-Anne et les deux&#13;
moulins, 4 000 livres ; celle de l’île Jésus, 1 200 livres ; celle de la Baie-SaintPaul, 900 livres 368. On peut voir par tous ces articles que le revenu de&#13;
M. l’évêque se monte sans exagération du moins à 40 000 livres. Et&#13;
M. l’évêque empêche lui-même qu’on en puisse douter par les grands et&#13;
superbes bâtiments qu’il fait faire à Québec, quoique lui et ses&#13;
ecclésiastiques fussent déjà logés plus commodément que les gouverneurs.&#13;
Le palais qu’il fait faire, au dire de l’ingénieur 369, coûtera plus de&#13;
400 000 livres 370. Cependant, nonobstant les autres dépenses que fait&#13;
M. l’évêque, la plupart non nécessaires, il en a fait déjà faire le quart en deux&#13;
ans. Le bâtiment est fort vaste et a quatre étages ; les murailles ont sept pieds&#13;
d’épaisseur, les caves et les offices sont voûtés ; les fenêtres d’en bas sont&#13;
Il serait difficile de déterminer avec précision la somme totale des entrées pécuniaires du clergé&#13;
de Québec. Toutefois, nous savons que le 14 mars 1672, c’est-à-dire peu d’années avant la rédaction&#13;
de ce document, les honoraires des messes et les offrandes pour l’administration des sacrements&#13;
étaient insignifiants, comme l’écrivait Mgr de Laval à la Sacrée congrégation de la propagande :&#13;
« car c’est à peine si quelque chose est reçu de la part des colons, pas même pour l’administration&#13;
des sacrements ou pour la célébration des messes, ou rarement, au point que, fuyant toute suspicion&#13;
d’avarice, nous paraissions imiter par nos mœurs, jusqu’à un certain point, la pureté de la première&#13;
Église naissante » (Doc. XXXIII-33).&#13;
368&#13;
Ces domaines n’avaient vraiment une grande valeur qu’en tant que biens immobiliers ; en fait,&#13;
leur rendement était faible, comme nous le savons de M. de La Tour (Mémoires sur la vie de&#13;
M. de Laval, premier évêque de Québec, Livre VI) : « Ce serait de quoi faire une province et un&#13;
revenu très considérable si tout était réuni et cultivé ; c’était alors peu de chose. »&#13;
369&#13;
NDLR : Jacques Levasseur de Neré, ingénieur en Nouvelle-France de 1694 à 1697, de 1700 à&#13;
1709 et de 1717 à 1720.&#13;
370&#13;
Ce palais n’était autre que le Séminaire de Québec, qui, selon un rapport de M. de La Potherie&#13;
(1700), aurait coûté 50 000 écus, c’est-à-dire 150 000 livres tournois (Histoire de l’Amérique&#13;
septentrionale, 1700, vol. 1, p. 235).&#13;
367&#13;
&#13;
- 607 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
faites en embrasures et la couverture est d’ardoises, toutes apportées de&#13;
France. Mais ce qu’il y a de plus fâcheux est que ce palais est situé au milieu&#13;
d’un jardin qui a été dressé à force de mines et aplani par le moyen de terre&#13;
apportée d’en bas au haut du rocher sur lequel il est et qui occupe le seul&#13;
endroit où l’on peut faire un fort pour la défense de la rade de Québec et&#13;
des vaisseaux, que l’on ne saurait défendre par aucune batterie, si on ne la&#13;
fait dans ce jardin.&#13;
Il fait faire encore d’autres bâtiments au Cap-Tourmente, où il a 60 hommes&#13;
sous prétexte d’en faire valoir la ferme 371. II a envoyé des ouvriers en l’île&#13;
de Jésus pour en commencer aussi de ce côté-là et il en doit envoyer dans la&#13;
Baie-Saint-Paul pour y en faire encore d’autres ; tout cela dans un temps de&#13;
guerre et de misère ; ce qui fait que bien des gens croient qu’il y a de bien&#13;
plus grands revenus que je n’ai dit et que les ecclésiastiques sont appuyés&#13;
par des gens riches et puissants et qu’ils ont quelques grands desseins que&#13;
l’on ne connaît pas. Et après tout cela, il se plaint de sa pauvreté et dit qu’il&#13;
ne saurait établir des cures fixes. M. l’intendant dit la même chose, refuse&#13;
de répondre aux requêtes que lui présentent les habitants pour avoir des&#13;
curés et prétend que M. l’évêque n’aurait pas de quoi les entretenir, quoique&#13;
pour se faire des créatures, il entretienne 37 enfants, qui n’est pas une&#13;
dépense si nécessaire 372.&#13;
Les ecclésiastiques de Montréal&#13;
Les ecclésiastiques de Montréal ont la seigneurie de l’île de Montréal et d’une&#13;
concession de 2 lieues de front entre Repentigny et La Valterie, sans parler de&#13;
30 [lieues de profondeur].&#13;
&#13;
Parmi ces employés, M. de Frontenac calcule aussi les élèves de ladite École des arts et métiers*&#13;
fondée par le Serviteur de Dieu à Saint-Joachim pour les fils des paysans pauvres (cf. Bertrand&#13;
de La Tour, Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec, Livre VI).&#13;
372&#13;
Les 37 jeunes que le Serviteur de Dieu aurait pu éviter d’entretenir, selon Frontenac, sont les&#13;
élèves du Petit Séminaire de Québec.&#13;
371&#13;
&#13;
- 608 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
Les RR. PP. jésuites&#13;
Les RR. PP. jésuites sont seigneurs d’une partie de Québec, ils ont une partie de la&#13;
seigneurie de Beauport et celles de la Petite-Rivière, de Notre-Dame-des-Anges, de&#13;
Sillery, de Saint-Charles, de la Petit-Auvergne, des Saints-Anges, de Charlesbourg,&#13;
de Saint-François-Xavier, de Saint-François, de Saint-Ignace, de la meilleure partie&#13;
de la côte de Lauzon, toute la côte depuis Sainte-Anne jusqu’au-dessus des TroisRivières, c’est-à-dire 7 lieues de front sur 30 de profondeur, la Prairie-de-laMadeleine, de 4 lieues de front sur 4 de profondeur, sans parler de ce qu’ils ont fait&#13;
défricher à leurs habitations ou missions du Sault-Sainte-Marie, de l’île de&#13;
Michilimackinac et de Saint-François-Xavier, dans la Baie-des-Puants, dont la&#13;
défense des congés empêche d’avoir une exacte connaissance. Il est aussi très&#13;
difficile de savoir le revenu de leurs seigneuries spécifiées ci-dessus ; mais on peut&#13;
le juger à peu près par celles de M. l’évêque et par l’avantage qu’ils ont de les faire&#13;
presque toutes par leurs mains, ayant des donnés, qui sont des frères séculiers&#13;
qu’ils engagent à eux par une espèce de vœu, sans leur donner de gages et qu’ils&#13;
chassent quand il leur plaît.&#13;
Les religieuses ursulines ont aussi les seigneuries de Québec, les Grondines, SainteCroix et six lieues de front vis-à-vis d’Hombourg. Les Hospitalières&#13;
Tellement qu’il ne reste aux laïcs qu’un peu plus du tiers du pays, les deux&#13;
autres tiers dépendant des ecclésiastiques, sans parler de leur commerce,&#13;
qui doit leur produire de grands gains, et l’artifice des Messieurs qui&#13;
demandent souvent des terres pour les Sauvages, à qui ils les font défricher&#13;
et s’en emparent ensuite.&#13;
À l’égard de leur crédit, il n’y a point de moyens qu’ils n’aient employés et&#13;
dont ils ne se servent encore pour l’augmenter, tant en s’attirant toute&#13;
l’autorité qu’en gagnant ou détruisant sans exception celle de tous ceux qui&#13;
pourraient leur faire tête.&#13;
Les RR. PP. récollets en ont ressenti les effets il y a 50 ans 373 et ensuite tous&#13;
ceux qui ont été en quelque considération et les gouverneurs même ; ce qui&#13;
paraît assez par les exemples de MM. d’Argenson, Davaugour, de Mésy et&#13;
373&#13;
&#13;
L’auteur fait allusion à l’affaire du retour des pères récollets au Canada (cf. Docs. XLIII).&#13;
- 609 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
de Courcelle, sans parler de M. Perrot, dont ils ont fait ci-devant tant&#13;
d’estime et qu’ils ont commencé de décrier dès qu’il a voulu résister aux&#13;
nouveautés qu’ils voulaient introduire et encore plus quand il a voulu se&#13;
réunir avec M. de Frontenac, jusqu’à écrire à Mme sa femme pour l’en&#13;
détourner une lettre par laquelle ils la menaçaient de faire passer cet&#13;
accommodement, que Monseigneur souhaitait, pour une union de&#13;
commerce et un complot de persécuteurs de l’Église. On sait assez dans le&#13;
pays qu’ils ont fait ce qu’ils ont pu pour empêcher cette réunion et le père&#13;
custode des Récollets pourra en rendre un bon témoignage.&#13;
Cette animosité générale contre les plus fidèles serviteurs du roi fait assez&#13;
connaître leurs desseins, qu’ils tâchent de faire réussir par des espions qu’ils&#13;
ont partout pour avoir de quoi faire peine à ceux qu’ils entreprennent et&#13;
suffira pour me justifier. Si l’on considère qu’après m’avoir accusé d’être protecteur&#13;
du vice et du désordre et de beaucoup d’autres défauts, il leur a été impossible de&#13;
justifier aucune de leurs calomnies par aucun fait particulier, ni par aucune preuve&#13;
véritable, quoiqu’il n’y ait rien en Canada de caché pour eux et qu’ils aient des&#13;
espions jusque dans ma maison. Aussi, tout mon crime est de m’opposer à leurs&#13;
entreprises, dont les suites pourraient ruiner l’autorité du roi en ce pays et la liberté&#13;
de ses sujets.&#13;
Depuis que vos soins, Monseigneur, ont mis la Nouvelle-France en état d’avoir d’un&#13;
évêque et que la guerre des Iroquois a obligé Sa Majesté à y envoyer un intendant,&#13;
ils ont fait tous leurs efforts pour s’acquérir l’un et l’autre ; et ils ont si bien réussi,&#13;
par divers moyens qu’on peut dire, qu’ils en sont absolument les maîtres, ce qui&#13;
leur a été d’autant plus facile que toutes choses sont arrivées selon leurs souhaits.&#13;
M. l’évêque et M. Duchesneau se sont trouvés tous deux de cet ordre ou confrérie&#13;
que feu M. le prince de Conty avait nommé capistrage et que l’on a depuis appelé&#13;
bagotisme et qui a fait tant de bruit en Basse-Normandie. M. l’évêque même en a&#13;
été supérieur dans le temps qu’ils tenaient leurs assemblées au faubourg SaintMarceau. Quelques-unes de leurs principales règles sont de s’entresoutenir les uns&#13;
les autres, de garder un grand secret et d’envoyer des inspecteurs dans les&#13;
&#13;
- 610 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
provinces pour savoir ce qui s’y passe, tant parmi eux qu’à l’égard des autres, sous&#13;
prétexte de se servir de ces lumières pour empêcher les désordres 374.&#13;
Les choses étant ainsi disposées selon leurs désirs, ils résolurent de concert&#13;
de porter le pouvoir de l’Église aussi loin qu’il pourrait aller, sans avoir&#13;
égard aux usages de celle de France, ni des ordonnances de nos rois.&#13;
M. l’intendant a déclaré en plein Conseil qu’il ne pouvait pas se mêler de ce qui&#13;
regardait l’Église et M. l’évêque, en plein Conseil le 28 juin 1677, au sujet&#13;
d’une requête présentée contre l’ordre par le promoteur pour soutenir&#13;
l’intérêt du clergé contre un arrêt du même Conseil qui n’était pas encore&#13;
publié, s’expliqua nettement qu’il ne voulait pas se régler sur l’usage de&#13;
France que l’on lui opposait et que si les autres évêques ne voulaient pas&#13;
faire leur devoir, il voulait faire le sien, contre les ordonnances, dont j’ai&#13;
envoyé copie avec un extrait qui surprendra sans doute, par la quantité&#13;
extraordinaire des entreprises et de procédures contre les gens que l’on&#13;
verra dans une seule affaire, car il n’y a rien qu’ils n’aient entrepris pour&#13;
augmenter leur crédit 375.&#13;
M. l’évêque prétendant, quoique sans sujet, avoir été offensé par une requête&#13;
dudit Roland, en demanda justice au Conseil par un billet, ce que les princes ne&#13;
voudraient pas entreprendre et toutefois le sieur de Villeray, son partisan, opina&#13;
qu’il fallait lui faire une députation pour savoir ce qu’il voulait.&#13;
Les sieurs de Saint-Denys et de La Martinière m’ont dit que le sieur Pommier avait&#13;
prêché à Beauport que M. l’évêque n’entendait point que les seigneurs de paroisse&#13;
eussent de l’encens et de l’eau bénite devant les marguilliers, ni qu’ils fussent&#13;
recommandés aux prônes ; que c’étaient des usurpations qui s’étaient faites en&#13;
France et qu’il fallait les empêcher dans un pays où l’on commençait à établir une&#13;
Il s’agit ici de la Société dite des Bons Amis, à laquelle appartenait le Serviteur de Dieu avant&#13;
d’aller au Canada. Cette société n’était autre que le premier groupe, et le plus important, de&#13;
l’association secrète des congréganistes mariaux et qu’on appelait l’Aa (cf. La Tour, Mémoires sur&#13;
la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec, Livre I, et les notes qui y sont inscrites). Il semble&#13;
cependant que Frontenac n’ait pas été bien informé sur les activités de cette société et qu’il l’ait&#13;
confondue avec la Compagnie du Saint-Sacrement, qui exerçait en fait l’action décrite ici par le&#13;
gouverneur.&#13;
375&#13;
Parmi les parties raturées par Frontenac auxquelles nous avons fait allusion dans l’introduction,&#13;
il y en a une particulièrement intéressante, que nous reproduisons et qui nous fait connaître une fois&#13;
de plus l’esprit ultra gallican du gouverneur : « Les sieurs de Saint-Denis et de la Martinière […] et&#13;
qu’il avait même celui d’excommunier des gouverneurs ».&#13;
374&#13;
&#13;
- 611 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
Église. M. de Sorel s’est plaint de ce que M. Duplein ne veut pas le nommer au&#13;
prône et l’envie qu’ils ont d’élever ces marguilliers, qui dépendent d’eux&#13;
entièrement et ne disposent d’aucun denier, est si grande que, même, ils veulent&#13;
leur donner ces honneurs préférablement aux juges des lieux, en sorte que le&#13;
Conseil fut obligé d’en donner un arrêt le [espace blanc], ce qui n’a pas empêché&#13;
toutefois que le curé de Montréal, le jour de la Chandeleur 1677, ne fît l’affront au&#13;
juge du même lieu de donner des cierges aux marguilliers avant lui, de quoi&#13;
M. Perrot m’a envoyé un procès-verbal que Monseigneur pourra voir, coté [espace&#13;
blanc], rempli de paroles insolentes contre le roi et de termes injurieux contre le&#13;
Conseil et contre moi. Sur quoi, ayant eu une conférence avec M. l’évêque et&#13;
essayant de lui faire comprendre, avec les termes les plus doux qu’il m’était&#13;
possible, que ce n’était pas à lui à régler ces sortes de rangs, il s’emporta jusqu’à&#13;
me dire que son pouvoir était plus grand que je ne pensais et qu’il avait même celui&#13;
d’excommunier les gouverneurs.&#13;
Ce ne serait jamais fait si je voulais raconter tout ce qu’ils font pour cela par&#13;
le moyen du pouvoir que leur donnent la confession et l’excommunication.&#13;
Le secret des confessions étant impénétrable, je ne fais point de fonds sur&#13;
les plaintes qu’on m’a faites des révélations et des instances qu’ils font en&#13;
ce saint tribunal pour savoir les affaires d’un chacun ; de quoi j’ai de bons&#13;
témoins et les plaintes de diverses personnes. Je rapporterai seulement les&#13;
faits, où leur passion leur a fait abuser.&#13;
Les habitants du Canada ont eu bien de la consolation de l’établissement&#13;
des RR. PP. récollets, mais on les empêche bien de jouir en repos du&#13;
soulagement qu’ils en espéraient pour leurs consciences. À Charlesbourg,&#13;
une femme s’étant confessée au P. Zénoble, récollet, et voulant communier&#13;
à sa messe, le sieur de Glandelet, curé, fut la retirer de la sainte table avec&#13;
beaucoup de scandale pour elle. Ledit P. Zénoble est convenu que la chose&#13;
était véritable.&#13;
Une femme nommée Henriette s’étant confessée et ayant reçu l’absolution&#13;
d’un prêtre nommé Dupré fut toutefois rejetée de la sainte table par un&#13;
autre prêtre, qui avait ouï dire que cette femme avait traité trois pots d’eaude-vie à des Sauvages.&#13;
&#13;
- 612 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
Les ecclésiastiques prétendent que les blés soient estimés pendant par les&#13;
racines pour leur être les dîmes payées sur cette estimation, quoique&#13;
plusieurs habitants s’y opposent, particulièrement ceux qui n’ont point de&#13;
prêtres qui les servent. M. de Caumont a déclaré qu’il refuserait&#13;
l’absolution même à l’article de la mort, à ceux qui manqueraient à payer&#13;
les dîmes sous prétexte qu’ils ne sont pas servis.&#13;
Mais ce qui fait le plus d’éclat et à quoi ils s’opiniâtrent le plus, par des&#13;
raisons d’intérêt, c’est le cas réservé pour le commerce de l’eau-de-vie avec&#13;
les Sauvages. Le Conseil souverain en a permis la traite par son arrêt du&#13;
10 novembre 1668, mais malgré cet arrêt et sans attendre la réponse de la&#13;
Cour sur ce sujet, ils ont interdit le nommé Rolland pour cela seul avec des&#13;
circonstances violentes et odieuses au dernier point.&#13;
Le sieur de Caumont, prêtre, a refusé l’absolution au P. Martial, [récollet],&#13;
parce qu’il ne lui voulut pas promettre de la refuser à M. de Varennes,&#13;
gouverneur des Trois-Rivières, qui, disait-il, traitait de l’eau-de-vie avec les&#13;
Sauvages, quoique ledit père lui assurât qu’il n’avait point de connaissance&#13;
que ledit sieur de Varennes eût enivré aucun Sauvage.&#13;
Ils ont non seulement refusé l’absolution à M. de La Valterie pour avoir&#13;
traité de l’eau-de-vie, mais encore à son valet, qui l’avait tirée, quoiqu’il lui&#13;
dît qu’il ne pouvait pas s’empêcher d’obéir à son maître. Ils en ont fait&#13;
autant à Montréal au valet du sieur Dulhut et à plusieurs autres.&#13;
Après avoir refusé l’absolution deux ou trois ans durant au nommé&#13;
Lapaille, habitant de la pointe de Lévis, à cause qu’il traitait de l’eau-de-vie,&#13;
ce Lapaille étant mort subitement, ils ne voulurent jamais l’enterrer en terre&#13;
sainte, disant qu’il n’avait pas fait ses pâques, quoique leur refus seul en fût&#13;
la cause pour le seul sujet de l’eau-de-vie ; en quoi il ne faisait que suivre&#13;
les règlements du Conseil. Ils ajoutèrent même l’insulte à cette ignominie ;&#13;
car un religieux de Sillery fit sur ce pauvre Lapaille, qu’ils ont jeté à la voirie,&#13;
un emblème d’un ange qui vanne du grain et d’un autre qui brûle la paille.&#13;
On a d’autres vers aussi scandaleux d’un autre religieux adressés à la&#13;
- 613 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
supérieure de l’hôpital. On voit par là jusqu’où va leur passion et leur&#13;
entêtement et la nécessité qu’il y a d’y mettre ordre. M. l’évêque lui-même,&#13;
comme on lui voulait proposer quelques adoucissements pour le bien de la&#13;
paix, répondit qu’il ne pouvait rien relâcher sur cette affaire. Le nommé&#13;
Laplanche, marguiller de La-Prairie-de-la-Madeleine, ayant eu différend à&#13;
Montréal pour un paiement avec un habitant dudit lieu, après quelques&#13;
paroles et quelques coups de poing, l’habitant de Montréal prit une pierre&#13;
qu’il jeta à Laplanche, dont il le tua. Les prêtres de Montréal ne le voulurent&#13;
jamais enterrer, disant que c’était un duel et il a été jeté à la voirie.&#13;
Ils en usèrent de la même façon en la présence de M. de Frontenac à l’égard&#13;
d’un autre habitant, tué au milieu des Français d’un coup de fusil lâché par&#13;
hasard par un Sauvage et cela, sur le prétexte qu’il n’avait pas fait ses&#13;
pâques. Cependant, on vérifia quelque temps après par le sieur Petit,&#13;
missionnaire de Sorel et qui était son curé, qu’il y avait satisfait ; d’où l’on&#13;
peut juger de l’indiscrétion de leur zèle et comme ils suivent leurs&#13;
préventions, sans rien écouter au contraire, sans garder aucune forme et&#13;
contre l’usage et la coutume de France.&#13;
Mais ils ne se contentent pas de défendre l’eau-de-vie et de faire tant de&#13;
choses extraordinaires. Ils veulent encore empêcher de vendre du vin et&#13;
trouver par là le moyen de charger d’un nouveau joug les habitants. En&#13;
effet, les missionnaires, après l’avoir tenté plusieurs fois sous divers&#13;
prétextes que M. de Frontenac a toujours réfutés, ils ont enfin obtenu de&#13;
M. Duchesneau, qui ne leur refuse jamais rien, une ordonnance portant&#13;
défense de tenir cabaret dans aucun village de la campagne et ensuite de&#13;
cette ordonnance faite de sa seule autorité, il a condamné à une amende de&#13;
100 livres une femme pour avoir troqué avec un habitant de Charlesbourg&#13;
trois ou quatre pots d’eau-de-vie contre du blé. Mais comme elle se vint&#13;
plaindre à M. de Frontenac et qu’il fit témoigner à M. Duchesneau la&#13;
surprise où il était d’un tel procédé, il changea la chose et condamna&#13;
l’habitant de Charlesbourg à la même amende et aux dépens, fit saisir les&#13;
bestiaux, le fourrage et le blé de cet homme qui est très pauvre. Mais comme&#13;
il vint crier miséricorde à M. de Frontenac, il s’offrit de payer pour lui et&#13;
- 614 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
qu’on ne lui fît pas davantage de frais ; ce qui fit que la chose en demeura&#13;
là.&#13;
Comme les RR. PP. récollets ne prennent aucun parti et servent de&#13;
soulagement aux consciences d’une partie des habitants, ils leur suscitent&#13;
des accusations calomnieuses, comme l’on l’a vérifié à l’égard des PP. Louis&#13;
et Martial, qui s’en sont justifiés à la confusion de leurs accusateurs. Ils ne&#13;
peuvent souffrir ceux qui les aiment et les reçoivent chez eux et empêchent&#13;
autant qu’ils peuvent les habitants d’avoir la consolation de se confesser à&#13;
eux. Le P. Louis, montant au fort de Frontenac [espace blanc] et passant à&#13;
Montréal, fut prié par quantité de personnes de les confesser. Ce que&#13;
n’ayant voulu faire sans en demander la permission à M. Le Fevre et à M. le&#13;
curé de Montréal, ils la lui refusèrent absolument. Quelques jours après,&#13;
ayant été obligé de relâcher à Lachine et dit la messe dans la maison de&#13;
Rolland, où il avait abordé par hasard, il fut la cause innocente de l’affaire&#13;
de Rolland, qui commença le dimanche suivant et dont toute la procédure&#13;
fait voir évidemment jusqu’où les peut porter leur passion 376.&#13;
Pour se conserver cette grande autorité, ils se servent de tous les moyens&#13;
qu’ils se peuvent imaginer, dont j’en ai remarqué plusieurs. Mais outre cela,&#13;
ils se sont emparés de l’esprit de la plupart des conseillers du Conseil, qui&#13;
n’oseraient opiner contre eux. Mais M. Duchesneau, M. le procureur&#13;
général et M. de Villeray sont en toutes rencontres ouvertement de leur&#13;
parti. J’en rapporterai diverses preuves sur le sujet de M. Duchesneau,&#13;
outre ce que j’en ai déjà dit pour le procureur général, qui est un homme&#13;
très ignorant et tellement incommodé de la vue qu’il ne saurait ni lire ni&#13;
écrire. Ils l’ont fait succéder.&#13;
Petitbois et sa femme, haïs des ecclésiastiques, ayant été accusés par le sieur&#13;
de Glandelet, procureur fiscal de la seigneurie des Grondines, appartenant&#13;
aux religieuses, le procureur général conclut aussitôt à la mort, quoiqu’il&#13;
n’y eût aucune preuve contre eux. Et en effet, ils furent envoyés absous&#13;
376&#13;
Ici se termine la forme de mémoire dont nous avons parlé en introduction. Le texte continue dans&#13;
la forme d’une lettre.&#13;
&#13;
- 615 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
après même avoir été appliqués à la question. Je rapporterais quantité&#13;
d’autres preuves de rattachement que lui et Villeray ont pour les&#13;
ecclésiastiques.&#13;
Mais comme je crains, Monseigneur, de vous ennuyer, je me contenterai de&#13;
dire que l’on en trouvera plus qu’il ne faut dans la seule affaire de Rolland&#13;
et l’on verra que presque dans toutes, ils ont agi contre les règles.&#13;
Cependant, comme les ecclésiastiques voient que l’incapacité et l’infirmité&#13;
de M. le procureur général l’empêcheront de pouvoir longtemps exercer sa&#13;
charge, ils lui préparent déjà un successeur, qu’ils ont élevé dans le même&#13;
esprit. C’est son fils que j’ai appris qu’ils voulaient, Monseigneur, vous&#13;
proposer pour mettre en sa place, quoiqu’il ne soit pas plus savant que son&#13;
père et qu’il n’ait que 21 ans.&#13;
Pour toutes les autres personnes un peu considérables, ils les ont gagnées&#13;
ou ils tâchent de les discréditer. Le sieur Bazire est tout à fait d’intelligence&#13;
avec eux et M. Duchesneau et, comme il paraîtra par la concession de l’île&#13;
aux Coudres, par les congés qu’ils veulent rétablir, par ses débauches de&#13;
vin dont ils ne disent mot dans un temps où ils tourmentent tout le monde&#13;
pour ce sujet et par ses liaisons avec M. l’intendant. Il en est de même du&#13;
major et du prévôt, comme on le déduira plus bas en parlant de&#13;
M. Duchesneau. Mais pour M. Perrot et M. d’Ailleboust, comme ils n’ont&#13;
pu se résoudre à suivre en toutes choses leurs sentiments, ils décrient le&#13;
premier par reproches vagues et généraux, pareils à ceux qu’ils me font,&#13;
sans pouvoir articuler aucun fait vrai qu’ils puissent justifier.&#13;
Le sieur d’Ailleboust, neveu de M. [espace blanc], exerçait la charge de juge&#13;
de Montréal depuis 18 ans sans reproche ; ils cherchaient l’occasion d’en&#13;
mettre un autre en sa place, parce qu’il ne déférait pas aveuglément à leurs&#13;
volontés ; mais il ne leur a jamais donné aucune prise. Et toutefois, comme&#13;
ils voulaient avoir une information favorable sur l’eau-de-vie à l’occasion&#13;
de la mort d’un Sauvage et qu’ils apprirent qu’il ne la faisait pas à leur gré,&#13;
ils l’ont déposé sans autre cérémonie et ont mis en son lieu une de leurs&#13;
créatures, de sorte qu’ils auront bientôt tous ceux qui possèdent les charges&#13;
- 616 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
dans leur dépendance. J’ai même su qu’ils songent à faire donner à&#13;
M. l’évêque un coadjuteur, duquel ils puissent aussi bien disposer qu’ils&#13;
font de lui, qui n’oublie rien pour avancer tous leurs desseins et pour&#13;
augmenter le crédit du clergé. Il se trouve dans le Conseil avec une assiduité&#13;
qu’on n’a jamais vue dans aucun évêque. Son official et son promoteur le&#13;
secondent admirablement, comme on le verra dans le procès de Rolland et&#13;
comme on l’a remarqué ci-dessus à l’égard du promoteur. Et pour faire qu’il&#13;
n’y ait aucun ecclésiastique particulier qui puisse résister à leurs volontés,&#13;
ils n’ont dans les habitations que des vicaires amovibles, refusent&#13;
absolument d’y mettre des curés fixes et quelque instance que leur en&#13;
fassent les habitants, sous prétexte que M. l’évêque n’a pas de quoi les&#13;
entretenir, quoiqu’on ait fait voir le contraire ci-dessus, et comme si un curé&#13;
fixe coûtait plus qu’un vicaire amovible en un pays où le casuel et les dîmes&#13;
augmentent tous les jours par les défrichements et la multiplication des&#13;
Français.&#13;
Cependant, ce désordre est cause qu’en beaucoup de lieux les habitants sont&#13;
privés de l’assistance spirituelle dont ils ont besoin et privent le roi de&#13;
l’usage de droit de patronage qu’il s’est réservé. Ils refusent même de laisser&#13;
exercer ces emplois par des Récollets, qui se contenteront de moins que ce&#13;
que l’on donne à ces vicaires et qui sont souhaités partout, ceux même de&#13;
Montréal m’ayant présenté une requête pour me prier de me joindre à eux&#13;
pour en obtenir de la Cour. Et après toutes ces choses, ils menacent en chaire&#13;
de refuser l’absolution à ceux qui refuseront de payer les dîmes pour n’être&#13;
pas servis. Ils obtiennent une ordonnance de M. Duchesneau qui confirme&#13;
l’usage des vicaires amovibles, une autre pour faire payer les dîmes sur&#13;
l’estimation faite des blés pendant par les racines, et prétendent enfin&#13;
obliger les habitants à porter les dîmes à Québec.&#13;
M. l’évêque s’excuse sur la dépense qu’il fait pour l’entretien de&#13;
25 ecclésiastiques et pour la subsistance de 37 pauvres enfants, qu’il dit&#13;
élever par charité, comme si l’on ne savait pas que c’est là une suite des&#13;
desseins du clergé, que ces ecclésiastiques et ces enfants sont les fils de ses&#13;
créatures, auxquels ils veulent inspirer à loisir toute leur politique, qu’il ne&#13;
- 617 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
manque pas en France d’ecclésiastiques savants et vertueux et que l’argent&#13;
qu’il dépense serait bien plus utilement employé à l’entretien de 25 prêtres&#13;
qui seraient plus que suffisants pour administrer commodément.&#13;
Tout le monde sait que les ecclésiastiques se mêlent de tous les procès et de toutes&#13;
les affaires directement ou indirectement, qu’ils ne manquent jamais de protéger&#13;
leurs amis et de solliciter contre ceux qui ne leur sont pas soumis ou déclarés pour&#13;
eux et même d’agir contre eux et de les poursuivre, afin que l’on ne découvre pas&#13;
leur commerce, leurs intrigues et leurs manières d’agir, ni qu’ils en apprennent la&#13;
langue, quoique ce soit l’unique moyen pour en faire de véritables chrétiens ; aussi&#13;
n’y en a-t-il presque point qui le soient, nonobstant les missions, ce que&#13;
Monseigneur pourra savoir de plusieurs personnes qui sont en France. Et en effet,&#13;
on aura beau les baptiser, tant qu’ils conserveront leurs mœurs et vivront avec les&#13;
autres Sauvages, ils quitteront à leur première fantaisie, comme on l’a vu tant de&#13;
fois, leurs véritables femmes par les divorces ordinaires parmi eux, leurs demeures,&#13;
les missionnaires et la religion ; ce qui n’arriverait pas s’ils s’accoutumaient à notre&#13;
langage, à notre manière de vivre, à nos lois et à nos mœurs.&#13;
Mais ces Messieurs s’y sont toujours opposés et, par l’ignorance où ils les tiennent&#13;
de notre langue et de nos usages, leur font croire tout ce qui leur plaît. C’est dans&#13;
cette vue que l’un d’eux a maltraité et enlevé la petite Iroquoise que j’entretenais&#13;
chez les Ursulines, qu’ils ont trouvé mauvais que M. de La Salle fasse enseigner plus&#13;
de 50 enfants au fort Frontenac, dont plusieurs commencent déjà à lire et à écrire,&#13;
qu’ils ont fait changer de demeure aux Iroquois de la Prairie-de-la-Madeleine, où&#13;
ils étaient trop près à leur gré des habitations françaises et qu’après un si grand&#13;
nombre de concessions, ils se sont fait encore donner par M. Duchesneau seul,&#13;
contre les ordres du roi, le Sault-Saint-Louis, que lui et moi avions promis au sieur&#13;
de La Salle.&#13;
Mais il faut remarquer l’artifice dont ils se servent au sujet de ces concessions. Ils&#13;
en ont demandé plusieurs fois pour les Sauvages, sous prétexte de les accoutumer&#13;
à cultiver la terre. Quand ils les ont eu obtenues, ils les ont fait, à la vérité, défricher&#13;
aux Sauvages ; mais aussitôt après, ils les leur ont ôtées pour les donner à des&#13;
Français, sous la rente tantôt de deux et tantôt de quatre minots de blé par an, en&#13;
sorte qu’après tous leurs travaux, qu’ils persuadaient par divers moyens aux&#13;
Sauvages d’entreprendre, il n’y en a pas un seul qui ait un pouce de terre, de quoi&#13;
l’on pourrait citer divers exemples, mais il suffit de celui desdits Iroquois de la&#13;
Prairie-de-la-Madeleine qu’ils ont renvoyés au Sault-Saint-Louis.&#13;
- 618 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
Mais quoiqu’ils puissent faire, les Sauvages mêmes découvrent une partie de leurs&#13;
ruses et l’une d’entre elles, qui a infiniment d’esprit et qui parle la langue française&#13;
comme si elle était née à Paris, nommée Marie-Félix, m’a raconté plusieurs fois que&#13;
les Sauvages sont fort mal contents des missionnaires, qu’ils commencent à savoir&#13;
que les terres que les pères leur ont fait défricher leur appartiennent, qu’ils les&#13;
traitent comme des esclaves, qu’ils les obligent d’acheter tout ce qui leur est&#13;
nécessaire chez un nommé Hazeur, qui est apparemment un de leurs facteurs,&#13;
qu’ils les empêchèrent de me venir secourir lors de l’incendie, leur disant que Dieu&#13;
me punissait de mes péchés, qu’ils me décrient continuellement dans leur esprit et&#13;
beaucoup d’autres choses de cette nature.&#13;
Il est tombé entre les mains du P. Louis un dictionnaire de leur façon, qui fait&#13;
connaître l’idée qu’ils donnent d’eux aux Sauvages. En expliquant, par exemple, la&#13;
signification du mot « égal », ils ont mis « La robe noire est égale à Onontio 377. ». Ils&#13;
ont dit à d’autres Sauvages qu’ils sont les maîtres et que Onontio, ou le gouverneur,&#13;
tient l’épée. Ils ont dit aussi plusieurs fois que tout irait mal dans le pays jusqu’à ce&#13;
que les ecclésiastiques en eussent l’entier gouvernement ; et, à la vérité, il paraît&#13;
assez, par tout ce que j’en ai dit, qu’il s’en faut bien peu qu’ils n’en soient tout à&#13;
fait les maîtres.&#13;
Mais il y faut encore ajouter que des deux entrées et clés du pays, qui sont et le&#13;
haut et le bas de la rivière, il ne reste à occuper par eux que l’île aux Coudres et la&#13;
pointe du Sault-Saint-Louis. Pour l’île aux Coudres, M. Duchesneau et moi avions&#13;
donné une concession pour y habiter au nommé de Lessart, afin que, comme c’est&#13;
le seul mouillage, en cas qu’il y vint des vaisseaux ennemis, il pût nous en avertir en&#13;
canot ; mais les ecclésiastiques y ont fait faire opposition par le sieur Bazire, avec&#13;
qui ils sont en très bonne intelligence, et qui a prétendu avoir droit de l’empêcher,&#13;
à cause du tort qu’il dit que cela ferait à la traite de Tadoussac, sans prendre garde&#13;
que les ecclésiastiques, qui possèdent la Baie-Saint-Paul, vis-à-vis en terre ferme,&#13;
en sont bien plus près et mieux postés pour nuire à la ferme. Pour la pointe du&#13;
Sault-Saint-Louis, qu’ils demandent sous le nom des Sauvages et que M. l’intendant&#13;
leur a accordée sans ma participation, contre l’ordre et contre la promesse que lui&#13;
et moi en avions faits à M. de La Salle, qui le justifie par une lettre de&#13;
M. Duchesneau. Ils n’ont point d’autre fondement pour la prétendre qu’une raison&#13;
politique, qui est qu’il ne leur manque que cet endroit pour avoir toutes les avenues&#13;
de la Grande-Rivière, où ils possèdent déjà la Prairie-de-la-Madeleine, l’île de&#13;
377&#13;
NDLR : Achiendassé, la robe noire, était le surnom donné par les Autochtones aux Jésuites, et&#13;
Onontio, la montagne, était celui donné aux gouverneurs.&#13;
&#13;
- 619 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
Montréal et l’île Jésus ; mais outre cela, M. l’évêque et M. le major, qui est&#13;
entièrement uni avec eux, prétendent avoir des concessions pour cela et faire des&#13;
habitations au-delà de Montréal, à la chute des Ottawas et autres Sauvages du&#13;
nord-ouest, ce qui serait la ruine entière de la colonie qui n’aurait que leurs restes.&#13;
Ils ont fait encore un établissement à Michilimackinac, île où il faut nécessairement&#13;
passer pour entrer dans le lac des Illinois, et un fort qui ferme le lac Supérieur ou&#13;
de Tracy au Sault-Sainte-Marie, où ils ont du canon et où fut fait le massacre des&#13;
ambassadeurs nadouessioux, dont le dernier s’étant enfermé dans la chapelle fut&#13;
tué d’un coup de canon par un frère missionnaire dont tout le monde sait le nom.&#13;
Ils y font aussi défricher des terres sans concession. Ainsi, les voilà tantôt maîtres&#13;
de tous les passages près et loin, ils ne se contentent pas de faire commerce contre&#13;
l’ordonnance du roi et la défense des congés, ils ont intelligence avec les Anglais,&#13;
les louent, assistent à leurs conseils, sollicitent des particuliers français de négocier&#13;
avec eux et font plusieurs voyages à Orange et à Manhattan, comme on le prouve&#13;
par leurs lettres ci-jointes. Ils ont même pris permission du major Andros,&#13;
gouverneur de la Nouvelle-York ou Nouvelle-Hollande, pour demeurer dans le pays&#13;
des Iroquois, qui appartient sans contestation au roi ; et ce n’est pas une accusation&#13;
supposée, puisque l’on a une lettre du major Andros écrite à l’un d’eux qui le vérifie.&#13;
Pour la guerre des Iroquois, dont le pays fut menacé l’année 1676, que j’empêchai&#13;
heureusement par un voyage que je fis au fort de Frontenac à petite compagnie,&#13;
duquel toutefois eux et leurs partisans m’ont voulu imputer la dépense comme&#13;
faite mal à propos, le sieur de La Salle vous aura fait voir les considérations&#13;
pressantes. Vous verrez aussi, Monseigneur, les preuves et le dénouement de toute&#13;
cette intrigue par la relation de mon voyage et de la conférence publique avec les&#13;
Iroquois, par la confrontation de Tsinagarerhar, député des Iroquois de la Prairiede-la-Madeleine, et par le témoignage de Jacques Girard, de Louis Chappacoux et&#13;
de Pyrcasyma Socoquis, rapporté par M. de Sorel. Leur dessein, comme il a paru&#13;
dans la suite, était de m’en faire un piège, quelque parti que je prisse, ou de&#13;
brouiller toutes choses, de mettre le pays dans un désordre, duquel ils n’auraient&#13;
pas manqué de profiter et de ruiner M. de La Salle. Ils l’ont autrefois traité de&#13;
visionnaire et maintenant que, par des dépenses, des soins et des peines&#13;
extraordinaires, il est venu à bout de son dessein et à même faire plus que l’on&#13;
n’oserait espérer et qu’il n’avait promis, maintenant qu’il a obligé par son adresse&#13;
les Iroquois à lui aider à se fortifier à la culture de ses propres terres, ce que&#13;
personne n’avait jamais fait, le croyant impossible, il y est devenu l’objet de leur&#13;
envie et de leur aversion, d’autant plus que son établissement incommode le&#13;
- 620 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVII&#13;
&#13;
commerce qu’ils font avec les Anglais et traverse la communication qu’ils&#13;
voudraient pratiquer avec ceux des leurs qui sont chez les Ottawas.&#13;
Et c’est pour cela, Monseigneur, qu’ils ont entrepris deux choses de concert avec&#13;
M. Duchesneau et le sieur Bazire. La première [est] qu’ayant appris que&#13;
M. de La Salle avait dessein de demander la concession du lac Érié et de celui des&#13;
Illinois, dont le premier est une suite de sa concession du commerce du lac&#13;
Frontenac, qui vient la plupart du lac Érié, à l’entrée duquel il a nécessairement&#13;
besoin de faire un fort pour empêcher les Anglais de s’en emparer, lesquels, au&#13;
rapport des RR. PP. jésuites mêmes ont nouvellement envoyé un déserteur nommé&#13;
Turquet pour le reconnaître, sur cet avis, dis-je, du dessein de M. de La Salle, ils ont&#13;
révolu de faire demander eux-mêmes cette concession pour les sieurs Jolliet et Le&#13;
Ber, gens qui leur sont entièrement acquis et le premier desquels ils ont tant vanté&#13;
par avance, quoiqu’il n’ait voyagé qu’après le sieur de La Salle, lequel même vous&#13;
témoignera que la relation du sieur Jolliet est fausse en beaucoup de choses. Leur&#13;
seconde prétention est de rétablir les congés, après les avoir tant blâmés, pour les&#13;
mettre en les mains dudit sieur Bazire ou de 10 ou 12 particuliers ; mais s’ils&#13;
l’obtiennent, il ne faut plus espérer d’empêcher non seulement leur commerce,&#13;
mais même qu’ils ne fassent la plus grande partie de celui du pays. J’ai su qu’ils ont&#13;
aussi le dessein de faire mettre le commerce de l’eau-de-vie en partie, après avoir&#13;
tant crié pour le faire défendre. Mais je suis en repos de ce côté-là, parce que je&#13;
sais que vos lumières en découvriront assez les inconvénients et les conséquences.&#13;
Il me reste, Monseigneur, à vous supplier de remarquer le grand nombre de&#13;
désordres, que les ecclésiastiques causent dans le pays que je rapporte des preuves&#13;
de tous les faits principaux, que je n’ai rien dit de ce qui me regarde, quoique j’en&#13;
ait plus souffert que personne, ce que j’ai évité afin que l’on ne me pût pas imputer&#13;
de plaider ma propre cause, mais seulement celle de tout le pays et que pour&#13;
épargner leur réputation, je n’en ai nommé pas un, excepté M. l’évêque, quoique&#13;
je sache bien leurs noms, que M. de La Salle vous dira si vous le lui ordonnez.&#13;
&#13;
- 621 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVIII&#13;
&#13;
Doc. XLVIII. Mémoire de Laval sur une querelle entre Duchesneau et Frontenac (27 mars 1681)&#13;
&#13;
Doc. XLVIII&#13;
Mémoire du Serviteur de Dieu dans lequel il traite de sa médiation entre&#13;
Frontenac et Duchesneau, gouverneur et intendant du Canada, après le&#13;
27 mars 1681, d’après une copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Évêques, no 224&#13;
Dans l’introduction au Doc. XXVII-16, nous avons déjà fait allusion à&#13;
l’intervention du Serviteur de Dieu lors d’une difficulté en 1681 entre le&#13;
gouverneur de Frontenac et l’intendant Duchesneau. Nous présentons ici le&#13;
rapport que rédigea Mgr de Laval sur le sujet. Cela est utile pour mieux nous faire&#13;
connaître le milieu de Québec à cette époque et nous révèle toujours mieux la&#13;
disposition du Serviteur de Dieu, qui, malgré la méfiance qu’il devait avoir envers&#13;
certaines personnes comme M. de Frontenac, s’engageait quand même&#13;
généreusement quand il y avait un bienfait à obtenir. L’aboutissement des efforts&#13;
du Serviteur de Dieu pour ramener la bonne harmonie entre les deux autorités&#13;
n’est pas indiqué, mais dans un rapport rédigé lors de son décès, on lit qu’il « fit&#13;
si bien auprès de l’un et de l’autre que leur affaire fut assouplie et raccommodée,&#13;
quoiqu’avec bien des difficultés » (Mémoires sur feu Mgr François de Laval,&#13;
Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris, Documents pour servir à l’Histoire&#13;
religieuse du Canada, vol. 1, fo 5).&#13;
L’original de ce rapport ne nous est pas connu. Nous connaissons cependant&#13;
l’existence d’une copie ancienne aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-enProvence, Archives des colonies, sous-série F3, vol. 78, fos 13-16, et une plus&#13;
récente, qui se trouve à Bibliothèque et Archives Canada, Collection Moreau de&#13;
Saint-Méry, Rapport-Supplément 1899, p. 39. La copie du Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec a été faite à partir de cette dernière.&#13;
&#13;
Mémoire de l’évêque de Québec de ce qui s’est passé au sujet de la&#13;
querelle arrivée entre le chevalier Duchesneau, le nommé Vaultier,&#13;
domestique du sieur Duchesneau, intendant, et le sieur Boisseau&#13;
et un garde de M. de Frontenac&#13;
&#13;
Ledit évêque ayant appris, le 27 mars 1681, que M. de Frontenac avait&#13;
ordonné au major de la ville avec les soldats de la garnison et au prévôt des&#13;
maréchaux avec ses archers de se rendre au fort le lendemain à 10 heures&#13;
du matin pour obliger ledit intendant d’exécuter les ordres qu’il lui avait&#13;
envoyés par ledit major et prévôt, il serait allé le même jour trouver ledit&#13;
sieur de Frontenac, accompagné de son grand-vicaire et d’un autre&#13;
ecclésiastique, pour lui offrir les soins dans des extrémités si fâcheuses.&#13;
&#13;
- 622 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVIII&#13;
&#13;
Il lui dit que l’intendant en était la cause, ne voulant pas obéir à ses ordres,&#13;
à quoi il l’obligerait de gré ou de force. Il lui promit de surseoir cette&#13;
exécution jusqu’au lendemain 9 heures du matin.&#13;
Ledit évêque alla trouver l’intendant, qui lui marqua beaucoup de déplaisir&#13;
de ne pouvoir satisfaire audit sieur de Frontenac sur les ordres qu’il avait&#13;
reçus de sa part, qui étaient de lui envoyer son fils le chevalier et de remettre&#13;
entre les mains dudit prévôt ledit Vaultier.&#13;
Il lui fit le récit de l’affaire qui est que le 20 dudit mois après-midi, les sieurs&#13;
Barrois et Lechasseur, secrétaires dudit sieur de Frontenac, l’étaient venus&#13;
trouver de sa part pour lui dire que le sieur Boisseau s’était venu plaindre&#13;
à lui que son fils le chevalier et ledit Vaultier l’avaient insulté et le garde&#13;
qu’il lui avait donné et qu’il avisât à ce qu’il aurait à faire. À quoi ledit&#13;
intendant aurait répondu qu’il allait savoir de son fils et dudit Vaultier tout&#13;
ce qui s’était passé en cette rencontre et qu’il ordonnerait ensuite audit&#13;
chevalier d’en aller rendre compte audit sieur de Frontenac ; que ledit&#13;
chevalier et Vaultier lui avaient dit en présence de plusieurs personnes&#13;
qu’étant sur la palissade qui regarde le chemin de la basse-ville, ledit&#13;
chevalier chantant pour se divertir un air sans paroles, ledit Vaultier le&#13;
suivait ; lesdits Boisseau et garde lui dirent l’un après l’autre beaucoup&#13;
d’injures infâmes, ledit Boisseau le menaçant de lui donner des coups de&#13;
bâton et à son père, en l’injuriant ; ce qu’il fit paraître mépriser en disant&#13;
seulement qu’ils passassent leur chemin et qu’il ne voulait pas s’arrêter à&#13;
des gens de leur sorte et que, s’ils ne se taisaient, il leur ferait faire le même&#13;
traitement dont ils le menaçaient ; que ledit Vaultier, entendant ces injures&#13;
et ces menaces faites à son maître, dit plusieurs paroles de mépris audit&#13;
Boisseau, lui reprochant la bassesse de sa naissance et d’avoir été employé&#13;
à des services bas et ravalés.&#13;
Ledit intendant, pour témoigner audit sieur de Frontenac qu’il voulait la&#13;
paix, avait ordonné à son fils et audit Vaultier de l’aller trouver pour lui&#13;
rendre compte de l’action et lui témoigner le sujet qu’il avait de se plaindre&#13;
de l’insolence dudit Boisseau et du garde ; ce que ledit chevalier aurait fait&#13;
- 623 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVIII&#13;
&#13;
en même temps, étant accompagné de son précepteur, du secrétaire dudit&#13;
intendant et dudit Vaultier ; que ledit chevalier étant chez ledit sieur de&#13;
Frontenac, il l’aurait fait entrer dans son cabinet avec ceux qui&#13;
l’accompagnaient, dans lequel se trouvèrent ledit Barrois et le chasseur et,&#13;
sans l’entendre, se serait jeté sur lui, l’aurait pris par le bras et le secouant&#13;
l’aurait frappé et maltraité en lui disant beaucoup d’injures et lui aurait&#13;
déchiré la manche de son justaucorps ; que ses deux secrétaires se mirent&#13;
entre eux et prièrent ledit sieur de Frontenac de se modérer ; ce qui aurait&#13;
été inutile, si on n’avait pas ouvert la porte du cabinet, d’où il sortit avec&#13;
ceux qui l’accompagnaient, et ledit sieur Frontenac le suivit et continua de&#13;
le maltraiter ; que Boisseau aurait outragé Vaultier dans la salle où étaient&#13;
les gardes et l’aurait frappé de sa canne, si le secrétaire de l’intendant ne lui&#13;
avait retenu le bras ; que ledit Vaultier aurait aussi été maltraité dans le&#13;
même temps par le nommé Henri, domestique dudit sieur de Frontenac, et&#13;
par les autres gardes qui lui dirent beaucoup de paroles injurieuses et dont&#13;
on chercha une hallebarde pour l’en percer. Ce qui obligea ledit secrétaire&#13;
de retourner dans la chambre dudit sieur de Frontenac et de lui demander&#13;
justice de tous ces mauvais traitements, sans qu’il voulût lui en faire&#13;
aucune.&#13;
Le 27e dudit mois, ledit intendant aurait appris que ledit sieur de Frontenac&#13;
se préparait à lui faire quelque violence, qu’il avait mandé à ce dessein trois&#13;
fils du sieur de Bécancourt et le sieur de Repentigny fils, leur cousin, qui&#13;
était à Portneuf à 12 lieues de Québec maison dudit Bécancourt, qu’ils&#13;
étaient arrivés le jour précédent et qu’en effet ledit jour 27e le major de&#13;
Québec le serait venu trouver tenant un papier à la main et lui aurait dit de&#13;
la part dudit sieur de Frontenac que son fils le chevalier, lui ayant manqué&#13;
de respect dans son cabinet et ayant menacé de donner des coups de bâton&#13;
à ses gardes et que lui, intendant, n’ayant voulu écouter ses secrétaires, il&#13;
désirait qu’il lui envoyât ledit chevalier Duchesneau et que s’il en faisait&#13;
difficulté, il lui fît donner par le garde qu’il avait amené l’ordre qu’il avait&#13;
apporté. À quoi il aurait répondu que son fils ayant été maltraité et frappé&#13;
par ledit sieur de Frontenac dans son cabinet, il ne pouvait pas l’exposer au&#13;
même traitement.&#13;
- 624 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVIII&#13;
&#13;
Une demi-heure après, le prévôt des maréchaux serait entré dans sa&#13;
chambre tenant aussi un papier en sa main et lui demanda qu’il lui fît mettre&#13;
entre les mains ledit Vaultier pour le lui mener. Il lui fit réponse que l’ayant&#13;
envoyé audit sieur de Frontenac avec son fils le chevalier, il avait été si&#13;
maltraité dans la salle où étaient les gardes tant par ledit Boisseau que par&#13;
ses gardes et domestiques, sans qu’il eût voulu en faire aucune justice à son&#13;
secrétaire, il ne croyait pas lui pouvoir envoyer de nouveau avec sûreté.&#13;
Ledit intendant mit entre les mains dudit évêque un papier contenant tout&#13;
ce que dessus et le pria de le montrer audit sieur de Frontenac.&#13;
Ledit sieur évêque serait retourné le 28e sur les 9 à 10 heures du matin chez&#13;
ledit gouverneur, accompagné comme auparavant. Il l’aurait trouvé avec&#13;
plusieurs personnes qu’il aurait fait retirer à la réserve du major et de ses&#13;
deux secrétaires et après lui avoir dit le récit que lui avait fait ledit intendant&#13;
de l’affaire et lui avoir fait lecture de l’écrit, il demanda d’en faire tirer&#13;
copie ; ce qu’il fit à l’heure même par un de ses secrétaires. Après quoi, il le&#13;
remit audit évêque et lui dit que l’affaire était tout autrement que l’écrit ne&#13;
portait et, ayant envoyé quérir le procès-verbal que lui avait rendu le garde&#13;
qui accompagnait Boisseau et les ordres qu’il avait donnés au major et&#13;
prévôt avec leurs certificats de réponse dudit intendant auxdits ordres et&#13;
une déposition du lieutenant-général de Québec de ce que ledit Vaultier a&#13;
dit audit Henri, domestique dudit sieur de Frontenac, il lui fit lecture de&#13;
tout.&#13;
Ledit évêque dit audit sieur de Frontenac que comme ils se plaignaient de&#13;
part et d’autre et ledit garde étant parti aussi bien que les autres, il semblait&#13;
qu’à moins qu’il n’y eût d’autres témoignages qui confirmassent ce qui était&#13;
contenu au procès-verbal, l’on ne devait pas y ajouter foi. À quoi ledit sieur&#13;
de Frontenac lui répondit que lorsque des maréchaux de France ou des&#13;
gouverneurs avaient mis de leur garde auprès de quelqu’un, leur procèsverbal était cru. Et sur ce que ledit évêque lui représenta les inconvénients&#13;
qui s’en suivraient si ce garde était cru en sa propre cause, il lui dit qu’il ne&#13;
s’étonnait pas de ce qu’il n’avait pas sur cette matière autant de&#13;
connaissance que sur la théologie et les cas de conscience, sur lesquels il le&#13;
- 625 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVIII&#13;
&#13;
consulterait volontiers, mais il savait bien la créance qu’il devait avoir au&#13;
procès-verbal dudit garde.&#13;
Le même jour après-midi, ledit évêque serait retourné chez ledit intendant,&#13;
auquel il aurait fait rapport de l’entretien qu’il aurait eu avec ledit sieur de&#13;
Frontenac et lui aurait proposé de lui envoyer ledit chevalier, son fils,&#13;
pourvu qu’il lui parlât en sa présence et de quelques-uns de ses amis qui&#13;
l’accompagneraient. Il fit réponse qu’il y consentait et qu’il n’y avait rien&#13;
qu’il ne fît pourvu qu’il pût envoyer son fils avec sûreté, afin d’empêcher&#13;
que ledit sieur de Frontenac n’exécutât le dessein qu’il avait de l’envoyer&#13;
prendre de force dans sa maison ; à l’égard dudit Vaultier, qu’ayant été&#13;
extrêmement maltraité chez lui sans qu’il eût voulu en faire aucune justice,&#13;
il ne pouvait pas l’exposer de nouveau, à moins que ledit sieur de Frontenac&#13;
ne donnât sa parole qu’il ne serait point maltraité de coups ni de prison, ou&#13;
bien qu’il s’offrait de lui en faire lui-même toute la justice qu’il pouvait&#13;
désirer.&#13;
Ledit évêque serait ensuite retourné chez ledit sieur de Frontenac et lui&#13;
aurait fait connaître la disposition dudit intendant de lui envoyer son fils,&#13;
s’il voulait bien lui parler en sa présence et de quelques-uns de ses amis,&#13;
qu’il lui témoignerait en présence de ceux qu’il désirerait, à l’exception&#13;
dudit Boisseau, auteur de cette affaire, qu’il ne croyait lui avoir rien dit qui&#13;
manquât respect qui lui est dû, que s’il l’avait fait, il serait prêt de lui en&#13;
faire toute sorte de satisfaction, n’ayant point eu d’autre sentiment que de&#13;
conserver pour lui tout le respect possible ; que ledit chevalier Duchesneau&#13;
ayant dit ce que dessus, il attendrait tout ce que ledit sieur de Frontenac lui&#13;
voudrait dire, à quoi il ne répliquerait rien.&#13;
Et pour ce qui regardait ledit Vaultier, que ledit intendant était disposé de&#13;
faire lui-même la justice telle que ledit sieur de Frontenac en serait satisfait&#13;
ou de le lui envoyer pour obéir à tout ce qu’il lui ordonnerait, pourvu qu’il&#13;
promît qu’il ne serait point maltraité de coups ni de prison. Ledit sieur&#13;
de Frontenac aurait répondu audit évêque qu’il acceptait la proposition&#13;
qu’il lui faisait pour ledit chevalier Duchesneau et que l’on lui en donnait&#13;
- 626 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVIII&#13;
&#13;
plus qu’il ne lui en aurait demandé, mais qu’à l’égard dudit Vaultier, il&#13;
voulait l’avoir à sa discrétion et sans aucune condition.&#13;
Et sur ce que ledit évêque lui dit que dans les sentiments où il voyait ledit&#13;
intendant, il ne pouvait croire qu’il fît autre chose, ledit sieur de Frontenac&#13;
lui fit réponse que ce qui ne s’accordait pas une première fois se faisait&#13;
quelquefois une seconde et que, s’il voulait bien continuer ses soins, il&#13;
pourrait possible réussir au regard du domestique comme il avait fait à&#13;
celui dudit chevalier.&#13;
Ledit évêque étant retourné chez ledit intendant, il lui témoigna qu’il ne&#13;
pouvait pas se résoudre d’envoyer derechef ledit Vaultier, son domestique,&#13;
audit sieur de Frontenac qu’aux conditions qu’il avait déjà proposées. Ce&#13;
qu’ayant rapporté audit sieur de Frontenac, il lui pria de lui marquer&#13;
l’heure qu’il lui amènerait ledit chevalier Duchesneau ; il lui fit réponse&#13;
qu’il voulait le venir remercier chez lui des peines qu’il avait voulu prendre&#13;
et qu’il lui dirait l’heure.&#13;
Ledit sieur de Frontenac rendit visite le même jour audit évêque. Il lui dit&#13;
qu’il avait appris que ledit intendant avait fait mettre son valet prisonnier&#13;
et qu’il verrait ce qu’il avait à faire. Il le pria de nouveau de lui marquer le&#13;
temps qu’il désirait qu’il lui menât ledit chevalier. Sur quoi, il lui fit&#13;
quelques difficultés, parce que ledit intendant ne voulait pas envoyer son&#13;
domestique pour en disposer à sa discrétion. Il lui fit connaître que ces deux&#13;
choses n’avaient pas de dépendance l’une de l’autre, qu’il pouvait toujours&#13;
recevoir la satisfaction dudit chevalier et user de telle autorité qu’il voudrait&#13;
à l’égard du domestique et, qu’à l’égard du fils, il y aurait bien plus de suite&#13;
et de conséquence. Après quoi, il lui donna derechef sa parole et que c’était&#13;
une affaire réglée à l’égard du fils, mais qu’il fallait différer encore quelques&#13;
jours pour voir ce qui arriverait du domestique et lui demanda ensuite un&#13;
écrit de tout ce qui s’était dit et fait tant de sa part que de celle dudit&#13;
intendant dans les pourparlers qu’ils avaient eus avec eux ; ce qu’il lui&#13;
promit.&#13;
&#13;
- 627 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLVIII&#13;
&#13;
Trois jours après, ledit sieur de Frontenac étant revenu voir ledit évêque,&#13;
accompagné du major et de ses deux secrétaires, il lui demanda l’écrit qu’il&#13;
lui avait promis ; il lui dit qu’il l’avait déjà commencé. Il lui demanda le&#13;
temps qu’il souhaitait qu’il lui menât ledit chevalier. Il lui répondit qu’il&#13;
voulait avant cela que ledit intendant lui envoyât son domestique pour en&#13;
faire à sa discrétion. Ledit évêque lui dit que lui ayant donné sa parole&#13;
plusieurs fois à l’égard du chevalier, il ne croyait pas qu’il dût faire&#13;
difficulté de l’exécuter. Ledit sieur de Frontenac lui demanda de nouveau&#13;
l’écrit qu’il lui avait demandé. Il lui fit réponse qu’il ne pouvait avec&#13;
bienséance lui donner un écrit dans lequel il était obligé de dire qu’il lui&#13;
avait donné plusieurs fois sa parole d’une chose qu’il ne voulait point&#13;
exécuter, quoiqu’elle regardât le bien de la paix. Il s’en alla chez lui, répétant&#13;
plusieurs fois qu’il retirait sa parole.&#13;
Quelques heures après, ledit sieur de Frontenac envoya le major chez ledit&#13;
sieur l’intendant pour lui demander le chevalier, lequel ayant réponse qu’il&#13;
l’avait envoyé chez ledit évêque pour le lui mener quand il le désirerait,&#13;
ledit major vint chez ledit évêque et lui dit qu’il avait ordre dudit sieur&#13;
de Frontenac de lui mener ledit chevalier. Il lui dit qu’il l’allait envoyer&#13;
quérir. Ce qu’ayant fait, il le remit entre les mains dudit major qui le mena&#13;
audit sieur de Frontenac, lequel le fit arrêter et mettre dans une chambre du&#13;
fort.&#13;
&#13;
- 628 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIX&#13;
&#13;
Doc. XLIX. Extraits des Annales du monastère des Ursulines de Québec, 1681-1708&#13;
&#13;
Doc. XLIX&#13;
Extraits des Annales du monastère des Ursulines de Québec, 1681-1708,&#13;
d’après l’original conservé aux Archives dudit monastère&#13;
Les Annales des Ursulines de Québec sont constituées de plusieurs registres&#13;
manuscrits dans lesquels sont inscrits jour après jour les faits les plus importants&#13;
de l’histoire du monastère, depuis la fondation en 1639 jusqu’en 1950.&#13;
Malheureusement, la première partie, de 1639 à 1686, a été détruite dans&#13;
l’incendie de 1686. Pour remédier à cette perte, cette partie fut immédiatement&#13;
recomposée par la responsable des annales du temps, selon les souvenirs des&#13;
sœurs qui avaient connu le déroulement des faits depuis la fondation. À partir de&#13;
1686, les nouvelles sont d’origine.&#13;
Comme le Journal des Jésuites (Doc. XX), les Annales des Ursulines n’étaient&#13;
pas destinées au public. C’est pourquoi les faits sont écrits avec simplicité, sans&#13;
l’ombre d’une émotion.&#13;
Les extraits que nous reproduisons ici se réfèrent non seulement aux rapports que&#13;
le Serviteur de Dieu eut avec les Ursulines durant son épiscopat, mais aussi à&#13;
divers faits survenus après sa démission en 1685, après sa mort et ses funérailles.&#13;
&#13;
1681&#13;
L’an 1681, au commencement de mars, Mgr François de Laval, premier&#13;
évêque de Québec, commença sa visite en notre maison et après avoir parlé&#13;
à toutes les sœurs, il en fit la conclusion le 17 du même mois, ordonnant à&#13;
la communauté de laisser les constitutions particulières que l’on avait&#13;
composées pour cette maison après son établissement et que l’on avait&#13;
gardées jusqu’alors, pour prendre les constitutions et règlements de la&#13;
congrégation de Paris, nous unissant à ladite congrégation et en prenant&#13;
tout ce qui s’en peut observer en ce pays. À quoi l’on obéit et dès le 20 du&#13;
mois l’on commença à suivre l’ordre du jour ainsi qu’il est marqué dans les&#13;
constitutions. Le 25 du même mois, nous prîmes la coiffure et la ceinture de&#13;
cuir, car pour le reste de l’habit, ne se trouvant pas d’étoffe convenable, il&#13;
fallut attendre qu’il en fût venu de France pour les cottes et manteaux et&#13;
l’on en demanda cette année 378.&#13;
&#13;
Le décret du Serviteur de Dieu par lequel les constitutions de la congrégation des Ursulines de&#13;
Paris sont mises en vigueur au monastère de Québec date du 15 janvier 1682 et est conservé aux&#13;
Archives de l’archevêché de Québec, Registre A*, p. 132, no 174. Autour de cette affaire, voir&#13;
Doc. XXI, nos 3 et 5.&#13;
378&#13;
&#13;
- 629 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIX&#13;
&#13;
1688&#13;
Le 3 juin de cette même année arriva le navire nommé le Soleil d’Afrique,&#13;
e&#13;
&#13;
dans lequel était M. de Laval, premier évêque de Québec. Son retour causa&#13;
une joie universelle, d’autant plus grande que l’on avait presque perdu&#13;
l’espérance de le revoir jamais. Deux jours après son arrivée, il nous fit&#13;
l’honneur de nous rendre visite.&#13;
Le 1er jour d’août de cette même année, Mgr Jean-Baptiste de Saint-Vallier,&#13;
évêque de Québec, revenant de France se faire sacrer, arriva en ce pays.&#13;
L’on en eut la nouvelle le matin à 4 heures et, sur les 5 ½ heures,&#13;
Mgr de Laval alla au vaisseau accompagné de M. de Bernières, doyen du&#13;
chapitre. Le vaisseau arriva sur les 9 ou 10 heures du matin. Cependant,&#13;
Mgr de Québec resta dans le vaisseau jusqu’à 2 heures après-midi [...].&#13;
Le samedi des Quatre-temps de septembre, Mgr de Québec voulut nous&#13;
donner la consolation de donner les ordres dans notre petite chapelle, y&#13;
faisant un prêtre et un diacre. Toute notre petite chapelle était remplie&#13;
d’ecclésiastiques. Nos deux prélats y étaient et environ 18 prêtres.&#13;
1705&#13;
J’ai oublié de marquer ci-devant que le 1er jour d’octobre les MM. du&#13;
Séminaire furent affligés par un second incendie par la faute d’un menuisier&#13;
[...] Les RR. PP. jésuites se sont comportés dans cette seconde fois avec la&#13;
même charité et cordialité qu’à la première. Mgr l’Ancien 379 et M. Petit ont&#13;
demeuré près de deux mois dans leur infirmerie ; ce qui a été fort utile à&#13;
Monseigneur, car quand il y fut, l’on craignait qu’il ne mourût avant le&#13;
départ des vaisseaux et quand il en est sorti, il était tout rajeuni. Nous prions&#13;
de tout notre cœur le Seigneur de le conserver pour sa gloire et pour le bien&#13;
du Canada.&#13;
&#13;
379&#13;
&#13;
Après la démission du Serviteur de Dieu en 1688, on l’appelait « Mgr l’Ancien ».&#13;
- 630 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. XLIX&#13;
&#13;
1708&#13;
Le 6 mai, M François de Laval, premier et ancien évêque de ce pays,&#13;
e&#13;
&#13;
gr&#13;
&#13;
décéda entre 7 et 8 heures du matin. Incontinent 380 le peuple en fut averti&#13;
par le son de toutes les cloches de la ville, qui, aussitôt que la cathédrale&#13;
sonna le premier glas, se mirent à sonner aussi longtemps que la cathédrale.&#13;
Et l’on continua à faire de même, trois par jour, pendant les trois jours que&#13;
son corps fut exposé à la vénération du public, tout le peuple s’empressant&#13;
pour marquer la vénération qu’il avait pour cet illustre défunt. On portait&#13;
quantité de chapelets pour les mettre sur son corps et les lui faire toucher,&#13;
jusqu’aux enfants qui disaient et criaient : « Laissez-nous approcher et voir&#13;
le saint ». Les communautés ayant marqué un grand désir de voir ce&#13;
précieux dépôt, il fut résolu que l’on porterait son corps dans les quatre&#13;
églises de la haute-ville. L’on tendit les églises de noir, l’on fit une élévation&#13;
au milieu des églises, sur quoi on posait le corps entouré de lumières. L’on&#13;
dit que le clergé, y compris les enfants de chœur, était bien de&#13;
150 personnes, tous les curés de 30 lieues à la ronde s’étant rendus à Québec&#13;
pour cette cérémonie. Tous les religieux étaient joints avec le clergé. Jamais&#13;
l’on avait rien vu de convoi pareil ni pompe funèbre en ce pays. Aussi étaitce la pompe funèbre du premier évêque de la Nouvelle-France.&#13;
Enfin, le troisième [jour] après son décès, il fut porté par six ecclésiastiques,&#13;
qui se rechangeaient à chaque station, dans les églises, savoir : chez les&#13;
RR. PP. récollets, ensuite ils vinrent dans notre petite chapelle, puis chez les&#13;
RR.PP. jésuites, ensuite à l’Hôtel-Dieu et de là ils retournèrent à la&#13;
cathédrale et firent l’enterrement. Le lendemain, nous lui fîmes un service&#13;
solennel. M. de Glandelet chanta la grand-messe solennelle avec diacre et&#13;
sous-diacre et nous chantâmes le Libera en plein chant pour la première fois.&#13;
M. de Glandelet nous dit un petit mot sur les vertus qui avaient été les plus&#13;
chères et qui faisaient comme le caractère de la sainteté de notre illustre&#13;
prélat. Ainsi finit cette triste cérémonie. L’on ne doute point que dans la&#13;
suite le Seigneur ne le manifeste ; d’autant plus qu’il a caché ses plus belles&#13;
actions par l’amour qu’il avait pour la solitude et vie cachée et abjecte.&#13;
&#13;
380&#13;
&#13;
NDLR : immédiatement.&#13;
- 631 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. L&#13;
&#13;
Doc. L. Lettre de Laval à Dudouyt (6 novembre 1683)&#13;
&#13;
Doc. L&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à l’abbé Dudouyt, procureur du Séminaire de&#13;
Québec auprès du roi de France, 6 novembre 1683, d’après l’original&#13;
conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Polygraphie 9, no 103d&#13;
Nous avons cru opportun de reproduire ici quelques passages d’une longue lettre&#13;
du Serviteur de Dieu à l’abbé Dudouyt traitant de plusieurs questions&#13;
administratives du Séminaire de Québec. Ceux en rapport avec le projet de fusion&#13;
du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal avec celui de Québec, dans le but&#13;
d’avoir une seule famille sacerdotale au Canada, revêtent un intérêt particulier.&#13;
Ce projet n’a cependant pas de suite. (La Tour, Mémoires sur la vie de&#13;
M. de Laval, premier évêque de Québec, Livre VI, vers la fin.)&#13;
&#13;
Notes de Mgr de Laval&#13;
&#13;
Lettre de Mgr de Laval&#13;
À Québec, ce 6 novembre 1683&#13;
&#13;
Nous venons, mon cher Monsieur, d’avoir des nouvelles&#13;
qu’il y a un navire du roi à Tadoussac qui amène&#13;
Vaisseau du roi arrivé&#13;
200 soldats, avec de l’argent monnayé, qui est, à ce que&#13;
l’on dit, 25 000 livres. Nous ne savons pas si l’espérance&#13;
presque sans douter, que vous nous aviez écrit que vous&#13;
aviez, que l’on continuerait les 6 000 francs cette année&#13;
pour la subsistance des curés et missionnaires aura eu&#13;
son effet. L’on en aurait grand besoin au Séminaire, qui&#13;
est accablé d’affaires et qui doit aux marchands d’ici, sans&#13;
compter [à] M. de La Chesnaye, auquel l’on a laissé les&#13;
Les 6  000 livres des cures&#13;
Nécessité de les continuer 4 000 livres qui sont sur l’état des charges, lesquelles&#13;
4 000 livres, par la quittance que j’en ai donné aux&#13;
Fermiers, j’ai entièrement attribuées et appliquées cette&#13;
année à notre Séminaire, quoiqu’il y ait, sur ledit état,&#13;
que ce soit pour le curé et les prêtres du Séminaire et la&#13;
Par ma quittance de cette&#13;
bâtisse des églises – lequel style fut mis par M. de Bellinannée des 4 000 livres sur&#13;
zani, fondé sur ce qui était inscrit auparavant sur le même&#13;
l’état des charges,&#13;
état, mais il le fit par quelque ressentiment, n’ayant pas&#13;
j’attribue toute ladite&#13;
somme pour la subsistance d’égard qu’au lieu de 5 000 livres qui étaient attribuées&#13;
audit Séminaire et 2 000 francs pour la bâtisse des&#13;
de notre Séminaire de&#13;
Québec.&#13;
églises, qui faisait en tout la somme de 7 000 livres, l’on&#13;
- 632 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. L&#13;
&#13;
en retranchait 3 000 francs – ainsi qu’il n’était pas juste&#13;
de retrancher sur le Séminaire aucune chose, qui doit&#13;
avoir pour sa subsistance comme il semble que les&#13;
ordonnances attribuent aux autres séminaires de France,&#13;
lorsque l’on fait une imposition sur tout le clergé de&#13;
chaque diocèse ; dont vous aurez soin de vous informer&#13;
particulièrement et nous en donner avis.&#13;
&#13;
Il ne peut subsister à&#13;
moins que de 3 000 livres,&#13;
prix de France.&#13;
&#13;
Les autres séminaires de&#13;
France ont ce même fonds&#13;
par imposition ou de&#13;
quelque autre manière.&#13;
&#13;
Mes quittances&#13;
précédentes attribuaient&#13;
600 livres au curé de&#13;
Québec, 400 livres pour la&#13;
bâtisse des églises et&#13;
3 000 livres à notre&#13;
Séminaire.&#13;
&#13;
Vous pouvez facilement être éclairci de ce à quoi se&#13;
monte celle de Bourges et d’Évreux, puisque les abbayes&#13;
de l’Estrée et Méobecq en paient leur part. Je crois que&#13;
les choses sont différentes et que l’on a possible égard au&#13;
revenu qu’ont déjà les séminaires indépendamment de&#13;
ladite imposition ; ce qui n’est pas [applicable] au regard&#13;
de celui de Québec, qui n’a point d’autres fonds d’attribution et qui n’en peut avoir à l’avenir sur le clergé du&#13;
diocèse. Je ne crois pas qu’un séminaire puisse avoir&#13;
moins de revenus pour sa subsistance que 3 000 francs&#13;
de France, qui fait 4 000 francs prix du Canada. Il est&#13;
important d’établir ce fonds pour la subsistance à venir&#13;
dudit Séminaire de Québec, sur le pied de 3 000 livres de&#13;
France.&#13;
C’est dans cette vue que l’on met sur l’état que l’on&#13;
envoie des cures, signé de nous trois, 1 000 francs pour&#13;
la cure de Québec, afin que si la Cour approuve ledit état,&#13;
la cure de Québec ait son attribution et revenu sur ledit&#13;
fonds des cures et que l’on ne soit pas obligé, comme&#13;
j’avais fait les deux ou trois années précédentes à celleci, de prendre une partie des 4 000 livres pour ledit curé&#13;
de Québec, auquel j’a[vais] appliqué 600 livres, 400 livres&#13;
pour la bâtisse des églises et les 3 000 livres restantes&#13;
pour la subsistance de cinq prêtres employés aux&#13;
fonctions dudit Séminaire. J’ai fait ce changement cette&#13;
année, afin qu’il serve de fondement pour les suivantes.&#13;
Si l’on trouve à redire à la Cour, il faudra pour lors&#13;
soutenir les droits du Séminaire et dire que j’ai été obligé&#13;
d’en user de cette manière par la nécessité que le curé&#13;
&#13;
- 633 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. L&#13;
&#13;
Raisons du&#13;
changement que&#13;
j’ai fait cette&#13;
année dans ladite&#13;
attribution&#13;
&#13;
de Québec avait de quelque fonds pour subsister [en]&#13;
attendant que le roi y eût pourvu, ainsi qu’aux autres&#13;
cures du pays ; ce qui n’est pas [le cas] cette année. L’on&#13;
avait été sur le point de faire voir, sur l’état des cures, que&#13;
les 4 000 livres prix de ce pays, qui sont sur l’état,&#13;
n’éta[ie]nt que ce qui est nécessaire et que l’on donne&#13;
aux autres séminaires. Le roi doit pourvoir, sur le même&#13;
fonds des cures, à la subsistance du curé de Québec. Mais&#13;
l’on a jugé plus à propos de ne pas se déclarer ouvertement sur cet article, mais seulement d’insérer ladite&#13;
somme de 1 000 livres pour ladite de Québec, de peur&#13;
qu’en demandant trop à la fois, l’on ne fût cause des&#13;
réflexions que l’on pourrait faire.&#13;
&#13;
J’ai délivré à M. de Bernières une provision de ladite cure&#13;
pour les poursuites et instances que m’en ont fait ces&#13;
Messieurs, sans leur avoir fait rien connaître jusqu’à&#13;
Cure de Québec&#13;
présent du dessein que l’on a de l’unir au Séminaire,&#13;
étant ce semble nécessaire d’en établir le revenu auparaAvoir recours à Rome pour vant ; et si les 1 000 livres que l’on a mises sur l’état des&#13;
la réunion&#13;
cures peu[ven]t passer, l’on déclarera ladite union que&#13;
l’on en pourrait faire postérieurement, de la même&#13;
manière que l’on l[’a] déclarée, dans ledit état des cures,&#13;
celle de Montréal, unie par moi audit Séminaire de&#13;
Cure de Montréal unie et&#13;
Montréal. Mais vous verrez, dans la lettre que j’écris à&#13;
déclarée telle sur l’état des M. l’abbé de Brisacier et que je vous envoie ouverte, le&#13;
cures&#13;
sentiment dans lequel je persiste que pour l’assurer au&#13;
Séminaire de Québec, ce qui est plus important que toute&#13;
autre chose que l’on puisse faire pour ledit Séminaire, il&#13;
faut, de nécessité, pour les raisons portées dans ladite&#13;
lettre, affermir ladite réunion en Cour de Rome.&#13;
Provision de la cure de&#13;
Québec à M. de Bernières&#13;
&#13;
Puisque la barque que l’on a envoyée en France ce&#13;
printemps est arrivée, vous aurez su l’accident&#13;
d’une chute très dangereuse qui m’était arrivée, de&#13;
laquelle je gardais le lit quand je vous écrivis. J’en&#13;
suis demeuré fort incommodé du bras gauche. À&#13;
quoi est survenu un autre accident qui m’a retenu&#13;
- 634 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. L&#13;
&#13;
Vous saurez l’état de ma&#13;
santé par les lettres de&#13;
plusieurs personnes que je&#13;
vous adresse.&#13;
&#13;
cinq mois sans exercice, étant arrêté par le pied et la&#13;
jambe. Vous le connaîtrez par diverses lettres où j’en&#13;
parle plus au long et ce ne serait qu’une répétition&#13;
que de vous le réitérer. Notre-Seigneur et sa sainte&#13;
Mère en disposeront comme il leur plaira. Je ressens&#13;
bien que mes forces s’affaiblissent beaucoup ; à l’âge&#13;
de 60 ans passés, nous ne pouvons pas attendre&#13;
autre chose que l’accroissement de nos infirmités.&#13;
&#13;
Difficultés que j’ai eues et&#13;
dont je vous ai écrites au&#13;
regard de l’établissement&#13;
des chanoines et dignités,&#13;
sur lesquelles vous ne&#13;
m’avez pas rendu réponse.&#13;
&#13;
Pour suppléer à cette&#13;
difficulté, j’ai attribué des&#13;
&#13;
Quoique nous n’ayons reçu aucune réponse à la plus&#13;
grande difficulté que je vous ai mandée où j’étais de&#13;
savoir si je pouvais ériger des chanoines et dignités de&#13;
notre chapitre sans aucun fonds sur lequel je puisse&#13;
asseoir le titre desdits bénéfices, parce qu’il semble qu’il&#13;
ne peut pas y avoir de titre sans revenu qui puisse servir&#13;
de subsistance à celui qui en est pourvu. Cependant, il est&#13;
clair que les menses monacales de Méobecq et de&#13;
l’Estrée n’étant point supprimées à Rome, je ne puis les&#13;
attribuer auxdits chanoines et dignités, étant une chose&#13;
de droit essentiellement nécessaire pour que lesdits&#13;
dignités et chanoines en puissent jouir et avoir une&#13;
possession légitime. Qu’elles soient supprimées et&#13;
éteintes. Ainsi, il faut prendre garde que tout ce que&#13;
j’aurai fait soit détruit par celui qui me succédera et si&#13;
c’est une condition essentielle, il ne faut pas se précipiter&#13;
et trouver une manière qui soit assurée.&#13;
Cependant, à tout événement, nous avons jugé à propos&#13;
d’ériger ledit chapitre, pour obvier aux accidents qui&#13;
peuvent arriver, et afin que l’on ne puisse pas dire que&#13;
lesdits chanoines et dignités n’aient aucun fonds assuré,&#13;
je me suis avisé d’un expédient, qui est de les établir non&#13;
seulement sur les menses monacales de l’Estrée et de&#13;
Méobecq et les offices claustraux dudit Méobecq, mais&#13;
encore d’y joindre des fonds de terre situés en ce pays ;&#13;
et pour cet effet, après que le Séminaire nous a remis&#13;
trois lieues de front des terres appelées Petite-Nation ou&#13;
- 635 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. L&#13;
&#13;
fonds de terre en ce pays.&#13;
Ne manquez pas de faire&#13;
réponse.&#13;
&#13;
L’on peut avoir plus de&#13;
droit sur le fonds des&#13;
offices claustraux.&#13;
&#13;
Je vous envoie les&#13;
procédures faites pour la&#13;
réunion des prieurés qui&#13;
sont en Berry où est le&#13;
consentement de&#13;
M. l’abbé de Rochefort le&#13;
tout en minute.&#13;
&#13;
Sault-de-La-Chaudière, nous en avons fait donation audit&#13;
chapitre pour être défrichés et faits valoir à frais&#13;
communs et le revenu qui en proviendra être distribué à&#13;
proportion, suivant les attributions que nous en ferons&#13;
par les statuts que nous en dresserons. Ce fonds, à ce qui&#13;
me semble, suffit pour que l’on ne puisse pas dire qu’il&#13;
n’y a aucun fonds légitime et de droit appartenant audit&#13;
chapitre et duquel l’évêque ait pu disposer. L’on peut&#13;
répondre, néanmoins, au cas qu’à la suite il arrivât une&#13;
contestation de cette nature, que le concordat fait entre&#13;
les religieux et moi a été autorisé par l’archevêque de&#13;
Bourges, des lettres patentes du roi, avec l’homologation&#13;
ou enregistrement au Parlement de Paris, qui est tout ce&#13;
qui se peut faire pour établir un droit, à la réserve de la&#13;
suppression en Cour de Rome.&#13;
Vous me demandez où est cet acte de réunion des offices&#13;
claustraux fait par mondit sieur l’archevêque de Bourges,&#13;
[M.] de Montpezat. Je réponds que je ne l’ai point ici,&#13;
ayant laissé en France tout ce que j’ai fait, tant au regard&#13;
desdits offices que des prieurés qui sont Berry et en&#13;
Touraine, à la réserve des informations pour la réunion&#13;
des prieurés de Bénévent et autres qui sont en Berry, qui&#13;
furent faites au sieur Gauthier, lesquelles je vous envoie.&#13;
Elles sont par mégarde demeurées parmi les papiers, [ce]&#13;
dont je suis bien marri, parce que ce sont les minutes&#13;
pour lesquelles, si elles venaient à être perdues en&#13;
chemin, il n’y aurait aucune ressource et ce serait une&#13;
perte d’autant plus grande pour le Séminaire que la&#13;
procuration de M. l’abbé de Rochefort, portant son&#13;
consentement, y est en minute, avec le consentement&#13;
dudit abbé de Rochefort, signé de lui, sur lequel il y a [la]&#13;
remarque que, pour assurer ledit prieuré audit&#13;
Séminaire, j’ai toujours été de sentiment qu’il serait&#13;
nécessaire de le faire réunir à Rome, parce que ledit abbé&#13;
de Rochefort ne donne, à ce qu’il semble, son consentement qu’à condition et sur le fondement que la réunion&#13;
dudit prieuré se fera par le pape et ne fait aucune&#13;
- 636 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. L&#13;
&#13;
Il est important de faire&#13;
réunir le prieuré de&#13;
Bénévent du Séminaire à&#13;
Rome et ne se pas&#13;
contenter d’une réunion&#13;
devant l’archevêque.&#13;
&#13;
Le consentement dudit&#13;
abbé de Rochefort n’est&#13;
donné qu’à condition que&#13;
la réunion s’en fera par le&#13;
Saint-Siège.&#13;
&#13;
Le consentement des&#13;
prieurs étant nécessaire à&#13;
Rome pour la réunion. Il&#13;
n’y a que le prieuré de&#13;
Bénévent que l’on y puisse&#13;
réunir.&#13;
&#13;
mention que la réunion se doive faire par l’archevêque ;&#13;
et une marque qu’il fait une grande distinction entre&#13;
l’une et l’autre réunion est qu’ayant remarqué cette&#13;
clause dans son consentement et craignant que ce défaut&#13;
ne le rendît [redevable] et aussi pour éviter la dépense&#13;
de la réunion que l’on devrait faire à Rome.&#13;
Je lui envoyai un ecclésiastique pour le prier de vouloir&#13;
changer son écrit et y insérer que la réunion s’en ferait&#13;
devant l’archevêque. Il répondit que ce n’avait point été&#13;
son intention, mais qu’elle se fît à Rome par le pape, à&#13;
moins de quoi il disposerait dudit prieuré. Comme c’est&#13;
l’unique qui soit considérable, valant 1  000 ou&#13;
1 200 francs, il vaut bien la peine de ne rien négliger et&#13;
de faire la dépense nécessaire, qui sera au plus de 1 000,&#13;
1 200 ou 1 500 livres, pour l’assurer audit Séminaire,&#13;
laquelle [dépense] je suis d’autant plus d’avis que l’on&#13;
fasse, pour le mettre en sûreté, que l’abbé de Rochefort&#13;
est l’unique qui ait donné son consentement, lequel est&#13;
une condition sans laquelle l’on ne passerait pas aucune&#13;
réunion en Cour de Rome. Vous y penserez, quoique les&#13;
copies de toutes ces procédures fussent comme inutiles&#13;
si les minutes se perdaient. Cependant, j’ai voulu vous les&#13;
envoyer, afin que vous fussiez au moins instruit par ces&#13;
copies pour en pouvoir faire d’autres.&#13;
Pour ce qui est de l’acte de réunion que M. de Montpezat fit à Paris des offices claustraux, j’ai une mémoire&#13;
confuse qu’un certain Borgue, qui avait son secrétariat à&#13;
ferme, demandât une somme excessive pour l’acte de&#13;
réunion et tout ce qui concernait ladite réunion. Je tirai&#13;
adroitement la date de toutes les procédures et je&#13;
l’abandonnai là du sentiment de Monsieur, Mgr de&#13;
Bourges, [M.] de Monpezat, qui jugea que nous n’avions&#13;
besoin que de ce que l’on avait extrait et dressa son acte&#13;
de réunion, lequel vous devez avoir à Paris, ou bien&#13;
Mgr de Bourges ne l’aurait point délivré et l’on ne l’aurait&#13;
pu avoir de son secrétaire. Il me semble néanmoins qu’il&#13;
- 637 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. L&#13;
&#13;
Je n’ai pas l’acte de&#13;
réunion des offices&#13;
claustraux.&#13;
&#13;
Envoyez ici des copies&#13;
collationnées de tous les&#13;
papiers qui touchent le&#13;
Séminaire et chapitre. J’ai&#13;
celle de la réunion faite&#13;
des prieurés au Séminaire&#13;
par Mgrs de Bourges et de&#13;
Tours.&#13;
&#13;
Intenter action ou faire&#13;
accommodement pour le&#13;
prieuré qu’a résigné le&#13;
sieur Paris [en] se mariant.&#13;
&#13;
Livres de feu M. Poitevin&#13;
doivent être envoyés ici.&#13;
&#13;
se servait d’un autre à Paris pour secrétaire et je crois que&#13;
l’acte d’homologation [est] au Parlement. Vous en auriez&#13;
dû envoyer copie et même il n’y a aucun de ces papiers&#13;
dont il ne dût y avoir ici des copies en forme, pour les&#13;
intérêts au Séminaire. La mort et le changement peuvent&#13;
arriver et l’on serait embarrassé de n’avoir pas toutes ces&#13;
connaissances.&#13;
Ayez soin de voir un peu ceux qui peuvent être&#13;
nécessaires audit Séminaire et chapitre et les faites faire.&#13;
J’ai ici des copies collationnées [par] Carnot des deux&#13;
actes de réunion de Mgrs de Bourges et de Tours pour la&#13;
réunion desdits prieurés au Séminaire, que vous&#13;
m’écrivez qui sont nuls, ayant été faits à Paris par&#13;
Mgr de Bourges, hors de son territoire. Je ne vois pas que&#13;
ce soit la même raison pour la réunion des prieurés qui&#13;
sont en Touraine, dont l’acte a été passé à tous, ce qui&#13;
fait que je ne comprends pas quel peut être le manque&#13;
de formalité, me souvenant bien que ledit acte a été&#13;
signifié à M. Paris, que vous me mandez qui l’a rendu&#13;
vacant, s’étant marié. C’est celui, après le prieuré de&#13;
Bénévent de M. l’abbé de Rochefort, qui est de plus de&#13;
revenu ; ce prieuré du sieur Paris vaut, je crois, bien&#13;
200 écus. S’il y a eu lieu d’intenter cette réunion, il ne&#13;
faudrait pas perdre cette occasion que l’on ne retrouvera&#13;
pas possible [de] sitôt. Si vous pouvez le faire accordant&#13;
pension ou la jouissance de la vie durant de celui à qui il&#13;
a prétendu résigner, il le faut faire à cette condition.&#13;
Vous avez fait une faute de ne pas envoyer tous les livres&#13;
de feu M. Poitevin, légués au Séminaire. Tout sert à une&#13;
bibliothèque, même les doubles. Je m’atten-dais bien&#13;
que ceux qu’il avait eus de l’abbaye de l’Estrée reviendraient ici. L’on ne vend pas grand-chose des livres qui&#13;
ont servi et de cette nature et il en faut acheter bien cher.&#13;
C’est une affaire faite. Il n’y faut plus penser.&#13;
&#13;
- 638 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. L&#13;
&#13;
M. Poitevin&#13;
&#13;
M. Poitevin était un bon serviteur de Dieu. Ce que&#13;
j’estime plus en sa mort et qui est une marque de&#13;
l’esprit de Notre-Seigneur est le bon usage qu’il a&#13;
fait de tout ce qu’il possédait. C’est une grâce bien&#13;
particulière de Dieu, puisque sa Providence a voulu&#13;
lui inspirer de vous résigner son prieuré de&#13;
Château-Porcien. Nous avons sujet de l’en bénir de&#13;
&#13;
Prieuré du ChâteauPorcien&#13;
&#13;
la manière dont vous me parlez. Il serait bien&#13;
difficile de le pouvoir réunir au Séminaire, [ce] qui&#13;
serait un bien, s’il en donnait les moyens et les&#13;
ouvertures. Notre-Seigneur et sa sainte Mère en&#13;
disposeront comme il leur plaira.&#13;
&#13;
Difficultés de le pouvoir&#13;
réunir ni conserver par&#13;
résignation&#13;
&#13;
Ce n’est pas une chose si facile dans l’éloignement du&#13;
Canada de la France de pouvoir conserver un prieuré par&#13;
résignation pour le Séminaire de Québec. Il faudrait pour&#13;
cela avoir des procurations pour accepter en France, de&#13;
la part de celui en faveur duquel l’on résigne, et même&#13;
en envoyer tous les ans de nouvelles, ne croyant pas&#13;
qu’une procuration sur année en cette matière peut être&#13;
bonne ainsi. À moins que de se servir d’une personne qui&#13;
serait en France et bien attachée aux intérêts du&#13;
Séminaire, il y aurait beaucoup de peine.&#13;
&#13;
L’on ne manquera pas aux messes fondées par&#13;
M. Poitevin. C’est un bon choix qu’il a fait pour sa cure.&#13;
Je lui avais dit plusieurs fois qu’il ne pouvait faire [autre&#13;
Providence pour la cure de chose] que de la résigner à quelqu’un de ses Messieurs,&#13;
Saint-Josse de ce qu’il l’a [M.] Amelin. C’est le vrai moyen d’y continuer la&#13;
résignée à M. Amelin.&#13;
communauté et les autres biens qu’il y avait lui-même&#13;
continué. C’est une grande providence de Dieu pour&#13;
cette cure.&#13;
L’on ne manquera pas aux&#13;
messes de M. Poitevin.&#13;
&#13;
- 639 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. L&#13;
&#13;
Saint-Sulpice&#13;
&#13;
Puisque ce que vous m’écrivez qui regarde SaintSulpice n’a pas été exécuté suivant les vues que l’on&#13;
avait eues, il faut se conformer aux desseins de&#13;
Dieu, qui fait tout pour le mieux.&#13;
&#13;
Conférer l’ordre de&#13;
prêtrise à M. de Belmont&#13;
&#13;
Nous conservons toujours une grande union avec le&#13;
Séminaire de Montréal, rempli de bons et vertueux&#13;
ecclésiastiques. Nous avons cette année donné&#13;
l’ordre de prêtrise à M. de Belmont.&#13;
&#13;
Saint-Sulpice&#13;
&#13;
Ce que vous avez fait au regard de Saint-Sulpice et&#13;
des ouvertures que vous y avez faites seront utiles&#13;
et feront du bien sur les esprits. Je crois qu’il ne faut&#13;
pas pousser la chose plus avant. Dieu en tirera sa&#13;
gloire.&#13;
&#13;
Le Séminaire de Paris&#13;
&#13;
Je bénis Notre-Seigneur et sa sainte Mère de ce que&#13;
le Séminaire de Paris reprend de plus en plus son&#13;
premier esprit. C’est une chose bien nécessaire et&#13;
importante pour le bien et avancement de celui de&#13;
Québec. Ils feront très bien d’en bannir les abbés&#13;
mondains, ce qui lui a fait un grand tort par le passé.&#13;
C’est une bonne chose que vous y demeuriez ; cela&#13;
fortifiera l’uni on qui doit être entre les deux&#13;
Séminaires et donnera plus de facilités pour&#13;
beaucoup de choses qui concernent l’établissement&#13;
de celui-ci, temporelles et spirituelles.&#13;
&#13;
- 640 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction générale aux Docs. LI&#13;
&#13;
INTRODUCTION GÉNÉRALE AUX DOCS. LI&#13;
&#13;
Introduction générale aux Docs. LI&#13;
Lettres, mémoires, actes et procès-verbaux qui illustrent les relations&#13;
du Serviteur de Dieu avec son successeur&#13;
au sujet de l’évêché de Québec, 1684-1703&#13;
En 1684, le Serviteur de Dieu se rendit en France pour remettre sa démission de&#13;
l’évêché de Québec pour de graves raisons de santé 381. Il trouva rapidement un&#13;
secours en la personne de l’abbé Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières de SaintVallier, aumônier royal, qu’il envoya à Québec comme son vicaire général et qui&#13;
devint par la suite son évêque successeur (1688-1727). Toutefois, le Serviteur de&#13;
Dieu se remit de sa maladie et put retourner au Canada en 1688, où il vécut encore&#13;
20 ans, principalement à Québec, pendant que son successeur était en fonction.&#13;
Ainsi, le Serviteur de Dieu se trouva dans une position plutôt délicate et difficile :&#13;
alors qu’il eût espéré passer les dernières années de sa vie dans le recueillement,&#13;
le tempérament différent et les vues opposées de son successeur lui causèrent de&#13;
grandes peines. Au cours de ses 29 années à la tête de l’Église de Québec,&#13;
Mgr de Laval l’avait dotée d’une organisation qu’il croyait la meilleure pour le&#13;
pays et selon l’esprit de Dieu. Or, durant sa retraite, il dut assister à un changement&#13;
d’orientation systématique par Mgr de Saint-Vallier et à la modification, et parfois&#13;
la suppression, d’œuvres qui lui étaient chères.&#13;
Il nous semble nécessaire d’étudier les relations entre le Serviteur de Dieu et son&#13;
successeur, puisque jusqu’à maintenant, cet aspect de la Cause n’a pas été&#13;
considéré et que rien n’a été publié à ce sujet.&#13;
Pour ce faire, nous avons recueilli une imposante quantité de nouvelles, de&#13;
mémoires et de lettres au sujet de cette période. Nous avons ensuite analysé tout&#13;
ce matériel, en grande partie nouveau, cherchant toujours à mettre en lumière la&#13;
position et l’attitude du Serviteur de Dieu. Pour la clarté de notre propos, nous&#13;
avons disposé cette documentation en sept thèmes chronologiques.&#13;
1° La part du Serviteur de Dieu dans l’élection de son successeur, 16841685&#13;
2° La relation du Serviteur de Dieu avec l’abbé de Saint-Vallier,&#13;
successeur désigné et vicaire général, alors que Mgr de Laval était toujours&#13;
en fonction, 1685-1688&#13;
3° Le retour du Serviteur de Dieu à Québec après sa démission et les&#13;
difficultés liées à ce retour, 1686-1688&#13;
4° Les raisons du Serviteur de Dieu d’intervenir dans les controverses entre&#13;
Mgr de Saint-Vallier et le Séminaire de Québec, 1688-1692&#13;
NDLR : La raison souvent citée que donna Mgr de Laval pour sa démission était sa santé&#13;
défaillante. Toutefois, nous croyons que les oppositions à ses façons de faire de la part du&#13;
gouvernement au Canada et en France, de plus en plus nombreuses, ainsi que la diminution de son&#13;
influence à la Cour, qui le jugeait trop entêté, notamment au sujet de la traite de l’eau-de-vie, ont&#13;
probablement contribué à sa décision de se démettre. Plutôt que de tenir mordicus à sa position par&#13;
orgueil, il semblerait qu’il ait eu la réflexion que s’il n’était plus jugé comme étant l’homme de la&#13;
situation, il valait mieux, pour le bien de l’Église, laisser sa place à un autre.&#13;
381&#13;
&#13;
- 641 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction générale aux Docs. LI&#13;
&#13;
5° Les raisons d’intervenir dans les controverses entre Mgr de SaintVallier, le Séminaire de Québec et le chapitre de l’église cathédrale, 16921695&#13;
6° Les raisons d’intervenir lorsque plusieurs espéraient la démission de&#13;
Mgr de Saint-Vallier, 1695-1696&#13;
7° Quelques nouvelles sur les relations et la collaboration entre le Serviteur&#13;
de Dieu et son successeur, Mgr de Saint-Vallier, 1698-1703&#13;
En plus de cette introduction générale, chaque thème comporte des notes&#13;
préliminaires ; ainsi, nous croyons qu’un lecteur parcourant les Docs. LI dans en&#13;
entier sera en mesure de se faire une idée assez claire du déroulement des faits et&#13;
de les évaluer à leur juste mesure.&#13;
Pour ce faire, toutefois, il devra d’abord connaître la personnalité de Mgr de SaintVallier. Nous croyons donc opportun de donner quelques notes et appréciations&#13;
des historiens sur le successeur du Serviteur de Dieu.&#13;
Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières de Saint-Vallier est né à Grenoble en&#13;
1653. Dès son ordination à la prêtrise en 1675, il fut nommé chanoine de Grenoble&#13;
et aumônier du roi. Il conserva cette dernière fonction jusqu’en 1684, lorsqu’il fut&#13;
proposé comme successeur à l’évêché de Québec. En 1685, il fut envoyé par le&#13;
Serviteur de Dieu au Canada en qualité de vicaire général. Il revint en France deux&#13;
ans plus tard, fut nommé évêque de Québec en 1687, consacré le 24 janvier 1688,&#13;
puis retourna au Canada la même année et y exerça son ministère épiscopal avec&#13;
un grand zèle, visitant son immense diocèse, fondant diverses œuvres de charité&#13;
et s’opposant avec énergie à tous les abus. En 1704, à la suite d’un voyage en&#13;
France, il s’embarqua en direction du Canada pendant la guerre de succession&#13;
d’Espagne et son navire fut embusqué par les Britanniques. Il fut fait prisonnier&#13;
de guerre et déporté en Angleterre. Mgr de Saint-Vallier ne put retourner dans son&#13;
diocèse que cinq ans plus tard, après le décès du Serviteur de Dieu (en 1708), où&#13;
il mourut en 1727 382.&#13;
On peut croire qu’au cours de son long ministère épiscopal, Mgr de Saint-Vallier&#13;
fut certes animé des meilleures intentions ; malheureusement, il eut aussi certains&#13;
défauts de caractère qui créèrent, tant pour lui que pour ceux œuvrant avec lui, de&#13;
nombreux problèmes et difficultés. Même un historien impartial ne peut cacher&#13;
que Mgr de Saint-Vallier agit souvent davantage par zèle que par prudence et&#13;
équilibre. À ce propos, nous croyons utile de reproduire ici le jugement général&#13;
du P. Camille de Rochemonteix, jésuite, de la personne de Mgr de Saint-Vallier,&#13;
qui correspond à celui que nous avons formé nous-même à la lecture de la&#13;
documentation recueillie. Cette page est extraite de son livre Les Jésuites et la&#13;
Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 3, p. 313-315.&#13;
D’une nature ardente au bien, mais inhabile à y tendre par les&#13;
tempéraments et les ménagements nécessaires, jeune, sans expérience, ne&#13;
se pliant que difficilement à l’étude des situations, de leurs ressources et&#13;
de leurs difficultés, Mgr de Saint-Vallier eut le grand tort de ne pas assez&#13;
s’entourer de conseils. Opiniâtre, en Dauphinois qu’il était, dans le&#13;
maintien de ses droits, ou de ce qu’il se figurait être ses droits, il ne reculait&#13;
Mgr de Saint-Vallier et l’Hôpital général de Québec, Québec, 1882 ; H. Têtu, Les évêques de&#13;
Québec, Québec, 1889, p. 78-155 ; Gosselin, L’Église du Canada depuis Mgr de Laval jusqu’à la&#13;
conquête, 1re partie, Mgr de Saint-Vallier, Québec, 1911.&#13;
382&#13;
&#13;
- 642 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction générale aux Docs. LI&#13;
&#13;
devant aucun obstacle quand il s’agissait de les défendre et de les faire&#13;
triompher. Il avait un sentiment si exagéré de la dignité épiscopale qu’il&#13;
allait parfois jusqu’à croire que tout, dans son diocèse, devait céder devant&#13;
son unique volonté. On aurait dit, au début de son épiscopat, qu’il avait&#13;
adopté pour devise le « sit pro ratione voluntas 383» 384. D’un tempérament&#13;
excessif, il mettait peut-être, sans bien s’en rendre compte, au service de&#13;
ses volontés impérieuses, quand il rencontrait une résistance, des excès de&#13;
pouvoir regrettables ; alors qu’il avait beaucoup de peine à reconnaître les&#13;
droits d’autrui, il en avait moins à les sacrifier.&#13;
Ceux qui ont tracé ce portrait de Mgr de Saint-Vallier ont relevé d’autres&#13;
défauts, moins saillants, très graves pourtant. Il manquait, disent-ils,&#13;
d’équilibre et de tact ; il ne savait pas faire les choses à propos, ni avec les&#13;
égards voulus pour les personnes. Il y avait à réformer au Canada, il aimait&#13;
à réformer ; mais les réformes exigent un savoir-faire, une habileté que la&#13;
nature avare lui avait refusée.&#13;
Cette appréciation générale de quelques historiens sur le caractère de&#13;
Mgr de Saint-Vallier ressort, en effet, pour une partie notable, de la lecture&#13;
attentive de sa vie ; elle explique les actes les plus blâmés, et quelques fois&#13;
les plus blâmables, de son long épiscopat. Il opéra sans doute des réformes&#13;
très heureuses dans son Église, il créa des œuvres durables ; si, en les&#13;
faisant, il eût moins blessé, moins froissé, moins dépassé la mesure, s’il&#13;
eût respecté davantage les règles de l’équité, on ne tarirait pas d’éloges sur&#13;
son compte ; lui-même n’eût pas soulevé contre son administration ces&#13;
mécontentements et ces plaintes qui furent la source de ses tristesses et de&#13;
ses déboires.&#13;
Pour être complètement juste envers un prélat, dont les facultés morales ne&#13;
furent pas assez tenues en équilibre, il convient d’ajouter que le prêtre se&#13;
montra toujours régulier, dévoué, rempli du zèle de la Maison de Dieu. On&#13;
a pu avec raison suspecter, en plus d’une circonstance, la pureté de ses&#13;
intentions et sa franchise ; jamais on n’a versé le blâme sur sa vertu&#13;
sacerdotale. Eut-il toujours conscience de la gravité de certaines mesures&#13;
administratives, où la charité et la justice furent également lésées ? La&#13;
question est plus facile à poser qu’à résoudre. &#13;
On comprend qu’avec un homme animé de principes de gouvernement aussi&#13;
absolus et doté d’une trop grande estime de son autorité, des problèmes et des&#13;
désaccords ne pouvaient que se produire. En effet, plusieurs contentieux surgirent&#13;
entre le clergé et lui, les religieux et les autorités civiles. Le Serviteur de Dieu,&#13;
tout en étant conscient de ces disparités, se tint généralement à l’écart ; toutefois,&#13;
étant assailli de requêtes pour ses conseils par rapport à certaines difficultés,&#13;
&#13;
383&#13;
NDLR : « Hoc volo, sic jubes ; sit pro ratione voluntas! » « Je le veux, je l’ordonne ; la raison,&#13;
c’est ma volonté ! » (Juvénal, Satires no 6, 1.223)&#13;
384&#13;
NDLR : Rochemonteix ajoute cette note : « Mgr de Laval écrivait à l’archevêque de Paris, 1696 :&#13;
“Vous n’aurez pas de peine à juger du caractère de son esprit [de Mgr de Saint-Vallier] et de&#13;
l’impossibilité qu’il change. Il est incapable de ne prendre aucun conseil que de lui-même, ayant&#13;
des principes et des maximes qu’il a assez manifestés en plusieurs fois, de croire que le caractère&#13;
épiscopal donne des lumières à un évêque pour sa conduite, sans avoir besoin d’aucun conseil en ce&#13;
qui concerne le gouvernement de son Église. […] C’est un caractère d’esprit irréversible.”&#13;
(Gosselin, Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708,&#13;
Québec, 1890, p. 449. » Lettre reproduite en LI-VI-9.&#13;
&#13;
- 643 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction générale aux Docs. LI&#13;
&#13;
principalement celles liées au Séminaire de Québec, il ne put en bonne conscience&#13;
refuser de les donner et d’entrer par conséquent dans la controverse.&#13;
Or, il s’agit là d’un point délicat : même si le lecteur ne cherche pas à évaluer&#13;
l’héroïcité des vertus du Serviteur de Dieu, il peut se questionner à savoir si&#13;
l’attitude et les actions de Mgr de Laval dans ces situations étaient justifiables.&#13;
L’introduction générale, les notes préliminaires de chaque chapitre et tous les&#13;
documents de cette section LI démontreront, selon nous, que le Serviteur de Dieu&#13;
a pensé et agi de façon entièrement justifiable.&#13;
En effet, il nous semble, à la suite de l’étude des nombreux documents que nous&#13;
avons rassemblés ici, que Mgr de Laval chercha constamment à demeurer hors de&#13;
toute discussion et lorsqu’il intervint directement, il le fit avec prudence et avec&#13;
la certitude d’agir pour le bien de la cause. Nous retrouvons cette attitude même&#13;
dans ses lettres personnelles, écrites pour ouvrir son cœur à des gens de confiance&#13;
et ayant de l’expérience en la matière. Le fait le plus important, croyons-nous, est&#13;
que le Serviteur de Dieu, tout en n’approuvant pas l’orientation et les actions de&#13;
Mgr de Saint-Vallier, ne manifesta jamais d’aversion ou de rancœur personnelle&#13;
envers son successeur. Même dans la célèbre lettre de 1696 (Doc LI-VI-8), dans&#13;
laquelle le Serviteur de Dieu répondit à la requête de Mgr de Saint-Vallier qu’il lui&#13;
dise sincèrement ce qu’il pensait de l’œuvre de ce dernier, il exprima sa&#13;
divergence d’opinions, sans expédients inutiles, mais aussi sans animosité&#13;
personnelle, sans aigreur et avec pour seul objectif le bien de l’Église de Québec.&#13;
&#13;
- 644 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-I-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LI-I&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LI-I&#13;
La part du Serviteur de Dieu dans l’élection de son successeur, 1684-1685&#13;
Quand le Serviteur de Dieu décida de prendre sa retraite pour des raisons de santé,&#13;
il songea naturellement à la personne qu’il pourrait présenter comme successeur&#13;
potentiel. L’abbé Dudouyt, procureur du Séminaire de Québec à Paris, fut prié par&#13;
le Serviteur de Dieu de s’y consacrer. Ce dernier jeta les yeux sur un jeune prêtre&#13;
du diocèse de Grenoble, résidant à Paris en tant qu’aumônier du roi. Il s’agissait&#13;
de l’abbé de Saint-Vallier. En 1684, il en informa le Serviteur de Dieu (no 1). Puis,&#13;
lors d’un passage en France, Mgr de Laval s’informa plus amplement sur l’abbé&#13;
de Saint-Vallier et le proposa comme son successeur.&#13;
Louis XIV accepta la démission du Serviteur de Dieu. Il promit de présenter&#13;
l’abbé de Saint-Vallier à Rome et d’obtenir son acceptation du pape. Cependant,&#13;
la déclaration de l’Assemblée du clergé gallican et de la royauté, en 1682 385, causa&#13;
des conflits relationnels entre le Saint-Siège et la Cour de Paris ; ainsi, le roi ne&#13;
put procéder en 1684. Le Serviteur de Dieu mit tout de même le Saint-Siège au&#13;
courant de sa démission (Doc. XXIII-52) et consentit entre-temps à ce que l’abbé&#13;
de Saint-Vallier se rende au Canada à titre de vicaire général. Ce dernier écrivit&#13;
au pape (Lettre du 21 mai 1685, Archives apostoliques du Vatican, Segreteria di&#13;
Stato, Lettere di Vescovi, vol. 71, fos 234r-235r) et s’embarqua en juin pour le&#13;
Canada.&#13;
Doc. LI-I-1. Extrait de la lettre de Dudouyt à Laval (28 mars-19 juin 1684)&#13;
&#13;
Doc. LI-I-1&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Dudouyt, procureur du Séminaire de Québec à&#13;
Paris, au Serviteur de Dieu, 28 mars-19 juin 1684, d’après l’original conservé&#13;
au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Lettres N, no 79&#13;
&#13;
Comme il serait à désirer que le roi voulût vous accorder un coadjuteur qui&#13;
fût propre pour maintenir le bien que vous avez établi et conserver l’union&#13;
dans l’Église du Canada, nous avons examiné sur qui on pourrait jeter les&#13;
yeux pour cet effet. Ç’a été l’occasion de la proposition que nous a faite le&#13;
P. Le Valois touchant M. l’abbé de Saint-Vallier, dont voici les qualités pour&#13;
385&#13;
NDLR : Au cours du conflit sur le droit de la régale en France entre Louis XIV et Innocent XI,&#13;
le roi convoqua l’Assemblée du clergé de France afin qu’elle définisse les libertés de l’Église&#13;
gallicane. Le document, dit la Déclaration des Quatre Articles, rédigée par Jacques-Bénigne&#13;
Bossuet, fut signée en 1682. Elle affirme que :&#13;
1° le pape n’a qu’une autorité spirituelle, donc aucun pouvoir sur les choses temporelles d’un&#13;
roi ou d’un royaume ;&#13;
2° les principes et les coutumes de l’Église gallicane doivent demeurer en vigueur ;&#13;
3° le pouvoir du pape est limité par celui des conciles généraux, dont les décisions ont une&#13;
valeur supérieure à celle du pontife ;&#13;
4° le pape ne peut émettre un dogme infaillible qu’avec l’accord de l’Église universelle.&#13;
&#13;
- 645 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-I-1&#13;
&#13;
et contre : il est de naissance considérable ; il a du bien ; il est aumônier du&#13;
roi, qui a beaucoup d’estime pour lui ; il est d’un parfait exemple à la Cour,&#13;
où il travaille avec édification ; il est jeune et capable ; il a beaucoup de zèle&#13;
et de ferveur ; il est austère pour lui-même. On le veut faire évêque en&#13;
France, mais il s’en défend autant qu’il peut. Il a demeuré les six derniers&#13;
mois avant Pâques au Séminaire de Saint-Sulpice, où il a fort édifié. Le&#13;
P. Le Valois est son directeur et lui a fait faire ses retraites. C’est lui qui a eu&#13;
la pensée qu’il serait propre pour le Canada et qui lui en a parlé. Il a dit que&#13;
pour éviter d’être évêque en France, il consentirait plutôt de l’être en&#13;
Canada et qu’il voudrait demeurer votre coadjuteur tant que vous vivriez.&#13;
On croit que l’estime que le roi a pour lui ferait qu’il agrégeait la chose.&#13;
Les raisons qui nous ont paru contraires sont : qu’il a un zèle un peu trop&#13;
ardent, soit pour sa propre perfection, soit pour y porter les autres ; qu’il&#13;
n’a pas encore beaucoup d’expérience, étant jeune ; qu’il est austère ; qu’il a&#13;
rapport et liaison avec M. de Grenoble, ce qui fait craindre qu’il ne soit&#13;
attaché à sa personne et à ses sentiments, qui sont austères et sévères et&#13;
semblent tenir du parti de la nouvelle doctrine. J’ai parlé de cette affaire à&#13;
M. Tronson. Nous avons examiné les raisons pour et contre. M. Tronson&#13;
convient qu’il a beaucoup d’ardeur et qu’il n’a pas encore d’expérience et&#13;
qu’il a liaison et déférence pour M. de Grenoble. Le P. Le Valois m’a&#13;
répondu qu’il se modère beaucoup dans son zèle et son ardeur, soit pour sa&#13;
propre conduite ou celle des autres [et] qu’il a proposé de lui-même que,&#13;
lorsqu’il serait obligé de conduire le diocèse, il aurait un concert composé&#13;
de personnes les plus capables, par l’avis duquel il se conduirait et qu’il&#13;
voudrait demeurer coadjuteur, tant que Notre-Seigneur vous conservera la&#13;
vie. Le P. Le Valois a dit de plus qu’il n’est point attaché à la nouvelle&#13;
doctrine ni aux maximes de M. de Grenoble et qu’il se détacherait aisément&#13;
de sa personne.&#13;
Nonobstant tout cela, je n’ai point jugé à propos de faire aucune démarche,&#13;
ni parler à lui. J’ai cru cependant qu’il fallait vous donner avis de tout et&#13;
savoir votre sentiment là-dessus. Ses parents voudront bien qu’il soit&#13;
évêque en France, mais ils auront de la peine à souffrir qu’il soit évêque en&#13;
- 646 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-I-2&#13;
&#13;
Canada. C’est pourquoi on n’ose pas rien faire paraître qui fasse connaître&#13;
qu’il soit dans cette déposition. J’aurais souhaité qu’il fût venu passer six&#13;
mois à notre Séminaire de Paris pour le bien connaître et afin qu’il y prît&#13;
l’esprit, qui lui serait nécessaire, mais cela ferait juger à ses parents qu’il&#13;
aurait quelque dessein pour les missions étrangères et [ils] s’y opposeraient.&#13;
M. Tronson dit qu’il sera un bon évêque en France et qu’il ne peut pas éviter&#13;
de l’être bientôt. Mandez-nous vos pensées là-dessus et nous examinerons&#13;
toutes choses plus à fond, supposé que vous le jugez à propos.&#13;
Doc. LI-I-2. Extrait de la lettre de Dudouyt au Séminaire de Québec (26 avril 1685)&#13;
&#13;
Doc. LI-I-2&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Dudouyt aux prêtres du Séminaire de Québec,&#13;
26 avril 1685, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Lettres M, no 1&#13;
Notons que lorsque l’abbé Dudouyt parle de la démission du Serviteur de Dieu&#13;
dans cette lettre, il ne s’agit que de la démission présentée au roi et acceptée par&#13;
ce dernier. Puisque cette acceptation n’avait aucun effet juridique avant qu’elle&#13;
soit confirmée par le Saint-Siège, Mgr de Laval conserva son titre et son autorité&#13;
d’évêque de Québec jusqu’au 24 janvier 1688, veille de la consécration de son&#13;
successeur.&#13;
&#13;
Monseigneur a fait paraître bien de la vertu dans sa démission. Je ne sache&#13;
pas d’occasion où il ait fait paraître si fortement combien il aime son église,&#13;
car il a fait tout ce qu’on a souhaité de lui pour lui procurer une personne&#13;
capable de conserver et de perfectionner le bien qu’il y a commencé.&#13;
M. de Saint-Vallier a édifié tout le monde par la manière qu’il a tenue dans&#13;
l’acceptation de l’évêché de Québec. Il a fait tout son possible pour n’être&#13;
que coadjuteur et ne s’est rendu sur ce point que par une pure soumission&#13;
au sentiment des serviteurs de Dieu. Il a préféré l’évêché du Canada aux&#13;
évêchés de France, qui ne lui auraient pas manqué. Il y va dans un&#13;
détachement qui vous édifiera et y vivra comme a fait Monseigneur, tout&#13;
de même comme un de ses ecclésiastiques, et ne s’épargnera pas dans les&#13;
travaux les plus pénibles. Le roi a bien de l’estime et de la bonté pour lui et&#13;
je puis dire de la ressource : il fallait pour l’Église du Canada une personne&#13;
qui eût de telles qualités et qui fût connue et agréée du roi. Nous avons&#13;
expérimenté des services et des facilités dans l’exécution de cette affaire, qui&#13;
- 647 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-I-2&#13;
&#13;
ne pouvaient venir que d’une protection particulière de Notre-Seigneur. Il&#13;
le faut bien prier qu’il lui continue ses grâces.&#13;
Monseigneur est absolument résolu d’aller mourir en son Église. Je ne crois&#13;
pas néanmoins qu’il retourne que lorsque M. de Saint-Vallier reviendra&#13;
pour être sacré. Ils retourneront ensemble en 1687, avec l’aide de Dieu. C’est&#13;
ce qu’on peut juger présentement, à moins qu’il n’arrive des changements&#13;
qui obligeront d’en user autrement. S’il était nécessaire que M. de SaintVallier ne revînt pas, on pourrait peut-être obtenir du pape permission pour&#13;
que Monseigneur le consacra seul avec quelques-uns de ses chanoines,&#13;
comme nos Messieurs font aux Indes.&#13;
&#13;
- 648 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-II&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LI-II&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LI-II&#13;
La relation entre le Serviteur de Dieu et l’abbé de Saint-Vallier, son&#13;
successeur désigné et vicaire général, alors qu’il est toujours en fonction,&#13;
1685-1688&#13;
À la suite de la démission de Mgr de Laval, l’abbé de Saint-Vallier partit en juin&#13;
1685 pour le Canada, à titre de vicaire général, en attendant d’être nommé comme&#13;
son successeur officiel, et arriva à Québec le 29 juillet 1685. Sa réputation&#13;
d’homme pieux et zélé le précédait ; et il fut accueilli avec joie par le peuple et le&#13;
clergé canadien.&#13;
L’abbé de Saint-Vallier eut immédiatement une excellente impression des&#13;
ecclésiastiques. Il apprécia spécialement l’esprit d’union fraternelle qui les&#13;
animait, qui avait été mis en place par le Serviteur de Dieu pour son Séminaire de&#13;
Québec. Sur le conseil de son confesseur de Paris, le P. Le Valois, jésuite 386, il&#13;
n’hésita pas un instant à s’intégrer au Séminaire. Comme c’était prescrit pour tous&#13;
ses prêtres, il céda tous ses biens qu’il avait apportés de France, dont ses livres. Il&#13;
fut d’abord très content de cette résolution, manifestant ouvertement :&#13;
la joie qu’il sentait d’être incorporé à ce Séminaire, où l’on fait profession&#13;
de se désapproprier du revenu des biens temporels, que l’on met tous en&#13;
commun, et le désir qu’il eût d’y vivre toujours dans la pratique de ce&#13;
détachement, comme a fait Mgr de Laval, premier évêque de Québec 387.&#13;
Toutefois, des différends ne tardèrent pas à apparaître au sujet des liens entre le&#13;
Séminaire et l’abbé de Saint-Vallier, puisque, à titre de vicaire général de&#13;
l’évêque, il se crut bien vite le maître unique et suprême de l’institution. De plus,&#13;
il se montrait plutôt volatil sur des positions que d’autres auraient perçues comme&#13;
définitives.&#13;
À peine avait-il vécu dans le Séminaire 15 jours, dit un mémoire, que dans&#13;
les premières visites qu’il fit, il voulut faire plusieurs changements et en&#13;
fit effectivement quelques-uns, mettant de nouveaux règlements dans le&#13;
Séminaire, ôtant le chapelet pour augmenter le temps de l’oraison mentale,&#13;
augmentant le nombre de 30 enfants jusqu’à 60 et 70, tant à Québec qu’à&#13;
une terre du Séminaire qui en est à sept lieues et faisant faire sans mesure&#13;
et sans consulter personne des aumônes excessives et des établissements&#13;
prématurés, aux dépens de son clergé, se regardant comme le maître et le&#13;
dispensateur absolu de tous les biens ecclésiastiques. (Doc LI-VI-11)&#13;
Cette tendance aux changements intempestifs ne se limita pas au Séminaire ; elle&#13;
s’étendit à tous les secteurs de l’administration du diocèse, causant,&#13;
immédiatement et de plusieurs côtés, appréhensions et réserves.&#13;
&#13;
Mgr de Saint-Vallier, Mémoires de la conduite que j’ai gardée depuis vingt ans d’épiscopat avec&#13;
MM. des Missions étrangères et de celle que ces Messieurs ont gardée avec moi. Bibliothèque&#13;
nationale de Paris, Fonds français, 23225, fos 280-290.&#13;
387&#13;
Actes de communauté de biens entre Mgr de Saint-Vallier et le Séminaire de Québec,&#13;
24 décembre 1685, Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 1,&#13;
no 59b.&#13;
386&#13;
&#13;
- 649 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-II&#13;
&#13;
On ne peut douter que l’abbé de Saint-Vallier ait véritablement été animé d’un&#13;
zèle pour le bien ; mais il fit toutes ces innovations alors qu’il n’était que vicaire&#13;
général, sans l’accord préalable de son évêque et sans attendre d’avoir une&#13;
meilleure connaissance du milieu, tout nouveau pour lui ; ce qui ne pouvait certes&#13;
pas donner une bonne impression.&#13;
Malgré une inquiétude pleinement justifiée, les religieux du pays, les prêtres du&#13;
Séminaire en premier, reconnurent en l’abbé de Saint-Vallier le représentant&#13;
légitime du Serviteur de Dieu et se soumirent entièrement à ses décisions.&#13;
En France, Mgr de Laval était tenu informé des événements au Canada, soit par&#13;
les prêtres du Séminaire, soit par l’abbé de Saint-Vallier, qui, à l’automne 1685,&#13;
lui envoya une relation au sujet de son administration. Ce mémoire expédié de&#13;
Québec ne nous est pas parvenu 388. Nous avons cependant la réponse du Serviteur&#13;
de Dieu à l’abbé de Saint-Vallier, datée du 15 février 1686 (no 1) ; il s’agit d’une&#13;
lettre très importante, puisqu’elle nous fait connaître les principaux points de&#13;
divergence de cette période. Le Serviteur de Dieu chercha à faire comprendre à&#13;
son successeur que tout ce que le zèle, le plus illuminé soit-il, peut désirer n’est&#13;
pas nécessairement applicable dans les faits. Il insista particulièrement sur le fait&#13;
de ne pas entreprendre de grandes œuvres sans avoir d’abord vérifié les&#13;
possibilités de les financer sur le long terme. Tout est écrit de manière claire, polie&#13;
et sans ressentiment.&#13;
Nous ne pouvons en être certain, mais il semblerait que l’abbé de Saint-Vallier&#13;
n’ait pas donné une grande importance à cette lettre. En effet, en 1687, le Serviteur&#13;
de Dieu recevait des nouvelles peu agréables, qui lui laissaient entendre qu’une&#13;
profonde discorde entre les prêtres du Séminaire et l’abbé de Saint-Vallier s’était&#13;
installée. Nous n’avons pas la correspondance envoyée de Québec, mais d’après&#13;
les réponses que nous avons du Serviteur de Dieu et d’autres intervenants du&#13;
Séminaire des Missions étrangères de Paris, les points litigieux étaient les mêmes&#13;
qu’en 1685 : les changements précipités de l’abbé de Saint-Vallier et surtout les&#13;
œuvres onéreuses pour le Séminaire qu’il avait entreprises. La gravité de ces&#13;
différends est apparente dans le désir manifesté à Québec que des démarches pour&#13;
empêcher la nomination de l’abbé de Saint-Vallier comme successeur de&#13;
Mgr de Laval soient mises sur pied au plus tôt (cf. Doc LI-VI-11 ; voir aussi&#13;
Mémoire pour le Canada, 1696, Archives nationales d’Outre-mer, Aix-enProvence, Archives des colonies, Série C11 A, vol. 106, fos 26-28v).&#13;
Bien entendu, ces nouvelles peinèrent le Serviteur de Dieu, mais comme l’écrivit&#13;
aux directeurs du Séminaire de Québec leur procureur à Paris, l’abbé Dudouyt&#13;
(no 2), il les reçut toutes sereinement : « M. de Québec a pris toute chose avec bien&#13;
de la modération et en a bien usé. Vous trouverez bien de l’adoucissement et de&#13;
la grâce dans sa conduite. »&#13;
Cependant, à la Cour du roi, ces informations furent jugées suffisamment&#13;
préoccupantes pour étudier la demande des prêtres de Québec d’empêcher la&#13;
nomination de Mgr de Saint-Vallier comme évêque, et même commencer des&#13;
démarches en ce sens ; mais celles-ci n’eurent pas de suite et l’on chercha plutôt&#13;
à rétablir l’harmonie entre le Séminaire et l’abbé de Saint-Vallier au moyen d’une&#13;
entente à l’amiable. Ainsi, lorsque l’abbé de Saint-Vallier arriva à Paris le&#13;
NDLR : Une grande quantité de lettres que Mgr de Laval reçut alors qu’il était en France n’a pas&#13;
été retrouvée ; nous n’en connaissons pas la raison. Pour ce mémoire de l’abbé de Saint-Vallier,&#13;
nous avons une copie de celui envoyé au roi le 13 novembre 1685, qui, nous croyons, serait similaire&#13;
à celui expédié au Serviteur de Dieu. Ce dernier se trouve au Musée de la civilisation de Québec,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres P, no 47.&#13;
388&#13;
&#13;
- 650 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-II&#13;
&#13;
1er janvier 1687, le Serviteur de Dieu et les représentants du Séminaire de Québec&#13;
eurent divers entretiens avec lui au sujet de son administration, de ses rapports&#13;
avec le Séminaire et de ses projets en cours et à venir. Ils ne lui cachèrent pas leurs&#13;
préoccupations pour son futur gouvernement. Des remarques et recommandations&#13;
semblables lui furent faites par d’autres personnes, qui, elles, reflétaient l’opinion&#13;
de la Cour, dont le P. de La Chaize, confesseur du roi, et le secrétaire d’État de la&#13;
Marine, M. de Seignelay. L’abbé de Saint-Vallier reconnut la justesse des&#13;
observations et, se disant homme d’une très grande compréhension, il promit de&#13;
remédier aux indélicatesses qui lui étaient reprochées.&#13;
Ceux qui connaissaient la bonne volonté de l’abbé de Saint-Vallier durent&#13;
percevoir en cette promesse une intention sincère ; mais le sachant aussi d’un&#13;
tempérament vif, il semble qu’ils ne nourrirent pas un grand espoir qu’elle serait&#13;
maintenue.&#13;
Tous ces détails nous sont connus par deux lettres adressées aux directeurs du&#13;
Séminaire de Québec en mars 1687, la première de l’abbé Dudouyt et la seconde&#13;
du Serviteur de Dieu lui-même (nos 2 et 3).&#13;
Cette dernière est particulièrement intéressante, parce que, jointe à celle du 9 juin&#13;
de la même année (LI-III-7), elle nous fait connaître l’attitude du Serviteur de&#13;
Dieu durant cette période difficile. Mgr de Laval n’y écrit ni sa grande peine pour&#13;
la situation pénible dans laquelle l’abbé de Saint-Vallier avait mis le Séminaire,&#13;
ni sa préoccupation pour l’avenir du diocèse. On y lit tout son regret que l’abbé de&#13;
Saint-Vallier ne semblait pas favorable à l’esprit de désappropriation des prêtres&#13;
du Séminaire ; au contraire, l’abbé semblait vouloir récupérer les biens qu’il avait&#13;
initialement mis en commun et même briser ce lien qui unissait les curés avec le&#13;
Séminaire.&#13;
Cependant, et ce point est important, même s’il écrivait à des personnes de&#13;
confiance, le Serviteur de Dieu ne laissa transparaître ni rancœur ni ressentiment&#13;
personnel. Il se montra plutôt serein et abandonné, faisant pleinement confiance à&#13;
la Providence.&#13;
Enfin, au printemps 1687, les abbés de Brisacier et Dudouyt envoyèrent aux&#13;
prêtres du Séminaire de Québec une lettre (no 4), dans laquelle ils exhortaient&#13;
ceux-ci à tenir les relations les plus cordiales et pacifiques possible avec&#13;
M. de Saint-Vallier, à oublier le passé, à user de patience dans leurs divergences&#13;
d’opinions et à s’animer de vrais sentiments de respect envers leur évêque. Cet&#13;
accommodement pacifique était tout à fait conforme aux désirs du Serviteur de&#13;
Dieu, qui donna son approbation à la lettre : « Tout ce que nous écrivons est&#13;
approuvé par Mgr de Laval, l’autre n’étant pas à Paris. » Le Serviteur de Dieu fut&#13;
si influent dans la rédaction de ces conseils que l’abbé Taschereau, dans son&#13;
Histoire du Séminaire de Québec, le considéra comme un des auteurs de la lettre&#13;
(copie aux Archives des Missions étrangères de Paris, vol. 345, p. 110).&#13;
À travers cette période de transition, le Serviteur de Dieu fut animé de sentiments&#13;
de charité, d’humilité, de rectitude et de prudence ; et ceci est d’autant plus&#13;
remarquable qu’il donna ces conseils au moment même où le roi empêcha son&#13;
projet de retour au Canada par un ordre qui, selon la lettre du 9 juin 1687 du&#13;
Serviteur de Dieu, avait sans doute été donné à la suite d’une intervention directe&#13;
de l’abbé de Saint-Vallier (Doc. LI-III-7).&#13;
&#13;
- 651 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
Doc. LI-II-1. Lettre de Laval à Saint-Vallier (15 février-15 mars 1686)&#13;
&#13;
Doc. LI-II-1&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à l’abbé de Saint-Vallier, son vicaire général,&#13;
15 février-15 mars 1686, d’après l’original signé conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Séminaire 1, no 47&#13;
En plus des extraits qui réfèrent aux difficultés entre le Séminaire de Québec et&#13;
l’abbé de Saint-Vallier, nous en ajouterons quelques-uns relatifs à divers sujets,&#13;
comme l’état de santé du Serviteur de Dieu, son très grand désir de retourner au&#13;
Canada le plus tôt possible, l’organisation et l’établissement des paroisses, etc.&#13;
&#13;
À Paris, le 15 de février 1686&#13;
Voici, mon cher seigneur et frère, ma première lettre que j’envoie pour être&#13;
mise par le premier vaisseau qui partira de La Rochelle.&#13;
Ma santé n’est que trop bonne pour le mauvais usage que j’en fais. Il semble&#13;
néanmoins que l’ouverture que j’ai eue à un pied pendant cinq ou six mois&#13;
à Québec se veuille rouvrir depuis trois semaines. La sainte volonté de Dieu&#13;
soit faite. Quoiqu’il en soit, je me sens assez de force et de santé pour&#13;
retourner cette année dans le lieu seul qui en ce monde puisse faire ma paix&#13;
et mon repos : « In pace in idipsum dormiam et requiescam 389. »&#13;
Cependant, comme nous n’y devons point avoir d’autre centre que le bon&#13;
plaisir de Notre-Seigneur, quelque désir qu’il m’en donne, il me fait en&#13;
même temps la grâce de lui en faire un sacrifice et de me soumettre au&#13;
jugement que vous avez porté que je dois demeurer encore cette année en&#13;
France pour être présent à votre retour cet automne prochain, lequel tous&#13;
les serviteurs de Dieu et les personnes mêmes auxquelles vous avez&#13;
témoigné avoir plus de créance trouvent nécessaire ; et quoique toutes les&#13;
raisons que vous m’écrivez du bien que vous voyez qu’il y aurait que vous&#13;
restassiez encore une année avant que de repasser en France, tout ayant été&#13;
pesé et soigneusement examiné, l’on ne doute pas qu’il n’y ait plus de bien&#13;
à votre retour qu’à votre demeure en Canada. Je suis de ce même sentiment&#13;
389&#13;
&#13;
NDLR : « Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors. » (Psaumes 4:9)&#13;
- 652 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
et entièrement persuadé que vous ne devez pas différer votre retour à l’an&#13;
prochain. Je vous attends donc pour me conjouir avec vous des grâces que&#13;
Notre-Seigneur vous a faites depuis votre départ et de celles que cette Église&#13;
a reçues par votre moyen.&#13;
Pour mon particulier, il ne me reste plus à recevoir que la consolation de&#13;
vous voir revêtu du caractère [épiscopal] et j’espère que dans les bonnes et&#13;
saintes dispositions dont je vois par vos lettres que la sainte Famille de&#13;
Jésus, Marie, Joseph et les saints anges remplissent votre cœur, il produira&#13;
dans votre âme des effets d’une grâce toute singulière. Je suis assuré que&#13;
c’est dans cet esprit que vous désirez, aussi bien que moi, que la chose&#13;
s’accomplisse au plus tôt, afin que la plénitude du Saint-Esprit, que vous&#13;
devez recevoir conjointement avec la puissance de l’épiscopat, puisse&#13;
consumer tout ce que ce divin Esprit y trouvera d’opposition à l’esprit de&#13;
Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le véritable pontife et notre seul&#13;
exemplaire : « Inspice et fac secundum exemplar quod tibi in monte monstratum&#13;
est 390. »&#13;
Au reste, vous aurez une grande consolation de voir le Séminaire des Missions&#13;
étrangères [de Paris] déchargé de la plupart de MM. les abbés et même de&#13;
pensionnaires. Le refrain authentique, que l’on a fait de tous ceux qui se sont&#13;
présentés pour y entrer, a fait que peu de personnes s’exposent présentement à le&#13;
demander et ce qui est de plus consolant, c’est que tout le Séminaire usque ad&#13;
unum 391 concoure à cela avec bien de la grâce et de l’esprit de Notre-Seigneur ; ce&#13;
qui fait un renouvellement dans tous les sujets qui lui sont intimement unis. On&#13;
laisse suavement écouler ceux qui y restent encore, qui voient bien présent que&#13;
c’est tout de bon. Ainsi, l’on a sujet de croire qu’ils suivront bientôt les autres. L’on&#13;
prend à leur place des séminaristes et l’on ne reçoit que ceux qui ont la vocation&#13;
pour les missions étrangères et avec indétermination de la Chine, de [la] Perse ou&#13;
du Canada et une entière soumission à aller au lieu où l’on jugera à propos de les&#13;
envoyer. Il y a lieu d’espérer qu’à l’avenir, il y aura bien de la grâce dans ce&#13;
Séminaire, lorsque nous vous y posséderons. Vous aiderez beaucoup par votre zèle&#13;
et vos bons exemples à le confirmer et le fortifier dans ses bons sentiments.&#13;
NDLR : « Regarde et exécute selon le modèle qui t’a été montré sur la montagne. »&#13;
(Exode 25:40)&#13;
391&#13;
NDLR : à l’exception d’un seul.&#13;
390&#13;
&#13;
- 653 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
Nous y aidons autant qu’il nous est possible, selon la petitesse de notre grâce. Mais&#13;
je puis dire que M. Dudouyt en est un des puissants appuis, ainsi dans la&#13;
conjoncture et l’état présent où nous le voyons, par la miséricorde de NotreSeigneur. Il n’est pas possible de penser à le retirer de cet œuvre qui, étant une fois&#13;
solidement établi dans l’esprit de Notre-Seigneur Jésus-Christ, rendra beaucoup de&#13;
gloire à Dieu et toutes les missions étrangères en tireront un grand secours. C’est&#13;
l’esprit que nous lui avons tant désiré en Canada. C’est le moyen le plus assuré et&#13;
le plus efficace que l’on peut prendre pour tout ce que l’on fera passer&#13;
d’ecclésiastiques, n’y ayant pas lieu que nous en espérions d’ailleurs.&#13;
L’on a apporté tous les soins imaginables pour en obtenir quelques-uns de toutes&#13;
les personnes et communautés auxquelles vous vous êtes bien donné de la peine&#13;
d’écrire et auxquelles vous avez mis toute votre confiance ; ce qui n’a produit quoi&#13;
que ce soit. M. Tronson en envoie trois pour le Séminaire de Montréal, qu’il&#13;
préparait il y a 392 plusieurs années. Tous ceux qui ont rapport au Séminaire de SaintSulpice ont répondu qu’ils ne voyaient point d’ecclésiastiques qu’ils vous puissent&#13;
envoyer et qu’ils s’en informeront d’ici au départ des navires. Les autres de tous&#13;
côtés ont tenu à peu près les mêmes discours. Je n’ai eu de la peine que contre&#13;
M. Sanciergues qui, au lieu de nous en donner, a détourné un très bon sujet, disant&#13;
que c’était un des meilleurs sujets et qu’il l’avait destiné pour aller supérieur à&#13;
Carcassonne et depuis, à Dijon. Mais voyant que je ne quittais point prise, lui&#13;
alléguant que la providence de Dieu décidait la chose en lui donnant des sentiments&#13;
pour le Canada, il fit paraître acquiescer et m’assura qu’il ne s’y opposerait point ;&#13;
mais ne me fiant point à ses belles paroles, le connaissant bien, je me&#13;
précautionnai, envoyant un ecclésiastique le lendemain, avant le jour, étant&#13;
comme assuré que, m’ayant quitté à la nuit, il n’aurait pas eu le moyen de parler à&#13;
l’ecclésiastique dont il était question que j’avais dessein de prévenir sur ce qu’il lui&#13;
pourrait dire ; mais quelque précaution que j’eusse pu avoir, il avait pris le devant,&#13;
l’ayant envoyé quérir à la communauté où il l’avait placé une heure devant le jour,&#13;
en sorte que l’ecclésiastique que nous y avions envoyé le trouvât parti pour aller à&#13;
Montaigne parler à mondit sieur Sanciergues, qui le querella fort de ce qu’il avait&#13;
eu et fait paraître des sentiments pour le Canada ; ce qu’ayant appris, M. Dudouyt&#13;
alla voir M. Sanciergues de notre part lui représenter le grand besoin que nous&#13;
avions d’ecclésiastiques et d’un sujet comme celui-là, que je le priais de se souvenir&#13;
des promesses qu’il nous avait faites, à vous et à moi, et d’avoir de la considération&#13;
pour les lettres que vous lui aviez écrites et prières que vous lui aviez réitérées cette&#13;
392&#13;
&#13;
NDLR : depuis.&#13;
- 654 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
année. Il fit de nouvelles promesses à M. Dudouyt, qu’il n’a non plus tenues que les&#13;
premières, et l’a détourné ; de telle sorte que lui ayant fait parler, il a dit à un&#13;
ecclésiastique de me faire des excuses de ce qu’il ne me venait pas voir, qu’il ne&#13;
pouvait pas, parce que mondit sieur Sanciergues lui en saurait mauvais gré. Au&#13;
reste, mon sentiment n’est pas que vous lui en fassiez paraître aucun ressentiment.&#13;
Cela ne produirait aucun fruit et ne servirait qu’à l’aigrir et empêcherait que, vous&#13;
étant en France, nous puissions par quelque autre moyen tirer quelques sujets de&#13;
ces communautés et même possible celui-là, s’il continue dans la même&#13;
disposition, quoiqu’il ne faille pas faire un grand fond sur mondit sieur Sanciergues,&#13;
ni sur les autres.&#13;
Nous ne devons néanmoins rien négliger. La providence de Dieu dispose&#13;
toute chose suavement et toutes ces contrariétés et avortements de nos&#13;
desseins et projets nous doivent beaucoup servir pour faire mourir en nous&#13;
tous les mouvements déréglés d’une nature trop impétueuse. C’est au&#13;
grand Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers en sa vigne ; toute notre&#13;
industrie humaine et nos soins empressés n’avancent point l’œuvre du Bon&#13;
Dieu. Il nous faut mourir aux trop grands désirs des bonnes choses, même&#13;
de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Notre-Seigneur nous en a donné&#13;
l’exemple étant en ce monde, qu’il paraissait, suivant le raisonnement de&#13;
l’esprit humain, comme insensible à la perte de tant d’âmes qu’il voyait&#13;
périr et se damner.&#13;
Quoiqu’il faille mettre tout notre appui et notre confiance en lui, nous ne&#13;
perdrons pas un moment de travailler à trouver quelques sujets d’ici au&#13;
départ des vaisseaux. Ceux qui sont ici dans le Séminaire, y étant tous entrés&#13;
depuis peu, ne sont pas encore en état de les envoyer cette année, outre qu’il&#13;
faut qu’ils servent à styler et former ceux que l’on y recevra dorénavant et&#13;
d’ailleurs, ils n’ont encore aucun ordre sacré et n’ont pas l’âge.&#13;
Nous ne savons pas encore ce que la Cour fera pour tout ce qui regarde&#13;
l’Église du Canada et les œuvres de Dieu que l’on leur propose. Il y a sujet&#13;
de craindre, selon sa conduite ordinaire ayant beaucoup de peine à&#13;
débourser, qu’elle ne diffère à l’an prochain de résoudre l’affaire de&#13;
l’établissement des cures, dont vous préféreriez que l’on envoie le plan&#13;
- 655 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
signé de MM. gouverneur et intendant et de vous, duquel j’ai vu la copie,&#13;
[dans laquelle] le nombre [de cures] se montant à 51, auxquelles on attribue&#13;
[à] chacune, pour la subsistance des curés, 400 livres de France.&#13;
M. de Meulles, dont la révocation est assurée il y a longtemps, ayant paru&#13;
fort mécontent par ces lettres de M. le gouverneur, dont il a essayé de tacher&#13;
la réputation par l’intérêt, qui est son vice, aura apparemment fait comme&#13;
les années précédentes : signé d’une façon et écrit tout le contraire au&#13;
ministre, pour lui agréer, touchant cet établissement des cures et les&#13;
400 livres pour leur subsistance ; ce qui fait un plus grand fondement de&#13;
présumer que l’on remettra la décision de cette affaire après avoir vu le&#13;
rapport du nouvel intendant que l’on y enverra.&#13;
Voilà comme[nt] l’on a ballotté l’Église depuis plus de 15 ans, sans&#13;
réflexion, que dans l’intérim elle porte un fardeau qui, sans que le Bon Dieu&#13;
nous a soutenus, je ne sais par quelle providence l’aurait déjà accablée il y&#13;
a bien des années. Mais le plus grand mal, et qui m’a toujours fait gémir&#13;
devant Dieu, est le grand préjudice que le retardement que l’on apporte&#13;
pour y remédier [et ce qu’il] cause au salut des âmes. L’on ne manquera de&#13;
bien instruire l’intendant nouveau que l’on enverra de cette affaire et des&#13;
intentions que le roi a de retrancher à l’avenir ce qu’elle a accordé par le&#13;
passé pour la subsistance des curés, s’appuyant toujours sur de vieux&#13;
principes que MM. de Frontenac, de Meulles et autres ont tâché d’inspirer,&#13;
[soit] que les ecclésiastiques doivent se contenter de peu, que ce n’est point&#13;
au roi d’y fournir mais aux habitants et que s’il coûte trop pour des&#13;
ecclésiastiques, il faut employer des récollets, qui se contentent de moins ; à&#13;
quoi lesdits Récollets aident beaucoup, insinuant cela de tout côté, même&#13;
au ministre. Mais il faut demeurer ferme sur ce que l’ordre de l’Église ne&#13;
permet pas d’en user de la sorte que lorsque l’on ne peut pas fournir un&#13;
nombre suffisant d’ecclésiastiques, qui ne sera pas avec la grâce de NotreSeigneur ; que cela est formellement opposé à l’ordre de la hiérarchie 393, qui&#13;
demande qu’il y ait des curés, et contraire aux intentions du roi, qui, par ses&#13;
arrêts, veut qu’il y ait des curés en titre à chaque paroisse.&#13;
&#13;
393&#13;
&#13;
NDLR : C’est-à-dire : de l’Église.&#13;
- 656 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
Quoique ce nombre de cures, dans l’état et la disposition présente du pays,&#13;
soit d’une nécessité absolue, suivant la connaissance et conviction que&#13;
l’expérience nous en a donné, cela n’a pas laissé de surprendre ceux qui ont&#13;
l’administration générale des affaires. Beaucoup de personnes qui&#13;
pénètrent plus avant se sont persuadées que, pour une première année,&#13;
vous n’auriez pas dû proposer et demander cette augmentation de cures,&#13;
aussi bien que le reste de toutes les choses dont vous écrivez ; que vous&#13;
deviez, pour si peu de temps que vous avez demeuré dans le pays, ne pas&#13;
tant en embrasser et être plus réservé ; qu’après avoir séjourné une année&#13;
dans le pays, vous auriez paru avoir acquis plus de connaissances et avoir&#13;
pénétré plus à fond et plus solidement tous les besoins de l’Église ; et que&#13;
c’est un zèle trop précipité qui vous a inspiré ces premiers mouvements de&#13;
ferveur.&#13;
Voilà comme[nt] souvent l’esprit du monde, qui ne pénètre pas à fond la&#13;
nécessité et les motifs qui obligent d’en user ainsi, porte trop facilement son&#13;
jugement [sur 394] ce qu’il ne connaît pas. Ce ne sont, mon cher Monsieur,&#13;
que les premiers commencements d’épreuves et faveurs que NotreSeigneur vous fait. Nous en avons bien éprouvé, par sa bonté et&#13;
miséricorde, de toutes natures depuis 18 ans qu’il nous a chargé de l’Église&#13;
du Canada. Ce sont les voies par lesquelles il a voulu que les saints apôtres&#13;
et disciples aient fondé et établi son Église. Il a fait la même grâce à celle du&#13;
Canada, laquelle, y ayant pris toute sa force et son accroissement, ne s’est&#13;
soutenue et maintenue que par la patience et longanimité à souffrir, dans&#13;
une grande paix et union à Notre-Seigneur, tout ce qu’il lui a plu permettre.&#13;
Nonobstant ces contrariétés, ne diminuez rien de votre courage ; c’est son&#13;
œuvre et il nous a promis qu’il ne nous abandonnera pas. Nous avons tout&#13;
sujet d’espérer que votre présence et l’exposition que vous ferez vousmême des grands, pour ne pas dire extrêmes, besoins de l’Église sera plus&#13;
efficace et que, quand bien [même] la Cour accorderait peu de choses ou&#13;
même quoi que ce soit cette année, vous réparerez tout [en] étant présent.&#13;
Si l’intendant, de la nomination duquel nous espérons que Notre-Seigneur,&#13;
394&#13;
NDLR : Dans le texte original : « de ». Nous avons modifié par « sur » pour faciliter la&#13;
compréhension du lecteur.&#13;
&#13;
- 657 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
sa sainte Mère et toute sa sainte Famille prendront soin, est un homme de&#13;
bien, il pourra beaucoup aider à donner à la Cour les sentiments tels que&#13;
nous pouvons désirer pour le bien de cette pauvre Église. Il n’y a point&#13;
d’apparence que M. Duchesneau puisse être choisi pour y retourner, un&#13;
retour de cette nature étant trop opposé, lorsqu’il y eut révocation, aux&#13;
maximes de la Cour.&#13;
M. Dudouyt et moi avons été tout consternés à la vue de l’excessive dépense&#13;
à laquelle vous vous êtes engagé, par la multiplication des enfants et des&#13;
nouvelles entreprises et établissements que vous avez jugé devoir faire.&#13;
« Magna est fides tua 395 » et plus grande de beaucoup que la sienne et la&#13;
mienne. Nous voyons que tous nos Messieurs y ont correspondu avec la&#13;
même confiance et l’entière soumission qu’ils ont cru et dû être obligés&#13;
d’avoir à vos sentiments ; en quoi je les approuve fort. J’ai admiré en mon&#13;
particulier de voir, par toutes vos lettres et dans tous les mouvements de&#13;
votre cœur, un si grand abandon en cette aimable providence de Dieu qu’il&#13;
ne vous a pas seulement permis d’avoir le moindre doute qu’elle ne&#13;
pourvoie abondamment de quoi fournir au soutien de toutes les œuvres&#13;
qu’il vous a inspirées et que, sur ce fondement, qui est à la vérité bien solide,&#13;
vous avez eu la résolution d’en venir à l’exécution. Il est vrai qu’il y a&#13;
longtemps que mon cœur soupirait après ce que vous avez fait, mais je n’ai&#13;
jamais eu assez de confiance ni d’abandon pour l’entreprendre. J’attendais&#13;
toujours les moments « quae Pater posuit in potestate sua 396 ». J’espère que,&#13;
puisque la Très Sainte Famille de Notre-Seigneur vous a inspiré toutes ces&#13;
œuvres, elle donnera des moyens et des ouvertures pour soutenir ce qui est&#13;
si fort à la gloire de Dieu et pour le salut des âmes ; mais selon toute&#13;
apparence, il s’y trouvera de grandes difficultés, qui ne serviront qu’à&#13;
augmenter cette confiance et cet abandon.&#13;
Celles que nous éprouvions cette année sont qu’il y a peu d’espérance que&#13;
la Cour donne grand-chose et que d’ailleurs, nous avons très peu de fonds.&#13;
Nous vous toucherons tout en peu de mois ce que nous pouvons espérer.&#13;
395&#13;
396&#13;
&#13;
NDLR : « Grande est ta foi. » (Matthieu 15:28)&#13;
NDLR : « que le Père a fixés de sa propre autorité. » (Actes des Apôtres 1:7)&#13;
- 658 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
Nous ne laisserons pas, M. Dudouyt et moi, de travailler de notre mieux à&#13;
la vérité, « in spem contra spem 397 » ; car où prendre de quoi accomplir des&#13;
factures, mémoires et lettres de change qui se montent bien à 10 000 écus,&#13;
et n’en avoir pas le quart ? Le premier moyen et, je crois, le plus souverain&#13;
est d’avoir recours à la prière, afin que Notre-Seigneur dispose le cœur du&#13;
roi et de ses ministres pour entrer dans tous ses desseins.&#13;
L’on a donné des mémoires à tous ceux que l’on a cru qui pourraient y contribuer.&#13;
Le P. de La Chaize a promis qu’il fera tout de son mieux. M. Milon nous aurait été&#13;
bien nécessaire, mais la providence de Dieu en a disposé autrement. Le roi ayant&#13;
aboli toute la religion des huguenots dans le royaume 398 et a assez fait connaître&#13;
que son intention que non seulement les évêques, mais aussi tous les&#13;
ecclésiastiques allassent de tous côtés travailler à les réduire, parce que, quoiqu’ils&#13;
sont contraints de faire profession extérieure de catholiques, la plupart demeurent&#13;
ce qu’ils étaient. Chacun donc s’est voulu signaler pour faire sa cour et agréer au&#13;
roi. M. Milon, non seulement dans cette vue et de ce qu’il est officier du roi, a pris&#13;
parti dans le pays d’Aunis, à Marans, et tous les quartiers de vers-là, où il est&#13;
de[puis] quatre ou cinq mois, et donne avis qu’il ne reviendra de longtemps.&#13;
Possible ne sera-t-il pas plus tôt de retour que vous serez en France. Cette&#13;
réduction des religionnaires n’étant pas une affaire d’une année, il vous écrira de&#13;
là, étant proche de La Rochelle. Comme chaque communauté, par maxime même,&#13;
a été obligée de prendre part à cette œuvre, le Séminaire fait actuellement une&#13;
mission dans la ville de Châlons, dont tous nos Messieurs ne reviendront guère&#13;
[que] vers la Quasimodo ; en sorte qu’il ne reste que M. Dudouyt qui conduit les&#13;
séminaristes.&#13;
M. de Fermanel étant parti depuis six jours pour aller à Rome, à cause de la&#13;
mort de Mgr d’Héliopolis, dont nous avons été confirmés qui arriva le&#13;
29 octobre 1684, et j’ai officié ici à son service, que l’on a fait fort solennel,&#13;
et pareillement pour la mort de Mgr de Babylone, dont on a aussi reçu&#13;
nouvelles, qui est arrivée le 26 août 1685, qui était un saint homme. L’on fit&#13;
son service le lendemain. Ce sont de grandes pertes pour ces missions. Mais&#13;
&#13;
NDLR : « Espérant contre toute espérance. » (Romains 4:18)&#13;
NDLR : Édit de Fontainebleau du 18 octobre 1685, qui interdisait la pratique de la religion&#13;
protestante en France.&#13;
&#13;
397&#13;
398&#13;
&#13;
- 659 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
le Bon Dieu, qui n’a pas besoin de nous, saura bien les réparer quand il lui&#13;
plaira.&#13;
M. Pallu est parti avec un ecclésiastique, qui s’est présenté, que je ne connais&#13;
pas, pour aller à Siam. M. de Grainville, que vous avez vu, qui était de Caen,&#13;
qui semblait se vouloir destiner pour succéder à M. Dudouyt dans son&#13;
emploi, est retourné dans son pays, bientôt après que vous fûtes parti, pour&#13;
ne pas revenir. Vous voyez par tous ces changements comme la divine&#13;
Providence dispose tout autrement des choses que nous proposons ; elle est&#13;
néanmoins toujours aimable et il fait bien bon de s’y laisser conduire.&#13;
L’extinction que le roi a faite de l’hérésie a été cause d’une déclaration 399, qui fait&#13;
un grand bouleversement en France pour le revenu de tous les bénéfices depuis&#13;
les évêchés jusqu’aux plus petits prieurés. Elle oblige tous ceux qui perçoivent des&#13;
dîmes de donner à tous les curés 300 livres de portion congrue également par toute&#13;
la France, ladite portion exempte de dîmes, réparations et généralement de toutes&#13;
charges que les décimateurs seront encore tenus de fournir et en outre 50 écus&#13;
par an pour un vicaire dans toutes les paroisses où les évêques jugeront qu’il y en&#13;
aura besoin. M. votre frère a écrit à M. Dudouyt que cette déclaration ayant lieu,&#13;
elle emportera la meilleure partie de votre prieuré, dont il a le soin. Pour ce qui&#13;
regarde l’abbaye de Méobecq, je crois que la plus grande partie de ce qui pouvait&#13;
rester de bon sera consumé et je ne sais si ce qu’il demeurera vaudra la peine de&#13;
le garder demeurant chargé des réparations, faire tous les derniers bons, soutenir&#13;
tous les procès et tous les autres accidents inopinés. Tous les prieurés d’un prix&#13;
médiocre comme est celui de M. Fortia y seront absorbés. Ainsi de tous ceux qui&#13;
ont été réunis à ce Séminaire de Québec, il n’y en aura aucun qu’il ne faille&#13;
abandonner aux cures, hor[mi]s celui de M. l’abbé de Rochefort et celui de M. Sain,&#13;
qui en a fort bien usé, l’ayant remis par acte devant notaire au Séminaire avec&#13;
100 écus de pension. Cette déclaration, jointe aux décimes extraordinaires,&#13;
consommeront tout ce que l’on aurait pu recevoir du revenu de l’abbaye de&#13;
Méobecq. L’on touchera aussi très peu de celle de l’Estrée.&#13;
Vous avez aussi compté sur 3 000 livres de pension du Clergé ; mais quelques soins&#13;
que l’on ait pu apporter, l’on a rien su tirer de M. Pennautier, disant qu’il n’y a point&#13;
de fonds et que le premier paiement ou quartier de ladite pension ne doit&#13;
399&#13;
NDLR : L’Assemblée du clergé de France, réunie le 21 juillet 1685, accorde un don gratuit au&#13;
roi de 3 000 000 de livres pour la lutte contre les huguenots.&#13;
&#13;
- 660 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
commencer qu’en janvier 1687. Son neveu, nommé M. Sevin, archidiacre de&#13;
Toulouse, que vous avez vu au Séminaire et qui y est encore, y fait son possible,&#13;
inutilement. L’on lui a rendu votre lettre, qui n’a pas eu plus d’effet, il y a huit jours.&#13;
Il me promit des merveilles, mais comme je le connais fort bien, je n’y fais pas grand&#13;
fond. Cependant, il ne faut rien négliger. M. Dudouyt vous avait mandé l’an passé&#13;
que la pension était de 3 000 livres ; en effet, M. Dauchez en avait assuré, sur ce&#13;
que l’Assemblée avait convenu de ladite somme de 3 000 livres, mais&#13;
M. l’archevêque de Paris dit qu’il ferait rapport au roi de la distribution générale&#13;
que l’Assemblée avait faite des fonds et la pension du Canada s’est trouvée réduite&#13;
à 2 000 livres ; en sorte que l’on lui a cette obligation, mais il ne faut pas en faire&#13;
semblant, afin qu’il ne nuise pas où il le pourrait faire facilement.&#13;
Vous voyez bien, par cette disposition, que tout ce qui peut y avoir de fonds assuré&#13;
est les parts de rentes de la fondation que vous avez faite de 2 000 tant de livres,&#13;
sur quoi M. Carnot a eu, je crois, 600 livres de ses vacations et profits. Les 2 000 de&#13;
ma pension sur le roi sont de l’argent comptant, mais la pension et l’entretien de&#13;
M. Guyon, un valet, et moi consomment la plus grande partie. Aussi bien que la&#13;
pension, l’entretien, je ne sais combien d’autres dépenses inopinées consomment&#13;
presque tout ce qu’il retire [de] son prieuré de Château-Porcien.&#13;
Nous espérons que l’on sera bien payé de la pension que j’ai à prendre de&#13;
2 000 livres sur l’évêché d’Aire, qui est tombé par bonheur à M. l’abbé de Bezons,&#13;
auquel j’ai conféré tous les ordres sacrés, qui m’a témoigné, par la réponse à la&#13;
lettre que je lui avais écrite, bien de la reconnaissance et me marque qu’il tient à&#13;
bénédiction pour l’évêché d’Aire de contribuer à l’œuvre de Canada. Je ne crois pas&#13;
qu’il m’écrive toutes ces choses par un style de compliment, ayant assez d’honneur&#13;
et de probité. Si j’avais passé [en Canada] cette année, l’on aurait pu épargner ce&#13;
qu’il faut pour notre subsistance, ce qui aurait bien servi, mais il nous faut&#13;
conformer au bon plaisir de Notre-Seigneur. Nous fîmes en sorte, quelques mois&#13;
après votre départ, de mettre en constitution de rente les 15 000 francs qui&#13;
restaient entre les mains de M. Carnot de la fondation des missions, lesquels on&#13;
joignit aux 9 000 francs du remboursement que fit Mme Puchot, faisant en tout&#13;
24 000 francs. M. Dudouyt en a touché le revenu et de la première partie de rente.&#13;
M. Carnot en a touché ce qui est marqué ci-devant.&#13;
&#13;
- 661 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
Voilà un dénombrement de tout ce qui peut y avoir de fonds réglé et assuré&#13;
pour cette année, sur lequel il vous, et à nos Messieurs, [est] bien facile de&#13;
juger que l’on ne peut pas aller bien loin et que ce que l’on peut tirer de&#13;
liquide ne suffit pas pour accomplir seulement les factures de Paris, qui se&#13;
montent au moins à 5 000 francs. Où prendre donc pour satisfaire à&#13;
25 000 francs au moins, à quoi se monteront les autres factures, mémoires&#13;
et lettres de change tirées sur M. Dudouyt, sans compter encore l’emploi&#13;
qui se fait tous les ans des pensions de MM. de Bernières et des Maizerets,&#13;
qui sont de 1 200 livres chacun ? Vous nous recommandez surtout en&#13;
plusieurs endroits de vos lettres de ne pas manquer d’exécuter les factures&#13;
et mémoires et nos Messieurs nous marquent, et vous aussi, que vous&#13;
trouverez les moyens de fournir les fonds nécessaires pour tout ce que l’on&#13;
demande ; mais je ne vois point que vous nous donniez d’autres ouvertures&#13;
ni moyens que d’emprunter et que vous trouverez, étant en France, les&#13;
expédients d’acquitter tout ce que l’on aura emprunté ; sur quoi je n’aurais&#13;
qu’une chose à vous dire, que je suis surpris que vous, qui ne faites que de&#13;
sortir de France, qui savez combien l’argent est rare, ne soyez pas&#13;
entièrement convaincu de l’impossibilité qu’il y a de le faire et cependant&#13;
que vous proposiez ce moyen comme une chose qui serait facile dans&#13;
l’exécution. Je vous avoue d’ailleurs que quand elle serait possible, elle&#13;
renferme en soi tant de suites et de conséquences que je m’assure que si&#13;
vous et nos Messieurs y aviez fait autant de réflexion que l’on doit, vous&#13;
n’auriez jamais eu ce sentiment.&#13;
Je conviens bien que quand il ne s’agit que de 2 000 ou 3 000 livres à prendre&#13;
sur soi par avance et faire d’une main l’autre, l’on se résout à les emprunter&#13;
et d’en chercher les moyens, qui ne laissent pas d’être extrêmement&#13;
difficiles dans le siècle où nous sommes ; ce que nous serons bien obligés de&#13;
faire cette année, s’il nous est possible. Mais d’emprunter des sommes&#13;
considérables sans savoir où prendre de quoi les acquitter, il ne semble pas&#13;
que cette conduite soit dans l’ordre de Dieu et quelque confiance qu’il&#13;
veuille que nous ayons en sa providence, il est assuré qu’il demande que&#13;
nous gardions des règles d’une prudence non pas humaine et politique,&#13;
mais qui soit chrétienne et de justice. Nous sommes tombés dans cette faute&#13;
- 662 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
et imprudence de nos bâtiments, dont nous ne sommes encore libérés,&#13;
restant encore à paver trois années de 1 000 écus tous les ans, n’en ayant&#13;
encore payé qu’une de quatre, que nous lui devons payer à l’acquit de&#13;
M. de La Chesnaye.&#13;
Il y a tout apparence que l’on attendra votre retour pour vous accorder ce&#13;
que le roi aura dessein de vous donner. « Obiectum movet potentiam 400. » Elle&#13;
accordera possible la même somme que les années précédentes de&#13;
4 000 livres. Encore le ministre aura-t-il bien de la peine à s’y résoudre&#13;
renvoyant, comme je vous ai marqué, la décision du nouveau plan des cures&#13;
à l’an prochain, lorsqu’il aura eu les connaissances que lui donnera le&#13;
nouvel intendant. Il faut que vous travailliez à le rendre uniforme à ce qui&#13;
a été envoyé cette année, quelque éloignement que la Cour fasse paraître de&#13;
fournir ce qui sera nécessaire pour faire subsister le nombre des curés qui&#13;
est contenu. C’est une nécessité si l’on veut que les peuples soient assistés&#13;
et qu’ils ne meurent pas sans confession, comme l’on a souvent inspiré à la&#13;
Cour qu’il était arrivé, quoique par le grand soin et charité des&#13;
missionnaires et la miséricorde de Notre-Seigneur, la chose ne soit pas&#13;
arrivée plus souvent qu’il serait en France.&#13;
J’ai bien de la peine à croire que l’on accorde cette année quelque chose pour&#13;
l’église de Québec, pour deux raisons : l’une que le ministre se persuadera&#13;
aisément qu’il a satisfait l’an passé pour trois ans sur le pied de 1 500 livres,&#13;
que le roi avait accordées les années précédentes ; la seconde, que l’on&#13;
jugera que vous multipliez demande sur demande.&#13;
Je crois en effet qu’il n’était pas à propos de demander pour une chapelle&#13;
succursale jusqu’à ce que l’on eût bien avancé les travaux de l’église&#13;
cathédrale et paroissiale, qui parle de soi-même de la nécessité qu’il y a de&#13;
la mettre en état qu’elle puisse être habitable pendant l’hiver. J’espère que&#13;
ce sera une des choses pour laquelle le roi aura plus de considération&#13;
lorsque, de vive voix, vous lui en aurez représenté le pitoyable état. Nous&#13;
400&#13;
NDLR : « L’objet fait bouger la puissance. » (Thomas d’Aquin, Somme théologique, vol. 17,&#13;
1a2ae, 6-17)&#13;
&#13;
- 663 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
sommes extrêmement embarrassés pour trouver seulement 1 000 francs à&#13;
emprunter et à moins que la Cour n’accorde quelque chose de considérable,&#13;
il faut de nécessité qu’une grande partie des factures que vous avez&#13;
envoyées demeure.&#13;
Il est assuré que l’on aurait dû différer cette grande multiplication d’enfants&#13;
et d’autres dépenses jusqu’à ce que l’on eût vu la disposition de la Cour sur&#13;
ces nouveaux établissements 401. Je conviens que cette bonne volonté que&#13;
vous a fait paraître M. de Denonville de vouloir contribuer à ces bonnes&#13;
œuvres par le moyen des congés 402 est un motif assez grand pour vous&#13;
obliger d’y donner quelques commencements ; mais il fallait faire en sorte&#13;
qu’il ne vous fût point à charge et avoir cette contribution de congés par&#13;
avance, outre que ce fonds est bien casuel dans le remuement des Iroquois&#13;
et l’incertitude où nous sommes que nous n’ayons la guerre avec eux. La&#13;
précipitation avec laquelle l’on est obligé d’entreprendre un bâtiment de&#13;
100 pieds de long au Cap-Tourmente engage une grande dépense. Nous&#13;
avons une grande expérience en Canada, et par nous-même à Saint-Michel,&#13;
que les bâtiments de bois n’y valent rien, sont fort incommodes et de plus&#13;
grande dépense que si on les faisait de pierre ; le lattage par dehors et par&#13;
dedans qui ne dure point et les autres inconvénients devaient en détourner.&#13;
Si j’avais été sur les lieux, je n’y aurais pu consentir. Il valait mieux, si tant&#13;
est que l’on le dût bâtir, le faire en deux ans et le faire de pierre. Mais&#13;
l’empressement que l’on a eu de le voir tout d’un coup sur pied a engagé&#13;
cette entreprise, qui engage notablement chez les marchands. Après tout,&#13;
comme je ne doute point que l’Église du Canada […] 403&#13;
MM. de Bernières, des Maizerets et de Glandelet m’écrivent que la remise&#13;
que M. de La Barre avait faite avant mon départ de l’emplacement du Vieux&#13;
magasin entre les mains du Séminaire, de mon consentement, a été changée&#13;
Le Serviteur de Dieu fait allusion ici à un lycée fondé par l’abbé de Saint-Vallier à l’École des&#13;
arts et métiers* de Saint-Joachim, avec l’encouragement exprès du gouverneur de Denonville.&#13;
Mgr de Laval trouvait cette œuvre inopportune ; en fait, il avait raison, puisque cedit lycée, ouvert&#13;
en 1685 avec 31 élèves, dut être fermé en octobre 1686 par manque de moyens.&#13;
402&#13;
Ces « congés » ne sont autres que des permissions spéciales données par le gouverneur à quelques&#13;
colons d’aller auprès des Autochtones pour y faire des prélèvements commerciaux de fourrures.&#13;
403&#13;
Ces paroles se trouvent en fin de page et la page suivante commence ainsi : « MM. de Bernières »,&#13;
etc. La phrase, on le voit, reste suspendue. A-t-on peut-être perdu une page ?&#13;
401&#13;
&#13;
- 664 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
et faite par M. de Denonville en votre nom seul ; comme sans doute vous&#13;
n’avez point fait de réflexion que j’avais fait passer cette remise exprès, et&#13;
avec dessein, immédiatement au Séminaire pour le mettre en possession du&#13;
soin et de l’administration de la chapelle succursale et de la maison&#13;
d’accompagnement qui s’y doit joindre pour l’instruction de la jeunesse de&#13;
la basse-ville comme faisant une portion et partie de la cure de Québec, que&#13;
j’ai unie audit Séminaire étant évêque de Pétrée et [que j’ai] renouvelé l’acte&#13;
de réunion depuis que j’ai été évêque titulaire de Québec. Je suis surpris&#13;
que nos Messieurs ne vous en aient point averti. Ils ont manqué en cela,&#13;
étant assez informés des motifs qui m’ont obligé de faire faire cet acte avec&#13;
ces clauses-là et du bien de l’Église, que j’ai toujours envisagé.&#13;
M. de Denonville ayant ordre de la Cour de remettre ledit emplacement&#13;
entre les mains de l’Église, il fallait simplement changer le mot « de mon&#13;
consentement » et mettre en la place « du vôtre ».&#13;
Comme il est de très grande importance, pour la gloire de Notre-Seigneur&#13;
et le plus grand bien de l’Église de Québec, de remettre le Séminaire en&#13;
possession dudit emplacement, je vous conjure, mon cher Monsieur, avec&#13;
toutes les instances possibles, de lui en faire démission comme d’une chose&#13;
que vous énoncerez être de la cure de Québec, que nous aurions ci-devant&#13;
réunie audit Séminaire, puisqu’en effet sans cela, ladite cure que j’y ai&#13;
réunie n’aurait été qu’un être de raison et que la basse-ville ne peut jamais&#13;
être séparée de la haute qu’en transportant entièrement la paroisse en la&#13;
basse-ville et laissant l’église pour cathédrale. Du moment que vous serez&#13;
sacré, qui vous mettra en pouvoir de tout le spirituel, vous confirmerez cette&#13;
réunion en quelle manière [que] vous jugerez et y apporterez le changement&#13;
que vous trouverez nécessaire. Cela ne me fera, avec la grâce de NotreSeigneur, aucune peine, pourvu que ledit Séminaire demeure en possession&#13;
et administration de la cure, c’est-à-dire de la haute et basse-ville de Québec&#13;
pour toujours. Cela se doit et ne se peut faire autrement, y ayant toute sorte&#13;
de justice pour les raisons dont vous devez être présentement persuadé&#13;
comme moi-même ; ce qui fait que je vous prie de ne point différer à&#13;
exécuter la chose. L’on ne saurait apporter trop de précautions pour&#13;
conserver une bonne paix et concorde dans un clergé.&#13;
- 665 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-1&#13;
&#13;
Je doute fort que l’expédient que l’on a inspiré à la Cour pour la subsistance des&#13;
curés, vous en donnant une grosse abbaye, lui agrée les intentions du roi, étant&#13;
qu’il y ait des curés en titre. Elle se persuadera facilement qu’ils auront par ce&#13;
moyen une entière dépendance de l’évêque et que le revenu que l’on accorderait&#13;
à votre personne pour leur subsistance aurait cet effet, outre qu’attachant ainsi&#13;
cette abbaye à la personne de l’évêque, il faudrait qu’elle passât à ceux qui vous&#13;
succéderont et qu’elle fût annexée à perpétuité à l’Église du Canada, afin qu’elle&#13;
pût servir de revenu à des curés en titre en forme de portion congrue que chaque&#13;
curé aurait à prendre sur l’évêque, qui serait une étrange charge pour un évêque&#13;
qui aurait à faire les derniers bons de toutes ces pensions. Bref, de quelque manière&#13;
que l’on puisse prendre la chose, il y a de grandes difficultés eu égard à l’état du&#13;
pays et l’usage de la France, où les choses sont bien différentes du Canada ; ce que&#13;
l’on a de la peine à concevoir, à moins que d’y avoir été.&#13;
Peu après que vous fûtes parti, l’on amortit les 9 000, lesquels, avec les 15 000&#13;
livres qui étaient entre les mains de M. Carnot, faisant en tout 24 000 livres, ont&#13;
été depuis constituées. Ainsi, l’on n’a pas pu exécuter le changement de la&#13;
fondation duquel vous et nos Messieurs nous écrivez, puisque vous le trouvez,&#13;
comme en effet il l’est, plus avantageux pour l’Église du Canada, plus assuré pour&#13;
la fondation et plus utile pour le Séminaire. Nous allons disposer les affaires pour&#13;
retirer la somme de 20 000 livres de l’une des deux parties de rente, afin de&#13;
l’employer dans l’usage que nos Messieurs le marquent et prendre le temps bien à&#13;
propos et avec loisir pour avoir des toiles et autres denrées à bon prix et faire faire&#13;
la quantité de souliers de quand qu’ils demandent et faire en sorte qu’il y en ait la&#13;
meilleure partie de fait cet automne. L’on ménagera aussi cette affaire pour qu’il y&#13;
ait le moins de perte qui se pourra sur le revenu de la partie de rente que l’on&#13;
amoindrira.&#13;
Du 15 mars,&#13;
Par la miséricorde de Notre-Seigneur, nous avons un intendant nommé duquel l’on&#13;
sera, à ce que j’espère, bien satisfait. Il est des amis de M. de Denonville. Le nom&#13;
ne nous en sera pas inconnu : c’est M. de Champigny. Nous sommes alliés au degré&#13;
de premier de germain. C’est une famille de probité. On fait bien de l’estime de&#13;
notre intendant. Il m’est venu voir dès le lendemain. Il me paraît dans de bonnes&#13;
dispositions et conviendra pour le bien. Ainsi, avant votre départ, vous pourriez&#13;
bien disposer l’affaire des cures, comme vous aviez fait cette année, aussi bien que&#13;
toutes les autres affaires qui regardent les bonnes œuvres et établissements dont&#13;
- 666 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-2&#13;
&#13;
vous avez commencé l’entreprise. Les choses, étant appuyées et mandées par&#13;
toutes les deux puissances conjointement, ont bon effet que l’on peut dire que le&#13;
succès en dépend uniquement à la Cour.&#13;
Il ne me reste plus, mon cher seigneur et frère, par cette lettre, qu’à vous&#13;
conjurer de m’offrir souvent à Notre-Seigneur et à sa sainte Famille et la&#13;
prier qu’elle détruise en moi tout ce qui est contraire à son esprit. Il n’y a&#13;
point de jour ni presque de moment que je n’aie la réciproque pour vous,&#13;
étant à vous en son amour.&#13;
François, évêque de Québec&#13;
Doc. LI-II-2. Lettre de Dudouyt à H. de Bernières (mars 1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-II-2&#13;
Lettre de l’abbé Dudouyt à H. de Bernières, supérieur du Séminaire de&#13;
Québec, mars 1687, d’après l’original signé conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres M, no 2a&#13;
« M. de Québec » dont il est question ici est notre Serviteur de Dieu, qui conserva&#13;
son titre d’évêque de Québec jusqu’à la consécration de son successeur. Il faut&#13;
noter que cette lettre fut écrite après le retour de l’abbé de Saint-Vallier en France&#13;
en janvier 1687.&#13;
&#13;
J’ai reçu sûrement toutes vos lettres et vos mémoires. L’on a bien fait de&#13;
nous informer de tout. J’en ai communiqué avec M. de Québec et avec&#13;
M. de Brisacier. M. de Québec a pris toute chose avec bien de la modération&#13;
et en a bien usé. Vous trouverez bien de l’adoucissement et de la grâce dans&#13;
sa conduite.&#13;
Les choses étant comme on les a marquées au sujet de N.*, on a cru qu’il&#13;
fallait y apporter un remède efficace. Celui qu’on avait trouvé le meilleur,&#13;
et qui l’aurait été si on avait pu l’obtenir, ne s’est pu faire, les choses ayant&#13;
tourné autrement.&#13;
Ainsi il a fallu travailler à rectifier sa conduite. Comme il ne nous en a pas&#13;
donné d’entrée à lui dire les choses, nous en avons informé le P. Le Valois,&#13;
qui lui a tout dit, et ensuite nous nous en sommes éclaircis, Mgr de Québec,&#13;
- 667 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-2&#13;
&#13;
M. de Brisacier et moi. Il a tâché d’excuser la plupart des faits et a été obligé&#13;
de convenir des autres. Le P. de La Chaize et M. de Seignelay lui ont donné&#13;
des avis assez forts. M. Tronson et M. de Beauvilliers l’ont fait pareillement.&#13;
Ce qui a fait le plus d’impression et de peine à N., a été que le P. de La&#13;
Chaize ait su quelques faits des plus généraux et qu’il ait dit quelque chose&#13;
au roi. Il est demeuré d’accord que le mémoire dressé par M. de Belmont 404&#13;
est capable de mettre la division. Il l’a désavoué et condamné et a dit qu’il&#13;
ne l’avait pas lu que depuis huit jours. Lorsque le P. Le Valois lui en eut&#13;
parlé, il le brûla sur l’heure et m’a dit que vous aviez eu raison de craindre&#13;
après avoir vu ce mémoire-là. En un mot, nous ne lui avons rien caché de&#13;
tout ce qu’il a fait. On a cru, et ç’a été le sentiment du P. Le Valois, qu’il n’y&#13;
avait pas d’autre moyen de le faire changer de conduite que de s’éclaircir à&#13;
fond de toute chose avec lui. Après cet éclaircissement, il est entré en&#13;
retraite sous le P. Le Valois, où il est à présent.&#13;
Je l’allai voir hier avec le P. Vaultier. Nous lui parlâmes encore de toute sa&#13;
conduite qui procède des deux principes que vous avez remarqués, savoir&#13;
de la vivacité et précipitation naturelles de son esprit et du trop grand appui&#13;
sur sa propre lumière, joints à un désir excessif de faire tout le bien qu’il&#13;
envisage. Il a bonne volonté et bonne intention et croit bien faire en tout.&#13;
C’est ce qui rend le changement plus difficile. Il y a parmi tout cela quelque&#13;
chose de bon ; mais il y a beaucoup à craindre d’ailleurs, à cause qu’il porte&#13;
toutes choses à une perfection excessive. Ce que je trouvai hier de meilleur&#13;
en lui, et dont le P. Le Valois m’avait assuré, est qu’il ne garde aucun&#13;
ressentiment contre vous autres ni contre nous de tout ce que vous avez&#13;
écrit, ni contre nous de ce que nous avons dit ici, quoique cela lui ait fait&#13;
beaucoup de peine, et il nous a dit que la meilleure manière d’agir avec lui&#13;
est de ne lui rien cacher et je le crois ainsi ; de sorte que nous agirons sur ce&#13;
pied avec lui dorénavant et s’il y a lieu de lui faire prendre une conduite&#13;
réglée, il le fera après avoir été aussi fortement averti qu’il l’a été tant des&#13;
&#13;
NDLR : Ce mémoire sur les missions chez les Autochtones, écrit en 1684 et attribué à&#13;
l’abbé Vachon de Belmont, allait à l’encontre des Jésuites et pouvait envenimer les relations entre&#13;
ceux-ci et les Sulpiciens. Une copie se trouve à Bibliothèque et Archives Canada, MG30-D95,&#13;
vol. 14, dossier 5.&#13;
404&#13;
&#13;
- 668 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-2&#13;
&#13;
personnes séculières que de celles qui l’ont pressé par principe de&#13;
conscience.&#13;
Au reste, vous savez qu’il n’y a que Dieu qui puisse faire ce changement en&#13;
l’humiliant et lui faisant connaître la vérité. C’est pourquoi il faut le prier&#13;
instamment. Nous le faisons ici ; je ne doute pas que vous ne le fassiez de&#13;
votre part. Il nous a priés surtout que les pères jésuites n’aient pas&#13;
connaissance à Québec du mémoire. Je lui ai dit qu’ils n’en savaient [rien].&#13;
M. Tronson n’en sait rien non plus 405 ; le P. Le Valois le sait, mais il n’en&#13;
parlera pas. Mgr de Québec en aura pu dire quelque chose au P. Vaultier ; il&#13;
est averti de n’en pas parler. Il faut continuer de conserver l’union avec&#13;
MM. de Saint-Sulpice. Nous verrons ce qu’il y aura à faire ici et en Canada&#13;
pour empêcher qu’il n’arrive de la désunion. Il a désiré que nous ayons&#13;
brûlé ce mémoire et nous l’avons fait pour lui donner cette satisfaction. Il&#13;
me dit hier que ses bulles étaient retardées et que c’était le P. de La Chaize&#13;
qui avait fait cela ; ce qui lui a été sensible. Mais il est vrai que pour son bien&#13;
et celui de l’Église du Canada, cela était nécessaire. L’expérience de ce qui&#13;
lui arrive et ce qu’on lui dira jusqu’à son retour le modérera et l’obligera de&#13;
prendre et suivre conseil. C’est à quoi principalement on travaille à le&#13;
réduire. Il doit prendre le P. Dablon pour son directeur, mais tout de bon.&#13;
Il se confesse à moi depuis son retour en France. Ne craignez pas qu’il garde&#13;
de ressentiment dans son cœur contre vous autres et qu’il parle de ce qui&#13;
s’est passé. Il est de son intérêt de n’en rien faire paraître lorsqu’il sera de&#13;
retour en Canada.&#13;
M. Trouvé en use bien et fait ce qu’il peut pour modérer la conduite de N.&#13;
Il approuve la nôtre et goûte l’esprit du Séminaire de Québec, surtout la&#13;
désappropriation. Il a dit à M. Tronson et au P. Le Valois ce qui regarde la&#13;
manière d’agir de N. et comme il en a été témoin et qu’il ne peut être&#13;
suspect, cela a fait plus d’impression que tout ce que nous aurions dit. Nous&#13;
nous éclaircirons avec lui pour son retour et pour savoir s’il veut demeurer&#13;
pour toujours au Séminaire de Québec. Je vous en écrirai ci-après. Si vous&#13;
NDLR : En fait, l’abbé Tronson écrivit une lettre chiffrée à l’abbé Dollier de Casson, supérieur&#13;
du Séminaire Saint-Sulpice de Montréal, le 22 avril 1687, leur faisant des remontrances sur&#13;
l’imprudence de ce mémoire. (Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris, vol. 7, p. 3992)&#13;
405&#13;
&#13;
- 669 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-2&#13;
&#13;
avez gardé une copie du mémoire dont il s’agit, N. vous prie de le brûler.&#13;
Et si les pères en savent quelque chose, il est à propos qu’ils ne le fassent&#13;
pas paraître.&#13;
J’ai dit à N. que nous et vous n’avons eu aucun autre dessein en ce qui s’est&#13;
dit et fait que son bien et celui de l’Église du Canada, qu’il le connaîtra dans&#13;
la suite, et que nous avons un juste sujet [de craindre] pour lui et pour&#13;
l’Église du Canada, à moins qu’il ne change de conduite. La disposition&#13;
naturelle de son esprit, jointe à l’accidentelle, fait croire qu’il est très difficile&#13;
de changer et de rectifier sa manière d’agir. Il faut néanmoins qu’elle se&#13;
modère ou elle ira à une dernière extrémité. Je me confie que NotreSeigneur y mettra la main. La protection avec laquelle il a soutenu jusqu’à&#13;
présent l’Église du Canada m’a fortifié dans cette espérance. Il faut nous&#13;
défier de nous-mêmes, prier Dieu et nous confier en lui. Notre soin&#13;
principal doit être de vivre de l’esprit et de la vie de Jésus-Christ et d’élever&#13;
nos missionnaires dans le même esprit. C’est la seule voie que nous avons&#13;
pour nous soutenir et l’œuvre dont Notre-Seigneur nous a chargés. Plus&#13;
nous allons en avant, [plus] je suis convaincu qu’il est nécessaire que les&#13;
missionnaires marchent par la même voie que les disciples de NotreSeigneur ont marché et qu’il nous y réduira peu à peu.&#13;
&#13;
- 670 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-3&#13;
&#13;
Doc. LI-II-3. Lettre de Laval à H. de Bernières (18 mars 1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-II-3&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à H. de Bernières, supérieur du Séminaire de&#13;
Québec, 18 mars 1687, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 86&#13;
Nous retenons de cette lettre plutôt longue seulement quelques passages&#13;
concernant le projet du Serviteur de Dieu de retourner au Canada, sa complète&#13;
résignation face au décès d’un jeune prêtre canadien à qui il était particulièrement&#13;
attaché et surtout, les passages où il fait allusion aux difficultés existant entre le&#13;
Séminaire de Québec et l’abbé de Saint-Vallier.&#13;
&#13;
À Paris, ce 18 mars 1687,&#13;
M. Dudouyt vous donne avis de tout ce qui s’est passé depuis le retour de&#13;
M. de Saint-Vallier, qui ne pourra pas avoir ses bulles cette année et par&#13;
conséquent repasser en Canada ; et moi, conformément aux sentiments que&#13;
Notre-Seigneur me fait la miséricorde de me continuer, j’y retourne comme&#13;
au lieu où mon cœur est inséparablement attaché, en sorte que quand je&#13;
serais assuré de mourir sur la mer, je m’embarquerais pour n’être pas privé&#13;
au moins de la consolation de mourir dans l’accomplissement du bon&#13;
plaisir de Notre-Seigneur, dans lequel doit consister notre bonheur pour le&#13;
temps et l’éternité.&#13;
Je ne vous remémorerai pas notre bon M. Guyon 406, puisque ce bon plaisir&#13;
[de Dieu] en a disposé et nous l’a enlevé. Le 10 de janvier dernier, il a fait&#13;
une mort fort chrétienne et a reçu en ce passage une protection tout&#13;
extraordinaire de la Sainte Vierge. Si la providence de Dieu me conserve&#13;
jusqu’à Québec, je vous en dirai les particularités. Je lui ai administré les&#13;
derniers sacrements et ne l’ai point abandonné jusqu’à la mort, comme il&#13;
m’en avait bien prié. M. Dudouyt n’a manqué en rien des devoirs de charité&#13;
qu’il lui devait. Ne manquons pas, je vous en prie, ceux que nous lui devons&#13;
en l’autre vie. Je l’ai fait avec soin jusqu’ici et continuerai. Notre-Seigneur&#13;
nous fait connaître dans cette privation que ses desseins [et ses] pensées&#13;
L’abbé Jean Guyon dont on parle ici était un jeune prêtre canadien, qui fut ordonné à Québec par&#13;
le Serviteur de Dieu le 21 novembre 1683 et qui vint avec lui en France en 1684, où il décéda le&#13;
10 janvier 1687.&#13;
406&#13;
&#13;
- 671 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-3&#13;
&#13;
sont bien autres que celles que nous pouvons avoir. Ce sont des conduites&#13;
de grâce et de miséricorde de nous priver des choses que nous estimons les&#13;
plus nécessaires. J’en ai fait le sacrifice de bon cœur et comme je reconnais&#13;
bien que l’attache que j’y avais était beaucoup appuyée sur l’humain, j’ai&#13;
adoré en cela la bonté et la miséricorde de Notre-Seigneur de me l’avoir&#13;
voulu ôter. Priez et faites bien prier Dieu pour lui, et le bénissons de nous&#13;
avoir privés des grands secours qu’il s’était rendu capable de donner à&#13;
l’Église de Canada en toute manière. « Dominus dedit, Dominus abstulit ; sit&#13;
nomen Domini benedictum  407 ! »&#13;
Je ne vous saurais encore dire déterminément les ecclésiastiques que la&#13;
providence de Dieu nous donnera pour passer avec nous. Je passerai&#13;
cependant dans le premier navire tant soit peu commode qui partira, à la&#13;
réserve de ceux qui doivent mener des soldats, où sans doute je serais trop&#13;
incommodé. L’on nous écrit de La Rochelle que deux petits vaisseaux, l’un&#13;
de 35 tonneaux et l’autre de 60 ou 70 tonneaux, partent dans ce mois-ci. Ce&#13;
sera par l’un des deux que vous recevrez celle-ci. Hors cela, l’on ne voit pas&#13;
de vaisseaux raisonnables qui se disposent plus tôt qu’à l’ordinaire, c’est-àdire vers la Saint-Jean, à la réserve de celui qu’on nomme la Diligente, dans&#13;
lequel étaient MM. de Denonville et de Saint-Vallier allant en Canada, que&#13;
le roi a accordé à la Compagnie de la Pêche sédentaire de l’Acadie, lequel&#13;
l’on dit qui doit partir à la mi-mai et ne doit demeurer que deux ou trois&#13;
jours à leur pêche que l’on appelle Chibouctou, proche [du Cap-]Canceau,&#13;
dans lequel je m’embarquerai, si cela est, parce que l’on croit qu’il arrivera&#13;
plus de six semaines à Québec plus tôt que les autres.&#13;
Ce vaisseau mène un nouveau gouverneur à l’Acadie à la place de M. Perrot, qui&#13;
est révoqué à cause de sa vie ordinaire qu’il continue là comme il a fait au Montréal.&#13;
M. Geoffroy est venu par un navire anglais, qu’il a été [pris] à Boston, où il a&#13;
demeuré trois semaines. M. de Saint-Castin a fourni la dépense de ce voyage.&#13;
Mondit sieur Geoffroy a écrit une lettre avant son départ à mondit sieur Perrot qu’il&#13;
venait en France contre lui. C’est un zèle où il y a assurément de l’indiscrétion, mais&#13;
comme sa lettre tombera entre les mains de M. Petit, il y a sujet d’espérer qu’il ne&#13;
407&#13;
NDLR : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris ; que le nom du Seigneur soit béni ! »&#13;
(Job 1:21)&#13;
&#13;
- 672 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-3&#13;
&#13;
la donnera pas à M. Perrot. Ledit sieur Geoffroy doit retourner à l’Acadie, mais non&#13;
pas à la mission de M. de Saint-Castin.&#13;
Mon sentiment est qu’il demeure à Beaubassin chez M. de La Vallière, à quoi j’ai&#13;
disposé M. de Saint-Vallier, n’étant nullement à propos d’y envoyer M. Gaultier,&#13;
qui a trop de grâce, de capacité et de mérite pour être destiné et réduit à un emploi&#13;
de cette nature. C’est un sujet qu’il ne faut pas éloigner du Séminaire, dont il est&#13;
capable de faire un bon membre, outre que la charité ne permet d’exposer sa&#13;
santé, qu’il n’a pas forte, dans un si grand éloignement et un lieu si abandonné.&#13;
Vous devez conclure que, ne l’ayant pas encore envoyé lorsque vous recevrez celleci, vous ne le devez pas faire et vous auriez fait faute d’exécuter de cet ordre&#13;
jusqu’aux premières nouvelles de France, [parce] que vous avez bien pu juger qu’il&#13;
y en aurait de contraires.&#13;
Comme l’ivrognerie est grande parmi les Sauvages* qui composent la mission de&#13;
M. Thury et qu’il n’y a jamais eu de remède, quel que soit que les Jésuites y ont pu&#13;
apporter, à cause des occasions des navires pêcheurs et bien d’autres encore, il n’y&#13;
a point d’apparence qu’il y puisse faire de fruit en partant y demeurer. Cela étant,&#13;
nous avons adressé tout droit au Port-Royal le ballot que l’on lui envoie, dont nous&#13;
lui avons donné avis par des navires pêcheurs, et de se rendre chez M. Petit, avec&#13;
lequel il conférera et qu’il aura de nos nouvelles, afin de se rendre à Pentagouet&#13;
chez M. de Saint-Castin, auquel lieu, après avoir conféré avec M. Dudouyt et nos&#13;
amis, j’ai cru qu’il était de très grande importance d’établir une mission de&#13;
Sauvages, avant qu’aucun autre y allât et en prit possession.&#13;
Vous nous avez écrit, et il était vrai, que M. de [Saint-Vallier] [avait] dessein qu’il y&#13;
eût dans toute l’Acadie de M. de Saint-Castin [des missionnaires], mais comme il y&#13;
a déjà des ecclésiastiques du Séminaire des Missions étrangères et qu’il y a dans ce&#13;
lieu de Pentagouet de quoi établir une belle mission et bien plus solide qu’en celui&#13;
où est M. Thury et même, à la suite, plus suffisamment de quoi occuper des bons&#13;
missionnaires, il est bien raisonnable de les [prêtres du Séminaire] préférer à tous&#13;
les autres. Je dis tous autres, parce que M. de [Saint-Vallier] a eu encore d’autres&#13;
vues, mais comme vous n’ignorez pas que, outre tous ses ouvriers, les pères&#13;
jésuites ont aussi eu dessein d’y envoyer un missionnaire. Nous avons jugé qu’ils&#13;
sont justes et raisonnables que tous aient et partagent les missions des Sauvages.&#13;
Il était nécessaire de prévenir tout ce qui pourrait arriver à la suite et d’y envoyer&#13;
M. Thury, [en] attendant que nous puissions y en faire passer quelques autres de&#13;
Québec, à quoi il ne faudra pas manquer, et aussitôt que je serai arrivé à Québec ;&#13;
- 673 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-3&#13;
&#13;
et comme il peut arriver, par divers accidents, fort facilement, que je n’arrive pas&#13;
assez tôt pour que l’on puisse encore avoir le temps d’envoyer les personnes que&#13;
l’on destinera pour cet effet, je crois qu’il est bon, aussitôt que vous aurez reçu&#13;
celle-ci, de recommander ce choix à Dieu, de faire des prières pour cela [et]&#13;
d’examiner et de libérer ceux que l’on y doit envoyer. Je parle en pluriel, parce que,&#13;
quoique l’on ne doive employer présentement qu’un seul missionnaire aux&#13;
Sauvages de M. de Saint-Castin et pour avoir soin des Français qui sont là à&#13;
Pentagouet et aux lieux circonvoisins, je crois que l’on ne peut pas se dispenser&#13;
d’en envoyer deux, à cause qu’il faut envoyer un ecclésiastique pour le Port-Royal&#13;
à la place de M. Geoffroy pour aider à M. Petit, qui n’est plus en état de se pouvoir&#13;
passer d’un second, après y avoir pensé plusieurs fois devant Dieu. Je n’en ai pas&#13;
trouvé qui fussent plus propres que les deux MM. Volant, savoir M. Volant pour la&#13;
mission des Sauvages et de M. de Saint-Claude pour demeurer avec M. Petit au&#13;
Port-Royal, lequel pourra à la suite se joindre à M. Volant, pour être occupés tous&#13;
deux aux Sauvages. Je sais qu’il sera difficile de les détacher tous deux et de&#13;
remplacer les lieux où ils sont, mais il faut espérer que le Séminaire, faisant ce&#13;
sacrifice pour la conversion des Sauvages, qui est son esprit et obligation principale&#13;
et essentielle, Notre-Seigneur et sa sainte Famille y donneront bénédiction.&#13;
Je mène avec moi un bon sujet 408 pour avoir soin du Petit Séminaire, qui paraît&#13;
avoir de la grâce et [être] bien propre pour cet emploi. Il y a plus d’un an qu’il est&#13;
dans le Séminaire ; ainsi, nous le connaissons. J’ai eu de la peine à l’avoir, parce que&#13;
l’on le destinait pour les Indes, mais ce que vous m’avez écrit de celui qui y est m’a&#13;
fait connaître qu’il était important d’emmener quelqu’un qui eût les qualités que&#13;
nous avons remarquées en celui-ci. Il n’est encore que sous-diacre. Il servira à&#13;
dégager M. Foucques, que l’on pourra mettre dans une cure. Nous en menons&#13;
encore un pour desservir une cure, qui a bien de la grâce et [est] bien propre pour&#13;
le Canada. Il y a huit ans qu’il est dans les fonctions.&#13;
M. Trouvé repasse encore cette année. M. de Saint-Vallier croit que M. Brulon&#13;
demeurera facilement aux Trois-Rivières en lui donnant mondit sieur Trouvé pour&#13;
compagnon et mondit sieur Trouvé y consent, pourvu qu’il y soit avec lui ou un&#13;
autre. J’ai de la peine à croire que M. Brulon puisse se résoudre à demeurer. Le&#13;
raisonnement de M. de Saint-Vallier est que, y ayant deux ecclésiastiques, le&#13;
prétexte de laisser un récollet casse la liberté de conscience y étant, mettant deux&#13;
&#13;
408&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit d’Henri-Jean Tremblay.&#13;
- 674 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-3&#13;
&#13;
ecclésiastiques 409. On y appliquerait 400 francs de France pour le second&#13;
ecclésiastique et [ils] pourraient demeurer dans le presbytère ensemble, avec un&#13;
domestique.&#13;
Je reviens à MM. Volant, touchant lesquels je vous donnerai avis qu’il faut faire en&#13;
sorte de ne pas manquer de les envoyer cet automne au Port-Royal, où ils sauront&#13;
tout ce qu’ils auront à faire. Cependant, si le vaisseau nommé la Diligente, dans&#13;
lequel nous passons, arrivait bien à Québec en bon temps, MM. Volant pourraient&#13;
s’embarquer dedans et aller à Chibouctou, où il doit repasser en retournant en&#13;
France ; mais comme souvent ils disposent tout autrement qu’ils n’ont résolu, je ne&#13;
crois pas qu’il faille s’assurer sur cette voie.&#13;
Comme M. de [Saint-Vallier] a été extrêmement mortifié et humilié de ce qui s’est&#13;
connu au sujet des pères [jésuites] et qu’il a fait tout ce qui lui a été possible pour&#13;
leur persuader le contraire, ayant grand besoin d’eux pour le succès de tous ses&#13;
desseins, mais particulièrement pour obtenir du roi la permission de demander à&#13;
Rome des bulles et quelques abbayes. Voilà un sujet plus que suffisant pour user&#13;
d’une conduite en politique avec eux et se ménager. C’est ce qui fait qu’il ne veut&#13;
point avoir de part à l’établissement de cette mission [d’Acadie], parce qu’il sait&#13;
bien que lesdits pères souhaiteraient l’avoir, à cause particulièrement du rapport&#13;
que la mission de Sillery, composée de Sauvages de ce pays-là, dans la crainte qu’ils&#13;
pourraient avoir que, y ayant une mission établie, ils ne prissent le dessein d’y&#13;
retourner. C’est pourquoi il m’a réitéré plusieurs fois qu’il fallait que je me&#13;
chargeasse entièrement de cette affaire et qu’il ne voulait point que l’on pût lui en&#13;
attribuer quoi que ce soit. Je m’y suis engagé et me suis chargé de tous les&#13;
événements. Je n’y ai point eu de peine, à raison que je vois que la chose est très&#13;
juste et raisonnable que le Séminaire des Missions étrangères prenne part aux&#13;
travaux des missions et que les missionnaires, qui seront audit lieu, agiront de&#13;
concert [avec les Jésuites] et avec esprit de grâce, sans esprit de jalousie, comme&#13;
de bons missionnaires doivent faire.&#13;
&#13;
NDLR : Nous croyons que cette phrase tente d’exprimer l’idée que le gouverneur du Canada et&#13;
les ministres en France désiraient employer les Récollets dans les cures où il manquait&#13;
d’ecclésiastiques, parce qu’ils coûteraient moins cher, étant d’un ordre mendiant, et qu’ils offraient&#13;
une plus grande « liberté de conscience », principalement au sujet de la traite des boissons avec les&#13;
Autochtones. Le raisonnement de Mgr de Saint-Vallier est donc qu’en mettant deux ecclésiastiques&#13;
à Trois-Rivières, le gouvernement perdra le prétexte d’y installer un récollet.&#13;
409&#13;
&#13;
- 675 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-3&#13;
&#13;
C’est dont vous pouvez bien assurer les pères, outre ce que j’en écris au P. Dablon,&#13;
dont je vous envoie la lettre à cachet volant, afin que vous lui parliez en conformité.&#13;
Vous fermerez la lettre avant que de la lui donner, en envoyant MM. Volant. Vous&#13;
leur direz que c’est pour en employer un au Port-Royal avec M. Petit et l’autre, pour&#13;
en disposer selon les besoins que M. Petit jugera qu’il y aura et autres lieux de&#13;
l’Acadie et être en pouvoir d’en renvoyer un à la mission de M. Thury, à moins qu’il&#13;
ne juge à propos de retourner lui-même, supposé qu’il reconnaisse qu’il y ait&#13;
quelque bien à y faire, ce que M. le marquis de Chevry promet bien de faciliter, s’ils&#13;
s’emparent de ce lieu-là, comme l’on dit qu’ils vont faire, et en expulser le sieur&#13;
Richard Denys.&#13;
Au cas que vous ne puissiez envoyer tous les deux MM. Volant, vous en enverrez&#13;
au moins l’un des deux, étant nécessaire à une mission sauvage d’avoir bien de la&#13;
grâce et particulièrement dans un lieu éloigné, où il n’aura pas le même secours&#13;
que l’on peut recevoir dans les lieux proches du Séminaire. Je crois que M. Volant&#13;
y serait plus propre que M. de Saint-Claude, quoique je vous détermine&#13;
MM. Volant ou au moins M. Volant. Cela ne doit pas empêcher que, si vous jugez&#13;
que quelque autre y fût plus propre, vous n’en disposiez d’une autre manière, pour&#13;
le plus grand bien de cette œuvre. Je ne vois néanmoins que M. Buisson ou&#13;
M. Pinguet, mais outre que M. Buisson est chanoine, je le crois plus utile, soit au&#13;
Cap-Tourmente pour les enfants, ou à Québec, que de l’envoyer plus loin. Il y a&#13;
encore d’autres raisons pour ce qui est de M. Pinguet, outre pareillement qu’il est&#13;
chanoine. Je le crois encore bien jeune et qu’il n’a pas toutes les qualités&#13;
nécessaires pour se soutenir seul, comme pourrait [le] faire M. Volant. Je ne crois&#13;
pas non plus qu’il soit à propos d’éloigner M. Gaultier du Séminaire, comme je vous&#13;
ai marqué au commencement de cette lettre. M. de [Saint-Vallier] est convenu qu’il&#13;
n’avait pas assez de santé pour vivre dans un lieu éloigné de Québec. C’est la raison&#13;
dont il a été le plus capable d’en être persuadé, quoiqu’il y en ait d’autres, plus&#13;
fortes, qui regardent le bien du Séminaire que vous pouvez aussi bien juger que&#13;
moi ; ce qui fait que si vous l’avez fait partir, il faudrait prendre toutes les mesures&#13;
nécessaires pour le faire revenir au plus tôt. De mon côté, comme la Diligente doit&#13;
aller à Chibouctou, je verrai les occasions qu’il y aurait de lui faire tenir de mes&#13;
lettres, au cas que j’apprenne qu’il soit en ce pays-là et même en tout cas, je lui&#13;
écrirai à ce sujet.&#13;
&#13;
- 676 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-3&#13;
&#13;
M. Dudouyt vous écrit touchant l’état du temporel, qui est très fâcheux. Et&#13;
comme M. de [Saint-Vallier] n’a voulu en aucune manière entrer en&#13;
connaissance ni participation des dettes, se disculpant de tout et remettant&#13;
entièrement l’engagement sur le Séminaire, faisant voir, à ce qu’il se&#13;
persuade, qu’il n’a plus mis qu’il n’a été cause de dépense et quoique nous&#13;
ayons pu apporter de raisons et de sujets, que je lui aurais pu vérifier par&#13;
ses lettres et les vôtres, il est demeuré au reste en disant que c’est vous&#13;
autres qui avez voulu [la] séparation de biens soit en premier lieu par le&#13;
partage et destination des fonds et revenus pour chaque œuvre, soit d’une&#13;
autre dernière manière. Bref, il a pris toutes les conclusions et les résolutions&#13;
pour une séparation de biens, laquelle nous ne lui avons pas témoigné la&#13;
moindre peine, lui faisant assez connaître qu’à moins que l’esprit de grâce&#13;
ne le fît entrer dans l’esprit de désappropriation et de pauvreté, dans lequel&#13;
il m’avait paru, mon sentiment n’était de l’y retenir par des raisons&#13;
humaines. Nous vous dirons tout de vive voix, si Notre-Seigneur nous fait&#13;
la miséricorde d’arriver. Cependant, vous verrez assez, sans que je vous&#13;
l’écrive, que l’on ne peut être plus embarrassé que nous le sommes en nous&#13;
chargeant en France de la dette de M. de La Chesnaye, qui était tout ce que&#13;
pouvait devoir le Séminaire, à la réserve de quelques dettes que l’on aurait&#13;
pu acquitter à la suite commodément dans le pays. Je croyais que nous&#13;
l’eussions entièrement libéré et nous voilà retombés encore dans un état&#13;
encore plus mauvais qu’auparavant, avant que d’être acquittés de&#13;
M. Guenet, auquel l’on doit encore 10 000 francs.&#13;
Je vous avoue que vous avez très mal fait d’avoir tant de facilité à vous&#13;
laisser aller à tous les grands projets de dépense de M. de [Saint-Vallier],&#13;
qui dit que vous avez eu autant d’ardeur pour vous y porter qu’il en a eu&#13;
de sa part, outre toutes les autres dépenses qui regardent les biens du&#13;
Séminaire, auxquels il dit qu’il n’a aucune part. L’on va tomber dans de&#13;
grandes extrémités, à moins que la providence de Dieu n’ait des voies bien&#13;
extraordinaires pour nous aider, qu’il serait difficile de prévoir, n’en ayant&#13;
présentement aucune pour pouvoir sortir de cet abîme de dettes et&#13;
d’affaires.&#13;
&#13;
- 677 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-3&#13;
&#13;
M’étant&#13;
&#13;
trouvé&#13;
&#13;
assez&#13;
&#13;
incommodé&#13;
&#13;
depuis&#13;
&#13;
15&#13;
&#13;
jours&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
certains&#13;
&#13;
éblouissements de tête suivis de faiblesses, je me réduis à vous mander&#13;
seulement ceci en général, me réservant à vous dire le reste de vive voix. Si&#13;
vous n’envoyez qu’un ecclésiastique à l’Acadie, je ne prévois pas que M. Thury&#13;
puisse retourner au lieu où il est, ni personne à sa place. M. Geoffroy étant destiné&#13;
par Monseigneur pour mettre chez M. de La Vallière, qui est ici en France, où il&#13;
espère se marier avant que de retourner. Cependant, s’il se pouvait&#13;
commodément, il serait à souhaiter de ne pas quitter cette mission jusqu’à ce [que]&#13;
l’on y remarque par la suite les empêchements qui se trouveront au regard&#13;
particulièrement des Sauvages. La Cour a accordé cette année 400 écus pour&#13;
quatre ecclésiastiques dans l’Acadie. Priez bien Notre-Seigneur et la Très Sainte&#13;
Famille et me croyez en son amour tout à vous,&#13;
François, évêque de Québec.&#13;
Vous verrez par la lettre que j’écris au P. Dablon que je prends occasion de lui&#13;
marquer exprès que M. Thury est à Pentagouet, de crainte qu’il ne prît dessein d’y&#13;
envoyer un de leurs pères et qu’il est important de prévenir. C’est pourquoi, outre&#13;
ce que je lui en écris, il faut que vous lui disiez encore que je vous écris le même au&#13;
regard de M. Thury, ce qui est vrai, puisque je vous envoie celle que je lui écris pour&#13;
y voir. Nous verrons ce qu’il y aura à faire au regard de MM. Volant et nous&#13;
donnerons avis sur cela à M. Petit de ce qu’il y aura à faire au regard des deux. L’on&#13;
a envoyé le ballot de M. Thury à M. Petit.&#13;
&#13;
- 678 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-4&#13;
&#13;
Doc. LI-II-4. Lettre de Dudouyt et Brisacier au Séminaire de Québec (11 juin 1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-II-4&#13;
Lettre des abbés de Brisacier et Dudouyt aux directeurs du Séminaire de&#13;
Québec, 11 juin 1687, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres M, no 3&#13;
Jésus, Marie, Joseph et les saints anges&#13;
À Paris, le 11 juin 87,&#13;
Messieurs,&#13;
Après avoir fait de sérieuses réflexions sur tout ce qui s’est passé en Canada&#13;
et en France par rapport à M. l’abbé de Saint-Vallier et connaissant&#13;
d’ailleurs parfaitement les dispositions où il est à présent à votre égard,&#13;
nous avons cru qu’il était de notre devoir de vous écrire en bonne amitié ce&#13;
que nous pensons de la conduite que vous devez tenir avec lui, selon qu’il&#13;
nous a témoigné lui-même le désir.&#13;
1° Il nous paraît de la dernière importance, pour ne point s’écarter de&#13;
l’esprit de grâce, qu’on passe l’éponge de part et d’autre sur tout ce qui s’est&#13;
fait, qu’on n’en parle point, qu’on agisse bonnement et cordialement&#13;
ensemble. Ainsi, bien loin de diminuer votre confiance à l’égard de ce&#13;
prélat, lorsqu’il retournera en Canada, il faut, s’il vous plaît, lui en&#13;
témoigner plus que jamais. Il le fera réciproquement de sa part et il nous a&#13;
assurés que tant s’en faut qu’il conserve aucune peine contre vous, qu’au&#13;
contraire il vous en aimera plus tendrement et vous donnera des marques&#13;
de sa sincère amitié en toutes sortes d’occasions. Que s’il arrivait néanmoins&#13;
que nonobstant sa résolution et la bonté de son cœur, il vous dît quelque&#13;
mot des sujets de plainte qu’il pourrait croire avoir, nous pensons que sans&#13;
venir à aucune justification, la patience, le silence et la douceur seront les&#13;
meilleurs moyens que vous puissiez prendre pour conserver la paix et la&#13;
parfaite intelligence.&#13;
&#13;
- 679 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-4&#13;
&#13;
2° Ça été contre l’intention de ceux qui ont agi ici que les choses qui devaient&#13;
demeurer secrètes soient venues à la connaissance de trop de personnes 410.&#13;
Vous n’avez rien à vous reprocher là-dessus, puisque vous aviez pris toutes&#13;
les précautions imaginables pour empêcher qu’on ne communiquât de&#13;
certaines pièces qu’à ceux qui en useraient bien. Mais Notre-Seigneur a&#13;
permis que les mesures qu’on a prises à Paris, quoiqu’elles parussent&#13;
prudentes, n’aient pas réussi. Cela nous doit apprendre à être à l’avenir plus&#13;
réservés dans les affaires qui demandent un grand secret et à ne pas&#13;
toujours nous fier absolument à des personnes sur qui on trouve dans la&#13;
suite qu’on ne devait pas compter. On peut vous dire en général qu’il y a&#13;
un homme dont la conduite a été toute opposée à ce qu’on attendait de lui ;&#13;
mais il faut se consoler de tout et en profiter pour d’autres rencontres, où&#13;
assurément on n’irait plus bride en main. Une des choses qui a plus touché&#13;
M. de Saint-Vallier, c’est qu’un certain mémoire ait été vu, parce qu’il&#13;
pourrait altérer l’union qui règne dans le clergé. Si quelqu’un de quelque&#13;
corps que ce soit venait à dire ou à faire quelque chose contre un autre&#13;
corps, il faudrait tâcher de rectifier la conduite du particulier ou de la&#13;
dissimuler, plutôt que de souffrir que les corps en prissent occasion de&#13;
ressentiment et de rupture. C’est à nous à prendre garde qu’il n’échappe&#13;
rien mal à propos à nos ouvriers ; les supérieurs veilleront sur eux et tout&#13;
ira bien.&#13;
3° On doit avoir un si grand respect pour les puissances spirituelles et&#13;
temporelles, qu’on interprète toujours favorablement leur conduite et qu’au&#13;
lieu de relever en détail de menues actions qui peuvent avoir différentes&#13;
faces, on les regarde toujours du meilleur côté et qu’on ne nous en écrive&#13;
rien en France qu’avec une extrême retenue.&#13;
4° Comme votre Séminaire est le séminaire épiscopal, le supérieur doit&#13;
entretenir une parfaite correspondance avec l’évêque et inspirer tant aux&#13;
sujets que l’on forme à l’état ecclésiastique qu’aux curés qui ont quelque&#13;
relation de grâce avec le dit Séminaire, une grande soumission et obéissance&#13;
410&#13;
NDLR : Il fait référence au mémoire rédigé par l’abbé Vachon de Belmont en 1684 et brûlé à la&#13;
demande de Mgr de Saint-Vallier. (cf. Doc. LI-II-3)&#13;
&#13;
- 680 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-4&#13;
&#13;
aux ordres du prélat ; qu’il prenne garde, autant qu’il le pourra, lorsqu’il&#13;
s’agira de la vocation de quelqu’un, de lui procurer quelque emploi ou de&#13;
lui donner quelque conseil important pour la conduite extérieure, de&#13;
concerter tout avec l’évêque, d’y renvoyer les particuliers et de ne leur dire&#13;
jamais son sentiment, lors même qu’ils le demandent avec plus d’instance,&#13;
qu’en marquant que si l’évêque en juge autrement et s’il les applique&#13;
ailleurs, ils doivent se soumettre à lui préférablement à tout autre. Quant&#13;
aux sujets qui sont de notre corps, l’évêque en usera bien. Il est de&#13;
l’honnêteté de lui dire à quoi on les destine. Il est de la sagesse et du respect&#13;
d’écouter ses avis et il faut le faire tomber doucement dans nos vues, afin&#13;
que tout se fasse avec suavité.&#13;
5° Quoique tous les séminaires ne soient pas obligés de rendre compte de&#13;
leur temporel à leur évêque, néanmoins celui qui est nommé à l’évêché de&#13;
Canada étant du corps du Séminaire de Québec, on doit lui communiquer&#13;
les affaires temporelles toutes les fois qu’il lui plaira de s’en informer. Et&#13;
plus on aura pour lui d’ouverture de cœur, plus il aura d’affection et&#13;
d’inclination pour entrer dans les intérêts de la maison, pour lui procurer&#13;
du bien, pour lui faire part des grâces de la Cour et pour la secourir dans&#13;
tous ses besoins. Comme il peut la servir beaucoup, s’il lui est affectionné,&#13;
il pourrait aussi lui nuire extrêmement, s’il ne l’était pas, étant pour ainsi&#13;
dire le maître de l’application des fonds que le roi donne à présent et que&#13;
Sa Majesté pourra donner dans la suite. Cette même considération jointe à&#13;
la déférence qu’on doit avoir pour ses sentiments, doit obliger les supérieur&#13;
et directeurs du Séminaire à en user honnêtement avec lui, quand il s’agira&#13;
de porter quelque dépense pour le bien commun de l’Église.&#13;
Il serait fâcheux que le changement qui s’est fait sur la communauté de biens les&#13;
tint trop serrés et trop renfermés dans l’intérêt particulier du Séminaire et ils&#13;
doivent surtout prendre garde à ne pas paraître trop intéressés, quand il s’agira de&#13;
recevoir de la main de l’évêque quelques ecclésiastiques à former dans le&#13;
Séminaire, se souvenant que le roi ayant donné cette année audit Séminaire une&#13;
augmentation de 2 000 livres à la considération et à la peine de ce nouveau prélat,&#13;
il est raisonnable que ce fonds soit appliqué à la subsistance des sujets qui seront&#13;
présentés par lui, soit que ce soient des ouvriers déjà épuisés de travail (comme il&#13;
- 681 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-4&#13;
&#13;
semble que c’est la première intention de la Cour), soit que ce soient de jeunes&#13;
gens à former et à instruire. L’honnêteté qu’on aura pour lui en sera la mesure de&#13;
celle qu’il aura pour le Séminaire.&#13;
6° Ce qu’on vient de dire des sujets qui pourront être présentés par l’évêque pour&#13;
demeurer dans le Séminaire doit s’étendre aux enfants du Petit Séminaire. Il est&#13;
vrai que le choix de ces enfants appartient au supérieur et aux officiers, mais il faut&#13;
avoir un très grand égard aux recommandations que l’évêque pourra faire de&#13;
temps en temps pour certains enfants qu’il aura pris sous sa protection et ne pas&#13;
l’obliger à payer la pension de chaque enfant qu’il aura pu recommander,&#13;
principalement quand il vaquera quelque place fondée ; que si l’enfant qu’il&#13;
présentera devait être surnuméraire, supposé qu’il eût toutes les qualités requises,&#13;
il serait à propos de le recevoir pour faire plaisir à celui qui l’aurait présenté et pour&#13;
lui marquer avec quelle affection on se porte à tout ce qu’il peut désirer. Il sera si&#13;
raisonnable et si généreux de sa part qu’il ne surchargera pas le Petit Séminaire de&#13;
sujets et s’il en présente plus que nos recteurs se peuvent le porter, il faut espérer&#13;
qu’en le lui remontrant avec respect et cordialité, il trouvera des moyens&#13;
extraordinaires d’y pourvoir ou bien il se déportera de la peine qu’il aurait faite.&#13;
7° Il serait impossible de prévoir le détail des petites difficultés qui pourront naître&#13;
entre lui et vous, mais il nous semble, après y avoir pensé devant Dieu, que le seul&#13;
moyen de les trancher toutes, ou du moins de les adoucir extrêmement, c’est de&#13;
faire tous nos efforts dans l’esprit de Dieu pour lui gagner le cœur. Il a l’esprit si vif&#13;
et si prompt qu’il ne faut pas espérer, comme vous l’avez remarqué vous-mêmes,&#13;
Messieurs, dans toutes vos lettres, qu’on puisse l’arrêter à quelque chose de fixe&#13;
par le pur raisonnement ; on peut bien lui faire entendre raison dans le moment,&#13;
mais un instant après il l’oublie, son feu naturel l’emporte et les vues de zèle&#13;
achèvent de le faire rentrer dans ses premiers sentiments. Il vaudrait donc bien&#13;
mieux, selon ce que nous croyons, donner d’abord dans son sens, sans lui résister&#13;
à la première proposition qu’il fera des choses et ensuite, il faut doucement lui&#13;
remontrer les inconvénients qu’on y trouve, lui témoignant néanmoins qu’il en sera&#13;
ce qu’il voudra ; car nous avons éprouvé ici, par cette manière, que s’il y a une voie&#13;
de le faire rentrer au sentiment des autres, c’est uniquement celle-là. S’il est une&#13;
fois persuadé qu’on l’aime et qu’on a de la complaisance pour lui, il s’accoutumera&#13;
peu à peu à ménager ceux qui le ménageront et vous aurez la consolation, avec le&#13;
temps, de voir que, de lui-même, il se relâchera des points qu’il aura voulus le plus&#13;
fortement. Il est plus expédient même de souffrir quelques fois les suites fâcheuses&#13;
de ce qu’il aura exigé avec trop de force que d’aigrir son esprit contre nous ; car,&#13;
- 682 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-4&#13;
&#13;
quoique par vertu, il combatte sa peine, il est à craindre qu’il ne demeure toujours&#13;
habituellement indisposé contre ceux qui la lui ont faite ; au lieu que quand il aura&#13;
le cœur libre, dégagé et ouvert à notre égard, il goûtera beaucoup mieux tout ce&#13;
que vous lui direz. Il remarquera même, quelque temps après que les choses se&#13;
seront passées, la douceur et la condescendance avec laquelle vous aurez agi avec&#13;
lui, il vous en saura gré, il se blâmera lui-même et il cherchera les occasions de vous&#13;
faire plaisir à son tour et de vous dédommager de tous les sacrifices que vous lui&#13;
aurez faits de bonne grâce. Il est bon ami, il est avec chaleur, il est même en état&#13;
de détruire efficacement, s’il le voulait, car on ne peut assez vous dire combien il&#13;
est porté et soutenu par les puissances. Ce n’est pourtant pas par cette raison de&#13;
crainte, mais plutôt par l’esprit de la plus pure charité qu’il faut le conduire avec&#13;
lui, car nous cherchons à contenter Dieu et non pas seulement à nous accommoder&#13;
au temps et à nous rendre les hommes favorables.&#13;
8° Le dernier avis que nous avons à vous donner, c’est sur ce qu’on pourra penser&#13;
en Canada des causes secrètes pour lesquelles Mgr de Québec ne repasse pas cette&#13;
année. Comme on n’est pas toujours charitable, on soupçonnera peut-être que&#13;
M. l’abbé de Saint-Vallier a quelque part au mandement de son voyage. Cependant,&#13;
il faut vous dire, pour lui rendre justice, qu’il nous a assurés plusieurs fois que,&#13;
depuis deux ans, il n’a parlé de mondit seigneur de Québec à M. le marquis&#13;
de Seignelay qu’une seule fois, lorsqu’il eut l’honneur d’accompagner ce prêtre,&#13;
que dans la visite qu’il rendit à ce ministre et cela, en présence du prélat même.&#13;
Depuis, il a évité de voir ce ministre depuis plus de deux mois, de peur qu’il ne lui&#13;
dît quelque chose du départ de ce prélat. Enfin, lorsque M. le marquis de Seignelay&#13;
le manda à Sceaux pour lui demander son avis sur ce départ pour cette année, il&#13;
mena le supérieur à notre Séminaire avec lui pour se porter à mondit sieur le&#13;
marquis qu’en présence dudit supérieur. Il est vrai que M. de Seignelay le tira à part&#13;
et lui parla en particulier, avant que de s’expliquer tout haut devant le supérieur,&#13;
mais M. l’abbé de Saint-Vallier proteste que lorsque ce ministre lui dit que, pour le&#13;
bien de la paix, il allait mieux que Mgr de Québec ne partît pas cette année, il lui&#13;
répartit qu’il serait bien dur à un évêque qui avait fondé une Église et qui désirait&#13;
d’y aller mourir de se voir arrêté en France et que d’ailleurs, il le priait de considérer&#13;
que si M. de Québec demeurait ici après tout ce qui s’était passé, on en réitérait la&#13;
cause sur son successeur, contre qui, par cette considération, bien des gens&#13;
seraient très indisposés et qui, par conséquent, serait moins capable de faire du&#13;
bien en Canada lorsqu’il y retournerait ; mais M. le marquis de Seignelay répliqua&#13;
qu’il fallait abandonner cela à la Providence et que quand on avait la conscience&#13;
nette, on devait laisser passer et se consoler de tout. Voilà, dans la vérité, ce que&#13;
- 683 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-II-4&#13;
&#13;
M. l’abbé de Saint-Vallier nous a dit et ce qu’il nous a témoigné désirer que vous&#13;
apprissiez par nous. Nous lui obéissons avec plaisir et nous vous prions de penser&#13;
et de passer de lui de manière que tout le monde en soit édifié.&#13;
Nous sommes de tout notre cœur, Messieurs, vos très humbles et très obéissants&#13;
serviteurs,&#13;
J.-C. de Brisacier, Dudouyt.&#13;
&#13;
Nous ajoutons ici un point qui avait échappé à notre mémoire. Il nous est tombé&#13;
dans l’esprit qu’il est dangereux de trop presser les sujets, d’abord qu’ils sont en&#13;
Canada, d’entrer dans la pratique de la désappropriation, surtout quand ils&#13;
viendront de Saint-Sulpice ou qu’ils n’auront point passé dans notre Séminaire. Il&#13;
ne faudra donc pas, s’il vous plaît, les dépouiller de tous leurs petits meubles,&#13;
curiosités, livres, à moins que nous ne vous mandions qu’ils y sont disposés et qu’ils&#13;
s’y attendent ; encore serait-il bon pour lors de leur faire faire ce petit sacrifice avec&#13;
un plein et entier consentement.&#13;
Quand vous écrirez à M. l’abbé de Saint-Vallier, mandez-lui que, conformément à&#13;
ce que nous vous avons écrit, ne doutons pas qu’il se l’agréât, vous avez fait&#13;
l’élection de supérieur pour le Séminaire, mis M. des Maizerets à la cure, etc., et&#13;
que vous avez agrégé à votre corps tel et tel sujet qui vous ont paru fort propres à&#13;
rendre service à Dieu dans vos emplois, pour le bien de l’Église du Canada.&#13;
À Paris, le 13 juin 1687&#13;
J.-C. de Brisacier,&#13;
Dudouyt.&#13;
&#13;
- 684 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-III&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LI-III&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LI-III&#13;
Le désir du Serviteur de Dieu de retourner à Québec après sa démission et&#13;
les difficultés à l’obtenir, 1686-1688&#13;
En 1684, le Serviteur de Dieu se rendit en France, afin de présenter sa démission&#13;
pour raison de santé. Il désirait toutefois retourner à Québec pour terminer ses&#13;
jours en paix dans l’Église qu’il avait servie pendant ses 28 années d’épiscopat.&#13;
Le retour du Serviteur de Dieu était aussi désiré par le clergé et la population&#13;
canadienne en général, qui le tenait en grande estime et affection. Plusieurs&#13;
documents, dont une lettre du gouverneur de Denonville du 11 novembre 1686&#13;
(no 1), dans laquelle il fait allusion à ce rapatriement de l’ancien évêque, en font&#13;
foi. Ce gouverneur espérait que la présence au Canada du Serviteur de Dieu, qui&#13;
y bénéficiait d’un grand prestige grâce à ses œuvres, provoquerait un retour au&#13;
calme et à la paix parmi la population dans une époque qui menaçait la guerre&#13;
contre les Britanniques et les Iroquois ; toutefois, il savait aussi que la cohabitation&#13;
de l’ancien et du nouvel évêque était susceptible de créer une situation délicate&#13;
pour ce dernier. Ainsi, le retour au Canada du Serviteur de Dieu fut retardé par&#13;
plusieurs facteurs.&#13;
Dans un premier temps, tout se déroula aisément. Au printemps 1685, le Serviteur&#13;
de Dieu envoya l’abbé de Saint-Vallier au Canada à titre de vicaire général, avec&#13;
la ferme intention de retourner à Québec une fois qu’il aurait terminé ses affaires&#13;
en France. Il voulut partir l’année suivante, en 1686, mais l’abbé de Saint-Vallier&#13;
le retint à Paris, lui écrivant que sa présence y était encore nécessaire pour d’autres&#13;
intérêts de la mission. Était-ce là son unique motif pour suggérer le report du&#13;
retour de Mgr de Laval ou d’autres considérations entraient-elles en jeu ?&#13;
Impossible de le savoir.&#13;
À la fin de l’année 1686, l’abbé de Saint-Vallier se mit en route pour la France et&#13;
le 1er janvier 1687, il arriva à Paris. Mgr de Laval crut alors que la fin de son exil&#13;
devait désormais être proche et qu’il pourrait enfin revoir sa chère mission. Ce ne&#13;
fut pas le cas.&#13;
La Cour royale se montra nettement opposée au projet du retour du Serviteur de&#13;
Dieu (no 2) ; ce dernier ne l’ignorait pas ; si bien qu’en mai, lorsqu’il voulut&#13;
demander son congé au roi, une lettre du P. de La Chaize, confesseur de&#13;
Louis XIV, l’attendait, lui faisait savoir qu’on n’approuvait pas tout à fait sa&#13;
décision à la Cour (no 3). La nouvelle fut douloureuse pour le Serviteur de Dieu,&#13;
qui entama une correspondance assidue avec le P. de La Chaize et le secrétaire&#13;
d’État de la Marine, M. de Seignelay (nos 4, 5 et 6), qui se conclut en juin avec&#13;
l’ordre du roi de ne pas retourner au Canada (no 8).&#13;
Une fois de plus, on peut se demander quelles étaient les considérations derrière&#13;
cet ordre. Il est difficile de déterminer le rôle qu’a pu y jouer l’abbé de SaintVallier, mais tout porte à croire qu’il n’y fut pas étranger. Le Serviteur de Dieu&#13;
lui-même crut qu’il était à l’origine de la décision royale (no 7), puisqu’il avait des&#13;
motifs pour en faire la requête.&#13;
Ce qui nous importe dans cette section est l’attitude et la conduite du Serviteur de&#13;
Dieu dans toute cette période d’exil, certainement bien pénible pour lui. En tenant&#13;
compte de tous les documents que nous avons et en relisant avec attention la lettre&#13;
confidentielle que le Serviteur de Dieu écrivit aux directeurs du Séminaire de&#13;
- 685 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-III&#13;
&#13;
Québec au lendemain de l’ordre du roi (no 7), nous pouvons affirmer que le&#13;
Serviteur de Dieu, tout en se permettant de faire quelques remarques objectives,&#13;
se montra calme, serein, abandonné à la volonté divine et prêt à souffrir en esprit&#13;
d’abandon à la Providence. Seule une âme d’une grande spiritualité aurait pu&#13;
montrer une telle attitude dans un cas semblable. La recommandation qu’il fait&#13;
aux directeurs du Séminaire de Québec au sujet de l’abbé de Saint-Vallier est&#13;
particulièrement remarquable : ne laisser entendre à personne que l’abbé aurait eu&#13;
une part dans le refus de son retour, afin que l’autorité de son successeur reste&#13;
intacte auprès de ceux en faveur du retour du Serviteur de Dieu.&#13;
Cet état de choses demeura jusqu’en juin 1687. Le Serviteur de Dieu conserva au&#13;
fond de l’âme l’espoir de retourner mourir au Canada, sans en voir l’issue. Celleci se présenta de façon inespérée, tel un cadeau de la Providence : l’abbé de SaintVallier, alors à Paris, reçut un avis du gouverneur de Denonville que son retour,&#13;
sans celui du Serviteur de Dieu, créerait une bien mauvaise impression sur le&#13;
clergé et sur la population canadienne. L’abbé se résolut donc à l’accepter et le&#13;
suggéra à la Cour. D’autres demandes pressèrent aussi l’affaire (no 9) et&#13;
Louis XIV finit par donner son consentement au retour tant discuté. Au début de&#13;
1688, Mgr de Laval quitta Paris et se rendit à La Rochelle pour s’embarquer pour&#13;
le Canada. Plusieurs lettres de Mgr de Saint-Vallier le rejoignirent en chemin, dont&#13;
une se voulut très cordiale (no 10). Ainsi, les diverses difficultés vécues en France&#13;
entre le Serviteur de Dieu et l’abbé de Saint-Vallier se terminèrent dans&#13;
l’harmonie, comme le révèle une lettre de l’abbé de Brisacier, supérieur du&#13;
Séminaire des Missions étrangères de Paris, à l’abbé de Glandelet, du Séminaire&#13;
de Québec (no 11) et une autre de l’abbé Tronson, supérieur du Séminaire de&#13;
Saint-Sulpice de Paris, au gouverneur de Denonville (no 12).&#13;
Mgr de Laval quitta la France en avril 1688 et arriva à Québec le 3 juin, accueilli&#13;
avec grand enthousiasme par le clergé et par le peuple. L’historien Ferland, en&#13;
parlant de ce retour, écrivit :&#13;
[…] la population entière fut encouragée et réjouie par le retour de&#13;
Mgr de Laval, qui revenait au Canada pour terminer sa vie parmi ses&#13;
anciens diocésains. Ses vertus, ses longs et pénibles travaux en NouvelleFrance, son amour sincère pour les enfants du pays l’avaient rendu cher&#13;
aux Canadiens ; ils sentaient se renouveler la confiance dans la Providence&#13;
en revoyant celui qui, avec eux et à leur tête, avait traversé bien des années&#13;
d’épreuves et de misère. (Cours d’histoire du Canada, Québec, 1865,&#13;
vol. 2, p. 180)&#13;
&#13;
- 686 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-1&#13;
&#13;
Doc. LI-III-1. Extrait de la lettre de Denonville à Seignelay (11 novembre 1686)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-1&#13;
Extrait de la lettre de Denonville, gouverneur du Canada, envoyée à&#13;
Seignelay, secrétaire d’État de la Marine de France, 11 novembre 1686,&#13;
d’après l’original conservé aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-enProvence, Archives des colonies, série C11 A, vol. 8, fos 161-164v&#13;
La grande difficulté à laquelle le gouverneur de Denonville (1685-1689) fait&#13;
allusion est la vive opposition du peuple canadien à la guerre que le gouverneur&#13;
voulait déclarer contre les Britanniques et les Iroquois. Cette opposition était sans&#13;
doute provoquée par les récents insuccès militaires du gouverneur de La Barre.&#13;
M. de Denonville demanda donc l’appui du clergé pour relever le moral des&#13;
Canadiens et, comme il jugeait la présence du Serviteur de Dieu très utile à cet&#13;
effet, il intervint auprès du secrétaire d’État de la Marine de France pour en obtenir&#13;
le retour.&#13;
&#13;
Il est certain qu’il y aura de grands ménagements à avoir avec les peuples&#13;
et qu’il se trouvera bien des difficultés à surmonter pour resserrer les&#13;
peuples et, sur cela, Monseigneur, je suis obligé de vous dire que&#13;
M. de Laval, l’ancien évêque, serait ici d’un très grand secours. Il me paraît&#13;
par toute la colonie qu’il a si fort le cœur de tout le peuple que sa présence&#13;
serait ici très utile pour persuader avec douceur de faire de bon gré ce que&#13;
l’on serait obligé de faire faire par force. Il faudra pour lors que M. notre&#13;
nouvel évêque cherche à se loger ailleurs que dans le trou du Séminaire, qui&#13;
est la demeure de M. de Laval.&#13;
Doc. LI-III-2. Lettre de Seignelay à Denonville et Champigny (30 mars 1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-2&#13;
Extrait de la lettre de Seignelay, secrétaire d’État de la Marine de France, à&#13;
Denonville et Champigny, gouverneur et intendant du Canada, 30 mars 1687,&#13;
d’après une copie conservée aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-enProvence, Archives des colonies, série B, vol. 13, fos 153v-171v&#13;
Cette lettre du ministre de Seignelay au gouverneur de Denonville et à l’intendant&#13;
de Champigny est une réponse détaillée à la lettre du gouverneur (no 1). Nous&#13;
reproduisons l’extrait ayant trait au retour projeté du Serviteur de Dieu au Canada.&#13;
&#13;
Elle [Sa Majesté] convient aussi de la nécessité qu’il y aurait de resserrer la&#13;
colonie et elle veut qu’ils fassent tout ce qui dépendra d’eux pour y parvenir&#13;
avec le temps. Mais elle n’approuve pas la proposition que ledit sieur de&#13;
- 687 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-6&#13;
&#13;
Denonville a faite d’y renvoyer l’ancien évêque, ne lui ayant pas paru par&#13;
le passé que ce prélat eût un caractère d’esprit convenable à un nouvel&#13;
établissement et d’ailleurs étant à craindre que cela ne mît quelque jalousie&#13;
entre lui et le nouvel évêque ; ce qu’il est très important d’éviter.&#13;
Docs. LI-III, nos 3, 4, 5 et 6&#13;
Lettres entre le Serviteur de Dieu, La Chaize, et Seignelay,&#13;
avril à juin 1687&#13;
NDLR : Les quatre prochaines lettres ont été remises dans l’ordre de la copie&#13;
collationnée conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire&#13;
de Québec, Lettres N, no 89. La première (n° 6), adressée au P. de La Chaize,&#13;
serait plutôt d’avril ou de mai 1687 ; jointe à celle-ci était celle adressée à&#13;
Seignelay (no 5) ; puis vint la réponse du père de La Chaize, du 26 mai (no 3) ; et&#13;
enfin la dernière lettre de Mgr de Laval (no 4).&#13;
Doc. LI-III-6. Lettre de Laval à La Chaize (avril-mai 1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-6&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu au P. de La Chaize, avril-mai 1687, d’après la&#13;
copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 89a&#13;
&#13;
Mon Révérend Père,&#13;
M. Dudouyt vous a rendu compte de la manière pleine de bonté avec&#13;
laquelle le roi me reçut lorsque je pris congé de Sa Majesté. Depuis le départ&#13;
de Votre Révérence, M. le marquis de Seignelay ayant fait venir à Sceaux&#13;
M. l’abbé de Saint-Vallier pour lui parler, après un quart d’heure de&#13;
conversation secrète, dans laquelle il m’a dit qu’il lui demanda son avis sur&#13;
mon retour en Canada, il lui dit tout haut, en présence de M. l’abbé&#13;
de Brisacier, qu’il fallait que j’attendisse le retour du roi et que retournant&#13;
en Canada, je ne me mêlasse de rien, faisant assez connaître la crainte qu’il&#13;
a que je n’y trouble la paix et qu’il me ferait l’honneur de m’écrire sur tout&#13;
cela.&#13;
Cependant, comme je ne reçois point de ses lettres et que le départ des&#13;
vaisseaux presse extrêmement, je me sers de la liberté que Votre Révérence&#13;
m’a toujours bien voulu donner pour la prier très humblement d’assurer&#13;
- 688 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-6&#13;
&#13;
M. le marquis de Seignelay que je n’ai point d’autre dessein ni disposition&#13;
sinon que de vivre en repos dans notre Église après l’avoir desservie&#13;
l’espace de 28 ans et que, quelque désir que Dieu me donne d’y aller mourir,&#13;
si je prévoyais que j’y dusse être l’occasion de quelque trouble et division,&#13;
je me condamnerais moi-même à demeurer ici pour toujours. Mais j’ai tout&#13;
sujet d’espérer qu’au lieu d’être un obstacle à la paix, j’y pourrai assurément&#13;
contribuer, dont M. de Denonville paraît être bien persuadé par les lettres&#13;
qu’il écrit, croyant que je pourrais beaucoup servir à maintenir l’esprit des&#13;
peuples en leurs devoirs dans l’occasion de la guerre par la créance et&#13;
confiance qu’ils témoignent avoir en moi.&#13;
Je vous conjure, Mon Révérend Père, de m’accorder votre protection et de&#13;
vouloir bien traiter cette affaire de la manière que vous jugerez propre à me&#13;
procurer une prompte et favorable réponse, afin que je puisse partir pour&#13;
La Rochelle, où je ne puis me rendre à cause de mes infirmités qu’avec&#13;
beaucoup de temps. J’ai cru vous devoir adresser la lettre que j’écris à M. le&#13;
marquis de Seignelay. Vous verrez, par la copie que je vous en envoie, s’il&#13;
sera à propos qu’elle lui soit rendue et par qui vous la ferez rendre.&#13;
Pardonnez-moi, Mon Révérend Père, toutes les peines que je vous donne et&#13;
permettez-moi d’attendre tout de vos bons offices. Vous ne pouvez les&#13;
accorder à personne qui soit avec plus de respect et de reconnaissance, Mon&#13;
Révérend Père,&#13;
[Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Québec.]&#13;
&#13;
- 689 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-5&#13;
&#13;
Doc. LI-III-5. Lettre de Laval à Seignelay (avril-mai 1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-5&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à Seignelay, secrétaire d’État de la Marine de&#13;
France, avril-mai 1687, d’après la copie conservée au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 89b&#13;
Monsieur,&#13;
Ayant appris de M. de Saint-Vallier que votre intention était que&#13;
j’attendisse le retour du roi pour prendre une dernière résolution sur mon&#13;
départ, je vous prie de trouver bon que sans attendre la lettre que vous lui&#13;
avez dit que vous me feriez l’honneur de m’écrire sur cela, je vous&#13;
représente avec respect que le temps du départ des vaisseaux presse et que&#13;
je vous demande avec confiance la grâce de finir le plus tôt que vous&#13;
pourrez cette affaire. Vous pourrez aisément en parler au roi durant le&#13;
voyage et me faire savoir ses ordres, afin que je prenne mes mesures.&#13;
Je puis vous protester, Monsieur, que si dans la manière dont je me suis&#13;
comporté avec vous j’avais manqué en quelque chose, j’en aurais un&#13;
sensible déplaisir et je vous prie d’être bien persuadé que si je retourne, ce&#13;
n’est uniquement que pour y achever de finir mes jours en repos et avoir la&#13;
consolation de mourir dans le sein de mon Église. J’espère que bien loin d’y&#13;
mettre par occasion le moindre obstacle à la paix, j’y serai un moyen de&#13;
parfaite union, comme vous le connaîtrez dans la suite. Ayez donc la bonté&#13;
de m’accorder votre protection. J’attends une réponse favorable et suis,&#13;
[Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Québec.]&#13;
&#13;
- 690 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-3&#13;
&#13;
Doc. LI-III-3. Lettre de La Chaize à Laval (26 mai 1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-3&#13;
Lettre du P. de La Chaize, jésuite, au Serviteur de Dieu, 26 mai 1687, d’après&#13;
la copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 89c&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
Si tôt que j’ai reçu la lettre dont vous m’avez honoré, j’en allai rendre&#13;
compte au roi, qui me dit beaucoup de bien de votre piété et de votre vertu,&#13;
ajoutant néanmoins qu’il avait été surpris, lorsque vous vîntes prendre&#13;
congé de lui, et qu’il ne s’attendait pas que vous dussiez retourner en&#13;
Canada. Il m’ordonna d’en raisonner avec M. de Seignelay, que je ne pus&#13;
voir que quelques jours après, en lui rendant la lettre que vous m’avez&#13;
adressée pour lui. Il ne me paraît pas fort approuver votre retour en&#13;
Canada ; néanmoins, il dit qu’il prendra les ordres du roi et qu’il vous les&#13;
fera savoir au plus tôt.&#13;
De tout cela, Monseigneur, vous jugez assez qu’on serait bien aise que vous&#13;
prissiez le parti de rester en France et de vivre tranquillement dans le&#13;
Séminaire où vous êtes, où vous pouvez faire autant de bien que vous en&#13;
feriez en Canada, puisque vous n’avez pas dessein de vous mêler de la&#13;
conduite de ce troupeau que vous avez remis à un autre ; en sorte qu’il&#13;
paraisse que c’est de votre choix plutôt que par un ordre supérieur que vous&#13;
laissez encore cette année partir les vaisseaux pour remettre votre voyage,&#13;
en attendant qu’à la suite du temps vous exécutiez ce que la Providence&#13;
ordonnera de vous.&#13;
C’est le conseil que vous donne celui qui prend le plus de part en ce qui&#13;
vous touche et qui est de cœur et avec respect, Monseigneur,&#13;
[Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Québec.]&#13;
26 mai 1687&#13;
&#13;
- 691 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-4&#13;
&#13;
Doc. LI-III-4. Lettre de Laval à La Chaize (mai-juin 1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-4&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu au P. de La Chaize, mai-juin 1687, d’après la&#13;
copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 89d&#13;
Mon Révérend Père,&#13;
C’est un effet de la bonté ordinaire du roi de vous avoir dit du bien de moi.&#13;
Si j’avais eu le moindre sujet de douter de ses sentiments sur mon retour de&#13;
cette année en Canada, je n’aurais pas assurément été prendre congé de&#13;
Sa Majesté. Mais après avoir dit à Votre Révérence qu’il ne me fallait pas&#13;
priver de la consolation d’aller mourir dans notre Église, il ne m’est pas&#13;
venu en pensée qu’il y eût la moindre difficulté et je ne doute point que, si&#13;
Votre Révérence eût prévu qu’il y en dût avoir, elle n’eût eu la bonté de ne&#13;
me pas laisser faire cette démarche, lorsque j’eus l’honneur de la voir pour&#13;
lui dire adieu et lui demander conseil de ce que je devais faire au regard de&#13;
Sa Majesté. Il y a longtemps que Dieu me fait la grâce de regarder tout ce&#13;
qui m’arrive en cette vie comme un effet de sa providence. J’adore donc de&#13;
tout mon cœur et ce qui se passe à mon égard et je ne puis assez vous&#13;
remercier de la manière charitable dont vous tâchez de m’en adoucir la&#13;
nouvelle.&#13;
Le conseil que vous avez la bonté de me donner, de faire qu’il paraisse que&#13;
c’est de mon choix que je laisse encore cette année partir les vaisseaux pour&#13;
remettre ma santé, est si sage que je n’ai point d’autre parti à prendre que&#13;
de le suivre et vous m’obligerez extrêmement de témoigner à&#13;
M. de Seignelay la disposition où je suis. Le désir qu’il plaît à NotreSeigneur de me donner de notre Église, après l’avoir desservie l’espace de&#13;
28 ans, ne m’empêche jamais de recevoir tous les ordres qu’il plaira à&#13;
Sa Majesté de me donner et de m’y soumettre avec le dernier respect,&#13;
quelque sensibles qu’ils me pussent être. Il est fâcheux que le bruit se soit&#13;
répandu que je suis arrêté ici par ordre. Une personne est venue m’en&#13;
marquer son déplaisir il y a trois ou quatre jours et le même l’avait appris&#13;
d’un autre quelques jours auparavant. Je vous écris ceci, Mon Révérend&#13;
- 692 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
Père, non pas pour m’en plaindre, mais afin que l’on n’impute pas ni à moi&#13;
ni à notre Séminaire d’être les auteurs de ce bruit qui se répand de plus en&#13;
plus.&#13;
Continuez-moi, je vous prie, l’honneur de votre amitié et le secours de vos&#13;
prières. Vous ne pouvez l’un et l’autre à personne qui soit avec plus de&#13;
reconnaissance et de respect, Mon Révérend Père,&#13;
[Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, évêque de Québec.]&#13;
&#13;
Doc. LI-III-7. Lettre de Laval au Séminaire de Québec (9 juin 1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-7&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu aux directeurs du Séminaire de Québec,&#13;
9 juin 1687, d’après l’original signé au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 87&#13;
La question du retour du Serviteur de Dieu au Canada, après de longues&#13;
hésitations, se termina par le refus du roi. Ce refus fut officiellement signifié à&#13;
Mgr de Laval par M. de Seignelay, secrétaire d’État de la Marine de France, dans&#13;
une lettre du 17 juin (n° 8), mais Mgr de Laval avait déjà appris la résolution royale&#13;
par une autre voie, avant le 9 juin. À cette occasion, le cœur brisé de voir échouer&#13;
un projet qui lui était si cher, il écrivit cette lettre confidentielle aux directeurs du&#13;
Séminaire de Québec. Vu les circonstances, on pourrait difficilement demander&#13;
une plus grande résignation et abandon à la sainte volonté de Dieu que celle que&#13;
manifeste le Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
À Paris, ce 9e juin 1687&#13;
Adorons les conduites de Dieu sur nous et sur toutes ses œuvres, nos très&#13;
chers Messieurs. J’espérais et j’avais une confiance entière qu’il me&#13;
donnerait la consolation de m’unir à vous de corps comme je le suis de&#13;
cœur et d’esprit ; mais son aimable providence en dispose tout autrement&#13;
et selon son bon plaisir, qui doit être tout notre bonheur et notre paix pour&#13;
le temps et l’éternité.&#13;
&#13;
- 693 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
Vous connaîtrez, par les copies des lettres actives et passives que vous&#13;
trouverez ci-jointes 411, ce qui m’oblige de rester en France. Je n’eus pas plus&#13;
tôt reçu ma sentence que Notre-Seigneur me fit la grâce de me donner les&#13;
sentiments d’aller devant le Très [Saint-]Sacrement lui faire un sacrifice de&#13;
tous mes désirs et de ce qui m’est de plus cher en ce monde. Je commençai&#13;
en faisant amende honorable à la justice de Dieu, qui me voulait faire la&#13;
miséricorde de reconnaître que c’était par un juste châtiment de mes péchés&#13;
et infidélités que la Providence me privait de la bénédiction de retourner&#13;
dans un lieu où je l’avais [Dieu] tant offensé et je lui dis, ce me semble de&#13;
bon cœur et en esprit d’humiliation, ce que le grand-prêtre Éli dit lorsque&#13;
Samuel lui déclara de la part de Dieu ce qui lui devait arriver : « Dominus&#13;
est, quod bonum est in oculis suis faciat 412. » Mais comme la bonté de NotreSeigneur ne rejette point un cœur contrit et humilié et que « humiliat et&#13;
sublevat 413 », il me fit connaître que c’était la plus grande grâce qu’il me&#13;
pouvait faire que de me donner part aux états qu’il a voulu porter en sa vie&#13;
et en sa mort pour notre amour, en action de grâces, de laquelle je dis un Te&#13;
Deum avec un cœur rempli de joie et de consolation au fond de l’âme, car&#13;
pour la partie inférieure, elle est laissée dans l’amertume qu’elle doit porter.&#13;
C’est une blessure et une plaie qui sera difficile à guérir et qui&#13;
apparemment durera jusqu’à la mort, à moins qu’il ne plaise à la divine&#13;
Providence, qui dispose des cœurs comme il [Dieu] lui plaît, apporter&#13;
quelque changement à l’état des affaires. Ce sera quand il lui plaira et&#13;
comme il lui plaira, sans que les créatures puissent s’y opposer, n’étant en&#13;
pouvoir de faire que ce qu’elle [la Providence] leur permettra. Il est bien&#13;
juste cependant que nous demeurions perdus à nous-mêmes et que nous&#13;
ne vivions que de la vie du pur abandon en tout ce qui nous regarde audedans comme au-dehors.&#13;
&#13;
Ces lettres sont reproduites aux Docs. LI-III, nos 3 à 6.&#13;
NDLR : « C’est le Seigneur. Qu’il fasse ce qui est bon à ses yeux ! » (1 Samuel 3:18)&#13;
413&#13;
NDLR : « Il abaisse et il élève. » (1 Samuel 2:7)&#13;
411&#13;
412&#13;
&#13;
- 694 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
Vous apprendrez, par les lettres de M. Dudouyt, tout ce qui s’est passé ici&#13;
touchant la conduite de Monseigneur depuis son retour 414. Il y a tous les&#13;
sujets d’être persuadé qu’il a sourdement tramé toute cette affaire, quoiqu’il&#13;
ait fait tout le possible pour faire croire qu’il n’y a point de part ni&#13;
directement ni indirectement. Il a fait toujours paraître beaucoup de frayeur&#13;
que je ne veuille gouverner. Lorsque l’on lui a dit qu’elle n’a pas commencé&#13;
ici, en ayant déjà donné des marques en Canada, il a conclu que ne l’ayant fait&#13;
paraître que dans les conseils qu’il a tenus avec vous, il fallait que vous en&#13;
eussiez écrit ; mais il aurait été bien facile de lui faire connaître qu’il s’en est&#13;
ouvert à bien d’autres : « Ex abundantia cordis os loquitur 415. » Il est difficile&#13;
qu’un esprit, préoccupé comme il est de cette pensée et aussi ardent et&#13;
impétueux comme il est, s’empêche de faire confidence aux personnes qu’il&#13;
croit être par politique obligé de gagner et d’avoir à soi. Ce sont des effets&#13;
d’une conduite humaine qui nous obligent d’avoir bien recours à Dieu, afin&#13;
qu’il lui donne son esprit. C’est bien sans fondement qu’il a cette crainte. Si&#13;
la personne qu’il appréhende avait eu ce désir et cette disposition, il n’aurait&#13;
pas paru en ce qu’il a fait à son égard une conduite tout opposée, « nonne&#13;
manens sibi manebat 416 ». Cela nous doit faire voir que quand notre esprit est&#13;
laissé à lui-même, il se travaille bien inutilement. Il faut mettre toute notre&#13;
confiance et notre force en Notre-Seigneur, en sa sainte Mère et toute sa&#13;
sainte Famille. C’est l’œuvre de Dieu et nous avons par sa miséricorde&#13;
cherché uniquement sa gloire en ce que nous avons fait, ou pour mieux dire,&#13;
en ce que le sentiment des serviteurs de Dieu a fait unanimement. Ainsi,&#13;
j’espère qu’il tirera de cette épreuve le bien de l’Église et qu’il fortifiera de&#13;
son divin Esprit tous ceux qui auront eu part à ses souffrances.&#13;
Cette lettre vous sera rendue en main propre par M. Tremblay, qui est l’unique&#13;
ecclésiastique qui passe cette année et qui devait m’accompagner. M. Le Fevre&#13;
de Pontoise, qui avait, il y a quelques années, dû passer en Canada, restait&#13;
déterminé de quitter une cure où il est pour aller à Siam lorsque M. de Lionne,&#13;
présentement évêque de Rosalie et vicaire apostolique du royaume de Siam, [y&#13;
NDLR : En marge : Sur l’empêchement que l’on a apporté à mon retour, l’on a allégué, et&#13;
M. de Seignelay me l’a dit à moi-même, qu’il y avait lieu de douter si je vivrais bien avec mon&#13;
successeur.&#13;
415&#13;
NDLR : « Car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. » (Matthieu 12:34)&#13;
416&#13;
NDLR : « Tant que tu le possédais, il était bien à toi. » (Actes des Apôtres 5:4)&#13;
414&#13;
&#13;
- 695 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
partit] ; mais une maladie ayant empêché mondit sieur Le Fevre d’exécuter ce&#13;
dessein, [il] s’était de nouveau résolu de passer en Canada ; mais enfin, les parents,&#13;
qui avaient été l’obstacle la première fois, l’ont été encore la seconde. Ce n’est pas&#13;
sans un solide fondement que Notre-Seigneur a donné pour règle, à tous ceux qui&#13;
le veulent suivre dans son saint Évangile : « relinque mortum sepelire mortuos 417 ».&#13;
M. Tremblay, qui n’est que sous-diacre de ce carême, passe donc tout seul en la&#13;
compagnie de deux jésuites. L’on ne lui a point fait prendre l’ordre de diacre, dans&#13;
la vue que nous lui pourrions conférer, étant arrivés, aussi bien que celui de&#13;
sacerdoce à M. Foucques et le reste. Si nous avions eu le temps, nous aurions&#13;
obtenu de Rome un extra tempora 418 pour lui conférer l’ordre avant son départ de&#13;
France, mais il faut adorer en tout sa providence.&#13;
C’est un sujet sur lequel il y a du temps que j’aie jeté les yeux comme l’un des sujets&#13;
qui nous était le plus propre, [mais] les missions de la Chine, ou plutôt le Séminaire&#13;
de Siam, avait bien la même vue et comme en effet dans le départ de&#13;
M. de Lionne, il ne se trouvait qu’un seul prêtre, j’ai eu de la peine de conserver&#13;
celui-ci. M. Dudouyt était de sentiment qu’il passât encore une année ici au&#13;
Séminaire, mais enfin nous avons déterminé qu’il passât cette année pour bien de&#13;
bonnes raisons : le changement qui peut arriver de la part du Séminaire d’ici pour&#13;
en disposer ailleurs ; celui qui peut arriver de sa part ; et surtout, le besoin que je&#13;
remarque dans vos lettres de mettre un sujet à la conduite de nos enfants du&#13;
Séminaire, sur l’esprit duquel on puisse avoir une entière confiance, m’a convaincu&#13;
de la nécessité de vous l’envoyer cette année pour pouvoir changer M. Foucques,&#13;
dont les qualités, par ce que j’en puis connaître par vos lettres, ne sont aucunement&#13;
propres pour cet emploi que j’estime de la dernière conséquence pour maintenir le&#13;
Petit Séminaire dans l’esprit de grâce.&#13;
M. Tremblay est un bon sujet : il a de la grâce et docilité ; il a l’esprit ferme et&#13;
généreux, égal et régulier, le jugement bon et capable, à la suite d’être aimé du&#13;
corps du Séminaire et d’en être un bon appui ; il est sage et prudent et capable,&#13;
autant que je puis juger, de secret et auquel on peut avoir de la confiance. Je lui ai&#13;
remarqué toutes ces qualités, en sorte que je crois qu’il sera beaucoup utile au&#13;
Séminaire et assurément, c’est l’esprit le mieux trempé de tous les sujets qui se&#13;
sont présentés depuis plus de deux ans. Si j’avais passé [en Canada], il n’aurait pas&#13;
été difficile de l’installer dans l’emploi où est M. Foucques, parce que j’aurais&#13;
conféré l’ordre de prêtrise à mondit sieur Foucques, ce qui aurait donné le moyen&#13;
417&#13;
418&#13;
&#13;
NDLR : « Laisse les morts enterrer leurs morts. » (Matthieu 8:22)&#13;
NDLR : Une dispense papale permettant de prendre les ordres sacrés hors des temps prescrits.&#13;
- 696 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
de le mettre dans un autre emploi ; mais comme il demeurera toujours diacre, je&#13;
ne sais quel motif vous pourrez prendre et l’occupation que vous lui pourrez&#13;
donner.&#13;
Quoiqu’il en soit, il ne faut pas manquer [d’]y mettre M. Tremblay et ne pas différer&#13;
à l’an prochain. Pour bien des raisons, l’on pourrait ne pas approuver que l’on en&#13;
ôtât M. Foucques, sous prétexte qu’il ne faut pas changer si facilement, mais en&#13;
effet parce que cet esprit est capable d’avoir plus de liaison et de correspondance&#13;
que n’aura pas M. Tremblay, qui sera plus uni de cœur et d’esprit et de sentiment&#13;
avec le Séminaire. Il faut user de précaution pour conserver sa santé dans cet&#13;
emploi, où le poêle 419 est capable de ruiner la meilleure et plus forte complexion.&#13;
Les personnes qui n’y sont point habituées ne manquent point d’y contracter un&#13;
mal de poitrine, qui devient insensiblement tellement échauffé qu’il n’y a plus de&#13;
remède. M. Tremblay a [une] fort bonne voix et sait fort bien son plain-chant ; c’est&#13;
lui qui soutenait ici presque tout le chœur. Il est très capable de le montrer ; c’est&#13;
ce qu’il a fait depuis quelque temps dans le Séminaire. Il est à propos que, quand&#13;
l’on passera l’an prochain, on le trouve établi dans cet emploi de l’espace au moins&#13;
de six mois. L’on pourrait possible[ment] ne l’y pas mettre que vers la fin de l’hiver,&#13;
afin de lui épargner l’air et le renfermement du poêle de tout l’hiver et afin qu’il&#13;
puisse se faire à l’air du pays et prendre l’esprit du Séminaire, duquel il peut être&#13;
un appui de régularité pendant ce temps-là. Il connaîtra mieux cet emploi et l’on&#13;
aura plus de connaissance de ses qualités et pour le former à cet emploi avant que&#13;
je l’y mette.&#13;
Voici un jeune enfant qui est de bonne famille de noblesse du Perche, auquel il y a&#13;
deux ans que je fais difficulté d’accorder de passer en Canada, mais enfin la&#13;
persévérance et les grandes instances avec lesquelles il continue dans ce dessein,&#13;
jointes à la bonne volonté, la grâce et le grand désir qu’il a de servir Dieu, [ont] fait&#13;
que je lui ai accordé, quoique ses parents, qui sont assez qualifiés 420, n’eussent pas&#13;
le moyen de lui donner quoi que ce soit pour le faire étudier. La grande inclination&#13;
qu’il a toujours ressentie pour l’Église lui a fait trouver le moyen depuis quelques&#13;
années d’apprendre un peu de latin, en sorte qu’apparemment il compose comme&#13;
pourrait faire un quatrième ou un bon cinquième. C’est ce que je juge de ce qu’il&#13;
NDLR : Le « poêle » était le surnom d’une salle commune au Séminaire qui était chauffée.&#13;
L’ordre de la journée du Grand Séminaire, écrit avant 1682, indique : « L’on ne va point se chauffer&#13;
à la cuisine, mais dans le poêle, où l’on peut aussi étudier, écrire, etc., pourvu qu’on y garde le&#13;
silence, n’y parlant point sans nécessité et à voix basse. » (Musée de la civilisation, Fonds d’archives&#13;
du Séminaire de Québec, Séminaire 95, no 24)&#13;
420&#13;
NDLR : nantis.&#13;
419&#13;
&#13;
- 697 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
m’a dit qu’il faisait [en] allant trouver un bon prêtre à deux lieues de chez ses&#13;
parents. Comme il m’a semblé [avoir] la vue assez difforme, je lui ai déclaré&#13;
plusieurs fois, mais spécialement quand il a été question de le faire partir, qu’il ne&#13;
devait pas avoir la vue de passer en Canada pour y être prêtre, parce que, outre&#13;
cette disgrâce de vue, je ne trouvais pas dans l’âge qu’il a que l’on dut faire la&#13;
dépense ni qu’il eut assez d’ouverture d’esprit pour parvenir au sacerdoce. Reste&#13;
d’en pouvoir faire tout ce que sa bonne volonté, sa capacité et ses talents naturels&#13;
que Dieu lui a donnés pourront permettre. L’on m’a dit dans le pays qu’il avait assez&#13;
de disposition pour le chant, je veux dire de voix, car il n’a pas encore appris de plainchant. Je lui ai dit que l’on pourrait l’employer à tenir dans quelque lieu les petites&#13;
écoles et rendre les services nécessaires à un ecclésiastique et il m’a paru être&#13;
disposé à faire tout ce que l’on jugera à propos. Quoiqu’il n’ait pas bien du talent,&#13;
je lui ai reconnu, toutes les fois que je lui ai parlé, l’esprit fort docile et plein de&#13;
désir de servir Dieu, ce qui m’a beaucoup porté à lui procurer cette charité.&#13;
J’espère que Notre-Seigneur et la Très Sainte Vierge, à laquelle il a une grande&#13;
dévotion et de confiance pour obtenir la grâce de passer en Canada, donneront&#13;
bénédiction à ce bon garçon. Mon sentiment est que vous le gardiez pendant&#13;
quelque temps à Québec au Séminaire, si vous pouvez trouver de quoi l’occuper,&#13;
car de lui faire continuer ses études et le garder seulement pour cela à Québec, je&#13;
n’y vois pas d’apparence, tant à cause de son âge et le peu qu’il a d’études que&#13;
parce que, n’ayant pas dessein de l’élever au sacerdoce, il semble inutile et nuisible&#13;
de le faire, à moins que l’on ne le trouvât propre pour le chœur et l’office divin, au&#13;
cas qu’il se trouva avoir de la voix, ce que l’on n’a bien su voir ici, étant incommodé.&#13;
Vous en aurez soin comme d’un enfant de la Providence 421.&#13;
Il y aura un menuisier nommé Boutré qui passera avec M. Tremblay. Je le garde&#13;
quelque temps avec moi pour me servir. Ce que j’ai reconnu de lui est qu’il sait son&#13;
métier, mais il a le défaut de tous les artisans d’aimer la boisson. Ce n’est pas un&#13;
grand génie, mais il en a suffisamment pour s’acquitter de ce qu’on lui dit, à la&#13;
réserve qu’il est étourdi. Vous vous en servirez le mieux qu’il vous sera possible.&#13;
M. Dudouyt vous enverra autant de son marché. Si j’avais pensé possible, aurais-je&#13;
mené avec moi un artisan qui travaille fort bien en sculpture d’ornements.&#13;
Ayant vu de son travail, mandez-moi l’an prochain au cas qu’il fût dans l’état d’y&#13;
pouvoir penser s’il était à propos de faire cette dépense dans un temps où il semble&#13;
que la providence de Dieu met le Séminaire dans un état auquel il faut plutôt&#13;
421&#13;
NDLR : En marge : Nous avons pris la résolution, depuis cet article écrit, de ne point faire passer&#13;
ce jeune homme. Nous adresserons l’an prochain.&#13;
&#13;
- 698 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
retrancher que d’augmenter la dépense, quoique cependant il y a de certaines&#13;
choses que l’on se trouve dans une espèce de nécessité ou d’obligation de faire et&#13;
que l’on peut même avoir ouverture de faire avec plus de facilité que d’autres. Si&#13;
j’avais passé, j’aurais apparemment mené avec moi un garçon de 22 ans qui a&#13;
appris de la chirurgie ; quoiqu’à cet âge-là, il ne paraît pas être bien habile, mais&#13;
nous n’avons point jugé à propos qu’il passa sans moi, parce que c’est un jeune&#13;
homme que je connais, qui a besoin au commencement d’être soutenu d’une&#13;
certaine manière et que j’éprouverai encore cette année avant qu’il aille en Canada.&#13;
Mandez-nous pareillement la nécessité et utilité que le Séminaire peut en retirer et&#13;
si c’est encore une dépense qu’il soit à propos de faire. Il est de bonnes mœurs et&#13;
a marqué de la bonne volonté ; il a eu dessein de se faire chartreux ; il est de bonne&#13;
famille de Laval ; je douterais seulement de la force et fermeté de son esprit pour&#13;
le donner après une épreuve que l’on en aurait fait. C’est néanmoins dans cette&#13;
vue et non autrement que je voudrais qu’il y passât. Il a appris à faire du point. Je&#13;
m’en vais le garder cette année et vous m’en écrirez votre sentiment l’an prochain,&#13;
sur quoi l’on prendra des mesures plus assurées.&#13;
Je ne doute point que l’on ne soit fort surpris dans le pays de voir que je ne&#13;
repasse point, M. de Villeray et tous ceux qui étaient en France m’ayant&#13;
toujours vu dans ce dessein et ce désir et que l’état de ma santé n’en aura&#13;
pas été cause. Comme l’on a déjà dit ici que c’était par ordre, ainsi que vous&#13;
connaîtrez par la dernière lettre que j’écris au P. de La Chaize, il y a bien de&#13;
l’apparence que ce bruit ira jusqu’à La Rochelle et ensuite en Canada. Je n’y&#13;
dois pas contribuer : l’esprit de Notre-Seigneur nous y oblige, parce que l’on&#13;
ne manquera pas de l’attribuer à Monseigneur. J’ai fait ici ce que nous avons&#13;
pu pour que l’on croie que c’est par des considérations particulières.&#13;
Sachant qu’ils en sont informés à Saint-Sulpice, nous avons fait parler à&#13;
M. Tronson, afin qu’il y apporte le remède, autant qu’il le jugera nécessaire.&#13;
Je ne sais pas ce qu’il fera. En tout cas, il faut faire de notre côté ce que&#13;
l’esprit de grâce demande de nous. Notre-Seigneur tirera sa gloire de tout.&#13;
Ceux qui ont connu la disposition des esprits en Canada jugeront aussi de&#13;
la source et du principe.&#13;
&#13;
- 699 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
Le P. Dablon a écrit qu’il était assuré que l’on apporterait de l’opposition à&#13;
mon retour et qu’il le savait bien. S’il ne vous a pas dit la même chose, ne&#13;
lui en faites rien paraître, parce qu’il verrait bien que M. Dudouyt vous&#13;
l’aurait écrit. Il faut qu’il l’ait su de personnes auxquelles l’on en ait fait&#13;
confidence ou qui aient reconnu par des marques assurées la disposition&#13;
des esprits pour cet effet. Quoiqu’il en soit, c’est de la main de NotreSeigneur et de sa sainte Mère que nous devons tout recevoir comme une&#13;
grâce bien spéciale et je puis dire pour moi la plus grande et la plus&#13;
précieuse que j’aie encore reçue de ma vie. Priez-les que j’en fasse un saint&#13;
usage et j’espère néanmoins qu’ils me feront la miséricorde de mourir en&#13;
Canada, quoique j’aie bien mérité d’être privé de cette consolation.&#13;
« Verumtamen non mea sed Dei voluntas fiat 422. » Je possède sur cela par sa&#13;
bonté infinie une paix profonde dans le fond de l’âme.&#13;
Tous ceux qui conservent l’esprit d’union avec le Séminaire seront bien&#13;
contristés et consternés de ne voir passer aucun ecclésiastique encore cette&#13;
année. J’aurais tâché de contribuer à les soutenir et fortifier si j’avais passé&#13;
moi-même ; mais il faut bénir Dieu et adorer son aimable conduite. Le&#13;
bon M. de Brulon espérait bien pour tout délai pouvoir revenir au&#13;
Séminaire, aussi bien que M. de Caumont ; mais il ne faut pas que&#13;
M. de Brulon s’inquiète et qu’il se règle et s’appuie sur ses sentiments et&#13;
son propre jugement ; qu’il mette toute confiance en Notre-Seigneur, qui,&#13;
après nous avoir éprouvés, lui donnera l’accomplissement de ce qu’il&#13;
désire.&#13;
J’ai fait ce qui m’a été possible pour faire repasser M. Trouvé pour Québec, dans&#13;
la vue que l’on pourrait le mettre aux Trois-Rivières pour lui donner le moyen de&#13;
jouir de la consolation de revenir au Séminaire, mais la Cour ayant accordé 1 200&#13;
livres pour l’Acadie pour quatre ecclésiastiques et M. Geoffroy, comme vous&#13;
apprendrez étant repassé en France, et étant incertain si M. Gaultier y sera passé&#13;
ce printemps (ce qui serait bien à propos qu’il n’eut pas exécuté), Monseigneur a&#13;
voulu que M. Trouvé y allât. Il doit passer dans la Diligente et demeurer à&#13;
Chibouctou avec le gouverneur de l’Acadie, que l’on y doit venir quérir au PortRoyal.&#13;
422&#13;
&#13;
NDLR : « Que soit faite non pas ma volonté, mais celle de Dieu. » (Luc 22:42)&#13;
- 700 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
Vous aurez reçu mes premières lettres, par lesquelles je vous mandais que si&#13;
M. Gaultier n’était point parti pour aller à l’Acadie, de ne le point envoyer : 1° parce&#13;
qu’assurément il n’a point de santé ni de complexion capable de porter la fatigue&#13;
de ces missions-là ; 2° parce que quoiqu’il y ait beaucoup à souffrir, il n’y a pas de&#13;
quoi occuper un bon ouvrier comme lui. Il a de la vertu et de bonnes qualités,&#13;
[mais] notre sentiment est que, vu la difficulté très grande qu’il y a en France de&#13;
trouver des ouvriers et eu égard [à] la conjoncture du gouvernement de l’Église, il&#13;
serait à propos d’unir M. Gaultier au Séminaire, parce qu’à quelque prix que ce soit&#13;
il faut se servir des ouvriers que la Providence lui a donnés pour soutenir ce qui lui&#13;
est plus essentiel et d’obligation entre tous les emplois qui touchent de plus près le&#13;
Séminaire.&#13;
J’ai toujours envisagé la cure de Québec comme la plus importante et absolument&#13;
nécessaire pour l’éducation des enfants. Selon toute apparence, l’on objectera&#13;
qu’elle n’est pas administrée comme elle le doit être, l’on prendrait occasion de&#13;
jeter la vue sur un autre corps pour la remplir. Nous jugeons qu’il y faut mettre un&#13;
curé et un vicaire qui soient jugés capables et propres pour en soutenir les&#13;
fonctions. Je ne trouve pas que l’on puisse se dispenser d’y consacrer&#13;
M. de Glandelet pour curé et personne qui soit plus propre pour vicaire que&#13;
M. Gaultier.&#13;
Monseigneur a fait plusieurs fois connaître assez clairement qu’il avait de la peine&#13;
de voir la manière dont la paroisse [est] desservie par M. de Bernières et qu’il y&#13;
avait une grande ignorance dans tout Québec. Ainsi, il est d’une absolue nécessité&#13;
d’y établir quelqu’un d’autre à la place de mondit sieur de Bernières au plus tôt,&#13;
afin que, le printemps prochain, il y ait eu déjà quelque temps que la chose ait été&#13;
faite, [afin] que l’on puisse nous en donner avis dès l’automne [afin] que la chose&#13;
ne semble pas nouvelle en ce temps-là et avoir été faite exprès, ce que l’on pourrait&#13;
trouver mauvais et peut-être n’avoir pas dû se faire avant l’arrivée proche de&#13;
Monseigneur. Il faut même lui en écrire [à] l’automne et dire, comme il sait, que&#13;
cela est vrai que l’on y a été obligés, à cause des incommodités de mondit sieur&#13;
de Bernières.&#13;
Nous ne doutons point que si M. des Maizerets était en état pour la voix de remplir&#13;
cet emploi, il ne fallut l’y mettre pour beaucoup de raisons  : il pourrait bien plus&#13;
facilement expédier et se démêler de beaucoup d’affaires qui concernent le&#13;
prochain et le bien des âmes ; il a plus d’expédients pour découvrir et remédier au&#13;
mal et plus de liberté d’esprit pour vaquer à toutes les fonctions d’une cure comme&#13;
- 701 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
celle de Québec ; il aurait même de la facilité pour l’établissement de l’Église&#13;
succursale et de tout ce qui en dépend à la suite. Toutes ces considérations&#13;
obligent de mettre mondit sieur des Maizerets, curé, quoiqu’il n’ait point de voix,&#13;
et M. de Glandelet suppléerait aux sermons. Cependant, c’est une chose qu’il est&#13;
à propos de remettre au jugement que tous ensemble vous pourrez porter sur&#13;
cette affaire, d’autant que l’on ne peut pas, n’étant point présent, bien juger de la&#13;
chose et des inconvénients, qu’il est néanmoins expédient d’y pourvoir avant que&#13;
les vaisseaux soient de retour en France.&#13;
M. Dudouyt vous écrit l’état du temporel. Il ne peut pas être plus engagé et&#13;
plus embarrassé qu’il est. M. le supérieur, voyant l’extrémité où l’on était,&#13;
sans avoir quoi que ce soit pour acquitter les lettres de change que vous&#13;
avez envoyées, a prêté 8 000 francs que l’on prend d’un remboursement qui&#13;
s’est fait 423 ; sans quoi, il aurait fallu sans remède laisser protester lesdites&#13;
lettres de change et souffrir honteusement une espèce de banqueroute.&#13;
423&#13;
&#13;
NDLR : L’abbé Demers explique ce prêt au Doc. LI-IV-1. Voici la note :&#13;
Il s’agit d’un prêt fictif fait par le Séminaire de Paris à celui de Québec et imaginé&#13;
par le Serviteur de Dieu. Voici comment la chose se déroula. Comme nous l’avons&#13;
déjà vu, la situation économique du Séminaire de Québec était bien mauvaise à la&#13;
suite de plusieurs dépenses imposées par Mgr de Saint-Vallier dans les&#13;
années 1686 et 1687. Il avait encouru des dettes considérables. Le Serviteur de&#13;
Dieu, alors en France, avait été mis au courant de la situation et en était resté&#13;
profondément affligé. Il décida donc de venir en aide à la communauté en&#13;
engageant une grosse somme, tirée de ses économies personnelles, afin de payer&#13;
les dettes du Séminaire. Toutefois, ce paiement pouvait exposer le Séminaire à un&#13;
danger, soit que Mgr de Saint-Vallier, une fois l’équilibre des finances rétabli,&#13;
n’oblige le Séminaire à faire de nouvelles dépenses. Pour éviter ceci, le Serviteur&#13;
de Dieu s’entendit avec l’abbé de Brisacier (il semblerait que ce fut à la suite de&#13;
la proposition de ce dernier) pour faire semblant que c’était le Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Paris qui avait prêté l’argent à celui de Québec. Quels&#13;
furent les détails de cet arrangement ? Nous ne le savons pas, puisque ce fut fait&#13;
secrètement et qu’aucun document sur cette affaire ne nous est parvenu, sauf la&#13;
lettre que nous reproduisons ici. Mais il est certain que les dettes du Séminaire&#13;
furent payées avec les épargnes du Serviteur de Dieu et qu’on croyait à Québec&#13;
que c’était un prêt du Séminaire des Missions étrangères de Paris. C’est à ce prêt&#13;
que le Serviteur de Dieu fait allusion dans sa lettre du 9 juin 1687 aux directeurs&#13;
du Séminaire de Québec (cf. Doc. LI-II-7). Ce prêt de 8 000 livres tournois en&#13;
1687 s’éleva à 12 000 livres tournois en 1688. À Québec, on croyait donc devoir&#13;
restituer au Séminaire de Paris la somme de 12 000 livres tournois. Ce fait&#13;
empêcha Mgr de Saint-Vallier d’insister pour faire de nouvelles dépenses et les&#13;
directeurs du Séminaire cherchèrent à épargner pour être en mesure de remettre&#13;
en deux ans la somme du prêt, comme il avait été établi. Un versement annuel&#13;
devait être fait au Séminaire de Paris et, par un long détour dont parle longuement&#13;
le Serviteur de Dieu dans la lettre reproduite ici, la somme devait alors&#13;
secrètement revenir de Paris au Serviteur de Dieu, qui, en tant qu’administrateur&#13;
des biens du Séminaire, la remit dans la caisse de la communauté.&#13;
- 702 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
Voilà à quoi on s’est exposé par les grandes dépenses auxquelles l’on s’est&#13;
engagé mal à propos. Ce n’est rien que l’emprunt  ; la difficulté [est] de&#13;
pouvoir s’acquitter de cette dette avec celle de M. Guénet, dont il reste&#13;
encore près 8 000 francs argent de France à payer. L’on s’est obligé de&#13;
rendre celle du Séminaire en deux ans, en sorte qu’il faut pendant ces deux&#13;
années trouver 4 500 livres, joignant 1 000 francs qu’on lui doit d’ailleurs&#13;
aux 8 000 francs empruntés. Ce sont près de 8 500 livres qu’il faut payer en&#13;
ces deux articles chaque année. Vous pouvez juger de la peine où l’on va&#13;
être pour trouver cette somme, outre laquelle il faut encore fournir à la&#13;
dépense de France, qui n’est pas petite dans le Séminaire, pour ceux dont&#13;
le Canada doit être chargé. Il ne faut pas s’attendre d’être soulagé de quoi&#13;
que ce soit de la part de Monseigneur. J’ai bien reconnu ses dispositions à&#13;
ce regard aussitôt qu’il [fût] arrivé en France, quoique quelques&#13;
considérations humaines l’aient obligé à ne le pas faire paraître tout d’un&#13;
coup, disant que le partage qui avait été fait avec le Séminaire en lui laissant&#13;
le revenu qui lui appartient aux abbayes n’empêcherait pas [que] la&#13;
communauté de biens ne pût subsister. Mais nous lui fîmes voir le contraire&#13;
et l’impossibilité de garder ses mesures et que ce qu’il avait dessein de&#13;
laisser n’était pas capable de fournir aux charges dont il prétendait charger&#13;
le Séminaire, ayant la vue que ce qui proviendra à lui appartenant desdites&#13;
abbayes serait pour le défrayer avec ceux qu’il aurait avec lui dans sa&#13;
maison, soit pour nourriture soit pour entretien, en sorte que le dessein qu’il&#13;
a pris est de vivre séparé de tout, comme si jamais il n’avait eu aucun&#13;
sentiment ni mouvement de grâce pour vivre autrement.&#13;
Bien loin qu’il ait voulu convenir qu’il ait été la cause des dettes et&#13;
engagements que l’on a contractés au Séminaire dans le temps qu’il a été&#13;
en Canada, il s’est efforcé pour faire voir qu’il y a plus procuré et apporté&#13;
que la dépense soit d’enfants soit d’ecclésiastiques avec toute leur suite n’a&#13;
été grande ; d’où il conclut que les acquisitions et dépenses au moulin à&#13;
scie, à l’île de Jésus et autres lieux est l’unique cause des dettes et affaires&#13;
du Séminaire de Québec et a pris cette affaire si à cœur et avec tant&#13;
d’ardeur que l’on peut dire qu’elle a été en partie la raison qu’il a prise&#13;
pour prétexte et fondement de se désunir tout à fait et même de tout ce&#13;
- 703 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
qui est arrivé à la suite, que vous apprendrez par tout ce que l’on vous&#13;
écrit. Vous pouvez bien inférer de sa disposition que ce n’est pas de son&#13;
revenu que nous devons attendre de quoi soulager et acquitter les dettes&#13;
du Séminaire, quoique vous nous ayez souvent mandé par vos lettres qu’il&#13;
vous avait assuré qu’il trouverait bien en France de quoi les acquitter et que&#13;
l’on ne devait point craindre de prendre des enfants et des ecclésiastiques ;&#13;
sur quoi il me souvient de vous avoir répondu qu’il pouvait bien arriver du&#13;
changement et que cependant le Séminaire demeurerait toujours chargé&#13;
de dettes ; ce qui est arrivé et que, quoiqu’il puisse aider, il n’a aucune&#13;
disposition pour cet effet. Il faut adorer la Providence de cet éloignement&#13;
et mettre toute notre confiance et notre appui en elle.&#13;
Cependant, il est d’une nécessité absolue de retrancher de toutes manières&#13;
toutes les occasions de dépenses, afin de pouvoir payer les dettes. Si l’on&#13;
peut, du côté de la France, venir à bout d’acquitter les 9 000 francs que nous&#13;
devons au Séminaire, avec le courant de la dépense et la dette de&#13;
M. Guénet en deux années, ce sera assurément une chose beaucoup audessus de nos forces, parce que outre cela il est nécessaire d’envoyer des&#13;
étoffes et le reste des besoins qui s’achètent à Paris, sans parler des frais et&#13;
dépenses des embarquements et du fret de ce que l’on envoie et, au cas que&#13;
Notre-Seigneur me fasse la miséricorde de pouvoir retourner, la dépense&#13;
qu’il faut pour cela et de ceux qui passeraient avec nous. Il faut faire état&#13;
que tout cela joint ensemble se montera bien à 14 000 francs et c’est au plus&#13;
si nous en pourrons avoir 9 000. Où prendre le reste ? De trouver à&#13;
emprunter, c’est à quoi il ne faut pas penser, étant une chose impossible, ni&#13;
de se pouvoir dispenser de rendre au Séminaire l’an prochain et la&#13;
suivante ce qu’ils ont prêté, dont ils auront besoin ; sans quoi, ils ne&#13;
l’auraient pas assurément prêté.&#13;
Vous devez conclure de là qu’il est du tout impossible d’acquitter en France le&#13;
reste de la dette de M. Hazeur ; c’est beaucoup d’avoir pu lui payer la moitié de sa&#13;
dette, qui est [de] 5 000 francs, outre toutes les autres lettres de change que l’on&#13;
a acceptées et payées. Il reste donc encore 5 000 francs à payer de celle de&#13;
10 000 francs prix de France qu’on lui doit, laquelle somme il faut trouver moyen,&#13;
à quelque prix que ce soit, de payer dans le pays. Voyez de quelle manière vous en&#13;
- 704 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
pourrez venir à bout. Sans que l’on a accordé au Séminaire [les] 2 000 livres de&#13;
gratification et ce que l’on a épargné et [ce] qui aurait coûté pour notre passage&#13;
et voyage, l’on [n’]aurait pu payer que 3 000 francs au sieur Delorme sur sa dette&#13;
de 10 000 livres.&#13;
Il est arrivé un autre secours de la Providence, qui vous aidera de votre côté pour&#13;
payer ledit sieur Hazeur, qui est que par les grands soins et applications qu’a&#13;
apportés M. de Villeray, auquel l’on a assurément grande obligation, la Cour a enfin&#13;
ordonné que les charges indispensables seront payées prix de France. Ainsi, les&#13;
4 000 francs en vaudront 5 300 tant prix du pays et les 1 000 francs que les Jésuites&#13;
me doivent payer au plus tôt, [soit] la 5e partie de la pension de 5 000 livres, fera&#13;
encore une augmentation de 300 tant de livres ; jointes à cela, la part et portion&#13;
qui reviennent aux curés dont vous êtes chargés de la nourriture et entretien au&#13;
Séminaire, comme [à] Saint-Joachim, la Baie-Saint-Paul et les autres, qui se&#13;
montent, par la supputation que j’en ai faite, à 1 900 francs prix de France. Il est&#13;
vrai qu’il faut diminuer les dépenses du curé de Charlesbourg, Beauport et les&#13;
autres, mais c’est toujours un soulagement, aussi bien que de ne plus rien dépenser&#13;
pour les curés, que l’on n’en soit payé, soit pour l’entretien, soit pour la nourriture ;&#13;
tout cela, avec le revenu que l’on a pu faire aux domaines par la dépense que l’on&#13;
y a faite, doit mettre le Séminaire en état de faire de l’épargne ; et il faut, à quelque&#13;
prix que ce soit que, ([en] attendant que l’on trouve occasion de se défaire de la&#13;
Baie-Saint-Paul et même de l’île de Jésus, si l’on pouvait la vendre à un prix&#13;
raisonnable), l’on fasse en sorte de n’y rien mettre que ce qu’elles produiront ; l’on&#13;
aura pas de peine, eu égard à l’état où l’une et l’autre sont à présent par la dépense&#13;
que l’on y a faite. Le moulin à scie dorénavant doit produire un bénéfice&#13;
considérable.&#13;
M. Dudouyt vous aura écrit que, outre la somme de 5 000 livres que l’on a payée au&#13;
sieur Delorme sur la dette de 10 000 livres, on lui a encore fourni celle de 3 000 livres,&#13;
tant pour payer les 1  000 livres nécessaires pour tout ce qu’il a fait venir de&#13;
Hollande pour ledit moulin à scie que pour vous livrer pour la somme de&#13;
2 000 livres en marchandises, tels que vous lui avez donné ordre et suivant les&#13;
conventions que vous avez faites avec lui, ce qui vous doit encore bien faciliter le&#13;
moyen de payer, au moins cette année, une partie de cette dette et l’an prochain,&#13;
l’autre.&#13;
&#13;
- 705 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
Je sais bien ce que vous avez de difficultés. J’ai encore tout assez présent&#13;
pour me les remettre et me mettre en votre place. Mais d’autre part, vous&#13;
savez ce que c’est que de devoir. Si la providence de Dieu avait permis que&#13;
j’eusse été au pays, j’aurais pris de plus grandes précautions et sûretés de&#13;
Monseigneur ou l’on n’aurait pas entrepris tant de choses. Il m’était libre et&#13;
facile de passer la première et seconde année. Le roi s’était déclaré sur cela.&#13;
Mais la considération du bien de l’Église de Canada me fit rester et la&#13;
condescendance que j’eus la seconde [année], pour ce qu’il [Mgr de SaintVallier] m’écrivait que les mêmes raisons subsistaient encore, m’engagèrent&#13;
au même. Ainsi nous voilà, par une conduite spéciale de Notre-Seigneur&#13;
sur moi, à demeurer tant qu’il lui plaira dans le lieu de notre exil, que je ne&#13;
pensais pas à mon départ de Canada venir trouver en France. Tout ce qui&#13;
vient de sa main nous doit être aimable et adorable.&#13;
Je vous ai mandé, par nos premières lettres que je ne croyais pas qu’il n’y eût rien&#13;
à faire à la mission des Sauvages* où est M. Thury, les Jésuites ayant été obligés de&#13;
l’abandonner à cause des occasions continuelles d’ivrognerie. Il y a encore&#13;
beaucoup moins à faire à présent qu’il n’en reste que très peu [moins] qu’il n’y&#13;
avait en ce temps-là. Nous avons cru pour ces raisons devoir écrire à mondit sieur&#13;
Thury que, sans faire rien paraître auxdits Sauvages, il était à propos qu’il dise qu’il&#13;
était obligé de faire un voyage au Port-Royal pour voir et conférer avec M. Petit&#13;
et qu’il discute et examine avec lui, en effet, s’il n’est pas plus pour la gloire de Dieu&#13;
que l’on s’applique à la mission des Sauvages où est M. de Saint-Castin, à laquelle,&#13;
selon ce que j’ai pu juger de ce que m’a écrit M. Petit et que m’a dit M. Geoffroy,&#13;
il y aura de quoi occuper à la suite deux missionnaires, avec d’autant plus de fruits,&#13;
[puis]que M. de Saint-Castin est bien disposé et intentionné et qu’il ne leur donne&#13;
point de boisson et, outre tout cela, ce qu’il y a de providen[tiel] est qu’il&#13;
entretiendra et nourrira le missionnaire, à quoi il s’est offert, et deux s’il était&#13;
nécessaire ; ou au moins s’il en coûte au Séminaire, ce sera beaucoup moins que&#13;
dans d’autres missions. Cependant, comme Monseigneur a eu la pensée d’acheter&#13;
la terre du sieur Richard Denys et que, nonobstant ce que nous lui avons pu dire,&#13;
M. Dudouyt et moi, des grands inconvénients d’établir des missions de Sauvages&#13;
de cette manière, il persiste à croire que cela réussira. Il ne croirait pas qu’il fallût&#13;
entièrement abandonner cette mission et penserait que Monseigneur doit&#13;
commencer celle de M. de Saint-Castin et y demeurer jusqu’à ce qu’il y eût mis&#13;
quelques-uns en sa place. Voyant la nécessité de ne point différer à prendre&#13;
possession de cette mission, attendu que les pères jésuites y doivent envoyer un&#13;
- 706 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
de leurs pères et qu’il est même à craindre que l’on y mette un ecclésiastique qui&#13;
ait rapport à un autre corps, j’ai écrit à M. Thury qu’aussitôt qu’il aura reçu ma&#13;
lettre, qu’il parte comme je vous marque ci-dessus et qu’il pourra revenir à sa&#13;
mission s’il le juge à propos.&#13;
Monseigneur a été de sentiment, comme je vous ai mandé par mes premières&#13;
lettres, que je lui écrivis de cette manière, que tout ce qu’il craignait est que les&#13;
Jésuites ne le sussent et ne lui attribuassent la chose, ainsi qu’il ne voulait point&#13;
être mêlé dans cette affaire, quoiqu’il l’approuvât fort. Si vous trouvez l’occasion&#13;
sûre et commode d’écrire à M. Thury, vous le ferez en conformité, attendant quoi&#13;
vous parlerez aux pères jésuites comme si mondit sieur Thury était déjà chez&#13;
M. de Saint-Castin, ce que nous devons supposer véritable ou qu’il s’y doit rendre&#13;
dans peu ; mais comme selon toute apparence, il se pourra faire qu’il ne rencontrera&#13;
des difficultés assez grandes qu’il quitte ce lieu-là pour se rendre au Port-Royal, qui&#13;
en est fort éloigné, il serait bien plus expédient que vous envoyassiez quelqu’un de&#13;
Québec tout droit par Rivière-du-Loup et Rivière-Saint-Jean et encore plus droit et&#13;
plus court, à ce que je pense, par le Sault-de-la-Chaudière, qui est, autant que je&#13;
me puis souvenir, le chemin que prennent les Abénaquis quand ils vont droit chez&#13;
M. de Saint-Castin, qui est leur pays. Vous pouvez facilement savoir cela des&#13;
Abénaquis de Sillery, quoique je craigne que le P. Bigot n’ait de la peine de cela.&#13;
Ainsi, je préférerais le chemin de la rivière Saint-Jean, étant nécessaire que celui&#13;
qui ira à cette mission prennent toutes ses instructions et se conduise par les avis&#13;
et sentiments de M. Petit et partant qu’il aille au Port-Royal avant que d’aller à&#13;
Pentagouet ; et la chose sera moins suspecte aux pères jésuites, étant à propos&#13;
même de dire que M. Petit a besoin d’un soulagement, comme en effet il est vrai,&#13;
puisque l’on avait mené M. Geoffroy à l’Acadie dans cette vue, lequel étant revenu&#13;
en France, il est nécessaire d’y en envoyer un autre. Il est certain d’ailleurs que s’il&#13;
y avait présentement assez de sujets pour remplir les cures et que vous puissiez en&#13;
détacher deux de Québec pour envoyer ensemble à l’Acadie, il le faudrait faire,&#13;
n’étant pas moins important de mettre quelqu’un de confiance et qui eut l’esprit&#13;
du Séminaire avec M. Petit pour remplir sa place, au cas qu’il vint à manquer que&#13;
d’en envoyer un pour la mission de M. de Saint-Castin, soit que M. Thury n’y soit&#13;
pas venu ou que, étant venu, il s’en retourne à l’Acadie, à sa mission de Miramichi.&#13;
&#13;
- 707 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
Je vous ai aussi mandé par mes premières que ma pensée est que M. Volant était&#13;
le plus assuré pour la vertu et celui que je croyais le plus propre pour la mission des&#13;
Sauvages et M. de Saint-Claude, pour aider M. Petit. Ils se soulageraient les uns les&#13;
autres la communication, étant fort facile du Port-Royal à Pentagouet. Voyez si&#13;
vous pouvez faire cela. Je n’y vois guère d’apparence, à moins que de pouvoir&#13;
suppléer aux cures par le moyen de récollets, à quoi je ne verrais pas tant&#13;
d’inconvénients si la chose était possible, mais comme il n’en passe pas cette année,&#13;
ils ne pourront pas. Si vous n’y voyez point d’ouverture pour tous les deux,&#13;
pourvoyez toujours au plus pressé, qui serait M. Volant, à moins que vous ne&#13;
jugeassiez quelque autre plus propre. Souvenez-vous toujours qu’il doit, il me&#13;
semble, paraître à l’extérieur qu’il va pour le Port-Royal et tenir fort secret que c’est&#13;
pour les Sauvages. Je crois que l’on doit prendre grand soin de former et conduire&#13;
M. Tremblay dans la vertu, non pas comme un simple missionnaire pour remplir&#13;
une cure, mais comme un sujet capable, s’il continue comme nous avons vu qu’il a&#13;
commencé, d’entrer dans l’union du corps du Séminaire et d’en prendre le&#13;
véritable esprit.&#13;
Quoique Monseigneur fasse paraître qu’il est nécessaire de conserver les&#13;
curés dans la désappropriation, il prend tous les moyens qui sont capables&#13;
de les rendre tous propriétaires et semblables à ceux de France. Comme&#13;
cependant il y en aura plusieurs qui auront de la grâce et qui conserveront&#13;
les sentiments dans lesquels ils auront été élevés, il faut aussi conserver&#13;
avec eux le même esprit et union et faire aux autres tout le bien que l’on&#13;
pourra dans l’esprit de charité et se disposer à voir tous les changements&#13;
que la divine Providence permettra qu’il arrive dans l’Église du Canada, de&#13;
laquelle j’espère que la Très Sainte Vierge en prendra un soin tout&#13;
particulier et spécialement du Séminaire consacré à la Très Sainte Famille&#13;
de Jésus.&#13;
Je crois que M. Dudouyt vous aura écrit qu’outre le menuisier qui accompagne&#13;
M. Tremblay, l’on a adressé à M. Delorme un homme de travail, avec ordre de le&#13;
faire passer dans le premier vaisseau qui aura parti après qu’il sera arrivé à&#13;
La Rochelle. Il l’a dû au moins faire embarquer dans un vaisseau qui est parti pour&#13;
MM. Bernon et La Chesnaye, dans lequel est M. Aubert, son fils. Cet homme est&#13;
de Lacroix, proche [de] Gaillon, qui a femme et enfants que M. Plot, abbé&#13;
de Lacroix, nous a présentés pour le faire sauver, à cause d’un accident qui lui est&#13;
arrivé d’avoir frappé un monopoleur d’un coup de pierre, dont il est mort. Mondit&#13;
- 708 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
sieur abbé de Lacroix lui a donné par charité de quoi se conduire et subsister à&#13;
La Rochelle jusqu’à l’embarquement et l’on sera seulement chargé de payer son&#13;
passage. Vous recevrez son contrat d’engagement à 25 écus de gages. M. l’abbé Plot&#13;
nous a assuré qu’il est de bon travail, laborieux et fidèle [et] il m’a paru robuste et&#13;
de bonne volonté.&#13;
M. Dudouyt vous aura écrit le changement qui s’est fait à la fondation de&#13;
Monseigneur, non pas en la manière que vous l’aviez projeté l’an passé, ni encore&#13;
de celle que vous avez eue en vue cette année-ci ; ni l’une ni l’autre n’a pu se faire,&#13;
parce qu’une fondation, étant une fois faite, l’on ne trouve point à en aliéner le&#13;
fonds, à moins que d’en faire le remplacement pour la sûreté de celui qui acquiert&#13;
la partie de rente obligée à ladite fondation et vous pouvez bien imaginer que l’on&#13;
ira pas accepter un fonds situé en Canada, outre qu’il faille que ce soit une nouvelle&#13;
acquisition et non pas un fonds appartenant auparavant à une communauté, qui&#13;
ne doit pas être censée un remplacement. Vous devez conclure de là qu’il ne faut&#13;
pas penser à s’aider, à quelque usage que ce puisse être, des fonds de cette nature&#13;
quand l’on y trouverait de l’avantage. Les contrats de fondation sont donc&#13;
demeurés tels qu’ils ont été constitués dans la possession de Monseigneur, qui s’en&#13;
est réservé la jouissance et en toucher le revenu par ses mains présentement&#13;
comme de la pension faite par le clergé pour les missions de Canada. Il en fera de&#13;
même de la part des abbayes, dont il prétend que le chapitre ne doit avoir que le&#13;
tiers et lui les deux tiers, en payant les charges et réparations, quoique nous ayons&#13;
eu le sentiment contraire des avocats.&#13;
Il voulait bien au commencement s’en rapporter au sentiment de M. Nouet, le plus&#13;
habile de Paris en matière bénéficiale, mais comme il a vu qu’il était contraire à ses&#13;
vues, il voudrait l’éviter. Il a proposé de changer la fondation des 40 000 francs et a&#13;
voulu, au lieu de six missionnaires employés aux Sauvages, que le Séminaire&#13;
s’oblige d’entretenir et nourrir six enfants et quatre ecclésiastiques, entre lesquels&#13;
les enfants qui auront été élevés dans le Petit Séminaire seront préférés. Il a apporté&#13;
pour raison de cette nature d’emploi qu’il se trouverait toujours à la suite assez de&#13;
fonds pour les missions et non pas pour des enfants et pour des ecclésiastiques&#13;
dans le Séminaire. Cependant, je lui ai dit qu’il n’y a rien de plus essentiel au&#13;
Séminaire des Missions étrangères que de travailler aux missions des infidèles et&#13;
des Sauvages en Canada. Je ne sais pas quelle vue il peut avoir eue, si ce n’est qu’il&#13;
eut [la] crainte que le Séminaire ne fût pas assez dépendant de lui, étant dans les&#13;
missions ; mais cela n’est pas à appréhender, puisqu’en s’étant réservé l’usufruit, il&#13;
&#13;
- 709 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
en est absolument le maître pendant sa vie et tout autre évêque à la suite, sans la&#13;
juridiction duquel les missionnaires ne peuvent exercer de fonctions.&#13;
Les vues que l’on a eues en acceptant ce changement ont été que, le désirant de&#13;
la sorte, il a été en quelque façon raisonnable de se conformer à ses sentiments,&#13;
étant une fondation qu’il a faite : [1°] c’est une providence de Dieu toute&#13;
particulière de ce qu’elle fut signée avant son départ, n’y ayant de notre part autre&#13;
raison pour l’y obliger que de ce qu’il pouvait mourir et de la sienne, qu’il était&#13;
très bien disposé et intentionné, l’on peut dire que si la chose était encore à faire&#13;
présentement, elle ne se ferait point du tout, mais la volonté de Dieu s’accomplit&#13;
par les hommes très souvent sans qu’ils pénètrent dans ses desseins ; 2° comme&#13;
les héritiers de Monseigneur auraient pu trouver quelque chose à redire qu’il eut&#13;
fait une fondation de cette considération avant que d’avoir été sur les lieux, d’où&#13;
ils auraient pu conclure que, demeurant dans le Séminaire des Missions&#13;
[étrangères] à Paris, il y aurait été induit et poussé par moi et ledit Séminaire et&#13;
pour obvier à toutes ses objections, nous avons cru qu’il était assez à propos&#13;
qu’après avoir pris dans le Canada toutes les connaissances des besoins de&#13;
l’Église, étant de retour en France, il confirma de nouveau cette donation en&#13;
l’appliquant à un autre usage, par le ministère et les fonctions du Séminaire, ce&#13;
qui paraît avoir été fait avec connaissance de cause et qui rend la fondation plus&#13;
solide et l’œuvre qui en fait l’acceptation d’autant plus approuvée.&#13;
Pour ce qui concerne l’emploi du Séminaire aux missions des Sauvages,&#13;
nous devons mettre toute notre confiance en Notre-Seigneur. Pourvu que&#13;
ceux qui y seront employés soient bien remplis de son esprit, il les aidera&#13;
et soutiendra dans leurs travaux et j’espère qu’ils ne manqueront pas du&#13;
nécessaire pour le temporel. Ceux qui y réussiront avec plus de&#13;
bénédiction et qu’il y faut consacrer doivent être des sujets de grâce et qui&#13;
aient de l’intérieur.&#13;
Je vous ai écrit par nos premières lettres qu’il a plus à Notre-Seigneur de disposer&#13;
du bon M. Guyon. L’on peut dire que, selon l’usage commun de parler du monde,&#13;
c’est une perte très considérable pour le Canada. Tous les talents naturels que Dieu&#13;
lui avait donnés l’avaient rendu capable de rendre de grands services à l’Église,&#13;
mais il nous a voulu faire connaître qu’il n’a besoin de personne : « Alia cogitationes&#13;
meae aliae vestrae 424. » Il nous faut adorer ses conduites et le bénir de nous avoir&#13;
424&#13;
&#13;
NDLR : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées » (Isaïe 55:8)&#13;
- 710 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-7&#13;
&#13;
ôté ce secours et appui trop humain ; nous devons ensuite lui donner de véritables&#13;
marques de la charité et amour que nous avons eus pour lui en ce monde par le&#13;
secours de nos prières, outre beaucoup de messes et d’aumônes que nous avons&#13;
faites aussitôt après son décès. Je lui ai encore appliqué autant que je le puis toutes&#13;
mes messes, à la réserve de quelques-unes, depuis le jour de sa mort, arrivée le&#13;
10e janvier, et offert encore journellement la messe qui se dit tous les jours dans&#13;
le Séminaire à Québec.&#13;
Suivant notre intention, il a fait, comme je vous l’ai déjà mandé, une mort très&#13;
chrétienne et donné des marques d’une grande confiance en la Très Sainte Vierge,&#13;
de laquelle il a reçu une protection tout extraordinaire jusque-là ; qu’après avoir eu&#13;
le sacrement de l’extrême-onction avec plein jugement, il tomba dans un délire,&#13;
duquel étant revenu, il me pria de m’unir à lui et tous les ecclésiastiques qui étaient&#13;
dans la chambre, afin de remercier la Très Sainte Vierge de la faveur et la bonté&#13;
qu’elle avait eue de venir à lui et de l’assurer qu’elle ne l’abandonnerait pas,&#13;
m’ajoutant, la larme aux yeux : « Monseigneur, ces malheureux démons voulaient&#13;
que j’abandonne la Très Sainte Vierge, mais on mettrait toute ma chair par&#13;
morceaux plutôt que de la quitter. Mettons-nous tous, me dit-il, à genoux et&#13;
prions-la de m’accorder cette miséricorde, mais il est nécessaire que ce soit avec&#13;
une grande confiance de l’obtenir, car, comme dit-il, c’est une grande grâce, elle&#13;
ne peut s’obtenir qu’avec une grande et entière confiance. »&#13;
Je dis les litanies de la Sainte Vierge, auxquelles il voulut répondre « ora pro&#13;
nobis 425 » jusqu’à la fin, avec bien de la dévotion et tendresse de cœur. Lorsque je&#13;
les eues finies, je dis le Memorare et lorsque je fus à ces mots « ego tali animatus&#13;
confidentia 426 », il me dit : « Monseigneur, arrêtons-nous là et redoublons notre&#13;
confiance. » Et en fit plusieurs actes pleins de dévotion et d’édification et ensuite,&#13;
tout ce que je lui disais qu’il fallait faire, aussitôt que je lui marquais que c’était&#13;
pour l’amour de la Sainte Vierge, il s’animait d’un courage et d’une force au-dessus&#13;
de l’état auquel il était. Le voyant diminuer, je me persuadai qu’il s’approchait de&#13;
sa fin, ce qui faisait que j’avais peine à le quitter. Cependant, comme M. Dudouyt&#13;
croyait qu’il devait encore vivre bien plus de temps qu’il ne fit, [il] fut d’avis que je&#13;
m’allasse un peu reposer, [ce] dont j’avais besoin. En le quittant, je lui parlai de la&#13;
Très Sainte Vierge et lui dis que sans doute il éprouvait une grande assistance de&#13;
cette bonne Mère. Il me répondit bien doucement : « Elle ne me quitte point. » Et&#13;
étant sorti de sa chambre, il expira une demi-heure après.&#13;
425&#13;
426&#13;
&#13;
NDLR : Priez pour nous.&#13;
NDLR : « Animé d’une pareille confiance. », seconde strophe du chant Souvenez-vous.&#13;
- 711 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Nonobstant tout ce que je viens de vous dire, qui est d’édification et de&#13;
consolation, il faut cependant que je vous avoue que j’avais été un peu mortifié de&#13;
voir que ce bon jeune homme, par la facilité de son naturel affectueux, s’était laissé&#13;
gagner à de certaines créatures, au commencement par motif de charité et puis&#13;
après par des attaches de nature qui lui faisaient garder je ne sais combien de&#13;
petites confidences et l’engageaient à disposer à notre insu de beaucoup de choses ;&#13;
ce qui me faisait bien de la peine et quoique j’eusse tâché de le reprendre de toutes&#13;
ses attaches, je ne jugeais pas néanmoins devoir le pousser trop avant, de crainte&#13;
de prendre des extrémités au lieu de remèdes. J’en ai agi de cette manière à son&#13;
égard, ayant assez de marques qu’il n’y avait point [de] mal, quoique j’eusse tout&#13;
à craindre. Le pauvre ne fut pas plus tôt attaqué qu’il reconnût bien sa faute,&#13;
déplorant son amusement, inutilité et consommation du temps à tant de bagatelles&#13;
et me demanda bien pardon de ne m’avoir pas cru et profité des bons avis que je&#13;
lui avais donnés tant de fois, sur cela me priant de ne le point abandonner. Vous&#13;
voyez bien par tout ceci qu’il a besoin de prières et d’être bien secouru, car j’ai sujet&#13;
d’appréhender qu’il n’ait eu du purgatoire à souffrir. C’est pourquoi il faut avoir un&#13;
grand soin de le soulager.&#13;
Doc. LI-III-8. Lettre de Seignelay à Laval (17 juin 1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-8&#13;
Lettre de Seignelay, secrétaire d’État de la Marine de France, au Serviteur&#13;
de Dieu, 17 juin 1687, d’après une copie conservée aux Archives nationales&#13;
d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, série B, vol. 13, fo 202v&#13;
À Versailles, le 17 juin 1687&#13;
À M. l’évêque de Québec&#13;
Monsieur,&#13;
J’ai rendu compte au roi de ce que vous m’avez écrit sur la résolution que&#13;
vous avez prise de passer en Canada, si Sa Majesté l’approuve, et elle m’a&#13;
ordonné de vous dire qu’elle n’estime pas que vous fassiez ce voyage.&#13;
Je suis.&#13;
&#13;
- 712 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-9. Relation sur les motifs en faveur du retour de Laval au Canada (1687)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-9&#13;
Brève relation des motifs en faveur du retour du Serviteur de Dieu en&#13;
Nouvelle-France, d’un auteur inconnu, 1687, d’après un manuscrit conservé&#13;
à la Bibliothèque nationale de France, département des manuscrits,&#13;
Claraimbault, vol. 874, fo 46&#13;
Cette relation, qui résume les motifs en faveur du retour de Mgr de Laval au&#13;
Canada, a toute l’apparence d’un mémoire à l’usage du ministre du roi 427.&#13;
&#13;
Raisons pour faire retourner en Canada&#13;
l’ancien évêque de Québec&#13;
1° C’est le sentiment de M. le gouverneur et de M. l’intendant.&#13;
2° Tout le monde témoigne le souhaiter.&#13;
3° Il ne sera pas inutile au service du roi, surtout dans la conjoncture&#13;
présente de la guerre, pour soutenir et ménager les peuples, qui ont créance&#13;
en lui.&#13;
4° S’il retourne, il contribuera beaucoup à concilier les esprits à son&#13;
successeur ; au lieu que s’il ne retournait pas, il serait à craindre que les&#13;
esprits s’indisposèrent contre ce même successeur, en le soupçonnant&#13;
d’avoir empêché son prédécesseur de repasser cette année, comme ils le&#13;
soupçonnèrent l’an passé, quoique sans raison de l’en avoir empêché.&#13;
5° Disposé comme il est à ne se mêler d’aucune affaire, on ne doit pas&#13;
appréhender qu’il fasse de peine.&#13;
6° Son successeur souhaite pour sa consolation de le ramener avec lui.&#13;
7° Quant à lui, quoique son devoir et son inclination le pressent d’aller&#13;
mourir dans le sein de son Église, dont il est comme le fondateur, il attendra&#13;
avec respect l’ordre du roi et le sentiment de M. le marquis de Seignelay,&#13;
pour obéir aveuglément.&#13;
&#13;
NDLR : Ce petit mémoire fut envoyé avec la dernière lettre de l’abbé Dudouyt, procureur du&#13;
Séminaire de Québec à Paris, à l’abbé des Maizerets du 8 janvier 1688. Il y fait ses adieux et&#13;
demande aux prêtres de se plier au nouvel évêque. Ceci nous porte à croire que l’auteur du mémoire&#13;
devait être un prêtre du Séminaire de Paris.&#13;
427&#13;
&#13;
- 713 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-10&#13;
&#13;
Doc. LI-III-10. Lettre de Saint-Vallier à Laval (24 mars 1688)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-10&#13;
Lettre de&#13;
de Saint-Vallier, évêque de Québec, au Serviteur de Dieu,&#13;
24 mars 1688, d’après l’original conservé aux Archives de l’archidiocèse de&#13;
Québec, Diocèse de Québec, vol. 1, no 26&#13;
Mgr&#13;
&#13;
Dans une lettre du 20 mars 1688, Mgr de Saint-Vallier exprimait sa joie pour le&#13;
retour du Serviteur de Dieu : « Je souhaite que vous trouviez un vaisseau prêt à&#13;
partir, afin de porter vous-même les nouvelles à Québec de votre retour. Quelle&#13;
joie pour tout le monde, pour toute l’Église du Canada ! Je voudrais pouvoir me&#13;
trouver à votre arrivée ; j’y assisterai en esprit. » (Extrait cité par Gosselin, Vie de&#13;
Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708,&#13;
Québec, 1890, vol. 2, p. 385-386.)&#13;
&#13;
De Paris, ce 24 mars&#13;
Je viens de recevoir, Monseigneur et très cher père en Notre-Seigneur, la&#13;
lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire de Saumur. Elle m’a un&#13;
peu affligé en m’apprenant la peine que vous avez eue de vous rendre à&#13;
La Rochelle à cheval ; mais vous êtes bien aise d’avoir à soutenir les fatigues&#13;
des plus forts et des plus jeunes pour aller trouver votre chère épouse 428.&#13;
Dieu vous conserve, Mon très cher Père, dans votre voyage. Je lui demande&#13;
de tout mon cœur.&#13;
Je vois que vous aurez bientôt pris le parti de vous mettre sur le premier&#13;
vaisseau qui partira pour le Canada. Je crois bien que vous ne demeurerez&#13;
pas longtemps de cette manière à La Rochelle 429. Il a semblé qu’on en a fait&#13;
comprendre que M. Delorme ne mènera que 40 soldats. Je crois que cela&#13;
étant, il n’y a point à délibérer d’embarquer tous nos ouvriers, maçons et&#13;
charpentiers, sur ce même vaisseau. Ils seront sous vos yeux, et je suis sûr&#13;
qu’ils en seront mieux, voulant bien quelquefois les recommander au&#13;
capitaine et à M. d’Iberville et vous informer comment ils se conduiront. Ils&#13;
demandent encore beaucoup d’avances ; je leur en ai déjà tant fait régler, ce&#13;
que M. d’Iberville et Delorme leur donneront à tout le moins qui se pourra.&#13;
Il faut pourtant qu’ils portent de petites commodités et de petits&#13;
rafraîchissements.&#13;
428&#13;
429&#13;
&#13;
NDLR : C’est-à-dire, l’Église.&#13;
NDLR : Mgr de Laval fut pris au port plusieurs jours par manque de vent.&#13;
- 714 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-10&#13;
&#13;
Je vous ai mandé que j’appréhendais avec raison le retour de M. Perrot à&#13;
l’Acadie. J’étais avec grand fondement. Dieu merci, le coup est paré. J’en&#13;
rends grâce au Seigneur ; mais ne disons rien pour encore, car tout est&#13;
incertain dans le monde.&#13;
Je voudrais pouvoir vous marquer, Mon très cher Père, combien je fais&#13;
fonds sur la promesse que vous m’avez faite de m’offrir souvent à NotreSeigneur. Personne n’est plus véritablement et parfaitement que je le suis,&#13;
dans son saint amour,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur et fils,&#13;
Jean, évêque de Québec.&#13;
&#13;
- 715 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-11&#13;
&#13;
Doc. LI-III-11. Lettre de Brisacier à Glandelet (9 mai 1688)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-11&#13;
Lettre de l’abbé de Brisacier, supérieur du Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris, à l’abbé de Glandelet, membre du Séminaire de Québec,&#13;
9 mai 1688, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Lettres O, no 4&#13;
Jésus, Marie, Joseph et les saints anges&#13;
À Paris, le 9 mai [16]88&#13;
Monsieur,&#13;
J’ai encore le cœur si serré de douleur de la mort toute récente de M. Fermanel,&#13;
qui n’a survécu que trois mois, dix jours à M. Dudouyt, et je suis d’ailleurs si&#13;
surchargé d’affaires et si peu pourvu de santé que je n’ai presque ni temps ni la&#13;
force de répondre à la lettre particulière qu’il vous a plu m’écrire le 26 octobre&#13;
1687. Je me réjouis cependant avec vous de ce que, craignant la supériorité du&#13;
Séminaire de Québec au point que vous la craigniez, elle est tombée sur des&#13;
épaules que vous jugez plus fortes que les vôtres. Nous sommes persuadés avec&#13;
vous que M. des Maizerets sera un très digne supérieur, mais nous espérons que,&#13;
si la Providence permet un jour que le soulager, vous lui succédiez. Elle vous&#13;
donnera la capacité dont vous croyez être dépourvu. Abandonnez à Dieu, mon cher&#13;
Monsieur, et rien ne vous fera plus que sa disgrâce. On peut tout avec son secours&#13;
et il donne la force avec l’emploi quand c’est lui qui nous y applique.&#13;
Vous aurez cette année la joie de revoir nos deux prélats. Vous trouverez&#13;
l’ancien plus saint et plus mort que jamais à lui-même et le nouveau vous&#13;
paraîtra aussi tel que vous le pouvez désirer pour la consolation particulière&#13;
du Séminaire et pour le bien général de toute la Nouvelle-France. Comme&#13;
il me témoigne beaucoup de bonté, j’ai aussi pour lui autant de tendresse&#13;
que de respect et je ne doute pas que Notre-Seigneur ne verse avec le temps&#13;
bien des bénédictions sur son gouvernement. Le désir que vous avez de&#13;
bien vivre avec lui est pour moi une assurance qu’il vivra bien avec vous.&#13;
Prévenez-le en tout et, connaissant comme vous connaissez, ce qu’il peut&#13;
souhaiter de vous tous, conformez-vous à ses désirs en toutes choses. C’est&#13;
la disposition que vous inspirera Mgr son prédécesseur.&#13;
&#13;
- 716 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-11&#13;
&#13;
Il est parti dans cet esprit et il ne tiendra pas à lui que l’intelligence ne soit&#13;
parfaite de tout côté. Il pourra vous servir désormais de conseil particulier&#13;
à vous pour la direction de votre âme, après la perte que vous avez faite de&#13;
M. Dudouyt, à qui vous écriviez tous les ans pour lui rendre compte de&#13;
votre état.&#13;
Le dernier mémoire que vous lui adressiez est tombé entre nos mains par les&#13;
précautions qu’il avait prises auprès du P. Vaultier, auquel il avait dit de me donner&#13;
tout ce qui viendrait de Canada après sa mort. Je vous renvoie ce mémoire sans&#13;
que personne [ne] l’ait vu et sans l’avoir lu moi-même, soit parce que je n’en avais&#13;
pas la permission de vous, soit parce que je ne me sens pas assez éclairé pour&#13;
prendre la place de M. Dudouyt à votre égard. J’estime que, du ciel où il est, il&#13;
continuera de vous diriger en ce qui pourra manquer à la direction que vous tirerez&#13;
de Mgr l’ancien évêque et de MM. vos chers confrères de Québec. MM. Tiberge et&#13;
Sevin ne se portent guère mieux que moi. Ils vous font leurs compliments et nous&#13;
nous recommandons tous trois à vos prières et saints sacrifices. Nous espérons que&#13;
Dieu augmentera bientôt notre nombre et qu’il nous donnera des sujets capables&#13;
de soutenir le Séminaire et les missions, pourvu que nous ne perdions point la&#13;
confiance que nous devons avoir en sa divine bonté. Aidez-nous, Monsieur, auprès&#13;
de lui et me croyez tout à vous en son saint amour,&#13;
J.-C. de Brisacier.&#13;
&#13;
- 717 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-III-11&#13;
&#13;
Doc. LI-III-12. Extrait de la lettre de Tronson à Denonville (12 mai 1688)&#13;
&#13;
Doc. LI-III-12&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Tronson, supérieur du Séminaire Saint-Sulpice&#13;
de Paris, à Denonville, gouverneur du Canada, 12 mai 1688, d’après la copie&#13;
conservée aux Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris,&#13;
série 2, vol. 7, p. 4087-4090&#13;
Ce que vous me mandez touchant l’utilité du retour de M. de Laval en&#13;
Canada a eu tout l’effet que vous pourriez désirer. M. de Saint-Vallier s’est&#13;
employé de bonne sorte auprès du ministre pour en obtenir la permission&#13;
et le placet qu’il lui a présenté, après lui en avoir parlé plusieurs fois, a levé&#13;
enfin toutes les difficultés qu’on y faisait à la Cour. Il faut espérer que&#13;
l’union sera inviolable entre deux si saints prélats et que l’un et l’autre&#13;
contribueront de concert avec vous à la maintenir dans toute la colonie.&#13;
Comme leurs vues ne seront pas peut-être toujours les mêmes dans les&#13;
occasions particulières, nous prierons Notre-Seigneur qu’il leur donne pour&#13;
vous une entière confiance, afin que les petites semences de division qui&#13;
pourraient survenir avec le temps ne vous empêchent point de voir vos&#13;
désirs accomplis et la paix parfaitement établie dans le pays.&#13;
&#13;
- 718 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LI-IV&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
Les raisons du Serviteur de Dieu pour intervenir dans les contentieux entre&#13;
Mgr de Saint-Vallier et le Séminaire de Québec, 1688-1692&#13;
Les différends nés durant la période du vicariat général de l’abbé de Saint-Vallier&#13;
entre lui et les prêtres du Séminaire de Québec au sujet de son administration&#13;
(1685-1687) lui avaient occasionné des remontrances en France de la part du&#13;
Serviteur de Dieu, du Séminaire de Paris et d’autres. Mais le tout s’est terminé de&#13;
façon harmonieuse : l’abbé de Saint-Vallier avait promis de tenir compte des&#13;
suggestions reçues et les prêtres du Séminaire de Québec avaient été vivement&#13;
exhortés par les supérieurs du Séminaire de Paris, avec l’accord du Serviteur de&#13;
Dieu, à se montrer obéissants et cordiaux envers leur nouvel évêque. Lorsque le&#13;
Serviteur de Dieu revint à Québec, le 3 juin 1688, tout laissait présager que la paix&#13;
serait complète et durable.&#13;
Il n’en fut pas ainsi. La controverse revint très vive et finit par créer une opposition&#13;
profonde entre Mgr de Saint-Vallier et le Séminaire, non seulement sur des&#13;
questions secondaires ou des sujets imprévus, mais sur le modèle même de&#13;
communauté que le Serviteur de Dieu avait donnée au Séminaire. Après quatre&#13;
années de débats et l’arbitrage de la Cour, la position de Mgr de Saint-Vallier&#13;
triompha.&#13;
Toute cette affaire ne pouvait laisser le Serviteur de Dieu indifférent. Il faut donc&#13;
en connaître le déroulement et déterminer dans quelle mesure et avec quels&#13;
sentiments le Serviteur de Dieu y prit part, lorsque ce fut le cas.&#13;
1° La communauté du Séminaire de Québec&#13;
Commençons par rappeler en quoi consistait la nature de communauté du&#13;
Séminaire. Dans son mandement érigeant le Séminaire de Québec (Doc. XXXI),&#13;
le Serviteur de Dieu voulut qu’il soit une communauté religieuse diocésaine&#13;
destinée à accueillir non seulement les prêtres chargés de l’éducation des&#13;
séminaristes, mais aussi tous les autres prêtres consacrés au ministère, qui&#13;
resteraient ensuite unis au Séminaire, tout en demeurant dans différents&#13;
presbytères lorsque nécessaire. Les ecclésiastiques étaient libres d’entrer ou non&#13;
dans la communauté ; et dans les faits, presque tous les prêtres séculiers du&#13;
Canada, à l’exception de ceux de Saint-Sulpice à Montréal, étaient agrégés ou&#13;
unis au Séminaire des Missions étrangères de Québec. Les prêtres affiliés&#13;
renonçaient à tous leurs biens en faveur du Séminaire et ce dernier s’engageait à&#13;
les soutenir en tout, pour toute leur vie. Les curés unis versaient une contribution&#13;
annuelle et, en échange, ils avaient l’assurance d’être aidés et soutenus en cas de&#13;
nécessité, de maladie ou d’invalidité.&#13;
Notons le fait qu’un prêtre fasse partie de la communauté ne nuisait en rien à&#13;
l’autorité de l’évêque sur ce prêtre, puisque le Séminaire ne pouvait se mêler de&#13;
l’administration du diocèse. Selon le mandement d’érection, lorsqu’il s’agissait&#13;
de la nomination des prêtres aux différentes charges du ministère, l’évêque devait&#13;
prendre en compte l’opinion du supérieur du Séminaire, mais demeurait libre de&#13;
procéder pour le mieux. (Au sujet de cette question des relations entre le&#13;
Séminaire et les curés unis à la communauté, voir Doc. LI-IV-13.)&#13;
&#13;
- 719 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
&#13;
Ce système de vie commune était sans doute idéal dans l’esprit du Serviteur de&#13;
Dieu, puisqu’il apportait de grands avantages spirituels et temporels aux prêtres&#13;
affiliés et facilitait l’obtention de vocations missionnaires de la France, puisqu’il&#13;
assurait l’entretien des missionnaires du Séminaire, même dans la maladie ou la&#13;
retraite (sur l’organisation du Séminaire, sur ses avantages et ses relations avec&#13;
les curés, voir LI-IV-13 ; LI-VI-11 ; La Tour, Mémoires sur la vie de M. de Laval,&#13;
premier évêque de Québec, Livre VI).&#13;
En général, ces avantages étaient reconnus et Mgr de Saint-Vallier lui-même en&#13;
avait été convaincu, à tel point que, à peine arrivé à Québec comme vicaire général&#13;
en 1685, il s’était uni au Séminaire et avait fait la renonciation de ses biens en&#13;
faveur de la communauté. Cependant, malgré les nombreux avantages de ce&#13;
système, il pouvait mener à des controverses plus ou moins justifiées en certaines&#13;
circonstances. L’abbé Gosselin écrit à ce propos (Le vénérable François de&#13;
Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923,&#13;
p. 176) : « L’état des choses créé par Mgr de Laval supposait à la tête du clergé un&#13;
évêque de sa trempe et de son caractère, jouissant d’un ascendant incontestable&#13;
sur les prêtres de son Séminaire et disposé d’ailleurs à s’entendre toujours&#13;
parfaitement avec eux. » Mais sous un autre évêque, un qui ne se percevrait pas&#13;
comme le « père » du Séminaire, comme c’était le cas du Serviteur de Dieu, et qui&#13;
n’aurait pas le même ascendant que son prédécesseur sur les membres, les choses&#13;
pouvaient se dérouler autrement ; et ce fut le cas sous la gouverne de Mgr de SaintVallier.&#13;
2° Début des difficultés à l’été et à l’automne 1688&#13;
Mgr de Saint-Vallier débarqua à Québec le 31 juillet 1688. Il se montra d’abord&#13;
bienveillant envers le Séminaire. Il y habita même pendant quelques mois, comme&#13;
le fit le Serviteur de Dieu. Mais puisque le nouvel évêque avait une idée plutôt&#13;
extrême de son autorité, qu’il croyait sans équivoque et inaliénable, il ne tarda pas&#13;
à percevoir le Séminaire comme un obstacle plus ou moins direct à l’exercice de&#13;
ses pouvoirs épiscopaux, et il ne laissa passer aucune occasion de faire sentir aux&#13;
prêtres du Séminaire tout le poids de son autorité.&#13;
Lors de son arrivée, Mgr de Saint-Vallier avait apporté avec lui quelques lettres&#13;
adressées au Serviteur de Dieu et aux prêtres du Séminaire. Comme le souligne le&#13;
Serviteur de Dieu lui-même (no 1), Mgr de Saint-Vallier leur remit ces lettres&#13;
ouvertes et croyait que l’évêque les avait ouvertes lui-même. Cette supposition&#13;
n’était pas sans fondement, puisque Mgr de Saint-Vallier avait pour principe qu’un&#13;
évêque devait être au courant de tout dans son diocèse, y compris les confidences&#13;
personnelles de ses prêtres 430, et qu’il avait ouvert des lettres adressées à des&#13;
membres de son clergé en d’autres occasions (no 11).&#13;
Peu de temps après, les prêtres apprirent que l’évêque avait l’idée de renvoyer en&#13;
France l’abbé des Maizerets, supérieur de la communauté du Séminaire de&#13;
Québec, et d’éloigner le Serviteur de Dieu du Séminaire en lui proposant de se&#13;
retirer à l’École des arts et métiers* de Saint-Joachim, à une cinquantaine de&#13;
kilomètres de Québec.&#13;
&#13;
À ce sujet, ce que souligne l’abbé de Glandelet dans son mémoire de 1690, conservé au Musée&#13;
de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Chapitre, no 131, est intéressant : « C’est&#13;
une maxime de Monseigneur qu’un ecclésiastique ne doit avoir rien de caché pour son évêque et&#13;
qu’il lui doit ouvrir les plus secrets replis de sa conscience, sans rien réserver de ce qu’il fait&#13;
connaître à son directeur. » (no 7)&#13;
430&#13;
&#13;
- 720 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
&#13;
Tout cela était déjà suffisant pour alarmer les prêtres du Séminaire. La situation&#13;
parvint à son comble lorsque Mgr de Saint-Vallier s’en prit à leur point&#13;
névralgique, c’est-à-dire lorsque l’on comprit clairement qu’il entendait prendre&#13;
la pleine direction du Séminaire et lui soustraire l’autonomie interne et&#13;
l’organisation de la communauté de prêtres dont l’avait doté le Serviteur de Dieu.&#13;
Il n’y avait aucun doute que Mgr de Saint-Vallier visait ce but. Ses diverses actions&#13;
posées envers le Séminaire durant l’automne 1688 en sont la preuve : il refusa de&#13;
reconnaître l’élection des officiels de la communauté, selon l’arbitrage de 1687,&#13;
sous prétexte qu’il n’y avait pas donné son consentement explicite, puisqu’il&#13;
n’était que le vicaire général de Mgr de Laval lorsqu’il avait approuvé cette&#13;
élection. Il nia au Séminaire le droit de changer le règlement interne de la maison&#13;
sans son consentement, droit jusque-là en usage. Il enleva le bénéfice à certains&#13;
curés unis au Séminaire, affirmant que toutes les paroisses créées par son&#13;
prédécesseur étaient invalides. Il chercha à renvoyer du Petit Séminaire quelques&#13;
élèves maintenus aux frais du Serviteur de Dieu, refusant à ce dernier le droit de&#13;
faire des fondations charitables dans le diocèse sans son consentement explicite.&#13;
Il voulut désigner lui-même les bénéficiaires d’une autre institution du Serviteur&#13;
de Dieu en faveur du Petit Séminaire, bien que ce droit fût strictement réservé au&#13;
Séminaire selon l’acte de fondation. En ce qui concerne l’administration des biens&#13;
temporels du Séminaire, Mgr de Saint-Vallier soutint qu’ils appartenaient à&#13;
l’ordinaire et qu’il pouvait en disposer selon sa volonté ; et de fait, il demanda un&#13;
compte-rendu détaillé de l’état des finances du Séminaire, non seulement pour les&#13;
biens de la communauté, mais encore pour les biens privés des membres. Enfin,&#13;
il déclara aussi se réserver la distribution des gratifications royales faites&#13;
annuellement au Séminaire (sur ces points, voir nos 2 et 7).&#13;
Une nouvelle difficulté naquit à la même époque au sujet des gratifications&#13;
royales, qui allait exercer une influence décisive sur l’attitude du nouvel évêque&#13;
envers le Séminaire. Voici comment survint l’affaire. Les curés du Canada&#13;
jouissaient annuellement d’une gratification royale qui, jusque-là, avait été&#13;
distribuée par le Séminaire selon les besoins de chaque cure. Désormais,&#13;
Mgr de Saint-Vallier se réserva cette distribution et sembla procéder d’une&#13;
manière un peu arbitraire. Les curés s’en plaignirent, mais il n’en tint pas compte.&#13;
Les directeurs du Séminaire, qui étaient directement concernés par la répartition&#13;
des gratifications, puisqu’elle affectait des prêtres unis à la communauté,&#13;
conseillèrent aux curés de provoquer une intervention bienveillante du gouverneur&#13;
(il s’agissait d’une pension royale) pour obtenir une solution pacifique à la&#13;
question. Cette prise de position des directeurs en faveur des curés fournit à&#13;
l’évêque le prétexte d’accuser le Séminaire d’être l’instigateur d’une indignation&#13;
du clergé contre lui.&#13;
Nous croyons que c’est à ce moment que Mgr de Saint-Vallier prit la résolution de&#13;
rompre le lien qui unissait les curés au Séminaire : en effet, c’est vers la même&#13;
époque que Mgr de Saint-Vallier quitta le Séminaire, où il avait vécu jusque-là,&#13;
pour s’installer dans une maison privée (le palais épiscopal n’ayant pas encore été&#13;
construit) et qu’il annula l’acte de renonciation à ses biens qu’il avait signé avec&#13;
tant d’enthousiasme quelques années auparavant.&#13;
Les directeurs du Séminaire tentèrent de démontrer à Mgr de Saint-Vallier la&#13;
légitimité de leur décision dans cette affaire. Ils protestèrent énergiquement contre&#13;
les mesures prises par l’évêque, celles-ci étant en contradiction plus ou moins&#13;
directe avec le règlement du Séminaire, qui avait été légitimement approuvé par&#13;
le Serviteur de Dieu en sa qualité d’évêque de Québec.&#13;
&#13;
- 721 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
&#13;
3° Compromis suggéré par le gouverneur de Denonville et le P. Dablon en&#13;
novembre 1688&#13;
Au mois de novembre, les relations entre Mgr de Saint-Vallier et le Séminaire&#13;
devinrent si tendues que le gouverneur de Denonville et le P. Dablon, supérieur&#13;
des Jésuites de Québec, qui avaient été mis au courant des faits, s’offrirent comme&#13;
médiateurs pour trouver une solution à l’amiable. Ils provoquèrent une réunion&#13;
entre l’évêque, les directeurs du Séminaire et eux-mêmes, le 12 novembre&#13;
1688 431, chez Mgr de Saint-Vallier. Un accord fut stipulé et devait être soumis à&#13;
l’arbitrage de quelques fiduciaires de Paris choisis par l’évêque ; l’avis de ces&#13;
derniers devait être définitif.&#13;
On envoya donc le texte de cet accord à Paris, avec quelques notes explicatives&#13;
de l’évêque et du Séminaire. Malheureusement, celles de l’évêque ne nous sont&#13;
pas parvenues. Nous avons cependant un mémoire du Séminaire, dans lequel les&#13;
revendications de l’évêque sont indiquées, en plus des observations du Séminaire.&#13;
Nous croyons donc utile de le reproduire (no 2).&#13;
4° Attitude du Serviteur de Dieu en 1688&#13;
Tentons maintenant d’établir l’attitude du Serviteur de Dieu face à ces&#13;
contentieux, de l’arrivée de Mgr de Saint-Vallier en juillet à la réunion du&#13;
12 novembre 1688 et à l’envoi en France de l’accord.&#13;
Il est difficile de la déterminer exactement, puisque les documents de l’époque&#13;
nous donnent peu de détails sur la question. Nous savons que dans les premiers&#13;
temps, le Serviteur de Dieu connaissait les affaires du Séminaire, car un rapport&#13;
de 1690 attribué à l’abbé de Glandelet (no 7) nous informe qu’il avait assisté aux&#13;
premières réunions entre les directeurs et Mgr de Saint-Vallier. Ce rapport dit&#13;
expressément que le Serviteur de Dieu eut une attitude calme et respectueuse à&#13;
l’égard de Mgr de Saint-Vallier dans ces réunions, malgré le caractère vif de&#13;
l’évêque de Québec :&#13;
Depuis qu’il [Mgr de Saint-Vallier] est revenu de France, lorsqu’on s’est&#13;
assemblé avec lui, on a eu tout lieu d’en être mécontent, n’ayant vu les&#13;
affaires se terminer qu’à des emportements, des aigreurs et des reproches,&#13;
où il s’est laissé aller, quoique Mgr l’Ancien et les officiers lui parlassent&#13;
avec beaucoup de respect.&#13;
Par la suite, le Serviteur de Dieu se tint à l’écart et s’abstint de tout acte que son&#13;
successeur pouvait interpréter comme une intrusion dans ses affaires. « Pour&#13;
prévenir toute jalousie, dit un rapport de 1696, il se retira à l’écart pour ne se mêler&#13;
de rien que de mener une vie sainte et privée et s’abstint même de se trouver au&#13;
réfectoire et aux récréations du Séminaire et de faire aucune fonction en public. »&#13;
(LI-VI-11) Le Serviteur de Dieu semble avoir opté pour cette prudente position&#13;
de retrait et de réserve au moment où les différends devinrent les plus aigus et où&#13;
Mgr de Saint-Vallier fit connaître son projet de l’éloigner de Québec. Mgr de Laval,&#13;
tout en s’occupant de l’administration économique de la communauté (no 1),&#13;
chercha à s’éclipser. On peut toutefois être certain que, tout en restant à l’écart, il&#13;
s’intéressât prudemment au sort de son cher Séminaire. On peut aussi supposer&#13;
&#13;
431&#13;
NDLR : L’abbé de Glandelet en écrit un rapport, conservé au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Chapitre, no 30.&#13;
&#13;
- 722 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
&#13;
que, malgré le manque de nouvelles directes, il ait prodigué ses conseils aux&#13;
directeurs dans divers points de la controverse.&#13;
Quels furent les sentiments du Serviteur de Dieu envers Mgr de Saint-Vallier ?&#13;
Dans une lettre confidentielle qu’il écrivit à l’abbé de Brisacier, supérieur du&#13;
Séminaire des Missions étrangères de Paris (no 1), quoiqu’il ne traitât pas&#13;
directement des difficultés, il utilisa des expressions et fit des allusions laissant&#13;
transparaître un fond de méfiance envers son successeur. Il n’y a cependant pas&#13;
de ressentiment personnel. C’est un fait d’autant plus éloquent qu’il s’agit d’une&#13;
lettre, comme nous l’avons dit, confidentielle et très secrète.&#13;
5° Nouvelles difficultés, 1688-1689&#13;
Il faut malheureusement noter que Mgr de Saint-Vallier, en attendant la réponse&#13;
de Paris au sujet de l’accord, continua à agir comme avant, refusant de nouveau&#13;
aux curés leur rente congrue, imposant au Séminaire de nouvelles charges&#13;
financières et retenant, malgré les protestations orales et écrites des directeurs&#13;
(10 février 1689 et 8 avril 1689 432), la somme de 4 000 livres tournois donnée&#13;
annuellement par le roi au Séminaire pour son maintien et celui des curés de&#13;
Québec.&#13;
6° Le Règlement 433 stipulé par les arbitres, 1689&#13;
Au printemps 1689, la réponse des arbitres de Paris arriva à Québec. Le texte&#13;
original de ce document ne nous est pas parvenu ; nous le connaissons par le&#13;
rapport de 1690 attribué à l’abbé de Glandelet (no 7). L’accord fut plutôt favorable&#13;
au Séminaire. Les postulats de l’évêque au sujet de l’administration du Séminaire&#13;
furent déclarés injustifiés sur plusieurs points. Les arbitres établirent que le&#13;
Séminaire devait s’administrer lui-même, soit pour la partie spirituelle, soit pour&#13;
la partie temporelle, avec la seule obligation de fournir annuellement à l’évêque&#13;
un compte-rendu des états financiers de la communauté. Ils se montrèrent aussi&#13;
favorables à l’affiliation des curés au Séminaire, concédant à ce dernier le droit&#13;
de s’unir pour les curés qui le désireraient et exhortant l’évêque à favoriser une&#13;
telle union :&#13;
Il est du bien temporel et spirituel des curés, dit le Règlement, qu’ils&#13;
demeurent autant unis au Séminaire qu’ils l’ont jamais été. Ainsi, quoique&#13;
Mgr l’évêque ne doive pas les y contraindre, il doit les y exhorter autant&#13;
qu’il pourra et laisser le Séminaire chargé du soin de leur distribuer leurs&#13;
pensions et de leur fournir leurs besoins. (no 7)&#13;
Les projets de Mgr de Saint-Vallier d’éloigner le Serviteur de Dieu de Québec et&#13;
de rappeler en France l’abbé des Maizerets furent aussi considérés comme&#13;
injustifiés et inopportuns par les arbitres.&#13;
Le Séminaire fut particulièrement satisfait de cette réponse et le Serviteur de Dieu&#13;
s’en fit le porte-parole pour remercier un des arbitres, le duc de Beauvilliers, à qui&#13;
il écrivit personnellement une lettre à l’automne 1689 (no 3). Dans cette lettre, il&#13;
fit allusion à de nouvelles difficultés entre le Séminaire et l’évêque.&#13;
Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Chapitre, nos 27 et 28.&#13;
Afin de distinguer les constitutions ou statuts, les règles de vie et les sentences arbitrages, nous&#13;
avons nommé ces « Règlements » rédigés par Champvallon et La Chaize les « Articles de 1689 »&#13;
et les « Articles de 1692 ».&#13;
432&#13;
433&#13;
&#13;
- 723 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
&#13;
En effet, Mgr de Saint-Vallier avait reçu les décisions des arbitres avec un&#13;
enthousiasme mitigé. Bien qu’il n’osât pas les refuser, il chercha à en diminuer&#13;
l’importance en soulevant les limites juridiques de l’accord. Il dit « que c’était&#13;
jusqu’à nouvelles lumières, qu’après tout ce n’était que par condescendance et&#13;
non sur le droit que ces décisions avaient été faites » (no 7).&#13;
7° Autres difficultés, 1689-1690&#13;
Une telle prise de position par Mgr de Saint-Vallier devait inévitablement&#13;
occasionner de nouvelles difficultés et prises de bec entre le Séminaire et lui ; et&#13;
il y en eu, comme le mentionne le Serviteur de Dieu dans sa lettre au duc de&#13;
Beauvilliers.&#13;
Ces nouveaux contentieux étaient dus au fait que Mgr de Saint-Vallier, malgré les&#13;
Articles de 1689 des arbitres sur ses relations avec le Séminaire, qui devait être&#13;
définitif, ne voulut rien céder : il revint sur la question du retour en France de&#13;
l’abbé des Maizerets et pensa même le destituer et nommer lui-même un autre&#13;
supérieur, sans entente avec le Séminaire des Missions étrangères de Paris,&#13;
comme le voulait l’accord ; il revint aussi à la charge sur l’idée d’éloigner le&#13;
Serviteur de Dieu de Québec ; et à l’automne 1689, malgré les protestations des&#13;
directeurs et la délicate intervention du gouverneur de Denonville et du P. Dablon,&#13;
supérieur des Jésuites de Québec, il refusa de remettre au Séminaire la&#13;
gratification annuelle de 4 000 livres tournois en son entier. Il semble qu’il&#13;
justifiât cette dernière mesure en mettant en doute le droit du Séminaire à recevoir&#13;
intégralement cette somme, puisqu’il devait, selon lui, appliquer une partie de&#13;
celle-ci à la construction des églises.&#13;
À la demande des directeurs du Séminaire, Mgr de Laval rédigea une déclaration&#13;
juridique pour décrire l’origine de cette gratification royale et pour expliquer ses&#13;
raisons, à titre d’évêque de Québec, de l’avoir toujours attribuée intégralement au&#13;
maintien du Séminaire et du curé de Québec (no 4).&#13;
Vers la même époque, quelques incidents contribuèrent à empirer la situation&#13;
entre Mgr de Saint-Vallier et certains prêtres du Séminaire, qui allèrent chercher&#13;
protection chez leurs supérieurs ; ceci fournit l’occasion à Mgr de Saint-Vallier de&#13;
considérer le Séminaire comme un milieu réfractaire à sa complète autorité (no 7).&#13;
8° Décision de Mgr de Saint-Vallier de se rendre en France, 1690-1691&#13;
Les relations entre l’évêque et le Séminaire devinrent si tendues qu’à&#13;
l’automne 1690, Mgr de Saint-Vallier décida de se rendre à Paris pour informer la&#13;
Cour de la situation et demander une solution juridique définitive aux querelles.&#13;
Son but principal, selon sa propre admission, était d’obtenir du roi la suppression&#13;
complète de l’union des curés et de la communauté du Séminaire, comme le&#13;
souligne un mémoire des directeurs du Séminaire de 1691 (no 12) : « Aussi a-t-il&#13;
déclaré qu’il voulait absolument faire rompre cette union et que c’était une des&#13;
plus fortes raisons qui le faisaient passer en France. » (Sur les prétextes et les&#13;
raisons qui, selon des prêtres du Séminaire de Québec, poussèrent Mgr de SaintVallier à chercher l’abolition de l’union des curés et du Séminaire de Québec, voir&#13;
LI-VI-11.)&#13;
Son départ pour Paris, prévu pour l’automne 1690, fut repoussé au printemps&#13;
suivant à cause de l’extraordinaire rigueur de l’hiver. En mars 1691, Mgr de SaintVallier envoya au Séminaire une lettre à caractère juridique (no 8), dans laquelle&#13;
les directeurs du Séminaire étaient officiellement avisés de son départ et étaient&#13;
priés d’envoyer à Paris un délégué pour les représenter auprès de la Cour.&#13;
- 724 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
&#13;
Avant de répondre à une si grave semonce, l’abbé des Maizerets, au nom des&#13;
directeurs du Séminaire, crut nécessaire d’écrire au Serviteur de Dieu, qui se&#13;
trouvait alors depuis un mois à Saint-Joachim, à l’École des arts et métiers qu’il&#13;
avait fondée, pour le mettre au courant de l’affaire et demander son avis (no 9).&#13;
Nous n’avons pas retrouvé la lettre du Serviteur de Dieu, mais on peut être sûr&#13;
qu’elle exerça une influence décisive sur la réponse très prudente qu’envoya le&#13;
Séminaire à Mgr de Saint-Vallier. Ce document est aussi manquant, mais nous en&#13;
connaissons le contenu par un mémoire de l’époque (no 12) :&#13;
Le Séminaire de Québec a cru devoir se contenter de répondre à l’acte de&#13;
Mgr de Québec par un écrit sous seing privé pour éviter tout ce qui peut&#13;
avoir l’air d’un procès en forme et le scandale qui en arriverait, qui n’est&#13;
déjà que trop grand par la connaissance que mondit seigneur a donnée au&#13;
public de la division qu’il prétend être entre lui et le Séminaire. C’est pour&#13;
ces mêmes raisons que, suivant l’avis reçu par les lettres de France l’année&#13;
passée, le Séminaire n’a pas jugé devoir députer aucun sujet de son corps&#13;
pour faire le voyage de France avec Mgr de Québec.&#13;
Le Séminaire n’estima donc pas opportun d’envoyer un représentant en France. Il&#13;
confia toutefois la charge de l’affaire en France à l’abbé de Brisacier et lui envoya&#13;
quelques rapports comme compléments aux informations contenues dans celui&#13;
envoyé l’année précédente par l’abbé de Glandelet (no 7).&#13;
Nous conservons nombre de ces rapports du Séminaire, mais la documentation&#13;
correspondante par Mgr de Saint-Vallier nous manque. Nous reproduisons donc&#13;
plusieurs extraits des documents susmentionnés et y ajouterons des notes au sujet&#13;
des points forts de la controverse, surtout lorsqu’il est fait allusion à l’attitude du&#13;
Serviteur de Dieu (nos 12 et 13).&#13;
9° Point de vue et attitude du Serviteur de Dieu entre 1688 et 1691&#13;
Nous avons révélé, au point 4, la réserve du Serviteur de Dieu au début de la&#13;
controverse en 1688. Voyons maintenant quelle fut son attitude pendant la&#13;
seconde phase, durant laquelle le contentieux fut bien plus aigu.&#13;
Notons d’abord que, une fois de plus, Mgr de Laval ne prit aucune part directe ou&#13;
officielle dans le différend. Au contraire, il chercha à demeurer dans l’ombre et,&#13;
à cette fin, il se retira de Québec et se rendit de sa propre initiative à l’École des&#13;
arts et métiers :&#13;
Je vous écris celle-ci, écrivait le Serviteur de Dieu de Saint-Joachim à&#13;
l’abbé de Brisacier, le 17 avril 1691, de ce lieu où je me suis retiré pour&#13;
avoir un peu de solitude et pour me consoler avec Notre-Seigneur de l’état&#13;
où je vois cette pauvre Église, qui est affligeant […] Quoique je fasse tout&#13;
mon possible, me retirant de temps en temps pour diminuer l’ombrage et&#13;
la peine que je fais à N.*, je ne puis guérir son mal […]. (nos 10 et 11)&#13;
À la lecture de ces mots, on ressent la grande peine du Serviteur de Dieu. Quels&#13;
furent son opinion de la situation et ses sentiments personnels envers Mgr de SaintVallier ? On peut le déterminer à travers trois lettres confidentielles qu’il écrivit&#13;
entre 1690 et 1691.&#13;
La 1re lettre (no 6) fut écrite de Québec à l’ancien gouverneur de Denonville le&#13;
20 novembre 1690, alors Mgr de Saint-Vallier se préparait à partir pour la France.&#13;
M. de Denonville avait toujours manifesté un grand attachement envers le&#13;
Séminaire de Québec et une fois retourné en France, il tenta, autant qu’il le put,&#13;
- 725 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
&#13;
d’en démontrer l’importance pour le Canada et d’en soutenir les droits à la Cour.&#13;
Mgr de Laval, dans cette lettre écrite en toute simplicité, confia à son vieil ami sa&#13;
profonde douleur de voir la destruction progressive de son œuvre, mais il écrivit&#13;
tout aussi clairement que les prêtres du Séminaire et lui-même acceptaient la&#13;
décision du roi avec une parfaite résignation, patience et confiance en la divine&#13;
Providence. Le Serviteur de Dieu nota ensuite, peut-être à titre de consolation,&#13;
que malgré l’opposition de Mgr de Saint-Vallier à l’affiliation des curés au&#13;
Séminaire, cet esprit d’union, plutôt que de diminuer, se faisait encore plus fort :&#13;
Plus il semble, écrit-il, que l’on apporte d’opposition à l’union que vous&#13;
connaissez être si utile et si absolument nécessaire pour le bien de cette&#13;
Église et du salut des âmes, plus il paraît que la grâce de cette union prend&#13;
un nouvel accroissement et se fortifie de plus en plus dans le cœur de tous&#13;
les ecclésiastiques, qui en reconnaissent les avantages et la nécessité.&#13;
Le Serviteur de Dieu souligna, dans la même lettre, les efforts constants de&#13;
Mgr de Saint-Vallier pour diminuer l’influence du Séminaire et que l’évêque&#13;
partait sous peu pour la France. Il laissa aussi entrevoir le projet, nourri par&#13;
quelques amis de Mgr de Saint-Vallier, de l’inciter à donner sa démission. Tout&#13;
est dit laconiquement, presque à titre de chronique, le tout sans rancœur, même&#13;
dans les passages où un peu d’amertume aurait été tout à fait compréhensible,&#13;
comme lorsqu’il affirme que Mgr de Saint-Vallier avait dit vouloir réduire le&#13;
Séminaire à la famine.&#13;
Les 2e et 3e lettres (nos 10 et 11), écrites les 16 et 17 avril 1691 à l’ancien&#13;
gouverneur de Denonville et à l’abbé de Brisacier, ont un ton plus vif que la&#13;
première. Le Serviteur de Dieu manifesta alors ouvertement sa désapprobation&#13;
par rapport à l’attitude de Mgr de Saint-Vallier envers le Séminaire et ne cacha pas&#13;
sa grande préoccupation pour l’Église de Québec si cet évêque en demeurait&#13;
responsable. Ce changement se justifie facilement.&#13;
Durant l’hiver 1691, Mgr de Laval fut si peiné de voir la situation créée pour le&#13;
Séminaire par son successeur et d’apprendre que ce dernier nourrissait des&#13;
soupçons envers lui qu’il décida de lui-même de s’éloigner de Québec et de se&#13;
retirer à Saint-Joachim. En effet, il n’eut plus d’illusion quant aux intentions de&#13;
Mgr de Saint-Vallier envers le Séminaire lorsque ce dernier déclara ouvertement&#13;
son désir d’obtenir de la Cour royale la suppression de l’union des curés à la&#13;
communauté du Séminaire, et qu’il entendait même abolir la communauté de&#13;
prêtres. De plus, devant quelques faits, Mgr de Saint-Vallier manifeste son&#13;
opposition contre son prédécesseur. Citons un premier exemple, lorsqu’un jeune&#13;
prêtre du Séminaire, M. Francheville, se plaignit de son évêque dans une lettre&#13;
qu’il avait d’abord envoyée au Serviteur de Dieu, afin que ce dernier juge s’il était&#13;
opportun ou non de l’expédier. Le Serviteur de Dieu retint la lettre, lui répondant&#13;
qu’il ne devait pas écrire à son évêque sur un ton si irrité. Quiconque en cette&#13;
circonstance aurait loué la prudence de Mgr de Laval, mais lorsque l’affaire parvint&#13;
aux oreilles de Mgr de Saint-Vallier, il n’eut aucune parole de louange ; au&#13;
contraire, il souligna le grave manquement du Serviteur de Dieu à lui remettre&#13;
cette lettre (no 11). Dans une autre occasion, Mgr de Saint-Vallier ouvrit une lettre&#13;
qu’il trouva peu agréable et en déduit immédiatement que le Serviteur de Dieu&#13;
devait avoir soit influencé, soit écrit la lettre (ce qui ne fut pas le cas), et ce,&#13;
simplement parce que celle-ci fut rédigée par un curé uni au Séminaire à un autre&#13;
prêtre du Séminaire, alors que ce curé se trouvait à Saint-Joachim, où était&#13;
Mgr de Laval (no 11). Mais ce qui a dû affliger le plus le Serviteur de Dieu, c’est&#13;
que cette controverse, qui fut d’abord plutôt secrète, devint une affaire publique&#13;
lorsque Mgr de Saint-Vallier l’amena à la Cour de France (no 12).&#13;
&#13;
- 726 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
&#13;
En tenant compte de la situation qui se détériorait, nous croyons que le ton plus&#13;
vif du Serviteur de Dieu et ses expressions un peu fortes à l’égard de Mgr de SaintVallier sont justifiés.&#13;
Nous pouvons nous demander s’il était prudent pour le Serviteur de Dieu de&#13;
manifester si ouvertement son point de vue sur le contentieux et sur son successeur&#13;
à des personnes éloignées de Québec. Rappelons d’abord que M. de Denonville&#13;
et l’abbé de Brisacier étaient des personnes prudentes et très proches du Serviteur&#13;
de Dieu, avec lesquels tout se passait dans la plus stricte discrétion. Notons ensuite&#13;
que les deux avaient déjà été informés de la situation et qu’ils s’étaient occupés&#13;
des affaires du Séminaire, pour M. de Denonville par intérêt bienveillant, et pour&#13;
l’abbé de Brisacier, par devoir d’office à titre de supérieur du Séminaire des&#13;
Missions étrangères. Ce dernier avait d’ailleurs été chargé de représenter le&#13;
Séminaire de Québec auprès de la Cour, alors que Mgr de Saint-Vallier allait en&#13;
traiter personnellement. On comprend donc pourquoi ces deux personnes devaient&#13;
être informées avec précision de toute l’affaire. Indiquons enfin que, dans la lettre&#13;
adressée seulement à M. de Denonville, le ton est plus réservé, justement parce&#13;
qu’il s’agit d’un laïc, tandis qu’avec l’abbé de Brisacier, la phrase est plus ouverte&#13;
et plus libre, puisqu’il s’agit d’un membre de la même affiliation et du supérieur&#13;
du Séminaire de Québec, puisque celui de Québec était lié et dépendant de celui&#13;
de Paris. Le Serviteur de Dieu pouvait donc lui parler en toute franchise et en toute&#13;
confiance.&#13;
10° Voyage de Mgr de Saint-Vallier en France, 1691-1692&#13;
Mgr de Saint-Vallier partit de Québec le 13 mai 1691. À peine arrivé à Paris, il&#13;
présenta ses plaintes contre le Séminaire à la Cour. Le P. de La Chaize, confesseur&#13;
du roi, et l’archevêque de Paris, Mgr François III de Harlay de Champvallon&#13;
(l’ancien archevêque de Rouen, avec qui le Serviteur de Dieu, au début de son&#13;
gouvernement, avait eu tant de difficultés au sujet de la juridiction épiscopale en&#13;
Nouvelle-France), furent chargés par le souverain d’étudier la question. Le&#13;
11 janvier 1692, après plusieurs réunions avec Mgr de Saint-Vallier et les&#13;
directeurs du Séminaire de Paris, ils présentèrent au roi leur avis sous forme des&#13;
Articles de 1692, qui devait être la norme définitive pour les relations entre&#13;
l’évêque et le Séminaire. Cette convention reçut immédiatement l’approbation du&#13;
roi et fut signée par les deux parties, à savoir par Mgr de Saint-Vallier et par l’abbé&#13;
de Brisacier, au nom du Séminaire de Québec. (Sur ce voyage de Mgr de SaintVallier en France, voir Doc. LI-VI-11.)&#13;
11° Articles définitifs de 1692&#13;
Par ces Articles 434, l’organisation du Séminaire de Québec telle que l’avait conçue&#13;
et réalisée le Serviteur de Dieu, à savoir celle d’une communauté diocésaine à&#13;
laquelle pouvaient appartenir tous les prêtres séculiers du diocèse, fut&#13;
substantiellement changée. La communauté elle-même, à laquelle les prêtres&#13;
pouvaient encore s’agréger, n’était pas supprimée ; toutefois, l’union au&#13;
Séminaire fut abolie pour les curés et les prêtres agrégés à la communauté ne&#13;
purent plus, sauf exception, exercer le ministère paroissial. Cette grande famille&#13;
diocésaine de prêtres aux liens semblables à ceux d’une corporation régulière, à&#13;
laquelle tenait tant le Serviteur de Dieu, fut de fait supprimée. Le travail principal&#13;
du Séminaire devait désormais se réduire à l’éducation de la jeunesse, tout en&#13;
conservant, à titre de Séminaire des Missions étrangères, le droit d’envoyer des&#13;
Une copie de la main du Serviteur de Dieu se trouve au Musée de la civilisation de Québec, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Chapitre, no 1a.&#13;
434&#13;
&#13;
- 727 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-IV&#13;
&#13;
missionnaires dans les missions éloignées du Canada, sous la direction de&#13;
l’évêque.&#13;
12° L’acceptation du Serviteur de Dieu des Articles de 1692&#13;
Nous ne désirons pas ici entrer dans la question à savoir si les changements désirés&#13;
par Mgr de Saint-Vallier étaient véritablement opportuns ou nécessaires. Nous&#13;
dirons simplement que les Articles, obtenus après tant de controverse, marquaient&#13;
un triomphe pour l’évêque 435 et on ne peut le nier, un échec pour le Serviteur de&#13;
Dieu. Connaissant le tempérament de Mgr de Laval et sachant tout ce qu’il avait&#13;
fait pour le Séminaire, nous sommes certains que cette solution a dû le blesser&#13;
profondément. C’est pourquoi il est très intéressant, pour l’étude de ses vertus, de&#13;
découvrir avec quelle attitude il l’a reçue.&#13;
Les documents à ce sujet ne sont pas nombreux ; heureusement, nous en avons&#13;
suffisamment pour pouvoir affirmer que le Serviteur de Dieu reçut cette blessure&#13;
avec une pleine soumission et résignation. Sa lettre à son ami Boudon en 1690&#13;
(Doc. XXXVII-5) en fait foi. Cette attitude est aussi confirmée dans la lettre de&#13;
l’abbé de Brisacier au Serviteur de Dieu (no 14) : conscient de la vertu de&#13;
Mgr de Laval et de son ascendant sur les prêtres du Séminaire, il le pria de préparer&#13;
les prêtres à accepter les nouvelles dispositions avec pleine confiance en la&#13;
Providence. Mgr l’Ancien ne déçût pas son vieil ami : les prêtres se soumirent&#13;
pleinement. Le Serviteur de Dieu répondit à l’abbé de Brisacier à l’automne&#13;
suivant, alors que Mgr de Saint-Vallier était de retour à Québec depuis quelques&#13;
mois :&#13;
Je puis vous assurer que de ma part et de celle du Séminaire, l’on a&#13;
ponctuellement observé tous les bons et sages conseils que vous nous avez&#13;
donnés. Aussi ne paraît-il pas que N. s’en plaint. Il dit au contraire&#13;
beaucoup de bien du Séminaire et en témoigne à tous ceux qu’il croit qu’ils&#13;
nous le rapporteront. (Doc. LI-V-1)&#13;
&#13;
Il semble que Mgr de Saint-Vallier ait eu des regrets à la suite de ses disputes avec le Séminaire&#13;
et que, peu à peu, ses préventions contre la fameuse union des curés avec le Séminaire se soient&#13;
estompées. Il l’affirmait lui-même en 1703 à l’abbé Tremblay, procureur à Paris du Séminaire de&#13;
Québec. Il manifesta même à l’abbé Tremblay son désir que le Séminaire accepte la direction de&#13;
certaines paroisses et que tous les prêtres du diocèse s’agrègent à la communauté. Il ajouta qu’il&#13;
voulait lui-même s’unir de nouveau au Séminaire et y prendre le poste du Serviteur de Dieu lorsque&#13;
celui-ci serait décédé. (Cf. Gosselin, Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du&#13;
Canada, 1622-1708, Québec, 1890, p. 511-512.)&#13;
435&#13;
&#13;
- 728 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-1&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-1. Lettre de Laval à Brisacier (novembre 1688)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-1&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à l’abbé de Brisacier, novembre 1688, d’après&#13;
l’original signé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 90&#13;
Dans cette lettre au supérieur du Séminaire des Missions étrangères de Paris, le&#13;
Serviteur de Dieu traite presque exclusivement de questions d’ordre économique&#13;
concernant le Séminaire de Québec ; ce qui n’est pas étonnant, puisque depuis son&#13;
retour au Canada en 1688, il avait été chargé de surveiller l’administration&#13;
économique de la communauté et devait mettre au courant le supérieur du&#13;
Séminaire de Paris, qui faisait alors office de procureur du Séminaire de Québec.&#13;
Bien que cette lettre semble, à première vue, d’importance secondaire, elle&#13;
présente quelques points dignes de mention. Parmi ceux-ci, une chose particulière&#13;
mérite d’être signalée : il s’agit d’un prêt fictif fait par le Séminaire de Paris à&#13;
celui de Québec et imaginé par le Serviteur de Dieu.&#13;
La chose se déroula comme suit. Comme nous l’avons déjà vu, la situation&#13;
économique du Séminaire de Québec était bien mauvaise à la suite de plusieurs&#13;
dépenses imposées par Mgr de Saint-Vallier durant les années 1686 et 1687. Il&#13;
avait contracté des dettes considérables. Le Serviteur de Dieu, alors en France,&#13;
avait été mis au courant de la situation et en était resté profondément affligé. Il&#13;
décida donc de venir en aide à la communauté en engageant une grosse somme,&#13;
tirée de ses économies personnelles, en paiement de ces dettes. Mais cela pouvait&#13;
entraîner un danger, soit qu’une fois l’équilibre des finances du Séminaire rétabli,&#13;
Mgr de Saint-Vallier oblige le Séminaire à faire de nouvelles dépenses.&#13;
Pour éviter cela, le Serviteur de Dieu fit un arrangement avec l’abbé de Brisacier&#13;
(il semblerait que ce fut à la suite de la proposition de ce dernier), afin de faire&#13;
paraître que c’était le Séminaire des Missions étrangères de Paris qui avait prêté&#13;
l’argent à celui de Québec. Quels furent les détails de cet arrangement ? Nous ne&#13;
le savons pas, puisque ce fut fait secrètement et qu’aucun document sur cette&#13;
affaire ne nous est parvenu, sauf la lettre que nous reproduisons ici. Mais il est&#13;
certain que les dettes du Séminaire furent payées avec les épargnes du Serviteur&#13;
de Dieu et que ce paiement ne fut connu à Québec que comme un prêt du&#13;
Séminaire des Missions étrangères de Paris. C’est à ce prêt que le Serviteur de&#13;
Dieu fait allusion dans sa lettre du 9 juin 1687 aux directeurs du Séminaire de&#13;
Québec (Doc. LI-II-7). Ce prêt de 8 000 livres tournois de 1687 s’éleva à&#13;
12 000 livres en 1688.&#13;
À Québec, on croyait donc devoir restituer au Séminaire de Paris la somme de&#13;
12 000 livres. Ce fait empêcha Mgr de Saint-Vallier d’insister pour faire de&#13;
nouvelles dépenses et les directeurs du Séminaire cherchèrent à épargner pour être&#13;
en mesure de remettre en deux ans la somme du prêt, comme il avait été établi.&#13;
Un versement annuel devait être fait au Séminaire de Paris et, par un long détour&#13;
dont parle longuement le Serviteur de Dieu dans la lettre reproduite ici, la somme&#13;
devait alors secrètement revenir de Paris au Serviteur de Dieu, qui, en tant&#13;
qu’administrateur des biens du Séminaire, la remit dans la caisse de la&#13;
communauté.&#13;
&#13;
- 729 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-1&#13;
&#13;
Vous devez, mon cher Monsieur, avoir reçu trois de mes lettres par les&#13;
vaisseaux qui sont partis. Voici les dernières qui nous vont quitter. Je vous&#13;
ai déjà mandé que j’aie reçu vos dernières lettres du 29 juin et [7] juillet par&#13;
M. de Québec, toutes ouvertes, aussi bien les vôtres que toutes celles que&#13;
vous me marquiez que je trouve[rais] dans le paquet que l’on m’écrivait&#13;
d’ailleurs. Je ne sais pas ce qu’il croit vous avait obligé de lui adresser ce&#13;
paquet. Je vous prie de ne le plus faire, parce que cela a un mauvais effet,&#13;
tirant des conséquences qui tendent toutes à des fins qu’il se propose. Vous&#13;
les pouvez adresser aux pères jésuites de Québec, qui nous les rendront&#13;
ponctuellement et avec soin. Il n’y a point de navires ni de marchands qui&#13;
ne leur rendent fidèlement. Vous n’aurez qu’à mettre simplement sur&#13;
l’enveloppe : « Au père supérieur des missions de la Compagnie de Jésus à&#13;
Québec ». J’écrirai même à M. de Lauson pour le prier de les recevoir et&#13;
prendre la peine de les faire tenir au supérieur de Québec et que vous lui&#13;
ferez rendre l’argent qu’il aura déboursé pour le port à La Rochelle, s’il&#13;
n’aime mieux que vous le fassiez donner pour lui au P. Vaultier.&#13;
M. de Québec ayant ouvert et lu mes lettres, il n’a pas été nécessaire que je&#13;
lui aie fait part de l’article duquel vous me mandez que vous avez oublié&#13;
de lui écrire. Si vous voulez m’adresser quelques lettres par sa voie, qu’il&#13;
n’y ait quoi que ce soit qui puisse tirer à conséquence ; ce qui est même&#13;
comme impossible à son égard.&#13;
Je vous ai déjà mandé qu’il n’est pas possible de soutenir ici un nombre&#13;
d’ecclésiastiques comme celui que le Séminaire a eu tout l’été sans&#13;
s’endetter sur le pays. Nous avons satisfait ici ce qui avait manqué à&#13;
La Rochelle pour achever les 5 000 livres qui étaient dues au marchand dont&#13;
vous m’écrivez dans votre lettre du 29 de juin, n’ayant pas eu suffisamment&#13;
de quoi le faire à La Rochelle, voulant acheter quelques étoffes pour assister&#13;
les pauvres ; nous avons suppléé ici à ce qui s’en manquait et avons achevé&#13;
de le satisfaire ; mais nous avons été obligés d’emprunter d’ailleurs. J’espère&#13;
néanmoins que tout au plus dans deux ou trois ans, nous ne devrons plus&#13;
rien dans le pays, non plus qu’en France, où nous étant acquittés par le&#13;
moyen que vous avez bien voulu m’obliger de trouver.&#13;
&#13;
- 730 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-1&#13;
&#13;
M. Guénet est le seul auquel nous devions. Comme je crois que vous lui&#13;
aurez, au mois de novembre où nous sommes ou à celui de décembre, fait&#13;
toucher la dernière année de 3 000 livres qui lui est due, nous ne lui&#13;
resterons plus redevables que de la somme de 1 200 ou 1 300 livres, que l’on&#13;
lui pourra payer l’an prochain 1689 au même temps où nous sommes. J’ai&#13;
fait en sorte que l’on n’envoie point de lecture à La Rochelle et que l’on&#13;
achètera tout ici sur les lieux, où j’aurai plus de facilité à faire retrancher&#13;
que lorsque l’on a les choses en essence, qui jusqu’à présent, comme vous&#13;
nous l’avez bien marqué, ne coûtent rien à prendre dans un magasin, au&#13;
lieu que l’on ne les prendra pas si facilement chez les marchands. Du moins,&#13;
je puis faire en sorte que l’on ne les prenne pas sans ordre.&#13;
J’ai voulu exprès, du moins jusqu’à ce que je voie le Séminaire libéré,&#13;
prendre soin moi-même de veiller sur tout le temporel et que le procureur&#13;
ne prenne rien chez les marchands qu’il ne nous l’ait dit auparavant. Il est&#13;
vrai que tout ça reviendra plus cher, mais l’on verra clair et l’on épargnera&#13;
bien au-delà de ce qu’il en coûtera davantage.&#13;
La croyance où l’on est, tant de la part de M. de Québec que du Séminaire,&#13;
que nous devons à votre Séminaire de Paris 12 000 francs à payer, fera&#13;
encore de très bons effets ; et sans cela, je ne sais comment j’aurais pu arrêter&#13;
le cours ordinaire de s’engager de plus en plus. Mais cette raison arrête tout&#13;
court et l’on ne saurait que me répondre quand je leur allègue qu’il faut&#13;
absolument vous payer les 12 000 francs que vous nous avez fait le plaisir&#13;
de nous prêter et que nous vous sommes obligés, si vous n’en exigez pas&#13;
l’intérêt. Vous m’avez fait plaisir d’écrire ce que vous avez fait desdits&#13;
intérêts et que M. de Québec, qui a connaissance de cet emprunt, en soit&#13;
persuadé. Quand l’on fait des dettes sur le pays chez les marchands, l’on se&#13;
persuade que l’on les acquittera ; mais quand l’on l’a fait, du moins jusqu’à&#13;
présent, l’on en a créé de nouvelles en acquittant les vieilles. C’est à quoi&#13;
j’espère bien remédier et que l’on n’en fera si peu de nouvelles que nous les&#13;
acquitterons avec les vieilles.&#13;
&#13;
- 731 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-1&#13;
&#13;
Vous trouverez dans ce paquet le mémoire de ce qu’il faut envoyer cette&#13;
année, qui ne se monte pas à 1 000 francs. L’on ne fait venir quoi que ce soit&#13;
d’ailleurs, hors ce que l’on mande de Caen pour la pension de&#13;
M. de Bernières, et d’Argenson pour celle de M. des Maizerets, que nous&#13;
envoyons l’une à M. de Gaurus et l’autre à M. de La Mothe, dont l’on vous&#13;
adresse les lettres pour leur faire tenir.&#13;
Je me suis chargé envers nos Messieurs de vous écrire de tout ce qui regarde&#13;
le temporel et de la destination des fonds que nous avons à toucher, tant de&#13;
ce qui est de mon côté que de ce qui revient du Séminaire et du chapitre, et&#13;
je vous mande que vous prendrez en acquit des 12 000 francs tout ce qui&#13;
vous restera entre les mains, étant remboursé de ce que vous avez payé à&#13;
M. Guénet et de ce qui vous sera dû d’autre part. Il est nécessaire qu’ils&#13;
croient que cela va ainsi, afin que je puisse faire en sorte de me servir de ces&#13;
mêmes fonds pour nous acquitter ici et nous mettre en état que nous&#13;
n’empruntions à la suite quoi que ce soit et que le Séminaire puisse subsister&#13;
de ce qu’il aura de revenu. Je suis convenu ici avec un marchand, qui&#13;
touchera en France tout ce que vous lui ferez tenir par lettre de change à&#13;
La Rochelle et M. Grignon est son correspondant, mais je suis demeuré&#13;
d’accord avec lui qu’il ne fera point connaître audit sieur Grignon de quelle&#13;
part ni pour quelle raison il lui fait toucher une somme que l’on lui&#13;
adressera pour lui faire toucher à Québec, laquelle il n’aura seulement qu’à&#13;
recevoir et en donner son reçu, dans lequel il doit être simplement spécifié&#13;
qu’il reçoit telle somme par l’ordre qu’il en a dudit marchand pour la lui&#13;
faire tenir. Je vous envoie un petit modèle du reçu que vous tirerez dudit&#13;
sieur Grignon. Si vous y trouvez quelque chose à changer, vous le ferez.&#13;
J’en ai usé de cette manière avec ce marchand de Québec, afin que le sieur&#13;
Grignon ne sache pas que c’est de la part du Séminaire ou de la vôtre même&#13;
que vient cet argent, afin de tenir la chose plus secrète, étant une chose très&#13;
importante que la chose ne soit connue ni en France ni en Canada, parce&#13;
que cela causerait de très mauvais effets, spécialement de la part de&#13;
M. de Québec, qui ne doute aucunement que le Séminaire de Québec doit&#13;
cette somme à celui de Paris ; et il est d’une conséquence si grande, pour&#13;
toutes sortes de raisons, qu’il ne découvre pas le contraire (de la trempe de&#13;
- 732 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-1&#13;
&#13;
l’esprit dont il est), qu’il serait impossible de vous pouvoir exprimer les&#13;
suites qui en arriveraient et qui en tomberaient sur le Séminaire de Québec.&#13;
Je vous conjure donc de tenir la chose dans le dernier secret et qu’il n’y ait&#13;
personne des directeurs qui s’en découvre à personne sans exception, ni&#13;
même à M. Gricourt, si vous jugez à propos de nous l’envoyer cette année,&#13;
étant absolument nécessaire qu’il vienne persuadé que lesdits 12 000 francs&#13;
sont dus par le Séminaire de Québec à celui de Paris.&#13;
Je crois que vous aurez reçu les 1 900 francs de Mgr d’Aire pour vous&#13;
rembourser des avances que vous nous avez faites. Les fonds que vous avez&#13;
à recevoir pour l’an prochain sont : les 2 000 francs du roi pour ma pension ;&#13;
les 2 000 francs de gratification du roi pour le Séminaire ; les 1 700 francs du&#13;
chapitre et les 1 900 francs de pension de Mgr d’Aire ; ce que vous pourrez&#13;
recevoir par les soins que vous y apporterez des prieurés de Bénévent et de&#13;
Parçay, de la pension de M. Brulon, de sa sœur qui fait son titre ; de celle de&#13;
M. de Glandelet de Mascon de 170 livres, quoique l’on ne donne quittance&#13;
que de 150 ; du revenu de la chapelle de M. Dupré ; de la somme due au&#13;
Séminaire au nom de celui de Paris par les héritiers de feu M. Dudouyt ; de&#13;
ce qui reviendra à Québec du testament dudit feu M. Dudouyt ; de la rente&#13;
de M. de Mons, lors de 400 livres dues et dont un nommé M. Le Tellier,&#13;
avocat ou procureur à Caen, prend soin de faire payer ; d’une petite partie&#13;
due par la fabrique de Saint-Josse et avancée par feu M. Dudouyt à&#13;
Mlle de Beauvais ; et de ce que la providence de Dieu procurera par votre&#13;
moyen à ce Séminaire. Les sommes principales se montent à 8 000 francs,&#13;
sans ce que vous pourrez recevoir des prieurés et de tout le reste. Les&#13;
1 000 écus que vous aurez payés à M. Guénet étant déduits, il resterait&#13;
encore 5 000 francs à peu près, sur quoi il faut prendre ce à quoi se pourra&#13;
monter l’exécution du mémoire que je vous envoie pour les besoins du&#13;
Séminaire.&#13;
Sur quoi il est à remarquer que M. Grignon, marchand de La Rochelle, vous&#13;
doit faire toucher à Paris la somme de 600 ou 800 francs, qui sera 200 ou&#13;
400 francs moins que ce qui est nécessaire pour l’accomplissement dudit&#13;
mémoire, qui ne se doit pas monter, comme je vous ai marqué ci-dessus, à&#13;
- 733 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-1&#13;
&#13;
1 000 francs tout au plus. Vous aurez possible une difficulté, savoir&#13;
pourquoi ledit sieur Grignon, qui a ordre de recevoir à La Rochelle pour&#13;
M. Azur, marchand à Québec, tout ce que l’on adressera d’argent, vous doit&#13;
envoyer à Paris la somme de 600 ou 800 francs pour aider à accomplir ledit&#13;
mémoire, laquelle somme il semble plus facile de retenir sur ce que vous&#13;
aurez à envoyer audit sieur Grignon ; à quoi je vous réponds que ne voulant&#13;
pas que ledit sieur Grignon sache que l’argent que vous lui ferez tenir pour&#13;
ledit sieur Azur, marchand à Québec, vienne de vous, ni pour le Séminaire&#13;
de Québec, j’ai voulu que l’on mandât audit sieur Grignon de faire tenir à&#13;
Paris cette somme pour le Séminaire de Québec, afin qu’il ne se doute point&#13;
que ce soit de la part dudit Séminaire de Québec ni de la vôtre qu’il reçoive&#13;
ce que vous lui ferez tenir pour ledit sieur Azur, lequel en lui donnant ordre&#13;
de le recevoir pour le lui envoyer, ne lui fait aucune mention de celui qui&#13;
lui fera tenir de Paris ni que ce soit pour autre que pour lui à Québec ; ce&#13;
que vous aurez la bonté de faire est de faire écrire au sieur Grignon, afin&#13;
qu’il vous fasse tenir ladite somme de 600 ou 800 livres que je vous ai&#13;
mandée, que M. Azur lui a donné ordre de vous envoyer, sans lui faire&#13;
aucune mention de lui faire tenir de l’argent et, quand le temps du départ&#13;
des navires sera arrivé, vous vous servirez d’un nom emprunté que vous&#13;
voudrez, pour lui mander qu’il tire sur lui une lettre de change pour la&#13;
somme que vous aurez à lui faire toucher et lui marquer que c’est pour&#13;
M. Azur, marchand à Québec.&#13;
J’apporte cette précaution, qui est tout à fait nécessaire pour conserver le&#13;
secret, que je suis assuré qui ne serait point gardé si ledit sieur Grignon&#13;
savait que ce fût de votre part et de la mienne que cet argent fût envoyé à&#13;
mondit sieur Azur, et je puis vous dire derechef qu’il est absolument&#13;
nécessaire qu’il ne sache par qui que ce soit que le Séminaire soit quitte&#13;
envers celui de Paris. Je ne puis vous exprimer les suites et le mal qui en&#13;
arriveraient infailliblement. C’est pourquoi je garde autant le secret envers&#13;
le Séminaire qu’à l’égard de M. de Québec, qui prendrait des mesures si&#13;
violentes qu’il n’y aurait pas moyen de les pouvoir souffrir. C’est pourquoi&#13;
je vous prie au nom de Dieu de continuer toutes les précautions que vous&#13;
avez prises jusqu’à présent et de faire toujours des instances pour être payé&#13;
- 734 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-1&#13;
&#13;
en écrivant tant à M. de Québec qu’à nos Messieurs, tous de côté et d’autre&#13;
étant persuadés que la somme de 12 000 livres est due au Séminaire de&#13;
Paris ; ce qui produit et produira jusqu’à la fin de très bons effets. Il faut&#13;
même, supposé que vous envoyiez cette année M. Gricourt, que vous vous&#13;
donniez bien de garde de lui en rien communiquer ni aucun des directeurs&#13;
et, au cas que par mégarde il l’eût appris, il faut faire en sorte de lui dire le&#13;
contraire ou l’obliger à un grand secret envers le Séminaire.&#13;
Toute l’application de M. de Québec tend à ruiner le Séminaire. S’il venait&#13;
à bout de son dessein à l’égard de M. des Maizerets et de mes compagnons,&#13;
il s’attirerait la haine et aversion de tous les peuples et de l’Église, de telle&#13;
manière qu’il serait bientôt obligé de quitter lui-même.&#13;
Lettre écrite à M. de Seignelay dans la persuasion qu’il en écrira de quelque&#13;
manière que ce soit.&#13;
Écrire de ma part par les blancs seings à [M]M. de Beauvilliers, Tronson, au&#13;
P. de La Chaize et M. l’archevêque de Paris. À Mgr d’Aire, de ma pension.&#13;
Faire mention de mon incommodité dans les lettres, s’il en faut parler à&#13;
M. de Seignelay.&#13;
Vocation de M. Gricourt. S’il est à propos de l’envoyer deux ans. Faut qu’il&#13;
soit prêtre. M. Tremblay ne lui écrit point, etc.&#13;
M. Tremblay, bon sujet. M. de Québec, de son propre mouvement et&#13;
autorité, sans concert, lui a dit le secret de l’union, que par concert l’on avait&#13;
résolu de lui découvrir et le recevoir sans le dire à M. de Québec.&#13;
Touchant mon neveu 436. Ce que l’on doit faire de lui, ayant achevé l’an&#13;
prochain sa philosophie. S’il a la santé et la grâce des missions et où il est le&#13;
plus propre.&#13;
&#13;
436&#13;
NDLR : Charles-François-Guy de Laval, 1668-1713, 5e fils de son frère Jean-Louis, sera&#13;
chanoine de Tournai.&#13;
&#13;
- 735 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-1&#13;
&#13;
Je suis conformé qu’il faut écrire à M. de Seignelay, parce qu’il préviendra&#13;
[que cela se sache], et ma lettre suspendra le jugement et obligera d’envoyer&#13;
ordre au gouverneur et intendant de s’informer de la vérité, lesquels étant&#13;
bien intentionnés et personnes de probité, ils feront leur devoir, n’y ayant&#13;
rien à craindre de leur part.&#13;
J’écris à M. de Montigny touchant les 12 000 livres et qu’il n’y a rien à&#13;
attendre du Séminaire de Québec en date [espace blanc]. Diminution de la&#13;
fondation. Les articles marqués dans la lettre que je lui écris et à M. le prieur&#13;
de Tournai. Tenir la main à la fondation, pour que les articles qui resteraient&#13;
s’exécutent.&#13;
Envoyer des extraits de tous les contrats que M. Carnot sait qui nous sont&#13;
nécessaires au Séminaire de l’argent des bois qu’il a vendus à Méobecq,&#13;
dont il n’a point parlé, et chapitre. En écrire au sieur Bienassis pour être&#13;
informé de l’état de cette affaire et en écrire au chapitre.&#13;
Écrire à M. le prieur de Tournai pour qu’il paie ce qu’il devait au Séminaire,&#13;
que M. Dudouyt avait prêté. M. de Gricourt, l’employer à l’exécution des&#13;
factures de Paris, etc. Pour la toile à faire, faire par M. Rotrou.&#13;
La facture de Caen ne se montant qu’à 1 000 livres au plus, M. de Gaurus&#13;
fera tenir le reste à M. l’abbé de Brisacier. Fournir le reste de la facture et&#13;
envoyer le surplus qu’il recevra audit sieur Grignon non par une personne&#13;
empruntée.&#13;
Prenez la peine de solliciter par le moyen de M. Gassot l’union des prieurés&#13;
et savoir si l’on en pourra rien toucher cette année.&#13;
&#13;
- 736 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-2&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-2. Éclaircissement [de Glandelet] au sujet des prétentions de Saint-Vallier sur le Séminaire de Québec&#13;
(automne 1688)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-2&#13;
Éclaircissement [de Glandelet] sur les difficultés entre le Séminaire de&#13;
Québec et Mgr de Saint-Vallier, automne 1688, d’après une copie au Musée&#13;
de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Chapitre, no 29&#13;
Ce mémoire, reproduit d’après une copie contemporaine faite par l’abbé&#13;
de Glandelet, est anonyme, mais il n’y a aucun doute qu’il a été rédigé par un&#13;
prêtre du Séminaire de Québec 437 pour être envoyé en France à l’abbé de&#13;
Brisacier, supérieur du Séminaire des Missions étrangères de Paris. Ce dernier&#13;
devait le remettre aux arbitres choisis pour solutionner le contentieux en cours&#13;
entre le Séminaire et Mgr de Saint-Vallier.&#13;
&#13;
Éclaircissement que l’on demande sur diverses prétentions de&#13;
Mgr de Québec et sur les réponses qu’on y fait&#13;
&#13;
1re prétention&#13;
Monseigneur prétend de faire rendre compte au Séminaire :&#13;
1° des 4 000 livres qui sont portées sur l’état des charges&#13;
indispensables du pays ;&#13;
2° des 2 000 livres de gratification de la Cour ;&#13;
3° du provenu de quelques bénéfices qui sont unis au&#13;
Séminaire ;&#13;
4° du revenu du chapitre, qui se monte à 1 700 livres.&#13;
Réponse&#13;
L’on ne croit pas que ce soit l’usage des séminaires de France de rendre&#13;
compte à l’évêque de tels revenus, surtout lorsque l’application en est faite&#13;
et qu’ils portent leurs charges avec eux. Tout au plus, il se doit contenter de&#13;
voir si l’on satisfait aux intentions des donateurs. Encore croit-on que cela&#13;
regarde les puissances séculières, qui ont inspection sur les deniers du roi.&#13;
&#13;
NDLR : Il est aussi rédigé dans le style littéraire de l’abbé de Glandelet, qui est l’auteur d’un&#13;
mémoire très similaire « Pour éviter les brouilleries qui pourraient arriver dans la suite entre&#13;
Monseigneur et son Séminaire », daté du 12 novembre 1688 (Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Chapitre, no 30e), ce qui nous porte à croire qu’il en est l’auteur&#13;
ou du moins un co-auteur. La main est celle de l’abbé de Bernières.&#13;
437&#13;
&#13;
- 737 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-2&#13;
&#13;
1° Donc, la somme des 4 000 livres des charges indispensables porte avec&#13;
soi son application, selon qu’il est couché sur l’état pour l’entretien des&#13;
ecclésiastiques du Séminaire et du curé de Québec : tous les séminaires&#13;
généralement de France, comme il paraît par plusieurs arrêts, devant avoir&#13;
1 000 écus de fonds, qui doivent même se lever par imposition sur le clergé,&#13;
quand ils manquent d’autre part, comme il paraît dans celui d’Évreux sur&#13;
l’abbaye de l’Estrée et dans celui de Bourges sur celle de Méobecq. Et il n’y&#13;
a point d’autre obligation de rendre compte du fonds de ladite fondation&#13;
sinon d’entretenir le nombre des sujets porté par leur établissement. Or, ce&#13;
fonds est destiné pour la subsistance des officiers, domestiques, entretien&#13;
des bâtiments et autres dépenses nécessaires. Ainsi, l’on ne voit pas qu’il y&#13;
ait d’autre compte à en rendre que d’y voir le nombre d’officiers nécessaire&#13;
pour soutenir le Séminaire épiscopal ; sur quoi il faut compter tout au moins&#13;
cinq officiers pour la conduite et direction du Séminaire, outre les&#13;
domestiques et l’entretien des bâtiments dont on a besoin.&#13;
2° Les 2 000 livres de gratification portent avec soi leurs charges, à savoir&#13;
pour les ecclésiastiques du Séminaire qui ont servi aux missions et l’on ne&#13;
peut en charger le Séminaire de plus de quatre sur ladite somme de&#13;
2 000 livres.&#13;
3° Le provenu des bénéfices se monte à peine pour le présent à 500 livres,&#13;
qui peuvent être appliquées pour entretenir au Séminaire de Paris un&#13;
procureur pour les affaires du Séminaire de Québec.&#13;
Voilà le compte le plus juste que l’on peut rendre desdites sommes, car pour&#13;
celle du chapitre, il est clair, on n’en peut être comptable à qui que ce soit,&#13;
étant un bien qui appartient aux chanoines ; sur quoi il est même à&#13;
remarquer que le chapitre n’est pas obligé de fournir lui seul à la fabrique&#13;
dudit chapitre, mais que l’évêque y devrait contribuer la moitié, le revenu&#13;
des abbayes étant commun à l’évêque et au chapitre.&#13;
&#13;
- 738 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-2&#13;
&#13;
2e prétention&#13;
Monseigneur prétend que tous les biens dont on vient de parler lui&#13;
appartiennent et qu’il en peut disposer comme de son propre en l’ôtant s’il&#13;
le veut au Séminaire, qui lui est par conséquent redevable (à ce qu’il dit) de&#13;
10 000 livres de rente. C’est pour cela qu’il prétend être le maître absolu du&#13;
temporel du Séminaire, disant partout que c’est lui qui le fait subsister et&#13;
que s’il en retirait sa main, il serait abîmé, etc.&#13;
Réponse&#13;
L’on ne croit pas qu’aucun des biens ci-dessus appartienne à Monseigneur&#13;
ni qu’il les puisse justement ôter au Séminaire.&#13;
1° Les 4 000 livres couchées sur l’état des charges indispensables sont&#13;
payées au Séminaire depuis 20 ans. Il est vrai que c’est par les mains de&#13;
Mgr l’évêque, qui en donne l’acquit, qu’il les reçoit ; mais ce fonds étant&#13;
affecté pour les ecclésiastiques du Séminaire de Québec et pour le curé, il&#13;
est clair que Monseigneur n’en peut pas disposer au préjudice du&#13;
Séminaire, à moins que de lui remplacer un fonds de 1 000 écus de rente,&#13;
qui est celui pour le moins que l’on assigne à tous les séminaires qu’on&#13;
établit.&#13;
2° Les 2 000 livres de gratification ont été accordées au Séminaire de Québec&#13;
sur le placet présenté en Cour ; à quoi l’on ne doute point que Monseigneur&#13;
n’ait beaucoup aidé. Mais comme il paraît uniquement, dans l’exprimé de&#13;
la gratification, que la Cour accorde cette somme au Séminaire, l’on ne voit&#13;
pas par quelle raison Monseigneur aurait droit sur cette somme, quoique le&#13;
Séminaire ne disconvienne pas de l’obligation qu’il lui a d’avoir bien voulu&#13;
s’employer pour la lui procurer.&#13;
3° La réunion des bénéfices, dont il a été parlé et qui ne se monte encore&#13;
qu’à peine à 500 livres, a été faite d’abord par Mgr l’Ancien et Monseigneur&#13;
a eu la bonté de vouloir bien employer ses soins pour la bien établir, afin de&#13;
lui en assurer la possession. C’est une autre obligation qu’on lui a, mais cela&#13;
ne dit point qu’il puisse disposer de ces revenus, non plus que des autres&#13;
- 739 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-2&#13;
&#13;
ci-dessus ; autrement, tous ceux qui, par leurs soins et leur faveur&#13;
s’emploient à procurer du bien aux autres, pourraient s’en rendre les&#13;
maîtres et les leur ôter quand ils voudraient ; ce qui est contraire à la nature&#13;
du don et du bienfait, qui passe en la propriété et disposition de celui qui le&#13;
reçoit.&#13;
4° L’on ne peut pas dire que le revenu du chapitre vienne de Monseigneur,&#13;
mais des menses monacales des abbayes unies à l’évêché de Québec, qui&#13;
appartiennent de droit au chapitre. L’on peut dire encore que Monseigneur&#13;
a diminué le revenu du chapitre en le chargeant de toutes les charges qui&#13;
sont aux abbayes et prétendant de plus le charger de la fabrique de la&#13;
cathédrale contre toutes sortes de droits, puisque le revenu desdites&#13;
abbayes étant partagé, chacun doit porter sa part des charges et non le&#13;
chapitre seul.&#13;
3e prétention&#13;
Monseigneur prétend pouvoir disposer de tout ce qui est au Séminaire&#13;
comme du sien, non seulement des revenus dont on a parlé, mais encore&#13;
des terres et domaines du Séminaire, ayant dit en toutes rencontres et à&#13;
toutes sortes de personnes qu’il peut disposer des terres du Cap-Tourmente&#13;
et autres. Il a déjà actuellement disposé de toutes les chapelles [portatives]&#13;
qui appartiennent au Séminaire, les prenant et changeant de main et&#13;
prétendant y avoir droit comme si elles lui appartenaient.&#13;
Réponse&#13;
Monseigneur ne peut rien prétendre sur toutes les terres du Séminaire non&#13;
plus que sur les maisons de Québec, dont Mgr l’Ancien a fait une donation&#13;
au Séminaire des Missions étrangères avec les charges qui y sont contenues,&#13;
aux conditions que le Séminaire ne sera tenu d’en rendre compte à personne&#13;
qu’au Séminaire de Paris et dont il s’est réservé les fruits sa vie durant.&#13;
Ainsi, il ne pourra, même après la mort de Mgr l’Ancien, rendre le Séminaire&#13;
comptable de tout ce qui est contenu dans ladite donation. Il ne peut non&#13;
plus disposer des chapelles [portatives], des deniers du Séminaire, non plus&#13;
que de toutes les autres choses qui appartiennent audit Séminaire.&#13;
- 740 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-2&#13;
&#13;
4e prétention&#13;
Monseigneur prétend changer tous les curés à volonté et dit que les cures&#13;
qu’il n’a point fixées lui-même sont une chanson et c’est sur ce principe qu’il&#13;
en a retiré deux de leurs cures qu’ils avaient en titre.&#13;
Réponse&#13;
L’on ne croit pas que Monseigneur puisse ôter les cures aux curés titrés,&#13;
leurs titres ayant été donnés à l’instance du roi par Mgr l’Ancien, qui en avait&#13;
le pouvoir, et eux en ayant pris possession dans toutes les formes du droit&#13;
et leurs papiers ayant été insinués dans le temps requis par les ordonnances,&#13;
car ce serait vouloir aller contre l’ordre de l’Église, contre les ordres du roi,&#13;
qui sont exprès sur ce sujet, et contre l’usage de l’Église universelle, et faire&#13;
une violence et une injustice aux curés titrés, qui se voient obligés de céder&#13;
à une force majeure.&#13;
5e prétention&#13;
Monseigneur prétend disposer de l’argent que le roi donne pour le&#13;
supplément des curés comme du sien propre, comme il le dit aux curés et&#13;
missionnaires, leur faisant entendre que c’est lui qui leur donne cela. Sur ce&#13;
principe, il retranche à plusieurs leurs portions congrues, disant tantôt qu’il&#13;
est pauvre, tantôt qu’il a destiné une partie de cette somme à divers&#13;
emplois, etc.&#13;
Réponse&#13;
L’on croit que le roi prétend que l’on ne change point l’application de ses&#13;
deniers. Il a réglé que la portion congrue des curés sera de 400 livres, argent&#13;
de France. M. l’évêque ne peut donc changer l’emploi de ces deniers sans&#13;
faire injustice aux curés et missionnaires, qui ne pourraient subsister&#13;
autrement sans en souffrir beaucoup. Lorsque Monseigneur a voulu leur&#13;
retrancher cette portion et qu’eux l’ont pressé de les payer, il les a beaucoup&#13;
rebutés et [a] aliéné leur esprit à son égard ; ce qu’il rejette sur les supérieurs&#13;
du Séminaire, quoiqu’ils n’y aient point contribué, et qu’il soit naturel que&#13;
chacun demande ce qui lui appartient, surtout quand il lui est nécessaire.&#13;
&#13;
- 741 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-2&#13;
&#13;
Le grand mal de cette conduite a donc été :&#13;
1° d’aliéner les esprits de Monseigneur ;&#13;
2° elle tend aussi à éloigner tous les curés du Séminaire en les&#13;
désunissant et voulant qu’ils n’y aient plus aucun recours,&#13;
mais à lui seulement ;&#13;
3° elle a eu pareillement de très mauvais effets sur l’esprit des&#13;
particuliers, qui, trouvant cette conduite dure, ont beaucoup&#13;
balancé pour s’en retourner en France, n’ayant été attirés ici&#13;
que par l’union du Séminaire, dont Monseigneur les a voulu&#13;
séparer ; et effectivement, ils seraient repassés si le Séminaire&#13;
ne les avait soutenus et s’ils n’avaient espéré que cette&#13;
conduite, qui leur a paru violente, ne durerait pas.&#13;
6e prétention&#13;
Monseigneur prétend pouvoir disposer des meubles et autres choses qui&#13;
sont dans les cures et qui ont été fournis par le Séminaire.&#13;
Réponse&#13;
L’on ne croit pas que Monseigneur ait aucun droit sur tous les meubles des&#13;
curés pour leur pouvoir ôter et en disposer en faveur d’autres, soit qu’ils&#13;
appartiennent aux curés ou au Séminaire, dont il est séparé de biens.&#13;
&#13;
Fondement de toutes les prétentions susdites&#13;
Elles roulent toutes sur ce principe qui est que Monseigneur prétend&#13;
conserver et perfectionner la désappropriation et communauté de biens sur&#13;
le modèle de la primitive Église, où tous mettaient leurs biens entre les&#13;
mains des apôtres et des évêques, qui les partageaient à un chacun.&#13;
Monseigneur prétend qu’on en doive agir ainsi à son égard. C’est sur ce&#13;
principe qu’il prétend être le maître de tout.&#13;
&#13;
- 742 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-2&#13;
&#13;
La réponse est que l’on croit que cette désappropriation doit être inspirée&#13;
par la grâce et non par la force et domination. L’on croit de plus que sans&#13;
l’exiger des ecclésiastiques, Monseigneur la leur persuaderait beaucoup&#13;
plus efficacement en la pratiquant tout le premier pour servir de modèle et&#13;
d’exemple à son clergé.&#13;
L’on croit enfin que la désappropriation que Monseigneur prétend s’est&#13;
toujours observée jusqu’à son arrivée, où les biens de Mgr l’Ancien, son&#13;
prédécesseur, celui du Séminaire et des curés n’étaient qu’un, mais que&#13;
Monseigneur l’a détruite en séparant, comme il l’a fait, ce qui était si bien&#13;
uni auparavant et rendant propriétaires par cette séparation ceux que&#13;
l’esprit de grâce et d’union tenaient parfaitement dégagés.&#13;
7e prétention&#13;
Monseigneur prétend que le Séminaire n’a aucun pouvoir de disposer des&#13;
sujets du corps du Séminaire, de mettre ou changer un officier sans sa&#13;
permission et qu’il en peut disposer comme bon lui semble.&#13;
Réponse&#13;
L’on ne croit pas que ce soit l’usage d’aucun séminaire de France uni à un&#13;
corps, n’y en ayant aucun qui voulût accepter des séminaires épiscopaux à&#13;
cette condition, qui porterait un si grand préjudice à leur corps, qui ne&#13;
regarde rien de plus essentiel que la disposition et la conduite de leurs sujets&#13;
qui font partie de leur corps.&#13;
Il est aisé de voir les inconvénients qui arriveraient du contraire, car si un&#13;
évêque avait le pouvoir d’ôter ou changer les officiers qui soutiennent le&#13;
Séminaire, si par quelque peine qu’il pourrait avoir contre quelqu’un de&#13;
ceux qui le soutiennent, il venait à l’ôter, il est évident que tout s’en irait&#13;
bientôt en ruine et s’il en mettait d’autres qui n’eussent aucune aptitude&#13;
pour cela (ce qu’il ne peut pas toujours connaître), on verrait d’étranges&#13;
renversements dans une communauté tant au temporel qu’au spirituel ; ce&#13;
ne serait même plus dès lors le même Séminaire.&#13;
&#13;
- 743 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-2&#13;
&#13;
Pour ce qui regarde les officiers subalternes, l’on ne croit pas que&#13;
Monseigneur en puisse connaître les qualités ni à quoi ils sont propres,&#13;
comme font les supérieurs, les talents d’un chacun n’étant bien connus que&#13;
par la pratique, à laquelle il n’y a que ceux qui les conduisent&#13;
immédiatement et par eux-mêmes qui puissent faire une attention&#13;
suffisante.&#13;
Il s’ensuivrait aussi que les officiers subalternes dépendant entièrement de&#13;
Monseigneur qui les pourrait mettre ou ôter, ils n’auraient plus aucune&#13;
subordination aux supérieur et officiers majeurs, ce qui renverserait toute&#13;
la bonne conduite d’un séminaire.&#13;
8e prétention&#13;
Monseigneur prétend qu’on ne peut sans sa permission agréger aucun sujet&#13;
au corps du Séminaire.&#13;
Réponse&#13;
L’on croit que si le Séminaire n’avait pas ce pouvoir, il serait bientôt détruit.&#13;
Mais cela est contraire au droit naturel que chaque corps a de travailler à sa&#13;
conservation. Ce serait gêner la liberté des particuliers, qui sont libres&#13;
d’embrasser tel état et emploi qu’il leur plaît, lorsqu’ils n’ont point d’autres&#13;
engagements ou états fixes et qu’ils ne sont obligés de vaquer par le leur&#13;
aux fonctions qui concernent l’autorité de Monseigneur. Ce serait aussi ôter&#13;
la liberté d’un corps qui doit être très grande au sujet de ceux qu’il doit&#13;
agréger, n’y ayant rien qui le touche de plus près que l’agrégation des&#13;
personnes avec lesquelles on doit composer un même corps et demeurer&#13;
toute sa vie ; et l’on croit que c’est une chose sans exemple que Monseigneur&#13;
prétend.&#13;
9e prétention&#13;
Monseigneur prétend que l’on ne peut mettre, ôter ou changer aucune règle&#13;
sans lui et qu’il peut en faire telles qu’il voudra et changer celles qui sont&#13;
établies.&#13;
&#13;
- 744 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-2&#13;
&#13;
Réponse&#13;
L’on croit que les officiers qui ont la conduite du Séminaire épiscopal, lequel&#13;
est uni au corps du Séminaire des Missions étrangères de Paris par les&#13;
lettres patentes de l’évêque et du roi, enregistrées selon toutes les formes,&#13;
sont obligés d’en garder les règles, sans les pouvoir changer que du&#13;
consentement du Séminaire de Paris, selon qu’il est porté dans leurs règles ;&#13;
autrement, ce ne serait plus le même Séminaire, vu que ce sont les règles&#13;
qui en sont la forme, ce qui ayant été accordé par Mgr l’Ancien, comme il&#13;
paraît dans ses lettres patentes d’union de son Séminaire épiscopal audit&#13;
Séminaire des Missions étrangères, qui a été accepté à cette condition, ne&#13;
peut plus être changé par ses successeurs.&#13;
Pour le regard des séminaristes qui sont entretenus aux frais de l’évêque, il&#13;
faut nous informer de l’usage qui s’observe dans les séminaires épiscopaux&#13;
de Saint-Sulpice, Saint-Lazare, etc. touchant les règles qui y sont&#13;
pratiquées ; mais l’on prie de faire cette réflexion que dans un séminaire&#13;
comme celui de Québec, où il y a peu de sujets, cela serait bien incommode&#13;
et troublerait le bon ordre de la maison, s’il fallait que les uns y observassent&#13;
des règlements pour l’extérieur, soit pour les heures ou autrement,&#13;
différents de ceux qu’y garderaient les autres.&#13;
Outre que le Séminaire ayant son rapport au public et composant lui seul le&#13;
clergé de Québec, qui fait les offices et les fonctions du chapitre et de la&#13;
paroisse, il est à propos que les règles extérieures soient uniformes.&#13;
Il faut néanmoins savoir ce que Monseigneur peut exiger dans cette&#13;
conjoncture en toute rigueur.&#13;
10e prétention&#13;
Monseigneur prétend renvoyer les enfants du Petit Séminaire sous prétexte&#13;
que le Séminaire, à ce qu’il dit, n’a point de fonds suffisants pour le faire&#13;
subsister, à raison que le Séminaire est endetté et ne voulant pas que&#13;
Mgr l’Ancien y contribue rien du sien, disant qu’on ne peut pas faire de&#13;
bonnes œuvres dans son diocèse malgré lui.&#13;
- 745 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-3&#13;
&#13;
Réponse&#13;
L’on ne croit pas que Monseigneur puisse renvoyer les enfants du Petit&#13;
Séminaire, vu que Mgr l’Ancien en a fait une fondation et que lorsqu’il n’est&#13;
plus question que du plus ou du moins, cela dépend des moyens que l’on a&#13;
de les faire subsister ; ce que l’on peut faire en acquittant les dettes du&#13;
Séminaire, sans rien demander à Mgr de Québec ni pour l’acquit des dettes&#13;
ni pour la subsistance du Séminaire.&#13;
Doc. LI-IV-3. Lettre de Laval à Beauvilliers (1689)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-3&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu au duc de Beauvilliers, automne 1689, d’après&#13;
une copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 91&#13;
&#13;
Monsieur,&#13;
Je ne puis, quoique je sache les grandes et continuelles occupations que&#13;
vous avez pour le bien de l’État, me dispenser de vous témoigner ma&#13;
reconnaissance de toutes les bontés que vous continuez de faire paraître&#13;
pour cette Église, en particulier pour le Séminaire, qui vous en rend avec&#13;
moi ses très humbles actions de grâce. Je puis vous assurer qu’il a reçu avec&#13;
respect et soumission les articles que vous avez bien voulu prendre la peine&#13;
de régler. S’ils étaient bien observés de part et d’autre, ce serait le véritable&#13;
moyen de conserver la paix dans cette Église. M. l’abbé de Brisacier vous&#13;
informera de tout, aussi bien que M. le marquis de Denonville, qui a une&#13;
parfaite connaissance de ces affaires. Le Séminaire s’est entièrement remis&#13;
à son jugement, tant de l’exécution de ce qui s’est réglé que pour ce qui reste&#13;
à régler ; mais ayant trouvé de l’opposition, il a jugé plus à propos que la&#13;
chose se décide en France. Toute cette Église espère que vous aurez la bonté&#13;
d’achever ce que vous avez si bien commencé pour le bien de la paix qui en&#13;
a toujours depuis 30 ans fait toute la bénédiction. Je vous avoue, Monsieur,&#13;
que comme mes continuelles infirmités, jointes à mon âge, me donnent sujet&#13;
de croire qu’il me reste peu de temps à vivre, j’aurais eu une grande&#13;
consolation de voir avant ma mort l’établissement de ce Séminaire affermi&#13;
et dans un état de continuer à rendre à cette pauvre Église naissante, de&#13;
- 746 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-4&#13;
&#13;
laquelle il a été jusqu’ici un des plus grands appuis, tout le service qu’il a&#13;
fait jusqu’à présent. C’est ce qu’il y a sujet d’espérer étant sous votre&#13;
protection, de laquelle je vous demande la continuation et quelque part à&#13;
vos prières, vous assurant qu’il n’y a personne qui soit avec plus de respect&#13;
que moi, Monsieur,&#13;
[Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, ancien évêque de Québec.]&#13;
Doc. LI-IV-4. Déclaration de Laval au sujet des 4 000 livres (11 novembre 1689)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-4&#13;
Déclaration du Serviteur de Dieu sur l’origine et le but de la gratification&#13;
royale annuelle de 4 000 livres attribuées au Séminaire de Québec,&#13;
11 novembre 1689, d’après l’original au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 1, no 31&#13;
&#13;
Nous, François, ancien et premier évêque de Québec, les supérieur et&#13;
directeurs ou officiers du Séminaire des Missions étrangères établi à Québec&#13;
nous ayant représenté qu’on leur pourrait faire quelque difficulté au sujet&#13;
de l’énoncé de la somme de 4 000 livres en la manière qu’il est exprimé sur&#13;
l’état des charges indispensables du pays comme s’ensuit, « Aux curé et&#13;
prêtres du Séminaire de Québec et autres dépenses à faire pour les&#13;
bâtiments des églises suivant l’état de distribution qui en sera faite par le&#13;
sieur évêque de Québec sur lequel et sur les quittances sera passée la&#13;
somme de 4 000 livres », ils nous ont très humblement supplié de vouloir&#13;
bien faire une déclaration de la distribution et application que nous aurions&#13;
faite des 4 000 livres ci-dessus pendant le temps que nous avons eu le&#13;
gouvernement de cette Église et d’en passer un acte devant notaire pour&#13;
s’en pouvoir servir en temps et lieu ;&#13;
nous, ayant égard à ladite supplication qui nous a été faite par les supérieur&#13;
et directeurs dudit Séminaire, avons déclaré et déclarons ce qui s’ensuit,&#13;
savoir que la Compagnie des Indes occidentales, qui avait autrefois le&#13;
domaine du Canada, ayant donné un revenu de 7 000 livres qu’elle coucha&#13;
sur l’état des charges indispensables de ce pays en la manière ci-dessus&#13;
- 747 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-4&#13;
&#13;
énoncée, elle attribua sur ladite somme de 7 000 livres celle de 3 000 livres&#13;
pour les églises, les autres 4 000 livres restant pour les officiers dudit&#13;
Séminaire et le curé de Québec qui y a toujours fait sa résidence, comme&#13;
ayant été la cure dudit lieu desservie jusqu’à présent par ledit Séminaire&#13;
auquel elle est unie ; mais que le domaine susdit du Canada ayant depuis&#13;
passé entre les mains du roi, ce qui arriva en 1675, après que l’évêché y eût&#13;
été érigé en titre en 1674, l’on réforma les charges indispensables du pays et&#13;
l’on retrancha les 3 000 livres susdites qui étaient destinées pour les églises,&#13;
de la somme de 7 000 livres que la Compagnie avait donnée jusqu’alors,&#13;
sans changer néanmoins les termes dans lesquels était énoncée la&#13;
précédente distribution des 7 000 livres, qui sont toujours restés les mêmes&#13;
jusqu’à présent, manque de réflexion, quoique ladite somme des&#13;
4 000 livres qui restèrent sur l’état ait toujours été distribuée depuis tout&#13;
entière, comme auparavant, pour ledit curé de Québec, officiers dudit&#13;
Séminaire, de ses domestiques et entretien de ses bâtiments ; ce que nous&#13;
savons avoir été bien approuvé, puisqu’on a toujours reçu en France&#13;
jusqu’ici les quittances qui en ont été baillées tous les ans par le Séminaire&#13;
et envoyées par nous.&#13;
La libéralité du roi ayant depuis suppléé au retranchement des 3 000 livres&#13;
ci-dessus pour les églises par une pareille somme que Sa Majesté a accordée&#13;
pour cet effet pendant plusieurs années, de plus que les raisons qui nous&#13;
ont porté de tout temps à faire l’attribution de cette somme de 4 000 livres&#13;
toute entière auxdits curé et Séminaire de Québec ont été, d’une part, les&#13;
grands services que ledit Séminaire a toujours rendus et rend encore tous&#13;
les jours à cette Église naissante et à la colonie depuis son établissement et,&#13;
d’autre part, l’impuissance où aurait été et serait encore de présent ledit&#13;
Séminaire de subsister sans cette somme entière de 4 000 livres ; sur quoi&#13;
nous aurions considéré qu’étant absolument nécessaire, selon les&#13;
ordonnances des saints canons et conciles, nommément celui de Trente et&#13;
celles mêmes du royaume, qu’un séminaire ait un fonds propre et assuré&#13;
qui serve à le faire subsister et ledit Séminaire, qui fait même toutes les&#13;
fonctions de la paroisse de Québec conjointement avec ledit curé qui y a&#13;
toujours fait et fait encore sa résidence, sans que ledit Séminaire néanmoins&#13;
- 748 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-4&#13;
&#13;
reçoive aucune rétribution des services et assistances continuels qu’il rend&#13;
à ladite paroisse, n’ayant point d’autre fonds pour sa subsistance et celle&#13;
dudit curé, que celui des 4 000 livres ci-dessus, puisque les autres biens que&#13;
ledit Séminaire peut avoir consistent en des fondations qui ont leurs&#13;
charges fort onéreuses et qu’il est certain d’ailleurs que le curé de Québec,&#13;
qui même ne se peut passer d’un vicaire, n’a encore à présent pour revenu&#13;
que 25 ou 30 minots 438 de blé et très peu de choses de son casuel ; il était du&#13;
droit et de la justice que nous fissions l’attribution toute entière auxdits curé&#13;
et Séminaire de Québec de ladite somme de 4 000 livres, qui, bien loin&#13;
d’excéder ce qui est nécessaire pour leur subsistance et entretien, n’est pas&#13;
même suffisante dans un pays comme celui-ci, où toutes choses sont&#13;
extrêmement chères et que par suite nous n’avions pas cru pouvoir en&#13;
conscience détourner une partie de cette somme à d’autres usages, puisque&#13;
le premier usage auquel cette somme est attribuée étant de fournir à la&#13;
subsistance desdits curé et Séminaire, suivant l’énoncé ci-dessus, qui est&#13;
couché sur l’état, toutes sortes de raisons nous obligeaient à n’en pas faire&#13;
l’application à d’autres dépenses qu’après avoir satisfait à celle-là qui&#13;
regarde le curé et le Séminaire de Québec et qui tient le premier rang dans&#13;
l’attribution ci-dessus qui en est faite sur l’état, puisqu’il faut de nécessité&#13;
qu’un curé et un séminaire subsistent.&#13;
Donné à Québec, ce 11e novembre 1689,&#13;
François, premier et ancien évêque de Québec.&#13;
&#13;
Par-devant Gilles Rageot, notaire, garde-notes du roi notre sire, en la&#13;
prévôté de Québec en la Nouvelle-France, fut présent en sa personne&#13;
Mgr l’illustrissime et révérendissime père en Dieu, Messe François de Laval,&#13;
premier et ancien évêque de ce pays, lequel volontairement a reconnu et&#13;
confessé avoir fait et signé la déclaration ci-dessus, laquelle est selon la&#13;
vérité en tout son contenu.&#13;
&#13;
438&#13;
&#13;
NDLR : Un minot de blé est équivalent à un pied cube de grains.&#13;
- 749 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-5&#13;
&#13;
Fait et passé audit Québec en la demeure de mondit seigneur, le 11e jour de&#13;
novembre 1689, en présence de Hubert Houssart et Jean Dubreuil, témoins,&#13;
demeurant audit Québec, qui ont, avec mondit seigneur évêque et notaire,&#13;
signé.&#13;
François, ancien évêque de Québec,&#13;
Jean Dubreuil, Hubert Houssart,&#13;
Rageot. [avec paraphe]&#13;
Doc. LI-IV-5. Lettre de Laval à Milon (automne 1689)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-5&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à l’abbé Milon, étudiant du Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Paris, automne 1689, d’après l’original signé au&#13;
Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Lettres N, no 91&#13;
J’ai reçu, mon cher Monsieur, la lettre que vous m’avez fait la grâce de&#13;
m’écrire. Elle m’a donné de la consolation et a beaucoup édifié tous nos&#13;
Messieurs, auxquels j’en ai fait part. La providence de Dieu, qui vous&#13;
inspire de prendre avec tant de bonté part à notre peine et à nos intérêts,&#13;
nous oblige plus particulièrement de nous abandonner entièrement à son&#13;
adorable conduite et d’y mettre toute notre confiance.&#13;
Je ne doute aucunement que Notre-Seigneur ne vous appelle à l’œuvre des&#13;
missions et qu’il ne rompe les liens qui pourraient vous arrêter et que&#13;
l’engagement de la Cour ni des parents ne seront pas capables de prévaloir&#13;
à la volonté de Dieu. Je le prie de tout mon cœur de fortifier ce désir dans&#13;
votre cœur.&#13;
Vous apprendrez que les Règlements qui sont venus de France pour apaiser&#13;
les différends et conserver la paix dans cette pauvre Église, qui en avait fait&#13;
pendant 30 ans toute la bénédiction, n’ont pas eu sur l’esprit de&#13;
Monseigneur l’effet que l’on en devait attendre et qu’il a formé de nouveaux&#13;
sujets de peine plus considérables que les premiers. C’est le calice qu’il plaît&#13;
à Notre-Seigneur de nous donner à boire et ne se pas décourager. Vous&#13;
jugerez bien, mon cher Monsieur, que s’il y a eu jamais une croix amère&#13;
- 750 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-5&#13;
&#13;
pour moi, c’est celle-ci, puisque c’est l’endroit où j’ai toujours dû être le plus&#13;
sensible, je veux dire le renversement du Séminaire, que j’ai toujours&#13;
considéré, comme en effet il l’est, comme l’unique soutien de cette Église et&#13;
tout le bien qui s’y est fait et qui s’y peut faire à l’avenir et par conséquent,&#13;
la rupture et ruine totale de l’union que nous avons pris tous les soins&#13;
imaginables de conserver pendant 30 ans ; mais au milieu de toutes ces&#13;
agitations, nous ne devons pas nous abattre : si les hommes ont du pouvoir&#13;
pour détruire, la main de Notre-Seigneur est infiniment plus puissante pour&#13;
édifier. Nous n’avons qu’à lui être fidèles et le laisser faire.&#13;
Continuez, mon cher Monsieur, cette affection pour cette œuvre, qui le&#13;
mérite et qui est digne de compassion. Priez Notre-Seigneur et sa sainte&#13;
Mère pour lui et pour moi, qui suis tout à vous en leur amour,&#13;
François.&#13;
&#13;
- 751 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-6&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-6. Lettre de Laval à Denonville (20 novembre 1690)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-6&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à M. de Denonville, 20 novembre 1690, d’après&#13;
l’original signé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 95&#13;
M. de Denonville fut gouverneur du Canada de 1685 à 1689. Une fois rentré en&#13;
France, il avait été nommé vice-précepteur des enfants de Louis XIV, fonction&#13;
qu’il occupait encore à l’époque de cette lettre. Il avait conservé une grande estime&#13;
pour le Serviteur de Dieu et un vif intérêt pour le Séminaire de Québec. De son&#13;
côté, Mgr de Laval le tenait au courant de l’état des choses du Canada et lui écrivait&#13;
en toute confiance. Cette lettre, probablement écrite en réponse à une lettre de&#13;
M. de Denonville, peut être divisée en deux parties. Dans la première, que nous&#13;
omettons, Mgr de Laval fait le compte-rendu du siège de Québec par les&#13;
Britanniques en 1690. Dans la seconde partie, il parle de l’état du Séminaire et de&#13;
ses nouvelles difficultés avec Mgr de Saint-Vallier, comme traité avant&#13;
(Doc. XXXVII-4 ; Doc. XLI).&#13;
&#13;
À Québec, ce 20e novembre 1690&#13;
Je suis bien obligé, Monsieur, de l’intérêt que vous prenez à ma santé, qui est si&#13;
inutile en toute manière à ce pays. Il me semble néanmoins que la volonté est&#13;
bonne, mais je ne suis propre à rien. Vous avez bien raison de qualifier ce pays-ci&#13;
du nom d’un pays de miracles : jamais Dieu n’a fait plus paraître sa puissance que&#13;
cette année sur lui.&#13;
Nous y avons eu depuis votre départ une famine presque universelle et, par sa&#13;
miséricorde, il n’y est mort personne de faim. Nous y avons vu en même temps une&#13;
armée navale d’Anglais mettre le siège devant Québec, avec 32 voiles, quelquesuns disent 34. Ils ont sommé la ville de se rendre et tout le pays, n’ont donné qu’une&#13;
heure de temps à délibérer, après quoi ils passeraient tout par le fil de l’épée et&#13;
mettraient à feu et à sang tout le reste. Et en effet, ils commencèrent à vouloir&#13;
foudroyer la basse et haute-ville à coups de canon, dont ils ont tiré, à ce que l’on&#13;
dit, bien 2 000 coups. Nous avons eu recours à Dieu, à sa sainte Mère, à tous les&#13;
bons anges et à tous les saints patrons de cette pauvre Église, affligée en toutes&#13;
façons, et le plus grand déplaisir qu’eurent les ennemis fut d’entendre, pendant le&#13;
siège, le service divin sonner à l’ordinaire, d’où ils inféraient que nous n’avions pas&#13;
grande peur d’eux, quoique la plupart fussent fort consternés.&#13;
Toutes les pelleteries et les meubles de la basse-ville étaient presque tous dans le&#13;
Séminaire et bon nombre de familles, qui s’y étaient retirées, jusqu’à celle de&#13;
M. l’intendant. Cette maison n’a pas pu refuser, dans une nécessité semblable, tous&#13;
- 752 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-6&#13;
&#13;
les offices de charité qui étaient possibles, aux dépens d’une grande partie des&#13;
provisions que l’on y avait. Les soldats et autres y ont pris et consommé bien&#13;
100 cordes de bois, plus de 15 ou 16 planches qui ont été brûlées et rompues ; bref,&#13;
en bestiaux et autres dommages, la perte du Séminaire ira bien à 1 000 écus. Mais&#13;
il faut dans des occasions de cette nature prendre patience et faire tout le bien que&#13;
l’on peut, sans avoir égard aux besoins où l’on est.&#13;
Les ennemis firent une descente entre Québec et Beauport de plus de 2 000. Ils ont&#13;
fait plusieurs efforts pour s’étendre devers Québec, afin de l’enfermer, deux gros&#13;
vaisseaux étant montés dans la rivière, jusqu’à moitié chemin de Saint-Michel, pour&#13;
joindre ceux qui l’entouraient par terre et pour favoriser la venue d’une armée, qui&#13;
devait venir d’Orange et de Manhattan, composée d’Anglais et de Sauvages* loups&#13;
et iroquois, au nombre, disait-on, de 4 000, à laquelle armée ils avaient donné&#13;
rendez-vous pour se trouver dans le temps qu’ils ont assiégé Québec. Si l’armée&#13;
navale fut venue huit jours plus tôt et que Dieu lui eût permis, elle se serait&#13;
infailliblement emparée de Québec, où il n’y avait pas 150 hommes y comprenant&#13;
tout. Vous pouvez bien juger qu’ils n’auraient pas eu de peine, n’étant aucunement&#13;
fortifiée, comme vous savez.&#13;
L’on envoya nouvelle sur nouvelle à Montréal, où M. de Frontenac et&#13;
M. l’intendant étaient et toutes les troupes, attendant quoi, on ramassa comme&#13;
l’on put quelques habitants et enfin, mondit sieur de Frontenac arriva et&#13;
M. l’intendant, avec des soldats. L’on a mis quelques batteries de canons en divers&#13;
endroits, qui ont assez endommagé les vaisseaux des ennemis, qui furent obligés&#13;
de s’éloigner de la portée du canon et ne perdirent pas néanmoins la résolution de&#13;
continuer leur siège, en sorte que Québec était assiégé doublement d’ennemis et&#13;
de famine et sans que les habitants de Beaupré, de Beauport et de l’île d’Orléans&#13;
se [soient] signalés en courage en les attaquant dans leur camp, il y a apparence&#13;
qu’ils [seraient] demeurés plus de temps à terre et qu’ils auraient réduit tout le&#13;
monde qui était dans Québec à la dernière extrémité. Ils les obligèrent à se&#13;
rembarquer la nuit en confusion, ayant laissé dans leur camp cinq pièces de canon&#13;
et un drapeau, dont les habitants s’emparèrent à la faveur des coups de fusil, qu’ils&#13;
tirèrent aux ennemis, qui n’osèrent approcher avec leurs chaloupes pour les&#13;
enlever et ensuite, par une protection particulière de Dieu, qui mit la consternation&#13;
dans leurs esprits, ils se sont retirés, à quoi ils ont été forcés en partie par les&#13;
mauvais temps, qui ont été fort extraordinaires, eu égard à la saison.&#13;
&#13;
- 753 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-6&#13;
&#13;
Mais en quoi Dieu a fait paraître une protection plus particulière et toute&#13;
miraculeuse, ç’a été dans la venue de trois de nos navires, qui venaient dans le&#13;
temps que les ennemis se retiraient à leur rencontre et n’eût été qu’ils furent&#13;
avertis à la Baie-Saint-Paul, ils seraient tombés entre leurs mains. Ils ne purent&#13;
néanmoins si bien faire qu’ils ne fussent aperçus des ennemis, qui les virent entrer&#13;
dans la rivière du Saguenay, n’ayant point d’autre refuge et comme les ennemis les&#13;
poursuivaient pour y entrer après eux, le vent qui avait été favorable aux nôtres se&#13;
changea en un moment et s’étant élevé une brume et un tourbillon de neige, ils&#13;
furent rejetés du Saguenay, l’entrée duquel ils tentèrent jusqu’à quatre fois cinq&#13;
jours durant, sans en pouvoir venir à bout. Et enfin, une manière de tempête et&#13;
poudre de neige survint, qui les obligea de quitter prise et de disparaître. Ces trois&#13;
navires sont le Saint-François-Xavier, le Glorieux et une frégate chargée de farine&#13;
et de lards et dans les deux premiers était tout l’argent que le roi envoie en ce paysci, se montant à 200 tant de 1 000 livres en espèce. L’on estime que la perte de ces&#13;
trois navires n’aurait été guère moins de 1 000 000, qui aurait réduit le pays dans&#13;
la dernière extrémité de misère et de pauvreté. Il y a encore sept navires derrière,&#13;
dont on n’a point eu de nouvelles et desquels, à moins d’une protection de Dieu&#13;
toute semblable à celles de ces trois navires, une partie aura tombé entre les mains&#13;
des ennemis.&#13;
La dissipation de l’armée qui venait de Manhattan, d’Orange et de toute la&#13;
Nouvelle-Albanie, composée d’Iroquois et d’Anglais, n’est pas moins miraculeuse.&#13;
Ils sont venus jusqu’au lac du Saint-Sacrement, où ils ont été aperçus par de nos&#13;
Sauvages découvreurs, mais Dieu y a mis la division : les Sauvages, prétendant être&#13;
mêlés avec les Anglais, lorsque l’occasion se présenterait de se battre avec les&#13;
Français, par une défiance qu’ils avaient que les Anglais ne les abandonnassent&#13;
dans le combat et disant que les Français en usaient ainsi avec leurs Sauvages. Les&#13;
Anglais, au contraire, prétendant se battre séparément sur cette contestation, les&#13;
Sauvages s’en retournèrent et sur le chemin, ayant rencontré trois magasins où les&#13;
Anglais avaient caché tous les vivres nécessaires, en cas qu’ils fussent forcés à se&#13;
retirer, ils les pillèrent et furent attaqués en même temps de la petite vérole, dont&#13;
on rapporte qu’il est mort 300 Sonontouans et 100 Onontagués et que toutes les&#13;
nations des Iroquois ayant attribué cette mortalité aux Anglais qu’ils croient avoir&#13;
empoisonné tous ces vivres pour les faire mourir, ils se sont brouillés ensemble.&#13;
Dieu veuille que le pays fasse un meilleur usage de toutes ces grâces, qu’il n’a fait&#13;
de celles du passé. L’on a fait de continuelles prières ici pendant l’espace de trois&#13;
mois, qui auront sans doute attiré toutes ces bénédictions.&#13;
&#13;
- 754 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-6&#13;
&#13;
L’on a écrit conformément à ce que vous aviez eu la bonté de me mander et&#13;
l’on a eu sujet de se persuader que l’on déférerait au sentiment des&#13;
personnes qui ont écrit. Mais on a trouvé le moyen d’éluder ; et ainsi cette&#13;
maison, privée de tout secours humain, chargée de 20 et 25 ecclésiastiques&#13;
et présentement jusqu’à 34, outre toutes les autres charges, est réduite à de&#13;
grandes extrémités qu’elle porte avec le secours de Notre-Seigneur très&#13;
patiemment, attendant que la divine Providence y apporte un remède&#13;
efficace, qui est d’une nécessité absolue et, à moins de quoi, je prévois un&#13;
renversement total des esprits, les hommes se gagnant par suavité et par un&#13;
esprit de grâce et particulièrement les ecclésiastiques, qui souffrent&#13;
beaucoup d’ailleurs dans un pays tel que celui-ci. L’on a connu les&#13;
sentiments de M. le duc de Beauvilliers auxquels on doit déférer ; cette&#13;
maison l’a fait en tout, mais la personne que vous connaissez bien n’a pas&#13;
manqué de trouver des expédients pour n’en rien faire. Mgr de Québec passe&#13;
en France. La saison cependant est très rigoureuse pour le froid qui est plus&#13;
grand que je ne l’ai point encore vu depuis que je suis en Canada. Tout est&#13;
plein de glace et beaucoup de neige sur la terre ; ce qui a fait qu’on a voulu&#13;
le dissuader de s’embarquer.&#13;
M. de Frontenac ne s’y est pas épargné pour l’en détourner ; mais il passe&#13;
par-dessus toutes sortes de difficultés. M. de Gricourt, qui est venu ici il y a&#13;
un an, repasse en France et aura l’honneur de vous voir. Toute cette maison,&#13;
et moi spécialement, avons béni Notre-Seigneur et sa sainte Mère de vous&#13;
avoir fait arriver heureusement en France et de ce que la Providence divine&#13;
a disposé de vous et vous a mis dans un poste qui est bien important pour&#13;
la religion et tout le royaume. Nous vous sommes sensiblement obligés des&#13;
sentiments que vous conservez pour nous. Plus il semble que l’on apporte&#13;
d’opposition à l’union que vous connaissez être si utile et si absolument&#13;
nécessaire pour le bien de cette Église et du salut des âmes, plus il paraît&#13;
que la grâce de cette union prend un nouvel accroissement et se fortifie de&#13;
plus en plus dans le cœur de tous les ecclésiastiques, qui en reconnaissent&#13;
les avantages et la nécessité. Cependant, Monseigneur n’entreprend ce&#13;
voyage que dans l’unique vue de la détruire entièrement, se persuadant&#13;
qu’il ne peut pas rendre un plus grand service à Dieu et à cette Église et&#13;
- 755 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-6&#13;
&#13;
croit qu’il n’y a pas de meilleur moyen pour en venir à bout que de réduire&#13;
cette maison à la dernière extrémité ; ce qui lui a fait dire qu’avant qu’il fût&#13;
peu, il la mettrait en état de n’avoir pas du pain à manger. Les voies qu’il a&#13;
tenues cette année y conduisent tout droit et plus on tâche de déférer et&#13;
d’adoucir son esprit, plus il s’aigrit et se porte à des extrémités plus grandes,&#13;
sans qu’on puisse s’apercevoir quel fondement il en peut avoir, sinon que&#13;
son principe est que pendant qu’il y aura la moindre union et rapport à cette&#13;
maison, il ne peut avoir l’empire et la domination qu’il exige des&#13;
ecclésiastiques et qu’il se persuade être d’une nécessité absolue à son égard.&#13;
Si Dieu permet que les vues qu’ont eues ses amis ne réussissent pas et qu’il&#13;
revienne en ce pays, il est comme impossible que cette Église ne tombe pas&#13;
dans un renversement total. Notre-Seigneur et sa sainte Mère en&#13;
disposeront comme il leur plaira. J’ai une grande confiance qu’ils&#13;
continueront à protéger cette pauvre Église que vous connaissez bien&#13;
remplie de son esprit. Je ne doute point que vous n’ayez la charité et la bonté&#13;
de lui rendre tous les bons offices que vous pourrez selon les ouvertures&#13;
que la providence de Dieu vous en fournira et les besoins pressants qu’elle&#13;
en a.&#13;
Accordez-nous le secours de vos prières à cet effet et soyez persuadé qu’il&#13;
n’y a personne qui vous honore plus que moi et qui soit plus véritablement&#13;
en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère.&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
François, ancien évêque de Québec.&#13;
&#13;
- 756 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-7. Mémoire de Glandelet sur les prétentions de Saint-Vallier (1690)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-7&#13;
de l’abbé de Glandelet, vicaire général du diocèse de Québec,&#13;
1690, d’après une copie contemporaine conservée au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Chapitre, no 31&#13;
Mémoire 439&#13;
&#13;
En 1690, Mgr de Saint-Vallier avait décidé de se rendre en France. Une de ses&#13;
raisons principales était de régler la question du Séminaire de Québec. Tout porte&#13;
à croire que c’est à cette occasion que l’abbé de Glandelet, vicaire général de&#13;
Mgr de Saint-Vallier, mais d’avis différent dans cette affaire, écrivit un long&#13;
mémoire destiné à mettre au clair le point de vue du Séminaire.&#13;
Ce long rapport se divise en six chapitres, en plus de l’introduction. Nous ne&#13;
donnons ici que les parties qui intéressent notre Cause.&#13;
Le 1er chapitre, intitulé Réflexion sur les articles envoyés de France pour régler&#13;
les affaires entre Mgr de Québec et le Séminaire, est particulièrement intéressant,&#13;
puisqu’il nous fait connaître les articles de l’accord de 1689, dont le texte original&#13;
nous manque. L’auteur, voulant démontrer comment Mgr de Saint-Vallier ne tenait&#13;
pas compte de cet accord, donne des extraits ou des résumés des articles, avec&#13;
quelques remarques sur la manière d’agir de l’évêque. Nous avons donc retenu de&#13;
longs extraits de cette partie.&#13;
Le 2e chapitre est titré Touchant les prétentions de Mgr de Québec sur son chapitre&#13;
et les deux grands-vicaires établis par Mgr l’Ancien, qu’il a retirés. Nous ne&#13;
reproduisons que la partie relative à la destitution des abbés des Maizerets et&#13;
de Bernières en tant que vicaires généraux et l’attitude du Serviteur de Dieu en&#13;
cette occasion.&#13;
Le 4e chapitre, Quelques griefs que Monseigneur prétend avoir contre les&#13;
supérieurs du Séminaire au sujet des ecclésiastiques et le cinquième chapitre,&#13;
De l’obéissance que Mgr de Québec exige de ses ecclésiastiques, sont publiés&#13;
intégralement, puisqu’ils contiennent d’intéressantes informations sur les&#13;
incidents survenus entre quelques abbés du Séminaire et Mgr de Saint-Vallier,&#13;
dont on a parlé plus haut, et sur la perception de l’évêque sur l’obéissance qu’il&#13;
exigeait de ses prêtres.&#13;
Les 3e et 5e chapitres du mémoire traitent de questions qui n’intéressent pas la&#13;
Cause ; c’est pourquoi ils ont été omis.&#13;
&#13;
439&#13;
NDLR : Ce rapport explique très bien les contentieux entre le second évêque, les prêtres du&#13;
Séminaire et le chapitre. Nous avons donc choisi de l’inclure au complet.&#13;
&#13;
- 757 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Prétentions de Mgr de Québec sur le Séminaire de Québec,&#13;
les trois chefs dans lesquels ledit Séminaire a prétendu devoir se maintenir&#13;
et la disposition de Monseigneur touchant les décisions&#13;
qui ont été envoyées de France pour régler les affaires&#13;
entre Sa Grandeur et ledit Séminaire&#13;
&#13;
L’on sait que Mgr l’Ancien a uni le Séminaire de Québec au Séminaire&#13;
des Missions étrangères de Paris, lequel est approuvé et confirmé par&#13;
l’autorité du Saint-Siège et du roi. Cette union que Mgr l’Ancien a faite est&#13;
pareillement confirmée par lettres patentes de Sa Majesté, enregistrées au&#13;
Parlement de Paris et au Conseil souverain de ce pays.&#13;
Je ne saurais me persuader après cela que Monseigneur doive y prétendre&#13;
d’autre droit que celui qu’ont les évêques de France sur leurs séminaires&#13;
épiscopaux, qui sont unis ou à Saint-Sulpice ou à Saint-Lazare ou à d’autres&#13;
corps, dans lesquels il est certain qu’ils ne disputent point la liberté que ces&#13;
séminaires unis ont dans ces trois chefs : et de gouverner leur temporel et&#13;
de suivre leurs Règlements et de disposer de leurs sujets. En ce qui regarde&#13;
la conduite particulière desdits séminaires, car je ne parle pas des&#13;
séminaristes qui peuvent être entretenus par Mgrs les évêques, ni de toutes&#13;
les autres fonctions du diocèse qu’ils peuvent commettre auxdits&#13;
séminaires, qui ne peuvent s’y employer que par leur autorité.&#13;
Ces trois chefs, dans la possession et l’usage desquels Monseigneur a trouvé&#13;
le Séminaire de Québec lorsqu’il est entré au gouvernement de cette Église,&#13;
étaient ceux dont nous avions demandé l’éclaircissement en France, sur les&#13;
prétentions que Monseigneur avait si souvent témoignées au contraire ; ce&#13;
qui avait été les causes pour lors des différends qui étaient entre lui et le&#13;
Séminaire. Nous en avions fait une exposition simple à M. l’abbé de Brisacier, nous remettant à lui, comme au supérieur des Missions étrangères de&#13;
Paris, de ce que nous avions à faire. Il a mis ces choses, comme l’on sait,&#13;
entre les mains des personnes auxquelles Mgr de Québec lui-même les avait&#13;
adressées pour régler le tout. Il nous écrivit, auparavant même que d’avoir&#13;
- 758 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
conféré avec eux, qu’il en faudrait passer par leurs sentiments. Enfin, ces&#13;
Règlements et décisions sont arrivés l’année passée, en la manière qu’on a&#13;
pris la peine de les donner à M. l’abbé de Brisacier, par l’ordre de M. le duc&#13;
de Beauvilliers.&#13;
C’était là sans doute la voie la plus naturelle pour connaître la volonté de&#13;
Dieu et j’y en avais toujours appelé quand Mgr de Québec voulait de moi&#13;
des choses que je croyais me retirer de l’ordre naturel, dans lequel la divine&#13;
Providence m’a mis en me liant au Séminaire des Missions étrangères.&#13;
L’on trouvera bon qu’après les avoir remerciés très humblement, pour mon&#13;
particulier, des soins qu’ils ont pris pour mettre la paix dans cette Église et&#13;
les avoir assurés de notre soumission pour toutes ces décisions, je prenne&#13;
ici la liberté de faire quelques réflexions sur les articles qui y sont contenus,&#13;
puisque Mgr de Québec me donne aussi bien l’occasion de les faire pour les&#13;
choses qu’il a dites et qu’il a faites depuis.&#13;
Il nous a fait entendre qu’il voulait les tenir à la lettre. Oserai-je dire&#13;
que Mgr de Québec ne semble dire cela qu’afin qu’on ne se défie pas, qu’il&#13;
n’a guère envie de s’en tenir à ce qui a été déterminé ou, du moins, afin&#13;
qu’on ne soit pas cru en cas qu’on l’écrive ? La vérité est qu’il paraît assez&#13;
que ces décisions lui font de la peine et qu’il fera ce qu’il pourra pour en&#13;
détourner l’exécution, car il n’est pas sorti de son principe qu’il doit être le&#13;
maître absolu de toutes choses, que tout doit dépendre uniquement et&#13;
immédiatement de lui, sans que les ecclésiastiques soient en droit de&#13;
s’imaginer qu’il exige des choses au-delà de son pouvoir ni qu’ils puissent&#13;
avoir leur rapport qu’à lui ou à ceux à qui il voudra qu’ils l’aient, etc. C’est&#13;
ce qu’il nous a fait entendre plusieurs fois depuis que ces décisions sont&#13;
arrivées et c’est ce qu’il a toujours dit tant de fois aux curés, missionnaires&#13;
et autres ecclésiastiques. Quand il nous parla au commencement de ces&#13;
mêmes décisions, il nous dit que c’était ce qu’il avait toujours entendu et&#13;
qu’il les fallait garder à la lettre ; mais en même temps, il ajouta que c’était&#13;
jusqu’à nouvelles lumières, qu’après tout ce n’était que par condescendance&#13;
et non pas sur le droit que ces décisions avaient été faites.&#13;
- 759 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Mais il faut que je repasse maintenant sur chacun des articles qu’elles&#13;
renferment pour y faire les réflexions que je crois être nécessaires en cet&#13;
endroit. L’on reconnaîtra mieux, par ce détail, quelles sont les dispositions&#13;
de Mgr de Québec pour ce regard.&#13;
[Première partie]&#13;
Réflexions sur les articles qui sont contenus dans les décisions qui ont été&#13;
envoyées de France pour régler les affaires entre Mgr de Québec et le Séminaire&#13;
Touchant le 1er article&#13;
Prétextes que Monseigneur a pris pour ôter à M. des Maizerets la supériorité des&#13;
deux maisons religieuses de Québec et la donner à M. de Merlac&#13;
Le 1er article porte que Mgr l’évêque doit laisser gouverner les communautés de&#13;
l’un et de l’autre sexe par les supérieurs immédiats, auxquels va le mérite des&#13;
personnes, il ne saurait presque n’y trop marquer de confiance, ni trop donner&#13;
d’autorité… J’ai été surpris que, nonobstant cette décision, Mgr de Québec ait fait&#13;
paraître tout d’abord qu’il voulait ôter la supériorité des communautés religieuses&#13;
à M. des Maizerets pour la donner à M. de Merlac, comme en effet il l’a exécuté&#13;
depuis peu. J’avais compris que les paroles de cet article tombaient&#13;
particulièrement sur M. des Maizerets, qui était actuellement supérieur des deux&#13;
maisons religieuses, et que ceux qui ont concerté en France ces décisions savaient&#13;
bien être un des principaux ecclésiastiques d’ici et avoir conduit cette Église sous&#13;
l’autorité de Mgr l’ancien évêque, avec toutes sortes de grâces et d’approbation,&#13;
depuis environ 30 ans. Je ne dis pas cela pour faire des comparaisons ni pour&#13;
m’ériger en juge des mérites de l’un par-dessus l’autre, mais simplement pour faire&#13;
une réflexion qui paraît toute naturelle et pour faire voir en même temps que&#13;
Monseigneur ne paraît pas être entré dans le sentiment des personnes qui ont fait&#13;
ce premier article.&#13;
Je suis bien aise aussi de dire que le plus grand plaisir et la joie même la plus&#13;
sensible que Mgr de Québec ait pu faire à M. des Maizerets, c’est de l’avoir laissé&#13;
dans la solitude, en le retirant de tous les emplois qu’il avait exercés. Il s’y est tenu&#13;
et ne s’est mêlé de rien pour ôter toutes sortes d’ombrages à Monseigneur, qui&#13;
avait fait paraître en plusieurs occasions de la peine qu’on s’adressât à lui. Sa&#13;
conduite en cela a été louée de M. le marquis de Denonville. Cependant,&#13;
Mgr de Québec a pris pour prétexte de retirer M. des Maizerets de la supériorité&#13;
- 760 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
des deux maisons religieuses de ce qu’il ne se mêlait de rien, s’étonnant, comme il&#13;
lui a dit à lui-même, comment il pouvait garder ces deux supériorités sans y faire&#13;
plus que ce qu’il y faisait. Je ne sais ce qui a pu obliger Mgr de Québec à prendre ce&#13;
prétexte, après avoir témoigné tant de fois et par tant de manières, comme il a fait,&#13;
la peine qu’il avait que ces religieuses s’adressent à M. des Maizerets et l’avoir&#13;
même exclu de plusieurs choses, qui regardaient la charge de supérieur de ces deux&#13;
maisons.&#13;
Je sais de plus que M. des Maizerets passe, dans l’esprit de Mgr de Québec, pour un&#13;
homme sans secret et qui a des facilités non pareilles à communiquer à tout le&#13;
monde ce qu’il sait. C’est ce que Monseigneur a dit plusieurs fois et c’est ce qu’il&#13;
prétend avoir été la cause pour laquelle les ecclésiastiques l’ont abandonné pour&#13;
avoir leur rapport à moi, ainsi qu’il m’a témoigné en plusieurs rencontres.&#13;
C’est encore un prétexte que Monseigneur ne manquera pas d’alléguer pour faire&#13;
trouver bon qu’il lui ait ôté la supériorité des maisons religieuses, mais il suffit de&#13;
dire que M. des Maizerets a toujours été connu et goûté ici d’un chacun pour une&#13;
personne de grâce, qui a toujours communiqué l’esprit de Notre-Seigneur aux&#13;
personnes dont il a eu la conduite. L’on sait que les deux communautés religieuses&#13;
ont toujours vécu dans une paix, une union, une simplicité et une régularité, qui a&#13;
été d’exemple et d’édification à tout le monde, pendant tout le temps que&#13;
M. des Maizerets en a pris soin. Il n’y a jamais eu de brouillerie entre ces deux&#13;
maisons tout le temps qu’il en a été supérieur, parce qu’il a toujours été au-devant&#13;
de tout ce qui pouvait altérer la charité. Un homme qui n’a nul secret peut-il&#13;
entretenir cet esprit de concorde et de grâce dans les communautés qu’il&#13;
gouverne ?&#13;
Mais si Mgr de Québec prétend, comme on le lui a ouï-dire, que ce défaut de secret&#13;
ait obligé les ecclésiastiques d’ici à se retirer de la conduite de M. des Maizerets, je&#13;
puis dire qu’assurément Monseigneur n’est pas bien informé. Tant s’en faut qu’ils&#13;
aient quitté sa conduite qu’au contraire, il s’en est défait de la plupart pour me les&#13;
donner et je peux assurer avec vérité qu’ils n’auraient pas eu une entière confiance&#13;
en moi s’ils n’avaient eu la parfaite intelligence qui est entre nous deux. Je parle&#13;
surtout des originaires du pays et de ceux encore qui ont été autrefois sous sa&#13;
direction.&#13;
&#13;
- 761 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Touchant le 1er article 440&#13;
Continuation des prétextes de Mgr de Québec pour ôter la supériorité des maisons&#13;
religieuses à M. des Maizerets et la prétention que Monseigneur a qu’on lui a&#13;
rapporté plusieurs choses qu’il croit lui donner sujet de peine&#13;
Je ne doute pas que Monseigneur ne dise, pour autoriser le choix qu’il a fait de&#13;
M. de Merlac à la place de M. des Maizerets pour la supériorité des maisons&#13;
religieuses, qu’il lui était important d’avoir pour cette supériorité une personne&#13;
comme M. de Merlac, qui fût capable d’inspirer aux religieuses l’estime et la&#13;
confiance qu’elles doivent avoir pour leur évêque, au lieu que M. des Maizerets&#13;
n’était en état que de leur communiquer les peines que Monseigneur s’imagine&#13;
qu’il a contre lui. C’est ce que Mgr de Québec nous a fait entrevoir en beaucoup&#13;
d’occasions.&#13;
M. des Maizerets, comme l’on voit, est bien décrié dans l’esprit de Monseigneur.&#13;
Aussi est-ce lui, comme Monseigneur l’a dit très souvent, qui m’a gâté, car autrefois&#13;
j’étais le grand confident de Monseigneur et il aurait prié M. l’abbé de Brisacier de&#13;
m’élire pour supérieur du Séminaire, mais je me suis laissé tellement préoccuper,&#13;
au dire de Mgr de Québec, par M. des Maizerets, que je suis devenu un opiniâtre,&#13;
un entêté, un inflexible. Mais qu’a fait M. des Maizerets pour être si noir dans&#13;
l’esprit de Monseigneur ? Je sais que Monseigneur produit un grand nombre de&#13;
rapports que M. des Maizerets a faits, à ce qu’il dit, contre lui et je ne doute pas&#13;
que Monseigneur n’ait écrit bien des choses l’année passée contre lui, aussi bien&#13;
que contre moi ; mais je puis assurer que de tous ces rapports qu’on a faits à&#13;
Monseigneur, tant de M. des Maizerets que de moi, aucun n’est bien fondé.&#13;
La plupart sont supposés, comme ce que Monseigneur nous a reproché, que nous&#13;
aurions fait faire des blancs seings contre lui, que nous aurions fait faire aux&#13;
missionnaires leur testament en faveur du Séminaire avant que de partir pour leurs&#13;
missions et autres choses semblables, que je m’étonne qu’on ait pu dire à&#13;
Monseigneur, n’y ayant rien de plus faux. Cependant, Monseigneur assure le savoir&#13;
très certainement. Je l’ai même convaincu, par sa propre expérience, que des&#13;
choses qu’il nous reprochait et qu’il disait savoir très assurément n’étaient pas&#13;
vraies. Quelques autres rapports sont venus, par une voie qui ne devait point être&#13;
manifestée à Monseigneur, et qui ne doit pas même être relevée, comme est celle&#13;
&#13;
NDLR : La première partie étant assez longue, lorsque le texte commençait au haut d’une page,&#13;
Glandelet inscrivait : « Suite des réflexions sur les décisions tenues de France ».&#13;
440&#13;
&#13;
- 762 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
de la direction. Un ecclésiastique viendra nous proposer ses doutes, ses difficultés,&#13;
ses peines sur des choses qui le regarderont par rapport à Monseigneur, afin d’en&#13;
avoir l’éclaircissement pour le repos de sa conscience. Nous ne pouvons lui&#13;
répondre que ce qui nous paraîtra dans la justice, dans la vérité, dans la grâce, dans&#13;
la charité, le tout par rapport aux besoins de sa conscience.&#13;
Si notre réponse est rapportée à Monseigneur par cet ecclésiastique, qui se verra&#13;
peut-être pressé par Monseigneur ou autrement, je ne croirais pas que&#13;
Monseigneur nous en dût savoir aucun mauvais gré, bien loin de nous en faire des&#13;
griefs. Je n’ai rien dit en ces sortes de rencontres que je ne sois prêt de soutenir à&#13;
Monseigneur même. Mais le mal est encore qu’on ne rapporte presque jamais les&#13;
choses comme on les a dites et ce sont ces rapports mal digérés, sans épichie, sans&#13;
discrétion et en séparant les choses qu’on rapporte des assaisonnements et des&#13;
circonstances justes et raisonnables dans lesquelles elles ont été dites, qui donnent&#13;
pour l’ordinaire des impressions mauvaises contre ceux à qui on les attribue. Il y a&#13;
d’autres rapports qui ont fait peine à Monseigneur contre nous, dont les uns ne&#13;
sont que des plaisanteries, dont je suis apeuré que Monseigneur aurait ri, comme&#13;
tous les autres de la compagnie, s’il y eut été présent, et les autres ne méritent pas&#13;
qu’on les relève pour s’en justifier, tant les choses sont indifférentes.&#13;
Car sur tous les rapports que Monseigneur s’est fondé pour avoir un prétexte de&#13;
s’aliéner si fort de M. des Maizerets et de moi, comme il l’a fait, mais j’ose dire que&#13;
Monseigneur ne connaît pas M. des Maizerets, car s’il le connaissait, il verrait qu’il&#13;
est incapable d’avoir du ressentiment contre lui et d’inspirer aux autres des&#13;
sentiments contraires à ceux qu’on doit avoir pour son évêque. Mais les&#13;
préventions de Monseigneur sont si grandes, les impressions qu’il a prises contre&#13;
nous si fortes que la plupart des choses que nous disons et que nous faisons, il les&#13;
tourne à notre désavantage.&#13;
Après cela, si Monseigneur se plaint que nous ne faisons pas paraître de confiance&#13;
en lui, quelle confiance peut-on avoir en une personne que l’on sait être si&#13;
fortement préoccupée contre nous, qui cherche incessamment de quoi nous&#13;
surprendre, qui ne nous interroge dans la plupart des choses que pour nous faire&#13;
tomber en quelque piège, qui se sert de toutes les paroles que vous lui dites pour&#13;
en faire autant de griefs contre vous et vous décrier dans l’esprit des autres ? C’est&#13;
une expérience que nous faisons presque tous les jours. Si nous disons à&#13;
Monseigneur en simplicité le jugement que nous faisons des ecclésiastiques par&#13;
rapport aux emplois qui leur conviennent ou ne leur conviennent pas, il ne suit pas&#13;
- 763 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
pour cela notre sentiment, mais il rapporte à ces mêmes ecclésiastiques ce que&#13;
nous lui avons dit, qui peut les prévenir contre nous. C’est assez même que nous&#13;
fassions l’éloge d’un ecclésiastique à Monseigneur pour le lui rendre suspect. Et j’ai&#13;
remarqué que cela avait nui à quelques-uns.&#13;
Touchant les 2e et 3e articles&#13;
Prétention de Monseigneur de conduire absolument tout dans le Séminaire&#13;
Le 2e article porte que le Séminaire ne doit jamais, de son autorité propre,&#13;
nommer, envoyer, révoquer ou changer aucun curé, ni dignité ou chanoine&#13;
de la cathédrale, ni missionnaire, ni supérieur des religieuses.&#13;
Je ne crois pas que depuis que Monseigneur est revenu de France, il nous&#13;
puisse reprocher d’avoir fait aucun de ces changements. Il est vrai qu’il y a&#13;
plus d’un an que Monseigneur, ayant voulu exclure d’une assemblée&#13;
capitulaire un chanoine qui fut installé par MM. les grands-vicaires avant&#13;
que Monseigneur eût encore le gouvernement de cette Église, on prit la&#13;
liberté de lui représenter que ce Monsieur ne devait pas être exclu de cette&#13;
assemblée, étant, comme il était, le légitime possesseur du canonicat qui lui&#13;
avait été conféré ; ce que je fis voir à Monseigneur, par un écrit qu’il m’avait&#13;
dit que je lui pourrais donner, dans lequel je mis des preuves qui ont dû&#13;
paraître convaincantes Mgr de Québec, puisqu’elles sont tirées de plusieurs&#13;
arrêts du Conseil d’État, qu’on lui a fait voir.&#13;
Pour ce qui est de l’élection du supérieur et des officiers du Séminaire, aussi&#13;
bien que du curé de Québec, qui s’est faite en l’absence de Monseigneur,&#13;
lorsqu’il n’était encore que grand-vicaire de Mgr l’Ancien, c’est une chose&#13;
que Mgr de Québec a relevée bien des fois, et à nous, et aux autres ; mais où&#13;
est notre faute en cela, puisque d’une part, on n’a rien fait qu’on n’ait eu&#13;
une autorité légitime de faire, puisque, d’autre part, nous avions reçu un&#13;
ordre exprès de nos supérieurs de Paris de procéder à cette élection ?&#13;
Le 3e article porte que, à ces choses près, Mgr l’évêque doit souffrir que le&#13;
Séminaire soit gouverné, quant au spirituel et au temporel, par ses propres&#13;
supérieur et directeurs.&#13;
- 764 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Que Monseigneur ait la bonté de s’en tenir exactement et à la lettre, comme&#13;
il dit, à cet article du Règlement et nous serons parfaitement contents les&#13;
uns et les autres. Mais Monseigneur paraît bien éloigné de le vouloir&#13;
observer, par toutes les choses qu’il dit et qu’il fait, toute sa conduite&#13;
tendant à ôter cette subordination.&#13;
Ce qu’il a fait, dès le commencement qu’il est arrivé en ce pays, n’étant pas&#13;
encore sacré, il le prétend encore, quoiqu’il tienne présentement comme en&#13;
suspens cette conduite pour l’exécution. C’est ce qu’il nous a fait assez&#13;
connaître depuis que les décisions sont arrivées. Au commencement que&#13;
Monseigneur arriva en ce pays, faisant son possible pour s’attirer la&#13;
confiance des particuliers et se les attacher immédiatement à lui seul, il&#13;
voulait prendre connaissance en détail des moindres choses d’un chacun,&#13;
sans permettre qu’on fît rien sans lui ; ce qui était vouloir exercer en même&#13;
temps l’office de supérieur, d’assistant, de directeur, de procureur,&#13;
d’économe, etc., conduite qui est fort opposée à celle de Dieu, qui se sert de&#13;
ses créatures pour le gouvernement des autres, et à celle des saints et&#13;
nommément de saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, qui veut&#13;
que les supérieurs donnent grande liberté aux officiers subalternes ; au lieu&#13;
que Monseigneur, voulant se mêler de tout, il empêchait que les officiers ne&#13;
fissent leur office avec application et affection et troublait les inférieurs, qui&#13;
ne savaient à qui croire, comme il arrive encore à présent en plusieurs&#13;
choses. C’est aussi souvent ce qui déconcerte la régularité d’une maison.&#13;
Je sais que Monseigneur prend pour prétexte qu’il est premier supérieur et&#13;
que comme tel, il a un droit absolu sur les autres supérieurs, qu’il prétend,&#13;
comme il l’a dit souvent, ne devoir et ne pouvoir agir en toutes choses que&#13;
dépendamment de lui. Là-dessus, Monseigneur s’est plaint qu’on ne lui&#13;
parlait de rien, que M. des Maizerets ne l’allait pas même voir, que nous le&#13;
traitions comme un étranger, quoiqu’il fût du corps du Séminaire, que nous&#13;
ne l’invitions point de se trouver à nos assemblées et plusieurs autres choses&#13;
semblables.&#13;
&#13;
- 765 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
L’article 3e des décisions, que je viens de rapporter, est contraire à la&#13;
prétention de Monseigneur et assurément qu’on ne peut convenir de cette&#13;
dépendance absolue et universelle et pour tout que Monseigneur veut que&#13;
des supérieurs aient de Sa Grandeur.&#13;
Mais pour répondre à la plainte de Monseigneur de bonne foi, quel rapport&#13;
et quelle liaison peut-on avoir à Mgr de Québec pour des choses qui ne&#13;
regardent nullement son caractère d’évêque, lui qui ne peut souffrir qu’on&#13;
le contredise en rien et qui fait passer pour des révoltes les moindres&#13;
résistances qu’on croira devoir apporter à ses vues ? Depuis qu’il est revenu&#13;
de France, lorsqu’on s’est assemblé avec lui, on a eu tout lieu d’en être très&#13;
mécontent, n’ayant vu les affaires se terminer qu’à des emportements, des&#13;
aigreurs et des reproches où il s’est laissé aller, quoique Mgr l’Ancien et les&#13;
officiers lui parlassent avec beaucoup de respect. C’est l’expérience que&#13;
presque tous ceux qui ont eu affaire à lui en ont faite. Il commence par des&#13;
paroles douces et des manières flatteuses et caressantes, mais aussitôt qu’on&#13;
le contredit, il fait paraître les indignations et les emportements qui laissent&#13;
l’esprit et le cœur serrés et peinés contre lui ; et ce qui empêche qu’on ne&#13;
puisse rien résoudre avec Monseigneur, c’est qu’il ne revient point de ses&#13;
sentiments.&#13;
Touchant les 4e, 5e et 6e articles,&#13;
qui regardent l’élection du supérieur du Séminaire, l’agrégation des ecclésiastiques&#13;
et la nomination des clercs qui seront entretenus au Séminaire, où il est parlé du&#13;
retranchement de 2 000 [livres] que Mgr de Québec a fait au Séminaire&#13;
Le 4e article porte que, quoique le Séminaire ait droit de choisir son&#13;
supérieur, il est de la civilité, du bien de la paix, du respect qui est dû à un&#13;
évêque et du bien du Séminaire même qu’avant de déclarer un supérieur,&#13;
il le propose à M. l’évêque et lui demande s’il l’aura agréable ; mais aussi&#13;
M. l’évêque doit se rendre facile à l’agréer, à moins qu’il n’y trouvât de ces&#13;
empêchements extrêmes, qui ne peuvent presque jamais ou que très&#13;
rarement arriver. Cet article est bien éloigné de la prétention qu’a toujours&#13;
fait paraître Monseigneur de choisir lui-même le supérieur qui lui plairait&#13;
&#13;
- 766 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
et de faire même déposer, comme il a tenté de le faire, M. des Maizerets.&#13;
Monseigneur ne paraît pas encore revenu de cette prétention.&#13;
Le 5e article porte que M. l’évêque doit ordinairement laisser aux supérieurs&#13;
du Séminaire la liberté d’agréger les ecclésiastiques qu’ils en jugeront&#13;
dignes. Les supérieurs du Séminaire doivent réciproquement, autant qu’ils&#13;
le peuvent, donner de leurs ecclésiastiques à M. l’évêque, lorsqu’il en&#13;
demandera, pour les cures et autres besoins de son diocèse, convenant&#13;
ensemble sur cela et sur toutes autres choses de bonne amitié et comme des&#13;
personnes qui ne cherchent que la plus grande gloire de Dieu, sans que ni&#13;
M. l’évêque se serve d’autorité, ni lesdits supérieurs demeurent trop&#13;
attachés aux intérêts particuliers, même spirituels, du Séminaire. C’est ici&#13;
un article qui ne revient nullement à Mgr de Québec. Il croit que cette union&#13;
donne lieu aux ecclésiastiques de penser qu’ils ne dépendent point de lui,&#13;
mais du Séminaire, et que de plus elle est un obstacle à ce que les missions&#13;
soient servies. Tant s’en faut que cette union produise ces effets qu’au&#13;
contraire, elle en fait et en fera toujours de tout opposé.&#13;
J’ajouterai seulement que Monseigneur n’a aucun lieu de se plaindre que le&#13;
Séminaire lui ait refusé aucun ecclésiastique de ceux qu’il lui a pu donner.&#13;
J’ai déjà dit qu’il ne restait au Séminaire que des prêtres infirmes et quelques&#13;
autres, dont il est absolument impossible de se passer pour le&#13;
gouvernement du Séminaire. On est allé jusque-là même que de donner à&#13;
Monseigneur, pour les missions, MM. Duplein, Gaultier et Tremblay,&#13;
officiers, dont le premier est mort en mission et le dernier était procureur&#13;
du Séminaire. Il ne reste au Séminaire, de tous ses prêtres, que&#13;
M. des Maizerets, supérieur, M. de Bernières, doyen du chapitre, que l’on&#13;
peut bien mettre au nombre des infirmes, M. le curé de Québec et moi, avec&#13;
ses infirmes, sans qu’on puisse compter parmi les surnuméraires&#13;
l’ecclésiastique qui est dans la terre du Cap-Tourmente, à sept lieues de&#13;
Québec, appartenant à Mgr l’Ancien, puisque cet ecclésiastique remplit bien&#13;
sa place de missionnaire dans ce lieu, qui sert d’une paroisse, où il y a un&#13;
bon nombre d’âmes à desservir, tant dans le domaine qu’aux environs.&#13;
&#13;
- 767 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Le 6e article porte qu’il est juste que M. l’évêque ait la nomination des clercs qui&#13;
seront entretenus dans le Séminaire, des biens qu’il y a donnés ou procurés et&#13;
obtenus du roi pour les autres clercs qui y seront entretenus, des biens que le&#13;
Séminaire aurait ou recevrait du roi, avant que Mgr l’évêque fut nommé à l’évêché&#13;
de Québec. La nomination en doit appartenir à ceux à qui elle est attribuée par le&#13;
roi ou par les contrats de fondation. Si le roi ou lesdits contrats n’attribuent à&#13;
personne ladite nomination, il est de la générosité de Mgr l’évêque de la laisser à&#13;
Mgr de Laval, son prédécesseur, et de le prier même de l’attribuer pour quand il&#13;
sera mort à qui il lui plaira.&#13;
Nous ne trouvons rien à redire à cet article, mais si Monseigneur eût bien voulu s’y&#13;
conformer, il n’aurait pas retranché, comme il a fait tout d’un coup, au Séminaire&#13;
2 000 livres du fonds de 4 000 livres, qui sont couchées sur l’effort des charges&#13;
indispensables du pays, dont ledit Séminaire a toujours joui depuis 23 ans ou&#13;
environ ; car pour me servir des termes qui sont coulés dans le présent article, le&#13;
Séminaire a eu et reçu du roi cette somme de 4 000 livres avant que Monseigneur&#13;
fût nommé à l’évêché de Québec, sans qu’une partie ait été appliquée pour les&#13;
églises, ainsi que Monseigneur prétend le pouvoir faire, en vertu de la manière dont&#13;
la distribution de cette somme est énoncée sur l’état ; car la Cour a bien voulu&#13;
suppléer d’ailleurs à ce qui concerne les églises de ce pays, par une autre somme&#13;
de 3 000 livres qu’elle a donnée pendant plusieurs années pour lesdites églises,&#13;
comme étant bien informée que la somme de 4 000 livres, qui sont sur l’état des&#13;
charges couchées sur l’état des charges indispensables du pays, était affectée tout&#13;
entière, comme elle l’avait toujours été auparavant, pour le Séminaire ; ce qu’elle&#13;
a bien approuvé, puisqu’elle a reçu jusqu’ici les quittances qui en ont été baillées&#13;
tous les ans et envoyées à la Cour par Mgr l’Ancien. Mais c’est une affaire pour&#13;
laquelle on a envoyé des mémoires en France, sur lesquels nous attendons, avec&#13;
paix et tranquillité, le Règlement qui en sera fait. J’ajoute seulement que&#13;
Mgr de Québec, nous retranchant les 2 000 francs, n’a point eu d’égard à l’article&#13;
3e des décisions que l’on a envoyées, qui porte que Monseigneur est prié de ne rien&#13;
changer, ni faire de considérable sans avoir consulté son Conseil et de vouloir que&#13;
le même Conseil soit le juge amiable des différends qui pouvaient encore survenir.&#13;
Cette affaire, sur laquelle nous aurons pris la liberté de faire nos remontrances à&#13;
Monseigneur par plusieurs écrits, méritait bien qu’il ne la décidât pas de son chef.&#13;
Cependant, c’est ce que Monseigneur a fait, contre les avis que M. le marquis de&#13;
Denonville et le R.P. Dablon lui ont donnés, qui lui ont conseillé de laisser les choses&#13;
comme elles étaient et de ne nous pas retrancher cette somme qu’ils auraient bien&#13;
connue être absolument nécessaire pour le fonds et la subsistance de ce Séminaire.&#13;
- 768 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Touchant les 7e et 8e articles,&#13;
qui regardent la reddition de compte du temporel du Séminaire à Monseigneur,&#13;
l’union des curés au Séminaire et la distribution de leurs pensions&#13;
et de leurs besoins par ledit Séminaire,&#13;
dessein formé de Mgr de Québec de détruire le contenu du 8e article ci-dessus,&#13;
touchant l’union des cures et la distribution de leur pension&#13;
Le 7e article porte que le Séminaire de Québec, étant le séminaire épiscopal,&#13;
il doit rendre compte une fois tous les ans de son temporel à M. l’évêque,&#13;
sans obligation néanmoins de descendre à un trop grand détail, qui ne serait&#13;
ni de la dignité de l’évêque, ni même de celle d’un supérieur.&#13;
Cet article est juste et Monseigneur ne saurait dire avec fondement que&#13;
nous y avons jamais fait de difficulté. Ce compte sera bientôt rendu, quand&#13;
il plaira à Monseigneur. Ce n’est pas que Monseigneur, ôtant au Séminaire,&#13;
comme il a fait, 2 000 livres sur les 4 000 livres qui sont couchées sur l’état&#13;
des charges indispensables du pays, dont ledit Séminaire avait toujours&#13;
entièrement et paisiblement joui jusqu’à présent, les choses ne sont plus en&#13;
l’état où on les suppose pour rendre ce compte, outre qu’on attend un&#13;
Règlement pour savoir combien le Séminaire doit nourrir et entretenir&#13;
d’ecclésiastiques pour les sommes qui viennent de la Cour, dont l’on a reçu&#13;
en tout cette année que la moitié des 4 000 livres ci-dessus, desquelles&#13;
Monseigneur a retranché, comme j’ai dit, l’autre moitié au Séminaire.&#13;
Le 8e article porte qu’il est du bien temporel et spirituel des curés qu’ils&#13;
demeurent autant unis au Séminaire qu’ils l’ont jamais été. Ainsi, quoique&#13;
Mgr l’évêque ne doive pas les y contraindre, il doit les y exhorter autant qu’il&#13;
pourra et laisser le Séminaire chargé du soin de leur distribuer leurs&#13;
pensions et de leur fournir leurs besoins.&#13;
J’ai déjà fait quelques réflexions sur cet article en parlant du 5e article,&#13;
auquel celui-ci a beaucoup de rapport. Mgr de Québec prétend absolument&#13;
détruire cette union et c’est l’une des principales raisons du voyage qu’il a&#13;
dessein de faire en France. Il a même déclaré que s’il ne venait pas à bout&#13;
de la rompre, il ne reviendrait pas en ce pays. Si Dieu permet qu’il vienne à&#13;
- 769 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
bout de ses fins, il verra le tort qu’il se sera fait à lui-même et à son Église.&#13;
Mais oserai-je dire que ce qui fait encore de la peine à Mgr de Québec sur cet&#13;
article, c’est la distribution que le Séminaire doit faire aux curés de leurs&#13;
pensions et entretien ? Monseigneur s’est plaint que M. des Maizerets avait&#13;
fait une distribution fort inégale, en son absence, des suppléments que&#13;
la Cour donne aux curés de ce pays, ayant donné trop, à ce qu’il dit, à ceux&#13;
qui sont dans les cures unies au Séminaire et trop peu aux autres. C’est pour&#13;
cela que Monseigneur retrancha l’année passée ce qu’il voulut à ceux-là,&#13;
sans faire pourtant la portion de ceux-ci meilleure qu’elle n’était&#13;
auparavant.&#13;
Touchant le 9e article,&#13;
qui regarde le chapitre et la conformité au cérémonial romain&#13;
Le 9e article porte que Mgr l’évêque et le chapitre se servent déjà du bréviaire&#13;
romain. Ils doivent aussi prendre le cérémonial romain, en adoucissant néanmoins&#13;
les articles, dont la pratique serait trop difficile dans le pays, à cause du froid&#13;
excessif et des autres incommodités qui s’y pourraient rencontrer.&#13;
Mgr de Québec a trouvé mauvais qu’on eût réglé cet article, qui s’est fait, dit-il, sans&#13;
qu’il en eût écrit en France. Il a témoigné en quelques occasions trouvé à redire&#13;
que M. le doyen fut encensé de trois coups d’encens en l’absence de l’évêque, cela&#13;
étant contre le cérémonial romain, qui n’en prescrit que deux pour les dignités des&#13;
chanoines. Il est vrai que pour nous conformer à ce cérémonial, que nous avons&#13;
pris dès le commencement pour la règle de cette cathédrale, on ne lui donnait que&#13;
deux coups d’encens comme aux autres, mais on crut devoir depuis changer la&#13;
chose, en conséquence d’un arrêt du Conseil d’État que le roi fit envoyer en Canada&#13;
pour régler les honneurs de l’Église.&#13;
Si Mgr de Québec prenait occasion de là de nous reprocher que nous ne suivons pas&#13;
le cérémonial romain, nous aurions bien plus de lieux de remontrer à Sa Grandeur&#13;
qu’elle ne s’y conforme pas, puisqu’il exige de ses chanoines des honneurs qui sont&#13;
directement contraires à ce que prescrit le cérémonial romain, comme quand il&#13;
voulut que les chanoines lui baisassent la main à genoux, lorsqu’il fit son entrée au&#13;
retour de son premier voyage ; que les dignités et chanoines, qui lui serviraient de&#13;
prêtres, assistants et diacres d’honneur quand il officie pontificalement, se missent&#13;
à genoux à la bénédiction pontificale ; que les chanoines et le théologal allant&#13;
- 770 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
prêcher lui demandent la bénédiction à genoux, etc., car dans tous ces cas, le&#13;
cérémonial romain dit que les chanoines se tiennent debout.&#13;
Cependant, pour complaire à Monseigneur, on a relâché de son droit en se&#13;
soumettant à ce qu’il a désiré, jusqu’à ce que la chose soit réglée, excepté dans le&#13;
second cas, qui regarde le prêtre assistant et les diacres d’honneur, dont l’ayant&#13;
laissé le maître, on lui représenta néanmoins qu’on ne pouvait entrer dans son&#13;
sentiment sur ce point, qui est universellement contre l’usage et contre les livres ;&#13;
ce qui l’obligea de désister. On l’est allé même reconduire en corps jusque chez lui,&#13;
où l’on l’était allé prendre en la même manière, quoique le cérémonial n’oblige à&#13;
le reconduire qu’à la porte de l’église et qu’il fasse entendre même que le lieu où&#13;
l’on doit l’aller prendre ne soit nullement incommode, comme l’est celui de sa&#13;
demeure ; à quoi, néanmoins, on s’est encore rendu pour lui complaire, jusqu’à ce&#13;
que la chose soit réglée.&#13;
Monseigneur nous a taxé et reproché même, en plusieurs rencontres, d’affecter&#13;
ambitieusement tous les honneurs et les privilèges des chapitres les plus&#13;
considérables de France, nous disant que le chapitre devait se distinguer en&#13;
rendant à son évêque tout le plus d’honneurs qu’il pouvait. Je crois pouvoir dire&#13;
que le reproche que Monseigneur nous fait n’est pas bien fondé, car est-ce être&#13;
ambitieux que de s’en vouloir tenir aux règles et à l’ordre que l’Église prescrit ? De&#13;
plus, on ne prétend point s’opiniâtrer dans toutes les pointilles de préséance et&#13;
d’honneur, mais suivre la décision des personnes qui sont versées dans ces&#13;
matières.&#13;
Quoique les prétentions de Mgr de Québec sur son chapitre doivent paraître&#13;
surprenantes à tous ceux qui savent le droit et l’usage de tous les chapitres, nous&#13;
ne prétendons pas néanmoins nous porter parties contre Monseigneur, mais nous&#13;
en tenir au jugement qu’en feront ces mêmes personnes, sans avoir été prévenues&#13;
de part ni d’autre, après qu’on aura remontré les raisons sur lesquelles on est&#13;
appuyé. Il n’y a rien qui paraisse en cela contre l’humilité chrétienne et&#13;
ecclésiastique, qui défend bien davantage de demander absolument des honneurs&#13;
et des soumissions, qui ne sont point dus, qu’elle ne défend de maintenir ses droits&#13;
avec simplicité et modération.&#13;
&#13;
- 771 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Touchant le 10e article,&#13;
qui regarde l’éloignement de Mgr l’Ancien et le renvoi de M. des Maizerets en&#13;
France que Mgr de Québec avait demandé.&#13;
Mgr de Québec en veut principalement à trois du Séminaire :&#13;
à M. des Maizerets, grand-archidiacre et supérieur du Séminaire,&#13;
à M. Dupré, curé de Québec,&#13;
et à M. de Glandelet, théologal et directeur du Séminaire.&#13;
Dessein de Mgr de Québec de faire ôter la supériorité à M. des Maizerets,&#13;
la cure à M. Dupré et de faire repasser M. de Glandelet en France&#13;
Le 10e article porte que Mgr l’évêque ne doit jamais penser, ni à éloigner du&#13;
Séminaire Mgr de Laval, ni à renvoyer en France M. des Maizerets. On le&#13;
prie même d’en donner parole à M. le gouverneur.&#13;
C’est assurément ce que Monseigneur a prétendu et ce qu’il a essayé de faire&#13;
par toutes les voies qu’il a crues les plus propres à son dessein. L’on peut&#13;
s’étonner après cela de ce que Monseigneur nous a dit, depuis les lettres de&#13;
l’année passée, que son dessein n’avait point été de les éloigner, mais&#13;
simplement de nous obliger à nous ménager à son égard en nous faisant&#13;
voir le pouvoir qu’il avait de nous écarter. Je ne sais comment Monseigneur&#13;
a pu dire cela, après m’avoir fait voir, comme il a fait, le mémoire qu’il&#13;
envoya en France, où il s’exprima si fortement et si ouvertement sur la&#13;
nécessité qu’il croyait que Mgr l’Ancien se retirât au Cap-Tourmente et que&#13;
M. des Maizerets repassât en France. M. le marquis de Denonville m’a dit à&#13;
moi-même que Mgr de Québec lui avait voulu demander main forte pour&#13;
renvoyer M. des Maizerets. Une conduite de cette nature, qui a été connue,&#13;
a paru aux personnes les plus raisonnables une espèce de cruauté et de&#13;
violence. Monseigneur me fit même confidence, en ce temps-là, qu’il croyait&#13;
pouvoir m’attirer à son parti, d’une lettre forte qu’il avait eu la pensée&#13;
d’écrire au ministre sur ce sujet. Mais ce que nous savons, par plusieurs&#13;
choses dont Monseigneur s’est expliqué clairement, c’est que dans la&#13;
disposition dans laquelle il est, il ne s’en tiendra plus à ce que les serviteurs&#13;
de Dieu pourront lui conseiller en France, mais que s’ils n’acquiescent&#13;
entièrement à ses vues et à ses intentions, dont il n’y a plus sujet de croire&#13;
qu’il revienne, il parlera fortement au ministre pour emporter par la force&#13;
- 772 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
ce qu’il n’aura pu obtenir d’une autre façon. L’on peut même juger avec&#13;
fondement qu’il l’en préviendra par lettre avant son départ pour la France,&#13;
quoique peut-être d’une manière générale seulement, pour le préparer de&#13;
bonne heure à l’écouter quand il sera arrivé en France.&#13;
Mgr de Québec fait assez paraître qu’il en veut particulièrement à trois personnes&#13;
du Séminaire : à M. des Maizerets, à M. Dupré et à moi, mais beaucoup plus&#13;
maintenant à moi qu’aux deux autres. Il se contentera de demander l’exclusion de&#13;
M. des Maizerets pour la supériorité du Séminaire et pour tous les autres emplois,&#13;
qui pourraient lui attirer le rapport et la confiance des personnes, car je ne pense&#13;
pas qu’il songe davantage à le faire repasser en France. Selon toutes les&#13;
apparences, Monseigneur ne s’exposera pas de son plein gré à la censure et à&#13;
l’indignation manifeste d’un chacun, qu’il sait bien qu’il s’attirerait par là, depuis les&#13;
lettres qu’on lui a écrites de France. Sur ce sujet, il demandera qu’on fasse sortir&#13;
M. Dupré de la cure de Québec, car on n’a jamais vu Monseigneur revenir de la&#13;
peine qu’il a eue d’apprendre qu’on l’y avait installé, quelque assurance qu’il nous&#13;
ait voulu donner quand il revint ici de France, qu’il approuvait ce qui s’était fait pour&#13;
ce regard, aussi bien que pour la supériorité de M. des Maizerets, l’un et l’autre&#13;
ayant été élus, comme ils l’ont été par une autorité légitime et dans le temps que&#13;
Mgr de Québec n’était encore que grand-vicaire de Mgr l’Ancien.&#13;
Mais pour moi, je suis assuré, et personne de celles qui savent les fortes&#13;
impressions qu’il a contre moi n’en doute, qu’il employa tous les moyens qu’il pût&#13;
pour me faire repasser en France, ne me regardant, ainsi que j’ai assez remarqué&#13;
par les choses qu’il m’a dites et aux autres, que comme un homme capable&#13;
d’inspirer à tous les ecclésiastiques le mépris, la désobéissance et la révolte contre&#13;
leur évêque, quoique je ne sache pas néanmoins lui en avoir donné aucun véritable&#13;
sujet et que j’ai tâché de faire le contraire en toutes occasions.&#13;
J’espère que Dieu me fera la grâce de me soumettre aux ordres de son aimable&#13;
providence. Si elle dispose les choses pour mon retour en France, où je puis assurer&#13;
que je n’ai pas en la moindre pensée de retourner jusqu’à l’arrivée de&#13;
Mgr de Québec, depuis 15 ans que je suis dans ce pays ; mais j’avoue que sa&#13;
conduite m’a paru, et aux serviteurs de Dieu, si éloignée de l’esprit de NotreSeigneur que j’ai senti quelquefois quelque agitation sur ce point et il m’échappa&#13;
de lui dire, il y a un an ou plus, sur la menace qu’il me fit, que je prenais le train de&#13;
devenir inutile dans son diocèse (c’était parce que je n’avais pas entré aveuglément&#13;
- 773 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
dans ses sentiments en une occasion où je ne croyais pas le devoir faire), que&#13;
j’adorerais la providence de Dieu quand cela arriverait, mais que je lui avouais que&#13;
l’union, que je savais dès la France être dans cette Église, ayant été mon unique&#13;
attrait pour m’y faire venir. Il ne me paraissait plus rien qui put m’y retenir si je&#13;
voyais cette belle union rompue. Cependant, je dois dire que cette raison de quitter&#13;
le Canada, qui me serait commune avec bien d’autres ecclésiastiques qui sont ici,&#13;
ne l’emportera jamais, comme j’espère, sur la volonté de Dieu et que voyant ici,&#13;
comme je vois, les serviteurs de Dieu ne jugent pas que je doive faire ce voyage, je&#13;
suis tout à fait résolu de n’y point penser, outre que ma santé ne me le permettrait&#13;
pas, ayant contracté depuis que je suis ici des infirmités notables.&#13;
Touchant les 11e, 12e et 14e articles,&#13;
qui regardent les assurances qu’il faut donner de la bonne intelligence de part et&#13;
d’autre, de ne point reparler du passé et d’avoir un médiateur.&#13;
gr&#13;
M de Québec fait continuellement des décharges aux uns et aux autres tant&#13;
ecclésiastiques que séculiers, contre le Séminaire.&#13;
Il renouvelle sans cesse le passé et veut des personnes qui lui rapportent toutes&#13;
choses, jusqu’aux plus secrètes et intérieures.&#13;
Manières que Monseigneur emploie pour prévenir les esprits contre le Séminaire.&#13;
Le 11e article porte qu’il serait à propos que M. des Maizerets, en son nom et au&#13;
nom de tout le Séminaire, demandât pardon du passé à Mgr l’évêque, sans témoin&#13;
néanmoins, et que Mgr l’évêque de sa part l’assurât de son amitié, etc., et qu’on fît&#13;
savoir cela à tous les ecclésiastiques.&#13;
M. des Maizerets s’est acquitté plus que de cela, l’ayant fait en présence de&#13;
plusieurs ecclésiastiques. Nous avons aussi dit et écrit aux ecclésiastiques tout ce&#13;
qui se peut pour leur faire entendre l’union qui serait entre Monseigneur et nous.&#13;
Nous n’avons rien dit ni rien fait qui puisse aliéner les esprits de Monseigneur : c’est&#13;
Monseigneur lui-même qui détruit les sentiments qu’on leur inspire sur ce sujet.&#13;
Monseigneur leur a fait tant de charges et de confidences contre nous, en leur&#13;
recommandant à tous le secret, que quand nous leur avons voulu faire croire qu’il&#13;
n’y avait rien qui ne fut bien entre Monseigneur et nous, ils nous ont dit qu’ils&#13;
savaient bien le contraire, parce que Monseigneur leur avait parlé, ces&#13;
ecclésiastiques se rapportant ensuite les uns aux autres ce que Monseigneur leur&#13;
avait dit contre le Séminaire pour les en désunir. Cela a eu un effet tout opposé,&#13;
étant convaincus, comme ils le sont par leur propre expérience, du contraire de ce&#13;
que Monseigneur leur a dit.&#13;
- 774 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Monseigneur ne fait pas seulement ses décharges contre le Séminaire aux&#13;
ecclésiastiques : il s’adresse pareillement aux séculiers, à qui il fait de&#13;
semblables confidences, et qui ne doutent pas, comme ils nous l’ont dit, que&#13;
son dessein ne soit de détruire le Séminaire. Voyez les manières que&#13;
Monseigneur emploie pour prévenir les esprits contre le Séminaire et pour&#13;
faire approuver sa conduite. Il exagère ses croix ; il fait paraître les aimer ; il&#13;
les agrée avec beaucoup de résignation ; il dit qu’il n’en veut pas descendre ;&#13;
il fait voir les grands biens qu’il a faits au Séminaire ; il tâche de persuader&#13;
aux ecclésiastiques que c’est lui qui paie leur pension au Séminaire ; il dit&#13;
que nous sommes des ingrats, que nous nous opposons à tout ce qu’il veut,&#13;
que nous entreprenons contre son autorité, que nous le traitons avec&#13;
mépris, que nous aliénons les ecclésiastiques de lui, que nous faisons&#13;
paraître la désunion que nous avons de lui par nos paroles et par nos&#13;
manières d’agir ; il publie enfin que, nonobstant cela, il oublie tout, qu’il n’a&#13;
aucun ressentiment contre nous, qu’il nous aime et qu’il a de grandes&#13;
tendresses pour le Séminaire.&#13;
Plusieurs séculiers, qui sont distingués en ce pays, nous ont avoué qu’à&#13;
ouïr Mgr de Québec, ils se laisseraient aisément prévenir contre nous, s’ils&#13;
ne voyaient dans notre conduite le contraire de ce qu’il dit ; mais tout le&#13;
monde est témoin que nous ne remuons pas, que nous ne disons mot, que&#13;
nous rendons à Sa Grandeur tout le respect et toute la soumission que nous&#13;
pouvons.&#13;
Le 12e article porte qu’on ne doit plus parler, de part ni d’autre, des sujets de&#13;
plainte qu’on croit avoir eus. Monseigneur les renouvelle sans cesse, dans le&#13;
général et dans le particulier. Il nous reprocha encore il n’y a pas longtemps, dans&#13;
une assemblée capitulaire, l’élection que nous avions faite du supérieur et des&#13;
officiers du Séminaire lorsqu’il était en France, n’étant encore que grand-vicaire de&#13;
Mgr l’Ancien, qui sont des choses qui ne regardent point le chapitre et qui étaient&#13;
inconnues à plusieurs de ceux qui étaient assemblés, comme appartenant à la&#13;
conduite secrète et particulière du Séminaire, quoiqu’il nous assura, dès le&#13;
commencement qu’il arriva ici, au retour de son premier voyage de France, qu’il&#13;
avait tout sacrifié et tout oublié.&#13;
&#13;
- 775 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Le 14e article porte qu’il serait à souhaiter que Mgr l’évêque eut un ecclésiastique&#13;
de mérite, qui fut comme un médiateur perpétuel, etc.&#13;
C’est de M. de La Pallière dont l’on veut parler en cet endroit et sur lequel&#13;
M. l’abbé de Brisacier nous a écrit. Je ne sais qui pourrait faire l’office de médiateur&#13;
auprès de Monseigneur, aussi n’a-t-on pas sujet de croire qu’il y pense, ne voulant&#13;
que des personnes qui soient comme des instruments entre ses mains, pour dire&#13;
et faire ce qu’il leur inspirera et qui lui rapportent tout, jusqu’aux pensées les plus&#13;
secrètes des cœurs, non seulement celles qu’ils ont en eux-mêmes, mais encore&#13;
celles qui leur sont communiquées par les personnes qu’ils conduisent. C’est ainsi&#13;
que Monseigneur, s’étant imaginé que j’entrerais dans toutes ses vues, voulait&#13;
m’obliger à lui rapporter généralement tout ce qui se dirait et se ferait, même ce&#13;
que dirait ou ferait M. des Maizerets, supérieur, et à ne lui rien cacher des&#13;
communications les plus particulières que les ecclésiastiques m’auraient faites de&#13;
leur intérieur. Il a tenu encore cette conduite à l’égard de plusieurs ecclésiastiques&#13;
en ayant voulu obliger même quelques-uns, sous peine de péché, à découvrir ce&#13;
que disaient les supérieurs ; et comme Monseigneur est extrêmement pressant, il&#13;
n’a point de cesse qu’on ne lui ait dit tout ce qu’on a dans le cœur, faisant même&#13;
semblant pour les engager davantage, de savoir des choses touchant les supérieurs&#13;
qu’il n’a point apprises, mais qu’il suppose qu’ils ont dites et faites, afin de tirer un&#13;
aveu de la part de ceux à qui il parle qu’elles sont véritables. C’est de quoi on a&#13;
beaucoup d’exemples, tant du passé que du présent.&#13;
Touchant le 13e article,&#13;
qui regarde l’avis que l’on donne à Mgr de Québec de se faire un conseil&#13;
Le 13e article porte qu’on prie Mgr l’évêque de se faire un conseil de trois ou quatre&#13;
personnes, de ne rien changer ni faire de considérable dans la conduite de son&#13;
diocèse sans avoir consulté son conseil et de vouloir que ce même conseil soit le&#13;
juge amiable des différends, qui pouvaient encore survenir.&#13;
Mgr de Québec nous fit connaître, à M. des Maizerets et à moi, qu’il nous imputait&#13;
le reproche, qu’il nous disait qu’on lui faisait dans les lettres de l’année passée, de&#13;
n’avoir pas de conseil.&#13;
Il nous dit qu’apparemment nous avions écrit cela, à cause que nous n’avions pas&#13;
un bon conseil formé dès le commencement. Il faut tout dire : Monseigneur a un&#13;
conseil depuis la fin de l’année 1688, lequel est composé de M. de Merlac, du&#13;
- 776 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
R. P. Dablon et de moi. Je sais qu’il n’y a personne qui n’eût conseillé à&#13;
Monseigneur de se servir de M. des Maizerets préférablement à tout autre d’entre&#13;
ceux du Séminaire, et pour son conseil, et pour la conduite des maisons religieuses,&#13;
et pour les emplois les plus importants de son diocèse, comme en étant sans&#13;
contredit le plus capable entre ceux qui sont parmi nous ; mais je peux affirmer que&#13;
ce conseil s’assemble bien rarement, et pour l’ordinaire seulement, pour décider&#13;
de quelque cas de conscience qui se présente, dont les résolutions ne touchent&#13;
point à Mgr de Québec, de quelque part qu’elles aillent. Il est aisé de prendre conseil&#13;
dans toutes ces choses indifférentes, dont un évêque est souvent bien aise de se&#13;
décharger sur les autres, afin que si la décision n’est pas favorable à quelques-uns,&#13;
il puisse dire, comme Monseigneur a déjà fait : « C’est mon conseil qui a jugé cela ! »&#13;
Mais combien de choses importantes se sont présentées et se présentent tous les&#13;
jours, où Mgr de Québec n’a pris et ne prend conseil que de lui-même ? Je parle de&#13;
celles qui peuvent le regarder de plus près.&#13;
Cependant, Monseigneur dit qu’il ne fait rien sans conseil et ce qui rend le mal plus&#13;
grand, c’est qu’effectivement il le croit, parce que disant un mot à l’oreille de ce&#13;
qu’il a déjà conclu dans son esprit ou faisant entrevoir qu’on ne lui plairait pas de&#13;
le détourner de ce qu’il témoigne désirer, on le laisse faire sans lui dire mot,&#13;
Monseigneur prenant pour un conseil qu’on lui donne quand on ne lui résiste pas,&#13;
parce qu’il ne donne pas la liberté de dire son sentiment.&#13;
[Deuxième partie]&#13;
Touchant les prétentions de Mgr de Québec sur son chapitre&#13;
et les deux grands-vicaires, établis par Mgr l’Ancien, qu’il a ôtés&#13;
Je sais que Monseigneur a de grandes prétentions sur son chapitre, comme il nous&#13;
l’a fait connaître presque aussitôt qu’il fut de retour en ce pays de son voyage de&#13;
France et surtout en nous faisant voir, à M. des Maizerets et à moi, les remarques&#13;
qu’il avait apportées de France sur les statuts du chapitre, que nous y avions&#13;
envoyés l’année d’auparavant ; mais comme cette affaire doit être réglée par les&#13;
personnes habiles et intelligentes, qui seront consultées en France, sans être&#13;
prévenues de part ni d’autre, je ne m’arrête pas ici à rapporter toutes les choses&#13;
que Monseigneur prétend lui devoir être accordées, qui sont assurément bien&#13;
extraordinaires et la plupart sans exemple et contre les livres qui parlent de ces&#13;
matières.&#13;
&#13;
- 777 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Je crois seulement ne devoir pas omettre ici deux articles, qui regardent le chapitre&#13;
et que Mgr de Québec a paru avoir bien à cœur : l’un concerne le rang ou la séance&#13;
du grand-vicaire dans la cathédrale ; l’autre, la provision du canonicat et de la&#13;
chantrerie de feu M. Dudouyt.&#13;
L’on aura su sans doute, par les lettres de l’année passée, que Monseigneur&#13;
a ôté les deux grands-vicaires que Mgr son prédécesseur avait établis depuis&#13;
un grand nombre d’années, dont l’un était M. de Bernières, doyen du&#13;
chapitre, et l’autre M. des Maizerets, grand-archidiacre et supérieur du&#13;
Séminaire, et l’on aura en même temps appris qu’il a choisi pour ses grandsvicaires M. de Merlac, qu’on lui donna il y a deux ans dans Paris pour lui&#13;
servir d’aumônier, et moi. Je ne dirai point la surprise que ce changement a&#13;
causée dans les esprits, qui n’ont pu s’empêcher de regarder ce nouveau&#13;
choix comme un mépris de la conduite de Mgr l’Ancien, qui a porté la chose&#13;
dans un grand silence, aussi bien que la manière méprisable&#13;
que Mgr de Québec fait paraître dans tout le reste à son égard, dont le&#13;
monde qui s’en aperçoit paraît tout à fait surpris et indigné.&#13;
Il est constant que personne n’a approuvé que Monseigneur eut ôté ces deux&#13;
Messieurs, non plus que le choix qu’il a fait de moi pour être à la place de&#13;
M. des Maizerets, que tout le monde connaît pour une personne qui a beaucoup&#13;
d’intelligence, de vertu et une manière surtout extraordinairement dégagée, qui&#13;
ne s’embarrasse de quoi que ce soit et qui revient à un chacun, excepté seulement&#13;
à Mgr de Québec.&#13;
J’ai douté assez longtemps si je devais prendre le grand-vicariat, qui me convient si&#13;
peu en toutes manières, et je n’aurais pu m’y résoudre si je n’avais appréhendé de&#13;
faire une peine extrême à Mgr de Québec, qui s’était déjà déclaré d’une façon très&#13;
indignée sur le refus qu’on lui avait fait entendre que j’en devais faire. Il est vrai&#13;
que l’on n’a pas cru qu’il me voulut donner cet emploi pour me faire honneur,&#13;
sachant déjà, comme on savait, les grandes préventions qu’il avait contre moi. L’on&#13;
s’est persuadé plutôt que ne trouvant personne ici à qui il put donner cette charge,&#13;
après en avoir ôté MM. de Bernières et des Maizerets, il me la donnât à moi, par&#13;
l’impuissance où il se trouvait de faire autrement et pour me faire porter, comme&#13;
plusieurs ont dit, l’iniquité dans les choses odieuses, qui pourraient se présenter&#13;
dans son absence, pendant les six mois que devait durer son voyage de l’Acadie.&#13;
&#13;
- 778 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
[Troisième partie]&#13;
Prétention de M de Québec touchant la place du grand-vicaire&#13;
gr&#13;
&#13;
dans la cathédrale et la provision de la chanterie de Québec&#13;
Monseigneur nous ayant choisis, M. de Merlac et moi, pour les grands-vicaires, il&#13;
fit proposer au chapitre de la cathédrale qu’il prétendait que M. de Merlac eut la&#13;
première place dans le chœur, au moins en son absence, et après M. le doyen,&#13;
lorsque Monseigneur serait présent, que pour moi, je tiendrais, selon la coutume&#13;
des chapitres, le rang et la séance de ma dignité de théologal. Le chapitre s’étant&#13;
assemblé, l’on y fit lecture des éclaircissements qu’on avait vécus tout récemment&#13;
de France touchant le rang et la séance des grands-vicaires dans les cathédrales et&#13;
sur ce qu’on apprît que les vicaires généraux n’avaient aucun rang dans cette&#13;
qualité dans les cathédrales de France, mais simplement celui de leur dignité ou&#13;
prébende, s’ils en avaient quelqu’une, le chapitre fit supplier très humblement&#13;
Monseigneur de vouloir surseoir cette affaire jusqu’à ce qu’on eut encore reçu de&#13;
France de nouvelles assurances de ce qui y est universellement en usage touchant&#13;
ce point.&#13;
Cette délibération déplut extrêmement à Monseigneur, qui l’a toujours reprochée&#13;
depuis aux uns et aux autres, nous ayant même accusés de lui avoir voulu faire de&#13;
la peine tout exprès et s’étant servi de toutes les paroles qui s’étaient dites dans&#13;
l’assemblée capitulaire pour en faire, en diverses occasions, autant de griefs contre&#13;
nous par l’interprétation qu’il y a donnée, quoiqu’il soit très vrai que nous n’y dîmes&#13;
rien, qui fût capable de faire de la peine à Mgr de Québec.&#13;
Il y a un autre article, qui regarde le canonicat et la chantrerie de feu M. Dudouyt,&#13;
dont Mgr de Québec avait donné récemment la provision à M. de Merlac.&#13;
Monseigneur ne manquera pas de nous faire un grand grief de la difficulté que le&#13;
chapitre a pris la liberté de lui représenter au sujet de cette provision, à raison que&#13;
ce bénéfice étant vacant en régale, la nomination n’en pouvait appartenir à&#13;
Monseigneur. L’on a tenu deux assemblées capitulaires sur ce sujet.&#13;
Dans la première, l’on a supplié Monseigneur de donner du temps au chapitre pour&#13;
s’éclaircir touchant cette manière, en l’assurant qu’en tout ce qu’on connaîtrait se&#13;
pouvoir faire, dans l’équité et sans blesser l’honneur du chapitre, ni faire contre le&#13;
droit du roi, l’on n’aurait aucune peine de donner à Monseigneur la satisfaction&#13;
qu’il pouvait désirer. Dans la seconde, qui s’est tenue 10 ou 12 jours après, l’on a&#13;
conclu de recevoir M. de Merlac, sous le bon plaisir et l’agrément du roi, lorsqu’il&#13;
- 779 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
viendrait présenter ses lettres de provision au chapitre, conformément à la&#13;
proposition que Mgr de Québec en avait fait lui-même dans la première assemblée.&#13;
Voilà en substance ce qui s’est passé sur ce sujet. La clause que le chapitre jugea&#13;
devoir apporter pour la réception de M. de Merlac (sous l’agrément du roi) n’a pas&#13;
plu à Monseigneur, quoiqu’il nous l’eût proposée lui-même. Il n’a pas passé outre,&#13;
mais je ne puis m’empêcher de dire que les manières que Monseigneur a fait&#13;
paraître, touchant la prétention qu’il témoigna dans la première assemblée de faire&#13;
recevoir M. de Merlac, sont tout à fait extraordinaires, car outre que Monseigneur&#13;
n’y a point gardé les formalités requises, qu’il y a présidé en se portant en même&#13;
temps partie, il nous y a dit de plus beaucoup de paroles de reproche, en&#13;
renouvelant même dans cette assemblée celles qu’il avait déjà faites plusieurs fois&#13;
en d’autres rencontres aux principaux d’entre eux sur des choses secrètes et&#13;
inconnues à plusieurs de ceux qui étaient présents et lesquelles ne regardaient en&#13;
aucune manière le chapitre, quoiqu’ils lui eussent déjà fait voir beaucoup de fois&#13;
en particulier la justice et la droiture de leur procédé dans ces mêmes choses et&#13;
que Monseigneur lui-même les eût assurés de ne s’en souvenir plus.&#13;
[Quatrième partie]&#13;
Quelques griefs que Monseigneur prétend avoir contre les supérieurs&#13;
du Séminaire au sujet des ecclésiastiques&#13;
Monseigneur prétend avoir de grands griefs contre M. des Maizerets et&#13;
contre moi.&#13;
1° Parce que nous n’avons pas cru pouvoir obliger un prêtre du Séminaire&#13;
et chapelain de la cathédrale, qui desservait une mission, qui est à une lieue&#13;
ou à une lieue et demie de Québec, d’aller résider dans le lieu de sa mission,&#13;
où aucun missionnaire n’a point encore résidé et où il ne pouvait demeurer&#13;
pour lors qu’en des cabanes parmi des femmes, des filles et des animaux,&#13;
dans une indisposition surtout de sa santé, qui l’a mis depuis hors d’état de&#13;
rendre aucun service à cette mission, à cause qu’il se fit enfin tant de&#13;
violence d’y aller demeurer quelque temps après par notre persuasion pour&#13;
contenter Monseigneur, qui voulut la chose absolument, qu’il en est&#13;
retourné malade d’une manière à n’en pas revenir de sa vie.&#13;
&#13;
- 780 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
Cependant, j’ai été fort surpris de voir Monseigneur si aliéné de ce jeune&#13;
prêtre, depuis près de 18 mois qu’il prit la liberté de témoigner sa peine à&#13;
Sa Grandeur, tant au sujet de la résidence qu’elle exigeait de lui qu’à cause&#13;
de quelque autre difficulté qu’elle lui avait faite, en lui retranchant une&#13;
partie de son supplément, que Monseigneur ne paraît point encore revenu&#13;
à son égard ; ou bien il ne veut pas croire qu’il soit malade ou, s’il le croit, il&#13;
dit que c’est une punition de la révolte qu’il suppose avoir fait paraître&#13;
contre son évêque. C’est ce que Monseigneur m’a dit à moi-même il [y] a&#13;
peu de temps, ajoutant que ce Monsieur, tout malade qu’il était, ne laisserait&#13;
pas de se damner pour avoir abandonné le soin de sa mission en n’y&#13;
résidant pas. Je me contentai de répondre à Sa Grandeur que la miséricorde&#13;
de Dieu était grande pour ne pas imputer à faute des choses dont&#13;
l’impuissance de faire autrement aurait été l’unique cause. Cette mission&#13;
néanmoins, où l’on n’a jamais résidé, comme je l’ai dit, n’a point été&#13;
abandonnée depuis que cet ecclésiastique est tombé malade : on y a&#13;
toujours suppléé par un autre prêtre, en la même manière qu’auparavant.&#13;
2° Monseigneur se persuade encore avoir un grand sujet de plainte contre&#13;
nous, parce qu’il se trouve une ou deux missions qui ne peuvent encore être&#13;
assistées que comme elles l’ont été pendant bien des années, c’est-à-dire par&#13;
des missionnaires qui desservent d’autres lieux voisins, quoiqu’il soit&#13;
présentement du tout impossible au Séminaire d’y fournir des&#13;
missionnaires, ne lui restant plus de tous les prêtres que les supérieurs du&#13;
Séminaire et des sujets infirmes.&#13;
3° Monseigneur se plaint encore qu’il n’a pu avoir un seul ecclésiastique du&#13;
Séminaire pour sa maison. Je peux assurer avec vérité qu’on lui en a offert&#13;
plusieurs, qu’il n’a pas voulus. Il n’y a qu’un ecclésiastique, nommé&#13;
M. Gricourt, qui vint de France l’année passée exprès pour le Séminaire,&#13;
lequel n’a pas pu se résoudre, pour des raisons particulières qui le&#13;
regardent, d’aller demeurer en la maison de Monseigneur, où on le&#13;
demandait pour avoir soin d’une partie de son temporel, sous&#13;
M. de Merlac. Nous ne nous y sommes pas opposés ; mais nous n’avons pas&#13;
cru pouvoir l’y forcer.&#13;
- 781 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
4° J’ai su de plus que Monseigneur s’est plaint en quelques occasions que&#13;
nous avions dit que les ecclésiastiques qui sont liés au Séminaire ne&#13;
dépendent point de l’évêque, mais des supérieurs du Séminaire seulement.&#13;
Il est certain que nous n’avons jamais parlé d’une manière si crue. Il est vrai&#13;
que j’ai été quelques fois obligé d’éclaircir quelques-uns des ecclésiastiques&#13;
sur les difficultés qu’ils m’ont proposées en direction touchant cette&#13;
matière, et je n’ai pu ni dû leur répondre que conformément à ce que j’ai&#13;
cru être dans la vérité, selon le besoin qu’ils en avaient ; mais j’ai toujours&#13;
tâché de leur inspirer tout le respect, toute la déférence et toute la&#13;
soumission possible aux vues et aux intentions de Monseigneur et je puis&#13;
assurer que si M. des Maizerets et moi n’eussions fortement encouragé&#13;
plusieurs d’entre eux à se faire violence dans l’acceptation des choses que&#13;
Monseigneur a désirées d’eux, ils ne s’y fussent jamais résolus et qu’ils&#13;
auraient plutôt pris le parti, les uns de n’être point ordonnés et les autres,&#13;
de repasser en France ; c’est ce que j’ai souvent représenté à Monseigneur.&#13;
[Cinquième partie]&#13;
De l’obéissance que Mgr de Québec prétend de ses ecclésiastiques&#13;
Monseigneur prétend que les prêtres qui sont dans son diocèse lui doivent&#13;
une obéissance aveugle. C’est ce qu’il leur demande avant que de les&#13;
ordonner, voulant qu’ils soient prêts d’accepter et de faire généralement&#13;
toutes les choses auxquelles il voudra les appliquer, soit pour les lieux, soit&#13;
pour les demeures, soit pour les emplois, sans que ceux-là mêmes qui sont&#13;
venus de France et qu’il a ordonnés ici puissent s’en retourner sans son&#13;
consentement et ne voulant pas qu’il leur soit libre, non plus qu’aux autres&#13;
prêtres qui ont été ordonnés en France, de pouvoir se lier au Séminaire,&#13;
selon l’attrait qui pourrait les y porter. Suivant cela, Monseigneur veut que&#13;
les supérieurs et directeurs du Séminaire obligent les uns et les autres de&#13;
faire sans réserve tout ce que Sa Grandeur désire d’eux, faisant passer pour&#13;
une désobéissance et une révolte à son évêque de ne pas acquiescer à ses&#13;
vues, quelques raisons qu’ils prennent la liberté de lui remontrer.&#13;
&#13;
- 782 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
L’on voit bien des séminaires épiscopaux en France, où l’on paie la pension&#13;
des séminaristes qui y entrent. Mgrs les évêques ne se rapportent-ils pas le&#13;
plus souvent à ceux qui ont la direction desdits séminaires de l’emploi&#13;
qu’ils peuvent ou qu’ils doivent faire de ces ecclésiastiques pour le service&#13;
de leur diocèse ? Et pourquoi en usent-ils ainsi, sinon parce qu’ils savent&#13;
bien que les directeurs desdits séminaires ont une connaissance plus&#13;
particulière qu’eux-mêmes de leurs talents, de leur capacité et de leur&#13;
grâce ? Ne peut-il pas même arriver quelquefois qu’un directeur ne pourrait&#13;
en conscience conseiller à un ecclésiastique, qui lui a découvert son&#13;
intérieur, d’aller en de certains lieux ou d’accepter certains emplois que&#13;
l’évêque voudrait lui donner, parce que, le connaissant mieux que l’évêque&#13;
ne peut faire, il ne l’y jugerait nullement propre ou l’y croirait même en&#13;
danger de se perdre ? Il semble que la bonne conduite demande que&#13;
les évêques en agissent ainsi.&#13;
Cependant, Monseigneur n’y veut avoir aucun égard, ayant obligé des&#13;
ecclésiastiques&#13;
&#13;
d’aller&#13;
&#13;
desservir&#13;
&#13;
des&#13;
&#13;
missions,&#13;
&#13;
contre&#13;
&#13;
toutes&#13;
&#13;
les&#13;
&#13;
remontrances qu’eux et leur directeur ont cru devoir prendre la liberté de&#13;
faire à Sa Grandeur ; mais aussi, c’est une maxime de Monseigneur qu’un&#13;
ecclésiastique ne doit avoir rien de caché pour son évêque et qu’il lui doit&#13;
ouvrir les plus secrets replis de sa conscience, sans rien réserver de ce qu’il&#13;
a fait connaître à son directeur. C’est ce que Mgr de Québec dit il y a quelque&#13;
temps à Mgr l’Ancien, au sujet d’une lettre qu’un missionnaire avait écrite à&#13;
M. des Maizerets, supérieur du Séminaire, pour lui rendre compte de sa&#13;
conscience, car Mgr de Québec trouva mauvais que ce missionnaire eût fait&#13;
cette communication à M. des Maizerets sans la lui faire à lui-même. C’est&#13;
encore ce que Mgr de Québec a dit à d’autres ecclésiastiques.&#13;
À la vérité, il serait à souhaiter que les ecclésiastiques pussent avoir cette&#13;
franchise à l’égard de leur évêque comme des enfants à leur père, mais l’on&#13;
voit bien que les manières de Monseigneur n’inspirent pas cette confiance&#13;
à ses ecclésiastiques. Je suis témoin, avec plusieurs autres, des impressions&#13;
qu’il a gardées longtemps contre ceux qui lui ont découvert franchement&#13;
les peines qu’ils avaient contre lui, ce qu’ils ont fait par mon conseil,&#13;
- 783 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
conformément au désir que m’en avait témoigné Mgr de Québec ; mais&#13;
quand bien même Monseigneur ne conserverait aucun souvenir des choses&#13;
qu’on lui aurait pu dire, il ne doit pas exiger qu’on lui fasse des ouvertures&#13;
si intimes, auxquelles nulle personne n’est obligée, sinon à son confesseur.&#13;
Mais pour revenir aux prétentions de Monseigneur, quels sont les&#13;
Docteurs qui aient jamais enseigné qu’un ecclésiastique fût obligé de rendre&#13;
à son évêque une obéissance aveugle, pareille à celle que demande&#13;
Monseigneur ? J’en ai lu plusieurs qui traitent de cette matière. Ils font&#13;
consister l’obéissance des ecclésiastiques à l’égard de leur évêque dans la&#13;
fidèle observance des statuts, des ordonnances et des règlements qui sont&#13;
prescrits par lui, des coutumes et des usages approuvés dans le diocèse, tant&#13;
pour la bonne conduite de ces mêmes ecclésiastiques que pour celle des&#13;
âmes qui sont commises à leurs soins, un chacun selon le rang, l’emploi et&#13;
la fonction qu’il y exerce et à ne point s’ingérer en des emplois qui regardent&#13;
la juridiction et l’autorité de l’évêque sans son consentement ; mais je n’ai&#13;
vu dans aucun auteur qu’un ecclésiastique fût obligé d’aller en tel lieu ou&#13;
de prendre tel emploi qu’il plairait à l’évêque de lui donner. Nous sommes&#13;
ici dans un pays qui prend sa forme et sa règle de conduite des coutumes et&#13;
des usages de la France. Je ne crois pas qu’en France on oblige les&#13;
ecclésiastiques à ce que Mgr de Québec prétend. L’on dit communément&#13;
qu’un ecclésiastique peut demeurer en quelque lieu qu’il lui plaira, pourvu&#13;
qu’il n’y fasse rien contre les bonnes mœurs, contre le service du roi et&#13;
contre les devoirs de sa profession.&#13;
Il est vrai que dans un pays éloigné comme celui-ci, où il n’y a pas un grand&#13;
nombre de prêtres pour desservir les missions, il est à souhaiter que chacun&#13;
s’emploie de bonne foi sous l’autorité de l’évêque aux fonctions qu’il peut&#13;
faire. C’est pour cela même que le Séminaire des Missions étrangères est&#13;
établi et qu’il se trouve des ecclésiastiques en France qui se présentent aux&#13;
supérieurs dudit Séminaire pour aller servir les âmes dans les pays&#13;
étrangers, sous la juridiction de Mgrs les évêques. C’est la fin que se&#13;
proposent les ecclésiastiques qui viennent de France en Canada. C’est à&#13;
quoi on les porte, selon leur capacité et leurs talents, quand ils sont arrivés&#13;
- 784 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
au Séminaire de Québec et cela s’est toujours tellement pratiqué qu’il est&#13;
vrai de dire qu’avant que Monseigneur eût entrepris de désunir, comme il&#13;
a tâché de faire, les curés d’avec le Séminaire, l’on était en état de persuader&#13;
aux uns et aux autres d’aller en tel lieu et d’embrasser, sous l’autorité de&#13;
l’évêque, tel emploi qu’on jugeait à propos pour leur bien ou celui de&#13;
l’Église. Cela s’est toujours fait d’une manière suave de part et d’autre et&#13;
c’est, comme l’expérience l’a toujours fait voir, ce qui a entretenu jusqu’à&#13;
présent l’esprit de grâce, d’union, de dépendance et d’un parfait&#13;
dégagement dans tous les missionnaires du Séminaire, d’où Monseigneur&#13;
les voulant retirer pour se les attacher uniquement et immédiatement à lui,&#13;
il s’est pris d’une manière qui en a rebuté la plupart.&#13;
Bien loin donc que l’union que les ecclésiastiques ont au Séminaire soit&#13;
préjudiciable à l’évêque qu’au contraire, elle ferait le plus grand bien de son&#13;
diocèse, si Monseigneur voulait laisser les choses dans l’état où elles ont été&#13;
jusqu’à présent ; au lieu que si cette union ne subsiste plus, son Église en ira&#13;
très mal, n’y ayant point d’ecclésiastique qui veuille être contraint de&#13;
prendre, par l’ordre et le commandement absolu d’un évêque, qu’il ne&#13;
croira pas pouvoir l’obliger en rigueur, des emplois et des missions qui sont&#13;
très rudes et que la seule grâce peut lui faire accepter de sa pure et franche&#13;
volonté, étant vrai de dire qu’on ne force pas des prêtres à servir les âmes,&#13;
comme on peut contraindre des sujets et des vassaux à faire des corvées et&#13;
les services qu’un prince ou un seigneur exigerait d’eux ; et que d’ailleurs,&#13;
un ecclésiastique est en droit de prétendre qu’un évêque ait égard à ce qu’il&#13;
pourrait prendre la liberté de lui représenter, quand il lui voudrait donner&#13;
une mission ou un autre emploi qu’il ne croirait pas devoir accepter, ou par&#13;
défaut de talents, ou manque de santé, ou pour des raisons mêmes de&#13;
conscience, qu’il n’est point obligé de manifester à son évêque.&#13;
De plus, qui est l’ecclésiastique, soit de France, soit du pays, qui n’ait la&#13;
liberté de s’unir à un corps approuvé comme est celui de Québec ? Cet&#13;
ecclésiastique, s’il est de France par exemple, ne peut-il pas entrer dans le&#13;
corps de Saint-Sulpice, de Saint-Lazare, de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et&#13;
de tant d’autres où l’on en reçoit tous les jours, si les supérieurs de ces&#13;
- 785 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-7&#13;
&#13;
maisons veulent bien l’y admettre ? C’est ce que le Règlement qui nous a&#13;
été envoyé de France marque expressément que Monseigneur doit agréer, à&#13;
l’égard des ecclésiastiques qui souhaiteraient d’être agrégés au Séminaire&#13;
de Québec. Quoique ce qu’on vient de dire semble tout à fait plausible, je&#13;
peux assurer cependant avec vérité que Monseigneur n’a pas de véritable&#13;
fondement de nous reprocher que nous n’ayons pas fait ce que nous avons&#13;
pu pour le contenter.&#13;
[Sixième partie]&#13;
Remarques touchant M. de Merlac, au sujet de la nouvelle doctrine&#13;
Je vous dirai ce qui m’est venu depuis, touchant M. de Merlac et que je sais très&#13;
certainement. J’avais déjà appris, de la bouche d’une personne digne de foi, qu’il&#13;
avait été informé qu’on distribuait, de chez Mgr de Québec en quelques endroits,&#13;
certains livres suspects et dangereux touchant la nouvelle doctrine. J’en avais vu&#13;
même un que M. de Merlac prêta dès le commencement à un ecclésiastique d’ici&#13;
intitulé les Lettres de M. Arnauld d’Andilly 441 et ce livre m’étant tombé entre les&#13;
mains, je juge qu’il ne valait pas du tout rien, y voyant l’abbé de Saint-Cyran 442 loué&#13;
et préconisé comme un saint par ledit sieur Arnauld d’Andilly, qui recommande&#13;
extrêmement à ceux à qui il écrit de prendre la défense dudit abbé en main, comme&#13;
celle de toute l’Église même, dont il est, à son dire, un des plus dignes soutiens.&#13;
C’est ce que portent lesdites Lettres imprimées, que je n’ai eu le loisir que&#13;
d’effleurer. Mais j’ai su encore depuis que M. de Merlac, parlant à une personne&#13;
séculière, qui lui voyant un jour ce livre entre ses mains, qu’elle lui avait déjà vu&#13;
autrefois : « Apparemment, Monsieur, lui dit-elle que vous estimez beaucoup ce&#13;
livre. » « Oui, répondit M. de Merlac, je l’estime comme ma propre vie. » J’ai su cela&#13;
de la part de cette personne même, qui est craignant Dieu, et qu’on aurait vu sur&#13;
la table de M. de Merlac plusieurs livres de ces MM. de Port-Royal.&#13;
Je ne dois pas vous cacher, ce me semble, que plusieurs ont du soupçon de&#13;
M. de Merlac sur le fait du jansénisme. Il y en a des plus sages parmi les séculiers,&#13;
qui s’en sont expliqués d’une manière qui faisait bien connaître les appréhensions&#13;
&#13;
NDLR : Robert Arnaud d’Andilly fut un conseiller d’État en France, dont les écrits furent taxés&#13;
de jansénisme. Il fut un des solitaires de Port-Royal-des-Champs. Ses Lettres furent publiées en&#13;
1680.&#13;
442&#13;
NDLR : Jean Dauvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, fut un des directeurs spirituels et&#13;
promoteurs du jansénisme en France.&#13;
441&#13;
&#13;
- 786 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�qu’ils en avaient, surtout le voyant installé supérieur aux maisons religieuses. Je sais&#13;
pour assuré que s’étant offert à quelques-unes des religieuses hospitalières de leur&#13;
prêter des livres, elles l’ont refusé, dans la crainte que ces livres ne fussent pas&#13;
orthodoxes et leur crainte était fondée sur ce quelqu’une d’entre elles, en ayant&#13;
surpris un, par le moyen d’un religieux, entre les mains d’un malade de l’HôtelDieu, à qui M. de Merlac l’avait prêté, l’on découvrit que ce livre était janséniste et&#13;
contenait des erreurs de ce parti. Vous remarquerez qu’il a demeuré un grand&#13;
nombre d’années dans les pères de l’Oratoire.&#13;
Voici une chose qui a fait beaucoup de peine à plusieurs qui l’ont sue, et à moi en&#13;
particulier, qui l’ai apprise de la personne même à qui M. de Merlac l’a dite. Cette&#13;
personne lui rapportant avec éloge que le jésuite qui prêche cette année à la&#13;
cathédrale avait bien prouvé, dans le sermon qu’il fit le Jour de la conception de la&#13;
Sainte Vierge, que la Sainte Vierge n’avait jamais été souillée du péché originel.&#13;
M. de Merlac lui dit que les prédicateurs faisaient bien de prouver le mieux qu’ils&#13;
pouvaient ce qu’ils avançaient, mais qu’il n’était pas certain que la Sainte Vierge&#13;
eût été conçue sans péché ; et comme cette même personne lui eût dit dans la suite&#13;
de la conversation que la Sainte Vierge avait été conçue sans péché : « Oh !, dit-il,&#13;
conçue sans péché, il se peut bien faire qu’elle ait été sanctifiée dans le ventre de&#13;
sa mère, comme on le rapporte de quelques saints ; mais pour avoir été conçue&#13;
sans péché, cela n’est pas certain. Ce que l’on peut dire d’assuré, ajouta-t-il, c’est&#13;
qu’elle a été sanctifiée lorsqu’elle a conçu Notre-Seigneur dans son sein. » C’est la&#13;
manière dans laquelle cette même personne, qui est digne de foi, m’a dit que&#13;
M. de Merlac s’était énoncé sur cet article dans la conversation qu’elle eut avec lui.&#13;
Doc. LI-IV-8. Lettre de Saint-Vallier au Séminaire de Québec (20 mars 1691)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-8&#13;
Lettre de&#13;
de Saint-Vallier aux directeurs du Séminaire de Québec,&#13;
20 mars 1691, d’après la copie collationnée aux Archives de l’archidiocèse de&#13;
Québec, Registre A*, p. 511, no 409&#13;
Mgr&#13;
&#13;
Jean, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, évêque de Québec,&#13;
voyant que nos affaires avec le Séminaire des Missions étrangères de cette&#13;
ville n’ont pu être réglées ici, quelques voies et moyens que nous y ayons&#13;
employés, et considérant que l’état où elles sont nous met dans une&#13;
nécessité indispensable de passer en France pour les y faire régler par qui il&#13;
appartiendra, avec l’ecclésiastique qui sera nommé et député à cet effet par&#13;
- 787 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-8&#13;
&#13;
ledit Séminaire, tant pour ce qui le peut concerner en particulier que&#13;
conjointement avec Mgr de Laval, ancien évêque de ce pays, soit, par le&#13;
premier notaire royal, notifié et fait assavoir de notre part à&#13;
M. des Maizerets, prêtre et supérieur du Séminaire en ladite qualité, que,&#13;
Dieu aidant, nous nous embarquerons sur le premier vaisseau qui partira&#13;
de ce pays à la première navigation pour passer en France et y faire régler&#13;
lesdites affaires ; à ce qu’il soit nommé et député par ledit Séminaire un des&#13;
ecclésiastiques d’icelui, chargé de pouvoirs suffisants pour être avec lui&#13;
lesdites affaires réglées et terminées, comme nous l’en avons requis depuis&#13;
longtemps et le requérons encore d’abondant, pour n’être lesdites affaires&#13;
terminées sans avoir écouté les raisons des parties ;&#13;
et d’autant que s’il arrivait quelque changement pendant notre absence&#13;
dans le gouvernement et administration dudit Séminaire, chapitre ou&#13;
missions, cela ne ferait qu’augmenter et apporter de nouvelles difficultés&#13;
au Règlement qui en serait ou devrait être fait, nous souhaitons et désirons&#13;
qu’il n’y soit fait aucun changement pendant notre absence et que le tout&#13;
soit conduit et disposé selon les instructions que nous en avons laissées,&#13;
signées de notre main, à notre grand-vicaire, qui est du corps dudit&#13;
Séminaire ; de plus, nous demandons que les supérieur et directeurs du&#13;
Séminaire, qui sont les principaux membres du chapitre de la cathédrale,&#13;
fassent assembler, s’il est nécessaire, ledit chapitre pour nous donner&#13;
incessamment communication du registre des délibérations capitulaires qui&#13;
y ont été faites depuis son établissement.&#13;
Donné à Québec, le 20 mars 1691,&#13;
Jean, évêque de Québec.&#13;
Doc. LI-IV-9&#13;
Lettre de Maizerets à Laval (22 mars 1691)&#13;
Voir p. 794 443&#13;
&#13;
443&#13;
NDLR : Par souci de préserver l’ordre chronologique des textes, nous avons déplacé ces&#13;
documents.&#13;
&#13;
- 788 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-12&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-12. Extraits du manifeste du Séminaire de Québec à Brisacier (20 mars 1691)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-12&#13;
Extraits du manifeste des directeurs du Séminaire de Québec sur les&#13;
difficultés entre eux et Mgr de Saint-Vallier, 20 mars 1691, d’après une copie&#13;
contemporaine conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Chapitre, no 6&#13;
Le but de ce mémoire des directeurs du Séminaire de Québec était d’exposer à&#13;
l’abbé de Brisacier leur point de vue sur la lettre que leur avait écrite Mgr de SaintVallier en date du 20 mars 1691 (no 8). Nous ne reproduisons pas ce long mémoire&#13;
dans sa totalité, puisque certaines questions sont amplement traitées dans le&#13;
mémoire de l’abbé de Glandelet (no 7).&#13;
&#13;
Manifeste du Séminaire des Missions étrangères de Québec envoyé à&#13;
M. l’abbé de Brisacier, supérieur du corps des Missions étrangères,&#13;
pour répondre à l’écrit que Mgr l’évêque de Québec a fait signifier par&#13;
deux notaires à M. des Maizerets, supérieur dudit Séminaire de Québec,&#13;
en date du 20e mars 1691&#13;
Le Séminaire de Québec a cru devoir se contenter de répondre à l’acte de&#13;
Mgr de Québec par un écrit sous seing privé pour éviter tout ce qui peut&#13;
avoir l’air d’un procès en forme et le scandale qui en arriverait, qui n’est&#13;
déjà que trop grand par la connaissance que mondit seigneur a donnée au&#13;
public de la division qu’il prétend être entre lui et le Séminaire. C’est pour&#13;
ces mêmes raisons que, suivant l’avis reçu par les lettres de France l’année&#13;
passée, le Séminaire n’a pas jugé devoir députer aucun sujet de son corps&#13;
pour faire le voyage de France avec Mgr de Québec.&#13;
Le Séminaire s’est pareillement contenté de donner à Mgr de Québec une&#13;
réponse fort succincte et en général seulement, n’ayant pas cru devoir&#13;
mettre dans l’écrit qui lui a été présenté des réponses particulières à chacun&#13;
des articles de l’acte ci-dessus, pour ne pas donner lieu à des contestations&#13;
nouvelles. Il s’est réservé à le faire par le présent manifeste à M. l’abbé&#13;
de Brisacier, supérieur du corps des Missions étrangères, cette voie ayant&#13;
paru la plus douce et la plus naturelle.&#13;
&#13;
- 789 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-12&#13;
&#13;
Mgr de Québec avance dans son écrit que ses affaires avec le Séminaire&#13;
« n’ont pu être réglées ici, quelques voies ou moyens qu’il ait employés, et&#13;
que l’état où elles sont le met dans une nécessité indispensable de passer en&#13;
France pour les y faire régler, tant pour ce qui peut le concerner en&#13;
particulier, que conjointement avec Mgr de Laval, ancien évêque de ce&#13;
pays ».&#13;
Le Séminaire répond en 1er lieu qu’il n’a pas de connaissance que&#13;
Mgr de Québec ait tenté en ce pays une seule voie d’accommodement, le&#13;
Séminaire de sa part s’étant voulu rapporter au jugement de M. le marquis&#13;
de Denonville, gouverneur, et de M. de Champigny, intendant, comme il le&#13;
fit connaître à Mgr de Québec même, de vive voix et par un écrit, qu’il lui&#13;
présenta en date du 8e avril 1689, à quoi il ne voulut entendre.&#13;
Le Séminaire répond en 2e lieu qu’il n’a pas de connaissance non plus qu’il&#13;
soit survenu de nouveaux sujets de conteste qui n’aient déjà été réglés en&#13;
France par les personnes que Monseigneur choisit lui-même pour arbitres&#13;
et auxquelles il adressa M. l’abbé de Brisacier pour en passer par leur&#13;
sentiment, que nous avons reçu avec respect, et témoigné à Mgr de Québec&#13;
que nous nous y soumettions entièrement, après qu’il nous eût déclaré qu’il&#13;
s’en tenait à tous les articles qui avaient été décidés par les arbitres.&#13;
Le Séminaire répond en 3e lieu que si Mgr de Québec voulait s’en tenir au&#13;
Règlement ci-dessus, comme il l’avait témoigné d’abord, il n’y aurait plus&#13;
d’affaires entre lui et le Séminaire qui pussent l’obliger de passer en France,&#13;
les choses qu’il prétend à présent et qu’il exécute en effet étant positivement&#13;
contraires aux points qui ont été arrêtés par les arbitres de son choix [...]&#13;
Pour ce qui regarde le spirituel du Séminaire, qui consiste principalement&#13;
dans le rapport, la confiance et la subordination des inférieurs à leurs&#13;
supérieur et directeurs, les ecclésiastiques ont expérimenté par eux-mêmes&#13;
avec combien d’instances Monseigneur les a pressés de se retirer de la&#13;
conduite du Séminaire, ayant tâché de leur donner toutes les impressions&#13;
qu’il a pu contre le supérieur et les principaux officiers. La chose est allée si&#13;
- 790 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-12&#13;
&#13;
avant qu’il en a voulu obliger plusieurs de se déclarer positivement contre&#13;
le Séminaire et leur a fait connaître en diverses occasions, par des termes et&#13;
des manières bien fortes, la grande peine qu’il avait de leur attachement au&#13;
Séminaire.&#13;
Il paraît évidemment par ce que l’on vient de dire que Mgr de Québec est&#13;
bien éloigné d’agréer que les ecclésiastiques soient agrégés au Séminaire et&#13;
que les curés et missionnaires y demeurent unis, comme ils l’ont été depuis&#13;
l’établissement de cette Église jusqu’à présent, au grand bien et à&#13;
l’édification de tout le pays. Aussi a-t-il déclaré qu’il voulait absolument&#13;
faire rompre cette union et que c’était une des plus fortes raisons qui le&#13;
faisaient passer en France, prétendant, comme il dit, qu’elle retire les&#13;
ecclésiastiques de son obéissance, quoique tout le monde voie&#13;
manifestement le contraire, étant vrai que, sans cette union, plusieurs&#13;
n’auraient pu se résoudre d’accepter des missions fort difficiles, auxquelles&#13;
il les a envoyés, que quelques-uns n’auraient point reçu les ordres et que&#13;
d’autres seraient repassés en France, si par le conseil du Séminaire, qui les&#13;
a portés à contenter Monseigneur, ils n’avaient été soutenus et encouragés&#13;
pour faire ce que Sa Grandeur a demandé absolument d’eux [...]&#13;
Le Séminaire de Québec, qui est un membre du corps des Missions&#13;
étrangères, déclarant qu’il ne prétend pas autre chose que ce qui est selon&#13;
l’usage des séminaires de France unis à des corps, le Séminaire néanmoins&#13;
croit nécessaire de faire remarquer en cet endroit quelles peuvent être les&#13;
sources des différends que Monseigneur prétend être entre lui et le&#13;
Séminaire et qui pourraient arriver à l’avenir, qui sont principalement la&#13;
communication entre Monseigneur et le Séminaire et les curés, au sujet des&#13;
biens temporels et la facilité à écouter et croire les rapports qui se font.&#13;
En 5e lieu, le Séminaire répond que pour ce qui regarde la personne de&#13;
Mgr l’Ancien, que Mgr de Québec fait entrer dans l’écrit qu’il a signifié, Sa&#13;
Grandeur peut s’adresser à lui-même, le Séminaire ne sachant pas avoir&#13;
aucune affaire conjointement avec Mgr l’Ancien au regard de Mgr de Québec.&#13;
&#13;
- 791 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Mgr de Québec déclare dans l’écrit ci-dessus qu’il « souhaite et désire n’être&#13;
fait aucun changement pendant son absence dans le gouvernement et&#13;
administration du Séminaire, du chapitre et des missions, mais que le tout&#13;
soit conduit et disposé selon les instructions qu’il en aura laissées, signées&#13;
de sa main à son grand-vicaire ».&#13;
Le Séminaire répond en 6e lieu qu’il ne prétend point se mêler de ce qui&#13;
concerne le chapitre et les missions, le premier appartenant au chapitre&#13;
même ou à M. le doyen, et le second à M. le grand-vicaire, pour lesquels le&#13;
Séminaire n’a pas cru pouvoir faire aucune réponse à Monseigneur, comme&#13;
M. des Maizerets l’a fait connaître de vive voix en recevant la signification&#13;
de son écrit.&#13;
Et touchant l’article du Séminaire en particulier, ledit Séminaire déclare&#13;
qu’il n’y prétend faire aucun changement que suivant son pouvoir et&#13;
conformément aux articles qui ont été réglés par les arbitres ci-dessus.&#13;
Enfin, pour répondre à ce que Mgr de Québec demande dans son écrit que&#13;
les supérieur et directeurs du Séminaire, qui sont les principaux membres&#13;
du chapitre et de la cathédrale, fassent assembler, s’il est nécessaire, ledit&#13;
chapitre pour lui donner incessamment communication du registre des&#13;
délibérations capitulaires qui y ont été faites depuis son établissement, le&#13;
Séminaire a déjà fait entendre verbalement à Monseigneur qu’il n’a aucun&#13;
pouvoir sur le chapitre auquel on a M. le doyen, si la demande ci-dessus&#13;
eût été signifiée dans les formes, c’était à lui et non au Séminaire de&#13;
répondre à Sa Grandeur, qui a voulu que son écrit ait été signifié à&#13;
M. des Maizerets en qualité de supérieur dudit Séminaire, comme il est&#13;
expressément marqué dans ledit écrit.&#13;
&#13;
- 792 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-9&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-9. Lettre de Maizerets à Laval (22 mars 1691)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-9&#13;
de l’abbé des Maizerets, supérieur du Séminaire de Québec,&#13;
au Serviteur de Dieu, 22 mars 1691, d’après l’original conservé au Musée de&#13;
la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Chapitre, no 10&#13;
Lettre 444&#13;
&#13;
À Québec, ce 22 mars 1691&#13;
Monseigneur,&#13;
Je vous envoie un papier que Mgr de Québec m’a fait signifier le jour de&#13;
Saint-Joachim, auquel je n’ai fait aucune réponse par écrit mais seulement&#13;
verbalement, que lorsque vous seriez ici et M. de Glandelet, je donnerais&#13;
ma réponse ; que pour le chapitre, cela concernait M. le doyen, que je n’en&#13;
voulais prendre aucune connaissance. Ils n’ont rien écrit de mes réponses,&#13;
comme vous le verrez par la copie du papier que j’envoie.&#13;
J’ai dressé un projet de réponse que je vous envoie. Vous le communiquerez&#13;
à M. de Glandelet. Vous le corrigerez comme vous voudrez ; mais je croirais&#13;
qu’on ne le doit pas présenter que lorsque vous serez ici et après nous être&#13;
assemblés dans les formes avec M. de Brulon, [M. de] Caumont et&#13;
M. Du Bos, que l’on destine pour procureur, dont je crois qu’il s’acquittera.&#13;
M. de Brulon en aura assez du magasin des missionnaires, ecclésiastiques,&#13;
enfants et donnés et M. Du Bos, des comptes avec les engagés et personnes&#13;
du dehors. Il me semble que nos ecclésiastiques prennent un bon pli, dont&#13;
il faut remercier Notre-Seigneur.&#13;
Il faudra que M. de Glandelet avise ce qu’il aura à répondre pour le&#13;
chapitre, sur la demande qu’il fait, savoir s’il peut exiger une copie de tout&#13;
ce qui est dans les registres. Pour la communication, l’on ne lui peut pas&#13;
refuser. Il y a à douter pour le reste. Il pressera peut-être pour assembler au&#13;
plus tôt le chapitre, afin qu’il y ait du temps pour faire cette copie, comme&#13;
&#13;
444&#13;
NDLR : Puisque la lettre contient seulement quelques lignes supplémentaires, nous l’avons&#13;
transcrite au complet.&#13;
&#13;
- 793 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-9&#13;
&#13;
M. Trouvé me l’a dit, qui se trouva présent à la signification, qu’ils n’ont&#13;
pas encore faite à M. de Bernières.&#13;
Comme il est parlé de vous dans cedit papier et que cela ne vous est pas&#13;
notifié, je ne sais si vous en devez prendre connaissance autrement que dans&#13;
l’assemblée du Séminaire, c’est-à-dire sans y paraître ; car comme c’est à&#13;
moi que le papier est adressé, c’est aussi à moi à y répondre. Vous&#13;
examinerez le tout avec M. de Glandelet.&#13;
Le petit Comporté est hors de l’hôpital et retourné chez M. Gobin. Il s’y porte mieux&#13;
qu’au Séminaire. C’est un bien qu’il soit sorti, ayant une opposition trop grande à&#13;
l’état ecclésiastique. Le P. Chaumonot nous a envoyé ici un pauvre Anglais, esclave&#13;
des Hurons, pour être instruit par [le P.] André. Ne sachant pas la langue, il est bien&#13;
disposé et travaille avec nos gens. M. Tremblay m’ayant écrit qu’il allait au CapTourmente, nous avons jugé à propos de lui envoyer, par la voie de M. de Gricourt,&#13;
ce paquet pour vous être donné sûrement et au plus tôt. L’on nous presse de&#13;
rendre réponse pour M. Trouvé, dont je vous ai déjà écrit. Je ne crois pas que l’on&#13;
puisse dispenser. J’attends votre réponse. Je me recommande à vos prières et&#13;
celles de M. de Glandelet. M. Herbéry m’a envoyé un minot de petites fèves, ainsi&#13;
je ne crois pas qu’il y ait nécessité d’y envoyer notre traîne. M. de Glandelet doit&#13;
être seul grand-vicaire. Je suis avec tout respect, Monseigneur,&#13;
Votre très humble et obéissant serviteur,&#13;
Des Maizerets.&#13;
&#13;
- 794 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-10&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-10. Lettre de Laval à Denonville (16 avril 1691)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-10&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à M. de Denonville, 16 avril 1691, d’après une&#13;
copie contemporaine conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives&#13;
du Séminaire de Québec, Lettres N, no 96&#13;
Dans cette lettre, comme dans d’autres, Mgr de Laval se sert quelquefois du&#13;
prénom féminin « elle » pour désigner Mgr de Saint-Vallier. Il sous-entend alors&#13;
le titre de Sa Grandeur, qui se donnait jusqu’à récemment aux évêques. De plus,&#13;
parler à la 3e personne est une formule de politesse encore en usage dans certaines&#13;
langues latines.&#13;
&#13;
De Saint-Joachim au Cap-Tourmente, ce 16 avril 1691&#13;
Depuis, Monsieur, que je me suis donné l’honneur de vous écrire par la&#13;
frégate qui partit au commencement de décembre de Québec 445, nous&#13;
n’avons point eu d’ennemis au dehors, sinon depuis le commencement de&#13;
ce mois que l’on craint une armée d’Iroquois.&#13;
Il y a plus de deux mois que je me suis retiré ici pour n’être pas présent à ce&#13;
qui se passe de la part de ceux qui se déclarent au-dedans et font beaucoup&#13;
souffrir cette pauvre Église. N.*, qui avait pris la résolution de passer en&#13;
France l’automne dernier, a différé jusqu’à ce printemps, [puis]qu’elle&#13;
prend l’occasion de deux vaisseaux qui ont hiverné à Québec. Elle a fait&#13;
signifier au supérieur du Séminaire par deux notaires un écrit (que l’on&#13;
envoie à M. l’abbé de Brisacier) avec sommation d’y répondre par les&#13;
mêmes notaires. L’on n’a pas néanmoins jugé à propos au Séminaire (pour&#13;
suivre le conseil de France, qu’il avait reçu de la part des personnes que&#13;
vous connaissez) d’y répondre que par un mot de lettre respectueux que&#13;
l’on lui a écrit, renvoyant le tout à M. l’abbé de Brisacier, qui doit répondre&#13;
à tout pour le Séminaire.&#13;
Depuis que Dieu a permis que nous ayons été privé du bonheur que le pays&#13;
avait de vous posséder et que N. a eu une personne qu’elle pouvait gagner&#13;
par des voies et des moyens qui ne lui auraient pas réussi à votre égard, qui&#13;
&#13;
445&#13;
&#13;
Il s’agit de la lettre reproduite au no 6.&#13;
- 795 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-10&#13;
&#13;
ne sont que trop préjudiciables à cette Église, elle a fait éclater d’une&#13;
manière tout à fait scandaleuse les différends qu’elle dit avoir avec le&#13;
Séminaire, touchant même par l’écrit qu’elle a fait signifier, que ce soit avec&#13;
moi conjointement avec ledit Séminaire, quoique je ne sache aucunement&#13;
ce qu’il veut entendre, ayant évité soigneusement toutes les occasions&#13;
d’avoir les moindres démêlés avec elle, sinon qu’elle me retient de son&#13;
autorité près de 900 francs, qu’elle sait que j’ai avancés par le moyen du&#13;
Séminaire en choses nécessaires pour le rétablissement de l’église de SainteAnne, auquel vous pouvez vous souvenir que je m’étais engagé par les&#13;
instantes prières qu’il m’en fit, ayant tous les deniers que l’on avait amassés&#13;
depuis plusieurs années entre ses mains 446.&#13;
N. prend le prétexte de ces différends pour son voyage de France, qu’il dit&#13;
être forcé de faire, après avoir tenté toutes sortes de moyens pour les régler&#13;
sans y avoir pu réussir, quoique néanmoins il soit très véritable qu’il n’en a&#13;
parlé en quelque manière que ce puisse être depuis votre départ, retenant&#13;
et retranchant de son autorité privée tout ce qui appartient au Séminaire et&#13;
dont il pouvait subsister, n’ayant pas même voulu se tenir à tout ce qui a&#13;
été réglé en France par les personnes qui vous sont connues. Ne s’étant pas&#13;
contenté de prendre l’an passé les 4 000 francs que l’on avait réglé qu’il&#13;
laisserait au Séminaire, attendant que la chose fût terminée en France&#13;
lorsqu’elle y serait présente, il prend encore sur 4 000 francs de cette année&#13;
prochaine et laisse secrètement des billets pour les suppléments des curés,&#13;
attribuant à chacun selon [ce] que bon lui semble, comme si c’était son&#13;
propre, disposant du reste comme s’il lui appartenait. Elle a dit l’an passé&#13;
qu’elle voulait se récompenser des pertes qu’elle avait faites et des dépenses&#13;
qu’elle était obligée de faire.&#13;
Autant que l’on peut juger (quoiqu’elle n’en communique rien à personne),&#13;
l’on a sujet de croire qu’il lui en est resté entre les mains chaque année plus&#13;
de 2 000 francs, n’ayant rien donné à MM. du Séminaire du Montréal&#13;
depuis deux ans pour les suppléments des cures qu’ils desservent, qui se&#13;
montent chaque année à 800 francs, disant qu’ils ont été ingrats des&#13;
446&#13;
&#13;
Sur cette question, voir Doc. LI-IV-11.&#13;
- 796 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-10&#13;
&#13;
bienfaits qu’ils ont reçus d’elle ; ce qui fait que beaucoup de lieux pour&#13;
lesquels il y a des suppléments marqués demeurent abandonnés, voulant&#13;
que des ecclésiastiques entreprennent beaucoup au-delà de leurs forces,&#13;
lesquels ruinent leur santé en deux ou trois ans. M. Du Bos, par l’obéissance&#13;
que vous savez qu’on lui fit rendre à N., a été réduit à manger de la viande&#13;
en tout temps et à demeurer un pilier d’infirmerie pour le reste de sa vie.&#13;
M. Boucher, qui n’est prêtre que depuis deux ans, que N. avait mis à la côte&#13;
de Lauzon, pour avoir, par les conseils qu’on lui en a donnés pour le bien&#13;
de la paix, entrepris la première année au-dessus de ses forces que N. exigea&#13;
de lui, de desservir jusqu’à de La Durantaye en desservant dans l’étendue&#13;
qu’il y a, est demeuré depuis six mois comme perclus pour avoir passé des&#13;
eaux froides ou des glaces. Il est actuellement dans les remèdes au&#13;
Séminaire à l’infirmerie et il y a fort sujet de croire qu’il n’en n’ait pour sa&#13;
vie.&#13;
N. paraît bien éloigné de la disposition de demeurer en France et se fait un&#13;
point d’honneur de revenir après être venu à bout de tout ce qu’il prétend,&#13;
dont il se flatte et s’ouvre à tout le monde au dehors, et que jusqu’à présent&#13;
il n’a pas été évêque. Ce serait trop long à vous expliquer ce qu’il entend&#13;
par ces termes. M. l’abbé de Brisacier, qui sera informé de tout, aura&#13;
l’honneur de vous voir et de vous le communiquer et M. Gricourt,&#13;
ecclésiastique, qui repasse en France, qui a été témoin oculaire et qui en a&#13;
lui-même expérimenté une partie, vous le dira de vive voix.&#13;
N. est dans la résolution de faire semblant de vouloir traiter et faire régler&#13;
toutes les choses à l’amiable, mais il n’a pas pu s’empêcher par chaleur de&#13;
faire paraître le dessein qu’il a de se pourvoir secrètement à la Cour et en&#13;
apporter des ordres pour l’exécution de tout ce qu’il prétend ; ce qui paraît&#13;
manifestement par l’écrit qu’il a fait signifier, où il marque qu’il va en&#13;
France pour faire régler les différends qu’il prétend avoir, par qui il&#13;
appartiendra. Si Notre-Seigneur permet qu’il réussisse dans tous ses&#13;
desseins, l’on peut dire assurément que cette pauvre Église est ruinée de&#13;
fond en comble et qu’il n’y a pas sujet de croire que les ecclésiastiques de&#13;
France veuillent et puissent y demeurer et porter la conduite de N., laquelle&#13;
- 797 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-10&#13;
&#13;
ne paraît aucunement animée de l’esprit de Notre-Seigneur, n’ayant rien&#13;
qui ne soit très dur pour les ecclésiastiques. Il n’y a que Dieu qui puisse&#13;
détourner ce malheur. Ce sera un plus grand miracle que tout ce que Dieu&#13;
a fait jusqu’à présent pour la conservation toute miraculeuse de ce pays.&#13;
Quoique ce soit le sujet le plus capable du monde de me causer une sensible&#13;
douleur, Notre-Seigneur néanmoins par sa miséricorde me fait la grâce de&#13;
jouir d’une grande paix intérieure de cœur et d’esprit, ayant une entière&#13;
confiance avec le secours de sa Très Sainte Mère et des saints anges et saints&#13;
protecteurs de cette Église, qu’il fera tout réussir pour sa gloire. Comme je&#13;
sais qu’il vous a donné une grande tendresse et affection pour ce pays, je&#13;
vous conjure, Monsieur, de lui offrir tous les besoins de cette Église, qui&#13;
sont pressants et venus à une extrémité bien fâcheuse.&#13;
Ayez, je vous supplie, la bonté et charité de me donner quelque part en vos&#13;
prières, dont j’ai plus de besoin que jamais, y ayant bien de l’apparence que&#13;
la fin de mes jours est bien proche. Je suis attaqué depuis deux ans&#13;
d’éblouissements accompagnés de maux de cœur qui sont très fréquents et&#13;
augmentent notablement. J’en ai eu tout récemment un ici, le lundi de la&#13;
Passion, qui me prit à 3 heures du matin et me dura jusqu’à 9 heures du&#13;
soir, sans pouvoir lever la tête du lit. Je suis avec un véritable respect,&#13;
Monsieur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
[François, ancien évêque de Québec.]&#13;
&#13;
- 798 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-11. Lettre de Laval à Brisacier (17 avril 1691)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-11&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à l’abbé de Brisacier, 17 avril 1691, d’après&#13;
l’original signé conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 97&#13;
&#13;
À Saint-Joachim au Cap-Tourmente,&#13;
Ce 17 avril 1691&#13;
Je vous écris celle-ci de ce lieu où je me suis retiré pour avoir un peu de&#13;
solitude et pour me consoler avec Notre-Seigneur de l’état où je vois cette&#13;
pauvre Église, qui est affligeant et duquel je serais inconsolable si NotreSeigneur et sa sainte Mère ne me donnaient une grande confiance qu’ils en&#13;
auront compassion et qu’ils la secourront dans son extrême besoin.&#13;
Quoique je fasse tout mon possible, me retirant de temps en temps pour&#13;
diminuer l’ombrage et la peine que je fais à N.*, comme il me sait et connaît&#13;
entièrement opposé de sentiment à la conduite qu’il tient, tant envers le&#13;
Séminaire que les autres ecclésiastiques, je ne puis guérir son mal, qui&#13;
augmente à proportion de ce qu’il reconnaît qu’il ne réussit pas autant qu’il&#13;
le désire dans le dessein et la fin qu’il se propose et qui paraît qu’il a à cœur&#13;
par-dessus toute chose de détruire jusqu’au fondement l’union de grâce&#13;
qu’il a plu à Notre-Seigneur d’établir et [de] conserver depuis tant d’années&#13;
dans cette pauvre Église, en quoi elle a toujours fait consister tout son&#13;
bonheur.&#13;
N. se déclare ouvertement que c’est le sujet unique qui l’oblige de faire son&#13;
voyage de France et prétend remuer ciel et terre pour y réussir. L’on peut&#13;
ajouter que, dans la malignité de ce dessein, que la passion et l’aveuglement&#13;
lui cachent le monde et l’enfer y auront bonne part et se trouveront unis&#13;
pour y correspondre. Il a fait toute son étude principale et n’omet aucun&#13;
soin ni application jour et nuit pour en venir à bout. Tous les moyens pour&#13;
cet effet lui sont bons, mais celui par-dessus tout qu’il croit et duquel il s’est&#13;
toujours servi comme le plus efficace est de réduire le Séminaire à ne&#13;
pouvoir subsister et à n’avoir pas, comme il l’a dit souvent, du pain à&#13;
manger. Si Dieu lui permettait de continuer son entreprise, il viendrait sans&#13;
- 799 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
doute à bout de sa fin. Il l’a déjà réduit à une grande extrémité et [si ce]&#13;
n’était que l’on a pris la résolution de tout souffrir dans l’espérance d’un&#13;
prompt remède, il n’y aurait pas eu moyen de s’abstenir d’éclater.&#13;
Comme il a vu qu’il n’avait plus l’obstacle de M. de Denonville, qui le&#13;
retenait et l’empêchait, par une prudence et conduite vraiment chrétiennes,&#13;
d’entreprendre tout ce qu’il a fait depuis, il n’y a rien qu’il n’ait accordé à&#13;
M. de Frontenac et aux Récollets pour les gagner à lui. Il leur a donné toutes&#13;
sortes de libertés dans leur chapelle de la haute-ville de Québec et ils&#13;
prennent leurs mesures pour y bâtir l’an prochain une église et un couvent&#13;
entier et lui font croire qu’ils abandonneront leur couvent, qui est proche&#13;
de Québec pour y établir un hôpital général. Mais il n’y a personne qui ne&#13;
voie clairement qu’ils n’ont aucune volonté de le faire, mais seulement de&#13;
se servir de ce moyen pour venir à bout du dessein qu’ils ont de s’établir à&#13;
Québec et au Montréal ; à quoi N. leur fait espérer qu’il travaillera en France&#13;
conjointement avec eux et M. de Frontenac. L’on dit tous les jours une&#13;
messe publique à 11 heures, où M. de Frontenac ne manque point d’aller&#13;
avec tout le monde. N. lui a accordé cette messe et ne lui refuse quoi que ce&#13;
soit de ce qu’il lui a demandé, quoiqu’au préjudice des droits de l’Église,&#13;
jusqu’à lui faire adresser la parole, lorsque N. est absent ou n’est point au&#13;
sermon, par les prédicateurs.&#13;
Lorsque j’arrivai de France, les Jésuites qui prêchaient s’offrirent de me&#13;
l’adresser en l’absence de N., n’étant point venu, me disant que lorsque&#13;
l’évêque n’était point au sermon et qu’il y avait un prince, l’on la lui devait&#13;
adresser et à plus forte raison à un évêque, comme prince de l’Église. Mais&#13;
je ne le voulus pas souffrir et l’ordre de l’Église, aussi bien que les&#13;
ordonnances sont formels pour ne les pas [adresser] aux gouverneurs. Mais&#13;
N., ayant dessein de dresser toutes sortes de batteries contre le Séminaire,&#13;
il croit qu’une des principales pour y réussir est celle de gagner les&#13;
puissances et les Récollets, qu’il croit et connaît capables d’entrer&#13;
aveuglément à toutes ses vues et affidés à toutes les volontés de M. de&#13;
Frontenac, un des meilleurs moyens dont il puisse se servir en France. Il fait&#13;
passer avec lui pour cet effet le père commissaire desdits Récollets avec un&#13;
- 800 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
autre. Mais Notre-Seigneur et sa sainte Mère, qui prennent un soin tout&#13;
extraordinaire de ce pauvre pays, ne permettront pas que la prudence&#13;
purement humaine et du monde prévalent à la vérité et à l’esprit et conduite&#13;
de Notre-Seigneur, qui a promis de détruire la sagesse et prudence des&#13;
sages et prudents de ce monde. C’est en cela que nous établissons et&#13;
fondons tout notre appui et notre force.&#13;
Quoique M. l’intendant connaisse parfaitement bien N., cependant,&#13;
nonobstant tout ce qu’il m’en a témoigné par les ouvertures qu’il m’en a&#13;
faites plusieurs fois, il y a sujet de craindre qu’il ne l’oblige à faire et à dire&#13;
des choses d’une manière dont il puisse tirer avantage, même d’en écrire en&#13;
France, n’ayant personne qui soutienne son esprit comme faisait&#13;
M. de Denonville, et craignant extraordinairement que N. et M. de Frontenac parlent ou écrivent contre lui en France. Ne soyez pas surpris s’il&#13;
paraît en quelque manière que ce soit favoriser N., quoiqu’il m’ait parlé&#13;
souvent avec bien de la confiance de la conduite de l’un et de l’autre. Je n’ai&#13;
pas cru lui devoir parler de la même manière et j’ai toujours, aussi bien que&#13;
le Séminaire, entretenu au-dehors avec lui correspondance, dont il a&#13;
toujours témoigné être satisfait. Mais ce que l’on peut dire à son égard est&#13;
que la politique et la prudence humaine est le principe qui a le plus de part&#13;
à toute sa conduite. Et N. use de tant d’adresse et de déguisement que les&#13;
personnes les mieux intentionnées s’y laissent surprendre et gagner&#13;
insensiblement. Il a dit à plusieurs qu’il se faisait fort de vous gagner et de&#13;
vous engager à tout ce qu[’il] prétend par ses manières ordinaires. Il est vrai&#13;
qu’il se sert de tant de flatteries, de caresses, d’honnêtetés et de promesses&#13;
que l’on s’y laisse tromper.&#13;
C’est de cette manière qu’il m’engagea à me charger du rétablissement de&#13;
l’église de Sainte-Anne, tombée en ruine, dont il se voulait faire honneur,&#13;
ayant fait tous les marchés des ouvriers en son nom et m’assurant qu’il&#13;
n’avait pas la moindre pensée que cela me fût à charge ni au Séminaire,&#13;
quoique actuellement il eût le dessein formel tout contraire, dont je me&#13;
défiais et n’avais point exprès voulu tenir compte avec le Séminaire, sur&#13;
lequel il me baillait 1 000 francs à prendre, quoiqu’il ne lui dût rien.&#13;
- 801 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
Cependant, comme il était à son voyage de l’Acadie, je fus obligé de prendre&#13;
dudit Séminaire pour 1 200 à 1 300 francs de choses nécessaires pour la&#13;
bâtisse de ladite église, dont je suis demeuré redevable et qu’il ne m’a voulu&#13;
payer, non plus que 400 francs qui étaient dus des ouvriers, m’alléguant&#13;
qu’étant seigneurs de la Côte-de-Beaupré où cette église est située, le&#13;
Séminaire et moi avions quelque obligation d’y contribuer et je m’étais&#13;
obligé de faire cet ouvrage pour 6 000 francs ; à quoi je n’avais pas pensé,&#13;
mais au contraire je m’étais voulu assurer de lui de 7 000 francs de billets&#13;
dont, par adresse et prière, il m’engagea à son retour de l’Acadie de lui&#13;
rendre deux billets de 1 800 francs, m’assurant que je n’avais qu’à tirer pour&#13;
autant de billets sur lui et qu’il les paierait. Ce qu’ayant voulu faire, il les&#13;
refusa, disant aux ouvriers que celui qui les avait employés les payât et ne&#13;
m’a voulu tenir compte de quoi que ce soit de ce que le Séminaire m’a&#13;
fourni, auquel il est encore dû près de 900 francs, ayant défendu au&#13;
P. Dablon de lui en parler et que cette affaire entre lui et moi serait réglée&#13;
en France, comme si c’était une affaire dont l’on pût avoir l’intelligence en&#13;
France.&#13;
Toute la dépense, de laquelle le compte qui en a été dressé sur les mémoires&#13;
de deux ecclésiastiques a été composée. Ce sont ces deux ecclésiastiques qui&#13;
ont pris tous les soins et sur les billets desquels j’ai fait tous les paiements&#13;
pendant quatre mois que je fus retenu au lit et réduit à l’extrémité. N. veut&#13;
dans l’écrit qu’il a fait signifier au supérieur du Séminaire, à ce que l’on&#13;
m’écrit ici, que les différends que j’ai avec lui conjointement avec le&#13;
Séminaire l’obligent et [le] forcent pour ainsi dire de faire le voyage de&#13;
France, n’ayant pu, par toutes les voies qu’il dit avoir tentées, les régler.&#13;
Cependant, je ne sache pas avoir eu le moindre démêlé avec lui sinon qu’en&#13;
cette occasion ci-dessus, il me retient ce qu’il me doit de son autorité, dont&#13;
je me suis contenté de lui écrire une lettre cet automne dernier, lorsqu’il&#13;
était prêt de partir pour [la] France, par laquelle je me plains de la manière&#13;
dont il en usait, tant pour ce qu’il me devait de dette qu’au regard des&#13;
ouvriers pour le travail qui leur était dû. Il avait voulu que nous nous&#13;
rapportassions à M. de Frontenac, conjointement avec M. l’intendant, par&#13;
voie d’arbitrage. Je lui fis réponse que ce n’était point une affaire d’arbitrage&#13;
- 802 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
qui nous engagerait lui ou moi à ne s’en pas tenir là, mais que&#13;
M. l’intendant, nous pouvant régler par l’autorité et pouvoir qu’il en a, nous&#13;
lui remissions la chose à lui seul et qu’il pouvait lui alléguer les raisons qu’il&#13;
prétendait avoir de ne pas vouloir payer ce qu’il retenait par son autorité. Il&#13;
a refusé cette voie et dit à M. l’intendant que si je voulais ne lui rien&#13;
demander des 800 ou 900 francs qui m’étaient dus de reste, qu’il paierait&#13;
400 francs qui étaient dus aux ouvriers, sinon que je serais obligé de&#13;
l’attaquer en justice ; à quoi je fis réponse que je perdrais 100 fois autant&#13;
plutôt que donner [vie à] ce scandale de voir deux évêques plaider, que je&#13;
croyais qu’il aurait dû avoir autant de confusion que moi d’une chose de&#13;
cette nature. M. Gricourt a toutes les connaissances et instructions&#13;
nécessaires sur cette affaire, dont je vous prie de lui parler, au cas qu’il n’en&#13;
parlât point de son côté ; ce qui pourra bien être, n’y ayant que de la&#13;
confusion pour lui.&#13;
N. ne paraît avoir aucunement disposition pour se démettre. Au contraire,&#13;
il a dit en bien des occasions qu’il reviendra, dont il fera plutôt un point&#13;
d’honneur que de conscience et selon toutes les marques que l’on peut&#13;
avoir, il ne va en France que dans l’espérance de venir à bout de ses fins. Il&#13;
a témoigné qu’il ne prétend pas que M. de Denonville prenne aucune&#13;
connaissance de tout ce qui regarde ses intérêts et différends qu’il a en vue&#13;
de faire régler, eu égard aux desseins qu’il a et à sa disposition. Il fait bien,&#13;
parce qu’il le connaît juste et équitable et entièrement éclairé de toute sa&#13;
conduite et de ses intentions. Nous ne saurions avoir de plus fortes&#13;
convictions de son mauvais dessein, qu’il n’agit aucunement par l’esprit de&#13;
Notre-Seigneur, sachant bien que M. de Denonville ne se conduit que par&#13;
cet esprit, duquel il est rempli, sans qu’aucune considération humaine l’en&#13;
puisse détourner. Le père supérieur des Jésuites, auquel N. s’en [est] ouvert&#13;
apparemment ou bien qui l’a appris d’ailleurs, m’a parlé dans ces termes :&#13;
qu’au regard des affaires qui se sont passées en France, il ne veut pas&#13;
entendre parler de mondit sieur de Denonville et qu’il l’a en aversion et en&#13;
horreur. Je crois que cela se doit entendre des affaires, spécialement au&#13;
regard des affaires ; autrement cela ne serait pas chrétien.&#13;
&#13;
- 803 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
Nous avons su qu’avant son départ il laisse des billets de distribution pour&#13;
les suppléments de l’an prochain jusqu’à son retour, faisant état de faire&#13;
toucher pour lui les 8 000 francs que le roi donne tous les ans, quoiqu’ils ne&#13;
soient pas encore venus de France. Mais c’est afin de s’en rendre le maître&#13;
et les dispenser comme bon lui semble, attribuant à chaque ecclésiastique&#13;
ce qu’il lui plaira et suivant son jugement, sans qu’aucun n’ait droit de lui&#13;
représenter qu’il ne peut subsister et qu’il n’a pas ce que la Cour a réglé, qui&#13;
est 400 francs de France, les traitant de révoltés contre leur évêque, outre&#13;
qu’il y a beaucoup de lieux marqués dans l’état qui en a été dressé par&#13;
M. de Denonville et [M. l’]intendant et lui qui sont abandonnés pour avoir&#13;
voulu surcharger des ecclésiastiques de ces endroits, qu’il leur est&#13;
impossible d’assister ; à quoi il n’a aucun égard. M. Boucher, qui n’est prêtre&#13;
que depuis deux ans, que l’on a élevé tout petit au Séminaire et qui a de très&#13;
bonnes qualités, est attaqué depuis six mois d’une goutte sciatique 447, qui le&#13;
réduit en état de venir au Séminaire pour voir si l’on pourra apporter du&#13;
remède ; ce qui ne lui est arrivé que pour avoir la première [année] été&#13;
obligé de passer des rivières et des eaux froides et desservir ce qui avait été&#13;
marqué pour trois missions.&#13;
Ayant voulu représenter la chose à N. et qu’il lui était impossible&#13;
d’administrer que l’étendue de trois lieues ou trois lieues et demie de long&#13;
et qu’il le priait de faire administrer le surplus, qui était une côte [d’]environ&#13;
quatre lieues de long pour lequel il y avait un supplément marqué sur l’état&#13;
de distribution signé de lui et de M. de Denonville et l’intendant, et de&#13;
l’autre côté où il y avait bien cinq ou six lieues de long, il ne mit personne&#13;
au premier endroit, qui est demeuré sans aucune assistance spirituelle que&#13;
celle qu’ils ont eue des ecclésiastiques qui sont passés. Il avait chargé du&#13;
second endroit de cinq ou six lieues un autre ecclésiastique, qui n’est prêtre&#13;
que de l’automne dernier, qu’il lui avait voulu joindre à un autre, qu’il&#13;
fallait traverser le grand fleuve ; ce qu’il lui représenta ne pouvoir sans&#13;
risquer très souvent de se perdre ; nonobstant quoi, il n’a pourvu ni à l’un&#13;
ni à l’autre. Il met, à ce que l’on a su depuis peu de jours, un récollet au lieu&#13;
NDLR : La goutte était un mal commun chez la noblesse et les habitants des régions froides à&#13;
l’époque. Elle est une forme aiguë d’arthrite qui se distingue par des crises de vives douleurs dans&#13;
une ou plusieurs articulations.&#13;
447&#13;
&#13;
- 804 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
d’un de ces deux ecclésiastiques, qu’il charge des mêmes étendues. Et&#13;
M. Boucher est présentement dans le Séminaire aux charges dudit&#13;
Séminaire, qui est bien en danger d’en avoir pour le reste de ses jours,&#13;
n’étant pas d’une complexion bien forte. Cette fluxion ou goutte sciatique&#13;
l’a attaqué si fortement que l’on fût obligé de le porter en chaise le jour de&#13;
Noël à l’église, quoiqu’il demeurât tout proche. L’on a bien sujet de croire&#13;
que si N. revient, qu’il n’y aura pas de moyen qu’aucun ecclésiastique&#13;
puisse résister à cette manière d’agir, à laquelle néanmoins il ne faut pas&#13;
attendre de changement, si ce n’est de mal en pis, eu égard au caractère de&#13;
son esprit, qui ne se conduit que par sa tête et son propre jugement et&#13;
incapable, à moins que d’un miracle continuel, d’en user autrement.&#13;
N. ne manquera pas de vous parler de M. de Francheville. L’on l’a élevé&#13;
tout petit au Séminaire. Il y a bien, à ce que je puis juger, 14 ou 15 ans qu’il&#13;
est prêtre. Ayant assez de vivacité d’esprit et d’aptitude pour les affaires, je&#13;
le fis promoteur et depuis ce temps, nous l’avons envoyé en plusieurs&#13;
endroits administrer des missions ou cures. Il a été, entre autres lieux&#13;
pendant sept ans à l’île d’Orléans, où il était encore lorsque je me suis démis,&#13;
et administrait deux paroisses, Saint-Pierre et Saint-Paul, assez proches&#13;
l’une de l’autre. Il y a demeuré jusqu’à il y a environ deux ans [lors]que N.&#13;
étant en peine de trouver quelqu’un qui allât dans une mission éloignée&#13;
d’environ 15 lieues, M. Francheville s’offrit à lui pour y aller. Comme c’est&#13;
un sujet qu’il a toujours été obligé de maintenir dans un esprit d’humilité,&#13;
ayant de son naturel beaucoup de disposition à s’en faire accroire, N. l’a à&#13;
son ordinaire voulu aliéner du Séminaire, lui faisant beaucoup de&#13;
promesses, pourvu qu’il s’abandonnât entièrement à lui et qu’il n’eût aucun&#13;
rapport au Séminaire.&#13;
Toutes ses caresses et marques d’affection n’étant pas de durée, N. a cru&#13;
avoir des sujets de mécontentement de lui, lui écrivit une lettre de&#13;
reproches, de menaces, dans des termes bien sensibles, qui aigrit si fort cet&#13;
ecclésiastique que se voyant poussé à bout au lieu de l’exécution qu’il&#13;
attendait des promesses et marques d’amitié qu’il lui avait faites, prit&#13;
résolution de lui répondre suivant sa fierté naturelle et prit néanmoins le&#13;
- 805 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
dessein de m’envoyer cette lettre ; et en effet m’envoya cette réponse, me&#13;
priant que si je la trouvais bien, de l’envoyer d’ici à Québec à N. ; sinon de&#13;
lui marquer les endroits que je désapprouverais, m’assurant qu’il se&#13;
soumettrait comme à son père à ce que j’en jugerais. Je lui renvoyai ladite&#13;
réponse comme manquant de respect en divers endroits que je lui marquai.&#13;
N. a fait connaître qu’il savait que M. Francheville m’a envoyé la lettre qu’il&#13;
lui écrivait et celle qu’il avait écrite à M. Francheville. Il s’en est ouvert à un&#13;
ecclésiastique, auquel il a témoigné un grand grief contre moi, disant que je&#13;
lui devais envoyer la lettre de M. Francheville. Jugez [s’]il ne devrait pas&#13;
m’avoir obligation d’avoir donné cette nature de conseil à une personne qui&#13;
s’adresse à moi en confiance et, si l’on peut en conscience garder un secret&#13;
naturel, en donnant un conseil tel que celui que je vous marque ici.&#13;
M. Trouvé, qui est celui auquel N. s’en est ouvert, en a été surpris. Ce que&#13;
je trouve de plus étrange est que, n’ayant donné connaissance à qui que ce&#13;
soit, non plus que M. Francheville, N. l’ait néanmoins su. L’on doit juger&#13;
que les lettres ont été ouvertes. Il y a assez de fondement de le croire, N. ne&#13;
faisant aucune difficulté ni scrupule d’ouvrir les lettres des ecclésiastiques&#13;
quand elles tombent entre ses mains. Il le fit même l’an passé d’un paquet&#13;
qu’il m’envoya tout ouvert. Il se fonde sur ce principe, qu’il soutient&#13;
mordicus, qu’il ne doit y avoir rien de caché à un évêque, ce qui regarde&#13;
même la conscience et direction.&#13;
M. Trouvé, depuis peu de jours, s’est justifié à M. d’Herbéry d’une lettre&#13;
que N. a décachetée et même qu’il a gardée sans lui vouloir montrer, de&#13;
laquelle il prétend tirer un grand avantage contre le Séminaire pour faire&#13;
voir le préjudice que l’union que les curés entretiennent avec le Séminaire&#13;
est cause [des malheurs] à l’Église du Canada. M. d’Herbéry écrivait à&#13;
M. Trouvé cette lettre pour le prier de faire connaître à N. qu’il n’était pas&#13;
maître du blé qu’il demandait à la fabrique de la paroisse, que les&#13;
marguilliers voulaient le vendre plus cher que N. n’en voulait donner. Lui,&#13;
qui prétend que l’on ne lui doit rien refuser, écrivait à M. d’Herbéry qu’il&#13;
était obligé de lui envoyer un nombre de blé à un certain prix et lui faisait&#13;
des reproches de ce qu’il avait baillé au Séminaire une partie du blé de ses&#13;
dîmes. M. d’Herbéry fait une réponse à M. Trouvé que le Séminaire l’avait&#13;
- 806 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
nourri et entretenu depuis son arrivée de France sans avoir touché un sol&#13;
même dans sa paroisse, que la moindre reconnaissance qu’il lui devait était&#13;
de l’aider dans le besoin qu’il avait de blé, qu’il avait remarqué tant de&#13;
désintéressement dans le Séminaire que bien loin de s’en repentir, comme&#13;
N. le voulait supposer, si ce n’était l’union qu’il a avec ledit Séminaire,&#13;
jamais le Canada ne lui serait rien. Il avait fait cette réponse avant que moi&#13;
ni aucun du Séminaire le sussent. Cependant, il a reproché à M. d’Herbéry&#13;
que je l’avais fait venir ici pour la lui faire écrire et il l’a laissé dans cette&#13;
persuasion, quoique M. d’Herbéry lui ait assuré qu’il l’avait écrite plus de&#13;
trois semaines auparavant qu’il fût venu ici, où il venait seulement, comme&#13;
il est très vrai, pour avoir un dessin de retable pour son église, que&#13;
M. Soumande, qui sait l’architecture, lui avait promis de dessiner.&#13;
Ce ne serait pas assez pour le contenter que je fusse confiné dans ce lieu ici&#13;
pour le reste de mes jours ; il faudrait, pour lui donner une entière&#13;
satisfaction et mettre son esprit toujours inquiet en repos, que je fusse&#13;
reclus. Encore ne pourrait-on pas guérir la jalousie et peine d’esprit dont il&#13;
est travaillé nuit et jour à mon sujet. Je crois que cette maladie lui sera&#13;
incurable et que quand je serais en France, il croirait encore que [je] serais&#13;
l’auteur de toute la peine qu’il aurait. Si je ne puis le guérir pendant ma vie,&#13;
je doute qu’il le puisse être après ma mort et, si je n’avais contribué avec&#13;
tout le Séminaire à soutenir les esprits, il aurait vu des renversements et une&#13;
désolation dans cette Église, qui lui auraient bien donné d’autres déplaisirs,&#13;
et si Dieu permet qu’il revienne, comme il y est résolu absolument, il verra&#13;
d’étranges révolutions dans les esprits, qu’il est impossible qu’il n’arrive,&#13;
n’étant pas résolu de relâcher quoi que ce soit de ses prétentions ni du&#13;
dessein qu’il [a] de disposer despotiquement et à sa volonté de tous les&#13;
ecclésiastiques pour les envoyer ou retirer quand et comme il lui plaira ; à&#13;
quoi il tient pour principe qu’ils s’obligent par l’obéissance qu[’ils] lui&#13;
rendent quand il les ordonne prêtres.&#13;
M. Tremblay s’étant éclairci avec lui depuis deux jours sur ce chapitre, sur&#13;
ce qu’il avait dit tout récemment à un ecclésiastique qu’il prétendait bien&#13;
disposer de M. Tremblay par cette raison, tout comme il lui plairait (ce&#13;
- 807 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
qu’en effet il confirma à mondit sieur Tremblay), dont lui témoignant son&#13;
étonnement d’autant qu’il lui avait témoigné avant l’ordination qu’il ne&#13;
pouvait pas se résoudre d’être ordonné à ces conditions, N. lui désavoua&#13;
qu’il lui en eût parlé, persistant à lui dire qu’il ne relâcherait jamais rien de&#13;
ce sentiment, qui était le vrai sentiment de l’Église ; et sur ce que&#13;
M. Tremblay lui dit que les évêques en France ne prétendaient point cela et&#13;
n’en usaient point de cette manière, il lui répondit avec chaleur qu’il&#13;
prétendait l’observer dans son Église et lui cita que M. de Grenoble en usait&#13;
ainsi et que cette disposition qu’il lui témoignait ne serait que de la&#13;
prévention que moi et le Séminaire lui donnaient, mais qu’il ne serait pas&#13;
plus tôt arrivé en France que les choses changeraient bien de face, qu’il&#13;
verrait en France s’il était évêque ou non. Il en dit encore bien plus à&#13;
M. d’Herbéry sur la désappropriation et attachement au Séminaire, lui&#13;
disant des choses surprenantes en la bouche d’un évêque, pour le détourner&#13;
de ce détachement dans lequel il désirait vivre et mourir, comme étant le&#13;
véritable esprit de Notre-Seigneur et de l’Évangile et duquel il avait&#13;
toujours reconnu que le Séminaire des Missions étrangères faisait&#13;
profession ; sans quoi il ne s’y serait jamais attaché, étant tout son attrait et&#13;
ce qui fait la bénédiction de cette Église et ce qu’il croit [être] le seul motif&#13;
qui peut engager les ecclésiastiques de France à venir en ce pays et d’y&#13;
demeurer. N. traita tout cela et ce que la grâce lui inspire, sujet de passion&#13;
et de prévention, tant de moi que du Séminaire, et lui dit : « Changeons de&#13;
discours ».&#13;
Voilà le fond de la disposition du cœur et de l’esprit, duquel il n’y a aucun&#13;
changement à espérer, comme il l’a dit souvent lui-même, parce qu’il a pour&#13;
maxime infaillible que, pour être évêque, il faut absolu[ment] qu’il dispose,&#13;
sans aucune restriction ni opposition quelconque, de la liberté et de tous les&#13;
biens des ecclésiastiques et prétend, comme il l’a souvent dit, que l’unique&#13;
et souverain moyen de les réduire à faire toutes ses volontés sans réplique&#13;
est d’avoir en son pouvoir et maniement tous les biens et revenus, parce&#13;
qu’il faut qu’ils dépendent de lui pour avoir leur besoin, et par force, et [par]&#13;
nécessité et converse ; qu’il sait aussi que, se rendant le maître absolu de&#13;
disposer des ecclésiastiques comme il lui plaira, il lui sera libre de leur&#13;
- 808 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-11&#13;
&#13;
donner de l’emploi ou de les en retirer et, par ce moyen, de les réduire à se&#13;
contenter de tout ce qu’il lui plaira pour leur subsistance. Mais il se trouvera&#13;
dans une extrémité qu’il ne saurait se persuader, s’assurant, quoiqu’il le&#13;
voie bien, qu’il en viendra à bout et surmontera, qui est cependant très&#13;
assuré qu’il n’y a aucun ecclésiastique de ceux qui sont employés au salut&#13;
des âmes qui y veuillent demeurer et qui ne s’en retournent en France, ni&#13;
aucun de ceux qui s’élèvent en ce pays qui veuille être ordonné à ces&#13;
conditions. Il se flatte d’en trouver en France ou de se servir des Récollets&#13;
et, par conséquent, point d’Église non plus que de clergé ni de chapitre.&#13;
N. s’est déclaré beaucoup de fois ouvertement qu’il prétend disposer des&#13;
2 000 francs que la Cour donne au Séminaire pour se charger des&#13;
ecclésiastiques usés et qui seront devenus infirmes et incommodés et avoir&#13;
la nomination desdits ecclésiastiques et choisir ceux qu’il lui plaira, dans la&#13;
vue qu’il acceptera et rejettera, selon sa volonté, ceux à qui il ne voudra rien&#13;
donner pour n’avoir pas été souples et soumis à toutes ses volontés,&#13;
principalement pour priver le Séminaire de tout le secours qui peut l’aider&#13;
à subsister et doit faire voir qu’il abuse de ce fonds. Mais sa fin dans la vérité&#13;
est de le mettre dans sa bourse pour en user comme il fait des 8 000 francs&#13;
que l’on donne pour la subsistance des curés, dont il met en bourse une&#13;
grande partie sous le prétexte de faire voir que ce qu’il prend sur ledit&#13;
fonds, il l’emploie à faire bâtir des presbytères. C’est le prétexte dont il se&#13;
doit servir et prévenir le ministre et le persuader qu’il n’y a point&#13;
d’opposition plus forte à la bâtisse des presbytères que celle qu’y apporte&#13;
le Séminaire, qui ne veut pas de résidence sur les lieux ni de curés, parce&#13;
que par ce moyen l’union qui les tient attachés audit Séminaire se trouvera&#13;
détruite et éteinte et qu’il n’y a rien de plus préjudiciable par conséquent&#13;
que cette union à cette Église et que l’unique moyen de remédier à ce mal,&#13;
qu’il estime le plus grand et le plus pernicieux, comme il le qualifie, est de&#13;
mettre tout le temporel dans la disposition de N., qui saura bien venir à&#13;
bout de la détruire entièrement. Il est très assuré qu’il se doit pourvoir droit&#13;
au ministre, sachant bien éluder les voies particulières et privées, étant&#13;
assuré qu’il ne trouvera pas ce qu’il prétend avec des personnes judicieuses&#13;
et équitables et qui jugent et règlent les choses avec désintéressement.&#13;
- 809 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-13&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-12&#13;
Lettre de Laval à Denonville, 16 avril 1691&#13;
Voir p. 789 448&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-13. Éclaircissement sur l’union des prêtres et du Séminaire de Québec (1691)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-13&#13;
Éclaircissement sur les relations entre les curés canadiens et le Séminaire de&#13;
Québec, d’un auteur inconnu 449, 1691, d’après une copie contemporaine&#13;
conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Chapitre, no 7&#13;
&#13;
Éclaircissement sur l’union et le rapport que les curés et les missionnaires&#13;
du Canada ont au Séminaire de Québec&#13;
Quoique nous ayons déjà donné plusieurs éclaircissements par le passé sur&#13;
le rapport que les curés ont au Séminaire, Mgr de Québec ayant fait connaître&#13;
en diverses occasions que le principal dessein de son voyage en France était&#13;
pour empêcher ledit rapport qu’ils avaient au Séminaire, j’ai cru être obligé&#13;
d’en dresser cet écrit en particulier pour faire voir le grand avantage que&#13;
cette Église en retire, aussi bien que les curés et missionnaires, et [pour]&#13;
répondre à toutes les objections que l’on pourrait faire contre.&#13;
Ce rapport consiste en ce que les curés et missionnaires donnent tous les&#13;
ans au Séminaire 50 écus de France, moyennant laquelle somme le&#13;
Séminaire s’oblige de leur fournir tout ce qui est nécessaire à les entretenir&#13;
honnêtement dans leur état, à leur fournir des vivres quand ils vont dans&#13;
les missions, à les recevoir gratis au Séminaire quand ils y viennent pour&#13;
faire leur retraite spirituelle ou pour vaquer à leurs affaires, comme aussi&#13;
lorsqu’ils sont malades. Ce rapport que les curés ont au Séminaire a&#13;
toujours subsisté depuis l’établissement du Séminaire en 1663 et ainsi n’est&#13;
pas une chose nouvelle. Le règlement de ladite somme de 50 écus de France&#13;
a été fait par M. de Frontenac, gouverneur, M. Duchesneau, intendant, avec&#13;
NDLR : Par souci de préserver l’ordre chronologique des textes, nous avons déplacé ce&#13;
document.&#13;
449&#13;
NDLR : La main est celle de Tremblay, mais nous ne savons s’il en est l’auteur ou simplement&#13;
le copiste.&#13;
448&#13;
&#13;
- 810 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-13&#13;
&#13;
Mgr l’Ancien, dans une assemblée où les principaux seigneurs du pays&#13;
furent appelés comme y étant intéressés, ainsi qu’il paraît par l’acte signé&#13;
des trois susdites puissances en date du 7 octobre 1678, dont on envoie&#13;
copie collationnée sur l’original qu’on conserve au Séminaire, d’où l’on&#13;
peut voir que ce n’est pas lui [le Séminaire] qui a réglé la somme de 50 écus&#13;
de France.&#13;
Il est évident que ce n’est pas un avantage pour le Séminaire, puisque,&#13;
comme l’on voit par ses comptes, il n’y a point d’années que le Séminaire&#13;
n’ait plus fourni qu’il n’a reçu desdits curés et que les dernières années la&#13;
dépense excédait le reçu de 1 800 livres, sans y comprendre un grand&#13;
nombre de choses que l’on ne marque pas sur les comptes. Monseigneur,&#13;
après avoir vu lui-même et examiné les comptes de plusieurs particuliers,&#13;
est demeuré d’accord que le Séminaire n’y gagnait pas, comme il l’a dit en&#13;
quantité de rencontres, outre tous les risques qu’il court pour les maladies&#13;
desdits curés, dans lesquelles il est obligé de les recevoir et les traiter.&#13;
Aussi le Séminaire ne s’y est jamais engagé par d’autres intérêts que ceux&#13;
du bien de cette Église et de ceux des ecclésiastiques, car il est évident que&#13;
c’est l’unique attrait que les ecclésiastiques de France trouvent en ce pays,&#13;
où les cures et missions sont très difficiles à desservir et où, par l’aveu d’un&#13;
chacun, ils n’ont d’autres douceurs que celles qu’ils reçoivent du rapport&#13;
qu’ils ont au Séminaire, où ils sont assurés de trouver un refuge dans leurs&#13;
infirmités. Ceci est une question de fait qui n’a pas besoin d’autres preuves,&#13;
personne dans le pays ne pouvant ignorer cette vérité.&#13;
Outre ce premier lien, qui est que ce rapport attire plusieurs bons&#13;
ecclésiastiques de France pour remplir les cures et qui n’y viendraient pas&#13;
sans cela, c’est ce qui contribue encore à les conserver dans la piété et dans&#13;
la vertu nécessaires à leur état, comme il arrive que l’on n’en voie aucun qui&#13;
ne mène une vie exemplaire et qui ne paraisse dans un grand détachement&#13;
pour leur personne et un grand zèle pour leurs églises et le salut des âmes.&#13;
Ceci est connu de tout le monde depuis l’établissement du Séminaire et n’a&#13;
&#13;
- 811 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-13&#13;
&#13;
pas besoin de preuves, et il est évident que la chose arriverait au contraire&#13;
s’ils n’avaient pas le rapport au Séminaire, comme nous l’allons montrer.&#13;
S’ils n’avaient pas cette assurance de pouvoir se retirer au Séminaire sans&#13;
qu’il leur en coûte rien, il est assuré que plusieurs pour épargner ne feraient&#13;
pas leur retraite, qui est néanmoins tout leur soutien, puisque c’est là qu’ils&#13;
reconnaissent leurs défauts, qu’ils se renouvellent dans la vertu et prennent&#13;
de nouvelles forces et lumières pour bien s’acquitter de leurs fonctions et&#13;
[que] c’est dans ce temps-là qu’on a lieu de les redresser et leur donner les&#13;
avis nécessaires pour leur conduite ; et lorsqu’ils viendraient à Québec pour&#13;
leurs affaires, ils iraient loger chez leurs parents et séculiers, surtout les&#13;
enfants du pays, ce qui serait une source de très grands désordres et d’un&#13;
très mauvais exemple, car quoique l’évêque eût bonne volonté de les retirer&#13;
chez lui, il ne le pourrait pas, étant obligé de passer la moitié de l’année en&#13;
ses visites, comme l’exige la nature de cette Église.&#13;
S’ils n’étaient pas assurés d’avoir un refuge dans leurs maladies, la&#13;
prudence exigerait d’eux qu’ils amassassent de l’argent pour subvenir aux&#13;
frais desdites maladies, aussi bien que de plusieurs autres accidents qui&#13;
peuvent arriver et deviendraient fort à l’épargne, pour ne pas dire attachés,&#13;
comme l’expérience le fait assez remarquer dans plusieurs curés de France ;&#13;
or, il est difficile, comme dit Notre-Seigneur, de servir à Dieu et à l’argent.&#13;
Aussi verrait-on bientôt tout le zèle qu’ils ont pour leurs églises et leurs&#13;
pauvres se refroidir. Au contraire, comme ils sont assurés de ne rien&#13;
manquer dans leur entretien, non plus que dans les accidents fâcheux qui&#13;
leur peuvent arriver, ils vivent sans inquiétude et s’ils ont quelque chose de&#13;
reste, ils ne songent qu’à l’employer pour subvenir aux pauvres et orner&#13;
leurs églises comme on le voit par expérience et ainsi leurs mœurs, suivant&#13;
le conseil de saint Paul, sont sans avarice.&#13;
L’on peut encore ajouter que s’ils s’entretenaient eux-mêmes, ils le feraient&#13;
peut-être fort mesquinement, à raison de la cherté des hardes, qui est&#13;
excessive en ce pays où toutes les marchandises doublent le prix de France ;&#13;
ce qui joint au désir et à la nécessité qu’ils auraient d’épargner, les rendrait&#13;
fort méprisables au peuple et empêcherait le fruit qu’ils font auprès d’eux,&#13;
- 812 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-13&#13;
&#13;
qui se paie beaucoup de l’extérieur et de qui souvent ils seraient obligés de&#13;
dépendre en faisant plusieurs lâchetés pour en tirer quelque secours&#13;
temporel.&#13;
L’on ne peut pas dire que le rapport que les curés ont au Séminaire empêche&#13;
celui qu’ils doivent avoir à leur évêque, puisque le Séminaire ne se mêle en&#13;
rien de ce qui regarde la conduite du diocèse ; au contraire, il y sert&#13;
beaucoup, puisqu’il les porte sans cesse à lui rendre tout le respect et&#13;
obéissance qu’ils sont obligés de lui rendre, comme on le voit par&#13;
expérience ; ce qui n’arriverait pas assurément s’ils n’avaient point de&#13;
rapport au Séminaire, outre que le Séminaire ne voudrait pas entretenir&#13;
aucun commerce avec des ecclésiastiques déréglés et qui ne voudraient&#13;
point de subordination à leur légitime pasteur.&#13;
L’on ne peut pas non plus alléguer que ledit rapport soit opposé aux cures&#13;
fixes, puisque au contraire, c’est le Séminaire qui a toujours recherché avec&#13;
le plus d’ardeur que l’on donnât des titres aux curés, ainsi que Mgr l’Ancien&#13;
le fit à neuf curés avant que de se démettre de son évêché et il en eût donné&#13;
davantage s’il y eût eu des paroisses en ce temps-là capables d’être titrées&#13;
et l’on ne peut pas trouver que le Séminaire en ait obligé aucun à quitter sa&#13;
cure, outre que ledit rapport ne donne aucun droit au Séminaire sur les&#13;
ecclésiastiques qui ne sont pas de leur corps en ce qui concerne leur état ou&#13;
leurs fonctions ecclésiastiques.&#13;
J’ajouterai ici que le Séminaire est trop convaincu, depuis la longue&#13;
expérience qu’il a, de l’avantage des cures fixes pour en empêcher&#13;
l’établissement. Il sait les dommages que reçoivent les peuples des&#13;
fréquents changements de pasteurs et la peine que cela leur cause pour leur&#13;
conduite spirituelle. Il sait qu’un curé qui n’est pas fixe dans son église et&#13;
qui serait près d’être rappelé et changé ne peut pas s’appliquer avec le&#13;
même zèle à son église et presbytère que s’il y voyait un établissement&#13;
assuré. Il sait encore qu’un curé ne peut pas faire grand fruit dans une&#13;
paroisse que lorsqu’il connaît les paroissiens ; ce qui ne se fait que par&#13;
l’expérience de plusieurs années, dont on ne lui donne pas le temps par les&#13;
- 813 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-A&#13;
&#13;
changements continuels qui arrivent ; et ainsi le Séminaire, outre qu’il n’a&#13;
aucun pouvoir sur lesdites cures, serait bien éloigné d’y vouloir apporter&#13;
des changements, dont la meilleure preuve est qu’il ne l’a pas fait depuis&#13;
leur établissement, quoique jusqu’à présent toutes les cures aient eu leur&#13;
rapport audit Séminaire.&#13;
Enfin, je puis assurer avec vérité que si l’on refusait aux ecclésiastiques de&#13;
France l’entrée au Séminaire et qu’on voulût les empêcher d’y avoir le&#13;
rapport qu’ils y ont toujours eu jusqu’à présent, qu’il n’y en a pas un qui ne&#13;
prît le parti de repasser en France, comme Monseigneur ne le peut pas&#13;
ignorer, et qu’aucun enfant du pays ne s’engagerait dans les ordres, vu&#13;
qu’ils ne le font tous que dans cette vue.&#13;
Doc. LI-IV-A. Lettre de Brisacier à Laval (19 juin 1691)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-A&#13;
Lettre de l’abbé de Brisacier au Serviteur de Dieu, 19 juin 1691, d’après une&#13;
copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire&#13;
de Québec, Séminaire 15, no 53&#13;
&#13;
La découverte de M. de La Salle, dont vous a parlé M. Cavelier, son frère, doit&#13;
donner de la joie à toutes les personnes zélées. Je ne sais point les desseins qu’on&#13;
peut avoir de se rendre maître de ces nouvelles missions indépendamment de&#13;
Québec, ni la manière dont M. l’évêque en a écrit à la Cour. Il ne m’a rien mandé&#13;
des mesures qu’il peut avoir prises pour conserver sa juridiction. Il s’est renfermé&#13;
uniquement dans les sujets de plainte qu’il croit avoir de nos Messieurs en&#13;
proposant certains remèdes, dont j’ai laissé le jugement à M. le duc de Beauvilliers&#13;
et au R. P. Le Valois, auxquels il m’a renvoyé pour en passer par leur décision. J’ai&#13;
gémi de tout mon cœur avec lui et avec vous de voir les choses dans l’état où elles&#13;
étaient quand il m’a écrit.&#13;
Il a plu à Dieu, sans que je m’en sois presque mêlé, d’inspirer nos juges et ils ont&#13;
prévenu par leur équité tout ce que j’aurais pu souhaiter. Je vous envoie une copie&#13;
de ce qui a été arrêté par eux et je leur ai promis que nos Messieurs s’y&#13;
soumettraient en tout. Le P. Le Valois en envoie une copie à Mgr de Québec avec&#13;
une lettre de la dernière force. M. le duc de Beauvilliers en adresse une troisième&#13;
copie à M. de Denonville et il le prie de ne point partir de Québec qu’il n’ait mis les&#13;
choses sur le pied qu’on a jugé à propos ici, dont il pourra rendre compte à son&#13;
arrivée en France.&#13;
- 814 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-B&#13;
&#13;
Le retour de ce gouverneur est une terrible perte pour le Canada, mais Dieu sait&#13;
bien pourquoi il ordonne ce changement. L’important est de se tenir exactement à&#13;
tout ce qui a été réglé et de ne donner sur cela nul sujet de plainte à Mgr de Québec,&#13;
car je vous dirai confidemment [sur] M. le duc de Beauvilliers, qui est que, quoiqu’il&#13;
soit persuadé que M. l’évêque va trop vite et que souvent il n’est pas bien fondé&#13;
dans ce qu’il prétend, néanmoins on est si prévenu en sa faveur à la Cour et si&#13;
préoccupé de longue main contre vous et vos Messieurs que s’il écrivait aux&#13;
ministres quelque chose de fort, on aurait bien de la peine à faire tenir la balance&#13;
droite ; et c’est pour cette raison que, par le conseil des gens sages auxquels ce&#13;
seigneur s’est confié pour agir avec lui en cette affaire, on a gardé un profond&#13;
silence sur vos contestations à l’égard du ministre, à qui M. le chevalier de Callière&#13;
a observé de n’en rien faire sentir de près ou de loin. Au nom de Dieu,&#13;
Monseigneur, [gardez] la paix dans le clergé, à quelque prix que ce soit. On est déjà&#13;
si dégoûté à la Cour du Canada que, si on savait ce qui s’y passe, on en prendrait&#13;
peut-être occasion de l’abandonner tout à fait. Peu s’en fallut qu’on ne l’ait fait dès&#13;
cette année. On a délibéré si on n’en retirerait point les troupes […] et bien loin de&#13;
nous envoyer de nouveaux secours, on a cru vous faire une grande grâce de vous&#13;
laisser celui que vous avez.&#13;
Doc. LI-IV-B. Articles de 1692 par Champvallon et La Chaize (13-20 février 1692)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-B&#13;
Articles de 1692 entre&#13;
de Saint-Vallier, le Séminaire de Québec et le&#13;
chapitre de Québec, 13 février 1692, selon une copie contemporaine&#13;
conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Chapitre, no 1&#13;
Mgr&#13;
&#13;
Avis donné au roi par nous, François, archevêque de Paris, duc et pair de France,&#13;
commandeur des ordres du roi, et François de La Chaize, prêtre de la Compagnie&#13;
de Jésus, confesseur de Sa Majesté, sur les demandes faites à Sadite Majesté par&#13;
M. l’évêque de Québec, tant à l’égard du Séminaire que du chapitre de Québec,&#13;
comme aussi sur l’application des 4 000 livres accordées par le roi pour le bien du&#13;
diocèse de Québec, ensemble sur les remontrances de M. l’abbé de Brisacier,&#13;
supérieur du Séminaire des Missions étrangères, tant pour le Séminaire que pour&#13;
le chapitre de Québec, lesquelles demandes et remontrances Sa Majesté nous a&#13;
renvoyées pour être par nous examinées et en dire notre sentiment.&#13;
&#13;
- 815 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-B&#13;
&#13;
Articles de 1692&#13;
&#13;
Articles originaux de 1689&#13;
1° Que toute la fonction des supérieur&#13;
et directeurs du Séminaire de Québec&#13;
soit réduite à former, dans le&#13;
Séminaire, les jeunes enfants et les&#13;
ecclésiastiques qui se disposent à&#13;
prendre les ordres, comme ils faisaient&#13;
auparavant.&#13;
&#13;
1° Ils feront leur première et principale&#13;
occupation de former, dans le Séminaire, les&#13;
jeunes enfants et les ecclésiastiques qui se&#13;
disposent à prendre les ordres. Pourront&#13;
néanmoins aller aux missions, conformément&#13;
à leur institut, du consentement de M. l’évêque.&#13;
&#13;
2° Que les supérieur et directeurs du&#13;
Séminaire soient réduits au nombre de&#13;
cinq, nommés par les supérieurs des&#13;
Missions étrangères de Paris et&#13;
approuvés par M. l’évêque.&#13;
&#13;
2° Accordé.&#13;
&#13;
3° Que le supérieur de Québec ne puisse&#13;
agréger aucun ecclésiastique sans le&#13;
consentement de M. l’évêque et que&#13;
ceux qui y ont été agrégés jusqu’à&#13;
présent soient obligés de quitter le&#13;
Séminaire toutes les fois que&#13;
M. l’évêque jugera à propos de les&#13;
employer ailleurs pour le bien de son&#13;
Église.&#13;
&#13;
3° Accordée la première partie de l’article&#13;
pour l’avenir ; et quant au second, M. l’évêque se pourra servir des anciens agrégés&#13;
pour le service de son diocèse, du consentement des supérieurs, ainsi qu’il se pratique&#13;
en France dans les congrégations non&#13;
exemptes et qui dépendent des évêques.&#13;
&#13;
4° Qu’on ne puisse proposer aucune&#13;
expropriation de bien aux&#13;
ecclésiastiques de Québec.&#13;
&#13;
4° L’expropriation ne se fera à l’avenir que&#13;
pour des sujets fort distingués et du consentement de M. l’évêque.&#13;
&#13;
5° Qu’il n’y ait plus de cures unies au&#13;
Séminaire à la campagne et qu’aucune&#13;
cure ne soit amovible ad nutum&#13;
superioris&#13;
&#13;
5° On ne pourra unir aucune cure dans la&#13;
campagne au Séminaire que de l’autorité de&#13;
M. l’évêque et des lettres patentes du roi ; et&#13;
sur l’amovibilité des cures, on se conformera&#13;
en Canada à la dernière déclaration du roi&#13;
données pour tout le royaume et expliquées&#13;
en conséquence par les arrêts de Sa Majesté.&#13;
&#13;
6° Que le Séminaire ne nomme plus à la&#13;
cure de Québec.&#13;
&#13;
6° Quant à l’union de la cure de Québec au&#13;
Séminaire, les titres et procédures faites&#13;
jusqu’à présent sur ce fait seront apportées à&#13;
- 816 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-B&#13;
&#13;
Sa Majesté pour être ordonné par elle ce de&#13;
raison, les choses tenant état.&#13;
7° Qu’il soit permis à M. l’évêque d’en&#13;
établir une à la basse-ville, où elle est&#13;
fort nécessaire.&#13;
&#13;
7° Les informations super commodo et&#13;
incommodo 450 seront faites dans les formes&#13;
canoniques pour le gouverneur, l’intendant,&#13;
les habitants et autres intéressés ouïs et le&#13;
tout rapporté à M. l’évêque de Québec et au&#13;
roi, être réglé ce que de raison conformément aux lois et usages de l’Église et du&#13;
royaume.&#13;
&#13;
8° Qu’on ne puisse recevoir à loger au&#13;
Séminaire les curés de la campagne sans&#13;
l’agrément de M. l’évêque, cette facilité&#13;
que trouvent les curés leur faisant&#13;
souvent abandonner le soin de leurs&#13;
cures.&#13;
&#13;
8° Ne pourront les curés abandonner leurs&#13;
cures sans en avoir obtenu la permission de&#13;
M. l’évêque et avoir pourvu à leur desserte&#13;
sous prétexte de se retirer au Séminaire ;&#13;
pourront néanmoins, après avoir obtenu&#13;
leur congé, y demeurer l’espace de 15 jours&#13;
seulement, à moins que la nécessité d’y&#13;
rester davantage ne soit reconnue et&#13;
approuvée par M. l’évêque.&#13;
&#13;
Articles à régler entre M. l’évêque et le chapitre de Québec&#13;
Articles à régler&#13;
&#13;
Avis des arbitres&#13;
&#13;
1° À qui il appartient à faire les statuts du&#13;
chapitre.&#13;
&#13;
1° Les statuts du chapitre n’auront point de&#13;
vigueur qu’ils ne soient approuvés par&#13;
M. l’évêque.&#13;
&#13;
2° Quelle place doit être accordée au&#13;
grand-vicaire de M. l’évêque.&#13;
&#13;
2° Le grand-vicaire, l’official et le promoteur&#13;
de M. l’évêque se conformeront pour les&#13;
places et les rangs dans l’église cathédrale&#13;
et partout ailleurs aux usages des églises de&#13;
France.&#13;
&#13;
450&#13;
&#13;
NDLR : Enquête préalable.&#13;
- 817 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-B&#13;
&#13;
3° Le chapitre ayant accordé à&#13;
M. l’évêque la première fois qu’il a été à&#13;
Canada deux places de chanoine&#13;
honoraire, dont il a joui deux ou trois ans,&#13;
ayant donné les deux places à deux&#13;
ecclésiastiques qu’il avait auprès de lui, il&#13;
demande qu’on le continue en sa&#13;
possession.&#13;
&#13;
3° Les deux chanoines honoraires nommés&#13;
par M. l’évêque continueront leurs places&#13;
dans l’église, sans conséquence pour&#13;
d’autres à l’avenir.&#13;
&#13;
4° Régler s’il n’est pas nécessaire de&#13;
l’assistance ou du consentement de&#13;
l’évêque pour autoriser le chapitre à faire&#13;
des changements, innovations ou&#13;
retranchements.&#13;
&#13;
4° Le chapitre ne pourra faire aucun&#13;
changement, innovation ni retranchement&#13;
qu’ils ne soient autorisés de l’évêque.&#13;
&#13;
5° Régler si, hors la cathédrale, il n’est pas&#13;
incontestable que le grand-vicaire doit&#13;
avoir le pas par-dessus tous les autres&#13;
ecclésiastiques.&#13;
&#13;
5° Partout hors la cathédrale, les grandsvicaires de M. l’évêque auront le pas et la&#13;
séance devant tous les autres ecclésiastiques.&#13;
&#13;
6° Que les chanoines ne puissent&#13;
s’absenter sans une cause approuvée par&#13;
l’évêque.&#13;
&#13;
6° Sur l’absence des chanoines, les&#13;
règlements des conciles seront exécutés.&#13;
&#13;
7° Régler s’il ne peut pas y avoir, hors la&#13;
cathédrale, des grands-vicaires qu’ils aient&#13;
autant de pouvoir que celui de la&#13;
cathédrale.&#13;
&#13;
7° Il est au pouvoir de M. l’évêque de choisir&#13;
tel nombre de grands-vicaires qu’il lui plaira,&#13;
tant des ecclésiastiques de son chapitre que&#13;
des autres de son diocèse.&#13;
&#13;
8° Régler si les grands-vicaires peuvent&#13;
faire des ordonnances qui obligent le&#13;
chapitre quand il est soumis à l’évêque.&#13;
&#13;
8° Les grands-vicaires de l’évêque peuvent&#13;
faire des règlements, en son absence, qui&#13;
obligent toutes les communautés qui&#13;
dépendent de son autorité et même l’église&#13;
cathédrale.&#13;
&#13;
- 818 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-B&#13;
&#13;
Article touchant la disposition des 4 000 [livres] que le roi a données&#13;
pour les églises de Québec&#13;
Que l’article des 4 000 livres couchées sur l’ancien état soit entièrement à la&#13;
disposition de M. l’évêque, pour être par lui employés à l’entretien des curés et&#13;
missionnaires les plus éloignés, des ecclésiastiques qui sont à former dans le&#13;
Séminaire, pour le service de curés et pour les bâtiments des églises et presbytères,&#13;
conformément à l’édit du roi. Les 4 000 livres seront divisées en trois portions&#13;
égales, l’un pour les prêtres du Séminaire et les deux autres pour les curés et les&#13;
bâtiments des églises, suivant l’état de distribution qui en sera fait par le seul&#13;
évêque, ainsi que Sa Majesté l’a ordonné.&#13;
Le présent avis ayant été rapporté au roi, Sa Majesté l’a approuvé et autorisé et&#13;
ordonne qu’il sera exécuté par les parties intéressées suivant sa forme et teneur.&#13;
Donné à Paris ce 13e jour de janvier 1692,&#13;
François, archevêque de Paris,&#13;
De la Chaize.&#13;
&#13;
Ce présent écrit a été accepté par nous, le même jour et an que dessus,&#13;
Jean, évêque de Québec,&#13;
J.-C. de Brisacier.&#13;
&#13;
- 819 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-C&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-C. Décret de Louis XIV de faire exécuter les Articles de 1692 (11 février 1692)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-C&#13;
Décret du roi Louis XIV de faire exécuter les Articles de 1692, 11 février&#13;
1692, d’après une copie contemporaine conservée au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 95, no 48&#13;
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à nos aimés et féaux&#13;
conseillers, les gens tenant notre Conseil souverain de Québec, salut.&#13;
Par l’arrêt de notre Conseil de ce jour d’hui, nous avons ordonné l’exécution du&#13;
Règlement fait par notre très cher et bien aimé cousin, l’archevêque de Paris, et le&#13;
P. de La Chaize, au sujet des contestations qui étaient entre notre aimé et féal le&#13;
sieur évêque de Québec, d’une part, et le chapitre et Séminaire de Québec, d’autre,&#13;
à ces causes, nous vous mandons et ordonnons par ces présentes signées de notre&#13;
main que ledit Règlement ci-attaché sous le contre-sceau de notre chancellerie&#13;
avec ledit arrêt, vous fassiez exécuter selon leur forme et teneur. Commandons au&#13;
premier notre huissier ou sergent sur ce requis de faire pour raison de ce toutes&#13;
significations, commandements, exploits et autres actes requis et nécessaires, car&#13;
tel est notre plaisir.&#13;
Donné à Versailles, le 11e jour de février, l’an de grâce 1692 et de notre règne le&#13;
49e,&#13;
Louis&#13;
Par le roi, Phélyppeaux.&#13;
Doc. LI-IV-14. Lettre de Brisacier à Laval (18 avril 1692)&#13;
&#13;
Doc. LI-IV-14&#13;
Lettre de l’abbé de Brisacier au Serviteur de Dieu, 18 avril 1692, d’après&#13;
l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 98&#13;
Nous avons déjà noté l’importance de cette lettre dans laquelle le supérieur du&#13;
Séminaire des Missions étrangères de Paris prie le Serviteur de Dieu d’accepter&#13;
avec résignation les dernières décisions au sujet du Séminaire de Québec. En plus&#13;
de ces décisions concernant le Séminaire, l’abbé de Brisacier fait allusion à une&#13;
solution à la reconstruction du célèbre sanctuaire canadien de Sainte-Anne-deBeaupré, dans laquelle le Serviteur de Dieu était personnellement impliqué.&#13;
À l’époque de la démission du Serviteur de Dieu, ledit sanctuaire était en ruine et&#13;
Mgr de Saint-Vallier avait prié son prédécesseur de s’occuper de la reconstruction&#13;
en son nom. Mgr de Laval accepta volontiers la mission et fit les dépenses&#13;
nécessaires. Cependant, lorsqu’il présenta les comptes à l’évêque, celui-ci refusa&#13;
- 820 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-14&#13;
&#13;
de payer, sous prétexte que l’église se trouvait sur un terrain appartenant au&#13;
Séminaire 451, à la suite d’une donation de Mgr de Laval. Le Serviteur de Dieu et&#13;
le Séminaire devaient alors contribuer aux dépenses de la reconstruction. Pire, en&#13;
réponse aux protestations du Serviteur de Dieu, Mgr de Saint-Vallier menaça de&#13;
porter l’affaire devant le tribunal. Comme l’évêque partait pour la France afin&#13;
d’obtenir une solution définitive à toutes ses difficultés avec le Séminaire au&#13;
printemps 1691, le Serviteur de Dieu mit l’abbé de Brisacier au courant de cette&#13;
affaire de l’église de Sainte-Anne-de-Beaupré aussi (no 11).&#13;
Dans les diverses discussions entre Mgr de Saint-Vallier et les directeurs du&#13;
Séminaire de Paris sur les affaires du Séminaire de Québec, la question fut prise&#13;
en considération et il fut décidé que Mgr de Laval se rembourserait avec les&#13;
aumônes et les autres revenus de l’église (cf. Mémoire des choses à régler entre&#13;
Mgr de Québec et les MM. du Séminaire des Missions étrangères de Paris, copie&#13;
contemporaine aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives&#13;
des colonies, sous-série F3, vol. 7, fo 81). Dans la lettre que nous reproduisons ici,&#13;
l’abbé de Brisacier recommande au Serviteur de Dieu d’accepter cette décision.&#13;
On peut être sûr que Mgr de Laval, tout en n’étant probablement pas satisfait de&#13;
celle-ci, l’accepta avec résignation. Du moins, c’est ce qu’on en déduit de sa&#13;
réponse à la lettre de l’abbé de Brisacier : « Je puis vous assurer que de ma part et&#13;
de celle du Séminaire, on a ponctuellement observé tous les bons et sages conseils&#13;
que vous nous avez donnés. » (Doc. LI-VI-1)&#13;
&#13;
Jésus, Marie, Joseph et les saints anges&#13;
Le 18 avril 1692&#13;
J’espère, Monseigneur, vous écrire plus amplement par les vaisseaux qui&#13;
pourront partir dans la suite. Il suffit que je vous dise présentement qu’il&#13;
faut vouloir de bon cœur tout ce que Dieu a voulu. Il a ses desseins que&#13;
nous devons adorer sans oser les approfondir. Vous apprendrez par&#13;
d’autres que par moi comment tout s’est passé ici et je vous supplie d’être&#13;
bien persuadé que si tout ce que vous pouviez souhaiter pour le bien de&#13;
votre chère épouse 452 ne s’est pas fait, ce n’est pas manque de bonnes&#13;
intentions ni de soin de ma part. Il faut souffrir de moindres maux pour en&#13;
éviter de plus grands et j’ai cru qu’il valait mieux tout souffrir que de&#13;
donner le moindre scandale, en soutenant avec trop d’éclat et de résistance&#13;
les intérêts d’une Église qui, étant aussi sainte qu’elle l’est, mérite qu’on&#13;
conserve sa réputation aux dépens de tout le reste.&#13;
&#13;
NDLR : Le régime seigneurial dictait alors que le seigneur avait la responsabilité de bâtir et&#13;
rénover les bâtiments communs à ses frais.&#13;
452&#13;
NDLR : C’est-à-dire, l’Église.&#13;
451&#13;
&#13;
- 821 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-14&#13;
&#13;
Vous connaîtrez, par le Règlement qui a été fait par l’ordre du roi, à quoi&#13;
vous devez vous en tenir ; car nous avons promis bien solennellement à&#13;
Sa Majesté qu’elle serait obéie avec une entière exactitude, sans que&#13;
personne [ne] se plaignît de rien. Je vous supplie donc, Monseigneur, par&#13;
tout ce qu’il y a de plus saint, d’employer tout votre ascendant sur l’esprit&#13;
de nos Messieurs, qui sont vos très chers enfants, pour empêcher que nul&#13;
d’entre eux ne désagrée aucun point de ce Règlement et pour faire en sorte&#13;
que tous non seulement l’exécutent avec respect, mais encore qu’ils en&#13;
parlent avec sagesse au-dedans et au-dehors de leur maison. Sur cela, toute&#13;
confidence que ce puisse être doit être interdite et pour peu qu’on se laisse&#13;
aller à dire quelques paroles, on s’expose à être accusé d’être tombé dans&#13;
de grands excès ; et vous voyez de quelle conséquence il serait contre vous,&#13;
si on mandait à la Cour quelque chose de semblable.&#13;
Vous ne serez peut-être guère content de la manière dont M. l’abbé&#13;
de Choisy a terminé l’affaire que vous aviez pour votre compte de la bâtisse&#13;
de Sainte-Anne. Nous avons cru qu’il valait mieux assigner votre payement&#13;
sur un fonds douteux et lent, en faisant par là reconnaître une dette qu’on&#13;
contestait et dont on demeure toujours garde, supposé que vous n’en soyez&#13;
pas payé par les offrandes des pèlerins en plusieurs années, que de ne rien&#13;
faire du tout en laissant la chose dans une longue et fâcheuse contradiction,&#13;
qui a fait dire et écrire jusqu’à présent des choses peu séantes au caractère&#13;
des personnes intéressées. Au nom de Dieu, Monseigneur, ne parlez plus&#13;
de cette affaire à Mgr votre successeur. Mais si vous avez quelque chose à&#13;
dire, dites-le à M. de La Colombière pour voir s’il est à propos d’en parler&#13;
au prélat, ou faites-moi la grâce de me l’écrire, afin que je négocie par lettre,&#13;
sans vous exposer à donner occasion à quelque scandale en vous pressant&#13;
trop de pousser vos intérêts, que vous sacrifierez sans doute volontiers à la&#13;
gloire de Dieu et à l’édification publique. Nous avons sacrifié les nôtres&#13;
pour vous sauver, vous et le chapitre et le Séminaire, en tout ce que nous&#13;
avons pu, et nous avons mieux aimé perdre près de 2 000 francs, qui étaient&#13;
dus à notre maison de Paris par un traité fait et signé par le prélat, que de&#13;
souffrir diminution de ce qu’on devait dans le Canada.&#13;
&#13;
- 822 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-14&#13;
&#13;
Je n’ai pu avoir le compte présenté par le Séminaire en 1689, dont vous&#13;
m’aviez mandé qu’on avait remis l’examen avec moi à Paris. On prétend&#13;
que vous avez reçu des fondés pour vous payer à peu près de ce qui vous&#13;
serait dû de reste et c’est sur quoi je n’ai point trouvé d’éclaircissement dans&#13;
nos papiers. Mais Monseigneur m’a promis de m’en donner. Il faut&#13;
suspendre. Il prétend ne devoir au chapitre que 675 livres par l’arrivée du&#13;
compte de 1688, près de 700 livres pour [le] restant de l’année 1691, qui&#13;
monte à 2 000 livres ; car pour l’année 1689, il soutient qu’il est compris&#13;
dans le compte de cette année-là, où la somme de 1 800 livres est employée&#13;
et payée. Ne contestez de rien avec lui. Faites tout ou par moi, quoique le&#13;
circuit soit long, ou par M. de La Colombière, lorsqu’il croira pouvoir s’en&#13;
mêler.&#13;
Vous trouverez dans ce paquet deux lettres : l’une pour M. le gouverneur,&#13;
l’autre pour M. l’intendant. Vous les lirez et en prendrez copie si vous le&#13;
jugez à propos avant que de les rendre par nos Messieurs.&#13;
M. votre frère 453 continue toujours à ne nous point payer. Il nous remet sur&#13;
le mariage de M. son fils aîné, qui ne se marie point, et cependant, les&#13;
arrérages s’accumulent sans que j’ose faire des procédures, auxquelles je&#13;
vois bien qu’il faudra venir enfin.&#13;
Mme Lanain m’a envoyé 66 livres pour faire tenir à M. de Quatrebarges,&#13;
officier à Montréal, et le père de M. de Requeleyne m’a fait tenir 39 livres&#13;
pour son fils. Ayez soin, s’il vous plaît, de m’envoyer le reçu de ces deux&#13;
parties.&#13;
Tous nos Messieurs vous assurent de leur respect et je suis avec toute la&#13;
vénération possible, Monseigneur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
J.-C. de Brisacier.&#13;
&#13;
453&#13;
NDLR : Jean-Louis de Laval, son frère cadet, seigneur de Montigny, devait une pension annuelle&#13;
à Mgr de Laval.&#13;
&#13;
- 823 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-14&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LI-V&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LI-V&#13;
Les raisons d’intervenir du Serviteur de Dieu face aux contentieux entre&#13;
Mgr de Saint-Vallier, le Séminaire de Québec et le chapitre de la cathédrale,&#13;
1692-1695&#13;
Les nombreux différends entre Mgr de Saint-Vallier et le Séminaire de Québec de&#13;
1688 à 1692 se résolvent finalement par les Articles de 1692, acceptés et signés&#13;
par Mgr de Saint-Vallier et les directeurs du Séminaire des Missions étrangères de&#13;
Paris, au nom de celui de Québec. Mgr de Saint-Vallier quitta la France au&#13;
printemps 1692 et rentra à Québec le 15 juillet.&#13;
Les premiers rapports à son retour furent conformes à ces Articles. D’un côté, les&#13;
directeurs du Séminaire, tout en étant profondément peinés de l’échec complet de&#13;
leurs démarches, obéirent aux recommandations de l’abbé de Brisacier, supérieur&#13;
du Séminaire des Missions étrangères de Paris (cf. LI-IV-14). Ils acceptèrent les&#13;
nouveaux Articles et dès les premiers jours, le prouvèrent à leur évêque à travers&#13;
leurs faits et gestes. De l’autre côté, Mgr de Saint-Vallier fut pleinement satisfait&#13;
de leur soumission et leur manifesta ouvertement son contentement.&#13;
Mais cette paix ne dura pas longtemps ; Mgr de Saint-Vallier étant, ou paraissant,&#13;
de caractère exagérément autoritaire, de nouveaux différends devinrent&#13;
inévitables.&#13;
Les premiers cas de controverse, au sujet d’incidents en soi anodins, furent réglés&#13;
par l’abbé Joseph de La Colombière, frère du bienheureux de La Colombière 454,&#13;
qui fut choisi comme arbitre par l’évêque lui-même ; mais peu à peu, Mgr de SaintVallier développa des soupçons envers cet abbé, le jugeant trop partial envers le&#13;
Séminaire dans ses jugements, la sympathie que ce dernier nourrissait pour la&#13;
communauté, même s’il n’en faisait pas partie, n’étant que trop évidente pour&#13;
l’évêque. Les choses empirèrent au point qu’au printemps 1692, Mgr de SaintVallier décida de présenter à nouveau ses plaintes contre le Séminaire à la Cour&#13;
et il y envoya un long rapport à cet effet. De leur côté, les directeurs du Séminaire&#13;
firent parvenir leur propre mémoire à l’abbé de Brisacier, afin de le mettre au&#13;
courant de la situation. Ces textes ne nous sont pas parvenus, mais nous&#13;
connaissons les principaux litiges par d’autres documents. La plupart de ces&#13;
différends n’est pas d’un grand intérêt pour la Cause, puisque le Serviteur de Dieu&#13;
n’y prit aucune part ; il intervint dans un seul cas, soit dans l’idée de Mgr de SaintVallier de renvoyer en France les abbés des Maizerets, supérieur du Séminaire, et&#13;
de Glandelet, directeur.&#13;
Mgr de Saint-Vallier nourrissait ce projet depuis plusieurs années : il était persuadé&#13;
que ces deux prêtres s’opposeraient à plusieurs de ses mesures concernant le&#13;
Séminaire. Or, durant son dernier séjour en France, Mgr de Saint-Vallier avait&#13;
réussi à obtenir une lettre de l’abbé de Brisacier, qui l’autorisait à faire repasser&#13;
en France ces abbés s’il avait un accroc avec eux durant la prochaine année.&#13;
Mgr de Saint-Vallier leur montra la lettre et la retint comme une arme contre eux ;&#13;
pire encore, il profita de leur absence, alors que les prêtres du Séminaire étaient&#13;
en retraite spirituelle, pour la faire inscrire au registre des actes officiels du&#13;
Conseil souverain de Québec (LI-V-2). Le projet de l’évêque devint ainsi de&#13;
l’ordre public et il fut accueilli avec une grande surprise et un vif regret, autant&#13;
454&#13;
&#13;
NDLR : Claude de La Colombière a été canonisé le 31 mai 1992 par le pape Jean-Paul II.&#13;
- 824 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-IV-14&#13;
&#13;
par le clergé que par le peuple. Le procureur général du Conseil souverain proposa&#13;
d’agir pour l’empêcher de mettre son projet à exécution.&#13;
Profondément attristé de toute cette histoire, Mgr de Laval crut opportun&#13;
d’intervenir secrètement auprès de l’abbé de Brisacier. Il lui écrivit une lettre&#13;
confidentielle (no 1), dans laquelle il lui reproche d’avoir concédé à Mgr de SaintVallier cette autorisation, puis défend la cause des abbés des Maizerets et&#13;
de Glandelet. Il semble que cette intervention ait eu un bon effet : l’année&#13;
suivante, en 1693, le roi lui-même ordonna à Mgr de Saint-Vallier d’en finir avec&#13;
cette affaire.&#13;
En dehors de ses différends avec le Séminaire, Mgr de Saint-Vallier suscita&#13;
beaucoup d’autres graves mécontentements. Sans étudier l’histoire du&#13;
gouvernement du second évêque, nous désirons signaler quelques-uns de ces&#13;
incidents, afin de mieux comprendre l’état d’esprit dans le pays et d’évaluer avec&#13;
justesse l’attitude du Serviteur de Dieu.&#13;
À la suite d’un vif débat avec le chapitre de la cathédrale au sujet de leur droit&#13;
d’installer des chanoines, que Mgr de Saint-Vallier lui interdit, les abbés de&#13;
Bernières, doyen, des Maizerets, archidiacre, et de Glandelet, théologien,&#13;
présentèrent au Conseil souverain un « appel comme d’abus » contre leur évêque ;&#13;
il s’agissait peut-être d’un geste imprudent, mais le Conseil souverain était&#13;
légalement constitué pour régler de tels conflits. Aussitôt, l’évêque retira aux trois&#13;
prêtres la juridiction de confesser et de prêcher (sur cette affaire, voir nos 2 et 11).&#13;
Mgr de Saint-Vallier fit aussi plusieurs démarches qui déplurent aux Jésuites&#13;
(no 4), ainsi qu’aux Récollets de Montréal, dont il frappa leur église d’interdit à la&#13;
suite d’un incident, dont parle M. de La Tour dans ses Mémoires sur la vie de&#13;
M. de Laval, premier évêque de Québec au Livre XII. Ceci déplut grandement au&#13;
gouverneur de Frontenac, allié des Récollets. Enfin, l’évêque reprocha&#13;
sévèrement à certains officiers militaires de retenir injustement une partie de la&#13;
paie de leurs soldats 455. De leur côté, ces officiers accusaient l’évêque de faire la&#13;
même chose pour la rente congrue des curés (cf. no 2 ; Gosselin, Vie de&#13;
Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708,&#13;
Québec, 1890, vol. 2, p. 445).&#13;
Ces actions et bien d’autres créèrent une atmosphère de vif mécontentement&#13;
contre l’évêque, à un tel point qu’à l’été 1694, Louis XIV donna l’ordre à&#13;
Mgr de Saint-Vallier de repasser en France pour lui rendre compte de son&#13;
administration.&#13;
L’évêque s’embarqua à l’automne et, tout comme il l’avait fait en 1691, il ne prit&#13;
congé ni de son prédécesseur ni du Séminaire avant de partir et chargea plutôt son&#13;
vicaire général, l’abbé de Montigny, de remettre au supérieur une lettre contenant&#13;
des instructions durant son absence (no 3). Dans celle-ci, il ne laissa aucune&#13;
juridiction au Serviteur de Dieu, pas même celle de bénir la chapelle du Séminaire,&#13;
alors en construction. Il le pria seulement de remplir les fonctions épiscopales&#13;
dans la cathédrale aux jours de fête et de consacrer les huiles le Jeudi saint. Ceci&#13;
lui fut reproché en France (LI-VI-1).&#13;
&#13;
Ordonnance sur le prêt que les officiers retiennent de leurs soldats, s. d., cf. Mandements des&#13;
évêques de Québec, vol. 1, Québec. 1887, p. 189-190 ; Décision sur le cas du prêt, 11 mars 1694,&#13;
Ibid., p. 334.&#13;
455&#13;
&#13;
- 825 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-1&#13;
&#13;
Doc. LI-V-1. Lettre de Laval à Brisacier (1692)&#13;
&#13;
Doc. LI-V-1&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à l’abbé de Brisacier, 1692, d’après l’original&#13;
signé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Lettres N, no 99&#13;
&#13;
Quoique, mon cher Monsieur, je sois fort incommodé d’un rhume jour et&#13;
nuit depuis plus de trois semaines, je me vois obligé de vous écrire de ma&#13;
main, étant nécessaire de tenir secret tout ce qui s’est passé entre&#13;
M. de Québec et M. de La Colombière.&#13;
MM. Trouvé et de Merlac, qui sont entièrement dévoués à M. de Québec et&#13;
qui entrent par esprit d’intérêt dans tous ses sentiments, lui inspirent autant&#13;
qu’ils peuvent la défiance au regard de mondit sieur de La Colombière ;&#13;
mais Notre-Seigneur n’a pas permis que leur dessein ait réussi, au moins&#13;
autant qu’ils le prétendaient, sa providence se voulant servir de lui pour la&#13;
défense de la vérité. Il a le cœur droit et sincère et agit en tout avec beaucoup&#13;
de prudence et vraiment dans l’esprit de Dieu et il semble qu’il ne l’ait&#13;
envoyé ici cette année qu’afin qu’il connût manifestement le mauvais esprit&#13;
duquel M. de Québec est poussé et animé. La fermeté, ou plutôt&#13;
l’endurcissement, dans lequel il se confirme de jour en jour de vouloir&#13;
ruiner le Séminaire de fond en comble (per fas et nefas 456) vous paraîtra assez&#13;
par les lettres que mondit sieur de La Colombière écrit tant à vous qu’au&#13;
P. de La Chaize et à M. de Denonville.&#13;
Quoiqu’il ait toujours vu très peu d’apparence de changement en lui,&#13;
voyant néanmoins que le Séminaire avait fait tout ce qu’il souhaite,&#13;
beaucoup au-delà de ce qu’il lui aurait conseillé et cédé, généralement tout&#13;
ce que sa violence et sa passion lui ont pu suggérer de demander, il ne&#13;
pouvait pas se persuader que M. de Québec pût conserver aucun sentiment&#13;
d’aigreur, tant à mon égard et du Séminaire que spécialement contre&#13;
MM. des Maizerets et de Glandelet, lui faisant paraître qu’il était&#13;
entièrement satisfait et lui ayant confirmé la même chose par une lettre qu’il&#13;
lui avait écrite au Mont-Royal. Mais il a bien été convaincu du contraire,&#13;
456&#13;
&#13;
NDLR : par des voies justes et injustes.&#13;
- 826 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-1&#13;
&#13;
lorsqu’à son retour, lui témoignant la joie qu’il avait de cette union et la&#13;
satisfaction que le roi et tous ceux qui prenaient intérêt au bien de cette&#13;
Église en recevraient en France, il lui déclara qu’il ne voulait pas qu’il en&#13;
écrivît en France et qu’à quelque prix que ce fût, il fallait que&#13;
MM. des Maizerets et de Glandelet y repassassent l’an prochain et&#13;
nonobstant qu’il fût étonné de ce déguisement et de cet esprit de&#13;
dissimulation, il prit néanmoins fort prudemment la résolution de ne lui&#13;
rien faire paraître de sa surprise pour ne lui pas donner d’ombrage et&#13;
d’éloignement de lui, n’étant que trop assuré qu’il n’y avait rien à espérer&#13;
de ce qu’il lui pourrait dire.&#13;
M. de Québec étant comme assuré par l’écrit que vous lui avez donné de&#13;
faire repasser MM. des Maizerets et de Glandelet en France dans un an, au&#13;
cas qu’il n’en soit pas content, croit que la chose ne peut pas lui manquer,&#13;
en ayant par ce moyen la disposition absolue, dont il ne peut pas se contenir&#13;
et s’empêcher d’en faire confidence à ses affidés. Ce bruit-là s’est répandu&#13;
parmi les séculiers, dont il y en a peu, pour ne pas dire aucun, qui n’en&#13;
soient surpris et qui traitent cela d’une violence et injustice inouïes.&#13;
M. d’Auteuil, procureur général, quoique fort porté pour M. de Frontenac,&#13;
l’ayant appris, dit ces jours derniers à M. Dupré que les peuples regardaient&#13;
ces Messieurs et tout le Séminaire comme leurs pères et lui demanda si l’on&#13;
ne pourrait pas s’opposer à une violence de cette nature, que M. de Québec&#13;
ne peut exécuter sans leur faire leur procès, que tout le monde de ce pays&#13;
ne comprend rien à ce dessein. L’on ne relève rien de tous ses discours, que&#13;
l’on amortit autant que l’on peut pour ne pas donner occasion au scandale.&#13;
Je vous avoue qu’en mon particulier que ce que l’on lui accorde n’ayant&#13;
point d’exemple, j’ai cru que c’était à dessein et que, n’ayant aucun sujet de&#13;
douter qu’il n’abusât de cette condescendance extraordinaire, l’on verrait&#13;
d’une part l’incapacité d’en bien user et de la vôtre, un excès de facilité et&#13;
cœur à lui accorder.&#13;
Je dis que c’est une chose inouïe et que j’ai vue sans exemple à l’âge où je&#13;
suis, parce que l’on n’a point encore vu en France qu’un évêque, pour être&#13;
mécontent d’un ecclésiastique, ait le pouvoir de l’envoyer d’une ville en une&#13;
- 827 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-1&#13;
&#13;
autre et de le faire sortir d’un lieu que par une information faite de son&#13;
scandale. Si l’on dit qu’il est question d’un supérieur et d’un directeur d’un&#13;
séminaire épiscopal, où il semble qu’il est juste et de droit qu’un évêque&#13;
puisse disposer des sujets qui en ont la conduite, à quoi il est facile de&#13;
répondre que l’évêque ayant une fois reçu ou approuvé le choix que l’on&#13;
aura fait au Séminaire de Paris, il ne paraît aucunement juste qu’un évêque,&#13;
par un caprice ou une mauvaise volonté contre une personne, qui aura tout&#13;
le mérite et tout ce qui est nécessaire pour la bonne conduite d’un séminaire,&#13;
puisse le disposer à sa fantaisie, moins encore en ce pays-ci, éloigné de&#13;
1 200 lieues de la France et où il peut plus facilement abuser de l’autorité&#13;
qu’il aurait de le pouvoir faire de son propre mouvement.&#13;
L’on peut dire que le même inconvénient de l’éloignement pourrait faire&#13;
qu’un évêque, ayant un juste sujet de plainte d’un supérieur ou autre sujet&#13;
du Séminaire, aurait 18 mois à attendre le remède de France. Mais l’on peut&#13;
tenir pour assuré [que] le mal est beaucoup moins à craindre de la part des&#13;
directeurs d’un séminaire qu’il n’est à appréhender qu’un évêque n’abuse&#13;
de l’autorité, comme l’on voit en celui-ci. Mais supposé, ce qui est très&#13;
dangereux, que l’on jugeât que l’évêque dût avoir cette prérogative, doit-il&#13;
s’ensuivre qu’il puisse ôter un supérieur et des directeurs de leur charge et&#13;
emploi sans aucune formalité et preuve ou de leurs mauvaises mœurs ou&#13;
de leur désobéissance et autres qualités qui les en rendraient incapables ; et&#13;
en toute extrémité, quand l’on attribuerait tous ces pouvoirs à un évêque&#13;
du Canada, peut-on lui accorder celui de sacrifier à sa passion, à son esprit&#13;
de vengeance et d’ambition un supérieur et directeur d’un Séminaire qui&#13;
en sont tout l’appui et de vouloir perdre de réputation deux ecclésiastiques&#13;
qui ont l’approbation universelle de tout le monde, excepté celle de&#13;
M. de Québec et tout au plus celle de M. de Frontenac (encore faut-il&#13;
supposer qu’il y est poussé par M. de Québec), qui travaillent pour le bien&#13;
de cette Église depuis tant d’années avec une édification et exemple de&#13;
vertus tout extraordinaires et qui ont l’approbation, etc. ?&#13;
&#13;
- 828 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-1&#13;
&#13;
Il semble que toute l’extrémité à laquelle on peut aller est qu’un évêque, en&#13;
quelque lieu que ce soit, et encore beaucoup plus en Canada, qui voudrait&#13;
de son autorité ôter un supérieur et directeur de leurs charges et emplois,&#13;
ne puisse pas les chasser honteusement et au scandale du public du&#13;
Séminaire des Missions étrangères, qui est leur maison, indépendamment&#13;
de l’union du séminaire épiscopal, qui n’a été faite que plus de 12 ans après&#13;
l’établissement dudit Séminaire des Missions étrangères.&#13;
J’ai bien vu, étant à Caen, M. l’évêque de Bayeux, Servien, fort animé contre&#13;
le Séminaire du P. Eudes, auquel est uni le Séminaire épiscopal, et en venir&#13;
jusqu’à l’extrémité de faire fermer la porte de la chapelle dudit Séminaire&#13;
au peuple ; à quoi il obéit pendant tout le temps de la défense. Mais il n’en&#13;
fit pas davantage, n’y ayant rien à réduire aux mœurs et s’il avait pu faire&#13;
davantage, il l’aurait fait, ayant son frère pour lors ministre d’État.&#13;
Quelle apparence qu’il pût y avoir [qu’]aucun ecclésiastique qui demeurât&#13;
et voulût même venir en Canada, où il y a des peines et fatigues inévitables&#13;
et dans un péril continuel de la vie, si au bout de 20 et 30 ans, après avoir&#13;
consommé ses forces et sa santé, il dépend du caprice d’un évêque de le&#13;
renvoyer en France ? S’il n’a pas de quoi subsister, comme il est presque de&#13;
tous, où ira-t-il, n’étant plus en état de travailler ? L’on répondra possible&#13;
que l’on ne prétendait pas que des ecclésiastiques particuliers pussent être&#13;
renvoyés en France, le dessein du roi au contraire pourvoyant à leur&#13;
subsistance comme s’étant usés au service de cette Église, mais que l’on&#13;
parle seulement des directeurs du Séminaire sur lesquels M. de Québec&#13;
aurait ce pouvoir ; mais si cela était, leur condition serait bien malheureuse&#13;
et ce serait une récompense bien éloignée de la justice et du bon sens, après&#13;
bien des années qu’ils auraient employées au service de l’Église. C’est une&#13;
chose qui ne peut pas tomber dans le sens commun.&#13;
Si M. de Québec demeure dans le gouvernement de cette pauvre Église, il&#13;
ne faut pas, mon cher Monsieur, balancer à lui remettre entre les mains le&#13;
séminaire épiscopal, qu’il est moralement impossible de garder, ayant le&#13;
génie incapable de changer et doit [être] regardé comme un homme de la&#13;
- 829 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-1&#13;
&#13;
Cour, n’ayant pas la moindre apparence de grâce en sa conduite, ne s’étudie&#13;
jour et nuit qu’à trouver des moyens de satisfaire à ses passions, sans&#13;
donner aucun repos à tous ceux qui y apportent la moindre résistance ; que&#13;
si Notre-Seigneur a pitié de cette pauvre Église et qu’il inspire au roi et à&#13;
ceux qui y peuvent contribuer de lui en ôter la conduite, comme le P. de La&#13;
Chaize l’a fait positivement espérer à M. de La Colombière, supposé qu’il&#13;
n’y eût point de changement en sa conduite, l’on pourrait en ce cas, en&#13;
attendant que l’on eût trouvé un autre évêque, établir mondit sieur&#13;
de La Colombière grand-vicaire de tout le diocèse, étant un homme&#13;
judicieux, avisé, prudent et désintéressé, que l’on peut s’assurer qui sera&#13;
agréé de tous, si ce n’est possible de M. de Frontenac. Mais l’on n’en&#13;
trouvera pas qui s’étudient de lui plaire aux dépens de leur conscience, à la&#13;
réserve de M. de Québec, qui ne voit pas le mal qu’il fait. Si Dieu faisait&#13;
cette grâce et grande miséricorde à cette Église, tant qu’il lui plaira me&#13;
laisser en ce monde, je ferai volontiers les fonctions épiscopales jusqu’à ce&#13;
que celui sur lequel l’on jettera les yeux soit sacré. C’est tout le soulagement&#13;
que l’on peut attendre de moi, à l’âge où je suis, et d’aider du peu de vues&#13;
et de lumières que Notre-Seigneur me donne ceux qu’il lui plaira employer&#13;
à la conduite de cette Église.&#13;
Nous avons appris que le Séminaire de Montréal n’a pas voulu souffrir que&#13;
M. de La Colombière n’y ait couché, sur ce qu’ils disent que du moment&#13;
qu’un ecclésiastique de Saint-Sulpice a passé dans le Séminaire des&#13;
Missions étrangères, il ne doit plus être reçu à y coucher ; et&#13;
M. de La Colombière, pour ne rien faire paraître de cette conduite, qui&#13;
paraît un peu extraordinaire, a été obligé de loger avec M. Guyotte, curé&#13;
dudit Montréal, qui a une cure hors du Séminaire dans la même disposition,&#13;
qui sans le conseil de mondit sieur de La Colombière s’en serait retourné en&#13;
France cette année, voyant bien que M. Dollier en use de cette manière, en&#13;
ayant apparemment reçu ordres de M. Tronson. Je vous avoue, mon cher&#13;
Monsieur, que cette manière nous a fort surpris et nous paraît toute&#13;
nouvelle, le Séminaire des Missions étrangères de Paris et celui de Québec&#13;
ayant toujours usé d’une conduite bien différente et tout à fait opposée, n’y&#13;
ayant aucune sorte de cordialité et d’amitié que nous ne leur ayons fait&#13;
- 830 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-1&#13;
&#13;
paraître. Elle a surpris mondit sieur de La Colombière en son particulier,&#13;
qui s’est bien aperçu que M. de Québec et M. de Frontenac ont quelque part&#13;
à tout ce procédé et que l’esprit de politique et prudence humaine&#13;
commence à former quelque liaison et union. Ce qui par l’esprit de NotreSeigneur attache plus particulièrement mondit sieur de La Colombière au&#13;
Séminaire des Missions étrangères, dans lequel il remarque tout le&#13;
contraire, est que nous y agissons, par la miséricorde de Notre-Seigneur,&#13;
dans un esprit de grâce et de simplicité, sans recherche d’autre intérêt que&#13;
celui de lui agréer et à sa sainte Mère. Si la providence de Dieu, qui conduit&#13;
tout suavement, donne ces sentiments à M. de La Colombière, le Séminaire&#13;
n’en ressent pas moins de son côté à son égard et reconnaît qu’étant un sujet&#13;
de grâce et un esprit qui a tout le rapport que l’on peut désirer à celui des&#13;
Missions étrangères, nous estimerions un bonheur particulier et une&#13;
protection tout extraordinaire si Notre-Seigneur et sa sainte Mère, pour&#13;
laquelle il a une tendresse singulière, achevaient leur ouvrage et&#13;
l’attachaient entièrement à ce Séminaire. Comme il a beaucoup d’estime&#13;
pour vous, je ne doute point qu’un petit mot pour le fortifier dans ses&#13;
sentiments dans la lettre que vous lui écrirez n’ait un très bon effet. Il voit&#13;
le changement de M. de Québec d’une telle importance et nécessité qu’il&#13;
s’est offert à tout ce que l’on jugerait nécessaire, même à faire le voyage de&#13;
France. Ce que l’on n’a pas jugé à propos de faire, de crainte de donner de&#13;
la défiance.&#13;
J’ai reçu, mon cher Monsieur, votre lettre du 19 avril457. J’ai bien jugé, et tout&#13;
le Séminaire, les raisons qui vous ont obligé de les priver cette année de la&#13;
consolation qu’ils auraient eue de recevoir de vos lettres. Ils sont entrés&#13;
dans vos sentiments qu’il est facile de pénétrer dans la conjoncture des&#13;
affaires de cette Église. Je puis vous assurer que de ma part et de celle du&#13;
Séminaire, l’on a ponctuellement observé tous les bons et sages conseils que&#13;
vous nous avez donnés. Aussi ne paraît-il pas que N.* s’en plaigne. Il dit au&#13;
contraire beaucoup de bien du Séminaire et en témoigne à tous ceux qu’il&#13;
croit qu’ils nous le rapporteront.&#13;
&#13;
457&#13;
&#13;
Elle est reproduite en LI-IV-14.&#13;
- 831 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-A&#13;
&#13;
Doc. LI-V-A. Annotations de Maizerets sur les Articles de 1692 (20 janvier 1692)&#13;
&#13;
Doc. LI-V-A&#13;
Annotations de l’abbé des Maizerets sur les Articles de 1692,&#13;
20 janvier 1692, d’après une copie conservée au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 95, no 46&#13;
NDLR : Ce mémoire nous a paru intéressant à ajouter, puisque c’est une réflexion&#13;
de l’abbé des Maizerets, homme reconnu comme doux et calme, avec une toute&#13;
petite voix, et surtout ne cherchant jamais la confrontation et n’ayant jamais de&#13;
ressentiment personnel.&#13;
&#13;
Réflexions&#13;
&#13;
Demandes&#13;
1° Que toute la fonction des&#13;
supérieur et directeurs du&#13;
Séminaire de Québec soit réduite à&#13;
former dans le Séminaire les jeunes&#13;
enfants et les ecclésiastiques qui se&#13;
disposent à prendre les ordres&#13;
comme ils faisaient auparavant.&#13;
&#13;
1° L’on voit par ce 1er article que son intention est&#13;
de rendre les supérieur et directeurs du&#13;
Séminaire inutiles dans le diocèse, ce qu’il fonde&#13;
sur un faux supposé en ce qu’il dit « comme ils&#13;
faisaient auparavant », puisque ce sont eux qui&#13;
ont toujours travaillé conjointement avec&#13;
Mgr l’Ancien à former cette Église et que mondit&#13;
seigneur ne les a jamais laissés sans emploi, outre&#13;
que leurs dignités d’archidiacre et de théologal,&#13;
et la cure qui était unie au Séminaire leur&#13;
imposait la nécessité de faire leurs fonctions hors&#13;
le Séminaire et c’est ce que Mgr de Québec leur a&#13;
voulu empêcher en leur interdisant la prédication&#13;
et confession même dans le Séminaire, où il a&#13;
trouvé mauvais qu’ils fissent des entretiens aux&#13;
ecclésiastiques, dont nous nous sommes aussitôt&#13;
abstenus. Ainsi, il nous ôte encore le pouvoir&#13;
d’exercer nos fonctions, qu’il a demandé d’être&#13;
réduites dans le seul Séminaire.&#13;
&#13;
2° Que les supérieur et directeurs&#13;
du Séminaire soient réduits au&#13;
nombre de cinq, nombrés par les&#13;
supérieurs des Missions étrangères&#13;
de Paris, approuvés par&#13;
M. l’évêque.&#13;
&#13;
2° Il paraît par ce 2e article que son intention était&#13;
de se rendre le maître absolu du Séminaire,&#13;
comme il a paru, car ne pouvant y avoir des&#13;
supérieurs qui ne fussent approuvés de lui, il les&#13;
a tous fait changer dès la même année, n’a&#13;
approuvé la nouvelle nomination que pour un an,&#13;
- 832 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-A&#13;
&#13;
s’étant déclaré qu’il demanderait encore un&#13;
nouveau supérieur à M. l’abbé de Brisacier et que&#13;
s’il ne lui en accorde un comme il le souhaite, qu’il&#13;
fera une nouvelle communauté. Et dans son&#13;
approbation, il n’y a point compris M. de Glandelet et M. des Maizerets, qui sont du nombre&#13;
des cinq nommés.&#13;
3° Que les supérieurs de Québec&#13;
ne puissent agréger aucun&#13;
ecclésiastique sans le&#13;
consentement de M. l’évêque et&#13;
que ceux qui ont été agrégés&#13;
jusqu’à présent soient obligés de&#13;
quitter le Séminaire toutes les fois&#13;
que M. l’évêque jugera à propos de&#13;
les employer pour le bien de son&#13;
Église.&#13;
&#13;
3° L’on voit par ce 3e article qu’il veut détruire&#13;
l’union des ecclésiastiques au Séminaire, qui en&#13;
est l’âme et le soutien de cette Église, ce qui&#13;
paraît clairement en ce qu’il s’est déclaré qu’il&#13;
n’accordera cette permission à personne et l’a&#13;
refusée à plusieurs qui la lui ont demandée. Il a&#13;
de plus fortement travaillé pour ôter M. Soumande du Cap-Tourmente, qui est le soutien du&#13;
Petit Séminaire des enfants que Mgr l’Ancien y a&#13;
établi, M. Buisson de la procure de Québec et&#13;
M. Pocquet du Petit Séminaire dont il a la&#13;
conduite, nous les ayant demandés même avec&#13;
menaces, quoique l’on lui ait peu représenté&#13;
pour lui faire voir l’impossibilité où nous étions&#13;
de les changer, n’ayant point d’autres sujets&#13;
propres à remplir leurs places. D’où l’on peut&#13;
remarquer la sagesse des commissaires d’avoir&#13;
réglé qu’il se pourra servir des agrégés du&#13;
consentement des supérieurs. Ce qui nous met&#13;
à couvert.&#13;
&#13;
4° Que l’on ne puisse proposer&#13;
aucune expropriation aux&#13;
ecclésiastiques de Québec.&#13;
&#13;
4° Par ce 4e article, il voulait ôter la communauté&#13;
des biens que nous avons établie sur le modèle&#13;
des premiers chrétiens, qui est toute la&#13;
bénédiction de cette Église et le soutien du&#13;
Séminaire, le principe de cette belle union qui a&#13;
répandu partout une si bonne odeur de JésusChrist. L’on a vu depuis par l’expérience que le&#13;
meum et tuum est un grand obstacle à la parfaite&#13;
charité et quoique cette expropriation ait été&#13;
- 833 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-A&#13;
&#13;
approuvée par les commissaires, il n’a pas laissé&#13;
depuis d’en retirer autant qu’il a pu tous les&#13;
particuliers, en a fait des railleries pour la rendre&#13;
ridicule et s’est déclaré qu’il n’aurait point de&#13;
cesse qu’il n’eût réduit les choses sur le pied de&#13;
France.&#13;
5° Qu’il n’y ait plus de cures unies&#13;
au Séminaire à la campagne et&#13;
qu’aucune cure ne soit amovible ad&#13;
nutum 458.&#13;
&#13;
5° L’on voit par ces trois articles qu’il continue&#13;
dans son dessein de rendre le Séminaire inutile&#13;
en lui ôtant le moyen d’y travailler en administrant quelques cures de la campagne que&#13;
Mgr l’Ancien y avait unies, comme il a fait luimême celles de l’île de Montréal au Séminaire&#13;
de Saint-Sulpice sur le même modèle dont il&#13;
s’est servi pour dresser les actes de réunion des&#13;
cures audit Séminaire de Saint-Sulpice.&#13;
&#13;
6° Que le Séminaire ne nomme&#13;
plus à la cure de Québec.&#13;
&#13;
6° Il faut remarquer qu’il a lui-même approuvé&#13;
l’union de la cure de Québec au Séminaire et lui&#13;
a cédé par un même acte l’emplacement de la&#13;
basse-ville, sur lequel la chapelle succursale est&#13;
bâtie, dont il avait la concession par M. le&#13;
marquis de Denonville, gouverneur.&#13;
&#13;
7° Qu’il soit permis d’en établir une&#13;
à la basse-ville, où elle est fort&#13;
nécessaire.&#13;
&#13;
7° Il en poursuit maintenant la désunion,&#13;
quoiqu’il nous ait dit souvent que c’était un bien&#13;
que la paroisse fût desservie par le Séminaire. Il&#13;
prétendait encore par là nous faire perdre&#13;
l’emplacement du vieux Séminaire, où est logé&#13;
Mgr l’Ancien et le curé de Québec, qui avait été&#13;
destiné pour le presbytère. C’est sur quoi il nous&#13;
a attaqués cet hiver et nous l’eût fait perdre si&#13;
nous n’avions pas pris nos sûretés lorsque l’on&#13;
bâtit sur ledit emplacement.&#13;
&#13;
458&#13;
&#13;
NDLR : immédiatement&#13;
- 834 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-A&#13;
&#13;
8° Que l’on ne puisse recevoir à&#13;
loger au Séminaire les curés de la&#13;
campagne sans l’agrément de&#13;
M. l’évêque, cette facilité que&#13;
trouvent les curés leur faisant&#13;
souvent abandonner le soin de leur&#13;
cure.&#13;
&#13;
8° L’on voit clairement que par cette demande&#13;
son dessein était d’ôter la correspondance qui&#13;
est entre le Séminaire et les curés, qui fait tout&#13;
leur soutien et les entretient dans le bon esprit,&#13;
dans la piété et le zèle du salut des âmes ; car&#13;
voyant par la réponse à cet article qu’il n’a pas&#13;
pu venir à bout de son dessein, il n’en a pas&#13;
reparlé depuis et a laissé les choses comme elles&#13;
étaient, après avoir fait son possible auprès de&#13;
plusieurs pour les attirer chez lui et les&#13;
détourner du Séminaire.&#13;
&#13;
9° Que l’article des 4 000 livres&#13;
couchés sur l’ancien état soit&#13;
entièrement à la disposition de&#13;
M. l’évêque pour être par lui&#13;
employées à l’entretien des curés&#13;
et missionnaires les plus éloignés,&#13;
des ecclésiastiques qui sont à&#13;
former dans le Séminaire pour le&#13;
service des cures et des bâtiments&#13;
des églises et presbytères,&#13;
conformément à l’état du roi.&#13;
&#13;
9° Il fait voir par cet article son dessein d’ôter au&#13;
Séminaire le moyen de subsister en lui ôtant&#13;
l’unique fonds qui était destiné pour l’entretien&#13;
des cinq directeurs, des domestiques et des&#13;
bâtiments du Séminaire. Il est appuyé sur un&#13;
faux exposé lorsqu’il ajoute « conformément à&#13;
l’état du roi », qui ne parle point des curés et des&#13;
missionnaires les plus éloignés, auxquels&#13;
Sa Majesté a pourvu par les suppléments, mais&#13;
du seul curé de Québec en singulier et non pas&#13;
en plusieurs. Il ne parle point non plus des&#13;
ecclésiastiques qui sont à former, mais des seuls&#13;
prêtres du Séminaire. Il ne parle point non plus&#13;
des presbytères, mais seulement de la bâtisse&#13;
des églises. Il est évident qu’il avait dessein de&#13;
frustrer le Séminaire de cette troisième partie,&#13;
ayant retiré chez lui tous les jeunes&#13;
ecclésiastiques dont il payait la pension et n’y&#13;
ayant laissé que ceux qui sont aux charges du&#13;
Séminaire.&#13;
&#13;
- 835 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-A&#13;
&#13;
Autres demandes faites par M. de Québec&#13;
1° Il demande que l’article des&#13;
2 000 livres qui sont sur l’état&#13;
nouveau soit employées à&#13;
l’entretien de cinq missionnaires,&#13;
sur lequel nombre les invalides&#13;
seront préférés.&#13;
&#13;
1° Son dessein d’ôter cette somme au Séminaire&#13;
a paru encore plus clairement depuis, lorsqu’il a&#13;
demandé après le premier Règlement fait par le&#13;
roi 459 d’avoir la nomination de cinq prêtres usés&#13;
et qu’il leur fût libre d’aller demeurer où ils&#13;
voudraient avec leur pension. Il est aisé de voir&#13;
que si l’on lui avait accordé cet article, et le&#13;
précédent touchant les 4 000 livres, que le&#13;
Séminaire n’aurait plus rien à soi, les pensions&#13;
des particuliers ne devant pas être comptées&#13;
comme un revenu du Séminaire.&#13;
&#13;
2° Qu’il sera laissé à la liberté de&#13;
tous les curés et missionnaires de&#13;
se fournir de leurs besoins où ils&#13;
voudront, sans être obligés de&#13;
donner une somme de 200 livres&#13;
de pays, qui a été fixée par le&#13;
Séminaire contre le sentiment de&#13;
l’évêque.&#13;
&#13;
2° Tout cet article est fondé sur de faux&#13;
supposés, puisque le Séminaire n’a jamais obligé&#13;
personne à donner cette somme de 200 livres du&#13;
pays, qui est celle de 150 livres de France, et qu’il&#13;
ne l’a acceptée que pour faire plaisir aux&#13;
missionnaires, et Mgr de Québec a bien reconnu&#13;
lui-même que le Séminaire y perdait au lieu d’y&#13;
gagner. Et cette somme n’a point été réglée par&#13;
le Séminaire, mais par MM. de Frontenac et&#13;
Duchesneau avec Mgr l’Ancien dans une&#13;
assemblée où les principaux seigneurs du pays se&#13;
trouvèrent, comme il paraît par l’acte signé des&#13;
trois puissances, fait en l’année 1678.&#13;
&#13;
3° Que les membres qui ont été&#13;
fournis par le roi ou par l’évêque&#13;
pour les presbytères soient laissés&#13;
aux curés successeurs, sans être&#13;
portés au Séminaire et sans que les&#13;
curés en puissent disposer, étant&#13;
impossible de faire autrement&#13;
aucun établissement solide,&#13;
puisque c’est toujours à&#13;
recommencer.&#13;
&#13;
3° Cet article est encore un faux supposé,&#13;
puisque jamais le Séminaire n’a profité d’aucun&#13;
meuble des missionnaires et qu’il n’a même pas&#13;
retiré ceux qu’il y avait fournis. C’est une chose&#13;
si notoire qu’elle n’a pas besoin de preuve.&#13;
Monseigneur nous aurait fait plaisir de produire&#13;
un seul exemple sur lequel on a pu fonder cette&#13;
demande, qui fait passer le Séminaire pour plus&#13;
&#13;
459&#13;
&#13;
NDLR : Le premier Règlement fait en 1689&#13;
- 836 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-A&#13;
&#13;
intéressé qu’il n’est, puisqu’actuellement le&#13;
contraire se peut bien prouver par les curés et&#13;
missionnaires qui ont presque tous plusieurs&#13;
choses du Séminaire.&#13;
4° Que les chapelles portatives&#13;
répandues dans les diocèses&#13;
appartiendront aux missionnaires&#13;
auxquels elles servent.&#13;
&#13;
4° Quoique cette demande ne parut pas&#13;
raisonnable puisqu’elles appartenaient toutes à&#13;
Mgr l’Ancien et au Séminaire, néanmoins on lui&#13;
avait déjà accordé et quoiqu’on lui cédât environ&#13;
15, qu’il se fût obligé par un écrit où il a signé&#13;
d’en fournir deux au Séminaire, il ne l’a pas voulu&#13;
faire et a prévenu des missionnaires pour ne&#13;
nous en pas rendre.&#13;
&#13;
5° Il est absolument nécessaire de&#13;
travailler à Rome à l’union des&#13;
menses monacales, afin que le&#13;
chapitre en puisse jouir en&#13;
conscience. M. l’évêque demande&#13;
que le revenu du chapitre soit&#13;
employé à cette union au lieu&#13;
d’être donné au Séminaire.&#13;
&#13;
5° Les commissaires ont répondu à cet article&#13;
que les parties agiront de concert. Néanmoins, il&#13;
n’a jamais voulu en conférer avec le chapitre : il&#13;
a par son autorité absolue retenu les sommes&#13;
qui étaient dues au Séminaire sur les trois&#13;
années précédentes pour avoir acquitté les&#13;
charges du chapitre avec l’office, nourri et&#13;
entretenu les chanoines, chapelains et enfants&#13;
de chœur, qu’il refuse encore actuellement de&#13;
payer. On lui a offert de laisser les années 1672&#13;
et 1673 qui est depuis ledit règlement, ce qu’il a&#13;
refusé en ayant déjà payé une partie à quelques&#13;
particuliers contre le sentiment du chapitre et&#13;
l’ayant offert aux autres qui avaient résisté, qui&#13;
l’ont refusé, n’y ayant eu que les absents qui&#13;
l’ont reçut, ne sachant pas ce qui s’était passé&#13;
dans le chapitre. On lui a demandé de remettre&#13;
cette somme entre les mains du trésorier du&#13;
chapitre pour être par lui distribuée, ce qu’il a&#13;
aussi refusé, en voulant disposer par autorité.&#13;
&#13;
6° Que la bibliothèque dudit sieur&#13;
évêque soit rapportée, ne voyant&#13;
pas pourquoi le Séminaire le&#13;
retient.&#13;
&#13;
6° Cet article est fondé sur un faux supposé,&#13;
puisque le Séminaire ne l’a jamais retenue que&#13;
parce qu’il ne l’a pas redemandée et que c’est&#13;
- 837 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-A&#13;
&#13;
lui-même qui l’a fait mettre dans la bibliothèque&#13;
commune et ordonné de marquer ses livres de&#13;
l’inscription du Séminaire, dont a été obligé de&#13;
convenir lorsque M. de Glandelet lui a soutenu.&#13;
Et quoiqu’on lui ait rendu tous ses livres et plus,&#13;
néanmoins il n’en a jamais voulu donner&#13;
quittance, afin de nous inquiéter sous prétexte&#13;
qu’il ne les a pas donnés ni n’ont été reçus par&#13;
compte.&#13;
Après toutes ces demandes, il a poursuivi puissamment le retour de&#13;
MM. de Glandelet et des Maizerets, et n’a rien épargné pour cela, sur quoi il est&#13;
aisé de remarquer que n’ayant pu venir à bout de ses prétentions, les commissaires&#13;
ayant presque réglé toutes choses en faveur du Séminaire, ayant confirmé notre&#13;
union, la désappropriation et ôté le pouvoir à l’évêque de disposer des agrégés que&#13;
du consentement des supérieurs, qui sont les points essentiels, il avait été projeté&#13;
de venir à bout de ses projets pour un autre tour, en écartant ceux qu’il croyait lui&#13;
être opposé.&#13;
Je ne sais pas la raison pour laquelle il a demandé que M. Dupré quittât la cure de&#13;
Québec, vu qu’il a dit lui-même qu’il était un des plus faciles et qu’il ne l’a pas&#13;
contrarié, si ce n’est à raison qu’il était un des directeurs du Séminaire et qu’il&#13;
prétendait qu’il se démit entre ses mains pour prendre possession et avoir droit d’y&#13;
nommer pour l’ôter au Séminaire, ce qui a paru dans la peine qu’il a fait paraître&#13;
lorsque mondit sieur Dupré l’a résignée. Car pour tous les griefs qu’il a produits&#13;
contre lui, chacun sait qu’ils sont fondés sur de faux supposés et il ne les a pas dits&#13;
ici ouvertement, car s’il est vrai, comme il a dit, qu’il eût prêché des hérésies en sa&#13;
présence, il était obligé de l’en avertir, ce qu’il n’a pas fait, et ne s’en est jamais&#13;
plaint.&#13;
&#13;
- 838 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-B&#13;
&#13;
Doc. LI-V-B. Modifications aux Articles de 1692 par Champvallon et La Chaize (20 janvier 1693)&#13;
&#13;
Doc. LI-V-B&#13;
Modifications aux Articles de 1692 par l’archevêque de Paris et&#13;
le P. de La Chaize, 20 janvier 1693, d’après l’original conservé aux Archives&#13;
nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série B, vol. 16, fos 275v-277v&#13;
&#13;
Avis donné au roi par nous, François, archevêque de Paris, duc et pair de France,&#13;
commandeur des ordres de Sa Majesté, et François de La Chaize, prêtre de la&#13;
Compagnie de Jésus, confesseur de Sa Majesté, sur les contestations survenues&#13;
entre Mgr l’évêque de Québec, son chapitre et son Séminaire au sujet des articles&#13;
suivants, réglés dès l’an passé par Sa Majesté, dont Mgr l’évêque demande&#13;
l’exécution et le chapitre et le Séminaire, la modification et à nous renvoyés pour&#13;
être derechef examinés et en dire notre sentiment.&#13;
&#13;
Recommandations des arbitres&#13;
&#13;
Articles de 1692&#13;
1° Ils feront leur première et principale&#13;
occupation de former, dans le Séminaire, des&#13;
jeunes ecclésiastiques, qui se disposent à prendre&#13;
les ordres et pourront aller en mission,&#13;
conformément à leur institut, du consentement&#13;
de M. l’évêque.&#13;
&#13;
1° Sera exécuté avec exactitude et&#13;
incessamment.&#13;
&#13;
2° Les supérieurs et directeurs du Séminaire&#13;
seront réduits au nombre de cinq, nommés par&#13;
les supérieurs du Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris et approuvés par M. l’évêque.&#13;
&#13;
2° Seront nommés par M. l’abbé&#13;
de Brisacier par les premiers vaisseaux.&#13;
&#13;
3° Les supérieurs de Québec ne pourront agréger&#13;
aucun ecclésiastique sans le consentement de&#13;
l’évêque.&#13;
&#13;
3° Sera observé avec exactitude.&#13;
&#13;
4° L’expropriation ne se fera à l’avenir que pour&#13;
des sujets fort distingués et du consentement de&#13;
M. l’évêque.&#13;
&#13;
4° Continuera à s’exécuter.&#13;
&#13;
5° Il n’y aura aucune cure de la campagne unie au&#13;
Séminaire que de l’autorité de M. l’évêque.&#13;
&#13;
5° L’article sera observé.&#13;
&#13;
- 839 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-B&#13;
&#13;
6° Quant à l’union de la cure de Québec au&#13;
Séminaire, avec titres et procédures faites jusqu’à&#13;
présent sur ce fait, seront apportés à Sa Majesté&#13;
pour être ordonnée par elle ce que de raison.&#13;
&#13;
6° L’évêque prendra un des sujets du&#13;
Séminaire qui lui paraîtra le plus&#13;
propre pour la desservir, en attendant que l’union soit revêtue de&#13;
toutes les formalités nécessaires.&#13;
&#13;
7° Les 4 000 francs seront divisés en trois&#13;
portions égales : l’une pour les prêtres du&#13;
Séminaire et les deux autres pour les curés et les&#13;
bâtiments des églises, suivant la distribution qui&#13;
en sera faite par le seul évêque, ainsi que Sa&#13;
Majesté l’a ordonné.&#13;
&#13;
7° On écrira proposition à&#13;
M. l’évêque, savoir qu’à l’égard du&#13;
revenu de la cure, ou qu’il laissera les&#13;
choses dans l’état où elles sont, ou&#13;
que le Séminaire cédera à M. l’évêque tous les revenus du curé,&#13;
moyennant la somme de 1 000 livres,&#13;
laquelle M. l’évêque lui assurera sur&#13;
les revenus des abbayes qu’il&#13;
possède en France et qu’outre cela,&#13;
M. l’évêque entretiendra audit curé&#13;
sur le pied de 400 livres chacun, deux&#13;
vicaires pour desservir la cure dans la&#13;
petite et basse-ville, qui seront&#13;
choisis par le curé et approuvés par&#13;
M. l’évêque et en cas que les choses&#13;
restent comme auparavant, il&#13;
donnera au curé de Québec la&#13;
somme de 400 livres sur le second&#13;
tiers des 4 000 livres des charges&#13;
indispensables du Canada.&#13;
&#13;
8° Partout hors la cathédrale, les grands-vicaires&#13;
de M. l’évêque auront le pas et la séance devant&#13;
tous les autres ecclésiastiques.&#13;
&#13;
8° La préséance des grands-vicaires&#13;
hors la cathédrale sera exécutée&#13;
conformément au 5e article que le roi&#13;
en a fait.&#13;
&#13;
9° La bibliothèque dudit sieur évêque sera rendue&#13;
et rapportée audit sieur évêque.&#13;
&#13;
9° La bibliothèque sera incessamment rendue.&#13;
&#13;
- 840 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-B&#13;
&#13;
10° Cet article rapporté au roi avec les raisons de&#13;
part et d’autre, Sa Majesté a ordonné que&#13;
conformément aux paroles contenues dans l’état&#13;
nouveau, cette somme fut employée à l’entretien&#13;
de tous les invalides, missionnaires et autres&#13;
prêtres invalides, soit en plus grand nombre, soit&#13;
en plus petit nombre que cinq et que les&#13;
mauvaises années seront compensées par les&#13;
bonnes.&#13;
&#13;
10° M. de Québec aura la nomination&#13;
des cinq à l’avenir, auquel nombre de&#13;
cinq on réduit les invalides, dont le&#13;
Séminaire seul sera chargé, sans&#13;
qu’ils aient la liberté d’aller ailleurs&#13;
pour éviter les inconvénients, sans&#13;
que le Séminaire soit obligé de&#13;
fournir aux frais des voyages que&#13;
lesdits prêtres voudraient faire.&#13;
&#13;
Nota qu’à l’égard des prêtres invalides, ils seront obligés de dire leurs messes à la&#13;
décharge du Séminaire. Si les ecclésiastiques viennent à mourir sans avoir disposé&#13;
de leurs biens, ceux qu’ils auront dans ce pays-là demeureront au Séminaire et sans&#13;
préjudice au droit des héritiers. Si le Séminaire est mécontent de quelqu’un desdits&#13;
prêtres, il pourra le renvoyer avec sa pension de 400 livres au Séminaire de&#13;
Montréal, de consentement de Mgr l’évêque, avec l’agrément dudit Séminaire de&#13;
Montréal. Et en cas qu’il survienne quelque nouvelle difficulté, les parties se&#13;
pourvoiront par-devant les commissaires, lesquels en rendront compte à&#13;
Sa Majesté et dépendant toutes choses demeureront au même état.&#13;
Le présent avis ayant été rapporté au roi, Sa Majesté l’a approuvé et autorisé et&#13;
ordonné qu’il sera exécuté par les parties intéressées selon sa forme et teneur.&#13;
Donné à Paris, le 20 janvier 1693.&#13;
François, archevêque de Paris&#13;
De la Chaize.&#13;
&#13;
- 841 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-2&#13;
&#13;
Doc. LI-V-2. Lettre de La Colombière à La Chaize (10 août 1693)&#13;
&#13;
Doc. LI-V-2&#13;
Lettre de l’abbé de La Colombière au P. de La Chaize, 10 août 1693, d’après&#13;
une copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire&#13;
de Québec, Lettres R, no 6&#13;
L’auteur de cette lettre, l’abbé Joseph de La Colombière, était le frère du&#13;
bienheureux Claude de La Colombière. Né en France en 1651, il fut d’abord un&#13;
avocat de renom. Il entra ensuite au Séminaire Saint-Sulpice de Paris, fut ordonné&#13;
prêtre vers la fin de 1681, puis fut immédiatement agrégé à la communauté et&#13;
envoyé au Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal. Rappelé en France en 1691,&#13;
il laissa l’ordre de Saint-Sulpice, puis revint au Canada l’année suivante avec&#13;
Mgr de Saint-Vallier, qui avait une estime particulière pour lui. Au cours de&#13;
l’année 1692, l’abbé fut choisi par l’évêque comme membre de sa curie&#13;
épiscopale, puis fut promu chanoine et archidiacre du chapitre et fut ensuite&#13;
nommé vicaire général du diocèse. L’abbé de La Colombière ne fut jamais&#13;
membre de la communauté du Séminaire de Québec. Il le tenait toutefois en haute&#13;
estime et y vécut durant quelques années. Sa lettre du 10 août au P. de La Chaize,&#13;
confesseur du roi, est reproduite ici dans le but de mieux comprendre la figure de&#13;
Mgr de Saint-Vallier au moment de sa controverse avec le Séminaire de Québec.&#13;
Les jugements de l’abbé de La Colombière revêtent une importance spéciale, étant&#13;
donné ses relations avec l’évêque et le fait que cette lettre fut écrite sur demande&#13;
expresse du P. de La Chaize, qui voulait se mettre au courant de la situation.&#13;
&#13;
Mon Révérend Père,&#13;
Tout ce que j’avais prévu devoir arriver entre Monseigneur et le Séminaire,&#13;
et dont je vous marquai quelque chose dans ma lettre de l’année dernière,&#13;
est arrivé. Quand les vaisseaux furent partis, Monseigneur voulut faire&#13;
enregistrer au Conseil souverain de ce pays l’écrit par lequel il lui était&#13;
permis de renvoyer MM. des Maizerets et de Glandelet contre la parole&#13;
qu’il leur avait donnée en ma présence qu’il n’en ferait rien. Il prit son temps&#13;
lorsque tout le Séminaire était en retraite par son ordre et qu’il y était luimême. Il quitta sa solitude pour aller au Conseil faire cette démarche, qui&#13;
fit grand bruit dans la ville et qui me confirma dans la pensée que j’avais&#13;
qu’il n’y aurait jamais d’accommodement. En effet, pendant tout le cours&#13;
de cette année, Monseigneur n’a point laissé passer d’occasions de faire&#13;
connaître son indisposition à l’égard de ces Messieurs et de laisser entrevoir&#13;
que son intention était de les faire repasser en France et qu’il ne voulait plus&#13;
se servir d’eux.&#13;
&#13;
- 842 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-2&#13;
&#13;
Au printemps, je montai à Montréal. Pendant ce temps-là, M. de Merlac&#13;
présenta à Monseigneur une requête où il se plaignait que dans un acte de&#13;
réception de chanoine, qu’il avait signé lui-même, on avait exprimé que&#13;
l’installation avait été faite par le doyen, quoiqu’il prétendît que le droit de&#13;
faire cette installation lui appartenait en qualité de grand-chantre.&#13;
Comme le chapitre ne convenait pas de ce droit prétendu, vu l’ordre que&#13;
donne l’évêque au doyen et aux chanoines dans ses lettres de collation&#13;
d’installer le pourvu dans son bénéfice et dans tous les droits qui en&#13;
dépendent, on était demeuré d’accord avec M. de Merlac, dans une&#13;
assemblée capitulaire, qu’on écrirait en France pour s’éclaircir et qu’on s’en&#13;
tiendrait à ce qui est en usage dans le chapitre de Notre-Dame-de-Paris&#13;
touchant la forme des actes de la prise de possession. Cependant,&#13;
M. de Merlac, au lieu de s’en tenir à cette résolution, à laquelle il avait&#13;
consenti, le jour même qu’elle fut prise, il présenta à Monseigneur la requête&#13;
dont je viens de parler, sur laquelle Monseigneur ordonna qu’elle serait&#13;
communiquée au chapitre avant de faire droit ; et en même temps, sans&#13;
attendre qu’elle l’eût été, il rendit sa sentence par laquelle il déclara nul&#13;
l’acte de réception dont il s’agissait et prononçant sur ce qui ne lui était pas&#13;
demandé, il déclara encore nuls un grand nombre d’autres actes qu’il dit&#13;
avoir été faits et transcrits dans le registre du chapitre pendant son voyage&#13;
en France sans sa participation et son autorité et ordonne qu’on n’ajoutera&#13;
point de foi au registre jusqu’à ce que ces actes aient été rectifiés de concert&#13;
avec lui.&#13;
Là-dessus, le chapitre appela comme d’abus au Conseil souverain de ce&#13;
pays, auquel Monseigneur avait fait enregistrer le Règlement fait l’année&#13;
dernière par ordre du roi avec l’arrêt du Conseil de Sa Majesté, qui enjoint&#13;
à celui de Québec de tenir la main à ce que ce Règlement soit exécuté.&#13;
J’arrivai à Québec sur ces entrefaites. En arrivant, je prie Monseigneur&#13;
d’agréer que je me démette de mon canonicat (car c’est ma réception qui a&#13;
donné lieu à ce procès). Je le prie de se souvenir que je n’avais accepté ce&#13;
bénéfice, sur les instances qu’il m’en avait faites, que dans la vue de&#13;
maintenir la paix et de prévenir tout ce qui pourrait l’altérer ; qu’il savait&#13;
- 843 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-2&#13;
&#13;
combien je craignais la guerre ; qu’il m’était impossible de vivre dans le&#13;
trouble et quoique je n’eusse nullement contribué à cette dernière réception,&#13;
seulement de ce qu’elle était arrivée à mon sujet, c’était pour moi une croix&#13;
que je n’étais pas capable de porter.&#13;
Là-dessus, il me dit qu’il avait assez prévu la peine que me donnerait ce&#13;
différend, mais que ma démission ne servirait de rien pour la terminer et&#13;
qu’elle m’ôterait le moyen d’en empêcher d’autres ; que toute la grâce qu’il&#13;
me demandait, c’était de ne me point mêler d’accommoder celui-ci ;&#13;
qu’aussi bien je n’y réussirais pas, parce qu’il avait résolu de pousser la&#13;
chose à bout ; qu’il n’aurait pas de si grandes suites que je m’imaginais,&#13;
parce qu’il savait qu’au premier conseil le chapitre serait condamné ; et&#13;
qu’enfin, il me conjura d’avoir patience, que dans un an toutes ces affaires&#13;
seraient si bien réglées que je n’entendrais plus parler de rien. D’un autre&#13;
côté, le chapitre m’ayant encore prié de ne point quitter, on a cru que&#13;
j’agirais contre l’ordre de Dieu si je suivais en cela mon inclination.&#13;
Cependant, au premier conseil, on ne put s’empêcher de recevoir l’appel&#13;
comme d’abus et comme Monseigneur s’aperçut bien qu’il allait être&#13;
condamné, n’ayant gardé aucune formalité dans sa sentence, et les actes&#13;
qu’il disait avoir été transcrits au registre ne s’y trouvant point, il pria le&#13;
P. Dablon de parler d’accommodement avec le chapitre. Ce fut le matin&#13;
qu’il donna cette commission, laquelle ce bon père accepta de tout son cœur&#13;
et ayant parlé à ces Messieurs, il rapporta de leur part à Monseigneur qu’ils&#13;
étaient dans la disposition de porter le chapitre à faire tout ce qui se pourrait&#13;
pour sa satisfaction.&#13;
Monseigneur parut fort content de cette réponse, mais il ne laissa pas&#13;
d’envoyer le même jour après-midi à MM. le doyen, l’archidiacre et le&#13;
théologal une lettre d’interdiction de confesser et de prêcher dans tout le&#13;
diocèse, datée de six jours auparavant et fondée sur le scandale qu’il&#13;
prétend avoir été produit par l’appel comme d’abus.&#13;
&#13;
- 844 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-2&#13;
&#13;
Cet interdit, qui fut signifié le mois passé, a fait un grand éclat et cause&#13;
encore aujourd’hui beaucoup de murmures dans le monde, qui ne peut&#13;
s’empêcher de témoigner la peine que lui donne ce procédé. J’ai fait ce que&#13;
j’ai pu pour découvrir si ces Messieurs avaient fait paraître de la passion&#13;
dans la poursuite de cette affaire comme Monseigneur les en a accusés et&#13;
s’ils avaient tenu quelque discours peu respectueux à son égard.&#13;
M. l’intendant m’a assuré qu’on ne peut pas se comporter ni parler avec&#13;
plus de modération. Cependant, ces Messieurs observent fort exactement&#13;
l’interdit, s’abstenant même de toutes les fonctions attachées à la dignité&#13;
d’archidiacre et de théologal, quoiqu’ils ne croient pas que Monseigneur&#13;
puisse leur interdire ces fonctions, comme il fait, sans leur avoir fait leur&#13;
procès ; mais bien loin de vouloir disputer là-dessus, ils n’ont fait aucune&#13;
plainte ni aucune démarche pour se justifier, de peur d’aigrir Monseigneur.&#13;
Aussitôt qu’on a vu le Règlement de cette année, qui réserve aux&#13;
commissaires la connaissance de toutes les contestations qui peuvent&#13;
survenir, on a désisté avec joie de poursuivre l’appel comme d’abus et cessé&#13;
toute procédure. La bibliothèque qu’on ordonne de remettre à Monseigneur&#13;
lui avait été rendue en ma présence peu de temps après le retour des&#13;
vaisseaux de l’année passée, à quelques livres près, qui étaient demeurés&#13;
entre les mains des missionnaires éloignés ; mais depuis, ces Messieurs,&#13;
ayant achevé de retirer ces livres, les ont remis entre les mains de&#13;
Monseigneur avant l’arrivée des vaisseaux de cette année, déclarant qu’ils&#13;
n’ont pas de connaissance d’en avoir reçu d’autres de Sa Grandeur, qui leur&#13;
avait donné ceux-ci sans les obliger de les compter ni d’en faire un catalogue&#13;
particulier. Monseigneur refuse néanmoins de leur en donner une décharge&#13;
et prétend qu’ils lui doivent tenir compte de quantité d’autres livres&#13;
marqués dans un catalogue qu’il leur donna à son arrivée de France et qu’ils&#13;
n’auraient jamais vu.&#13;
Enfin, quelque soin que je prenne d’examiner la chose, je trouve toujours&#13;
que ces Messieurs ont exécuté à la lettre tous les articles du Règlement. Il&#13;
est vrai que Monseigneur se plaint que M. Dupré n’a pas voulu se démettre&#13;
entre ses mains de la cure de Québec, mais je suis obligé de déclarer que&#13;
- 845 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-2&#13;
&#13;
suivant l’ordre qu’il a reçu, il a supplié M. l’évêque de nommer pour curé&#13;
celui du Séminaire qui lui plairait davantage ; sur quoi Monseigneur ayant&#13;
nommé M. Martin, comme toute la ville le sait, M. Dupré a résigné en sa&#13;
faveur et prié M. l’évêque qu’en attendant l’acceptation en Cour de Rome,&#13;
il agréât que M. Martin fît les fonctions curiales.&#13;
Comme ce n’était pas là ce que prétendait Monseigneur, il s’est emporté&#13;
contre M. Dupré et l’a menacé de l’interdire de sa fonction de premier&#13;
assistant dans le Séminaire et a pris prétexte de cette résignation pour&#13;
refuser à ces Messieurs le paiement d’une somme de près de 4 000 livres&#13;
qu’il avait convenu leur devoir aux MM. du Séminaire de Paris et qu’il avait&#13;
promis, étant en France, par un écrit sous seing privé, de leur rembourser&#13;
ici dès l’année passée.&#13;
Je ne saurais vous dire combien on est surpris en ce pays de voir si peu de&#13;
modération et de sincérité dans un évêque qui a eu le bonheur d’être si&#13;
longtemps auprès du prince le plus modéré et le plus sincère qui soit au&#13;
monde, car tous les jours ce sont de nouveaux emportements et de&#13;
nouveaux artifices. À l’entendre parler, il comble de présents tous les curés&#13;
et toutes les communautés ; cependant, quand on veut approfondir les&#13;
choses sur diverses plaintes qu’on entend faire du contraire, on remarque&#13;
qu’il en est peu à qui il ne retienne quelque chose de leurs droits. On blâme&#13;
ici, avec raison, l’injustice des officiers qui retiennent le prêt de leurs soldats,&#13;
mais pour se justifier ils disent tout haut que l’évêque retient le supplément&#13;
de ses curés. Vous savez, Mon Révérend Père, de quelle conséquence il est&#13;
dans une nouvelle Église d’avoir un évêque irréprochable. Tous les jours,&#13;
on a le déplaisir de voir qu’on se plaint hautement de sa conduite et celui&#13;
de ne pouvoir répondre aux plaintes qu’on fait contre lui. Je vous avoue que&#13;
[ni] les Anglais ni les Iroquois ne m’ont jamais fait peur, mais je tremble&#13;
quand je songe à l’état pitoyable où est cette Église ; mais ce qui m’afflige&#13;
davantage, c’est que je ne puis y apporter d’autre remède que celui de vous&#13;
en instruire pour satisfaire à l’ordre que vous m’en avez donné.&#13;
&#13;
- 846 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-3&#13;
&#13;
Doc. LI-V-3. Instructions de Saint-Vallier à H. de Bernières (13 septembre 1694)&#13;
&#13;
Doc. LI-V-3&#13;
Instructions de&#13;
de Saint-Vallier données à H. de Bernières, supérieur du&#13;
Séminaire de Québec, avant de partir pour la France, 13 septembre 1694,&#13;
d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Chapitre, no 15&#13;
Mgr&#13;
&#13;
Instructions pour M. le supérieur&#13;
du Séminaire des Missions étrangères de Québec&#13;
Comme je désire sincèrement avoir une union véritable avec toutes les&#13;
communautés de ce diocèse, je le prie d’écrire lui-même toutes les&#13;
difficultés qui pourraient naître entre nous à M. l’abbé de Brisacier, afin&#13;
qu’étant une dernière fois bien réglées, nous puissions jouir d’une&#13;
tranquillité parfaite ; ce qui les mettra plus en état que toutes autres choses&#13;
de recevoir des marques de notre amitié. Je le prie aussi d’envoyer en&#13;
France des extraits collationnés des titres que le Séminaire a pour posséder&#13;
le terrain du presbytère et cimetière ; ce qui, étant une fois bien examiné par&#13;
des avocats, mettra fin à tous les discours qu’on a pu tenir jusqu’à cette&#13;
heure.&#13;
Je souhaite qu’il ne se fasse point de changement autant que se pourra dans&#13;
les cures et missions où les ecclésiastiques de leur corps sont employés ; je&#13;
le supplie de les exhorter à la résidence et, en cas de maladie ou d’autres&#13;
accidents, de vouloir bien envoyer d’autres ecclésiastiques en leur place.&#13;
Quand leur chapelle sera en état d’être bénite, ils se pourront adresser à&#13;
M. Dollier, notre grand-vicaire, qui se fera un plaisir d’en donner la&#13;
permission à celui pour qui ils la demanderont. Comme je me suis réservé&#13;
à moi seul l’examen de ceux qui sont appelés à l’état ecclésiastique, je les&#13;
supplie de différer à donner l’habit ecclésiastique à ceux de leur Petit&#13;
Séminaire jusqu’à mon retour.&#13;
&#13;
- 847 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-3&#13;
&#13;
Je le prie de faire connaître à Mgr l’ancien évêque le plaisir qu’il me ferait de&#13;
vouloir officier quelques-unes des grandes fêtes de l’année à la cathédrale&#13;
et de vouloir bien se donner la peine de faire les saintes huiles le jour du&#13;
Jeudi saint.&#13;
Je désire que M. le curé, qui est de leur corps, observe la louable coutume&#13;
que j’ai établie de faire donner quelque chose à l’Hôpital général par ceux&#13;
qui ont besoin de quelque dispense de mariage ou de manger de la viande&#13;
le carême et les autres jours défendus. Il me fera plaisir de renvoyer ceux&#13;
qui demanderont quelque dispense de mariage à MM. de La Colombière et&#13;
de Montigny, qui ne leur accorderont point ladite dispense que&#13;
conformément au Règlement particulier que je leur en ai laissé.&#13;
Pour la dispense de manger de la viande, il ne doit jamais l’accorder que&#13;
sur l’attestation des chirurgiens et par écrit en les portant tous à donner&#13;
quelque chose aux pauvres de l’un ou l’autre hôpital, pour suppléer en&#13;
quelque manière à ce qu’ils ne peuvent observer par eux-mêmes à la&#13;
pénitence publique de l’Église.&#13;
Fait à Québec, ce 13 septembre 1694&#13;
Jean, évêque de Québec.&#13;
&#13;
- 848 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-V-4&#13;
&#13;
Doc. LI-V-4. Lettre de C. Chauchetière à J. Chauchetière (7 août 1694)&#13;
&#13;
Doc. LI-V-4&#13;
Extrait de la lettre du P. Claude Chauchetière, jésuite, à son frère,&#13;
P. Jean Chauchetière, jésuite, 7 août 1694, d’après les Jesuit Relations and&#13;
Allied Documents, édition Thwaites, Cleveland, 1896-1901, vol. 64, p. 118-120&#13;
Dans cette lettre, riche en détails sur l’état de l’Église du Canada lors du départ&#13;
de Mgr de Saint-Vallier pour la France en 1691, le P. Claude Chauchetière,&#13;
missionnaire jésuite, nous donne un témoignage à propos du Serviteur de Dieu,&#13;
témoignage qui mérite d’être connu.&#13;
&#13;
Pour nous, nous sommes ici à démêler bien des choses avec notre évêque.&#13;
Il a établi les approbations limitées ; il a ordonné qu’on ne ferait point de&#13;
congrégation les dimanches au matin ; il a ôté les communions générales ;&#13;
il a interdit les pères récollets ; il m’a menacé plus d’une fois d’interdit sur&#13;
une affaire que j’ai eue à démêler avec lui à l’occasion du gouverneur de&#13;
Ville-Marie, qui a été mon pénitent de tout temps, que notre évêque a traité&#13;
d’adultère, de scandaleux, de séditieux, voulant se mettre au-dessus de&#13;
l’évêque. Les pères récollets ayant présenté une protestation à M. l’évêque,&#13;
qui ne voulait entendre aucune raison, ont ouvert leur église et levé&#13;
l’interdit. L’affaire ne manquera pas de faire du bruit en France. Notre&#13;
congrégation ne se tient plus, qui avait plus de 50 congréganistes. Nous&#13;
avions coutume de faire tous les jeudis les saluts du Saint-Sacrement.&#13;
M. l’évêque ne nous en a laissé que deux par mois et a donné les autres aux&#13;
MM. de Saint-Sulpice, lesquels ne voyaient pas de bon œil les religieux&#13;
établis dans leur ville. Il veut qu’on refuse la communion sans aucune&#13;
raison, si ce n’est que les communions sont trop fréquentes en Canada.&#13;
Son prédécesseur, qui voit tout cela, est un saint homme, M. de Laval, et dit&#13;
avoir été bien trompé quand il s’est démis de son évêché en faveur de celui&#13;
qui, contre son espérance, nous tourmente et ne prend à tâche que&#13;
d’humilier les religieux 460. Mon affaire est celle-ci : M. l’évêque avait fait une&#13;
ordonnance par laquelle il voulait qu’on refusât à notre gouverneur les sacrements&#13;
s’il n’y avait amendement. On accusait ce gouverneur d’avoir trop de familiarité&#13;
avec une veuve, sur des visites trop fréquentes et sur des soupçons et sur une&#13;
460&#13;
&#13;
NDLR : Nous avons choisi de compléter l’extrait traitant de Mgr de Saint-Vallier.&#13;
- 849 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�longue habitude. Je lui promis que je ferais de mon côté comme j’avais toujours&#13;
fait et que je ferais mon devoir. Ceci se passa au commencement du carême ;&#13;
pendant le carême, il fit diverses assemblées et publia 12 cas réservés. Il n’y en&#13;
avait qu’un dans ce diocèse qui était pour les Français qui péchaient avec les&#13;
Sauvagesses*.&#13;
M. l’évêque d’à présent dit que dans son dernier voyage de France, les évêques de&#13;
France lui avaient dit que c’était inouï qu’un diocèse fût sans cas réservés : sur cette&#13;
raison, il en a mis. Je fus trouver Monseigneur pour lui demander pouvoir&#13;
d’absoudre d’un cas réservé et alors, il me traita comme un petit écolier et me fit&#13;
bien des questions et voulut taxer la pénitence sans savoir le mal, me demandant&#13;
si les personnes demeuraient dans l’occasion d’inceste, c’était la matière. Je vis&#13;
qu’il se défiait bien de moi et de ma morale. Cependant, je me soumis à tout une&#13;
fois pour toutes. Il voulut me tenter et me faire parler sur nos privilèges, mais je&#13;
me tiens bien réservé sur ce sujet. Quelques jours après, les Pâques approchant, je&#13;
fus le consulter sur les moyens qu’on pouvait prendre pour notre gouverneur. Il fit&#13;
en homme de Cour, me donnant du galimatias pour m’engager et en cas qu’il n’eût&#13;
pas réussi, jeter toute la cause sur moi. Cependant, je m’en suis tiré le plus&#13;
adroitement que j’ai pu et notre gouverneur a fait ses Pâques à Québec et ma&#13;
conduite a été approuvée de nos supérieurs ; il n’y a eu que notre évêque qui m’ait&#13;
blâmé.&#13;
&#13;
- 850 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-VI&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LI-VI&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LI-VI&#13;
Les raisons d’intervenir du Serviteur de Dieu lorsque la démission de&#13;
Mgr de Saint-Vallier était désirée, 1695-1696&#13;
En 1694, Mgr de Saint-Vallier se rendit en France pour régler certains de ses&#13;
contentieux à la Cour du roi et au Séminaire des Missions étrangères de Paris ;&#13;
mais lorsqu’il voulut retourner dans son diocèse, il rencontra des difficultés,&#13;
puisque de nombreuses lettres réclamant sa démission avaient été reçues.&#13;
Mentionnons que la même requête avait été faite lors de ses deux autres voyages&#13;
en France, soit en 1687 et en 1691 ; et il s’agit là d’un fait grave.&#13;
Vérifions d’abord si le Serviteur de Dieu a joué un rôle dans les deux premières&#13;
instances et si oui, de quel ordre, car nous savons qu’il intervint en 1694.&#13;
Lorsque l’abbé de Saint-Vallier revint à Paris en 1687, après son administration&#13;
du diocèse de Québec en qualité de vicaire général, les directeurs du Séminaire de&#13;
Québec avaient manifesté à ceux de Paris la ferme volonté que ces derniers fassent&#13;
des démarches auprès de la Cour pour empêcher la nomination de l’abbé comme&#13;
évêque de Québec.&#13;
Mgr de Laval se trouvait alors à Paris. Il est difficile de déterminer si, et dans quelle&#13;
mesure, il prit part à l’affaire, puisque nous n’avons trouvé aucun document&#13;
l’affirmant. Bien qu’on puisse facilement croire qu’il ne fut pas indifférent à la&#13;
proposition des directeurs du Séminaire de Québec et qu’il y fut peut-être même&#13;
favorable, il serait malhonnête de lui attribuer une participation active ou, comme&#13;
le fit l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval : premier évêque de Québec et apôtre&#13;
du Canada, 1622-1708, vol. 2, p. 371), l’en faire l’instigateur de l’affaire.&#13;
Lors du second voyage de Mgr de Saint-Vallier en France, en 1691, le Serviteur&#13;
de Dieu se trouvait au Canada. Son point de vue sur le sujet est révélé dans sa&#13;
lettre à l’ancien gouverneur de Denonville à l’automne de 1691 : « Si Dieu permet&#13;
que les vues qu’ont eues ses amis ne réussissent pas et qu’il revienne en ce pays,&#13;
il est comme impossible que cette Église ne tombe pas dans un renversement total.&#13;
Notre-Seigneur et sa sainte Mère en disposeront comme il leur plaira. » (LI-IV-6)&#13;
D’après ce texte, il semble clair que Mgr de Laval était convaincu de la nécessité&#13;
de la démission de son successeur pour le bien de l’Église du Canada. Rappelons&#13;
que Mgr de Saint-Vallier se rendait en France avec la ferme intention de changer&#13;
toute la constitution du Séminaire ; il n’est donc pas étonnant que le Serviteur de&#13;
Dieu soit arrivé à cette conclusion, qu’il ne communiqua qu’à quelques-uns de ses&#13;
amis intimes. Il n’intervint pas directement pour provoquer la démission de son&#13;
successeur ; du moins, on n’en trouve aucune preuve dans les documents de&#13;
l’époque.&#13;
Dans ces deux instances, Mgr de Saint-Vallier put revenir tranquillement à&#13;
Québec, mais en 1695, à l’époque concernée par les documents dans cette section,&#13;
la question fut si épineuse que le roi Louis XIV et la Cour demandèrent la&#13;
démission de l’évêque.&#13;
On peut déduire l’opinion du Serviteur de Dieu sur l’affaire dans trois documents&#13;
qui n’ont pas été pris en considération jusqu’à maintenant. Il s’agit de lettres de&#13;
l’abbé Tremblay, adressées au Séminaire de Québec et à Mgr de Laval, dans&#13;
lesquelles l’ancien évêque fit des annotations dans les marges, que nous avons&#13;
&#13;
- 851 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-VI&#13;
&#13;
reproduites en deux colonnes aux nos 1, 6 et 7. Ces lettres sont conservées au&#13;
Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec.&#13;
Ces annotations montrent que le Serviteur de Dieu était pleinement convaincu que&#13;
Mgr de Saint-Vallier devait démissionner, et ce, pour le bien de l’Église du&#13;
Canada. On pourrait soupçonner que Mgr de Laval nourrissait le désir de reprendre&#13;
le gouvernement du diocèse ; Mgr de Saint-Vallier le pensât certainement, car il&#13;
cherchât à le faire croire à d’autres en France. Cependant, cette idée est sans&#13;
fondement ; alors que des proches du Serviteur de Dieu semblèrent réellement&#13;
vouloir un tel retour, l’ancien évêque ne fit rien dans ce sens.&#13;
En 1692, lorsque l’on crut que Mgr de Saint-Vallier donnerait sa démission,&#13;
Mgr de Laval proposa l’abbé de La Colombière pour être administrateur du&#13;
diocèse, tandis qu’il se consacrerait lui-même aux seules fonctions épiscopales : &#13;
Que si Notre-Seigneur a pitié de cette pauvre Église et qu’il inspire au roi&#13;
et à tous ceux qui y peuvent contribuer de lui [Mgr de Saint-Vallier] en ôter&#13;
la conduite, comme le P. de La Chaize l’a fait positivement espérer à&#13;
M. de La Colombière, supposé qu’il n’y eût point de changement en sa&#13;
conduite, l’on pourrait en ce cas, en attendant que l’on eût trouvé un autre&#13;
évêque, établir mondit sieur de La Colombière grand-vicaire de tout le&#13;
diocèse […]. Si Dieu faisait cette grâce et grande miséricorde à cette&#13;
Église, tant qu’il lui plaira me laisser en ce monde, je ferai volontiers les&#13;
fonctions épiscopales jusqu’à ce que celui sur lequel l’on jettera les yeux&#13;
soit sacré. C’est tout le soulagement que l’on peut attendre de moi, à l’âge&#13;
où je suis, et d’aider du peu de vues et de lumières que Notre-Seigneur me&#13;
donne ceux qu’il lui plaira employer à la conduite de cette Église.&#13;
(LI-V-1)&#13;
Cette même idée se retrouve dans une note à l’abbé Tremblay :&#13;
Il serait bien plus expédient pour la gloire de Dieu et le bien de cette Église&#13;
que l’on choisit un autre que moi pour la conduire. Tout ce que j’y pourrais&#13;
faire au regard du Séminaire serait estimé bien suspect, y étant ce que je&#13;
suis. Il nous faut laisser conduire à la providence de Dieu. Il n’y a que&#13;
l’extrême besoin et nécessité dont l’on se trouverait pressé qui peut obliger&#13;
d’avoir cette vue. (LI-VI-1)&#13;
Il semble suffisamment clair que le Serviteur de Dieu désirait la démission de&#13;
Mgr de Saint-Vallier, non pas en sa faveur, mais uniquement pour le bien de&#13;
l’Église de Québec.&#13;
Nous constatons tout de même qu’en manifestant ses pensées, il utilisa des termes&#13;
plutôt forts si on les prend en elles-mêmes : « Si Notre-Seigneur affligeait cette&#13;
Église par le retour de Monseigneur […] » (Doc. LI-V-1) ; « Son retour est le plus&#13;
grand mal qui puisse arriver à cette Église » ; « l’on doit regarder Monseigneur&#13;
comme un fléau et un châtiment, le plus grand et le plus certain pour cette Église&#13;
qui puisse arriver » ; « son humeur prompte, comme il dit, ne change que pour&#13;
entrer dans de plus mauvais sentiments » (Doc. LI-VI-7) ; « [l’Église] […] est&#13;
entièrement ruinée, si Monseigneur y revient, étant ennemi irréconciliable de la&#13;
paix, de changer de nature de son esprit, qui est incessamment occupé à brouiller&#13;
et diviser les choses les plus unies » ; « […] des suites funestes et infaillibles du&#13;
retour de Monseigneur […] » ; « il est du tout impossible qu’il change jusqu’à la&#13;
mort, quoi que ce soit qu’il promette et fasse, tout n’étant qu’un pur artifice et&#13;
déguisement » (Doc. LI-VI-6).&#13;
&#13;
- 852 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-VI&#13;
&#13;
Ces expressions paraissent peut-être démesurées, mais elles reflètent la conviction&#13;
de tous ceux qui connaissaient les affaires du Canada à l’époque, incluant les amis&#13;
de Mgr de Saint-Vallier. Il faut aussi tenir compte du fait que nous ne savons pas&#13;
à qui ces annotations étaient adressées. Il semble qu’il s’agisse de notes&#13;
personnelles, peut-être pour la rédaction de réponses aux lettres ; si c’est le cas,&#13;
nous ne savons si celles-ci furent envoyées et encore moins si elles furent rédigées&#13;
en ces termes 461.&#13;
Regardons maintenant les circonstances du troisième voyage de Mgr de SaintVallier en France. En arrivant à Paris à la fin de 1695, l’évêque sentit&#13;
immédiatement que l’atmosphère lui était défavorable et qu’il rencontrerait de&#13;
sérieuses difficultés pour retourner à Québec, dues aux maintes lettres reçues pour&#13;
réclamer sa démission.&#13;
Notons que ni le Serviteur de Dieu ni le Séminaire de Québec ne prirent part à ces&#13;
requêtes, du moins pas directement. Seul l’abbé de La Colombière, prêtre non&#13;
affilié mais très attaché au Séminaire, écrivit en France sur l’affaire ; et bien qu’il&#13;
fût l’ami de Mgr de Saint-Vallier et son vicaire général, il demanda ouvertement&#13;
sa démission :&#13;
Il faudrait que le roi lui proposât d’abandonner son évêché pour le garder&#13;
près de lui, mais pas pour lui en offrir un autre. Si on lui donne un autre&#13;
évêché, on lui fera tort. J’ose assurer qu’il n’y a personne qui aime plus&#13;
que moi Mgr de Québec, ni qui ait plus prié pour son salut. Le roi ne saurait&#13;
lui faire un bien comparable à celui de le laisser sans évêché, parce que la&#13;
conduite des âmes lui est une occasion infaillible de se perdre. (Cité dans&#13;
Gosselin, Vie de Mgr de Laval : premier évêque de Québec et apôtre du&#13;
Canada, 1622-1708, vol. 2, p. 443 462)&#13;
Mus par ces nombreuses instances, les gens intéressés aux affaires du Canada&#13;
furent convaincus qu’il était absolument nécessaire d’empêcher le retour de&#13;
l’évêque à Québec. Le ministre de Pontchartrain dit :&#13;
Il ne faut pas qu’il retourne au Canada, de peur qu’il n’achève de&#13;
bouleverser l’Église et l’État politique d’un pays où l’on a besoin d’un&#13;
grand flegme pour gouverner et où il ne peut recevoir de conseils que de&#13;
ceux dont il ne veut point en prendre. (Cité dans Gosselin, Ibid., vol. 2,&#13;
p. 446-447 463)&#13;
Certaines personnes, dont Mme de Maintenon, seconde épouse du roi, le ministre&#13;
de Seignelay, le P. de La Chaize, confesseur du roi, l’abbé de Brisacier, supérieur&#13;
du Séminaire des Missions étrangères de Paris, et l’abbé Tremblay, procureur du&#13;
Séminaire de Québec à Paris, firent pression pour que le roi oblige Mgr de SaintVallier à renoncer à son diocèse. D’autres, plus proches de l’évêque, cherchèrent&#13;
à le convaincre d’offrir sa démission. Comme l’évêque se prépara malgré tout à&#13;
partir pour Québec au printemps de 1696, Louis XIV, impressionné par le nombre&#13;
de requêtes, lui ordonna de retarder son départ jusqu’à l’année suivante.&#13;
Mgr de Saint-Vallier comprit désormais que son retour était sérieusement&#13;
NDLR : L’abbé Tremblay, dans sa grande lettre au Séminaire de Québec écrite entre juin 1696&#13;
et le 17 avril 1697, demande aux MM. du Séminaire de rayer la note que le Serviteur de Dieu écrivit&#13;
dans la marge de la lettre du 3 juin 1696. Cela nous porte à croire que l’abbé Tremblay reçut ces&#13;
lettres avec annotations de Mgr de Laval, ou du moins celle du 3 juin 1696.&#13;
462&#13;
NDLR : Nous n’avons pas encore trouvé cette lettre citée par Gosselin.&#13;
463&#13;
NDLR : Idem.&#13;
461&#13;
&#13;
- 853 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-VI&#13;
&#13;
compromis. Il fit donc une intervention auprès des communautés religieuses de&#13;
son diocèse, les suppliant d’écrire à la Cour pour demander son retour.&#13;
Mgr de Saint-Vallier se résolut aussi à écrire à Mgr de Laval (n° 5), sachant bien&#13;
que sa requête était délicate, mais qu’une réponse favorable du Serviteur de Dieu&#13;
serait un atout.&#13;
De toutes les personnes interpellées, seulement trois répondirent en faveur du&#13;
retour de Mgr de Saint-Vallier : le supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice de&#13;
Montréal, la supérieure de l’Hôtel-Dieu de Montréal et la supérieure de la&#13;
Congrégation de Notre-Dame de Montréal. Mgr de Laval, de son côté, refusa&#13;
nettement d’entamer quelconque démarche auprès de la Cour.&#13;
Dans sa lettre au Serviteur de Dieu, Mgr de Saint-Vallier se dit surpris du motif&#13;
invoqué pour retarder son retour, soit ses dissensions avec le clergé canadien. Il&#13;
l’interrogea donc sur les moyens possibles pour rétablir la paix et faire oublier le&#13;
passé à ceux qu’il aurait pu offenser. Mgr de Laval se permit de lui répondre&#13;
ouvertement et de lui dire clairement ce qu’il pensait de son gouvernement. Nous&#13;
reproduisons cette lettre au n° 8.&#13;
Celui qui lirait cette lettre hors de son contexte, sans connaître ni se souvenir de&#13;
tout ce qui était arrivé à Québec depuis le début du gouvernement de Mgr de SaintVallier, pourrait avoir une impression défavorable du Serviteur de Dieu. Celui qui&#13;
se réfère aux introductions précédentes des Docs. LI, documentant les relations&#13;
entre le second évêque et son clergé, en tirerait une impression bien différente.&#13;
Mgr de Laval fut franc et explicite, comme il se devait de l’être. Il exposa sans&#13;
détour sa pensée et les choses reprochées à Mgr de Saint-Vallier. Il dit les choses&#13;
crûment, mais sans l’intention d’offenser et surtout sans cacher la grande douleur&#13;
qu’il ressentait et qu’il avait accumulée depuis tant d’années. Il conserva tout le&#13;
long un ton calme et digne, sans jamais descendre dans l’amertume personnelle&#13;
ou irrévérencieuse. Cette lettre, par son contenu et sa forme, nous porte à penser&#13;
que Mgr de Laval était parfaitement sincère lorsqu’il écrivait :&#13;
Je crois être obligé devant Dieu de vous parler avec toute la liberté et la&#13;
confiance que doit une personne qui a des obligations très particulières de&#13;
vous honorer, qui est près, étant à l’âge de 75 ans, de paraître au jugement&#13;
de Dieu et qui n’a uniquement en vue que les intérêts d’une Église qui vous&#13;
doit être, et à moi également, chère. &#13;
Cette lettre ne fut pas expédiée directement à Mgr de Saint-Vallier. Elle fut d’abord&#13;
remise à l’abbé Tremblay, afin qu’il la lise et la montre à des personnes&#13;
judicieuses, prudentes et surtout bien informées de l’affaire. Ces dernières&#13;
devaient juger s’il était bon et opportun de la remettre à l’évêque. Ainsi, la lettre&#13;
du Serviteur de Dieu fut lue par plusieurs gens éminents, comme Mme de&#13;
Maintenon, le ministre de Seignelay, le P. de La Chaize, l’archevêque de Paris,&#13;
l’abbé de Brisacier, l’abbé Tronson, supérieur du Séminaire Saint-Sulpice de&#13;
Paris, les directeurs du Séminaire des Missions étrangères de Paris, l’ancien&#13;
gouverneur du Canada Denonville et d’autres. Elle fut même portée à la&#13;
connaissance du roi. Ils furent unanimes : elle devait être remise à Mgr de SaintVallier (cf. no 10). L’abbé Tremblay, qui la lui donna puis relata tous les détails,&#13;
affirme que Mgr de Saint-Vallier en resta profondément impressionné (cf. no 10).&#13;
La même année, en 1696, le Serviteur de Dieu écrivit au cardinal de Noailles,&#13;
archevêque de Paris (no 9), qui lui avait demandé des informations sur l’Église du&#13;
Canada. Cette lettre est parallèle à celle envoyée à Mgr de Saint-Vallier et doit&#13;
donc être évaluée avec les mêmes critères.&#13;
- 854 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-VI&#13;
&#13;
Si Mgr de Saint-Vallier avait pris en considération les sentiments des personnes&#13;
intéressées et interrogées sur la question, peut-être aurait-il perdu tout espoir de&#13;
retourner à Québec ; au contraire, il fit de nouvelles pressions pour recevoir la&#13;
permission désirée.&#13;
L’affaire se conclut au printemps 1697. D’autres mémoires furent rédigés pour le&#13;
ministre et le roi (nous reproduisons celui de l’abbé Tremblay au no 11).&#13;
Louis XIV accorda donc une audience à Mgr de Saint-Vallier, pour l’inviter à&#13;
offrir sa démission, sans l’y obliger, suivant ainsi les recommandations d’autorités&#13;
ecclésiastiques éminentes approchées sur ce sujet, dont l’archevêque de Paris et&#13;
Mgr Bossuet. Mgr de Saint-Vallier refusa, avec beaucoup de modestie et de&#13;
révérence. Le roi lui aurait alors répondu :&#13;
Alors, puisqu’il en est ainsi, vous retournerez dans votre diocèse. Mais&#13;
voyez à y rétablir entièrement la paix ; parce que si j’entends encore parler&#13;
de vous, je saurai bien vous rappeler, pour ne plus, cette fois, vous y laisser&#13;
retourner. (Taschereau, Histoire du Séminaire de Québec, Archives des&#13;
Missions étrangères de Paris, vol. 45, cité par Gosselin, vol. 2, p. 461 464)&#13;
Mgr de Saint-Vallier avait gagné. En mai 1697, il partit de la France et arriva à&#13;
Québec en août. Durant les 20 ans qu’il dirigea encore l’Église de Québec (16971727), son comportement envers son prédécesseur et le Séminaire de Québec fut&#13;
beaucoup plus serein. Mais il continua à avoir des difficultés avec diverses&#13;
communautés religieuses et avec plusieurs individus ; et cela contribua à&#13;
conserver des oppositions latentes contre lui et d’autres interventions auraient été&#13;
faites auprès de la Cour pour provoquer sa démission. En 1709, lorsqu’il retourna&#13;
en France, après cinq ans passés en Angleterre comme prisonnier de guerre, la&#13;
Cour de Paris fit de nouvelles pressions pour qu’il remette sa démission ; en&#13;
conséquence, Mgr de Saint-Vallier n’obtint la permission de rentrer dans son&#13;
diocèse qu’en 1713, soit quatre ans plus tard (cf. Gosselin, L’Église du Canada&#13;
depuis Mgr de Laval jusqu’à la conquête, 1re partie, Mgr de Saint-Vallier, Québec,&#13;
1911, p. 245-252).&#13;
*********************&#13;
En plus de la longue et délicate affaire des négociations pour obtenir la démission&#13;
de Mgr de Saint-Vallier, il est nécessaire d’aborder brièvement une autre question,&#13;
qui revient dans plusieurs documents de cette section et dans laquelle le Serviteur&#13;
de Dieu fut directement impliqué : durant l’absence de Mgr de Saint-Vallier, le&#13;
Serviteur de Dieu, maintenant appelé Mgr l’Ancien, conseilla aux directeurs du&#13;
Séminaire de Québec de donner l’habit clérical à certains jeunes étudiants du Petit&#13;
Séminaire, auxquels il conféra ensuite les ordres sacrés, y compris le sacerdoce.&#13;
Voici comment se déroulèrent les choses. Lorsque Mgr de Saint-Vallier partit de&#13;
Québec le 29 octobre 1694, il n’avait laissé aucune juridiction au Serviteur de&#13;
Dieu pour faire des ordinations. Après 15 jours de voyage, le 13 novembre, il&#13;
envoya une lettre au supérieur du Séminaire sur ce qu’il y aurait à faire durant son&#13;
absence (LI-V-3). Parmi ses volontés, il y avait celle que les directeurs du&#13;
Séminaire attendent son retour pour donner l’habit clérical à ceux qui auraient&#13;
terminé leurs études : « Comme je me suis réservé à moi seul l’examen de ceux&#13;
qui sont appelés à l’état ecclésiastique, écrivait l’évêque, je les supplie [les&#13;
directeurs du Séminaire] de différer à donner l’habit ecclésiastique à ceux de leur&#13;
Petit Séminaire jusqu’à mon retour. »&#13;
464&#13;
&#13;
NDLR : Idem.&#13;
- 855 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-VI&#13;
&#13;
Or, nous savons que le 29 novembre, les directeurs donnèrent la soutane aux&#13;
jeunes en question, comme il était de coutume durant l’absence de l’évêque. La&#13;
lettre de Mgr de Saint-Vallier du 13 novembre était-elle parvenue aux directeurs ?&#13;
Il nous manque les éléments pour offrir une réponse définitive. En tenant compte&#13;
des dates, tout nous porte à croire que la lettre n’était pas arrivée et que si elle&#13;
avait été reçue, le Serviteur de Dieu devait avoir d’excellentes raisons pour&#13;
conseiller aux directeurs de procéder. En effet, à la suite de la controverse que&#13;
provoquèrent ces ordinations, même Mgr de Saint-Vallier, si jaloux de son autorité&#13;
épiscopale, approuva pleinement la façon de procéder de son prédécesseur dans&#13;
sa lettre du 25 mars 1696 (no 5).&#13;
Chronologiquement, nous savons qu’au début de mai 1695, Mgr de Saint-Vallier&#13;
présenta à l’abbé Tremblay la lettre qu’il avait rédigée au Serviteur de Dieu, dans&#13;
laquelle il l’autorisait clairement à examiner les jeunes aspirants à l’état clérical&#13;
et à conférer les ordres aux méritants. Mais cette lettre, mystérieusement, ne fut&#13;
jamais envoyée (no 1). Dans une seconde lettre au même, du 18 mai 1695 (no 2),&#13;
qui cette fois fut bel et bien expédiée, Mgr de Saint-Vallier écrivit :&#13;
S’il se présentait quelque ordination à faire ou quelque consécration de&#13;
calice et autre bénédiction, je vous supplie de vouloir bien vous y rendre&#13;
favorable. Accordez à M. Dollier [alors vicaire général] ce qu’il pourra&#13;
vous demander sur ces sortes de choses, que je ne saurais prévoir ni&#13;
marquer en particulier.&#13;
Ayant reçu cette concession et ayant sondé l’abbé Dollier et les Jésuites,&#13;
Mgr de Laval, à la suite de la sollicitation du vicaire général, conféra donc aux&#13;
jeunes la tonsure le 3 décembre 1695, les ordres mineurs le 17 mars 1696, le sousdiaconat le 7 avril, le diaconat le 21 avril et le sacerdoce le 6 et le 17 juin de la&#13;
même année 465.&#13;
Toutefois, lorsque Mgr de Saint-Vallier fut informé de ces ordinations, il s’en&#13;
montra vivement surpris et mécontent. Dans une conversation qu’il eut avec les&#13;
directeurs du Séminaire des Missions étrangères de Paris, qui lui rendirent visite,&#13;
il accusa Mgr de Laval d’avoir illégalement célébré ces ordinations. Il leur montra&#13;
comme preuve diverses lettres qu’il avait écrites au Serviteur de Dieu, mais cacha&#13;
probablement celle où il lui permettait les ordinations, puisque l’abbé Tremblay,&#13;
plus tard interrogé par ces directeurs et très étonné de la réaction de l’évêque, leur&#13;
montra une copie de la lettre du 18 mai. Ils l’examinèrent avec soin, mais ne&#13;
jugèrent pas que le texte était suffisamment clair pour pouvoir mettre un terme à&#13;
la discussion. Selon eux, le Serviteur de Dieu avait peut-être trop largement&#13;
interprété les mots de Mgr de Saint-Vallier. Il semblerait que l’affaire n’eut pas&#13;
d’autres suites.&#13;
En considérant que le Serviteur de Dieu avait sollicité l’avis des pères jésuites et&#13;
du vicaire général Dollier, on peut affirmer qu’il devait être pleinement convaincu&#13;
de pouvoir faire ces ordinations, puisqu’il est fait mention de l’autorisation&#13;
donnée par Mgr de Saint-Vallier dans les actes officiels, insérés dans les registres&#13;
épiscopaux (no 3). De plus, lorsque ce dernier fut de retour à Québec, il apposa sa&#13;
signature à ces actes, approuvant ainsi implicitement que son autorisation eût été&#13;
donnée.&#13;
&#13;
Nous avons pris ces informations chez l’abbé Gosselin, Vie de Mgr de Laval : premier évêque de&#13;
Québec et apôtre du Canada, 1622-1708, vol. 2, p. 688-696, dans la liste des ordinations faites par&#13;
Mgr de Laval.&#13;
465&#13;
&#13;
- 856 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-1. Extraits de la lettre de Tremblay à Laval (10 mai 1695)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-1&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé Tremblay au Serviteur de Dieu, avec&#13;
annotations dudit Serviteur de Dieu, 10-14 mai 1695, d’après l’original&#13;
conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 101&#13;
Nous avons déjà parlé de trois lettres écrites par l’abbé Henri-Jean Tremblay,&#13;
procureur du Séminaire de Québec à Paris, qui ont été annotées point par point&#13;
par le Serviteur de Dieu. Nous donnerons plusieurs extraits de ces lettres (nos 1, 6&#13;
et 7) et, vu que celle-ci est chronologiquement la première, nous croyons utile de&#13;
donner quelques indications au sujet de l’abbé Tremblay, dont le nom revient&#13;
souvent dans notre Positio.&#13;
Henri-Jean Tremblay quitta la France pour le Canada en 1687, alors qu’il était&#13;
encore sous-diacre. Il fut immédiatement agrégé à la communauté du Séminaire&#13;
de Québec. Ordonné prêtre le 18 décembre 1688, il reçut une charge à la procure&#13;
dudit Séminaire et fut ensuite appelé par Mgr de Saint-Vallier pour exercer le&#13;
ministère sacré dans la paroisse de Saint-Laurent. En 1692, avec la permission&#13;
expresse de son évêque, il fut choisi par les directeurs du Séminaire de Québec&#13;
comme procureur à Paris et il partit aussitôt pour la France, où il exerça cette&#13;
charge jusqu’à sa mort, survenue le 9 juillet 1740.&#13;
Les extraits de cette lettre sont reproduits en deux colonnes : celle de droite&#13;
représente le texte de la lettre originale et celle de gauche, les annotations du&#13;
Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
Lettre de M. Tremblay&#13;
&#13;
Notes de Mgr de Laval&#13;
&#13;
Notes de M. Tremblay&#13;
&#13;
[…] Je vous marque dans ma grande&#13;
lettre d’une manière assez étendue la&#13;
disposition où se trouve Mgr de Québec.&#13;
Il m’a encore assuré hier qu’il vous&#13;
gr&#13;
&#13;
M de Québec&#13;
Ayez la bonté, Monseigneur, de garder un&#13;
grand silence de tout ce que je vous écris et&#13;
de ne parler point des choses, comme vous&#13;
ayant été mandées de France. Les officiers&#13;
vous en diront assez.&#13;
&#13;
priait, dans les lettres qu’il vous écrivait&#13;
de prendre soin des choses spirituelles&#13;
et même des temporelles de son diocèse&#13;
en son absence ; qu’entre autres choses,&#13;
il vous laissait le maître pour examiner&#13;
les jeunes gens qui seraient propres&#13;
&#13;
Monseigneur vous a abusé et il n’écrit&#13;
&#13;
pour être admis à la cléricature de ceux&#13;
&#13;
rien de ce qu’il vous a dit et lu ainsi.&#13;
&#13;
qui sont dans le Petit Séminaire et il me&#13;
montra la lettre qu’il vous écrivait sur ce&#13;
- 857 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
Au contraire, il s’est contenté de me&#13;
charger de tout ce qui peut être odieux.&#13;
L’on ne doit pas être surpris qu’il n’ait&#13;
persisté à ne tenir compte, pour le curé&#13;
&#13;
sujet, par laquelle il vous priait même&#13;
de leur conférer tels ordres que vous&#13;
jugeriez à propos. Il vous priait aussi&#13;
par cette lettre de distribuer pour la&#13;
&#13;
de Québec, que de la somme de&#13;
&#13;
bâtisse des églises et ce qui restera&#13;
&#13;
400 livres par an. Il me prie cependant&#13;
&#13;
des 4 000 livres, après le tiers pris pour&#13;
&#13;
de faire en sorte que l’on fasse en sorte&#13;
de faire un sermon ou exhortation tous&#13;
les dimanches à l’église de la basseville et qu’un autre fasse assidûment le&#13;
&#13;
le Séminaire et 1 200 livres pour cette&#13;
année seulement pour le curé de&#13;
Québec 466.&#13;
&#13;
catéchisme dans la paroisse quatre&#13;
mois durant, au lieu de celui que&#13;
faisaient les Jésuites tous les dimanches&#13;
de l’année dans leur église, qu’ils&#13;
doivent cesser, aussi bien que le&#13;
sermon qu’ils faisaient à leur première&#13;
&#13;
Nous voyons bien que tout son dessein&#13;
en ceci est de réparer la faute qu’on lui&#13;
a tant fait remarquer qu’il a faite de ne&#13;
vous avoir laissé aucune autorité dans&#13;
&#13;
messe, qu’ils ont déjà cessé depuis&#13;
&#13;
son diocèse et de l’avoir mise entre les&#13;
&#13;
l’arrivée des vaisseaux. Voilà&#13;
&#13;
mains d’un jeune prêtre. Cela lui a fait&#13;
&#13;
l’occupation et les charges de deux&#13;
vicaires que le Séminaire [entretient]&#13;
depuis qu’il a la conduite de l’Église,&#13;
sans qu’il ait touché quoi que ce soit&#13;
&#13;
un très grand tort dans l’esprit de tous&#13;
ceux qui l’ont su. Il a aussi sa fin en cela&#13;
de pouvoir dire l’année prochaine que&#13;
&#13;
pour leur subsistance, même depuis le&#13;
&#13;
les choses sont présentement bien&#13;
&#13;
Règlement des commissaires nommés&#13;
&#13;
réglées en son diocèse et qu’il vit en&#13;
&#13;
par le roi, qui lui ont donné le choix de&#13;
prendre le revenu de la cure qu’il&#13;
faisait monter et le reste.&#13;
&#13;
parfaite union avec Votre Grandeur et&#13;
avec le Séminaire, afin de pouvoir&#13;
prendre de là occasion de retourner&#13;
l’année prochaine en Canada, où sans&#13;
juger témérairement, nous avons tout&#13;
sujet de craindre qu’il suive toujours&#13;
ses premières idées et ne continue dans&#13;
son dessein de renverser le Séminaire,&#13;
non pas à la vérité par des voies aussi&#13;
&#13;
Comme l’atteste le Serviteur de Dieu dans la note reproduite ici, Mgr de Saint-Vallier ne lui&#13;
envoya pas la lettre dont parle ici l’abbé Tremblay. Nous n’avons pas retrouvé non plus celle dont&#13;
parle le Serviteur de Dieu dans la même note. La seule lettre que nous connaissons est celle dans&#13;
laquelle Mgr de Saint-Vallier concède à Mgr de Laval quelques facultés dans le diocèse, reproduite&#13;
au no 3.&#13;
466&#13;
&#13;
- 858 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
éclatantes qu’il l’avait entrepris, mais&#13;
en dépouillant les supérieurs de tout&#13;
emploi qu’il pourra, en empêchant le&#13;
rapport des missionnaires au Séminaire et en l’appauvrissant autant qu’il&#13;
lui sera possible.&#13;
C’est être trop simple de croire que&#13;
Monseigneur soit le moins du monde&#13;
revenu et changé de sentiment en quoi&#13;
que ce soit du Séminaire et il s’y&#13;
confirme de jour en jour plus&#13;
&#13;
Quoiqu’il soit très abattu du mauvais&#13;
succès de ses affaires, qu’il témoigne&#13;
bien prendre la chose et d’une manière&#13;
très chrétienne, quoiqu’il dise qu’il voit&#13;
&#13;
fortement. Mais s’il pouvait, il les&#13;
&#13;
bien qu’il a été trop vite dans toutes ses&#13;
&#13;
dissimulerait pour le détruire plus&#13;
&#13;
affaires contre le Séminaire, je ne vois&#13;
&#13;
facilement, étant venu à bout de ses&#13;
desseins. Vous avez, à ce qui nous&#13;
semble à tous, fait une faute de lui&#13;
demander d’aider à obtenir des lettres&#13;
&#13;
pas manifestement qu’il soit revenu à&#13;
l’égard d’aucune et ce qui me confirme&#13;
dans mon opinion est le grand&#13;
&#13;
patentes de la cure pour le Séminaire,&#13;
&#13;
mémoire d’affaires à régler qu’il a&#13;
&#13;
sa plus forte passion étant de se servir&#13;
&#13;
présenté&#13;
&#13;
de toutes sortes de moyens pour la lui&#13;
ôter. C’est même lui faire connaître que&#13;
la chose dépend de lui, ce qui n’était&#13;
aucunement expédient, parce qu’il&#13;
&#13;
à&#13;
&#13;
nos&#13;
&#13;
Messieurs&#13;
&#13;
et&#13;
&#13;
la&#13;
&#13;
proposition que je lui fis sur l’article de&#13;
ce mémoire, qui regarde la cure, de&#13;
nous aider à obtenir des lettres&#13;
&#13;
tiendra plus ferme lorsque l’on voudra&#13;
&#13;
patentes confirmatives de l’union de&#13;
&#13;
trouver les moyens de l’unir au&#13;
&#13;
cette cure au Séminaire ; car il me dit&#13;
&#13;
Séminaire.&#13;
L’on ne peut croire que l’acte qu’il a&#13;
&#13;
alors qu’ayant autrefois demandé le&#13;
contraire, il ne pouvait à présent&#13;
&#13;
donné de reconnaissance que la cure&#13;
&#13;
demander cette grâce. J’infère de là que&#13;
&#13;
est unie au Séminaire et qu’il déclare&#13;
&#13;
sur le même principe, il ne fera rien de&#13;
&#13;
qu’il veut et confirme que l’union que&#13;
&#13;
contraire à ses premières idées dans les&#13;
&#13;
j’en ai faite demeurera à perpétuité,&#13;
reconnaissant que la basse-ville est une&#13;
dépendance et membre de ladite cure&#13;
&#13;
autres affaires, qui ne tendent à rien&#13;
moins qu’à détruire le Séminaire. J’ai&#13;
&#13;
de Québec, qui demeure réunie à ladite&#13;
&#13;
fait&#13;
&#13;
cure de Québec, déclarant qu’il n’a&#13;
&#13;
M. de La Pallière, qui ne le connaît pas&#13;
&#13;
point eu d’autre dessein en acceptant&#13;
&#13;
et se persuade qu’il est entièrement&#13;
&#13;
l’emplacement de la basse-ville. Je sais&#13;
que les lettres patentes du roi sont&#13;
&#13;
remarquer&#13;
&#13;
ces&#13;
&#13;
choses&#13;
&#13;
à&#13;
&#13;
changé.&#13;
&#13;
- 859 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
nécessaires, mais l’on peut les obtenir&#13;
en tout temps et si la chose n’est pas&#13;
réelle, étant toujours en droit de faire&#13;
ce que l’on n’a pas fait. J’ai écrit cela&#13;
&#13;
Il serait à souhaiter que si Monseigneur&#13;
reste en France et qu’il ne veuille pas se&#13;
démettre, à quoi il n’y a guère&#13;
&#13;
plusieurs fois sans réponse positive.&#13;
&#13;
d’apparence, qu’il mît l’autorité entre&#13;
&#13;
Notre-Seigneur et sa sainte Mère&#13;
&#13;
que vous aurez de la peine à vous&#13;
&#13;
disposeront de la démission&#13;
de Monseigneur. L’intérêt, la politique&#13;
et la prudence humaine y auront bonne&#13;
&#13;
les mains de Votre Grandeur. Je sais&#13;
charger de ces soins après les avoir&#13;
quittés pour passer en repos le reste de&#13;
&#13;
part. S’ils se résolvent de la donner, il&#13;
&#13;
vos jours, mais je ne doute pas&#13;
&#13;
serait bien plus expédient, pour la&#13;
&#13;
cependant que votre tendresse pour&#13;
&#13;
gloire de Dieu et le bien de cette&#13;
&#13;
cette Église ne vous en fasse reprendre&#13;
&#13;
pauvre Église, que l’on choisit un autre&#13;
que moi pour la conduire. Tout ce qui&#13;
j’y pourrais faire au regard du&#13;
&#13;
le soin, étant aidé par les personnes de&#13;
piété que vous avez auprès de vous,&#13;
&#13;
Séminaire serait estimé bien suspect, y&#13;
&#13;
pour remettre les choses dans le&#13;
&#13;
étant ce que j’y suis. Il nous faut laisser&#13;
&#13;
meilleur état qu’il est possible ; car je&#13;
&#13;
conduire à la providence de Dieu. Il&#13;
&#13;
conçois assez que l’Église sera encore&#13;
&#13;
n’y a que l’extrême besoin et nécessité&#13;
dont l’on se trouverait pressé qui peut&#13;
obliger d’avoir cette vue.&#13;
&#13;
bien plus difficile à bien conduire, dans&#13;
la situation où sont les choses, qu’elle&#13;
ne l’était quand vous vous en êtes&#13;
démis, d’autant plus que je doute que&#13;
Monseigneur vous donne une autorité&#13;
entière. Mais votre prudence et votre&#13;
douceur remédieront aux choses qui&#13;
[ne] sont pas bien et si vous ne pouvez&#13;
pas remédier à tout le mal, du moins&#13;
&#13;
Il faut faire réponse à cet article.&#13;
&#13;
vous empêcherez qu’il n’augmente et&#13;
en ferez la meilleure partie.&#13;
Le P. de Lamberville m’a proposé deux&#13;
ou trois fois (je ne sais si c’est de son&#13;
chef ou si cela vient de plus loin) que si&#13;
Monseigneur se démettait, il faudrait&#13;
que l’on vous redonnât toute l’autorité&#13;
pour pouvoir en cet état mettre toutes&#13;
&#13;
- 860 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
choses dans le bon ordre, fondé sur la&#13;
raison qu’il alléguait qu’il paraîtrait&#13;
surprenant&#13;
&#13;
qu’on&#13;
&#13;
nommât&#13;
&#13;
un&#13;
&#13;
troisième évêque de Québec pendant&#13;
que deux qui s’en seraient démis&#13;
seraient encore vivants ; mais c’est se&#13;
battre de l’épée qui est chez le&#13;
fourbisseur que de parler de ces choses&#13;
et nous devons abandonner le tout à&#13;
l’aimable providence de Dieu, sans&#13;
nous embarrasser de ce qui ne dépend&#13;
pas de nous.&#13;
Nous avons, dans l’état des affaires du&#13;
Séminaire, grand besoin de recevoir&#13;
ma pension sur le Trésor royal et les&#13;
deux années d’arrérages, qui n’ont&#13;
point été payées, et particulièrement si&#13;
&#13;
J’ai reçu, Monseigneur, une année de&#13;
votre pension de 1693 sur le Trésor&#13;
royal. Il a fallu tout le crédit de&#13;
Mme de Maintenon pour en obtenir le&#13;
&#13;
Monseigneur revient en ce pays. Je&#13;
&#13;
paiement,&#13;
&#13;
crois qu’il serait assez à propos de&#13;
&#13;
pareilles choses aux maréchaux de&#13;
&#13;
trouver le moyen d’assurer le paiement&#13;
de ladite pension, soit en la faisant&#13;
mettre sur des bénéfices ou sur l’état&#13;
des charges indispensables de ce pays,&#13;
&#13;
France&#13;
&#13;
et&#13;
&#13;
qu’on&#13;
aux&#13;
&#13;
refuse&#13;
&#13;
pour&#13;
&#13;
ministres&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
d’État.&#13;
&#13;
Mme de Maintenon en présenta deux&#13;
fois des mémoires au roi qui dit enfin,&#13;
&#13;
qui se payent sur les droits de ce pays.&#13;
&#13;
en sa présence à M. de Pontchartrain,&#13;
&#13;
Ce serait bien fait aussi de convertir en&#13;
&#13;
de finir cette affaire. Nous demandions&#13;
&#13;
rente les sommes des années échues,&#13;
dont l’on ne pourrait être payé. Vous&#13;
pouvez vous servir des blancs seings&#13;
que je vous ai envoyés pour faire les&#13;
&#13;
pour les années 1693 et 1694 et nous&#13;
espérions les toucher après cela.&#13;
Cependant, il nous a été impossible de&#13;
&#13;
mémoires et lettres que vous jugerez&#13;
&#13;
toucher plus d’une année et encore&#13;
&#13;
nécessaires d’être donnés soit au roi&#13;
&#13;
nous a-t-on bien fait valoir cette grâce&#13;
&#13;
soit à d’autres.&#13;
&#13;
en nous faisant longtemps attendre.&#13;
Comme les choses étaient dans un bon&#13;
état à cet égard, nous ne présentâmes&#13;
pas votre lettre au roi pour lui&#13;
demander ce paiement, non plus que&#13;
&#13;
- 861 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
celle que vous lui écriviez touchant&#13;
l’état où se trouve l’Église du Canada ;&#13;
M. de Brisacier crut que les affaires&#13;
Faire réponse à cet article&#13;
&#13;
prenant un tour alors conforme à vos&#13;
intentions, il valait mieux que vous ne&#13;
parussiez point en toutes ces choses. Je&#13;
n’ai&#13;
&#13;
rendu&#13;
&#13;
que&#13;
&#13;
votre&#13;
&#13;
lettre&#13;
&#13;
au&#13;
&#13;
R. P. de La Chaize. Je garde vos blancs&#13;
seings, si nous en avons besoin dans la&#13;
suite, nous nous en servirons.&#13;
Si Notre-Seigneur affligeait cette Église&#13;
par ce retour de Monseigneur, il&#13;
faudrait faire bien régler le tiers du&#13;
Séminaire et celui du curé et vicaires,&#13;
en sorte que l’on [n’ait] plus à faire à&#13;
&#13;
Nous avons été aussi surpris que vous,&#13;
Monseigneur, du changement qu’on&#13;
avait&#13;
&#13;
fait&#13;
&#13;
l’an&#13;
&#13;
passé&#13;
&#13;
à&#13;
&#13;
l’énoncé&#13;
&#13;
des 4 000 livres des charges indispen-&#13;
&#13;
lui et que l’on reçût immédiatement et&#13;
&#13;
sables. Il s’est fait par M. de La Touche,&#13;
&#13;
non par ses mains.&#13;
&#13;
sans la participation de M. l’abbé de&#13;
Brisacier,&#13;
&#13;
qui&#13;
&#13;
n’avait&#13;
&#13;
garde&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
demander une chose contraire à ce qui&#13;
a été réglé par le roi ; il n’a pas cru&#13;
même devoir s’opposer directement&#13;
cette&#13;
&#13;
année&#13;
&#13;
au&#13;
&#13;
changement&#13;
&#13;
que&#13;
&#13;
Monseigneur a demandé, qui fut fait à&#13;
cet énoncé. Dans la vérité, il a prié&#13;
M. de La Touche de n’y rien changer&#13;
s’il&#13;
&#13;
était&#13;
&#13;
possible,&#13;
&#13;
mais&#13;
&#13;
comme&#13;
&#13;
Monseigneur a fait des fortes instances&#13;
sur ce sujet, il a dit à M. de La Touche&#13;
qu’il fît ce qu’il jugerait convenable et&#13;
n’a point voulu que nous demandasM. de Brisacier a raison de juger que de&#13;
&#13;
sions rien et sur cet article et sur aucun&#13;
&#13;
quelque manière que l’on puisse faire&#13;
&#13;
autre, espérant du changement, non&#13;
&#13;
avec Monseigneur, l’on ne peut rien&#13;
faire qui puisse être stable.&#13;
&#13;
pas&#13;
&#13;
même&#13;
&#13;
que&#13;
&#13;
nous&#13;
&#13;
touchions&#13;
&#13;
directement le tiers qui est pour le&#13;
&#13;
- 862 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
Séminaire et les 400 livres du curé sans&#13;
avoir&#13;
&#13;
recours&#13;
&#13;
aux&#13;
&#13;
quittances&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
Monseigneur. Il m’a toujours dit que&#13;
nous ne devions rien demander tant&#13;
que Monseigneur sera évêque et qu’on&#13;
ne peut régler les choses d’une manière&#13;
stable qu’avec son successeur. […]&#13;
S’il y a quelque apparence de paix, ce&#13;
serait bien fait de laisser la pension des&#13;
2 000 francs sur le Trésor royal, ayant&#13;
peu d’années à vivre selon le cours de&#13;
la nature. Ce ne serait pas la peine de&#13;
&#13;
et vous ne toucherez de même d’ici à&#13;
plus de deux ans que 1 500 livres, au&#13;
lieu de 2 000 livres, à cause du don&#13;
gratuit que le clergé offre cette année&#13;
&#13;
la changer sur des bénéfices sujets à&#13;
&#13;
au roi, qu’on prétend devoir aller du&#13;
&#13;
tant de taxes, dont les pensions sont&#13;
&#13;
moins&#13;
&#13;
susceptibles et si l’on ne peut pas être&#13;
payé des deux années dues que vous&#13;
n’avez pu recevoir cette année, ce&#13;
serait bien fait de les constituer ces&#13;
sommes au denier 14 sur l’hôtel de&#13;
ville.&#13;
&#13;
à&#13;
&#13;
15 000 000&#13;
&#13;
et&#13;
&#13;
dont&#13;
&#13;
les&#13;
&#13;
pensionnaires sont tenus de porter leur&#13;
part selon l’édit du roi.&#13;
C’est à cause de ces taxes sur les&#13;
pensions sur le clergé que M. de Brisacier n’a pas cru devoir demander&#13;
qu’on convertisse une pension du&#13;
Trésor royal sur des bénéfices ; si la&#13;
paix était faite, on serait encore mieux&#13;
payé au Trésor royal que partout&#13;
ailleurs. De plus, j’ai dessein de&#13;
proposer à M. l’abbé de Brisacier de&#13;
nous obtenir cet été, de M. de Pontchartrain, le paiement de votre pension&#13;
de l’an passé et de cette année, en&#13;
convertissant ces derniers en constitution de rente au denier 14 sur l’hôtel&#13;
de ville ou du moins au denier 18.&#13;
&#13;
Il y a plusieurs années que j’ai les&#13;
mêmes sentiments que vous&#13;
m’écrivez, de faire quelque épargne&#13;
&#13;
Ce sont encore là les revenus les plus&#13;
assurés et qui ne manqueront nulle- 863 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
sur les fonds que nous avons&#13;
présentement. J’y vois même la&#13;
nécessité pour pouvoir soutenir la&#13;
charité que l’on fait à un bon nombre&#13;
de pauvres enfants de les élever et&#13;
&#13;
ment, ou l’État manquera entièrement.&#13;
C’est une grâce qu’on fait à ceux qui&#13;
ont de la faveur et quoique cela ne nous&#13;
acquitterait pas de nos dettes, cela&#13;
&#13;
quand ils sont en âge, quoiqu’ils ne&#13;
&#13;
ferait du moins un fonds qui serait&#13;
&#13;
sont pas tous d’Église et que l’on ne&#13;
&#13;
utile par la suite, car je prends la liberté&#13;
&#13;
choisisse que les sujets qui ont les&#13;
dispositions d’esprit et de grâce,&#13;
cependant l’on voit clairement que ce&#13;
n’est pas un moindre bien, cela faisant&#13;
&#13;
de représenter à Votre Grandeur que&#13;
pour rendre l’œuvre que vous avez&#13;
établie solide et faire en sorte qu’elle ne&#13;
&#13;
de bonnes familles, qui se distinguent&#13;
&#13;
meure pas avec vous et avec nos&#13;
&#13;
bien quand ils ont de l’éducation dans&#13;
&#13;
Messieurs, il faut nécessairement que&#13;
&#13;
le Séminaire. Les avanies que l’on a&#13;
reçues de Monseigneur et les deux&#13;
grandes pertes que la providence de&#13;
Dieu nous a envoyées en ont été la&#13;
&#13;
vous fassiez en France un revenu qui&#13;
puisse servir à accomplir vos factures,&#13;
lorsque vos pensions et celles de nos&#13;
&#13;
cause, mais si elle nous donne tant soit&#13;
&#13;
Messieurs seront finies. On aurait eu&#13;
&#13;
peu de moyen de respirer et que nous&#13;
&#13;
besoin de travailler plus tôt à cela et de&#13;
&#13;
puissions avoir la paix dans cette&#13;
Église, par le changement&#13;
spécialement, j’espérais bien que nous&#13;
nous mettrions en état dans peu de&#13;
pouvoir en venir à bout. L’on a fait,&#13;
par une grande nécessité, un moulin à&#13;
&#13;
ne pas entreprendre tant d’ouvrages,&#13;
mais les pertes qui nous sont arrivées,&#13;
les unes sur les autres, nous en ont bien&#13;
éloignés.&#13;
&#13;
la côte de Beaupré, qui a beaucoup&#13;
&#13;
Je suis persuadé que pour peu que&#13;
&#13;
coûté, mais il y a lieu de croire qu’il&#13;
&#13;
Votre Grandeur y fasse réflexion, elle&#13;
&#13;
sera avantageux par le revenu qu’il&#13;
rendra.&#13;
&#13;
en verra la nécessité. Il ne faut pas&#13;
s’attendre d’attirer en Canada des&#13;
ouvriers s’il n’y a pas de quoi leur&#13;
&#13;
Le pays n’est pas en état de trouver à&#13;
aliéner des terres pendant que l’on&#13;
aura guerre avec les Iroquois, qui est&#13;
aussi allumée qu’elle y a été. Ainsi, il&#13;
&#13;
donner ce qui est nécessaire à la vie. Ce&#13;
nécessaire ne se tirera pas des terres ;&#13;
elles y serviront, mais ce sera un faible&#13;
&#13;
faut compter sur ce que l’on a et&#13;
&#13;
secours s’il n’y a quelque ressource en&#13;
&#13;
prendre des mesures là-dessus. Nous&#13;
&#13;
France. Votre Grandeur sera persua-&#13;
&#13;
verrons ce que la providence de Dieu&#13;
&#13;
dée que je ne lui raconte ceci que par le&#13;
&#13;
fera l’an prochain. Les affaires&#13;
changeraient bien de face si le&#13;
changement que l’on peut espérer&#13;
&#13;
seul motif de la conservation de&#13;
l’œuvre dont vous êtes le fondateur et&#13;
&#13;
- 864 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
arrivait. Elle en disposera comme il lui&#13;
plaira.&#13;
&#13;
à la conservation duquel vous avez&#13;
bien voulu m’appliquer. Nous ne&#13;
devons pas seulement songer à faire du&#13;
bien de notre vivant : Notre-Seigneur&#13;
prétend que nous fassions des fruits&#13;
permanents&#13;
&#13;
« et&#13;
&#13;
fructus&#13;
&#13;
vester&#13;
&#13;
maneat 467 ». […]&#13;
L’unique moyen de pouvoir faciliter ce&#13;
partage, c’est le changement de&#13;
Monseigneur, parce que d’espérer de&#13;
faire ou de conserver avec repos un&#13;
traité, quel qu’il puisse être, avec lui, il&#13;
&#13;
J’avais proposé à M. l’abbé de Brisacier,&#13;
et j’en ai même touché quelque chose à&#13;
Mgr de Québec, que pour séparer&#13;
entièrement ses intérêts de ceux du&#13;
&#13;
ne faut pas l’espérer ; car qu’on le fasse&#13;
&#13;
chapitre dans le partage des abbayes de&#13;
&#13;
si solidement que l’on voudra, il&#13;
&#13;
Méobecq et de l’Estrée, il nous aban-&#13;
&#13;
trouvera toujours 100 moyens de&#13;
division, étant ennemi irréconciliable&#13;
de la paix, de la nature de son esprit,&#13;
qui est incessamment occupé à&#13;
&#13;
donnât l’Estrée et nous lui céderions&#13;
Méobecq et s’il arrivait que quelqu’un&#13;
fût lésé dans une de ces deux portions,&#13;
&#13;
brouiller et diviser les choses les plus&#13;
&#13;
on le dédommagerait en lui donnant à&#13;
&#13;
unies.&#13;
&#13;
prendre une portion plus forte dans les&#13;
rentes qui sont sur le Trésor royal.&#13;
&#13;
Ce que vous dites serait à souhaiter et bien&#13;
commode pour le chapitre et pour vous,&#13;
mais il faut que Monseigneur le veuille&#13;
laisser l’Estrée au chapitre, que vous&#13;
pourriez possible faire valoir en recevant&#13;
tous les fermages de chaque chose. C’est&#13;
une chose à ménager en France.&#13;
L’unique moyen de pouvoir faciliter ce&#13;
partage, c’est le changement de&#13;
Monseigneur, parce que d’espérer de faire&#13;
ou de conserver avec repos un traité, quel&#13;
qu’il puisse être, avec lui, il ne faut pas&#13;
l’espérer ; car qu’on le fasse si solidement&#13;
que l’on voudra, il trouvera toujours cent&#13;
467&#13;
&#13;
Je ferais valoir moi-même l’abbaye de&#13;
l’Estrée sans avoir un receveur comme&#13;
M. Rotrou, qui y doit du moins gagner 500&#13;
ou 600 livres. Je serais quitte d’y aller faire&#13;
trois ou quatre voyages par an et je&#13;
gagnerais, par ce profit, ma pension et ma&#13;
dépense.&#13;
M. de Brisacier trouve de la difficulté&#13;
que nous mettions tout le revenu du&#13;
chapitre en un seul endroit, qui, s’il&#13;
arrive quelque accident, manque[rait]&#13;
&#13;
NDLR : « et que votre fruit demeure » (Jean 15:16).&#13;
- 865 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
moyens de division, étant ennemi&#13;
irréconciliable de la paix, de la nature de&#13;
son esprit, qui est incessamment occupé à&#13;
brouiller et diviser les choses les plus unies.&#13;
&#13;
entièrement. Cette raison ne me paraît&#13;
pas l’emporter sur le bien qu’il y aurait&#13;
d’avoir&#13;
&#13;
les&#13;
&#13;
entièrement&#13;
&#13;
intérêts&#13;
séparés&#13;
&#13;
du&#13;
de&#13;
&#13;
chapitre&#13;
ceux&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
Monseigneur, qui, tandis qu’il aura les&#13;
revenus du chapitre entre les mains, en&#13;
fera toujours ce qu’il voudra et n’en&#13;
paiera que ce qu’il voudra.&#13;
Il est vrai que M. Volant m’a dit que&#13;
Monseigneur les pressait d’attaquer en&#13;
procès le Séminaire pour les dîmes de&#13;
l’île de Jésus, parce que s’étant engagé&#13;
à Paris pour un nombre d’années, il ne&#13;
&#13;
Vous verrez, par ce que je vous marque&#13;
dans ma lettre commune, ce que&#13;
Monseigneur m’a dit de M. Volant,&#13;
lorsqu’il m’a assuré fortement que&#13;
&#13;
voulait point paraître et que voyant&#13;
&#13;
vous étiez en secret convenu avec eux&#13;
&#13;
qu’ils ne le faisaient pas, il leur a&#13;
&#13;
de leur donner une somme pour les&#13;
&#13;
diminué le supplément et le renvoie à&#13;
prendre les dîmes et leur dit que je lui&#13;
avais promis, quoiqu’il ne m’en ait&#13;
jamais dit un seul mot, ni moi à lui, et&#13;
&#13;
dîmes de l’île Jésus, la foi qu’il faut&#13;
ajouter à ses paroles. Ce qui est&#13;
surprenant, c’est qu’il le dit comme il le&#13;
&#13;
voyant qu’il ne les pouvait gagner à lui&#13;
&#13;
pense et ne croit pas seulement faire un&#13;
&#13;
et leur a fait ressentir en leur&#13;
&#13;
mensonge véniel, pas même une&#13;
&#13;
retranchant de leur supplément, leur&#13;
faisant connaître que tous ceux qui&#13;
s’attacheraient au Séminaire ou ne&#13;
s’abandonneraient point à lui ne&#13;
&#13;
réticence en tout cela. On ne sait que&#13;
croire en ces occasions.&#13;
&#13;
devaient espérer aucune grâce de lui.&#13;
&#13;
Votre Grandeur a donné quittance en&#13;
&#13;
En tout cela, il ne craint point de parler&#13;
&#13;
1688 par-devant Carnot, notaire, à&#13;
&#13;
contre la vérité.&#13;
Je me souviens bien que&#13;
M. l’abbé de Brisacier me porta à lui&#13;
&#13;
Mgr de Québec, de la part qu’il pouvait&#13;
vous devoir dans une obligation que&#13;
vous aviez de lui bien de 2 300 livres&#13;
&#13;
accorder toutes les quittances, qu’il me&#13;
&#13;
pour nourrir vaches, poissons, etc.,&#13;
&#13;
demanderait dans la crainte que l’on&#13;
&#13;
pour garnir les fermes et étangs de&#13;
&#13;
avait bien fondée, parce qu’il avait vu à&#13;
Sceaux qu’il ne continuât à empêcher&#13;
mon retour en ce pays ; ce qu’il avait&#13;
déjà commencé d’entreprendre, mon&#13;
&#13;
l’abbaye&#13;
&#13;
de Méobecq,&#13;
&#13;
et&#13;
&#13;
l’autre&#13;
&#13;
de 2 200 livres sur l’abbaye de l’Estrée&#13;
à cause que vous aviez racheté une&#13;
rente de 110 livres des héritiers Chau- 866 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
retour étant plus important que tout le&#13;
reste.&#13;
&#13;
fourneau. Il n’est plus dû de ces&#13;
sommes que la moitié par le chapitre,&#13;
quoique&#13;
&#13;
vous&#13;
&#13;
ayez&#13;
&#13;
donné&#13;
&#13;
cette&#13;
&#13;
quittance sans tirer d’argent. Il n’en&#13;
faut parler. […]&#13;
Mgr de Saint-Vallier ne se démettra pas.&#13;
&#13;
Il nous a paru assez difficile de faire&#13;
dire à M. de Québec que, par principe&#13;
de conscience, il devrait se démettre.&#13;
Le P. de La Chaize lui en a fait parler&#13;
par le P. Le Valois, mais comme il n’est&#13;
pas dans ce sentiment, on n’ose pas&#13;
insister sur cela ni par le même père ni&#13;
par M. Tronson. Quelques-uns de ces&#13;
MM. de Saint-Sulpice le connaissent&#13;
fort bien ; d’autres le regardent comme&#13;
un saint persécuté par la justice et on&#13;
n’ose s’ouvrir à eux ; et j’ai cru devoir&#13;
avec eux garder un grand silence.&#13;
Notre force sera en ce silence et en une&#13;
confiance en Dieu seul, dont nous ne&#13;
devons désirer que l’accomplissement&#13;
de la volonté. Il saura bien soutenir son&#13;
œuvre, s’il juge qu’elle soit pour lui&#13;
procurer de la gloire ; s’il la veut&#13;
détruire, nous nous devons joindre à&#13;
lui.&#13;
&#13;
Lettres de Mgr de Laval&#13;
&#13;
Ce sont les sentiments que j’ai la&#13;
consolation de puiser dans la lecture&#13;
de vos lettres, que je reprends quand il&#13;
m’arrive quelque chose de fâcheux,&#13;
pour m’y soutenir dans l’assujettissement au bon plaisir de Dieu. Il veut&#13;
- 867 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
que nous nous attachions à lui seul et&#13;
que nous lui sacrifiions même les&#13;
moyens que nous avons pris pour nous&#13;
tenir unis à lui. Voilà ce qui est capable&#13;
de me consoler, lorsque je ne vois pas&#13;
tout le succès que je pouvais désirer&#13;
dans les affaires de notre Séminaire.&#13;
Nos Messieurs me prêchent toujours&#13;
d’attendre en patience et en silence le&#13;
moment heureux qui renouvellerait la&#13;
face de l’Église de Québec, que nos&#13;
empressements pour faire avancer ce&#13;
moment ne serviront qu’à le reculer et&#13;
même à l’empêcher de venir. Je ne&#13;
saurais assez&#13;
&#13;
me&#13;
&#13;
louer&#13;
&#13;
à&#13;
&#13;
Votre&#13;
&#13;
Grandeur de nos deux Messieurs, qui&#13;
sont&#13;
&#13;
pleins&#13;
&#13;
d’affection&#13;
&#13;
pour&#13;
&#13;
nos&#13;
&#13;
missions et qui partagent vos joies et&#13;
vos peines. Dieu veuille bien nous les&#13;
conserver. Je le prie bien aussi qu’il ait&#13;
la bonté de nous conserver et vous et&#13;
nos MM. de Québec, dans ces orages&#13;
où nous en avons un si grand besoin.&#13;
Ce n’est à la vérité que de tirer la&#13;
continuation de vos souffrances, par&#13;
lesquelles Notre-Seigneur veut entièrement vous purifier ; mais je suis&#13;
persuadé que quelque chose qu’il vous&#13;
en coûte, vous êtes disposé à tout&#13;
endurer et à vous sacrifier pour le bien&#13;
de cette pauvre Église, qui a besoin&#13;
d’être dans le calme avant que vous la&#13;
quittiez. […]&#13;
&#13;
- 868 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-1&#13;
&#13;
Je finis cette longue lettre en priant Votre&#13;
Grandeur de ne pas m’oublier devant&#13;
Notre-Seigneur. Je sais que c’est une prière&#13;
inutile et que votre charité est trop grande&#13;
pour y manquer. J’en ressens les bons&#13;
effets et tout éloigné que je sois du&#13;
Canada, je me ressens de la ferveur qui est&#13;
dans toutes les personnes qui composent&#13;
le Séminaire et j’y attribue les effets de&#13;
grâce que Dieu me fait sentir et toutes les&#13;
bonnes dispositions où il me met. Si j’ai&#13;
oublié quelque chose, Monseigneur,&#13;
attribuez-le à mon peu d’esprit et à cet&#13;
esprit brouillon que vous avez toujours&#13;
trouvé en moi et non pas à ma négligence&#13;
à satisfaire Votre Grandeur, puisqu’on ne&#13;
peut avoir plus d’estime et de vénération&#13;
que j’en ai pour tout ce qui me vient de&#13;
votre part, étant plus que par un autre,&#13;
Monseigneur,&#13;
Votre très humble et très obéissant&#13;
serviteur,&#13;
Tremblay, prêtre indigne.&#13;
Ce 14e mai 1695&#13;
&#13;
- 869 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-A&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-A. Extraits de la lettre de Tremblay au Séminaire de Québec (mars-15 mai 1695)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-A&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé Tremblay aux directeurs du Séminaire de&#13;
Québec, mars-15 mai 1695, d’après l’original conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres M, no 20&#13;
&#13;
[…] Il faut enfin commencer à vous rendre compte de ce qui s’est passé en France&#13;
depuis le retour de Mgr de Québec. […] Dieu permit que Monseigneur fit une grande&#13;
faute pour ses intérêts après être arrivé en France. Il laissa prévenir la Cour et&#13;
toutes les personnes intéressées par les lettres et les officiers, qui arrivèrent trois&#13;
semaines ou un mois avant lui, car comme il voulait pressentir, avant que d’y venir,&#13;
ce qu’on pensait de lui et en quelle situation étaient les esprits à son égard, il prit&#13;
le prétexte de quelques affaires qu’il avait en son abbaye de Bénévent pour y passer&#13;
et de là, dans son abbaye de Méobecq, ce qui lui fit faire un détour, qui retarda son&#13;
arrivée à Paris de trois semaines et il écrivit en même temps à M. de La Pallière&#13;
pour lui donner avis de son retour, des nouvelles affaires qu’il s’était faites cette&#13;
année de sa prétendue réconciliation avec le Séminaire et lui demandait en même&#13;
temps avis du lieu où il irait descendre pour y loger.&#13;
M. de La Pallière vint nous témoigner sa joie de cette réconciliation. Nous lui fîmes&#13;
connaître qu’il n’en avait pas encore donné des preuves qui fussent bien assurées&#13;
et nos Messieurs le prièrent en même temps de le détourner de venir descendre&#13;
chez nous pour y loger. Ils lui dirent pour cela que comme tous les différends&#13;
n’étaient point terminés, si on venait à ne pas s’accorder, il serait fâcheux à&#13;
Monseigneur et à nous de demeurer sous un même toit, que « turpius ejicitur,&#13;
quam non admittitur hospes 468 » et qu’après tout, ils auraient peine à entendre dire&#13;
à Mgr de Québec, comme il leur avait autrefois reproché, qu’ils étaient indignes qu’il&#13;
leur fit l’honneur de demeurer chez eux. Tout cela fut dit en raillant. Mais enfin, on&#13;
détourna adroitement le coup et M. Tiberge surtout y parut fort empressé ; si bien&#13;
que M. de La Pallière, ayant demandé où il pouvait lui conseiller d’aller loger, on ne&#13;
fit point de difficulté de lui conseiller le Séminaire de Saint-Sulpice, où on voyait&#13;
qu’il avait de l’inclinaison. Nos Messieurs avaient pris avis de Mgr l’archevêque de&#13;
Paris et du R. P. de La Chaize sur ce refus, qu’ils avaient fort approuvés ; si bien que&#13;
nous nous vîmes par là débarrassés d’une chose qui nous paraissait la plus pénible,&#13;
moi surtout, qui eut été tous les jours occupé de mille commissions de sa part et&#13;
&#13;
468&#13;
NDLR : « Il y a plus de honte à chasser un hôte qu’à ne pas le recevoir. » (Ovide, Tristes, 5, 6,&#13;
13)&#13;
&#13;
- 870 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-A&#13;
&#13;
toujours obligé de me contraindre en sa présence pour ne pas lui faire paraître mes&#13;
véritables sentiments. […]&#13;
Cependant, nos lettres arrivèrent et nous fîmes rendre aux personnes que vous&#13;
savez les lettres qui leur étaient adressées. Le R. P. de La Chaize lut avec beaucoup&#13;
d’attention au roi toute la lettre qui lui était écrite par la personne que vous&#13;
connaissez 469. Il y a fait toute l’attention possible, surtout à l’avis qui y est que&#13;
Monseigneur, soit en France, soit en Canada, ne doit point se charger d’un évêché,&#13;
qu’il n’est pas propre à gouverner, car je crains que cela n’empêche effectivement&#13;
qu’on ne pense à lui pour un évêché en France, ce qui rendra très difficile le remède&#13;
qu’on juge devoir apporter au mauvais état de l’Église du Canada.&#13;
Vous pouvez bien juger que nous ne manquâmes d’informer les personnes&#13;
intéressées en toutes ces affaires, à qui Monseigneur avait fait dire, par M. de&#13;
La Pallière, qu’il était en parfaite intelligence avec nous, de la vérité des choses ; et&#13;
il n’était pas nécessaire de le faire. On jugeait cela assez impossible pour qu’il ne&#13;
fût pas nécessaire de leur en rien dire davantage.&#13;
Ce qu’il y a eu de fâcheux est que les officiers ont fait mettre, dans les Gazettes de&#13;
Hollande et de Flandres, que M. l’évêque était repassé en France à cause des&#13;
différends qui s’étaient élevés entre lui, le gouverneur, les officiers et quelques&#13;
communautés régulières et qu’il venait remettre son évêché entre les mains du roi.&#13;
Vous ne doutez point que, du caractère d’esprit dont il est, cela ne l’ait porté à se&#13;
raidir davantage contre ces faux bruits et à prendre la résolution et la publier&#13;
partout qu’à quelque prix que ce soit, il retournera en Canada.&#13;
On ne peut être plus décrié qu’il l’a été à la Cour par les bruits répandus par ces&#13;
officiers. On a surtout relevé les 100 pistoles données pour empêcher la comédie&#13;
du Tartuffe ; chacun en parlait selon son caprice. On rassemblait votre interdit, celui&#13;
des Récollets et de ces officiers. On disait sur cela plusieurs choses, même fausses,&#13;
qu’il vaut mieux ensevelir dans l’oubli que les écrire. Mais ce qui était plus fâcheux,&#13;
c’est qu’on prenait de là occasion de décrier la dévotion et les dévots comme gens&#13;
incommodes et avec qui il est impossible de vivre en paix et les personnes, même&#13;
les plus sages, en prenaient occasion de dire qu’il valait beaucoup mieux donner&#13;
les évêchés à des gens qui n’eussent pas tant de piété apparente et plus de bon&#13;
sens qu’à ces dévots indiscrets, qui mettent tout en trouble et en combustion.&#13;
469&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit de l’abbé de La Colombière.&#13;
- 871 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-A&#13;
&#13;
J’aime mieux passer sous silence toutes ces choses que vous les écrire. Nous devons&#13;
être sensiblement affligés de tout cela et nous devons craindre que nos péchés&#13;
n’aient attiré tout le mépris qu’en souffre la vraie et solide piété.&#13;
Ce n’a pas été seulement avant l’arrivée de Mgr de Québec à la Cour qu’on a dit&#13;
tout ce que je viens de marquer ; on continue encore à les dire et il n’y paraît que&#13;
pour exciter les gens à se les dire les uns aux autres.&#13;
Il fut voir le roi après être arrivé à Paris. Il nous dit, à son retour de Versailles, qu’il&#13;
avait été parfaitement bien reçu de Sa Majesté et M. de Pontchartrain et des autres&#13;
personnes qu’il avait saluées. Il a bien vu depuis que cette bonne réception n’était&#13;
pas une marque qu’il fût bien dans l’esprit de ces personnes. C’est un style&#13;
ordinaire de la Cour de combler d’honnêteté ceux de qui on est le moins satisfait.&#13;
Car en effet, M. de Pontchartrain s’était assez expliqué à M. de Brisacier, ou plutôt&#13;
à un des amis de M. de Brisacier qu’il avait chargé de lui en parler, sur le chapitre&#13;
de M. de Québec et il assura cette personne qu’il voyait bien qu’il était nécessaire&#13;
de le retirer du Canada pour y remettre la paix. M. l’archevêque de Paris et le&#13;
R. P. de La Chaize étaient du même sentiment et Sa Majesté même en était&#13;
persuadée, mais la difficulté était de prendre des moyens suaves de le retirer. Les&#13;
choses ne sont point dans une situation pour que le roi agisse en cette affaire par&#13;
autorité. Il a une douceur et un ménagement extraordinaires et comme il sent que&#13;
Monseigneur serait peut-être dans la disposition de lui refuser sa démission s’il la&#13;
lui demandait, sous le spécieux prétexte que vous avez vous-même remarqué dans&#13;
vos lettres, il n’a pas voulu s’exposer à ce refus pour n’être pas obligé après cela&#13;
d’agir par autorité pour avoir ainsi ce qu’il n’aurait pu avoir par douceur ; car&#13;
comme on n’est point dans la disposition de lui donner un autre évêché en France,&#13;
on ne peut lui rien promettre de positif et lui, qui le sent bien, ne veut pas se&#13;
dépouiller qu’il ne se voie prêt à être revêtu de quelque chose.&#13;
Il a donc agi, depuis son arrivée à Paris, comme étant absolument résolu à&#13;
retourner à quelque prix que ce soit en Canada ; et pour persuader qu’il était&#13;
parfaitement réconcilié avec les Jésuites et nous, il fit assembler chez le père&#13;
provincial, le P. de Lamberville, le P. Le Valois et M. de La Pallière. Il y proposa avec&#13;
beaucoup de chaleur au P. de Lamberville que les pères jésuites de Canada laissent&#13;
faire le tournage qu’ils ont fait jusqu’à présent à la haute-ville à 6 heures, à 7 heures&#13;
à la basse-ville et le catéchisme à la paroisse les quatre ou cinq premiers mois de&#13;
l’année, moyennant quoi il leur permettait de tenir la congrégation à Montréal. Il&#13;
- 872 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-A&#13;
&#13;
fut dit de part et d’autre bien des choses, que vous saurez assez des pères de&#13;
Québec. Mais je vous ai fait remarquer, dans une lettre en chiffres que je vous ai&#13;
écrite par le vaisseau de l’Acadie et que j’ai fait mettre sous l’enveloppe de M. le&#13;
marquis de Chevry, adressée à M. Hazeur, marchand de Québec, je vous ai, dis-je,&#13;
fais remarquer que j’avais tiré un fort bon augure de ce que le R. P. de La Chaize dit&#13;
au P. de Lamberville avant cette conférence : « Mon Père, accordez-lui tout et ne&#13;
lui refusez rien. Nous avons un an devant nous, puisqu’il ne s’en retourne pas cette&#13;
année. Nous verrons ce qui arrivera d’ici là. »&#13;
C’est par le même principe qu’il témoigna peu après être arrivé à nos Messieurs&#13;
qu’il voulait régler avec eux tous les différends sur le temporel et le spirituel du&#13;
Séminaire de Québec et nous fûmes bien aises de nous servir de cette occasion&#13;
pour tirer de lui ce que nous pourrions de tout ce qu’il nous devait pour remédier&#13;
un peu par là à nos affaires temporelles qui, comme vous pouvez juger, étaient en&#13;
un pitoyable état. Je lui présentai donc un mémoire de nos prétentions pour le&#13;
temporel pour parvenir à un compte. Et le voici en abrégé. […]&#13;
Après avoir terminé cette affaire avec lui, il nous présenta un long mémoire, dont&#13;
je vous envoie des copies par deux voies, qu’il appela [le] mémoire des affaires&#13;
spirituelles qu’il avait à régler avec son Séminaire 470. Il en fit la lecture à nos&#13;
Messieurs, qui eurent la patience d’y passer un après-dîner entier. Nos Messieurs,&#13;
qui ont toujours tâché d’agir avec lui avec beaucoup de douceur et d’honnêteté,&#13;
ne lui firent point paraître la peine qu’ils avaient sur plusieurs articles de ce&#13;
mémoire. Ils m’y laissèrent seulement, en présence de Monseigneur, faire les&#13;
répliques verbales qui me vinrent sur-le-champ sur chacun de ces articles et ils&#13;
résolurent dès lors de ne répondre à ces articles que le plus tard qu’ils pourraient ;&#13;
ce qu’ils ont fait, car quelques instances qu’en ait fait Mgr de Québec, et encore&#13;
plus que lui M. de La Pallière, ils n’y ont voulu faire aucune réponse et je rendis hier&#13;
ce mémoire à M. de La Pallière, qui était encore venu presser après que M. Tiberge,&#13;
notre supérieur, lui eut dit qu’il s’étonnait d’où venait en M. de La Pallière cet&#13;
empressement ; que nous étions assurés que Monseigneur ne s’en voulait servir ;&#13;
que pour faire croire partout qu’il est parfaitement réconcilié ; qu’il craignait que&#13;
M. de La Pallière ne se repentît un jour d’avoir donné dans les vues de Monseigneur&#13;
comme il faisait ; que l’on ne doutait pas que son dessein de détruire le Séminaire&#13;
ne fut toujours le même ; que par la nécessité de ses affaires seulement, il en&#13;
prenait un autre chemin ; que pour témoigner de belles choses, il ne le croyait pas&#13;
470&#13;
&#13;
NDLR : Ce mémoire n’a pas été retrouvé.&#13;
- 873 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-A&#13;
&#13;
intérieurement changé ; qu’enfin, il croirait que le miracle serait aussi grand, si&#13;
l’esprit de N.* devenait droit, [que471] si ses yeux le devenaient 472. Je vous envoie&#13;
duplici via ce mémoire pour y faire toutes les réflexions que vous jugerez à propos.&#13;
Voici quelques-unes de celles que nos Messieurs y ont fait. […]&#13;
Car il ne faut pas s’attendre à sa démission : c’est un coup du ciel s’il le fait et je le&#13;
regarderai comme un miracle. Il faut s’attendre, au contraire, que quelque chose&#13;
que disent les officiers contre lui, il retournera en Canada, peut-être dès l’année&#13;
prochaine. Il y fera du moins ce qu’il pourra et il est d’une extrême conséquence&#13;
que vous soyez bien réservés dans tout ce que vous direz à cet égard, car on ne&#13;
manquera pas de vous faire partir et dire beaucoup de choses qui pourraient l’aigrir&#13;
de plus en plus contre nous. Il l’est déjà assez de ce que nos Messieurs n’ont pas&#13;
cru devoir entrer dans ses intérêts en se déclarant contre M. le comte de&#13;
Frontenac. Je suis persuadé qu’il sent cela vivement et je crains bien, s’il retourne&#13;
en Canada, qu’il ne s’en ressente. Nos Messieurs ont cependant usé à son égard&#13;
d’une entière modération en ne se déclarant ni pour ni contre et quoique les&#13;
officiers aient dit que nous étions sa plus forte partie, quoiqu’ils aient publié que&#13;
nous agissions sous-main pour l’arrêter en France et le retenir, rien n’est plus faux&#13;
que tout cela. Nos Messieurs ont vu la vérité que les choses étaient dans une&#13;
situation avantageuse à cet égard par l’état des affaires de Monseigneur et jugé&#13;
qu’il était inutile de s’en mêler tandis que le bon Dieu disposait ainsi de toutes&#13;
choses. C’est pourquoi ils n’ont fait aucune démarche, ne voulant pas d’ailleurs&#13;
qu’on pût croire qu’ils se joignent aux séculiers contre l’évêque et tâchent avec eux&#13;
à l’opprimer, comme on n’aurait pas manqué de dire et comme quelques gens&#13;
même assez considérables, peu instruits de ces affaires, le disent quelquefois.&#13;
Il est encore plus important que vous usiez à son égard de tous les ménagements&#13;
imaginables, car on ne manquera pas de lui mander ce que vous aurez dit ou fait&#13;
par rapport à son retardement en France et on examinera même vos moindres&#13;
gestes et sentiments. Les pères jésuites courent les mêmes risques que nous. Il a&#13;
fait assez paraître ici qu’il n’a pas de meilleure volonté pour eux que pour nous.&#13;
Leurs principaux pères en sont très persuadés et je ne doute pas que ceux du&#13;
Canada ne se ressentent du peu de support que Monseigneur prétend avoir trouvé&#13;
dans le P. de La Chaize aussi bien que dans nos Messieurs.&#13;
&#13;
NDLR : Littéralement dans le texte : « comme ». Nous avons changé par « que » pour faciliter&#13;
la compréhension de la phrase.&#13;
472&#13;
NDLR : Mgr de Saint-Vallier souffrait de strabisme.&#13;
471&#13;
&#13;
- 874 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-A&#13;
&#13;
M. de La Pallière est un homme de bien. Il a les meilleures intentions du monde,&#13;
mais il ne connaît pas encore assez Mgr de Québec. Il croit qu’il pourra revenir et&#13;
faire des merveilles après les fautes qu’il avoue qu’il a faites. Nous nous ménageons&#13;
avec lui et en lui disant certaines choses, nous lui cachons celles qui pourraient&#13;
nous nuire s’il venait à les rapporter à Monseigneur. Comme il s’est ouvert à moi&#13;
ces jours passés de plusieurs choses secrètes, je me suis aussi ouvert assez avec lui&#13;
pour lui dire que, quoique je pusse l’assurer en toute confidence que nos Messieurs&#13;
n’avaient nullement agi contre Monseigneur, ni auprès du P. de La Chaize ni auprès&#13;
de Mme de Maintenon, cependant nous ne pouvions nous empêcher de désirer,&#13;
après toutes les connaissances que nous avions de l’impossibilité où est&#13;
Monseigneur de changer de conduite dans le gouvernement de son Église, plutôt&#13;
tout autre évêque que lui, étant persuadés qu’il n’y en aurait aucun autre qui prit&#13;
les choses en ce pays-là du travers dont il les a prises et avec lequel nous ne&#13;
vécussions en la plus grande tranquillité du monde. M. de La Pallière voit bien qu’il&#13;
serait à propos que Monseigneur se retirât du Canada, mais il souhaiterait qu’on&#13;
obtînt à Monseigneur un autre évêché et je vous ai toujours dit que je ne croyais&#13;
pas qu’on fut dans le dessein de lui en accorder d’autre. Je suis persuadé que Dieu&#13;
veut que nous n’ayons à cet égard aucune volonté et que nous lui remettions tous&#13;
nos intérêts. On ne croit pas que le roi veuille en venir jusqu’à demander à&#13;
Monseigneur sa démission, de peur d’en être refusé, ni même à lui dire de rester&#13;
en France, si surtout Monseigneur lui représente (comme il le dit déjà) qu’il n’a pas&#13;
fait de crimes qui méritent ce traitement et s’il se récrie fortement là-contre. Nous&#13;
vivrons dans la confiance et dans l’attente de tout ce que Dieu voudra disposer en&#13;
faveur de notre mission. Si j’apprends quelque chose qui mérite de vous être&#13;
mandé, je vous l’écrirai par mes lettres particulières que je m’en vais faire.&#13;
Accordez-moi toujours une bonne part en vos prières et en votre memento. Je vous&#13;
suis autant uni d’esprit et de cœur qu’on le peut être. Je tâche de participer à la&#13;
ferveur que je sais être parmi vous. Je voudrais m’y réunir et j’écris là-dessus à&#13;
Mgr l’Ancien. […]&#13;
Je finis en vous assurant de mes très humbles respects et l’affection avec laquelle&#13;
je suis, Messieurs,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
Tremblay, prêtre indigne.&#13;
Ce 15 mai 1695&#13;
- 875 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-2&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-2. Lettre de Saint-Vallier à Laval (18 mai 1695)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-2&#13;
Lettre de&#13;
de Saint-Vallier au Serviteur de Dieu, 18 mai 1695, d’après la&#13;
copie collationnée conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres R, no 7&#13;
Mgr&#13;
&#13;
Ce 18 mai [16]95&#13;
Je vous écris encore ce petit mot, Monseigneur, auparavant le départ de nos&#13;
navires, pour vous supplier de suppléer à ce que j’aurais pu manquer de&#13;
vous écrire s’il se présentait quelque ordination à faire ou quelque&#13;
consécration de calice et autre bénédiction, je vous supplie de vouloir bien&#13;
vous y rendre favorable. Accordez à M. Dollier ce qu’il pourra vous&#13;
demander sur ces sortes de choses que je ne saurais prévoir ni marquer en&#13;
particulier. Ne vous défendez pas d’officier dans la cathédrale et faire les&#13;
fonctions de votre ministère dans une Église que vous aimez si&#13;
parfaitement. La pensée m’est venue de vous écrire encore ce petit mot&#13;
après avoir fermé mes autres lettres. Accordez-moi une bonne part à vos&#13;
saints sacrifices, dont j’ai un extrême besoin, et soyez persuadé du profond&#13;
respect avec lequel je suis dans l’amour de Notre-Seigneur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
Jean, évêque de Québec.&#13;
&#13;
- 876 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-3&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-3. Actes d’ordination faits par Laval avec l’autorisation de Saint-Vallier (3 décembre 1695)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-3&#13;
Actes d’ordination faits par le Serviteur de Dieu, 3 décembre 1695, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A*, nos 433 à 439&#13;
Traduction de l’original en latin&#13;
Nous donnons ici, à titre d’exemple, un des actes officiels des ordinations faites&#13;
par le Serviteur de Dieu durant l’absence de Mgr de Saint-Vallier. Les autres actes&#13;
de ce genre suivent la même formule.&#13;
&#13;
En l’an du Seigneur 1695, le 3 décembre, nous rendons public qu’en ce jour&#13;
et année, durant la solennité de la messe en l’église paroissiale de cette ville,&#13;
les nommés Ignace-Germain Hamel, fils de Jean Hamel défunt et de Marie&#13;
Auvray, de la paroisse de Notre-Dame-de-Québec ; Nicolas Boucher, fils de&#13;
Pierre Boucher et Marie Lamêlée, de la paroisse de la Sainte-Famille-deBoucherville, de ce diocèse ; Antoine Gaulin, fils de François Gaulin et&#13;
Marie Rocheron défunts, de la paroisse de la Sainte-Famille de l’île SaintLaurent, de ce diocèse ; Charles-Joseph Deschamps, fils de Jean-BaptisteFrançois Deschamps et Catherine-Gertrude Maert défunte, de la paroisse&#13;
Notre-Dame-de-Laetitia de La Bouteillerie, de ce diocèse ; Balthazar-Michel&#13;
Boutteville, fils de Lucien Boutteville et Carole Charambourg, de la paroisse&#13;
Saint-Germain-de-Vieux, du diocèse de Paris, nés de légitime mariage,&#13;
suffisamment prêt, capable, reconnu idoine, le Serviteur de Dieu, François&#13;
de Laval, ancien évêque de Québec, a conféré la tonsure cléricale le jour&#13;
précédent en l’église cathédrale de cette ville, durant la solennité des&#13;
messes, avec la permission de Mgr Jean-Baptiste de la Croix [de SaintVallier], évêque de Québec 473.&#13;
&#13;
473&#13;
NDLR : Traduction du texte original latin par le P. Roger Laberge, religieux de Saint-Vincentde-Paul.&#13;
&#13;
- 877 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-4&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-4. Lettre de Denonville à Laval (23 mars 1696)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-4&#13;
Lettre de M. de Denonville au Serviteur de Dieu, 23 mars 1696, d’après&#13;
l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 103&#13;
&#13;
À Versailles, le 23 mars 1696&#13;
Mgr l’Ancien,&#13;
Dieu soit béni, Monseigneur, de ce que votre santé parmi vos infirmités ne&#13;
laisse pas d’être bonne. Le Seigneur vous visite par les endroits les plus&#13;
sensibles de votre cœur. Vous avez donné votre bien, votre vie et tout votre&#13;
travail pour une Église que vous aimez ; vous y recevez des croix ; mais en&#13;
vous sanctifiant, elles seront les fondements et l’appui de cette même Église.&#13;
Je ne vois à faire de votre côté que de prendre patience, avec confiance que&#13;
Dieu ne détruira pas ce que vous avez commencé, pour contribuer à le faire&#13;
honorer et à donner l’exemple pour le servir.&#13;
M. de Québec se trouve bien traversé dans tous ses projets ; car contre toute&#13;
espérance de sa part, il ne repassera pas cette année, car quelque chose qu’il&#13;
ait pu faire pour en avoir la permission, il n’y a pu réussir. Je n’entrerai&#13;
point, Monseigneur, dans tous les détails de la conduite que l’on a tenue,&#13;
mais je vois que le bon prélat a beaucoup contribué lui-même à s’attirer&#13;
l’ordre qu’il a eu, car il a fait tout ce qu’il avait de mieux à faire pour se faire&#13;
connaître tel qu’il est. Il faut laisser faire le bon Dieu, qui aura égard à vos&#13;
besoins et qui ne délaissera pas ceux qui ont confiance en lui.&#13;
M. de La Pallière commence fort à le connaître ; mais pour cela, il ne laisse&#13;
pas d’espérer encore. L’expérience lui fera éprouver ce que je ne suis pas&#13;
capable de lui dire ; mais on a peine à se persuader qu’un homme puisse&#13;
être aussi incorrigible que l’est M. votre successeur, qui ne s’occupe à&#13;
présent que des moyens d’intrigues pour venir à bout de retourner en&#13;
Canada. Vous avez une année de répit devant vous. Il faut faire naître des&#13;
moyens qui sont hors du pouvoir humain. Vous devez être content de ce&#13;
- 878 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-4&#13;
&#13;
que le bon prélat ait [été] connu et du roi et des ministres et qu’il ne trouvera&#13;
aucun appui du côté de M. l’archevêque de Paris, qui le connaît très bien.&#13;
Laissez donc tous les intérêts de votre maison entre les mains de Dieu et&#13;
que MM. les supérieurs se conduisent toujours avec beaucoup de&#13;
modération avec M. de Montigny, le grand-vicaire. Je suis très persuadé&#13;
que M. de La Pallière n’a jamais pensé d’aller le relever. Il a assez d’affaires&#13;
à Paris pour n’avoir pas besoin d’en aller chercher d’autres si loin. J’informe&#13;
le R. P. Dablon de choses que je n’ai pas besoin, Monseigneur, de vous&#13;
répéter.&#13;
Je finirai en vous demandant la grâce de prier Dieu pour le repos de l’âme&#13;
de mon père, que Dieu a retiré de ce monde à l’âge de 89 ans, après&#13;
12 années de paralysie. Il y a 60 ans que, par la miséricorde de Dieu, il se&#13;
convertit par sa propre étude et attira avec lui ma mère en abjurant tous&#13;
deux l’hérésie. N’oubliez pas, je vous en supplie, toute ma famille ; la&#13;
carmélite, ma fille aînée, est toujours contente de sa vocation et aussi gaie&#13;
que si elle était dans le monde au milieu des plaisirs.&#13;
Je suis très touché des maux que j’apprends qui désolent le pauvre Canada.&#13;
C’est une grande pitié que qui que ce soit ici n’ose parler et en informer les&#13;
ministres. Vous devez être très content du R. P. de La Chaize, qui fait très&#13;
bien son devoir. Je suis tout réservé et avec bien du respect, Monseigneur,&#13;
Votre très obéissant serviteur,&#13;
le marquis de Denonville.&#13;
&#13;
- 879 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-5&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-5. Lettre de Saint-Vallier à Laval (25 mars 1696)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-5&#13;
de&#13;
de Saint-Vallier au Serviteur de Dieu, 25 mars 1696, d’après&#13;
l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 104&#13;
&#13;
Lettre 474&#13;
&#13;
Mgr&#13;
&#13;
J’ai reçu, Monseigneur, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire.&#13;
J’admire la peine que vous avez voulu prendre à me marquer en détail les&#13;
raisons que vous avez eues de faire prendre l’habit aux jeunes&#13;
ecclésiastiques. Comme je connais les bonnes intentions que vous avez pour&#13;
l’Église dont vous avez été le premier père et pasteur, je n’ai pas eu de peine&#13;
à croire que ce qui vous a fait avancer de donner l’habit noir à ces jeunes&#13;
enfants a été le désir que vous avez eu de les conserver à l’Église de Canada,&#13;
dont je ne doute pas qu’ils soient un jour de bons ministres. Je mettrai sur&#13;
l’état de distribution des 8 000 livres destinées à l’entretien des curés et&#13;
missionnaires une somme de 1 000 livres, si je le puis, pour aider au&#13;
Séminaire à les entretenir. J’espère trouver des moyens plus efficaces pour&#13;
qu’ils ne soient point à charge au Séminaire, quand je serai une fois de&#13;
retour en Canada.&#13;
J’avais compté, Monseigneur, que ce serait cette année que j’aurais&#13;
l’honneur de vous y voir, mais la Providence ayant réglé la chose&#13;
autrement, je me soumets amoureusement à ses ordres. Ma seule peine est&#13;
d’avoir appris, par l’ordre que le roi m’a fait signifier de retarder mon&#13;
voyage, que ce n’était que parce que j’étais brouillé avec mon clergé. Je n’ai&#13;
jamais cru être mieux avec ceux qui le composent que cette dernière année&#13;
et vous me feriez un véritable plaisir de me faire dire les moyens que&#13;
j’aurais à prendre pour consoler ceux que je pourrais avoir affligés contre&#13;
mes intentions. Je vous crois plus capable que personne de me faire ce bien&#13;
et encore la grâce de demander et d’obtenir mon retour dans mon diocèse.&#13;
Je ne voudrais cependant, vous engager à rien qui pût faire de la peine à&#13;
votre conscience, vous protestant que ma disposition présente est de me&#13;
soumettre entièrement aux ordres de Dieu, non seulement pour une année&#13;
d’absence, mais pour plusieurs, si telle est sa sainte volonté.&#13;
&#13;
474&#13;
&#13;
NDLR : Nous avons pris la liberté de reproduire la lettre complète.&#13;
- 880 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-5&#13;
&#13;
Je vous remercie, Monseigneur, de la manière dont vous avez terminé avec&#13;
M. Hazeur l’affaire que les sœurs de la Congrégation avaient avec lui pour&#13;
leur maison de la basse-ville. Je crois que vous aurez eu la bonté de leur&#13;
faire donner une quittance par-devant notaire, puisqu’elles en ont fait&#13;
l’entier paiement. J’obtins l’année passée de MM. les fermiers généraux le&#13;
don des lots et ventes sur cette maison en entier. J’ai fait cette année&#13;
l’acquisition de la terre des îles pour l’Hôpital général, laquelle m’a coûté&#13;
6 000 livres de France. Il est vrai qu’on m’a donné des termes pour les payer&#13;
fort commodes, ayant bien voulu diviser le paiement en plusieurs années.&#13;
Je trouve que l’effort que M. le curé de Charlesbourg a fait pour établir son&#13;
église, si admirable qu’il mérite assurément d’être secondé. J’écris à&#13;
M. de Montigny d’engager M. de Villeray à lui donner une partie de ce qui&#13;
pourra dépendre de moi sur l’état des 4 000 livres. Je le prie aussi de vous&#13;
ménager une somme pour le vicaire de Québec, dont vous puissiez être&#13;
satisfait. Mais comme j’entrerai dans un plus grand détail dans la lettre que&#13;
je me donnerai l’honneur de vous écrire quand la flotte pour le Canada&#13;
partira, je retranche ici tout le reste pour vous dire que nous avons été bien&#13;
édifiés ici de l’ordre que le roi a donné pour empêcher les divertissements,&#13;
mascarades et comédies pendant tout le carême et même le lundi et le&#13;
mardi-gras, auquel jour Mgr l’archevêque de Paris a fait commencer le&#13;
jubilé, pendant lequel on a fait ici bien des choses propres à toucher les&#13;
pécheurs.&#13;
Je laisse le soin à MM. les abbés Tiberge, de Brisacier et Tremblay de vous&#13;
apprendre l’accord provisionnel que nous avons fait pour le partage des&#13;
abbayes. Ils m’ont témoigné être satisfaits, non seulement de ce partage,&#13;
mais des sommes que je n’ai point voulu imputer, qui avaient été&#13;
employées aux dépenses communes des abbayes pendant le cours de&#13;
l’année 1695. Comme j’ai tenu la main qu’on satisfît au paiement des&#13;
7 000 livres, auxquelles je m’étais engagé l’année passée par l’acte que&#13;
j’avais passé avec MM. les abbés Tiberge et de Brisacier, ils ont bien voulu&#13;
me donner une quittance générale de cette somme de 7 000 livres qu’ils ont&#13;
reçue.&#13;
- 881 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-5&#13;
&#13;
Je recommande à vos prières non seulement un frère et un neveu qui me sont&#13;
morts, mais encore les trois principaux fermiers de mes abbayes, ce qui ne doit pas&#13;
beaucoup accommoder mes affaires temporelles. Le sieur Boucher était fermier&#13;
général de l’abbaye de Bénévent, le sieur Beloche était fermier du prieuré de&#13;
Chezelles et l’on m’apprend que M. Dupin, fermier général de l’abbaye de&#13;
Méobecq, est à l’extrémité et compté pour mort, le sieur Rotrou a été aussi à&#13;
l’extrémité de son côté, mais il s’est tiré d’affaire.&#13;
Vous serez surpris sans doute d’apprendre la mort funeste de Mgr l’archevêque de&#13;
Paris et l’élévation de M. l’évêque de Châlons, de Noailles, à son siège. Beaucoup&#13;
d’évêques sont morts et beaucoup d’autres ont été mis à leur place.&#13;
L’on vient de me dire que Mme de Miramion est tombée en apoplexie. C’est une&#13;
perte pour Paris et pour le royaume, où elle fait des biens immenses.&#13;
Je laisse aux autres à vous apprendre la prise de Namur et le bombardement des&#13;
villes de Bruxelles et Dinant.&#13;
La révolution qu’on prétend qui se doit faire en Angleterre pour le rétablissement&#13;
du roi Jacques [II], dont on attend tous les jours des nouvelles. Le prince d’Orange&#13;
a fait arrêter et mettre en prison 14 milords 475.&#13;
Comme vous comprenez mieux que personne le besoin que j’aie de vos&#13;
prières et saints sacrifices, je vous prie de ne me les pas refuser et d’être&#13;
persuadé du véritable respect avec lequel je suis,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
Jean, évêque de Québec.&#13;
&#13;
475&#13;
NDLR : Les partisans de l’ancien roi Jacques II complotèrent pour faire assassiner le roi&#13;
Guillaume III, prince d’Orange. Ce fut un échec.&#13;
&#13;
- 882 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-B&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-B. Extraits de la lettre de Tremblay au Séminaire de Québec (29 mars 1696)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-B&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé Tremblay aux directeurs du Séminaire de&#13;
Québec, 29 mars 1696, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres M, no 21&#13;
&#13;
Voilà l’état où est cette affaire. M. de Québec écrit ses lettres et fait toutes ses&#13;
affaires avec l’espérance de retourner l’année prochaine. Il espère, par sa&#13;
modération et sa douceur qu’il fait paraître, effacer les mauvaises impressions qu’il&#13;
a pu donner par ses activités. […] Il faut aussi vous apprendre que le R. P. de&#13;
La Chaize, après que le roi se fût résolu d’arrêter M. de Québec en France, proposa&#13;
à Sa Majesté quelques sujets pour remplir sa place. Si on pouvait le disposer à se&#13;
démettre, on repense plus à M. Brunet, parce que je crois qu’on lui prépare&#13;
quelque évêché pour France. On a proposé surtout M. de La Motte-Canapville,&#13;
conseiller au Parlement de Rouen, que Mgr l’ancien évêque connaît fort. Le&#13;
révérend père parla fort au roi de lui. Le roi demanda s’il était gentilhomme ; il&#13;
l’assura qu’il l’était et qu’il avait toutes les qualités requises, mais je crois que ce&#13;
serait compter sans son hôte que de penser à toutes ces choses. Dieu veut être prié&#13;
pour disposer M. de Québec à entrer dans cette voie de paix pour cette pauvre&#13;
Église, qui n’aura jamais la paix sans cela.&#13;
Croyez-vous que le roi se souvient encore des impressions que M. Colbert lui a&#13;
données contre notre ancien évêque ? Lorsque le R. P. de La Chaize lui en parla, il&#13;
lui dit qu’il se souvenait que c’était un esprit difficile, vide, inflexible. Le révérend&#13;
père lui répliqua qu’il n’avait donné sujet de penser ces choses de lui qu’au sujet&#13;
des boissons, parce qu’il y avait cru sa conscience tout à fait intéressée, mais il lui&#13;
fit en même temps un éloge de sa bonne conduite et du bon ordre qu’il avait établi&#13;
dans son Église. Cela fait voir combien il faut qu’une personne qui a l’autorité&#13;
prenne garde de donner des impressions contre elle, car cela ne s’efface jamais.&#13;
C’est par cela que tout le monde convient que M. de Québec n’est plus en état de&#13;
faire aucun bien dans le Canada, après tous les démêlés qu’il y a eus ; et c’est ce&#13;
que me dit M. l’abbé Bignon la première fois que je le vis. Je lui fis connaître que&#13;
Mme la comtesse de Frontenac agissait auprès de M. de Pontchartrain et de&#13;
M. Phélypeaux pour empêcher le retour de Monseigneur. Il me dit sur cela qu’il&#13;
était persuadé que connaissant M. le comte de Frontenac comme il faisait,&#13;
Mme de Frontenac devoir plutôt souhaiter de voir M. de Québec retourner que d’y&#13;
voir aller un autre évêque, parce qu’il s’était donné par sa conduite un air de&#13;
- 883 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
ridicule, qui ferait qu’on ne ferait plus de cas de tout ce qu’il pourrait dire et qu’ainsi&#13;
un gouverneur n’aurait rien à craindre de lui, quelque plainte qu’il en voulût faire,&#13;
au lieu qu’un autre évêque pourrait être cru et faire de la peine. On est persuadé&#13;
que Monseigneur ne pourrait plus remédier à aucun désordre et qu’il ne pourrait&#13;
plus avoir de crédit et d’appui à la Cour après tout ce qui s’est passé.&#13;
Doc. LI-VI-6. Extraits de la lettre de Tremblay au Séminaire de Québec (3 juin 1696)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-6&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé Tremblay aux directeurs du Séminaire de&#13;
Québec, avec annotations du Serviteur de Dieu, 3 juin 1696, d’après&#13;
l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres M, no 22&#13;
Ceci est la deuxième lettre de Tremblay avec des annotations du Serviteur de Dieu&#13;
(voir LI-VI-4).&#13;
&#13;
Lettre de M. Tremblay&#13;
&#13;
Notes du serviteur de Dieu&#13;
&#13;
C’est un bien d’avoir M. de Paris.&#13;
C’est une providence pour toute&#13;
l’Église. Vous tâcherez de vous en&#13;
servir pour le bien de celle-ci, qui est&#13;
entièrement ruinée si Monseigneur y&#13;
revient, étant incapable de pouvoir&#13;
changer d’esprit et de conduite.&#13;
&#13;
[Le nouvel archevêque de Paris] C’est un des&#13;
meilleurs amis qu’aient nos missions. On ne&#13;
pouvait faire un choix qui nous convint&#13;
davantage. Il a demeuré, étant abbé, dans&#13;
notre Séminaire. Il y a encore demeuré&#13;
depuis qu’il est évêque et il a fait faire,&#13;
pendant deux ou trois années de suite, en&#13;
1685, 1686 et 1687, par nos MM. des Missions dans Châlons, Vitry, Sainte-Menehould&#13;
et les principaux lieux de son diocèse.&#13;
Il vint voir nos Messieurs peu après qu’il&#13;
fut nommé. Nous avions les prières des&#13;
Quarante-heures. Il y dit la messe et&#13;
demeura deux ou trois heures chez&#13;
nous. Il témoigna qu’il savait ce que nos&#13;
Messieurs avaient fait pour le faire&#13;
mettre en cette place et nous marqua à&#13;
tous toute la bonté qu’on pouvait&#13;
désirer.&#13;
- 884 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
Il faut faire tout le possible pour&#13;
obtenir Mgr de Paris pour&#13;
commissaire, comme l’était son&#13;
prédécesseur, et il est nécessaire de&#13;
le bien instruire à fond des suites&#13;
funestes et infaillibles du retour de&#13;
Monseigneur et lui bien faire&#13;
connaître la nature de l’esprit et de&#13;
sa conduite, qu’il est du tout&#13;
impossible qu’il change jusqu’à sa&#13;
mort, quoi que ce soit qu’il promette&#13;
et fasse, tout n’étant qu’un pur&#13;
artifice et déguisement.&#13;
&#13;
Je ne vous dis pas du bien de lui à cause de&#13;
cette bonté particulière qu’il a pour nous. Il&#13;
se fait aimer également de tout le monde. Il&#13;
est si affable, si doux, si modeste, il vit si&#13;
régulièrement, dit sa messe tous les jours et&#13;
les samedis à la chapelle de la Sainte-Viergede-Notre-Dame, que tous les peuples ont&#13;
pour lui un respect extraordinaire. Sa maison&#13;
est tout à fait réglée. Il a envoyé en entrant&#13;
en possession des aumônes considérables&#13;
dans toutes les paroisses de Paris. On espère&#13;
de lui qu’il fera cesser bien des abus et des&#13;
désordres qui règnent dans Paris, mais il&#13;
prend présentement toutes les connaissances sans rien remuer. Il a continué tout&#13;
ce que son prédécesseur avait fait ou plutôt&#13;
il n’a rien changé. Il a besoin d’une grande&#13;
sagesse, car il aura de fortes têtes à&#13;
combattre.&#13;
Il a pris dans le chapitre tous les officiers de&#13;
l’officialité. Il a choisi pour grands-vicaires&#13;
M. Pirot, M. le curé de Saint-Laurent et un de&#13;
ses grands-vicaires de Châlons qu’il a amené&#13;
avec lui. Les Jésuites ont appréhendé qu’il ne&#13;
leur fut pas favorable, mais je crois que leurs&#13;
craintes seront mal fondées et qu’il aura&#13;
pour eux beaucoup de considération. Nous&#13;
avons perdu en la mort de feu&#13;
M. l’archevêque&#13;
&#13;
une&#13;
&#13;
personne&#13;
&#13;
qui&#13;
&#13;
connaissait parfaitement l’Église de&#13;
Canada. On espère, s’il est besoin, être&#13;
en état d’instruire celui qui remplit sa&#13;
place, car il n’a aucune connaissance de&#13;
ces affaires. […]&#13;
&#13;
- 885 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
Depuis le concordat fait avec les moines&#13;
de l’abbaye de Bénévent, le chapitre de&#13;
Québec a autant de droits de jouir de ce&#13;
qui revient de la mort des religieux que&#13;
des abbayes de Méobecq et de l’Estrée,&#13;
puisque, également, on ne remplace&#13;
aucun religieux dans toutes les trois et&#13;
que le roi, par tous les brevets des trois&#13;
abbayes, les donne pour être réunies à&#13;
l’évêché et l’Église du Canada. Il faut&#13;
demander au roi de nouveaux&#13;
commissaires et ne pas relâcher rien de&#13;
cet article, Monseigneur n’ayant pas&#13;
plus de droits de jouir du revenu de ce&#13;
qui appartient à l’évêque que le chapitre&#13;
de Québec en a de jouir de ce qui&#13;
appartient aux religieux pendant leur&#13;
vie, en attendant que l’union se fasse à&#13;
Rome, qui ne sera possible et selon&#13;
toute apparence d’ici à beaucoup&#13;
d’années. L’on n’a pas le moyen, sans&#13;
cela, d’accomplir le service divin dans la&#13;
cathédrale de Québec. Ce qui revient au&#13;
chapitre de Québec des abbayes de&#13;
Méobecq et de l’Estrée ne se montant,&#13;
comme l’on voit, qu’à peu de choses, qui&#13;
n’est pas suffisant à beaucoup près pour&#13;
l’entretien du service divin et ce qui&#13;
revient présentement de l’abbaye de&#13;
Bénévent par la mort des religieux, qui&#13;
n’appartient aucunement à&#13;
Monseigneur, ne laissera pas d’aider&#13;
beaucoup à soutenir le service divin.&#13;
Monseigneur retiendra autant qu’il&#13;
pourra ce fonds, son ordinaire étant de&#13;
faire des libéralités et d’employer les&#13;
fonds dont il s’empare à d’autres&#13;
œuvres, aux dépens du bien d’autrui.&#13;
Les commissaires que le roi nommera ne&#13;
refuseront point assurément cette&#13;
application, qui n’appartient en façon&#13;
quelconque à l’évêque, le chapitre de&#13;
Québec ayant [autant] de droit sur&#13;
l’abbaye de Bénévent que celle de&#13;
&#13;
Mgr de Québec était alors à l’abbaye de&#13;
Bénévent, après avoir composé son&#13;
catéchisme qu’il a fait imprimer, à ce qu’on&#13;
m’a dit. Il partit vers le mois d’août pour aller&#13;
à Méobecq et de là, à Bénévent. Il y est resté&#13;
jusqu’au 4 janvier de cette année, qu’il est&#13;
arrivé à Paris. Il a fait deux ou trois missions&#13;
dans son abbaye de Bénévent et il prétend&#13;
avoir employé à cela ce qu’il tire de la part des&#13;
moines et qui devrait appartenir aux&#13;
chanoines si l’abbaye était réunie à l’évêché&#13;
et chapitre de Québec.&#13;
Cette union n’a guère avancé cette année.&#13;
Après bien des lettres écrites, on a enfin reçu&#13;
de M. le cardinal de Janson un mémoire de&#13;
l’état où est cette affaire, par lequel il paraît&#13;
qu’on n’a pas jusqu’à présent fourni au SaintSiège les éclaircissements qu’il demande sur&#13;
cette affaire, par la faute des banquiers qui&#13;
ont négligé de la faire savoir. On a su&#13;
précisément ce qu’on demande à Rome. On&#13;
n’attend plus que le temps où M. de Limoges&#13;
soit sacré pour faire faire, par son autorité, un&#13;
procès-verbal de l’état de l’abbaye de&#13;
Bénévent, qu’on demande comme toutes les&#13;
deux autres abbayes ; après quoi, on enverra&#13;
à Rome toutes les pièces, du moins celles&#13;
qu’on peut avoir, et on fera alors solliciter&#13;
fortement cette affaire.&#13;
On demande, par exemple, le consentement&#13;
des trois généraux de Saint-Benoît, de SaintBernard et de Saint-Augustin, d’où dépendent ces abbayes, à ce qu’on croit. Le général&#13;
de la Congrégation de Saint-Maur ne veut pas&#13;
le donner pour Méobecq. On croit qu’on s’en&#13;
peut passer : 1° parce que cette abbaye n’a&#13;
- 886 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
Méobecq et de l’Estrée, lesquelles&#13;
Monseigneur ne conteste pas, puisque&#13;
l’on en a fait le partage. Il faut faire en&#13;
sorte que ce qui reviendra au chapitre&#13;
ne demeure pas entre les mains de&#13;
Monseigneur, ni à sa disposition, s’il&#13;
revient ; même s’il ne revient, pour&#13;
obvier à toutes supercheries dont il se&#13;
sert pour s’approprier tout ce qu’il peut.&#13;
Vous me marquez qu’il a cherché et&#13;
trouvé le moyen d’être le maître et de&#13;
jouir seul de cette abbaye en faisant une&#13;
pension modique à cinq ou six chanoines&#13;
réguliers qui restent. Il le peut bien&#13;
pendant que le chapitre de Québec ne&#13;
lui dit rien sur cette jouissance, mais les&#13;
commissaires, que l’on doit demander&#13;
au roi pour examiner cette affaire et&#13;
pour connaître qu’il s’approprie un bien&#13;
qui ne lui appartient pas et dont il ne&#13;
peut avoir aucun droit de jouir, ne&#13;
souffriront même jamais à Rome une&#13;
chose de cette nature. Il n’y a pas lieu de&#13;
douter qu’il n’ait l’adresse et la ruse de&#13;
faire insérer dans le concordat et acte&#13;
de décret ou autre nature d’écrit qu’il a&#13;
fait à ce qu’il nous a dit passer par feu&#13;
M. de Limoges tout ce qu’il aura pu pour&#13;
tendre à la fin de jouir de ce revenu,&#13;
desquels écrits il a dit de vive voix qu’ils&#13;
étaient avantageux pour le chapitre de&#13;
Québec, sans néanmoins faire voir ce&#13;
qu’ils contiennent.&#13;
Quoiqu’il en soit, il ne faut pas&#13;
assurément demeurer en repos sur&#13;
cette affaire, mais la représenter&#13;
fortement au roi et aux commissaires et&#13;
l’aliénation que Monseigneur fait du&#13;
revenu des religieux, qui ne peut être&#13;
employé, n’ayant point de religieux à la&#13;
place de ceux qui sont morts, qu’au&#13;
chapitre de Québec, attendant que&#13;
l’union se fasse et c’est uniquement et&#13;
absolument au roi d’ordonner de ce&#13;
&#13;
jamais été de la Congrégation de Saint-Maur&#13;
et qu’on a les consentements des religieux&#13;
qui y avaient droit, ce qui suffit ; 2° en cas que&#13;
Rome ne veuille pas passer cette abbaye sans&#13;
ce consentement, nous ne laisserons pas d’en&#13;
jouir, car nous en avons une union faite par&#13;
l’archevêque de Bourges sur les patentes du&#13;
roi, laquelle est registrée et homologuée au&#13;
Parlement, de sorte qu’en vertu de cette&#13;
union ainsi confirmée, nous en jouirons&#13;
toujours et aucun religieux n’y pourront&#13;
jamais rentrer. L’abbé général de SainteGeneviève a donné fort honnêtement son&#13;
consentement pour l’union de l’abbaye de&#13;
Bénévent. Ainsi, il n’y aura pas d’obstacle de&#13;
ce côté-là. Il n’y a que l’abbé général de&#13;
Cîteaux qui ne veut pas consentir à l’union de&#13;
l’Estrée, quoiqu’on lui ait fait voir que son&#13;
prédécesseur y avait consenti à des&#13;
conditions avantageuses à son ordre, par la&#13;
translation du prieuré de La Colombe dans les&#13;
bâtiments de l’Estrée. Quelques-uns croient&#13;
que le Saint-Siège, informé de l’utilité de&#13;
l’Église en cette union, pourrait bien n’avoir&#13;
point d’égard à cette union. Nous ferons cet&#13;
été ce que nous pourrons.&#13;
Mgr de Québec, se lassant de voir ces affaires&#13;
s’avancer si peu, nous dit ces jours passés&#13;
qu’il avait écrit depuis peu à Rome pour&#13;
demander du moins l’union des menses&#13;
abbatiales, à laquelle on ne fait aucune&#13;
difficulté. Nous lui témoignâmes qu’il était le&#13;
maître de faire ce qu’il voulait, mais que nous&#13;
ne nous dégoûterions pas de demander&#13;
l’union des menses abbatiales avant que&#13;
d’avoir examiné si celle de la monacale se doit&#13;
faire ou non. Nous voyons en cela que&#13;
- 887 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
revenu, n’y ayant point de religieux,&#13;
jusqu’à ce que l’union soit faite. La&#13;
première chose qu’il faut faire est de&#13;
lever autant de ce qui a été fait par feu&#13;
M. de Limoges et du concordat fait avec&#13;
les religieux. Si Monseigneur ne veut pas&#13;
le faire voir, l’on y verra les clauses et&#13;
conditions pour répondre. Je crois qu’il&#13;
ne vous sera pas difficile.&#13;
&#13;
Monseigneur prend peu à cœur les intérêts&#13;
du chapitre ; s’il les avait à cœur, il aurait fait&#13;
pour Bénévent ce que Mgr l’Ancien a fait pour&#13;
Méobecq, mais il a cherché et trouvé le&#13;
moyen d’être seul le maître de cette abbaye,&#13;
dont il jouit en faisant pension très modique&#13;
à cinq ou six chanoines qui restent encore. Je&#13;
crois que nous avons gagné une de nos&#13;
pensions de moines qu’on fait à Méobecq. On&#13;
a payé encore jusqu’ici à M. Baraton&#13;
300 livres par an et à M. Bouzitat, 200 livres.&#13;
Le sieur Baraton vit encore et demeure à&#13;
quelques lieues de Méobecq, mais le sieur&#13;
Bouzitat ne se présente plus depuis un an. Ce&#13;
sera une augmentation pour le chapitre. J’ai&#13;
cru devoir vous faire cette digression à&#13;
l’occasion du voyage que Mgr de Québec a fait&#13;
cet été dans ses abbayes, afin de vous&#13;
instruire de l’état où est l’affaire de l’union.&#13;
Revenons présentement à nos lettres reçues.&#13;
M. de Denonville&#13;
&#13;
nous&#13;
&#13;
écrivit&#13;
&#13;
le&#13;
&#13;
26 décembre qu’il croyait, après avoir&#13;
bien pensé à cela devant Dieu, que nous&#13;
devions&#13;
&#13;
faire&#13;
&#13;
quelque&#13;
&#13;
chose&#13;
&#13;
pour&#13;
&#13;
prévenir les lettres que Mgr de Québec a&#13;
fait écrire à M. de Pontchartrain, qu’il&#13;
était nécessaire d’instruire M. l’archevêque de Paris de ces affaires en faisant&#13;
ressouvenir le P. de La Chaize de tout ce&#13;
qui s’était passé, de le mettre en état&#13;
d’instruire Sa Majesté pour savoir sa&#13;
résolution sur Monseigneur. Il ajoutait&#13;
dans sa lettre que s’il lui était permis de&#13;
quitter son poste, il viendrait volontiers&#13;
passer trois jours chez nous pour ne rien&#13;
- 888 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
négliger dans cette affaire ; mais que ne&#13;
pouvant quitter, il priait nos Messieurs&#13;
de venir chez lui ou du moins de m’y&#13;
envoyer. Nous y allâmes, M. de Brisacier&#13;
et moi. Nous apprîmes de lui de vive voix&#13;
que le P. de La Chaize était convenu avec&#13;
lui qu’il fallait dresser un mémoire&#13;
instructif de l’état où était les choses&#13;
autrefois et de celui où elles sont&#13;
présentement. Nous y travaillâmes avec&#13;
lui dans le cabinet qu’il a au-dessus de la&#13;
Chambre des princes, où nous fûmes&#13;
près de trois jours enfermés. M. de Brisacier y contracta un rhume, qui l’a bien&#13;
fait souffrir depuis. On y dressa un grand&#13;
et un petit mémoire ; le grand pour&#13;
instruire M. l’archevêque et le révérend&#13;
père et le petit pour pouvoir le lire à&#13;
Sa Majesté. Il fallut faire des copies au net&#13;
et les porter ensuite au père confesseur.&#13;
Monseigneur 476 parla et vous écrivit&#13;
&#13;
Monseigneur était revenu de ses abbayes&#13;
&#13;
ce qui était au plus loin de sa pensée&#13;
&#13;
à Paris le 4 janvier. Je reçus de lui une&#13;
&#13;
et de son sentiment. Vous le&#13;
connaîtrez, autant que je puis juger,&#13;
lorsqu’il apprendra que j’ai conféré à&#13;
plusieurs d’entre eux les ordres&#13;
&#13;
lettre le jour qu’il arriva, qu’il m’avait&#13;
écrite de Châteauroux pour répondre à&#13;
une que je lui avais écrite pour le&#13;
&#13;
sacrés. Si vous lui aviez écrit ou&#13;
&#13;
pressentir sur ce qu’il pensait de votre&#13;
&#13;
parlé pour avoir de lui la permission&#13;
&#13;
conduite à l’égard des six théologiens. Je&#13;
&#13;
de les leur conférer, cela serait à&#13;
contretemps, car nous nous sommes&#13;
fondés sur la lettre qu’il m’écrivit&#13;
l’an passé, où il est formellement&#13;
porté qu’il me prie de conférer les&#13;
&#13;
lui marquais les raisons de Mgr l’Ancien et&#13;
j’ajoutais que cependant, lui et vous étiez&#13;
prêts de condamner cette conduite s’il ne&#13;
l’approuvait pas, etc. Il me répondait&#13;
&#13;
476&#13;
NDLR : Dans sa grande lettre au Séminaire de Québec écrite entre juin 1696 et le 17 avril 1697,&#13;
Tremblay demande aux MM. du Séminaire de rayer cette note de Laval.&#13;
&#13;
- 889 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
ordres sacrés quand l’occasion s’en&#13;
présentera et me prie ensuite que si&#13;
M. Dollier me prie de quelque chose&#13;
sur cela, de le lui accorder ; en&#13;
conséquence de quoi, j’écrivis à&#13;
&#13;
dans cette lettre qu’il était parfaitement&#13;
content de la conduite que Mgr l’Ancien et&#13;
vous aviez tenue et à l’égard de cela et à&#13;
l’égard de toute autre chose, qu’il était&#13;
&#13;
mondit sieur Dollier et lui ai fait&#13;
&#13;
bien aise qu’on eût en cela prévenu la&#13;
&#13;
offre de mon ministère. Nous avons&#13;
&#13;
permission qu’il avait envoyée, etc. J’ai&#13;
&#13;
conféré et concerté ensemble et avec&#13;
les Jésuites et l’on a été de ce&#13;
sentiment, en vertu de sa lettre.&#13;
&#13;
été bien aise d’avoir cela écrit de sa main&#13;
et ce fut une des raisons qui me fit lui&#13;
écrire, afin que si dans la suite il&#13;
&#13;
Possible aura-t-il intention de gloser&#13;
&#13;
désapprouvait cette action, j’eusse en&#13;
&#13;
et de donner une autre interprétation&#13;
&#13;
main de quoi la justifier.&#13;
&#13;
à sa lettre. Nous avons eu sujet de le&#13;
présumer, de ce que nous apprîmes&#13;
qu’avait dit M. Vallet, soi-disant&#13;
Le Vallet, auquel apparemment&#13;
&#13;
Il m’envoya chercher le lendemain qu’il&#13;
fut arrivé, me témoigna être tout à fait&#13;
&#13;
Monseigneur avait écrit ses pensées&#13;
&#13;
satisfait de ce que l’on lui marque de vous&#13;
&#13;
et sentiments sur cela, qui en dit&#13;
&#13;
dans les lettres qu’il a reçues. Jugez si je&#13;
&#13;
assez pour nous le faire juger.&#13;
Quoiqu’il en soit et que&#13;
Monseigneur ait eu sur cela une&#13;
double entente, il y est formellement&#13;
&#13;
dois l’en croire, lorsque je vois le style&#13;
avec lequel M. Vallet, soi-disant Le Vallet, m’a écrit : « Vous me mandez, dit-il,&#13;
&#13;
porté dans sa lettre. Vous m’aviez&#13;
&#13;
que Monseigneur paraît avoir envie de&#13;
&#13;
même confirmé par vos lettres l’an&#13;
&#13;
bien vivre avec vous. Je crois comme&#13;
&#13;
passé que Monseigneur vous avait&#13;
dit qu’il me priait, par ses lettres&#13;
qu’il vous avait lues, de conférer les&#13;
ordres et même de prendre la&#13;
&#13;
vous que non seulement il en a envie,&#13;
mais que ç’a toujours été son dessein.&#13;
Cependant, continue-t-il, il court un bruit&#13;
&#13;
conduite de son diocèse. Nous avons&#13;
&#13;
que je ne veux pas croire, que des gens&#13;
&#13;
tout sujet de croire que l’un et l’autre&#13;
&#13;
aussi vertueux que ceux qui gouvernent&#13;
&#13;
étaient au plus loin de sa pensée.&#13;
Mais en tout cas, il n’est aucunement&#13;
parlé du second. Aussi ne me suis-je&#13;
ingéré de quoi que ce soit que de ce&#13;
qui est contenu dans ses lettres.&#13;
&#13;
vos Séminaires de Québec et de Paris et&#13;
même les Jésuites, car on les y comprend&#13;
aussi, fussent capables d’une chose aussi&#13;
épouvantable, etc. ».&#13;
Jugez s’il a écrit favorablement de vous&#13;
avec les pensées qu’il a que nous retenons&#13;
Monseigneur, etc. Je ne doute pas que&#13;
- 890 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
M. de Montigny ne lui ait écrit de même&#13;
style. Cependant, il ne m’en a rien&#13;
témoigné, mais il m’a plusieurs fois&#13;
assuré qu’il était tout à fait content de&#13;
vous, que je lui faisais plaisir de lui&#13;
marquer en quoi il pouvait vous faire&#13;
plaisir, etc. Deux jours après, qui était le jour&#13;
des Rois, il vint à notre Séminaire. On avait&#13;
prié M. l’abbé de Noailles, nommé à l’évêché&#13;
de Châlons et frère de M. l’archevêque de&#13;
Paris, de dire la grand-messe. Il se trouva&#13;
enrhumé, si bien qu’on en pria Mgr de Québec, qui officia tout le jour. Il se servit de cela&#13;
depuis pour faire croire qu’il est parfaitement&#13;
réconcilié avec nous. Cepen-dant, c’était en&#13;
ce temps-là même que je faisais mettre ces&#13;
mémoires au net. Nous les allâmes porter au&#13;
R. P. de La Chaize, à qui nous les lûmes&#13;
entièrement. Il nous les trouva bien, promit&#13;
d’y faire ses remarques, d’en instruire à fond&#13;
M. l’archevêque de Paris et d’en rendre&#13;
compte ensuite au roi. Il nous promet surtout&#13;
un grand secret.&#13;
M. l’archevêque de Paris juge très&#13;
bien du remède, qui est de lui&#13;
donner un évêché en France, où il ne&#13;
pourrait pas faire grand mal, lequel&#13;
l’on peut réprimer plus facilement&#13;
&#13;
Nos Messieurs prévinrent M. l’archevêque de Paris sur ces affaires. Il n’en&#13;
avait pas encore entendu parler et ne&#13;
savait pas même qu’il y eût eu des&#13;
&#13;
qu’ici. La fermeté qu’il fait paraître&#13;
&#13;
contestations entre Mgr de Québec et&#13;
&#13;
(si l’on le mettait hors d’espérance de&#13;
&#13;
nous. Il inclinait à faire donner un autre&#13;
&#13;
son retour) n’étant point de grâce,&#13;
mais seulement un point d’honneur&#13;
et une politique, il changerait de&#13;
sentiment. Comme il n’y a aucun&#13;
&#13;
évêché et je voudrais que tout le monde&#13;
fût de ce sentiment, mais je ne sais s’il en&#13;
est encore après qu’on lui a lu les&#13;
&#13;
changement à espérer de sa&#13;
&#13;
mémoires. Toujours le R. P. de La Chaize&#13;
&#13;
conduite, l’on peut s’attendre qu’il&#13;
&#13;
et le roi surtout n’y veulent point&#13;
&#13;
ruinera cette pauvre Église, qu’il est&#13;
&#13;
entendre.&#13;
- 891 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
plus incapable de gouverner à cause&#13;
spécialement de l’éloignement de la&#13;
France.&#13;
&#13;
Quelques jours après que nous eûmes mis ces&#13;
mémoires entre les mains du père&#13;
confesseur, M. Geoffroy vint nous voir. Il&#13;
nous parla conformément à ce qu’il était&#13;
convenu avant son départ, marqua être fort&#13;
embarrassé de la lettre de M. Dollier à&#13;
M. de Pontchartrain et qu’il était absolument&#13;
résolu de ne la point présenter. Il fut à Issy&#13;
consulter M. Tronson, qui lui dit qu’il était fort&#13;
embarrassé lui-même à l’égard de cette&#13;
lettre, que si M. Dollier la lui avait envoyée&#13;
directement, sans en donner aucune connaissance à personne, il la supprimerait, mais que&#13;
Mgr de Québec en ayant connais-sance, parce&#13;
que M. Dollier l’avait envoyée ouverte à&#13;
M. Montigny, qui en avait donné avis à&#13;
Monseigneur. Il ne pouvait l’empêcher de la&#13;
lui remettre pour qu’il en fît ce qu’il jugerait à&#13;
propos, mais que M. Geoffroy pouvait et&#13;
devait même s’exempter de la présenter luimême à la personne à qui elle était écrite.&#13;
Ces pourparlers de M. Geoffroy et la lecture&#13;
que nous fîmes de cette lettre, qui nous parut&#13;
être capable de faire quelque impression sur&#13;
l’esprit du ministre, nous obligea à dresser un&#13;
petit mémoire de deux pages pour servir de&#13;
préservatif à cette lettre et à celles des autres&#13;
communautés. Je fus le lire au P. de La Chaize&#13;
et le lui laissai. Je lui demandai s’il ne serait&#13;
pas à propos de prévenir là-dessus&#13;
M. de Pontchartrain et par qui il nous&#13;
conseilla de nous adresser à M. l’abbé&#13;
Bignon, neveu de M. de Pontchartrain, et&#13;
qu’il écoute volontiers, comme il est sous la&#13;
conduite du P. Le Valois et amis de nos&#13;
Messieurs. Il jugea qu’il serait plus à propos&#13;
que tout autre à parler à ce ministre. Nous&#13;
- 892 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
C’est un bien que Monseigneur ait été&#13;
connu de longue main de&#13;
M. l’abbé Bignon. Ce qui fut combattu&#13;
par le P. de Mouchy contre lui est le&#13;
véritable caractère de son esprit, de&#13;
toute sa conduite, qui est incapable de&#13;
changer et c’est encore présentement&#13;
son vrai esprit.&#13;
&#13;
allâmes le voir, M. Tiberge et moi, deux fois&#13;
sans le trouver. Enfin, avec une lettre de sa&#13;
part, je fis si bien que j’eus de lui une&#13;
audience très longue. Je l’instruisis de tout&#13;
sans cependant lui découvrir encore que&#13;
nous eussions donné de longs mémoires,&#13;
parce que je ne me proposais que de&#13;
l’engager à prévenir le ministre sur les lettres.&#13;
Comme il voulut être éclairé de tout, je lui dis&#13;
verbalement une partie des choses&#13;
renfermées dans ces mémoires. Je fus surpris&#13;
de le trouver tout à fait instruit du caractère&#13;
d’esprit de Mgr de Québec. Il le connaissait&#13;
non seulement par le P. Le Valois, quoiqu’il ne&#13;
m’en fît rien connaître, mais même pour&#13;
l’avoir entendu parler dès 1685 en présence&#13;
du P. de Mouchy, prêtre de l’Oratoire, où&#13;
M. l’abbé Bignon était pour lors. Mgr de Québec était en ce temps-là nommé à l’évêché de&#13;
Québec. Il était prêt d’aller comme vicaire&#13;
général de son prédécesseur. Il témoigna&#13;
dans la conversation des empressements&#13;
pour recevoir le caractère épiscopal, parce&#13;
qu’il était persuadé qu’à ce caractère était&#13;
attaché toute la lumière nécessaire pour&#13;
gouverner sans conseil de qui que ce soit. Le&#13;
P. de Mouchy, qui était très sage, combattit&#13;
ce sentiment de Mgr de Québec fortement. Il&#13;
ne le détruisit pas, car nous n’en avons que&#13;
trop expérimenté les fâcheux effets.&#13;
M. l’abbé Bignon me promit de voir&#13;
M. de Pontchartrain et de nous rendre&#13;
compte de ses dispositions.&#13;
Comme le R. P. confesseur fut très longtemps&#13;
à aller à Versailles, à cause que le roi allait&#13;
toujours à Marly, nous eûmes de M. l’abbé&#13;
- 893 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
Bignon des connaissances avant que d’en&#13;
avoir de lui. Il nous dit qu’il avait lu à&#13;
M. de Pontchartrain ce petit mémoire sur ces&#13;
lettres, qu’il dit n’avoir point encore reçues.&#13;
Ce ministre lui parut d’abord dans la&#13;
disposition de ne point se mêler de ces&#13;
affaires et d’y demeurer purement passif, par&#13;
respect pour l’encensoir, d’autant plus que&#13;
les choses n’étaient plus comme l’an passé,&#13;
vu qu’on ne lui écrivait rien contre&#13;
Monseigneur. Il avoua cependant qu’il était&#13;
très aisé de juger que Mgr de Québec était&#13;
incapable de gouverneur, non seulement&#13;
cette Église, mais toute autre et qu’il n’y&#13;
aurait jamais de paix tant qu’il y serait, mais&#13;
qu’il jugeait être très difficile de le retenir en&#13;
France, encore plus de tirer de lui une&#13;
démission et que de lui trouver un successeur&#13;
propre pour pacifier toutes choses et capable&#13;
et par son bien et par sa naissance de&#13;
soutenir ce caractère avec dignité, ce n’était&#13;
pas une chose sans difficulté. Il lui dit en&#13;
finissant que si le roi lui demandait son avis, il&#13;
ne manquerait pas de lui marquer qu’il le&#13;
croyait incapable de gouverner et de faire&#13;
jamais aucun bien dans cette Église.&#13;
Nous allâmes le dimanche suivant voir le&#13;
P. de La Chaize, le P. de Lamberville et moi. Il&#13;
nous apprit qu’il avait lu au roi les deux&#13;
mémoires, dont le second n’est qu’un abrégé&#13;
du premier, mais contient bien des&#13;
particularités qui valent la peine d’être&#13;
observées ; que le roi était résolu de ne pas&#13;
laisser retourner la personne dont il&#13;
s’agissait ; et que, comme ledit père&#13;
confesseur n’avait pas voulu se charger d’en&#13;
porter la parole, Sa Majesté lui avait&#13;
- 894 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
recommandé d’en instruire M. de Pontchartrain et de lui dire qu’elle lui donnerait&#13;
l’ordre de la faire savoir à Mgr de Québec. Le&#13;
père confesseur ajouta qu’en conséquence, il&#13;
avait parlé à M. de Pontchartrain et qu’il avait&#13;
laissé entre les mains de ce ministre les deux&#13;
mémoires en lui recommandant, de la part du&#13;
roi, un grand secret ; qu’il fallait présentement que nous sussions de mondit sieur de&#13;
Pontchartrain en quel état était l’affaire et s’il&#13;
avait parlé à Mgr de Québec. Le R. P. Confesseur nous dit encore que Mgr de Québec&#13;
l’était venu trouver depuis quelques jours,&#13;
qu’il lui avait protesté un attachement entier&#13;
pour sa Compagnie, qu’il venait se jeter entre&#13;
ses bras, qu’il devint son protecteur et qu’il&#13;
lui promettait de n’agir que selon ses vues,&#13;
etc.&#13;
Sentiment de M. de Pontchartrain que&#13;
Monseigneur est incapable de&#13;
gouverner cette Église.&#13;
&#13;
Le révérend père nous dit qu’il lui avait dit les&#13;
choses du monde les plus fortes, sans mettre&#13;
à la vérité sa Compagnie en jeu :&#13;
Vous retournerez, dit-il, et vous&#13;
serez le même à l’égard de ces&#13;
Messieurs que vous avez toujours&#13;
été. Vous vous sanctifieriez et&#13;
sanctifieriez les autres en une&#13;
manière en les faisant des martyres.&#13;
Vos impétuosités que vous divinisez&#13;
par vos bonnes intentions feront&#13;
souffrir tout le monde, etc. Nos&#13;
pères ne se plaignent pas de vous, ils&#13;
ne s’en plaindront jamais ; ils sont&#13;
faits pour souffrir sans murmurer.&#13;
S’ils se plaignent, il faudrait les jeter&#13;
à la rivière, etc. Mais comment&#13;
&#13;
- 895 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
empêcher tous vos prêtres de ne&#13;
pas se plaindre de vous, etc. &#13;
Quoique je ne témoignasse pas ma pensée au&#13;
R. P. confesseur, je fus très fâché qu’il eût&#13;
renvoyé la balle à M. de Pontchartrain. Je fus&#13;
aussi surpris qu’après cette conversation du&#13;
révérend père, le P. de Lamberville me parut&#13;
tout étonné de ce que le révérend père avait&#13;
si peu ménagé Mgr de Québec. Il fut encore&#13;
davantage lorsqu’il eut lu ces mémoires, qu’il&#13;
n’avait pas encore vus jusqu’alors, et qu’il y&#13;
eut trouvé ses pères mêlés, quoiqu’on l’ait&#13;
fait que le moins qu’on a pu. Il me les&#13;
demanda pour les montrer au R. P. provincial. Je les lui donnai. Je ne doute pas qu’il&#13;
ne les ait aussi montrés au P. Le Valois.&#13;
Je ne crois pas vous avoir encore marqué que&#13;
le roi a choisi ce révérend père pour&#13;
confesseur des petits princes. C’est une&#13;
entrée pour succéder au P. de La Chaize s’il&#13;
venait à manquer. Ce R. P. Le Valois connaît&#13;
Mgr de Québec autant qu’on le peut à&#13;
présent. De ses amis et des nôtres veulent&#13;
même qu’il l’a connu tel qu’il est depuis&#13;
longtemps, mais quoiqu’à l’extérieur il le&#13;
soutint, il lui disait en particulier ses vérités le&#13;
plus fortement qu’on puisse, espérant&#13;
toujours le faire revenir. Il l’a présentement&#13;
abandonné comme incorrigible et depuis&#13;
qu’il est en France, il ne se confesse qu’à&#13;
M. Bouin.&#13;
Vous n’avez pas dû être surpris des&#13;
sentiments de M. Bouin pour&#13;
Monseigneur, non plus que de la&#13;
conduite de M. Tronson et de tous ses&#13;
Messieurs après ce que nous vous avons&#13;
&#13;
Puisque j’ai fait une digression pour le P. Le&#13;
Valois, permettez-moi d’en faire encore une&#13;
au sujet de M. Bouin. Lorsque M. Geoffroy&#13;
arriva, j’avais inspiré à nos Messieurs, et ils&#13;
- 896 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
écrit l’an passé ; vous avez eu trop de&#13;
simplicité de croire qu’ils puissent entrer&#13;
dans le désintéressement nécessaire&#13;
pour le bien de cette Église. Vous serez&#13;
encore confirmé dans ce sentiment par&#13;
tout ce que vous apprendrez cette&#13;
année d’ici.&#13;
&#13;
étaient assez d’avis d’aller trouver M. Tronson, de s’aller confesser à lui en lui disant&#13;
dans le secret tous les sujets de peine qu’on&#13;
avait contre Mgr de Québec. Ils crurent même&#13;
qu’il était bon d’instruire M. Bouin, afin de&#13;
voir si on ne pourrait pas porter le prélat par&#13;
lui à se démettre. M. de Brisacier me chargea&#13;
d’un petit billet pour M. Bouin pour le prier&#13;
s’il ne pouvait pas venir un petit tour en notre&#13;
Séminaire et me dit de lui en dire les raisons&#13;
verbalement. Je lui fis donc connaître que&#13;
jusqu’à présent, nous n’avions pas fait la&#13;
moindre démarche contre Mgr de Québec ;&#13;
que nous étions cependant surpris tout à fait&#13;
que dans le temps qu’il nous témoignait tant&#13;
d’amitié extérieurement, il eût écrit au&#13;
Canada que c’étaient les Jésuites et nous qui&#13;
l’arrêtions en France ; que nos Messieurs&#13;
voulaient conférer avec mondit sieur Bouin&#13;
des mesures qu’ils devaient prendre, etc. Il&#13;
me pria de l’en dispenser, qu’il n’avait pas&#13;
une tête et un esprit assez forts pour donner&#13;
de tels conseils et avec son humilité et sa&#13;
douceur ordinaires, il s’en excusa et nous&#13;
renvoya à M. Tronson, dont il suivait tous les&#13;
avis dans sa conduite qu’il avait à tenir à&#13;
l’égard de Mgr de Québec. Il m’écrivit et me&#13;
dit de venir lui parler deux ou trois fois&#13;
ensuite pour me protester que Mgr de Québec était bien disposé ; que nous devions&#13;
prendre garde de ne le pas empêcher de&#13;
retourner en son diocèse, etc. ; que ce serait&#13;
un trop grand scandale, etc. Comme je lui&#13;
avais demandé le secret, je ne feignis pas de&#13;
lui dire qu’il ne connaissait pas Mgr de Québec ; que jusqu’à présent aucun de ses&#13;
confesseurs ne l’avait connu, parce que étant&#13;
plein de ses bonnes intentions, il ne se&#13;
- 897 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
connaissait pas lui-même et n’avait garde, par&#13;
conséquent, de se faire connaître à ses&#13;
confesseurs ; que nous autres qui le voyons&#13;
agir depuis dix ans le connaissons mieux que&#13;
qui que ce soit ; qu’à l’œuvre, on connaît&#13;
l’ouvrier.&#13;
M. Bouin persista à dire que Mgr de Québec&#13;
était très bien disposé, qu’après tout c’était&#13;
aux inférieurs à obéir. Il m’alla citer sur cela la&#13;
conduite qu’ils tenaient dans leurs séminaires&#13;
à l’égard des évêques. J’avais assez à lui&#13;
répliquer sur toutes ces choses, mais je crus&#13;
qu’il valait mieux se retirer. Je le priai même&#13;
de ne m’envoyer pas quérir si souvent, parce&#13;
que Mgr de Québec me voyant souvent avec&#13;
lui entrerait en de grandes défiances. Je le&#13;
laissai très prévenu pour Mgr de Québec, lui&#13;
recommandant le secret sur tout ce que nous&#13;
avions dit. Depuis ce temps-là, nos Messieurs&#13;
ont cru qu’il était inutile de parler ni à&#13;
M. Tronson ni à M. Bouin. Nous verrons dans&#13;
la suite si on juge qu’on doive faire quelque&#13;
démarche de ce côté-là. Je ne doute pas que&#13;
nous ne passions dans l’esprit de plusieurs de&#13;
ces Messieurs, qui ne voient rien de que&#13;
d’édifiant dans Mgr de Québec, agissant en&#13;
particulier pour des persécuteurs, etc. Il faut&#13;
adorer sur cela la conduite de Dieu à notre&#13;
égard.&#13;
Il ne faut pas s’étonner de la&#13;
conduite des personnes que vous&#13;
m’écrivez, qui se ménagent, et dans&#13;
la conduite desquels il paraît de la&#13;
politique. Nous expérimentons ici la&#13;
même manière d’agir.&#13;
&#13;
Après cette digression, revenons à ce que&#13;
nous avait dit le R. P. de La Chaize. Je fus tout&#13;
d’un coup frappé d’une juste crainte, lorsqu’il&#13;
nous dit qu’il avait mis ces mémoires entre les&#13;
mains de M. de Pontchartrain, qu’ils ne&#13;
viennent à la connaissance de Mgr de Québec.&#13;
Je lui en parlai et il me dit qu’il avait fort&#13;
- 898 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
recommandé le secret à M. de Pontchartrain&#13;
de la part du roi. Je ne laissai pas, étant de&#13;
retour chez nous, de dire à nos Messieurs&#13;
qu’il serait bon de tâcher à les retirer soit par&#13;
le R. P. confesseur soit par M. l’abbé Bignon.&#13;
Nous allâmes le lendemain voir M. Bignon,&#13;
M. Tiberge et moi, (car M. de Brisacier était&#13;
alors à Blois et il n’était pas fâché que la mine&#13;
jouât pendant son absence). Nous portâmes&#13;
à M. Bignon ces mémoires pour les lui lire ; il&#13;
nous pria de les lui laisser, parce qu’il était&#13;
alors malade, que dès qu’il serait remis, il irait&#13;
à Versailles et saurait de M. de Pontchartrain&#13;
en quel état étaient les choses.&#13;
&#13;
Les pères jésuites ont expérimenté cette&#13;
année que si Monseigneur a usé envers&#13;
eux de quelque manière qui leur a paru&#13;
obligeante au regard de leurs missions&#13;
par le passé, qu’il a bien d’autres&#13;
sentiments. La conduite et les&#13;
propositions de M. Dollier et&#13;
[M.] de Montigny faites à nous-mêmes&#13;
le font bien connaître.&#13;
&#13;
Il nous apprit alors une chose qui nous surprit&#13;
tout à fait : après nous avoir demandé si les&#13;
Jésuites étaient instruits de toutes nos&#13;
demandes et s’ils étaient aussi intéressés que&#13;
nous à empêcher le retour de Monseigneur,&#13;
nous lui dîmes que notre intérêt et le leur&#13;
n’étaient point différents et que nous&#13;
n’agissions que de concert. « Cependant, ditil, les Jésuites n’agissent pas ainsi avec vous&#13;
dans cette affaire auprès de M. de Pontchartrain et [M.] Phélypeaux. » Et ils ont dit au&#13;
dernier (M. l’abbé Bignon crut, et nous aussi,&#13;
que c’était le P. de Lamberville) qu’ils avaient&#13;
sujet de se plaindre de Mgr de Québec pour&#13;
plusieurs peines qu’il avait faites à leurs&#13;
pères ; qu’ils avaient aussi sujet de se louer de&#13;
lui pour plusieurs plaisirs qu’il leur avait faits ;&#13;
et que comme les Jésuites font profession de&#13;
se laisser écraser sans dire mot, ils n’auraient&#13;
garde de se plaindre de lui pour les peines&#13;
qu’il leur avait faites, surtout d’empêcher les&#13;
Récollets d’aller aux missions sauvages*, où&#13;
M. de Frontenac voulait les envoyer.&#13;
- 899 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
M. l’abbé Bignon nous dit que, de là,&#13;
M. Phélypeaux et, par lui, M. de Pontchartrain, son père, avaient jugé que les&#13;
Jésuites n’étaient pas mécontents de&#13;
Mgr de Québec et l’y verraient retourner sans&#13;
peine. M. de Pontchartrain crut même que le&#13;
P. de La Chaize ne lui en avait parlé fortement&#13;
que pour faire plaisir à ces MM. des Missions&#13;
étrangères ; cela nous fit beaucoup de peine,&#13;
car cela nous fit craindre que M. de Pontchartrain ne fût pas persuadé de l’incapacité&#13;
de Monseigneur pour le gouvernement. Nous&#13;
ne savions cependant comment accorder&#13;
cela avec ce qu’il avait dit au roi plusieurs fois&#13;
l’an passé, qu’il était incapable de gouverner,&#13;
qu’il renverserait la religion et la colonie si on&#13;
l’y laissait, etc., car des personnes qui le lui&#13;
avaient entendu dire au roi l’avaient rapporté&#13;
à nos Messieurs (c’était Mme de Maintenon).&#13;
Un ministre ne revient guère quand il a pris&#13;
de telles impressions et qu’il en a entretenu&#13;
Sa Majesté.&#13;
La manière d’agir des Jésuites nous faisait&#13;
encore plus de peine. Nous assurâmes&#13;
M. l’abbé Bignon que l’intérêt des Jésuites,&#13;
autant et peut-être plus que le nôtre, était&#13;
que Mgr de Québec ne retournât pas ; que&#13;
proprement ce n’était ni le nôtre ni le leur&#13;
que nous cherchions en particulier ; que nous&#13;
n’envisagions que l’intérêt général de toute&#13;
cette Église, parce que si on venait à balancer&#13;
l’intérêt de notre Séminaire et des Jésuites&#13;
mêmes avec celui de la personne dont il s’agit&#13;
en séparant ces intérêts particuliers de celui&#13;
de l’Église en général, il était évident que tous&#13;
ces intérêts particuliers devaient céder à celui&#13;
de la personne qui a l’autorité en main. Nous&#13;
- 900 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
lui dîmes que nous pouvions l’assurer que si&#13;
le P. de Lamberville ne parlait pas conformément à nous, il serait désavoué par ses&#13;
pères de Canada ; que nous avions des lettres,&#13;
et même de cette année, qui faisaient&#13;
connaître les sentiments de ces pères, etc.&#13;
M. Bignon nous dit qu’il savait lui-même par&#13;
le P. Le Valois que les Jésuites de Canada&#13;
étaient très mécontents de Mgr de Québec et&#13;
qu’ils désiraient fort qu’il n’y revînt jamais.&#13;
Nous jugeâmes que si le P. de Lamberville&#13;
avait ainsi agi avec M. Phélypeaux, c’était par&#13;
politique pour ne pas s’attirer ouvertement à&#13;
dos Mgr de Québec de peur qu’il ne se servît&#13;
du mécontentement qu’il aurait d’eux&#13;
comme d’un prétexte pour leur ôter les&#13;
missions sauvages et les donner aux&#13;
Récollets. M. Bignon crut que si nous avions&#13;
quelques lettres des Jésuites de Canada qui&#13;
fissent connaître leurs sentiments, il ne serait&#13;
pas mauvais de les montrer au ministre pour&#13;
le désabuser de sa pensée qu’il n’y a que nous&#13;
qui nous opposions à son retour. Je cherchai&#13;
parmi les lettres que j’ai reçues cette année&#13;
et je n’en trouvai qu’une du P. Bruyas tout à&#13;
fait obligeante, où il me mande qu’il a été&#13;
jusqu’à présent impossible de vivre en paix&#13;
avec [Monseigneur], que sa communauté et&#13;
la nôtre passeraient le mois de janvier en&#13;
prières pour demander le bon succès de nos&#13;
affaires, qui devaient se traiter dans ce&#13;
temps-là. Nous entendons fort bien ce&#13;
langage, mais cette lettre ne parlait pas assez&#13;
clairement pour le ministre. Je cherchai les&#13;
lettres de M. de Brisacier, que je ne pus&#13;
trouver dans sa chambre.&#13;
&#13;
- 901 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
M. Tiberge crut que comme il n’y avait pas de&#13;
temps à perdre, je ferais bien d’aller cet&#13;
après-dîner-là même à Versailles et en&#13;
revenir pour demander à M. de Denonville&#13;
s’il n’avait pas quelques lettres qui&#13;
expliquassent les sentiments des pères de&#13;
Canada pour les faire voir à M. Bignon, afin&#13;
qu’il en informât incessamment M. de Pontchartrain. Je fus à Versailles et en revins en un&#13;
après-dîner, mais j’eus le malheur de ne pas&#13;
trouver M. de Denonville. Il était allé à la&#13;
chasse et ne devait revenir que le soir fort&#13;
tard. Je fus voir le lendemain matin le P. de&#13;
Lamberville et lui demandai s’il y avait&#13;
longtemps qu’il avait vu M. de Pontchartrain&#13;
ou M. Phélypeaux. Il m’assura qu’il y avait&#13;
près d’un an qu’il n’avait vu ni l’un ni l’autre.&#13;
Je ne crus pas devoir m’ouvrir à lui davantage,&#13;
ni lui dire encore la raison pour laquelle je lui&#13;
faisais cette question. Je rapportai ce qu’il&#13;
m’avait dit à M. l’abbé Bignon, qui continua à&#13;
m’assurer que M. Phélypeaux lui avait dit si&#13;
affirmativement le sentiment du procureur&#13;
des Jésuites de Canada sur Mgr de Québec&#13;
qu’il ne pouvait douter ou qu’il ne l’eût vu ou&#13;
qu’il ne lui eût fait parler par quelqu’un.&#13;
M. de Pontchartrain ne répondit pas aux&#13;
lettres de M. l’abbé Bignon sur cette affaire,&#13;
mais nous sûmes l’état où elle était par une&#13;
voie plus prompte. En allant à Versailles,&#13;
M. Tiberge m’avait chargé d’une lettre pour&#13;
Mme de Maintenon. Je lui avais fait mettre&#13;
dedans que le P. de La Chaize avait renvoyé&#13;
cette affaire à M. de Pontchartrain et que le&#13;
roi lui en devait parler, qu’on la priait&#13;
d’appuyer la chose, etc. Elle répondit dès le&#13;
lendemain que le roi en avait parlé à&#13;
- 902 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
M. de Pontchartrain le dimanche au soir dans&#13;
sa chambre, que Sa Majesté avait parlé aussi&#13;
bien qu’on peut parler, mais que M. de Pontchartrain, après lui avoir représenté qu’à la&#13;
vérité, il était à croire que Mgr de Québec [ne]&#13;
pût jamais s’accorder avec nos MM. des&#13;
Cette conduite politique et de prudence&#13;
humaine est extrêmement préjudiciable Missions étrangères, mais qu’il croyait qu’il&#13;
pourrait bien vivre avec les Jésuites. Il dit sur&#13;
à cette Église et les pères jésuites&#13;
expérimenteront plus que tout autre&#13;
cela tout ce que nous avons dit ci-dessus. Il&#13;
que c’est en vain et fort inutilement&#13;
ajouta qu’il croyait très difficile de porter et à&#13;
qu’ils croient par cette conduite gagner&#13;
se démettre. En un mot, elle mandait que&#13;
Monseigneur et conserver leurs missions&#13;
et empêcher que les Récollets n’y aillent. M. de Pontchartrain n’avait point bien pris la&#13;
chose et qu’elle n’en augurait rien de bon.&#13;
Ils le connaîtront manifestement par&#13;
tout ce qui s’est passé cette année. Ils&#13;
Elle ne manqua pas d’ajouter : les Jésuites&#13;
feraient bien mieux de se déclarer&#13;
n’agissent pas de concert en cette occasion.&#13;
ouvertement sans politique, autant qu’il&#13;
est nécessaire pour le bien universel de&#13;
cette Église ; Notre-Seigneur ne donnera&#13;
de bénédictions à cette conduite et ils&#13;
ressentiront tôt ou tard les mauvais&#13;
effets de Monseigneur.&#13;
&#13;
En effet, nous avons appris depuis que le&#13;
P. de La Chaize même, quoique très bien&#13;
intentionné et qu’il fasse profession d’aller&#13;
droit, n’avait parlé à M. de Pontchartrain en&#13;
lui remettant les mémoires que d’une&#13;
manière à le confirmer dans la pensée qu’il&#13;
n’y avait que nous qui nous plaignions de&#13;
Monseigneur, que les Jésuites n’avaient rien&#13;
à démêler avec lui et qu’ils le verraient&#13;
retourner sans peine en Canada, car ce&#13;
révérend père l’avait assuré que les Jésuites&#13;
ne se plaignent pas de lui ; que si quelqu’un&#13;
s’en plaignait, il serait le premier à&#13;
l’abandonner ; que ce n’était pas à eux à&#13;
résister aux évêques, etc. Il est aisé de voir la&#13;
fin pour laquelle ce révérend a parlé ainsi à ce&#13;
ministre. Il sait qu’il n’est pas bien disposé&#13;
pour les Jésuites et qu’il ne les aime&#13;
nullement (et je crois même que l’union qu’il&#13;
voit entre nos communautés en Canada lui&#13;
donne l’opposition qu’il paraît avoir pour&#13;
nous). Le P. de La Chaize ne veut pas, à cause&#13;
- 903 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
de cela, mettre les Jésuites en jeu et&#13;
d’ailleurs, il n’est pas fâché de se servir de&#13;
nous pour porter les coups de M. de Pontchartrain, s’il y en a à essuyer. Il est bien aise&#13;
d’éloigner Mgr de Québec du Canada, mais il&#13;
aime mieux le faire par nous que par sa&#13;
Compagnie.&#13;
Nous fûmes quelque temps sans entendre&#13;
parler de rien. M. de Brisacier revint de Blois&#13;
la veille de la Purification. Nous fûmes&#13;
ensemble le lendemain à Versailles. Nous&#13;
parlâmes à M. de Denonville que nous&#13;
savions que les pères jésuites ne parlaient pas&#13;
à M. de Pontchartrain de Mgr de Québec&#13;
comme nous. Il en fut surpris. Il nous apprit&#13;
que Mgr de Québec avait été depuis deux&#13;
jours en Cour. Nous le sûmes aussi de&#13;
M. l’abbé Bignon, qui était alors à Versailles&#13;
et qui nous dit que M. de Pontchartrain avait&#13;
eu une conversation de plus de deux heures&#13;
avec Mgr de Québec, mais qu’il n’avait pas&#13;
encore pu bien savoir ce qui avait été dit. Il&#13;
nous promit de le revoir l’après-dîner, mais&#13;
M. le prince vint voir M. de Pontchartrain à&#13;
l’heure qui était destinée pour M. l’abbé&#13;
Bignon, si bien qu’il revint à Paris sans rien&#13;
savoir davantage. J’y revins aussi le soir et&#13;
laissai M. l’abbé de Brisacier à Versailles, qui&#13;
n’en revint que deux jours après.&#13;
Le P. de Lamberville et tous les jésuites&#13;
peuvent bien s’assurer que&#13;
Monseigneur, s’il revient, enverra les&#13;
récollets à toutes les missions des&#13;
Outaouais. L’affaire eût été exécutée&#13;
cette année, sans un ordre exprès de la&#13;
Cour de n’y point envoyer aucun&#13;
Français. Et précédemment, les pères&#13;
jésuites étaient empêchés d’y aller et les&#13;
Récollets y étaient actuellement et le&#13;
&#13;
À son retour, il nous apprit que M. de Pontchartrain, ayant reçu l’ordre du roi de parler&#13;
à Mgr de Québec, avait cru devoir avoir un&#13;
entretien avec lui avant que de lui intimer cet&#13;
ordre pour le pressentir. Il rapporta au roi&#13;
qu’il avait trouvé le prélat dans un&#13;
empressement extraordinaire de retourner à&#13;
- 904 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
P. Gravier, qui y était nommé supérieur&#13;
et qui en revenait actuellement, ayant&#13;
représenté la chose à M. de Frontenac, il&#13;
lui déclara que les Récollets iraient dans&#13;
ce lieu-là même et que si les Jésuites y&#13;
allaient et lui-même, P. Gravier, il y&#13;
aurait un ordre de les en chasser. Le&#13;
P. Bruyas, supérieur, et ledit P. Gravier&#13;
se pourvurent à M. Dollier, grand-vicaire&#13;
de Monseigneur, et lui firent connaître&#13;
que Monseigneur avait donné des&#13;
lettres de grand-vicaire audit P. Gravier ;&#13;
à quoi M. Dollier fit réponse qu’en ce&#13;
temps-là, il était mal avec les Récollets,&#13;
mais qu’il serait accommodé avec eux et&#13;
qu’il n’empêcherait pas les Récollets&#13;
d’aller dans toutes les missions et n’a&#13;
point voulu permettre audit P. Gravier,&#13;
quoique supérieur de toutes les missions&#13;
de ces nations, d’y retourner et à un&#13;
autre père jésuite, qui devait y aller avec&#13;
lui. M. Dollier ne s’est pas contenté de&#13;
ce qui s’est passé en cette démarche. Il&#13;
a écrit de Montréal, où la chose s’est&#13;
passée, à M. de Montigny, qui faisait&#13;
ici les fonctions de grand-vicaire, les&#13;
vues qu’ils ont pour l’avenir ; en&#13;
conséquence desquelles, mondit&#13;
sieur de Montigny est venu s’ouvrir&#13;
à M. de Glandelet et savoir si l’on&#13;
voulait dans le Séminaire se joindre&#13;
à ceux de Saint-Sulpice et se servir&#13;
de l’occasion qui se présentait de la&#13;
division et conflit entre les Jésuites et&#13;
les Récollets, lui alléguant ce qui est&#13;
porté non pas dans les maximes de&#13;
l’Évangile et se servant pour exciter&#13;
à ce dessein que inter duos litigantes&#13;
tertius gaudet 477.&#13;
&#13;
477&#13;
&#13;
son Église ; qu’il l’avait assuré que s’il y&#13;
trouvait de l’opposition, il irait se jeter aux&#13;
pieds du roi pour lui demander justice ; qu’il&#13;
était étonnant que pendant qu’on laisse en&#13;
France plusieurs évêques dans leurs diocèses&#13;
très déréglés pour les mœurs et pour leur&#13;
mauvaise conduite, on s’opposait au retour&#13;
d’un qui n’avait fait d’autre mal que de&#13;
vouloir le bien, peut-être avec un peu trop&#13;
d’empressement.&#13;
Il se dit plusieurs choses dans cet entretien&#13;
que je n’ai pu savoir de M. de Brisacier. J’ai su&#13;
seulement ceci : quoique le P. de La Chaize&#13;
eût recommandé le secret touchant les&#13;
mémoires qu’il lui remettait entre les mains&#13;
de la part du roi et qu’il lui eût fait connaître&#13;
que Sa Majesté désirait que non seulement&#13;
ces mémoires ne fussent pas communiqués,&#13;
mais qu’on ne sût pas même qu’on en avait&#13;
présenté, encore moins de qui ils venaient,&#13;
cependant M. Phélypeaux s’avisa, dans la&#13;
conversation qu’il eut avec Mgr de Québec&#13;
avant qu’il vît M. de Pontchartrain, de lui dire&#13;
qu’on avait présenté des mémoires contre&#13;
lui. M. de Pontchartrain éluda la question en&#13;
disant qu’il ne savait ce qu’il voulait dire, etc.&#13;
Mgr de Québec insista en lui disant : « Je suis&#13;
surpris que vous m’en fassiez un mystère :&#13;
M. Phélypeaux me l’a dit. » « Si mon fils vous&#13;
l’a dit (lui dit M. de Pontchartrain, poussé à&#13;
bout avec son feu ordinaire), c’est un sot. »&#13;
C’était une chose capable de faire connaître&#13;
à M. de Pontchartrain le peu de prudence de&#13;
Mgr de Québec, s’il n’eût été tout à fait&#13;
prévenu pour lui.&#13;
&#13;
NDLR : Entre deux combattants, le troisième est heureux.&#13;
- 905 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
M. de Brisacier apprit aussi alors le canal par&#13;
satisfait mondit sieur de Montigny, il lequel M. Phélypeaux avait été instruit des&#13;
se résolut de s’ouvrir à moi de ce&#13;
sentiments des Jésuites à l’égard de&#13;
dessein et me proposa les mêmes&#13;
Mgr de Québec : c’était par le P. Gouit,&#13;
vues et, l’ayant laissé parler et&#13;
mathématicien, qui les montra à M. Phélyl’ayant aussi interrogé de ce qui&#13;
peaux, à qui ce jeune ministre demandant ce&#13;
regardait ce dessein, il me dit qu’il&#13;
qu’il pensait au sujet de Monseigneur et dans&#13;
était nécessaire que les Récollets y&#13;
quels sentiments étaient ses pères de&#13;
allassent ; que c’était un bien et un&#13;
Canada, celui-ci dit qu’il savait que&#13;
avantage ; que les disputes et&#13;
Mgr de Québec avait fait en plusieurs&#13;
contestations qui se passeront entre&#13;
rencontres de la peine à leurs pères en ce&#13;
les Jésuites et eux donneraient le&#13;
moyen aux autres de cette dispute&#13;
pays-là, mais qu’aussi il leur avait fait plaisir&#13;
pour y aller ; et [il] m’allégua la&#13;
en d’autres, comme entre autres en&#13;
même maxime que inter duos&#13;
empêchant les Récollets d’aller dans les&#13;
litigantes tertius gaudet. Je lui dis&#13;
missions des Outaouais, etc. ; qu’ils ne&#13;
ensuite de toute cette ouverture que&#13;
savaient ce que c’était d’avoir du ressenje ne pouvais convenir que ce fût&#13;
timent, surtout contre un évêque ; que les&#13;
l’esprit de Notre-Seigneur qui, dans&#13;
Jésuites avaient coutume de tout souffrir&#13;
toutes les conjonctures qui s’étaient&#13;
plutôt que de se plaindre ; qu’ainsi ils&#13;
passées, eût inspiré ce dessein ; que&#13;
n’avaient rien à dire contre Mgr de Québec ; et&#13;
ne remarquant au contraire qu’il&#13;
qu’ils le verraient retourner avec joie,&#13;
n’était formé que dans l’esprit de&#13;
d’autant plus que les plaisirs qu’il leur a faits&#13;
division, que c’était purement&#13;
ont effacé les peines qu’il leur a faites.&#13;
l’esprit du démon qui en était&#13;
Mondit de Glandelet n’ayant pas&#13;
&#13;
l’auteur et que l’on ne pouvait en&#13;
attendre aucune bénédiction ; que&#13;
&#13;
Le P. de Lamberville, à qui M. de Denonville&#13;
lorsque je verrais que l’on formerait&#13;
parla de ce que nous lui avions dit, a cru se&#13;
un dessein avec un même cœur et un disculper en disant que ce n’était pas lui qui&#13;
esprit d’union et de charité, je croirai&#13;
avait dit cela à M. Phélypeaux, mais tenez&#13;
que ce sera l’esprit de Dieu, mais je&#13;
pour certain que le P. Gouit le lui a dit de sa&#13;
trouve dans tout ce projet qu’il n’est&#13;
part, car c’est là le langage du P. de Lamaucunement fondé sur les principes&#13;
berville : il me l’a tenu lui-même. Le bon père&#13;
et maximes du christianisme, mais&#13;
craint terriblement que Mgr de Québec,&#13;
qu’il ressent plutôt les maximes de&#13;
retournant, n’ôte à ses pères les missions des&#13;
Machiavel. Je suis même surpris&#13;
Outaouais et c’est ce qui le fait pateliner et il&#13;
qu’il puisse être formé par des&#13;
ne voit pas que c’est ce qui devrait le faire&#13;
ecclésiastiques qui font profession&#13;
d’être tout à Dieu dans un pays&#13;
parler comme nous, etc. Tout ce qu’il a fait&#13;
comme celui-ci. Cependant, ce bon&#13;
n’a de rien servi, car Mgr de Québec a très&#13;
M. de Montigny veut que ce soit un&#13;
bien su que les pères jésuites ne favorisaient&#13;
- 906 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
bien. Je ne doute pas même que&#13;
M. Dollier et lui n’aient reçu de&#13;
M. de Saint-Vallier des ordres et&#13;
instructions, parce que quoique j’aie&#13;
dit à M. de Montigny mes&#13;
sentiments sur ce dessein, il est&#13;
encore revenu pour la deuxième ou&#13;
troisième fois trouver&#13;
M. de Glandelet et l’a sollicité&#13;
&#13;
pas son retour et qu’ils étaient tout à fait&#13;
opposés et il en a eu une conversation avec le&#13;
P. Le Valois, ce qui doit faire connaître au&#13;
P. de Lamberville que s’il retourne en&#13;
Canada, il doit s’attendre à ce qu’il craint tant&#13;
et qu’ainsi il est de son véritable intérêt de ne&#13;
point biaiser, mais de parler à M. de Pontchartrain comme il faut.&#13;
&#13;
d’exciter le Séminaire à se joindre&#13;
&#13;
Il faut avouer que le P. de La Chaize, n’ayant&#13;
pas voulu se charger de porter à Mgr de Quépour aller dans ces missions et se&#13;
servir de l’occasion des contestations bec la parole du roi et ayant renvoyé la chose&#13;
entre les Récollets et les Jésuites, que&#13;
à M. de Pontchartrain et cela, selon qu’on le&#13;
lui, M. de Montigny, était tout disposé&#13;
pense, parce que sa famille étant dans le&#13;
d’y aller. Voilà, en effet, comme vous me&#13;
même pays que Mgr de Québec, il n’a pas&#13;
le marquez, ce que les Jésuites gagnent&#13;
voulu se l’attirer à dos, a mis l’affaire en un&#13;
en usant de politique et de prudence&#13;
état de ne pas réussir, au lieu qu’elle était&#13;
humaine au regard de Monseigneur. Ils&#13;
doivent bien s’attendre qu’il aura&#13;
immanquable qu’il se fût chargé de parler luitoujours le même esprit d’entretenir la&#13;
même à Mgr de Québec. Il va droit, mais je ne&#13;
division, comme il l’a si souvent fait.&#13;
sais, si soufflé qu’il est par ceux qui ne&#13;
sauraient revenir à l’égard de nos missions et&#13;
[Fin des notes de Laval]&#13;
qui avaient inspiré l’an passé au P. de Lamberville que la division d’entre Mgr de Québec&#13;
et nous n’était qu’apparente et n’était qu’un&#13;
leurre pour les faire tomber dans le piège en&#13;
leur faisant encourir la disgrâce de&#13;
Mgr de Québec. Il n’est peut-être pas fâché&#13;
que nous portions toute l’humiliation qui&#13;
peut revenir de cette affaire-là ; qu’elle&#13;
réussit, ils en profiteront comme nous ; si elle&#13;
ne réussit pas, ils sauront s’en laver les mains&#13;
et faire connaître à Mgr de Québec qu’ils n’y&#13;
ont pas trempé et que ce n’est pas eux qui&#13;
ont dressé les mémoires, etc. Je vous dis tout&#13;
ceci comme à des personnes sages pour que&#13;
vous connaissiez l’air du bureau. N’allez&#13;
nullement me commettre avec le P. de Lamberville, ni faire connaître que j’ai de lui la&#13;
avec les ecclésiastiques de Montréal&#13;
&#13;
- 907 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-6&#13;
&#13;
moindre défiance. La charité avec son feu&#13;
sacré doit consumer ces bagatelles et&#13;
étouffer ces semences de petite mésintelligence.&#13;
Nous sûmes, quelques jours après, que&#13;
Mgr de Québec avait été mandé par&#13;
M. de Pontchartrain pour lui venir parler et&#13;
qu’il était chargé, de la part du roi, de&#13;
nouveau de lui dire que l’intention de&#13;
Sa Majesté était qu’il ne retournât pas en&#13;
Canada. Nous crûmes que les choses allaient&#13;
le mieux du monde et que c’était enfin une&#13;
affaire presque finie. M. de Brisacier craignit&#13;
cependant quelque esclandre de la part de&#13;
Mgr de Québec et qu’il ne prît, comme il avait&#13;
dit à M. de Pontchartrain, quelque résolution&#13;
de s’aller jeter aux pieds du roi, etc., mais les&#13;
choses avaient pris un autre tour. Nos&#13;
Messieurs furent quelques jours après à&#13;
Saint-Cyr.&#13;
M. Tiberge remercia Mme de Maintenon des&#13;
soins qu’elle avait pris dans cette affaire. Il fut&#13;
fort surpris lorsqu’elle lui dit que cette affaire&#13;
ne pouvait aller plus mal qu’elle avait été. Elle&#13;
lui raconta que M. de Pontchartrain, en suite&#13;
de la première conversation qu’il avait eue&#13;
avec Mgr de Québec, en avait rapporté au roi&#13;
le résultat, qu’il avait lu même au roi un&#13;
mémoire tout entier, fort long des merveilles&#13;
que Mgr de Québec a faites en Canada depuis&#13;
qu’il est évêque, dans lequel Mme de Maintenon, qui l’entendit (car c’était de sa chambre que tout ceci se passa), et elle dit qu’elle&#13;
voyait M. de Pontchartrain embarrassé,&#13;
sachant assez que ce n’était pas lui faire&#13;
plaisir que de faire entendre ces choses à&#13;
- 908 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Sa Majesté, dans lequel mémoire, dis-je,&#13;
Mme de Maintenon assume qu’il y avait des&#13;
choses surprenantes. Le roi en parut édifié ; il&#13;
fut ébranlé par tout ce que lui dit M. de Pontchartrain en faveur de Mgr de Québec et dit&#13;
par une manière de petit dépit : « Eh, est-ce&#13;
que des saints ne sauraient vivre en paix&#13;
ensemble ? ». […]&#13;
&#13;
- 909 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-7&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-7. Extraits de la lettre de Tremblay à Laval (8-14 juin 1696)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-7&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé Tremblay au Serviteur de Dieu, qui ajoute ses&#13;
annotations, 5-14 juin 1696, d’après l’original conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 106&#13;
Il s’agit de la troisième lettre de l’abbé Tremblay annotée par le Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
Notes de Mgr de Laval&#13;
&#13;
Texte de M. Tremblay&#13;
Cependant, M. de Québec compte qu’il&#13;
retournera l’année prochaine. Il le dit à&#13;
tout le monde. Il me le dit à moi-même&#13;
en toute occasion. Il croit bien que nous&#13;
&#13;
Dispositions de Monseigneur. N’y&#13;
avoir aucune croyance ni appui.&#13;
&#13;
y pourrons mettre obstacle, mais il&#13;
espère qu’à force de me faire des amitiés&#13;
dont il me comble, il viendra à bout de&#13;
nous persuader qu’il est le meilleur ami&#13;
du Séminaire. C’est en effet ce qu’il&#13;
entreprit de me persuader dans un&#13;
&#13;
Au regard du chapitre&#13;
&#13;
entretien que j’eus avec lui il y a quelque&#13;
temps. Il commença par avouer qu’il&#13;
&#13;
Conduite de Monseigneur au regard&#13;
&#13;
avait fait bien des fautes, mais qu’il&#13;
&#13;
des missionnaires.&#13;
&#13;
espérait les réparer très avantageusement ; que sa vue était de ne mettre&#13;
&#13;
Parle de fondation des missions et dit&#13;
qu’il doit et remet le bien à faire au&#13;
&#13;
dans le chapitre que des personnes du&#13;
Séminaire ; qu’il voulait y soutenir la&#13;
&#13;
Séminaire, après s’être acquitté. L’on&#13;
&#13;
relation des missionnaires et la liaison&#13;
&#13;
peut juger.&#13;
&#13;
qu’ils y ont ; et que son dessein était, dès&#13;
qu’il serait quitte, de montrer par des&#13;
grâces qu’il voulait faire, combien il&#13;
avait d’affection pour cette œuvre ; qu’il&#13;
me priait de lui dire ce qui pouvait faire&#13;
plaisir au Séminaire, si je croyais qu’on&#13;
goûtât la fondation de la mission de&#13;
- 910 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-7&#13;
&#13;
M. Thury, combien il faudrait pour cela,&#13;
etc. Moi qui croyais qu’il ne demandait ces&#13;
choses que pour y affecter 1 000 livres des&#13;
1 500 livres que le roi donne aux missionnaires de l’Acadie, je lui dis que je croyais&#13;
qu’il fallait du moins 1 000 livres et que&#13;
peut-être elles ne suffiraient pas. Il dit sur&#13;
cela que cette fondation serait forte ; que&#13;
cependant il s’efforcerait pour la faire au&#13;
plus tôt.&#13;
Quand je vis qu’il prenait ainsi la chose, je lui&#13;
dis que je croyais qu’il connaissait peu son&#13;
Séminaire, que, Dieu merci, nous ne laissions&#13;
pas conduire par l’intérêt ; que jamais le bien&#13;
et les richesses ne nous feraient changer ;&#13;
que tous pauvres que nous étions, nous&#13;
Aucun changement à espérer de&#13;
&#13;
étions assez riches si nous contentions&#13;
&#13;
Monseigneur. Le désaveu qu’il fait&#13;
&#13;
Dieu ; et que pourvu que nous pussions&#13;
&#13;
d’un fait si clair et si notoire et qu’il&#13;
sait très bien est une marque assurée&#13;
qu’il est et demeurera dans le même&#13;
sentiment.&#13;
&#13;
trouver la paix et le repos et suivre notre&#13;
petit règlement avec tranquillité, nous&#13;
serions parfaitement contents, mais que&#13;
nous n’avions pas sujet d’espérer de&#13;
&#13;
Son humeur prompte, comme il dit,&#13;
ne change que pour entrer dans de&#13;
plus mauvais sentiments.&#13;
&#13;
trouver cette paix sous son gouvernement. Il me demanda sur cela s’il nous&#13;
avait empêchés de pratiquer quelquesunes de nos règles. Je lui répliquai qu’il&#13;
s’était opposé à toutes et lui citai une des&#13;
principales, qui est la liberté d’agréger&#13;
au Séminaire les ecclésiastiques qui le&#13;
lui avaient demandé. Il prétendit ne&#13;
l’avoir refusé à personne. Je lui dis que&#13;
j’étais assuré qu’il l’avait refusé à plus de&#13;
huit et, sur ce qu’il m’allégua que c’était&#13;
avant son voyage de 1691, je lui dis qu’il&#13;
&#13;
- 911 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-7&#13;
&#13;
l’avait refusé depuis et que j’en étais trop&#13;
assuré et j’ajoutai : « Il faut que je vous&#13;
avoue, Monseigneur, qu’après toutes les&#13;
préventions que vous avez prises contre&#13;
Tout ce qu’il a écrit et les menaces&#13;
&#13;
notre Séminaire et tous ceux qui le&#13;
&#13;
qu’il fait faire par ses lettres, avec&#13;
&#13;
composent, dont je suis témoin, dont&#13;
&#13;
ordre exprès de les déclarer, fait&#13;
assez connaître sa disposition et la&#13;
conduite qu’il aura s’il revient.&#13;
&#13;
vous vous êtes vous-même ouvert à moi,&#13;
ceux qui vous connaissent ne croient pas&#13;
que vous puissiez jamais y faire du bien.&#13;
On croit au contraire qu’on y verra ce&#13;
qu’on y a vu jusqu’à présent. »&#13;
Il dit qu’on se trompait fort, que les&#13;
humeurs promptes comme la sienne&#13;
reviennent aisément. Je lui dis avec&#13;
liberté qu’on n’avait pas vu cela jusqu’à&#13;
présent, puisqu’au contraire on avait vu&#13;
une conduite suivie depuis dix ans,&#13;
toujours la même et qu’il était à croire&#13;
qu’il ne serait pas plus tôt en Canada&#13;
qu’il reprendrait ses premières brisées.&#13;
Nous eûmes les plus fortes répliques&#13;
qu’on peut avoir. Je persistai à lui dire&#13;
qu’il ne paraissait pas qu’il y put faire&#13;
grand bien et lui, à m’assurer qu’il ne&#13;
pouvait se démettre ; qu’il avait examiné&#13;
devant Dieu les causes de la démission&#13;
d’un évêché, qu’il n’en trouvait point&#13;
qui lui convint (je lui en aurais bien&#13;
allégué, mais je ne crus pas le devoir&#13;
faire) ; qu’il avait consulté de très grands&#13;
serviteurs de Dieu, qui tous l’avaient&#13;
porté à retourner en Canada ; et que&#13;
- 912 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-7&#13;
&#13;
c’était&#13;
&#13;
sa&#13;
&#13;
résolution,&#13;
&#13;
qu’il&#13;
&#13;
ne&#13;
&#13;
se&#13;
&#13;
démettrait jamais, qu’il avait obéi au roi&#13;
et qu’il y obéirait autant de temps qu’il&#13;
lui plaise, mais qu’il gouvernerait de&#13;
France son Église, etc.&#13;
J’eus une pareille conférence quelques jours&#13;
après avec M. de La Pallière, que j’étais allé&#13;
voir, parce qu’il avait pensé mourir. Il me&#13;
parla des mémoires qu’on avait présentés&#13;
contre Monseigneur, qu’on les avait trouvés&#13;
outrés, injurieux, calomniant et d’autant&#13;
plus fâcheux qu’ils n’étaient signés de&#13;
personne et qu’on ne voulait pas les laisser&#13;
voir que cependant ils avaient assez courus ;&#13;
qu’il avait parlé à plus de 30 personnes, qui&#13;
avaient vu ces mémoires et qui lui avaient&#13;
paru en avoir ses sentiments ; qu’il aurait&#13;
voulu les voir pour juger si cela est vrai ; qu’il&#13;
ne doutait pas que je ne les eusse ; que je lui&#13;
ferais plaisir de les lui montrer ; qu’il me&#13;
garderait le secret ; qu’il ne s’en servirait que&#13;
pour le bien de la paix, etc.&#13;
Je lui répliquai que j’étais surpris qu’il&#13;
condamnât si fort ce qu’il n’avait pas vu sur&#13;
des ouï-dire, et des ouï-dire aussi incertains&#13;
que ceux dont il me parlait ; qu’il était&#13;
surprenant que ces mémoires eussent&#13;
passés par tant de mains et ne fussent pas&#13;
encore parvenus à lui ou à Mgr de Québec ;&#13;
que je savais qu’il ne s’était pas cependant&#13;
épargné à les demander à bien des gens (car&#13;
je savais qu’il les avait demandés au&#13;
P. Le Valois, au père provincial et au&#13;
P. de Lamberville) ; que je n’étais pas&#13;
persuadé de son désintéressement pour&#13;
- 913 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-7&#13;
&#13;
Monseigneur et de son désir pur de la paix&#13;
qu’il disait avoir pour lui confier ces&#13;
mémoires si je les avais ; que je n’avais pas&#13;
vu le désintéressement dans sa conduite,&#13;
mais un attachement entier aux intérêts de&#13;
Monseigneur, qui ferait que je me tiendrais&#13;
toujours en retenue à son égard. Enfin, je ne&#13;
fis que lui répondre aux dernières demandes&#13;
qu’il me fit que pour lui prêter ces&#13;
mémoires, il faudrait les avoir, sans dire rien&#13;
davantage. Il me dit qu’il fallait en sorte que&#13;
Monseigneur retournât l’année prochaine&#13;
en Canada et qu’avant de partir, il donnât&#13;
parole que si dans trois ans il ne remettait&#13;
toutes choses en paix en rétablissant ce qu’il&#13;
a voulu renverser, il serait le premier à&#13;
repasser. Je lui dis que ces propositions ne&#13;
méritaient pas de réponses, tant elles&#13;
étaient extraordinaires et peu solides. Il&#13;
n’écrit, dit-il, à personne en Canada. Il&#13;
compte fort sur le retour de Monseigneur&#13;
pour l’année prochaine et croit que rien ne&#13;
l’en peut empêcher.&#13;
Voilà, Monseigneur, jusqu’à la fin, l’état&#13;
où sont les choses. Je dois vous dire que&#13;
si je ne connaissais Monseigneur comme&#13;
je le connais depuis dix ans, je croirais&#13;
L’on doit être assuré que&#13;
&#13;
qu’il serait effectivement changé et qu’il&#13;
&#13;
Monseigneur ne peut changer sans&#13;
&#13;
y aurait en effet espérance d’avoir enfin&#13;
&#13;
un miracle de grâce et de conversion&#13;
&#13;
la paix avec lui ; car on ne peut voir plus&#13;
&#13;
et l’on a des marques du contraire si&#13;
assurées qu’il est impossible d’en&#13;
douter et son retour est le plus grand&#13;
mal qui puisse arriver à cette Église,&#13;
&#13;
d’humilité, de modération, de retenue&#13;
qu’il en a fait paraître ; on ne peut avoir&#13;
plus d’envie de nous rendre service,&#13;
&#13;
etc., et toute sa conduite fait&#13;
&#13;
faire plus de protestations d’amitié et en&#13;
&#13;
connaître qu’il est bien éloigné et&#13;
&#13;
donner même plus de marques qu’il fait.&#13;
&#13;
opposé aux sentiments qu’il fait&#13;
&#13;
- 914 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-7&#13;
&#13;
paraître de bouche [et] d’amitié dont&#13;
il vous assure.&#13;
&#13;
C’est ce dont je suis obligé de rendre&#13;
témoignage à vous, Monseigneur, et à&#13;
tous nos Messieurs, afin que vous jugiez&#13;
par ce qu’il fait ici et par ce qu’il écrit làbas des mesures qu’il faudra prendre.&#13;
&#13;
Il est assuré que l’on doit regarder&#13;
Monseigneur comme un fléau et un&#13;
châtiment, le plus grand et le plus&#13;
certain pour cette Église qui puisse&#13;
&#13;
Il n’y a guère d’apparence de le faire&#13;
démettre volontairement. Le roi ne l’y&#13;
forcera pas par aucun moyen. Tout ce&#13;
&#13;
arriver, que l’on ne doit rien&#13;
&#13;
qu’on en peut attendre est qu’il le&#13;
&#13;
épargner pour le détourner ; ce qui&#13;
&#13;
retienne en France ; encore est-il à&#13;
&#13;
n’empêche pas que s’il est inévitable,&#13;
l’on ne doive de nécessité prendre.&#13;
&#13;
craindre que le roi ne s’ennuie de cela et&#13;
qu’il ne se rende aux fortes sollicitations&#13;
qui lui seront faites. Ne vaudrait-il pas&#13;
mieux, s’il y avait quelque espérance de&#13;
paix, régler ici les choses de manière à&#13;
avoir moins de différends ? Voyez ce&#13;
qu’il faudrait faire dans de pareilles&#13;
circonstances. Nos MM. de Paris sont&#13;
aussi bien intentionnés pour servir notre&#13;
mission qu’on le peut être, mais ils ne&#13;
peuvent pas faire plus qu’ils ont fait&#13;
cette année. De rester toujours en l’état&#13;
où sont les choses, cela est bien violent.&#13;
Je ne cesse de demander à NotreSeigneur qu’il veuille nous conduire&#13;
dans les sentiers de la paix en nous&#13;
découvrant ce qui la peut procurer. […]&#13;
&#13;
- 915 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-8&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-8. Lettre de Laval à Saint-Vallier (1696)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-8&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à Mgr de Saint-Vallier, 1696, d’après l’original&#13;
signé conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 0&#13;
Puisque vous voulez, Monseigneur, que je vous dise mes sentiments au&#13;
sujet de votre retour, il me paraît que la divine Providence est l’unique&#13;
cause de votre retardement et je crois que vous ne devez pas être surpris&#13;
que le roi, étant pleinement informé de toutes les brouilleries et divisions&#13;
qui ont continué jusqu’à présent entre vous et votre clergé, il vous ait fait&#13;
déclarer l’ordre duquel vous avez pris la peine de m’écrire.&#13;
Vous me priez de vous dire en quoi vous pouvez avoir contristé votre clergé&#13;
et que vous croyez qu’il n’y a personne plus capable que moi de vous faire&#13;
connaître les moyens que vous auriez à prendre pour consoler ceux que&#13;
vous avez affligés contre vos intentions. Vous savez que je suis très peu&#13;
éclairé et que j’ai un juste sujet de me persuader que ce que je pourrai avoir&#13;
à vous dire sur une affaire de cette nature aura très peu d’effet et je me crois&#13;
d’autant plus incapable de vous donner aucune lumière que j’ai reconnu&#13;
par une longue expérience le grand éloignement que vous avez toujours eu&#13;
d’en recevoir aucune de ma part, jusqu’à m’avoir témoigné plusieurs fois,&#13;
comme vous le savez, que j’aurais dû me conformer au désir que vous aviez&#13;
que je me retirasse dans un lieu éloigné d’ici, sans néanmoins vous en avoir&#13;
donné aucun sujet, sinon que je ne pouvais souvent convenir des principes&#13;
qui font toute la règle de votre conduite. Cette considération, outre&#13;
plusieurs autres, m’aurait dû obliger à garder le silence.&#13;
Cependant, Monseigneur, comme vous me priez d’écrire pour demander et&#13;
obtenir votre retour, je crois être obligé devant Dieu de vous parler avec&#13;
toute la liberté et la confiance que doit une personne qui a des obligations&#13;
très particulières de vous honorer, qui est près, étant à l’âge de 75 ans, de&#13;
paraître au jugement de Dieu et qui n’a uniquement en vue que les intérêts&#13;
d’une Église qui vous doit être, et à moi également, chère. Agréez donc,&#13;
Monseigneur, que je vous ouvre mon cœur. Je le fais avec la sincérité et la&#13;
simplicité que je suis obligé, sans vous rien dissimuler de la vérité.&#13;
- 916 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-8&#13;
&#13;
Faites, je vous conjure, avec moi une sérieuse réflexion sur tout ce qui s’est&#13;
passé depuis que je me suis démis de la conduite de cette Église en votre&#13;
faveur, sur l’état dans lequel vous l’avez trouvée, la paix et l’union dont elle&#13;
jouissait, sur tous les biens que le Séminaire des Missions étrangères y&#13;
faisait, lesquels vous ne saviez assez admirer, ce qui vous obligeait de dire&#13;
en toutes sortes d’occasions que votre plus grande peine était de trouver&#13;
une Église où il ne vous paraissait plus rien à faire pour exercer votre zèle.&#13;
Vous avez reconnu et publié si fréquemment que ledit Séminaire était le&#13;
lien de cette grande union qui avait existé dans cette Église.&#13;
Faites, Monseigneur, d’autre part, une semblable réflexion sur le grand&#13;
changement que l’on y peut présentement remarquer et d’où il est provenu.&#13;
N’a-t-il pas paru, au grand scandale de tout le peuple et au préjudice du&#13;
salut des âmes, que votre principal dessein a été de détruire tout ce que&#13;
vous avez trouvé de si bien établi et [de mettre] toute votre application à&#13;
chercher tous les moyens possibles pour ruiner entièrement le Séminaire,&#13;
que vous avez reconnu pour l’âme de cette Église naissante, n’ayant rien&#13;
épargné pour le réduire dans l’extrême pauvreté et lui ôtant tout ce qui&#13;
dépendait de vous et l’empêchant de recevoir ce qui lui appartenait et en&#13;
beaucoup d’autres manières, dont j’ai été témoin avec une douleur extrême,&#13;
que Notre-Seigneur m’a fait la grâce de porter avec conformité à sa sainte&#13;
volonté ? Que n’avez-vous pas fait pour éloigner les supérieur et directeurs&#13;
qui en ont la conduite et tous ceux que vous avez cru qui étaient capables&#13;
de le soutenir ? Vous leur avez ôté, autant que votre pouvoir s’est étendu,&#13;
toutes leurs fonctions spirituelles et non content de les exclure entièrement&#13;
de la conduite des maisons religieuses, dont ils avaient eu le soin depuis&#13;
20 ans et dont ils s’étaient acquittés avec beaucoup de grâce et de&#13;
bénédiction, pour en même temps donner cet emploi à des ecclésiastiques&#13;
que vous ne pouviez pas ignorer être de très mauvaise vie, vous les avez&#13;
encore privés de la part qu’ils avaient au gouvernement de l’Église pour le&#13;
confier à des personnes éloignées de la cathédrale et à de jeunes gens, à qui&#13;
leur âge ne pouvait encore donner aucune expérience nécessaire pour&#13;
s’acquitter de leur emploi. Les mêmes supérieur et directeurs du Séminaire&#13;
possédant les premières dignités du chapitre, vous avez pris occasion d’y&#13;
- 917 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-8&#13;
&#13;
former les plus grandes brouilleries qui soient arrivées en cette Église et&#13;
vous les avez interdits, sans aucun fondement, au grand scandale de tout le&#13;
peuple, pendant un an entier, avec des marques d’une ignominie tout&#13;
extraordinaire, jusqu’à les déclarer être la cause de faire blasphémer et&#13;
d’être incapables de faire aucun bien en cette Église. Quels efforts n’avezvous pas faits ensuite pour les faire chasser du pays et repasser en France,&#13;
ne trouvant pas de moyen plus souverain pour détruire en même temps le&#13;
Séminaire et le chapitre, ce que vous avez poursuivi avec tant de force que&#13;
l’on a été obligé d’en empêcher l’exécution par un ordre du roi ?&#13;
Je ne doute point, Monseigneur, que vous n’ayez de très bonnes intentions&#13;
et je sais que vous avez fait paraître à l’extérieur avoir pris de fortes&#13;
résolutions de rétablir toutes choses dans leur premier état ; mais en vérité,&#13;
il ne se trouve aucun rapport de la conduite que vous tenez à ces résolutions&#13;
et elle fait assez connaître que vous ne changez aucunement de maximes et&#13;
de principes. Peut-il même y avoir la moindre apparence de se persuader&#13;
que vous ayez ces sentiments dans le cœur ? Quelle conformité pourrait&#13;
avoir cette disposition avec les menaces que vous avez donné ordre à&#13;
MM. Dollier et de Montigny de faire de votre part, à tous ceux qui sont la&#13;
cause de votre rétention en France, de leur faire ressentir toute la force et le&#13;
poids de l’autorité épiscopale, s’ils ne procurent efficacement votre retour ?&#13;
Je vous conjure, Monseigneur, de me permettre de vous dire, ce que vous&#13;
savez beaucoup mieux que moi, qu’il semble que l’on doit attendre du cœur&#13;
et de la bouche d’un évêque, qui est père, des sentiments bien différents et&#13;
opposés à ces menaces et qu’il serait bien plus efficace, par imitation de&#13;
l’esprit de Notre-Seigneur, de leur faire ressentir la force de sa douceur et&#13;
de son humilité, plus capable incomparablement de gagner à soi les cœurs&#13;
que les menaces, qui est la voie ordinaire de laquelle se servent les&#13;
puissances séculières dans leur gouvernement temporel. Il est bien facile de&#13;
juger de cette conduite l’éloignement que vous avez de rétablir l’union et la&#13;
paix dans cette Église, sans laquelle néanmoins il est impossible qu’elle&#13;
puisse subsister. L’on y voit au contraire présentement deux partis, qui s’y&#13;
sont élevés par toutes ces divisions et se fortifient avec aliénation des&#13;
- 918 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-8&#13;
&#13;
esprits : ceux qui font profession d’être attachés à vos intérêts, se trouvant&#13;
dans la nécessité pour obtenir quelque grâce [de] votre part de s’éloigner&#13;
du Séminaire et quelques-uns même se déclarer contre vous [le] voyant si&#13;
fort aliéné et sachant que vous ne permettez à aucun ecclésiastique de s’y&#13;
associer. Mais ce qui me touche le plus sensiblement est de ne voir aucun&#13;
remède à tant de maux, et si pressants, n’étant pas possible d’espérer de&#13;
changement, dont l’expérience du passé nous est une preuve très&#13;
convaincante.&#13;
Tout ce que je puis et je dois dans cette extrémité est d’avoir recours à la&#13;
bonté et miséricorde de Notre-Seigneur [et] à la protection de sa Très Sainte&#13;
Mère. Mais je vous avoue ingénument que je ne dois ni ne puis en&#13;
conscience correspondre à la prière que vous me faites dans votre lettre de&#13;
demander et procurer votre retour ; et je suis bien persuadé, au contraire,&#13;
qu’il n’y a point de serviteur de Dieu en France, auquel si on expose dans&#13;
la pure vérité l’état de cette Église, qui ne fût de sentiment qu’il vous serait&#13;
bien plus glorieux devant Dieu et devant les hommes d’imiter le grand saint&#13;
Grégoire de Nazianze et plusieurs autres grands prélats, qui se sont démis&#13;
du gouvernement de leurs Églises pour y rétablir la paix et l’union ; que si&#13;
vous trouvez des personnes qui soient de sentiment contraire, ils vous&#13;
flattent assurément ou ils ne vous connaissent pas.&#13;
Il est vrai, Monseigneur, que je vous ouvre mon cœur trop librement, mais&#13;
l’amour et la fidélité que je dois avoir pour une Église qui a été ci-devant&#13;
confiée à mes soins m’y obligent, nonobstant toutes les considérations&#13;
humaines qui pourraient m’engager à garder le silence. Je vous conjure de&#13;
n’être pas moins persuadé du respect sincère et véritable avec lequel je suis,&#13;
Monseigneur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur et confrère,&#13;
François, ancien évêque de Québec.&#13;
&#13;
- 919 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-9&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-9. Lettre de Laval à Noailles (8-14 juin 1696)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-9&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu au cardinal de Noailles, archevêque de Paris,&#13;
1696, d’après l’original signé conservé au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 107&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
Après vous avoir témoigné la joie que j’ai reçue lorsque j’ai appris le choix&#13;
plein de sagesse et de piété que le roi a fait d’une personne de votre mérite&#13;
pour remplir l’archevêché de Paris, dans lequel l’on ne peut douter que&#13;
Dieu ne se veuille servir de vous pour y procurer sa gloire et le bien des&#13;
âmes, vous voulez bien, Monseigneur, que nonobstant que je fasse&#13;
profession d’une vie retirée depuis [les] 12 ans que je me suis démis en&#13;
faveur de M. l’abbé de Saint-Vallier du gouvernement de cette Église, je&#13;
vous expose avec confiance mes véritables sentiments touchant l’état&#13;
présent d’une Église, aux troubles et renversements de laquelle je ne puis&#13;
que je ne sois très sensible, après y avoir vu régner la paix et l’union avec&#13;
tant de bénédiction pendant près de 30 ans que j’en ai eu la conduite.&#13;
Il n’est pas nécessaire, Monseigneur, que je vous informe de tout ce qui s’est&#13;
passé depuis [les] 12 ans que M. de Québec est entré dans le gouvernement&#13;
de cette Église ; MM. Tiberge et de Brisacier, qui ont beaucoup de bonté et&#13;
d’affection pour tous les intérêts de cette Église et spécialement pour ce&#13;
Séminaire, qui est un membre de celui de Paris, auront l’honneur de vous&#13;
en informer, s’ils ne l’ont déjà fait ; et je tiens l’estime et l’affection dont je&#13;
sais que vous les honorez pour une singulière faveur que Notre-Seigneur&#13;
fait à cette Église.&#13;
Lorsque vous aurez su l’état auquel M. de Québec l’a réduite par les&#13;
brouilleries et divisions qu’il y a excitées, vous n’aurez pas de peine à juger&#13;
du caractère de son esprit et de l’impossibilité qu’il change ; l’expérience du&#13;
passé nous en a donné des preuves convaincantes et qu’il est incapable de&#13;
prendre aucun conseil que de lui-même, ayant des maximes et des&#13;
principes, qu’il a assez manifestés en plusieurs fois, de croire que le&#13;
- 920 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-9&#13;
&#13;
caractère épiscopal donne des lumières à un évêque de se conduire sans&#13;
avoir besoin d’aucun conseil en tout ce qui concerne le gouvernement de&#13;
son Église. Ce sont des sentiments qui ont du rapport à ce qu’il m’a dit à&#13;
moi-même, dont je n’ai pu convenir, que lorsque la même pensée revient&#13;
en oraison deux ou trois fois à un évêque pour ce qui regarde la conduite&#13;
de son Église, il est indubitable que c’est la volonté de Dieu ; sur quoi je fus&#13;
obligé de lui dire que ces sentiments étaient très dangereux et sujets à de&#13;
grandes erreurs ; mais c’est un caractère d’esprit irréversible.&#13;
Il veut que l’on croie en France qu’il est entièrement d’accord avec le&#13;
Séminaire, qu’il comprend sous le nom de son clergé. Les lettres qu’il&#13;
m’écrit et aux particuliers du Séminaire sont remplies de témoignages et&#13;
assurances de son affection et des résolutions qu’il a prises de rétablir la&#13;
paix [et] union dans toute cette Église, avouant et reconnaissant qu’il a&#13;
beaucoup manqué dans sa conduite passée, spécialement au regard du&#13;
Séminaire, qu’il prétend, dit-il, réparer avantageusement. Il me prie même&#13;
et le Séminaire d’écrire pour demander et procurer son retour. Mais ce qui&#13;
paraît fort extraordinaire est que, en même temps qu’il fait toutes ces&#13;
protestations et ces marques d’amitié, il invective dans toutes les lettres&#13;
qu’il écrit aux particuliers de ce pays contre le Séminaire et les Jésuites, qui&#13;
le font retenir justement en France, et donne un ordre exprès à son grandvicaire, qui est à 60 lieues d’ici, de déclarer aux Jésuites et au Séminaire que&#13;
si ceux qui le font retenir en France ne procurent efficacement son retour&#13;
cette année, qu’il leur fera ressentir le poids et la force de toute l’autorité&#13;
épiscopale. Je n’ai pas été surpris de voir cette contrariété, toute sa conduite&#13;
n’étant qu’une continuelle dissimulation et déguisement de ses sentiments&#13;
et desseins ; et ceux qui ne le connaîtraient pas [par] l’expérience du passé&#13;
auraient de la peine à se persuader qu’il fût capable d’avoir aussi peu de&#13;
sincérité que l’on en remarque en tout ce qu’il dit et assure.&#13;
Je ne puis douter qu’il ne soit présentement plus animé que jamais contre&#13;
le Séminaire, le faisant assez paraître ; et l’on a tout sujet de croire qu’il ne&#13;
gardera plus aucune mesure et qu’il n’y a point d’extrémité à laquelle il ne&#13;
se porte, n’étant plus retenu par toutes les considérations qui ont eu jusqu’à&#13;
- 921 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-9&#13;
&#13;
présent quelque ascendant sur son esprit, me souvenant de ce qu’il me dit&#13;
immédiatement avant son départ pour la France sur le sujet des brouilleries&#13;
et divisions qu’il avait avec les Récollets, avec M. de Frontenac, gouverneur&#13;
de ce pays, M. de Callière, gouverneur de Montréal, et plusieurs autres&#13;
officiers avec lesquels il s’était brouillé imprudemment, que si la Cour&#13;
prétendait le brider par ses ordres, il saurait bien se mettre au-dessus.&#13;
Je suis persuadé, Monseigneur, qu’ayant autant de zèle que vous en faites&#13;
paraître pour toute l’Église, vous voudrez avoir la bonté de prendre part&#13;
aux intérêts de cette pauvre Église naissante et autant affligée qu’elle doit&#13;
être et que Sa Majesté, d’ailleurs saintement intentionnée pour tout ce qui&#13;
la concerne, ayant beaucoup de considération pour vos sentiments, se&#13;
portera volontiers à tout ce que vous jugerez à propos de lui faire connaître&#13;
pour la gloire de Dieu. Quelque intérêt, à la vérité, que je me sente obligé&#13;
de prendre au soutien d’une œuvre comme est celle du Séminaire, par le&#13;
moyen et les travaux duquel pendant l’espace de près de 30 années, NotreSeigneur m’a fait la grâce d’établir dans cette Église le peu de bien que j’aie&#13;
été capable d’y faire, je consentirais de bon cœur à sa destruction, si&#13;
l’expérience ne me faisait connaître que la conduite que tient M. de Québec&#13;
pour le rendre inutile tend au reversement total de cette Église.&#13;
Agréez donc, Monseigneur, que je vous supplie de vouloir bien accorder&#13;
votre protection à cette bonne œuvre, duquel je puis vous assurer que&#13;
dépend tout le bien et le soutien de cette nouvelle Église. Il vous en sera&#13;
étroitement obligé et moi spécialement, qui suis avec bien du respect,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur et confrère,&#13;
François, ancien évêque de Québec.&#13;
&#13;
- 922 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-10&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-10. Extraits de la lettre de Tremblay au Séminaire de Québec (juin 1696- 17 avril 1697)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-10&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé Tremblay aux directeurs du Séminaire de&#13;
Québec, juin 1696-17 avril 1697, d’après l’original conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres M, no 23&#13;
&#13;
J’ai reçu toutes vos lettres, excepté celle que vous avez donnée au père&#13;
commissaire des Récollets, qui n’est pas encore arrivé. Je suis aussi en peine&#13;
d’une lettre que M. de Glandelet me mande (si je ne me trompe) m’écrire&#13;
en chiffres, dans laquelle il dit qu’il a mis une copie de la lettre que&#13;
Mgr l’Ancien écrit à Mgr de Québec, aussi en chiffres, car je n’ai point reçu&#13;
cette lettre en chiffres : je n’en ai reçu que deux de M. de Glandelet en&#13;
chiffres, l’une venue par Plaisance et l’autre, à ce que je crois, par la VilleMarie sous l’adresse du P. de Lamberville, qui la reçut par la poste en même&#13;
temps [qu’]une copie de cette lettre de Mgr l’Ancien, adressée audit&#13;
P. de Lamberville, qui la montra au R. P. de La Chaize avant que nous&#13;
l’eussions vue et l’envoya ensuite à M. le marquis de Denonville.&#13;
Cette même copie, écrite de la main de M. Du Bos, fit plus de chemin, car&#13;
M. l’abbé de Brisacier étant allé à Versailles avant Noël, M. de Denonville&#13;
la lui fit voir. M. de Brisacier l’apporta à Saint-Cyr, où il la lut à&#13;
Mme de Maintenon, qui fut d’avis, aussi bien que M. l’évêque de Chartres,&#13;
le P. de La Chaize et M. de Denonville, qu’on en donnât l’original à&#13;
M. de Québec. M. de Brisacier la rapporta à Paris, où il me la montra. Il la&#13;
fit voir encore à Mgr de Paris et tous conseillèrent de donner la lettre, à quoi&#13;
j’avais pour moi beaucoup de répugnance, connaissant M. de Québec et&#13;
appréhendant l’éclat qu’il pourrait faire après l’avoir reçue.&#13;
Je reçus mes paquets le jour de Saint-Jean-l’Évangéliste et dans ces paquets,&#13;
j’y trouvai deux originaux de cette lettre et après avoir examiné la chose&#13;
avec nos Messieurs et conclu que nous devions la donner, je la cachetai et&#13;
la mis avec 20 autres que j’avais à Mgr de Québec pour les lui rendre quand&#13;
il serait de retour de la campagne.&#13;
&#13;
- 923 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-10&#13;
&#13;
Le P. de La Chaize lut même au roi cette copie, qui fut renvoyée à M. le&#13;
marquis de Denonville, qui la lui donna. Il lui lut encore celle que la&#13;
personne que vous savez écrit 478 audit révérend père et celle que&#13;
M. de Glandelet écrit à M. le marquis de Denonville, qui manda toutes ces&#13;
choses à M. l’abbé de Brisacier le 1er jour de l’an et il fit savoir en même&#13;
temps les bonnes dispositions du Maître pour ne pas permettre le retour de&#13;
celui qui cause le trouble.&#13;
J’ai cru vous avoir mandé l’an passé que les lettres de cette même personne furent&#13;
lues au roi et firent le bon effet qu’on en devait attendre. Je ne sais pas ce qui a&#13;
empêché le père confesseur de lui faire réponse. Ce serait au P. de Lamberville à le&#13;
solliciter de répondre aux lettres de Canada. Cette personne peut être assurée d’un&#13;
secret entier de notre part.&#13;
Comme nous appréhendions l’éclat que pourrait faire M. de Québec après&#13;
avoir reçu la lettre de Mgr l’Ancien, M. l’abbé de Brisacier crut devoir la&#13;
communiquer à M. Tronson, à Illy. Nous y fûmes ensemble le 2 janvier.&#13;
M. Tronson venait de recevoir ses lettres et ne les avait pas encore lues.&#13;
Nous fûmes avec lui plus de deux heures. Il nous conjura d’empêcher la&#13;
division entre nos communautés en Canada et parut bien résolu de s’y&#13;
opposer de toutes ses forces. M. de Brisacier lui lut la lettre de Mgr l’Ancien,&#13;
le mémoire de l’an passé qui était fait pour présenter au roi et lui dit ce qui&#13;
s’était passé de principal cette année en Canada, savoir les lettres écrites par&#13;
M. de Québec à Mgr l’Ancien et aux Jésuites, les menaces faites par&#13;
M. de Montigny auxdits pères, les propositions faites par le même à&#13;
M. de Glandelet sur les missions des Outaouais, la disposition de M. Dollier&#13;
de donner aux Récollets des pouvoirs pour les missions, etc.&#13;
Il lui donna toutes ces choses sous le secret et le pria de n’en faire usage que pour&#13;
lui-même. M. Tronson, qui a l’esprit droit, n’eut pas de peine à blâmer toute cette&#13;
conduite, à n’y pas trouver l’esprit de Dieu. Il nous assura bien plusieurs fois que si&#13;
M. de Québec venait prendre son conseil et le voulait suivre, il saurait bien lui en&#13;
donner un qui lui paraît absolument nécessaire, faisant assez entendre qu’il lui&#13;
conseillerait de se démettre. Il dit qu’il ne pouvait croire que M. de Montigny ait&#13;
478&#13;
&#13;
NDLR : L’abbé de La Colombière.&#13;
- 924 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-10&#13;
&#13;
proposé à M. de Glandelet ce qu’il a proposé des missions outaouaises de son chef&#13;
et sans en avoir été instruit par Monseigneur et il blâma M. Dollier d’avoir dit qu’il&#13;
donnerait des pouvoirs aux Récollets si M. le comte [de Frontenac] lui en&#13;
demandait. Il dit que dans ces rencontres, M. Dollier devait renvoyer tout en France&#13;
à Monseigneur et il conjura plusieurs fois M. de Brisacier de se joindre à lui pour&#13;
entretenir l’union entre les trois communautés et que de sa part, il ferait ce qui&#13;
dépendrait de lui. M. de Brisacier, en lui lisant le mémoire ci-dessus, n’eut garde de&#13;
lire ce qui y est dit de la personne que vous savez. Il changea cet article d’une&#13;
manière à n’en rien faire connaître à M. Tronson. Il le fit encore souvenir de&#13;
M. Belmont, qui était la cause de toute la division des esprits, et lui rappela ce qui&#13;
s’est passé autrefois. Nous fûmes contents de cette visite.&#13;
M. de Québec revint à Paris la veille des Rois. Je ne pus l’aller voir que le&#13;
lendemain des Rois au matin et je lui portai toutes les lettres que j’avais à&#13;
lui, entre lesquelles était la lettre en question. Je ne sais s’il avait quelque&#13;
connaissance de cette lettre, mais il chercha par toutes ces lettres celle de&#13;
Mgr l’Ancien. Je lui indiquai celle qui parle de différentes choses et je pris&#13;
ensuite congé de lui. Il me dit qu’il allait venir dire la messe et dîner en notre&#13;
Séminaire, où nous avions les prières des Quarante-heures, à cause de la&#13;
fête des Rois. Il y vint en effet et il nous parût assez qu’il avait lu cette lettre&#13;
et qu’il en était tout consterné. Il demanda à nos Messieurs un entretien en&#13;
particulier. Ils trouvèrent moyen de s’en débarrasser par la compagnie&#13;
qu’ils avaient. Il leur demanda un jour dans la semaine pour se trouver chez&#13;
M. de Saint-Vallier, son frère, et eux ne pouvant le reculer le mirent au&#13;
samedi. Je fus le mercredi 9 janvier à Versailles porter à M. de Denonville&#13;
ses lettres et lui dire ce que nous avions fait. C’est un ami toujours très zélé&#13;
pour les intérêts de cette pauvre colonie. [...]&#13;
Nos Messieurs furent dîner avec lui [Mgr de Saint-Vallier] chez M. le comte&#13;
de Saint-Vallier le samedi 12e de ce mois de janvier. Ils y trouvèrent&#13;
M. l’archevêque d’Auch et M. de La Pallière. Je m’en dispensai :&#13;
1° parce que je ne croyais pas qu’il le désirât beaucoup ;&#13;
2° parce que j’aurais eu peine à ne pas dire quelque parole ;&#13;
3° parce que nous ne pouvions tous quitter à la fois.&#13;
- 925 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-10&#13;
&#13;
M. de Brisacier croyait être de retour à 2 heures et ils ne revinrent qu’à&#13;
6 [heures]. Monseigneur leur demanda fortement de procurer son retour et&#13;
leur fit de belles promesses. Ils s’excusèrent de s’en mêler, surtout sachant&#13;
ce qui s’était passé. Il se plaignit fortement à eux de l’ordination faite par&#13;
Mgr l’Ancien. Il leur produisit toutes les lettres qu’il lui avait écrites, dans&#13;
lesquelles il n’était fait nulle mention de pouvoir ordonner et il insista qu’on&#13;
ordonnait sans pouvoir des gens sans titre, sans science et nos Messieurs&#13;
furent surpris de tout ceci. Ils croyaient que Mgr l’Ancien avait pouvoir de&#13;
M. de Québec de donner les ordres. Ils dirent qu’il fallait que M. de Québec&#13;
le lui eût donné dans quelque autre lettre qu’il n’avait pas et qu’ils ne furent&#13;
pas plus tôt de retour qu’ils me demandèrent en vertu de quoi Mgr l’Ancien&#13;
avait fait ces ordinations.&#13;
Je leur fus cherché la copie de cette [lettre] en vertu de laquelle Monseigneur&#13;
a fait cette ordination 479, mais à vous parler franchement, nous ne la&#13;
trouvâmes pas aussi forte que nous l’eussions souhaité pour autoriser cette&#13;
ordination et quoique nos Messieurs, en parlant à M. l’archevêque d’Auch&#13;
et à M. de La Pallière, aient fort insisté sur cette lettre pour soutenir&#13;
Mgr l’Ancien, dans le fond cependant, ils ne vous excusent pas tous dans&#13;
leur particulier et il sera aisé de découvrir par toute personne désintéressée&#13;
qu’il y a eu en cette action trop de précipitation et qu’on s’est servi d’un titre&#13;
apparemment pour faire plus que ce que porte précisément la lettre. Vous&#13;
avez eu de bonnes intentions, mais il eût été à souhaiter que la chose ne se&#13;
fût pas faite. M. de Glandelet même ne s’explique pas clairement sur ce fait&#13;
dans sa grande lettre, car il étend le pouvoir donné par M. de Québec à&#13;
M. l’Ancien plus loin qu’il n’est marqué dans la lettre et pour vous en&#13;
convaincre, je vais rapporter les termes de l’une et l’autre lettre. Extrait de&#13;
la lettre de M. de Québec à M. l’Ancien du 18 mai 1695 : « S’il se présentait&#13;
quelque ordination à faire ou quelque consécration de calice et autres&#13;
bénédictions,&#13;
&#13;
je&#13;
&#13;
vous&#13;
&#13;
supplie&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
vouloir&#13;
&#13;
bien&#13;
&#13;
vous&#13;
&#13;
y&#13;
&#13;
rendre&#13;
&#13;
favorable. Accordez à M. Dollier ce qu’il pourra vous demander sur ces&#13;
sortes de choses, etc. ».&#13;
NDLR : En marge : Rayez les remarques de Mgr de Laval en marge de la lettre du 3 juin&#13;
1696, p. 20.&#13;
479&#13;
&#13;
- 926 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-10&#13;
&#13;
Comme il est nécessaire de prendre l’intention de Mgr de Québec dans cette&#13;
lettre pour comprendre l’étendue du pouvoir donné à M. l’Ancien, il&#13;
semble :&#13;
1° qu’il n’a eu intention de permettre que quelque ordination&#13;
au singulier, et non pas plusieurs ordinations, depuis les&#13;
moindres ordres jusqu’à la prêtrise ;&#13;
2° il ne paraît pas avoir eu intention d’accorder ce pouvoir&#13;
pour&#13;
&#13;
ordonner&#13;
&#13;
plusieurs&#13;
&#13;
personnes,&#13;
&#13;
mais&#13;
&#13;
seulement&#13;
&#13;
quelques-unes ;&#13;
3° enfin, il semble avoir exigé que M. Dollier l’en priât&#13;
Mgr l’Ancien.&#13;
Toutes ces réflexions qu’ont faites nos Messieurs leur ont fait juger qu’il eût&#13;
été à souhaiter que l’ordination n’eût point été faite, car si M. de Québec&#13;
perd l’espérance de retourner, il fera sur cela un beau bruit lorsqu’il ne se&#13;
croira plus obligé de garder de mesures, car il dira partout que Mgr l’Ancien&#13;
l’a chassé de son évêché pour le reprendre, qu’il en exerce toutes les&#13;
fonctions sans pouvoir, etc. M. de Glandelet, dans sa grande lettre, étend&#13;
un peu la courroie de ce pouvoir qu’il s’est bien aperçu être un peu trop&#13;
courte, car voici ce qu’il m’en écrit : « M. de Québec a envoyé pouvoir à&#13;
M. l’Ancien dans une lettre écrite de sa main de faire les ordinations qui se&#13;
présenteront, les bénédictions et autres fonctions de son ministère dans le&#13;
diocèse. »&#13;
Ce pouvoir n’est pas si étendu dans la lettre de Mgr de Québec. Dieu veuille&#13;
qu’il ne fasse pas de bruit là-dessus, mais cela ne nous a pas fait plaisir. De&#13;
quelque utilité que vous soient MM. Hamel et Boucher, Bouteville, Gaulin, Pinguet&#13;
et Leblond, il eut mieux valu s’en priver que de faire cette démarche. Mais l’affaire&#13;
est faite. Je m’attends même que M. Gaulin sera ordonné prêtre avant que vous&#13;
receviez cette lettre. J’espère que s’il ne l’est pas, vous différerez à l’ordonner,&#13;
jusqu’à ce que Monseigneur donne un autre pouvoir, puisqu’il ne croit pas en avoir&#13;
donné et que selon l’axiome Non est major defectus quam defectus potestatis480.&#13;
Je vous dis ici franchement ce que l’on pense, parce que je sais que vous n’en ferez&#13;
480&#13;
&#13;
NDLR : Il n’y a pas de plus grande faute qu’un manque de pouvoir.&#13;
- 927 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-10&#13;
&#13;
qu’un bon usage et que vous désirez que j’en agisse ainsi. Je continuerai à le faire&#13;
sur tout ce qui me reviendra.&#13;
M. de Québec apprit à nos Messieurs dans cet entretien (où il parut tel qu’il a&#13;
toujours été et sera toujours, très véhément, industrieux, souple, adroit, aheurté&#13;
pour venir à ses fins) que le roi lui avait fait demander sa démission l’an passé et&#13;
qu’il l’avait refusée. Il dit qu’il ne se démettrait en effet jamais si cependant le roi&#13;
lui ôtait toute espérance de retour. Je crois qu’il pourrait à la fin changer de&#13;
sentiment. Il ne faut pas s’attendre à lui faire donner un autre évêché. Le roi s’est&#13;
expliqué nettement qu’il ne lui en donnerait jamais, mais bien quelque bonne&#13;
abbaye. Il craint son tour et son travers d’esprit et il aimera mieux le laisser&#13;
retourner en Canada que de l’admettre dans l’Église de France, où il appréhende&#13;
qu’il ne brouille. C’est sur quoi il nous faut compter.&#13;
Il est allé depuis dimanche matin à Versailles, où il va remuer toute pierre. M. l’abbé&#13;
de Brisacier, qui ira ce soir, saura ce qui s’y sera passé. Il ne fit que dîner à Versailles&#13;
et s’en revint. Le lundi 14 janvier, il est allé avec M. l’archevêque d’Auch, M. le&#13;
comte de Saint-Vallier 481 et M. de La Pallière trouver le R. P. de La Chaize et lui dire&#13;
que nos Messieurs, dans l’entretien ci-dessus, leur avaient protesté qu’ils n’avaient&#13;
point de part à la rétention de Monseigneur et donnaient les mains à son retour.&#13;
Le P. de La Chaize ne les crut pas et dit quelques jours après ces choses à&#13;
M. de Brisacier, qui lui dit que M. de Québec les ayant pressés de procurer son&#13;
retour, qui dépendait d’eux qui faisaient la pluie et le beau temps par&#13;
Mme de Maintenon. Ils lui avaient répondu que Mme de Maintenon ne se mêlait&#13;
pas de ces affaires ecclésiastiques et que ce n’était pas là le canal par lequel le roi&#13;
était informé et M. Tiberge est résolu d’aller trouver M. l’archevêque d’Auch et de&#13;
lui expliquer nettement ce qu’il pense sur le retour de Monseigneur.&#13;
Il remue à présent toute pierre sur son retour. Il a été depuis peu conjurer le&#13;
P. Le Valois de s’intéresser pour lui. Le père, qui présentement le connaît, l’a au&#13;
contraire fort pressé de se démettre et lui dit qu’il avait eu en vue d’inspirer au&#13;
P. de La Chaize de porter le roi à lui demander cette démission honnêtement, lui&#13;
marquant que cela lui fera plaisir et qu’il saura le reconnaître, etc. M. de Québec&#13;
lui dit qu’il ne se démettrait jamais si on ne lui fait son procès, etc. Il a dit à une&#13;
personne que plusieurs évêques voulaient s’intéresser pour lui en demandant son&#13;
retour, que la manière dont on l’arrêtait était injurieuse à tout l’ordre épiscopal et&#13;
481&#13;
&#13;
NDLR : Les deux étaient parents de l’évêque.&#13;
- 928 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-10&#13;
&#13;
qu’on voulait lui ôter son évêché d’une manière tout à fait honteuse. Il a&#13;
présentement de grandes conférences avec les Récollets. J’emploierai M. l’abbé&#13;
Bignon pour savoir ce qui se fait auprès de M. Phélypeaux. […]&#13;
J’allai voir, à mon retour, le P. de Lamberville. Il me dit que le R. P. de La Chaize&#13;
nous donnerait audience le dimanche 27 à 9 heures. Nous nous y trouvâmes avec&#13;
ledit père, que nous prîmes en passant, et après avoir attendu deux heures, nous&#13;
eûmes une longue audience. Le révérend père nous apprit que M. de Québec&#13;
l’était venu trouver la semaine d’auparavant et l’avait fort pressé de procurer son&#13;
retour, l’assurant qu’il tiendrait toutes choses en paix, que pour cela il se retirerait&#13;
à Montréal et vous laisserait les maîtres à Québec (c’est ce qu’il avait aussi proposé&#13;
à nos Messieurs et ils lui répondirent fort bien à M. d’Auch que c’était la proposition&#13;
la plus capricieuse qu’il pût proposer pour faire croire que nous voulions être les&#13;
maîtres, etc.). Il lui dit encore que son dessein serait, après avoir passé cinq ou six&#13;
ans en Canada, de se démettre alors avec honneur, mais qu’il lui était&#13;
présentement trop honteux pour s’y résoudre. Il lui présenta un cahier de&#13;
mémoire. C’est une réponse qu’il fait aux articles de la lettre de Mgr l’Ancien. Il dit&#13;
qu’ayant appris que des copies de cette lettre avaient couru à la Cour et qu’elle&#13;
avait peut-être été lue au roi, il lui était avantageux que le roi entendît les réflexions&#13;
qu’il avait faites par apostilles sur cette lettre et il le pria de les lire au roi et de&#13;
vouloir bien le supplier de se déclarer incessamment pour son retour, parce qu’il&#13;
lui était très nécessaire pour choisir des missionnaires et faire ses provisions,&#13;
factures, etc., pour son voyage qu’il sût dans peu s’il devait retourner ou rester. […]&#13;
J’ai oublié de vous marquer en son rang une conférence que nous eûmes avec lui&#13;
en présence de M. de La Pallière. Il me dit qu’il était nécessaire qu’il vît nos&#13;
Messieurs pour parler de nos unions d’abbayes. Je disposai à cela nos Messieurs. Il&#13;
ne nous fit que trop connaître en cet entretien qu’il n’était nullement changé,&#13;
malgré tout ce que nous en avait dit si souvent M. de La Pallière. Quand j’y fus&#13;
appelé, il était aux prises sur le chapitre de la lettre écrite par lui à Mgr l’Ancien. Il&#13;
soutenait fortement n’en avoir point écrit où il eut permis à Mgr l’Ancien de donner&#13;
les ordres, hors un billet qu’il laissa aux Récollets en partant pour venir en France,&#13;
auquel, dit-il, les Récollets auront pu ajouter la date du 18 mai 1695 ; mais qu’il n’en&#13;
avait écrit aucun de cette date et il en fit des protestations sans nombre, jusqu’à y&#13;
engager son salut éternel plusieurs fois, à vouloir parier son évêché contre&#13;
M. Tiberge et à promettre de donner sa démission. « Si cela se trouvait vrai à vous&#13;
entendre, lui dirent nos Messieurs, votre démission est ce que nous désirons&#13;
davantage, etc. » Il voulut encore parier ses deux oreilles à couper, etc. « Prenez&#13;
- 929 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-10&#13;
&#13;
garde à vos oreilles », lui dit en riant M. Tiberge. Je lui montrai ensuite cette copie.&#13;
Il se récria :&#13;
1° contre la date ;&#13;
2° contre le style qu’il prétendit n’être pas de lui à cause qu’il y a&#13;
« ne vous défendez pas d’officier, etc. dans une Église que vous&#13;
aimez si parfaitement » ;&#13;
3° il prétendit que ce pouvoir d’ordonner était relatif à la prière qui&#13;
en serait faite par M. Dollier.&#13;
Enfin, il n’y eut chicane qu’il ne fît sur cela et il pria, après toutes ces choses, de&#13;
n’en point parler ni ici ni en Canada. Nos Messieurs lui dirent qu’ils pouvaient bien&#13;
lui promettre de n’en pas parler en France, mais qu’ils ne pouvaient le dispenser&#13;
d’en écrire en Canada pour savoir la vérité. Ils lui ont même promis que je ne vous&#13;
en écrirais point et que ce seraient eux seuls qui en écriraient. Je ne leur en ai pas&#13;
demandé permission. Faites comme si vous ne saviez rien de tout ce que je viens&#13;
de vous apprendre. […]&#13;
1697,&#13;
Voici bien des nouvelles et qui vous surprendront. Mgr de Québec retournera en&#13;
Canada selon toutes les apparences. Voici comment les choses ont tourné.&#13;
Le roi, ayant remarqué que c’était sur lui seul que tombait la justice ou l’injustice&#13;
de la rétention de M. de Québec en France, crut devoir prendre conseil pour savoir&#13;
s’il pouvait en conscience le retenir. Nous avions prévu que le roi pourrait&#13;
s’adresser à M. de Paris ou à M. de Cambrai et nous les croyions très bien disposés.&#13;
En effet, il s’adressa à ce dernier l’un des jours gras et lui demanda s’il pouvait&#13;
retenir M. de Québec hors de son diocèse pour toujours, vu l’état où étaient les&#13;
affaires en ce pays-là. M. de Cambrai fit paraître qu’il ignorait les affaires de&#13;
M. de Québec. Le roi eut la bonté de lui demander : « Mais ne vous en ai-je parlé&#13;
l’an passé ? » (En effet, il lui en avait parlé.) M. de Cambrai continua de faire&#13;
l’ignorant, ou en effet il ne s’en souvint pas alors, et il dit au roi qu’il n’était pas&#13;
assez instruit de cette affaire et qu’il priait Sa Majesté de s’adresser à quelque&#13;
autre. Cela obligea le roi de demander à M. de Meaux son sentiment sur ce sujet.&#13;
Il lui dit qu’il était persuadé que M. de Québec était incapable de bien gouverner&#13;
son diocèse et que quelques protestations qu’il fît, il ne se corrigerait pas, mais&#13;
qu’après tout, il ne voulait pas se démettre et qu’il désirait savoir s’il devait&#13;
- 930 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-10&#13;
&#13;
l’empêcher de retourner dans son diocèse. M. de Meaux n’avait point été instruit&#13;
par nous, car jamais nos Messieurs ne lui avaient parlé de ces choses. Il connaissait&#13;
cependant parfaitement bien M. de Québec. Il ne voulut pas prononcer sur ce que&#13;
lui demandait le roi sans user de déférence envers M. de Paris. Il dit qu’étant alors&#13;
dans la chambre du roi, si Sa Majesté voulait le faire approcher, il dirait son&#13;
sentiment après lui. Le roi fit donc approcher M. de Paris, qui par modestie voulut&#13;
que M. de Meaux, comme son ancien d’épiscopat, dit le premier son sentiment et&#13;
tous les deux concoururent à dire qu’il serait à souhaiter que le roi tirât d’amitié la&#13;
démission, etc., mais que s’il ne la voulait pas donner, ils croyaient qu’on ne devait&#13;
pas l’empêcher de retourner en son diocèse, où il était obligé de résider suivant les&#13;
canons et que ce n’était pas une voie canonique d’user ainsi de l’autorité du roi,&#13;
etc.&#13;
Nous avons été surpris que M. l’archevêque de Paris ait été cette année de cet avis&#13;
et nos Messieurs lui en marquèrent honnêtement leur surprise le jour des Cendres,&#13;
car il nous avertit dès le matin de ce jour la disposition dans laquelle était le roi.&#13;
Nous allâmes le trouver à midi. Il nous dit comment le tout s’était passé et il ajouta&#13;
que le roi était résolu, en laissant retourner M. de Québec, de l’empêcher par son&#13;
autorité de faire le mal qu’il serait capable de faire s’il n’était arrêté par cette&#13;
autorité.&#13;
Nous voulûmes encore faire une tentative et nous dressâmes un mémoire pour&#13;
M. l’archevêque de Paris, dans lequel nous lui représentions qu’avant que le roi prît&#13;
le parti de laisser retourner N*, il était de sa piété et même de son obligation, dans&#13;
la connaissance qu’il avait du mal qu’il pouvait faire, de tenter toutes les voies de&#13;
tirer de lui sa démission à l’amiable ; que tous ceux qui connaissaient N. croyaient&#13;
que si Sa Majesté pouvait lui parler avec bonté et lui dire à peu près ces paroles :&#13;
« Je sais que dans l’état où sont les choses, il est du bien de la religion que vous ne&#13;
retourniez point en Canada. Soit que le mal vienne de vous ou de ceux qui sont&#13;
sous votre conduite, vous n’y pouvez plus faire de bien ; vous en pouvez faire&#13;
ailleurs. Je ne veux pas user d’autorité pour demander votre démission ni même&#13;
pour vous arrêter en France. Mais vous me ferez plaisir de me la donner. Je vous&#13;
en aurai obligation et j’aurai soin de vous. » M. de Québec serait capable de céder,&#13;
qu’au pis aller Sa Majesté ne commettrait point en cela son autorité, mais&#13;
seulement sa bonté. Nous allâmes l’après-dîner monter ce mémoire au P. de&#13;
La Chaize, à qui nous apprîmes toutes ces choses qu’il ne savait pas encore. Il&#13;
approuva ce mémoire et le lendemain, nous le portâmes à M. l’archevêque et&#13;
l’envoyâmes à Mme de Maintenon. […]&#13;
- 931 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-10&#13;
&#13;
C’est ce que nous apprit M. l’archevêque de Paris le lundi de la première semaine&#13;
de carême que nous fûmes le voir. Il nous montra un mémoire présenté par&#13;
M. de Québec, dans lequel il faisait les plus belles protestations de paix qu’on&#13;
puisse faire. Il s’excusait sur ce qu’on l’accusait, dit-il, de vouloir conduire son&#13;
diocèse par des lumières extraordinaires. Il faisait une offre à la fin de ce mémoire&#13;
de se retirer à Montréal et de laisser à Québec toute l’autorité à Mgr l’Ancien.&#13;
Nous nous élevâmes là contre et nous vîmes les inconvénients de cette proposition,&#13;
car si nous l’acceptions, il n’en faudrait pas davantage pour faire croire ce qu’on a&#13;
trop de disposition à croire, après qu’on a tâché de l’inspirer, que tous les déboires&#13;
de M. de Québec ne viennent que de la jalousie qu’on prétend qu’a l’ancien évêque&#13;
de s’être démis et de n’avoir plus de part au gouvernement. D’ailleurs, cela n’aurait&#13;
été que pour peu d’années. Mgr l’Ancien, enfin, n’aurait eu qu’une autorité&#13;
subordonnée et n’aurait pu faire aucun bien. […]&#13;
Ce ne fut que vers le milieu de la troisième semaine de carême que le roi lui parla.&#13;
Il eut une audience secrète et le roi lui parla d’une manière fort affable, à son&#13;
ordinaire. Il lui dit qu’il reconnaissait parler à un saint évêque et il chercha tout ce&#13;
qui pouvait adoucir son esprit. Cependant, après toutes ces honnêtetés, il l’assura&#13;
qu’il savait qu’il ne pourrait plus faire de bien en Canada. Il lui demanda sa&#13;
démission de bonne amitié, l’assurant qu’il lui ferait plaisir en cela, quoiqu’il pût&#13;
être assuré qu’il n’userait point d’autorité pour le retenir en France, encore moins&#13;
pour lui ôter son évêché. M. de Québec ne répondit qu’aux honnêtetés du roi par&#13;
de grandes assurances de son respect et de sa reconnaissance et de ses&#13;
attachements. « Mais vous ne répondez pas à ce que je vous demande », dit le roi.&#13;
« Il y a, Sire, des choses, dit M. l’évêque, sur lesquelles il est plus respectueux de ne&#13;
pas répondre à Votre Majesté. » Le roi alors lui dit, avec un ton de maître, que cela&#13;
étant, il retournerait à son diocèse, mais qu’il prit garde d’y rétablir entièrement la&#13;
paix et par ce qu’il entendait encore parler de lui, il saurait bien le rappeler pour ne&#13;
le plus laisser retourner.&#13;
Je vous mande tout ceci, le plus exactement qu’il m’est possible et sans beaucoup&#13;
d’ordre, mais il est important que vous ne parliez nullement de ces choses et qu’au&#13;
contraire, vous en vous en fassiez les ignorants. Plusieurs autres le savent assez et&#13;
le diront assez sans que vous le disiez. Il est important qu’on ne puisse pas dire que&#13;
vous l’avez dit et je vous prie même de ne pas faire paraître que je vous l’aie mandé.&#13;
&#13;
- 932 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
Quoiqu’il y eût plus de trois semaines que je m’attendisse à tout ceci, je vous avoue&#13;
que je ne laissai pas de tomber dans une affliction très sensible lorsque cela fut&#13;
assuré ; un rayon d’espérance m’avait soutenu jusqu’alors. Je craignis très&#13;
fortement de voir renouveler toutes les divisions anciennes. Je fus trois ou quatre&#13;
jours dans un abattement dont je ne pouvais revenir et je ne trouvais de&#13;
consolation que dans une humble soumission aux ordres de Dieu, lui disant avec&#13;
Job : « Et haec mihi sit consolatio ut adfligens me dolore non parcat, nec&#13;
contradicam sermonibus Sancti482 ». […] Ce n’est pas que nos Messieurs n’eussent&#13;
tout le désir possible de nous rendre service. Ils l’ont bien fait paraître en cette&#13;
affaire, qui leur a plus coûté que toutes celles qu’ils n’ont jamais eues pour les&#13;
missions orientales et la maison de Paris, mais ils voient la disposition des esprits,&#13;
tout ce qu’on a dit contre Mgr l’Ancien et nos MM. de Canada, tout ce qu’on a dit&#13;
contre eux à Paris et ils sentaient qu’il valait mieux ne rien demander ou peu de&#13;
choses que d’entrer dans une discussion fort longue qui ne servirait de rien. […]&#13;
J’embrasse très affectueusement tous nos très chers frères,&#13;
[Tremblay, prêtre indigne].&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-11. État de l’Église du Canada par Tremblay (1696)&#13;
&#13;
Doc. LI-VI-11&#13;
Mémoire des abbés de Brisacier et Tremblay et de M. de Denonville sur le&#13;
statut de l’Église de Québec, 1696, d’après une copie contemporaine&#13;
conservée aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des&#13;
colonies, Série C11 A, vol. 106, fos 101-113v&#13;
Une lettre de l’abbé Tremblay du 3 juin 1696 (no 6) nous informe que le P. de&#13;
La Chaize, pour neutraliser les démarches et les instances que Mgr de Saint-Vallier&#13;
faisait à la Cour pour obtenir la permission de retourner à Québec, conseilla, ou&#13;
du moins approuva, le projet de présenter un mémoire à ce sujet. En fait, deux&#13;
mémoires furent rédigés par l’abbé de Brisacier, supérieur du Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Paris, par l’abbé Tremblay, procureur du Séminaire de&#13;
Québec à Paris, et par M. de Denonville, l’ancien gouverneur du Canada : un long&#13;
mémoire pour le ministre et un mémoire plus bref pour le roi.&#13;
Dans le fonds Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des&#13;
colonies, Série C11 A, vol. 15, fos 10-25 ; 26-28, on a trouvé deux mémoires&#13;
anonymes de la même époque, qui, par leur contenu, répondent parfaitement aux&#13;
deux mémoires décrits par l’abbé Tremblay.&#13;
&#13;
NDLR : « J’aurais du moins la consolation – surtout de joie dans une torture insoutenable – de&#13;
ne pas avoir renié les décrets du Dieu Saint. » (Job 6:10)&#13;
482&#13;
&#13;
- 933 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
Le texte photographié du long mémoire fut examiné avec soin en 1932 par quatre&#13;
personnes qualifiées à la demande de l’archevêque de Québec ; ils conclurent qu’il&#13;
s’agissait en effet du long mémoire dont parle l’abbé Tremblay. Dans la&#13;
conclusion de leur examen du 10 octobre 1932, on lit :&#13;
Nous soussignés, Benoît-Philippe Garneau, prélat domestique, vicaire&#13;
général et doyen du chapitre et archiviste de l’archevêché, Pierre Georges&#13;
Roy, docteur ès-lettres, archiviste en chef de la Province de Québec,&#13;
Amédée Gosselin, protonotaire apostolique, professeur d’histoire de&#13;
l’Église du Canada et archiviste en chef du Séminaire de Québec) et de&#13;
l’Université Laval, […] ont reconnu à l’unanimité que le mémoire fait à&#13;
Paris en 1696, mémoire non signé, ayant pour but d’exposer les raisons qui&#13;
s’opposaient au retour à Québec de Mgr de Saint-Vallier, a eu pour auteur&#13;
M. de Denonville, gouverneur de la Nouvelle-France de 1685 à 1689,&#13;
l’abbé de Brisacier, alors supérieur du Séminaire des Missions étrangères&#13;
à Paris, et l’abbé Henri-Jean Tremblay, l’un des directeurs de ce même&#13;
Séminaire à Paris.&#13;
Après avoir examiné ce mémoire, nous n’avons aucune raison de douter du&#13;
jugement de ces experts. Nous en reproduisons le texte ici. Même s’il a été écrit&#13;
par des parties concernées, il nous donne plusieurs éléments pour juger la&#13;
situation, puisque les auteurs étaient des hommes très bien informés et en position&#13;
éminente.&#13;
&#13;
Mémoire sur l’Église de Canada sous l’ancien évêque&#13;
Lorsque M. de Saint-Vallier, à présent évêque de Canada, arriva à Québec&#13;
pour la première fois en 1685, avant que d’être sacré, il y fit une visite fort&#13;
exacte en qualité de vicaire général de Mgr de Laval, premier évêque de&#13;
Québec, dans toute la colonie française, même jusque dans l’Acadie, et il&#13;
reconnut, comme il l’a lui-même écrit dans sa relation imprimée à Paris en&#13;
1687 483, que cette Église était toute sainte et que tous les ecclésiastiques tant&#13;
curés ou missionnaires que chanoines et prêtres du Séminaire, y menaient&#13;
une vie très exemplaire et y avaient l’estime de tout le monde.&#13;
La sainteté de ce clergé était l’effet du sage gouvernement de M. de Laval,&#13;
qui dès l’année 1658 484 y avait été envoyé en qualité d’évêque de Pétrée et&#13;
vicaire apostolique du Saint-Siège et qui, accompagné dans la suite par&#13;
MM. Ango des Maizerets, de Bernières et Dudouyt, vertueux prêtres de&#13;
Cette relation a été imprimée en 1688 sous le titre : État présent de l’Église de la colonie française&#13;
dans la Nouvelle-France, par Mgr de Saint-Vallier, Paris, 1688 (in-8o, 102-ix pp).&#13;
484&#13;
Le mémoire se trompe ici. Mgr de Laval est arrivé au Canada en 1659.&#13;
483&#13;
&#13;
- 934 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
France et premiers ecclésiastiques de Canada, avait commencé avec eux de&#13;
former un clergé dans une espèce de Séminaire qu’il a toujours depuis&#13;
soutenu et augmenté à ses propres dépens, ne vivant pour lors de secours&#13;
que de la Compagnie royale de Canada, qui lui avait promis par an&#13;
7 000 livres sur l’état des charges indispensables du pays, dont 3 000 étaient&#13;
employées au soutien du Séminaire, qui n’avait point d’autre fondation et&#13;
qui n’en a point encore, 1 000 pour le curé de Québec et son vicaire et 3 000&#13;
pour bâtir des églises à la campagne. Par son économie et son application,&#13;
il mit les choses en état d’obtenir du Saint-Siège, à la réquisition du roi,&#13;
l’érection d’un évêché et d’une cathédrale à Québec en 1673 485 ; et se voyant&#13;
pour lors chargé en même temps de pourvoir à la subsistance de son&#13;
Séminaire, du service de la cathédrale et de la paroisse et de la desserte de&#13;
toutes les cures, il comprit qu’il n’avait ni assez d’ouvriers ni assez de biens&#13;
pour pouvoir séparer son clergé entre plusieurs corps entre lesquels les&#13;
différentes fonctions fussent partagées et il sentit encore mieux que toute la&#13;
sainteté des particuliers et toute leur consolation dans les difficultés,&#13;
inséparables du ministère ecclésiastique par rapport à un pays où la vie était&#13;
très dure en toutes manières, dépendraient de l’union qu’on établirait tant&#13;
pour le spirituel que pour le temporel entre tous les ecclésiastiques qui&#13;
serviraient sous son autorité cette nouvelle Église.&#13;
Il les porta donc tous par ses raisons et par son exemple à vivre tous&#13;
ensemble dans une même maison, où il se renferma lui-même, pour en&#13;
suivre les règlements qu’il avait faits, à mettre tout en commun, à faire&#13;
servir par les mêmes personnes la cathédrale, la paroisse et le Séminaire et&#13;
à rendre ce Séminaire comme le centre de tout le clergé séculier, où tous les&#13;
prêtres, qui y auraient été formés, s’attacheraient pour toujours aux&#13;
conditions suivantes :&#13;
1° que de leur part, ils seraient très soumis sous l’autorité de&#13;
l’évêque à la conduite du supérieur du Séminaire ;&#13;
2° qu’ils ne se regarderaient point comme propriétaires de ce&#13;
qui leur serait assigné pour leur subsistance, mais que, pour&#13;
&#13;
485&#13;
&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : 1674.&#13;
- 935 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
pratiquer le détachement, ils lui rendraient compte tous les&#13;
ans de l’administration de leur temporel ;&#13;
3° qu’ils mèneraient une vie si pure qu’on n’eût pas sujet de&#13;
les retrancher d’un corps, dont ils étaient en quelque façon les&#13;
membres ;&#13;
4° que pour s’entretenir dans la ferveur, ils reviendraient au&#13;
moins une fois par an faire les exercices spirituels dans le&#13;
Séminaire, qui durant ce temps-là ferait desservir les cures ;&#13;
5° que de la part du Séminaire, on les regarderait comme les&#13;
enfants de la maison, où ils seraient reçus et traités avec&#13;
charité lorsqu’ils viendraient à Québec soit pour maladie, soit&#13;
pour affaire nécessaire, soit pour la retraite annuelle ;&#13;
6° qu’on pourvoirait à tous leurs besoins temporels en santé&#13;
et maladie, partie par des secours d’argent et partie par des&#13;
provisions, tant pour ce qui regarde la vie que pour les habits&#13;
et l’entretien qui était uniforme entre tous les ecclésiastiques&#13;
de quelque rang qu’ils fussent ;&#13;
7° que pour les consoler et les soutenir dans leur éloignement,&#13;
on entretiendrait avec eux une parfaite correspondance de&#13;
charité ;&#13;
8° que dès qu’ils seraient usés ou invalides par leur grand âge&#13;
ou par les travaux et les maladies, ils trouveraient un asile&#13;
assuré dans le Séminaire jusqu’à la mort, après laquelle on&#13;
s’engageait à faire des prières communes pour leurs âmes.&#13;
Entre les vieillards et les infirmes, depuis que le chapitre de la cathédrale&#13;
fut établi, M. l’évêque s’appliquait à choisir ceux qui étaient encore capables&#13;
d’y faire quelques fonctions et, pour ne point faire de jalousie entre les&#13;
valides, il s’étudiait à prendre autant qu’il était possible les plus anciens de&#13;
prêtrise et de travail.&#13;
Comme il s’était aperçu qu’il y aurait peu de bons ecclésiastiques de France&#13;
qui voulussent passer en Canada à moins qu’ils ne regardassent cette Église&#13;
comme une mission étrangère qui demandait un zèle particulier, il unit son&#13;
- 936 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
Séminaire de Québec au Séminaire des Missions étrangères de Paris, et cette&#13;
union a été confirmée par lettres patentes du roi et par l’autorité du SaintSiège. Il a donné à chaque cure le nom de mission et le nom de missionnaire&#13;
à chaque curé et il a toujours eu en vue qu’après qu’il aurait pourvu toutes&#13;
les cures de la colonie française de bons prêtres, on formerait dans le&#13;
Séminaire des missionnaires qui se consacreraient au service des Sauvages*.&#13;
Il est à remarquer que dans les commencements il y avait des cures de 50 ou&#13;
60 lieues d’étendue et, quoiqu’à présent il y en a quelques-unes qui n’ont&#13;
que deux ou trois lieues, il y en a quelques autres qui en ont encore 15 et&#13;
toutes en ont communément cinq ou six, dont les chemins sont très difficiles&#13;
en tout temps, parce qu’en été il faut toujours ramer sur l’eau en canot et en&#13;
hiver marcher en raquettes sur la neige et porter avec soi sa chapelle, ses&#13;
vivres et ses couvertures, etc., et toutes choses sont si chères en ce pays-là&#13;
qu’on a jugé, par un acte signé du gouverneur, de l’évêque, de l’intendant&#13;
et des principaux du pays, que pour la nourriture et l’entretien de chaque&#13;
prêtre il ne fallait pas moins de 400 livres de France par an.&#13;
Tant qu’il y a eu peu de curés, le bien que l’évêque avait porté en Canada,&#13;
avec les pensions de ses premiers ecclésiastiques qui vivent encore et les&#13;
aumônes de France, servait de supplément au peu qu’on recueillait alors&#13;
des dîmes dans le pays ; mais le nombre des cures ayant été notablement&#13;
augmenté, le roi eut la bonté en 1685 de donner 8 000 livres de supplément&#13;
tous les ans, dont la répartition doit être faite de concert par l’évêque, le&#13;
gouverneur et l’intendant.&#13;
Outre ce supplément, qui n’a été affecté qu’aux curés de la campagne,&#13;
M. l’évêque, depuis que le roi est entré à la place de la Compagnie en&#13;
1675 486, a continué de toucher jusqu’à sa démission les 4 000 livres couchées&#13;
sur l’état des charges indispensables du Canada et les a appliquées comme&#13;
auparavant au soutien de la cure et du Séminaire de Québec, qui en a joui&#13;
jusqu’en l’année 1690.&#13;
&#13;
486&#13;
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NDLR : Il faut plutôt lire : 1674.&#13;
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�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
Comme M. l’évêque n’a pas cru que la cure ne pût jamais être desservie&#13;
avec décence, tant pour les grand-messes que pour les processions et&#13;
enterrements, si le Séminaire ne fournissait un clergé raisonnable, il a jugé&#13;
qu’il était nécessaire d’unir la cure au Séminaire, et cette union a été&#13;
consommée de sa part autant qu’il l’a pu en attendant qu’il plût au roi&#13;
d’accorder ses lettres patentes qu’on espère de sa bonté.&#13;
Les prêtres qui viennent de France étant en petit nombre, il a fallu former&#13;
un Séminaire d’enfants au nombre de 30, qui avant même que d’être admis&#13;
à la cléricature, servent d’enfants de chœur, portent le surplis, aident au&#13;
chant et aux cérémonies ; et c’est de leur nombre qu’après une longue&#13;
épreuve dans une vie dure, on tire les clercs qu’on élève par degrés au&#13;
sacerdoce et qui par expérience paraissent être plus propres que les&#13;
étrangers à porter les travaux du pays et à persévérer dans le service de&#13;
l’Église.&#13;
C’est ainsi qu’elle était servie avec l’édification générale de tout le pays et&#13;
la réputation universelle de tous les ecclésiastiques, qui jusqu’à l’arrivée de&#13;
M. l’abbé de Saint-Vallier, n’avaient donné nul scandale et qui, composant&#13;
une seule famille avec l’ancien évêque, vivaient doucement avec lui comme&#13;
avec leur père et trouvaient le moyen de subsister ensemble par l’économie&#13;
et remplir toutes les charges de la cathédrale, de la paroisse, du Séminaire,&#13;
des cures et des pauvres, nonobstant leur peu de bien, qui n’aurait pas pu&#13;
suffire à tout cela à beaucoup près, si on eût été divisé en différents corps et&#13;
en diverses maisons. À quoi il faut ajouter que l’ancien évêque, par un&#13;
dernier trait de sagesse toute chrétienne, avait voulu que tout son clergé&#13;
ainsi uni avec le Séminaire le fût encore avec toutes les autres communautés&#13;
séculières et régulières de l’un et de l’autre sexe, soit à Québec soit à&#13;
Montréal, non seulement en se rendant de part et d’autre toutes sortes de&#13;
bons offices, en donnant des supérieurs, directeurs, confesseurs et&#13;
chapelains aux maisons religieuses, qui par là ont toujours été maintenues&#13;
dans une grande union et régularité et en s’entraidant en toute manière&#13;
dans toute sorte d’occasions, mais même en faisant des actes particuliers&#13;
d’association avec les RR. PP. jésuites et les MM. de Saint-Sulpice, en vertu&#13;
- 938 -&#13;
&#13;
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�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
de laquelle ils se recevaient comme frères chacun dans leur maison ; ils&#13;
administraient même quelquefois les sacrements en commun dans la&#13;
cathédrale, assistaient à l’office et allaient dire réciproquement les grandmesses et prêcher les uns chez les autres le jour des principales fêtes de&#13;
chaque corps, s’étant même engagés de part et d’autre dans la fête&#13;
principale de chaque communauté à faire dire à son intention la messe par&#13;
tous les prêtres des autres corps et à prier pour ceux qui mourraient, comme&#13;
s’ils n’eussent fait tous ensemble qu’une même congrégation.&#13;
De l’Église de Canada depuis l’arrivée du nouvel évêque&#13;
Les personnes les plus sages de Paris, en qui M. l’abbé de Saint-Vallier avait&#13;
confiance, lui avaient fortement recommandé, dans son premier voyage de&#13;
Canada avant son sacre, de ne rien changer dans la visite qu’il y allait faire,&#13;
mais seulement de s’y instruire de l’état des choses et de se souvenir que,&#13;
n’étant encore que vicaire général de son prédécesseur, il n’était ni de la&#13;
bienséance ni de la sagesse de faire aucun changement, mais qu’il était à&#13;
propos de suivre ce qu’avait fait celui dont il exerçait l’autorité et qui par sa&#13;
démission volontaire l’avait mis en place.&#13;
Il parut à tout le monde qu’il partait dans cet esprit. Il fut descendre dans le&#13;
Séminaire de Québec pour y faire sa demeure et se conformer en tout à&#13;
l’ancien évêque. Cependant, quoiqu’il ne pût s’empêcher d’approuver le&#13;
bien qu’il voyait si bien commencé et qu’il affectât de s’écrier en diverses&#13;
occasions que tout était fait et qu’il n’avait plus rien à faire, à peine avait-il&#13;
vécu dans le Séminaire 15 jours, que dans les premières visites qu’il fit, il&#13;
voulut faire plusieurs changements et en fit effectivement quelques-uns,&#13;
mettant de nouveaux règlements dans le Séminaire, ôtant le chapelet pour&#13;
augmenter, disait-il, le temps de l’oraison mentale, augmentant le nombre&#13;
de 30 enfants jusqu’à 60 et 70, tant à Québec qu’à une terre du Séminaire&#13;
qui en est à sept lieues, et faisant faire sans mesure et sans consulter&#13;
personne des aumônes excessives et des établissements prématurés aux&#13;
dépens de son clergé, se regardant comme le maître et le dispensateur&#13;
absolu de tous les biens ecclésiastiques, de sorte qu’en un an, quoiqu’il eût&#13;
- 939 -&#13;
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?&#13;
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�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
apporté de grosses sommes de France, il se vit sans argent et, repassant en&#13;
France, il laissa le Séminaire chargé de 8 000 ou 10 000 livres de dette, étant&#13;
au surplus brouillé avec les directeurs du Séminaire et surtout avec&#13;
M. des Maizerets, qui en était le supérieur, dont la vertu et la droiture&#13;
devaient lui avoir inspiré beaucoup d’estime, mais dont le crédit dans tout&#13;
le pays et la liberté à lui représenter les inconvénients de sa conduite le lui&#13;
avaient rendu peu supportable.&#13;
Lorsqu’il s’embarqua pour repasser en France, les communautés, les curés&#13;
et les peuples furent si frappés de ses manières d’agir avec tant de vivacité&#13;
et de précipitation et du peu d’égard qu’il avait eu pour la conduite de son&#13;
prédécesseur et pour la personne et les amis de ses vicaires généraux, que&#13;
dès lors on prévit ce qu’il oserait entreprendre quand il serait évêque ; et on&#13;
écrivit de toutes parts en France qu’on appréhendait son retour et qu’il&#13;
serait peut-être de la gloire de Dieu de lui persuader de ne point y revenir&#13;
et de ne se point faire sacrer.&#13;
L’événement n’a que trop fait voir combien ces craintes étaient bien&#13;
fondées. Il retourna en Canada après son sacre, bien déterminé à donner&#13;
une nouvelle face à toute chose, selon les idées particulières qu’il était bien&#13;
résolu de ne point soumettre à personne. Et se voyant revêtu par lui-même&#13;
de tout le pouvoir de l’épiscopat, il attaqua en même temps le Séminaire&#13;
épiscopal dans le temporel et le spirituel, ne voyant pas qu’il allait renverser&#13;
cette nouvelle Église par ses fondements et se croyant assez éclairé par ses&#13;
seules lumières et assez fort par son autorité et par ses bonnes intentions&#13;
pour entreprendre tout. Il avait pensé d’abord qu’il devait retourner seul et&#13;
empêcher son prédécesseur de repasser jamais dans la Nouvelle-France,&#13;
dont il ne croyait pas pouvoir si facilement détruire l’ouvrage de tant&#13;
d’années en sa présence.&#13;
Mais M. le marquis de Denonville, pour lors gouverneur général du pays,&#13;
lui ayant écrit de Québec que s’il revenait sans amener son prédécesseur, il&#13;
trouverait toute la colonie terriblement indisposée contre lui et, ayant&#13;
mandé en même temps à M. le marquis de Seignelay que, dans l’état présent&#13;
- 940 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
des affaires publiques, il était nécessaire pour le service du roi et pour le&#13;
bien de la colonie et de l’Église naissante que l’ancien évêque revînt pour&#13;
ménager les esprits, sur lesquels il avait un grand ascendant par son génie&#13;
et par sa réputation de sainteté, M. le nouvel évêque vit bien qu’il fallait&#13;
malgré lui prendre le parti de redemander lui-même le retour de son&#13;
prédécesseur et il se fit honneur devant le monde de l’avoir obtenu.&#13;
Ils repassèrent dans la même année par deux divers embarquements et,&#13;
quand ils y furent tous deux, quoique l’ancien pour prévenir toute jalousie&#13;
se retirât à l’écart pour ne se mêler de rien que de mener une vie sainte et&#13;
privée et qu’il s’abstînt même de se trouver au réfectoire et aux récréations&#13;
du Séminaire et de faire aucune fonction en public, le nouveau prélat prit&#13;
de si forts ombrages contre lui que bien loin de le presser par honnêteté&#13;
d’exercer aucun pouvoir et de prendre la moindre part au gouvernement,&#13;
il lui fit entendre plusieurs fois qu’il ferait bien de retourner en France ou&#13;
du moins de se retirer à une maison de campagne qu’il a donnée au&#13;
Séminaire à sept ou huit lieues de Québec.&#13;
Il n’était arrivé en Canada qu’au mois de juin 1688 et depuis ce temps-là&#13;
jusqu’en novembre suivant, tant durant les trois mois qu’il passa dans le&#13;
Séminaire en attendant qu’il pût loger ailleurs que lorsqu’il fut établi dans&#13;
sa maison épiscopale, il fit connaître ouvertement tout ce qu’il avait dans le&#13;
cœur pour changer autant qu’il pouvait l’ancienne manière de gouverner.&#13;
1° Il ôta à MM. des Maizerets et de Bernières les commissions de grandvicariat et de supériorité des maisons religieuses, où il leur défendit même&#13;
de confesser, de diriger et de faire des conférences et il aima mieux laisser&#13;
ces communautés et le diocèse entier sans supérieurs et sans grandsvicaires que de continuer dans ces emplois ces deux hommes, qui du&#13;
consentement commun étaient les plus saints, les plus sages, les plus&#13;
expérimentés et les plus anciens ecclésiastiques du pays, où ils travaillaient&#13;
depuis 30 ans avec l’approbation universelle à la tête de toutes les bonnes&#13;
œuvres.&#13;
&#13;
- 941 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
2° Il prétendit que l’érection de plusieurs cures fixes faite par son&#13;
prédécesseur selon les intentions de la Cour était nulle ; qu’il fallait aussi&#13;
annuler l’union qu’il avait cru devoir faire des cures de Québec et de la côte&#13;
de Beaupré au Séminaire et qu’on devait regarder comme une chanson&#13;
(c’étaient ses termes) l’institution du chapitre faite par son même&#13;
prédécesseur en vertu des bulles du Saint-Siège, comme aussi tous les&#13;
règlements et statuts donnés par l’ancien évêque aux chanoines et acceptés&#13;
par eux dans une assemblée à la fin de laquelle ce premier évêque de&#13;
Québec leur donna par écrit signé de lui le pouvoir d’augmenter ou de&#13;
retrancher ce qu’ils jugeraient à propos dans la suite à ces règlements et&#13;
statuts.&#13;
3° Il écrivit au supérieur du Séminaire des Missions étrangères de Paris&#13;
pour le solliciter de persuader par lettres à M. l’ancien évêque de se retirer&#13;
de Québec à la campagne, de rappeler en France M. des Maizerets,&#13;
supérieur du Séminaire de Québec, d’envoyer de Paris en Canada un autre&#13;
supérieur à sa place et de changer le curé de Québec qu’on avait choisi&#13;
depuis peu comme le sujet le plus propre pour entretenir l’union entre les&#13;
religieux et le clergé.&#13;
4° Il fit encore plusieurs autres demandes et en ayant remis la décision à&#13;
M. le duc de Beauvilliers, à M. l’abbé de Fénelon, à M. Tronson et au&#13;
P. Le Valois, il reçut leurs avis en apparence avec respect et assembla même&#13;
en 1689 un conseil composé du P. Dablon, jésuite, et de MM. de Glandelet&#13;
et Merlac, ses grands-vicaires, sans y appeler son prédécesseur ; mais il ne&#13;
l’assembla que trois ou quatre fois, parce que regardant la différence de&#13;
sentiments de quelques-uns d’avec les siens comme une résistance&#13;
criminelle des inférieurs à leur évêque, il jugea plus à propos de ne les point&#13;
consulter du tout que de leur laisser la liberté d’opiner selon leurs vues et&#13;
leurs consciences.&#13;
5° Pour saper peu à peu le Séminaire par le temporel, il lui a fait porter&#13;
autant qu’il a pu toutes les dépenses du chapitre, de la paroisse et des&#13;
pensions de plusieurs ecclésiastiques qu’il avait menés de France, ayant&#13;
- 942 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
suspendu de faire raison de tout cela pendant cinq ou six ans, nonobstant&#13;
les comptes qu’on lui avait présentés à Québec et qu’on avait réduits à Paris&#13;
pour le bien de la paix à beaucoup moins qu’il ne devait, n’ayant payé en&#13;
effet qu’en février 1695 ; encore fallut-il lui accorder de nouvelles remises et&#13;
se contenter pour le paiement de 7 000 livres qu’il devait de transports et de&#13;
billets, avec 500 ou 600 livres d’argent comptant.&#13;
Il conçut le dessein de priver entièrement le Séminaire des 4 000 livres sur&#13;
l’état des charges indispensables du Canada, qui jusqu’alors avaient servi&#13;
comme de gros à la cure et de fondation au Séminaire, non fondé et sans&#13;
aucun soutien de la part du clergé, dont il est lui-même l’appui. Il retrancha&#13;
d’abord de sa propre autorité 2 000 livres de ces quatre ; il empêcha ensuite&#13;
que le Séminaire n’en touchât rien du tout, jusqu’à ce qu’il ait fait vuider&#13;
ses différends à Paris, où il n’avait souffert qu’avec peine qu’on laissât du&#13;
moins toucher le tiers de cette somme au Séminaire en disposant comme il&#13;
voudrait des deux autres tiers, sur lesquels néanmoins on l’a encore obligé&#13;
depuis de donner au même Séminaire 400 livres pour le curé de la paroisse.&#13;
Il s’est rendu le maître des 1 800 livres qu’il est convenu de payer au&#13;
Séminaire pour le chapitre sur le tiers du revenu des abbayes. Il a voulu&#13;
qu’on prît sur ce fonds-là les dépenses de la sacristie, nonobstant les&#13;
conventions formellement contraires portées par sa transaction avec feu&#13;
M. Dudouyt. Et il l’a lui-même partagé et distribué selon son bon plaisir par&#13;
ses mains aux dignités et chanoines qu’il avait auprès de lui et qui&#13;
n’assistaient point aux offices, pendant que le reste, qui était dû aux autres&#13;
dignités et chanoines unis au Séminaire et qui acquittaient exactement le&#13;
service, est demeuré entre ses mains jusqu’au commencement de&#13;
l’année 1695. Il a même tenté plusieurs fois d’abolir l’office canonial de&#13;
l’église cathédrale, pour n’être point obligé de payer ce fonds de 1 800 livres&#13;
qui y était affecté, mais on lui a représenté que cela ne se pouvait pas, parce&#13;
que dans les traités faits avec les religieux de Méobecq et de l’Estrée pour&#13;
l’union de ces abbayes à l’évêché et chapitre, l’ancien évêque s’était obligé&#13;
de les décharger du service monacal, en le transférant à Québec. À l’égard&#13;
des 8 000 livres de supplément que le roi accorde aux curés au défaut des&#13;
- 943 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
dîmes, il en a fait une nouvelle répartition et, ayant dit à M. le gouverneur&#13;
et à M. l’intendant qu’il l’avait concertée (quoique cela ne fût pas vrai) avec&#13;
l’archidiacre, les supérieur et directeurs du Séminaire, qui seuls&#13;
connaissaient les justes proportions qu’il fallait garder selon l’inégalité des&#13;
dîmes, il la leur fit signer en 1689 et, dans les années suivantes, il s’est passé&#13;
d’eux contre les intentions de la Cour pour faire lui seul cette distribution,&#13;
a retranché comme il lui a plu tantôt aux uns, tantôt aux autres, surtout à&#13;
ceux qui avaient plus de liaison au Séminaire, quoique tous s’en&#13;
plaignissent hautement à M. l’intendant et à lui-même, ce qui lui paraissait&#13;
une révolte condamnable et, comme il avait du revenant bon, il l’a appliqué&#13;
de sa pure volonté à telle autre bonne œuvre qu’il a jugée plus convenable.&#13;
Enfin, sans faire mention de plusieurs autres menues occasions, dont il n’a&#13;
pas négligé une seule, il a fait ce qu’il a pu pour ôter au Séminaire 700 livres&#13;
que les marguilliers lui fournissent pour un sacristain et quatre enfants de&#13;
chœur ; et pour le frustrer encore de 2 000 livres que le roi accorde tous les&#13;
ans pour les prêtres usés et invalides qui se retirent dans le Séminaire et, ne&#13;
pouvant en venir à bout, il a fait tous ses efforts pour charger le Séminaire&#13;
non seulement de vrais invalides, mais de tous les ecclésiastiques qu’il&#13;
voudrait y envoyer et qu’il y envoie en effet sans qu’on ose le presser de&#13;
dédommager le Séminaire, ce qui serait une source intarissable de&#13;
contestations.&#13;
6° Il n’a pas moins travaillé sans y penser à affaiblir et à ruiner l’état de&#13;
perfection spirituelle où était cette nouvelle Église, en s’appliquant à diviser&#13;
ce que son prédécesseur avait uni avec tant de soin ; et il n’a pas pris garde&#13;
qu’en rompant l’union étroite de toutes les parties du clergé avec le&#13;
Séminaire, il en bannissait cet esprit de charité et de subordination qui en&#13;
faisait toute la force et toute la grâce. Il a entrepris de détacher du Séminaire&#13;
tous les curés de la campagne qui s’y étaient volontairement attachés et il&#13;
n’a pas voulu que les nouveaux qu’il avait amenés avec lui de France s’y&#13;
attachassent, nonobstant que plusieurs d’entre eux le lui demandassent&#13;
avec la dernière instance, jusqu’à encourir sa disgrâce, lorsqu’ils ne se&#13;
rendaient pas assez tôt à ses refus.&#13;
&#13;
- 944 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
Dans le Séminaire même, il a soulevé autant qu’il a pu les inférieurs contre&#13;
les supérieurs, auxquels il leur défendait d’avoir leurs rapports ordinaires&#13;
pour leur conduite et leur conscience, voulant s’attirer immédiatement à&#13;
lui-même la confiance de tous les particuliers, leur faisant entendre qu’il n’y&#13;
avait point de grâce à espérer de lui pour eux, tant qu’ils s’adresseraient à&#13;
M. des Maizerets, tout supérieur qu’il était pour lors du Séminaire, dans&#13;
lequel il s’était ménagé des espions qui lui faisaient à tort et à travers des&#13;
rapports de ce que ce pauvre supérieur avait dit innocemment ou même de&#13;
ce qu’il n’avait pas dit, mais de ce qu’on lui faisait dire en interprétant mal&#13;
ses paroles et ses actions ; moyen dont il s’est servi dans les autres&#13;
communautés où il a eu le malheur d’exciter de son temps des brouilleries&#13;
et des divisions et, lorsque les supérieurs lui en faisaient de très humbles&#13;
plaintes, il leur a répondu que c’est ainsi qu’il fallait gouverner en habile&#13;
politique ; à quoi on lui répartit modestement et sagement qu’on ne savait&#13;
pas si c’était agir en grand politique, mais qu’on ne croyait pas que ce fût&#13;
agir en grand évêque.&#13;
Il n’a rien oublié pour ôter aux curés le détachement qu’ils avaient pour leur&#13;
temporel, dont ils s’étaient reposés jusqu’alors sur le Séminaire ; il a voulu&#13;
au contraire qu’on donnât à chacun d’eux tout leur revenu pour en faire ce&#13;
qu’il leur plairait, sans dépendre de personne et sans en rendre compte par&#13;
vertu à qui que ce soit. Et on a eu le déplaisir de voir que ceux qui se sont&#13;
ainsi séparés, partie par complaisance pour lui et partie par le penchant de&#13;
la cupidité naturelle, se sont trouvés si distraits et si embarrassés par le soin&#13;
de leur subsistance, dont ils étaient autrefois déchargés, que non seulement&#13;
ils n’ont eu ni le temps ni la volonté de faire selon leur coutume la retraite&#13;
annuelle, mais aussi ils se sont sentis tout à fait déchus de leur première&#13;
ferveur, dont ils ont eux-mêmes rejeté la cause sur le changement de leur&#13;
état.&#13;
Il n’est rien qu’il n’ait fait pour obliger les Jésuites et les autres&#13;
communautés à abandonner entièrement le Séminaire et, quoique les&#13;
Jésuites aient toujours conservé le même zèle et la même liaison, on s’est&#13;
aperçu avec douleur que quelques autres corps se sont sensiblement&#13;
- 945 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
refroidis et éloignés, de sorte qu’au lieu que sous l’ancien évêque tout&#13;
tendait à réunir les cœurs, tout conspire présentement à les séparer. Le&#13;
nouvel évêque, dans cette opposition de conduite, n’a pas manqué de&#13;
prétextes spécieux, dont il s’est laissé éblouir et qui lui ont peut-être caché&#13;
les causes secrètes et véritables qui l’ont fait agir.&#13;
Ces prétextes ont été :&#13;
1° qu’il fallait gouverner son diocèse comme les autres&#13;
diocèses de France et qu’ainsi il fallait séparer les biens et les&#13;
personnes et former de différents corps pour le chapitre, le&#13;
Séminaire et la paroisse ; mais il ne considère pas qu’il n’y a&#13;
ni assez d’ecclésiastiques ni assez de biens pour faire à présent&#13;
ce changement ;&#13;
2° que la dépendance où le Séminaire de Québec tient tous les&#13;
ecclésiastiques du pays a un air de domination et d’avarice&#13;
qu’un évêque doit réprimer et qu’il n’est pas du bon ordre&#13;
qu’un seul corps dispose de tous les biens ecclésiastiques et&#13;
s’assujettisse tous les prêtres ; mais tout le monde sait que le&#13;
Séminaire, bien loin de profiter de l’administration de tout le&#13;
temporel, a toujours mis du sien et que, bien loin de se&#13;
prévaloir de la déférence volontaire de tous les curés et de&#13;
tout le clergé du pays, son supérieur et ses directeurs ont&#13;
toujours passé pour les plus humbles et n’ont été à&#13;
proprement parler que les serviteurs de tous les autres ;&#13;
3° que le rapport du clergé au Séminaire tant qu’il durerait&#13;
serait un obstacle invincible au rapport que ce même clergé&#13;
doit à son évêque, auquel il fallait désormais que tous les&#13;
ecclésiastiques dépendissent immédiatement et uniquement&#13;
pour leur spirituel et leur temporel, afin de mettre l’Église&#13;
naissante de Canada dans le même état où était l’Église&#13;
primitive du temps des apôtres, qui gouvernaient sans&#13;
séminaire et qui disposaient des biens qu’on apportait à leurs&#13;
pieds ; mais il ne faisait pas réflexion que le rapport du clergé&#13;
- 946 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
au Séminaire n’avait pas empêché son prédécesseur d’être&#13;
parfaitement le maître du spirituel et du temporel de son&#13;
Église, qu’il était de notoriété publique qu’il l’avait gouvernée&#13;
par le Séminaire plus despotiquement et plus doucement&#13;
qu’aucun évêque puisse jamais gouverner son diocèse, qu’il&#13;
n’avait pas même cru possible de le gouverner aussi&#13;
absolument et aussi saintement en séparant les biens et les&#13;
corps, comme il l’a fait en les unissant ; que les apôtres&#13;
gouvernant tous ensemble l’Église de Jérusalem sous&#13;
l’autorité de saint Pierre formaient avec les disciples une&#13;
compagnie sacrée qui était comme une espèce d’essai de ces&#13;
autres sociétés qui dans la suite des siècles devaient avoir part&#13;
au gouvernement des diocèses dépendamment des évêques&#13;
sans préjudice à leur autorité ; que nous n’avions nulle preuve&#13;
certaine dans l’Écriture que tous les disciples et nouveaux&#13;
chrétiens eussent leur rapport unique et immédiat au seul&#13;
saint Pierre, comme chef de toute l’Église, ni au seul saint&#13;
Jacques, comme évêque particulier de Jérusalem, pour le&#13;
spirituel et le temporel, puisqu’il est dit au contraire dans les&#13;
Actes qu’on apportait les biens aux pieds des apôtres en&#13;
général, qui sans préjudice de la primauté de saint Pierre&#13;
paraissaient gouverner en commun en esprit de charité ;&#13;
[4°] qu’enfin, les évêques de nos jours, quoique successeurs&#13;
des apôtres dans leur caractère, n’ayant pas la même&#13;
plénitude de sagesse et d’esprit de Dieu, ne devaient pas&#13;
trouver mauvais qu’on ne leur abandonnât pas à eux seuls&#13;
l’administration de tous les biens du clergé ; que c’était&#13;
beaucoup que les prêtres et les ecclésiastiques eussent de nos&#13;
jours assez de détachement pour en laisser l’administration&#13;
sous la puissance épiscopale à un corps permanent qui pût&#13;
perpétuer un si grand bien ; ce qui n’est pas possible à chaque&#13;
évêque en particulier, parce qu’il ne peut gouverner que peu&#13;
de temps et qu’il ne peut répondre de la disposition de ses&#13;
successeurs.&#13;
- 947 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
Les véritables causes des changements que le nouvel évêque a voulu&#13;
apporter sont, autant qu’on en peut juger par ses lettres, par ses paroles et&#13;
par sa conduite :&#13;
1° qu’ayant l’esprit borné comme tous les hommes l’ont, il n’a&#13;
pas compris qu’il fallait gouverner le diocèse de Canada&#13;
autrement que les diocèses d’une Église formée depuis&#13;
longtemps ; mais il aurait dû penser dans la suite que le&#13;
gouvernement de son prédécesseur, n’ayant fait jusqu’alors&#13;
nul mal et ayant au contraire sanctifié tous les ministres de&#13;
l’Église et édifié les peuples, était plus convenable à cette&#13;
Église que la discipline commune des autres diocèses ;&#13;
2° qu’en laissant les choses dans l’état qu’elles étaient avant&#13;
son arrivée, le clergé et le peuple seraient toujours plus&#13;
tournés vers son prédécesseur que vers lui et que ne faisant&#13;
rien de nouveau il tomberait dans le mépris ; mais il a vu au&#13;
contraire que plus il a honoré son prédécesseur, plus il a été&#13;
honoré lui-même, comme il parut dans la translation des&#13;
reliques qui fut faite à Québec le 25 janvier 1689, jour&#13;
anniversaire de son sacre, lorsqu’ayant prié l’ancien évêque&#13;
d’assister à ses côtés à cette cérémonie et de donner comme&#13;
lui la bénédiction au peuple, il reçut lui-même mille&#13;
bénédictions de ce peuple qui parlant assez haut pour être&#13;
entendu disait : « Que Dieu bénisse notre nouvel évêque de&#13;
faire ainsi honneur à notre ancien et saint prélat » ; et si depuis&#13;
dans plusieurs occasions il a cru s’apercevoir qu’on manquait&#13;
d’estime et de considération pour lui, il peut en attribuer la&#13;
cause au peu de cas qu’il a semblé faire de ce vénérable&#13;
prédécesseur, en ne l’employant à rien et en parlant même de&#13;
lui ou à lui d’une manière peu digne du caractère de l’un et&#13;
de l’autre ;&#13;
3° que son naturel inquiet et remuant ne peut laisser&#13;
longtemps les choses dans une même consistance et qu’étant&#13;
toujours agité en lui-même, il ne peut durer sans faire hors de&#13;
- 948 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
lui des mouvements continuels ; mais la raison aurait dû le&#13;
réprimer et le faire résoudre à ne rien changer, puisque&#13;
l’expérience lui ayant fait voir que l’ancienne conduite n’avait&#13;
eu que de bons effets, il devait en craindre de mauvais, s’il&#13;
venait à en prendre une autre.&#13;
Il est vraisemblable que nulle de ces réflexions n’est entrée profondément&#13;
dans son esprit, puisque malgré tout ce qu’on a pu lui dire ou lui écrire sur&#13;
cela, il a toujours été son chemin.&#13;
Il revint en France en 1691 plus irrité que jamais contre son Séminaire, sans&#13;
en avoir pourtant aucune nouvelle raison. Il tâcha de persuader aux&#13;
directeurs du Séminaire des Missions étrangères de Paris de demander au&#13;
roi conjointement avec lui des commissions pour juger les contestations&#13;
qu’il disait avoir à régler. Mais ces directeurs lui déclarèrent par un écrit&#13;
signé d’eux qu’ils ne voulaient avoir de différends, qu’ils le laissaient le&#13;
maître de tout, qu’ils lui remettraient s’il le voulait son Séminaire épiscopal&#13;
pour le confier à telle autre communauté qu’il lui plairait de choisir, pourvu&#13;
qu’il laissât toujours leur Séminaire à Québec sur le pied du Séminaire des&#13;
Missions étrangères et que même, s’il le désirait, ils étaient prêts de rappeler&#13;
tous leurs MM. de Canada en France.&#13;
Cet écrit l’étonna et ne le rebuta point. Il demanda tout seul des&#13;
commissaires. Le roi les lui refusa et ordonna à feu M. l’archevêque de Paris&#13;
de le lui dire et cependant, de l’écouter avec le R. P. de La Chaize sur ses&#13;
prétentions, en présence des directeurs du Séminaire de Paris, auxquels il&#13;
fut ordonné d’y répondre, afin qu’on pût faire le rapport de tout à&#13;
Sa Majesté, qui se réservait d’y pourvoir. Dans plusieurs conférences, il fit&#13;
voir beaucoup d’excès et d’emportements qui surprirent M. l’archevêque et&#13;
le R. P. confesseur. Les directeurs du Séminaire de Paris signèrent tout ce&#13;
qu’on voulut, sachant bien que, soit qu’on lui accordât ou qu’on lui refusât&#13;
ses demandes, il serait toujours également disposé à ne se tenir jamais en&#13;
repos. Il fut remercier le roi d’avoir approuvé ce qui avait été convenu et il&#13;
lui protesta en présence de M. l’archevêque, du R. P. de La Chaize et du&#13;
- 949 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
supérieur du Séminaire de Paris qu’il s’en retournait content en Canada et&#13;
que soit que son Séminaire en usât bien ou mal, pour lui il ne se plaindrait&#13;
plus et ne reviendrait jamais importuner Sa Majesté.&#13;
À peine était-il retourné à Québec, quoique les supérieur et directeurs du&#13;
Séminaire reçussent avec respect le Règlement qu’il leur portait, il leur fit&#13;
mille incidents et écrivit en France par les premiers vaisseaux plusieurs&#13;
nouvelles difficultés dont le roi voulut être instruit et dont on envoya par&#13;
son ordre les décisions à cet évêque. Quand il les reçut, il était dans une&#13;
nouvelle brouillerie avec son Séminaire à cause du chapitre, dont les trois&#13;
premières dignités, qui étaient aussi les trois premiers officiers du&#13;
Séminaire, avaient été interdits par lui de prêcher et confesser pour avoir&#13;
appelé comme d’abus d’une sentence qu’il avait rendue contre toute justice&#13;
et sans garder nulle formalité. Ils ont subi cet interdit si mal fondé durant&#13;
l’espace d’un an, après lequel il se contenta de les relever verbalement, étant&#13;
comme forcé à cela par les lettres qu’il venait de recevoir de France, où tous&#13;
ses amis le condamnaient d’avoir fait une si mauvaise procédure. Les&#13;
directeurs du Séminaire furent ravis de se voir dans l’obligation de ne pas&#13;
poursuivre leur appel comme d’abus, ayant trouvé dans les nouvelles&#13;
décisions que s’il naissait entre M. l’évêque et eux quelques différends,&#13;
l’intention du roi était qu’on les renvoyât à M. l’archevêque de Paris et au&#13;
R. P. de La Chaize, qui, ayant été informés à la fin de 1693 de cet interdit,&#13;
écrivirent au commencement de 1694 de la part de Sa Majesté à ce prélat de&#13;
venir au plus tôt en France pour y terminer en personne ses affaires.&#13;
Il partit donc au mois de novembre de la même année, non seulement pour&#13;
obéir à cet ordre, mais pour venir chercher à la Cour de France de l’appui&#13;
contre toutes les puissances et la plupart des communautés de Canada avec&#13;
lesquelles il s’était malheureusement brouillé. En écrivant au mois de mars&#13;
1695 aux Jésuites et au Séminaire de Québec, il leur a témoigné être fort&#13;
content de leurs supérieurs de France et il a prié M. l’ancien évêque par une&#13;
lettre particulière de porter le P. de Bruyas, supérieur des Jésuites de&#13;
Québec, d’écrire au père provincial de la province de Paris pour le&#13;
remercier d’en avoir si bien usé avec lui. Et cependant, il a écrit en même&#13;
- 950 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
temps à M. Dollier, son grand-vicaire à Montréal, qu’il n’avait trouvé en&#13;
France aucun obstacle à ses desseins que de la part des Jésuites et du&#13;
Séminaire des Missions étrangères ; duplicité qu’il est difficile d’excuser&#13;
dans un évêque d’une aussi grande probité que lui.&#13;
Il est aisé de voir par tout le détail de sa conduite jusqu’à présent qu’il n’y&#13;
a nulle apparence de pouvoir jamais avoir aucune paix avec lui, parce qu’il&#13;
ne peut en avoir avec personne ; pour peu qu’on connaisse le caractère&#13;
naturel de son esprit et les principes par lesquels il agit, on verra bien qu’il&#13;
n’est ni maître de lui-même ni ne peut gouverner les autres.&#13;
Il a trop de vivacité et trop peu de réflexion et de jugement. Il est d’un&#13;
attachement à son sens jusqu’à l’obstination. Il veut que tout le monde entre&#13;
dans ses vues et il ne peut souffrir qu’on lui résiste, parce qu’il croit avoir&#13;
plus de lumière et d’habileté que les autres pour la conduite des affaires. Il&#13;
suit en tout un premier feu qui l’emporte et, si on s’y oppose, il s’irrite de&#13;
manière qu’on ne peut rien traiter de sang-froid avec lui. On ne le connaît&#13;
qu’autant qu’il a quelque chose à démêler avec les gens.&#13;
Dans son feu, il dit beaucoup de choses dont il ne se souvient plus quelques&#13;
moments après ou, s’il s’en souvient, il les tourne selon ses intérêts si&#13;
différemment de ce qu’on avait entendu, qu’on s’étonne ou de son oubli ou&#13;
de sa hardiesse ou de son peu de bonne foi.&#13;
Il a dans sa conduite deux maximes principales. La 1re, qu’il croit avoir tirée&#13;
de Blosius, est que dès que quelque vue lui a passé trois ou quatre fois&#13;
tranquillement par l’esprit dans l’oraison, il doit la suivre sans hésiter,&#13;
comme une inspiration divine, à laquelle il doit céder et il faut pour ainsi&#13;
dire pour l’exécution de cette volonté prétendue de Dieu renverser les&#13;
montagnes, si on en rencontre en son chemin. La 2e maxime, c’est qu’un&#13;
évêque, dès qu’il est sacré, a par son caractère toute la lumière d’en-haut&#13;
qui lui suffit pour gouverner sagement tout seul sans rien emprunter de&#13;
personne. De là vient qu’il préfère toujours ses pensées à celles des autres,&#13;
qu’il ne daigne pas même demander conseil ou que s’il paraît quelquefois&#13;
- 951 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VI-11&#13;
&#13;
le demander, ce n’est pas pour s’y conformer, mais pour faire entrer malgré&#13;
qu’on en ait dans ses sentiments et quiconque ne le fait pas aveuglément se&#13;
brouille tôt ou tard avec lui.&#13;
Peut-on espérer qu’un homme si impétueux, si prévenu d’estime pour son&#13;
opinion, si persuadé que ses pensées dans la prière sont des volontés de&#13;
Dieu et qu’un évêque n’a besoin de personne, ne tombe pas presque à tout&#13;
moment dans des illusions dangereuses ou du moins dans des indiscrétions&#13;
grossières et qu’il puisse jamais gouverner avec douceur et avec sagesse&#13;
dans le Canada, où il faut assurément plus de prudence qu’ailleurs par les&#13;
difficultés particulières du pays et où il faut nécessairement profiter dans&#13;
les anciens du pays d’une expérience qu’on n’a pas soi-même. Au reste&#13;
quelque bonne volonté qu’il paraisse avoir dans certains moments de se&#13;
corriger, il ne le fait point et ne le peut faire. Et il a mis l’Église de Québec&#13;
dans un état si pitoyable que quelque mesure que son clergé et son&#13;
Séminaire aient pu prendre pour se soumettre à lui et pour dissimuler tout&#13;
ce qu’il fait contre le bien véritable du gouvernement ecclésiastique, ils&#13;
n’ont pu empêcher qu’on ne se soit aperçu malgré eux des mauvais&#13;
traitements qu’il leur fait et de la désunion extérieure qui paraît être entre&#13;
lui et eux. Ce qui fait non seulement à l’égard des libertins, mais même à&#13;
l’égard de plusieurs gens de bien, qui ne savent pas le fond des choses, un&#13;
scandale qui n’est plus soutenable et dont il semble que le seul remède soit&#13;
d’empêcher l’évêque de retourner, parce que, quelque promesse qu’il fasse&#13;
de changer sa conduite, il ne la changera jamais, ou de rappeler en France&#13;
tous les ecclésiastiques du Séminaire des Missions étrangères, ce qui, à ce&#13;
qu’on croit, serait ruiner de fond en comble l’Église de Canada, dont ces&#13;
Messieurs sont les pierres fondamentales.&#13;
&#13;
- 952 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LI-VII&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LI-VII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LI-VII&#13;
La relation et la collaboration du Serviteur de Dieu avec son successeur,&#13;
Mgr de Saint-Vallier, 1698-1703&#13;
Les graves dissensions qui avaient divisé le clergé canadien durant plus de dix ans&#13;
étaient enfin apaisées. Rentré à Québec à l’été 1697, Mgr de Saint-Vallier y fut&#13;
reçu avec bienveillance et l’on s’aperçut bien vite que son attitude fut&#13;
profondément différente de celle qu’il avait eue auparavant. Comme le remarque&#13;
l’abbé Gosselin :&#13;
Le prélat venait de passer par une dure épreuve dans ce séjour prolongé&#13;
qu’on l’avait obligé de faire en France : cette épreuve avait adouci les côtés&#13;
un peu âpres et difficiles de son caractère. On allait entrer dans une ère de&#13;
paix que n’avait pas connue depuis longtemps l’Église du Canada ; et&#13;
Mgr de Laval, qui y avait tant contribué par sa patience, sa douce&#13;
résignation et sa prière fervente, aurait eu bien raison de s’écrier :&#13;
« Quorum pars magna fui 487 ! » (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de&#13;
Québec et apôtre du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 2, p. 462)&#13;
En effet, de 1697 à sa mort en 1727, les rapports de Mgr de Saint-Vallier avec ses&#13;
diocésains furent, dans l’ensemble, pacifiques, de même que ses relations avec le&#13;
Serviteur de Dieu durant les quatre années qu’ils vécurent ensemble, c’est-à-dire&#13;
jusqu’en 1701, lorsque Mgr de Saint-Vallier partit pour la France. Il ne put&#13;
retourner qu’en 1713, cinq ans après le décès de Mgr de Laval (1708).&#13;
Nous reproduisons dans cette section quelques documents illustrant la cordialité&#13;
des relations entre les deux évêques durant cette dernière période (1697-1708), en&#13;
plus des divers faits relatés dans les autres parties de cette Positio. On peut même&#13;
dire que leurs rapports furent inspirés par un véritable désir de paix et de parfaite&#13;
entente ; cela ressort des lettres du ministre de Pontchartrain (nos 3, 4 et 7) et de&#13;
l’intendant de Champigny (no 5).&#13;
D’autres documents révèlent qu’ils travaillèrent ensemble à diverses œuvres qui&#13;
leur étaient particulièrement chères. Cette collaboration est d’autant plus&#13;
remarquable de la part du Serviteur de Dieu qu’il continuait à arriver de France&#13;
de nouvelles manœuvres contre Mgr de Saint-Vallier. À ce sujet, dans sa lettre du&#13;
28 avril 1700 (Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Lettres N, no 110), l’ancien gouverneur de Denonville exprimait le désir que de&#13;
Québec se manifestent aussi des voix contre Mgr de Saint-Vallier. À notre&#13;
connaissance, le Serviteur de Dieu n’adhéra pas à ces machinations et appuya&#13;
pleinement son successeur dans toutes ses initiatives, de sorte que l’harmonie&#13;
entre les deux évêques ne se manifesta pas seulement en paroles, mais aussi en&#13;
faits.&#13;
Quelques cas en témoignent : l’intervention bienveillante du Serviteur de Dieu,&#13;
sur la demande expresse de Mgr de Saint-Vallier, pour résoudre une difficulté&#13;
administrative née entre les Jésuites et les Autochtones de la mission de Lorette&#13;
(no 1) ; sa participation active dans les graves difficultés rencontrées par son&#13;
successeur dans l’établissement définitif de l’Hôpital général de Québec, œuvre&#13;
particulièrement chère à Mgr de Saint-Vallier et pour laquelle le Serviteur de Dieu&#13;
487&#13;
&#13;
NDLR : « Où je n’ai eu que trop de part. » (Virgile, Énéide, liv. 2, v. 6)&#13;
- 953 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-1&#13;
&#13;
manifesta plusieurs fois sa grande sympathie (no 6) ; leur collaboration, en 1698,&#13;
pour l’érection d’une mission confiée au Séminaire de Québec auprès des&#13;
Autochtones du Mississippi (no 2) ; et l’appui du Serviteur de Dieu à Mgr de SaintVallier dans l’institution des Frères hospitaliers, dits Frères Charon, dans la&#13;
fondation d’un monastère d’ursulines à Trois-Rivières, dans la création à Québec&#13;
d’une école confiée aux sœurs de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal,&#13;
etc.&#13;
Tout ceci se réalisa avant que Mgr de Saint-Vallier quitte Québec en 1701. Après&#13;
ce départ, nous n’avons aucun document traitant de leur collaboration, mais tout&#13;
porte à croire que leurs rapports ont continué à être cordiaux.&#13;
Ainsi, les nombreuses relations longtemps tendues entre Mgr de Saint-Vallier et le&#13;
Serviteur de Dieu se terminèrent en une période de bonne entente. Est-ce que le&#13;
retour de cette concorde était dû uniquement au changement d’attitude de&#13;
Mgr de Saint-Vallier – changement qui fut d’une certaine façon réel – ou est-ce&#13;
que le Serviteur de Dieu, qui avait depuis longtemps perdu espoir que son&#13;
successeur puisse adoucir son caractère, y avait contribué en désirant conserver la&#13;
paix à tout prix ? Il serait difficile de nous prononcer. Contentons-nous de dire&#13;
que cette harmonie jeta une lumière favorable sur toutes les affaires antérieures.&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-1. Décret de Saint-Vallier sur le litige entre les Jésuites et les paroissiens de Notre-Dame-de-Lorette (13&#13;
février 1698)&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-1&#13;
Décret de&#13;
de Saint-Vallier sur le litige entre les Jésuites et les paroissiens&#13;
de Notre-Dame-de-Lorette, où le Serviteur de Dieu, à la demande de&#13;
l’évêque, intervint comme médiateur, 13 février 1698, d’après la copie aux&#13;
Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 693&#13;
Mgr&#13;
&#13;
En 1674, le P. Chaumonot, jésuite, avait érigé près de Québec une chapelle pour&#13;
les Autochtones, consacrée à Notre-Dame de Lorette. En 1694, Mgr de SaintVallier voulut faire de cette chapelle une église paroissiale, obligeant les Jésuites&#13;
à reconstruire ladite chapelle ailleurs. Les Jésuites acceptèrent, à la condition que&#13;
tous les paroissiens de Lorette s’engagent à travailler quatre jours sur la&#13;
construction de la nouvelle chapelle. Comme plusieurs ne maintinrent pas leur&#13;
promesse, une nouvelle controverse se fit jour entre eux et les Jésuites. En 1698,&#13;
Mgr de Saint-Vallier confia à Mgr de Laval le soin de résoudre le problème. Le&#13;
Serviteur de Dieu accepta et sa solution fut portée par un décret de Mgr de SaintVallier en date du 13 février 1698, solution que nous reproduisons ici.&#13;
&#13;
Nous, Jean, [par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, évêque de&#13;
Québec,] ayant pris connaissance du différend qui était entre les&#13;
RR. PP. jésuites et les habitants de Notre-Dame-de-Lorette sur le chapitre&#13;
de l’église qui leur servait de paroisse, voulant témoigner avoir agréable&#13;
l’accommodement qui en a été fait par Mgr l’ancien évêque de Québec, notre&#13;
très digne et très honoré prédécesseur, pour donner moyen auxdits pères&#13;
d’établir une chapelle pour leur mission des Sauvages* dans le lieu où ils&#13;
- 954 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-2&#13;
&#13;
l’ont transportée présentement et pour suppléer aux journées de travail que&#13;
les habitants dudit Lorette ont promis et dont quelques-uns pourraient ne&#13;
pas s’acquitter, nous leur avons accordé la somme de 100 écus que nous&#13;
promettons leur faire toucher durant le cours de cette année ; et pour leur&#13;
marquer encore davantage notre bonne volonté, nous leur avons accordé&#13;
un nouveau titre de Notre-Dame-de-Lorette, pour la chapelle qu’ils doivent&#13;
bâtir pour les Sauvages, sur ce qu’ils nous ont fait entendre que lesdits&#13;
Sauvages hurons ont une dévotion particulière au mystère et à la fête de&#13;
Notre-Dame de Lorette.&#13;
Donné à Québec, dans notre palais épiscopal, le 13e février 1698,&#13;
Jean, évêque de Québec.&#13;
Doc. LI-VII-2. Lettre de Laval et de Saint-Vallier à Noailles (25 septembre 1698)&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-2&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu et de Mgr de Saint-Vallier à l’archevêque de&#13;
Paris, Mgr de Noailles, 25 septembre 1698, d’après une copie conservée au&#13;
Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Polygraphie 9, no 9&#13;
Les prêtres du Séminaire de Québec fondèrent en 1698 la mission du Mississippi&#13;
(Doc. LV). Le Serviteur de Dieu et Mgr de Saint-Vallier envoyèrent d’un commun&#13;
accord quelques lettres en France dans le but d’obtenir de l’aide de la Cour.&#13;
Ce fait est une autre preuve de la bonne harmonie rétablie entre les deux évêques.&#13;
Quelques lettres de ce genre sont conservées en copie dans le Fonds d’archives&#13;
du Séminaire de Québec 488. Nous reproduisons ici celle destinée à l’archevêque&#13;
de Paris, Mgr de Noailles.&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
Après vous avoir témoigné le véritable respect que nous avons pour votre&#13;
vertu et la reconnaissance sincère que nous conservons de la protection que&#13;
vous accordez à cette Église naissante, c’est avec confiance que nous vous&#13;
faisons naître l’occasion de lui en donner une nouvelle preuve dans&#13;
NDLR : Ces trois lettres portent la cote Polygraphie 9, nos 6, 7 et 8 et sont adressées à&#13;
Mme de Maintenon, épouse secrète du roi, à Louis Phélypeaux de Pontchartrain, secrétaire d’État&#13;
de la Marine, et au fils de celui-ci, Jérôme, qui allait le remplacer à titre de ministre.&#13;
488&#13;
&#13;
- 955 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-2&#13;
&#13;
l’approbation et le soutien que nous vous supplions, Monseigneur, de&#13;
donner à la glorieuse entreprise que le Séminaire des Missions étrangères&#13;
de Québec vient de faire pour l’établissement de plusieurs missions&#13;
sauvages* sur le grand fleuve Mississippi et dans toutes les nations les plus&#13;
éloignées de cette partie du monde, auxquelles il donne ouverture, dont les&#13;
peuples sont en si grand nombre que l’on y peut compter plusieurs millions&#13;
d’âmes, qui sont toutes abandonnées, aucun missionnaire n’ayant encore&#13;
tenté de s’y établir.&#13;
Cependant, l’esprit et la fin principale de l’institut dudit Séminaire étant de&#13;
travailler au salut des infidèles et des peuples les plus abandonnés, il a cru&#13;
ne pouvoir différer et se dispenser de se servir de l’ouverture que la divine&#13;
Providence lui a faite pour y envoyer des missionnaires. L’effort qu’il a été&#13;
obligé de faire cette année, au-dessus de ses forces pour l’envoi des&#13;
premiers dans les lieux les plus éloignés, lui a fait assez paraître qu’il lui est&#13;
impossible de pouvoir continuer ce grand ouvrage, si avantageux et&#13;
nécessaire à cette Église, et fournir à toutes les dépenses qu’il faut faire pour&#13;
y en envoyer de nouveaux qui doivent seconder et secourir les premiers&#13;
dans des missions si peuplées et de si grande étendue, s’il n’est aidé&#13;
considérablement, comme nous avons tout sujet d’espérer, de la piété, du&#13;
zèle et de la générosité du roi, qu’il voudra bien lui donner les moyens de&#13;
soutenir une entreprise commencée avec tant de courage.&#13;
Sa Majesté, qui répand libéralement ses grâces sur les pères jésuites qui sont&#13;
appliqués à la conversion des Sauvages, auxquels elle accorde&#13;
annuellement la somme de 6 000 livres sur l’état des charges du pays, et&#13;
MM. de Saint-Sulpice, qui reçoivent tous les ans une pareille somme sur le&#13;
même fonds pour la mission des Sauvages qu’ils ont dans l’île de Montréal,&#13;
se portera sans doute à gratifier le Séminaire des Missions étrangères de&#13;
Québec, si vous avez la bonté, Monseigneur, de lui représenter l’importance&#13;
des nouvelles missions qu’il vient d’entreprendre et l’union parfaite dans&#13;
laquelle nous vivons et à laquelle vous avez si fort contribué. Nous espérons&#13;
que Dieu versera ses bénédictions sur le grand ouvrage que nous vous&#13;
recommandons et que vous nous ferez la grâce, Monseigneur, de le soutenir&#13;
- 956 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-3&#13;
&#13;
par le crédit que vous avez auprès du roi aussi grand et religieux que le&#13;
nôtre, pour lequel nous continuerons d’offrir nos vœux et nos prières. Nous&#13;
sommes avec tout le respect possible, Monseigneur,&#13;
Vos très humbles et très obéissants serviteurs,&#13;
François, ancien évêque de Québec&#13;
Jean, évêque de Québec.&#13;
Doc. LI-VII-3. Extrait de la lettre de Phélypeaux à Saint-Vallier (27 mai 1699)&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-3&#13;
Extrait de la lettre de Phélypeaux, secrétaire d’État de la Marine de France,&#13;
à Mgr de Saint-Vallier, 27 mai 1699, d’après une copie conservée aux Archives&#13;
nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série B, vol. 20, fos 228v-231v&#13;
&#13;
Je suis bien aise d’apprendre la bonne intelligence dans laquelle vous me&#13;
marquez que vous vivez avec M. l’ancien évêque. Je suis très persuadé&#13;
qu’étant animés comme vous êtes du même zèle, vous travaillerez toujours&#13;
avec intelligence à ce qui pourra contribuer à la gloire de Dieu et à&#13;
l’avancement de la religion.&#13;
Doc. LI-VII-4. Lettre de Phélypeaux à Laval (27 mai 1699)&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-4&#13;
Lettre de Phélypeaux, secrétaire d’État de la Marine de France,&#13;
à Mgr de Saint-Vallier, 27 mai 1699, d’après une copie conservée aux&#13;
Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série B, vol. 20, fos 232&#13;
À Versailles, le 27 mai 1699&#13;
Monsieur,&#13;
J’ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m’écrire le 25 du mois de&#13;
septembre dernier. J’y ai vu avec beaucoup de satisfaction la parfaite union&#13;
et la bonne intelligence dans lesquelles vous vivez avec M. votre successeur.&#13;
Vos vues et vos desseins sont si conformes et ont un si bon objet que je suis&#13;
fort persuadé que cela ne changera point.&#13;
- 957 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-5&#13;
&#13;
J’ai parlé à Sa Majesté de la mission que vous envoyez faire du côté de la&#13;
rivière de Mississippi et des secours que vous avez demandés pour la&#13;
soutenir. Sa Majesté aurait bien voulu vous les pouvoir donner, mais elle&#13;
est chargée de tant d’autres dépenses pour le Canada qu’elle n’a pu&#13;
consentir à cette augmentation.&#13;
Je suis.&#13;
Doc. LI-VII-5. Extraits de la lettre de Champigny à Phélypeaux (8 octobre 1699)&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-5&#13;
Extraits de la lettre de Champigny, intendant du Canada, à Phélypeaux,&#13;
secrétaire d’État de la Marine de France, 8 octobre 1699, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des&#13;
colonies, série C11 A, vol. 17, fos 66-75&#13;
&#13;
[…] Les ecclésiastiques et les communautés vivent dans une régularité&#13;
exemplaire et dans une bien plus exacte observance que ceux de France.&#13;
Leur vie est pauvre et mortifiée, se privant du nécessaire en beaucoup de&#13;
choses. Il y a dans l’Église de Québec un ancien et un nouvel évêque. Le&#13;
dernier a un attrait particulier pour faire des communautés nouvelles : il en&#13;
a fait une d’Ursulines aux Trois-Rivières il y a deux ans, il en commence une de&#13;
religieuses hospitalières dans l’Hôpital général qui est à la porte de Québec,&#13;
quoique cela ne paraisse pas convenir à ces religieuses et aux pauvres mendiants&#13;
qui y sont renfermés. Ce qu’il y a encore de plus fâcheux, c’est que cette dernière&#13;
communauté est un démembrement et une séparation des religieuses de l’HôtelDieu de Québec, qui en demeurent affaiblies, et il est à souhaiter que Sa Majesté&#13;
ait la bonté de donner ses ordres pour faire cesser cette séparation. À l’égard de&#13;
Mgr l’ancien évêque, il vit saintement dans la retraite, ne se mêlant que de&#13;
la conduite de son Séminaire.&#13;
Le service divin se fait dans l’église de Québec d’une manière accomplie par&#13;
MM. les évêques et leurs ecclésiastiques. Le Séminaire est de la dépendance de&#13;
celui des Missions étrangères. L’un des prêtres dessert la cure de la paroisse. On y&#13;
entretient toujours 40 ou 50 enfants, dont une partie paie pension, d’aucun demipension et les autres y sont par charité. Ils sont enseignés depuis les premières&#13;
instructions jusqu’à la fin de la théologie dans les écoles des Jésuites, où ils sont&#13;
- 958 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-5&#13;
&#13;
envoyés deux fois chaque jour. Ce même Séminaire a un établissement&#13;
considérable au Cap-Tourmente, sept lieues au-dessous de Québec, où on élève et&#13;
instruit quantité de jeunes gens, fils d’habitants, et le tout se conduit avec&#13;
beaucoup d’ordre et d’avantages pour la colonie. Il fournit des missionnaires pour&#13;
une partie des nations sauvages* établies à l’Acadie et il en a envoyé l’année&#13;
dernière et celle-ci pour commencer des missions chez les Sauvages établis sur la&#13;
rivière du Mississippi, à 700 ou 800 lieues de la colonie.&#13;
On voit peu de jeunes gens du pays prendre les ordres, à cause de la grande&#13;
régularité qui est demandée dans ce Séminaire, qui n’est pas conforme à leur&#13;
naturel, qui les fait incliner pour la vie libre et indépendante. Les Jésuites établis à&#13;
Québec, où ils ont une fort belle église, sont d’un grand secours pour le spirituel et&#13;
pour plusieurs missions de Sauvages. Ceux qui y sont envoyés font beaucoup de&#13;
progrès. Ils en ont, entre autres, une grande à l’Acadie de Sauvages abénaquis, une&#13;
au sault de la Chaudière, à deux lieues de Québec, de la même nation, une à&#13;
trois lieues de la même ville de Hurons, une à Saint-François au-dessus des TroisRivières de Jocokia, une à Missillimakinac d’Outaouais et de Hurons, une à la rivière&#13;
Saint-Joseph de Miamis et une au fort Saint-Louis de Sauvages illinois.&#13;
Les Récollets sont bien établis à Québec et y ont fait une belle église avec un beau&#13;
bâtiment pour se loger. Ils ont deux missions de Sauvages de l’Acadie et desservent&#13;
quelques cures dans le pays, faute de prêtres. Les Ursulines et les filles de la&#13;
Congrégation [Notre-Dame] qui sont à Québec y tiennent de petites écoles pour&#13;
les filles externes et pour un assez grand nombre de pensionnaires qu’elles ont. La&#13;
maison de l’Hôtel-Dieu qui y est établie est d’un grand secours pour les pauvres&#13;
malades de l’un et de l’autre sexe, dont l’hôpital est presque toujours rempli.&#13;
L’église de Ville-Marie est servie par des prêtres du Séminaire de Saint-Sulpice de&#13;
Paris, qui en forme un dans cette ville. Ils servent deux grandes missions de&#13;
Sauvages iroquois. Dans l’île de Montréal, il y a encore à Ville-Marie une maison de&#13;
jésuites, un couvent de récollets, une communauté de Frères hospitaliers qui&#13;
servent les malades et une communauté de sœurs de la Congrégation qui tiennent&#13;
de petites écoles pour les filles. Il y a plusieurs paroisses de la campagne qui ont&#13;
des curés fixes pleins de zèle, mais il y a beaucoup de peuples qui manquent de ce&#13;
secours, faute de prêcher dans le pays. Vous verrez, Monseigneur, un mémoire que&#13;
j’envoie à Mgr* de Pontchartrain, qui contient une description de ce qui concerne&#13;
les églises et les cures du pays. […]&#13;
&#13;
- 959 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-5&#13;
&#13;
La justice se rend dans une parfaite équité et avec autant de désintéressement&#13;
principalement au Conseil souverain de Québec, où la partialité et la prévention&#13;
n’ont point deux entrées, M. le gouverneur y occupe la première place, M. l’évêque&#13;
la seconde et son grand-vicaire en son absence, qui est un sujet de mortification&#13;
pour l’intendant, à qui, ce me semble, il ne devrait pas être préféré, y faisant les&#13;
fonctions de premier président et y prononçant les arrêts. […]&#13;
Il y a un nombre considérable de nations de Sauvages répandues dans les bois, dont&#13;
on n’a point encore trouvé la foi dans quelque éloignement qu’on ait été. Il n’y a&#13;
pas de grandes différences dans leurs mœurs et dans leurs inclinations. Ce sont&#13;
tous gens qui aiment les voyages et le bois, vivant d’un peu de blé d’Inde et de leur&#13;
chasse, souffrant presque toujours la misère, ayant même de la peine à avoir une&#13;
faible partie de leurs besoins. Deux de ces nations peuvent à peine subsister&#13;
ensemble sans entrer en mauvaise humeur les uns contre les autres, se faisant très&#13;
souvent la guerre. Celles qui ont des missionnaires deviennent les plus traitables&#13;
par les bonnes impressions qu’ils leur donnent et ils les contiennent avec assez de&#13;
facilité. L’éloignement des Français d’avec eux, ainsi que Sa Majesté l’a ordonné&#13;
par la défense qu’elle a faite à ces Français d’aller dans la profondeur des bois, fera&#13;
cesser beaucoup de discordes qu’ils commettent impunément quand ils sont hors&#13;
de la dépendance de l’autorité et de la justice. Ainsi, c’est un très grand bien de&#13;
tenir de nouveau la main à empêcher ces désordres. […]&#13;
&#13;
- 960 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-6&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-6. Extraits des Annales de l’Hôpital général de Québec, 1699-1704&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-6&#13;
Extraits des Annales de l’Hôpital général de Québec, 1699-1704, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives dudit hôpital&#13;
L’Hôpital général de Québec a été fondé par Mgr de Saint-Vallier en 1692. Le&#13;
Serviteur de Dieu, qui l’avait depuis longtemps, fut bien heureux de la voir&#13;
réalisée et profita de cette occasion pour manifester son attachement à cette œuvre.&#13;
En 1700, pour diverses raisons que nous n’approfondirons pas ici, un décret royal&#13;
fut émis ordonnant l’expulsion des sœurs de l’Hôpital pour les remplacer par des&#13;
infirmières laïques. Mgr de Laval donna alors tout son appui à Mgr de Saint-Vallier&#13;
pour empêcher l’exécution du décret, qui aurait été beaucoup plus dommageable&#13;
pour l’hôpital. Cette collaboration montre encore une fois que les dissensions&#13;
entre le Serviteur de Dieu et Mgr de Saint-Vallier au sujet du Séminaire n’étaient&#13;
pas dues à des raisons personnelles, mais à une vision différente des choses.&#13;
L’action de Mgr de Laval dans ce différend est amplement décrite dans les Annales&#13;
de l’Hôpital général de l’époque. Nous en reproduisons ici quelques extraits. Une&#13;
lettre du Serviteur de Dieu du 10 octobre 1700 à l’archevêque de Paris,&#13;
Mgr de Noailles, (Bibliothèque nationale de Paris, Département des manuscrits,&#13;
Fonds français 20973, fos 160-163), dans laquelle il recommande d’obtenir la&#13;
révocation du décret royal, en traite aussi, mais nous ne croyons pas nécessaire de&#13;
la transcrire ici. (À ce sujet, voir le mémoire de l’abbé des Maizerets, Bibliothèque&#13;
nationale de Paris, Département des manuscrits, Fonds français, 20973, fos 167171 ; Mgr de Saint-Vallier et l’Hôpital général de Québec, Québec, 1882, p. 130148 ; 156-158).&#13;
&#13;
Mgr François de Laval-Montmorency*, premier et ancien évêque de Québec,&#13;
qui avait le cœur d’un véritable père et pasteur, voyant la misère qui était&#13;
dans son diocèse et quantité de pauvres qui souffraient beaucoup faute&#13;
d’être secourus, forma le dessein de faire un Hôpital général [...] Mais ces&#13;
desseins et projets ne furent pas bien loin. Car aussitôt que la communauté&#13;
de l’Hôtel-Dieu en eut connaissance, elle s’y opposa fortement, représentant&#13;
que cet établissement ferait tort à leur hôpital, que toutes les charités que&#13;
l’on faisait seraient ôtées et même les gratifications du roi qui pourraient&#13;
être partagées pour ledit Hôpital général. Ces difficultés et d’autres&#13;
rompirent toutes les mesures qu’on semblait prendre pour l’exécution&#13;
d’une si bonne œuvre et l’on n’en parla plus [...]&#13;
&#13;
- 961 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-6&#13;
&#13;
Année 1699&#13;
M de Saint-Vallier, père et fondateur, a établi deux fêtes titulaires de cette&#13;
gr&#13;
&#13;
église [...] Ces fêtes sont le Très-Saint-Nom-de-Marie, qui arrive le&#13;
dimanche dans l’octave de la Nativité de la Sainte Vierge, au mois de&#13;
septembre, et la fête de Sainte-Madeleine, au mois de juillet. Elles ont été&#13;
toujours solennisées avec bien de la dévotion et grand concours de peuple,&#13;
particulièrement cette présente année 1699, qui est l’année des grands&#13;
troubles par rapport à la séparation, ainsi qu’on l’a vu ci-devant. L’on eut&#13;
donc la consolation de voir à la fête de Sainte-Madeleine, le 22 juillet, deux&#13;
évêques et un clergé nombreux, qui fit et chanta tout l’office. L’un de ces&#13;
évêques était notre très digne prélat et fondateur, et l’autre son&#13;
prédécesseur, Mgr de Laval-Montmorency, premier évêque de Québec, à&#13;
qui Mgr de Saint-Vallier déféra tous les honneurs dans l’église et ailleurs. Il&#13;
y eut grand concours de peuple et de curés. Les deux autels ne pouvaient&#13;
suffire pour toutes les messes qui se dirent depuis 4 heures du matin jusqu’à&#13;
midi. Cela fit sans doute un grand plaisir et il semble que Dieu l’a permis&#13;
ainsi, afin que dans le temps que cette nouvelle communauté paraissait en&#13;
butte à tout le monde depuis la séparation, tout ce qu’il y avait de personnes&#13;
de Dieu et de gens de bien parussent se déclarer pour elle.&#13;
Mgr de Laval, cet illustre prélat, encore plus respectable par sa grande vertu&#13;
que par sa noble naissance, donna aux religieuses autant de marques de son&#13;
estime et de sa bienveillance qu’elles pouvaient en attendre, dans la&#13;
conjoncture présente, d’un homme de son poids et de son mérite ; ce qui&#13;
leur fut d’une grande consolation, voyant qu’il approuvait leur conduite&#13;
par la manière dont il leur parla dans leur salle de communauté, où elles le&#13;
prièrent d’entrer. Il les exhorta fort à entretenir entre elles cette union qu’il&#13;
savait qui y était et cet éloignement de l’esprit du monde, ce qui était une&#13;
marque, dit ce prélat, que l’esprit de Dieu était avec elles et il leur promit sa&#13;
protection, dont il leur a donné des fortes preuves, comme on le verra dans&#13;
la suite.&#13;
&#13;
- 962 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-6&#13;
&#13;
Année 1700&#13;
Ce fut au commencement de septembre de la même année 1700 que le&#13;
vaisseau du roi arriva, qui apportait les plus tristes et les plus fâcheuses&#13;
nouvelles qu’on puisse imaginer au sujet de la nouvelle communauté de&#13;
l’Hôpital général. M. le comte de Pontchartrain, ministre d’État, écrivait à&#13;
Mgr de Québec que le roi ne voulait point la multiplication des&#13;
établissements de communautés dans un pays aussi petit que celui-ci et que&#13;
Sa Majesté souhaitait qu’il renvoyât les religieuses qui étaient à l’Hôpital&#13;
général à leur communauté de Québec et qu’il laissât le soin de conduire&#13;
cet hôpital aux personnes que les administrateurs y mettraient eux-mêmes,&#13;
ainsi que cela se pratique en France, et ce même ministre mandait à&#13;
M. de Callière, alors gouverneur général, et à M. de Champigny, intendant,&#13;
qu’ils eussent de la part du roi à tenir la main que le susdit ordre fût exécuté&#13;
dans sa teneur et, au cas de refus, de le faire exécuter eux-mêmes, en&#13;
gardant cependant, en tout cela le respect dû au saint évêque et à son&#13;
caractère. Ce sont les termes qui étaient conçus dans la lettre de ce ministre&#13;
aux MM. gouverneur et intendant [...]&#13;
Il était question, après les ordres reçus de la cour, de faire sortir les&#13;
religieuses de l’Hôpital général pour les renvoyer à l’Hôtel-Dieu, mais on&#13;
ne se pressa pas de les exécuter. La communauté de Québec, qui avait de la&#13;
peine de leur retour à cause des deux nouvelles professes qu’elle ne voulait&#13;
pas recevoir dans leur maison, en fit surseoir par-dessous main l’exécution,&#13;
afin de pouvoir trouver quelque expédient pour les empêcher de retourner&#13;
à Québec. Pour cela on fit plusieurs assemblées au fort Saint-Louis,&#13;
auxquelles assistaient Mgr de Québec et M. des Maizerets, l’un de ses&#13;
grands-vicaires, M. le chevalier de Callière, gouverneur général,&#13;
M. de Champigny, intendant, et M. le procureur général. Dans la première,&#13;
qui se tint le 30 septembre, on mit d’abord sur le tapis les ordres du roi pour&#13;
le renvoi des religieuses de l’Hôpital général à l’Hôtel-Dieu et ensuite on&#13;
examina qui on pourrait mettre en leur lieu et place pour conduire et&#13;
gouverner cette œuvre, afin qu’elle ne fût pas abandonnée au préjudice de&#13;
la colonie et contre les intentions de Sa Majesté, à laquelle on avait fait&#13;
entendre, sur ce qui avait été écrit de Canada, que cet hôpital pouvait être&#13;
- 963 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-6&#13;
&#13;
conduit de la même manière que les hôpitaux généraux de France ; ce que&#13;
l’on vit bien ne pouvoir être mis en pratique et que, dès lors qu’on ôterait&#13;
les religieuses, on détruirait l’œuvre. Toutes les puissances convinrent&#13;
aisément de ce point. Il n’y avait que le magistrat qui avançait que la chose&#13;
n’était point impossible et qu’il se chargeait lui-même de mettre, dès lors&#13;
que les religieuses seraient sorties, des personnes propres à conduire, sous&#13;
les ordres des administrateurs, cette œuvre [...]&#13;
Quelques jours après, on s’assembla de nouveau au même lieu à la&#13;
sollicitation de Mgr de Laval-Montmorency, premier et ancien évêque de&#13;
Québec, qui gémissait de voir une si bonne œuvre à deux doigts de sa perte&#13;
et qui fut prié par Mgr de Saint-Vallier, son successeur et fondateur de ladite&#13;
œuvre, de vouloir bien encore demander une assemblée et y assister luimême, ne voulant plus y paraître et abandonnant toute cette affaire à la&#13;
divine Providence, secondement de prier Dieu de faire connaître sa sainte&#13;
volonté.&#13;
Ce fut le 5e octobre que se fit cette seconde assemblée à laquelle assistèrent&#13;
Mgr l’ancien évêque, MM. des Maizerets et de La Colombière, grandsvicaires, M. le gouverneur général, M. l’intendant et M. le procureur&#13;
général. Dans cette assemblée, on remit sur le tapis ce qui avait été proposé&#13;
dans la précédente pour voir si l’on conviendrait mieux. Mais ce dernier fit&#13;
naître tant de difficultés sur cet expédient et se déclara si fortement sur la&#13;
possibilité de faire conduire l’hôpital par d’autres que par des religieuses et&#13;
sur les moyens qu’il en avait, que M. le gouverneur et M. l’intendant,&#13;
quelque bonne volonté qu’ils eussent d’empêcher cette rupture, se virent&#13;
contraints de céder et de déclarer que les ordres du roi seraient exécutés de&#13;
point et point et que toutes les religieuses seraient renvoyées à l’Hôtel-Dieu.&#13;
L’assemblée fut ainsi rompue. Mgr l’ancien évêque eut le cœur navré de voir&#13;
les choses tourner de la sorte. M. des Maizerets en fut porter la nouvelle à&#13;
Mgr de Québec, qui était dans sa cathédrale en prières devant le Très SaintSacrement en attendant ce qui serait réglé.&#13;
&#13;
- 964 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-7&#13;
&#13;
Année 1704&#13;
Le 22 de juillet de l’année 1704, fête de Sainte-Madeleine, patronne de cette&#13;
e&#13;
&#13;
église, l’on eut la consolation de voir Mgr de Laval, premier et ancien évêque&#13;
de Québec, âgé de plus de 80 ans, qui nonobstant ses grandes infirmités a&#13;
voulu honorer cette fête de sa présence et officier pontificalement le matin&#13;
et le soir, sur la très humble prière que lui en avaient fait les révérendes&#13;
mères anciennes. Il était accompagné d’un clergé nombreux tant du&#13;
Séminaire que des missions circonvoisines. L’office fut chanté en musique&#13;
et toutes les puissances y assistèrent. L’on a regardé cette faveur comme&#13;
une marque de l’affection qu’avait ce saint prélat pour cette bonne œuvre,&#13;
n’ayant jamais officié hors de sa cathédrale, et encore l’y faisait-il pour lors&#13;
rarement à cause de sa grande vieillesse. La présence d’une personne aussi&#13;
vénérable que l’était ce prélat par son caractère, ses vertus et son grand âge,&#13;
a beaucoup relevé cette fête. Il donna aux religieuses des marques de sa&#13;
sincère affection dans la visite qu’il voulut bien leur rendre dans leur salle&#13;
de communauté.&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-7. Extrait de la lettre de Phélypeaux à Saint-Vallier (5 mai 1700)&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-7&#13;
Extrait de la lettre de Phélypeaux, secrétaire d’État de la Marine de France,&#13;
à Mgr de Saint-Vallier, 5 mai 1700, d’après une copie conservée aux Archives&#13;
nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série B, vol. 22, fo 82&#13;
&#13;
Elle [Sa Majesté] a vu aussi avec beaucoup de satisfaction la bonne&#13;
intelligence que vous avez conservée avec l’ancien évêque et les supérieur&#13;
et directeurs du Séminaire. Elle vous recommande de continuer dans cette&#13;
union et de l’augmenter même, s’il est possible, étant persuadée que c’est&#13;
de ce bon exemple que doivent suivre l’union et le concert entre les&#13;
principaux officiers et les habitants de la colonie.&#13;
&#13;
- 965 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LI-VII-8&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-8. Extraits de la lettre de Tremblay à Laval (15 juin 1703)&#13;
&#13;
Doc. LI-VII-8&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé Tremblay au Serviteur de Dieu, 15 juin 1703,&#13;
d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 121&#13;
J’ai reçu, Monseigneur, de vous une petite lettre de Montréal, qui me surprit&#13;
de vous voir entreprendre ce voyage dans un âge aussi avancé.&#13;
Mgr de Québec m’a dit qu’il vous était très obligé d’avoir été confirmer dans&#13;
ce voyage et que cela le met en repos sur le séjour qu’il est obligé de faire&#13;
en France pour les unions 489. [...] et je vous conjure de me donner votre&#13;
bénédiction, comme les patriarches la donnaient à leurs enfants, et de&#13;
m’obtenir, par vos prières, cette force intérieure dont j’ai besoin pour vivre&#13;
comme un bon prêtre au milieu de tous mes embarras.&#13;
&#13;
Les abbés de Brisacier et Tiberge du Séminaire des Missions étrangères de Paris écrivirent aux&#13;
directeurs du Séminaire de Québec au sujet de ce voyage du Serviteur de Dieu à Montréal : « En&#13;
finissant, nous bénissons Dieu de ce qu’il lui a plu rendre à l’ancien évêque assez de santé pour faire&#13;
encore un voyage à Montréal et pour en revenir avec plus de forces qu’il n’y était allé. Il faut espérer&#13;
que Notre-Seigneur, qui a donné pour lui à tous les peuples tant de confiance et de vénération, le&#13;
conservera encore plusieurs années pour le bien commun et pour notre consolation et notre&#13;
édification particulière. » (Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Lettres N, no 29)&#13;
489&#13;
&#13;
- 966 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Doc. LII. Lettre de Laval au Séminaire de Québec (mai 1685)&#13;
&#13;
Doc. LII&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu aux directeurs du Séminaire de Québec,&#13;
mai 1685, d’après une copie de l’original signé conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 130&#13;
Dans le dossier relatif aux rapports du Serviteur de Dieu avec son successeur,&#13;
Mgr de Saint-Vallier, nous avons déjà reproduit trois lettres de Mgr de Laval écrites&#13;
aux directeurs du Séminaire de Québec durant son séjour en France entre 1684 et&#13;
1688 (Doc. LI-II, nos 1 et 3 ; III-7). Nous avons en main une autre très longue lettre&#13;
de la même époque, destinée, elle aussi, aux directeurs du Séminaire de Québec&#13;
et exclusivement consacrée à des questions d’administration du diocèse et du&#13;
Séminaire. À travers les diverses observations du Serviteur de Dieu, on peut&#13;
relever sa pleine confiance en la Providence, sa sollicitude pour procurer au&#13;
diocèse un saint clergé, sa profonde affection pour chacun de ses prêtres, sa&#13;
prudence dans le traitement des affaires, etc. Nous croyons donc que quelques&#13;
longs extraits de cette lettre serviront à faire connaître un peu mieux l’âme du&#13;
Serviteur de Dieu.&#13;
Le texte envoyé par le Serviteur de Dieu à Québec n’a pas été retrouvé, mais ce&#13;
texte est une copie de la lettre originale signée qui nous est parvenue, et sur&#13;
laquelle le Serviteur de Dieu lui-même a ajouté cette note : « Duplicata du&#13;
mémoire que j’ai envoyé par Mgr de Saint-Vallier, écrit de la main de M. Guyon,&#13;
1685. » La date de rédaction est donc 1685, mais nous ne connaissons ni le mois&#13;
ni le jour. Comme la lettre fut portée à Québec par Mgr de Saint-Vallier, qui quitta&#13;
la France au début de mai 1685, on peut être sûr qu’elle fut écrite durant l’hiver&#13;
ou le printemps de la même année.&#13;
&#13;
Notes de Mgr de Laval&#13;
Duplicata du&#13;
mémoire que j’ai&#13;
envoyé par&#13;
M. de Saint-Vallier,&#13;
écrit de la main de&#13;
M. Guyon, 1685.&#13;
&#13;
Lettre de Mgr de Laval&#13;
Puisque l’on juge que l’on doit continuer dès l’été&#13;
prochain les travaux de l’église de Québec, afin que la&#13;
Cour voie que l’on emploie l’argent qu’elle donne à cet&#13;
effet, la première chose qu’il est nécessaire que l’on&#13;
fasse est d’achever la seconde tour, qui a été conduite&#13;
seulement de 18 pieds de haut, contenue dans le&#13;
marché du sieur Renaud, qui est obligé d’achever la&#13;
première conformément à son marché. Le travail de cette&#13;
seconde tour ou clocher est plus nécessaire et de&#13;
conséquence que tout le reste pour les raisons qui suivent :&#13;
1° Parce que la muraille du pignon ou portail ayant&#13;
été commencée assez faible et n’ayant pas toute&#13;
- 967 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Il faut faire le second&#13;
clocher et différer de&#13;
travailler aux&#13;
murailles de l’église&#13;
pour les raisons ciénoncées.&#13;
&#13;
l’épaisseur qu’il serait à propos pour la hauteur à&#13;
laquelle il faut de nécessité l’élever, à proportion de&#13;
la hauteur des murailles de l’église, pour y pouvoir&#13;
faire des ailes des deux côtés. Il faut fortifier ladite&#13;
muraille du portail des deux murailles des tours ou&#13;
clochers et élever toutes lesdites murailles en&#13;
même temps, afin que ladite muraille du portail, par&#13;
le moyen de la liaison qu’elle aura avec les deux&#13;
murailles des deux tours, se soutiennent mieux et à&#13;
moins de cette liaison des deux côtés, ledit portail&#13;
serait en danger.&#13;
2° Il est à remarquer que, par le marché que l’on&#13;
avait fait avec le sieur Lemire, charpentier décédé,&#13;
il devait faire deux beffrois dans chaque tour et qu’il&#13;
y a du chêne blanc transporté sur le lieu&#13;
suffisamment pour faire deux beffrois ; et qu’après&#13;
avoir examiné la chose, on a jugé qu’il serait tout à&#13;
fait inutile et même impossible de faire deux&#13;
beffrois dans chaque tour et qu’un seul beffroi suffit&#13;
dans chaque tour ; il ne coûtera rien davantage pour&#13;
lesdits beffrois et il n’y aura de dépense davantage&#13;
à faire que [pour] le dôme de même nature que&#13;
l’autre, pour la couverture de ladite seconde tour ;&#13;
sur quoi il y aura même à diminuer le comble et&#13;
couverture qu’il serait nécessaire de mettre sur&#13;
ladite seconde tour, qui demeurerait à la hauteur de&#13;
20 pieds, qui serait de rien quand on élèverait ladite&#13;
seconde tour à la hauteur de la première.&#13;
3° Si l’on n’achevait pas ladite seconde tour avant&#13;
que de commencer les murailles de l’église, il&#13;
pourrait arriver que cette seconde tour&#13;
demeurerait en cet état sans être achevée, ce qui&#13;
serait fâcheux et extrêmement disgracié et vilain à&#13;
voir ; ce qui n’arrivera pas au regard des murailles&#13;
de l’église, lesquelles paraîtront d’une nécessité&#13;
plus grande que ne serait pas d’achever ladite&#13;
seconde tour, de laquelle absolument l’on peut se&#13;
passer, qui néanmoins, à bien peser les choses, est&#13;
- 968 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
M. l’abbé de SaintVallier écrira en&#13;
général que l’on&#13;
travaille au&#13;
rétablissement de&#13;
l’église de Québec et&#13;
le mauvais état où&#13;
elle est.&#13;
&#13;
d’une très grande nécessité ; et ce que l’on peut&#13;
objecter qu’il se passera bien du temps avant que&#13;
l’on puisse mettre l’église en état d’y pouvoir&#13;
demeurer pendant l’hiver, à cause du froid, ne doit&#13;
pas être considéré, d’autant qu’il vaut beaucoup&#13;
mieux souffrir une ou deux années et faire cet&#13;
ouvrage solidement que d’avoir à revenir dans un&#13;
temps à redemander à la cour, auquel elle ne sera&#13;
pas si bien disposée, comme il y a apparence qu’elle&#13;
le pourra être pendant trois ou quatre années, au&#13;
regard de M. l’abbé de Saint-Vallier ; outre qu’à son&#13;
retour en France l’an prochain, faisant rapport luimême de l’état de ladite église, il n’y a pas lieu de&#13;
douter qu’il n’obtienne la continuation et même&#13;
quelque chose de plus que cette année et&#13;
M. Guyon, à notre retour, sera capable en&#13;
beaucoup de manières d’aider à bien faire cet&#13;
ouvrage. Ainsi, il est assuré qu’il est à propos de&#13;
différer le travail des murailles de l’église, plutôt&#13;
que celui de la seconde tour et cependant, que l’on&#13;
fasse pour les vaisseaux du printemps prochain,&#13;
attendant, quoiqu’il ne faut pas que l’abbé de SaintVallier manque cet automne de représenter l’état&#13;
pitoyable où il a trouvé cette église, inhabitable&#13;
pendant l’hiver, et une grande partie des murailles&#13;
et du bois de la couverture, pourris par la pluie et&#13;
crevés et poussés par la pourriture du clocher de&#13;
bois qui était dessus, d’où il prendra occasion de&#13;
demander au roi la continuation de la même&#13;
somme, faisant connaître que cette cathédrale est&#13;
dédiée à la Sainte Vierge et saint Louis par l’érection&#13;
de l’évêché.&#13;
&#13;
Partie de l’argent que&#13;
M. Morel m’a mis&#13;
entre les mains,&#13;
employée aux&#13;
paiements de l’église&#13;
de Québec et autres&#13;
&#13;
Il faut rendre à Sainte-Anne du Petit-Cap ce que M. Morel&#13;
m’a mis entre les mains, qu’il sait. Il y a, je crois, la somme de&#13;
500 francs, 4 livres moins, monnaie de Canada, de laquelle&#13;
j’ai employé une partie pour les paiements de l’église de&#13;
Québec, que je croyais remplacer ; ce que je n’ai pas fait. J’ai&#13;
- 969 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
usages, et une&#13;
grande partie aux&#13;
frais de notre voyage.&#13;
Et ici, il faut avoir soin&#13;
de le rendre.&#13;
&#13;
Aussi bien que celui&#13;
de la bonne femme&#13;
Drouin.&#13;
&#13;
L’on mènera des&#13;
ouvriers, s’il s’en&#13;
trouve.&#13;
&#13;
Il est plus à propos de&#13;
laisser achever le&#13;
second clocher au&#13;
sieur Renaud sur le&#13;
pied de son&#13;
entreprise, à quoi il&#13;
est obligé, que d’y&#13;
aller travailler par soimême.&#13;
&#13;
Le rétablissement de&#13;
l’église de SainteAnne du Petit-Cap&#13;
&#13;
encore bien la valeur de 200 francs en piastres, tant du reste&#13;
de cet argent que d’un dépôt qui a été mis entre les mains&#13;
de M. Morel, qu’il m’a remis, dont la bonne femme Drouin&#13;
sait la somme qui lui appartient. M. Morel m’a dit qu’il y avait&#13;
400 francs. J’ai cru en comptant y avoir trouvé 10 écus&#13;
davantage, dont néanmoins je ne suis pas assuré. C’est&#13;
pourquoi il s’en faut rapporter au témoignage de ladite&#13;
femme. J’en ai employé partie à notre voyage, partie ici, tant&#13;
pour ce qui est nécessaire à M. Guyon qu’autres choses. Il&#13;
faut avoir soin de rendre cette somme appartenant à la&#13;
bonne femme Drouin à M. Morel. Ce n’est que prix de&#13;
monnaie de Canada.&#13;
Si M. l’abbé de Saint-Vallier peut trouver des maçons,&#13;
charpentiers et menuisiers, il le fera. Au cas qu’il en fasse&#13;
passer, le Séminaire les emploiera aux besoins qu’il en pourra&#13;
avoir pendant les trois années de leur engagement, soit au&#13;
Cap-Tourmente ou à Québec.&#13;
Le sieur Renaud ayant déjà entrepris un des clochers et&#13;
conduit le second jusqu’à près de 20 pieds de haut et étant&#13;
obligé de l’achever, ainsi qu’il est dans son marché,&#13;
semblable à l’autre au prorata de ce qu’on lui donne pour&#13;
chaque toise, je crois qu’il est plus à propos, quand même&#13;
l’on aurait des gens assez experts pour cet ouvrage, de le&#13;
laisser audit sieur Renaud à l’entreprise, ce qui&#13;
n’empêcherait pas que l’on ne pût s’accommoder de&#13;
quelques maçons avec lui, au cas que le Séminaire le pût faire&#13;
et n’en eut pas besoin.&#13;
Comme M. Morel 490 devait faire encore quelques quêtes&#13;
pour le rétablissement de l’église de Sainte-Anne et que&#13;
je me persuade aisément qu’il aura encore amassé&#13;
quelque chose pour joindre au reste du fonds, tant de&#13;
ce qu’il m’a baillé que de ce qui est entre les mains des&#13;
&#13;
490&#13;
&#13;
Prêtre de la paroisse de Sainte-Anne.&#13;
- 970 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Boulanger, qui se monte bien à 500 francs, au cas que&#13;
l’on envoyât six maçons, il en faudrait accommoder&#13;
Sainte-Anne de deux et commencer au moins l’été de&#13;
l’année 1686, à moins que les navires de cette année&#13;
n’arrivassent de si bonnes saisons que l’on pût&#13;
commencer dès cette année ; ce qui aurait un bon effet&#13;
et exciterait les peuples à continuer leurs charités pour&#13;
le rétablissement d’une église, où tout le pays a une si&#13;
grande dévotion491.&#13;
Maintenir la&#13;
juridiction de&#13;
l’évêché de Québec&#13;
sur les nations qui&#13;
seront découvertes&#13;
par nos Français et&#13;
qu’on réduira sous&#13;
l’obéissance du roi,&#13;
ainsi que les bulles&#13;
d’érection lui&#13;
donnent droit.&#13;
&#13;
Il est très important et d’une grande conséquence de&#13;
conserver les droits de juridiction que les bulles&#13;
d’érection de l’évêché de Québec en titre donnent à&#13;
l’évêque dudit Québec sur toutes les nations qui étaient&#13;
actuellement sous l’obéissance du roi et celles qu’il&#13;
réduirait à l’avenir, pourvu qu’elles ne soient d’aucun&#13;
autre évêché, réservant au roi de mettre des bornes&#13;
audit évêché de Québec, qui doivent être approuvées&#13;
par le pape, et partant à moins que l’on n’établisse un&#13;
autre évêché dans les nations qui sont et seront sous la&#13;
domination du roi, par la découverte qu’en feront nos&#13;
Français et les communications que nous pouvons y&#13;
avoir par Québec. L’on ne peut point en ôter la&#13;
juridiction à l’évêque de Québec et aucun missionnaire&#13;
n’y peut travailler à la conversion des infidèles que sous&#13;
&#13;
M. l’abbé de SaintVallier doit écrire&#13;
cette année au roi ce&#13;
qu’il aura reconnu&#13;
des conséquences et&#13;
&#13;
la dépendance dudit évêque. C’est pourquoi il faut en&#13;
maintenir le droit ici, par mémoire que l’on présentera&#13;
au roi, et M. l’abbé de Saint-Vallier doit en écrire au roi&#13;
par le retour des vaisseaux et lui faire connaître les&#13;
mauvaises suites et divisions qui s’ensuivraient 492.&#13;
&#13;
Sur la question du rétablissement de l’église de Sainte-Anne, cf. Doc LI-IV, nos 11 et 14.&#13;
Dans ce paragraphe, le Serviteur de Dieu mentionne une question sur laquelle il est nécessaire&#13;
de donner quelques éclaircissements. Selon la bulle d’érection du diocèse (1er octobre 1674), la&#13;
juridiction de l’évêque s’étendait à toutes les possessions actuelles et futures de la France en&#13;
Amérique du Nord : « en vertu de notre autorité apostolique, nous l’érigeons […] en faveur du futur&#13;
491&#13;
492&#13;
&#13;
- 971 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
de la division qui&#13;
s’ensuivraient.&#13;
&#13;
1 000 francs&#13;
employés pour les&#13;
pauvres en couvertes&#13;
de Bordeaux, carisés&#13;
et toiles, pour être&#13;
distribuées dès cette&#13;
année.&#13;
&#13;
Congés que&#13;
M. de Denonville a&#13;
promis pour être&#13;
distribués par&#13;
parcelles aux familles&#13;
pauvres.&#13;
&#13;
L’on emploiera pour les aumônes 1 000 francs, dont on a&#13;
donné la commission à M. Delorme, en couvertes de&#13;
Bordeaux, en carisés et en toiles. Il faut remarquer si les&#13;
couvertes sont d’un bon usé et s’il ne serait pas plus à propos&#13;
d’en envoyer de celles de Rouen, quoique plus chères,&#13;
semblables à celles que nous avions fait venir l’an passé et&#13;
dont il y en avait encore à mon départ environ une trentaine.&#13;
L’on a été sur le point d’en envoyer encore cette année de&#13;
semblables, mais après y avoir pensé, l’on a jugé plus à&#13;
propos d’éprouver de celles de Bordeaux, que l’on doit&#13;
craindre qu’elles ne durent guère, n’étant que de poils de&#13;
chèvre. Il faut en écrire par le retour des vaisseaux de cette&#13;
année.&#13;
M. de Denonville a promis à M. l’abbé de Saint-Vallier&#13;
de destiner tel nombre de congés 493 qu’il jugera à&#13;
propos pour le soulagement des pauvres. Ceux qui sont&#13;
répandus dans les côtes sont les plus dignes de&#13;
compassion et d’être assistés, à cause de la grande&#13;
misère où le manque de hardes et de couvertures les&#13;
réduit et l’impuissance dans laquelle ils sont d’en avoir,&#13;
chargés de grand nombre d’enfants, qui sont obligés&#13;
par nécessité de coucher sans distinction de sexe et avec&#13;
&#13;
évêque de l’Église de Québec […] pour son diocèse, les terres, les bourgs et les lieux qui sont à&#13;
présent ou qui seront avec le temps dans ledit pays, sous le domaine temporel dudit roi Louis, et qui&#13;
ne sont maintenant sujets à la juridiction spirituelle d’aucun évêque, selon les brunes et les limites&#13;
que le même roi Louis désignera et que le Siège apostolique approuvera […] » (Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Chapitre, no 238). Or, à cette époque, les&#13;
Récollets, missionnaires dans la lointaine région de la Louisiane, récemment découverte par les&#13;
explorateurs français, cherchaient à échapper à la juridiction de l’évêque de Québec et faisaient des&#13;
pressions auprès du Saint-Siège pour que soit créé un vicariat apostolique dans ces missions&#13;
(Gosselin, Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708,&#13;
Québec, 1890, vol. 2, p. 466) ou pour qu’elles soient mises sous la juridiction du préfet des Récollets&#13;
de la mission française de Saint-Domingue (Archives apostoliques du Vatican. Propagande. Acta,&#13;
1685, fos 20-21). Mgr de Laval intervint alors auprès de la Cour de Paris et auprès du Saint-Siège&#13;
pour soutenir les droits acquis par l’évêque de Québec ; ce fut un des principaux objectifs de son&#13;
voyage en France en 1684. Nous ne traiterons pas ici de l’évolution des interventions du Serviteur&#13;
de Dieu et de son successeur, mais on peut rappeler que celles-ci eurent un bon succès, puisque,&#13;
jusqu’à la cession du Canada à la Grande-Bretagne, l’évêque de Québec conserva toujours&#13;
juridiction sur toutes les possessions françaises en Amérique du Nord.&#13;
493&#13;
Comme nous l’avons déjà dit (Doc. LI-II-1, note 2), les congés étaient des permissions spéciales&#13;
données par les gouverneurs du Canada aux colons français pour aller faire le commerce des&#13;
fourrures chez les Autochtones.&#13;
- 972 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
père et mère sous une même couverte. Si M. de Denonville tient sa parole, il faudra distribuer les congés par&#13;
parcelles [de] 50 francs 10 écus, plus ou moins, et en&#13;
faire part à chacun suivant la pauvreté où ils sont&#13;
réduits. Cela soulagera beaucoup le Séminaire, tenant&#13;
lieu de ce qu’il serait obligé de donner tous les ans. Il&#13;
faut avoir soin de nous mander ce qu’il aura fait, afin&#13;
que l’an prochain l’on prenne des mesures, selon le&#13;
moyen que l’on aura, au cas que les pauvres ne fussent&#13;
pas soulagés par cette voie.&#13;
Règlement pour la&#13;
maison des Récollets&#13;
de Québec&#13;
&#13;
Il a été réglé à la Cour que les Récollets n’auront qu’un&#13;
frère demeurant dans la maison de Québec ; à quoi il&#13;
faut veiller avec soin, parce qu’il est bien difficile qu’ils&#13;
se puissent réduire à ne rien entreprendre de nouveau&#13;
et d’y faire demeurer quelque prêtre, sous quelque&#13;
prétexte d’infirmité habituelle, afin de pouvoir dire&#13;
qu’ils ont quelque possession ; ce qui est sujet à de&#13;
grandes suites.&#13;
&#13;
Ils ne s’établiront&#13;
point au Montréal.&#13;
Ne pas souffrir qu’ils&#13;
prétendent avoir&#13;
d’autres&#13;
établissements aux&#13;
Trois-Rivières, au fort&#13;
et à l’île Percée et&#13;
qu’ils n’y aillent ni&#13;
ailleurs sans&#13;
permission, ni y&#13;
exercent de fonctions&#13;
qu’avec le&#13;
consentement des&#13;
curés.&#13;
&#13;
La Cour a réglé qu’ils ne s’établiront point au Montréal ;&#13;
ce qui les a fort mortifiés et qui est un grand bien. À&#13;
bien plus forte raison faut-il souffrir qu’ils aient aucun&#13;
établissement aux Trois-Rivières, au fort de Cataraqui,&#13;
à l’île Percée et autres lieux qu’ils pourraient projeter,&#13;
mais qu’ils n’aillent et ne demeurent en toute sorte&#13;
d’endroits universellement que par voie de mission,&#13;
qu’il leur faut donner par écrit pour le temps que&#13;
l’évêque le jugera à propos. L’on ne doit point les laisser&#13;
aller hors de une ou deux [lieues] de Québec, sans qu’ils&#13;
en aient donné avis à l’évêque ou ses grands-vicaires et&#13;
qu’ils n’exercent point de fonction, hors de dire la&#13;
messe, sans qu’ils aient l’agrément de celui qui a soin&#13;
du lieu, qui les doit par nécessité instruire des&#13;
&#13;
- 973 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
désordres et de ceux qui donnent du scandale ; à moins&#13;
de quoi, il arrive presque infailliblement qu’ayant des&#13;
considérations purement humaines et de leur intérêt,&#13;
ils reçoivent aux sacrements les plus scandaleux,&#13;
s’excusant sur ce qu’ils ignoraient la chose, quoiqu’ils&#13;
sachent très bien 494.&#13;
La subsistance des&#13;
curés est une charge&#13;
onéreuse pour le&#13;
Séminaire, si le roi&#13;
[se] désistait de&#13;
donner les 4 000&#13;
livres.&#13;
&#13;
La subsistance des ecclésiastiques qui desservent les&#13;
cures de Canada est la charge la plus onéreuse que le&#13;
Séminaire puisse avoir, si la cour désistait de donner&#13;
autant du moins qu’elle a donné cette année.&#13;
Cependant, il est de la dernière conséquence de ne pas&#13;
abandonner les curés ; le Séminaire ne le peut ni ne le&#13;
doit, tant à raison du bien spirituel des curés, qui ne se&#13;
soutient que par l’union qu’ils ont avec le Séminaire,&#13;
qu’à cause du bien général de toute l’Église et de plus&#13;
de tous les peuples, qui tomberaient dans une étrange&#13;
désolation si lesdits curés n’étaient unis et dépendants&#13;
&#13;
Il faut que&#13;
M. de Saint-Vallier&#13;
écrive au roi et lui&#13;
demande le même&#13;
secours, au moins&#13;
jusqu’à ce qu’il lui&#13;
rende compte luimême de l’état de&#13;
l’affaire.&#13;
&#13;
dudit Séminaire. Il est donc nécessaire que M. l’abbé de&#13;
Saint-Vallier écrive dès cette année à la Cour qu’il a déjà&#13;
reconnu le peu de valeur des dîmes, les fatigues&#13;
excessives que les curés ont à souffrir pour administrer&#13;
les cures, bref qu’en attendant qu’il ait pu se transporter&#13;
lui-même dans tous les lieux au printemps, qu’il prie le&#13;
roi d’accorder le même secours de 4 000 livres, sans&#13;
lequel il ne pourrait pas soutenir lesdits curés et&#13;
missionnaires, y en ayant une grande partie desdites&#13;
cures qui ne peuvent être desservies que par voie de&#13;
mission.&#13;
&#13;
Il est à craindre que si&#13;
l’on met la dîme à la&#13;
13e, la Cour ne veuille&#13;
retrancher&#13;
494&#13;
&#13;
Il sera nécessaire de conférer et examiner si l’on doit, les&#13;
20 ans étant passés, qui sera en 1687, proposer à la Cour&#13;
de mettre la dîme à la 13e, suivant les lettres d’établisse-&#13;
&#13;
Autour de cette question, cf. Doc XLIII-17.&#13;
- 974 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
entièrement le&#13;
supplément, sans&#13;
lequel il est comme&#13;
impossible au&#13;
Séminaire de soutenir&#13;
la charge des curés,&#13;
n’ayant que du blé,&#13;
ledit Séminaire ayant&#13;
d’ailleurs&#13;
suffisamment pour&#13;
son usage.&#13;
&#13;
ment de l’évêque et des patentes du roi données à ce&#13;
sujet en l’année 16[63] 495. Il y a du pour et du contre. Il&#13;
est à craindre que si l’on prend cette voie, la Cour ne&#13;
retire entièrement le secours des 4 000 livres et qu’elle&#13;
ne veuille plus rien donner pour les cures, tant celles&#13;
qui peuvent être sédentaires et fixes que pour celles qui&#13;
ne peuvent être administrées que par voie de mission,&#13;
fondé sur ce que les dîmes augmentant de moitié, il doit&#13;
y avoir suffisamment pour la subsistance des curés du&#13;
provenu desdites dîmes. Et cependant, il est assuré&#13;
qu’avec cette augmentation, l’on ne pourrait pas les&#13;
faire subsister, à la réserve de quelques-unes. Les&#13;
raisons en sont connues au Séminaire, qui a&#13;
l’expérience et sait les difficultés.&#13;
D’autre part, l’on a toujours reconnu qu’il est très&#13;
&#13;
Raisons pour&#13;
lesquelles on ne peut&#13;
pas subvenir à la&#13;
subsistance des curés&#13;
sans un supplément&#13;
en argent.&#13;
&#13;
important, pour conserver les ecclésiastiques dans&#13;
l’esprit de Notre-Seigneur, qu’ils reçoivent tous leurs&#13;
besoins du Séminaire de Québec, afin qu’ayant ce&#13;
rapport, ils y demeurent toujours unis. Et si tout le&#13;
revenu des cures consistait en blé et qu’il n’y eut pas&#13;
une partie en argent, il serait comme impossible au&#13;
Séminaire de pourvoir à la subsistance des curés,&#13;
d’autant que la plupart du temps, l’on n’en a point de&#13;
débit dans le pays et que le Séminaire d’ailleurs en&#13;
retirera des fermes et autres domaines qu’il aura, sans&#13;
parler des dîmes qu’il recevra des curés qui se&#13;
conserveront dans l’union du Séminaire, beaucoup&#13;
plus qu’il n’en pourra consumer pour son usage ; et si&#13;
dès à présent que la dîme n’est qu’au 26e, le Séminaire&#13;
demeure souvent fort embarrassé de grains, que sera-ce si&#13;
&#13;
Sur la question de la dîme, cf. La Tour, Mémoires sur M. de Laval, Doc. LXIX, Livre 9. Lorsque&#13;
Mgr de Laval arriva au Canada, il établit les dîmes au 13e minot. Après plusieurs discussions avec&#13;
les colons français, Tracy écrivit un décret en 1667 diminuant les dîmes au 26e des récoltes, et ce,&#13;
pour 20 ans. À l’approche de l’échéance de ces 20 ans, l’évêque chercha à revenir sur la question.&#13;
495&#13;
&#13;
- 975 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
elle est mise au 13e et lorsqu’il se verra sans espérance&#13;
aucune de toucher de l’argent pour payer les pensions&#13;
desdits curés, pour lesquelles les personnes qui les tiennent&#13;
en pension ne veulent point se satisfaire des grains des&#13;
dîmes, qui sont pour la plupart beaucoup plus mauvais que&#13;
les autres, et allèguent pour raison, comme il est vrai, qu’ils&#13;
ont besoin d’argent pour acheter du vin, de l’eau-de-vie et&#13;
les autres liqueurs et denrées qu’ils ne peuvent avoir et&#13;
même une grande partie des choses qui croissent dans le&#13;
pays, s’ils n’ont de quoi payer en argent ?&#13;
Et l’on a expérimenté, cette année dernière, que si le blé&#13;
n’eut point été cher en France et que l’on n’en eut point&#13;
transporté du Canada, l’on aurait été obligé d’en garder au&#13;
Séminaire la quantité de 5 000 minots, dont on s’est&#13;
accommodé avec M. Riverin, qui aura même de la peine à y&#13;
trouver son compte ; et le changement qui arrive si souvent&#13;
dans les affaires de France empêche qu’en Canada l’on&#13;
puisse lier aucun commerce qui ait de la fermeté et de la&#13;
durée, ledit sieur Riverin étant destitué de l’emploi qu’il avait&#13;
et qui l’engageait à ce commerce de farine pour M. de Vitryla-Ville ; les commis des grosses fermes, auxquelles le&#13;
domaine du Canada a été réuni cette année, ne seront pas&#13;
les mêmes, d’autant que les intéressés desdites fermes&#13;
changent tous les deux ans et que tous ceux qui sont&#13;
employés par eux sont dans un mouvement perpétuel et&#13;
quand [bien] même il y aurait quelque marchand ou autres&#13;
qui entreprendrait ledit commerce aux îles [d’Amérique&#13;
française], il n’est pas possible qu’il puisse subsister, à cause&#13;
de la grande quantité de farines que les navires de France, au&#13;
nombre de plus de 200 par an, y apportent, qui les rendent à&#13;
si bon marché que l’on ne pourrait trouver le débit de celles&#13;
de Canada, qui ne sont pas si bonnes, qu’avec notable perte,&#13;
à moins que le blé ne fût bien cher en France, comme il a été&#13;
l’an passé, à cause du grand hiver qu’il avait fait l’année&#13;
précédente. Cependant, comme il ne se trouvera presque&#13;
point personne qui se veuille payer en blé pour les pensions&#13;
des curés, il faudrait faire état de trouver de l’argent de quoi&#13;
- 976 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
payer 100 écus au moins pour une vingtaine de curés ou les&#13;
mettre à leur ménage particulier, dont la dépense serait&#13;
encore plus difficile à soutenir.&#13;
&#13;
Moulin à scie à la&#13;
Baie-Saint-Paul&#13;
&#13;
Défrichements et&#13;
augmentation de&#13;
terres aux fermes du&#13;
Cap-Tourmente&#13;
&#13;
Il est nécessaire&#13;
d’entreprendre en&#13;
quelque lieu une&#13;
mission sédentaire de&#13;
Sauvages.&#13;
&#13;
Si l’on peut avoir un ouvrier qui réussisse à faire un moulin à&#13;
scie à la Baie-Saint-Paul, je crois que l’on pourra en retirer du&#13;
revenu et que l’on aura du débit en France des planches, au&#13;
moins pendant que la marine subsistera en l’état qu’elle est.&#13;
N’ayant été que deux jours à La Rochelle, je n’ai pu&#13;
m’informer au vrai du prix que les planches peuvent valoir.&#13;
Supposé que ce moulin ait un bon succès, l’on n’aura qu’à&#13;
faire un mémoire touchant ce que l’on aurait besoin de&#13;
savoir, tant pour les choses nécessaires pour le faire marcher&#13;
que pour le débit, et l’on aura soin de se faire informer de&#13;
tout l’an prochain.&#13;
Si l’on peut fournir à la dépense d’augmenter les&#13;
défrichements aux fermes du Cap-Tourmente, c’est&#13;
assurément celle qui est la plus nécessaire, tant pour avoir&#13;
des terres suffisamment pour trois saisons réglées à chaque&#13;
ferme, particulièrement à celle de Saint-Joachim, de&#13;
50 arpents, que pour avoir des foins et pâturages capables&#13;
de nourrir le nombre de bestiaux, qui puisse suffire à l’avenir&#13;
pour le soutien du Séminaire.&#13;
Nous avons conféré souvent du lieu et des moyens que&#13;
l’on pourrait choisir pour une mission sédentaire de&#13;
Sauvages*. Il semble que la providence de Dieu ayant&#13;
disposé l’Église en sorte que l’on aura des sujets&#13;
suffisamment pour y appliquer et un peu plus de fonds,&#13;
il serait très nécessaire d’entreprendre cette nature de&#13;
mission, qui engage à moins de dépenses que les&#13;
éloignées, lesquelles il me paraît aussi d’une absolue&#13;
nécessité de commencer, afin de former des sujets pour&#13;
la langue, à l’étude et pratique de laquelle il faut&#13;
employer du temps avant que d’être capable de&#13;
- 977 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
travailler utilement auprès des Sauvages. J’ai trouvé,&#13;
Nécessité, s’il est&#13;
possible, d’envoyer&#13;
aux missions&#13;
éloignées des&#13;
Sauvages.&#13;
&#13;
toutes les fois que j’ai pensé au lieu que l’on pourrait&#13;
désigner pour la mission sédentaire, les mêmes&#13;
inconvénients que nous avons prévus qui pourraient&#13;
arriver si l’on l’établissait dans les terres qui sont&#13;
proches du Cap-Tourmente.&#13;
Cependant, c’est le lieu qui paraît le plus commode&#13;
pour maintenir les missionnaires qui y seraient&#13;
&#13;
Vues qui me sont&#13;
venues pour le lieu&#13;
qu’on pourrait choisir&#13;
pour l’établissement&#13;
d’une mission de&#13;
Sauvages qui soit&#13;
sédentaire.&#13;
&#13;
employés dans l’esprit de grâce ; ce qui me fait juger que&#13;
si l’on trouvait un lieu commode où la terre fut bonne, qu’il y&#13;
en eut une quantité suffisante pour conserver cette mission&#13;
un temps considérable, qui fut éloigné des fermes seulement&#13;
de trois ou quatre lieues et dont les Sauvages fussent&#13;
satisfaits, il ne faudrait pas hésiter ni faire de difficulté d’y&#13;
établir ladite mission ; l’on pensera tous les inconvénients de&#13;
part et d’autre. Je ne crois pas que les Sauvages voulussent&#13;
demeurer dans un lieu qui fut avant dans les terres et sans&#13;
qu’il y eût une rivière où ils puissent commodément&#13;
s’embarquer et débarquer.&#13;
Il faut néanmoins jeter les yeux sur quelque endroit qui soit&#13;
propre à ce dessein et faire en sorte que d’en choisir&#13;
quelqu’un qui ne soit pas tellement éloigné des do-maines&#13;
que l’on a, qu’il soit difficile d’en pouvoir tirer les&#13;
accommodements et douceurs dont on a besoin.&#13;
La vue m’est encore venue que l’on pourrait commencer&#13;
cette mission à l’île de Jésus et sacrifier la meilleure partie&#13;
des terres que l’on y a et leur en défricher dans le domaine&#13;
réservé ; mais il serait difficile que cette mission put avoir du&#13;
succès, tant à cause de l’eau-de-vie qu’ils auraient de tous&#13;
côtés des habitants voisins que pour la proximité de la&#13;
Mission de la Montagne et de celle des Jésuites, ce qui&#13;
causerait du trouble et une jalousie encore plus grande que&#13;
celle qui est déjà entre les deux qui y sont établies.&#13;
&#13;
- 978 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Continuation de vues&#13;
pour l’établissement&#13;
d’une mission de&#13;
Sauvages sédentaire&#13;
&#13;
Je ne sais si depuis le Cap-Maillard jusqu’à la Baie [Saint-Paul]&#13;
et le domaine même de la baie ne serait point un lieu plus&#13;
propre que tous les autres pour faire cet établissement. Cela&#13;
n’empêcherait point la fabrique et le travail du moulin à scie ;&#13;
au contraire, je crois qu’elle y apporterait divers accommodements. Je ne vois pas d’ailleurs que de consacrer une&#13;
ferme tout entière pour cette œuvre, que cela apporte un&#13;
grand préjudice et diminution de revenu, attendu que la&#13;
nourriture des bestiaux, étant tout ce qu’on y peut&#13;
rencontrer d’avantageux à l’avenir, y a si mal réussi jusqu’à&#13;
présent qu’il y a peu d’apparence que l’on en puisse tirer un&#13;
grand profit à la suite des temps.&#13;
Les Sauvages, particulièrement ceux du côté de l’Acadie et&#13;
ceux qu’on nomme Abénaquis, auraient un facile accès et&#13;
débarquement dans la baie [du fleuve], l’on ne ferait état de&#13;
nourrir de bestiaux audit lieu qu’autant qu’il serait nécessaire&#13;
pour le soulagement et nourriture de ceux qui&#13;
demeureraient là. Il serait aisé de faire en sorte que&#13;
M. de Denonville fit une pareille défense pour l’eau-devie que M. de Frontenac a faite et que le roi a confirmée&#13;
pour les Sauvages de la Mission du Sault, auxquels il&#13;
est défendu aux Français de porter de boisson.&#13;
L’on peut objecter que les terres de la Baie[-Saint-Paul] ne&#13;
paraissent guère propres à faire du blé d’Inde, étant trop&#13;
humides et dans un fond tout plat et qui peut-être seraient&#13;
sujettes à la gelée, les pays des coteaux, quand la terre y est&#13;
ferme, étant les plus propres ; mais le remède serait de faire&#13;
des fossés qui les rendraient aussi sèches que celles du CapTourmente et au cas que les terres de l’appartenance des&#13;
fermes ne fussent pas propres, en abordant à la baie audessus du coteau tirant vers le Cap-Tourmente, l’on voit une&#13;
grande quantité de terres que l’on m’a dit être très bonnes&#13;
et de l’espace de plus de deux ou trois lieues, lesquelles me&#13;
paraissent être en coteau. Si celles de la baie ne pouvaient&#13;
être propres à cet usage, on en trouverait proches qui&#13;
- 979 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
seraient même en quelque façon plus avantageuses à ce&#13;
dessein, parce qu’on pourrait facilement et plus&#13;
commodément frayer un chemin de communication pardedans les bois pour aller au Cap-Tourmente, qui serait à la&#13;
suite du temps plus aisé que celui de la grève. Le lieu de la&#13;
Petite-Nation, autrement [appelé] le Sault de la Chaudière,&#13;
m’est aussi venu dans la pensée, mais j’y ai trouvé beaucoup&#13;
plus de difficultés qu’aux autres ci-dessus, quoiqu’il y ait&#13;
quelques raisons qui seraient bien considérables qui y&#13;
pourrait porter. L’on examinera toutes ces vues et l’on jugera&#13;
des inconvénients qui se trouveront pour chacun des lieux.&#13;
M. Trouvé&#13;
&#13;
496&#13;
&#13;
Si M. Trouvé va au Séminaire, comme nous avons sujet de&#13;
l’espérer, quoiqu’il y ait des obstacles à surmonter du côté&#13;
de M. l’archevêque de Tours, il pourra puissamment vous&#13;
servir à cette détermination, étant expérimenté de longue&#13;
main et en toutes manières de ce qui regarde les Sauvages.&#13;
M. l’abbé de Saint-Vallier vous dira de [sa] bouche comment&#13;
et sur quel fondement il se lie au Séminaire de Québec. J’ai&#13;
eu de la peine sur ce sujet, à cause de la demeure qu’il a faite&#13;
à celui de Montréal, mais il a paru que la chose se faisait de&#13;
l’agrément de M. Tronson. Je veux croire que c’est tout de&#13;
bon, mais il y a lieu de craindre que maneat alta mente&#13;
repostum 496. C’est, comme vous connaissez, un très bon&#13;
sujet. Je ne puis vous dire ici quel emploi vous lui donnerez.&#13;
Il serait capable d’une mission, soit éloignée, soit sédentaire.&#13;
Il est propre à administrer la cure de Québec, où l’on a besoin&#13;
d’une personne à la place de M. de Bernières. M. l’abbé&#13;
de Saint-Vallier apporte une difficulté, qui est que M. Trouvé&#13;
fait état de revenir avec lui en France pour les mêmes affaires&#13;
de ses parents, qui l’ont obligé de revenir de Canada et de&#13;
demeurer en France jusqu’à présent, d’où l’on ne l’aurait pas&#13;
libéré sans une somme que l’on consacre pour ses parents,&#13;
payables en plusieurs années. Je ne crois pas néanmoins que&#13;
la raison du voyage qu’il doit faire en France put empêcher&#13;
qu’on ne lui donnât le soin de ladite cure de Québec. Je crois&#13;
&#13;
NDLR : Le souvenir reste profondément gravé dans le cœur. (Proverbe romain)&#13;
- 980 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
qu’il y aura de la difficulté de sa part, mais il serait à souhaiter&#13;
qu’un engagement de cette nature put l’obliger à renoncer à&#13;
ce voyage, qui ne me paraît pas être de grâce et il y aura un&#13;
nouveau danger pour lui d’être accroché, comme il est à&#13;
présent, et des difficultés à surmonter que possible il ne&#13;
vaincra pas et que l’expérience lui doit faire appréhender. Il&#13;
n’y a rien qu’on ne pût faire en son absence pour ses parents,&#13;
moyennant le secours qu’on lui a promis pour les aider.&#13;
M. d’Urfé&#13;
&#13;
M. d’Urfé passe aussi avec M. l’abbé de Saint-Vallier, à&#13;
dessein de demeurer au Séminaire de Québec. Je ne sais&#13;
pas à quel emploi l’on pourrait le destiner. Je n’en vois&#13;
guère qui lui soit propres en Canada. Vous y penserez&#13;
tous ensemble et résoudrez ce qui lui sera plus&#13;
convenable tant que la Providence l’arrêtera au&#13;
Séminaire, dont je lui ai dit l’esprit, duquel il y a sujet&#13;
de&#13;
&#13;
douter&#13;
&#13;
qu’il&#13;
&#13;
s’accommode&#13;
&#13;
au&#13;
&#13;
regard&#13;
&#13;
du&#13;
&#13;
détachement, qui est l’essentiel néanmoins et en quoi&#13;
consiste l’esprit de grâce qui soutient le Séminaire,&#13;
lequel s’il ne goûte pas, il est à souhaiter qu’il n’y fasse&#13;
pas une longue demeure et qu’il retourne à celui de&#13;
Montréal, comme il a témoigné qu’il pourrait faire, si le&#13;
Séminaire de Québec ne l’accommodait pas. Il a voulu&#13;
savoir une fois de moi combien il était à propos qu’il y&#13;
payât de pensions. Je lui fis réponse que l’on n’en payait&#13;
point dans le Séminaire, que l’on y portait ce qu’on&#13;
avait et que ceux qui n’avaient rien y étaient aussi bien&#13;
reçus que ceux qui avaient du bien. Abiit tristis 497. Je n’ai&#13;
pas sujet d’être persuadé qu’il goûte cette conduite.&#13;
Notre-Seigneur en disposera comme il lui plaira. Il faut&#13;
prier la sainte Famille qu’elle ne permette pas que ceux&#13;
qui ne seront pas animés de cet esprit demeurent dans&#13;
une maison qui lui est dévouée et consacrée si&#13;
particulièrement.&#13;
497&#13;
&#13;
NDLR : « Il s’en alla tout triste. » (Matthieu 19:22)&#13;
- 981 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
M. Mossu, prêtre&#13;
&#13;
M. Mossu, qui a demeuré quelque temps à la communauté&#13;
de la cure de Saint-Sulpice, passe pour le Séminaire de&#13;
Québec. Il est Suisse de nation et a beaucoup de grâce et de&#13;
douceur. L’on croit qu’il pourrait être propre à administrer la&#13;
cure de Québec : il se fait aimer de tous ceux qui le&#13;
connaissent. Il n’y a point de doute que si l’on trouve qu’il ait&#13;
assez de talent extérieur pour parler en public, au moins pour&#13;
faire des prônes, il ne soit propre à cette fonction, parce que&#13;
d’ailleurs il est capable de faire beaucoup de bien, ayant de&#13;
l’onction et de l’extérieur extrêmement gagnant. L’on&#13;
pourrait pour l’éprouver le mettre vicaire à Québec et l’on&#13;
verrait quelque temps comment il s’en acquitterait. À quoi&#13;
que ce soit que vous l’employez, on peut dire que c’est un&#13;
bon sujet et que l’on trouvera disposé à tout. Il n’y a pas plus&#13;
de six semaines qu’il est dans le Séminaire ; ce qui fait qu’on&#13;
ne peut pas tout à fait connaître ses talents extérieurs ; il a&#13;
néanmoins administré quelques cures en Alsace et en&#13;
Bourgogne, où l’on l’avait envoyé, depuis quoi il a travaillé à&#13;
la cure de Saint-Sulpice [comme] porte-Dieu, d’où il est venu&#13;
ici.&#13;
&#13;
M. Geoffroy, prêtre&#13;
&#13;
M. Geoffroy, auquel j’ai conféré tous les ordres sacrés, est de&#13;
Paris, élevé aux Trente-Trois, comme feu M. Fillon. Il est un&#13;
très bon sujet et qui a bien de la grâce, du courage et de la&#13;
bonne volonté, duquel on fera tout ce qu’on voudra et sera&#13;
toujours content et satisfait. Il ne manque [pas] de jugement&#13;
et d’esprit. Il y a environ trois mois qu’il est venu au&#13;
Séminaire, où il a donné de l’édification, étant toujours prêt&#13;
à tout faire ce qu’on demande de lui, sans aucune propre&#13;
volonté. Il est tout à fait propre pour le Séminaire et a la vraie&#13;
trempe d’esprit qu’il faut pour le Canada.&#13;
&#13;
La sœur de&#13;
M. Geoffroy&#13;
&#13;
La sœur de M. Geoffroy passe aussi en Canada. C’est une fille&#13;
qui, ayant perdu père et mère, a élevé mondit Geoffroy,&#13;
demeuré avec quelques autres garçons assez petits. Elle s’est&#13;
présentée pour aller avec la Sr Marguerite [Bourgeoys] ; mais&#13;
il m’est venu quelques pensées à son égard, que vous&#13;
déterminerez à Québec lorsque vous l’aurez vue et connue&#13;
- 982 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
sur les lieux. Je vous dirai la vue que j’ai eue sur cette fille,&#13;
fondée sur ce que j’ai pu remarquer d’elle, le peu de temps&#13;
que je lui ai parlé, deux ou trois fois. Elle a, ce semble,&#13;
beaucoup de conduite et de jugement, une fermeté, un&#13;
courage et une résolution qui n’est pas ordinaire et bien de&#13;
la grâce et du détachement et paraît goûter toutes les&#13;
maximes de Notre-Seigneur. Enfin, toutes les bonnes&#13;
qualités que j’ai reconnues en elle ont fait que j’ai jugé à&#13;
propos de laisser en suspens si elle s’engagerait avec la&#13;
Sr Marguerite, jusqu’à ce qu’on eût résolu au Séminaire ce&#13;
qu’on ferait d’elle et je douterais si on ne la devrait pas&#13;
retenir unie et attachée au Séminaire. Elle pourrait demeurer&#13;
quelque temps avec Mlle de Glandelet et s’occuperait à&#13;
divers ouvrages de broderies et autre que je crois qu’elle sait&#13;
fort bien et même à coudre, à quoi elle pourrait servir à&#13;
maintenir un certain esprit de ferveur et de résolution. Bref,&#13;
je me persuade autant que je puis juger qu’elle a une aussi&#13;
bonne trempe d’esprit que j’en ai reconnu en aucune fille et&#13;
qui pourrait à la suite rendre divers services fort utiles au&#13;
Séminaire.&#13;
&#13;
M. Foucques, diacre,&#13;
et que l’on a dessein&#13;
d’ordonner prêtre&#13;
avant son départ.&#13;
&#13;
M. Foucques, qui n’est que diacre jusqu’à présent et pour&#13;
lequel nous attendons une dispense d’âge pour le faire&#13;
prêtre, partira apparemment pour La Rochelle avant que&#13;
nous ayons pu lui conférer cet ordre sacré. Nous lui avons&#13;
donné celui de sous-diaconat et du diaconat. Il demeurait&#13;
actuellement à Saint-Sulpice en pension. Il est fils d’un&#13;
marchand d’Abbeville et connaît M. Du Bos, qui en est aussi.&#13;
Il s’est joint à M. de Saint-Vallier et va en Canada à l’insu de&#13;
ses parents, parce qu’il croit qu’ils lui feraient de la peine.&#13;
C’est un bon jeune homme, qui a pris ce dessein par grâce et&#13;
détachement. Il serait difficile de porter encore un jugement&#13;
solide des talents de mondit sieur de Foucques, étant un&#13;
jeune homme qui n’est pas encore formé. Il paraît avoir de la&#13;
grâce et une bonne volonté.&#13;
&#13;
- 983 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Il se présente assez&#13;
de sujets médiocres,&#13;
mais peu qui aient&#13;
des qualités&#13;
extraordinaires qui&#13;
veuillent passer en&#13;
Canada et tournent&#13;
tous leurs pensées&#13;
aux missions de la&#13;
Chine.&#13;
&#13;
Il se présente assez de sujets médiocres, mais il est rare&#13;
d’en trouver qui aient ce que l’on appelle de bonnes&#13;
qualités, soit en grâce, soit en talents naturels et qui&#13;
soient capables de remplir les fonctions dont l’on a&#13;
besoin dans le Séminaire de Québec et propres pour&#13;
être de l’union et prendre part à la conduite et&#13;
gouvernement du Séminaire. Tous ceux qui ont du bien&#13;
temporel ou des qualités de grâce et de nature un peu&#13;
considérables prennent les vues des missions du&#13;
Levant et envisagent le Canada comme un lieu où il y a&#13;
peu de bien à faire parmi les Sauvages, où le seul&#13;
emploi du Séminaire est de s’occuper simplement aux&#13;
Français, pour lequel presque aucun ne ressent&#13;
d’attrait, du moins en Canada. J’ai néanmoins un sujet&#13;
dans le Séminaire en vue et que nous tâcherons de&#13;
tourner pour le Canada, qui a bien de la grâce, du&#13;
jugement et de la conduite et qui serait d’une trempe&#13;
d’esprit telle qu’il nous faudrait pour se lier&#13;
entièrement à cette œuvre 498. Il faut avoir recours à&#13;
Notre-Seigneur et à sa sainte Mère et leur demander&#13;
qu’ils disposent son cœur. Il nous témoigne assez&#13;
d’affection et d’agrément.&#13;
&#13;
Un jeune homme&#13;
nommé Digoy, natif&#13;
du diocèse d’Autun.&#13;
&#13;
Un jeune homme nommé Digoy passe aussi en Canada. C’est&#13;
un garçon qui a été élevé, à ce qu’il m’a dit, par une mère de&#13;
grande piété, qui leur faisait faire dans sa famille deux heures&#13;
de prière vocales et d’oraison mentale par jour. Il y a bien de&#13;
la douceur dans son naturel et écrit fort bien. Sa mère étant&#13;
chargée de beaucoup d’enfants et n’ayant pas le moyen de&#13;
le soutenir, il s’est adressé à moi pour voir si l’on avait besoin&#13;
de lui et l’ayant examiné, je lui ai témoigné qu’il ne pourrait&#13;
être propre en Canada qu’à tenir les petites écoles en&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit de Henri-Jean Tremblay, qui était entré au Séminaire de Paris en 1686. Le&#13;
supérieur entendait l’envoyer dans les missions d’Orient, mais François de Laval le désirait pour le&#13;
Canada et parvint à l’obtenir de justesse. Il avisa son Séminaire, dans sa lettre du 9 juin 1687, que&#13;
l’abbé Tremblay serait la seule recrue de l’année.&#13;
498&#13;
&#13;
- 984 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
demeurant avec un ecclésiastique, duquel il aurait soin et lui&#13;
apprêterait à manger ou si l’on [le] retenait au Séminaire, y&#13;
exécuter les commissions qu’on lui donnerait pour les&#13;
affaires de la maison, l’éducation qu’il paraît avoir en faisant&#13;
juger à M. de Saint-Vallier et même à M. Dudouyt que l’on&#13;
devait le faire manger dans [le] Séminaire au réfectoire avec&#13;
les ecclésiastiques. Mais je n’ai été aucunement de ce&#13;
sentiment pour deux raisons : [1re] l’une que c’était lui&#13;
accorder plus qu’il ne demandait et recherchait et que cela&#13;
aurait diminué et altéré, ce me semble, ce qu’il paraît avoir&#13;
de grâce et d’humilité ; la 2e raison est la vue que j’aurais sur&#13;
lui qu’il pourrait être dressé à être procureur de la maison à&#13;
la place du sieur Le Vallet, que je ne crois pas que l’on puisse&#13;
garder au Séminaire, si celui-ci se trouve avoir assez&#13;
d’étendue d’esprit pour s’acquitter de cet emploi.&#13;
Il sera agréable au monde pour traiter des affaires, ayant un&#13;
extérieur fort doux et honnête et lorsqu’on aura reconnu&#13;
qu’il peut y réussir, l’on sera toujours bien reçu à lui donner&#13;
la soutane et l’entrée au réfectoire, comme il aurait fallu agir&#13;
avec le sieur Le Vallet, duquel on n’aurait pas été longtemps&#13;
à connaître le génie ; que si l’on voit que ce bon garçon ne&#13;
soit pas propre à cet emploi, il n’aura point pris l’essor et sera&#13;
toujours dans un état humble. Après un an d’épreuve en&#13;
habit court et mangeant au petit réfectoire avec les donnés&#13;
de la maison, comme il a fait au Séminaire de Paris, où il a&#13;
mangé avec les valets, tant ceux de la maison que ceux qui&#13;
appartiennent aux particuliers.&#13;
Un bon garçon&#13;
nommé Thomas&#13;
de Montmorency,&#13;
cordonnier&#13;
&#13;
Un bon garçon,&#13;
&#13;
nommé&#13;
&#13;
Thomas,&#13;
&#13;
qui est&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
Montmorency, cordonnier de son métier, passe aussi&#13;
pour le Séminaire de Québec. Il était depuis sept ou&#13;
huit mois dans la maison à aider à la cuisine. Il avait&#13;
déjà, avant mon arrivée, témoigné son désir à&#13;
M. Dudouyt. Il n’a pas grand génie. Il paraît néanmoins&#13;
savoir bien son métier. Ce que j’appréhende en ce&#13;
garçon est qu’il n’ait pas l’esprit assez constant et&#13;
- 985 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
assidu à s’appliquer à son travail depuis le matin&#13;
jusqu’au soir et d’un bout de l’année à l’autre. Nous&#13;
n’avons pas pu avoir de l’expérience sur cela. Mais la&#13;
seconde chose est qu’ayant été élevé et aidé du F. Jean&#13;
Osmond, nommé M. de La Croix, il n’eût pris quelquesunes de ses maximes pour l’oraison mentale ou plutôt,&#13;
une inaction véritable. Je dis cela sur quelque sorte de&#13;
fondement, parce que l’observant un peu, je remarquai&#13;
qu’il avait été une fois plus de trois heures continues&#13;
devant le Saint-Sacrement ; ce qui me donna occasion,&#13;
en m’aidant à me coucher, de lui demander, ne faisant&#13;
semblant de le savoir, où il avait été pendant tout ce&#13;
temps. Il me fit réponse qu’il était devant le SaintSacrement et l’ayant questionné de ce qu’il y faisait et&#13;
que cette application était capable de lui casser la tête,&#13;
outre que ce n’était pas ce que Dieu demandait de lui,&#13;
il me dit qu’il ne s’appliquait point et que quand il y&#13;
demeurerait plus longtemps, qu’il ne se ferait aucun&#13;
mal à la tête. J’ai dit à M. Dudouyt ma crainte à l’égard&#13;
de ce garçon, lequel, s’il se figurait des états&#13;
chimériques, il déroberait à son travail du temps pour&#13;
contenter sa fantaisie. À quoi il m’a répondu qu’il n’a&#13;
jamais fait cela étant à la cuisine, dont il n’y a pas lieu&#13;
de s’étonner, parce qu’il était veillé et pressé.&#13;
Cependant, on vous l’envoie. Veillez à son travail. Il&#13;
m’a dit qu’étant dans une communauté de filles à SaintGermain, il faisait tous les jours trois souliers et il&#13;
convient qu’un homme qui s’emploie en doit faire&#13;
autant.&#13;
Un garçon chirurgien&#13;
nommé Moret&#13;
&#13;
Selon toute apparence, il passera un jeune garçon, chirurgien&#13;
de sa profession. Je suis après examiner tout ce qui le&#13;
regarde. Il est du Berry, proche [de] Méobecq. Il y a deux ans&#13;
et demi qu’il est sorti des Frères de la Charité de Paris, où il a&#13;
été huit mois novice, et n’est sorti que parce qu’ils ne&#13;
- 986 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
jugeaient pas qu’il eût assez de force de corps pour porter la&#13;
fatigue de la quête qu’ils font en cette ville. Il me paraît d’un&#13;
naturel fort doux et honnête. Il dit qu’il a toujours continué&#13;
la pensée de se donner à Dieu dans quelque communauté,&#13;
quand Dieu lui en ferait naître l’occasion, avec dessein d’y&#13;
demeurer le reste de ses jours. Comme il est sorti des Frères&#13;
de la Charité non point de lui-même, qu’il y aurait bien voulu&#13;
rester, mais par leur avis et sentiment, il m’a témoigné que&#13;
leur prieur qui l’aime, à ce qu’il m’a dit, me viendrait rendre&#13;
témoignage de lui et qu’il a travaillé dans leur hôpital depuis&#13;
qu’il n’est plus religieux. Il ne doit pas être ignorant de sa&#13;
profession, car depuis deux ans et demi, il a travaillé dans les&#13;
villes de Montpellier, Castres et Béziers, d’où il n’est de&#13;
retour que depuis peu. Je lui ai fait connaître que, comme il&#13;
n’y aurait pas de quoi l’occuper dans le Séminaire de sa&#13;
profession, il fallait qu’il fût disposé à faire toutes les choses&#13;
dont il serait capable dans la maison, comme serait des&#13;
commissions au-dehors et le reste à quoi on le jugera propre.&#13;
Il me paraît dans de bons sentiments pour tout.&#13;
Un jeune homme que&#13;
le F. Luc, pénitent,&#13;
nous a adressé.&#13;
&#13;
Le F. Luc, pénitent 499, nous a adressé un autre jeune homme,&#13;
qui est de vers Saint-Lô en Normandie, qui nous a paru avoir&#13;
l’esprit fort doux et honnête et rempli de fort bons&#13;
sentiments, dans la disposition de servir de maître d’école et&#13;
à tout ce qu’on le jugera capable de faire. Je vous avoue que&#13;
si ce jeune homme nommé Digoy et ce chirurgien, au cas qu’il&#13;
aille, s’étaient présentés et eussent été retenus avant lui, je&#13;
n’aurais pas été de sentiment de se charger de le faire passer.&#13;
J’ai jugé au commencement que l’on pourrait le former pour&#13;
servir à la procure, étant fort bien élevé et l’esprit fort propre&#13;
et docile. Il s’est même appliqué à l’arithmétique. Vous en&#13;
[jugerez] par l’expérience, mais comme l’on aura ce jeune&#13;
homme nommé Digoy, je ne crois pas que vous ayez besoin&#13;
pour cela de celui de Saint-Lô, supposé néanmoins que ledit&#13;
Digoy soit trouvé propre. Ce jeune homme de Saint-Lô serait&#13;
bon pour rendre les services à M. de Saint-Vallier, dont il&#13;
&#13;
499&#13;
NDLR : La Confrérie des Pénitents fut fondée en 1517. Chacune est composée d’un groupe de&#13;
laïcs et soumise à l’autorité de l’ordinaire de lieu.&#13;
&#13;
- 987 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
aurait besoin. Il ne manque pas de piété, à ce que nous en&#13;
avons pu juger et que le F. Luc nous a rendu témoignage.&#13;
Propre pour servir&#13;
M. l’abbé de SaintVallier au lieu et&#13;
place du sieur&#13;
Charprenet, celui-ci a&#13;
des sentiments de&#13;
piété et sera docile.&#13;
&#13;
M. l’abbé de Saint-Vallier, ne sachant pas comme les&#13;
choses se passent en Canada, s’est figuré qu’il aurait&#13;
besoin d’une personne qui l’accompagnât pour écrire et&#13;
avait jeté les yeux sur ledit Digoy ; mais je lui ai dit que&#13;
les choses n’allaient pas comme il pensait et que les&#13;
ecclésiastiques qui iraient avec lui s’acquitteraient de&#13;
cette fonction et d’ailleurs, s’il est jugé qu’il ait les&#13;
qualités requises pour la procure, ce serait bien&#13;
dommage de l’en détourner et de ne le pas former à un&#13;
emploi si nécessaire au Séminaire. Ma pensée est que,&#13;
quand il y sera employé, qu’il demeure tout au plus&#13;
clerc avec la soutane, comme M. Ranvier, sans être&#13;
&#13;
M. Le Vallet&#13;
&#13;
promu aux ordres sacrés, suivant la vue qu’on avait eue&#13;
sur M. Le Vallet, lequel, à moins qu’il n’y ait un grand&#13;
changement dans son humeur, il est à propos de&#13;
renvoyer en France et je puis même juger que quelque&#13;
changement qu’il y parût, il serait peu propre à&#13;
administrer une cure, ayant le fond du génie fort&#13;
rustique, grossier et dégoûtant ; ce qui ne s’ajuste pas&#13;
aux fonctions ecclésiastiques, dans lesquelles l’on est&#13;
obligé incessamment de converser et agir avec le&#13;
prochain, enfants ou adultes. Lui ayant donné la&#13;
soutane et admis au réfectoire, je ne vois guère d’autre&#13;
moyen de s’en défaire que de le renvoyer en France.&#13;
&#13;
Charprenet&#13;
&#13;
Les parents de Charprenet me sont venus voir à Poitiers. Je&#13;
crois que, le connaissant peu propre à toute sorte d’emploi,&#13;
ils sont bien aises qu’il soit au Séminaire, mais n’ayant point&#13;
de génie comme on le connaît, je crois que c’est une charge&#13;
pour le Séminaire et une multiplication de gens et de&#13;
dépenses. J’aimerais bien mieux garder au Séminaire ce&#13;
jeune homme du F. Luc, qui ne manque pas d’esprit, de&#13;
- 988 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Le jeune homme du&#13;
F. Luc&#13;
&#13;
jugement, d’étude et d’éducation. Ainsi, on ne doit pas&#13;
garder Charprenet plus longtemps et plus on le garderait et&#13;
plus on aurait de peine à s’en défaire. Je laisse néanmoins sur&#13;
les lieux à en juger, mais il est assuré que voyant les grandes&#13;
difficultés que l’on a de tirer de l’argent en France et les&#13;
peines que la cour a de débourser, il faut se retrancher de&#13;
tout ce qui ne peut être utile au soutien du Séminaire et&#13;
épargner le plus qu’il sera possible. Tout consiste à maintenir&#13;
un bon règlement dans la maison et veiller tout autrement&#13;
que l’on a fait jusqu’à présent sur tous les domestiques et sur&#13;
leur travail, parce qu’on reconnaît sensiblement qu’ils se&#13;
perdent dans le Séminaire et on ne les connaît pour&#13;
l’ordinaire que sur leur propre témoignage.&#13;
&#13;
Louis Le Maire&#13;
&#13;
Vous en apprendrez un exemple assez récent dans la&#13;
personne de Louis Le Maire, boulanger, qui a passé avec moi.&#13;
Je sais qu’il a été bon travaillant et qu’il employait bien son&#13;
temps au Cap-Tourmente et ailleurs où l’on l’a tenu appliqué&#13;
au gros travail ; mais je n’avais pas porté le même jugement&#13;
de lui, quelque temps après qu’il a demeuré au Séminaire et&#13;
j’ai averti souvent que je le voyais et remarquais fort à&#13;
déloisir dans une assez grande fainéantise, ce qui les perd&#13;
entièrement, en quoi j’ai reconnu la vérité aussitôt que nous&#13;
fûmes embarqués ce que si nous avions prévu. Il aurait bien&#13;
fallu se donner de garde de le faire passer avec moi. Je&#13;
remarque aussitôt que c’était un grand causeur et&#13;
rapporteur, rejetant toujours sur les autres ce qu’il devait&#13;
s’attribuer, extrêmement sur sa bouche, toujours&#13;
grandement sur ce sujet et jamais content. Quoiqu’étant&#13;
toujours au lit, je lui donnasse une bonne partie de ce qu’on&#13;
me donnait de la table, où rien ne manquait, il a fait toujours&#13;
amitié et accointance avec les cuisiniers. Mais j’ai bien&#13;
expérimenté pire à La Rochelle, en chemin et à Paris. Ce&#13;
garçon, qui n’était point embarrassé, se disait-il, de venir à&#13;
pied et de suivre le carrosse, à quoi il n’eût pas beaucoup de&#13;
peine s’il eût eu un peu de bonne volonté, ne marchant dans&#13;
cette saison qu’à pas comptés la plupart du chemin.&#13;
&#13;
- 989 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Cependant, il n’a jamais voulu en tâter et il fallut que je&#13;
payasse aux cochers tout le long de la route pour le mettre&#13;
derrière et outre cela, lui donner ma robe de chambre pour&#13;
l’abrier pendant qu’il voyait marcher toujours à pied tous les&#13;
valets de ceux qui étaient dans le carrosse et le fils de la&#13;
femme d’André Dumais de Montréal, Canadien, dont la mère&#13;
était dans le carrosse ; et aussitôt qu’il était arrivé, il se&#13;
comportait comme un homme qui aurait été bien fatigué,&#13;
toujours plaignant, ne venant pour aider à me coucher que&#13;
quand il lui prenait fantaisie, ce qu’il a continué pendant tout&#13;
le temps qu’il a été à Paris, jusqu’à ce qu’il s’en est allé, sans&#13;
nous dire rien à M. Dudouyt ni à moi, n’étant pas satisfait de&#13;
l’argent que je lui baillai à La Rochelle pour acheter ce qu’il&#13;
me dit avoir besoin, toujours extrêmement vain, ne croyant&#13;
pas être vu selon sa condition, quoiqu’il le fût, comme vous&#13;
savez, plutôt en gentilhomme qu’en paysan qu’il était et&#13;
gueux et tout nu que je l’avais pris à La Rochelle. Il me disait&#13;
souvent que le marquis de Sacey et un autre baron étaient&#13;
ses parents, bref par où il a fini est que tout son grief était&#13;
qu’il voulait qu’on lui fît faire un plus bel habit que celui qu’il&#13;
avait pour paraître dans son pays, où il n’osait pas se&#13;
présenter à ses parents s’il n’était conformément à la famille&#13;
dont il était, dont je ne m’étonne pas, connaissant d’ailleurs&#13;
son extravagance, et me suis contenté de lui donner 45 livres&#13;
pour aller d’ici à La Rochelle par son pays, avec la carte&#13;
blanche de retourner ou non au Séminaire, n’ayant pas&#13;
néanmoins de pente qu’il y soit reçu. Je me suis informé&#13;
cependant d’un ecclésiastique qu’il m’avait indiqué pour me&#13;
dire qui il était, lequel m’a dit qu’il connaissait sa sœur,&#13;
Louise Le Maire, laquelle était une pauvre servante dans une&#13;
maison de noblesse. Je n’ai pas fait semblant de rien, mais&#13;
cela m’a fait d’autant plus connaître son impertinence, de&#13;
laquelle néanmoins je n’avais eu que trop de marques, entre&#13;
lesquelles vous saurez qu’aussitôt qu’il était entré dans ma&#13;
chambre, il s’assoyait et plutôt que d’être obligé de faire&#13;
semblant de le voir, je tournais mon siège pour ne le pas voir&#13;
et [il] ne s’est point corrigé pour cela ayant continué jusqu’à&#13;
la fin.&#13;
- 990 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Je vous ai voulu marquer l’histoire de ce personnage pour&#13;
faire voir combien on est éloigné de connaître les gens, leurs&#13;
qualités naturelles et s’ils sont toujours occupés, car à l’égard&#13;
de celui-ci, on ne peut point dire qu’il ait changé, ni qu’il se&#13;
soit détraqué, car je ne l’ai pas eu dans le navire deux fois&#13;
24 heures que j’y ai reconnu tout ce que je vous ai manqué&#13;
ci-dessus et pour comble de son impertinence et de la&#13;
mauvaise disposition dans laquelle il partait, dont personne&#13;
ne sut rien que le cuisinier et quelques autres confidents, il a&#13;
laissé sans en parler un billet que je lui avais donné pour être&#13;
nourri à La Rochelle, [en] attendant qu’on y arrivât. Il fallait&#13;
laisser cet homme-là dans le gros travail, qui avait en quelque&#13;
manière dompté sa sottise et son orgueil et possible se fût-il&#13;
conservé, mais il s’est entièrement perdu au Séminaire où, si&#13;
on ne s’étudie davantage à y veiller, il n’y en aura guère qui&#13;
ne fassent naufrage.&#13;
&#13;
Nous avons parlé&#13;
souvent, M. Dudouyt&#13;
et moi, de bière pour&#13;
les donnés du&#13;
Séminaire.&#13;
&#13;
Nous avons souvent parlé, M. Dudouyt et moi, de la&#13;
nature et usage que l’on doit fixer la nourriture et&#13;
entretien de ceux qui feront état de se donner au&#13;
Séminaire et avons trouvé beaucoup de difficulté à ce&#13;
que l’on les [les donnés du Séminaire] réduisît toute leur&#13;
vie à ne boire que de l’eau ; et quoique la chose ne soit&#13;
pas si rude, comme les personnes se le persuadent,&#13;
cependant, eu égard à tout le reste du pays, ils se&#13;
regarderont quelquefois, dans des tentations et&#13;
bouleversements, comme malheureux d’être privés de&#13;
toute sorte de douceurs et particulièrement de celle de&#13;
boire du vin ou au moins de la bière. Sur lequel sujet de&#13;
murmure et de plainte de la nature, lequel n’est pas&#13;
nouveau, l’on peut dire que la mission du Canada,&#13;
étant soutenue de la France et y ayant tout son rapport&#13;
et sa correspondance, à ce malheur qu’à moins que la&#13;
même manière de vie, nourriture et entretien n’y soit&#13;
gardée, l’on n’est point satisfait et, quoique les choses&#13;
soient incomparablement plus chères qu’en France,&#13;
- 991 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
l’on n’y [a] aucun égard. Ce qui rend le soutien du&#13;
Séminaire de Québec bien plus difficile et de plus&#13;
grandes dépenses que n’est pas celui de Siam.&#13;
&#13;
M. Vachet retourné à&#13;
Siam avec les&#13;
mandarins et M. le&#13;
chevalier de&#13;
Chaumont,&#13;
ambassadeur du roi&#13;
au roi de Siam, m’a&#13;
entretenu souvent de&#13;
leur manière de vie et&#13;
de l’usage de leur&#13;
boisson au réfectoire,&#13;
qui n’est que de l’eau&#13;
de la rivière, quoiqu’il&#13;
convienne qu’il est&#13;
plus difficile de se&#13;
passer de vin et&#13;
d’eau-de-vie dans les&#13;
pays chauds que dans&#13;
les pays froids, à&#13;
cause de la grande&#13;
exinanition.&#13;
&#13;
Je me suis entretenu à fond plusieurs fois avec&#13;
M. Vachet, qui avait amené ici des mandarins, qui sont&#13;
des espèces d’ambassadeurs du roi de Siam, de la&#13;
conduite et manière de vie, nourriture et entretien du&#13;
Séminaire de Siam et, entre autres choses, il m’a dit que&#13;
dans le réfectoire les ecclésiastiques, séminaristes et&#13;
domestiques ne boivent autre chose au monde que de&#13;
l’eau ; et lui demandant si c’était que l’on n’y portât&#13;
point du tout de vin, il m’a répondu que l’on y en porte,&#13;
mais qu’il vaut 1 écu et 4 francs quelquefois le pot et n’y&#13;
est pas plus cher ; ce qui fait que l’on n’en donne au&#13;
réfectoire qu’aux grandes fêtes. Le reste du temps, ils&#13;
ont une certaine liqueur dans le pays, qui n’est pas bien&#13;
chère, dont chaque ecclésiastique a une bouteille à sa&#13;
chambre pour en boire quelquefois, qui soutient plus&#13;
que de l’eau. Voilà l’usage qu’ils observent pour la&#13;
boisson et se portent néanmoins très bien en ce pays,&#13;
quoiqu’il m’ait dit qu’ils ont beaucoup plus de peine à&#13;
s’abstenir de vin et d’eau-de-vie qu’en France et dans&#13;
tous les pays froids, parce que dans les grandes&#13;
chaleurs, les pores sont tellement ouverts que, dans les&#13;
travaux de leurs missions et même dans le moindre&#13;
exercice qu’ils font dans le Séminaire, ils se trouvent&#13;
souvent sans force ni vigueur. Je lui ai dit que nous&#13;
étions de pauvres gens et missionnaires en Canada,&#13;
qu’à moins que nous ne fussions nourris à l’instar de la&#13;
France, nous ne croyons pouvoir subsister. Mais à leur&#13;
manière de boisson, il est aisé de voir que si nous étions&#13;
réduits comme eux, nous subsisterions en aussi bonne&#13;
santé comme eux et nous aurions possible plus la grâce&#13;
- 992 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
de la pauvreté évangélique. Mais après cette digression&#13;
pour revenir à parler de bière, tout bien examiné, le&#13;
Séminaire ayant sa provision et son ordinaire réglés de&#13;
vin, comme chacun sait, il est bien difficile de réduire&#13;
des donnés à boire de l’eau toute leur vie.&#13;
&#13;
Brasserie&#13;
&#13;
Ainsi, nous jugeons qu’il faut encore bien peser et&#13;
examiner si l’on ne doit pas établir une brasserie pour&#13;
rendre leur condition plus douce et tolérable que celle&#13;
d’être réduits à l’eau, en leur donnant de la bière&#13;
médiocre. Possible même à la suite pourra-t-on faire&#13;
que ceux qui passeront en Canada pour ecclésiastiques&#13;
se pourront accoutumer à la bière. Je ne vois qu’il leur&#13;
fût bien difficile, parce que la plupart des sujets que l’on&#13;
choisit ici ont été élevés dans de pauvres petites&#13;
communautés, où ils vivent presque de rien et dans une&#13;
grande pauvreté, n’ayant pas même de quoi avoir du&#13;
pain, se passent bien à boire de l’eau et se portent très&#13;
bien.&#13;
&#13;
Houblonnière&#13;
&#13;
Nous aidons actuellement plusieurs pauvres garçons,&#13;
qui achèvent leurs études, qui ont bien de la grâce et de&#13;
l’esprit et seront de fort bons sujets pour les fonctions&#13;
ordinaires. La plus grande dépense que je voie à faire, la&#13;
brasserie étant une fois faite, est le houblon, où je conviens&#13;
qu’il faut bien de la dépense et de la sujétion, étant une&#13;
chose comme impossible que l’on s’était figuré que les&#13;
enfants du Cap-Tourmente pourraient avoir soin d’une&#13;
houblonnerie, que l’on aurait audit lieu ; quoiqu’absolument&#13;
parlant, s’ils étaient bien conduits et appliqués au travail, ils&#13;
le pussent faire. L’on a vu pareillement qu’il est trop difficile,&#13;
pour ne pas dire impossible, que les enfants du Séminaire de&#13;
Québec puissent faire la récolte du houblon, parce qu’elle&#13;
arrive tout juste dans le temps qu’ils sont en vacances au&#13;
Cap-Tourmente ; ou s’il y en avait une entretenue, ils&#13;
- 993 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
pourraient s’occuper à le cueillir, mais en tout cas, il est&#13;
assuré que la grande commodité que l’on a de recueillir de&#13;
l’orge, autant que l’on voudra et que l’on en aura besoin au&#13;
Cap-Tourmente, est une grande commodité et la plus grosse&#13;
partie de la dépense épargnée et quand celle de l’entretien&#13;
des houblonnières devrait aller à 1 000 francs tous les ans, ce&#13;
que je ne crois pas, il faudrait plutôt s’y résoudre et&#13;
retrancher cela sur la provision du vin que de soutenir une&#13;
chose si violente, comme est présentement en Canada, celle&#13;
de ne boire que de l’eau, il y faudrait venir tôt ou tard.&#13;
Travailler cet hiver au&#13;
bois du comble de la&#13;
brasserie et faire le&#13;
corps du logis de&#13;
maçonne.&#13;
&#13;
Juridiction de&#13;
l’évêché de Québec&#13;
&#13;
C’est pourquoi je pense qu’il faut s’y appliquer tout de bon&#13;
et constamment. J’ai examiné le passager cet été dernier,&#13;
quand je revins du Cap-Tourmente, de ce que les Jésuites lui&#13;
donnent pour cultiver cette grande houblonnerie, qu’ils ont&#13;
au passage. Il me dit le prix, qui me parût fort médiocre. Il est&#13;
vrai que les Jésuites font cueillir le houblon à leurs frais, où&#13;
ils mettent tout d’un coup 20 et 30 personnes à le cueillir, ce&#13;
qui est fait en peu de jours, je crois, au plus une semaine.&#13;
Tout le reste du temps, ledit passager la cultive et l’entretient&#13;
nette sans qu’ils aient aucun soin, ni fasse aucun frais. On&#13;
paraît faire le même pour les houblonnières que l’on ferait.&#13;
Vous pourriez dès cette année travailler au bois de la&#13;
brasserie pour en faire le comble, car je ferais le corps de&#13;
pierre et de maçonne, je n’hésite pas qu’il ne la faille faire&#13;
dans l’enclos du Séminaire, plutôt que partout ailleurs. Nous&#13;
en avons souvent discuté les raisons.&#13;
Il était de grande importance de ne pas différer à faire&#13;
voir le droit de la juridiction de l’évêché de Québec et&#13;
de travailler à se maintenir dans la possession. J’ai&#13;
envisagé cette affaire de telle conséquence que je l’ai&#13;
jugée, comme je vous le dis, lorsque l’on me proposa le&#13;
voyage de France, seule capable de me le faire&#13;
entreprendre et il semble que Notre-Seigneur me&#13;
donnait un pressentiment de tout ce que nous voyons&#13;
qui serait arrivé et qui était déjà bien avancé. Aussitôt&#13;
- 994 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
que je fus arrivé à Paris, je ne perdis aucun moment&#13;
pour en écrire à Rome à M. Pallu, lequel en ayant parlé&#13;
à M. le cardinal d’Estrées, il le trouva fort ferme sur&#13;
cette affaire pour maintenir le droit des Récollets et lui&#13;
dit que c’était lui qui avait été chargé de leurs requêtes&#13;
et mémoires et qui leur avait obtenu leurs pouvoirs.&#13;
Il dit à mondit sieur Pallu et depuis à M. Le Fevre, qui&#13;
est présentement à Rome en sa place, qu’il paraissait&#13;
fort extraordinaire que l’évêque de Québec voulût&#13;
étendre sa juridiction à 800 lieues et trouva étrange que&#13;
l’on envoyât des vicaires apostoliques. Et comme l’on&#13;
lui avait envoyé un mémoire des raisons que l’évêque&#13;
de Québec avait d’empêcher que l’on n’entreprît sur sa&#13;
juridiction et que si l’on avait besoin de vicaires, c’était&#13;
à lui de les envoyer jusqu’à ce qu’il eût un autre évêché&#13;
établi, mondit sieur le cardinal d’Estrées, quasi comme&#13;
parti, fit réponse audit mémoire et envoya au roi la&#13;
réponse, disant qu’il avait cru être obligé d’en user de&#13;
la manière qu’il avait fait et, M. l’abbé de Saint-Vallier&#13;
lui ayant écrit aussitôt qu’il fut nommé, il lui a fait la&#13;
même réponse, dont il lui a envoyé autant, lui&#13;
témoignant qu’il souhaiterait que M. l’abbé de SaintVallier fût multiplié et qu’il pût être en même temps à&#13;
Québec et à 800 lieues, qu’il avait envoyé le mémoire de&#13;
l’évêque de Québec d’un côté et les raisons contre de&#13;
l’autre part. Ce qui obligea d’en parler au roi, lequel&#13;
M. l’abbé de Saint-Vallier trouva fort informé et&#13;
prévenu par le mémoire et les lettres dudit cardinal et&#13;
encore plus par les soins du ministre, qui avait une forte&#13;
passion de maintenir l’entreprise du dessein du sieur&#13;
La Salle comme son ouvrage. C’est ce que l’on a&#13;
reconnu depuis.&#13;
&#13;
- 995 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Cependant, nous avons fortement répondu aux&#13;
réponses envoyées par ledit cardinal d’Estrées ; ce&#13;
qu’ayant montré au P. de La Chaize, il a entrepris cette&#13;
affaire de la bonne manière et en a entretenu le roi à&#13;
fond. Ce qui a été cause que M. l’abbé de Saint-Vallier,&#13;
en ayant parlé une seconde fois au roi, il lui dit qu’il vît&#13;
M. l’archevêque [de Paris] et le P. de La Chaize et qu’il&#13;
les chargeât de ses mémoires pour lui en faire le&#13;
rapport ; ce qu’il fit ; lesquels avant pris jour&#13;
s’assemblèrent, où l’on se trouva présent et tous deux&#13;
ensemble ayant vu les clauses de nos bulles, où le droit&#13;
de l’évêque est si positivement établi dans tous les lieux&#13;
qui sont et seront ci-après mis sous la domination du&#13;
roi, non sujets à la juridiction de quelque autre évêché&#13;
et que les bornes dudit évêché de Québec seront&#13;
désignées par le roi et approuvées du Saint-Siège, ils&#13;
n’eurent aucune peine de conclure que Rome n’avait&#13;
aucun droit et qu’il fallait laisser les choses comme elles&#13;
ont été, sous l’autorité et gouvernement de l’évêque de&#13;
Québec.&#13;
Cependant, comme le ministre apprit que la chose se&#13;
décidait de la manière apparemment contre son attente,&#13;
[il] est venu à la traverse et [a] représenté au roi que&#13;
cette nouvelle colonie prétendue serait ruinée si l’on la&#13;
soumettait à la juridiction de l’évêché de Québec, qu’il&#13;
fallait encore examiner cette affaire ; ce qui a fait que le&#13;
roi a dit qu’il fallait que M. de Seignelay fût présent à&#13;
une autre assemblée, qui se ferait de M. l’archevêque de&#13;
Paris et du P. de La Chaize, lequel est tout l’appui en&#13;
cette affaire. M. l’archevêque, mollissant aussitôt qu’il&#13;
voit le ministre d’un sentiment, cette assemblée, où la&#13;
chose se doit discuter une dernière fois, se fera jeudi&#13;
prochain le 10 de mai.&#13;
- 996 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Cependant, comme l’on a été obligé de voir&#13;
M. de Seignelay sur cela et de lui bailler autant de tous&#13;
les mémoires, après avoir fait beaucoup de difficultés&#13;
sur cette affaire et que c’était ruiner et détruire&#13;
entièrement cette colonie, il a néanmoins molli et a dit&#13;
qu’il fallait donc que l’évêque de Québec eût un grandvicaire établi à Paris. À quoi l’on lui a répondu que l’on&#13;
n’y trouvait aucune difficulté et qu’il verrait dans les&#13;
mémoires que l’on s’offrait à cela. L’on vous enverra&#13;
autant des mémoires, qui sont très forts et bien faits.&#13;
Ceux qui ont été faits à Rome le sont malicieusement et&#13;
sans bonne foi, contiennent beaucoup de faussetés,&#13;
mais faits avec esprit. M. l’abbé de Saint-Vallier était de&#13;
sentiment d’attendre à son retour de parler de cette&#13;
affaire, mais j’ai cru qu’il ne fallait pas perdre un&#13;
moment et il est facile de voir que si les choses se&#13;
fussent affermies, outre les changements et révolutions&#13;
perpétuelles qui arrivent, il aurait [été] très difficile d’y&#13;
remédier. Le P. de La Chaize a été de ce sentiment et&#13;
Notre-Seigneur et sa sainte Mère y ont donné&#13;
bénédiction. Ce sera une paix établie pour toujours en&#13;
cette nouvelle Église, soit qu’il s’établisse ou non un&#13;
nouvel évêché à la suite ; et on conviendra pour lors des&#13;
conditions en ce qui regardera la juridiction.&#13;
Un tailleur qui nous a&#13;
été présenté par les&#13;
frères tailleurs, où il a&#13;
travaillé quelque&#13;
temps.&#13;
&#13;
On envoie un tailleur, qui nous a été présenté par les frères&#13;
tailleurs de Paris et duquel un autre tailleur de Paris nous a&#13;
rendu de bons témoignages. Les uns et les autres ont assuré&#13;
qu’il sait fort bien son métier. Je ne doute point qu’on ne soit&#13;
obligé de se défaire de celui qui ne faisait que d’arriver à mon&#13;
départ. Je porte ce jugement sur ce qu’il ne sait aucunement&#13;
son métier, ayant gâté entièrement tout ce qu’il a taillé pour&#13;
moi : il a fallu rallonger mon long manteau violet d’une laize&#13;
tout entière et user d’industrie pour qu’il me puisse servir ; il&#13;
a fallu rélargir ma soutane violette de près d’un demi-pied&#13;
- 997 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
L’on se doit d’affaire&#13;
de celui que l’on a&#13;
gagné au Séminaire&#13;
pour une année.&#13;
&#13;
par le corps et les manches aussi, nonobstant qu’il eût pris et&#13;
repris ma mesure ; et si je n’eusse point eu d’étoffe de la&#13;
même pièce par bonheur, tout était perdu sans ressource ; il&#13;
m’en a fait de même pour le noir et qui a pris du quiproquo.&#13;
Celui-ci est Allemand et dit qu’il croit demeurer pour toujours&#13;
au Séminaire, mais j’ai bien de la peine à le croire. Quoiqu’il&#13;
en soit, nonobstant qu’il me dise avoir cette vue-là, je n’ai pas&#13;
laissé de l’engager pour trois ans à 100 francs de gages, en la&#13;
manière du pays. Il aura un billet et on lui en fera signer en&#13;
double. Je leur fais connaître qu’il n’y a point de vin pour eux&#13;
et qu’on ne boit que de l’eau. C’est pourquoi je ne&#13;
m’engagerais point à leur donner de l’eau-de-vie si ce n’était&#13;
sur leurs gages.&#13;
&#13;
Le chirurgien&#13;
&#13;
J’ai bien de la peine à vous envoyer le chirurgien, dont je vous&#13;
ai parlé ci-dessus, parce qu’il me paraît, après l’avoir examiné&#13;
plusieurs fois, d’un naturel bien léger et inconstant, ce que&#13;
toute sa conduite passée fait assez voir.&#13;
&#13;
Un tapissier, qui sait&#13;
travailler à la couture.&#13;
&#13;
Il se présente un grand garçon, qui me paraît plus posé et&#13;
judicieux et qui me témoigne avoir de fort bons sentiments&#13;
pour la piété. Il a travaillé deux ans chez un tailleur et a été&#13;
six ans en apprentissage du métier de tapissier, qui renferme&#13;
tout ce qu’on fait à Paris de ce métier. Il m’assure qu’il a&#13;
dessein de passer toute sa vie dans le Séminaire et ne s’est&#13;
retiré d’une personne qu’il servait en qualité de valet de&#13;
chambre et de tapissier que dans la vue de se retirer en&#13;
quelque communauté, même de se faire religieux, pour&#13;
travailler à faire son salut. Il a très bonne façon. Il est robuste&#13;
et paraît ne pas manquer d’esprit et de conduite. Il paraît&#13;
être propre à la couture, quand on ne l’emploierait pas à&#13;
autre chose. La bonne volonté qui lui a fait dire qu’il n’y a&#13;
point de gros travail à quoi il ne se mette volontiers, il me&#13;
semble bien capable de s’acquitter de toutes les&#13;
commissions que l’on a continuellement à faire de tous&#13;
côtés. Tout ce que je puis conclure de ce garçon est qu’il sera&#13;
utile à bien des choses.&#13;
&#13;
- 998 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
Je crois que le jeune homme du F. Luc ne pourra être&#13;
employé qu’à tenir les petites écoles et à demeurer avec&#13;
quelque ecclésiastique pour cet effet, à moins que&#13;
M. de Saint-Vallier ne le juge propre pour lui rendre les&#13;
services dont il aura besoin et l’employer le temps qu’il aurait&#13;
de reste à ce qu’il serait jugé propre. J’ai de la peine à croire&#13;
qu’il ait assez d’étendue d’esprit pour être formé à la&#13;
procure, qui est trop grande. Il paraît avoir l’esprit bien posé,&#13;
de la bonne volonté et de la piété et ne manque pas de&#13;
jugement. Il avait eu la vue de continuer à étudier, mais je lui&#13;
Il n’est pas à propos&#13;
de le faire étudier.&#13;
ai fait connaître, et au F. Luc, qu’il ne devait pas s’y attendre&#13;
et qu’il n’y avait aucun fondement, à raison que les&#13;
humanités ne suffisent pas et que, quand il saurait assez de&#13;
latin, ce ne serait encore rien, qu’il faudrait avoir fait sa&#13;
philosophie et sa théologie ; à quoi il ne doit pas penser,&#13;
ayant à passer sa vie en Canada au service du Séminaire. On&#13;
a arrêté ce garçon tapissier natif de Paris, où il a fait son&#13;
Le garçon tapissier et&#13;
apprentissage. Je ne savais pas, quand j’ai arrêté l’autre&#13;
tailleur passe. Il m’a&#13;
dit qu’il sait tailler des tailleur que les frères tailleurs nous ont emmené, que celuici, outre son métier de tapissier, sût ce qu’il dit du métier de&#13;
soutanes et&#13;
manteaux longs et&#13;
tailleur ; possible n’aurait-on pas engagé le premier.&#13;
qu’il en a fait à&#13;
Cependant, s’il arrive qu’on n’ait pas de quoi occuper celui-ci&#13;
Bordeaux et qu’il a&#13;
à la couturerie, on trouvera assez de quoi l’occuper à autre&#13;
travaillé.&#13;
chose, étant de bonne volonté et paraissant propre à bien&#13;
des choses. Le grand secret est de faire que quelqu’un veille&#13;
sur le travail des domestiques avec soin et qu’ils ne&#13;
demeurent pas à discrétion sur leur bonne foi dans leur&#13;
travail, où ils se perdent si on n’y prend garde.&#13;
Le jeune homme du&#13;
F. Luc, pénitent&#13;
&#13;
Le garçon chirurgien&#13;
&#13;
Si on fait passer le garçon chirurgien, il faut se défaire de&#13;
Charprenet, qui assurément a trop peu d’esprit et de&#13;
jugement pour être le moins du monde utile au Séminaire.&#13;
Celui-ci, quoiqu’il paraisse fort peu solide pour sa conduite, a&#13;
beaucoup plus d’entendement que Charprenet et s’en&#13;
acquittera avec plus de docilité, plus de jugement et plus&#13;
d’intelligence de ce qu’on lui donnera à faire, outre que ce&#13;
qu’il fera de son métier de chirurgien, soit à saigner, soit&#13;
autrement, sera toujours assez utile au Séminaire.&#13;
- 999 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
M. Dudouyt a de la peine à être de sentiment que nous&#13;
l’envoyons et moi, je suis toujours d’avis qu’on l’envoie. Le&#13;
grand désir qu’il me fait paraître de servir le Séminaire et les&#13;
bonnes mœurs dont les Frères de la Charité ont rendu&#13;
témoignage font que je me sens fort porté pour lui et il y a&#13;
lieu d’espérer qu’il aura plus de constance et de fermeté&#13;
dans sa conduite. Il le promet bien et en tout cas, quand il ne&#13;
réussira pas, ce ne sera pas une grande dépense et il gagnera&#13;
bien une partie de ses dépens et il y a même quelque sorte&#13;
de nécessité d’avoir quelqu’un qui sache raser, Charprenet&#13;
n’y étant plus.&#13;
&#13;
L’on n’a point jugé à&#13;
propos d’envoyer le&#13;
chirurgien.&#13;
&#13;
L’on en a mandé un&#13;
autre, qui est à&#13;
Rouen.&#13;
&#13;
Le garçon venu du&#13;
F. Luc rasera bien&#13;
dans le Séminaire.&#13;
&#13;
Je crois qu’il est à&#13;
propos de le garder&#13;
au Séminaire, au lieu&#13;
de Charprenet, qu’il&#13;
faut congédier au&#13;
plus tôt.&#13;
&#13;
Tout ayant été bien pesé, on n’a point jugé à propos de faire&#13;
passer ce garçon chirurgien, après l’avoir encore entretenu&#13;
sur différents états de sa vie. Je n’ai point cru qu’il fallût se&#13;
charger d’un esprit sujet à tant de légèretés et d’inconstance.&#13;
Le jeune homme du F. Luc nous a parlé d’un autre chirurgien,&#13;
qui est parent d’un religieux pénitent, qui a appris son métier&#13;
six ans, qui aurait, à ce que dit ce jeune homme, dessein de&#13;
se donner à Dieu dans une communauté, qu’il l’a connu, qu’il&#13;
a beaucoup de piété et la crainte de Dieu. Étant actuellement&#13;
à Rouen, il ne peut partir avec les autres domestiques. On lui&#13;
a écrit hier qu’il vienne à Paris s’il a ce dessein et qu’il soit tel&#13;
que l’on dit s’il vient et qu’on en soit satisfait. Nous&#13;
l’envoyons avec M. de Saint-Vallier à La Rochelle, où il&#13;
arrivera encore bien devant le départ des navires, qui&#13;
apparemment ne partiront au plus tôt que vers le 15 de juin.&#13;
Si on n’avait pas de chirurgien, ce jeune homme du F. Luc&#13;
pourra facilement apprendre à raser dans le Séminaire,&#13;
m’ayant dit qu’il se rase lui-même. L’ayant entretenu sur son&#13;
départ, j’ai trouvé qu’il a l’esprit fort sensé et très bien fait et&#13;
qu’on le peut rendre capable de rendre dans le Séminaire&#13;
beaucoup de services. C’est pourquoi je crois qu’on ferait&#13;
bien de le garder au Séminaire. Il fera tout ce que faisait&#13;
Charprenet et est capable de s’acquitter de tout ce qu’on lui&#13;
donnera d’emploi fort judicieusement. Mais il ne faut pas&#13;
manquer de congédier Charprenet, qui n’est pas capable&#13;
d’être utile au Séminaire.&#13;
- 1000 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LII&#13;
&#13;
4 500 livres pour&#13;
l’Église de Québec ;&#13;
l’emploi que l’on en a&#13;
fait.&#13;
&#13;
3 000 livres à payer à&#13;
M. Guénet tous les&#13;
ans.&#13;
&#13;
5 000 livres portées&#13;
en espèce&#13;
&#13;
Le roi a accordé 4 500 livres pour l’église de Québec, de&#13;
laquelle somme on a jugé à propos d’employer en toiles, en&#13;
serges de Poitou, carisés et cresseaux la somme de&#13;
3 000 livres et 500 écus d’argent en espèce. Il faut payer à&#13;
M. Hazeur ce que j’ai arrêté sur son compte, qui lui était dû.&#13;
Si on peut s’accommoder avec lui en lui baillant partie des&#13;
marchandises qu’on envoie à un prix qu’il y ait quelque&#13;
avantage pour l’église, on le fera. Il aurait volontiers pris en&#13;
paiement les 40 pièces de toiles de Mesly, que Denis Roberge&#13;
avait à mon départ et nous appartenant. Il n’y en avait guère&#13;
moins que pour la somme de 1 300 francs à peu près, qui&#13;
sont dues à M. Hazeur par l’église. Outre cela, on touchera&#13;
les 1 000 écus que M. de Meulles a retenus entre ses mains&#13;
appartenant à l’église, qui ont dû servir à achever le&#13;
paiement de l’entreprise de Renaud de 9 000 francs, sur&#13;
laquelle il n’y en a guère moins de 6 000 de payés, dont on a&#13;
les quittances dudit Renaud.&#13;
Nous avons fait en sorte d’accommoder avec M. Guénet à&#13;
payer 1 000 écus par an, en sorte que vous aurez à toucher&#13;
les 4 000 livres qui sont sur l’état des charges indispensables,&#13;
outre quoi nous faisons état que M. de Saint-Vallier portera&#13;
encore bien approchant de 5 000 francs en espèce qui feront&#13;
plus de 10 000 francs du pays, outre de que vous recevrez&#13;
d’ailleurs, ce sera de quoi se mettre un peu à l’avant. J’ai&#13;
crainte que nous ne soyons plus à l’étroit l’an prochain. Si&#13;
j’avais passé en Canada, ce que j’ai de pension aurait servi,&#13;
mais on en dépensera une partie pour un ecclésiastique, un&#13;
valet et moi. Je ne sais si les Jésuites ne feront point quelque&#13;
difficulté me voyant absent de payer les 1 000 francs qu’ils&#13;
me doivent tous les ans ; ils ne le doivent pas. Je crains&#13;
qu’ayant à payer 1 000 écus tous les ans à M. Guénet et&#13;
autres charges, nous n’ayons de la peine à venir à bout l’an&#13;
prochain à exécuter toutes les mémoires et dépenses,&#13;
particulièrement dans la conjonction de l’absence de M.&#13;
l’abbé de Saint-Vallier et qu’il n’aura pas encore rendu&#13;
compte à la Cour de l’état de l’Église.&#13;
&#13;
- 1001 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LIII&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LIII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LIII&#13;
Divers textes sur l’approbation donnée par le Serviteur de&#13;
Dieu au livre Défense des nouveaux chrétiens et des&#13;
missionnaires de la Chine et du Japon, rédigé par le P. Michel&#13;
Le Tellier, jésuite, en 1687, 1687-1701&#13;
En 1687, le P. Michel Le Tellier, jésuite, plus tard confesseur de Louis XIV,&#13;
publia à Paris l’essai Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la&#13;
Chine et du Japon contre deux livres intitulés « La morale pratique des Jésuites »&#13;
et « L’esprit de M. Arnaud » (Paris, Michelet, 1687). Il s’agit évidemment d’un&#13;
livre polémique ayant pour but de combattre les deux livrets mentionnés, à&#13;
tendance janséniste, qui, en plus de nombreuses accusations génériques,&#13;
attaquaient les Jésuites sur la célèbre querelle des rites chinois.&#13;
Le P. Le Tellier demanda au Serviteur de Dieu un mot de présentation pour son&#13;
livre ; il l’obtint et le reproduisit en début de volume (no 1). L’année suivante, en&#13;
1688, la 1re partie de son livre fut rééditée et en 1690, la 2e partie le fut aussi,&#13;
incluant désormais la recommandation du Serviteur du Dieu.&#13;
Toutefois, en 1690, le livre réédité du P. Le Tellier fut dénoncé à Rome. Après&#13;
plusieurs discussions, dans la session du 22 mars 1694, les cardinaux de la&#13;
Congrégation de l’index décidèrent d’en défendre la lecture. Mais la publication&#13;
du décret fut retardée. En 1700, le P. Le Tellier fit imprimer une 3e édition, en&#13;
collaboration avec le P. Lecompte, et ce n’est que par la suite, soit le 22 décembre&#13;
1700, que fut publié le décret qui mettait le livre à l’Index. (À ce sujet, voir&#13;
Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, Bruxelles-Paris, vol. 7,&#13;
1896, p. 1913-1914 ; Reusch, Der Index der verbotenen Bucher, Bonn, 18831885, vol. 2, p. 493-494 ; Dictionnaire de théologie catholique, vol. 9, Paris,&#13;
1927, col. 456.)&#13;
On pourrait porter des objections dans la Cause face à cette recommandation du&#13;
Serviteur de Dieu pour un livre pourtant mis à l’Index. Nous reproduisons donc&#13;
les principaux textes pouvant éclairer cette approbation et nous nous permettons&#13;
de faire brièvement les remarques suivantes :&#13;
1° à l’époque à laquelle fut écrite l’approbation, il y avait discussion&#13;
ouverte sur les rites chinois ;&#13;
2° cette approbation ne visait pas directement la question des rites chinois.&#13;
Le but du Serviteur de Dieu était simplement de mettre en évidence&#13;
l’excellence religieuse des pères de la Compagnie de Jésus et les très&#13;
grands services qu’ils rendaient aux missions, choses dont il était témoin&#13;
au Canada ;&#13;
3° lorsque le Serviteur de Dieu apprit la condamnation du livre, il écrivit à&#13;
l’abbé de Brisacier, supérieur du Séminaire des Missions étrangères de&#13;
Paris, le chargeant de retirer cette approbation s’il le jugeait à propos&#13;
(no 3) ;&#13;
&#13;
- 1002 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIII-1&#13;
&#13;
4° quelque temps après, il fit faire à Québec une paraphrase de son texte&#13;
par l’abbé de Glandelet pour expliquer sa pensée (no 4), dans lequel il est&#13;
écrit que :&#13;
il est prêt de censurer et de condamner tout ce qui aura été&#13;
censuré et condamné par le Saint-Siège et qu’il veut s’en tenir&#13;
aux termes de son approbation, qu’autant qu’elle se trouve&#13;
conforme à la vérité, reconnaissant le sentiment des personnes&#13;
à qui l’on doit déférer et qu’il ne doute pas que le P. Le Tellier&#13;
et les autres jésuites, à qui il a voulu faire plaisir en cette&#13;
occasion, ne lui sachent bon gré du parti qu’il a pris.&#13;
Tout ce qui précède nous semble suffisant pour nous convaincre de la rectitude&#13;
du Serviteur de Dieu dans cette affaire.&#13;
DOC. LIII-1. APPROBATION DE LAVAL DU LIVRE DÉFENSE DES NOUVEAUX CHRÉTIENS (25 OCTOBRE 1687)&#13;
&#13;
Doc. LIII-1&#13;
Approbation du livre Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de&#13;
la Chine et du Japon donnée par le Serviteur de Dieu à l’auteur,&#13;
le P. Le Tellier, jésuite, 25 octobre 1687, d’après l’introduction&#13;
Approbation de Monseigneur,&#13;
e&#13;
&#13;
Mess François de Laval, premier évêque de Québec&#13;
Il est du devoir et du zèle de ceux que Dieu a établis pour pasteurs dans son&#13;
Église d’arrêter, autant qu’il est en eux, les scandales qui s’y élèvent.&#13;
J’estime que ç’en était un très grand [scandale] que l’on voulût rendre&#13;
suspectes la foi et la piété des chrétiens nouvellement convertis dans les&#13;
pays étrangers, que l’on décriât la conduite des hommes apostoliques qui&#13;
leur vont annoncer l’Évangile et que l’on fournît en même temps par là aux&#13;
ennemis de la religion catholique de quoi contester à l’Église la possession,&#13;
où elle a toujours été, du vrai zèle et du soin de convertir les peuples et de&#13;
les faire passer de l’idolâtrie à la connaissance et au culte du vrai Dieu. Les&#13;
deux livres, dont le titre est marqué à la tête de celui-ci, produisaient ces&#13;
méchants effets. C’est ce qui m’a fait prendre avec joie l’occasion que la&#13;
divine Providence m’a offerte d’ajouter ici, à toutes les preuves que l’auteur&#13;
de cette défense apporte pour mettre la vérité en évidence, le témoignage&#13;
particulier que je puis rendre de la pureté de la foi qu’ont embrassée et que&#13;
conservent par la miséricorde de Dieu les nouveaux chrétiens du Canada et&#13;
de la vie vraiment apostolique qu’ont menée les missionnaires qui&#13;
travaillent parmi eux, ainsi que je l’ai reconnu certainement par une&#13;
expérience de 28 années, durant lesquelles il a plu à Dieu de me charger,&#13;
- 1003 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIII-2&#13;
&#13;
nonobstant mon indignité, du soin de cette Église naissante, où je me suis&#13;
appliqué à connaître assez à fond toutes les choses qui se sont passées, tant&#13;
de la part des peuples sauvages* qui ont reçu l’Évangile que de la part de&#13;
ceux qui le leur ont porté. Je puis assurer en particulier à l’égard des&#13;
Jésuites, qui y travaillent avec zèle et bénédiction depuis longtemps, que j’ai&#13;
été témoin de la sagesse, de la droiture, du désintéressement et de la sainteté&#13;
de leur conduite dans ces missions. Il y a lieu de croire qu’ils agissent&#13;
partout ailleurs par le même esprit ; car c’est ce que prétendent&#13;
(quoiqu’avec malignité) leurs adversaires, quand ils répètent si souvent que&#13;
par la conduite des particuliers il faut juger de l’esprit qui anime tout le&#13;
corps. J’ajoute enfin qu’un des souhaits les plus utiles que je crois pouvoir&#13;
former pour l’Église du Canada, c’est que Dieu lui choisisse par sa bonté&#13;
dans la Compagnie de Jésus un très grand nombre d’ouvriers semblables à&#13;
ceux que cette Compagnie lui a déjà fournis et qui ont travaillé avec tant de&#13;
grâce et de fruit. J’ai lu attentivement cet ouvrage qui porte pour titre&#13;
Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires et je n’y ai rien trouvé qui&#13;
ne mérite d’être mis au jour et qui ne soit très propre à réparer le mal que&#13;
les mauvais livres qu’il combat ont causé dans l’Église.&#13;
Fait à Paris, le 25 d’octobre 1687,&#13;
François, premier évêque de Québec.&#13;
DOC. LIII-2. EXTRAIT DE LA LETTRE DE TIBERGE ET BRISACIER À LAVAL (9 JUIN 1700)&#13;
&#13;
Doc. LIII-2&#13;
Extrait de la lettre des abbés Tiberge et Brisacier du Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris au Serviteur de Dieu, 9 juin 1700, d’après l’original&#13;
conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 112&#13;
M. Brisacier a été obligé de révoquer l’approbation qu’il avait donnée au&#13;
livre du P. Le Tellier. On a fait aussi beaucoup de bruit de la vôtre dans un&#13;
des tomes de la Morale pratique, prouvant par les relations des Récollets et&#13;
des MM. de Saint-Sulpice que vous n’aviez pu dire en conscience ce que&#13;
vous en avez dit. Si nous voyions que dans la suite on se prévalût de votre&#13;
témoignage contre la bonne cause, nous vous marquerions avec liberté et&#13;
avec confiance nos sentiments.&#13;
- 1004 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIII-3&#13;
&#13;
DOC. LIII-3. EXTRAITS DE LA LETTRE DE BRISACIER À LAVAL (17 JUIN 1701)&#13;
&#13;
Doc. LIII-3&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé de Brisacier, supérieur du Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Paris, au Serviteur de Dieu, 17 juin 1701, d’après&#13;
l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 115&#13;
&#13;
Il est juste de lui [à Dieu] demander tous les jours pour nous tous la grâce&#13;
de bien mourir ; mais nous espérons qu’à votre égard ce dernier moment ne&#13;
viendra pas encore si tôt. À la vérité, 78 ans complets sont un âge bien&#13;
avancé et la faiblesse de vos jambes peut vous ôter quelque agrément dans&#13;
la vie ; mais la tête et l’estomac étant bons et la santé paraissant d’ailleurs&#13;
très forte, il nous semble que nous n’avons rien à craindre de longtemps, si&#13;
vous [voulez] bien un peu vous ménager [...]&#13;
L’attestation que vous donnâtes en 1687 au livre du P. Le Tellier, jésuite, en&#13;
faveur des cérémonies de la Chine, y est imprimée à la tête avant la mienne.&#13;
J’ai été obligé en conscience de révoquer la mienne et je doute qu’il soit à&#13;
propos de révoquer à présent la vôtre, parce que, indépendamment de cela,&#13;
l’affaire s’examine à Rome, et nous espérons la voir juger définitivement&#13;
avant la fin de cette année. Cependant, s’il arrive que nous croyions votre&#13;
révocation nécessaire, nous nous servirons de la permission que vous nous&#13;
donnez.&#13;
&#13;
- 1005 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIII-A&#13;
&#13;
DOC. LIII-A. LETTRE DE GLANDELET À LAVAL (11 OCTOBRE 1701)&#13;
&#13;
Doc. LIII-A&#13;
Lettre de l’abbé de Glandelet au Serviteur de Dieu, 11 octobre 1701, d’après&#13;
une copie conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Polygraphie 7, no 64&#13;
&#13;
Ce 11e octobre 1701&#13;
Monseigneur,&#13;
Le vent, qui me tient dégradé en chemin, me donne loisir de vous écrire les&#13;
réflexions que vous m’avez demandées sur l’écrit de votre approbation, que je&#13;
renvoie ci-joint.&#13;
Je remarque donc, Monseigneur, que les preuves [de] l’auteur du livre que vous&#13;
avez approuvé n’ayant pas eu l’effet de votre approbation suppose, savoir est de&#13;
mettre la vérité en évidence, puisque le nouveau pape a fait publier la&#13;
condamnation de ce livre, qui contient ces preuves, il s’ensuit que Votre Grandeur,&#13;
qui a approuvé ce même [livre], s’est méprisé dans sa supposition, que vous aviez&#13;
pourtant fondement de faire, eu égard à l’expérience que vous aviez faite depuis&#13;
longtemps de la bonne et sage conduite de la plupart des Jésuites, missionnaires&#13;
en Canada, d’où vous avez inféré, par une conséquence de charité et de&#13;
vraisemblance, qu’il y aurait lieu de croire que les sujets de cette Société agissent&#13;
partout ailleurs par le même esprit, comme vous vous en exprimez.&#13;
Ainsi, Monseigneur, quoique nous n’ayez pu être informé par vous-même de ce qui&#13;
se passait parmi les nouveaux chrétiens de l’Orient, vous avez cru néanmoins, sur&#13;
ce qui vous paraissait parmi ceux du Canada, pouvoir former un jugement des&#13;
ouvriers de la Chine semblable à celui que vous portiez en faveur de ceux du&#13;
Canada, de la sagesse, droiture, désintéressement et sainteté desquels vous dites&#13;
que vous avez été témoin au regard de leur conduite dans les missions&#13;
[canadiennes] ; car en ces cas que quelques particuliers d’entre eux n’eussent pas&#13;
mérité cette louange pour lors ou que quelques autres de ceux qui travaillent&#13;
encore maintenant dans ces missions n’eussent pas la même intégrité dans leur&#13;
conduite, il est constant que cela ne doit point affaiblir le témoignage que vous en&#13;
rendez par rapport au passé, où la plupart ont été tels que vous dites dans votre&#13;
approbation ; et conformément à cela, Votre Grandeur a parlé juste quand elle a&#13;
ajouté qu’un des souhaits les plus utiles que vous croyiez pouvoir former pour&#13;
- 1006 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�l’Église du Canada, c’est que Dieu lui choisisse, par sa bonté, dans la Compagnie de&#13;
Jésus, un très grand nombre d’ouvriers semblables à ceux que cette Compagnie lui&#13;
a déjà fournis et qui y ont travaillé avec tant de grâce et tant de fruits.&#13;
Il me semble après cela que tout ce que Votre Grandeur peut faire au sujet de&#13;
l’approbation qu’elle a donnée, c’est de la modifier, en disant que n’ayant prétendu&#13;
autre chose que de faire connaître au public le juste sujet que vous aviez eu&#13;
jusqu’alors de vous louer de la conduite de la plupart des jésuites missionnaires de&#13;
Canada, vous avez cru pouvoir vous servir de cette expérience pour donner au livre&#13;
en question l’approbation qu’on vous a demandée, persuadé que vous étiez que,&#13;
sur les conjonctures que vous [teniez] pour lors de la vérité des choses contenues&#13;
dans ce livre, vous pouviez les supposer telles qu’elles y sont avancées et en former&#13;
un jugement avantageux à l’auteur du livre, attendu surtout que les deux livres que&#13;
celui-ci combat dans le sien ont été composés par un ministre de la religion&#13;
prétendue réformée ; mais comme, depuis ce temps-là, rien ne vous a obligé de&#13;
prendre une connaissance exacte de ces mêmes choses dont vous n’étiez pas&#13;
précisément chargé, vous pouvez déclarer, Monseigneur, que sur les nouvelles qui&#13;
vous sont venues de la condamnation de livre du P. Le Tellier, vous êtes prêt [à]&#13;
condamner tout ce qui aura été condamné par le Saint-Siège, que vous ne vouliez&#13;
vous en tenir aux termes de votre approbation qu’autant qu’elle se trouvera&#13;
conforme à la vérité reconnue par le jugement des personnes aux lumières de qui&#13;
l’on doit déférer et que vous ne doutez pas que le P. Le Tellier et les autres jésuites&#13;
à qui vous avez voulu faire plaisir en cette occasion ne vous sachent bon gré du&#13;
parti que vous embrassez et qu’ils ne le prennent eux-mêmes, puisqu’il est aisé aux&#13;
personnes qui ne cherchent que la droiture et la vérité de se déclarer pour elle dès&#13;
là qu’on a pu la découvrir et de retracer même, après avoir été mieux informé, ce&#13;
qu’on n’avait avancé ou confirmé que sur des fondements ou des principes qu’on&#13;
croyait vrais et dont on vient ensuite à reconnaître la fausseté.&#13;
Voilà, Monseigneur, tout ce qui me vient à dire à Votre Grandeur. Je vous supplie&#13;
de me donner votre bénédiction et de me croire dans un grand respect,&#13;
Monseigneur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
Glandelet, prêtre.&#13;
&#13;
- 1007 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIII-4&#13;
&#13;
DOC. LIII-4. ANNOTATIONS DE GLANDELET SUR L’APPROBATION DE LAVAL AU LIVRE DE LE TELLIER (11 OCTOBRE 1701)&#13;
&#13;
Doc. LIII-4&#13;
Annotations de l’abbé de Glandelet sur l’approbation concédée par le&#13;
Serviteur de Dieu pour le livre du P. Le Tellier, 11 octobre 1701, d’après&#13;
l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Polygraphie 30, no 11&#13;
Dans une lettre de l’abbé de Glandelet écrite au Serviteur de Dieu le 11 octobre&#13;
1701 (Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Polygraphie 8, no 64), nous apprenons que ces remarques furent rédigées à la&#13;
demande expresse de Mgr de Laval.&#13;
&#13;
Remarques sur l’approbation de Monseigneur, Messe François de Laval,&#13;
premier évêque de Québec, donnée le 25 octobre 1687,&#13;
et la modification qu’on y peut apporter 500&#13;
&#13;
Notes de M. de Glandelet&#13;
&#13;
Texte original de Mgr de Laval&#13;
Il est du devoir et du zèle de ceux&#13;
que Dieu a établis pour pasteurs&#13;
dans son Église d’arrêter autant&#13;
&#13;
Cette proposition est incontestable et rien&#13;
n’est plus juste.&#13;
&#13;
qu’il est en eux les scandales qui&#13;
s’y élèvent.&#13;
J’estime que ç’en était un très&#13;
grand [scandale] que l’on voulût&#13;
rendre suspectes la foi et la piété&#13;
des chrétiens nouvellement&#13;
convertis dans les pays étrangers,&#13;
&#13;
Toutes ces propositions sont vraies en soi&#13;
et l’obligation de rendre témoignage à la&#13;
vérité est l’unique raison de permettre ce&#13;
scandale, suivant ce que disent les saints&#13;
&#13;
que l’on décriât la conduite des&#13;
&#13;
qu’il vaut mieux que quelque trouble et&#13;
&#13;
hommes apostoliques qui leur&#13;
&#13;
quelque scandale arrivent [plutôt] que la&#13;
&#13;
vont annoncer l’Évangile et que&#13;
l’on fournît en même temps par là&#13;
&#13;
vérité soit abandonnée.&#13;
&#13;
aux ennemis de la religion&#13;
catholique de quoi contester à&#13;
l’Église la possession où elle a&#13;
toujours été du vrai zèle et du soin&#13;
500&#13;
Dans la marge, il est ajouté : Au livre Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la&#13;
Chine, par le R. P. Le Tellier, jésuite.&#13;
&#13;
- 1008 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIII-4&#13;
&#13;
de convertir les peuples et de les&#13;
faire passer de l’idolâtrie à la&#13;
connaissance et au culte du vrai&#13;
Dieu.&#13;
Les deux livres, dont le titre est&#13;
marqué à la tête de celui-ci,&#13;
produisaient ces méchants effets.&#13;
&#13;
L’on n’en doute pas. Mais il s’agit de voir&#13;
si ces mêmes livres contiennent la vérité&#13;
dans les faits qu’ils censurent et si cette&#13;
vérité a dû être manifestée, car ils ne disent&#13;
rien là-dessus qui ne soit vrai, et qu’il ait&#13;
eu obligation de faire connaître ces mêmes&#13;
faits qu’ils reprennent. Le scandale qu’ils&#13;
auront causé n’est pas alors donné de la&#13;
part de ceux qui sont auteurs de ces livres,&#13;
quand bien même leurs motifs n’auraient&#13;
pas été bons ou qu’ils se seraient même&#13;
proposé une fin criminelle, comme serait&#13;
de décrier la vraie religion, à moins qu’ils&#13;
n’eussent fait connaître leur pernicieuse&#13;
intention, qui aurait dès lors été un&#13;
véritable scandale donné de ce côté-là,&#13;
mais non pas du côté de la censure, et la&#13;
répréhension qu’ils auraient faites de ces&#13;
[illisible], auxquelles ceux qui auraient&#13;
donné fondement seraient la véritable&#13;
cause&#13;
&#13;
du&#13;
&#13;
scandale&#13;
&#13;
et&#13;
&#13;
obligés&#13;
&#13;
par&#13;
&#13;
conséquent de le réparer et d’ôter par là&#13;
l’occasion aux ennemis de l’Église de la&#13;
décrier.&#13;
[Du 11 octobre 1701 :]&#13;
C’est ce qui m’a fait prendre avec&#13;
joie l’occasion que la divine&#13;
Providence m’a offerte d’ajouter ici&#13;
à toutes les preuves que l’auteur&#13;
&#13;
Les preuves que l’auteur de cette défense&#13;
apporte, n’ayant pas eu l’effet que&#13;
l’approbation suppose, savoir est de&#13;
mettre la vérité en évidence, puisque le&#13;
- 1009 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIII-4&#13;
&#13;
de cette défense apporte pour&#13;
mettre la vérité en évidence, le&#13;
témoignage particulier que je puis&#13;
rendre de la pureté de la foi qu’ont&#13;
embrassée et que conservent par la&#13;
&#13;
livre qui les contient a été condamné par le&#13;
Saint-Siège, l’on doit dire que celui qui l’a&#13;
approuvé s’est mépris dans sa supposition, qu’il avait pourtant fondement de&#13;
&#13;
miséricorde de Dieu les nouveaux&#13;
&#13;
faire, eu égard à l’expérience qu’il avait&#13;
&#13;
chrétiens du Canada et de la vie&#13;
&#13;
faite depuis si longtemps de la bonne et&#13;
&#13;
vraiment apostolique qu’ont&#13;
menée les missionnaires qui&#13;
travaillent parmi eux, ainsi que je&#13;
l’ai reconnu certainement par une&#13;
&#13;
sage conduite de la plupart des Jésuites&#13;
missionnaires au Canada ; d’où il a inféré,&#13;
par une conséquence de charité et de&#13;
&#13;
expérience de 28 années, durant&#13;
&#13;
semblance, qu’il y avait lieu de croire que&#13;
&#13;
lesquelles il a plu à Dieu de me&#13;
&#13;
les sujets de cette Société agissaient&#13;
&#13;
charger, nonobstant mon&#13;
indignité, du soin de cette Église&#13;
naissante, où je me suis appliqué à&#13;
connaître assez à fond toutes les&#13;
&#13;
partout ailleurs par le même esprit,&#13;
comme il s’en exprime. Ainsi quoiqu’il&#13;
n’ait pu être informé par lui-même de ce&#13;
&#13;
choses qui se sont passées, tant de&#13;
&#13;
qui se passait parmi les nouveaux&#13;
&#13;
la part des peuples sauvages* qui&#13;
&#13;
chrétiens de l’Orient, il a cru néanmoins,&#13;
&#13;
ont reçu l’Évangile que de la part&#13;
de ceux qui le leur ont porté.&#13;
Je puis assurer en particulier à&#13;
&#13;
sur ce qu’il voyait de ses yeux parmi ceux&#13;
du Canada, [qu’il] pouvait former un&#13;
jugement des Jésuites missionnaires de&#13;
&#13;
l’égard des Jésuites, qui y&#13;
&#13;
l’Orient semblable à celui qu’il portait en&#13;
&#13;
travaillent avec zèle et bénédiction&#13;
&#13;
faveur de ceux du Canada, de la sagesse,&#13;
&#13;
depuis longtemps, que j’ai été&#13;
témoin de la sagesse, de la&#13;
droiture, du désintéressement et&#13;
de la sainteté de leur conduite&#13;
dans ces missions. Il y a lieu de&#13;
&#13;
de la droiture, du désintéressement et de&#13;
la sainteté desquels il dit qu’il a été témoin&#13;
pour ce qui regarde leur conduite dans les&#13;
missions.&#13;
&#13;
croire qu’ils agissent partout&#13;
ailleurs par le même esprit ; car&#13;
c’est ce que prétendent avec&#13;
malignité leurs adversaires, quand&#13;
ils répètent si souvent que par la&#13;
&#13;
Car si quelques particuliers d’entre eux&#13;
n’ont pas mérité cette louange pour lors,&#13;
ou si plusieurs de ceux qui travaillent&#13;
&#13;
conduite des particuliers il faut&#13;
&#13;
ensemble dans les missions du Canada&#13;
&#13;
juger de l’esprit qui anime tout le&#13;
&#13;
n’en ont pas la même intégrité dans leur&#13;
&#13;
corps.&#13;
J’ajoute enfin, qu’un des souhaits&#13;
les plus utiles que je crois pouvoir&#13;
&#13;
conduite, ce qu’on n’entreprend point ici&#13;
de décider ni même d’éclaircir, il est&#13;
constant que cela ne doit point affaiblir le&#13;
- 1010 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIII-4&#13;
&#13;
former pour l’Église du Canada,&#13;
c’est que Dieu lui choisisse par sa&#13;
bonté dans la Compagnie de Jésus&#13;
un très grand nombre d’ouvriers&#13;
semblables à ceux que cette&#13;
&#13;
témoignage qu’il en rend par rapport au&#13;
passé, où la plupart ont été tels qu’il le dit&#13;
dans son approbation, et conformément à&#13;
cela a parlé juste quand il a ajouté qu’un&#13;
&#13;
Compagnie lui a déjà fournis et&#13;
&#13;
des souhaits les plus utiles qu’il croyait&#13;
&#13;
qui y ont travaillé avec tant de&#13;
&#13;
pouvoir former pour l’Église du Canada,&#13;
&#13;
grâce et tant de fruits.&#13;
&#13;
c’est que Dieu lui choisisse par sa bonté&#13;
dans la Compagnie de Jésus un très grand&#13;
nombre d’ouvriers semblables à ceux que&#13;
cette Compagnie lui a déjà fournis et qui y&#13;
ont travaillé avec tant de grâce et tant de&#13;
fruits.&#13;
Que peut[-il] donc faire au sujet de&#13;
l’approbation qu’il a donnée, sinon de la&#13;
modifier en disant que n’ayant prétendu&#13;
autre chose que de faire connaître au&#13;
public le juste sujet qu’il avait eu jusque&#13;
alors de se louer de la conduite de la&#13;
plupart des Jésuites missionnaires qui&#13;
avaient travaillé dans son diocèse, il a cru&#13;
pouvoir se servir de cette expérience pour&#13;
donner au livre de la Défense des nouveaux&#13;
chrétiens&#13;
&#13;
l’approbation&#13;
&#13;
qu’on&#13;
&#13;
lui&#13;
&#13;
a&#13;
&#13;
demandée, persuadé qu’il était que, sur les&#13;
conjectures qu’il avait pour lors de la&#13;
vérité des choses contenues dans ce livre,&#13;
il pouvait les supposer telles qu’elles y&#13;
sont marquées et former un jugement&#13;
avantageux à l’auteur du livre, attendu&#13;
que les deux livres que celui-ci combat&#13;
dans le sien ont été composés par un&#13;
ministre de la religion protestante qui s’est&#13;
réfugié en Hollande.&#13;
- 1011 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIII-4&#13;
&#13;
Et comme depuis ce temps-là rien ne l’a&#13;
obligé à prendre une connaissance exacte&#13;
des mêmes choses dont il n’était pas&#13;
précisément chargé, il peut déclarer que&#13;
sur les nouvelles qui lui sont venues de la&#13;
fausseté et de la condamnation du livre du&#13;
P. Le Tellier, il est prêt de censurer et de&#13;
condamner tout ce qui aura été censuré et&#13;
condamné par le Saint-Siège et qu’il veut&#13;
s’en tenir aux termes de son approbation&#13;
qu’autant qu’elle se trouvera conforme à la&#13;
vérité, reconnaissant le sentiment des&#13;
personnes à qui l’on doit déférer, et qu’il&#13;
ne doute pas que le P. Le Tellier et les&#13;
autres jésuites, à qui il a voulu faire plaisir&#13;
en cette occasion, ne lui sachent bon gré du&#13;
parti qu’il a pris.&#13;
J’ai lu attentivement cet ouvrage&#13;
qui porte pour titre Défense des&#13;
nouveaux chrétiens et des&#13;
missionnaires et je n’y ai rien trouvé&#13;
qui ne mérite d’être mis au jour et&#13;
&#13;
Supposant toujours, comme il l’a supposé,&#13;
la fausseté des faits pris et censurés par les&#13;
livres que celui-ci combat, il a raison de&#13;
dire, fondé sur toutes les conjectures dont&#13;
&#13;
qui ne soit très propre à réparer le&#13;
&#13;
on a fait mention, qu’il n’y a rien trouvé&#13;
&#13;
mal que les mauvais livres qu’il&#13;
&#13;
qui ne mérite d’être mis au jour ; mais il est&#13;
&#13;
combat ont causé dans l’Église.&#13;
Fait à Paris, le 25 octobre 1687.&#13;
&#13;
aisé, à qui ne cherche que la droiture et la&#13;
vérité, d’embrasser son parti dès qu’on l’a&#13;
pu découvrir et de rétracter même, après&#13;
avoir été mieux informé, ce qu’on n’avait&#13;
soutenu&#13;
&#13;
ou&#13;
&#13;
continué&#13;
&#13;
que&#13;
&#13;
sur&#13;
&#13;
des&#13;
&#13;
fondements ou des principes qu’on croyait&#13;
vrais et dont on vient ensuite à reconnaître&#13;
la fausseté.&#13;
&#13;
- 1012 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIV&#13;
&#13;
Doc. LIV. Lettre de Gravier à Laval (17 septembre 1697)&#13;
&#13;
Doc. LIV&#13;
Lettre du P. Jérôme Gravier, jésuite, 17 septembre 1697, d’après l’original&#13;
conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Lettres N, no 131&#13;
Nous reproduisons ici le texte d’une lettre du P. Jérôme Gravier, jésuite,&#13;
missionnaire auprès des Illinois, Miamis et Sioux, sur le fleuve Mississippi. Le&#13;
P. Gravier écrivit cette lettre durant son voyage de retour dans sa mission, après&#13;
un séjour à Québec, au cours duquel il avait rencontré le Serviteur de Dieu.&#13;
L’allusion qu’il fait à l’affection et à l’amour que le Serviteur de Dieu nourrissait&#13;
pour les missionnaires est d’un intérêt particulier.&#13;
C’est par cette lettre que nous savons que l’année de l’ordination sacerdotale du&#13;
Serviteur de Dieu fut 1647, puisque le P. Gravier écrivit que Mgr de Laval avait&#13;
célébré son 50e anniversaire de sacerdoce quelques mois plus tôt.&#13;
&#13;
Monseigneur,&#13;
Je supplie Votre Grandeur de me pardonner la liberté que je prends de lui&#13;
demander encore sa bénédiction, qui m’attirera celle de Dieu, pour arriver&#13;
heureusement à ma chère mission après un si long exil ; rien ne me l’a plus&#13;
adouci, Monseigneur, que la bonté que Votre Grandeur a eue de vouloir&#13;
bien me témoigner, dans les visites que j’ai pris la liberté de lui rendre,&#13;
qu’elle y prenait part. Si Mgr de Québec a pour nous les mêmes sentiments,&#13;
comme nous l’espérons tous, nous ferons nos fonctions dans nos missions&#13;
outaouaises plus paisiblement que nous n’avons fait depuis quelques&#13;
années et nous serons à couvert des menaces que nous fait M. le comte de&#13;
Frontenac de nous chasser de nos missions, comme il l’a déjà fait de celle&#13;
de l’Ange-Gardien des Miamis à Chicago, dont Mgr de Québec m’a confié le&#13;
soin par ses patentes, en me confiant le soin des missions des Illinois, des&#13;
Miamis et des Sioux, et confirmant le pouvoir que Votre Grandeur avait&#13;
donné au P. Marquette et au P. Allouez, qui sont les premiers missionnaires&#13;
de ces nations du Sud. Si M. le comte de Frontenac a appris que dans nos&#13;
missions nous ayons fait quelque chose indigne de notre ministère, il a bien&#13;
pu l’adresser à Mgr l’évêque ou à son grand-vicaire ; mais il n’a pu que par&#13;
violence nous chasser de notre mission de Chicago et nous espérons que&#13;
Mgr de Québec ne souffrira pas une telle violence si préjudiciable à son&#13;
autorité et que, si Votre Grandeur veut bien lui en parler, il rétablira et&#13;
- 1013 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIV&#13;
&#13;
confirmera le P. Pinet dans la mission pour y continuer ses fonctions qu’il a&#13;
si heureusement commencées.&#13;
Au reste, je ne dois pas attendre que le beau ciboire dont Votre Grandeur&#13;
fait présent à la mission des Illinois soit fait pour l’en remercier au nom de&#13;
ces pauvres Sauvages*. C’est votre mission, Monseigneur, puisqu’elle est&#13;
sous la protection de l’Immaculée Conception de Notre-Dame, que Votre&#13;
Grandeur a choisie pour le jour de son sacre et qu’elle a prise pour la&#13;
patronne de tout son diocèse. Et le P. Marquette ne pouvait rien faire de&#13;
plus conforme à l’intention de Votre Grandeur que de mettre la mission des&#13;
Illinois sous la protection de l’Immaculée Conception de Notre-Dame. Et&#13;
quoique vous ayez toujours été le père de toutes nos missions, celle-ci,&#13;
Monseigneur, vous doit être attachée tout particulièrement et parce que&#13;
c’est la mission de l’Immaculée-Conception-de-la-Vierge et par le beau&#13;
présent que vous lui faites. Ne doit-on pas croire que le ciboire que&#13;
Votre Grandeur lui donne est d’un grand prix, puisqu’il faut fondre toute&#13;
sa vaisselle d’argent pour le faire ?&#13;
Aussi nous sera-t-il infiniment précieux et nous ne pouvons rien avoir dans&#13;
nos missions que nous estimions davantage. Une écuelle qui vous avait&#13;
servi si longtemps, Monseigneur, car c’est là toute votre vaisselle d’argent,&#13;
avec une petite tasse, ne devait être appliquée qu’aux saints autels et l’on&#13;
ne devait pas la destiner à d’autres usages sans la profaner. Et à proportion&#13;
que le nombre des communiants augmentera dans cette mission, le nombre&#13;
de ceux qui prieront Dieu pour Votre Grandeur d’avoir logé le Sauveur du&#13;
monde dans un si beau ciboire augmentera aussi. Et puisqu’elle a bien&#13;
voulu me promettre un soleil pour exposer le Saint-Sacrement à la&#13;
vénération de ces pauvres Sauvages, nous vous serons redevables,&#13;
Monseigneur, de tous les actes d’adoration que Jésus-Christ recevra au bout&#13;
du monde parmi les Illinois.&#13;
Quelque attache que j’aie pour ma mission, j’avoue que je ferai encore&#13;
volontiers le voyage des Outaouais à Québec pour assister à la messe de la&#13;
50e année de votre sacre, Monseigneur, comme j’ai eu le bonheur d’assister&#13;
- 1014 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LV&#13;
&#13;
à celle de votre prêtrise. Et je ne puis rien dire à nos pères des Outaouais de&#13;
plus consolant, dans les persécutions que nous souffrons, que de les assurer&#13;
que Votre Grandeur se porte bien, qu’elle nous continue toujours ses&#13;
bontés, que nous vivons avec tous les Messieurs de votre Séminaire dans&#13;
une parfaite union et que vous nous regardez toujours, Monseigneur,&#13;
comme vos enfants. Je suis dans un profond respect de Votre Grandeur,&#13;
Monseigneur,&#13;
Le très humble et très obéissant serviteur et fils en Notre-Seigneur,&#13;
Jacques Gravier, s. j.&#13;
À Ville-Marie, le 17 septembre 1697&#13;
Doc. LV. Lettre de Laval à Tremblay (1699)&#13;
&#13;
Doc. LV&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu à l’abbé Henri-Jean Tremblay, procureur du&#13;
Séminaire de Québec à Paris, au sujet de la fondation de la mission auprès&#13;
des Arkansas, 1699, d’après l’original signé conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres N, no 129&#13;
Mgr de Laval avait toujours désiré envoyer les prêtres de son Séminaire dans les&#13;
missions auprès des Autochtones. Malheureusement, lorsqu’il donna sa démission&#13;
en 1688, il n’avait pu encore réaliser ce projet. En 1697, lorsque Mgr de SaintVallier revint au Canada, pleinement favorable au Séminaire, le Serviteur de Dieu&#13;
crut que le temps était venu pour l’ouverture d’une mission. Il en fit part à&#13;
l’évêque ; celui-ci, content de pouvoir manifester au Séminaire sa bienveillance,&#13;
y consentit tout de suite. Le 1er mai 1698, il confia au Séminaire une mission&#13;
auprès des Autochtones dits Arkansas, près du fleuve Mississippi (Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Polygraphie 9, no 2), et le&#13;
4 mai, une mission auprès des Autochtones d’Acadie (Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Polygraphie 9, no 21).&#13;
En ce qui concerne le Serviteur de Dieu, la question de la fondation de la mission&#13;
d’Acadie n’a pas d’intérêt particulier.&#13;
C’est différent pour la mission auprès des Arkansas, qui provoqua une vive&#13;
contestation des pères jésuites envers le Séminaire de Québec. Du point de vue&#13;
historique, il serait intéressant d’étudier cette question dans le détail et d’en&#13;
publier la volumineuse documentation 501.&#13;
501&#13;
Cette étude fut faite par le P. de Rochemonteix, jésuite, dans son livre Les Jésuites et la NouvelleFrance au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 3, p. 550 et ss. Voir aussi la thèse de baccalauréat&#13;
présentée en juin 1939 par le P. Marcel Guérin, du Séminaire des Missions étrangères de Pont-Viau&#13;
(Canada), à l’Institut scientifique missionnaire de la Propagande, Les grandes étapes de l’œuvre&#13;
&#13;
- 1015 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LV&#13;
&#13;
Il suffit ici de signaler que tout le différend tourne autour du fait que les prêtres&#13;
du Séminaire de Québec, par la permission de Mgr de Saint-Vallier 502, avaient&#13;
établi un poste de mission dans le village des Tamarois, que les Jésuites&#13;
affirmaient appartenir à la mission des Illinois, qui leur était confiée. Ce différend&#13;
mena à maintes discussions et lettres écrites par les Jésuites à leurs supérieurs de&#13;
Paris et des abbés du Séminaire de Québec aux directeurs du Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Paris.&#13;
Mgr de Laval intervint dans la dispute. Sa lettre à l’abbé Tremblay, procureur du&#13;
Séminaire de Québec à Paris, reproduite ici, s’arrête longtemps sur ce différend.&#13;
Il voulut démontrer la légitimité de l’établissement que le Séminaire de Québec&#13;
avait fait auprès des Tamarois et mettre en lumière la conduite des missionnaires&#13;
du Séminaire. Il mit en relief leur entière rectitude et leur prudence et expliqua les&#13;
motifs qui les avaient poussés à fonder cette mission.&#13;
On relève, parmi les mots du Serviteur de Dieu, un fond de vive douleur pour la&#13;
discorde qui commençait à germer entre les Jésuites et le Séminaire à la suite de&#13;
cet incident et un grand désir que la paix la plus sereine, si nécessaire pour la&#13;
réussite du travail missionnaire, fût rétablie dans la mission. Les mêmes&#13;
sentiments sont exprimés par le Serviteur de Dieu dans deux lettres de réponse&#13;
aux pères jésuites, qui lui avaient écrit de Paris à ce propos 503.&#13;
Finalement, en 1701, le roi confia le soin de trancher la question à une commission&#13;
composée de trois évêques français. Cette commission décida que la mission des&#13;
Tamarois serait définitivement et exclusivement confiée aux prêtres du Séminaire&#13;
de Québec 504.&#13;
&#13;
J’ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m’avez fait la grâce de m’écrire.&#13;
Quand bien [même] les missionnaires qui sont partis l’an passé du&#13;
Séminaire de Québec pour les missions de Mississippi auraient différé leur&#13;
départ à cette année, ils n’auraient rien avancé au regard de la langue,&#13;
toutes ces nations ayant des langues fort différentes qui ne peuvent&#13;
s’apprendre que sur les lieux mêmes.&#13;
&#13;
missionnaire des évêques canadiens, 1re partie, Mgr de Laval et le Séminaire des Missions étrangères&#13;
de Québec, copie dactylographiée, Rome, 1939, p. 138-194.&#13;
502&#13;
Lettre de Mgr de Saint-Vallier du 14 juillet 1698, Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Polygraphie 9, no 4.&#13;
503&#13;
Lettre du Serviteur de Dieu au P. de Lamberville, 8 novembre 1700, Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Missions, no 91 ; Lettre du Serviteur de Dieu au P. de La&#13;
Chaize, 9 novembre 1700, Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Missions, no 86.&#13;
504&#13;
Accord ménagé le 7 juin par Mgr l’archevêque d’Auch et autres au sujet de la mission des&#13;
Tamarois, Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Polygraphie 9,&#13;
no 17.&#13;
- 1016 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LV&#13;
&#13;
Mais quelques autres raisons auraient pu porter le Séminaire au délai d’une&#13;
année, qui lui aurait donné le temps d’en pouvoir donner avis à celui de&#13;
Paris avant l’exécution de ce dessein, quoique d’ailleurs il fût assez&#13;
persuadé, suivant ce qu’il lui avait toujours témoigné, que tout son désir&#13;
était qu’il s’employât autant qu’il lui serait possible à la conversion des&#13;
Sauvages*, conformément à sa vocation et à l’esprit et à la grâce de son&#13;
institut.&#13;
Notre-Seigneur, par sa bonté et miséricorde et par la protection particulière&#13;
de sa sainte Mère, a donné beaucoup de bénédiction à l’envoi de ces&#13;
missionnaires, qui ont été dans les nations les plus éloignées et y ont établi&#13;
deux missions considérables, qui se trouvent par la Providence toutes&#13;
proches des lieux auxquels M. d’Iberville s’est transporté dans le&#13;
Mississippi. Et ils nous marquent que ce sont des peuples fort doux et&#13;
dociles et autant bien disposés pour la foi que l’on puisse le désirer, dont ils&#13;
ont eu des marques, ne faisant que d’arriver à la mort du chef principal&#13;
d’une de ces nations, auquel ayant conféré le saint baptême, après l’avoir&#13;
instruit par interprète, il mourut peu de temps après dans des sentiments&#13;
aussi chrétiens que s’il avait eu plusieurs années de christianisme.&#13;
Une seule chose m’a extrêmement contristé, qui est la peine que les pères&#13;
jésuites ont paru avoir au sujet de l’établissement que M. de Montigny&#13;
(comme ayant la conduite de cette mission) a fait à la nation des Tamarois,&#13;
sur lequel vous serez informé et [je] ne vous toucherai ici que ce qui est de&#13;
principal.&#13;
Le Séminaire ayant résolu de commencer par les nations les plus éloignées&#13;
et abandonnées à travailler au salut et à la conversion de ces pauvres&#13;
peuples, il jugea bien qu’il n’était pas possible d’exécuter ce dessein s’il&#13;
n’avait un établissement plus proche, qui lui pût servir pour avoir une&#13;
correspondance facile tant à Québec qu’avec les missionnaires qui seraient&#13;
dispersés dans lesdites nations éloignées. L’on s’informa des personnes les&#13;
plus intelligentes et qui ont la connaissance de tous ces pays-là quel lieu&#13;
l’on pourrait prendre à cet effet et le sentiment commun fut que le plus&#13;
- 1017 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LV&#13;
&#13;
commode et l’unique même qui fût propre pour cet établissement était la&#13;
nation des Tamarois à raison de sa situation sur le bord du fleuve&#13;
Mississippi ; qu’elle n’était point des missions des pères jésuites ; et qu’elle&#13;
était éloignée de 90 lieues du dernier de leur établissement. Nous jugeâmes&#13;
à propos, outre toutes ces connaissances, nous devoir informer de la chose&#13;
des pères jésuites mêmes et les envoyai prier que je pusse les voir. Le&#13;
P. Germain, qui tenait la place du supérieur en son absence, me vint trouver&#13;
et lui ayant demandé si les Tamarois étaient de leurs missions et s’ils y&#13;
étaient établis, il répondit qu’ils n’étaient point de leurs missions et qu’ils&#13;
n’y avaient point d’établissement. Les missionnaires, qui étaient pour lors&#13;
sur leur départ, qui fut deux jours après, prirent de Mgr de Québec des&#13;
lettres dudit lieu des Tamarois, auquel étant arrivés, ils furent priés et fort&#13;
pressés par les Sauvages d’y demeurer et leur firent présent de deux&#13;
esclaves pour les obliger à s’y établir pour les instruire à la prière.&#13;
Mais ayant dessein d’aller auparavant jusqu’aux nations plus éloignées,&#13;
afin de pouvoir mieux juger de la nécessité qu’il y avait de faire un&#13;
établissement à ladite nation des Tamarois, ils passèrent outre et allèrent&#13;
jusqu’aux nations auxquelles ils ont jugé, étant considérables, devoir y&#13;
établir deux missions, auxquelles il réside deux missionnaires, et y ont fait&#13;
construire par des artisans, qu’ils y avaient menés exprès, en chaque&#13;
mission une église et une maison pour le missionnaire et ils reconnurent&#13;
pour lors, tant à cause du grand éloignement que par plusieurs autres&#13;
considérations, qu’il était absolument nécessaire de faire ledit établissement&#13;
des Tamarois, sans lequel ils virent manifestement qu’il serait impossible&#13;
de soutenir les missions éloignées et de pourvoir aux besoins des&#13;
missionnaires qui y seraient employés ; ce qui leur fit prendre la résolution&#13;
de remonter jusqu’audit lieu des Tamarois, auquel M. de Montigny y&#13;
établit un missionnaire et y firent construire en même temps une église et&#13;
une maison, comme ils avaient fait aux deux autres lieux de leurs missions.&#13;
Vous pouvez bien voir que, dans le procédé que nous avons tenu, que nous&#13;
n’avons rien omis de notre côté pour faire connaître aux pères jésuites&#13;
l’estime et l’affection que nous avons pour toutes leurs missions et le désir&#13;
- 1018 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LV&#13;
&#13;
de conserver avec eux l’union dans laquelle nous avons toujours vécu&#13;
jusqu’à présent. J’aurais de la peine à croire ce que quelques-uns ont dit que&#13;
M. de Montigny avait donné parole que l’on ne ferait point d’établissement&#13;
aux Tamarois et il a mandé au contraire que l’on pouvait bien juger qu’il&#13;
n’aurait garde de s’engager à cela, puisque l’on avait eu des lettres de&#13;
Mgr de Québec pour s’y établir, mais qu’il est vrai qu’il avait donné parole&#13;
que, conformément aux sentiments dans lequel était le Séminaire, l’on ne&#13;
ferait point d’établissement en aucun lieu où les pères jésuites seraient&#13;
établis et, qu’étant arrivés audit lieu des Tamarois, ils ont été confirmés par&#13;
tous ceux qui sont en ce pays-là, tant Sauvages que Français, et par&#13;
M. de Tonti même, qui a sa seigneurie des Illinois et qui y fait sa demeure,&#13;
qu’ils n’y ont point d’établissement ni aucune résidence ; que depuis qu’ils&#13;
sont établis aux Illinois, il y a approchant de 20 ans, ils n’y ont été qu’une&#13;
seule fois et celui qui y fut n’y demeura pas une semaine entière ; et qu’ils&#13;
ont pris seulement occasion, lorsqu’ils sont venus au fort des Illinois, d’en&#13;
instruire et baptiser quelques-uns. C’est ce que contient une lettre que&#13;
mondit sieur de Tonti écrit à Mgr de Québec.&#13;
Le père supérieur est venu ces derniers jours me donner avis que le&#13;
P. de Carheil lui écrit de sa mission que M. de Tonti doit faire bâtir une&#13;
église au fort des Illinois pour M. de Montigny, c’est-à-dire pour les&#13;
missionnaires dont il a la conduite, qui est un lieu où il m’a dit que&#13;
quelques-uns de leurs pères ont demeuré. Sur quoi je l’ai assuré qu’il ne&#13;
doit pas croire que le Séminaire puisse avoir la moindre pensée de s’établir&#13;
ni les troubler dans aucun lieu où ils auront résidé et [que] si&#13;
M. de Montigny a ce dessein, il use à notre endroit d’une grande&#13;
dissimulation, nous ayant écrit que, quoique les missionnaires ne se&#13;
puissent absolument passer de l’établissement fait à la nation des Tamarois,&#13;
que l’on ne s’attende pas cependant qu’il y puisse demeurer, y ayant de la&#13;
peine, à moins que l’on ne le juge absolument nécessaire, et qu’il croit qu’il&#13;
fera du bien à la nation des Natchez et Taensas, où il a établi sa résidence.&#13;
&#13;
- 1019 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LV&#13;
&#13;
Il est vrai que les missions qu’il a établies accompagné des missionnaires&#13;
du Séminaire de Québec ont été faites au nom dudit Séminaire ; mais s’il&#13;
voyait qu’il y eût la moindre apparence qu’il voulût traverser les missions&#13;
des pères jésuites, comme celle du fort des Illinois (ce qu’il n’y a aucun bon&#13;
fondement de croire), il n’en trouverait aucun qui entrât dans ses&#13;
sentiments, le Séminaire n’ayant en vue que de travailler et procurer, autant&#13;
qu’il y est obligé par sa vocation, le salut des pauvres Sauvages en esprit&#13;
d’union avec leurs missionnaires et de ne porter aucun préjudice à leurs&#13;
missions, auxquelles nous savons qu’ils travaillent avec toutes sortes de&#13;
bénédictions.&#13;
Nous ne saurions à la vérité nous persuader qu’ils aient un juste et véritable&#13;
sujet d’avoir de la peine que les missionnaires du Séminaire se soient établis&#13;
aux Tamarois, lesquels n’étant point mêlés dans les missions qu’ils&#13;
occupent, ne peuvent leur porter aucun préjudice dans l’éloignement au&#13;
moins de 90 lieues ; et quoiqu’ils parlent la même langue que les Illinois, où&#13;
les pères jésuites sont établis, [ce] qui leur donne occasion de se fréquenter&#13;
les uns les autres, il ne s’en peut suivre aucun inconvénient au regard de&#13;
l’union entre les missionnaires de l’un et de l’autre corps, comme&#13;
l’expérience le fait voir à l’Acadie, où les missionnaires du Séminaire, tant&#13;
ceux qui y sont morts que ceux qui y sont à présent, ont toujours vécu avec&#13;
les pères jésuites qui y sont employés aux Sauvages dans une aussi grande&#13;
union que s’ils étaient du même corps et je puis dire en quelque manière&#13;
plus grande. Le père supérieur m’ayant dit confidemment qu’il a été obligé&#13;
depuis quelques mois de retirer de ladite mission le P. Rale, lequel (quoique&#13;
bon religieux) ayant des principes et des manières différentes dans la&#13;
conduite des Sauvages, ne pouvait pas s’accommoder avec le P. Bigot.&#13;
Lesdits Sauvages néanmoins, tant les uns que les autres, sont tous&#13;
Abénaquis, parlent une même langue, se fréquentent les uns les autres,&#13;
contractent les alliances réciproques et sont bien plus proches les uns des&#13;
autres que ne sont pas les Tamarois des Illinois.&#13;
&#13;
- 1020 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LV&#13;
&#13;
Ce n’est point, par la miséricorde de Notre-Seigneur, l’esprit de jalousie et&#13;
d’ambition qui a porté le Séminaire à faire cet établissement et à le vouloir&#13;
conserver, ni même le droit qu’il peut justement y prétendre, qu’il&#13;
sacrifierait de bon cœur pour le bien de la paix et union, mais uniquement&#13;
la nécessité indispensable qu’il a de ce lieu pour le soutien des missions&#13;
qu’il a entreprises, lesquelles, sans cet établissement, ne pourraient pas&#13;
subsister, dont les pères jésuites conviennent avec nous ; et en conséquence&#13;
de cette nécessité, qui leur est autant connue qu’au Séminaire même, ils ont&#13;
proposé que les missionnaires de part et d’autre demeurent dans le même&#13;
lieu ; mais il est assuré que deux corps différents et indépendants ne&#13;
peuvent pas subsister ensemble sans altérer l’union et la bonne intelligence&#13;
qui doit être entre ouvriers de l’Évangile.&#13;
L’on ne voit pas d’ailleurs que les pères jésuites puissent avoir aucun besoin&#13;
de ce lieu, en ayant tant d’autres dans l’espace de plus de 300 lieues depuis&#13;
Michilimakinac jusqu’aux Illinois ; et le Séminaire n’ayant que la seule&#13;
mission des Tamarois, où un supérieur des missions puisse avoir sa&#13;
résidence et donner un moyen aux missionnaires d’y aller et d’y avoir la&#13;
correspondance qu’il jugera nécessaire pour le soutien des missions et&#13;
pourvoir de ce lieu à tous les besoins spirituels et temporels, je ne puis me&#13;
persuader qu’après y avoir fait réflexion qu’ils voulussent porter un si&#13;
notable préjudice à une œuvre à laquelle il nous semble qu’ils doivent&#13;
prendre le même intérêt que le Séminaire.&#13;
Ils savent qu’il y a cinq ou six ans que Monseigneur, voulant d’une autorité&#13;
absolue les empêcher de retourner à la mission des Abénaquis, où ils&#13;
avaient demeuré et que M. Thury, très bon missionnaire (que NotreSeigneur a appelé cette année à lui), avec d’autres ecclésiastiques du&#13;
Séminaire, y allassent à leur place, le Séminaire n’ayant aucune vue de ses&#13;
intérêts particuliers et ne regardant en cela que la gloire de Dieu et le salut&#13;
des âmes, bien loin de tirer l’avantage qu’il pouvait de cette occasion et&#13;
d’ambitionner de s’établir dans cette mission, lui déclara qu’il était tout prêt&#13;
d’y envoyer M. Thury, pourvu que le P. Bigot y retournât ; à quoi,&#13;
continuant de s’opposer, on fut obligé d’en venir à quelque extrémité pour&#13;
- 1021 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LV&#13;
&#13;
trouver les moyens de procurer leur rétablissement en cette mission, où ils&#13;
ont toujours demeuré depuis et qui est une de leurs plus belles missions ; et&#13;
le Séminaire, pour conserver l’union, serait disposé d’en faire encore autant,&#13;
si une occasion semblable se présentait.&#13;
Jugez, Monsieur, si dans l’entreprise que le Séminaire a faite des missions&#13;
du Mississippi et la nécessité indispensable qu’il a reconnue (après s’être&#13;
informé) qu’il avait pour l’exécution de ce dessein, de faire un établissement&#13;
à la nation des Tamarois, il m’a été possible de donner aux pères jésuites de&#13;
plus grandes marques du désir que nous avons de conserver l’union que&#13;
d’avoir voulu être assuré par eux-mêmes que ce lieu n’était point de leurs&#13;
missions et qu’il n’y avait aucun établissement ; et ce qu’ils allèguent, que&#13;
le P. Germain ne le connaissait pas, ne se peut croire, étant une personne&#13;
aussi sage et prudente qu’il est et nous l’ayant dit aussi positivement qu’il&#13;
fit, et d’ailleurs le P. Bruyas et plusieurs autres de leurs pères, qui ne&#13;
pouvaient ignorer ce que le P. Germain, qui tenait la place du supérieur en&#13;
son absence, nous avait dit et qui avait une parfaite connaissance de ce qui&#13;
regardait les Tamarois, n’aurait pas manqué de nous informer du contraire&#13;
et n’aurait pas attendu à le faire, après que toutes choses ont été disposées&#13;
pour les missions que l’on a établies par rapport à l’établissement qui a été&#13;
fait à la nation des Tamarois, si en effet elle avait été de leurs missions.&#13;
Ayant appris la grâce que vous me faites de m’honorer de votre souvenir,&#13;
je me sens obligé de vous en témoigner ma reconnaissance et vous assurer&#13;
que j’en conserverai le reste de ma vie un très particulier des bontés que&#13;
vous avez eues de cette pauvre Église, pendant que j’en ai [eu] la conduite,&#13;
et de la protection que vous lui avez donnée depuis, et spécialement à ce&#13;
Séminaire, qui vous en a des obligations. Nous vous envoyons 4 000 tant de&#13;
livres de rescriptions. Il nous en reste pour l’envoi de cette année seulement&#13;
encore autant à payer, parce qu’il a fallu établir tout du coup les missions&#13;
nécessaires à servir de fondements, les bâtir et les garnir de leurs besoins,&#13;
autant qu’il a été possible, et comme ils nous témoignent, par leurs lettres,&#13;
le grand avantage qu’ils retireront de forgerons pour leur subsistance, nous&#13;
leur en avons envoyé deux avec deux forges complètes, que nous avons fait&#13;
- 1022 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LV&#13;
&#13;
faire ici. Nous leur avons aussi envoyé trois donnés pour servir les&#13;
missionnaires, leur tenir la place de gens à gages qui coûtent beaucoup, ne&#13;
pensent qu’à leurs intérêts et ne donneraient pas l’exemple que feront ceux&#13;
qui ne cherchent que Dieu.&#13;
Le bon M. Charon y a beaucoup contribué par un de leurs frères qu’il nous&#13;
donna l’an passé, qui a rendu de grands services à la mission et encore un&#13;
qu’il nous a fourni cette année. Ces donnés épargneront beaucoup aux&#13;
missionnaires. À la suite, la dépense d’un engagé étant aussi grande que&#13;
celle du missionnaire même, je vous prie et nos Messieurs de témoigner&#13;
bien de la reconnaissance à ce bon serviteur de Dieu, qui est autant porté&#13;
d’affection pour les missions et missionnaires que s’il était du corps. Nous&#13;
avons même les vues, aussi bien que lui, de former à la suite une&#13;
communauté de leurs frères pour aider les missions et accompagner les&#13;
missionnaires dans leurs voyages. Il va en France et jusqu’à Paris pour&#13;
trouver et emmener quelques bons sujets pour l’aider à former leur&#13;
communauté. M. de La Colombière y demeure une grande partie de l’année&#13;
et y fait beaucoup de bien. Rendez-lui tous les services, comme aux&#13;
missionnaires mêmes, qu’il vous sera possible. C’est un véritable serviteur&#13;
de Dieu.&#13;
Je remets entièrement à nos Messieurs et à vous de disposer et régler la&#13;
somme des 7 000 livres en faveur de la famille ou de tout ou en partie et&#13;
plus ou moins pour les uns que pour les autres. Je vous laisse à faire la&#13;
réponse à M. et Mme de Laval 505 conforme à ce que vous résoudrez. Je vous&#13;
envoie leurs lettres, afin que vous puissiez mieux juger de la réponse que&#13;
vous leur ferez. J’écris pour le mari et la femme une seule lettre.&#13;
L’ecclésiastique 506 ne m’a point écrit. M. de Montigny 507 m’a écrit de&#13;
grandes légendes. Il ne plaint point sa peine. Il m’a fait aussi écrire par&#13;
M. Bonnet, supérieur du Séminaire de Chartres, auquel je ferai un mot de&#13;
réponse par M. de Pontchartrain, qui ne doit partir qu’après les autres.&#13;
Puisque vous jugez que, sur la copie de l’acte que vous a envoyé&#13;
NDLR : Gabriel de Laval, fils aîné du frère Jean-Louis de Mgr de Laval, et son épouse CharlotteMarie-Thérèse de Bésançon.&#13;
506&#13;
NDLR : Charles-François-Guy de Laval, chanoine de Tournai, 5e fils Jean-Louis.&#13;
507&#13;
NDLR : Jean-Louis de Laval, frère cadet de Mgr de Laval, seigneur de Montigny.&#13;
505&#13;
&#13;
- 1023 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LVI&#13;
&#13;
M. de Montigny, je dois lui envoyer mon consentement et reconnaissance&#13;
que c’est pour lui que j’ai acheté la maison de la nommée Vengeon, je lui&#13;
enverrai pour la mettre entre les mains, si vous n’avez rien connu de&#13;
contraire qui l’en empêchât.&#13;
Doc. LVI. Témoignage de Laval sur les vertus de Vincent de Paul (8 novembre 1702)&#13;
&#13;
Doc. LVI&#13;
Témoignage écrit donné par le Serviteur de Dieu pour la cause de&#13;
béatification de Vincent de Paul, 8 novembre 1702, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris, vol. 1, fos 15-16&#13;
Traduction de l’original latin&#13;
Lorsque les prêtres de la Congrégation de la Mission commencèrent le procès de&#13;
béatification de leur fondateur, ils demandèrent à Mgr de Laval un témoignage sur&#13;
les vertus de saint Vincent de Paul, ce qu’il fit immédiatement et bien volontiers.&#13;
De ce témoignage, nous apprenons que le Serviteur de Dieu avait été en relation&#13;
avec le saint de la charité et qu’il avait su déceler en cet homme les&#13;
caractéristiques de la sainteté.&#13;
&#13;
Nous, François de Laval, ancien évêque de Québec, à qui on a demandé un&#13;
témoignage absolument certain et authentique sur M. Vincent de Paul,&#13;
prêtre, qui a fondé la Congrégation de la Mission, maintenant décédé, ayant&#13;
remarqué en sa personne et en ses mœurs ce qui touche la piété, déclarons&#13;
que cela nous est un grand honneur et une joie : nous savons qu’il était&#13;
homme d’une piété éminente ; que nous l’avons fréquenté quelquefois ; que&#13;
nous l’avons pris comme protecteur et conseiller, en des affaires traitées au&#13;
Conseil de conscience par des hommes que la reine régente avait choisis et&#13;
auquel il prenait part ; que nous avons vu sa constance ferme et admirable&#13;
à s’opposer aux desseins contraires à la justice de [Mazarin] ministre du&#13;
royaume de France.&#13;
L’évêque Abelly, remarquable par sa piété et sa doctrine, qui a publié la Vie&#13;
de M. Vincent et avec qui il [fut] lié d’une intime amitié, a bien mis en relief&#13;
ses vertus en sorte qu’il nous est facile de les avoir en mémoire.&#13;
Cet auteur illustre a montré l’humilité chrétienne de M. Vincent ; sa&#13;
douceur singulière pleine d’attention et d’amour ; son immense charité ; sa&#13;
force d’âme invincible ; son incroyable patience au milieu de grandes&#13;
- 1024 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LVI&#13;
&#13;
calamités ; sa paix profonde troublée par aucune épreuve ; son égalité&#13;
d’âme stable et très constante ; tout cela nous l’avons remarqué quand nous&#13;
l’avons entendu parler ou vu entreprendre, agir ou soutenir des œuvres. Sa&#13;
seule présence suffisait à soustraire les esprits aux affaires profanes et à les&#13;
orienter vers les biens célestes et remplir de pieux sentiments ceux qui le&#13;
voyaient. Toutes ses paroles étaient telles qu’elles inspiraient l’amour de la&#13;
vertu à ses auditeurs. Ses actions répandaient partout la bonne odeur du&#13;
Christ qu’il inspirait lui-même. De tout ce que nous avons expérimenté&#13;
chaque fois que la Providence nous a mis en contact avec ce saint prêtre,&#13;
nous voulons rendre témoignage fermement et avec une très grande joie.&#13;
Donné à Québec, le 8 novembre 1702, avec notre signature et celle de notre&#13;
secrétaire et sous notre sceau,&#13;
François, ancien évêque de Québec 508.&#13;
&#13;
508&#13;
NDLR : Traduction de l’original latin par le P. Georges-Albert Boissinot, religieux de SaintVincent de Paul.&#13;
&#13;
- 1025 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LVII&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LVII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LVII&#13;
Diverses lettres au sujet des réactions du Serviteur de Dieu sur les incendies&#13;
du Séminaire de Québec, 1702-1706&#13;
Le 15 novembre 1701, vers 2 heures de l’après-midi, un violent incendie éclata&#13;
au Séminaire de Québec. En quelques heures, tous les édifices construits avec tant&#13;
de peines et de sacrifices par le Serviteur de Dieu furent détruits : chapelle, Grand&#13;
Séminaire, Petit Séminaire et presbytère. Seule la cathédrale fut sauvée des&#13;
flammes. Mgr de Laval, malade depuis quelques jours, fut transporté&#13;
précipitamment à la maison des Jésuites.&#13;
Il est facile d’imaginer combien ce malheur dut être douloureux au cœur du&#13;
Serviteur de Dieu. Si nous avions quelques lettres écrites de sa main à cette&#13;
occasion à des amis de Paris, on trouverait sans doute toute l’expression de sa&#13;
douleur. Nous connaissons le contenu des réponses à ces lettres (nos 2, 3 et 4),&#13;
ainsi qu’une lettre du supérieur du Séminaire des Missions étrangères de Paris au&#13;
procureur du même Séminaire à Rome (no 1), écrite peu après l’arrivée des autres&#13;
lettres au Canada, et ayant le même état d’esprit.&#13;
Dans ces documents, nous voyons clairement que Mgr de Laval resta très peiné de&#13;
ce malheur, mais qu’il l’accepta avec une profonde résignation chrétienne. Il&#13;
donna même une preuve insigne de sa force d’âme, à la grande édification de ceux&#13;
qui en furent témoins et en eurent la nouvelle (no 2) : sans hésiter et en total&#13;
abandon à la Providence, il ordonna de commencer immédiatement la&#13;
reconstruction d’une nouvelle maison pour le Séminaire, bien que ce fût l’hiver.&#13;
Mais l’épreuve n’était pas terminée. Lorsque les travaux étaient sur le point d’être&#13;
terminés et les nouveaux édifices étaient presque prêts, un autre incendie éclata le&#13;
1er octobre 1705 et réduisit tout en cendres.&#13;
Malheureusement, peu de nouvelles nous sont parvenues sur l’attitude du&#13;
Serviteur de Dieu face à ce deuxième événement. Nous avons seulement une&#13;
réponse de l’abbé Tremblay à une lettre du Serviteur de Dieu (no 4). Cependant,&#13;
il est clair par cette lettre que même en ce nouveau malheur, le Serviteur de Dieu&#13;
se montra résigné à la volonté de Dieu.&#13;
&#13;
- 1026 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LVII-1&#13;
&#13;
DOC. LVII-1. EXTRAIT DE LA LETTRE DE BRISACIER À CHARMOT (1ER MAI 1702)&#13;
&#13;
Doc. LVII-1&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé de Brisacier, supérieur du Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Paris, à l’abbé Charmot, procureur de cedit&#13;
Séminaire auprès du Saint-Siège, 1er mai 1702, d’après l’original conservé&#13;
aux Archives des Missions étrangères de Paris, vol. 15, p. 629-630&#13;
&#13;
Mercredi dernier, un courrier de Québec arriva ici envoyé exprès à la Cour&#13;
pour donner avis que le 15 novembre 1701, en trois heures de temps et en&#13;
plein jour, par un grand vent, tout notre Séminaire s’est [illisible] ; tous les&#13;
dedans et [illisible] du bâtiment furent brûlés avec une partie des meubles&#13;
et des provisions. La perte est estimée environ 100 000 écus et nous sommes&#13;
dans un temps où il est comme impossible de la réparer du côté de la&#13;
France. Nos MM. du Canada ont montré en cette occasion une constance&#13;
qui a [illisible], surtout Mgr l’ancien évêque, qui a vu de ses yeux son&#13;
ouvrage de 40 ans détruit en peu d’heures, en bénissant Dieu sans verser&#13;
une larme ni jeter un soupir, quoiqu’il soit âgé de 80 ans. Vous jugez quelle&#13;
doivent être ici notre affliction et notre embarras pour chercher des moyens&#13;
de remédier à un si grand mal.&#13;
DOC. LVII-2. EXTRAIT DE LA LETTRE DE TREMBLAY À LAVAL (11 MAI 1702)&#13;
&#13;
Doc. LVII-2&#13;
Extrait de la lettre de l’abbé Tremblay au Serviteur de Dieu, 11 mai 1702,&#13;
d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 119&#13;
&#13;
Du 11 mai 1702&#13;
Monseigneur,&#13;
Je vous ai écrit une assez longue lettre par le vaisseau du Nord, que j’ai&#13;
remise à M. de Lino, qui doit vous l’avoir fait remettre. Elle était pour vous&#13;
instruire de nos affaires par les premiers vaisseaux. Je vous écris celle-ci par&#13;
La Perle, comme je l’espère, pour vous apprendre ce que nous avons fait&#13;
depuis l’arrivée de M. Joncaire en France. Il arriva au Séminaire le 26 avril&#13;
et apporta la plus triste nouvelle que nous puissions apprendre. Cependant,&#13;
- 1027 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LVII-1&#13;
&#13;
quand on me dit qu’un courrier venait d’arriver de Canada et apportait de&#13;
fâcheuses nouvelles du Séminaire, j’appréhendai, Monseigneur, que nous&#13;
vous eussions perdu et je fus plus disposé à soutenir la triste nouvelle de&#13;
l’incendie de notre Séminaire, quand je sus que Votre Grandeur se portait&#13;
bien et avait vu en saint la destruction d’un ouvrage de 40 ans, qui avait&#13;
rendu tant de gloire à Dieu et était capable de lui en rendre.&#13;
J’ai été convaincu, dans les diverses réflexions que j’ai faites sur un si grand&#13;
accident, que Dieu voulait de vous avant votre mort ce grand sacrifice. Vous&#13;
ne lui en pouviez faire un plus grand. Le feu consumait votre cœur en&#13;
consumant ce bâtiment, mais c’était un feu bien différent. Vous sacrifiez&#13;
une œuvre de Dieu aux ordres de Dieu et votre sacrifice en cela alla plus&#13;
loin que celui du Père des croyants, en ce que Dieu ne lui demanda que la&#13;
préparation du cœur. Vous l’aviez depuis longtemps. Il a demandé de vous&#13;
la réalité du sacrifice. Ce que vous m’avez mandé m’a beaucoup fait&#13;
d’impression que l’œuvre que Dieu vous a fait la grâce d’édifier n’est pas&#13;
un œuvre de pierre et de bois, mais d’esprit et de grâce, qui se conserve&#13;
encore tout entier et même plus parfait depuis que notre Séminaire est&#13;
brûlé. Votre courage pendant le sacrifice et votre force après m’ont fortifié&#13;
moi-même, tout faible que je sois, et j’ai admiré votre ardeur à vouloir dès&#13;
cet hiver travailler au rétablissement de cette œuvre.&#13;
&#13;
- 1028 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LVII-3&#13;
&#13;
DOC. LVII-3. LETTRE DE BRISACIER À LAVAL (20 MAI 1702)&#13;
&#13;
Doc. LVII-3&#13;
Lettre de l’abbé de Brisacier au Serviteur de Dieu, 20 mai 1702, d’après&#13;
l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 120&#13;
&#13;
À Paris, 20 mai 1702&#13;
Monseigneur,&#13;
Le ton sur lequel vous m’avez fait l’honneur de m’écrire par M. de Joncaire&#13;
l’accident arrivé à notre chère maison de Québec m’a beaucoup moins&#13;
donné de tristesse que de consolation. La grâce que Dieu vous a faite en&#13;
cette occasion de lui sacrifier de bon cœur en un moment tout ce qu’il vous&#13;
avait donné durant tant d’années, la part sincère que tout le pays a prise à&#13;
cette disgrâce, qu’il a regardé beaucoup plus comme un mal public que&#13;
comme une perte particulière pour nos Messieurs, la soumission parfaite&#13;
qu’ils ont témoignée aux ordres de la divine Providence et l’émulation qui&#13;
a paru être [entre] les puissances, les communautés et les peuples pour vous&#13;
secourir dans le temps du feu et pour vous recueillir charitablement après&#13;
avoir tout perdu, tout cela est un enchaînement de tant de faveurs que bien&#13;
loin de nous affliger, nous ne pensons comme vous, Monseigneur, qu’à&#13;
bénir Dieu, tant de ce qui s’est passé en Canada que de ce qui s’est fait en&#13;
France.&#13;
Mgr de Québec 509 s’est mis jusqu’au cou pour obtenir du roi de plus grands&#13;
secours que les 4 000 livres que Sa Majesté nous a accordées cette année et&#13;
qui apparemment seront longtemps continuées. Il a fait ce qu’il a pu pour&#13;
faire agréer au roi que les 7 000 livres qu’il lui donne pour employer à faire&#13;
faire des ornements pour sa cathédrale fussent jointes aux 4 000 livres pour&#13;
avancer avant l’hiver la couverture du bâtiment brûlé ; mais Sa Majesté ne&#13;
l’a pas voulu. M. le comte de Pontchartrain a fait de son mieux pour obtenir&#13;
jusqu’à 10 000 francs cette année, sans tirer à conséquence pour les&#13;
suivantes, dans lesquelles on se contenterait de demander à Sa Majesté&#13;
509&#13;
&#13;
Mgr de Saint-Vallier se trouvait alors en France.&#13;
- 1029 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LVII-3&#13;
&#13;
4 000 livres par an jusqu’à l’entier [r]établissement du Séminaire. Mais le&#13;
maître a eu ses raisons pour borner ses grâces dans un temps où il faut&#13;
avouer que ses finances sont épuisées par la guerre. Mme de Maintenon&#13;
m’a fait l’honneur de me dire qu’elle avait même été surprise de ce que&#13;
Sa Majesté ne nous avait pas refusé tout secours dans la conjoncture&#13;
présente. Prenons courage, malgré le mauvais temps où nous sommes,&#13;
Monseigneur. Tout âgé que vous êtes, je ne désespère pas que vous ne&#13;
viviez encore assez longtemps pour voir votre ouvrage réparé, ou en tout,&#13;
ou en plus grande partie. Dieu récompensera par là cet abandon héroïque&#13;
à sa divine Providence que nos Messieurs pratiquent avec vous en&#13;
continuant votre charité ordinaire envers les enfants du pays que vous&#13;
élevez en si grand nombre dans vos maisons, et la plupart gratuitement.&#13;
J’ose vous dire, Monseigneur, que c’est cette charité qui a fait le plus&#13;
d’impression à la Cour et qui vous attirera peut-être dans la suite plus&#13;
d’aumônes de notre France. Nous avons dessein de faire quêter et j’espère&#13;
qu’on nous aidera. C’est par le sieur de Joncaire que je vous écris celle-ci,&#13;
qui vous sera commune avec nos Messieurs, et cela n’empêchera pas que je&#13;
ne leur écrive par les postes suivantes. Nous avons logé avec plaisir ce&#13;
Monsieur dans notre maison et je l’ai servi en tout ce que j’ai pu, tant en&#13;
votre considération que pour son propre mérite. J’espère qu’on l’avancera&#13;
l’année prochaine dans les troupes. Je serai son solliciteur. Je suis,&#13;
Monseigneur, avec tout le respect possible,&#13;
Votre très obéissant serviteur,&#13;
De Brisacier.&#13;
&#13;
- 1030 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LVII-4&#13;
&#13;
DOC. LVII-4. EXTRAITS DE LA LETTRE DE TREMBLAY À LAVAL (18 JUIN 1706)&#13;
&#13;
Doc. LVII-4&#13;
Extraits de la lettre de l’abbé Tremblay au Serviteur de Dieu, 18 juin 1706,&#13;
d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Lettres N, no 124&#13;
&#13;
Paris, 18 juin 1706&#13;
Monseigneur,&#13;
J’ai reçu de vous cette année une lettre de trois pages et demie&#13;
du 16 octobre, une autre du 23 et un billet du 26 octobre dernier. J’y vais&#13;
répondre exactement. Nous apprîmes, par votre lettre à M. l’abbé&#13;
de Brisacier, que nous reçûmes par la poste, le second incendie de notre&#13;
Séminaire. Le coup a été dur à porter, mais la manière dont Dieu vous a fait&#13;
la grâce de le soutenir nous a fort encouragés nous-mêmes à ne pas perdre&#13;
confiance en Notre-Seigneur, qui n’a permis ces accidents que pour vous&#13;
sanctifier davantage, vous qui portez plus que personne ce malheur, dont&#13;
vous connaissez mieux les fâcheuses suites. Il faut espérer qu’après que&#13;
Notre-Seigneur nous a tant mortifiés, il nous vivifiera et ne permettra pas&#13;
que cette œuvre, qui est si utile à l’Église, périsse entièrement.&#13;
Nous avons appris, par vos lettres et par celles de tout le monde, votre&#13;
grande faiblesse et la privation où vous êtes à présent de dire la sainte&#13;
messe. Vous avez la consolation du moins de l’entendre. J’ai écrit à&#13;
Mgr de Québec sur ce que vous me proposiez, Monseigneur, si ayant près&#13;
de votre chambre une chapelle bien ornée, vous n’y pourriez pas avoir le&#13;
Saint-Sacrement pour votre consolation, ne pouvant plus aller à l’église. Ce&#13;
prélat trouve très bon, Monseigneur, que vous l’y ayez et on convient que&#13;
cela se peut, en pareille occasion, pour un évêque comme vous. Je souhaite&#13;
que le Bon Dieu vous veuille conserver encore plusieurs années pour que&#13;
vous ayez la consolation de voir rétablir notre Séminaire. [...]&#13;
&#13;
- 1031 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LVIII&#13;
&#13;
Vous nous demandez, Monseigneur, dans toutes vos lettres de demander&#13;
pour vous à Notre-Seigneur la grâce d’une bonne mort. Nous avons sujet&#13;
d’espérer que Dieu vous l’accordera, mais nous ne saurions nous empêcher&#13;
de demander votre conservation pour la consolation et le soutien de vos&#13;
enfants. Il faut espérer que Dieu, qui a voulu accroître votre couronne en&#13;
vous faisant passer par le feu deux fois l’œuvre qui vous est la plus chère,&#13;
vous donnera le temps d’en voir le rétablissement avancé avant que de vous&#13;
appeler à lui. Je me recommande très particulièrement à vos prières et à vos&#13;
souffrances, puisque je ne puis plus me recommander à vos saints sacrifices&#13;
et je suis très respectueusement, Monseigneur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
Tremblay.&#13;
Doc. LVIII. Acte de sépulture de Laval (9 mai 1708)&#13;
&#13;
Doc. LVIII&#13;
Acte de sépulture du Serviteur de Dieu, 9 mai 1708, d’après le Registre de&#13;
sépultures de la paroisse Notre-Dame de Québec&#13;
Dans un des actes de donation de ses biens au Séminaire de Québec, fait le&#13;
6 octobre 1684 (copie collationnée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives&#13;
du Séminaire de Québec, Séminaire 2, no 37), le Serviteur de Dieu avait exprimé&#13;
le désir que sa dépouille fût inhumée dans la crypte de la chapelle du Séminaire,&#13;
alors en construction. Or, en 1708, lorsque Mgr de Laval décéda, la chapelle,&#13;
détruite dans l’incendie de 1701, n’avait pas encore été reconstruite. Il fut donc&#13;
décidé que la dépouille serait inhumée dans la crypte de la cathédrale.&#13;
Nous reproduisons ici l’acte officiel de cette sépulture, qui est conservé aux&#13;
Archives de la paroisse Notre-Dame de Québec.&#13;
&#13;
Le 9e mai 1708 a été inhumé devant le grand autel de cette église cathédrale&#13;
et paroissiale Mgr François de Laval, premier évêque de Québec et de toute&#13;
la Nouvelle-France, étant décédé le 6e de ce mois, âgé de 86 510 ans, ayant&#13;
reçu tous les sacrements de l’Église avec un plein jugement et une dévotion&#13;
édifiante. Son corps a été porté processionnellement dans toutes les églises&#13;
de la haute-ville pour satisfaire le désir des personnes de piété qui l’avaient&#13;
ainsi demandé. Son convoi et son service a été accompagné d’une foule&#13;
&#13;
510&#13;
&#13;
NDLR : Mort durant sa 86e année, soit à 85 ans.&#13;
- 1032 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LIX&#13;
&#13;
extraordinaire de peuple. Sa première oraison funèbre a été faite le même&#13;
jour par M. de Glandelet, vicaire général et doyen de ladite cathédrale, qui&#13;
a fait aussi son service et son enterrement en présence de M. Jacques&#13;
Raudot, intendant de ce pays, du sieur François Hazeur, conseiller, etc. Ce&#13;
que je soussigné, curé de Québec, certifie véritable.&#13;
Doc. LIX. Inscription sur le cercueil de Laval (mai 1708)&#13;
&#13;
Doc. LIX&#13;
Inscription sur le cercueil du Serviteur de Dieu, mai 1708, d’après l’original&#13;
conservé au Centre d’animation François-De Laval&#13;
Traduction de l’original latin&#13;
Nous reproduisons ici le texte de l’inscription funèbre gravée sur le cercueil de&#13;
plomb dans lequel fut déposée la dépouille du Serviteur de Dieu. Le cercueil fut&#13;
extrait de la crypte de la cathédrale de Québec en 1887, à l’occasion de la&#13;
reconnaissance des restes du Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
Au Seigneur Très Grand.&#13;
Ici repose François de Laval,&#13;
premier évêque de Québec.&#13;
Il mourut le 6 mai de l’an du salut 1708,&#13;
en sa 86e année,&#13;
de sa consécration la 50e.&#13;
Qu’il repose en paix.&#13;
&#13;
- 1033 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Introduction aux Docs. LX&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LX&#13;
&#13;
Trois 511&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LX&#13;
oraisons funèbres du Serviteur de Dieu, 1708&#13;
&#13;
Naturellement, à la mort du Serviteur de Dieu, plusieurs oraisons funèbres furent&#13;
prononcés. Le texte de trois d’entre eux nous est parvenu, du moins en partie.&#13;
Le 1er est celui qui fut donné à la cathédrale de Québec le 9 mai 1708, en présence&#13;
de la dépouille, par l’abbé de Glandelet, vicaire général et doyen du chapitre. Il&#13;
s’agit d’un discours émouvant, bien que bref, dans lequel il annonce que l’oraison&#13;
funèbre officiel serait donné lors du 30e jour du décès. Il s’agit du 2e texte, livré&#13;
par l’abbé de La Colombière, vicaire général, durant la cérémonie solennelle du&#13;
6 juin 1708, à la cathédrale de Québec. Le 3e fut tenu à Montréal en juin 1708,&#13;
probablement aussi lors du 30e jour, par l’abbé de Belmont, supérieur du&#13;
Séminaire de Saint-Sulpice (Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris,&#13;
Documents pour servir à l’histoire de l’Église du Canada, vol. 1, Écrits divers&#13;
sur Mgr de Laval, fos 17-23).&#13;
Les éloges funèbres ont une valeur très relative, puisque les aspects positifs de la&#13;
vie du défunt sont généralement amplifiés et que les aspects négatifs sont, au&#13;
contraire, passés sous silence. Ce serait cependant une erreur de rejeter a priori&#13;
toute oraison funèbre ou de considérer ces informations comme suspectes, car&#13;
lorsqu’il s’agit d’une personne qui était bien connue de l’auditoire, qui peut&#13;
confirmer ou infirmer les faits énoncés, peut-on vraiment douter de leur véracité ?&#13;
De même, lorsque l’orateur exalte certains traits de la personnalité du défunt&#13;
comme étant ses plus significatifs et qu’il en appelle le public comme témoin,&#13;
comment ne pas croire qu’il s’agissait bel et bien des traits que ses contemporains&#13;
reconnaissaient le plus en lui ? C’est en ce sens que même l’historien le plus&#13;
sévère peut trouver des faits assurés dans les éloges funèbres.&#13;
C’est pourquoi nous croyons utile de les reproduire, à l’exception du 3e, celui de&#13;
Montréal, où l’auteur fait plus appel aux sentiments qu’aux faits. Nous n’avons&#13;
que le début du 1er, qui est tout de même intéressant, parce qu’il nous met en&#13;
contact direct avec la cérémonie de la déposition de la dépouille et qu’elle nous&#13;
confirme la participation extraordinaire du peuple. Le 2e, celui de l’abbé de&#13;
La Colombière, est un vrai éloge funèbre, ayant pour but d’évoquer la figure&#13;
complète du défunt. Dans le style oratoire du temps, c’est un ensemble d’allusions&#13;
bibliques qui, pour l’initié, deviennent précieuses. Il comprend aussi toute une&#13;
série de faits illustrés et certifiés. C’est pour cela qu’on a toujours eu recours à ce&#13;
document dans les précédentes Positios.&#13;
Notons aussi que les abbés de Glandelet et de La Colombière étaient reconnus&#13;
comme étant des personnes absolument honnêtes. On peut le déduire par les&#13;
charges qu’ils ont remplies. Le 1er était venu au Canada en 1667. Il était un&#13;
théologien et le doyen du chapitre, supérieur et confesseur des Ursulines,&#13;
supérieur du Séminaire et vicaire général. Le 2e, frère du bienheureux Claude&#13;
de La Colombière, vivant au Canada depuis 1692, avait immédiatement été&#13;
nommé chanoine et archidiacre de la cathédrale et en même temps vicaire général.&#13;
&#13;
511&#13;
&#13;
NDLR : Nous avons choisi d’inclure le 3e éloge funèbre dans cette section.&#13;
- 1034 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-1&#13;
&#13;
DOC. LX-1. ORAISON FUNÈBRE DE LAVAL PAR GLANDELET (9 MAI 1708)&#13;
&#13;
Doc. LX-1&#13;
Oraison funèbre du Serviteur de Dieu prononcée par l’abbé de Glandelet le&#13;
9 mai 1708, d’après une copie contemporaine conservée aux Archives du&#13;
Séminaire Saint-Sulpice de Paris, vol. 1, fo 26&#13;
&#13;
Prélude ou avant-propos à la louange de Mgr l’ancien et premier évêque de&#13;
Canada, prononcé à la cathédrale de Québec, mercredi matin 9e mai 1708&#13;
le jour de son inhumation, qui se fit le 4e jour après son décès, arrivé le&#13;
6e mai, un dimanche octave de la fête de la Sainte-Famille,&#13;
entre 8 et 9 heures du matin&#13;
&#13;
Je sais, Messieurs, que ce serait frustrer vos attentes si je ne vous disais&#13;
aujourd’hui quelque chose à la gloire du très illustre, très vertueux et très&#13;
digne prélat, Mgr François de Laval, premier évêque de la Nouvelle-France,&#13;
notre ancien pasteur et notre très bon père, dont le corps est ici exposé à vos&#13;
yeux.&#13;
Je vois avec une grande consolation que la mort, qui nous fait regretter à&#13;
tous la perte que nous en faisons, a réveillé dans vous les sentiments de&#13;
cette estime, de cette vénération et de cette affection sincère que vous avez&#13;
toujours conservée pour sa personne et qu’une retraite de plus de 23 ans 512,&#13;
pendant lesquels il a survécu à sa démission, n’a pu enlever de vos esprits&#13;
et de vos cœurs. Ce concours nombreux de personnes de tous les états, de&#13;
tous les ordres, de toutes les professions, qui sont venues rendre leurs&#13;
devoirs à cet illustre défunt avec des marques d’honneur, de respect, de&#13;
piété et de religion tout à fait distinguées et extraordinaires et qui se&#13;
réunissent avec tant de zèle en ce jour pour honorer ses obsèques, ce&#13;
concours, dis-je, si universel, si religieux et si solennel, publie hautement la&#13;
réputation qu’il s’est acquise parmi vous d’un saint évêque, qui était plein&#13;
de vertus et de mérites, aussi bien que de joie [illisible], d’un pasteur&#13;
vigilant et zélé, qui aimait tendrement son troupeau et d’un père très&#13;
512&#13;
NDLR : Bien qu’il ait remis sa démission au roi en 1684, elle ne fut officiellement acceptée&#13;
qu’en 1688, lui donnant une retraite de 20 ans.&#13;
&#13;
- 1035 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-1&#13;
&#13;
affectionné, qui n’a rien omis pour donner à cette Église et à cette colonie,&#13;
l’être et la forme où nous voyons aujourd’hui l’un et l’autre. Ce sont,&#13;
Messieurs, les témoignages glorieux que vous avez très souvent rendus à la&#13;
justice et à la vérité en faveur de cet insigne prélat et qu’on vous a ouïs plus&#13;
particulièrement renouveler depuis son décès.&#13;
Après cela, ne semble-t-il pas inutile de monter en chaire pour faire l’éloge&#13;
funèbre et le panégyrique de Mgr notre premier et ancien évêque, puisque&#13;
vous faites vous-mêmes l’un et l’autre d’une manière qui est si glorieuse à&#13;
sa mémoire.&#13;
C’est un devoir néanmoins qu’on ne peut se dispenser de rendre aux&#13;
personnes de son rang, de son caractère et de son mérite et l’on attend bien,&#13;
conformément à ce qui est en usage ailleurs, d’y satisfaire dans un mois&#13;
d’ici, lorsqu’on fera le service du 30e jour après son décès.&#13;
C’est où je vous renvoie, me contentant de vous tracer un plan des vertus&#13;
qui me paraissent avoir été l’âme de la conduite de Mgr notre ancien évêque,&#13;
qui ont fait son caractère propre et particulier et qui serviront à autoriser et&#13;
même à relever l’idée que vous vous êtes faite de son grand mérite.&#13;
&#13;
- 1036 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
DOC. LX-2. ORAISON FUNÈBRE DE LAVAL PAR LA COLOMBIÈRE (6 JUIN 1708)&#13;
&#13;
Doc. LX-2&#13;
Oraison funèbre du Serviteur de Dieu prononcée par l’abbé de La&#13;
Colombière le 6 juin 1708, d’après une copie conservée au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 63, no 8&#13;
« Egredere de terra tua et de cognatione tua et de domo patris tui et veni in terram&#13;
quam monstrabo tibi. Sortez de votre parenté et de la maison de votre père et&#13;
venez dans la terre que je vous montrerai513 ». C’est ce qui fut dit autrefois&#13;
à Abraham, au chapitre 12 de la Genèse.&#13;
Oh ! que Dieu est bon dans la conduite qu’il tient à l’égard de ceux qui ont&#13;
un cœur et droit et sincère et qui marchent dans les voies de la vérité et de&#13;
la justice, s’écrie le prophète-roi avec étonnement.&#13;
L’apôtre nous enseigne que tout tourne, tout conspire, que tout contribue&#13;
au salut et au bonheur des fidèles qui aiment Dieu et qui sont appelés selon&#13;
son décret éternel pour être des saints. La foi ne nous permet pas de douter&#13;
que les yeux de la Providence sont perpétuellement et favorablement&#13;
ouverts sur tous les élus. Il n’y en a pas un à qui elle n’ait préparé un&#13;
enchaînement de grâces avec lesquelles il parvient infailliblement à la&#13;
gloire. Mais nous devons être persuadés par la foi, par l’histoire sainte et&#13;
par notre propre expérience qu’il y a de certains prédestinés dont Dieu veut&#13;
se servir pour l’exécution de si grandes choses et dont la vocation est&#13;
accompagnée de grâces si spéciales et de dons si excellents qu’il semble que&#13;
le ciel soit uniquement appliqué à les sanctifier et qu’il prenne plaisir à&#13;
s’épuiser en leur faveur. Tel fut autrefois Abraham, que les apôtres et les&#13;
pères ont tant exalté et que le Saint-Esprit, qui en a voulu être l’historien et&#13;
le panégyriste, a dit avoir été élevé à une gloire que nul n’a égalée.&#13;
Tel a été Mgr l’illustrissime et révérendissime François de Laval, ci-devant&#13;
premier et puis ancien évêque de la Nouvelle-France, dont la vie a été un&#13;
tissu d’actions si saintes et si héroïques qu’en nous laissant embaumés de&#13;
513&#13;
NDLR : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te&#13;
montrerai. » (Genèse 12:1)&#13;
&#13;
- 1037 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
l’odeur de ses vertus, il nous a mis dans l’impuissance de faire connaître&#13;
l’étendue de son mérite. Ce n’est pas dans l’espérance de remplir ce sujet&#13;
que j’entreprends de le traiter ; c’est seulement pour éviter l’ingratitude et&#13;
me mettre à couvert des justes reproches qu’on aurait sujet de me faire si&#13;
j’avais refusé de parler dans une occasion où la matière est si belle et si&#13;
propre à édifier qu’elle n’a besoin ni d’être ornée pour plaire ni d’être&#13;
épuisée pour donner de l’émulation.&#13;
Il y avait déjà quelques années qu’Abraham, souple et obéissant à la voix&#13;
du Très-Haut, était sorti de la ville d’Ur avec son père Tharé pour venir en&#13;
celle d’Aram. Son père était déjà mort dans cette dernière, lorsque Dieu, qui&#13;
avait jeté les yeux sur ce patriarche pour en faire la tige et le chef du peuple&#13;
choisi et de la nation sainte, apparut à lui pour la seconde fois et lui ordonna&#13;
de sortir de son pays, de sa parenté et de la maison de son père pour venir&#13;
dans la terre qu’il promit de lui montrer. Cet ordre fut exécuté avec toute la&#13;
promptitude et la fidélité dont était capable l’homme le plus juste qui était&#13;
sur la terre et qui devait devenir le père du Messie.&#13;
Il y avait déjà quelques années que le prélat dont nous honorons la&#13;
mémoire, par une inspiration secrète, s’était défait de son archidiaconé&#13;
d’Évreux pour venir dans la ville de Caen, où il menait une vie retirée,&#13;
lorsque Dieu, qui le destinait pour être le premier évêque de la NouvelleFrance, lui ordonna par l’organe de ceux qui le conduisaient de passer dans&#13;
ce continent. Cet ordre fut exécuté avec une fidélité qui mérite d’autant plus&#13;
notre attention qu’elle a été la source du bonheur du Canada et de la&#13;
sanctification de son premier pontife.&#13;
S’il est vrai, comme on n’en saurait douter, que la grandeur et l’élévation&#13;
des hommes auprès de Dieu ne consistent qu’à lui obéir, rien n’est plus&#13;
avantageux au mort que nous pleurons que de mesurer son mérite sur le&#13;
pied de l’obéissance ; car il ne paraît pas qu’il ait mis aucune borne à la&#13;
manière dont il l’a exercée. Pour obéir à la voix de Dieu, il a quitté un des&#13;
climats des plus doux et des plus tempérés, le royaume du monde le plus&#13;
florissant et le plus poli, où sa vertu était connue, où on était disposé à la&#13;
- 1038 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
couronner, pour venir dans un des climats des plus rudes et des plus&#13;
incommodes, dans un pays dont les habitants n’étaient connus que par leur&#13;
barbarie, où il y avait des travaux immenses à essuyer et des occasions de&#13;
souffrir sans nombre. Il a préféré, comme Moïse, l’honneur de participer&#13;
aux souffrances de Jésus-Christ et aux afflictions de son peuple [qu’]aux&#13;
délices et aux richesses de la Cour du monarque, qui est autant au-dessus&#13;
de pharaon par sa magnificence que par sa piété et son attachement à Dieu.&#13;
C’est ainsi qu’il a commencé à signaler sa soumission. Pour accomplir les&#13;
desseins de Dieu, il a vécu dans une entière séparation de son illustre&#13;
parenté, dans un parfait oubli de sa maison, qui est une des plus grandes&#13;
du royaume, et dans l’exercice du zèle et de la pauvreté apostoliques. C’est&#13;
par là que son obéissance a été consommée.&#13;
Voilà les deux points où, pour ménager votre patience et mes forces, j’ai cru&#13;
devoir réduire la matière de cet éloge et faire aboutir les louanges, dont il&#13;
aurait été difficile de trouver le bout.&#13;
I&#13;
Dieu, dont les desseins ne [sont] que justice et que miséricorde, parmi un&#13;
nombre de serviteurs qu’il avait dans le siècle passé dans l’Église gallicane,&#13;
avait choisi de toute éternité François de Laval pour établir la hiérarchie 514&#13;
dans la Nouvelle-France. Pour conduire ce dessein avec la force et la&#13;
douceur qu’il a accoutumé de disposer de toutes choses, [il] lui inspira dès&#13;
ses tendres années de venir au Canada 515. Cette pensée, capable d’effrayer&#13;
un homme intrépide et une âme consommée dans la vertu, vint dans l’esprit&#13;
de l’abbé de Montigny, qui n’était pour ainsi dire qu’un enfant. Il était&#13;
cependant dès lors chanoine d’Évreux. On regardait dans le monde ce&#13;
canonicat comme un degré pour monter sur un des trônes des deux évêques&#13;
dont il était le neveu516 ou pour parvenir à une dignité encore plus éclatante&#13;
NDLR : C’est-à-dire, l’Église catholique.&#13;
Au sujet du développement de la vocation missionnaire du Serviteur de Dieu, voir G.-É. Demers,&#13;
« La vocation missionnaire de Mgr de Laval », La Nouvelle Abeille, vol. 2 (1937), p. 184-186 ; 200201.&#13;
516&#13;
Selon Gosselin, Le vénérable François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec,&#13;
2e édition, Québec, 1923, p. 9, ce serait les deux oncles maternels du Serviteur de Dieu, les évêques&#13;
514&#13;
515&#13;
&#13;
- 1039 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
et plus convenable à sa naissance. Ses pensées étaient aussi éloignées de&#13;
celles du monde que le ciel l’est de la terre. Dans un âge où les mieux&#13;
intentionnés croient pouvoir raisonnablement se dispenser du travail, celuici eut la vue de venir travailler à la conversion des Sauvages* et, loin de la&#13;
rebuter, il la reçut avec action de grâces et n’omit rien de ce qui pouvait lui&#13;
attirer les secours nécessaires pour l’accomplir. Son projet, sans être connu,&#13;
fut traversé par un de ses oncles. Le parent, plein d’affection pour la maison&#13;
de Montigny, dont l’abbé était l’aîné 517, et ne prévoyant pas tout le bien qu’il&#13;
devait faire dans la maison de Dieu, l’obligea malgré sa répugnance de&#13;
rentrer dans le siècle. Il crut que si son neveu s’établissait dans le monde,&#13;
l’Église ne manquerait pas de bons sujets et que s’il ne le faisait pas, sa&#13;
maison manquerait d’appui, parce qu’il était le seul qu’il jugeait capable de&#13;
la soutenir. Le ciel aimait trop l’oncle et le neveu pour les laisser dans une&#13;
disposition si opposée à ses desseins. La mort se présenta bientôt à celui-là&#13;
d’une manière assez lente pour lui donner loisir de réfléchir à la violence&#13;
qu’il avait faite à celui-ci. Il lui en témoigna du repentir et il fut contraint de&#13;
le prier de rentrer dans l’état ecclésiastique et de suivre la voix de Dieu qui&#13;
l’appelait au sacerdoce 518.&#13;
Il ne perd pas un moment de temps. Il prend l’ordre de la prêtrise à l’âge&#13;
de 24 ans et un jour et fut presque en même temps pourvu du grandarchidiaconé d’Évreux. L’exactitude de ses visites, la réforme des curés, le&#13;
bon ordre qu’il établit dans leurs paroisses, le soulagement des pauvres, son&#13;
application à toutes les espèces de biens, dont aucune ne lui échappait, tout&#13;
cela fit bien voir que sans être évêque, il en avait l’esprit et le mérite et qu’il&#13;
n’y avait point de service que l’Église ne dût attendre d’un si grand sujet.&#13;
Lui seul, croyant le contraire, songeait à la retraite comme l’unique moyen&#13;
d’acquérir les vertus qu’il ne pensait pas avoir. Plein d’amour pour la&#13;
solitude, il se défait de son archidiaconé. Mais en faveur de qui pensez-vous&#13;
qu’il se dépouilla de son bénéfice ? La chair ni le sang n’eurent point de part&#13;
d’Avranches et d’Évreux. En effet, à cette époque, les évêques de ces deux diocèses provenaient de&#13;
la famille de Péricard : le premier François de Péricard fut évêque d’Avranches de 1588 à 1639 et&#13;
le second François de Péricard fut évêque d’Évreux de 1613 à 1646 (cf. GAMS, Series Episcoporum,&#13;
Ratisbonae, 1873, p. 506 et 550).&#13;
517&#13;
NDLR : Il devint l’aîné de la famille après la mort de ses deux frères en 1644 et 1645.&#13;
518&#13;
À ce sujet, voir Doc LIX-1.&#13;
- 1040 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
à cette déposition. Bien loin de jeter les yeux sur quelqu’un qui le sollicitât&#13;
ou qui lui eût été recommandé, il choisit un homme de grâce qui en ce&#13;
temps-là n’était connu que de Dieu et d’un petit nombre de ses amis, mais&#13;
dont la sainteté a depuis fait un des ornements du clergé de France. Ce fut&#13;
l’humble, le pauvre, le chaste, le zélé M. Boudon, qui de nos jours a fait voir&#13;
dans sa personne la pureté de saint Jean jointe à la prédication de saint Paul.&#13;
Ce fut là l’Élisée que notre Élie prit pour son successeur. Après quoi, il fut&#13;
transporté dans le paradis terrestre de M. [Jean] de Bernières. C’est ainsi&#13;
qu’on appelle et qu’on doit appeler ce fameux Ermitage de Caen, où&#13;
l’auteur séraphique du Chrétien intérieur changeait en anges tous ceux qui&#13;
avaient le bonheur d’être les compagnons de sa solitude et de ses exercices&#13;
spirituels. Ce fut là que, pendant quatre ans, le fervent abbé puisa les eaux&#13;
vives et abondantes de la grâce, dont cette région a été depuis&#13;
heureusement arrosée. Dans ce céleste séjour, ses occupations ordinaires&#13;
étaient la prière, la mortification, l’instruction des pauvres, les conférences,&#13;
les lectures spirituelles ; ses récréations étaient de travailler dans l’hôpital,&#13;
servir les pauvres, faire leurs lits, les assister dans les besoins les plus&#13;
rebutants, aider à panser leurs plaies, mettre dans sa bouche des épingles&#13;
pleines de pus qui en sortait.&#13;
Mais quoique dans cette solitude il vécût en homme parfaitement mort au&#13;
monde, la ville de Caen ne laissa pas de sentir les doux effets du commerce&#13;
qu’il avait avec le ciel. Sous prétexte de régler l’Hôtel-Dieu de cette ville, on&#13;
voulait s’emparer de son bien. Ces filles généreuses, non contentes de s’être&#13;
consacrées au service des pauvres par des vœux solennels, tâchaient de&#13;
grossir leur revenu par leurs épargnes, lorsqu’on entreprit de leur en ôter&#13;
le maniement. Ce dessein était d’autant plus dangereux qu’il paraissait&#13;
formé pour le bien public et qu’on avait rendu suspecte à la cour&#13;
l’administration des Hospitalières. Des princes même, prévenus contre&#13;
elles, se déclaraient en faveur de leur partie et ôtaient aux gens de bien le&#13;
courage et l’envie de soutenir la bonne cause des servantes de Dieu&#13;
calomniées et opprimées. Un hôpital sur le point d’être renversé, des&#13;
difficultés sans nombre à surmonter, il n’en fallait pas davantage pour&#13;
piquer le zèle de l’abbé de Montigny. Il sort de son désert comme un autre&#13;
- 1041 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
Élie pour faire tête aux faux prêtres de Baal. Il va à la Cour porter le&#13;
flambeau dans la nuit de l’intrigue ; il tire le rideau ; il découvre l’intérêt&#13;
sordide de la cabale et désabuse les princes et dessille les yeux aux&#13;
magistrats et, après avoir percé et dissipé les ténèbres dont cette affaire avait&#13;
été malicieusement enveloppée, il ramène le jour et le calme dans l’hôpital&#13;
de Caen ; il rend la vie aux membres affligés de Jésus-Christ et aux épouses,&#13;
la liberté de les secourir.&#13;
Cette victoire gagnée, il se présente bientôt un autre ennemi. Le&#13;
dérèglement s’était mis dans une maison de religieux de la même ville ;&#13;
hélas ! où ne se met-il pas ? Grâce à l’abbé de Montigny et aux bénédictions&#13;
qu’il a plu au ciel de verser sur ses travaux, la ferveur y est aujourd’hui. Il&#13;
n’y a que Dieu qui connaisse les peines que coûtent ces sortes de travaux et&#13;
d’entreprises et la force dont il faut qu’il revête ceux qui les font. Que de&#13;
prudence pour découvrir la véritable source du mal, que de courage, que&#13;
de force pour y remédier ! On craint, en voulant arrêter le désordre, de&#13;
l’augmenter. On doute si le bien qu’on veut faire sera aussi grand que le&#13;
mal qui peut en revenir. À la vérité, les laïcs, gens de bien, voyant la licence&#13;
jusque dans le sanctuaire, s’en humilient ; la chute des cèdres fait trembler&#13;
les arbrisseaux. Mais les faibles s’en scandalisent et les libertins prennent&#13;
occasion de s’autoriser dans leur libertinage. Que de mesure, que de&#13;
ménagement, que de circonspection, pour naviguer parmi tant d’écueils&#13;
sans s’échouer ! C’est pourtant ce que fit notre illustre abbé. Il employa avec&#13;
tant de sagesse et d’efficace l’autorité ecclésiastique qui l’avait commis pour&#13;
informer et sut si bien intéresser la séculière que d’une maison de trouble&#13;
et de dissension et de quelque chose de pire, il en fit une maison de paix et&#13;
de piété et d’édification, ouvrage pour lequel il sera éternellement&#13;
récompensé dans le ciel, tandis que le saint fondateur de la maison où il a&#13;
établi la réforme aura des enfants qui lui ressembleront et qui auront une&#13;
portion de son zèle.&#13;
Ne vous lassez point en travaillant, ô incomparable athlète de la charité ! Ce&#13;
ne sont là que des coups d’essai pour votre courage. La Providence vous&#13;
prépare un champ plus digne de votre grand cœur. On cherche un sujet&#13;
- 1042 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
pour fonder une Église dans une contrée si vaste que depuis 200 ans qu’on&#13;
l’a découverte, on n’en a pu découvrir les limites ; si froide qu’on n’y&#13;
connaît presque point d’autre saison que l’hiver ; si inculte que jusqu’à&#13;
présent, elle n’a produit que des arbres stériles ; un sujet également propre&#13;
à disposer, à conduire, à former un troupeau, à paître des agneaux et des&#13;
brebis, à changer des bêtes féroces en brebis et en agneaux ; enfin, un sujet&#13;
déterminé à travailler sans relâche à la conversion d’une espèce d’hommes&#13;
qui, à la figure près, n’ont presque rien des autres hommes et qui&#13;
n’entendront la voix de leur pasteur que par l’organe d’un petit nombre de&#13;
missionnaires qui courent après dans les bois comme après des ours, au&#13;
péril même d’en être dévorés.&#13;
Ce sujet ne [se] trouve pas à la Cour ni, parmi les amants intéressés, qui&#13;
courent après les bagues et les joyaux des époux. Il faut qu’il soit élevé dans&#13;
le désert, comme un autre saint Jean-Baptiste, fait à la fatigue comme lui,&#13;
sans ambition, sans délicatesse, sans respect, prêchant lui-même la&#13;
pénitence plus par ses actions que par ses paroles, uniquement occupé du&#13;
soin de préparer les voies du Seigneur et de trouver le moyen de planter la&#13;
croix dans toutes les parties septentrionales de ce Nouveau Monde. À la&#13;
vérité, il n’y a point de mitre en France qui ne puisse tomber sur votre tête ;&#13;
mais il n’y en a point qui convienne mieux à votre vertu que celle-ci, qui&#13;
réponde plus justement à votre vocation. Votre attrait est pour la solitude ;&#13;
vous ne la perdrez point, vous ne ferez qu’en changer et si l’horreur des&#13;
déserts en fait le prix, assurez-vous que ceux qu’on vous offre sont&#13;
incomparablement plus beaux que celui que vous quittez.&#13;
L’abbé de Montigny n’eut point de peine de venir en Canada ; mais il en eut&#13;
d’y venir comme évêque 519. Pour l’y faire consentir, il fallut avoir tout&#13;
Selon nous, l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du&#13;
Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 1, p. 106-107) se trompe lorsqu’il met en doute cette&#13;
assertion de l’abbé de La Colombière que le jeune François de Laval se serait difficilement résolu à&#13;
accepter la consécration épiscopale. En effet, cette affirmation est pleinement corroborée par&#13;
d’autres documents de l’époque (cf. Doc. LXV ; La Tour, Mémoires sur M. de Laval (Doc. LXIX)&#13;
et elle est expressément confirmée par une lettre du Serviteur de Dieu lui-même à la Sacrée&#13;
congrégation de la propagande, datée de 1672, où on lit : « Je n’ai jamais désiré l’épiscopat et,&#13;
conscient de ma faiblesse, je l’ai accepté à contrecœur. » (Doc. XXIII-33) De plus, l’attitude de&#13;
519&#13;
&#13;
- 1043 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
l’ascendant qu’avait M. de Bernières sur son esprit et y joindre, comme il&#13;
fit, l’autorité de la direction. Cette mitre, tout épineuse qu’elle était, ne fut&#13;
pas donnée gratuitement. Elle lui coûta des combats. Il paya chèrement les&#13;
croix dont elle était semée. À peine eut-il reçu les bulles de vicaire&#13;
apostolique de la Nouvelle-France sous le nom d’évêque de Pétrée qu’on&#13;
forma des oppositions à son sacre. Un autre moins passionné pour les&#13;
souffrances aurait été ravi dans cet obstacle ; mais il le surmonta par son&#13;
habileté et sa constance. Il fut sacré dans l’église de Saint-Germain-des-Prés&#13;
par le nonce de Sa Sainteté le jour de l’Immaculée Conception. Il choisit ce&#13;
jour par une confiance particulière qu’il avait en la Mère de Dieu, conçue&#13;
sans tache, car en fait de dévotion à la Sainte Vierge, c’était un Anselme, un&#13;
Ildefonse. Jamais prélat n’a eu plus de soin de faire honorer cette reine des&#13;
anges dans son diocèse et d’inspirer son amour à ses diocésains.&#13;
« La grâce du Saint-Esprit ne souffre point de délai ni de remise », dit saint&#13;
Ambroise. Un évêque qui en est plein n’attend que l’occasion favorable&#13;
pour exécuter ce que le Saint-Esprit lui inspire. Dès l’année suivante, il&#13;
s’expose à une navigation périlleuse pour venir reconnaître son troupeau.&#13;
Pour le délasser des fatigues et des incommodités de son voyage, à son&#13;
arrivée, on lui dispute la juridiction.&#13;
Il faut combattre et vaincre de nouveau en entrant dans cette terre promise.&#13;
Consolez-vous, illustre amant de Jésus-Christ, rien ne vous empêchera&#13;
désormais de lui tenir compagnie sur le calvaire ! Ne vous attendez pas de&#13;
trouver vos brebis ramassées dans des villes, des villages ou des hameaux ;&#13;
elles sont éparses çà et là, éloignées les unes des autres, logées dans des&#13;
cabanes, destituées de tout, excepté de misères temporelles et spirituelles&#13;
dont elles regorgent, quoiqu’elles soient en petit nombre. Avant qu’elles&#13;
aient toutes la consolation de voir leur pasteur et lui celle de les consoler, il&#13;
faudra qu’il fasse de longues courses, mal couché, mal nourri, marchant&#13;
&#13;
l’abbé de Laval face à sa nomination comme évêque, décrite dans cette lettre, correspond&#13;
exactement à l’état d’âme qui lui est attribué dans les documents susmentionnés. Nous savons en&#13;
effet que, contrairement à l’usage de l’époque, il ne fit aucune démarche pour assurer sa nomination,&#13;
à un point tel que le représentant du roi Louis XIV auprès du Saint-Siège, M. de Gueffier, s’en&#13;
préoccupât et s’en émerveillât (Docs. XI).&#13;
- 1044 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
avec des raquettes aux pieds sur les neiges, tantôt montant, tantôt&#13;
descendant par des chemins impraticables. Ce fut là l’exercice de notre&#13;
nouvel évêque pendant les trois premières années de son épiscopat, où&#13;
joignant les bénédictions temporelles aux spirituelles, il distribua par ses&#13;
mains ou par les mains d’autrui, secrètement, 10 000 écus à ses ouailles.&#13;
Cette libéralité, qui paraît excessive, diminua l’indigence, mais elle ne fut&#13;
pas suffisante pour la faire cesser. Le Canada était pour lors entre les mains&#13;
d’une compagnie ni assez puissante pour le soutenir ni assez désintéressée&#13;
pour l’abandonner. Dans cette situation le Canada ne faisait que languir. Il&#13;
y avait près de deux siècles que les fleurs de lis avaient été arborées sur cette&#13;
terre et cette terre ne possédait rien. Elle portait le nom de Nouvelle-France&#13;
et il n’y avait qu’une poignée de gens de l’ancienne ; point d’évêque&#13;
titulaire, point de séminaire, point d’intendant, point de conseil. Le&#13;
gouverneur n’ayant que de médiocres appointements proportionnés aux&#13;
vues de la Compagnie, qui étant fort bornée, n’entreprenait rien de&#13;
considérable pour le pays ; c’était un corps informe et sans âme qui n’avait&#13;
que le commencement de l’être et qui attendait une main secourable pour&#13;
lui en donner la perfection. À qui était réservée cette fonction si noble, si&#13;
pénible et si importante ? À cet Abraham que Dieu n’a tiré de l’ancienne&#13;
France que pour procurer auprès du fils aîné de l’Église le solide&#13;
établissement de la nouvelle, afin qu’il acquît par ses travaux les titres de&#13;
père et de bienfaiteur du Canada : « Faciam [te] in gentem magnam 520. » Allez,&#13;
ange tutélaire de la Nouvelle-France, allez au-delà des mers ménager ses&#13;
intérêts, représenter ses besoins, donner des ouvertures pour y remédier.&#13;
Dieu bénira tout ce que vous entreprendrez en sa faveur et votre nom sera&#13;
célèbre à jamais dans ce Nouveau Monde : « Benedicam tibi et exaltabo nomen&#13;
tuum 521. »&#13;
La haute naissance de ce prélat, l’accès que lui donnait son nom auprès du&#13;
roi, l’estime qu’il faisait de sa vertu, l’idée qu’il avait conçue de sa droiture&#13;
et de sa probité, engageaient ce prince à écouter et à suivre ses conseils.&#13;
520&#13;
521&#13;
&#13;
NDLR : « Je ferai aussi une nation [de toi]. » (Genèse 21:13)&#13;
NDLR : « Je te bénirai et rendrai grand ton nom. » (Genèse 12:2)&#13;
- 1045 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
D’un côté, la Compagnie, touchée de ses vives et fortes raisons et comme&#13;
forcée par ses pressantes sollicitations, abandonna un fardeau qui était trop&#13;
pesant pour elle et qui avait perdu déjà beaucoup de son prix entre ses&#13;
mains ; et de l’autre côté, notre grand monarque, persuadé par l’homme de&#13;
Dieu, chargea tout seul, comme un autre Atlas, ce Nouveau Monde sur ses&#13;
épaules et lui communiqua une force sans laquelle il y a longtemps qu’il&#13;
serait expiré. Ce fut à la très humble prière du pasteur que le maître du&#13;
troupeau songea tout de bon à sa conservation et à son accroissement. Ce&#13;
fut sur ses charitables et respectueuses instances qu’il envoya des troupes,&#13;
qu’il augmenta les appointements des gouverneurs, qu’il fit un intendant,&#13;
qu’il créa un Conseil [souverain]. Il voulut que le gouverneur et l’évêque&#13;
nommassent les conseillers. Il donna des patentes pour le Séminaire. En un&#13;
mot, il mit le pays dans sa consistance. Depuis, il n’a pas manqué d’envoyer&#13;
tous les ans un secours considérable, qu’il a souvent redoublé selon les&#13;
besoins et que toute l’Europe conjurée contre lui n’a pu lui faire&#13;
interrompre.&#13;
Mais le chef-d’œuvre de la bonté de notre auguste souverain et celui des&#13;
travaux de notre infatigable prélat, c’est l’érection de l’évêché de Québec.&#13;
Tandis qu’une Église n’a point d’évêque titulaire, sa durée est fort&#13;
incertaine et le siège du prélat qui la gouverne est fort chancelant. Après sa&#13;
mort, on n’est pas assuré d’avoir un prélat ; cela dépend tellement du&#13;
concert et de l’accord de plusieurs personnes et de plusieurs puissances que&#13;
si une seule se dément, il est privé de la consolation d’avoir un chef et tout&#13;
retombe dans la confusion. C’est comme une statue dont la tête ne tient&#13;
point au tronc ; elle peut à tout moment perdre sa forme et sa figure. Mais&#13;
quand il y a un évêque titulaire, le diocèse n’est point sujet à ces&#13;
inconvénients ; l’évêque peut mourir, mais il ne peut pas avoir de&#13;
successeur et en attendant, il reste une certaine puissance qui tient tout dans&#13;
l’ordre. Chacun garde sa place et rien ne se dérange. Les membres du corps&#13;
hiérarchique continuent leurs travaux dans la dépendance du vicaire&#13;
général nommé par le chapitre et quand le nouvel évêque vient, il ne trouve&#13;
que sa place vide et il remplit tout en la remplissant.&#13;
&#13;
- 1046 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
Réjouissez-vous, peuple de Canada ! Votre Église est fondée, dotée par la&#13;
piété et la libéralité de Louis le Grand, le plus grand de nos monarques,&#13;
érigée en évêché par l’autorité du Saint-Siège et par la bulle de Clément X,&#13;
l’un de nos plus grands papes, participe de l’immortalité de la pierre sur&#13;
laquelle elle a été fondée et contre laquelle les portes de l’enfer ne peuvent&#13;
pas prévaloir. Mais n’oubliez jamais les peines et les sueurs que cet ouvrage&#13;
a coûtées à votre premier évêque. Toute autre patience que la sienne aurait&#13;
été épuisée à la poursuite d’un si grand bien. À chaque pas qu’il faisait, il&#13;
trouvait une nouvelle difficulté ; à peine en avait-il surmonté une qu’il s’en&#13;
présentait une plus grande. Il faut traverser une seconde fois l’océan, passer&#13;
quatre années consécutives dans l’amertume de se voir séparé de son cher&#13;
Séminaire, essuyer de fâcheux rebuts, des langueurs infinies, flotter sans&#13;
cesse entre la crainte et l’espérance, se soutenir dans des renversements qui&#13;
paraissaient sans ressource, agir dans ce temps-là avec autant de vigueur&#13;
que si l’on était assuré du succès. Croyez-moi, vous pouvez vous glorifier&#13;
que votre Église a été plantée dans le sang de votre premier pasteur. Ses&#13;
travaux par leur longueur ont égalé, s’ils n’ont pas surpassé, les supplices&#13;
de bien des martyrs. Pour vous, grand prélat, ayant autant de penchant que&#13;
vous en aviez à faire le bien, celui que vous avez fait au Canada vous a&#13;
dédommagé des douceurs de la patrie que vous avez quittée. Ce n’est pas&#13;
tout. Vous avez vécu dans une parfaite séparation de vos illustres parents,&#13;
dans un entier oubli de votre illustre maison, dans l’exercice du zèle et des&#13;
vertus apostoliques. C’est par là que vous avez consommé votre&#13;
obéissance ; c’est par là qu’il faut continuer et achever ce discours.&#13;
II&#13;
La vertu ne consiste point dans la noblesse, car souvent la noblesse est&#13;
destituée de vertu ; mais quand elles sont jointes ensemble l’une et l’autre,&#13;
elles s’entraident et s’embellissent extrêmement. Le Fils de Dieu, qui a vécu&#13;
pauvrement pour nous apprendre à mépriser les pompes du siècle et son&#13;
vain éclat, n’a pas pour cela méprisé l’avantage de la naissance ; au&#13;
contraire, il a cru que naissant fils de David, héritier du sceptre de Juda et&#13;
issu d’une longue suite de glorieux ancêtres, qui composent la plus belle de&#13;
toutes les généalogies, les nobles s’instruiraient par son exemple de l’usage&#13;
- 1047 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
qu’ils doivent faire de leur noblesse et de l’obligation qu’ils ont d’employer&#13;
le courage qu’elle leur inspire à s’humilier, à dompter leurs passions et à les&#13;
soumettre à la sainteté de la croix. Saint Paul avait merveilleusement profité&#13;
de cette instruction, car quoiqu’il fût d’une maison illustre parmi les Juifs et&#13;
qu’outre cette qualité, il eût celle d’être citoyen romain, qualité si vénérée&#13;
que les princes et les rois tenaient à honneur de la posséder, il déclare&#13;
nettement qu’il renonce à toute gloire, excepté à celle qui lui vient de la croix&#13;
de son divin Maître, par qui le monde et lui sont crucifiés l’un à l’autre,&#13;
c’est-à-dire qu’ils s’entrehaïssent également et s’entre-poursuivent avec une&#13;
égale constance. « Absit mihi gloriari nisi in cruce Domini Nostri Iesu Christi&#13;
per quem mundus mihi crucifixus est et ego mundo 522. »&#13;
Nous prions pour un évêque qui dans ce point aussi bien que dans tous les&#13;
autres, était du sentiment de saint Paul. On peut dire à l’avantage de sa&#13;
naissance, sans crainte d’exagérer et sans appréhender de faire tort à&#13;
personne, qu’il n’y avait point de prélat dans l’Église d’une maison plus&#13;
élevée, plus titrée, plus glorieuse ; mais on est obligé de dire, à l’honneur de&#13;
son humilité, qu’il ne fut jamais prélat plus ennemi de la grandeur et de&#13;
l’élévation. Il était Montmorency* ; mais il portait aussi le nom d’une de ses&#13;
aïeules, qui s’appelait Emme de Laval, fille unique et héritière de Guy, 6e de&#13;
ce nom, et épouse de Mathieu de Montmorency, l’un des cinq connétables&#13;
de cette maison ; c’est-à-dire que le sang qui coulait dans ses veines venait&#13;
de deux sources de noblesse si pures, si anciennes et si illustres que, excepté&#13;
les maisons des princes et des souverains où elles sont souvent entrées et&#13;
d’où elles sont souvent sorties pour venir dans celles-ci, il n’y a point de&#13;
maison au monde qui soit au-dessus d’elles et qu’il y en a peu qui ne se fît&#13;
gloire d’être immédiatement au-dessous.&#13;
La maison des Montmorency est plus ancienne dans la monarchie que la&#13;
religion chrétienne. Ce nom était connu, il était même fameux dans les&#13;
Gaules avant qu’on y prêchât Jésus-Christ, peut-être même avant qu’il vînt&#13;
au monde. Cette maison est grande par tant d’endroits et brille depuis si&#13;
522&#13;
NDLR : « Mais pour moi, que la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ reste ma seule fierté. Par&#13;
elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. » (Galates 6:14)&#13;
&#13;
- 1048 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
longtemps que ce ne serait pas un médiocre embarras de vouloir mesurer&#13;
sa grandeur. Mais quoique de toute part elle jette un éclat qui éblouit, elle a&#13;
un caractère de splendeur d’autant plus précieux, qui l’engage à la piété et&#13;
qui doit être respecté jusqu’à la fin des siècles dans tous les lieux éclairés de&#13;
la lumière de l’Évangile : c’est que le premier seigneur, le premier baron&#13;
français qui a embrassé le christianisme, a été un Montmorency, le premier&#13;
baron de l’ancienne France a été un Montmorency ; il est de bon augure&#13;
qu’un Montmorency ait été le premier évêque de la Nouvelle-France. Le&#13;
premier des grands de l’ancienne France qui a écouté la parole du salut et&#13;
ouvert les yeux à la clarté, a été un Montmorency ; un Montmorency a été&#13;
le premier des grands qui dans la nouvelle ait prêché cette parole avec&#13;
l’autorité et la puissance épiscopales et ce qu’il y a de plus grand et de plus&#13;
solide, c’est qu’il l’y a pratiquée d’une manière très touchante et très&#13;
exemplaire.&#13;
Dans l’ancienne France, la maison des Montmorency a été une pépinière de&#13;
généraux d’armée, de maréchaux, d’amiraux, de connétables, de grands&#13;
maîtres et de tous les grands officiers de la Couronne ; non seulement elle&#13;
en a plus fourni à elle seule que bien des plus grandes maisons de France&#13;
en particulier, mais encore que plusieurs ensembles. Un seul Montmorency&#13;
dans la Nouvelle-France non seulement a plus élevé dans sa maison de&#13;
clercs, de lévites, de prêtres et de dignes ministres du Dieu, des armées et&#13;
du roi des Rois, qui l’ont fidèlement servi dans ses armées et qui la serviront&#13;
encore, que bien des prélats les plus zélés en particulier, mais que plusieurs&#13;
prélats des plus saints et des plus réguliers ensemble.&#13;
Les exploits des héros de la maison de Montmorency sont une des plus&#13;
belles parties des annales de l’ancienne France ; une des plus belles parties&#13;
de la nouvelle, ce serait les actes héroïques de charité, d’humilité et de&#13;
religion d’un Montmorency. Les combats qu’ont livrés dans l’Europe les&#13;
Montmorency, les victoires qu’ils y ont gagnées, les conquêtes qu’ils y font&#13;
ou [ont] faites fourniraient plusieurs volumes d’une histoire très belle et très&#13;
remplie ; on ferait un très bel ouvrage et fort complet des victoires qu’a&#13;
remportées sur le péché, sur le monde et sur le démon un Montmorency&#13;
- 1049 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
dans l’Amérique et comme les victoires spirituelles sont beaucoup audessus des temporelles et qu’il n’y a que celles-là qui produisent des fruits&#13;
véritablement immortels et qui, sans figure, soient d’une réelle durée, il&#13;
s’ensuit que le Montmorency du Nouveau Monde, en renonçant aux&#13;
douceurs qu’il pouvait tirer de la grandeur de ses illustres parents et de ses&#13;
glorieux ancêtres, a pris une route qui l’élève au-dessus de tous.&#13;
Ses aïeux ont vaincu les ennemis de l’État, quelquefois même ceux de&#13;
l’Église en les faisant périr par la force de leurs armes ; celui-ci a vaincu les&#13;
ennemis de Dieu en les sauvant par la force de son zèle, dans l’exercice&#13;
duquel il ne s’est jamais relâché. Ses aïeux ont surmonté des chefs, des&#13;
généraux d’armée, qui étaient leurs inférieurs et tout au plus qui les&#13;
égalaient en valeur et en habileté et par leur magnificence, ils ont effacé ce&#13;
qu’il y avait de plus éclatant dans l’Europe ; celui-ci, en méprisant la&#13;
grandeur, en foulant aux pieds l’élévation de sa maison, a triomphé de tous&#13;
les Montmorency et de lui-même par une pauvreté digne du 1er siècle, dont&#13;
il a fidèlement observé les lois jusqu’à la fin de ses jours.&#13;
C’est par ces deux vertus apostoliques qu’il a possédées dans un souverain&#13;
degré, que Dieu lui a donné dès cette vie, le centuple de ce qu’il avait quitté&#13;
en quittant ses parents pour l’amour de lui. Le zèle qu’il a produit en France&#13;
n’était qu’un commencement et une ébauche de celui qui l’a depuis animé&#13;
en Canada. N’ayant pu moi-même qu’ébaucher le premier, comment&#13;
pourrais-je exprimer le second ?&#13;
N’attendez pas de voir ici là de la dureté, de l’amertume, de l’indiscrétion ;&#13;
vous n’y verrez point non plus cette petitesse injurieuse à Dieu, qui donne&#13;
à un feu céleste et divin des bornes plus étroites que n’en aurait un amour&#13;
terrestre et qui, s’attachant à un seul objet, néglige ou condamne tous les&#13;
autres. À la vérité, c’est ici un apôtre ; jamais il n’y eut des désirs plus&#13;
pressants de la gloire du Seigneur et du salut des âmes qu’il a rachetées ;&#13;
jamais on [ne] sentit plus vivement cette sainte envie de convertir les&#13;
pécheurs, de sanctifier les justes, de faire cesser les désordres, de faire&#13;
régner les vertus ; mais comme il avait puisé dans le cœur de Jésus-Christ&#13;
- 1050 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
les flammes dont le sien était embrasé et qu’il avait travaillé longtemps à&#13;
amortir le feu de son tempérament, on voyait dans les saillies les plus&#13;
impétueuses de son zèle un mélange de force et de douceur, de hardiesse&#13;
et de prudence, de sévérité et de compassion, de fermeté et de facilité et une&#13;
latitude de cœur qui lui faisait embrasser toutes les occasions de faire le bien&#13;
qui était à sa portée et de s’appliquer aussi fortement à chacune que s’il&#13;
n’avait jamais connu que celle-là.&#13;
Que n’a-t-il pas fait pour surmonter les obstacles qu’il a trouvés à la&#13;
conversion des Sauvages ? D’un côté, ces pauvres néophytes recevaient la&#13;
vie de la grâce par le ministère des missionnaires et de l’autre, ils recevaient&#13;
la mort de l’âme par un commerce abominable d’eau-de-vie également&#13;
funeste aux vendeurs et acheteurs et qui jusqu’ici a fait amortir presque tous&#13;
les fruits des ouvriers évangéliques. Quelle fut l’indignation de ce Moïse à&#13;
la vue du veau d’or ! Avec quel courage et quelle force il se leva contre cette&#13;
idole ! Que n’a-t-il pas fait pour la détruire et la mettre en cendres ? Il&#13;
employa son autorité de pontife et les censures ecclésiastiques, il a soutenu&#13;
pendant plusieurs années les persécutions des gens de toute sorte d’états&#13;
qui, par intérêt ou par prévention, s’étaient déclarés en faveur de ses&#13;
adversaires. Voyant que son pouvoir et sa patience étaient inutiles, il a été&#13;
au-delà des mers employer le secours et la protection des gens de bien,&#13;
réveiller le zèle des serviteurs de Dieu, réclamer la justice et la piété de notre&#13;
grand monarque. Les infirmités qui l’obligèrent, il y a 23 ans, à se démettre&#13;
de son évêché, n’ont pas pu le faire désister de cette sainte entreprise.&#13;
Ne pouvant plus agir comme évêque, il n’a pas laissé d’agir comme&#13;
particulier avec la même force et vigueur. Enfin, il a eu le bonheur de voir&#13;
avant que de mourir la droiture de ses intentions reconnue et la vérité&#13;
triompher du mensonge et la traite d’eau-de-vie défendue avec autant de&#13;
sévérité et plus d’efficace par Louis le Grand qu’elle n’avait été par le&#13;
premier évêque de Québec.&#13;
&#13;
- 1051 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
Ne croyez pas que ce soit par figure que son zèle a été universel ; nul âge,&#13;
nulle communauté n’a été privé de ses douces influences. Vous savez ce&#13;
qu’il a fait pour l’éducation de la jeunesse pendant le temps de son&#13;
épiscopat et même depuis sa démission, il s’est appliqué à la régler, à la&#13;
corriger et à la former ; il a laissé tout son bien au Séminaire dans la vue&#13;
qu’il entrerait dans ses intentions et qu’il perpétuerait sa bonne volonté à&#13;
élever les enfants dans la piété, lorsque leur esprit commence à s’ouvrir, à&#13;
le remplir d’abord des principes de la religion et y faire entrer le&#13;
christianisme avec les éléments des sciences, les faire croître, à mesure qu’ils&#13;
croissent, en lumière, en âge et en raison. Faire cela dans un pays où la&#13;
plupart des parents ne le sauraient faire, les uns faute de biens, les autres&#13;
faute d’éducation, c’est, si je ne me trompe, pratiquer la charité la plus pure,&#13;
la plus utile et la plus parfaite et par conséquent, donner au zèle toute&#13;
l’étendue dont il est capable, puisque le zèle n’est que la perfection de la&#13;
charité.&#13;
Sa charité n’a pas été moindre à l’égard du sexe. Que n’a-t-il pas fait pour&#13;
le mettre dans la dévotion et dans la retenue qui en font la gloire et&#13;
l’ornement ? C’est pour cela qu’il a établi la [Congrégation de la] SainteFamille et qu’il lui a prescrit des règles qui sont de puissants remparts&#13;
contre la vanité et la corruption du siècle ; c’est pour cela qu’il a fixé et&#13;
autorisé l’établissement des sœurs de la Congrégation dans l’île de&#13;
Montréal ; c’est pour cela que tout enseveli qu’il était dans la solitude et&#13;
enivré de ses charmes, il en est sorti pour se joindre à Mgr de Saint-Vallier,&#13;
son digne successeur, lorsqu’il voulut établir ces mêmes sœurs dans la&#13;
basse-ville de Québec.&#13;
Ne vous souvient-il pas, Messieurs, d’avoir vu ces deux prélats, l’un&#13;
arrivant de France, où il était allé pour le bien de son diocèse, l’autre sortant&#13;
de son désert, où il priait sans cesse pour le bien du même diocèse, entrer&#13;
en communauté de zèle et de travaux, tantôt pour l’établissement de&#13;
l’Hôpital général, tantôt pour celui des Trois-Rivières, une fois pour les&#13;
petites écoles de Québec, une autre fois pour les missions du Mississippi ?&#13;
Il me semble que j’entends ces deux prélats s’entredire l’un à l’autre ce que&#13;
- 1052 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
l’épouse dit à l’époux dans le Cantique : « Veni, dilecte mi, ingrediamur in a&#13;
grimi. Venez, mon bien-aimé, entrons dans le champ 523 » de ce vaste diocèse,&#13;
au service duquel nous nous sommes tous les deux dévoués. Ne pourrionsnous pas trouver quelque ouverture pour percer les ténèbres dans&#13;
lesquelles vivent tant de nations nouvellement découvertes ? N’y aurait-il&#13;
point ici de sujets propres pour aller porter le flambeau de la foi dans ces&#13;
régions si reculées et pour accomplir les desseins de bénédiction que le ciel&#13;
nous inspire pour le salut de ces pauvres gens ? « Commovemur in villis 524. »&#13;
Mais prenons garde qu’en secourant les extrémités du corps, le cœur ne&#13;
demeure abandonné.&#13;
Voyons si dans les paroisses de la colonie française, les âmes sont bien&#13;
nourries, si elles y font quelque progrès dans le christianisme. Établissons&#13;
dans chacune, autant qu’on le pourra, des sœurs de la Congrégation, qui&#13;
travaillent avec succès et avec grâce à l’éducation des petites filles. Ce&#13;
qu’elles font à l’égard du sexe, faisons en sorte que les frères de Montréal 525&#13;
le fassent à l’égard des petits garçons. « Qu’on me laisse aller dans la maison&#13;
de ces frères », disait notre illustre mort ; c’est un ouvrage qui tout&#13;
visiblement a été inspiré de Dieu. « Je mourrai content pourvu qu’en&#13;
mourant je puisse contribuer quelque chose à former ou soutenir cette&#13;
maison. » « Mane surgamus ad vineas, videamus si vinea floruit et flores&#13;
parturiunt fructus 526. » Entrons dans les vignes du Seigneur, dans les&#13;
communautés religieuses ; ne pourrions-nous pas nous prévaloir des fruits&#13;
que produisent la prière et la mortification ? N’y a-t-il point de sujets assez&#13;
mûrs et assez avancés pour être transplantés à l’Hôpital général, qui ne peut&#13;
subsister s’il n’est conduit par des personnes désintéressées et pleines&#13;
d’amour pour les pauvres ? Les religieuses ursulines ne pourraient-elles&#13;
point nous donner un détachement pour la petite ville de Trois-Rivières, où&#13;
il est à craindre que le sexe ne languisse dans l’ignorance et dans l’oisiveté,&#13;
NDLR : « Viens mon bien-aimé, nous sortirons dans les champs. » (Cantique des&#13;
Cantiques 7:12)&#13;
524&#13;
NDLR : « Nous passerons la nuit dans la campagne. » (Cantique des Cantiques 7:12)&#13;
525&#13;
Il s’agit des frères hospitaliers de la Croix et de Saint-Joseph, appelés les frères Charon, du nom&#13;
de leur fondateur.&#13;
526&#13;
NDLR : « Au matin, nous irons dans les vignes, nous verrons si les pampres fleurissent, si le&#13;
bourgeon s’est ouvert, si les grenadiers sont en fleurs. » (Cantique des Cantiques 7:13)&#13;
523&#13;
&#13;
- 1053 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
faute d’exemple et d’instruction ; « tibi dabo ubera mea 527. » Nous sommes&#13;
pour employer nos soins, notre crédit, nos amis et le peu de bien que nous&#13;
avons.&#13;
Tel fut le zèle des deux prélats pour ce pauvre troupeau. La mort nous a&#13;
séparés de l’un pour toujours ; un triste accident nous tient séparés de&#13;
l’autre pour un temps, dont le terme n’est connu que de Dieu. Offrons nos&#13;
vœux pour tous les deux et remarquons que ce qui a donné le dernier lustre&#13;
au zèle de celui que nous avons perdu, c’est la fermeté inébranlable avec&#13;
laquelle il a résisté à tout ce qui s’y est opposé. C’est ici cette ville si bien&#13;
fortifiée qu’elle est imprenable, cette colonne de fer, ce mur d’airain et cet&#13;
homme invincible contre lequel se sont élevés les prêtres, les princes et le&#13;
peuple de Juda et lequel ils n’ont pu vaincre, parce que le Seigneur était&#13;
avec lui.&#13;
La manière hardie et intrépide dont il s’est toujours déclaré pour le bien lui&#13;
a attiré toute sorte de persécutions, mais jamais aucune ne l’a pu faire plier&#13;
contre l’intérêt de Dieu, ni altéré le moins du monde l’amour tendre et&#13;
affectif qu’il a toujours eu pour ses persécuteurs. Toujours prêt à repousser&#13;
leurs coups et toujours prêt à leur faire du bien, il a fait voir qu’il était la&#13;
palme dont il est parlé dans le Cantique des Cantiques, qui monte et qui&#13;
s’élève d’autant plus qu’elle est plus chargée et qui, bien loin de succomber&#13;
sous le pesant fardeau des affaires et des afflictions, en devient plus féconde&#13;
et en porte des fruits plus doux et plus agréables. « Ascendam in palmam et&#13;
apprehendam fructus eius 528. » Méprisé, insulté, outragé sur terre malgré les&#13;
obligations qu’on lui avait et contre l’ordre du souverain, il n’en a jamais&#13;
paru plus faible ni plus irrité. L’oubli de ses bienfaits n’a pas empêché qu’il&#13;
ne les ait redoublés et il ne s’est jamais vengé que par toute sorte de bons&#13;
offices des injures qu’il avait reçues.&#13;
&#13;
527&#13;
528&#13;
&#13;
NDLR : « Là, je t’offrirai mes amours. » (Cantique des Cantiques 7:13)&#13;
NDLR : « Je monterai au palmier, j’en saisirai les fruits. » (Cantique des Cantiques 7:9)&#13;
- 1054 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
On l’a vu dans un vaisseau, où il se comportait en François Xavier, où en&#13;
traitant les matelots et les passagers, il se chargeait de leur vermine et&#13;
respirait le mauvais air et l’infection qu’ils exhalaient, dans un vaisseau où,&#13;
pour soulager les malades, il se défit en leur faveur de tous ses&#13;
rafraîchissements et leur donna jusqu’à son lit, ses couvertures et ses draps&#13;
et, pour administrer les sacrements, il exposait sa vie et celle des personnes&#13;
qui lui étaient les plus chères ; on l’a vu dans ce vaisseau traité avec autant&#13;
d’indignité et de mépris que le dernier des matelots ; on a vu ce prélat, la&#13;
gloire des prélats de son siècle, on l’a vu dans Québec, ville épiscopale de&#13;
son diocèse, affiché, dénoncé au son de tambour comme un criminel de lèsemajesté. La fureur des loups ne lui a jamais fait perdre la douceur d’agneau ;&#13;
mais il a eu le bonheur de changer lui-même en agneaux, par ses prières et&#13;
sa patience, quelques-uns de ceux qui, par leur fureur et emportement,&#13;
paraissaient être des loups. C’est aux apôtres que Dieu a communiqué les&#13;
dons de faire ces métamorphoses. Il ne faut pas s’étonner s’il en a fait part&#13;
à un de leurs successeurs, qui les a imités de fort près, non seulement dans&#13;
leur zèle, mais encore dans leur pauvreté.&#13;
J’ai autant de témoins que d’auditeurs de la vérité de cette proposition. La&#13;
grâce avait tellement pris dans le cœur de ce prélat la place des inclinations&#13;
de la nature corrompue qu’il semblait qu’il fût né avec une telle aversion&#13;
pour les richesses, pour les plaisirs et les honneurs. Si vous avez remarqué&#13;
quels étaient ses habits, ses meubles, quelle était sa table, vous n’ignorez&#13;
pas qu’il fut un ennemi déclaré du faste et de l’éclat ; pas un pauvre curé de&#13;
France qui ne se soit mieux nourri, mieux vêtu, mieux meublé que n’était&#13;
l’évêque de Québec. Bien loin d’avoir un équipage convenable à sa qualité&#13;
et à sa dignité, il n’avait pas seulement un cheval à lui et lorsque sur la fin&#13;
de ses jours, que son grand âge et ses infirmités ne lui permettaient pas de&#13;
marcher, s’il voulait sortir, il lui fallait emprunter une voiture. Pourquoi&#13;
cette épargne ? Pour avoir un magasin garni de hardes, de couvertures, de&#13;
souliers [qu’il distribuait] avec une bonté et une prudence véritablement&#13;
paternelles. C’est un commerce qu’il n’a jamais interrompu, pour lequel il&#13;
ne s’est jamais fié à personne qu’à lui-même et dont il s’est mêlé jusqu’à la&#13;
mort.&#13;
- 1055 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
Ce n’est pas sans une grande raison que la Providence avait permis qu’il&#13;
s’appelât François, car il en a eu des vertus de tous les saints de ce nom : le&#13;
zèle de saint François Xavier, la pauvreté de saint François d’Assise, la&#13;
charité de saint François de Sales, la mortification de saint François&#13;
de Borgia ; mais on peut dire que la pauvreté était sa chère maîtresse et qu’il&#13;
avait pour elle des transports dont il n’était pas le maître. À peine fut-il&#13;
arrivé de France pour la première fois, à peine fut-il débarqué qu’il vole au&#13;
secours des pauvres de l’hôpital. Leur ressemblance avec le Fils de Dieu,&#13;
dont ils sont les plus vives images, est pour lui un aimant auquel il ne peut&#13;
résister. Nulle prière, nulle considération ne peut l’empêcher de se loger au&#13;
bout de leur salle, d’aider tous les jours à faire leurs lits, à la balayer et à&#13;
rendre aux malades tous les services les plus abjects. Ayant été obligé de&#13;
quitter cette demeure, parce qu’elle était trop étroite pour ses&#13;
ecclésiastiques, qui demeuraient avec lui et qui en ce temps-là ne pouvaient&#13;
demeurer ailleurs, lorsqu’après quelques années les choses furent changées,&#13;
il retourna à l’hôpital pour y demeurer toujours. On n’osa s’opposer à cette&#13;
résolution, de peur de faire trop de violence à son attrait, à sa ferveur ; il&#13;
fallut laisser passer du temps et employer les négociations de quelques&#13;
personnes de piété pour le faire revenir au Séminaire.&#13;
Au fort de l’hiver, il trouve un petit garçon ayant les pieds nus et le reste du&#13;
corps fort mal couvert ; touché de cet objet que sa foi lui représente sans&#13;
doute comme le Très Saint Enfant-Jésus, il amène cet enfant dans sa&#13;
chambre, il lui lave les pieds, il les lui baise avec tendresse et une dévotion&#13;
charmante ; il ne se contente pas de lui donner des bas et un capot, il le&#13;
chausse et lui ayant fait un paquet de ses bâillons, il le renvoie aussi satisfait&#13;
qu’on peut s’imaginer.&#13;
Rien n’éloigne plus des plaisirs que la pauvreté ; mais quand on y joint la&#13;
mortification, c’est pour faire un divorce parfait avec eux. Cilice, discipline,&#13;
coucher sur la dure, prendre sur son sommeil, se lever tous les jours et en&#13;
tout temps à 3 heures du matin malgré la rigueur du climat, faire les&#13;
fonctions de portier dans l’église tous les jours, en ouvrir les portes, allumer&#13;
les lampes, s’acquitter parfaitement bien des fonctions d’infirmier dans le&#13;
- 1056 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
Séminaire, faire les lits des malades, les lever, les coucher, toucher, crever&#13;
les fistules de ceux qui avaient la petite vérole, passer tous les jours&#13;
plusieurs heures devant le Saint-Sacrement, assister à tout l’office divin&#13;
avec une exactitude inviolable ; c’était la manière dont ce premier évêque&#13;
se délassait des fatigues que lui procurait son zèle. On peut dire même qu’il&#13;
a été le martyr de son assiduité à l’église, car la maladie dont il est mort a&#13;
été causée par le grand froid qu’il eut le Vendredi saint pour avoir voulu&#13;
demeurer pendant tout l’office dans l’église malgré un des plus grands&#13;
froids qu’il ait jamais fait en Canada, le plus froid des pays qui soient&#13;
habités par les Européens. Plein d’amour pour la pauvreté et pour les&#13;
souffrances de Jésus-Christ, comment aurait-il goûté les honneurs du&#13;
siècle ? Y a-t-il quelqu’un dans ce diocèse qui n’ait pas senti et éprouvé&#13;
l’opposition extraordinaire qu’il avait aux louanges ? L’a-t-on jamais pu&#13;
louer impunément ? Que n’a-t-il pas fait, que n’a-t-il pas dit pour rompre&#13;
les desseins qu’on avait de rendre quelque hommage à sa vertu ? Si je n’étais&#13;
rassuré par le Saint-Esprit qui loue les justes quand ils sont hors de danger,&#13;
de cesser de l’être et qui par l’ordre de l’Église dans cette cérémonie&#13;
lugubre, m’ouvre la bouche pour adoucir la douleur de tant d’enfants qui&#13;
ont perdu leur père, je craindrais que le corps de ce prélat, qui est déposé&#13;
devant cet autel, ne se ranimât et que sa langue ne reprît l’usage de la parole&#13;
pour me faire des plaintes amères que je fais après sa mort ce qu’il n’a pu&#13;
souffrir pendant sa vie.&#13;
Il aurait été à souhaiter qu’un évêque de ce caractère eût été immortel. Il est&#13;
mort âgé de 85 ans ; il y en a près de 50 qu’il est venu dans le pays. Il y est&#13;
regretté comme si la mort l’avait enlevé à la fleur de son âge. C’est que la&#13;
vertu ne vieillit point ; elle a toujours de nouveaux agréments. D’un autre&#13;
côté, le ciel avait trop de droits de le posséder pour nous le laisser plus&#13;
longtemps ; et de peur que la sainteté de Dieu, qui trouve des taches dans&#13;
les anges même, n’en trouvât dans cette grande âme, il a pris soin de la&#13;
purifier par des coups d’autant plus sensibles qu’ils sont tombés sur une&#13;
maison, dont la ruine pouvait être funeste au clergé du diocèse.&#13;
&#13;
- 1057 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
Le clergé est le fils bien-aimé de cet Abraham, dans lequel on lui a promis&#13;
que toutes les nations seraient bénies. Il a été deux fois sur le point de le&#13;
voir perdre par les deux incendies du Séminaire, qui en a été le soutien.&#13;
C’est dans ces occasions que son grand cœur a paru ce qu’il était et que sa&#13;
constance a surpassé les grandes idées qu’on avait conçues d’elle dans un&#13;
temps, où tout le monde était troublé pour l’amour de lui. Non seulement&#13;
il parut avec cet air serein et tranquille et avec le visage ouvert que&#13;
Tertullien donne à la patience, mais il a consenti à l’entière destruction&#13;
d’une maison qui lui a coûté des sommes et des soins immenses ; il a étendu&#13;
la main sur la victime qui lui était la plus chère, en agréant qu’elle fût&#13;
immolée au Seigneur pour qui il l’avait uniquement élevée, espérant contre&#13;
toute espérance comme le premier et le plus grand des patriarches, dont il&#13;
a été une si belle copie. Il n’a pas douté qu’un ouvrage, qui avait été fait par&#13;
une espèce de miracle de la Providence qu’on avait eu nul sujet d’attendre,&#13;
venant à périr, ne peut être facilement refait par un autre miracle. « Non&#13;
dubitavit quod sibi dari potuit immolatus, non speratus 529. »&#13;
Vous ne vous êtes pas trompé, grand prélat ! Dieu ne voulait pas détruire&#13;
l’ouvrage de votre Séminaire ; il voulait mettre la dernière main à votre&#13;
sanctification et qu’au dernier moment de votre vie vous fussiez trouvé&#13;
selon son cœur. « Ut a te secundum cor tuum inveniri merear 530. » Ce sont les&#13;
termes de l’oraison de la sainte Famille qu’on prononçait auprès de ce grand&#13;
serviteur de Dieu, lorsqu’il a rendu sa belle âme à Celui qu’il a si fidèlement&#13;
servi.&#13;
Est-il possible qu’il soit mort cet homme qu’on avait tant de plaisir de voir&#13;
vivre et dont la mémoire ne mourra jamais ? Non, il est encore vivant dans&#13;
la maison à la destruction de laquelle il s’est si humblement et&#13;
NDLR : « Il ne doutait pas qu’il pouvait être lui-même sacrifié, contre toute espérance. »&#13;
(Augustinien, La Cité de Dieu, 16, 32) : « Hanc ergo promissionem pater pius fideliter tenens, quia&#13;
per hunc oportebat impleri, quem Deus iubebat occidi non haesitauit quod sibi reddi poterat&#13;
immolatus, qui dari potuit non speratus. Ce saint patriarche, fortifié par la foi de cette promesse et&#13;
persuadé qu’elle devait être accomplie par celui que Dieu lui commandait d’égorger, ne douta point&#13;
que Dieu ne pût lui rendre celui qu’il lui avait donné contre son espérance. »&#13;
530&#13;
NDLR : « Afin que nous méritions d’être trouvés par vous conformes aux désirs de votre&#13;
amour. » (Le Très Saint Cœur de Marie par saint Jean Eudes, Mois du Sacré-Cœur de Jésus, Petit&#13;
office du Sacré-Cœur de Jésus)&#13;
529&#13;
&#13;
- 1058 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-2&#13;
&#13;
généreusement soumis. Cette maison où Dieu y est servi avec tant de&#13;
ferveur et d’exactitude, où les sacrés mystères se célèbrent avec tant d’ordre&#13;
et de magnificence, cette maison riche héritière des vertus de son illustre&#13;
fondateur, qui en était tout plein et qui possède son esprit plus réellement&#13;
que son cœur, sera une source éternelle de bénédictions pour ce continent.&#13;
« In semine tuo benedicentur omnes fines terrae 531. » C’est assez pour la soutenir&#13;
qu’il y ait laissé des sujets formés de sa main, qui ont été témoins de ses&#13;
actions. L’histoire sera une mère féconde, qui multipliera les enfants de&#13;
François de Laval comme les étoiles du ciel, les grains de sable de la mer.&#13;
Pour nous, chrétiens auditeurs, qui savons ce que [ce] grand homme a fait&#13;
pour gagner le ciel, songeons à ce que nous ferons nous-mêmes pour&#13;
honorer sa mémoire. L’éloge des serviteurs de Dieu est un engagement à&#13;
les imiter. Que servira d’avoir eu un père si fidèle si nous ne marchons sur&#13;
ses pas et si, au lieu de nous prévaloir de cet avantage, nous augmentons&#13;
notre condamnation en nous éloignant de ses exemples ? C’est ce que feront&#13;
ceux qui s’obstinent contre les ordres du ciel et contre l’autorité des&#13;
puissances de la terre, à porter le poison de l’ivrognerie dans les missions&#13;
des Sauvages et à faire blasphémer le nom de Jésus-Christ parmi ces&#13;
prosélytes, dont le grand prélat a eu tant à cœur la conversion. C’est ce que&#13;
feront les fondatrices et les nourrices de la vanité à laquelle il a déclaré une&#13;
si sainte guerre. C’est ce que feront les pères et les mères, qui ne voulant ni&#13;
corriger ni instruire leurs enfants, empêchent qu’on ne fasse l’un et l’autre&#13;
dans les écoles qu’il a si sagement établies. Mais pourquoi menacer un&#13;
troupeau qui, étant dans la désolation d’avoir perdu son premier pasteur,&#13;
est infailliblement pénétré de regret d’avoir négligé ses avis et déterminé à&#13;
les suivre désormais ? Tirons de plus heureux augures de sa douleur et du&#13;
crédit qu’a auprès de Dieu celui qui en est le légitime objet. Il a tout sujet&#13;
d’espérer que tandis qu’il sera couronné dans le ciel par le Père des&#13;
miséricordes, ses enfants le couronneront sur la terre en se corrigeant de&#13;
leurs défauts, dont il les a repris et en pratiquant les vertus dont il leur a&#13;
laissé un si beau modèle. Amen.&#13;
531&#13;
NDLR : « Toutes les nations de la Terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom&#13;
de ta descendance. » (Genèse 22:18)&#13;
&#13;
- 1059 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
DOC. LX-A. ORAISON FUNÈBRE DE LAVAL PAR BELMONT (JUIN 1708)&#13;
&#13;
Doc. LX-A&#13;
Oraison funèbre du Serviteur de Dieu prononcée par l’abbé de Belmont en&#13;
juin 1708, d’après une copie conservée aux Archives du Séminaire SaintSulpice de Paris, vol. 1, pièce 31&#13;
&#13;
Éloge funèbre de feu Mgr l’illustrissime et révérendissime François&#13;
de Montmorency*-Laval, premier et ancien évêque de Québec, prononcé à&#13;
Montréal le 1er juin 1708 par M. de Belmont, supérieur du Séminaire de SaintSulpice de Ville-Marie et l’un des vicaires généraux de ce diocèse&#13;
« [Hic] sunt viri misericordiae quorum pietates non defuerunt […] hæreditas sancta&#13;
nepotes eourum. » « Voici les hommes consacrés à la miséricorde, dont les charités&#13;
ne manquèrent jamais […] et dont les descendants sont une lignée toute sainte. »&#13;
(Livre Ben Sira le Sage, 44 : 10-12)&#13;
Je ne devrais pas, Messieurs, paraître dans une chaire uniquement consacrée au&#13;
saint Évangile, si je n’avais à parler que de la noblesse d’un illustre défunt. Je ne&#13;
devrais point non plus interrompre les saints mystères de la mort du Sauveur, si je&#13;
n’avais à faire entendre les regrets de la Nouvelle-France sur la mort de son&#13;
véritable père, quelque respectable que soit une maison peuplée de connétables,&#13;
quelque illustre que soit la famille des premiers barons chrétiens, quelque ancienne&#13;
que soit une noblesse dont on ignore l’origine, comme celle du Nil. Ce sujet est trop&#13;
mondain pour occuper cette chaire. Le saint prélat de qui j’ai à parler désavouerait&#13;
un éloge si profane.&#13;
Quelques justes que soient vos regrets, ce sujet est trop naturel. Ce temps, ce lieu&#13;
se doivent tous entiers à la sainteté et d’ailleurs, la sainteté de celui dont je parle&#13;
m’ouvre un champ si vaste et m’offre une si riche matière que je ne dois pas le&#13;
regarder par un autre endroit.&#13;
C’est pourquoi l’unique sujet de ce discours sera la sainteté de feu Mgr l’illustrissime&#13;
et révérendissime François de Montmorency-Laval, premier et ancien évêque de&#13;
Québec, fondateur et apôtre de l’Église de Canada. Et si par hasard sa noblesse et&#13;
les rapports que nous avons avec sa charité paternelle entrent dans ce discours, ce&#13;
ne sera qu’à la faveur et sous les auspices de la sainteté et comme pour&#13;
l’accompagner, on verra la sainteté dominer dans les trois parties de cette belle&#13;
vie : dans sa vie cléricale, dans sa vie épiscopale et dans sa vie solitaire.&#13;
- 1060 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
À la vérité, en décrivant les commencements de sa vie cléricale, il sera inévitable&#13;
de parler de la grandeur de sa naissance, mais ce ne sera que pour faire voir le&#13;
mépris que la sainteté lui en a fait faire de la grandeur. En parlant de sa vie&#13;
épiscopale, le triste souvenir de ses bontés nous arrachera peut-être quelques&#13;
soupirs, mais sa sainteté le souffrira, puisqu’elle est cause de sa tendresse pour&#13;
nous. Mais enfin, sa sainteté paraîtra toute pure en sa vie solitaire. C’est la sainteté&#13;
qui a fait le caractère de sa vie, c’est celle qui l’a couronné d’une mort précieuse et&#13;
qui sera le sujet de votre attention.&#13;
Premier point&#13;
Dieu, qui a voulu qu’on honorât les grands que sa Providence a mis en place et&#13;
qu’on vénérât en eux le caractère et l’image de la divinité, permet qu’un petit&#13;
rejaillissement de leur gloire dore superficiellement leur postérité et qu’on honore&#13;
les enfants à cause de leur père. Ce n’est pas qu’on croie que les ancêtres puissent&#13;
transmettre et faire passer avec leur sang un mérite héréditaire à leur postérité.&#13;
C’est seulement parce qu’on présume qu’ils répondront à l’éducation et aux bons&#13;
exemples qui sont les véritables canaux par où passent, dans une âme bien née, la&#13;
générosité des sentiments et la noblesse des inclinations.&#13;
Mais après tout, quand un indigne successeur n’est orné que d’un mérite étranger,&#13;
que comme la corneille de la fable il se pare uniquement de plumes empruntées,&#13;
tous, et les poètes mêmes, se donnent la liberté de mépriser cette fainéante&#13;
noblesse. « Nam genus et proavos, et quæ non fecimus ipsi, vix ea nostra voco532 »,&#13;
ce que nous n’avons pas fait est bien peu à nous.&#13;
Personne, ce semble, n’est plus en droit de faire des leçons aux grands sur la&#13;
noblesse que notre illustre défunt et de leur représenter que si la vertu a donné&#13;
naissance à la noblesse, elle lui doit toujours tenir compagnie ; si la vertu a été la&#13;
cause de la noblesse dans son commencement, elle en doit être l’effet dans la suite,&#13;
puisque la noblesse est une obligation à la vertu ; si cette obligation n’est pas&#13;
remplie, si cette dette n’est pas payée, elle devient un reproche de la lâcheté, une&#13;
honteuse contradiction et antithèse de la conduite et du devoir, un lieu éminent,&#13;
où les défunts sont exposés à un plus grand jour, « gradus summus, animus&#13;
infimus », « un rang élevé et un esprit bas et rampant 533 ».&#13;
&#13;
NDLR : « Car la naissance, les ancêtres et ce que nous n’avons pas fait nous-mêmes, j’ai peine&#13;
à considérer que cela nous appartient. » (Ovide, Métamorphoses, 13, 140)&#13;
533&#13;
NDLR : (Bernard de Clairvaux, De la considération, livre 2, chapitre 7).&#13;
532&#13;
&#13;
- 1061 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
C’est à lui, dis-je, plus qu’à personne, qu’appartient de faire ces sortes de leçons et&#13;
à cause de l’élévation de sa noblesse et à cause du bon usage qu’il en a fait, né dans&#13;
une maison qui comptait déjà sous Philippe-Auguste, aïeul de saint Louis, quatre&#13;
connétables de France, qui en a donné deux ensuite et 12 maréchaux ; maison, dont&#13;
la généalogie mêlée avec celle de tous les souverains forme une splendeur&#13;
éblouissante, un glorieux embarras de grandeur, un labyrinthe pompeux de&#13;
dignités si inexplicable, que je n’ose l’entamer par respect. Il lui appartenait sans&#13;
doute de parler de noblesse.&#13;
L’usage qu’il a fait de la sienne lui donne encore plus ce droit. S’est-il endormi à&#13;
l’ombre des lauriers de ses ancêtres dans une molle oisiveté ? Bien loin de là !&#13;
Donné du ciel comme un beau présent à sa famille, il lui a plus rendu d’honneur&#13;
qu’il n’en a reçu et l’on peut dire qu’il est plus glorieux aux connétables de l’avoir&#13;
pour descendant qu’à lui d’avoir des connétables pour ancêtres. Il ne s’est point&#13;
entêté de la fumée de sa propre grandeur. Il en a fait un meilleur usage et [le]quel ?&#13;
Il l’a méprisée.&#13;
Il considéra sagement, dès ses plus jeunes années, que ces épées formidables de&#13;
connétables, ces bâtons glorieux de maréchaux ont, comme le verre, autant de&#13;
fragilité que d’éclat, qu’ils viennent enfin se briser comme de la glace à l’écueil du&#13;
tombeau et que les armes de Montmorency, que vous voyez, avaient déjà souvent&#13;
servi de trophée au char de triomphe de la mort qui est le cercueil.&#13;
Plein de ces nobles sentiments, appelé à une noblesse, et plus élevée et plus&#13;
véritable qui est celle du clergé, il immola les aiglons de Montmorency sur la croix&#13;
de ses armes, c’est-à-dire il sacrifia au service de l’Église son droit d’aînesse et ses&#13;
espérances et s’enrôlant dans la famille apostolique de Jésus-Christ, il se fit une loi&#13;
de ne parler plus de Montmorency et une peine de l’entendre : « Sola volens&#13;
deinceps Christi paternitate censeri 534. » (Saint Ambroise)&#13;
Ô Dieu infiniment magnifique en vos récompenses, infiniment fidèle en vos&#13;
promesses ! Si, comme vous l’avez promis, vous donnez indubitablement au&#13;
centuple à ceux qui quittent, pour votre amour, leurs parents et leur maison, ditesnous à quoi doit se monter le centuple d’un sacrifice si grand, si précieux, enfin,&#13;
d’un Montmorency. Dites-nous par quelles faveurs vous avez remplacé ce qu’il&#13;
quittait, par quels honneurs vous l’avez dédommagé au centuple dans votre cour&#13;
534&#13;
&#13;
NDLR : « Ne voulant désormais être rattaché à la seule paternité du Christ. »&#13;
- 1062 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
céleste de ceux qu’il pouvait espérer en ce monde. Mais je m’emporte, je me&#13;
trompe et je ne m’aperçois pas que je sors des véritables sentiments de notre saint&#13;
jeune homme. Ah ! il savait trop bien qu’un jour passé dans la maison du Seigneur&#13;
surpasse en plaisir, en honneur et en toutes sortes d’avantages les siècles entiers&#13;
passés au service du monde.&#13;
Ainsi, il faudrait avoir vu la ferveur de son entrée dans la cléricature, avec quelle&#13;
sensibilité il disait avec David : « J’ai choisi d’être objet dans la maison de Dieu plutôt&#13;
que d’habiter dans les tabernacles des pécheurs 535. » Il faudrait, dis-je, l’avoir ouï&#13;
prononcer les saintes paroles de la profession cléricale : « Seigneur, vous êtes la&#13;
portion de mon héritage, c’est vous qui me rendez ce que je vous sacrifie 536. »&#13;
Heureuse jeunesse, qui a été ainsi prévenue des bénédictions de douceur et dont&#13;
l’innocence a été prévenue par une protection si particulière des écueils de cet âge&#13;
heureux, les collèges et les directeurs qui ont formé un disciple si parfait qu’il est&#13;
seul l’éloge de ses maîtres. Que ne puis-je vous faire un journal bien exact, une&#13;
histoire complète de sa vie spirituelle ? Mais la vie des saints est toute cachée en&#13;
Dieu et écrite seulement aux fastes de l’éternité.&#13;
Nous savons qu’il fut fait prêtre à l’âge de 24 ans et un jour que bientôt après, il&#13;
reçut le grand-archidiaconé d’Évreux ; qu’il en remplit les fonctions pendant&#13;
quelques années avec beaucoup d’exactitude et de ferveur ; qu’il se dépouilla de&#13;
ce bénéfice en faveur du saint prêtre M. de Bourbon, décédé depuis environ 6 ans ;&#13;
et que choisissant un lieu de retraite propre au dessein qu’il avait de vaquer&#13;
uniquement à Dieu, il demeura quatre ans dans ce fameux ermitage, cette école&#13;
de perfection où présidait l’auteur du Chrétien intérieur, M. de Bernières, qui peut&#13;
dire avoir fait deux livres, l’un imprimé et l’autre vivant en notre illustre prélat. Mais&#13;
Dieu, qui le destinait à la vie apostolique, lui fit faire dans cette solitude son noviciat&#13;
pour l’épiscopat en lui présentant quelques emplois qui lui donnèrent l’occasion de&#13;
faire les fonctions apostoliques de la perfection cléricale et des leçons de la&#13;
perfection ecclésiastique par ses exemples.&#13;
Enfin, déjà mûr pour l’apostolat, voyant bien qu’il ne pouvait échapper à l’Église et&#13;
au Saint-Esprit, qui l’avait destiné au gouvernement d’un diocèse, que fit-il ? Pour&#13;
contenter son humilité, il chercha une Église la plus pauvre et la plus apostolique&#13;
qui fut au monde et n’en ayant point trouvée qui le fut assez à son gré pour être&#13;
535&#13;
536&#13;
&#13;
NDLR : Dérivé du Psaume 83:11.&#13;
NDLR : Dérivé du Psaume 15:5.&#13;
- 1063 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
son épouse, il s’en fit une expresse pour lui et adoptant le Canada, il fit de son bien&#13;
le patrimoine des pauvres de ce pays et ses talents, l’honneur de la dignité&#13;
épiscopale. C’est ce que nous allons voir.&#13;
Deuxième point&#13;
Si une pauvre étrangère, sans bien, sans beauté, sans mérite, doit une&#13;
reconnaissance immortelle à l’époux qui l’a choisie entre mille plus dignes qu’elle&#13;
et qu’il lui a donné tout ce qu’elle a, jugez du tendre souvenir que l’Église de Canada&#13;
conservera toujours de son fondateur. Faut-il que, pour relever la gloire de l’époux,&#13;
je me voie réduit à découvrir et jubiler la misère houleuse de l’épouse ? Oui,&#13;
chrétiens, l’Église du Canada le veut bien, puisque sa honte est passée et qu’elle&#13;
doit le bonheur et la gloire présente dont elle jouit à son fondateur. Disons donc&#13;
librement ce que c’était que l’Église de la Nouvelle-France quand notre saint prélat&#13;
y aborda. Confessons ingénument qu’elle n’avait d’autres biens que la fécondité&#13;
des croix, que c’était un pays d’exil et le rebut du monde, climat que le soleil n’avait,&#13;
ce semble, jamais de bon œil, que le ciel en courroux avait exposé à toutes les&#13;
injures de l’air, enfin, pays natal du froid de l’hiver et de la nudité. Disons à notre&#13;
saint prélat avec les paroles de saint Léon : « Ad hanc frementium bestiarum sylvam&#13;
destinaberis. » « C’était à ces forêts immenses d’animaux humains et d’âmes&#13;
bestiales que vous étiez destinés par la Providence. »&#13;
Disons au Canada avec le même père : « Voilà, Ô Canada, ton véritable père ! » « Hic&#13;
est pater tuus verus ! » Voilà ton apôtre et ton premier évêque, qui, d’une retraite&#13;
de bêtes farouches que tu étais, t’a élevé à la dignité d’évêché et à la qualité de&#13;
diocèse, qui a changé tes forêts en paroisses et les cabanes d’écorce en églises. En&#13;
effet, qui est-ce qui le premier a tracé au clergé de France le chemin de ce Nouveau&#13;
Monde à travers ce vaste océan ? Qui est l’évêque qui le premier fit en ces Indes&#13;
occidentales ce que saint Thomas a fait aux orientales ? N’est-ce pas notre saint&#13;
prélat ? C’est lui qui montra à ces illustres missionnaires l’exemple de ne rien&#13;
craindre, ni les vents, ni les pirates, ni l’attente des martyres iroquois, ni les&#13;
incommodités domestiques de la pauvreté et du froid. Peuples qui sentez à présent&#13;
les biens de leurs instructions et leurs fatigues apostoliques, bénissez le saint&#13;
évêque, bénissez l’efficace de son exemple, bénissez l’arrivée du clergé en ce pays&#13;
et le beau présent qu’il vous a fait. Et vous, saints missionnaires qu’il s’est associés,&#13;
« heredes operis, successores sacerdotii, aemuli pietatis », « héritiers de l’ouvrage,&#13;
successeurs de l’exemple que vous a donné votre premier amiral, votre général,&#13;
votre capitaine, votre pilote. »&#13;
&#13;
- 1064 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
Le Séminaire de Québec fut son premier ouvrage et son chef-d’œuvre en même&#13;
temps. Ce monde nouveau était comme en sa création, un chaos, « terra inanis et&#13;
vacua 537 » ; mais chaos couvert des ténèbres de l’ignorance, « tenebrae erant super&#13;
faciem abyssi 538 ». Que fit Dieu ? Deux luminaires par les mains de notre saint prélat,&#13;
un grand et un petit ; je veux dire le Grand et le Petit Séminaire. « Seminare majus,&#13;
luminare majus, Seminare majus 539! » Il forma le Grand Séminaire, cette assemblée&#13;
d’excellents ouvriers évangéliques, qui, attirés par l’odeur de ses vertus,&#13;
composent un clergé, un chapitre, que dis-je, un sénat d’apôtres, source féconde&#13;
de maîtres éclairés de la vie ecclésiastique, de vigilants pasteurs et curés des&#13;
paroisses, de zélés missionnaires des Sauvages*, qui ont arrosé les terres barbares&#13;
de leurs sueurs et de leur sang, depuis la mer d’Acadie jusqu’à celle de Mississippi,&#13;
d’un fleuve à l’autre : « A mari usque ad mare, a flumine usque ad terminos orbis&#13;
terrarum540. »&#13;
Luminare minus 541. Ce fut le Petit Séminaire pour l’éducation des enfants. Le&#13;
serviteur fidèle, entrant dans les inclinations de son divin Maître, voulut donner ses&#13;
plus tendres soins à cultiver ces jeunes plantes, soit pour les transplanter dans le&#13;
jardin du clergé, soit pour en faire de bons chefs de famille, afin qu’après avoir imité&#13;
l’enfance de Jésus, ils puissent copier la sainteté de saint Joseph dans le&#13;
gouvernement d’un ménage.&#13;
Tous ces ouvrages mériteraient un éloge à part, mais à quoi n’a-t-il pas mis la main&#13;
dans ce pays ? Quelles bonnes œuvres n’a-t-il point exécutées, inventées ?&#13;
Congrégations, hôpitaux, paroisses, vous êtes son ouvrage. Il peut dire : « Per&#13;
Evangelium in Christo, ego vos genui542. » Mais avec quel zèle, quels travaux, quelles&#13;
persécutions, quelles vertus, quelle patience ? Il faut voir ! Pour les travaux, à le voir&#13;
aller à pied sur les neiges en raquettes, chargé comme un autre de sa couverture,&#13;
couchant sur la paille devant le feu, je me représente l’âge d’or de la première&#13;
Église. Il me semble de voir saint Paul dans les voyages, les périls, dans la faim et le&#13;
froid, dans la solitude de toutes les églises. Je retrace dans mon esprit ces saints&#13;
dont il parle lui-même, errant dans les solitudes dont le monde n’était pas digne.&#13;
&#13;
NDLR : « une terre informe et vide. » (Genèse 1:2)&#13;
NDLR : « les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme. » (Genèse 1:2)&#13;
539&#13;
NDLR : Un Grand Séminaire, une grande lumière [est] le Grand Séminaire !&#13;
540&#13;
NDLR : « de la mer à la mer et du fleuve jusqu’au bout de la terre. » (Psaume 71:8)&#13;
541&#13;
NDLR : La petite lumière.&#13;
542&#13;
NDLR : « C’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile. »&#13;
(1 Corinthiens 4:15)&#13;
537&#13;
538&#13;
&#13;
- 1065 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
Ô clergé de l’ancienne France, illustres abbés, savants docteurs, qui lisez avec&#13;
admiration dans l’histoire comme[nt] saint Denis, votre premier apôtre, vint&#13;
d’Athènes, où était le centre de la politesse dans les Gaules, qui étaient le Canada&#13;
de ce temps-là ; que ne venez-vous voir un autre saint Denis de la Nouvelle-France,&#13;
quittant Paris pour Québec et pour renouveler en nos jours des temps&#13;
apostoliques ? Quel zèle ne lui a-t-il point fallu pour guérir les maladies spirituelles&#13;
d’un peuple ramassé, pour résister aux surprises des loups scandaleux ? Il pourrait&#13;
bien dire : « Qui est infirme, qui est scandalisé, sans que je le sente  543? » Ce zèle lui&#13;
a attiré des persécutions infimes ; ces persécutions ont produit sa patience et sa&#13;
patience, enfin, l’estime de ses persécuteurs mêmes, la gloire et les couronnes du&#13;
ciel.&#13;
Faut-il, chrétiens, que je n’aie pas le temps de vous faire faire d’utiles réflexions ?&#13;
C’est vous qui avez fait ses plus tendres soins. C’est vous aussi qui avez fait ses plus&#13;
pesantes croix, vos vices, le luxe, la traite d’eau-de-vie, l’impureté ont été de ses&#13;
plus cuisantes peines. Souffrez cet amoureux reproche qu’il vous fait par ma&#13;
bouche. Hélas ! fallait-il donc que tant de peines et tant d’amour pour vous n’aient&#13;
pu encore produire en vous le respect de la loi divine, la reconnaissance envers&#13;
l’Église ?&#13;
Oui, chrétiens, pour n’être pas infini, je me vois réduit à ne faire aucune réflexion&#13;
morale, à ne dire que des faits et même obligé de mettre dans une ligne des années&#13;
entières, de belles actions qui mériteraient chacune un éloge particulier. Que ces&#13;
années et ces journées sont pleines, une bonne œuvre finit par le commencement&#13;
d’une autre : là il assiste un pauvre honteux, là il fournit aux besoins d’une vertu&#13;
chancelante sous le poids de la pauvreté, ici il assiste un malade de vivres et de&#13;
remèdes et là, aussitôt après, il pacifie un différend à ses frais. Enfin, sans nous&#13;
amuser à de petits détails, il donne en une seule fois 10 000 écus d’aumône. N’estce pas assez là pour faire un saint ? Sans doute, c’est trop de matières pour un court&#13;
panégyrique.&#13;
Mais j’avoue qu’il faudrait une autre langue que la mienne pour vous décrire&#13;
dignement la supériorité du génie, l’étendue de la pénétration, la vivacité et la&#13;
solidité de la sagesse dont il a eu besoin pour tant de si épineuses affaires ; sagesse&#13;
qui ne s’est jamais affaiblie, mais qui l’a constamment accompagné jusqu’à la mort :&#13;
« Sapientia perseveravit mecum 544. » Il faudrait un autre pinceau que le mien pour&#13;
543&#13;
544&#13;
&#13;
NDLR : Dérivé de 2 Corinthiens 1:29.&#13;
NDLR : « Ma sagesse me restait. » (Ecclésiastique 2:9)&#13;
- 1066 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
vous dépeindre l’agréable concert qui faisait sur son visage un air de grandeur et&#13;
de qualité, joint avec une douceur accueillante et une modestie sainte et&#13;
évangélique. Les saints disent que Dieu, pour faire honorer l’homme des autres&#13;
créatures, imprima sur sa face quatre traits de sa ressemblance, qui sont les quatre&#13;
vertus cardinales. Il traça sur son front la majesté de la force, sur ses joues la pudeur&#13;
de la chasteté, il mit dans ses beaux yeux le beau feu et le brillant de la sagesse, et&#13;
autour de sa bouche les charmes de la bonté.&#13;
Ne vous apercevez-vous pas, Messieurs, qu’en vous faisant le portrait des vertus&#13;
du premier homme, j’ai sans y penser fait celui de feu Mgr le premier évêque de&#13;
Québec ? Vous êtes témoins si je le flatte, Ô habitants de Montréal, et si je ne&#13;
craignais de vous attendrir et moi-même avec vous, je vous ferais souvenir de ces&#13;
années dernières, où il vous honora de sa visite et où vous reçûtes les derniers&#13;
rayons de ce soleil couchant. Vous l’avez vu, ce vénérable vieillard avec Sa Majesté&#13;
de pontife, avec ce visage vermeil, cette bouche toujours ouverte aux caresses et&#13;
à la charité. « Decore ore hians », comme Mattathias 545. Vous l’avez vu, comme&#13;
Onias, « in ascensu altaris sancti », « montant à l’autel dans la magnificence des&#13;
habits pontificaux 546 », « amictus sanctitate et cum eo corona fratrum », « couronné&#13;
d’un cortège de Lévites, donnant le Saint-Esprit 547 », « pertransiit benefaciendo548 ».&#13;
Vous bénissiez tous celui qui vint ici au nom du Seigneur, vous lui souhaitiez les&#13;
années des patriarches, dies super dies regis adjicies 549. Mais lui, d’une voix&#13;
prophétique comme un cygne mourant, ou plutôt comme saint Paul parlant à ceux&#13;
de Milet : « Je sais, vous disait-il, mes chers enfants, que vous ne verrez plus ma&#13;
face, vous tous chez qui j’ai porté le royaume de Dieu 550. » Ô paroles affligeantes&#13;
dans la bouche d’un prophète ! Ô nouvelle cruelle ! Il s’éleva une lamentation&#13;
générale parmi ceux de Milet quand saint Paul leur dit de semblables paroles en les&#13;
embrassant. Ô clergé, Ô Séminaire désolé, tu es aussi à plaindre qu’Élisée, on va&#13;
enlever ton Élie, suivons-le dans la solitude pour hériter de son esprit.&#13;
&#13;
NDLR : « en lui ouvrant la bouche de force. » (2 Martyrs d’Israël 6:18)&#13;
NDLR : Livre Ben Sira Le Sage, 50:12.&#13;
547&#13;
NDLR : Livre Ben Sira Le Sage, 50:13.&#13;
548&#13;
NDLR : « Là où il passait, il faisait le bien. » (Acte des Apôtres 10:38)&#13;
549&#13;
NDLR : « accordes au roi des jours et des jours. » (Psaume 60:7)&#13;
550&#13;
NDLR : « Et maintenant, je sais que vous ne reverrez plus mon visage, vous tous chez qui je&#13;
suis passé en proclamant le Royaume. » (Acte des Apôtres 20:25)&#13;
545&#13;
546&#13;
&#13;
- 1067 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
Troisième point&#13;
Il y a eu des contemplatifs spirituels qui ont dit que Dieu purifie quelques âmes&#13;
choisies en ce monde ou en l’autre par trois sortes de purgatoires : purgatoire des&#13;
ténèbres, purgatoire de feu, purgatoire de froid. Purgatoire de ténèbres, quand il&#13;
les réduit, ou à la vie cachée, ou à la nuit obscure, dont parle saint Jean de La Croix,&#13;
posuerunt me sicut in obscuris mortuos seculi551, quorum non est memoria552 ;&#13;
purgatoire de feu, c’est la fournaise des tribulations, tanquam aurum in fornace&#13;
probavit eos 553 ; purgatoire de froid, notre saint prélat a éprouvé dans le sens&#13;
littéral ce purgatoire, d’autres l’éprouvent dans le sens mystique par la soustraction&#13;
de grâces sensibles.&#13;
Purgatoire de ténèbres. Je veux dire, il consacra ses 23 dernières années à la vie&#13;
hermétique solitaire et retirée pour honorer celle du Sauveur. C’est pour avoir le&#13;
temps de s’élever les mains en haut que ce Moïse se choisit un Aaron pour se&#13;
démettre de la charge de sacerdoce. Il lui résigna et quoi ? La croix. Il imita saint&#13;
Célestin, ou plutôt saint Xiste, quand il dit à saint Laurent : « Majora tibi debentur&#13;
pro fide Christi certamina. » « De plus grands combats vous attendent pour la foi [en&#13;
le Christ]. »&#13;
C’est dans cette sainte solitude et sur ce désert qu’il a exprimé parfaitement quatre&#13;
mystères de la vie du Sauveur, compris dans ces mots du symbole, Crucifixus,&#13;
mortuus, sepultus, resurrexit 554. Crucifixus : il a vu crucifier son vieil homme par ses&#13;
maladies et ses continuelles infirmités pouvant dire : « Vetus homo noster Crucifixus&#13;
est 555, mihi mundus crucifixus et ego mundo 556. » Mortuus : c’est à lui à qui se&#13;
pouvaient bien adresser ses paroles : « Mortui estis. » « Vous êtes morts. » Et votre&#13;
vie est cachée en Dieu. Sepultus, consepultus. Ensevelis en Jésus-Christ. « In&#13;
similitudine mortis eius, resurexit 557. » Il mena une vue ressuscitée, vie d’oraison et&#13;
de foi.&#13;
&#13;
NDLR : « Il me fait habiter les ténèbres avec les morts de jadis. » (Psaume 142:3)&#13;
NDLR : « Il y en a d’autres dont le souvenir s’est perdu. » (Livre Ben Sira le Sage 44:9)&#13;
553&#13;
NDLR : « Comme l’or au creuset, il l’a éprouvé. » (Livre de la sagesse 3:6)&#13;
554&#13;
NDLR : « Il a été crucifié, est mort, a été enseveli, est descendu aux enfers, est ressuscité. »&#13;
(Symboles des apôtres)&#13;
555&#13;
NDLR : « L’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix. » (Romains 6:6)&#13;
556&#13;
NDLR : « Le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde. » (Galates 6:14)&#13;
557&#13;
NDLR : « Par une mort qui ressemble à la sienne, il est ressuscité. » (Romains 6:5)&#13;
551&#13;
552&#13;
&#13;
- 1068 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
« Quae sursum sunt quaerens, non quae super terram 558. » « Contemplons non ce&#13;
qui se voit, mais ce qui ne se voit pas. » Il avait bien raison et vous en avez bien peu,&#13;
âmes mondaines, qui ne pouvez garder la chambre, votre maison, votre ménage&#13;
éternellement en visites inutiles. La solitude, en effet, et le silence sont le rempart&#13;
de l’innocence. « Ubi purior aer 559. » Le ciel plus voisin, Dieu plus familier, là on&#13;
pêche moins, l’on est plus souvent consolé. C’est dans la solitude où il parle des&#13;
consolations. Mais serait-ce l’obscurité qui fera son unique purgatoire ? Non. Il faut&#13;
que ses vertus paraissent au jour et à la lumière, mais cette lumière sera aussi&#13;
mortifiante que les ténèbres. Sicut tenebrae eius ita, et lumen eius 560.&#13;
Deux incendies coup sur coup mettent en cendre l’ouvrage, le fruit des travaux de&#13;
40 ans. Ô que cela est triste et douloureux ! Que cela fait bien voir que les saints&#13;
n’ont pas ici-bas une demeure permanente ! Mais le saint prélat et les grandes&#13;
âmes qui sont auprès de lui avaient appris de saint Paul que si leur maison&#13;
temporelle se consomme, ils en ont une autre au ciel incorruptible. On les voyait&#13;
au milieu de cet incendie comme les enfants de la fournaise disant : « Vous êtes&#13;
bénis, Dieu de nos pères 561. »&#13;
Mais ce qui éclata et brilla plus que l’incendie même fut la vertu, la résignation de&#13;
notre saint prélat, voyant d’un œil gai et tranquille l’incendie de sa chapelle. Cette&#13;
chapelle qui était le chef-d’œuvre du Nouveau Monde et qui aurait passé pour tel&#13;
dans l’ancien. Il en fait lui-même le sacrifice holocauste, ou plutôt la dédicace.&#13;
Aussi, il lui arrive comme à Salomon, ceci dit : « Ignis de caelo et devoravit&#13;
haulocausta et victimas 562. »&#13;
Vous croyez peut-être que le feu sera le dernier purgatoire qui consumera cette&#13;
précieuse victime. Ô que l’amour est ingénieux ! Le feu de la charité s’associe le&#13;
froid de l’hiver, le feu de l’amour divin s’empare du cœur et s’y cantonne,&#13;
abandonnant le vieil homme, les membres éloignés en proie au froid et à la gelée.&#13;
Qu’arrive-t-il ? Attention, Messieurs, ouvrez vos oreilles et les yeux de votre esprit :&#13;
voyez la mort qui vient, voici le sacrifice qui se prépare, voici le ciel qui s’ouvre pour&#13;
&#13;
NDLR : « Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas. »&#13;
(2 Corinthiens 4:18)&#13;
559&#13;
NDLR : « Où l’air est pur. », citation d’Origène.&#13;
560&#13;
NDLR : « Et la nuit comme le jour est lumière. » (Psaume 138:12)&#13;
561&#13;
NDLR : Daniel 3:26.&#13;
562&#13;
NDLR : « Le feu [descendit] du ciel et dévora l’holocauste et les sacrifices. » (2&#13;
Chroniques 7:1)&#13;
558&#13;
&#13;
- 1069 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LX-A&#13;
&#13;
en être le spectateur. Prenons les circonstances du lieu, de l’intention, du temps et&#13;
de la manière dont s’est passé cette dernière et mémorable action.&#13;
Voilà notre saint prélat qui marche. Ne dirions-nous pas plus juste, si nous disions&#13;
notre futur martyr ? Et où va-t-il ? À son dernier combat. Quel est le champ de&#13;
bataille ? C’est l’Église. Quelles sont les armes ? Orationes et lacrymae 563. Il veut&#13;
mourir les armes à la main. Quelle est son intention ? Il veut donner bon exemple&#13;
au peuple de l’assiduité qu’il doit à l’Église. Il en veut être le docteur et l’enseigner&#13;
à la mort comme à la vie. Mais dans quel temps se passe cette grande journée ?&#13;
Dans la Semaine sainte. Il veut prendre part à la croix du Sauveur : « Si compatimur&#13;
et conregnabimus 564. » La manière ? Il se gèle le pied par la violence du froid de la&#13;
saison. Il reçoit une participation de la plaie du pied du Sauveur. Ne dira-t-on pas&#13;
que c’est le crucifix qui l’a blessé lui-même et qui lui a imprimé ses stigmates ? Ô&#13;
lieu de l’Église ! Ô cause et motif de l’édification du peuple ! Ô temps du Vendredi&#13;
saint ! Ô plaie du pied ! Que vous êtes de glorieuses circonstances et que vous&#13;
donnez de relief à cette mort précieuse ! Ne le suivons pas jusqu’au lit de sa&#13;
douleur. Nous nous attendririons trop. Contentons-nous d’apprendre que la croix&#13;
et lui se firent un traitement bien différent. La croix le traitait très sévèrement et&#13;
lui, lui faisait toutes les caresses imaginables. « Ô bona crux! » disait-il avec saint&#13;
André. « Rendez-moi à mon Maître et ôtez-moi du monde 565 ! » Il l’en pria tant et si&#13;
souvent qu’il fut exaucé. Laqueus contritus est, et nos liberati sumus 566.&#13;
Que reste-t-il, chrétiens ? Les saints n’ont pas besoin de nos froids commentaires&#13;
sur leurs belles actions, mais c’est nous qui avons besoin de leur imitation et de&#13;
leur intercession. Si nous avons le soin d’aimer ce qu’il a aimé, la gloire de Dieu,&#13;
haïr ce qu’il a haï et combattre toute sa vie le péché, craignez, prévaricateurs, qui&#13;
avez fait sa peine pendant sa vie, qu’il ne vous condamne au pays de la sainteté.&#13;
Mais espérons plutôt que, nous ayant aimé sur la terre, il nous aimera encore&#13;
davantage au pays de la dilection véritable.&#13;
Doc. LXI&#13;
Lettre du frère [donné] Houssart à l’abbé Tremblay, septembre 1708&#13;
Voir p. 1108 567&#13;
NDLR : prières et larmes.&#13;
NDLR : « Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. » (2 Timothée 2:12)&#13;
565&#13;
NDLR : « Ô bonne croix ! »&#13;
566&#13;
NDLR : « Le filet s’est rompu : nous avons échappé. » (Psaume 123:7)&#13;
567&#13;
NDLR : Nous avons déplacé ce texte dans la Partie 2 de cette nouvelle édition, qui concerne les&#13;
témoignages directs.&#13;
563&#13;
564&#13;
&#13;
- 1070 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXII-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LXII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LXII&#13;
Extraits des journaux La Gazette de France et Le Mercure Galant publiés à&#13;
Paris, où l’on signale le décès du Serviteur de Dieu, 1708&#13;
Vu la noblesse de sa famille et sa notoriété comme évêque de Québec, la mort du&#13;
Serviteur de Dieu ne pouvait passer sous silence, même en France. Nous&#13;
reproduisons ici quelques extraits des deux journaux de l’époque, c’est-à-dire la&#13;
Gazette de France (no 1), journal officiel du gouvernement français, et le Mercure&#13;
Galant (no 2), journal mondain de la cour de Paris. Un fait remarquable est qu’ils&#13;
mettent en relief la réputation des vertus et la sainteté qui entourait le récent&#13;
tombeau du Serviteur de Dieu.&#13;
DOC. LXII-1. EXTRAIT DE LA GAZETTE DE FRANCE (15 DÉCEMBRE 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXII-1&#13;
Extrait de la Gazette de France, 15 décembre 1708, p. 600&#13;
On a eu avis de la Nouvelle-France que Messe François de Laval, premier&#13;
évêque de Québec, y était mort le 6 mai dernier en sa 86e année. Il y était&#13;
allé en 1653 568 pour y exercer les fonctions épiscopales en qualité d’évêque&#13;
de Pétrée. En 1672 569, ayant été nommé évêque de Québec, il y retourna en&#13;
1675 et il se démit de cet évêché plusieurs années après pour employer le&#13;
reste de sa vie en œuvres de piété et de charité, qu’il a continuellement&#13;
exercées, au grand avantage de ce pays-là, où il est extrêmement regretté.&#13;
DOC. LXII-2. EXTRAIT DU MERCURE GALLANT (DÉCEMBRE 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXII-2&#13;
Extrait du Mercure Galant, décembre 1708, p. 215-221&#13;
Mort de Mgr de Laval&#13;
Messe François de Laval, de la maison de Laval, premier évêque de Québec&#13;
dans la Nouvelle-France, mourut à Québec le 6 mai dernier au&#13;
commencement de sa 86e année. Il passa en Canada pour la première fois en&#13;
1653 570 en qualité de vicaire apostolique. Il était alors évêque de Pétrée. En&#13;
1672 571, Sa Majesté le nomma évêque de Québec, où l’on n’avait point&#13;
Cette date est erronée. Comme nous le savons, c’est en 1659 que Mgr de Laval arriva au Canada&#13;
en qualité de vicaire apostolique.&#13;
569&#13;
Autre date erronée : Mgr de Laval fut nommé évêque de Québec en 1674.&#13;
570&#13;
Cette date est erronée. Comme nous le savons, c’est en 1659 que Mgr de Laval arriva au Canada&#13;
en qualité de vicaire apostolique.&#13;
571&#13;
Autre date erronée : Mgr de Laval fut nommé évêque de Québec en 1674.&#13;
568&#13;
&#13;
- 1071 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXII-2&#13;
&#13;
encore érigé d’évêché, et il y arriva le 9 septembre 1675. Ce prélat, dont la&#13;
vie était exemplaire et sainte, était grand aumônier, vivait simplement et&#13;
frugalement et il peut être nommé le père de la Nouvelle-France. Il y a érigé&#13;
le chapitre de Québec et fondé le Séminaire de Canada, dans lequel on élève&#13;
la jeunesse du pays, établi des habitations considérables. Vous trouverez,&#13;
dans les deux extraits des lettres qui suivent, plusieurs choses qui regardent&#13;
ce prélat.&#13;
À Québec, le 25 juin 1708&#13;
Le Seigneur retira à lui le 6 de mai de cette année Mgr de Laval, premier&#13;
évêque de Canada. Il est mort en saint, comme il avait vécu. Je ne puis vous&#13;
exprimer l’estime et la vénération que tout le Canada a pour la mémoire de&#13;
cet illustre défunt. On l’invoque comme un saint et Dieu a fait déjà, pour&#13;
faire éclater son mérite, plusieurs guérisons et autres choses que l’on tient&#13;
pour miraculeuses, que je supprime ici, étant très assuré que vous en serez&#13;
informé dans le temps. MM. du Séminaire n’ont rien épargné pour rendre&#13;
ses obsèques magnifiques. Elles l’ont été de telle sorte qu’en plusieurs&#13;
endroits de la France. Il aurait été difficile de les surpasser. M. de&#13;
La Colombière fit son oraison funèbre le 3e jour après son décès 572.&#13;
Extrait d’une autre lettre du 6e juillet 1708&#13;
Vous apprendrez la perte que le Séminaire a faite par la mort&#13;
de Mgr l’Ancien, arrivée le 6e mai. Nous espérons qu’après une&#13;
si sainte vie qu’il servira d’un puissant protecteur auprès de&#13;
Dieu pour cette Église, pour l’établissement de laquelle il a&#13;
tant&#13;
&#13;
travaillé&#13;
&#13;
aussi&#13;
&#13;
bien&#13;
&#13;
que&#13;
&#13;
pour&#13;
&#13;
la&#13;
&#13;
colonie.&#13;
&#13;
M. de Colombier 573 a fait l’oraison funèbre de ce grand et saint&#13;
prélat ; c’est ainsi que les grands et les petits le nomment.&#13;
Vous auriez eu peine à ne pas mêler vos larmes avec celles de&#13;
tout le monde pendant son convoi, où tous, tant les curés que&#13;
les peuples les plus éloignés, ont assisté. Le lieu où son corps&#13;
reposait était toujours rempli de monde et les prêtres ne&#13;
Ce n’est pas au 3e jour, mais au 30e jour que l’abbé de La Colombière prononça cet éloge funèbre&#13;
du Serviteur de Dieu (cf. Doc. LX-2).&#13;
573&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : M. de La Colombière.&#13;
572&#13;
&#13;
- 1072 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXII-3&#13;
&#13;
pouvaient fournir à faire toucher des chapelets et autres&#13;
choses de dévotion. Il nous a fallu rendre aux instantes prières&#13;
qu’on nous a faites de porter et faire reposer son corps dans&#13;
les quatre églises de la haute-ville.&#13;
DOC. LXII-3. EXTRAIT DU MERCURE GALLANT (1708)&#13;
&#13;
Doc. LXII-3&#13;
Extrait du Mercure Galant, Paris, 1708, d’après le Journal de l’Instruction&#13;
publique, Montréal, vol. 2, p. 181 et 215&#13;
Le plus illustre d’entre les morts de cette année dans la colonie est&#13;
Mgr de Laval-Montmorency*, ancien et premier évêque du Canada ; il est&#13;
extrêmement regretté.&#13;
Ce saint prélat ayant voulu jusqu’à la fin de ses jours édifier son peuple et&#13;
le troupeau qui lui avait été confié, assista le Vendredi saint dernier à tout&#13;
l’office de sa cathédrale ; et comme le froid était extraordinairement piquant&#13;
ce jour-là et le plus sensible qu’on n’ait jamais senti dans la NouvelleFrance, à ce que disent les anciens du pays, il en fut saisi de telle manière&#13;
qu’un de ses pieds s’étant trouvé gelé, on voulut lui faire quelques&#13;
incisions ; ce qui lui causa une fièvre, qui au bout de 15 jours ou environ&#13;
nous l’enleva. Ce fut le 6 mai ; il était âgé de 86 574 ans.&#13;
Il avait été sacré évêque de Pétrée en 1658 à Paris à l’abbaye de SaintGermain-des-Prés par le nonce du pape et fait évêque titulaire de Québec&#13;
(où il était dès lors) en 1673 575.&#13;
On peut dire que son convoi a été une espèce de triomphe et que ses&#13;
obsèques ont été célébrées avec toute la solennité que l’on peut désirer. Il a&#13;
été porté sur les épaules des prêtres et des diacres par toutes les églises de&#13;
Québec avant d’être déposé dans la cathédrale. Chacun s’empressait&#13;
d’assister à un spectacle aussi lugubre et en même temps aussi respectable.&#13;
NDLR : L’inscription latine sur sa tombe se lit en français « dans sa 86e année de son âge »,&#13;
c’est-à-dire 85 ans et six jours accomplis.&#13;
575&#13;
Erreur de date : il faut lire 1674.&#13;
574&#13;
&#13;
- 1073 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXII-3&#13;
&#13;
Tout le monde le regrette comme si la mort l’avait enlevé dans la fleur de&#13;
l’âge : c’est que la vertu ne vieillit point. Pour moi, qui ai goûté plus d’une&#13;
fois les charmes et la douceur de sa conversation, j’ai été touché autant que&#13;
qui que ce soit de la perte d’un si grand prélat.&#13;
On remarque qu’il y avait près de 50 ans qu’il était au Canada. Avant d’être&#13;
promu à l’épiscopat, il avait été grand-archidiacre d’Évreux et on le&#13;
connaissait alors en France sous le nom de l’abbé de Montigny.&#13;
Lorsqu’enfin, même après sa mort, M. l’Ancien (car c’est ainsi qu’on&#13;
l’appelait ordinairement) eut visité les églises de son siège épiscopal, il fut&#13;
porté dans sa cathédrale, où l’un des grands-vicaires fit son éloge funèbre.&#13;
Il s’y trouva un grand nombre (au moins pour le pays) d’ecclésiastiques&#13;
séculiers et réguliers. Toute l’église était tendue de noir ; le lit de parade&#13;
était magnifique, fort élevé et entouré d’un grand nombre de chandeliers ;&#13;
les armes de l’évêque se voyaient partout.&#13;
Les églises de la Nouvelle-France ont fait des services solennels pour le&#13;
repos de l’âme de ce vertueux prélat. Le 30e jour après son décès, M. de&#13;
La Colombière, archidiacre et grand-vicaire de ce diocèse, prononça dans la&#13;
cathédrale de cette ville une oraison funèbre dans laquelle on remarqua un&#13;
goût du vrai et une idée de solide dans le choix des choses qu’il dit à la&#13;
louange de l’illustre défunt ; ce qui est le caractère de la véritable éloquence.&#13;
M. de Belmont, aussi grand-vicaire et supérieur des missions de SaintSulpice dans l’île de Montréal, en fit une dans l’église de Notre-Dame de&#13;
Ville-Marie, qui attira l’applaudissement de toutes les personnes de bon&#13;
goût.&#13;
Le corps du vertueux et saint évêque a été mis dans un cercueil de plomb&#13;
et enterré au milieu du sanctuaire de la cathédrale. Voici ce que l’on a gravé&#13;
sur son tombeau au-dessus de ses armes qui sont de Montmorency, l’écu&#13;
de Laval en abîme :&#13;
&#13;
- 1074 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXII-3&#13;
&#13;
Ci-gît Mgr François de Laval&#13;
Montmorency&#13;
Premier évêque et fondateur&#13;
du Séminaire de Québec&#13;
Il est mort le 6e mai&#13;
de l’année 1708,&#13;
la 86e année de son âge,&#13;
la 50e année de son sacre.&#13;
La mémoire de ses vertus&#13;
et de ce qu’il a fait&#13;
pour augmenter la foi&#13;
dans la Nouvelle-France&#13;
n’y mourra point&#13;
tant que la religion catholique&#13;
y subsistera.&#13;
Qu’il repose en paix. 576&#13;
[...] Il s’est opéré des merveilles après la mort de Mgr l’ancien évêque du&#13;
Canada selon le témoignage qu’en rendent les personnes de vertu et celles&#13;
qui ont ressenti des effets de sa sainteté [...]&#13;
&#13;
NDLR : La traduction exacte de l’inscription sur la tombe est : « Au Seigneur Très Grand. Ici&#13;
repose François de Laval, premier évêque de Québec. Il mourut le 6 mai de l’an du salut 1708, en&#13;
sa 86e année, de sa consécration la 50e. Qu’il repose en paix. »&#13;
576&#13;
&#13;
- 1075 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIII&#13;
&#13;
Doc. LXIII. Extrait de la lettre de Raudot à Seignelay (1708)&#13;
&#13;
Doc. LXIII&#13;
Extrait de la lettre de Raudot, intendant du Canada, à Seignelay, secrétaire&#13;
d’État de la Marine de France 1708, d’après une copie conservée aux&#13;
Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies,&#13;
série C11 G, vol. 3, fos 181-182&#13;
Ce témoignage de l’intendant du Canada n’a pas été écrit par obligation ou pour&#13;
obtenir des faveurs ; il est donc spontané. On constate qu’au décès du Serviteur&#13;
de Dieu, il y eut de vraies manifestations populaires de vénération et de réputation&#13;
de sainteté envers lui, comme on le lit pour tant de saints du Moyen-Âge dont le&#13;
culte, dans des cas semblables, fut approuvé par l’autorité ecclésiastique locale.&#13;
&#13;
Depuis le départ des vaisseaux, il n’est rien arrivé ici qui mérite de vous&#13;
être mandé que la mort de M. de Laval, ancien évêque de cette ville.&#13;
Aussitôt après sa mort, les peuples l’ont pour ainsi dire canonisé, ayant eu&#13;
la même vénération pour son corps qu’on a pour ceux des saints, étant&#13;
venus en foule de tout côté pendant qu’il a été exposé et sur son lit de&#13;
parade et dans l’église, lui faire toucher leurs chapelets et leurs heures. Ils&#13;
ont même coupé des morceaux de sa robe que plusieurs ont fait mettre dans&#13;
de l’argent et ils les regardent comme des reliques. Son clergé a bien&#13;
contenté la dévotion de tous ces peuples par la pompe funèbre qu’il lui a&#13;
faite, qui a été très magnifique suivant ce qui se peut faire dans ce pays et&#13;
par l’oraison funèbre que le sieur de La Colombière a prononcée, qui a eu&#13;
l’applaudissement de tout le monde.&#13;
&#13;
- 1076 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-1&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LXIV&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LXIV&#13;
Lettres écrites à l’occasion de la mort du Serviteur de Dieu, dans lesquelles&#13;
on rend hommage au Serviteur de Dieu, 1708, d’après les copies conservées&#13;
aux Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris, vol. 1, fos 23-25&#13;
Aux Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris se trouvent trois volumes de&#13;
documents relatifs à l’histoire religieuse du Canada intitulés Documents pour&#13;
servir à l’histoire de l’Église du Canada. Dans le 1er de ces volumes, il y a un&#13;
dossier consacré exclusivement au Serviteur de Dieu, contenant 15 documents,&#13;
presque tous de l’époque de sa mort. Plusieurs de ces documents, jusqu’ici&#13;
inconnus de la Cause, sont reproduits dans cette Positio.&#13;
Parmi ces documents, nous avons retenu neuf lettres écrites à l’occasion du décès&#13;
du Serviteur de Dieu. Elles ont été recueillies par l’abbé de Glandelet en une copie&#13;
qu’il intitule lui-même Recueil de plusieurs lettres à la louange de Mgr l’Ancien.&#13;
Dans ces lettres, les éloges abondent et font voir combien profonde et universelle&#13;
fut la douleur causée par la mort du Serviteur de Dieu et combien la réputation de&#13;
sainteté fut certifiée aux yeux de tous. On y trouve aussi des détails au sujet de&#13;
plusieurs grâces attribuées à son intercession.&#13;
DOC. LXIV-1. LETTRE DE CRISAFY À GLANDELET (15 MAI 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXIV-1&#13;
Lettre de Crisafy, gouverneur de Trois-Rivières, à Glandelet, grand-vicaire de&#13;
Mgr de Saint-Vallier, 15 mai 1708&#13;
Monsieur,&#13;
Le décès de Monseigneur, premier évêque du pays, est une perte pour toute&#13;
la colonie qui lui est redevable de tant de travaux qu’il a pris pour fonder&#13;
cette Église, pour procurer la paix à tout le monde et faire instruire la&#13;
jeunesse dans les bonnes lettres et la piété, dont lui-même était un véritable&#13;
miroir. C’est, Monsieur, ce qui lui a attiré l’estime et l’amitié de tous les&#13;
peuples de ces contrées et la cause de la juste douleur que nous avons de sa&#13;
perte. C’est un astre qui s’éteint pour la terre par sa mort et toujours vivant&#13;
par le souvenir de ses éminentes vertus et favorables intercessions auprès&#13;
de Dieu en faveur des personnes qui réclameront son charitable secours. Je&#13;
comprends fort bien, Monsieur, que le Séminaire ne ressent plus que&#13;
personne la perte commune que nous avons faite ; mais aussi a-t-il plus de&#13;
vertu pour se conformer à la divine volonté ; en votre personne, Monsieur,&#13;
- 1077 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-2&#13;
&#13;
il a un bon appui. C’est ce qui me fait demander à Dieu votre conservation.&#13;
Je compte qu’il me l’accordera et que dans la suite du temps je vous ferai&#13;
connaître la considération et le zèle dont je suis capable, étant avec tout le&#13;
respect possible, Monsieur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
Le marquis de Crisafy.&#13;
DOC. LXIV-2. LETTRE DE VILERMAULA À GLANDELET (22 MAI 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXIV-2&#13;
Lettre de l’abbé de Vilermaula, du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal,&#13;
à l’abbé de Glandelet, grand-vicaire de Mgr de Saint-Vallier, 22 mai 1708&#13;
Monsieur,&#13;
Tout le monde pleure en Mgr l’Ancien les uns un père, les autres un&#13;
bienfaiteur, tous un saint évêque rempli de l’esprit de Dieu et digne des&#13;
honneurs qu’on rend dans l’Église à ces saints prélats de l’antiquité. Je&#13;
regrette particulièrement la perte que votre communauté fait par une mort&#13;
aussi touchante. L’attache que je me sens pour le Séminaire de Québec m’a&#13;
rendu cette perte très douloureuse et je vous avoue que je la crois&#13;
irréparable. Une chose console les personnes qui ont tendrement aimé un si&#13;
saint homme : c’est l’assurance de son bonheur. Si l’Église militante s’est&#13;
privée d’un modèle accompli de sainteté, la triomphante a sujet de se réjouir&#13;
de le posséder. Il était fait pour le ciel et pour conduire les autres au ciel. Je&#13;
crois que vous ne me blâmerez pas si je le prie de m’y attirer après lui,&#13;
comme il nous y a poussés pendant la vie par l’odeur de ses vertus. Je vous&#13;
prie d’y joindre vos prières pour celui qui est avec un profond respect,&#13;
Monsieur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur,&#13;
De Vilermaula, prêtre.&#13;
&#13;
- 1078 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-3&#13;
&#13;
DOC. LXIV-3. LETTRE DE VAUDREUIL À MAIZERETS (23 MAI 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXIV-3&#13;
Lettre de Vaudreuil, gouverneur du Canada, à l’abbé des Maizerets,&#13;
supérieur du Séminaire de Québec, 23 mai 1708&#13;
Cette lettre du gouverneur de Vaudreuil fut écrite de Montréal, où il se trouvait.&#13;
&#13;
J’ai reçu, Monsieur, celle que vous avez pris la peine de m’écrire le 8e de ce&#13;
mois au sujet de la perte que vous avez faite de Mgr l’Ancien. Les bontés&#13;
qu’il a eues pendant toute sa vie pour ce pauvre pays font connaître assez&#13;
combien un chacun doit avoir été touché d’une mort qui, quoique sainte,&#13;
nous prive pour un jamais du bonheur de le voir. Je vous assure et j’ai déjà&#13;
eu l’honneur de vous écrire que j’y ai été plus sensible qu’un autre par la&#13;
véritable estime et considération que j’ai toujours eues pour ce saint prélat.&#13;
L’on fait ici des services pour lui dans toutes les églises. Ne pouvant lui&#13;
rendre d’autres devoirs, je me fais un plaisir d’y assister. Je m’en fais même&#13;
un honneur, le regardant comme un saint protecteur que nous avons dans&#13;
le ciel où il n’oubliera jamais le pauvre Canada, non plus que son cher&#13;
Séminaire. Je vous offre, Monsieur, et à tous vos Messieurs, quoique je l’aie&#13;
déjà fait dans ma précédente, tous les services dont je pourrai être capable.&#13;
Je vous prie d’être persuadé aussi que c’est avec toute la considération&#13;
possible que j’ai l’honneur d’être, Monsieur,&#13;
Votre très humble et très obéissant serviteur&#13;
De Vaudreuil.&#13;
&#13;
- 1079 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-4&#13;
&#13;
DOC. LXIV-4. LETTRE DE SR MARGUERITE DU SAINT-ESPRIT À MAIZERETS (25 MAI 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXIV-4&#13;
Lettre de Sr Marguerite du Saint-Esprit, supérieure des sœurs de la&#13;
Congrégation Notre-Dame de Montréal, à l’abbé des Maizerets, supérieur du&#13;
Séminaire de Québec, 25 mai 1708&#13;
&#13;
Monsieur,&#13;
Il est inutile de vous témoigner combien notre maison est sensible à&#13;
l’accident qui lui est arrivé par la mort de Monseigneur. C’est notre père,&#13;
notre fondateur et bienfaiteur et celui à qui nous sommes toutes redevables&#13;
de ce que nous sommes. Nous ne pouvons faire une perte plus considérable.&#13;
Le pays a perdu un saint évêque et un pasteur qui avait pour tous une&#13;
charité inconcevable, pour les enfants du pays une tendresse qui le fera à&#13;
jamais regretter. Mais nous en particulier sommes privées de celui à qui&#13;
nous devons après Dieu l’établissement de notre congrégation. Jugez,&#13;
Monsieur, combien cette mort nous doit toucher et combien nous avons&#13;
sujet de nous joindre à la très juste douleur que vous ressentez d’une perte&#13;
qui ne pourra jamais se réparer. Nous nous sommes unies et nous nous&#13;
unirons encore dans la suite pour prier pour un défunt si cher, quoique&#13;
nous le croyions présentement jouissant au ciel de la gloire. C’est la seule&#13;
reconnaissance que nous pouvons avoir pour une personne à laquelle nous&#13;
avons tant d’obligation. Le souvenir de ses bienfaits [et] la vénération&#13;
profonde pour sa sainteté, dureront autant que notre congrégation. Je vous&#13;
prie de me croire dans un très profond respect, Monsieur,&#13;
Votre très humble et très obéissante servante,&#13;
Sr Marguerite du Saint-Esprit.&#13;
&#13;
- 1080 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-5&#13;
&#13;
DOC.LXIV-5. LETTRE DE BELMONT À MAIZERETS (25 MAI 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXIV-5&#13;
Lettre de l’abbé de Belmont, supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice de&#13;
Montréal, à l’abbé des Maizerets, supérieur du Séminaire de Québec,&#13;
25 mai 1708&#13;
Monsieur,&#13;
Vous ne pouvez pas douter que tout le Séminaire et moi n’ayons pris toute&#13;
la part que nous devons à la perte commune que vous et nous avons faite&#13;
d’un très saint et très bon père et d’un très illustre prélat. J’annonçai en&#13;
chaire le jour de l’Ascension l’article de votre lettre où vous me donniez&#13;
nouvelle de cette précieuse mort. J’indiquai un service solennel pour le&#13;
lundi suivant et après quelques mots de ses louanges, je dis que ce serait&#13;
faire tort à la dignité d’un si grand sujet que de le traiter sur-le-champ et&#13;
pour se conformer à l’église cathédrale, il fallait remettre cela au trentain.&#13;
Le lundi de l’octave de l’Ascension se fit un service à la paroisse, où&#13;
assistèrent les curés circonvoisins, à qui j’avais envoyé une lettre circulaire,&#13;
les religieux, les puissances et la pleine église de monde. Il y avait une&#13;
estrade élevée et 100 cierges environ, l’église tendue d’une litre d’étoffe&#13;
noire&#13;
&#13;
chargée&#13;
&#13;
d’armoiries&#13;
&#13;
que&#13;
&#13;
nous&#13;
&#13;
avons&#13;
&#13;
ensuite&#13;
&#13;
prêtée&#13;
&#13;
aux&#13;
&#13;
communautés. Les Récollets, les Hospitalières [et] l’Hôpital général ont fait&#13;
de pareils services. J’irai faire celui de la congrégation tout à l’heure. On m’a&#13;
dit, et le bruit en court ici, que M. Sarrazin, guéri par le baiser des pieds de&#13;
Monseigneur, a paru par les rues, lui de qui on attendait la mort. Le saint&#13;
prélat est sans doute bien digne de ce miracle ; mais je me réjouis&#13;
doublement de celui-là et l’on peut dire qu’en ressuscitant M. Sarrazin, il&#13;
ressuscite 100 morts à la fois, c’est-à-dire tous ceux à qui il rendra la santé.&#13;
Tous nos Messieurs ont fait leur devoir pour les messes. On s’est aussi bien&#13;
souvenu de notre sainte union le cours de votre fête de la Sainte Famille. Je&#13;
désirerais bien et vous demande instamment des mémoires de la vie et des&#13;
vertus de notre saint prélat défunt. Je serais bien aise de voir le panégyrique&#13;
aussi de M. de la Colombière. Je suis avec respect, Monsieur,&#13;
Votre très humble et obéissant serviteur,&#13;
Belmont, prêtre indigne.&#13;
- 1081 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-6&#13;
&#13;
DOC. LXIV-6. LETTRE DE RAMEZAY À MAIZERETS (31 MAI 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXIV-6&#13;
Lettre de Ramezay, gouverneur de Montréal, à l’abbé des Maizerets,&#13;
supérieur du Séminaire de Québec, 31 mai 1708&#13;
&#13;
Monsieur,&#13;
J’ai eu l’honneur de vous prévenir sur la perte que vous faites en particulier&#13;
et tout le pays en général de feu Mgr l’Ancien. MM. du Séminaire ont fait un&#13;
beau service à son intention et toutes les communautés ; les religieuses&#13;
hospitalières s’y sont distinguées ; tous les peuples y ont assisté et ont&#13;
marqué le respect et la vénération qu’ils ont pour sa mémoire. Ce pays-ci&#13;
lui a trop d’obligation pour ne pas conserver la mémoire et la&#13;
reconnaissance qu’on doit à ses bienfaits. En mon particulier, je suis trop&#13;
sensible aux marques de bonté qu’il m’a fait l’honneur de me donner et je&#13;
prends trop de part à ce qui vous regarde pour ne le pas regretter comme je&#13;
le dois. C’est un saint en paradis qui intercédera pour nous. Je vous suis&#13;
avec bien du respect, Monsieur,&#13;
Votre très humble et obéissant serviteur,&#13;
De Ramezay.&#13;
DOC. LXIV-7. LETTRE DE SR GAILLARD À MAIZERETS (23 JUIN 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXIV-7&#13;
Lettre de Sr Gaillard, supérieure de l’Hôtel-Dieu de Montréal, à l’abbé&#13;
des Maizerets, supérieur du Séminaire de Québec, 23 juin 1708&#13;
Monsieur,&#13;
J’ai été très surprise, entendant lire la lettre que M. Rageot a écrite à ma&#13;
Sr Morin, voyant que vous n’avez point reçu celle que je me suis donné&#13;
l’honneur de vous écrire au sujet de la mort précieuse de Mgr l’Ancien. Je&#13;
n’avais garde de manquer à vous témoigner et à tous vos Messieurs la&#13;
particulière part que nous avons prise à votre juste douleur, perdant ici-bas&#13;
un saint, un père et un évêque qui donnait à votre Séminaire un beau lustre&#13;
par la sainteté de sa vie. Notre communauté avait pour Sa Grandeur une&#13;
vénération toute particulière, quoique la plus grande partie de mes sœurs&#13;
- 1082 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-8&#13;
&#13;
n’aient jamais eu l’honneur de le voir. Mais nous avons toujours conservé&#13;
dans notre communauté le respect et l’estime que nos mères nous ont&#13;
inspirés de la sainteté et de la bonté de ce digne prélat et des bontés&#13;
paternelles qu’il a eues pour chacune d’elles et pour toutes en général ; ce&#13;
qui nous a engagées, au service que nous avons fait pour le repos de son&#13;
âme, à lui témoigner notre reconnaissance en le faisant le plus solennel qu’il&#13;
nous a été possible, n’ayant épargné ni peine ni dépense. Nous avons reçu&#13;
avec bien du respect un morceau de ses habits et un peu de ses cheveux. Le&#13;
même soir que nous les reçûmes, nous avons un malade qui ne reposait ni&#13;
jour ni nuit, qui me demanda ces reliques. Je les lui donnai et il dormit toute&#13;
la nuit et s’est toujours porté de mieux en mieux. Nous ne doutons point&#13;
que ce saint prélat ne vous soit et à nous toutes un grand et puissant&#13;
protecteur et avocat auprès de Notre-Seigneur. Demandez pour nous,&#13;
Monsieur, que nous puissions imiter ses vertus qui sont si grandes et si&#13;
admirables, mais sur toute sa profonde humilité et sa vie cachée. Nous vous&#13;
souhaitons tous remplis des mêmes grâces qui ont fait de ce prélat un si&#13;
grand saint. Ce sont les souhaits de celle qui prend la liberté de se dire dans&#13;
un profond respect,&#13;
La Sr Gaillard, religieuse supérieure de l’Hôtel-Dieu de Saint-Joseph de&#13;
Montréal, ce 23 de juin 1708.&#13;
DOC. LXIV-8. LETTRE DE VILERMAULA À MAIZERETS (23 MAI 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXIV-8&#13;
Lettre de l’abbé de Vilermaula, du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal,&#13;
à l’abbé des Maizerets, supérieur du Séminaire de Québec, 1708&#13;
Monsieur,&#13;
Il n’y a personne qui ne ressente la perte que le pays et surtout votre sainte&#13;
communauté ont faite par la mort du saint prélat que Dieu vient de retirer.&#13;
J’ai des sujets de la ressentir plus particulièrement et de prendre une très&#13;
grande part à un accident si sensible à cause de l’union, de l’attache et de&#13;
l’inclination particulière que Dieu m’a donnée pour le Séminaire de&#13;
Québec. Je conçois que le pays a perdu un saint qui le soutenait auprès de&#13;
- 1083 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-9&#13;
&#13;
Dieu par ses prières et par ses vertus héroïques. Mais je reconnais aussi que&#13;
le clergé a perdu un excellent modèle et un pasteur plein de l’esprit des&#13;
apôtres et tout semblable à ces saints évêques qui sont aujourd’hui l’objet&#13;
de notre culte. Il n’est pas nécessaire que je vous témoigne combien je suis&#13;
fidèle à m’acquitter du devoir qui m’engage à offrir à Dieu des prières,&#13;
quoique dans le fond je ne les croie pas nécessaires et que je n’attendrai pas&#13;
sa canonisation pour l’invoquer en mon particulier. Je ne manquerai pas à&#13;
me conformer à l’usage de l’Église et de dire des messes, faire des services,&#13;
comme on en fait dans toutes les autres paroisses du diocèse. Je suis avec&#13;
un profond respect, Monsieur,&#13;
Votre très humble et obéissant serviteur,&#13;
Vilermaula, prêtre.&#13;
DOC. LXIV-9. LETTRE DE SR MARIE DES ANGES À LA SUPÉRIEURE DES URSULINES DE PARIS (1708)&#13;
&#13;
Doc. LXIV-9&#13;
Lettre de Sr Marie des Anges, ursuline du monastère de Québec, à la&#13;
supérieure des Ursulines du monastère de Paris, 1708&#13;
Ma Révérende Mère,&#13;
Une barque qui part d’ici pour Plaisance me donne l’avantage de vous faire&#13;
savoir que Notre-Seigneur a retiré à lui Monseigneur notre ancien évêque&#13;
le 6e de mai de cette année 1708, âgé de 85 ans. Sa mort, ayant été aussi&#13;
précieuse que sa vie a été sainte, laisse toute la Nouvelle-France embaumée&#13;
de l’odeur de ses vertus qui ont été d’une distinction particulière. Le ciel,&#13;
l’ayant avantagé de tout ce qui peut faire un grand saint, continue après sa&#13;
mort de manifester la grandeur de ses vertus par le prompt soulagement et&#13;
guérison que plusieurs personnes ont ressentis se recommandant à lui et&#13;
par un renouvellement intérieur que plusieurs ont ressenti à sa mort et qui&#13;
continue encore. L’on ne peut attribuer qu’à un mouvement surnaturel&#13;
l’extrême empressement que les peuples ont eu à lui faire toucher leurs&#13;
chapelets et surtout les petits enfants qui l’appelaient hautement le saint,&#13;
s’approchant de lui sans crainte ni frayeur. Aussi n’a-t-il point changé après&#13;
&#13;
- 1084 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-9&#13;
&#13;
sa mort, son corps étant demeuré aussi souple et maniable l’espace de huit&#13;
jours qu’il était durant sa vie.&#13;
Nous eûmes le bonheur de le voir dans notre petite chapelle le 4e jour après&#13;
son décès, habillé pontificalement, sans changement dans son visage, ayant&#13;
été porté ainsi par le clergé dans toutes les églises de Québec avec toute la&#13;
solennité que l’on peut faire. Notre chapelle était tendue de blanc avec trois&#13;
tentures noires autour, un dais noir au-dessus d’une espèce de lit tendu de&#13;
noir pour poser le corps de ce grand serviteur de Dieu, que l’on mit tout&#13;
proche de notre grille, afin que nous eussions la consolation de le voir pour&#13;
la dernière fois durant le temps que dura le Libera que chanta le clergé, qui&#13;
était nombreux à raison de 24 curés circonvoisins qui s’étaient rendus à la&#13;
solennité et par l’union des RR. PP. jésuites et récollets qui faisaient un&#13;
même corps. Les autres églises le reçurent avec la même affection. Étant&#13;
porté ensuite à la cathédrale avec un concours de monde surprenant, l’on&#13;
fit les cérémonies de l’enterrement ; un discours environ [une] demi-heure&#13;
fut fait par M. de Glandelet, doyen et notre R. P. supérieur, fit la louange de&#13;
cet illustre défunt, en attendant l’oraison funèbre qui se devait faire au&#13;
trentain par M. de La Colombière, grand-archidiacre. La cérémonie étant&#13;
faite, l’on ne déposa point le corps à l’endroit où on devait le mettre, le&#13;
cercueil de plomb n’étant pas achevé ni l’endroit pour le placer disposé&#13;
comme on le souhaitait.&#13;
MM. du Séminaire le gardèrent encore cinq jours sans aucune mauvaise&#13;
odeur, ni changement dans son visage, ni dans la souplesse de son corps.&#13;
Ils tirèrent son visage en plâtre 577 et, ce qui se trouve admirable, c’est&#13;
qu’ayant retiré le moule, son visage devint d’une si grande beauté avec un&#13;
rouge qui lui était naturel ; ce qui surprit quantité de personnes qui en&#13;
furent témoins. La nouvelle de sa mort ayant été portée partout, tout le&#13;
monde en a témoigné son ressentiment. Des services se sont faits dans&#13;
toutes les paroisses et dans les communautés. Les RR. MM. hospitalières&#13;
ont fait la plus somptueuse qu’on ait pu l’imaginer, ses écussons et ses&#13;
armoiries paraissant sur les tentures noires, avec quantité de luminaires et&#13;
577&#13;
&#13;
NDLR : Ce masque funèbre n’a pas été retrouvé.&#13;
- 1085 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-9&#13;
&#13;
une affluence de peuple porté à honorer un prélat qui, depuis 23 ans qu’il&#13;
s’était démis de son évêché entre les mains de Mgr de Québec, s’était caché,&#13;
menant une vie privée au Séminaire dont il était le fondateur, où il a fait&#13;
paraître l’assemblage de toutes les vertus en un degré très éminent. Aussi&#13;
tout était grand en lui : grand en sa naissance, grand en qualités naturelles,&#13;
grand en grâces, où il a eu une fidélité admirable, grand en toutes les vertus&#13;
chrétiennes et épiscopales et grand, comme nous le croyons, dans la gloire.&#13;
M. de Glandelet, doyen et notre R. P. supérieur, nous fit un petit éloge après&#13;
le premier évangile de la grand-messe qu’il chanta dans notre chapelle, le&#13;
lendemain de la pompe funèbre de cet illustre défunt.&#13;
Il nous fit remarquer que ce grand prélat avait rempli éminemment trois&#13;
devoirs : l’un [1er] envers Dieu, le 2e envers le prochain et le 3e à l’égard de&#13;
lui-même : vers Dieu, par un zèle pour sa gloire qu’il a soutenue avec une&#13;
intrépidité inébranlable, qui lui a fait entreprendre des voyages en France,&#13;
où il a souffert des contradictions, des oppositions et des peines très&#13;
grandes au sujet des traites de boissons aux Sauvages* qui ruinent le&#13;
christianisme et cette colonie ; envers le prochain, que n’a-t-il pas fait pour&#13;
l’établissement du pays, que d’aumônes n’a-t-il pas faites, que de&#13;
fondations n’a-t-il pas établies pour l’instruction des jeunes enfants,&#13;
combien de prêtres n’a-t-il pas donnés au Canada, qui par leur vie régulière&#13;
et la pureté de leur doctrine sont un objet d’admiration aux personnes qui&#13;
viennent de France ; envers lui-même, par une austérité de vie très grande,&#13;
une humilité très profonde, une pauvreté sur sa personne et dans tout ce&#13;
qui le concernait que l’on aurait peine à croire, une patience dans les&#13;
travaux, dans les maladies, dans les persécutions, jointe à un très grand&#13;
amour pour ses ennemis. Mais, à mon avis, ce qui rendra sa mémoire&#13;
éternelle dans le pays, c’est ce Séminaire qu’il a fait bâtir et qu’il a fondé en&#13;
partie, où l’on élève les jeunes enfants dans la piété et dans les sciences pour&#13;
en faire de bons prêtres, que l’on peut appeler de vrais petits Samuel par&#13;
leur modestie et piété aux divins services et par le bon exemple qu’ils&#13;
donnent à tout le monde.&#13;
&#13;
- 1086 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-9&#13;
&#13;
C’est dans ce Séminaire où l’on élève les jeunes ecclésiastiques du pays qui&#13;
se répandent ensuite dans les cures et nourrissent d’une saine doctrine tous&#13;
les peuples de Canada qui sont commis à leurs soins, la terre de Canada&#13;
paraissant une terre sainte qui ne peut souffrir de zizanie ni de mélange de&#13;
nouvelles opinions. J’en sais quelques exemples d’ecclésiastiques venus de&#13;
France qui paraissaient avoir quelque chose d’écarté, qui n’ont pas resté&#13;
longtemps, car aux premières entrevues on les a fait repasser en France.&#13;
L’éloignement que notre grand prélat avait de tout ce qui était opposé à la&#13;
foi lui a fait avoir une vue continuelle sur le Séminaire, prenant&#13;
connaissance&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
tout&#13;
&#13;
ce&#13;
&#13;
qui&#13;
&#13;
s’y&#13;
&#13;
passait,&#13;
&#13;
étant&#13;
&#13;
secondé&#13;
&#13;
par&#13;
&#13;
MM. des Maizerets et de Glandelet et autres personnes dont le mérite et le&#13;
savoir sont notoires à tout le pays.&#13;
&#13;
- 1087 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIV-9&#13;
&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LV&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LV&#13;
Deux mémoires rédigés à l’occasion de la mort du Serviteur de Dieu, 1708,&#13;
d’après des copies conservées aux Archives du Séminaire Saint-Sulpice de&#13;
Paris, vol. 1, fos 3-5 ; 7-8&#13;
Ces deux mémoires sur la vie et les vertus du Serviteur de Dieu furent composés,&#13;
comme tout porte à le croire, à l’occasion du décès du Serviteur de Dieu. Le&#13;
1er prend la forme d’un aperçu biographique, de sa naissance (1623) à sa&#13;
démission comme évêque de Québec (1688) ; le 2e est un résumé de ses vertus,&#13;
regroupées sous les trois aspects de la charité envers Dieu, envers le prochain et&#13;
envers lui-même. L’époque de la rédaction est évidente dans la 2e relation, qui&#13;
note : « envoyé à M. de Belmont, supérieur de Montréal, qui l’a demandé ».&#13;
L’abbé de Belmont était supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal en&#13;
1708, et on peut penser qu’il avait demandé ces notes pour préparer son éloge&#13;
funèbre du Serviteur de Dieu, qu’il prononça dans l’église de Montréal en juin&#13;
1708 (Doc. LX-3). La première relation semble avoir été écrite à la même époque,&#13;
puisque nous le trouvons dans le dossier susmentionné de documents relatifs à&#13;
Mgr de Laval (Docs. LXIV), dont presque tous les documents portent la date de&#13;
1708.&#13;
On ne connaît pas l’auteur de ces mémoires ; les manuscrits sont anonymes. On&#13;
peut penser à un prêtre du Séminaire de Québec, qui aurait été témoin oculaire de&#13;
la vie du Serviteur de Dieu. Selon l’archiviste du Séminaire, Mgr A. E. Gosselin,&#13;
on pourrait facilement attribuer le second mémoire à l’abbé de Glandelet, vu que&#13;
les divisions générales correspondent exactement à celles de l’oraison funèbre&#13;
qu’il prononça lors d’une messe solennelle du 10 juin 1708 dans la chapelle des&#13;
Ursulines de Québec (Docs. LXIV). Nous savons aussi par M. de La Tour&#13;
(Mémoires sur M. de Laval, Doc. LXIX) que l’abbé de Glandelet écrivit plusieurs&#13;
relations de la vie du Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
- 1088 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-1&#13;
&#13;
DOC. LXV-1. MÉMOIRE [DE GLANDELET] SUR LA VIE DE LAVAL (1708)&#13;
&#13;
Doc. LXV-1&#13;
Mémoire [de Glandelet] touchant feu M. François de Laval, ancien et&#13;
premier évêque de Canada, 1708&#13;
M. l’Ancien fut fait chanoine d’Évreux à l’âge de 12 ou 14 ans, ayant été&#13;
tonsuré en 1631, huit ou neuf ans après sa naissance, qui fut le 20 avril 578 de&#13;
l’année 1623. M. d’Évreux, son oncle, le porta à prendre l’habit du siècle&#13;
pour soutenir sa famille comme en étant l’aîné 579. Touché qu’il fut de Dieu,&#13;
il reprit l’habit ecclésiastique à l’âge de 19 ou 20 ans, prit les mineurs et le&#13;
sous-diaconat en 1646, le diaconat et la prêtrise en 1647. Il fut bientôt après,&#13;
en 1648, archidiacre d’Évreux, bénéfice qu’il garda jusqu’à l’âge de 31 ou&#13;
32 ans et s’en démit entre les mains de M. Boudon, un saint prêtre. Il vint&#13;
loger aussitôt après chez M. [Jean] de Bernières, auteur du Chrétien intérieur,&#13;
à Caen, où il passa environ quatre ans dans les exercices de l’oraison, de la&#13;
piété et du service des pauvres malades de l’Hôtel-Dieu. Dans le même&#13;
temps de son séjour avec M. de Bernières, il fut commis pour soutenir les&#13;
religieuses hospitalières de Caen, qu’on voulait congédier pour réduire&#13;
l’hôpital aux soins seuls des administrateurs séculiers. M. l’Ancien fit un&#13;
voyage à Paris pour cela, soutint vigoureusement le parti des Hospitalières&#13;
et gagna le procès en leur faveur et, à son retour à Caen, il fut leur&#13;
confesseur. Un peu après, demeurant avec M. de Bernières, il fut encore&#13;
commis pour réformer les religieux d’un couvent de Caen fort déformé,&#13;
dont il vint à bout.&#13;
Dans le même temps de sa demeure, on jeta les yeux sur lui pour l’évêché&#13;
de Canada, où il avait senti inclination de venir lorsqu’il étudiait à&#13;
La Flèche. Il dit qu’il était prêt d’y venir, mais non pas pour être évêque 580.&#13;
&#13;
Sur la date de naissance du Serviteur de Dieu, voir Doc. 0.&#13;
À la suite de la mort de son père survenue en 1636 et de ses deux frères aînés en 1644 et en 1645,&#13;
le Serviteur de Dieu, alors âgé de 22 ans, devint chef de sa famille et seigneur de Montigny. Il passa&#13;
alors un an (de l’été 1645 à l’automne 1646) dans sa seigneurie, certainement pour voir aux intérêts&#13;
de la famille (Gosselin, Le vénérable François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec,&#13;
2e édition, Québec, 1923, p. 30). Cependant, nous ne croyons pas qu’il ait abandonné l’état&#13;
cclésiastique, comme on vient d’en faire allusion dans la relation, puisqu’il conserva jusqu’en 1648&#13;
son canonicat d’Évreux, reçu en 1639 (Doc. III ; Doc. IV).&#13;
580&#13;
Cf. Doc. LX-2.&#13;
578&#13;
579&#13;
&#13;
- 1089 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-1&#13;
&#13;
Néanmoins ayant reconnu la volonté de Dieu, il accepta le vicariat&#13;
apostolique sous le titre d’évêque de Pétrée. Il fut sacré à Paris dans l’église&#13;
de Saint-Germain-des-Prés par M. le nonce et MM. Abelly, évêque de&#13;
Rodez, et Du Saussay, nommé à l’évêché de Toul, le jour de l’ImmaculéeConception l’an 1658, la 36e année commencée de son âge, sous le pape&#13;
Alexandre VII. Il vint en Canada en 1659 et partit de Paris le propre jour de&#13;
Pâques avec MM. Torcapel et Pelerin, prêtres, et le neveu de&#13;
M. de Bernières, qui n’était que tonsuré. M. de Bernières mourut dans ce&#13;
temps, le 3e jour de mai, de la précieuse mort des saints. M. Dudouyt vint&#13;
en Canada en l’année 1662 et il y arriva comme Monseigneur en était parti&#13;
pour retourner en France.&#13;
M. l’Ancien arriva à l’île Percée le 16 mai 1659, dans un navire pêcheur avec&#13;
les trois Messieurs dont on a parlé et le P. Jérôme Lalemant. Ils y passèrent&#13;
environ un mois de temps et arrivèrent à Québec le 16 juin de la même&#13;
année. Il fut reçu par M. d’Argenson, gouverneur, et fut d’abord logé à&#13;
l’hôpital et dans une petite maison appartenant à feu M. Saint-Martin,&#13;
pendant qu’on raccommodait la maison de Mme de La Peltrie, où il a&#13;
demeuré près de deux ans.&#13;
Monseigneur établit son officialité dans le mois de septembre 1659. Le 5 de&#13;
mai 1660, il fulmina l’excommunication contre ceux qui traitaient ou&#13;
donnaient gratuitement des boissons enivrantes aux Sauvages*. Le 13 août&#13;
de la même année 1660 581, Monseigneur fit une ordonnance à tous les&#13;
ecclésiastiques de le reconnaître et de se soumettre à sa juridiction avec&#13;
défense expresse de reconnaître celle de M. l’archevêque de Rouen, qui fut&#13;
signée de tous les ecclésiastiques, qui s’y soumirent.&#13;
Cette même année 1660, M. d’Argenson commença à se brouiller avec&#13;
Monseigneur à l’occasion des honneurs de l’église et sur ce que&#13;
M. d’Argenson prétendait être marguillier d’honneur et en cette qualité&#13;
avoir inspection sur les comptes de l’église. En 1661, M. d’Argenson fut&#13;
rappelé et M. Davaugour vint en sa place, lequel fit repasser en France&#13;
581&#13;
&#13;
Ce décret n’est pas du 13, mais plutôt du 3 août (Doc. XXVI).&#13;
- 1090 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-1&#13;
&#13;
M. l’abbé de Queylus, suivant l’ordre qu’il en avait eu par une lettre de&#13;
cachet et, par ce moyen, les disputes qui duraient depuis plusieurs années&#13;
cessèrent. En 1662, Monseigneur fut logé au collège et bientôt après dans&#13;
une petite salle de colombage, qui était toute délabrée et sur l’emplacement&#13;
du presbytère. On remarque que depuis son arrivée en Canada jusqu’à son&#13;
premier retour en France, qui arriva en 1662, Monseigneur, qui épargnait&#13;
tout ce qu’il pouvait pour sa personne, était très libéral à l’égard des&#13;
pauvres et, afin que ses aumônes fussent plus secrètes, il les faisait&#13;
distribuer par d’autres personnes, qui ont attesté qu’il avait donné aux&#13;
pauvres dans ces trois premières années la valeur d’environ 30 000 livres.&#13;
Monseigneur repassa donc en France en 1662. L’occasion de son voyage fut&#13;
les contestes qui arrivèrent entre lui et M. Davaugour au sujet de la traite&#13;
des boissons, que celui-ci favorisait et dont il fut lui-même puni, et les&#13;
traiteurs qui étaient tombés dans l’excommunication furent châtiés de Dieu&#13;
en l’absence de Monseigneur ; car M. Davaugour perdit tous ses effets,&#13;
d’autres furent fouettés, repris qu’ils furent de la justice ; la maison des&#13;
autres fut brûlée et Dieu envoya aux jours du carnaval un tremblement de&#13;
terre qui arrêta pour un temps les désordres.&#13;
La même année 1662, Monseigneur arriva à Paris et obtint du roi, dès la&#13;
première audience, tout ce qu’il demanda. Sa Majesté le nomma la même&#13;
année, le 14 décembre, à l’évêché de Québec 582 et lui donna l’abbaye de&#13;
Méobecq. M. Davaugour fut rappelé et le roi donna à Monseigneur la&#13;
liberté de choisir lui-même un autre gouverneur, qui fut M. de Mésy, tout&#13;
zélé pour lors pour toute sorte de bonnes œuvres.&#13;
En 1663, Monseigneur, avant que de retourner au Canada, obtint des lettres&#13;
patentes de l’établissement de son Séminaire qu’il avait fait la même année.&#13;
Il obtint aussi dans la même année des lettres patentes de l’établissement&#13;
Il est évident qu’il ne s’agit pas d’une vraie nomination comme évêque de Québec, mais bien&#13;
d’une promesse que fit alors le roi au Serviteur de Dieu de le présenter au souverain pontife comme&#13;
premier évêque du futur diocèse de Québec ; ce qu’il fit le 28 juin 1664. La nomination pontificale,&#13;
on le sait, ne fut faite qu’en 1674. Entre-temps, le Serviteur de Dieu, se considérant désormais&#13;
comme nommé par le roi en tant que premier évêque de Québec, ajoutait dans les actes officiels ce&#13;
titre à celui d’évêque de Pétrée et de vicaire apostolique de la Nouvelle-France (cf. Doc. XXVII-6 ;&#13;
Doc. XXXI ; Doc. XXXIII, nos 1 et 2 ; Doc. XXXV ; Doc. XLI-1).&#13;
582&#13;
&#13;
- 1091 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-1&#13;
&#13;
du Conseil [souverain] avec pouvoir de nommer les conseillers&#13;
conjointement avec le gouverneur 583. Monseigneur retourna en Canada en&#13;
1663 et s’embarqua après les fêtes de la Pentecôte dans le navire du roi&#13;
commandé par le capitaine nommé Gaugot en compagnie de M. de Mésy,&#13;
gouverneur, [Gaudais-]Dupont, intendant, des Maizerets, Pommier et le&#13;
P. Raffeix. Ils eurent beaucoup à souffrir dans cette traversée, où il mourut&#13;
plus de 60 personnes. Monseigneur exerça une charité extraordinaire&#13;
envers les pauvres passagers malades, autour desquels il était souvent&#13;
occupé, lorsque ses vomissements, qui étaient fréquents, le lui permettaient.&#13;
Il consomma pour eux tout ce qu’il avait de volailles, pain, rafraîchissement&#13;
et autres victuailles et autres provisions, ne lui en restant plus ni pour lui ni&#13;
pour les siens. Il revenait souvent du service de ces pauvres malades tout&#13;
couvert de vermine.&#13;
Monseigneur étant arrivé à Québec quatre mois après son embarquement,&#13;
commença à faire régler les cérémonies et l’ordre dans la discipline du&#13;
chœur. Il choisit avec M. de Mésy les conseillers. Le Conseil ne fut pas plus&#13;
tôt établi que M. de Mésy, prétendant d’avoir une somme outre les&#13;
appointements, et le Conseil n’y donnant pas les mains, M. de Mésy déclara&#13;
la guerre à Monseigneur et au Conseil, qui dura jusque proche de la mort&#13;
de M. de Mésy, qui arriva le 6 mai 1665. Sa maladie fut longue, pendant&#13;
laquelle il répara les scandales qu’il avait donnés et rétracta publiquement&#13;
tout ce qu’il avait fait contre Monseigneur, qui disait tous les jours la messe&#13;
pour lui et en faisait dire une autre pareillement chaque jour pour la même&#13;
intention.&#13;
Dans l’année 1664, Monseigneur commença à établir l’Assemblée de la&#13;
Sainte-Famille, pour laquelle il donna de bons règlements, qui furent&#13;
depuis confirmés en 1665 et approuvés par le pape Alexandre VII. Il&#13;
retourna encore loger à l’hôpital, où il demeura très peu, et revint au&#13;
Séminaire. Au commencement de juillet 1665, M. Tracy arriva en Canada et&#13;
quelque temps après, dans la même année, MM. de Courcelle et Talon, qui&#13;
arrivèrent avec un régiment que Monseigneur avait demandé au roi pour&#13;
583&#13;
&#13;
Cf. Doc XXXII.&#13;
- 1092 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-1&#13;
&#13;
faire la guerre aux Iroquois, qui incommodaient beaucoup le pays, contre&#13;
lesquels M. Tracy s’achemina en septembre 1666. Et pendant tout le temps&#13;
de son voyage, Monseigneur fit faire des prières publiques partout, qui&#13;
obtinrent à Dieu un heureux succès de cette guerre. En 1667, Monseigneur&#13;
renouvela les défenses qu’il avait faites contre les traiteurs d’eau-de-vie 584.&#13;
Il établit aussi la même année les fêtes de Sainte-Anne et de Saint-FrançoisXavier pour être chômées 585. En 1668, 9 octobre, fête de Saint-Denis,&#13;
Monseigneur fit commencer l’établissement [du Petit] Séminaire de&#13;
Québec ; en 1669, il fit un cas réservé de la traite des boissons, au sujet de&#13;
laquelle il a toujours eu de grandes persécutions à soutenir.&#13;
Le 3 de novembre 1671, Monseigneur s’embarqua pour faire la seconde fois&#13;
le voyage de France, où il alla pour poursuivre les bulles de l’érection de&#13;
l’évêché de Québec. En quoi il expérimenta de grandes difficultés, qui le&#13;
firent rester quatre ans en France, pendant lesquels M. de Frontenac vint&#13;
prendre la place de M. de Courcelle et fit son entrée en 1672, le 8 de&#13;
septembre, et M. Talon repassa en France la même année.&#13;
En 1674, Monseigneur reçut enfin ses bulles sous le pontificat de Clément X.&#13;
L’année suivante 1675, Monseigneur arriva à Québec avec M. Duchesneau,&#13;
intendant. Il fut reçu avec toutes les solennités requises et avec tous les&#13;
témoignages de joie que son retour causait à tous les gens de bien.&#13;
Au mois de mai de l’année 1678, Monseigneur mit la première pierre au&#13;
grand bâtiment du Séminaire, que l’on commença à bâtir par une neuvaine&#13;
que l’on fit à la sainte Famille, à laquelle il fut dédié, et l’on compte plusieurs&#13;
protections merveilleuses pendant ledit bâtiment.&#13;
&#13;
Nous n’avons retrouvé aucun décret émis en 1667 par le Serviteur de Dieu à ce sujet. C’est plutôt&#13;
dans les années 1668-1669 qu’il reprit sa campagne contre les commerçants de boissons enivrantes&#13;
avec les Autochtones.&#13;
585&#13;
Le décret se trouve aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 58, no 61. Nous&#13;
n’avons pas cru nécessaire de le reproduire dans cette Positio.&#13;
584&#13;
&#13;
- 1093 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-1&#13;
&#13;
En 1678, le 12 novembre, Monseigneur fit un troisième voyage en France&#13;
contre la traite des boissons, où M. Dudouyt avait été envoyé en partie pour&#13;
cela deux ans auparavant. Avant que de partir, il baisa les pieds de tous les&#13;
ecclésiastiques, la larme à l’œil, après leur avoir fait un discours très&#13;
pathétique sur l’humilité. Ce voyage, qui dura deux ans, fit souffrir à&#13;
Monseigneur des peines, des fatigues, des humiliations et des rebuts, qu’il&#13;
lui fallut essuyer à cause qu’il ne voulait rien relâcher de sa fermeté à&#13;
s’opposer à ladite traite. On a vu depuis la punition divine contre les&#13;
fauteurs de ladite traite.&#13;
Monseigneur revint en Canada en 1680 avec la douleur de n’avoir pu&#13;
réussir dans la défense qu’il espérait obtenir contre la traite des boissons et,&#13;
quoique l’arrêt du roi ne la permettait que dans les habitations françaises,&#13;
on n’y a gardé depuis plusieurs années ni règle ni mesure.&#13;
En l’année 1681, Monseigneur fit ses visites en l’étendue de la colonie et,&#13;
trouvant les esprits fort mal disposés tant à l’égard des dîmes que de la&#13;
traite des boissons et de divers autres scandales qui trouvaient de la&#13;
protection du côté du gouverneur, Monseigneur fit tant de fatigues, surtout&#13;
en mangeant fort tard dans ce voyage, qu’il en contracta une grande&#13;
maladie à son retour et pensa mourir cette année-là. Les brouilleries qui&#13;
étaient entre M. de Frontenac et M. Duchesneau étant arrivées au plus&#13;
grand excès, Monseigneur se crut obligé de se jeter à la traverse. Il fut donc&#13;
trouver les deux partis et fit si bien auprès de l’un et de l’autre que leur&#13;
affaire fut assoupie et raccommodée, quoique avec bien de difficulté.&#13;
En 1682, MM. de Frontenac et Duchesneau passèrent en France, MM. de&#13;
La Barre et de Meulles vinrent en Canada. On passe sous silence tout ce qui&#13;
s’est passé en 1682 et 1683 touchant les Récollets dans l’érection du petit&#13;
clocher qu’ils firent élever sur leur hospice contre les ordres de&#13;
Monseigneur, auxquels la Cour les obligea enfin de se tenir et d’abattre ledit&#13;
clocher ; ce qu’ils exécutèrent et par là furent rétablis dans l’exercice de leurs&#13;
fonctions.&#13;
&#13;
- 1094 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-1&#13;
&#13;
En 1684, Monseigneur s’étant retiré à Saint-Michel sur la fin du mois&#13;
d’octobre et se trouvant notamment épuisé et beaucoup plus incommodé&#13;
qu’à l’ordinaire de la descente 586 qu’il avait contractée depuis près de 20 ans&#13;
par des efforts qu’il avait faits dans ses missions en faisant de grands&#13;
voyages en raquettes et ne vivant pour lors que d’une manière très pauvre,&#13;
couchant sur la paille dans une grange ou une pauvre cabane, se résolut,&#13;
par le conseil des serviteurs de Dieu, de faire cette même année, pour la 4e&#13;
fois, le voyage de France. Ses raisons furent [1re] de procurer le choix d’un&#13;
bon gouverneur, à quoi la Providence avait déjà pourvu avant son arrivée&#13;
dans le choix que le roi avait déjà fait de M. le marquis de Denonville ; la&#13;
2e pour maintenir la juridiction de l’évêché de Québec dans les missions des&#13;
Illinois et de Mississippi ; et la 3e et principale fut la démission de son&#13;
évêché, à laquelle il soupirait depuis longtemps.&#13;
Avant son départ, il établit le chapitre de la cathédrale et fixa toutes les&#13;
cures du pays qui purent l’être. Il institua aussi la fête de Saint-Louis,&#13;
titulaire de la cathédrale avec l’Immaculée Conception, de première classe&#13;
avec octave 587. Il en fit autant pour la fête de la Sainte-Famille, qu’il transféra&#13;
au troisième dimanche d’après Pâques 588.&#13;
Enfin, après avoir tout réglé et déclaré toutes ses volontés pour la conduite&#13;
de son diocèse et du Séminaire et après avoir confirmé MM. de Bernières et&#13;
des Maizerets ses grands-vicaires, il partit le 14 novembre avec M. Guyon,&#13;
prêtre et chanoine, laissant son Église dans une parfaite concorde et union.&#13;
Il ne fut pas plus tôt à Paris qu’il fit la démission pure et simple entre les&#13;
mains du roi après avoir obtenu la nomination pour Mgr de Saint-Vallier&#13;
pour lui succéder. Mgr l’Ancien resta en France jusqu’à l’année 1688&#13;
[lors]qu’il revint en Canada et arriva à Québec dans le navire dit Le Soleil&#13;
d’Afrique le 4 juin. Il fut reçu au bruit du canon du fort avec de grands&#13;
témoignages de joie sur son retour.&#13;
&#13;
586&#13;
NDLR : Une descente d’organe, ou un prolapsus, est l’affaissement d’un organe du bassin, tels&#13;
que la vessie ou le rectum, par suite de déficience de soutien naturel.&#13;
587&#13;
Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 117, no 157.&#13;
588&#13;
Ibid., p. 108, no 150.&#13;
&#13;
- 1095 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-2&#13;
&#13;
DOC. LXV-2. MÉMOIRE [DE GLANDELET] SUR LES VERTUS DE LAVAL (1708)&#13;
&#13;
Doc. LXV-2&#13;
Mémoire [de Glandelet] touchant les vertus de feu Mgr l’ancien et premier&#13;
évêque de Canada, décédé à Québec le 6 mai 1708&#13;
L’on peut réduire les vertus de Mgr de Laval, premier évêque de Québec, à&#13;
trois chefs selon le triple rapport que nous avons à Dieu, au prochain et à&#13;
nous-mêmes :&#13;
par rapport à lui-même, ç’a été un amour singulier qu’il a&#13;
toujours eu pour la vie cachée et inconnue, pour la vie humble&#13;
et méprisée, pour la vie pauvre et dénuée ;&#13;
par rapport au prochain, ç’a été un amour tendre qu’il a&#13;
toujours eu pour le pauvre et une charité cordiale pour ses&#13;
ennemis ;&#13;
par rapport à Dieu, ç’a été un zèle ferme, constant, infatigable,&#13;
&#13;
invincible, pour la destruction du vice et du péché dans les&#13;
consciences et pour soutenir les intérêts de Jésus-Christ sans&#13;
crainte, sans respect humain, au préjudice de tous les intérêts&#13;
particuliers, à quoi il faut joindre une piété assidue, exacte et&#13;
persévérante qu’il a eue pour toutes les choses qui concernent&#13;
le service divin et la religion.&#13;
La preuve du premier point peut se faire en ce qu’étant sorti des maisons&#13;
illustres de Montmorency* et de Laval, dont tout le monde connaît la&#13;
noblesse et l’ancienneté, jamais il ne s’est fait un honneur vain et séculier de&#13;
ces avantages ; au contraire il ne fut pas plus tôt touché de Dieu qu’il&#13;
renonça à tout ce que son illustre naissance pouvait lui permettre d’éclatant&#13;
dans le monde. C’est pour cela qu’ayant pris parti dans l’état ecclésiastique,&#13;
il se retira et [se] cacha dans une espèce de solitude l’espace de quatre ans,&#13;
pour être inconnu à tout autre qu’à Dieu, ne vaquant qu’aux exercices de&#13;
l’oraison, des saintes lectures et des pieuses conférences qu’il avait avec les&#13;
serviteurs de Dieu dans la compagnie desquels il s’était retiré et ne prenant&#13;
point d’autre récréation que celles qu’il trouvait à servir les pauvres&#13;
malades dans les hôpitaux, dont il pansait et nettoyait lui-même les plaies&#13;
- 1096 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-2&#13;
&#13;
en mettant à sa bouche même les épingles pleines de pus et d’ordures qu’il&#13;
avait ôtées de leurs bandages. L’amour qu’il eut pour la pauvreté le fit&#13;
renoncer encore à toutes les prétentions de sa famille par une cession libre&#13;
et volontaire qu’il fit de ses biens de patrimoine, auxquels il avait plus de&#13;
droits qu’aucun autre étant l’aîné de sa maison.&#13;
Ce même amour lui fit faire de longs pèlerinages de dévotion, à pied, en&#13;
mendiant son pain, cachant exprès ce qu’il était, afin de subir les mépris et&#13;
les confusions qui accompagnent la pauvreté et qui ne lui manquèrent pas&#13;
dans ces sortes d’occasions.&#13;
Lorsqu’on jeta les yeux sur lui pour l’évêché de Canada, il s’offrit à la vérité&#13;
de venir dans le pays pour les missions, duquel il se sentait prévenu d’une&#13;
inclination secrète qui avait commencé lorsqu’il faisait ses études à&#13;
La Flèche ; mais il rejeta la proposition qu’on lui fit d’y venir en qualité&#13;
d’évêque 589 et il n’y consentit enfin qu’après qu’on l’eût assuré que c’était la&#13;
volonté de Dieu.&#13;
Tout le monde est témoin de la vie pauvre et frugale, éloignée du faste et&#13;
de l’éclat, que Mgr l’ancien évêque de Québec a toujours menée dans le&#13;
Canada, frugalité, pauvreté, éloignement du faste, qui a paru et dans ses&#13;
repas et dans ses vêtements et dans son logement et dans ses meubles et&#13;
dans sa suite et dans ses voyages et dans ses courses dans les missions qu’il&#13;
a faites autant de temps qu’il a pu, comme les plus pauvres missionnaires,&#13;
à pied, en raquettes, la couverte sur le dos, ne trouvant le plus souvent&#13;
presque rien à manger, couchant dans une grange ou contre le feu sur de la&#13;
paille et faisant des trajets de chemin avec des fatigues que ceux qui ont&#13;
589&#13;
&#13;
Voir note Doc. LXV. NDLR : La revoici :&#13;
Il est évident qu’il ne s’agit pas d’une vraie nomination comme évêque de Québec,&#13;
mais bien d’une promesse que fit alors le roi au Serviteur de Dieu de le présenter&#13;
au souverain pontife comme premier évêque du futur diocèse de Québec ; ce qu’il&#13;
fit le 28 juin 1664. La nomination pontificale, on le sait, ne fut faite qu’en 1674.&#13;
Entre-temps, le Serviteur de Dieu, se considérant désormais comme nommé par&#13;
le roi en tant que premier évêque de Québec, ajoutait dans les actes officiels ce&#13;
titre à celui d’évêque de Pétrée et de vicaire apostolique de la Nouvelle-France.&#13;
(Cf. Doc. XXVII-6 ; Doc. XXXI ; Doc. XXXIII, nos 1 et 2 ; Doc. XXXV ;&#13;
Doc. XLI-1)&#13;
- 1097 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-2&#13;
&#13;
l’expérience de la rigueur des saisons et de leur incommodité dans le&#13;
Canada comprendront aisément et qui lui causèrent de grandes&#13;
incommodités qu’il a portées avec beaucoup de patience jusqu’à la mort.&#13;
Il était si éloigné de tout ce qui ressent la vanité qu’il ne souffrait qu’avec&#13;
une mortification très grande et une peine extrême les louanges qu’on lui&#13;
donnait. Il avait en horreur la flatterie. Il avait appris la précieuse maxime&#13;
du mépris du monde et de ses vanités d’un grand serviteur de Dieu 590 qui&#13;
lui dit lorsqu’il vint en qualité de vicaire apostolique en Canada : « Fuyez,&#13;
Monseigneur, fuyez tout ce qui a de l’éclat ». Il la mit toujours en pratique&#13;
et son éloignement était si grand pour tout ce qui ressent le faste et la vanité&#13;
mondaine qu’il ne l’a jamais pu souffrir ni dans sa personne, ni dans ses&#13;
ecclésiastiques, ni dans les personnes de son diocèse, particulièrement&#13;
celles du sexe, contre la vanité et l’immodestie desquelles il a souvent fait&#13;
publier des ordonnances 591, ayant même refusé aux sacrements celles qui&#13;
ont osé s’y présenter dans un éclat peu séant et peu modeste.&#13;
La crainte qu’il eut que les ecclésiastiques n’entrassent dans quelque esprit&#13;
d’émulation pour les prééminences lui fit faire, en plusieurs occasions, en&#13;
les assemblant, des exhortations et conférences sur l’esprit de pauvreté et&#13;
d’humilité dont ils devaient faire profession d’une manière très particulière&#13;
dans l’Église naissante de Canada à l’exemple des premiers disciples de&#13;
Jésus-Christ. Étant sur le point de repasser en France en l’année 1678, il les&#13;
assembla tous et leur fit une exhortation très pathétique sur la vertu&#13;
d’humilité et à la fin leur baisa les pieds les larmes aux yeux. Haec pauca&#13;
sufficiant inter alia innumera quae memoria nunc non suppeditat 592.&#13;
De l’amour de la pauvreté dont Mgr notre ancien pasteur nous a laissé de&#13;
grands exemples, il est naturel de passer à l’amour qu’il eut toute sa vie&#13;
pour les pauvres. On ne peut aimer la pauvreté sans aimer les pauvres. Il&#13;
eut toujours un très grand attrait pour les assister et pour leur rendre les&#13;
NDLR : Il s’agit de Jean de Bernières.&#13;
Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A*, p. 130, no 172.&#13;
592&#13;
NDLR : Ce peu d’exemples suffisent parmi d’autres, très nombreux, qui ne me viennent pas&#13;
immédiatement à la mémoire.&#13;
590&#13;
591&#13;
&#13;
- 1098 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-2&#13;
&#13;
services les plus rebutants à la nature, dont il y a quantité de traits fort&#13;
considérables que le peu de temps qu’on a ne permet pas de raconter ici.&#13;
Mais on ne doit pas passer sous silence les libéralités qu’il exerça envers les&#13;
pauvres pendant les trois premières années qu’il demeura en Canada après&#13;
y être venu pour la première fois en 1659, car on remarque qu’il leur avait&#13;
fait distribuer secrètement et sans vouloir paraître la valeur de&#13;
30 000 livres ; que s’il diminua dans la suite ces sortes d’aumônes, ce n’est&#13;
pas que l’amour qu’il avait pour les pauvres fût diminué, mais c’est qu’il se&#13;
vit dans l’impossibilité d’en continuer d’aussi grandes dans la suite par la&#13;
nécessité où il se vit de soutenir des œuvres très importantes et très&#13;
nécessaires pour la gloire de Dieu et le bien de son diocèse. Mais il a&#13;
toujours aimé et secouru les pauvres jusqu’à la mort autant qu’il a pu,&#13;
comme chacun en est témoin.&#13;
Ce qu’il fit en 1663 dans le retour de son premier voyage en France, c’est&#13;
une preuve bien éclatante du grand amour qu’il avait pour les pauvres, car&#13;
durant toute la navigation, qui dura quatre mois entiers et dans laquelle la&#13;
maladie, qui se mit dans le navire où il était, fit mourir plus de 60 personnes,&#13;
il y fut sans cesse occupé autour des pauvres matelots et passagers qui&#13;
étaient malades et leur rendit avec une charité toute singulière les services&#13;
les plus vils et les plus rebutants, sans épargner pour leur soulagement les&#13;
vivres et les rafraîchissements qu’il avait fait embarquer pour lui et pour les&#13;
siens et qu’il consuma entièrement en faveur de ces pauvres alités, sans s’en&#13;
réserver quoique ce soit ; ce qui le fit beaucoup souffrir dans le reste du&#13;
voyage, où il fut réduit à la condition des pauvres passagers. On remarque&#13;
entre autres choses que l’assiduité qu’il avait auprès de ces malades l’en&#13;
faisait souvent revenir couvert de vermine. La charité qu’eut Monseigneur&#13;
pour tous les prochains et particulièrement pour ses ennemis s’est fait&#13;
remarquer en diverses occasions. Tous ceux qui l’ont connu savent le&#13;
discernement et la distinction qu’il faisait des personnes d’avec leurs vices.&#13;
Il haïssait et poursuivait avec tout le zèle et la prudence dont il était capable&#13;
les vices qui étaient en elles, mais il aimait et chérissait tendrement ces&#13;
mêmes personnes qui se déclaraient souvent ses ennemis dès là qu’il&#13;
attaquait leurs désordres. L’expérience l’a toujours fait voir qu’aussitôt que&#13;
- 1099 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-2&#13;
&#13;
ses ennemis rentraient dans leur devoir par rapport à Dieu et à leur&#13;
conscience, il était épanoui en leur endroit sans faire paraître le moindre&#13;
ressentiment des peines qu’il avait reçues de leur part.&#13;
Que ne pourrait-on pas dire de sa fermeté à poursuivre le vice, sans jamais&#13;
se rebuter des grandes contradictions qu’il a souffertes de tant d’endroits à&#13;
ce sujet ? Les fréquents voyages qu’il a faits en France pour s’opposer à cette&#13;
traite criminelle et malheureuse des boissons aux Sauvages*, qu’il a&#13;
toujours regardée, ainsi qu’elle l’est en effet, comme le plus grand obstacle&#13;
à l’établissement et au progrès non seulement de la religion, mais encore de&#13;
la colonie ; ces voyages, dis-je, fréquents qui lui ont coûté tant de fatigues,&#13;
de peines et de mortifications et de déboires, prouvent invinciblement&#13;
combien le zèle qu’il avait à poursuivre le vice et le désordre a été ferme,&#13;
constant et inébranlable, de sorte qu’on pourrait lui attribuer à juste titre&#13;
l’éloge que le Fils de Dieu fait adresser dans l’Apocalypse à l’évêque&#13;
d’Éphèse : « Scio opera tua et laborem et patientiam tuam, et quia non potes&#13;
sustinere malos […] et patientiam habes et sustinuisti propter nomen meum et non&#13;
defecisti. » « Je sais quelles sont vos œuvres, votre travail et votre patience,&#13;
que vous ne pouvez souffrir les méchants […] et ce que vous avez souffert&#13;
pour mon nom, sans vous relâcher 593. » C’est là véritablement le portrait et&#13;
le caractère de Mgr l’ancien et premier évêque de Canada, sans qu’on puisse&#13;
lui faire après cet éloge le reproche que saint Jean adresse au même évêque&#13;
d’Éphèse, qu’il s’était déchu de sa première ferveur : « Sed habeo adversum te&#13;
quod primam caritatem tuam reliquisti 594. »&#13;
Ce reproche, dis-je, ne peut être fait à Mgr l’ancien évêque de Canada.&#13;
Chacun est témoin de sa ferveur, de son assiduité, de son exactitude et de&#13;
sa persévérance à tous les exercices de la piété et de la religion et surtout à&#13;
ceux du service divin le matin et le soir en tout temps, hiver et été, malgré&#13;
la rigueur des saisons, malgré toutes ses incommodités et son grand âge ; et&#13;
cela jusqu’à sa dernière maladie, que la ferveur de sa dévotion lui fit&#13;
contracter environ un mois avant son décès, ayant voulu assister, comme il&#13;
NDLR : « Je connais tes actions, ta peine, ta persévérance, je sais que tu ne peux supporter les&#13;
malfaisants […] et tu as tant supporté pour mon nom, sans ménager ta peine. » (Apocalypse 2:2)&#13;
594&#13;
NDLR : « Mais j’ai contre toi que premier amour, tu l’as abandonné. » (Apocalypse 2:4)&#13;
593&#13;
&#13;
- 1100 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXV-2&#13;
&#13;
fit, à tous les offices de la Semaine sainte et des fêtes de Pâques, sans avoir&#13;
égard à un mal considérable qui lui était venu au pied et que le froid qu’il&#13;
souffrait pendant toutes les assistances augmenta si fort qu’il fut contraint,&#13;
après avoir donné pour la dernière fois l’ordre de sous-diaconat à un&#13;
ecclésiastique le mardi de Pâques, de garder la chambre le reste du temps&#13;
jusqu’à son trépas, sans cesser néanmoins de dire la messe jusqu’à ce que&#13;
l’extrémité de son mal le forçât de garder le lit. L’on peut raconter comme&#13;
une preuve de sa grande piété et religion l’estime et l’affection toute&#13;
singulière qu’il faisait paraître pour toutes les choses qui concernent le&#13;
service de Dieu et de l’Église : comme d’allumer lui-même de grand matin&#13;
les lampes de l’église où il avait coutume d’aller et où il se tenait plusieurs&#13;
heures de suite ; comme encore de remplir les bénitiers d’eau bénite, pour&#13;
laquelle il avait un respect et une dévotion toute singulière ; item la&#13;
ponctualité de se trouver à toutes les heures du bréviaire qui se dit au chœur&#13;
de l’église en commun en tout temps, ayant surtout un grand soin de faire&#13;
garder les médiations, postures et autres rubriques prescrites pour la&#13;
décence de la récitation de l’office divin. Le peu de loisirs que l’on a de faire&#13;
réflexion sur un grand nombre de faits particuliers que l’on a pu remarquer&#13;
durant le cours de la vie de Mgr l’ancien évêque de Canada, ne permet pas&#13;
d’étendre davantage le mémoire qu’on vient de faire à la hâte pour&#13;
l’envoyer par l’occasion précipitée qui se présente.&#13;
L’on s’est même contenté, dans le petit discours qu’on a prononcé à la&#13;
louange de cet illustre défunt au jour de son inhumation 595, d’insinuer en&#13;
général les trois sortes de vertus dont on a parlé sans entrer dans aucun&#13;
détail, ni dire aucune des particularités qu’on vient de mentionner dans cet&#13;
écrit et l’on a renvoyé l’auditeur à l’oraison funèbre qui se doit faire&#13;
d’aujourd’hui mardi en huit jours, c’est-à-dire au 5e de juin. L’on ne dit rien&#13;
non plus de toutes les marques particulières et extraordinaires d’estime, de&#13;
respect et de vénération que toute sorte de personnes ont rendues et&#13;
continuent de rendre pour honorer la mémoire de cet insigne prélat, non&#13;
plus que des effets merveilleux que plusieurs personnes déclarent avoir&#13;
595&#13;
Le discours auquel fait allusion l’auteur est l’oraison funèbre prononcée par l’abbé de Glandelet,&#13;
vicaire général de Mgr de Saint-Vallier, dans la cathédrale de Québec, à l’occasion des obsèques du&#13;
Serviteur de Dieu. Ce texte est en partie reproduit ci-haut (Doc. LX-1).&#13;
&#13;
- 1101 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXVI&#13;
&#13;
ressentis de son assistance et de sa protection, soit en l’invoquant, soit en&#13;
portant sur elles quelque chose de celles qui lui ont appartenu.&#13;
Doc. LXVI. Extraits de la lettre circulaire de Geneviève Gosselin de Sainte-Madeleine (28 février 1709)&#13;
&#13;
Doc. LXVI&#13;
Extraits de la lettre circulaire que la supérieure de l’Hôpital général de&#13;
Québec transmettait à tous les monastères des sœurs hospitalières de SaintAugustin, 28 février 1709, d’après une copie conservée&#13;
aux Archives dudit hôpital&#13;
Nous reproduisons ici deux extraits de la relation de 1709 envoyée par les sœurs&#13;
augustines de l’Hôpital général de Québec aux autres monastères de leur&#13;
congrégation. Cette lettre, bien qu’elle soit consacrée à la mémoire de la première&#13;
supérieure, mère Soumande de Saint-Augustin, morte en novembre 1708, fait&#13;
aussi mention du Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
Je ne parle pas des puissances ecclésiastiques, puisqu’elles ont toujours été&#13;
portées pour notre établissement. Nous avons eu la consolation de voir que&#13;
dans le temps qu’on a voulu le détruire, Mgrs les évêques de Québec, le&#13;
nouveau et l’ancien, l’ont soutenu. Le premier y était intéressé comme&#13;
fondateur et le second, comme protecteur de toutes les bonnes œuvres&#13;
d’une Église dont il a été le premier pasteur. Il a employé pour cela tout le&#13;
crédit que lui avaient acquis à la cour et ailleurs une illustre naissance, le&#13;
caractère de prince de l’Église et une éminente vertu. Toutes les personnes&#13;
ecclésiastiques constituées en rang et en dignité dans ce diocèse l’on fait&#13;
pareillement [...]&#13;
Mgr de Laval de Montmorency*, premier et ancien évêque de Québec,&#13;
décédé depuis environ huit mois dans le Séminaire qu’il a institué dans la&#13;
ville épiscopale de ce diocèse, où il a vécu en saint solitaire pendant l’espace&#13;
de 23 années, après avoir fait éclater le zèle et les vertus d’un apôtre durant&#13;
27 ans qu’il a gouverné cette Église naissante. Ce saint prélat était de ces&#13;
personnes qui ne donnent pas indifféremment leur estime à tous, mais qui&#13;
auparavant en veulent bien connaître le mérite.&#13;
&#13;
- 1102 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXVII&#13;
&#13;
Doc. LXVII. Extraits de Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec, par Juchereau de Saint-Ignace, 1751&#13;
&#13;
Doc. LXVII&#13;
Extraits du livre Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec composé par&#13;
mère Juchereau de Saint-Ignace, Montauban, 1751&#13;
Cette Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec n’est autre que la première partie des&#13;
Annales de l’Hôtel-Dieu, rédigées par mère Juchereau de Saint-Ignace, et où sont&#13;
notés en ordre chronologique les principaux faits en lien avec l’histoire du&#13;
monastère depuis la fondation (1639) jusqu’en 1716, avec quelques références et&#13;
digressions pour des événements plus marquants survenus dans la colonie&#13;
canadienne.&#13;
L’auteure de cette compilation, mère Jeanne-Françoise Juchereau de SaintIgnace, née au Canada en 1650, était entrée à l’Hôtel-Dieu en 1662 comme&#13;
postulante et, deux ans plus tard, à 14 ans, elle fut admise dans la communauté&#13;
des Hospitalières. Elle fut une femme de grande valeur et de grand jugement et&#13;
occupa durant sa longue vie toutes les principales charges de la communauté. Elle&#13;
mourut en 1723.&#13;
C’est en se basant sur ses souvenirs personnels et ceux des sœurs anciennes, qui,&#13;
à sa demande, avaient mis par écrit leurs mémoires, que mère de Saint-Ignace,&#13;
vers 1713, commença à compiler les Annales de l’Hôtel-Dieu. Elle consacra à ce&#13;
travail les dernières années de sa vie.&#13;
En 1730, l’abbé Bertrand de La Tour (Doc. LXIX), alors supérieur de la&#13;
communauté, examina le manuscrit et s’en fit remettre une copie qu’il emporta&#13;
avec lui en France (encore conservée à la Bibliothèque municipale de&#13;
Montauban). L’abbé de La Tour fit des corrections à cette copie et, en 1751, à&#13;
l’insu des sœurs de l’Hôtel-Dieu, la fit imprimer à Montauban, sans nom d’auteur,&#13;
sous le titre Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec.&#13;
Le P. Albert Jamet, bénédictin, dans sa publication Annales de l’Hôtel-Dieu de&#13;
Québec, Montréal, 1939, a reproduit ces textes selon les originaux conservés à&#13;
Québec. Malheureusement, nous n’avons pu nous procurer cette nouvelle édition.&#13;
L’œuvre de mère de Saint-Ignace, bien qu’elle soit plus ou moins précise, surtout&#13;
dans les dates, fut toujours considérée comme une bonne source historique. Et à&#13;
juste titre, car mère de Saint-Ignace était bien informée et avait un jugement très&#13;
équilibré.&#13;
Naturellement, on y parle aussi de Mgr de Laval. À ce propos, mère de SaintIgnace pouvait parler d’expérience. Elle avait neuf ans quand le Serviteur de Dieu&#13;
arriva à Québec. Dès 1683, lorsqu’elle devint supérieure de l’Hôtel-Dieu, elle eut&#13;
certainement à côtoyer Mgr de Laval régulièrement.&#13;
&#13;
[p. 116] : Ces heureux commencements firent croire aux missionnaires que&#13;
cette Église méritait bien un évêque et que sa présence donnerait encore un&#13;
nouvel éclat à la piété que l’on y remarquait. Ils s’employèrent fortement&#13;
pour en avoir un qui fût plein de zèle et qui ne cherchât que la gloire de&#13;
- 1103 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXVII&#13;
&#13;
Dieu et le salut de son troupeau. On ne pouvait mieux répondre à leurs&#13;
désirs qu’en nommant à cette dignité Mgr de Laval, connu en France sous le&#13;
nom de l’abbé de Montigny. Il était d’une très illustre maison et pour lors&#13;
archidiacre d’Évreux, où il exerçait avec beaucoup d’édification les vertus&#13;
qu’il avait apprises dans la société de M. de Bernières à Caen, chez qui il&#13;
avait passé une partie de sa jeunesse pour se former aux exercices de la vie&#13;
spirituelle 596.&#13;
Il arriva à Québec au mois de juin de l’année 1659 en qualité de vicaire&#13;
apostolique avec le titre d’évêque de Pétrée. On le reçut avec toutes les&#13;
marques de la plus grande distinction comme le premier prélat du Canada.&#13;
Cependant, à peine fut-il débarqué qu’il y eut plusieurs discussions pour&#13;
savoir à qui les communautés obéiraient et nous nous trouvâmes assez&#13;
embarrassées, car M. l’abbé de Queylus avait des pouvoirs de&#13;
Mgr l’archevêque de Rouen, qui avait été reconnu jusqu’alors pour le&#13;
supérieur du pays. Bien des personnes disaient qu’il était au-dessus de&#13;
Mgr de Laval, qui n’était que vicaire apostolique ; mais après avoir consulté&#13;
Dieu et demandé les sentiments des plus éclairés, nous nous soumîmes à&#13;
Mgr François de Laval. Il eut la bonté de nous témoigner dès sa première&#13;
visite beaucoup d’affection et voulut même nous faire l’honneur de loger&#13;
chez nous dans un appartement dépendant de l’hôpital, où il demeura près&#13;
de trois mois, avec plusieurs prêtres qu’il avait amenés ; ce qui nous causa&#13;
une grande joie. Nous eûmes la consolation de les servir pendant ce tempslà le mieux qu’il nous fut possible.&#13;
[p. 131] : Mgr l’évêque, s’étant informé avec soin de notre manière de vivre,&#13;
trouva bon de nous retrancher l’abstinence du mercredi, quand il se&#13;
rencontrerait quelque autre jour de jeûne dans la semaine. Il nous obligea&#13;
aussi de faire gras le samedi depuis Noël jusqu’à la Purification, pour nous&#13;
conformer à l’Église de ce pays, quoiqu’il y ait quelque chose de contraire&#13;
dans nos constitutions, et nous donna là-dessus son ordre par écrit daté du&#13;
27 de décembre 1660. Il ne voulut pas non plus qu’à l’avenir nous fissions&#13;
Ici, l’auteure écourte un peu la narration. Le jeune abbé de Laval avait déjà donné sa démission&#13;
comme archidiacre d’Évreux depuis quatre ans (1654) lorsqu’il fut nommé vicaire apostolique du&#13;
Canada, et ce n’est qu’après cette démission qu’il se retira à Caen, à l’Ermitage de M. de Bernières.&#13;
596&#13;
&#13;
- 1104 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXVII&#13;
&#13;
maigre tout l’avent ; mais pour donner quelque chose à la sainteté de ce&#13;
temps, il nous permit de jeûner trois jours de la semaine, le mercredi, le&#13;
vendredi et le samedi ; nous l’avons toujours observé, excepté les années&#13;
que la quantité de malades de nos salles et infirmeries nous ont fourni un&#13;
grand surcroît de fatigues, que les supérieurs ont jugé nous en devoir&#13;
dispenser.&#13;
[p. 148] : Mgr l’évêque, qui était en France 597, avait été fort bien reçu à la Cour,&#13;
où la réputation de sa sainteté le rendait beaucoup plus considérable que la&#13;
noblesse de sa naissance. Le roi Louis XIV lui accorda ce qu’il demanda et&#13;
voulut même qu’il nommât le gouverneur que Sa Majesté devait envoyer&#13;
ici pour relever M. le baron Davaugour. M. l’évêque s’en excusa longtemps,&#13;
mais les instances que le roi lui fit sur cela furent si pressantes, qu’enfin, ce&#13;
prélat, vaincu par les bontés d’un si grand monarque, choisit M. le chevalier&#13;
de Mésy, duquel il espérait avoir toute sorte de satisfactions. C’était un&#13;
gentilhomme de ses amis qui avait été fort débauché, mais qui s’était&#13;
converti d’une manière éclatante.&#13;
[p. 221] : Mgr l’évêque s’occupât sans cesse au bien de son diocèse et se&#13;
trouvait accablé de travaux ; il s’y employait avec un si grand zèle qu’il&#13;
voulait être partout.&#13;
[p. 265] : Les forces de M. de Laval ne pouvaient plus suffire à son zèle. Les&#13;
fatigues continuelles qu’il essuyait dans les visites de son diocèse, qu’il&#13;
faisait quelquefois l’hiver en raquettes, lui avaient déjà fait contracter&#13;
plusieurs infirmités et, par-dessus tout cela, son humilité lui persuadait&#13;
qu’un autre en sa place ferait plus de bien que lui, quoiqu’il en fît&#13;
véritablement beaucoup, parce qu’il ne cherchait que la gloire de Dieu et le&#13;
salut de son troupeau. Sa doctrine et ses éminentes vertus le faisaient&#13;
regarder comme un très digne prélat. Lui seul souhaitait d’être déchargé. Il&#13;
partit pour la France en 1684 dans le dessein de faire sa démission. Il eut&#13;
plus cependant, de peine qu’il ne croyait à obtenir un successeur. Le roi&#13;
connaissait parfaitement son mérite et le besoin que le Canada avait d’un si&#13;
597&#13;
&#13;
Il s’agit de son premier voyage en France, dans les années 1662-1663.&#13;
- 1105 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXVII&#13;
&#13;
vigilant pasteur ; mais enfin, après bien des instances, le roi consentit à ce&#13;
qu’il désirait et lui laissa le choix de la personne qu’il jugeait digne de cette&#13;
place. M. de Québec s’adressa au P. Le Valois, jésuite, pour trouver un&#13;
homme vertueux et zélé qui continuât en Canada le bien qui était&#13;
commencé. Le P. Le Valois lui dépeignit M. l’abbé de Saint-Vallier,&#13;
aumônier du roi, comme un homme d’une grande piété, d’un rare exemple&#13;
et d’un zèle ardent. En effet il s’était fort distingué à la cour par sa modestie&#13;
et sa régularité. M. de Laval crut qu’il ne pouvait faire un meilleur choix. Il&#13;
en parla à M. de Saint-Vallier. Le roi lui donna son agrément et l’affaire fut&#13;
conclue. On résolut que M. de Saint-Vallier viendrait en Canada avant que&#13;
d’être sacré, qu’il verrait le pays et prendrait des mesures pour y faire tout&#13;
le bien possible.&#13;
[p. 300] : Dès le printemps de l’année 1688, M. de Laval arriva sur un&#13;
vaisseau nommé Le Soleil d’Afrique. Il était fort souhaité ici et ce fut sans&#13;
doute ce qui le détermina à revenir, car on fit en France tout ce qu’on put&#13;
pour le retenir. Il ne s’arrêta que peu de jours à Québec et alla promptement&#13;
à Montréal.&#13;
[p. 396] : Le 15 novembre 1701, le feu prit au Séminaire de Québec et&#13;
consuma en fort peu de temps cette belle maison […] M. de Laval, ancien&#13;
évêque, que l’on avait fait sortir de chez lui à demi-vêtu pour le sauver, il&#13;
supporta cette affliction avec une soumission parfaite aux volontés de Dieu,&#13;
sans former aucune plainte. Cela devait lui être d’autant plus sensible que&#13;
c’était lui qui avait érigé et fait bâtir le Séminaire, qu’il en était le père et le&#13;
fondateur et qu’il voyait ruiner en un jour les fruits de ses travaux de&#13;
plusieurs années.&#13;
[p. 422] : Avant son départ, il [M. de Beauharnois, gouverneur] fut témoin&#13;
de l’incendie du Séminaire, qui fut pour la seconde fois réduit en cendres&#13;
en quelques heures. Ce malheur arriva le 1er octobre [1705] [...] M. de Laval,&#13;
ancien évêque, eut en cette occasion un grand sacrifice à faire, parce qu’il&#13;
voyait encore détruire son ouvrage. Il prit cette affliction en saint. On le&#13;
porta chez les Jésuites, où il demeura quelques jours pendant qu’on lui&#13;
&#13;
- 1106 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXVII&#13;
&#13;
dressait un petit appartement dans l’endroit du Séminaire que les flammes&#13;
avaient épargné.&#13;
[p. 436] : M. François de Laval, qui depuis longtemps languissait dans les&#13;
infirmités que ses immenses travaux et son grand âge lui avaient attirées,&#13;
approchait du terme que les justes regardent comme l’objet de leurs désirs.&#13;
Un prêtre du Séminaire, qui avait toujours eu pour lui une parfaite&#13;
vénération, le voyant près de sa fin, lui dit : « Nous quittez-vous sans nous&#13;
rien dire ? » Et lui nommant plusieurs grands prélats qui ont exhorté leurs&#13;
enfants spirituels avant que de mourir et qui leur ont donné des avis&#13;
salutaires, il ajouta : « Pourquoi ne ferez-vous pas comme eux ? » Le prélat&#13;
lui répondit : « Ils étaient des saints et je suis un pécheur. » Il ne témoigna&#13;
pas moins le désir qu’il avait du salut de son troupeau. Et plein de grands&#13;
sentiments, il mourut le 6 de mai 1708.&#13;
On se disposa à lui faire de pompeuses funérailles et nous y contribuâmes.&#13;
Nous demandâmes instamment qu’on nous fît voir le saint pasteur, le&#13;
premier évêque de Canada, de qui nous avions été si cordialement aimées.&#13;
On nous accorda cette consolation et à notre exemple toutes les&#13;
communautés le demandèrent. Ainsi des prêtres le portèrent sur leurs&#13;
épaules, revêtu de ses habits pontificaux dans toutes les églises de la ville,&#13;
que l’on avait magnifiquement tendues de noir et où il y avait des&#13;
mausolées élevés, sur lesquels on posait le cercueil pendant que l’on&#13;
chantait des psaumes.&#13;
Il était en si grande réputation de sainteté que tout le monde voulait avoir&#13;
quelque chose qui lui eût touché. Les malades s’en approchaient avec&#13;
confiance et on l’invoqua dès lors comme un saint. M. de La Colombière fit&#13;
son oraison funèbre et il releva bien plus l’éclat des éminentes vertus, dont&#13;
la vie de ce prélat n’avait été qu’une longue suite, que l’antiquité de sa&#13;
noblesse, quoiqu’il fût d’une des plus anciennes et des plus chrétiennes&#13;
maisons de France. Il commença dès ses plus tendres années l’étude de la&#13;
perfection et s’y rendit si savant sous la conduite de M. de Bernières,&#13;
qu’ayant été tiré de cette sainte société de Caen pour être le premier évêque&#13;
- 1107 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXVIII&#13;
&#13;
de Québec encore assez jeune, M. de Bernières le regardait déjà comme un&#13;
homme consommé et lui écrivait avec un grand respect mêlé d’affection,&#13;
comme on le peut voir dans la 20e lettre de cet auteur sur la vie unitive, où&#13;
il l’exhorte de continuer d’agir en esprit de mort et d’anéantissement et&#13;
l’assure qu’il arrivera à la perfection. Nous avons lieu de croire qu’il y était&#13;
parvenu, puisqu’on remarquait et qu’on admirait en lui toutes les vertus&#13;
que saint Paul demande dans un évêque.&#13;
Doc. LXVIII. Extrait de Vie de la mère Marie de l’Incarnation, par Charlevoix, 1724&#13;
&#13;
Doc. LXVIII&#13;
Extrait de Vie de la mère Marie de l’Incarnation par le P. de Charlevoix,&#13;
jésuite, Paris, 1724, p. 368&#13;
Le P. François-Xavier Charlevoix, jésuite (1682-1761), vint au Canada en 1705&#13;
et fut professeur au collège des Jésuites de Québec jusqu’en 1709. En 1724, il&#13;
écrivit une Vie de mère Marie de l’Incarnation, dans laquelle il donna du Serviteur&#13;
de Dieu, qu’il avait connu, un témoignage bref, mais qui mérite d’être pris en&#13;
considération.&#13;
&#13;
Nous l’avons vu ce saint prélat, dans ses dernières années, conservant&#13;
encore cette simplicité évangélique, qui rendait si respectables les premiers&#13;
successeurs des apôtres et nous avons eu la consolation, en recueillant ses&#13;
derniers soupirs, de voir terminer par une sainte mort une vie toute&#13;
consacrée aux plus pénibles travaux de l’apostolat.&#13;
&#13;
- 1108 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Deuxième partie : Les témoignages directs&#13;
&#13;
Deuxième partie :&#13;
Les témoignages directs&#13;
&#13;
-1109-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI. Lettre de Houssart à Tremblay (1er septembre 1708)&#13;
&#13;
Doc. LXI&#13;
Lettre du frère [donné] Houssart, oblat du Séminaire de Québec et serviteur&#13;
du Serviteur de Dieu, à l’abbé Tremblay, procureur du Séminaire de Québec&#13;
à Paris, septembre 1708, d’après l’original conservé aux Archives du&#13;
Séminaire Saint-Sulpice de Paris, Documents pour servir à l’histoire de&#13;
l’Église du Canada, vol. 1, Écrits divers sur François de Laval, fos 9-14&#13;
Les biographes du Serviteur de Dieu et les acteurs de la Cause ont toujours donné une&#13;
grande importance à ce document. Il s’agit d’un long mémoire sur la vie privée, les&#13;
vertus et la mort du Serviteur de Dieu, écrit par un certain frère Houssart, oblat du&#13;
Séminaire et serviteur du Serviteur de Dieu, envoyé le 1er septembre 1708, quatre mois&#13;
environ après le décès de Mgr de Laval, à l’abbé Tremblay, procureur du Séminaire de&#13;
Québec à Paris.&#13;
Étant donné l’importance de ce texte, il est nécessaire de voir qui a été ce&#13;
frère Houssart et quel crédit on peut lui donner. C’est un point capital sur lequel les&#13;
acteurs de la Cause ne se sont pas suffisamment arrêtés jusqu’ici.&#13;
Lorsqu’en 1688, après un séjour de quatre ans à Paris, le Serviteur de Dieu revint au&#13;
Canada, il amena avec lui un jeune homme de 18 ans, M. Houssart. Comment et d’où&#13;
il l’avait connu, nous ne le savons pas ; les directeurs du Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris le lui avaient probablement présenté et recommandé. Il devait sans&#13;
doute s’agir d’un jeune homme de grande piété, puisqu’à peine arrivé à Québec, il fut&#13;
agrégé au Séminaire en qualité d’oblat. Le Séminaire, comme nous l’avons déjà dit,&#13;
constituait une communauté de prêtres et le personnel laïc, chargé des services&#13;
matériels du Séminaire, formait un groupe semblable à celui des frères laïcs de&#13;
plusieurs ordres religieux. Ces laïcs étaient appelés des « donnés », c’est-à-dire des&#13;
oblats. Ils portaient aussi la soutane, faisaient acte de renonciation de leurs biens et&#13;
menaient une vie de travail et de piété souvent très édifiante.&#13;
On confia au jeune Houssart la charge d’être le serviteur privé du Serviteur de Dieu.&#13;
On ne peut douter que cette désignation soit venue du Serviteur de Dieu lui-même et&#13;
qu’elle avait déjà été concertée en France. De 1688 jusqu’à la mort de Mgr de Laval&#13;
en 1708, le frère Houssart fut toujours auprès du Serviteur de Dieu pour assurer tous&#13;
les services domestiques et ceux encore plus intimes de camérier et d’infirmier. Le&#13;
frère Houssart connaissait donc plus que tout autre la vie privée et intime du Serviteur&#13;
de Dieu. Il était ainsi un témoin éminemment informé, et personne n’a jamais mis en&#13;
doute ce fait.&#13;
Cependant, on a fait des remarques sur la foi à donner à son témoignage. Une&#13;
première objection est que son mémoire n’est pas complet. Il manque en effet des&#13;
points de la vie publique du Serviteur de Dieu et cette omission, dit-on, aurait pu être&#13;
causée par le fait que tout ne pouvait être loué de sa vie publique (Novae&#13;
Animadversiones, no 17; Aliae Novae Animadversiones, no 17). On voit bien que&#13;
l’objection est plus pernicieuse que réelle. Le frère Houssart savait bien que la vie&#13;
publique du Serviteur de Dieu était bien connue de ses destinataires et il n’aurait rien&#13;
eu à dire de nouveau. Au contraire, il y avait des faits de la vie privée de Mgr de Laval&#13;
qui étaient certainement ignorés ou moins connus, et sur lesquels lui seul pouvait&#13;
donner un témoignage incontestable. Comme on le note du contexte de la lettre, le&#13;
frère Houssart n’avait d’autre but que de mettre par écrit ces faits particuliers. Il choisit&#13;
sans doute de donner à son mémoire la forme d’une lettre adressée à des personnes&#13;
qui s’intéressaient à la chose, comme les prêtres du Séminaire des Missions étrangères&#13;
-1110-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
de Paris, puisque celle-ci était très claire. L’idée de mettre ces détails par écrit ne lui&#13;
était pas venue, comme cela peut ordinairement arriver, à la suite de la mort de&#13;
Mgr de Laval et dans la douleur du deuil. Le frère admit qu’il y songeait depuis 15 ans.&#13;
C’est là un point important puisque, en conséquence, le frère Houssart a dû observer&#13;
de près son seigneur et père. Il s’en suit que son mémoire est le fruit mûri de son&#13;
observation et de sa réflexion. C’est pourquoi on peut dire qu’il est en fait complet,&#13;
dans le sens qu’il contient tout ce qu’il devait contenir, c’est-à-dire les détails de la&#13;
vie privée du Serviteur de Dieu.&#13;
Une deuxième objection à la valeur du témoignage du frère Houssart est que son&#13;
mémoire ne serait pas le fruit spontané de ses souvenirs. En d’autres termes, on a émis&#13;
le doute que la lettre n’a pas été écrite par le frère Houssart lui-même, parce qu’elle a&#13;
un caractère et une forme littéraire supérieurs aux habiletés d’un simple frère laïc&#13;
(Novae Animadversiones, no 14).&#13;
À ce propos, notons d’abord que frère Houssart n’était pas un pur ignorant. Du vivant&#13;
du Serviteur de Dieu et surtout après sa mort, il eut plusieurs responsabilités&#13;
administratives de la part du Séminaire. On a encore de ses manuscrits de comptes, de&#13;
notes et de résumés de bilans faits avec une grande précision et qui montrent un niveau&#13;
de formation certainement supérieur à celui d’un domestique ordinaire. Il est fort&#13;
possible, comme le pense Mgr A. E. Gosselin, archiviste du Séminaire de Québec,&#13;
qu’avant de venir au Canada il ait suivi un cours d’études littéraires en France. De&#13;
toute façon, même si le texte de son mémoire avait été revu pour la forme par un&#13;
prêtre, cela n’enlèverait pas la valeur du document. Le texte est écrit de la main du&#13;
frère Houssart et signé par lui ; c’est lui-même qui parle et il fait appel à son&#13;
information personnelle. Comment mettre en doute son témoignage ? Devrait-on le&#13;
considérer comme faussé ? On sait qu’il demeura un fidèle oblat du Séminaire jusqu’à&#13;
sa mort, survenue en 1734, à l’âge de 64 ans.&#13;
On peut donc conclure que la lettre du frère Houssart est digne de foi et constitue l’une&#13;
des sources les plus directes et plus importantes pour la vie religieuse privée du&#13;
Serviteur de Dieu.&#13;
Nous connaissons deux manuscrits de cette lettre.&#13;
Le premier, le plus connu jusqu’à aujourd’hui, est conservé au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres P, no 102. Il s’agit d’une copie de&#13;
11 pages, écrite en entier de la main du frère Houssart et signée de lui. Il note luimême au début du manuscrit qu’il s’agit d’une copie : « Copie de la lettre que j’ai&#13;
écrite à M. Tremblay, directeur du Séminaire des Missions étrangères de Paris et&#13;
procureur du Séminaire de Québec, au sujet de la mort de Mgr de Laval, premier&#13;
évêque de Québec, en date du 1er septembre 1708 ». Cette copie fut envoyée plusieurs&#13;
fois à la Sacrée congrégation des Rites par les acteurs de la Cause et fut reproduite&#13;
dans la Positio Super Introduzione, Nova Summarium, p. 1-21, selon l’édition faite à&#13;
Québec, dans un journal privé du Séminaire de Québec, l’Abeille, et dans la Positio&#13;
Super Virtutibus, Summarium, no 6, p. 1236-1256, d’après la copie de Québec.&#13;
L’autre manuscrit se trouve aux Archives du Séminaire Saint-Sulpice de Paris. Il s’agit&#13;
de l’original, jusqu’ici inconnu des acteurs de la Cause et demandé plusieurs fois par&#13;
la Sacrée congrégation des Rites (Novae Animadversiones, no 12; Aliae Novae&#13;
Animadversiones, no 9). Comme le manuscrit de Québec, celui de Paris a 11 pages et&#13;
est écrit et signé de la main du frère Houssart. De plus, il y a l’adresse au verso de la&#13;
dernière feuille : « À M. Tremblay, très digne prêtre directeur du Séminaire des&#13;
Missions étrangères ». Suit une note d’une main postérieure : « Nota : Le frère&#13;
- 1111 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
Houssart, donné du Séminaire de Québec, a servi feu Mgr de Laval pendant 20 années&#13;
avec assiduité et un zèle très constant. »&#13;
Nous avons en main les photographies des deux manuscrits et nous en avons fait la&#13;
comparaison, constatant qu’elles sont de teneur égale ; on note seulement quelques&#13;
divergences d’orthographe.&#13;
Nous reproduisons ici le texte complet de la lettre, selon l’original de Paris.&#13;
&#13;
Monsieur,&#13;
Vous avez déjà sans doute appris la mort de Mgr de Laval, ancien et premier&#13;
évêque de Canada, et ce n’est pas pour vous en informer que je prends la&#13;
liberté de vous écrire celle-ci en particulier, mais pour vous témoigner&#13;
combien cette mort et la séparation d’un si bon, si saint et si charitable&#13;
maître m’a été sensible. Cela est aisé à concevoir, puisque ayant eu&#13;
l’honneur d’avoir été continuellement attaché au service de Sa Grandeur&#13;
pendant les 20 dernières années de sa sainte vie et que Sa Grandeur ayant&#13;
eu pendant tout ce temps-là une grande charité pour moi et une très grande&#13;
confiance en mes soins, vous ne pouvez douter que je n’aie contracté une&#13;
grande union, un grand appui et une attache toute particulière à&#13;
Sa Grandeur et que par conséquent la séparation d’une personne qui&#13;
m’était si chère et si utile ne m’ait causé une peine inconcevable.&#13;
Mais la consolation, qui s’est mêlée parmi la tristesse en voyant un saint&#13;
mourir en saint après avoir vécu en saint, a été un très grand soulagement&#13;
à ma peine, aussi bien qu’à celle de tout le Séminaire et de tous les peuples&#13;
du Canada ; et la haute idée que nous avons tous de la grande gloire que&#13;
possède dans le ciel notre saint défunt et notre commun père nous fait&#13;
espérer que, par son intercession et son crédit auprès de Dieu, il nous&#13;
dédommagera copieusement de la perte que nous avons faite de sa sainte&#13;
présence. Plusieurs l’ont déjà éprouvé dans le soulagement qu’ils ont reçu&#13;
dans leurs peines et infirmités, par l’invocation et le recours qu’ils ont eus&#13;
à notredit saint défunt, comme vous l’apprendrez par une autre voie 598.&#13;
L’auteur fait probablement allusion au mémoire écrit par l’abbé de Glandelet en 1708 au sujet de&#13;
quelques grâces extraordinaires attribuées à l’intercession du Serviteur de Dieu. Malheureusement,&#13;
cette relation ne nous est pas parvenue.&#13;
598&#13;
&#13;
- 1112 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
Pour mon particulier, je compte beaucoup sur son pouvoir et me confie en&#13;
son secours et assistance, non seulement pour être délivré ou notablement&#13;
soulagé dans mes infirmités corporelles, comme il m’est déjà arrivé&#13;
plusieurs fois, mais, ce que j’estime infiniment plus, pour être assisté dans&#13;
les besoins intérieurs de mon âme, tant pour être aidé à y établir les vertus&#13;
qu’à en détruire les vices et mauvaises habitudes, comme je l’ai aussi déjà&#13;
expérimenté plusieurs fois.&#13;
Toutes les personnes du Séminaire doivent avoir aussi une confiance très&#13;
particulière aux mérites et intercessions de leur premier père, car&#13;
Sa Grandeur s’étant offerte en sacrifice, comme elle fit six jours avant son&#13;
saint trépas, pour porter la peine de tous les péchés du Séminaire et, ayant&#13;
prié Dieu de l’exterminer elle seule, afin d’épargner toutes les autres&#13;
personnes dudit Séminaire, l’ayant prié aussi de détruire entièrement le&#13;
péché de sa sainte maison et d’y maintenir jusqu’à la fin des siècles le très&#13;
saint amour et le véritable culte de Dieu et de la très sainte Famille de Jésus,&#13;
Marie, Joseph et des saints anges et Sa Grandeur ayant été exaucée par le&#13;
redoublement de ses douleurs qui furent excessives depuis ce jour-là&#13;
jusqu’à sa mort, nous avons tous lieu de croire qu’il nous a acquis par ses&#13;
souffrances des grâces particulières pour éviter le péché et pratiquer la&#13;
vertu.&#13;
Mais je ne puis, Monsieur, me dispenser de vous dire que quand il me&#13;
revient en la mémoire l’accent et la ferveur avec laquelle Sa Grandeur&#13;
prononçait ces paroles et beaucoup d’autres pleines de feu et d’amour, les&#13;
yeux et les mains élevés vers le ciel, avec des sentiments extraordinaires&#13;
d’humilité et de mépris de soi-même et des retours d’une véritable&#13;
confiance en Dieu, nonobstant, disait-elle, sa très grande indignité, j’en ai le&#13;
cœur si pénétré que je ne puis retenir mes larmes ; je souhaitais pour lors&#13;
que toutes les personnes du Canada puissent entendre chacune une seule&#13;
de ses paroles pour en être toutes embrasées ; car elles étaient toutes&#13;
capables de pénétrer, attendrir et enlever les cœurs même les plus endurcis.&#13;
&#13;
- 1113 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
Je ne doute pas, Monsieur, que vous n’ayez aussi appris la distribution qui&#13;
a été faite, à la grande instance des peuples de Canada, du linge trempé et&#13;
teint du sang de mondit seigneur, de ses cheveux et de ses habits 599. Comme&#13;
ça été moi qui ai trempé ces linges dans son sang lorsqu’on l’a ouvert 600 et&#13;
qui ai coupé de ses cheveux, ne le faisant dans le temps que pour ma&#13;
consolation particulière, pénétré que j’étais que ce serait de très précieuses&#13;
reliques, vous serez sans doute bien aise que je vous fasse un petit détail de&#13;
quelques actions communes et ordinaires de Sa Grandeur, qui m’ont le plus&#13;
touché et m’ont fait prendre la résolution, plus de 15 ans avant sa mort, d’en&#13;
agir ainsi.&#13;
C’est dommage que Monseigneur n’ait pas eu à son service et pour témoin&#13;
de ses actions ordinaires une personne plus éclairée et plus intelligente dans&#13;
les choses de Dieu que moi ; elle aurait pu vous donner, Monsieur, toute&#13;
une autre satisfaction, par le détail qu’elle vous en aurait fait, que je ne&#13;
pourrai faire.&#13;
Ce qui m’a toujours tenu dans la surprise et dans l’admiration a été de voir&#13;
un homme d’un aussi grand mérite, d’une aussi grande qualité, d’une aussi&#13;
grande vénération et aussi utile en ce pays que l’était Monseigneur, cassé et&#13;
L’abbé Gosselin (Le vénérable François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec,&#13;
2e édition, Québec, 1923, p. 402-403, note 1) nous informe qu’en 1891, il eut la joie de retrouver&#13;
quelques-unes de ces reliques en France, au Séminaire d’Évreux et dans la famille du marquis de&#13;
Lévis à Paris. Voici ce qu’il écrit à ce sujet : « Au Grand Séminaire d’Évreux, tenu par les Lazaristes,&#13;
M. l’abbé de Bruynes, l’un des prêtres de la maison, nous montra en 1891 une de ces reliques de&#13;
Mgr de Laval, précieusement enveloppée dans un papier sur lequel on lit : « Partie d’un linge que&#13;
j’ai trempé dans la poitrine de Mgr de Laval de Montmorency, premier évêque de Québec, le jour&#13;
de son décès, lorsqu’on l’ouvrit pour ôter son cœur, le 6e de mai 1708. Frère Hubert Houssart ». […]&#13;
Une autre relique de Mgr de Laval, semblable à celle de l’abbé de Bruynes et parfaitement&#13;
authentiquée, elle aussi par le frère Houssart, se trouve dans la famille du marquis de Lévis à Paris.&#13;
En nous la montrant : « C’est un précieux héritage, nous dit le noble marquis, que je tiens de la&#13;
famille de ma grand-mère, où cette relique avait toujours été précieusement conservée. » Il ne serait&#13;
pas inutile d’ajouter qu’aucune de ces reliques existaient ou existent jusqu’à maintenant, pas même&#13;
au Séminaire de Québec#.&#13;
#&#13;
NDLR : Un tel linge fut enfin retrouvé au grenier du Séminaire en 2017.&#13;
599&#13;
&#13;
600&#13;
Comme l’indique le frère Houssart, cité dans la note précédente, après la mort du Serviteur de&#13;
Dieu, son cœur fut extrait de sa poitrine et déposé dans une cassette de plomb dans la crypte de&#13;
l’ancienne chapelle du Séminaire. Après la bénédiction de la nouvelle chapelle en 1752, cette&#13;
cassette fut placée là définitivement# (cf. L’Abeille, vol. 8, no 33, cité par Gosselin, p. 403, note 1).&#13;
#&#13;
NDLR : Le cœur est aujourd’hui perdu.&#13;
&#13;
- 1114 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
rompu de vieillesse, de fatigues et d’infirmités, jusqu’à l’âge de 85 ans, être&#13;
aussi exacte que l’était Sa Grandeur à se mortifier en toute chose et à dénier&#13;
à ses sens généralement tous les petits contentements et soulagements qu’ils&#13;
pouvaient légitimement recevoir, comme par exemple.&#13;
1° À coucher sur un très chétif matelas sur les planches, dans des couvertes&#13;
de laine, sans draps, à moins qu’il n’ait été malade, à faire tous les jours son&#13;
pauvre lit jusqu’à la fin de sa vie, sans permettre que j’y touche que très&#13;
rarement. Quand pendant une grande maladie qu’eut Sa Grandeur et que&#13;
Mme de Champigny (qui avait le privilège à cause de sa vertu et de son&#13;
mérite 601 d’entrer en sa chambre en tout temps) l’eût fait consentir à se&#13;
coucher plus mollement qu’elle n’était, Sa Grandeur agréa que je misse une&#13;
paillasse sous son matelas ; mais elle ne fut pas si tôt guérie qu’elle ne quitta&#13;
pas la paillasse à la vérité, mais tous les soirs quand j’étais sorti de sa&#13;
chambre, après que Sa Grandeur s’était couchée, elle se levait tout&#13;
doucement, de peur que je ne l’entende, elle ôtait le matelas de son lit et se&#13;
couchait sur la paillasse et le matin elle remettait le matelas et&#13;
raccommodait son lit sans qu’il en parût rien. Et elle continua cela pendant&#13;
près de deux ans sans y manquer une seule nuit, quelque tard qu’il ait été&#13;
et quelque fatiguée qu’ait été Sa Grandeur. C’est ce que j’entendais tous les&#13;
jours et que je voyais toutes les fois que je feignais avoir quelque besoin&#13;
dans sa chambre exprès afin d’avoir le contentement de voir cela, jusqu’à&#13;
ce que sa paillasse étant toute réduite en poussière et pleine de puces, je&#13;
gagnai sur Sa Grandeur de l’ôter et, depuis ce temps-là jusqu’à sa mort,&#13;
nonobstant ses longues et fréquentes maladies, elle ne coucha que sur un&#13;
matelas sur les planches. Dans le dernier voyage que Sa Grandeur est&#13;
revenue de France en Canada, où j’avais l’honneur de l’accompagner et la&#13;
servir, j’étais tout étonné de voir que dans les pauvres hôtelleries où il y&#13;
avait de pauvres lits, Sa Grandeur se déshabillait pour s’y coucher, mais&#13;
dans les endroits où il y avait de bons lits, Sa Grandeur ne faisait que se jeter&#13;
601&#13;
Mme de Champigny, née Marie-Madeleine de Chaspoux, dame de Verneuil et Du Plessis-Savari,&#13;
épouse de Jean Bochart de Champigny, intendant en Nouvelle-France, était la cousine du Serviteur&#13;
de Dieu. « Par les qualités de l’esprit et du cœur, Mme de Champigny est l’une des femmes le plus&#13;
distinguées qui soient venues en la Nouvelle-France. » (E. Mayrand, Frontenac et ses amis, Québec,&#13;
1902, p. 176)&#13;
&#13;
- 1115 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
dessus sans se déshabiller ; ce qu’elle fit même au Séminaire de Tours, dans&#13;
la chambre garnie qui y est pour Mgr l’archevêque du lieu, dans laquelle on&#13;
logea Sa Grandeur.&#13;
2° De ne se jamais coucher qu’il n’eût dit et ne se fût acquitté de tous ses&#13;
offices, prières, lectures, chapelets, etc., quelque tard qu’il fût et quelque&#13;
affaire qu’eût eue Sa Grandeur et, quoiqu’il se couchât fort tard, ne jamais&#13;
manquer à se lever, pendant plus de 15 ans, à 2 heures du matin (je ne parle&#13;
que du temps que j’ai servi Sa Grandeur, car plus de 30 ans auparavant, elle&#13;
se levait à la même heure) et les cinq dernières années de sa vie sur les&#13;
3 heures. Et de se lever pendant lesdites 15 années tout seul, sans feu,&#13;
n’ayant point de poêle dans sa chambre, où il gelait très fort toutes les nuits&#13;
pendant l’hiver ; s’habiller seul, bander ses jambes, etc. ; s’en aller à 4 heures&#13;
à l’église, sa lanterne à la main, en ouvrir les portes, sonner sa messe, qui&#13;
était la première, de 4 ½ heures pour les travaillants, et rester à l’église ou à&#13;
la sacristie, qui était fort froide et incommode pour lors 602, sans voir ni se&#13;
chauffer à d’autre feu durant ce temps-là, pendant les plus grands froids,&#13;
que celui du réchaud dont il s’était servi pour dire la sainte messe.&#13;
3° Comme il dormait très peu la nuit, il était obligé de réciter tous ses offices,&#13;
chapelets, etc. en se promenant, afin de ne se point assoupir ; ce qu’il faisait,&#13;
pendant les plus grandes chaleurs de l’été, au soleil dans son petit jardin,&#13;
de telle sorte qu’il devenait tout en sueur et quand je pensais le soir son&#13;
cautère du bras, je trouvais sa chemise et sa soutane toutes trempées et&#13;
pénétrées de sueurs. Je représentais souvent à Sa Grandeur le besoin qu’elle&#13;
avait de changer de chemise et le danger qu’il y avait qu’elle ne gagnât par&#13;
le froid du soir quelque maladie ; c’est à quoi je ne la pouvais faire consentir,&#13;
quoiqu’elle en eût plusieurs en sa chambre, et elle se couchait ainsi sa&#13;
chemise toute trempée et toute froide. Or, quoique cette mortification ne&#13;
tue ni ne blesse, elle me paraissait néanmoins fort rude à supporter, car qui&#13;
est-ce, quelque pauvre qu’il fût, qui ne se crût obligé pour plusieurs raisons&#13;
&#13;
602&#13;
&#13;
Dans la copie de Québec, on ajoute ici : jusqu’à 7 heures.&#13;
- 1116 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
fort sensibles de changer de chemise, étant dans cet état le soir sans feu au&#13;
serein, surtout ayant si beau moyen de changer qu’en avait Monseigneur ?&#13;
4° Comme Sa Grandeur était d’une complexion fort sensible, l’on aurait cru&#13;
à l’entendre se plaindre dans ses infirmités et dans ses douleurs qu’elle&#13;
avait de la peine et de l’irrésolution à souffrir ; mais tout au contraire, si elle&#13;
se plaignait, ce n’était que pour cacher l’amour et la ferveur avec laquelle&#13;
Sa Grandeur souffrait. Il est tout naturel d’en porter ce jugement, car&#13;
comment croire que Sa Grandeur ait eu de la peine et de l’irrésolution à&#13;
souffrir les douleurs qui lui venaient immédiatement par l’ordre et la&#13;
disposition de la divine Providence, à laquelle elle était si soumise qu’il&#13;
faudrait un volume entier pour raconter tous les traits de sa soumission,&#13;
puisqu’elle-même cherchait tous les jours tous les moyens (cachés) qu’elle&#13;
pouvait s’imaginer pour se procurer des douleurs et des souffrances,&#13;
comme sont, par exemple, de porter presque tous les jours le cilice et de le&#13;
quitter tous les soirs en cachette, de peur que je ne le visse en pansant le&#13;
cautère qu’elle avait au bras, et, sur ses dernières années qu’elle ne pouvait&#13;
presque plus agir, le porter jour et nuit et avoir un très grand soin de faire&#13;
en sorte que je ne le voie point en pansant ledit cautère (c’est pourtant ce&#13;
qui ne se pouvait faire) et quand ils étaient déchirés, elle les raccommodait&#13;
elle-même et avait toujours pour cela du fil et des aiguilles et quand il s’y&#13;
engendrait de la vermine, elle les lavait elle-même dans de l’eau chaude et&#13;
tout cela en cachette ; de baiser son bandage avec une affection et dévotion&#13;
toutes particulières à chaque fois qu’elle l’ôtait ou le mettait, comme un fruit&#13;
de ses fatigues et un instrument qui servait à la faire souffrir ; de ne vouloir&#13;
point s’asseoir dans un fauteuil qu’elle avait dans sa chambre, à moins&#13;
qu’elle ne fût extraordinairement faible ou malade, et de se servir de chaises&#13;
très incommodes pour une personne de son âge, de dessus lesquelles elle&#13;
est souvent tombée et s’est blessée notablement ; de dire assidûment la&#13;
sainte messe nonobstant des ouvertures et des plaies très considérables et&#13;
très sensibles qu’elle avait aux jambes et aux pieds et que nos Messieurs et&#13;
même M. le médecin lui représentassent le tort qu’elle faisait à sa santé en&#13;
se gênant et souffrant comme elle faisait pour dire la sainte messe ;&#13;
&#13;
- 1117 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
d’assister en ces états à tous les offices de la cathédrale, quelque froid qu’il&#13;
fît, et de s’y faire porter quand elle ne put plus marcher.&#13;
C’est dans l’exercice et la pratique de cette ferveur, de cette dévotion et de&#13;
cette haine d’elle-même qu’elle gagna, pendant l’office du Vendredi saint,&#13;
par un des plus grands froids qu’il puisse faire en Canada, une engelure au&#13;
talon, qui lui a causé la mort. Il est vrai que j’avais comme prévu ce mal et&#13;
[que] j’avais prié Sa Grandeur, dès le dimanche des Rameaux, de ne point&#13;
assister à l’office de ce jour, parce que son pied était extraordinairement&#13;
enflé et qu’il y avait du danger que le froid n’en augmentât le mal ; mais&#13;
Sa Grandeur, suivant l’attrait de sa dévotion et de son zèle, n’eut aucun&#13;
égard à mes prières et assista à tout l’office de ce jour qui est fort long ; le&#13;
mercredi au soir, Sa Grandeur ayant été à ténèbres, elle se plaignait&#13;
beaucoup de son pied ; sur quoi je lui dis que je dirais à M. le supérieur de&#13;
prier Sa Grandeur de ne point aller davantage à l’église cette semaine-là et&#13;
qu’assurément il arriverait quelque chose d’extraordinaire à ce pied. Elle&#13;
me dit que ce n’était pas la peine d’en parler, et depuis ce moment-là elle ne&#13;
se plaignit plus, de crainte qu’on l’empêchât d’assister au reste des offices&#13;
de cette sainte Semaine, aimant mieux souffrir que de manquer à ses&#13;
dévotions et à l’ardeur de son zèle pour assister devant le Très SaintSacrement, qui était extraordinaire dans ce temps-là.&#13;
J’aurai plus tôt fait, Monsieur, de vous dire en deux mots que, quand il&#13;
s’agissait du service de Dieu et de la charité du prochain, aucune douleur&#13;
ni infirmité n’étaient capables d’y faire manquer Sa Grandeur en un seul&#13;
point. Mais quand il s’agissait de civilités purement humaines ou de visites&#13;
inutiles, Sa Grandeur prenait toujours le prétexte de ses infirmités pour s’en&#13;
dispenser et faisait même quelquefois paraître être plus incommodée&#13;
qu’elle ne l’était en effet.&#13;
Mais ce qui fait mieux connaître la patience de Sa Grandeur dans ses plus&#13;
grandes plaintes, c’est que quand on voulait avoir égard à sa douleur et à&#13;
ses plaintes et qu’on voulait l’épargner, elle voulait qu’on fît ce qui était&#13;
nécessaire à ses plaies sans avoir égard à sesdites plaintes et douleurs. En&#13;
- 1118 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
pansant la plaie qui lui a causé la mort, sa douleur était si grande que tout&#13;
le corps lui en frémissait ; il se plaignait d’une manière à tirer les larmes des&#13;
yeux de ceux qui étaient présents. Le bon frère Boussat 603, y étant un jour&#13;
dit à Sa Grandeur par compassion : « Eh bien ! Monseigneur, que voulezvous que nous fassions ? que mettrons-nous sur votre plaie ? » Sa Grandeur&#13;
lui répondit d’un accent tout transporté et embrasé de l’amour de Dieu et&#13;
les mains jointes : « Mon frère, je ne veux que Dieu ; faites tout ce qu’il vous&#13;
plaira et ce que vous jugez qu’il faut faire. »&#13;
Mais, me direz-vous, Monsieur, puisque vous dites que Monseigneur était&#13;
si patient, comment donc se plaignait-il ? De quels termes se servait-il pour&#13;
que l’on puisse juger qu’en se plaignant il souffrait patiemment ? Voici,&#13;
Monsieur, ses paroles et ses termes les plus ordinaires : « Ô mon Dieu, que&#13;
je souffre ; ayez pitié de moi, mon Dieu, ô Dieu d’amour, ô Dieu de bonté,&#13;
ô Dieu de miséricorde ; faites-moi miséricorde, mon Dieu ; votre sainte&#13;
volonté soit faite, ô mon Dieu ! » C’étaient les plaintes ordinaires que Sa&#13;
Grandeur réitérait une infinité de fois, les mains jointes et les yeux élevés&#13;
vers le ciel, avec une dévotion merveilleuse, non seulement dans les&#13;
violentes douleurs que lui a causées sa dernière plaie, mais encore dans&#13;
toutes les grandes douleurs que je lui ai vu souffrir journellement pendant&#13;
l’espace des 20 années que j’ai eu l’honneur d’être au service de&#13;
Sa Grandeur. Et ces plaintes étaient plutôt des élans d’amour de Dieu et de&#13;
conformité à sa sainte volonté que de véritables plaintes.&#13;
5° La mortification au boire et au manger n’est pas le moindre point de ses&#13;
vertus ; au contraire, je crois que c’en est un des plus grands, quoique bien&#13;
des personnes l’aient tenu pour un homme fort difficile en ce point. Il est&#13;
vrai qu’il faut l’avoir pratiqué et servi autant de temps que j’ai fait pour&#13;
avoir bien su connaître et discerner le vrai d’avec l’apparent, car&#13;
effectivement Sa Grandeur paraissait beaucoup affectée de certains&#13;
aliments et méprisait les autres d’une manière à faire croire qu’il recherchait&#13;
son goût ; mais il est certain qu’il ne le recherchait pas. Bien au contraire, il&#13;
603&#13;
&#13;
Jean Boussat, un donné jésuite, apothicaire au Collège.&#13;
- 1119 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
cherchait à se mortifier en tout. C’est de quoi j’ai autant de témoins qu’il y&#13;
a eu de personnes qui lui ont préparé à manger et toutes conviendront avec&#13;
moi qu’ils ne savaient comment assaisonner les viandes pour Sa Grandeur,&#13;
parce que Sa Grandeur n’y voulait aucun assaisonnement. Chacun d’eux&#13;
voulait tâcher à lui faire de bons ragoûts et de haut goût et Sa Grandeur&#13;
voulait que ses viandes n’eussent aucun goût et, pour cacher sa&#13;
mortification en cela, elle se plaignait des meilleures viandes et des mieux&#13;
apprêtées, en disant qu’elles ne valaient rien. C’est ce qui mortifiait&#13;
extrêmement les cuisiniers et leur faisait dire que Sa Grandeur était bien&#13;
difficile. Si Sa Grandeur avait, comme bien des saints ont fait, fait paraître&#13;
sa mortification et qu’elle eût déclaré que ces viandes bien apprêtées étaient&#13;
bonnes, mais qu’elle voulait s’en priver et n’en avoir que des moindres et&#13;
mal apprêtées afin de se mortifier, chacun aurait applaudi à Sa Grandeur.&#13;
Cela aurait calmé les esprits et aurait fait avoir à tous une grande estime de&#13;
sa vertu et de sa mortification ; mais c’est ce que Sa Grandeur fuyait comme&#13;
la peste et, en méprisant ainsi les bonnes viandes, elle contentait sa&#13;
mortification sans qu’on s’en aperçût, en ne s’en faisant servir que de&#13;
méchantes ou de moindres et s’attirait de plus, par une humilité tout&#13;
admirable, le mépris de plusieurs et l’estime qu’on faisait qu’elle était très&#13;
difficile. Quelqu’un rapportant souvent à Sa Grandeur que l’on disait&#13;
qu’elle était fort difficile pour son manger, Sa Grandeur ne faisait autre&#13;
réponse que de dire fort tranquillement et doucement qu’il fallait les laisser&#13;
dire.&#13;
Mais, me direz-vous, Monsieur, quelles étaient donc les viandes qu’il fallait&#13;
servir à Sa Grandeur ? Tous les cuisiniers et dépensiers qui ont été au&#13;
Séminaire peuvent dire avec moi qu’il ne lui fallait que du bœuf puant et&#13;
corrompu et que pourvu qu’elle en eût de tel, elle était contente. Si on y&#13;
ajoutait du veau ou des volailles, il fallait qu’elles fussent de même puantes&#13;
et corrompues et propres à plutôt faire mal au cœur qu’à contenter le goût.&#13;
Je l’ai vue plus de cent fois garder de la viande cuite dans sa chambre (car&#13;
comme vous savez, Monsieur, Sa Grandeur a toujours mangé dans sa&#13;
chambre pendant les 20 dernières années de sa vie), je l’ai vue, dis-je, garder&#13;
de la viande cuite cinq, six, sept et huit jours dans les chaleurs de l’été et,&#13;
- 1120 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
lorsqu’elle était toute moisie et pleine de vers, elle la lavait dans de l’eau&#13;
chaude ou dans du bouillon de sa soupe et ensuite la mangeait et me disait&#13;
qu’elle était très bonne. Je m’en rapporte à quiconque et je demande qui estce, même des plus pauvres, qui n’aimerait pas mieux s’en passer que d’en&#13;
manger de pareille?&#13;
J’ai vu Sa Grandeur, après m’avoir fait aller à la cuisine jusqu’à trois et&#13;
quatre fois pour lui chercher d’autres viandes que celles que je lui avais&#13;
apportées, je l’ai vue, dis-je, se mettre à genoux devant ces viandes et&#13;
manger en cette posture ce qui était de plus méchant ; aussi dois-je avouer&#13;
que Sa Grandeur ne me renvoyait pas ainsi rechercher des viandes pour le&#13;
désir qu’elle eût d’en avoir de meilleures, mais c’était pour me mortifier,&#13;
me faire rompre ma propre volonté et surmonter la peine que j’avais de lui&#13;
obéir quand elle me renvoyait ainsi plusieurs fois, outre que par ce moyen&#13;
elle avait davantage de viande pour donner aux pauvres à qui elle donnait&#13;
tous les jours une bonne partie de sa portion.&#13;
L’on pourrait m’objecter là-dessus que je veux trop donner à la vertu de&#13;
Monseigneur et que si Sa Grandeur demandait des viandes corrompues,&#13;
c’est qu’elle n’avait pas de dents pour mâcher les autres. J’avoue que c’était&#13;
l’excuse ordinaire de Sa Grandeur de dire que les viandes qu’elle rebutait&#13;
n’étaient pas propres pour ses dents ; mais ce n’était véritablement qu’une&#13;
excuse, car Sa Grandeur mangeait tous les jours de la croûte de pain&#13;
beaucoup plus dure que les viandes qu’elle rebutait et quand elle mangeait&#13;
hors le Séminaire, où elle donnait par condescendance quelque chose de&#13;
plus à la nature, elle mangeait des viandes les plus dures et tout&#13;
nouvellement tuées aussi facilement que les personnes qui avaient de&#13;
bonnes dents. Ainsi il est aisé de se persuader que Sa Grandeur ne&#13;
recherchait et ne voulait des viandes ainsi gâtées et corrompues que par un&#13;
véritable et extraordinaire esprit de mortification et de pénitence.&#13;
Sa Grandeur ne recherchait point non plus trop de goût dans sa soupe,&#13;
puisque plus de cent et cent fois je l’ai vue y mettre une tassée d’eau chaude&#13;
pour en ôter tout le goût. Pour son boire ordinaire, [ce] n’était que de l’eau&#13;
- 1121 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
chaude un peu teinte de vin et chacun sait que Sa Grandeur ne prenait&#13;
jamais ni liqueurs, ni vin exquis, ni aucune mixtion de sucrerie de quelle&#13;
sorte qu’elle puisse être composée, soit pour boire, soit pour manger,&#13;
excepté que sur ses dernières années je gagnai sur Sa Grandeur de lui faire&#13;
prendre tous les soirs, après un bouillon qui était tout son souper, gros&#13;
comme le pouce de biscuit dans un peu de vin pour l’aider à dormir.&#13;
En un mot, je puis dire sans exagération que toute la vie de Sa Grandeur&#13;
n’était qu’un jeûne continuel, car elle ne déjeunait point et ne prenait tous&#13;
les soirs que la valeur d’une légère collation. Et elle faisait tout son possible,&#13;
nonobstant son grand âge et ses infirmités continuelles, pour observer tous&#13;
les jours d’abstinence et de jeûne, tant ceux qui sont commandés par la&#13;
sainte Église que ceux qui s’observent par dévotion dans le Séminaire et, si&#13;
Sa Grandeur a quelquefois cédé en cela à l’ordre des médecins et aux prières&#13;
de MM. les supérieurs du Séminaire qui jugeaient qu’elle devait faire gras,&#13;
c’était pour Sa Grandeur une grande mortification de ne se pas mortifier en&#13;
cela et ce n’était que par une extraordinaire charité qu’elle avait pour son&#13;
cher Séminaire et pour tout le Canada qu’elle donnait quelque chose à la&#13;
nature pour l’empêcher de mourir si tôt et pour se donner la consolation de&#13;
voir tous les jours de plus en plus le règne de Dieu s’établir dans ce nouveau&#13;
monde, mais très particulièrement pour empêcher de tout son pouvoir qu’il&#13;
ne s’y introduise rien de contraire à la charité et aux bonnes mœurs du&#13;
christianisme.&#13;
6° Un autre point de mortification et d’humilité, fort extraordinaire en une&#13;
personne du rang, de la dignité, de l’âge et des infirmités de Monseigneur,&#13;
est que Sa Grandeur ne m’a jamais permis, pendant toutes les 20 années que&#13;
j’ai eu l’honneur d’être à son service, de faire quoi que ce soit pour son&#13;
service qu’elle l’ait pu faire elle-même, si bien qu’il fallait que je demeurasse&#13;
les bras croisés ou que j’allasse à mon travail, pendant que Sa Grandeur&#13;
faisait son feu, balayait, desservait sa table, lavait son petit meuble de table,&#13;
s’habillait, se déshabillait, faisait son lit, etc. Et c’était une mortification&#13;
continuelle pour une personne un peu zélée à son service de n’y trouver&#13;
presque rien à faire.&#13;
- 1122 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
7° Pour sa patience, il ne m’appartient pas d’entamer ni de parler des sujets&#13;
que Sa Grandeur a eus de la pratiquer en un souverain degré, parce que ce&#13;
ne sont pas choses purement temporelles et, où il ne s’agissait que du&#13;
temporel, comme [les] pertes de biens, incendies, douleurs, etc., c’étaient&#13;
plutôt des sujets de triomphe pour Sa Grandeur que des sujets propres à lui&#13;
faire de la peine et Sa Grandeur pour toutes les pertes de biens et pour les&#13;
deux incendies générales de son Séminaire, n’en perdit pas pour un seul&#13;
instant sa paix, sa joie, ni sa tranquillité, parce que ces accidents n’étaient&#13;
pas des sujets capables d’attaquer sa patience et sa vertu qui étaient bien&#13;
au-dessus de tout cela. Les seuls intérêts de Dieu, de la vertu et de la religion&#13;
étaient capables de l’émouvoir.&#13;
Je me sens néanmoins obligé, Monsieur, par reconnaissance pour la charité&#13;
que Sa Grandeur a eue pour moi, de vous dire que ce n’a pas été une petite&#13;
peine à Sa Grandeur de se servir si longtemps de moi qu’elle a fait, à cause&#13;
de mes indocilités, des attachements à ma propre volonté et des&#13;
raisonnements contradictoires que je faisais à Sa Grandeur, quand elle&#13;
exigeait quelque chose de moi qui ne me plaisait pas. Toute autre patience&#13;
que la sienne se serait lassée et m’aurait chassé cent et cent fois d’auprès de&#13;
sa personne. Et c’est à cette patience de Sa Grandeur que j’ai l’obligation de&#13;
ce que je suis non seulement resté, mais incorporé en une qualité beaucoup&#13;
au-dessus de mon mérite dans sa sainte maison et qu’elle m’a même&#13;
témoigné à l’article de sa mort que ce serait, si j’y persévérais fidèlement, le&#13;
lieu et le sujet de ma prédestination.&#13;
Mais si j’ajoutais et si je racontais toutes les fois que Sa Grandeur,&#13;
nonobstant ma grossièreté, mon ignorance et toutes mes mauvaises&#13;
qualités, me consultait, demandait mes avis, me priait, quoique je ne fusse&#13;
que son valet, me déférait et familiarisait avec moi, c’est ce qui ferait&#13;
l’étonnement des personnes qui ont connu le grand mérite, les grandes&#13;
lumières et la profondeur des connaissances qu’avait Sa Grandeur ; c’est&#13;
aussi ce que je ne puis expliquer et, quand même je le pourrais, j’y aurais&#13;
bien de la peine, car quand je pense seulement à ses manières si tendres, si&#13;
charitables, si humbles et si déférentes de Sa Grandeur à mon égard, j’en ai&#13;
- 1123 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
le cœur si attendri que je m’en expliquerais mieux par mes larmes que par&#13;
mes paroles.&#13;
8° Pour ce qui regarde sa charité et ses aumônes, c’est un point où les&#13;
personnes qui ont le mieux connu Sa Grandeur auraient peine à en faire&#13;
connaître toute l’étendue. J’ai autant de témoins de cette vérité qu’il y a eu&#13;
et qu’il y a de personnes en Canada : c’est pourquoi je ne crois pas devoir&#13;
m’étendre sur cet article, qui étant connu de tout le monde ne peut pas être&#13;
ignoré de vous seul. Je crois même que vous en diriez plus que moi, s’il&#13;
vous plaisait d’en dire ce que vous en savez. Néanmoins, Monsieur, comme&#13;
je vous marque en cette lettre ce qui m’a édifié dans la vie de Monseigneur,&#13;
je ne puis me dispenser de vous dire quelques petites particularités qui&#13;
m’ont le plus touché sur ce sujet :&#13;
la 1re est que Sa Grandeur, nonobstant les dettes, les pertes, les&#13;
incendies et toutes les grandes disettes du Séminaire, où elle&#13;
avait la meilleure part, ne manquait pas de donner aux&#13;
pauvres tous les ans la valeur de 1 500 et 2 000 livres ;&#13;
la 2e est que Sa Grandeur refusait tout net de me donner même&#13;
5 sous quand j’en avais besoin pour acheter quelque chose&#13;
dont elle avait besoin et aurait mieux aimé s’en passer que de&#13;
faire cette petite dépense. Mais quand il s’agissait d’acheter&#13;
des étoffes et des couvertes pour donner aux pauvres, les 100,&#13;
200 et 300 écus ne lui faisaient pas plus de peine à donner&#13;
qu’une épingle et même il est à remarquer que Sa Grandeur&#13;
nageait de joie et de contentement quand elle faisait ces&#13;
dépenses pour les pauvres ;&#13;
la 3e est qu’à notre second incendie, où le Séminaire se trouva&#13;
en un si pauvre état qu’il n’avait pas seulement 100 écus qui&#13;
étaient nécessaires pour faire couvrir grossièrement toutes les&#13;
murailles et les voûtes du Séminaire, Sa Grandeur ayant cette&#13;
somme et n’avant presque plus d’étoffe pour donner aux&#13;
pauvres, de crainte que nos Messieurs ne la lui demandassent&#13;
pour faire faire ces couvertures, elle m’envoya secrètement&#13;
- 1124 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
acheter 100 peaux de chevreuil à 3 livres 5 sols la pièce, pour&#13;
donner aux pauvres au lieu d’étoffe, et me donna pour les&#13;
payer 325 livres avec plus de joie qu’un pauvre ne les aurait&#13;
reçues par aumône ;&#13;
la 4e est que Sa Grandeur ne se contentait pas de soulager les&#13;
pauvres dans leurs besoins corporels, elle voulait encore que&#13;
ses aumônes remédiassent aux besoins de leurs âmes et leur&#13;
soient une aide pour servir Dieu et éviter le péché ; car elle&#13;
avait exprès acheté 80 couvertes de 84 livres la pièce pour en&#13;
fournir aux pauvres familles chargées d’enfants, afin de les&#13;
obliger à faire coucher les garçons séparément des filles et&#13;
pour empêcher que les pères et mères ne fissent coucher avec&#13;
eux leurs enfants, ce qu’ils étaient obligés de faire faute de&#13;
couvertes ; et par là Sa Grandeur ôtait à ces enfants l’occasion&#13;
de connaître et ensuite de commettre le péché le plus&#13;
dangereux du Canada et elle ne voulait pour quoi que ce fût&#13;
donner de ces couvertes pour d’autres besoins ni d’autres&#13;
sujets que ceux-là ;&#13;
la 5e est que Sa Grandeur, l’automne dernier, avant sa mort,&#13;
se voyant sans avoir de quoi faire l’aumône, elle fit tout son&#13;
possible pour en avoir du Séminaire ; mais le Séminaire étant&#13;
lui-même à l’extrémité, n’ayant pas la moitié de ses besoins&#13;
les plus essentiels et ne pouvant rien donner à Sa Grandeur&#13;
pour faire ses aumônes (car ç’a toujours été elle qui les a&#13;
distribuées de ses propres mains), elle me dit d’une manière&#13;
fort triste et fort touchante qu’elle ne pouvait pas vivre&#13;
longtemps si elle n’avait pas de quoi donner aux pauvres et,&#13;
effectivement, Sa Grandeur n’a plus vécu que six mois après&#13;
et elle s’est trouvée si dénuée des biens de ce monde qu’elle&#13;
n’avait pas en mourant la valeur d’un sou dont elle pût&#13;
disposer en faveur des pauvres.&#13;
&#13;
- 1125 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
9° Elle était elle-même réduite dans la plus grande et la plus parfaite&#13;
pauvreté que l’on puisse souhaiter. Quelques mois avant sa mort, je vis&#13;
encore dans le fond de sa cassette un petit couteau de 5 ou 6 sous ; je le&#13;
demandai à Sa Grandeur et elle me le donna, mais d’une manière et d’un&#13;
ton à me tirer les larmes des yeux : « Mon enfant, me dit-elle, si je possède&#13;
encore ce couteau, je vous le donne de bon cœur, afin de ne posséder plus&#13;
rien sur la terre et d’être entièrement dégagé des biens de ce monde. » En&#13;
vérité, Monsieur, je ne puis pas bien comprendre comment Sa Grandeur, en&#13;
me donnant ce petit couteau, me dit qu’elle ne posséderait plus rien sur la&#13;
terre, car quoique je lui ai souvent vu de grosses sommes d’argent, il en était&#13;
assurément plutôt le dépositaire que le propriétaire, parce que je ne lui ai&#13;
jamais vu employer un sou pour le soulagement, l’entretien ou les besoins&#13;
de sa personne ; elle les employait toutes en aumônes et en œuvres pieuses&#13;
et quand elle avait besoin de quelque chose, comme habits, linge, etc., elle&#13;
le demandait au Séminaire comme le moindre des ecclésiastiques ; et ce&#13;
n’est pas là posséder quelque chose. Sa Grandeur était de plus fort pauvre&#13;
dans ses habits et j’avais peine à l’empêcher de s’en servir quoiqu’ils fussent&#13;
fort vieux, sales et rapiécés. Pendant 20 ans, elle n’a eu que deux soutanes&#13;
d’hiver qu’elle a laissées en mourant, l’une encore très bonne et l’autre toute&#13;
rase et rapiécée. Elle n’a eu pendant ces 20 ans qu’une seule paire de culottes&#13;
de peau, qu’elle a aussi laissées fort grasses et rapiécées.&#13;
En un mot, il n’y avait personne au Séminaire plus pauvre en habits et qui&#13;
les épargnât plus que Sa Grandeur. Elle avait même une estime toute&#13;
particulière pour les personnes qu’elle voyait dans le Séminaire pratiquer&#13;
la pauvreté, surtout dans le vivre et dans les habits, et elle ne supportait&#13;
qu’avec peine ceux qu’elle voyait rechercher trop d’ajustement, de propreté&#13;
affectée et de délicatesse dans leurs habillements, ce qu’elle m’a témoigné&#13;
plusieurs fois. Une année, ayant demandé en France du camelot pour lui&#13;
faire un habit d’été, on lui en envoya de très beau et qui coûtait cher. Mais&#13;
Sa Grandeur ne voulut point s’en servir ; elle le donna à l’église pour faire&#13;
un ornement violet et en fit redemander d’autre de 30 sous l’aune. C’était&#13;
de celui dont Sa Grandeur s’était toujours habillée en France et en Canada&#13;
pour les habits d’été.&#13;
- 1126 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
10° Je n’ai garde, Monsieur, d’entreprendre de parler de la haute&#13;
contemplation et de l’union continuelle que Monseigneur avait avec Dieu.&#13;
Ce sont pour moi lettre close et je dois bien me contenter d’admirer ces voies&#13;
sublimes et élevées dans lesquelles Dieu a conduit Sa Grandeur et me&#13;
restreindre à ne dire que quelques mots des choses qui sont selon ma portée.&#13;
Outre ce que je vous ai déjà marqué du zèle de Sa Grandeur et de sa ferveur&#13;
à dire la sainte messe et assister aux offices de la cathédrale, nonobstant ses&#13;
plaies et ses infirmités, et de son exactitude à s’acquitter de toutes ses&#13;
prières et exercices de dévotion les soirs avant de se coucher, quelque tard&#13;
qu’il fût et quelques embarras et affaires qu’elle ait eus, c’était admirable de&#13;
voir son assiduité à assister aux enterrements de toutes les personnes qui&#13;
mouraient dans Québec et son exactitude à offrir le saint sacrifice de la&#13;
messe pour le repos de leurs âmes aussitôt qu’elle avait appris leur trépas ;&#13;
sa dévotion à recevoir et conserver les rameaux bénits, à baiser son crucifix,&#13;
la figure de la Sainte Vierge qu’elle portait toujours sur soi et la mettait la&#13;
nuit sous son chevet, à baiser sa chaînette de l’esclavage 604 et son scapulaire&#13;
qu’elle portait sur elle ; son respect et sa vénération pour les reliques des&#13;
saints ; le plaisir qu’elle prenait à lire tous les jours dans la vie des saints et&#13;
à s’entretenir de leurs actions héroïques ; le saint et continuel usage qu’elle&#13;
faisait de l’eau bénite, en prenant à tout bout de champ dans le cours de la&#13;
journée et à toutes les fois qu’elle se réveillait la nuit, venant très souvent&#13;
de son jardin à sa chambre exprès pour en prendre, en portant sur elle dans&#13;
un bénitier d’argent qu’elle avait fait faire exprès lorsqu’elle allait à la&#13;
campagne et Sa Grandeur avait un si grand désir que tout le monde en prît&#13;
qu’elle avait un soin tout particulier de voir elle-même tous les jours dans&#13;
les bénitiers de l’église s’il y en avait, d’y en mettre quand il y en manquait&#13;
et, pendant l’hiver, de peur que ces bénitiers ne gelassent trop fort et qu’on&#13;
n’en pût point prendre en entrant et sortant de l’église, elle les apportait&#13;
elle-même auprès de notre poêle tous les soirs et les reportait le matin à&#13;
4 heures quand elle allait ouvrir les portes ; l’aversion qu’elle avait des&#13;
moindres choses qui pouvaient tant soit peu ternir le lustre et la pureté de&#13;
son âme, ce qui la portait à se confesser tous les jours avant de dire la sainte&#13;
604&#13;
&#13;
NDLR : Un cilice.&#13;
- 1127 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXI&#13;
&#13;
messe ; enfin, son exactitude à faire tous les jours sa préparation à la mort&#13;
et être soumise et disposée à toute heure et à tout moment à subir ce passage&#13;
si redoutable, ce qu’elle témoignait avec joie toutes les fois qu’on lui parlait&#13;
du temps qu’elle pouvait encore vivre.&#13;
Voilà, Monsieur, une partie des menues et ordinaires actions et traits de&#13;
ferveur, de dévotion et de pénitence que j’ai vues pratiquer journellement&#13;
à Monseigneur pendant les 20 ans, depuis sa démission de son évêché&#13;
jusqu’à sa mort, que Dieu m’a fait la grâce d’être au service de Sa Grandeur&#13;
et c’est ce qui a été le sujet de l’estime, du respect et de la vénération que j’ai&#13;
eus et que je conserverai jusqu’à la mort pour sa sainte personne. C’est ce&#13;
qui m’a souvent ravi et transporté d’admiration et c’est même ce que j’ai vu&#13;
transporter et ravir M. de Champigny durant qu’il était intendant du&#13;
Canada et qu’il voyait Sa Grandeur dans ses maladies se coucher et se&#13;
traiter comme une personne de la plus basse condition, elle (ce me disait&#13;
mondit sieur de Champigny dans son admiration) qui, si elle était restée&#13;
dans le monde et à la cour, aurait possédé par son mérite et ses rares&#13;
qualités les premières charges de l’État. C’est aussi ce qui a souvent surpris&#13;
et ravi M. Sarrazin, médecin, comme il me l’a témoigné plusieurs fois. Et&#13;
c’est ce qui m’a excité à prendre la résolution, dès les premières années que&#13;
j’ai été auprès de Sa Grandeur, de ramasser tout ce que je pourrais qui ait&#13;
appartenu à sa sainte personne et, depuis son trépas, à tremper des linges&#13;
dans son sang lorsqu’on l’a ouvert, à enlever quelques os de dessus sa&#13;
poitrine et à couper ses cheveux et conserver ses habits ; et tout cela pour&#13;
servir de très précieuses reliques.&#13;
Je crois, Monsieur, que vous et toutes les personnes bien intentionnées&#13;
approuverez mon procédé en cela, comme effectivement plus de 3 000&#13;
personnes de toute sorte d’état et de condition l’ont déjà approuvé en&#13;
Canada, en demandant avec empressement et s’estimant bien heureuses&#13;
d’avoir de petites parcelles dudit linge et de ces précieux restes de mondit&#13;
seigneur, qu’ils portent sur eux avec respect et dévotion ; des capitaines&#13;
même et officiers de troupe ont fait faire exprès des reliquaires d’argent&#13;
pour y en enfermer et les porter sur eux, étant mus à cela par l’idée et&#13;
- 1128 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
l’estime générales que chacun a du grand mérite et de la haute sainteté de&#13;
mondit seigneur et par les secours extraordinaires et miraculeux que&#13;
plusieurs ont reçus et reçoivent journellement dans leurs infirmités par&#13;
l’invocation de mondit seigneur en s’appliquant desdites reliques ou les&#13;
portant sur eux. Je me flatte même, Monsieur, que vous accepterez de bon&#13;
cœur ce que je vous envoie de ces précieux restes de Sa Grandeur et que&#13;
vous les recevrez comme un riche héritage et une sainte marque de&#13;
l’affection sincère et du profond respect avec lequel je suis, Monsieur,&#13;
Votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,&#13;
Frère Hubert Houssart.&#13;
Doc. LXIX. Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec par La Tour, 1761&#13;
&#13;
Doc. LXIX&#13;
Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de Québec,&#13;
par l’abbé Bertrand de La Tour, Colonies Agrippine, 1761&#13;
1° La première biographie du Serviteur de Dieu&#13;
À première vue, c’est un fait curieux que, parmi tant d’amis et d’admirateurs&#13;
contemporains du Serviteur de Dieu, personne n’ait tenté d’en écrire la vie tout&#13;
de suite après sa mort. Ce serait cependant une erreur d’en conclure que sa&#13;
mémoire n’était pas considérée comme digne de passer à l’histoire. Il est peutêtre arrivé ici ce qui survient souvent à la mort de personnages remarquables ;&#13;
c’est-à-dire que plus la figure est complexe, tant de sa personne que de ses&#13;
fonctions, plus il est difficile de trouver un auteur qui ait le talent et le courage de&#13;
faire revivre cette figure dans une biographie, par crainte que ses lecteurs la&#13;
trouvent trop pauvre. Il est certain qu’à Québec, à l’époque, il n’y avait pas&#13;
d’écrivain prêt pour un tel travail. L’abbé de La Colombière, qui écrivit l’oraison&#13;
funèbre du Serviteur de Dieu (Doc. LX-2), aurait pu tenter l’expérience ; mais&#13;
peut-être que, connaissant de près le Serviteur de Dieu, il comprit plus que tout&#13;
autre combien ardue aurait été la tâche : ardue par l’étendue du travail,&#13;
puisqu’écrire la vie de Mgr de Laval signifiait retracer l’histoire religieuse et&#13;
politique du Canada de la seconde moitié du 17e siècle, et ardue par la délicatesse&#13;
de certains sujets, puisque le successeur, Mgr de Saint-Vallier, vécut jusqu’en&#13;
1727 et qu’il aurait dû omettre plusieurs faits depuis 1684 ou les présenter de&#13;
façon à ne pas causer d’impairs avec l’évêque.&#13;
Pour surmonter ces difficultés, on avait besoin de quelqu’un qui venait de&#13;
l’extérieur, de moins lié au milieu. Il devait aussi savoir bien écrire et avoir la&#13;
volonté de réaliser quelque chose de bien, tout en ne cherchant pas à atteindre la&#13;
perfection.&#13;
Cet homme arriva à Québec en 1729 : l’abbé Bertrand de La Tour, écrivain pressé&#13;
mais très fécond.&#13;
- 1129 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
2° L’auteur, Bertrand de La Tour&#13;
Bertrand de La Tour naquit à Toulouse vers 1700. Il étudia à Paris au Séminaire&#13;
Saint-Sulpice, et poursuivit à La Sorbonne un doctorat in utroque 605. Il partit très&#13;
jeune pour le Canada, en 1729, avec Mgr Dosquet, nommé coadjuteur de Québec.&#13;
Homme de très grandes qualités et très cultivé, l’abbé de La Tour reçut&#13;
immédiatement plusieurs tâches importantes : il fut doyen du chapitre, conseiller&#13;
ecclésiastique du Conseil souverain et vicaire général. En 1731, l’évêque l’envoya&#13;
en France pour traiter de diverses affaires auprès de la Cour royale. Il avait à cœur&#13;
de retourner au Canada, mais son séjour se prolongea plus longtemps que prévu.&#13;
Il se rendit au diocèse de Tours, où il fut nommé juge ecclésiastique, puis, en&#13;
1740, il passa à Montauban comme curé de Saint-Jacques. Alors, il renonça&#13;
définitivement au Canada. Il fut ensuite vicaire général du diocèse de Montauban&#13;
et doyen du chapitre, puis, devenu âgé, il se retira dans la maison des Frères des&#13;
écoles chrétiennes de cette même ville, où il mourut le 19 janvier 1780.&#13;
Comme on l’a dit, l’abbé de La Tour fut un auteur très fécond. Il publia&#13;
70 volumes sur des sujets très divers : oratoire, droit canonique, histoire, liturgie,&#13;
etc. Jacques-Paul Migne songea en 1855 à republier toutes ses œuvres : Œuvres&#13;
complètes de De La Tour (en sept volumes). Dans le 1er volume, Migne lui-même,&#13;
dans une phrase un peu emphatique, porte sur l’abbé de La Tour le jugement&#13;
suivant :&#13;
De La Tour est le prêtre du monde entier qui a le plus fait pour la liturgie&#13;
romaine. Si la cause de cette liturgie est aujourd’hui gagnée en France,&#13;
c’est surtout à lui qu’on le doit. Le R. P. Guéranger est sans doute pour&#13;
beaucoup dans cette victoire […] ; mais de La Tour a été le principal&#13;
athlète, bien qu’athlète caché […] Malgré son style souvent diffus et&#13;
incorrect, cet écrivain est le plus original et le plus piquant, le plus&#13;
courageux et le plus vigoureux qui se puisse imaginer ; et il est tout cela&#13;
dans ses discours et ses écrits de toute sorte, comme dans la liturgie et le&#13;
droit canon. Les jansénistes outrés ne connaissent que trop la nature des&#13;
ouvrages de M. de La Tour et l’impulsion qu’ils devaient donner aux idées&#13;
romaines ; car malgré son mérite réel, ils sont parvenus, pour ainsi dire, à&#13;
l’étouffer […]. Près de 80 ans se sont passés depuis qu’il a écrit et on serait&#13;
tenté de croire qu’il a écrit hier. Malgré tout ce qui a paru depuis 30 ans&#13;
sur les discussions canoniques et liturgiques ; malgré tous les mandements&#13;
sur la matière, il n’aurait que peu de choses à effacer ou à ajouter. Il a&#13;
presque tout prévu, arguments pour sa cause et résolution des objections&#13;
adverses, il est convaincu, caustique, irrésistible.&#13;
Comme homme et prêtre, l’abbé de La Tour fut de vie irréprochable ; il était&#13;
simple et de vie frugale ; et malgré sa réputation d’orateur et son activité littéraire,&#13;
il remplissait ses fonctions de curé de Saint-Jacques avec grand soin et il se&#13;
distingua particulièrement pour son amour envers les pauvres. Il voulut même,&#13;
après sa mort, être enseveli au milieu d’eux.&#13;
Dans son activité d’écrivain, il fut toujours orthodoxe et défendit avec vigueur les&#13;
droits du Siège apostolique. Cela fut particulièrement apparent lorsqu’en 1762,&#13;
alors qu’il était vicaire capitulaire de Montauban, Mgr de Breteuil, favorable aux&#13;
théories gallicanes, fut élu évêque de ce siège épiscopal. Alors, l’abbé de La Tour&#13;
&#13;
605&#13;
&#13;
NDLR : Un doctorat en loi civile et droit canon.&#13;
- 1130 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
s’engagea plus que jamais pour défendre les droits du Saint-Siège et pour&#13;
l’introduction de la liturgie romaine en France.&#13;
Parmi les œuvres historiques de l’abbé de La Tour, la biographie de Mgr de Laval&#13;
occupe une place importante. C’est la première œuvre qui s’intéresse d’une&#13;
manière générale à l’histoire religieuse du Canada au 17e siècle.&#13;
3° L’état des informations de l’auteur&#13;
Venons-en à la question qui nous intéresse directement, soit la valeur que nous&#13;
devons donner à cette vie de Mgr de Laval.&#13;
Nous devons d’abord nous demander quelles informations avait l’abbé de La Tour&#13;
au sujet de Mgr de Laval, qu’il ne connut pas personnellement.&#13;
Lorsque l’abbé de La Tour arriva à Québec en 1729, à peine 20 ans s’étaient&#13;
écoulés depuis la mort du Serviteur de Dieu, et sa mémoire était indubitablement&#13;
vive et marquée. Ceci devait être séduisant pour un écrivain de profession comme&#13;
l’abbé de La Tour, qui se préoccupa tout de suite de commencer à recueillir le&#13;
matériel et surtout les récits et les témoignages de ceux qui avaient vécu avec le&#13;
Serviteur de Dieu et qui pouvaient relater personnellement des faits et des&#13;
circonstances. L’auteur écrivit dans son introduction qu’il avait rassemblé de&#13;
telles informations : « C’est sur de bons mémoires et sur le rapport d’un grand&#13;
nombre de personnes qui avaient connu le saint évêque que l’auteur, durant son&#13;
séjour à Québec, a rassemblé les faits divers dont il rend compte au public. »&#13;
(p. 1166) Faisant allusion ensuite aux frères et sœurs laïcs du Séminaire de&#13;
Québec, il écrivit : « J’ai vu cinq à six frères et autant de sœurs, qui m’ont parlé&#13;
avec une vénération infinie de leur ancien maître, dont ils m’ont appris bien des&#13;
particularités que j’ai insérées dans cette histoire. » (p. 1255) Un de ces frères du&#13;
Séminaire interrogés devait certainement être le remarquable frère Houssart. On&#13;
peut aussi supposer que l’abbé de La Tour eut entre les mains la lettre de Houssart&#13;
(Doc. LXI). Le fait qu’il ne la cite pas ne veut rien dire ; il devait certainement la&#13;
réserver pour le 2e ou le 3e volume, là où il aurait traité de la vie privée du Serviteur&#13;
de Dieu après sa démission comme évêque de Québec.&#13;
En plus des témoignages oraux, l’abbé de La Tour chercha probablement des&#13;
sources écrites qui traitaient de son sujet. Puisqu’il occupa les charges de doyen&#13;
du chapitre et de vicaire général à Québec, il lui fut facile de consulter les&#13;
principales archives, surtout celles de l’évêché et celles du Séminaire. Il fit&#13;
allusion à des notes et à des copies de manuscrits qu’il avait recueillies. Il est donc&#13;
facile de supposer que lors de son départ pour la France, deux ans plus tard, il&#13;
avait tout le matériel nécessaire avec lui. Nous savons aussi qu’il correspondit&#13;
avec le Canada et qu’il continua à demander des informations et des documents.&#13;
En 1750, par exemple, il écrivit aux sœurs de l’Hôpital général de Québec : « Si&#13;
vous voulez m’envoyer des mémoires sur votre communauté ou sur M. de SaintVallier, j’en ferai usage dans ce qui me reste de la vie de M. de Laval. » (Cité dans&#13;
Mgr de Saint-Vallier et l’Hôpital général de Québec, Québec, 1882, p. 297.) De&#13;
plus, nous sommes d’avis que les longues notes insérées dans le Livre VIII des&#13;
Mémoires (p. 809-825) sur Jeanne Mance et l’Hôtel-Dieu de Montréal et sur mère&#13;
Marguerite Bourgeoys et la Congrégation de Notre-Dame proviennent de&#13;
réponses à de semblables demandes.&#13;
&#13;
- 1131 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
En plus de la documentation directe, l’abbé de La Tour connut et utilisa la&#13;
littérature principale sur l’histoire du Canada, qui comptait déjà, à l’époque où il&#13;
écrivait, un certain nombre d’œuvres imprimées, comme les Relations des&#13;
Jésuites, Les Lettres de la vénérable mère Marie de l’Incarnation (Paris, 1681),&#13;
la Vie de la mère Marie de l’Incarnation du P. de Charlevoix (Paris, 1724),&#13;
Histoire et description générale de la Nouvelle-France du même auteur (Paris,&#13;
1744), etc.&#13;
L’état des informations utilisées par l’abbé de La Tour fut certainement bon. Les&#13;
deux années à Québec lui avaient révélé le milieu et l’avaient mis en mesure de&#13;
comprendre et d’évaluer à sa juste valeur l’œuvre du Serviteur de Dieu. La&#13;
documentation écrite lui avait fourni plusieurs notes concrètes et les informations&#13;
orales lui avaient fait connaître de plus près la figure du saint évêque.&#13;
Comment l’abbé de La Tour utilisa-t-il ce matériel ? Disons tout de suite que les&#13;
grandes lignes de la figure de Mgr de Laval ont été tracées d’une main sûre et vraie&#13;
et avec juste mesure ; toutefois, il faut reconnaître que la biographie a des&#13;
déficiences.&#13;
4° La biographie n’est pas complète&#13;
D’abord, cette biographie n’est pas terminée ; et ceci est un point qui doit être&#13;
éclairci. Hors de tout doute, elle est incomplète ; à la fin du volume, on lit : « Fin&#13;
du premier tome ». Au moins un autre tome devait suivre. De plus, bien qu’elle&#13;
comprenne des faits qui surviennent à une période postérieure à la mort du&#13;
Serviteur de Dieu, il est certain que la suite chronologique des faits de la dernière&#13;
période de la vie du Serviteur de Dieu manque, y compris son décès, ce qui n’est&#13;
pas plausible pour une œuvre complète. Un argument met fin au débat : l’abbé de&#13;
La Tour, dans sa lettre de 1750 aux sœurs de l’Hôpital général de Québec signalée&#13;
plus haut, affirma qu’il continuait à écrire la Vie de Mgr de Laval et demanda des&#13;
documents qu’il se proposait d’utiliser dans le 2e ou dans le 3e volume :&#13;
Vous verrez l’année prochaine deux ouvrages que je fais imprimer : le&#13;
1er tome de la Vie de Mgr de Laval et les Annales de l’Hôtel-Dieu. Si vous&#13;
voulez m’envoyer des mémoires sur votre communauté ou sur&#13;
M. de Saint-Vallier, j’en ferai usage dans ce qui me reste de la Vie de&#13;
M. de Laval. J’en suis à présent au temps de l’élection de son successeur ;&#13;
ainsi tout ce que vous me communiquerez pourra trouver place dans le&#13;
2e ou 3e volume. (Cité dans Mgr de Saint-Vallier et l’Hôpital général de&#13;
Québec, Québec, 1882, p. 297.)&#13;
Notons ici quelques faits intéressants. On voit que le 1er tome, celui que nous&#13;
avons et qui fut publié en 1761, était déjà terminé en 1750 et qu’il devait être&#13;
publié l’année suivante avec l’Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec, qui fut en fait&#13;
publiée cette année-là. On déduit qu’en cette même année 1750, l’abbé de La Tour&#13;
était en train de rédiger le 2e volume de sa Vie de Mgr de Laval et il en promettait&#13;
un 3e. Pour quelle raison la publication du 1er volume fut-elle retardée de dix ans&#13;
et celle du 2e et du 3e n’eurent pas de suite ?&#13;
Ce dernier point a porté les responsables de l’enquête à former une objection qui,&#13;
à première vue, semble plutôt sérieuse. On a fait l’objection (Aliae Novae&#13;
Animadversiones no 12) que le motif de l’annulation de la publication pourrait être&#13;
que la suite n’était pas favorable au Serviteur de Dieu. Ceci semble vraisemblable&#13;
- 1132 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
lorsqu’on pense que le 2e volume devait traiter de la délicate question des relations&#13;
de Mgr de Laval avec son successeur. Lorsque l’avocat de la Cause compilera la&#13;
réponse à cette objection, il nous sera redevable de trouver dans cette Positio une&#13;
note jusqu’ici inconnue. M. Jacques Viger, remarquable érudit canadien du siècle&#13;
dernier (1787-1858), qui recueillit une quantité énorme de notes à caractère&#13;
historique sur le Canada, écrivit à la fin de son exemplaire de la vie du Serviteur&#13;
de Dieu par de La Tour (exemplaire aujourd’hui conservé dans le Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec) la note suivante :&#13;
L’exemplaire de l’abbé Vemey porte la note manuscrite suivante :&#13;
« L’abbé de La Tour de Montauban est l’auteur de cette Vie, dont il n’a&#13;
paru que le 1er tome ; la famille de Mgr de Saint-Vallier s’est opposée à la&#13;
publication du 2e, parce qu’il était fort maltraité. L’abbé de La Tour&#13;
m’avait promis une copie manuscrite de ce 2e tome, mais il n’a pas tenu sa&#13;
parole. Je l’ai connu à Pau en 1764 ; revenu à Paris en 1765, j’eus avec lui&#13;
une correspondance jusqu’à sa mort. »&#13;
Ainsi, Viger eut entre les mains, nous ne savons d’où, un exemplaire de la&#13;
biographie de La Tour appartenant à l’abbé Vemey, qui, comme on le déduit de&#13;
la note, était en relation avec l’abbé de La Tour. La note que Vemey donne au&#13;
sujet de ce qui empêcha la publication du 2e volume, c’est-à-dire l’opposition de&#13;
la famille de Mgr de Saint-Vallier, mérite d’être prise en haute considération.&#13;
Naturellement, une des tâches de la Section historique dans ce cas-ci était de&#13;
chercher le manuscrit de ce 2e volume (peut-être aussi d’un 3e) non publié. À dire&#13;
vrai, ces recherches avaient déjà été faites par les historiens canadiens et, entre&#13;
autres, par Mgr A. E. Gosselin, archiviste du Séminaire de Québec. Pour notre&#13;
compte, l’abbé Georges-Édouard Demers a aussi fait à ce sujet de nouvelles et&#13;
diligentes recherches à Paris, à Montauban, à Amiens, etc. Malheureusement, on&#13;
n’a trouvé aucune trace de ce manuscrit. Il semble que tous les dossiers et les&#13;
livres de l’abbé de La Tour aient été perdus durant la Révolution française&#13;
(cf. Camille Daux, Histoire de l’Église de Montauban, 1882, vol. 2, fascicule VI,&#13;
p. 37-38).&#13;
5° Les défauts de la biographie&#13;
En plus d’être incomplète, la biographie écrite par l’abbé de La Tour présente&#13;
aussi des défauts. Le principal est la forme ; il y a un peu de désordre, dû en partie&#13;
à la manière rapide et empressée de l’abbé et en partie par le fait qu’en plus de la&#13;
vie du Serviteur de Dieu, il voulait ajouter une ébauche de l’histoire religieuse du&#13;
Canada ; la matière s’empilât dans ses mains et il ne fut pas facile de la maîtriser.&#13;
Il y a donc des digressions, des choses placées avant ou après les faits, d’où un&#13;
malaise chez le lecteur qui tient au déroulement de la narration. L’autre défaut est&#13;
les fréquentes inexactitudes, spécialement dans les dates et les noms, comme on&#13;
peut le voir par les notes que nous ajoutons à notre texte.&#13;
6° Les points positifs et valeur de la biographie&#13;
Tout ce qui précède ne démolit pas la valeur de cette biographie. L’abbé de La&#13;
Tour n’est pas un faussaire ni un écrivain dépourvu d’intelligence, de probité ou&#13;
d’équilibre de jugement. Un examen comparatif du texte avec les sources écrites&#13;
qu’il utilise nous le montre. Cela augmente notre confiance sur les informations&#13;
orales des témoins contemporains qu’il transmet.&#13;
- 1133 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
Comme appréciation générale de l’œuvre, on peut dire que l’abbé de La Tour nous&#13;
donne fidèlement les traits essentiels de la vie et de l’activité religieuse du&#13;
Serviteur de Dieu au long des diverses périodes de sa vie jusqu’à sa démission.&#13;
Même les questions parfois épineuses qui surviennent, comme ses relations avec&#13;
les gouverneurs, la question du commerce des boissons enivrantes avec les&#13;
Autochtones et ses relations avec les Récollets, sont attentivement étudiées et&#13;
décrites avec leur contexte. Il y a aussi un point pour lequel l’abbé de La Tour&#13;
mérite une reconnaissance particulière, celui de la jeunesse du Serviteur de Dieu&#13;
qui était moins connue.&#13;
Enfin, le grand mérite de l’abbé de La Tour est celui d’avoir situé la vie et&#13;
l’activité du Serviteur de Dieu dans son époque et dans son milieu, que l’auteur&#13;
connut parfaitement. (Sur le prêtre Bertrand de La Tour et sa biographie de&#13;
Mgr de Laval, cf. Migne, Œuvres complètes de De La Tour, Paris, 1855 ; C. Daux,&#13;
Histoire de l’Église de Montauban, Montauban, 1882, t. 2, fascicules V et VI ;&#13;
P. J. O. Chauveau, Bertrand de La Tour, Lévis, 1898 ; J.-Edmond Roy, « Le&#13;
premier historien de Mgr de Laval », dans Nouvelle-France, juin 1908, p. 253260 ; H.-A. Scott, Louis Bertrand de La Tour et son œuvre, Rapport de la Société&#13;
royale du Canada, 1928, série III, p. 113-140.)&#13;
7° Notre édition&#13;
Pour les raisons exposées plus haut, malgré les digressions qui n’intéressent la vie&#13;
du Serviteur de Dieu que de loin, nous avons cru opportun de reproduire&#13;
intégralement le texte des Mémoires sur la Vie de M. de Laval de l’abbé de&#13;
La Tour.&#13;
Nous prenons le texte de la 1re édition, celle de Cologne de 1761. Le texte de la&#13;
2e édition (Montauban, 1762), certainement parue du vivant de La Tour, ne&#13;
présente aucune différence. Nous saisissons l’occasion pour faire remarquer&#13;
l’existence d’un manuscrit conservé à Amiens (Bibliothèque municipale, no 468),&#13;
qui contient le texte intégral de ces Mémoires sur la Vie de M. de Laval, uni à la&#13;
Vie de M. l’abbé Caulet, écrite aussi par l’abbé de La Tour.&#13;
Ce manuscrit n’est certainement pas de la main de La Tour. En ce qui concerne&#13;
notre texte, après une attentive révision, nous pouvons affirmer qu’il ne présente&#13;
aucune différence notable avec le texte imprimé ; c’est pourquoi nous n’en tenons&#13;
pas compte.&#13;
Nous avons fait allusion à de fréquentes inexactitudes chez l’abbé de La Tour,&#13;
spécialement en ce qui concerne les dates et les noms. Lorsque ces erreurs ont&#13;
directement trait à la vie du Serviteur de Dieu, nous avons cru opportun de les&#13;
signaler et de les corriger ; d’où un nombre considérable de notes qui nous seront&#13;
certainement utiles 606.&#13;
&#13;
NDLR : Nous avons mis les passages traitant uniquement de l’histoire du Canada et n’ayant&#13;
aucun lien avec Mgr de Laval en gris pâle.&#13;
606&#13;
&#13;
- 1134 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
PRÉFACE&#13;
&#13;
Mémoires sur la vie de M. de Laval,&#13;
premier évêque de Québec,&#13;
à Cologne, chez Jean-Frédéric Mortiens, 1761&#13;
Préface&#13;
On a tant écrit sur le Canada qu’il semble inutile de traiter encore une&#13;
matière si peu étendue et qu’on regarde comme épuisée. Cependant, il nous&#13;
manque une histoire sur ce vaste pays : c’est une histoire ecclésiastique.&#13;
Sans doute on n’aura point à y traiter des conciles, des hérésies, des&#13;
conversions des princes, des renversements d’empires, qui remplissent les&#13;
fastes de l’Église ; mais on y trouvera les vertus les plus édifiantes, un zèle&#13;
soutenu au milieu de tout ce qui devait le plus le rebuter, une constance&#13;
inébranlable dans les tourments les plus horribles, une humilité, une&#13;
mortification, une charité qui, aux yeux de Dieu, ne cède en rien à&#13;
l’héroïsme des premiers siècles. Les lettres annuelles des Jésuites en ont&#13;
longtemps fourni une foule d’exemples ; mais ce sont des matériaux épars,&#13;
sans ordre et sans liaison, dont il faudrait faire un cours d’histoire. En&#13;
attendant que quelque bonne plume mette au jour ces trésors cachés de la&#13;
grâce, on entreprend d’en donner une ébauche dans la vie du premier&#13;
évêque de Québec, François de Montmorency-Laval, que personne encore&#13;
n’a donnée. Cette vie tient à tout ce qui s’est passé de remarquable dans la&#13;
Nouvelle-France pendant près de 50 ans. C’est sur de bons mémoires et sur&#13;
le rapport d’un grand nombre de personnes qui avaient connu le saint&#13;
évêque que l’auteur, pendant son séjour à Québec, a rassemblé les divers&#13;
faits dont il rend compte au public. On en trouvera même de plus&#13;
importants dans d’autres ouvrages, quoique d’une manière moins détaillée.&#13;
Personne n’ignore combien est illustre la maison de Montmorency. Elle&#13;
compte six connétables, 12 maréchaux de France, de grands chambellans,&#13;
de grands bouteillers, une foule d’évêques, etc. Elle a mêlé son sang à celui&#13;
de tous les souverains de l’Europe. Son origine se perd dans les siècles les&#13;
plus reculés. Un Montmorency fut le premier des grands du royaume, qui&#13;
&#13;
- 1135 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
reçut le baptême des mains de saint Rémi avec Clovis, premier roi chrétien&#13;
de France. Dieu a voulu que la même maison qui a donné le premier&#13;
seigneur chrétien à l’ancienne France donnât le premier évêque à la&#13;
nouvelle. Cette maison s’est divisée en plusieurs branches. L’évêque de&#13;
Québec est sorti de la branche de Montmorency-Laval. Voici ce qu’en dit le&#13;
P. Anselme dans son Histoire généalogique de la maison royale de France, des&#13;
pairs et des grands officiers de la couronne (tome III, chap. 36, p. 626 et ss.) :&#13;
« Guy de Montmorency, dit de Laval, 6e du nom, chevalier, seigneur de&#13;
Laval, de Gaigni, Haronville, Attiche, etc., fils puîné de Mathieu&#13;
de Montmorency, IIe du nom, et de dame de Laval, sa seconde femme,&#13;
succéda à sa mère dans la seigneurie de Laval, dont il prit le nom et le&#13;
transmit à sa branche. Il mourut en 1267. Il commença dans le 13e siècle la&#13;
branche de Montmorency-Laval, qui depuis s’est sous-divisée en plusieurs&#13;
branches de Pairi, Chaloneau, Châtillon, Goné, Lezai, la Saigne, Fortigni,&#13;
Montigny, etc. »&#13;
La maison de Montmorency porte à son écusson : « d’or à la croix de&#13;
gueules cantonnée de 16 alérions d’azur ». Elle n’en portait d’abord que&#13;
quatre ; mais Mathieu de Montmorency, IIe du nom, ayant gagné à la&#13;
bataille de Bouvines 12 enseignes impériales sur les ennemis, il ajouta&#13;
12 alérions aux quatre. La branche de Laval porte Montmorency ; mais pour&#13;
la distinguer, la croix est chargée de cinq coquilles d’argent, une au milieu&#13;
et une à chaque côté 607.&#13;
C’est de la branche de Laval-Montigny qu’est venu l’évêque de Québec.&#13;
Hugues de Laval-Montmorency, son père, seigneur de Montigny et de&#13;
Monbaudry, se maria le 1er octobre 1617 avec Michelle de Péricard, de&#13;
laquelle il eut six enfants. Les deux premiers sont morts sans postérité, les&#13;
deux derniers se firent religieux, le quatrième soutint la famille, qui vient&#13;
de s’éteindre dans la personne de Gabriel, dit le marquis de Laval, capitaine&#13;
de dragons, mort sans enfants au mois d’août 1720. Le troisième fut&#13;
&#13;
Naturellement, même lorsqu’il devint évêque, le Serviteur de Dieu conserva les armoiries de son&#13;
père.&#13;
607&#13;
&#13;
- 1136 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
François de Laval-Montigny 608, évêque de Québec, dont nous écrivons la&#13;
Vie. Le P. Anselme ne le met que le 4e ; mais il se trompe. Par la tradition&#13;
constante et commune dans le Canada, il fut le troisième, à qui par&#13;
conséquent appartenait le droit d’aînesse par la mort des deux premiers&#13;
enfants, droit qu’il céda à son frère puîné, en embrassant l’état&#13;
ecclésiastique 609, par une renonciation expresse à tous ses biens.&#13;
La maison de Montmorency était connue en Canada depuis le&#13;
commencement du dernier siècle. Le duc de Montmorency, grand amiral et&#13;
maréchal de France, en avait été vice-roi après M. le prince de Condé, avec&#13;
qui il traita de cette charge pour 1 100 écus. M. de Champlain, qui a jeté les&#13;
fondements de la ville de Québec, prit possession du pays pour le roi en&#13;
1618, au nom de M. de Montmorency, vice-roi, qui l’avait établi son&#13;
lieutenant-général 610. Et pour y perpétuer la mémoire de son bienfaiteur, il&#13;
appela le saut de Montmorency une chute d’eau de plus de 50 pieds de&#13;
haut 611, qui est à une lieue au-dessous d’une pointe, aux environs de&#13;
laquelle on a depuis bâti la ville de Québec et où est aujourd’hui le fort et le&#13;
château qui sert de demeure au gouverneur. On ne pensait pas alors qu’un&#13;
Montmorency devait être 30 ans après612 le premier évêque de ces vastes&#13;
régions.&#13;
&#13;
NDLR : Durant ses études, on le désignait comme l’abbé de Montigny, en référence à la&#13;
seigneurie familiale.&#13;
609&#13;
Il est erroné d’affirmer que le Serviteur de Dieu renonça à ses droits d’aînesse lors de son entrée&#13;
à l’état clérical ; il y renonça en 1654, alors qu’il était déjà tonsuré depuis 20 ans et prêtre depuis&#13;
neuf ans.&#13;
610&#13;
En réalité, la ville de Québec fut fondée en 1608 par Champlain, qui ne fut pas lieutenant du duc&#13;
de Montmorency, mais bien de M. de Monts, qui lui était lieutenant-général du roi de France pour&#13;
l’Amérique (cf. Garneau, Histoire du Canada, 4e éd., Montréal, 1882, vol. 1, p. 56-57).&#13;
611&#13;
Cette chute fut appelée ainsi par Champlain en 1608.&#13;
612&#13;
On devrait lire : après la nomination du duc de Montmorency comme vice-roi du Canada. Pour&#13;
être plus précis, on devrait dire environ 40 années plus tard ; en effet, le duc de Montmorency fut&#13;
nommé vice-roi de la Nouvelle-France en 1620 (cf. Farley et Lamarche, Histoire du Canada,&#13;
Montréal, 1937, p. 52) et le Serviteur de Dieu arriva au Canada en 1659.&#13;
608&#13;
&#13;
- 1137 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
LIVRE PREMIER&#13;
&#13;
Mémoires sur la vie de M. de Laval,&#13;
premier évêque de Québec&#13;
Livre premier&#13;
François de Montmorency-Laval-Montigny, connu dans le monde sous le&#13;
nom de l’abbé de Montigny, premier évêque de Québec, fondateur du&#13;
Séminaire et apôtre du Canada, naquit dans le diocèse de Chartres le&#13;
30 avril 1623. Il fit ses premières études à La Flèche dans le collège des&#13;
Jésuites 613 avec un grand succès, et reçut la tonsure en 1631 à l’âge de&#13;
9 ans 614.&#13;
Son oncle, évêque d’Évreux, lui donna trois ans après 615 un canonicat dans&#13;
sa cathédrale ; mais ses aînés étant venus à mourir, ce même oncle&#13;
l’engagea, pour soutenir sa famille, à quitter l’état ecclésiastique 616. Ce&#13;
changement, qui ne fut fait que par déférence, ne dura pas longtemps. La&#13;
grâce rappela l’abbé de Montigny à sa vocation. Il rentra dans le clergé à&#13;
19 ans, fit à Paris sa théologie 617 et y reçut la prêtrise à 25 ans 618 avec la&#13;
ferveur la plus édifiante.&#13;
En 1631, le Serviteur de Dieu entra au collège des Jésuites de La Flèche, où il fit ses études en&#13;
lettres et en philosophie. Il y finit ses études en 1641 (cf. Rochemonteix, Les Jésuites et la NouvelleFrance au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2, 1896, p. 239-243).&#13;
614&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : 8 ans.&#13;
615&#13;
C’est en 1637, six ans après avoir été tonsuré, que le Serviteur de Dieu fut fait chanoine d’Évreux&#13;
(Doc. I).&#13;
616&#13;
Cf. Doc. LXV, note 1#.&#13;
#&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : note 2. La revoici : À la suite de la mort de son père en 1636 et de ses&#13;
deux frères aînés en 1644 et en 1645, le Serviteur de Dieu, alors âgé de 22 ans, devint chef de sa&#13;
famille et seigneur de Montigny. Il passa alors un an (de l’été 1645 à l’automne 1646) dans sa&#13;
seigneurie, certainement pour voir aux intérêts de la famille (Gosselin, Le vénérable François de&#13;
Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923, p. 30). Cependant, nous&#13;
ne croyons pas qu’il ait abandonné l’état ecclésiastique, comme on vient d’en faire allusion dans la&#13;
relation, puisqu’il conserva jusqu’en 1648 son canonicat d’Évreux, reçu en 1639 (Doc. III ;&#13;
Doc. IV).&#13;
613&#13;
&#13;
Le Serviteur de Dieu fit ses études en théologie de 1641 à 1645 à Paris, au collège des Jésuites&#13;
de Clermont.&#13;
618&#13;
Pour la date de son ordination sacerdotale, en 1647, voir plus haut, p. 1#.&#13;
#&#13;
NDLR : La revoici : Il n’a pas été possible de retracer les documents officiels pour la naissance, le&#13;
baptême, la confirmation et l’ordination sacerdotale du Serviteur de Dieu, François de Laval.&#13;
617&#13;
&#13;
- 1138 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
En 1647, son oncle 619 le nomma archidiacre d’Évreux. Il garda peu ce&#13;
bénéfice. Cinq ans après, il le résigna à M. Boudon, ce saint prêtre dont la&#13;
calomnie et la vertu ont fait connaître la piété éminente et qui a enrichi&#13;
l’Église par plusieurs ouvrages de dévotion, où la simplicité du style ne&#13;
dérobe pas à des yeux chrétiens les trésors de grâce que Dieu avait&#13;
prodigués à l’auteur 620. L’abbé de Montigny fit en même temps une&#13;
&#13;
Cependant, nous en avons des attestations certaines dans de nombreuses sources contemporaines, et&#13;
il n’y a eu de discussion qu’autour de la date de sa naissance et de son ordination sacerdotale. […]&#13;
Au sujet de sa date d’ordination sacerdotale : Elle présente des difficultés similaires. M. de La Tour&#13;
le dit né en 1623 et ordonné prêtre à l’âge de 25 ans. Cela donnerait une ordination en 1648.&#13;
Cependant, le mémoire de M. de Glandelet et les autres documents en général indiquent comme&#13;
année d’ordination 1647. De plus, lorsque le P. Gravier, jésuite, écrivit au Serviteur de Dieu en&#13;
1697, il fit allusion au 50e anniversaire de sacerdoce que Mgr de Laval devait célébrer cette annéelà. Le jour précis de l’ordination est plus difficile à déterminer. Selon l’abbé Auguste Gosselin, il&#13;
s’agirait du 1er mai, et les raisons qu’il adopte rendent probable cette date (cf. Gosselin, Le vénérable&#13;
François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923, p. 386).&#13;
Il ne s’agit pas de son oncle, Mgr Boyvin de Péricard, qui était décédé le 26 juillet 1646, mais de&#13;
son successeur, Mgr Du Perron. Notons que c’est en 1648 que le Serviteur de Dieu fut nommé&#13;
archidiacre d’Évreux (Doc. V).&#13;
620&#13;
Il s’agit de l’abbé Henri-Marie Boudon (1624-1702), auteur de plusieurs livres ascétiques, avec&#13;
qui le Serviteur de Dieu entretint une véritable amitié dès sa jeunesse. Notons que dans les Aliae&#13;
Novae Animadversiones (nos 26-28), on a fait de cette amitié un chef d’accusation contre le Serviteur&#13;
de Dieu, du fait qu’un livre de Boudon, Dieu seul ou l’Association pour l’intérêt de Dieu seul, fut&#13;
condamné en 1688 par la Congrégation de l’Index, qu’elle perçut comme infecté de quiétisme. À ce&#13;
propos, quelques remarques suffiront. Le Dieu seul de Boudon fut édité en 1662 avec l’approbation&#13;
de Bossuet et de La Sorbonne, et eut un tel succès qu’il fut traduit en plusieurs langues, dont en&#13;
italien. Cette dernière version, exécutée par un secrétaire de Congrégation, fut approuvée par le&#13;
Maître du Sacré Palais. La condamnation survint 26 ans après la première publication, à la suite&#13;
d’une traduction italienne publiée à Milan à l’insu de l’auteur (cf. Lettres de Boudon, Paris, 1785,&#13;
vol. 2, p. 110-111).&#13;
619&#13;
&#13;
Selon Brémond (Histoire littéraire du sentiment religieux en France, vol. 6, Paris, 1922, p. 233), le&#13;
livre ne fut pas condamné dû à des erreurs doctrinales mais, comme ce fut le cas pour bien d’autres&#13;
livres à cette époque, à cause de fortes réactions antiquiétistes face à des expressions, qui étaient&#13;
acceptables à l’époque de la publication, mais qui étaient devenues équivoques avec le&#13;
développement de la controverse (sur le même sujet, voir Lettres de Boudon, p. 198 ; Saudreau, La&#13;
Vie d’union à Dieu, Angers, 1921, p. 354). De plus, il est certain que lorsqu’il apprit la&#13;
condamnation de son livre, Boudon se comporta en homme très religieux. En effet, non seulement&#13;
il se soumit au jugement du Saint-Siège (Lettres de Boudon, p. 163), mais encore il composa un&#13;
mémoire de plusieurs corrections à être prises en compte dans les éditions ultérieures de tous ses&#13;
livres (Œuvres complètes de Boudon, éd. Migne, Paris, 1856, vol. 3, col. 1322 ; Heurtevent,&#13;
« Boudon », dans Dictionnaire de spiritualité, Paris, 1937). Ainsi, il serait impossible de reprocher&#13;
à Mgr de Laval l’amitié qu’il eut avec Boudon. Quant au quiétisme, on n’en trouve pas le moindre&#13;
soupçon dans toute la vie de Mgr de Laval.&#13;
- 1139 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
renonciation expresse à tous les droits de sa naissance 621, que la mort de ses&#13;
frères avait réunis sur sa tête. De là vient que, quoique chef d’une maison&#13;
illustre, il n’a jamais eu de biens de patrimoine.&#13;
Pendant le cours de ses études, il se forma deux établissements de piété&#13;
auxquels il eut tant de rapport pendant sa vie que nous ne pouvons pas&#13;
nous dispenser d’en donner une idée : l’un chez les Jésuites à Paris, l’autre&#13;
à Caen chez M. de Bernières de Louvigny.&#13;
L’an 1640, le P. Bagot, jésuite, religieux rempli de mérite et de zèle, fit à la&#13;
Congrégation des écoliers de La Flèche, dont il était directeur, une&#13;
exhortation pathétique sur les conférences spirituelles. Plusieurs écoliers,&#13;
touchés de ce discours, prirent la résolution de s’assembler chaque semaine&#13;
sous la direction du P. Bagot pour s’instruire des choses saintes et s’animer&#13;
à la vertu622. Dieu donna une si grande bénédiction à ces petites assemblées&#13;
qu’un grand nombre de congrégations des Jésuites dans le royaume&#13;
suivirent cet exemple et formèrent des associations particulières qui&#13;
subsistent encore en bien des endroits, la plupart sous la conduite des&#13;
Jésuites. Quelques-unes s’en sont séparées. Toutes ces assemblées se&#13;
tiennent aujourd’hui en secret 623.&#13;
Nous ne connaissons pas la date précise de cette renonciation, puisque l’acte officiel a été égaré.&#13;
Nous avons cependant de bonnes raisons de penser qu’elle se fit en 1654, et précisément entre le&#13;
mois de juin, période durant laquelle le Serviteur de Dieu figure encore comme chef de la seigneurie&#13;
de Montigny (Doc. VIII), et la fin de l’année, moment de son entrée à l’Ermitage de Caen.&#13;
622&#13;
Ces conférences commencèrent en 1632 (cf. « Annales de l’Aa de Paris, citées par le P. Ferdinand&#13;
Cavallera, jésuite, Aux origines de la Société des Missions étrangères. L’Aa de Toulouse », dans&#13;
Bulletin de littérature ecclésiastique, Toulouse, vol. 34, 1933, p. 196). En 1640, le P. Bagot ne se&#13;
trouvait pas à La Flèche ; il en était parti définitivement en 1634 (cf. Rochemonteix, Les Jésuites et&#13;
la Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2, p. 248).&#13;
623&#13;
Les assemblées dont parle de La Tour sont en fait les groupes d’associés des congrégations&#13;
mariales des Jésuites, qui constituaient des noyaux secrets, dont les candidats étaient sélectionnés et&#13;
choisis parmi les meilleurs, destinés à donner une plus grande impulsion à ces congrégations et à&#13;
favoriser en eux-mêmes l’avancement dans la voie de perfection. Ces groupes ou assemblées, qui&#13;
devaient demeurer secrets, tenaient la dénomination conventionnelle de « Aa ». Ce mouvement&#13;
semble tirer son origine du collège de La Flèche en 1632. En 1643, un associé du groupe secret de&#13;
la congrégation de La Flèche vint à Paris et organisa le second groupe de l’Aa connu, celui rattaché&#13;
au collège parisien de Clermont, aussi dirigé par les Jésuites. Ce second groupe de l’Aa est aussi&#13;
connu sous le nom de Société des Bons Amis#. Pour montrer quelle influence le groupe de l’Aa a eu&#13;
dans l’histoire, il suffit de souligner le fait qu’on lui doit l’origine du Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris. Il serait intéressant, mais hors de propos ici, d’approfondir davantage la&#13;
621&#13;
&#13;
- 1140 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Le P. Bagot ayant passé de la Congrégation de La Flèche à celle du collège&#13;
de Paris, inspira le même goût à ses élèves. Plusieurs d’entre eux furent très&#13;
distingués par la piété, les dignités, la naissance, tels M. de Laval, évêque&#13;
de&#13;
&#13;
Québec,&#13;
&#13;
M. Pallu,&#13;
&#13;
évêque&#13;
&#13;
d’Héliopolis,&#13;
&#13;
M. Chevreuil,&#13;
&#13;
vicaire&#13;
&#13;
apostolique à la Chine, M. Boudon, archidiacre d’Évreux (dont M. Collet&#13;
vient de donner la vie 624), MM. de Meurs et Fermanel, deux fondateurs du&#13;
Séminaire des Missions étrangères, MM. Ango des Maizerets, dont l’un fut&#13;
carme déchaussé 625, l’autre vint en Canada avec M. de Laval et eut part à&#13;
tous les événements de sa vie, M. Gontier, archidiacre et grand-vicaire à&#13;
Dijon, celui de tous qui avait le plus d’habileté, d’insinuation et de talent,&#13;
qui, quoique jeune, entrait dans toutes les bonnes œuvres qui se faisaient à&#13;
Paris et y laissa un regret universel lorsqu’il alla servir son bénéfice dans sa&#13;
patrie, où il continua jusqu’à la mort de faire des biens immenses. Croiraiton que le prince de Conti, si célèbre par sa piété et par son traité contre la&#13;
comédie, était de ces assemblées et en pratiquait les exercices ?&#13;
Aux entretiens de piété, qui en avaient été le premier objet, on joignit des&#13;
austérités, des pèlerinages et la visite des hôpitaux et des prisons, où l’on&#13;
menait toujours quelque ami qui n’était pas de l’assemblée, pour l’engager&#13;
connaissance de cette Aa. Pour de plus amples informations, voir Comte de Bégouen, Une société&#13;
secrète émule de la Société du Saint-Sacrement, l’Aa de Toulouse, Paris-Toulouse, 1913 ; G. Goyau,&#13;
Les prêtres des Missions étrangères, Paris, 1632 ; F. Cavallera, Op. cit ; M. Villar « Aa » dans&#13;
Dictionnaire de spiritualité, Paris, 1937. Notre Serviteur de Dieu fut un des premiers et des plus&#13;
zélés membres de l’Aa. Il y entra peut-être à La Flèche ; il fut certainement membre de l’Aa de Paris,&#13;
c’est-à-dire de la Société des Bons Amis. Il est aussi certain que sa vocation missionnaire, sa grande&#13;
dévotion à la sainte Famille et aux saints anges gardiens et son amour filial envers le Saint-Siège&#13;
sont des fruits qui furent développés en lui sous l’influence de l’Aa. L’attachement du Serviteur de&#13;
Dieu à cette institution explique aussi pourquoi un important groupe de l’Aa fut fondé à Québec&#13;
aussitôt après son arrivée au Canada, groupe auquel appartenaient presque tous les membres du&#13;
Séminaire, comme le signale de La Tour (p. 1173), et comme le souligne l’Aa de Paris à celle de&#13;
Toulouse dans une lettre du 18 janvier 1665 : « Nous avons appris de Canada que Mgr de Pétrée a&#13;
établi un Séminaire à Québec, qui, n’étant composé que presque de nos confrères, l’a dédié à nos&#13;
saints patrons (c’est-à-dire à la sainte Famille et aux Anges gardiens) et a même étendu cette&#13;
dévotion dans tout le Canada. » (Cité par Cavallera, Op. cit, p. 216.)&#13;
#&#13;
NDLR : Ce nom était donné par les partisans de cette association. Les opposants les appelaient les&#13;
Bagotistes. Cf. Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896,&#13;
vol. 2, p. 258.&#13;
NDLR : Pierre Collet, La vie de M. Henri-Marie Boudon, grand archidiacre d’Évreux, 1762.&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : MM. Jean Duval et Ango des Maizerets, dont l’un fut carme&#13;
déchaussé, en religion Bertrand de Sainte-Thérèse, et évêque de Babylone, l’autre…&#13;
624&#13;
625&#13;
&#13;
- 1141 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
et le gagner à Dieu. Les jours de congé, ils se réunissaient au faubourg SaintMarceau, dans un jardin appartenant à l’un d’eux, où après l’oraison on&#13;
prenait des récréations innocentes. C’est là que M. de Laval se lia&#13;
étroitement avec M. des Maizerets. On était encore dans l’usage de faire le&#13;
Jeudi saint une communion générale, de laver les pieds et de faire une&#13;
exhortation à 40 pauvres, de leur donner à dîner et de les servir à table.&#13;
Ensuite ces pieux congréganistes mangeaient ensemble et avant de se&#13;
séparer s’embrassaient en se disant comme les premiers chrétiens : « Cor&#13;
unum et anima una 626 ».&#13;
Plusieurs de ces pratiques subsistent dans les congrégations particulières,&#13;
comme la visite des malades de la paroisse, des hôpitaux et des prisons.&#13;
Outre les assemblées secrètes de chaque semaine, il s’en tient deux&#13;
extraordinaires et générales chaque année, appelées la rénovation, parce&#13;
qu’on y renouvelle ses engagements. On y dit la messe, on y fait une&#13;
communion générale et une exhortation. On termine la séance par les&#13;
embrassements et les paroles : « Cor unum et anima una ». Chaque&#13;
congrégation a d’ailleurs des pratiques qui lui sont propres. On comprend&#13;
bien que M. de Laval et la plupart des prêtres qui le suivirent étant de&#13;
l’assemblée, elle fut établie en Canada et y a longtemps subsisté. Nous en&#13;
parlerons ailleurs.&#13;
En 1651, M. de Meurs, un des plus fervents, forma le projet de demeurer&#13;
ensemble. Il y en eut une vingtaine qui se réunirent et formèrent une espèce&#13;
de communauté. Ils louèrent une maison dans le faubourg Saint-Marceau,&#13;
la meublèrent et s’y logèrent le 25 septembre 627. On y vécut dans la plus&#13;
étroite union et la plus édifiante piété, d’abord sans supérieur et sans règle&#13;
écrite, bientôt avec des règlements et un supérieur. Le P. Bagot voulut que&#13;
NDLR : d’un cœur et d’une âme.&#13;
Ceux-ci se réunissaient dans une auberge dite La Rose Blanche. Georges Goyau cite une anecdote&#13;
où figure également notre Serviteur de Dieu : « Un jour que MM. Pallu et de Montigny-Laval étaient&#13;
à la fenêtre, une folle, entrant dans la Cour de l’auberge, s’écria “Bonjour, MM. les patriarches.”&#13;
Puis, elle se mit à les suivre dans la rue, en répétant : “Voilà deux patriarches” et les libertins de rire&#13;
sans aucun doute. Mais cette folle se trouvait être annonciatrice de l’avenir. » (Georges Goyau, Les&#13;
prêtres des Missions étrangères, Paris, 1932, p. 14.)&#13;
626&#13;
627&#13;
&#13;
- 1142 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
chacun d’eux, sans rien communiquer aux autres, donnât par écrit ses idées.&#13;
De tous ces projets, qui se trouvèrent à peu près semblables, M. Pallu, par&#13;
son ordre, dressa des règles qui furent approuvées de tous.&#13;
Les conférences spirituelles, qui en avaient été l’origine, s’y multiplièrent.&#13;
Chacun y rendait compte de ce qu’il avait fait et y recevait de salutaires&#13;
avis. On se concertait pour les bonnes œuvres qui se présentaient à faire.&#13;
C’est ce qui fit la conquête de M. Dudouyt, un des plus grands&#13;
ecclésiastiques que M. de Laval ait employés en Canada.&#13;
Les jansénistes, qui déjà commençaient à manœuvrer pour s’insinuer&#13;
partout, ayant eu connaissance de la petite assemblée, firent bien des&#13;
tentatives pour s’y introduire. Le fameux abbé de Bourzeis, croyant la&#13;
gagner par l’intérêt, fit des offres considérables pour y être admis. Il était&#13;
trop connu pour n’être pas suspect et il connaissait mal les élèves des&#13;
Jésuites. Il fut rejeté avec indignation et l’on prit la résolution d’être bien en&#13;
garde contre des gens si dangereux.&#13;
Le désordre des guerres civiles de 1652 se fit sentir à la petite communauté.&#13;
Elle se sépara. Plusieurs allèrent en Normandie se réfugier à Argenton, dans&#13;
le château de M. des Maizerets, maison riche, où ils furent bien reçus et&#13;
passèrent trois ou quatre mois. Après quoi, ils eurent le courage, malgré&#13;
leur famille, de revenir à Paris et de se rassembler comme auparavant. Cet&#13;
intervalle fut rempli par les mêmes exercices ; on y ajouta la récitation du&#13;
bréviaire en commun, quoique sans obligation, et le soin des églises de&#13;
campagne des environs, qu’on allait balayer et orner, où même quelquefois&#13;
on passait la nuit devant le Saint-Sacrement. On fit encore un pèlerinage à&#13;
Notre-Dame-de-la-Délivrance, éloignée de 15 lieues.&#13;
En passant par Caen, on visita le fameux P. Eudes, frère de l’historien de&#13;
France, de Mézeray. Ce saint fondateur de deux ordres, qui font beaucoup&#13;
de bien dans l’Église, reçut avec distinction ces pèlerins. De là vient l’union&#13;
qui a toujours subsisté entre les Eudistes et le Séminaire des Missions&#13;
&#13;
- 1143 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
étrangères. Ils firent encore connaissance avec M. de Bernières ; ce qui a eu&#13;
bien des suites qu’il faut expliquer et reprendre la chose de plus haut.&#13;
M. de Bernières de Louvigny, trésorier de France de la généralité de Caen,&#13;
s’était bâti au milieu de la ville une maison qu’il appelait l’Ermitage, où avec&#13;
quelques amis choisis il vivait en solitaire et édifiait tout le monde par la vie&#13;
la plus chrétienne. Cet homme extraordinaire, si fameux par ses bonnes&#13;
œuvres, sa haute spiritualité, ses ouvrages et ses vertus, avait formé sa&#13;
communauté aux exercices de la vie intérieure et la dirigeait selon les&#13;
sublimes maximes répandues dans ses livres. Ses élèves l’ont beaucoup aidé&#13;
dans cette multitude de fondations, auxquelles il a travaillé et ont fait après&#13;
lui des biens infinis.&#13;
M. Ango des Maizerets fut celui qui d’abord goûta le plus cette vie. Après&#13;
avoir fait son pèlerinage avec les autres, il s’arrêta chez M. de Bernières et y&#13;
demeura huit à dix jours pour y faire une retraite ; ce qui l’y attacha&#13;
entièrement. De retour à Paris, il entretint toujours commerce avec lui et&#13;
prit si bien ses mesures que, malgré le regret de ses confrères et l’opposition&#13;
de tous ses parents, il s’y retira tout à fait en 1653. MM. Dudouyt, frères,&#13;
passant par Caen, vinrent l’y visiter et formèrent la résolution, qu’ils&#13;
exécutèrent après leurs études, de s’y retirer avec lui. Enfin, M. de Laval s’y&#13;
réunit à ses anciens confrères, après avoir résigné son bénéfice et renoncé à&#13;
son patrimoine.&#13;
Comme tous ceux qui depuis composèrent le Séminaire de Québec avaient&#13;
été formés à l’école de M. de Bernières et portèrent dans le Nouveau-Monde&#13;
l’esprit qu’ils y avaient pris, il est bon de donner ici les maximes spirituelles&#13;
sur lesquelles ce saint homme l’avait établie. Voici les principales.&#13;
1° Il ne faut pas se produire avant le temps. Ceux qui&#13;
s’exposent à travailler pour le prochain sans être morts à euxmêmes font peu de fruit et risquent de se perdre.&#13;
2° On ne trouve la vie que dans la mort, l’être que dans le&#13;
néant. (Il avait fait graver ces mots, qui sont dans le goût de&#13;
&#13;
- 1144 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
saint Jean de La Croix, sur une représentation du saint&#13;
Sépulcre qu’il avait placée au milieu du jardin.)&#13;
3° Fuyons tout ce qui a de l’éclat, tout ce qui nourrit l’orgueil&#13;
et l’amour-propre, dont nous avons un fonds dans nousmêmes, qui est une carrière inépuisable.&#13;
4° L’abjection est comme le fumier de la vie spirituelle, qui&#13;
engraisse la terre et la rend féconde.&#13;
5° Nous n’avons point de meilleur ami que Jésus-Christ.&#13;
Suivons tous ses conseils, surtout ceux de l’humiliation et de&#13;
la désappropriation du cœur.&#13;
6° Le propre intérêt est le plus grand obstacle à l’esprit&#13;
d’oraison. Sans la pauvreté et le dégagement, l’union avec&#13;
Dieu est impossible. Cette union est le terme, le reste est le&#13;
moyen ; gardons-nous de prendre le moyen pour le terme.&#13;
C’est sur ce grand système de désappropriation que fut établie la&#13;
communauté des biens, la dépendance du Séminaire, l’union étroite, en un&#13;
mot, l’esprit et le gouvernement du clergé de Canada : prodige de&#13;
perfection, qui fut d’abord la consolation et la gloire de M. de Laval, mais&#13;
qui depuis sa démission devint, sous un nouvel évêque dont les vues étaient&#13;
fort différentes, l’occasion de toutes ses croix et de bien des troubles dans le&#13;
diocèse ; ce que nous expliquerons en son temps 628.&#13;
M. de Laval demeura quatre ans chez M. de Bernières 629 et y mena la vie la&#13;
plus recueillie et la plus austère. L’oraison, l’étude, les conférences&#13;
spirituelles n’y étaient interrompues que par les visites qu’il rendait&#13;
assidûment aux malades de l’Hôtel-Dieu. Les jeûnes, les veilles, les&#13;
En fait, l’auteur ne parle pas des difficultés entre le Séminaire de Québec et Mgr de Saint-Vallier&#13;
dans son 1er volume de cette biographie de Mgr de Laval. Cela devait être certainement traité dans&#13;
le 2e volume de cette œuvre, que nous ne possédons pas, comme mentionné plus haut.&#13;
629&#13;
Marie de l’Incarnation écrit à ce sujet (Doc. XXI) : « Il [Mgr de Laval] est intime de&#13;
M. de Bernières avec qui il a demeuré quatre ans par dévotion » (c’est-à-dire de 1654 à 1658).&#13;
Cependant, Gosselin (Le vénérable François de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du&#13;
Canada : sa vie et ses vertus, p. 52), est d’avis que le Serviteur de Dieu « n’y demeura que par&#13;
intervalle, partageant son temps entre Montigny, où la piété filiale l’appelait souvent auprès de sa&#13;
mère, la Société des Bons Amis, où l’attirait son affection pour le P. Bagot, et l’Ermitage de&#13;
M. de Bernières. »&#13;
628&#13;
&#13;
- 1145 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
macérations, les pèlerinages préparaient ce pieux ecclésiastique, sans qu’il&#13;
le sût, à la vie apostolique qu’il a depuis menée en Canada. Il trouva dans&#13;
cette communauté M. de Mésy, avec lequel il se lia étroitement et qui fut&#13;
depuis gouverneur de la Nouvelle-France, d’abord l’ami, ensuite le&#13;
persécuteur le plus déclaré du saint évêque.&#13;
Ces exercices étaient communs à tous ces pieux solitaires, mais l’abbé de&#13;
Montigny s’y signalait. On le voyait dans les hôpitaux panser les plaies les&#13;
plus dégoûtantes et rendre les plus bas services et, par une mortification&#13;
semblable à celle de saint François Xavier, porter à sa bouche, serrer avec&#13;
ses lèvres et sucer lentement les épingles et les bandages pleins de pus,&#13;
faisant semblant, par humilité, de le faire sans attention et seulement pour&#13;
les tenir tandis que ses mains travaillaient ailleurs. On l’a vu faire plusieurs&#13;
longs pèlerinages à pied, sans argent, mendiant son pain et cacher à dessein&#13;
son nom, afin de ne rien perdre de la confusion, du mépris et des mauvais&#13;
traitements ordinaires dans ces occasions et qui ne lui furent pas épargnés ;&#13;
il s’en félicitait comme les apôtres et remerciait Dieu d’avoir quelque chose&#13;
à souffrir pour son amour.&#13;
Un élève de M. de Bernières ne pouvait manquer d’avoir beaucoup de goût&#13;
pour la théologie mystique. L’abbé de Montigny la porta en Canada et&#13;
l’inspira à tous les prêtres qui l’y suivirent, dont plusieurs avaient été&#13;
formés par le même maître. Il la trouva déjà établie parmi les Jésuites, qui y&#13;
travaillaient depuis plusieurs années et y vivaient comme des saints, chez&#13;
les Hospitalières venues de Dieppe, conduites par la mère Saint-Augustin,&#13;
une des épouses du Seigneur les plus privilégiées 630, et chez les Ursulines,&#13;
fondées par Mme [de] La Peltrie et formées par la mère de l’Incarnation, la&#13;
Thérèse de la Nouvelle-France 631. L’erreur et le vice n’avaient pas encore&#13;
enfanté ces nombreux excès d’une spiritualité mal entendue que le SaintSiège a si justement frappée d’anathème dans les ouvrages de Molinos. Ce&#13;
630&#13;
Ce n’est pas mère de Saint-Augustin qui conduisit au Canada les premières Hospitalières de&#13;
l’Hôtel-Dieu de Québec, mais mère de Saint-Ignace.&#13;
631&#13;
NDLR : « La Thérèse [d’Avila] de son siècle et de la Nouvelle-France », Bossuet, État d’oraison,&#13;
1, IX.&#13;
&#13;
- 1146 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
goût de spiritualité, auquel on se livrait avec autant de fruits que de&#13;
confiance, s’est conservé longtemps en Canada et quoiqu’il paraisse&#13;
aujourd’hui diminué, il y reste toujours un fond d’estime pour la vie&#13;
spirituelle bien éloigné des injustes préjugés que les esprits forts se font&#13;
gloire d’avoir en France, sans savoir même de quoi il s’agit 632.&#13;
De La Tour donne brièvement ici les notes essentielles sur les relations du Serviteur de Dieu avec&#13;
le fameux mystique de Caen, Jean de Bernières-Louvigny (1602-1659), fondateur de l’Ermitage de&#13;
Caen. Dans les Aliae Novae Animadversiones (nos 25-28), ses liens avec de Bernières, comme son&#13;
amitié avec l’abbé Boudon (voir plus haut, p. 1170, note 616), soulevèrent des doutes au sujet&#13;
d’orientations spirituelles douteuses que le Serviteur de Dieu aurait reçues. Ces doutes se basaient&#13;
sur le fait que deux œuvres de M. de Bernières furent mises à l’Index : 1° Le chrétien intérieur ou&#13;
la conformité intérieure que doivent avoir les chrétiens avec Jésus-Christ, divisé en huit livres qui&#13;
contiennent des sentiments tous divins, tirés des écrits d’un grand serviteur de Dieu de notre siècle,&#13;
par un solitaire [c’est-à-dire le P. François Louis d’Argentan, franciscain, Cap. Rouen, 1660, traduit&#13;
en italien en 1666 et condamné par le décret de l’Index du 26 juillet 1689] ; 2° Les Œuvres&#13;
spirituelles de M. de Bernières-Louvigny, ou conduite assurée pour ceux qui tendent à la perfection,&#13;
Paris, 1670, volume publié par Robert de Saint-Gilles, traduit en italien en 1676 et condamné par le&#13;
décret du 12 décembre 1690. Nous n’avons pas l’intention de faire ici un examen de la doctrine de&#13;
M. de Bernières ; quelques notes à ce sujet suffiront :&#13;
632&#13;
&#13;
1° D’abord, selon des personnes compétentes (cf. l’étude sérieuse et soignée de l’abbé Raoul&#13;
Heurtevent, L’œuvre spirituelle de Jean de Bernières, Paris, 1938), il semble que les œuvres&#13;
publiées sous le nom de Bernières ne reflètent pas exactement sa doctrine. En effet, il semble&#13;
certain qu’il n’a jamais écrit quoi que ce soit destiné au grand public ; ses écrits n’étaient&#13;
autres à l’origine que des lettres et des notes spirituelles de caractère privé, composées par&#13;
ordre de son directeur spirituel. Tout ce matériel est aujourd’hui perdu. Les œuvres qui&#13;
parvinrent au public sous son nom sont des compilations faites à coups de ciseaux, comme&#13;
on dit, sur des lettres et des écrits spirituels, par quatre auteurs différents qui ont pris, taillé&#13;
et accommodé à volonté les textes de Bernières qui se trouvaient alors cousus ensemble selon&#13;
les besoins de la thèse. Le premier de ces livres, L’intérieur chrétien (Paris, 1659), livre qui&#13;
ne fut pas condamné, vit le jour durant les derniers mois de vie de M. de Bernières et fut&#13;
publié, semble-t-il, à son insu ; les autres furent édités après sa mort.&#13;
2° Il faut de plus rappeler les circonstances dans lesquelles furent condamnés les deux livres&#13;
cités, en 1689 et 1690. C’était l’époque des vives réactions antiquiétistes, lors de laquelle&#13;
plusieurs livres spirituels, écrits bien avant et en circulation depuis longtemps, furent&#13;
condamnés parce qu’ils contenaient des expressions qui, dans le développement de la&#13;
controverse, avaient acquis un sens erroné ou étaient devenues équivoques et dangereuses.&#13;
Ce fut le cas, semble-t-il, des livres de M. de Bernières. Ils auraient été mis à l’Index pour&#13;
des affirmations susceptibles d’être prises dans un sens quiétiste (cf. Saudreau, La Vie&#13;
d’union à Dieu, Angers, 1921, p. 251 ; Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux&#13;
en France, vol. 6, Paris, 1922, p. 232-233 ; Heurtevent, Op. cit, p. 114-116).&#13;
3° Pour connaître la position de M. de Bernières sur le quiétisme, il faut tenir compte du fait&#13;
que l’ensemble de sa vie et de son activité semblent en totale opposition avec les principes&#13;
quiétistes : « Tout l’ensemble de sa vie, notamment sa prodigieuse activité apostolique,&#13;
&#13;
- 1147 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Le séjour de l’abbé de Montigny chez M. de Bernières ne fut pas inutile au&#13;
public. On le chargea de deux commissions importantes : la 1re, de réformer&#13;
une communauté religieuse de Caen, qui était tombée dans le relâchement ;&#13;
ses exhortations, ses exemples, ses prières, sa sagesse y rétablirent&#13;
entièrement le bon ordre ; la 2e, de soutenir les intérêts des Hospitalières de&#13;
la même ville. Les administrateurs de l’hôpital, mécontents de ces filles,&#13;
voulaient les congédier pour mettre en leur place des domestiques à gages.&#13;
Ce dessein fit naître un procès entre l’administration et la communauté, qui&#13;
fut porté au Conseil. L’abbé se chargea d’en faire la poursuite. Son zèle, ses&#13;
sollicitations, son crédit obtinrent tout. Par arrêt, les religieuses furent&#13;
maintenues. Il fut à son retour nommé confesseur de cette communauté,&#13;
dont il venait d’être le protecteur ; il la dirigea avec fruit.&#13;
Ce voyage le fit connaître à la Cour. Son nom lui ouvrit les avenues et sa&#13;
vertu lui gagna tous les cœurs. La Cour pensait depuis quelques années à&#13;
donner un évêque à la Nouvelle-France ; les missions avaient besoin&#13;
d’ouvriers, il fallait y en former. L’Europe ne pouvait pas en fournir&#13;
toujours. Le vice commençait à s’y répandre. Il fallait une autorité&#13;
supérieure pour en arrêter le cours. La reine Anne d’Autriche avait offert&#13;
cet évêché aux Jésuites, comme plus propres que d’autres à y maintenir le&#13;
proteste tellement contre l’inactivité, la passivité absolue du quiétisme, qu’on ne peut&#13;
concevoir cet homme si actif favorisant une doctrine d’attente et de laisser-faire absolu. »&#13;
(Heurtevent, Op. cit, p. 166)&#13;
4° Venons-en maintenant aux relations du Serviteur de Dieu avec M. de Bernières. Il faut&#13;
dire que Mgr de Laval, comme le souligne de La Tour, fut certainement en contact avec&#13;
M. de Bernières à l’Ermitage de Caen durant quatre ans (1654-1658) ; on ne peut douter que&#13;
cette période et ses relations avec M. de Bernières eurent une grande influence sur sa vie&#13;
spirituelle, tellement qu’on a considéré le Serviteur de Dieu comme l’un des principaux&#13;
disciples du mystique de Caen (cf. M. Souriau, Deux mystiques normands Gaston de Renty&#13;
et Jean de Bernières, Paris, 1913, p. 365 et ss.). On peut d’abord rappeler que parmi les&#13;
nombreuses personnes qui furent en contact direct avec M. de Bernières et en subirent&#13;
l’influence, on trouve des figures bien connues à la Sacrée congrégation des Rites, comme&#13;
saint Jean Eudes et la vénérable mère Marie de l’Incarnation, ursuline de Québec. En second&#13;
lieu, on doit se rappeler l’ordre chronologique des dates ; le Serviteur de Dieu fut en contact&#13;
avec Jean de Bernières de 1654 à 1658. En 1659, il partit pour le Canada et un mois plus tard,&#13;
M. de Bernières mourait. Finalement, ce que dit l’abbé Heurtevent au sujet de&#13;
M. de Bernières, c’est-à-dire que son activité exclut toute tendance quiétiste, peut et doit être&#13;
affirmé aussi de Mgr de Laval : dans sa vie, ses œuvres et ses écrits, on ne trouve aucun indice,&#13;
si petit soit-il, de quiétisme.&#13;
- 1148 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
bien qu’ils avaient heureusement commencé ; mais ils le refusèrent, parce&#13;
que leur institut les exclut de toutes les dignités ecclésiastiques. On parla&#13;
d’y nommer l’abbé de Queylus, qui même fit un voyage en Canada en&#13;
qualité de grand-vicaire de l’archevêque de Rouen et y séjourna quelques&#13;
années ; mais divers événements ayant rendu son gouvernement peu&#13;
agréable, la reine mère revint aux Jésuites et les chargea de chercher un sujet&#13;
qui eut assez de zèle pour se consacrer à une mission si difficile et assez de&#13;
capacité pour en soutenir le poids 633.&#13;
Les Jésuites connaissaient depuis longtemps l’abbé de Montigny. Ils&#13;
savaient que depuis son enfance il avait senti de l’inclination pour les&#13;
Missions étrangères et qu’il avait paru des plus empressés pour&#13;
l’établissement de cette nouvelle espèce de collège apostolique que la petite&#13;
congrégation venait de former 634. Ce fut donc sur lui qu’on jeta les yeux. Le&#13;
P. Le Jeune, jésuite, le proposa 635. Il fut agréé de la Cour avec de grands&#13;
éloges.&#13;
C’était beaucoup compter sur la vertu d’un homme, à qui la naissance et le&#13;
mérite promettaient les premières places, que de lui proposer des terres&#13;
barbares à défricher et une Église éloignée à fonder. Mais c’était encore trop&#13;
&#13;
Quelques difficultés de caractère pastoral étaient nées depuis peu entre les Jésuites et l’abbé de&#13;
Queylus, alors vicaire général de l’archevêque de Rouen ; d’où l’opposition que les Jésuites firent à&#13;
sa nomination comme premier évêque du Canada. De plus, même au Canada, on croyait nécessaire&#13;
que l’évêque soit favorable aux Jésuites, qui, à cette époque, avaient en main presque toutes les&#13;
missions de la Nouvelle-France. En effet, Marie de l’Incarnation écrivait à ce sujet, le 24 août 1658 :&#13;
« M. de Bernières me mande et le R. P. Lalemant me confirme que l’on veut nous envoyer pour&#13;
évêque M. de Montigny, qu’on dit être grand serviteur de Dieu. Ce serait un grand bien pour le pays&#13;
d’avoir un supérieur permanent ; il est temps que cela soit, pourvu qu’il soit uni pour le zèle de la&#13;
religion avec les RR. PP. jésuites. »&#13;
634&#13;
L’auteur fait ici allusion au Séminaire des Missions étrangères de Paris, dont le projet de&#13;
fondation se précisait alors. Même si on ne peut considérer Mgr de Laval comme l’un des fondateurs&#13;
du Séminaire, il en a cependant été l’un des principaux promoteurs. En effet, en plus de son entière&#13;
et constante sympathie pour ce Séminaire, il fut l’un des trois vicaires apostoliques qui s’entendirent&#13;
pour demander au Saint-Siège la faculté d’établir à Paris un Séminaire destiné exclusivement aux&#13;
missions étrangères (Doc. XII).&#13;
635&#13;
Le projet de présenter le Serviteur de Dieu comme premier évêque du Canada doit être attribué&#13;
au P. Bagot, qui en parla en privé au Serviteur de Dieu. Ensuite, le P. Annat, confesseur du roi, fut&#13;
chargé d’en parler au jeune Louis XIV et le P. Le Jeune, procureur à Paris des missions de la&#13;
Nouvelle-France, en parla à la reine régente Anne d’Autriche (cf. Rochemonteix, Les Jésuites et la&#13;
Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2, p. 278, note 1).&#13;
633&#13;
&#13;
- 1149 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
à son gré que le caractère épiscopal ; il répondit qu’il était prêt à partir pour&#13;
le Canada en qualité de simple missionnaire, mais qu’il ne pouvait accepter&#13;
la qualité d’évêque, dont il se jugeait indigne 636. La Cour, édifiée et surprise&#13;
du refus et de la raison qu’il en donnait, ne se rendit pas. Ses amis et ses&#13;
directeurs parlèrent. On consulta M. de Bernières ; il recommanda&#13;
beaucoup cette affaire à Dieu et, plein de zèle pour le Canada, il détermina&#13;
M. de Laval et lui fit comprendre que le bien de cette Église demandait&#13;
absolument le caractère épiscopal. Ce saint prêtre crut enfin connaître la&#13;
volonté de Dieu et consentit à être évêque, mais à condition qu’il ne serait&#13;
que vicaire apostolique et non pas évêque titulaire 637, afin qu’on pût le&#13;
rappeler, si dans la suite on l’y jugeait inutile et qu’il pût lui-même s’en&#13;
décharger, s’il s’en trouvait incapable. Comme il était sans biens depuis la&#13;
renonciation à ses droits, il eut recours à ses amis et se fit par leur libéralité&#13;
un petit revenu de 1 000 livres, qui lui parut suffisant pour aller au-delà des&#13;
mers exercer son apostolat 638. Il donna depuis cette rente au Séminaire de&#13;
Québec pour ne plus subsister que sur les fonds de la Providence.&#13;
Cf. Doc. LX, p. 634, note 1#.&#13;
NDLR : Il faut plutôt lire : Doc. LX-2, note 1. La revoici :&#13;
&#13;
636&#13;
#&#13;
&#13;
Selon nous, l’abbé Gosselin, Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et&#13;
apôtre du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 1, p. 106-107, se trompe&#13;
lorsqu’il met en doute cette assertion de l’abbé de La Colombière que le jeune&#13;
François de Laval se serait difficilement résolu à accepter la consécration&#13;
épiscopale. En effet, cette affirmation est pleinement corroborée par d’autres&#13;
documents de l’époque (cf. Doc. LXV ; La Tour, Mémoires sur la vie de&#13;
M. de Laval, premier évêque de Québec (Doc. LXIX), et elle est expressément&#13;
confirmée par une lettre du Serviteur de Dieu lui-même à la Sacrée congrégation&#13;
de la propagande, datée de 1672, où on lit : « Je n’ai jamais désiré l’épiscopat et,&#13;
conscient de mon insignifiance, je l’ai accepté à contrecœur. » (Doc. XXIII-33)&#13;
De plus, l’attitude de l’abbé de Laval face à sa nomination comme évêque, décrite&#13;
dans cette lettre, correspond exactement à l’état d’âme qui lui est attribué dans les&#13;
documents susmentionnés. Nous savons en effet que, contrairement à l’usage de&#13;
l’époque, il ne fit aucune démarche pour assurer sa nomination, à un point tel que&#13;
le représentant du roi Louis XIV auprès du Saint-Siège, M. Gueffier, s’en&#13;
préoccupât et s’en émerveillât (Docs. XI).&#13;
637&#13;
Il n’est pas facile de prouver que le Serviteur de Dieu aurait préféré aller au Canada comme&#13;
simple vicaire apostolique plutôt qu’à titre d’évêque résidentiel. Cependant, nous sommes sûrs qu’il&#13;
fut complètement étranger au motif qui porta le Saint-Siège à ériger un vicariat apostolique au&#13;
Canada à cette époque au lieu d’un diocèse (Docs. XI).&#13;
638&#13;
Louis XIV avait aussi promis au Saint-Siège de donner une pension annuelle de 1 000 livres&#13;
tournois au Serviteur de Dieu (Acte du 21 février 1658, Archives apostoliques du Vatican.&#13;
Propagande, Acta, vol. 27, fo 50).&#13;
&#13;
- 1150 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Ces vues, que son humilité lui avait inspirées, étaient justes. Il fallait bien&#13;
connaître le pays, prendre des mesures, préparer et ébaucher en quelque&#13;
façon une Église avant de l’ériger dans les formes. On s’y conforma. Le pape&#13;
Alexandre VII en 1657 l’élut évêque de Pétrée in partibus infidelium et vicaire&#13;
apostolique dans toute la Nouvelle-France 639.&#13;
Il y eut d’abord quelque difficulté à Rome à l’occasion de cette qualité.&#13;
Comme les vicaires apostoliques chez les idolâtres sont du choix du pape&#13;
et ne dépendent que de lui, ils ne prêtent serment de fidélité à aucun prince.&#13;
La Cour de Rome agréait la personne de M. de Laval, mais ne voulait pas&#13;
s’assujettir à la nomination du roi, ni assujettir le vicaire apostolique à la&#13;
prestation du serment. Cependant, comme dans ce pays idolâtre il se&#13;
trouvait une colonie française et que le roi s’était rendu maître du Canada,&#13;
on n’insista pas beaucoup sur le serment et la difficulté de la nomination&#13;
fut levée, parce qu’on se proposa d’ériger cet évêché en titre et de demander&#13;
un bref au pape pour accorder au roi la présentation, comme il en a été&#13;
accordé plusieurs pour les évêchés des pays conquis qui ne sont pas&#13;
compris dans le concordat 640.&#13;
Dès que les bulles furent venues de Rome, l’abbé de Montigny revint à&#13;
l’Ermitage de M. de Bernières pour se préparer à la consécration.&#13;
M. l’évêque de Bayeux devait la faire, assisté de M. l’évêque d’Ardue,&#13;
suffragant et pensionnaire de M. l’archevêque de Rouen, qui, comme nous&#13;
l’allons dire, était très opposé à l’envoi d’un évêque en Canada, qu’il&#13;
prétendait de son diocèse. Le jour même qu’on avait pris pour la&#13;
Ce n’est pas en 1657, mais plutôt le 13 avril 1658 que le pape Alexandre VII donna son&#13;
approbation au décret émis le 11 du même mois par la Sacrée congrégation de la propagande, par&#13;
lequel le Serviteur de Dieu était nommé vicaire apostolique au Canada. Dans le Consistoire du 6 mai&#13;
suivant, il fut proclamé évêque titulaire de Pétrée, mais la bulle ne lui fut concédée que le 3 juin de&#13;
la même année. Ce document, dont l’original est conservé aux Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Bul. 1, p. 2#, a déjà été publié dans la Nova Positio Super Virtibus Summarium Additionale, p. 323326.&#13;
#&#13;
NDLR : Dans cette édition, Doc. X-A.&#13;
639&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit ici du concordat de Bologne de 1516, donnant le droit au roi de France de&#13;
nommer les évêques de son pays, avec approbation subséquente du pape.&#13;
640&#13;
&#13;
- 1151 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
cérémonie 641, M. d’Ardue reçut, par un courrier exprès, défense de&#13;
l’archevêque de Rouen de s’y trouver ; ce qui rompit toutes les mesures et&#13;
obligea M. de Laval de venir se faire sacrer à Paris.&#13;
Il fut sacré évêque de Pétrée à l’âge de 36 ans dans l’église Saint-Germaindes-Prés 642 par le nonce du pape, assisté de deux illustres évêques, de&#13;
M. Abelly 643, évêque de Rodez, et de M. Du Saussay, évêque de Toul, le&#13;
8 décembre 1658, jour de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge, à&#13;
laquelle il a toujours eu beaucoup de dévotion et qu’il a depuis choisie pour&#13;
patronne de sa cathédrale avec saint Louis, roi de France.&#13;
Ce sacre dans une église exempte, fait par un nonce du pape, cette qualité&#13;
de vicaire apostolique pour un pays dépendant de Sa Majesté firent&#13;
ombrage aux archevêques de Paris et de Rouen. À leur sollicitation, les&#13;
parlements de ces deux villes s’en mêlèrent et rendirent contre l’évêque de&#13;
Pétrée deux arrêts célèbres, rapportés dans les Œuvres de Deshenris, t. 2,&#13;
liv. 1, quest. 139, p. 71. En voici le fondement.&#13;
L’abbaye Saint-Germain-des-Prés se prétend exempte de la juridiction&#13;
épiscopale et comme si l’enceinte de l’abbaye et tout le faubourg SaintGermain formaient une espèce de diocèse particulier, l’abbé se croit en droit&#13;
d’y exercer ou d’y faire exercer sa juridiction par le prieur sur toutes les&#13;
personnes qui y demeurent. Ces prétentions ont donné lieu à divers procès&#13;
entre les abbés et les archevêques de Paris, qui ont été terminés par une&#13;
transaction provisionnelle du 20 septembre 1668 entre M. Hardouin&#13;
de Péréfixe, archevêque de Paris, et Henri de Bourbon, duc de Verneuil,&#13;
abbé de Saint-Germain, par laquelle on reconnaît l’exemption de l’abbé des&#13;
religieux, soit pour le gouvernement, la confirmation, la tonsure et les saints&#13;
ordres qu’on pourra leur faire donner par l’évêque qu’on jugera à propos,&#13;
Le 4 octobre 1658, fête de saint François d’Assise.&#13;
Le 11 avril 1923, à l’occasion des fêtes célébrées en France pour le 3e centenaire de la naissance&#13;
du Serviteur de Dieu, un bas-relief artistique fut inauguré dans l’église de Saint-Germain-des-Prés&#13;
pour rappeler la consécration en cette église du premier évêque de Québec.&#13;
643&#13;
NDLR : François de Laval avait 35 ans lors de son ordination épiscopale. L’évêque de Rodez&#13;
était en fait Mgr Hardouin de Péréfixe, et non Mgr Abelly.&#13;
641&#13;
642&#13;
&#13;
- 1152 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
même l’exemption des laïcs habitant dans l’enclos de l’abbaye, à l’exception&#13;
des sacrements de confirmation et de mariage, pour lesquels il faut avoir&#13;
recours à l’archevêque ou au curé ; mais quant à la juridiction sur le reste&#13;
du faubourg, on prend un tempérament. L’abbé cède sa juridiction et se&#13;
soumet à l’archevêque, mais on dédommage l’abbé en établissant le prieur&#13;
et, à son absence, le sous-prieur ou autre tenant sa place, grand-vicaire né&#13;
du prélat, perpétuel et irrévocable, pour tout le faubourg et territoire de&#13;
Saint-Germain, à condition de ne faire aucun acte de juridiction qu’au nom&#13;
de l’archevêque en qualité de son grand-vicaire et que d’un autre côté les&#13;
mandements des grands-vicaires qui regarderont le faubourg seront&#13;
toujours signés de concert avec le prieur de l’abbaye.&#13;
Sur le principe de cette exemption, on a toujours cru à Saint-Germain&#13;
pouvoir prêter territoire aux évêques pour donner la confirmation et&#13;
conférer les saints ordres sans la permission de l’ordinaire, pourvu que ce&#13;
fût à d’autres qu’aux diocésains de Paris, puisqu’après tout, ni le lieu, ni les&#13;
personnes ne sont sujets à l’archevêque et qu’en effet la transaction ne parle&#13;
que des habitants laïcs de l’enclos de l’abbaye. On crut donc n’avoir pas&#13;
besoin de son agrément pour faire le sacre de M. de Laval, qui n’était ni laïc,&#13;
ni du diocèse de Paris, ni habitant de l’abbaye. Les religieux, jaloux avec&#13;
raison de maintenir leurs privilèges, ni apparemment le nonce du pape,&#13;
consécrateur, n’auraient pas souffert qu’on en fît usage.&#13;
L’archevêque de Paris en fut offensé et le Parlement entra dans ses vues. Le&#13;
procureur général présenta requête à la Cour, où il exposa que l’abbé de&#13;
Montigny, né sujet du roi, prétendant avoir des bulles de l’évêché de Pétrée&#13;
avec la qualité de grand-vicaire apostolique en Canada, s’étant fait sacrer&#13;
dans l’église Saint-Germain-des-Prés, voulait s’ingérer d’en faire les&#13;
fonctions dans le royaume (il voulait dire sans doute en Canada, terre&#13;
dépendante du roi de France) ; que cette qualité de vicaire apostolique dans&#13;
les états de Sa Majesté était nouvelle et insolite ; que le pape ne pouvait&#13;
nommer aucun évêque en France, ni l’évêque nommé faire aucune fonction,&#13;
sans l’agrément du roi et les lettres patentes dûment registrées ; que son&#13;
sacre sans la permission de l’ordinaire, sous prétexte de l’exemption de&#13;
- 1153 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
l’abbaye, par le nonce, prélat étranger, qui n’a que la qualité&#13;
d’ambassadeur, donnait atteinte aux droits de l’épiscopat et aux libertés de&#13;
l’Église gallicane ; sur quoi il demande que l’abbé de Montigny fût tenu de&#13;
communiquer ses bulles à la Cour pour être ordonné ce qu’il&#13;
appartiendrait, et cependant, défense à lui de s’immiscer dans l’exécution&#13;
d’icelles sans la permission du roi et les lettres patentes dûment vérifiées.&#13;
La Cour 644 rendit le 16 décembre 1658 un arrêt conforme à ces conclusions,&#13;
qui fut signifié au prélat le 19 suivant, à la requête du procureur général.&#13;
Ces difficultés étaient peu fondées. Sa Majesté avait agréé la nomination de&#13;
M. de Laval et sa qualité de vicaire apostolique, qu’elle avait fait demander&#13;
au pape par son ambassadeur. Les évêques ne sont obligés que de faire&#13;
enregistrer leur serment de fidélité à la Chambre des Comptes pour fermer&#13;
la régale et jamais les parlements n’ont exigé que leurs bulles fussent&#13;
confirmées par lettres patentes dûment vérifiées. Ils connaissent seulement&#13;
par la voie de l’appel comme d’abus des actes de juridiction que font les&#13;
prélats. Il le fallait ici d’autant moins qu’il s’agissait d’un diocèse situé audelà des mers, qui n’était point du ressort du Parlement de Paris. La qualité&#13;
de vicaire apostolique est usitée et comme dans toutes les missions&#13;
étrangères, elle est même nécessaire, puisque n’y ayant point d’évêché&#13;
érigé, on ne peut y envoyer que des évêques avec ce titre. La permission de&#13;
l’ordinaire n’était point nécessaire pour faire la consécration, puisque&#13;
l’exemption de l’abbaye Saint-Germain n’est pas contestée et que les&#13;
différends entre l’archevêque et l’abbé n’ont roulé que sur les séculiers qui&#13;
habitent dans son enceinte, que ni le nonce consécrateur, ni les évêques&#13;
assistants, ni le nouvel évêque ne dépendaient de l’archevêque de Paris ;&#13;
qu’au reste c’était aux religieux qu’il fallait s’en prendre et leur défendre de&#13;
laisser faire à l’avenir pareille cérémonie dans leur église et nullement à&#13;
l’évêque de Pétrée, qui n’avait aucun intérêt à l’exemption, qui n’aurait&#13;
jamais occasion d’en faire usage et qui ne prétendait faire aucune fonction&#13;
en France. Aussi cet arrêt hasardé fut sans effet et on n’y eut aucun égard.&#13;
Il n’y eut ni enregistrement ni lettres patentes. L’évêque partit pour sa&#13;
644&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit plutôt du Parlement de Paris qui émit ce décret.&#13;
- 1154 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
mission, où personne ne s’est avisé de lui rien dire. Les Bénédictins, à qui&#13;
l’arrêt ne fut pas même signifié, n’ont pas moins usé de leur exemption.&#13;
L’archevêque et le Parlement de Rouen avaient bien d’autres prétentions.&#13;
Par l’usage établi dans les missions étrangères et approuvé par le pape, tous&#13;
les missionnaires français prennent en partant les pouvoirs de l’évêque du&#13;
lieu de l’embarquement. Ces pouvoirs durent pendant toute la traversée et&#13;
dans le lieu même du débarquement, s’il n’y a point d’évêque titulaire,&#13;
jusqu’à ce qu’on ait trouvé le vicaire ou le préfet apostolique. Cette&#13;
précaution est nécessaire, parce qu’on ne peut s’adresser ailleurs et que le&#13;
peuple se trouverait sans secours. Un grand nombre de débarquements&#13;
pour le Canada s’étaient faits en Normandie, et la plupart des habitants&#13;
étaient de cette province. Ainsi, beaucoup de missionnaires avaient pris les&#13;
pouvoirs de l’archevêque de Rouen et les avaient exercés sur les lieux. Cet&#13;
usage avait fait insensiblement une espèce de possession en faveur du&#13;
prélat, qui lui faisait regarder ces nouvelles terres comme une partie de son&#13;
diocèse. Il y avait même envoyé quelquefois de grands-vicaires. Le roi&#13;
s’était conformé à cet usage pour la juridiction temporelle. Les lettres&#13;
patentes sur l’établissement de la grande Compagnie du Canada du 19 avril&#13;
1627 645 et l’édit de création du mois de juin suivant avaient été adressés et&#13;
enregistrés au Parlement de Rouen ; les causes de la colonie devaient y être&#13;
portées par appel pour être jugées en dernier ressort jusqu’à l’établissement&#13;
d’une Cour supérieure et quoique la distance des lieux et le soin qu’avaient&#13;
les gouverneurs de terminer toutes les affaires rendissent ces appels&#13;
extrêmement rares, le Parlement regardait toujours le Canada comme dans&#13;
son ressort. L’archevêque regardait donc l’établissement d’un vicaire&#13;
apostolique comme un démembrement de son diocèse, et le Parlement&#13;
craignait que la présence d’un évêque n’accélérât l’établissement d’un&#13;
Conseil souverain, auquel on attribuerait à son préjudice toutes les affaires&#13;
de la colonie ; ce qui arriva en effet quatre ans après 646. Il paraissait encore&#13;
fort alarmé des embarras que pourraient faire naître la distraction du&#13;
NDLR : La Compagnie des Cent-Associés, qui devait coloniser le Canada en retour d’un&#13;
monopole de commerce, est en fait créée le 29 avril 1627.&#13;
646&#13;
NDLR : Le Conseil souverain du Canada fut établi en avril 1663.&#13;
645&#13;
&#13;
- 1155 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
ressort ecclésiastique par la création de cette nouvelle autorité et le conflit&#13;
de juridiction entre l’archevêque de Rouen et le vicaire apostolique.&#13;
Le procureur général agit donc. Il fit valoir toutes les raisons générales qui&#13;
dans le même temps faisaient agir le Parlement de Paris ; il y ajouta toutes&#13;
les raisons particulières qui intéressaient la Normandie ; il eut même&#13;
recours aux raisons politiques et dit qu’il était contre le bon ordre et l’intérêt&#13;
de l’État d’envoyer des vicaires apostoliques qui n’étaient liés ni par un&#13;
bénéfice ni par un serment de fidélité dans des lieux si éloignés, où il était&#13;
si aisé d’ébranler l’autorité du prince. Il fut rendu un premier arrêt le&#13;
3 octobre par la Chambre des vacations, qui défend à l’abbé de Montigny&#13;
de s’ingérer dans les fonctions de vicaire apostolique en Canada. Son sacre&#13;
ayant été fait malgré ces défenses, second arrêt le 23 décembre suivant, qui&#13;
renouvelle toutes ces défenses et défend en même temps à tous les sujets&#13;
du roi de le reconnaître dans cette qualité et enjoint à tous les officiers et à&#13;
tous autres de s’opposer à son entreprise et d’empêcher qu’il n’exerce&#13;
aucune fonction et ordonne que l’arrêt soit signifié tant audit abbé de&#13;
Montigny qu’au directeur de la compagnie du Canada, afin qu’elle&#13;
s’oppose absolument à son dessein.&#13;
Ces difficultés n’étaient pas plus solides que les autres. L’archevêque de&#13;
Rouen n’avait pour lui que des pouvoirs accordés à plusieurs missionnaires&#13;
lors de leur départ, ce qu’il appelait possession et ce que les évêques de&#13;
Lisieux, de Saint-Malo, de Vannes, de Nantes, de Maillezais (La Rochelle),&#13;
de Bordeaux, de Bayonne, avaient aussi bien que lui, puisqu’ils avaient&#13;
également donné des pouvoirs aux missionnaires qui étaient partis de&#13;
divers ports de mer situés dans tous ces diocèses ; ce qui n’avait pu&#13;
incorporer à son Église des terres nouvellement découvertes. Le Parlement&#13;
avait tort de se plaindre ; l’abbé de Montigny avait prêté le serment de&#13;
fidélité comme tous les autres évêques et ce serment est l’affaire du roi et&#13;
non des parlements. On ne touchait point à sa juridiction ; c’était un évêque&#13;
de plus dans son ressort, dont il n’était pas moins juge par la voie de l’abus.&#13;
La crainte de l’établissement d’un Conseil souverain était injuste. Le roi est&#13;
le maître d’établir des cours supérieures où il juge à propos et on ne pouvait&#13;
- 1156 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
se dissimuler la nécessité d’en établir une en Canada, à mesure que la&#13;
colonie se multiplierait, par la difficulté infinie de porter en France les&#13;
affaires des particuliers. En effet, on eut beau faire, les deux arrêts du&#13;
Parlement de Rouen n’eurent pas plus de succès que celui du Parlement de&#13;
Paris ; le roi ne donna aucune lettre patente, les bulles ne furent point&#13;
présentées, la Compagnie du Canada ne fit aucun mouvement, le vicaire&#13;
apostolique partit, fit tranquillement toutes ses fonctions.&#13;
Il n’y eut que l’abbé de Queylus qui refusa de se soumettre et fit tout ce qu’il&#13;
put pour le traverser. Dès le commencement de cette affaire, l’archevêque&#13;
de Rouen, pour faire un acte de possession éclatant et authentique, envoya&#13;
l’abbé de Queylus en qualité de son grand-vicaire dans cette partie&#13;
prétendue de son diocèse. Il ne pouvait mieux choisir. Cet abbé, homme de&#13;
condition et de mérite, était un des associés de la Compagnie de Montréal,&#13;
formée en 1641. M. de Maisonneuve, gouverneur de Montréal, pour établir&#13;
le christianisme dans son département, s’était adressé au Séminaire de&#13;
Saint-Sulpice, déjà célèbre par ses services et ses vertus si utiles à l’Église.&#13;
M. Olier, fondateur de ce Séminaire, dans de pareilles vues de religion, était&#13;
entré dans la même Compagnie avec M. de Bretonvilliers, qui fut son&#13;
successeur. Ils destinèrent l’abbé de Queylus, que la piété ne leur attachait&#13;
pas moins que l’intérêt de la société, à aller jeter les fondements de cette&#13;
bonne œuvre avec trois prêtres du Séminaire qu’ils lui donnèrent. Ces&#13;
quatre ecclésiastiques passèrent en Canada en 1657. M. de Queylus, chargé&#13;
des pouvoirs et se conformant aux instructions de l’archevêque de Rouen,&#13;
agit en maître. Il ôta la cure de Québec aux Jésuites, qui l’avaient toujours&#13;
desservie et s’en mit en possession. Le P. Poncet, qui faisait les fonctions de&#13;
curé, ayant cédé sans résistance, fut blâmé de ses supérieurs et renvoyé en&#13;
France 647. Cependant, sa qualité de grand-vicaire et ses coups d’autorité ne&#13;
firent pas fortune. À l’exception de ceux qui étaient venus avec lui,&#13;
personne ne voulut le reconnaître, malgré les ordonnances qu’il publia et&#13;
&#13;
NDLR : En fait, le P. Joseph-Antoine Poncet se montra insoumis, alors que le supérieur des&#13;
Jésuites de Québec, le P. de Quen, ne montra pas de résistance. Le P. Poncet demanda à retourner&#13;
en France, ce qui lui fut accordé en 1657.&#13;
647&#13;
&#13;
- 1157 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
les censures qu’il fulmina. Ces démarches violentes déplurent et aliénèrent&#13;
les esprits.&#13;
Le vicaire apostolique étant arrivé deux ans après, on eut encore moins&#13;
d’égard à ses prétentions, malgré le nouveau poids que les arrêts du&#13;
Parlement de Paris et de Rouen semblaient lui donner. Cependant, on&#13;
l’avait 648 rendu suspect de jansénisme à la Cour de Rome et à celle de France.&#13;
L’abbé revint la même année en France et fit un voyage à Rome pour se&#13;
justifier ; il trouva le pape extrêmement prévenu et n’obtint audience&#13;
qu’avec peine. Il l’obtint enfin et se justifia. Son zèle lui fit repasser les mers&#13;
le printemps suivant et il parut en Canada incognito, sous un habit et un&#13;
nom étranger ; mais ayant été découvert et continuant à ne pas reconnaître&#13;
le vicaire apostolique, la Cour en fut instruite, et l’année suivante 1661,&#13;
M. Davaugour, gouverneur général, reçut une lettre de cachet qui&#13;
ordonnait à l’abbé de Queylus de revenir en France et de laisser l’évêque de&#13;
Pétrée tranquillement faire ses fonctions. Il ne se rebuta cependant pas, et&#13;
le prélat étant venu lui-même à Paris, l’abbé se raccommoda avec lui, le&#13;
reconnut enfin et avec son agrément revint en Canada en 1668, en qualité&#13;
de simple missionnaire 649 avec MM. d’Urfé, d’Allet, Salignac-Fénelon et&#13;
quelques autres prêtres du même Séminaire, où il édifia beaucoup la&#13;
colonie.&#13;
LIVRE SECOND&#13;
&#13;
Livre second&#13;
M. de Laval, ayant été sacré, ne tarda pas de se rendre à son troupeau. Il&#13;
partit de Paris le mois d’avril 1659 et s’embarqua à La Rochelle le jour de&#13;
Pâques avec MM. Torcapel et Pelerin, que leurs infirmités obligèrent&#13;
l’année suivante de revenir en France, et un neveu de M. de Bernières, qui&#13;
n’était point tonsuré. Il partit sans consulter sa famille, mais Dieu se&#13;
contenta de son sacrifice ; un an après son arrivée, il mourut de la mort des&#13;
&#13;
648&#13;
649&#13;
&#13;
L’abbé de Queylus.&#13;
Mgr de Laval le nomma alors son vicaire général (Doc. XXIX).&#13;
- 1158 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
justes, comme il avait vécu de leur vie 650. Voici la lettre que son oncle en&#13;
écrivit à M. l’évêque : « Mon très cher et honoré frère, Jésus soit notre tout&#13;
à jamais. Ce mot est pour vous prier très humblement d’agréer que mon&#13;
neveu vous accompagne ; je le tiendrai bienheureux de faire ce voyage avec&#13;
vous ; vous lui servirez de père et de directeur. Oh ! que la providence de&#13;
Dieu est admirable ! Le petit clergé de Canada sera composé de quatre&#13;
personnes pauvres, abjectes, méprisées du monde, mais pleines du désir&#13;
d’être tout à fait à Dieu, puisqu’elles ne veulent uniquement que Dieu. »&#13;
Le P. Jérôme Lalemant, jésuite, oncle du P. Gabriel Lalemant, qui venait&#13;
d’être martyrisé par les Iroquois avec le P. de Brébeuf, fut aussi du voyage.&#13;
Il était revenu en France pour travailler aux affaires de la colonie et&#13;
paraissait avoir renoncé à son ancienne mission ; il était alors recteur du&#13;
collège de La Flèche. Mais M. de Pétrée, instruit de ses vertus, de ses talents&#13;
et des fruits qu’il avait faits, le demanda comme un homme qui lui était&#13;
nécessaire. Il arriva précisément trois heures avant le départ du vaisseau et&#13;
n’eut que le temps de s’embarquer. Cette troupe d’apôtres arriva&#13;
heureusement à l’île Pétrée 651 le 16 mai 1650 652 ; elle y passa quelques jours&#13;
et enfin mouilla devant Québec le 16 juin suivant.&#13;
On savait en Canada que le roi pensait à y envoyer un évêque, mais on&#13;
n’était pas averti de son arrivée. Le premier vaisseau qui partit et qui en&#13;
apportait la nouvelle, essuya tant de contretemps dans sa route qu’il&#13;
n’arriva que longtemps après celui qui portait le prélat. La surprise fut&#13;
agréable et tout s’empressa à lui marquer son respect et sa joie.&#13;
&#13;
Ce neveu de Jean de Bernières-Louvigny de Caen, Henri de Bernières, venu au Canada en 1659&#13;
avec le Serviteur de Dieu, ne mourut pas l’année suivante, comme l’affirme l’abbé de La Tour, mais&#13;
bien 40 ans plus tard, en 1700, après avoir été premier curé de Québec, supérieur du Séminaire et&#13;
vicaire général. C’est sans doute à la suite de la lecture d’un passage un peu ambigu d’un mémoire&#13;
de 1708 sur le Serviteur de Dieu (Doc. LXV) que de La Tour fait remonter à cette époque la mort&#13;
de Henri de Bernières, alors qu’en fait ce texte fait allusion à la mort de son oncle, survenue en&#13;
1659. Cette erreur obligea de La Tour à en commettre une deuxième, faisant venir au Canada un&#13;
second neveu de Jean de Bernières, qui aurait été curé de Québec (voir plus bas, p. 1191).&#13;
651&#13;
Il s’agit de l’île Percée, sur le fleuve Saint-Laurent.&#13;
652&#13;
Une erreur typographique évidente : on doit lire 1659.&#13;
650&#13;
&#13;
- 1159 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
M. le vicomte d’Argenson, gouverneur général depuis un an 653, alla audevant du vicaire apostolique et le reçut avec tous les honneurs dus à son&#13;
rang et à son mérite et toute la colonie fit paraître sa vénération. « Il le mérite&#13;
bien, dit la mère de l’Incarnation ; c’est un homme dont les qualités&#13;
personnelles sont rares et extraordinaires. Sans parler de sa naissance, qui&#13;
est fort illustre, c’est un homme d’un haut mérite et d’une vertu singulière.&#13;
Je ne dis pas que ce soit encore un saint, ce serait trop dire ; mais je dirai&#13;
avec vérité qu’il vit en saint et en apôtre. Il ne sait ce que c’est que respect&#13;
humain. Il est pour dire la vérité à tout le monde et la dit librement dans les&#13;
rencontres ; ce qui lui attire toutes ces persécutions. En un mot, sa vie est si&#13;
exemplaire qu’il tient tout le pays en admiration. Il est intime ami de&#13;
M. de Bernières, avec qui il a demeuré quatre ans par dévotion. Il ne faut&#13;
pas s’étonner si à cette école il est parvenu à un sublime degré d’oraison 654 ».&#13;
Le prélat, n’ayant rien trouvé de prêt pour son logement, alla d’abord&#13;
demeurer chez les Jésuites avec ses prêtres ; ensuite, il se logea chez les&#13;
Hospitalières dans un appartement dépendant de l’hôpital. Il y demeura&#13;
près de trois mois. Il y fut traité, autant que la pauvreté de la maison le&#13;
permettait, avec beaucoup de propreté et de zèle, quoique très simplement.&#13;
Mais cette simplicité ne lui suffisait pas. Il se plaignait toujours qu’on en&#13;
faisait trop, montrait du dégoût pour ce qui était bien apprêté et affectait au&#13;
contraire une sorte d’avidité pour ce qu’il y avait de moins bon. Mais pour&#13;
ne pas être plus longtemps à charge aux pauvres en occupant un de leurs&#13;
appartements, il alla, trois mois après, loger dans le pensionnat sauvage*&#13;
des Ursulines, qu’on appelait séminaire. Il y fit faire une clôture de&#13;
séparation pour y être canoniquement. On fut obligé de placer les enfants&#13;
avec les religieuses, ce qui les incommodait beaucoup. « Mais, ajoute la&#13;
mère de l’Incarnation, ce saint prélat le mérite et nous porterons avec plaisir&#13;
&#13;
M. d’Argenson avait été nommé gouverneur du Canada deux ans auparavant, en 1657.&#13;
Cependant, il arriva à Québec en 1658.&#13;
654&#13;
Le texte de cet extrait ne correspond pas à la première édition des lettres de mère Marie de&#13;
l’Incarnation par Billaine (Paris, 1681), l’unique faite sur les originaux et que l’abbé de La Tour&#13;
devait connaître. Le texte de cette même lettre, que nous avons publié au Doc XXI-1, provient de&#13;
cette édition, puisque cette lettre ne figure pas encore dans la récente édition des Œuvres complètes&#13;
en cours de publication par Dom Oury Jamet, o.s.b.&#13;
653&#13;
&#13;
- 1160 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
cette incommodité 655 ». De là, il alla avec ses ecclésiastiques dans la maison&#13;
de Mme [de] La Peltrie, appartenant aux Ursulines, où il demeura deux ans.&#13;
Enfin, il acheta une maison qui tombait en ruine, avec une petite chambre&#13;
dépendante de la fabrique, près de l’église, où est aujourd’hui le cimetière,&#13;
qu’on transféra ailleurs, et le presbytère que l’on a fait bâtir, et où trois ans&#13;
après, en 1662, vinrent se joindre à lui M. Dudouyt et un autre neveu de&#13;
M. de Bernières, un des plus saints prêtres qui aient été en Canada, qui fut&#13;
depuis le premier curé de la ville et le premier doyen du chapitre 656.&#13;
La première démarche du vicaire apostolique fut d’établir son autorité. Il se&#13;
forma une officialité, nomma M. de Lauson official (il était avant lui à&#13;
Québec) et M. Torcapel, promoteur, fulmina les bulles, ordonna à tout le&#13;
monde de le reconnaître en qualité de vicaire apostolique et défendit de&#13;
reconnaître l’archevêque de Rouen. Il porta peu de jours après une&#13;
excommunication contre ceux qui faisaient la traite de l’eau-de-vie avec les&#13;
Sauvages : matière dont nous parlerons au long dans la suite. Cette&#13;
excommunication fut approuvée en La Sorbonne en 1662 comme très juste&#13;
et très sage. Tout le clergé séculier et régulier souscrivit à son ordonnance 657&#13;
et tout le monde s’y soumit, à l’exception de l’abbé de Queylus 658, comme&#13;
nous l’avons dit ci-dessus.&#13;
À peine fut-il arrivé qu’il eut occasion d’exercer son zèle. Un des vaisseaux&#13;
qui vint à Québec se trouva infecté d’une maladie contagieuse. Il portait&#13;
200 personnes, qui furent presque toutes malades, dont un grand nombre&#13;
mourut. Le mal se répandit dans tout le pays ; l’hôpital fut tout rempli, et le&#13;
prélat n’en sortait presque point pendant que dura la maladie, toujours&#13;
occupé à servir, à instruire, à consoler les malades. On eut beau faire pour&#13;
l’engager à conserver sa personne, il crut devoir commencer sa carrière par&#13;
l’exercice de la plus héroïque charité. Son clergé le seconda. Un jésuite en&#13;
&#13;
Ce passage, comme le précédent, est un peu différent du texte publié dans l’édition Billaine&#13;
(Doc. XXI-1).&#13;
656&#13;
Voir plus haut, p. 1189, note 646.&#13;
657&#13;
Il s’agit de l’ordonnance par laquelle le Serviteur de Dieu demanda à tous les prêtres du Canada&#13;
de reconnaître sa juridiction. On en trouve le texte dans le Doc. XXVI.&#13;
658&#13;
Comme nous l’avons fait remarquer (cf. Doc. XXVI), l’absence de signature de l’abbé de&#13;
Queylus sur ce document ne signifie rien, puisqu’il était alors en dehors du Canada.&#13;
655&#13;
&#13;
- 1161 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
mourut 659, deux hospitalières en furent à l’extrémité. Heureusement, le&#13;
prélat fut épargné.&#13;
Tels furent les commencements de l’Église de Québec. Cette poignée&#13;
d’ouvriers se trouva chargée de presque toutes les fonctions à la fois. Les&#13;
Jésuites, dispersés dans les missions sauvages, continuaient à y faire des&#13;
biens considérables. Ceux qui demeuraient à Québec et qui jusqu’alors&#13;
avaient eu soin de la paroisse et de l’Hôtel-Dieu remirent l’un et l’autre à&#13;
l’évêque ; deux ecclésiastiques s’en chargèrent. Les autres allèrent aider&#13;
dans les missions des Français et servirent l’église de Beaupré, la seule&#13;
église de campagne française qui fût encore formée 660. Le saint évêque mit&#13;
le premier la main à l’œuvre. Comme les autres, on l’a vu cent fois aller&#13;
administrer les sacrements aux malades à la ville et à la campagne, ramant&#13;
dans un canot en été, marchant en hiver sur la neige en raquettes, portant&#13;
sur le dos sa chapelle et un morceau de pain, aller à une et deux lieues dire&#13;
la messe dans une cabane, donner le viatique et l’extrême-onction et s’en&#13;
revenir de même, après avoir mangé en courant son morceau de pain et&#13;
souvent tout à jeun. Le nombre des ecclésiastiques grossit peu à peu et il fut&#13;
quelques années après assez grand pour former un séminaire et un&#13;
chapitre. Mais il est difficile de comprendre ce qu’il en dut coûter dans ces&#13;
commencements à l’évêque et à ses coopérateurs pour fonder cette Église&#13;
et la mettre en état de mériter, dix ans après qu’on l’érigeât solennellement&#13;
en évêché 661.&#13;
Voici les règles que M. de Bernières 662 donna par écrit à ce qu’il appelait&#13;
l’Ermitage de Québec ou les frères du Canada, parce qu’ils avaient tous été&#13;
élevés à l’Ermitage de Caen. Elles serviront à mieux faire connaître&#13;
M. de Bernières, l’évêque et le clergé de cette Église.&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit du P. Jean de Quen, supérieur des Jésuites de Québec.&#13;
Il n’est pas exact d’affirmer que la paroisse de Beaupré était alors la seule organisée au Canada,&#13;
puisqu’elle n’existait pas encore ; on s’apprêtait à construire son église. La paroisse ne fut érigée par&#13;
le Serviteur de Dieu qu’en 1678.&#13;
661&#13;
NDLR : L’évêché fut officiellement érigé le 1er octobre 1674, soit 15 ans après l’arrivée de&#13;
gr&#13;
M de Laval.&#13;
662&#13;
NDLR : Il s’agit ici, bien sûr, de Jean de Bernières.&#13;
659&#13;
660&#13;
&#13;
- 1162 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
1° Dieu est notre centre et notre dernière fin. Nous sommes&#13;
créés pour le posséder, non seulement dans le ciel, mais aussi&#13;
sur la terre. Tout le désir de Dieu même est de réunir la&#13;
créature au Créateur, séparée par le péché et l’affection aux&#13;
choses créées. La vie n’est qu’un passage pour arriver à cette&#13;
heureuse fin. Les chrétiens ne doivent avoir d’autre objet que&#13;
de s’écouler en Dieu, comme les fleuves dans la mer. C’est la&#13;
vérité fondamentale, dont nous devons être fortement&#13;
persuadés et pénétrés d’une manière active.&#13;
2° Cette recherche active par forme de méditation et de&#13;
raisonnement doit se faire au commencement de la&#13;
conversion. Dans la suite, il suffit de la faire par voie de foi,&#13;
qui éclaire simplement mais puissamment, pour connaître et&#13;
goûter cette heureuse fin et par cette connaissance et ce goût,&#13;
nous faire passer de nous-mêmes en Dieu et supporter les&#13;
travaux de la vie. Cette attention ou contemplation de foi&#13;
suffit, sans autre méthode d’oraison, à ceux qui avancent.&#13;
3° Cette manière d’oraison plus pure et plus spirituelle&#13;
causera souvent des ténèbres, des sécheresses, des faiblesses,&#13;
des dégoûts. Il faut tout supporter avec patience ; c’est faire&#13;
une bonne oraison. Dieu ne manque pas de nous aider dans&#13;
cet état pénible par des vues passagères mais pénétrantes, qui&#13;
nous font goûter notre bonheur. Dieu est un être pur et&#13;
spirituel ; il ne peut être possédé que par l’esprit.&#13;
4° Nos chers frères de Canada sont tous capables de ce&#13;
procédé spirituel. Plusieurs même y sont avancés ; ils n’ont&#13;
qu’à y être fidèles ; ils feront de grands progrès, s’ils joignent&#13;
aux travaux extérieurs les souffrances intérieures. Ces deux&#13;
peines réunies leur donneront plus tôt la mort intérieure que&#13;
toutes les douceurs et les lumières. La Providence les favorise&#13;
infiniment en les envoyant dans un pays sauvage travailler au&#13;
salut des âmes, mourir à eux-mêmes et se réunir à leur&#13;
dernière fin. Ce serait une illusion de croire qu’ils feraient&#13;
mieux en France, gagnant plus d’âmes, s’avançant dans&#13;
- 1163 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
l’oraison par de plus grands secours. Ce sont des tromperies&#13;
de la nature, qui ne peut se résoudre à mourir.&#13;
5° Dans tout ce qu’ils feront par devoir ou par dévotion, dans&#13;
toutes les croix qu’ils souffriront, intérieures ou extérieures,&#13;
qu’ils ne changent ni d’objet ni d’intention, qu’ils regardent&#13;
toutes choses comme des moyens pour aller à Dieu, qui est&#13;
leur centre. Jamais il ne faut s’arrêter dans le chemin ou dans&#13;
les moyens, mais uniquement dans le terme. L’intérieur et&#13;
l’extérieur ne composeront qu’un même tout et l’âme&#13;
simplement attentive ne sera point partagée à divers objets.&#13;
Plus les travaux et les peines seront grands, plus le moyen&#13;
d’aller à Dieu sera efficace, principalement les travaux&#13;
apostoliques.&#13;
6° Quand il plaira à Dieu d’adoucir l’amertume des&#13;
souffrances par des lumières et des consolations intérieures,&#13;
ne les rejetez pas comme opposées à la mort spirituelle ; mais&#13;
recevez-les comme des moyens nécessaires à votre faiblesse,&#13;
qui vous aideront à souffrir. Tout ce que la bonté de Dieu&#13;
accorde doit être reçu avec respect, humilité, reconnaissance&#13;
et dépendance. Tout nous conduit au Créateur, lumières et&#13;
ténèbres. Laissez-vous-en pénétrer. Benedicite lux et tenebrae 663.&#13;
7° Lorsque l’on éprouvera plus de facilité à raisonner ou à&#13;
produire des actes intérieurs, il faut en profiter. Ce n’est point&#13;
alors un effort de l’esprit humain. Il n’y a que ceux qui se font&#13;
par manière d’étude qui nuisent ; les autres entretiennent le&#13;
goût de l’âme pour chercher Dieu.&#13;
8° Les oraisons jaculatoires sont à peu près celles-ci : « Comme&#13;
le cerf altéré désire les sources d’eau vive, ainsi mon âme&#13;
désire Dieu. » Les créatures, même insensibles, tendent sans&#13;
cesse vers leur centre et les chrétiens s’en éloignent par&#13;
l’affection aux créatures. Il est impossible d’aller à la vie, qui&#13;
est Dieu, que par le détachement des créatures et la mort à soi663&#13;
&#13;
NDLR : « Bénissez la lumière et les ténèbres. » (Daniel 3:72)&#13;
- 1164 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
même. La conversion de toute la terre ne sert de rien si on ne&#13;
meurt à soi-même ; cette mort seule suffit, quand on ne&#13;
convertirait personne.&#13;
9° La lecture des livres spirituels, faite avec dégagement&#13;
d’esprit, nous donne du secours et de l’assurance. Un&#13;
voyageur demande souvent le chemin et l’assurance qu’on lui&#13;
en donne le tranquillise. Nous sommes des voyageurs qui&#13;
allons à Dieu ; les bons livres, les gens expérimentés nous&#13;
confirment dans notre voie. Mais il faut se borner à son degré ;&#13;
si on lit ce qui regarde le degré supérieur, ce ne doit être que&#13;
pour s’animer à y parvenir. La lecture spirituelle doit se faire&#13;
lentement, non en courant. Il n’est pas question de remplir,&#13;
mais de vider son esprit. Ce n’est point une étude. Il ne s’agit&#13;
que de connaître et de pratiquer le dénuement, ce qui se fait&#13;
mieux par la simple lumière de la foi et le détachement des&#13;
créatures que par la multitude des connaissances et des&#13;
raisonnements. La foi contient éminemment toutes ces vérités&#13;
particulières ; elle a une efficacité infinie pour élever l’âme à&#13;
Dieu.&#13;
Avis particuliers pour M. de Laval :&#13;
Dieu se fait assez connaître à lui pour son centre et sa dernière&#13;
fin. Il sait et il goûte qu’ayant Dieu, il a tout. Il doit donc&#13;
tendre continuellement vers lui au milieu des créatures, où le&#13;
péché nous a abîmés. Tous les états y sont propres ; c’est à&#13;
nous à y répondre.&#13;
Il doit s’abandonner à la conduite de Dieu et accepter l’emploi&#13;
que la Providence lui a donné sans l’avoir recherché. L’amour&#13;
de l’abandon contient celui de la pauvreté, du mépris, des&#13;
souffrances et un détachement général de tout ce qui n’est&#13;
point Dieu. Qu’il réussisse ou non dans sa charge, il doit être&#13;
toujours content. Ne cherchant que Dieu, il le trouvera&#13;
- 1165 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
partout ; rien ne pourra lui ôter la paix du cœur. Il faut être&#13;
attaché à Dieu plus qu’à l’œuvre de Dieu.&#13;
Il ne se servira que des moyens évangéliques qu’employaient&#13;
les apôtres, qui abhorraient la prudence humaine et ne&#13;
suivaient que la folie de la croix. Il vaut mieux n’être pas&#13;
évêque que d’être évêque humain. Ce serait un grand&#13;
malheur qu’un évêché empêchât d’être parfait chrétien. Que&#13;
la sagesse du monde y trouve à redire, qu’importe ! JésusChrist est la voie et le terme ; on ne le trouvera jamais qu’en&#13;
suivant ses maximes.&#13;
Il ne se détachera jamais de la pauvreté. S’il est obligé de&#13;
souffrir que l’évêché ait quelque revenu, il ne doit pas moins&#13;
conserver dans sa personne l’extérieur de la pauvreté et&#13;
demeurer uni à ses amis pauvres. On traitera cette conduite&#13;
de bassesse. Les souffrances de toute espèce, les dangers,&#13;
même de la mort, ne lui manqueront pas dans un pays où tout&#13;
le reste manque. Il doit conserver le même abandon dans les&#13;
ténèbres, les sécheresses et les autres épreuves de la vie&#13;
spirituelle.&#13;
Il y a dans notre âme une inclination essentielle de s’écouler&#13;
en Dieu. Il faut la laisser agir en liberté. La docilité à cette&#13;
tendance est la meilleure oraison ; il faut la réveiller et&#13;
l’entretenir par des temps réglés de prières et de lectures&#13;
spirituelles et des regards amoureux sur la vie et la passion de&#13;
Jésus-Christ. Mais quand on se sent touché, il faut se livrer à&#13;
ce mouvement et laisser ce que la méditation ou la lecture&#13;
auront inspiré de meilleur.&#13;
Il n’ouvrira son cœur pour sa direction ou sa conduite qu’à&#13;
ceux qu’il verra goûter cet esprit d’abandon. Il priera Dieu de&#13;
lui en faire trouver de ce caractère.&#13;
- 1166 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Il vaut mieux faire ses charités d’une manière secrète. La&#13;
sagesse humaine inspire de les faire avec éclat. Jésus-Christ&#13;
n’agissait pas ainsi. L’Église n’en tire pas plus de fruits. Si&#13;
Dieu les fait éclater, il faut le souffrir patiemment. Son pur&#13;
esprit porte à la petitesse, à la pauvreté d’habits, table,&#13;
logement, équipage ; il faut pourtant le nécessaire ; ce&#13;
malheureux corps y oblige.&#13;
Je ne lui conseille pas de quitter le lieu où Dieu l’a placé sous&#13;
prétexte de négocier à la Cour ou ailleurs les affaires de&#13;
l’Église ou de la colonie. Il y a bien du danger et de l’illusion.&#13;
Le mieux et le plus sûr est de négocier avec Dieu et de&#13;
demeurer fidèlement attaché à son devoir. Cherchez&#13;
premièrement le royaume de Dieu, le reste sera ajouté. Si ce&#13;
reste manque, Dieu veut nous sanctifier par la pauvreté,&#13;
l’humiliation et la souffrance 664.&#13;
Cette règle ne fut pas observée. Le zèle fit faire à M. de Laval bien des&#13;
voyages et enfin, une démission de son évêché, dont les succès ne furent&#13;
pas heureux. Ses successeurs ne l’ont pas mieux gardée. Ils n’observèrent&#13;
pas non plus celle de la pauvreté. La communauté de biens fut abolie et l’on&#13;
procura des abbayes à l’évêché, qui a toujours été pauvre 665.&#13;
Cependant, M. de Bernières mourut le 8 mai 1659. L’abrégé de cet&#13;
événement ne sera pas un épisode déplacé dans la vie d’un prélat qui lui&#13;
était si attaché et si redevable. Ce saint homme en avait été averti trois ans&#13;
auparavant par la sœur Marie, pour laquelle il avait, comme tout le monde,&#13;
une vénération singulière. Cette sainte fille, quelque temps avant sa mort,&#13;
lui découvrit les choses les plus secrètes et lui annonça son décès sous l’idée&#13;
d’un calice qui le lui adoucirait et lui recommanda l’Ermitage, l’appelant le&#13;
664&#13;
NDLR : Bien que le sens représente bien l’esprit de Jean de Bernières, nous ne savons pas si ce&#13;
texte est une transcription d’une lettre adressée à François de Laval, qui dans ce cas n’a pas été&#13;
retrouvée, ou une transposition de témoignages que La Tour a reçus pendant son séjour au Canada.&#13;
665&#13;
NDLR : La communauté des biens a été abolie sous Mgr de Saint-Vallier en 1692.&#13;
&#13;
- 1167 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
jardin où, comme l’épouse des Cantiques, Dieu conservait ses fruits. Elle&#13;
mourut à Coutances le 25 février 1650. On en rapporte plusieurs miracles.&#13;
Son corps, transféré par arrêt du Parlement de Rouen dans l’église du&#13;
P. Eudes, fut trouvé tout entier exhalant une odeur agréable. M. de Laval,&#13;
qui l’avait plusieurs fois visitée et qui était allé en pèlerinage à son tombeau,&#13;
porta en Canada et conserva toute sa vie avec respect quelqu’une de ses&#13;
reliques qu’il avait obtenues 666.&#13;
M. de Bernières fut encore instruit par Dieu même de sa mort prochaine. Il&#13;
le fit souvent connaître à ses disciples. Il découvrit à chacun d’eux ce qui&#13;
devait lui arriver dans la suite et qui lui arriva en effet. « Je me vois, leur&#13;
dit-il, investi de la lumière de la divinité comme du soleil à midi et je sens&#13;
de si violents transports d’amour divin que je m’étonne comment je puis&#13;
vivre ». C’est sans doute dans quelqu’un de ces transports qu’il mourut&#13;
subitement sur les 9 heures du soir. Il avait communié le matin, comme il le&#13;
faisait tous les jours, gagné l’indulgence dans l’église du Croisic et assisté à&#13;
la Congrégation. Il parut tout à coup d’une gaieté extraordinaire.&#13;
Quelqu’un lui en demanda la raison. « Ah ! dit-il, ma joie serait bien plus&#13;
grande, si je n’avais pas d’amour-propre. » Il fut à la récréation et à la prière&#13;
du soir à l’ordinaire. À peine fut-il retiré dans sa chambre pour se coucher&#13;
que son valet se mit à crier. On y accourut ; on le trouva assis à terre près de&#13;
son lit, les yeux levés vers le ciel et rendant les derniers soupirs.&#13;
Après la mort de M. de Bernières, ses élèves continuèrent à vivre dans son&#13;
Ermitage. Il leur avait fort recommandé de n’avoir aucun commerce avec&#13;
les jansénistes, qu’il appelait les ennemis de Jésus-Christ. Et pour mieux&#13;
marquer ses sentiments, il s’était fait faire un cachet, où autour d’un crucifix&#13;
étaient gravés ces mots : « Dieu est mort pour tous ». Il avait même prédit&#13;
qu’on en aurait beaucoup à souffrir ; ce qui arriva bientôt après.&#13;
Il s’agit de Marie Des Vallées, « la sainte âme de Coutances » (1590-1655), femme de très grande&#13;
piété dirigée par saint Jean Eudes, qui eut une certaine influence sur la vie mystique de son époque.&#13;
Comme le souligne ici de La Tour, le Serviteur de Dieu alla plusieurs fois la rencontrer. Selon le&#13;
chanoine Eugène Lelièvre, de Coutances, (note personnelle qu’il nous a communiquée le 24 janvier&#13;
1936), le jeune abbé de Laval et ses compagnons choisis en 1653 comme vicaires apostoliques en&#13;
Extrême-Orient auraient demandé conseil à Marie Des Vallées avant d’accepter une telle charge.&#13;
666&#13;
&#13;
- 1168 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
M. Dudouyt, un des plus zélés, étant tombé dangereusement malade en&#13;
1660, il fallut lui administrer le viatique ; mais son curé étant soupçonné de&#13;
jansénisme, il refusa de le recevoir de sa main. Ses confrères se déchaînèrent&#13;
ouvertement pour le justifier. Ce cachet, ce refus, ces discours firent un&#13;
grand éclat, irritèrent le parti et attirèrent tant de persécutions sur les&#13;
ermites qu’il fallut se séparer. La plupart allèrent à Paris se réunir, sous la&#13;
conduite du P. Bagot, à la Congrégation, d’abord logée à la rue Coupeau,&#13;
depuis transférée à la rue Saint-Dominique.&#13;
M. des Maizerets, après avoir fait son séminaire aux Bons Enfants et reçu&#13;
les ordres sacrés des mains de M. d’Héliopolis, y revint aussi. M. Dudouyt,&#13;
son ami, y retomba malade et prit la résolution d’aller en Canada. À peine&#13;
fut-il guéri qu’il partit pour La Rochelle et s’embarqua au mois d’août 1662.&#13;
M. Morel était parti en 1661 avec Denis Roberge, élève et domestique de&#13;
M. de Bernières, qui, plein de l’esprit de son maître, alla par zèle en Canada&#13;
se donner à M. de Laval et le servit jusqu’à sa mort.&#13;
La ferveur se soutenait toujours parmi les congréganistes. Plusieurs&#13;
l’avaient portée jusqu’à s’assembler chaque semaine en particulier, pour se&#13;
déclarer entre eux leurs pensées les plus secrètes et leurs fautes les plus&#13;
humiliantes et se donner mutuellement des pénitences, afin d’acquérir une&#13;
profonde humilité ; ce qui produisit de très bons effets. Mais à force d’y&#13;
avoir reçu du monde, le relâchement s’y glissa. L’association se rompit.&#13;
Trois mois après, il s’en forma une autre moins nombreuse et mieux choisie.&#13;
On loua une maison à Saint-Étienne-des-Grès et on y reprit les mêmes&#13;
exercices avec une nouvelle ferveur.&#13;
C’est alors qu’elle forma le Séminaire des Missions étrangères, dont celui&#13;
de Québec est une dépendance. Le grand objet de l’assemblée du P. Bagot&#13;
et de l’Ermitage de M. de Bernières, qui étaient très unis, était la conversion&#13;
des idolâtres du Nouveau-Monde. Le célèbre P. de Rhodes, jésuite, étant&#13;
venu des Indes à Paris en 1654 chercher des ouvriers évangéliques,&#13;
s’introduisit dans l’assemblée par le moyen du P. Bagot. (Ses relations, ses&#13;
exhortations, ses entretiens, son exemple y allumèrent un si grand zèle que&#13;
- 1169 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
tous résolurent de se consacrer à cette bonne œuvre). Le P. de Rhodes obtint&#13;
à Rome des lettres de vicaire apostolique pour plusieurs. MM. les évêques&#13;
d’Héliopolis, Métellopolis et Bérythe et nombre de prêtres partirent pour&#13;
les Indes ; M. de Laval, évêque de Pétrée, pour le Canada 667.&#13;
Cette œuvre n’aurait pas subsisté longtemps, si l’on n’eût formé en France&#13;
un corps durable, qui fût comme la source des ouvriers évangéliques, c’està-dire qui eût soin de rassembler ces sujets, les élever, les envoyer en Orient&#13;
et leur procurer des secours, comme la Congrégation de la propagande à&#13;
Rome. M. de Meurs fut le plus ardent. Il engagea plusieurs autres à mettre&#13;
leurs biens en commun et à établir une communauté ou séminaire dans ce&#13;
goût. C’est ce qu’on appelle le Séminaire des Missions étrangères. Un carme&#13;
déchaussé, évêque de Babylone, donna l’emplacement et la maison qu’il&#13;
&#13;
Ce n’est pas en 1654, mais en 1652 que le P. de Rhodes vint à Paris et entra en relation avec les&#13;
jeunes de la Société des Bons Amis. On raconte qu’après la première réunion qu’il eut avec ceuxci, profondément impressionné par la ferveur spirituelle et la générosité apostolique de ces jeunes,&#13;
le P. de Rhodes aurait dit : « J’ai trouvé dans ces jeunes gens des dispositions plus parfaites que&#13;
celles que j’ai cherchées dans les séminaires et autres lieux d’Europe. » (Mathieu, Vie de HenriMarie Boudon, Besançon, 1837, p. 54)&#13;
667&#13;
&#13;
L’année suivante, en 1653, il demanda à Rome la nomination comme vicaires apostoliques pour&#13;
trois prêtres des Bons Amis, à savoir l’abbé Pallu, l’abbé Piquet et le Serviteur de Dieu, qui était&#13;
destiné au Tonkin. Il est bon ici de rappeler qu’en cette occasion, le Conseil de conscience de la&#13;
reine régente Anne d’Autriche, dont saint Vincent de Paul était l’âme, même s’il n’en était pas le&#13;
chef, fit parvenir à Rome deux suppliques, dans lesquelles on faisait de grands éloges des trois&#13;
candidats, éloges qui méritent d’être connus. Dans celle de juillet 1653, signée par saint Vincent et&#13;
les autres, on lit : « Nous avons à Paris plusieurs prêtres séculiers qui seraient capables de remplir&#13;
ces fonctions. Ils sont recommandables par la pureté de leurs mœurs, leur zèle, leur prudence et leur&#13;
doctrine ; ils sont prêts du reste à subir l’examen des personnes que Votre Sainteté voudrait bien&#13;
désigner. » (Archives des Missions étrangères de Paris, vol. 114, p. 434.)&#13;
Envoyé quelques mois plus tard, le second éloge, par les mêmes auteurs, est encore plus explicite :&#13;
« Nous avons ici sous la main trois prêtres choisis, d’une probité connue, tout dévoués à cette cause&#13;
si dure et si difficile, prêts à entreprendre pour le Christ ce voyage plein de dangers et à travailler&#13;
toute leur vie sans répit dans ces royaumes lointains. » (Coste, Saint Vincent de Paul,&#13;
Correspondance, Entretiens, Documents, Paris, 1920-1925, vol. 5, p. 11.) Cependant, ce projet fut&#13;
contesté par le Portugal, qui avait un certain monopole sur les missions de cette région et n’eut pas&#13;
de suite. Ce n’est qu’en 1658 que deux évêques français furent envoyés en Extrême-Orient,&#13;
Mgr François Pallu, comme vicaire apostolique du Tonkin, et Mgr Lambert de La Motte, comme&#13;
vicaire apostolique du Siam. Entre-temps, le Serviteur de Dieu fut nommé vicaire apostolique du&#13;
Canada sur demande du roi Louis XIV (Doc. IX) et non pas du P. de Rhodes, comme semble&#13;
l’affirmer ici l’abbé de La Tour.&#13;
- 1170 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
possédait, rue du Bac, faubourg Saint-Germain. Plusieurs personnes y&#13;
firent des dons considérables ; on y unit des bénéfices. Les deux puissances&#13;
donnèrent authentiquement leur approbation 668. C’est depuis longtemps&#13;
une maison des plus distinguées de Paris, qui ne cesse de faire de très&#13;
grands biens dans les Indes par les bons ouvriers que tous les ans elle y&#13;
envoie.&#13;
Après cette digression curieuse et édifiante et nécessaire dans la vie de&#13;
M. de Laval, reprenons la suite de son histoire.&#13;
Rien ne représente mieux la primitive Église que la vie de ce petit clergé. Ils&#13;
n’étaient tous qu’un cœur et qu’une âme sous la conduite de M. de Laval et&#13;
ne faisaient qu’une famille dont il était le père. Biens de patrimoine,&#13;
bénéfices simples, pensions de la Cour, présents et honoraires, ils mirent&#13;
tout en commun. M. des Maizerets, supérieur du Séminaire, écrivant plus&#13;
de 20 ans après à M. le marquis de Denonville, gouverneur 669, lui parlait en&#13;
ces termes : « Le prélat ne faisait rien de considérable que de concert avec&#13;
nous tous. Nos biens étaient communs avec les siens. Je n’ai jamais vu faire&#13;
parmi nous aucune distinction du pauvre et du riche ni examiner la&#13;
naissance et la condition de personne, nous regardant tous comme frères.&#13;
Nous avons aussi toujours conservé une parfaite union avec les Jésuites et&#13;
le Séminaire de Saint-Sulpice, qui n’a jamais pu être altérée. M. de Laval n’a&#13;
rien négligé pour perpétuer dans son Église cet esprit de charité ; il y a&#13;
réussi et pendant tout le temps de son épiscopat, l’union a été parfaite. »&#13;
C’est à cette union étroite que la religion fut redevable des rapides progrès&#13;
qu’elle fit en Canada et le clergé, de la piété édifiante qui faisait son&#13;
caractère. « Tous les ecclésiastiques, chanoines, curé, Séminaire ne&#13;
composent qu’une communauté, dont la sainteté attire le respect de tout le&#13;
&#13;
L’approbation pontificale fut donnée par le nonce de Paris, Mgr Flavio Chigi, le 11 août 1664.&#13;
Le Séminaire de Québec, peu après uni à celui de Paris, fut ainsi indirectement approuvé par le&#13;
Saint-Siège.&#13;
669&#13;
Cette lettre fut écrite au moins 30 ans après la fondation du Séminaire de Québec, puisque&#13;
M. de Denonville fut gouverneur du Canada de 1685 à 1689 (Lettre du 12 octobre 1691, conservée&#13;
au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres P, no 110a).&#13;
668&#13;
&#13;
- 1171 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
monde. » Ainsi parle M. de Saint-Vallier, second évêque, dans sa relation&#13;
de 1687, imprimée à Paris 670.&#13;
Ce que la piété avait d’abord inspiré, l’état de cette Église naissante le&#13;
rendait absolument nécessaire. Elle n’avait ni assez de biens ni assez&#13;
d’ouvriers pour faire des corps séparés et laisser les particuliers&#13;
indépendants les uns des autres. En ne formant qu’un même corps, on&#13;
économise les biens, on partage les charges, on s’entraide, on se soulage, on&#13;
se remplace. D’ailleurs, les ecclésiastiques, que le zèle attirait dans ces pays&#13;
lointains et dont le plus grand nombre étaient pauvres, avaient à craindre&#13;
de manquer du nécessaire, surtout dans un âge avancé et un état&#13;
d’infirmité.&#13;
Les paroisses dont on les chargeait, quoique très vastes, à peine habitées par&#13;
quelques familles dispersées çà et là ne fournissaient aucun revenu. On y&#13;
était, par l’éloignement et la rigueur de l’hiver, hors de commerce avec&#13;
Québec pour se procurer ses besoins et encore plus hors de portée de faire&#13;
rien venir de France, d’où cependant on tirait alors presque toutes les&#13;
commodités de la vie ; embarras encore plus grand dans les infirmités que&#13;
l’âpreté du climat insupportable à des étrangers et les travaux immenses&#13;
que la rareté des prêtres obligeait à soutenir rendaient ordinaires et&#13;
inévitables. Un missionnaire était souvent chargé de plusieurs paroisses et&#13;
avait des 20 et 30 lieues de pays à desservir et par des chemins en tout temps&#13;
difficiles. En été, il faut ramer sur la rivière, tout missionnaire doit être&#13;
matelot ; en hiver, marcher sur la neige, en raquettes, portant sa chapelle,&#13;
son paquet et ses provisions. Ces inconvénients arrêtaient ou faisaient périr&#13;
grand nombre de bons ouvriers. M. de Laval était trop bon et trop équitable&#13;
pour n’en être pas touché et s’efforcer d’y remédier.&#13;
Il voulut que tout le clergé ne fît qu’une famille, que la maison de l’évêque&#13;
fût la maison commune de tous les ecclésiastiques et le centre de tout le&#13;
temporel comme du spirituel. Il s’engagea de fournir à tous tout ce qui leur&#13;
670&#13;
&#13;
État présent de l’Église et de la Colonie française dans la Nouvelle-France, Paris, 1688.&#13;
- 1172 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
serait nécessaire. Il voulut que quand les affaires, les maladies, la piété les&#13;
attireraient à Québec, ils trouvassent chez lui un asile toujours ouvert, qu’ils&#13;
y vinrent même chaque année faire une retraite et que, quand l’âge ou les&#13;
infirmités les mettraient hors d’état de servir, ils y eussent une ressource&#13;
assurée, la nourriture et l’entretien jusqu’à la fin de leurs jours et des prières&#13;
après leur mort. Par ce moyen, les missionnaires, déchargés de toute&#13;
sollicitude temporelle, se livraient au travail avec plaisir et sans réserve. Il&#13;
exécuta ce pieux dessein jusqu’à l’établissement de son Séminaire. Dès qu’il&#13;
l’eût bâti, il lui donna tous ses biens, s’y consacra, s’y renferma lui-même et&#13;
le chargea de maintenir cette union et de remplir et de perpétuer ses vues ;&#13;
ce qui subsista jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement changeât la face&#13;
des choses. Mais comme le Séminaire n’était pas assez riche pour fournir à&#13;
tant de dépenses, qu’il était même inutile et dangereux de laisser aux&#13;
missionnaires la liberté de thésauriser, il voulut que chacun remît à la masse&#13;
commune tout ce qu’il retirerait de sa paroisse, après avoir prélevé les&#13;
dépenses nécessaires et les aumônes convenables et qu’il en rendît compte&#13;
de temps en temps au supérieur. À cet effet, il unit au Séminaire toutes les&#13;
dîmes, toutes les cures de la campagne, le chapitre et la cure de Québec. Et&#13;
pour mieux conserver le premier esprit, il ordonna que toutes les cures&#13;
seraient appelées des missions et les curés, des missionnaires.&#13;
Cet esprit de pauvreté, inspiré par M. de Bernières, était si grand dans&#13;
l’évêque et dans tout son clergé qu’on fut longtemps incertain si l’on ferait&#13;
aucune acquisition dans ce pays, regardant comme plus parfait et plus&#13;
apostolique de s’abandonner à la Providence. Cependant, comme on se&#13;
proposait d’élever gratuitement la jeunesse, qu’on ne pouvait qu’à grands&#13;
frais faire venir des prêtres de France, que les Jésuites avaient des fonds&#13;
considérables, qu’il ne convient pas au clergé de mendier, il fut résolu, après&#13;
bien des délibérations, qu’on ferait des acquisitions suffisantes pour&#13;
l’entretien honnête du Séminaire, mais qu’on ne se départirait jamais de la&#13;
désappropriation, qui laisse tout en commun entre les mains du supérieur,&#13;
comme on s’y était engagé.&#13;
&#13;
- 1173 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Cet ordre, qui dans la suite des temps a changé, subsiste encore dans une&#13;
vingtaine de paroisses du district de Montréal, desservies par&#13;
MM. de Saint-Sulpice. Chacun des missionnaires rend compte de son&#13;
revenu au Séminaire et en retire son entretien. La sage fermeté de&#13;
MM. Leschassier et Pelletier, supérieurs du Séminaire de Paris, l’ont&#13;
inviolablement conservé contre les efforts qu’on a faits plus d’une fois pour&#13;
y porter atteinte. Ils ont mieux aimé retrancher de leur corps les particuliers&#13;
qui n’ont pas voulu se soumettre à cette dépendance. Et ce qu’il y a de&#13;
singulier, M. de Saint-Vallier, qui a favorisé plusieurs fois ceux qui&#13;
voulaient se faire fixer dans ces cures, qui même a séparé toutes les autres&#13;
du Séminaire de Québec, a cependant voulu unir juridiquement toutes les&#13;
cures du gouvernement de Montréal au Séminaire de Saint-Sulpice ; ce que&#13;
la Cour n’a pas voulu agréer, pour ne pas priver les évêques de la collation&#13;
de ces cures.&#13;
M. de Laval avait encore d’autres vues profondes de sagesse. En établissant&#13;
cette espèce de gouvernement, il entretenait beaucoup mieux l’union et la&#13;
dépendance, il contenait bien mieux les particuliers par les liens de la&#13;
subordination immédiate aux supérieurs subalternes, il était instruit plus&#13;
exactement de l’état et des besoins des paroisses par la voix légitime des&#13;
pasteurs, il changeait plus facilement ceux qui pouvaient devenir inutiles&#13;
dans un endroit ou être plus utiles dans quelque autre, il ranimait leur&#13;
ferveur en leur faisant faire tous les ans et leur rendant si faciles les exercices&#13;
de la retraite, ce que tant d’évêques de France se font un devoir de pratiquer&#13;
dans leurs diocèses et il mettait tous les prêtres à portée de lui ouvrir leur&#13;
cœur et de recevoir ses avis. La sagesse et la charité présidaient à toutes les&#13;
démarches de ce digne successeur des apôtres.&#13;
Jamais évêque n’a plus aimé son clergé, ni n’en a été plus tendrement aimé&#13;
que M. de Laval. C’était un véritable père. La joie éclatait sur son visage&#13;
lorsque ses curés venaient loger chez lui avec la confiance d’un enfant qui&#13;
entre dans la maison paternelle. Il voyait ces hommes que le climat et le&#13;
travail avaient exténués et qui portaient sur leurs visages le témoignage&#13;
écrit de leur zèle. Il courait à eux, il les embrassait et les comblait de caresses,&#13;
- 1174 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
entrait dans le plus menu détail de leurs peines et s’épuisait pour les&#13;
soulager dans leurs besoins. Il était surtout enchanté lorsqu’ils se&#13;
présentaient à lui avec une vieille soutane toute déchirée, un méchant&#13;
bonnet de matelot, de gros souliers avec des grappins, en un mot comme&#13;
des Sauvages ; et alors, il les reconnaissait pour ses véritables enfants,&#13;
dégagés de toutes les superfluités de la vie, négligeant ce vain extérieur&#13;
pour ne s’occuper que des fonctions apostoliques. Le prélat leur servait de&#13;
modèle ; jamais personne n’a plus négligé les puériles affectations ; il&#13;
donnait presque dans l’excès.&#13;
Croirait-on que, par tous ces arrangements, M. de Laval avait en vue de&#13;
consulter son clergé et de n’agir que de concert avec lui, quoique par ses&#13;
lumières supérieures, son expérience, ses travaux, ses vertus, sa naissance,&#13;
sa dignité, il fût un oracle dont tout le clergé respectait les vues ? Jamais&#13;
personne ne s’est plus défié de lui-même ni n’a demandé avec plus&#13;
d’humilité, ni suivi avec plus de docilité les avis de ses inférieurs et de ses&#13;
disciples. Son premier principe fut de suivre dans le gouvernement l’esprit&#13;
de Jésus-Christ, marqué dans ces paroles de l’Évangile : « Les rois dominent&#13;
les peuples en souverains, mais pour vous, que le plus grand se fasse le plus&#13;
petit » ; et dans celui du prince des apôtres : « Gardez-vous de dominer sur&#13;
le clergé, mais rendez-vous de bon cœur la forme de votre troupeau » ; et&#13;
dans ces autres du Sage : « Vous a-t-on établi supérieur, ne vous en élevez&#13;
pas, mais soyez parmi vos inférieurs comme l’un d’entre eux ». Il avait des&#13;
assemblées fréquentes avec ses grands-vicaires, les principaux de son&#13;
chapitre, les supérieurs des communautés et les religieux distingués par le&#13;
mérite et la vertu. Point d’affaire importante qu’il n’y proposât. Dans toutes&#13;
celles des paroisses, les pasteurs étaient principalement consultés ; il les&#13;
appelait ou leur écrivait exactement avant que de rien faire chez eux ou de&#13;
rien accorder à leurs paroissiens. C’était moins un supérieur qu’un confrère,&#13;
qui cherchait le bien avec eux et ne le cherchait que dans la vue du bien&#13;
même. Les plus grands évêques de France suivent cet usage dans leurs&#13;
diocèses. Ils tiennent chaque semaine des congrégations, où se traitent&#13;
toutes les affaires ; c’est ce que l’Église observe dans les conciles et le pape&#13;
dans le Sacré collège. Aussi jamais prélat ne fut, ni mieux obéi, ni mieux&#13;
- 1175 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
secondé que M. de Laval, parce que bien loin d’avoir cette jalousie de métier&#13;
qui veut tout faire, qui craint le mérite, qui ne goûte que le despotisme,&#13;
jamais prélat ne témoigna à ses inférieurs plus d’estime et plus de confiance,&#13;
ne chercha plus à faire valoir leur zèle et leurs talents, n’eut moins d’envie&#13;
de commander et ne commanda moins en effet.&#13;
Pour établir solidement ce bel ordre, il voulut lier tous les membres du&#13;
clergé par l’honneur et la religion, en exigeant leur parole et leur signature&#13;
et leur faisant faire une espèce de vœu, qu’il appela de désappropriation,&#13;
qui, sans avoir l’étendue ni la force d’un vœu de pauvreté religieuse, en a&#13;
les effets et sans ôter la capacité d’acquérir et la propriété des biens par une&#13;
mort civile, comme le vœu solennel, rend à peu près également dépendant&#13;
des supérieurs et donne devant Dieu un pareil mérite. Il voulut bien&#13;
s’engager lui-même, se mit à la tête de tout, vivant en commun d’abord chez&#13;
lui et ensuite dans le Séminaire ; et quoique maître de tout et par le suffrage&#13;
de tous les cœurs et par ses bienfaits, puisqu’il avait tout donné à son clergé,&#13;
il n’agissait qu’avec une sorte de dépendance du supérieur du Séminaire,&#13;
dont il demandait toujours les avis ou plutôt, pour parler selon son idée,&#13;
auquel il demandait constamment permission. Cette union étroite parut&#13;
suspecte à son successeur, qui changea tout dans la suite. Mais M. de Laval&#13;
ne s’en écarta jamais jusqu’à la mort, malgré les désagréments qu’il eut à&#13;
essuyer pendant le reste de sa vie.&#13;
Cet évêque ne se borna pas à l’union des membres du clergé ; il voulut y&#13;
faire entrer toutes les communautés religieuses de son diocèse. Rien n’était&#13;
plus sage. Il y a communément peu d’intelligence entre le clergé et les&#13;
religieux, à quelques particuliers près, pleins de l’esprit de leur état et qu’un&#13;
vrai mérite rend supérieur à ces faiblesses, qui d’un côté savent respecter&#13;
l’ordre hiérarchique et de l’autre rendre justice aux talents et à la vertu et&#13;
employer des ouvriers utiles. Il est vrai qu’en général ces deux états, peu&#13;
prévenus l’un pour l’autre, se regardent mutuellement avec défiance. Quels&#13;
biens ne feraient-ils pas si, toujours unis, il ne régnait entre eux qu’une&#13;
émulation de zèle et de charité ? Ce malheur n’était pas à craindre en&#13;
Canada ; il n’y avait alors dans le diocèse que des jésuites et des MM. de&#13;
- 1176 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Saint-Sulpice, avec lesquels les Missions étrangères avaient toujours vécu&#13;
dans une parfaite union. Mais le vicaire apostolique, portant ses vues dans&#13;
l’avenir jugea à propos de la cimenter. Pour mieux prévenir les divisions&#13;
que les événements pourraient faire naître, il fit passer en 1665 un acte&#13;
d’association entre ces deux communautés et le Séminaire 671, (il est inscrit&#13;
dans les registres respectifs et l’original signé déposé dans les archives), par&#13;
lequel on se promettait de vivre toujours comme frères, en s’engageant de&#13;
dire un certain nombre de messes ou de prières chaque année pour chacun&#13;
de ceux qui viendraient à mourir, à se visiter avec cordialité et à exercer&#13;
l’hospitalité les uns envers les autres (ce qui subsiste encore entre les deux&#13;
Séminaires), à aller les uns chez les autres faire l’office et prêcher aux&#13;
principales fêtes des patrons et chaque prêtre y dire la messe à l’intention&#13;
du corps (ce qui s’observe en partie), à administrer les sacrements en&#13;
commun dans la cathédrale (ce qui est absolument tombé). Mais j’ai vu les&#13;
Sulpiciens et les Jésuites au chœur de la cathédrale pendant l’office occuper&#13;
les premières stalles après les dignités, avant tous les chanoines.&#13;
Les Récollets n’étaient point alors en Canada et n’y vinrent que plusieurs&#13;
années après 672. Ils ne sont point entrés dans cette association et il n’y a&#13;
jamais eu la même union entre eux, les Jésuites et le clergé. Ils ont eu même&#13;
des démêlés considérables avec les deux premiers évêques, qui ont été&#13;
heureusement terminés. On les a cependant admis à prêcher à leur tour&#13;
l’avent, le carême et les dominicales à la paroisse, de trois en trois ans,&#13;
alternativement avec le clergé et les Jésuites ; ce qui n’a guère manqué&#13;
jusqu’à présent. Les religieuses entrèrent à leur manière dans l’association ;&#13;
on fit avec elles union de prières. Les ecclésiastiques et les Jésuites&#13;
promirent de leur fournir gratuitement des supérieurs, des confesseurs et&#13;
des chapelains ; ce qui a maintenu parmi elles l’union et la régularité.&#13;
Cependant, à Montréal, les MM. de Saint-Sulpice, qui les dirigent, n’ont&#13;
souffert chez elles à aucun titre, ni religieux, ni ecclésiastique que de leur&#13;
671&#13;
L’union spirituelle du Séminaire de Québec avec les Jésuites fut signée le 21 décembre 1665.&#13;
L’union avec le Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal ne se fit qu’en 1688. Notons que cette union&#13;
spirituelle avec Saint-Sulpice existe encore aujourd’hui.&#13;
672&#13;
NDLR : Le roi n’accorda des lettres patentes aux Récollets pour leur retour au Canada qu’en&#13;
1670.&#13;
&#13;
- 1177 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
corps. Mais à Québec, la conduite des évêques a fort varié selon les&#13;
sollicitations ou les conjonctures du temps. Les ecclésiastiques, les Jésuites&#13;
et les Récollets y ont été tantôt admis, tantôt exclus ; ce qui a répandu dans&#13;
ces maisons une semence de division qui s’arrachera difficilement et qui,&#13;
sous le règne de MM. de Saint-Vallier et Dosquet, a causé de l’embarras.&#13;
LIVRE TROISIÈME&#13;
&#13;
Livre troisième&#13;
Après avoir donné à son clergé séculier et régulier ces témoignages de sa&#13;
charité et tâché d’en rendre les liens indissolubles, l’évêque de Pétrée y&#13;
ajouta en particulier, en faveur des Jésuites, un monument authentique de&#13;
sa reconnaissance. Il voulut qu’à perpétuité la paroisse de Québec allât&#13;
processionnellement avec le clergé faire l’office dans leur église le jour de la&#13;
Circoncision, le jour de Saint-François-Xavier, qui est une fête chômée dans&#13;
le diocèse, et le jour de Saint-Ignace, lorsque sa fête tombe un dimanche. Le&#13;
clergé, qui leur était dévoué, s’y soumit avec joie. La colonie y applaudit et&#13;
se rendit en foule au collège. L’ordonnance de l’évêque fut insérée dans les&#13;
registres de l’évêché et dans ceux de la paroisse et les marguilliers en&#13;
passèrent un acte avec le recteur et le syndic des Jésuites. Voici&#13;
l’ordonnance.&#13;
François de Laval, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège&#13;
apostolique, évêque de Pétrée, vicaire apostolique en toute&#13;
l’étendue du Canada et pays adjacents, à tous ceux qui ces&#13;
présentes lettres verront, salut.&#13;
Après avoir connu et considéré les grands services rendus à&#13;
Dieu par les pères de la Compagnie de Jésus en toutes ces&#13;
contrées, tant au regard de la conversion des Sauvages que de&#13;
la culture de la colonie française, spécialement par le soin&#13;
charitable qu’ils ont apporté en l’administration de la paroisse&#13;
tant pour le temporel que pour le spirituel pendant l’espace&#13;
d’environ 30 ans, de laquelle administration nous les aurions&#13;
- 1178 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
déchargés lorsque nous sommes arrivé en ce pays, nous avons&#13;
jugé juste et raisonnable qu’il y ait à jamais quelque marque&#13;
de reconnaissance de la part de la paroisse de Québec envers&#13;
lesdits pères de la Compagnie de Jésus et à cette fin nous&#13;
avons ordonné que tous les ans, au 1er jour de janvier, qu’on&#13;
célèbre la fête de la Circoncision et du saint nom de Jésus, qui&#13;
est le titre et le patron de leur église de Québec aussi bien que&#13;
de leur Compagnie, on s’assemblerait à la paroisse à l’heure&#13;
ordinaire des vêpres, d’où le curé avec le clergé et le peuple&#13;
iront processionnellement à l’église desdits pères pour y&#13;
chanter les vêpres qu’ils auraient dû dire à la paroisse et après&#13;
le sermon et le salut, on retournerait processionnellement à&#13;
ladite paroisse.&#13;
Nous avons de plus ordonné que le même sera fait le&#13;
3 décembre, fête de Saint-François-Xavier, et le 30 juillet 673,&#13;
jour de la fête de leur glorieux patriarche Saint-Ignace,&#13;
lorsqu’elle tomberait un dimanche, et que le peuple en serait&#13;
averti le dimanche d’auparavant et exhorté de contribuer le&#13;
plus qu’il lui serait possible à cette reconnaissance, voulant&#13;
que ladite ordonnance soit insérée dans les registres de la&#13;
paroisse et que copie en soit donnée aux pères de la&#13;
Compagnie de Jésus. Donné en notre demeure ordinaire de&#13;
Québec, sous notre sceau et seing et celui de notre secrétaire,&#13;
le 15 janvier 1660. Signé : François, évêque de Pétrée 674.&#13;
&#13;
Il s’agit évidemment du 31 juillet.&#13;
Le texte de ce décret tel que le reproduit de La Tour est légèrement différent de celui reproduit&#13;
dans les Mandements des évêques de Québec (vol. 1, Québec, 1887, p. 13-14), d’après les Archives&#13;
de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 7. Cependant, il s’agit de différences purement verbales&#13;
de peu d’importance.&#13;
673&#13;
674&#13;
&#13;
- 1179 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Lorsque le chapitre fut établi 675 20 ans après 676, comme il se trouva chargé&#13;
de la cure, il continua les processions en qualité de curé. La paroisse fut&#13;
ensuite séparée et unie au Séminaire, mais cette séparation ne changea rien&#13;
dans la cérémonie. Ce n’était qu’une même Église, un même corps et un&#13;
même esprit. Le chapitre y alla toujours, avec cette différence que ce n’était&#13;
plus le curé, mais la première dignité, qui par honneur faisait l’office. Il fut&#13;
même pris une délibération dans le chapitre général du 7 mai 1685, qui se&#13;
trouve dans les registres du chapitre, p. 18, par laquelle il est arrêté qu’on&#13;
suivrait cet usage jusqu’à ce que la cathédrale et la paroisse seraient&#13;
entièrement séparées. M. de Saint-Vallier eut beau dans la suite séparer&#13;
tous les divers corps du clergé, le souvenir des services que les Jésuites&#13;
avaient rendus et rendaient encore à la colonie, était trop présent pour&#13;
éprouver la même vicissitude. Les choses demeurèrent dans cet état sans&#13;
interruption et sans trouble, jusqu’après la mort de M. de Saint-Vallier.&#13;
La vacance du siège épiscopal, contestée par les uns, parce qu’il y avait un&#13;
coadjuteur en France et prétendue par les autres, parce que ce coadjuteur&#13;
n’avait pas pris possession canonique, fit naître les plus vives contestations&#13;
entre le gouverneur et l’intendant, le chapitre et les Jésuites. Les chanoines,&#13;
irrités, et d’ailleurs dans des sentiments pour la Société bien différents de&#13;
ceux de leurs prédécesseurs depuis les démêlés sur les cultes chinois et les&#13;
affaires du jansénisme qui, comme nous avons déjà dit, avaient passé en&#13;
Canada, saisirent cette occasion pour montrer leur mécontentement et en&#13;
1728, supprimèrent un monument si glorieux aux Jésuites. M. Dosquet,&#13;
évêque de Samos, vint en Canada l’année suivante en qualité de coadjuteur&#13;
de M. de Mornay, successeur de M. de Saint-Vallier. Il blâma la conduite du&#13;
chapitre et voulut rétablir l’ancien usage, qui lui paraissait juste. Il rendit&#13;
une ordonnance à cet effet, qui par son ordre fut insérée dans les registres&#13;
du chapitre et dans ceux de la paroisse et dont un original authentique signé&#13;
de lui fut donné aux Jésuites. Voici l’ordonnance :&#13;
&#13;
NDLR : Le chapitre fut officiellement établi le 12 novembre 1684.&#13;
Dans cette dernière partie du Livre III, l’abbé de La Tour parle d’événements qui n’ont aucune&#13;
relation directe avec le Serviteur de Dieu.&#13;
675&#13;
676&#13;
&#13;
- 1180 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Pierre-Herman Dosquet, par la miséricorde de Dieu et&#13;
l’autorité du Saint-Siège apostolique, évêque de Samos,&#13;
coadjuteur de Québec, assistant du trône pontifical, conseiller&#13;
du roi en tous ses conseils, à tous ceux qui ces présentes&#13;
verront, salut et bénédiction. Les difficultés qui sont&#13;
survenues l’année dernière et celle-ci sur les processions&#13;
qu’on avait accoutumé de faire tous les ans à l’église des pères&#13;
jésuites nous ont donné occasion d’examiner de plus près&#13;
l’origine de ces usages. Sur quoi, nous étant fait représenter&#13;
les registres de notre secrétariat et ayant ordonné de vérifier&#13;
ceux du chapitre et de la paroisse, nous avons trouvé qu’il&#13;
avait été rendu une ordonnance par Messe François de Laval,&#13;
premier évêque de ce diocèse, le 15 janvier 1660, dans&#13;
laquelle, en reconnaissance des grands services rendus par les&#13;
Jésuites, tant aux Sauvages du Canada qu’à la colonie&#13;
française, notamment à la paroisse de Québec, dont ils ont fait&#13;
le service pendant plus de 30 ans, pour laisser un monument&#13;
éternel de gratitude, il ordonna qu’à perpétuité la paroisse de&#13;
Québec et le clergé iront processionnellement à l’église du&#13;
collège des Jésuites et reviendront de même, y chanteront&#13;
vêpres, entendront le sermon et feront le salut les jours de la&#13;
Circoncision, de Saint-François-Xavier et de Saint-Ignace,&#13;
lorsque la fête tombera le dimanche. En conséquence, il fut&#13;
arrêté, dans un chapitre général tenu le 8 mai 1685, que le&#13;
chapitre cathédral, pour lors érigé depuis peu et qui depuis&#13;
son érection s’était chargé de faire l’office de la paroisse avait&#13;
été à ces processions, continuerait d’y aller avec ladite&#13;
paroisse, jusqu’à ce qu’on eût fait la distinction de l’église&#13;
cathédrale d’avec la paroisse et qu’alors on délibérerait avec&#13;
l’évêque sur ce qu’il y aurait à faire ; ce qui a été exécuté par&#13;
la paroisse, depuis qu’elle a passé des Jésuites au clergé et par&#13;
le chapitre, depuis son érection en 1684 jusqu’à l’année&#13;
dernière, où, pour des raisons qu’il est à propos d’oublier, on&#13;
a discontinué cet usage.&#13;
- 1181 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Nous, qui sommes chargé de tenir la main à l’exécution des&#13;
ordonnances épiscopales et des délibérations du chapitre,&#13;
surtout quand elles sont prises avec les solennités des&#13;
chapitres généraux et l’agrément des évêques et qui sommes&#13;
obligé de faire rendre à chacun ce qui lui est légitimement&#13;
acquis, nous avons ordonné que tant ladite ordonnance que&#13;
la délibération du chapitre sortiront leur plein et entier effet ;&#13;
en conséquence, sans avoir égard à tout ce qui a pu être fait&#13;
au contraire, que nous avons cassé et cassons, en tant que de&#13;
besoin, nous ordonnons que la paroisse et le clergé iront à&#13;
perpétuité processionnellement de l’église cathédrale à celle&#13;
des Jésuites et reviendront de même, y diront vêpres et&#13;
entendront le sermon et feront le salut le jour de la&#13;
Circoncision et le jour de Saint-François-Xavier tous les ans et&#13;
le jour de Saint-Ignace, quand la fête tombera un dimanche ;&#13;
et à l’égard du chapitre, qu’il continuera d’y aller&#13;
conjointement avec la paroisse jusqu’à la distinction de&#13;
l’église cathédrale d’avec la paroissiale, auquel temps il en&#13;
sera délibéré avec l’agrément de nous ou de nos successeurs.&#13;
Voulons que notre présente ordonnance soit lue dans une&#13;
assemblée capitulaire et enregistrée dans les registres du&#13;
chapitre et qu’il en soit donné une copie en forme aux pères&#13;
jésuites.&#13;
Donné à Québec dans notre palais épiscopal, le 25 décembre&#13;
1729, signé de nous, contresigné de notre secrétaire et scellé&#13;
de nos armes. Pierre Herman, évêque de Samos et coadjuteur&#13;
de Québec. Par Monseigneur, Boulanger, secrétaire.&#13;
En vertu de cette ordonnance, la procession fut faite à l’ordinaire le&#13;
1er janvier 1730 et vraisemblablement les choses auraient repris leur cours ;&#13;
mais le coadjuteur se brouilla avec le chapitre et ajouta ce sujet de plaintes&#13;
à bien d’autres que ses prétentions singulières faisaient naître tous les jours.&#13;
On s’efforça de secouer un joug qu’on n’avait repris qu’avec peine et on&#13;
- 1182 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
remua ; si bien que M. Dosquet, qui n’aimait pas infiniment la Société et qui&#13;
d’ailleurs voulait se raccommoder avec le chapitre, entra en négociation et&#13;
sacrifia cet article peu intéressant pour lui, afin d’en obtenir d’autres. On fit&#13;
proposer aux Jésuites de déclarer par écrit que le chapitre avait droit ces&#13;
jours-là de faire l’office chez eux ; moyennant quoi, on promettait d’y&#13;
retourner. Mais ce n’était qu’un prétexte de rupture ; car on n’en avait nulle&#13;
envie et il est certain que le chapitre n’avait jamais officié au collège à titre&#13;
de droit honorifique à lui dû, mais à titre de reconnaissance des services&#13;
rendus par les Jésuites. La condition fut refusée et par une délibération du&#13;
26 novembre 1730, le chapitre prit la résolution de n’y plus aller. L’évêque&#13;
fut présent à cette délibération ; il y présida même. Mais confus de détruire&#13;
si tôt son propre ouvrage, il ne voulut, ni la signer, ni souffrir qu’on y fît&#13;
mention de lui ; il se contenta d’y consentir verbalement. Il exigea&#13;
cependant que la paroisse, c’est-à-dire le curé et son petit clergé, ferait à&#13;
l’ordinaire les processions ; ce qui s’exécuta. Les Jésuites firent d’abord&#13;
quelques mouvements et quelques plaintes, mais ils ont paru depuis ne pas&#13;
s’en embarrasser. Tel a été quelque temps l’état de cette affaire. J’ai appris&#13;
depuis que le curé, qui ne s’y rendait qu’à regret, faisait toutes les fois&#13;
quelque difficulté et que cet usage était à la veille d’être aboli.&#13;
On sera sans doute surpris de voir les affaires des cultes chinois et du&#13;
jansénisme passer au Séminaire de Québec 677, qui n’y avait aucun intérêt.&#13;
Une courte digression expliquera ce mystère et nous dispensera d’y revenir.&#13;
&#13;
Notons que la vive polémique née en France entre les Jésuites et le Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris sur la querelle des rites chinois n’a eu aucune répercussion sur les relations entre&#13;
les Jésuites du Canada et le Séminaire de Québec, qui restèrent toujours cordiales, à l’exception de&#13;
quelques froids dus en grande partie à la question des missions des Tamarois (cf. Doc. LV). Tout&#13;
porte à croire que le Serviteur de Dieu ne fut pas étranger à cet état de choses et qu’il soit même&#13;
intervenu positivement pour empêcher toute discussion sur le sujet. Le P. de La Chaize, jésuite,&#13;
confesseur du roi, estimant qu’une telle intervention du Serviteur de Dieu aurait un bon effet, lui&#13;
écrivit en 1702 pour implorer son aide. Nous croyons intéressant d’en donner ici un bref extrait,&#13;
selon le texte reproduit par l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et&#13;
apôtre du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 2, p. 484) : « Je compte du moins, Monseigneur,&#13;
sur votre zèle apostolique pour empêcher qu’on ne ressente, dans votre Église, des effets de leur&#13;
mauvaise volonté [celle des prêtres du Séminaire de Paris], et qu’ils n’y détruisent pas, comme ils&#13;
font ailleurs, tout ce qu’on peut entreprendre de bien pour le service de Dieu. J’espère que Dieu&#13;
vous fera cette grâce et que vous serez toujours l’ange de la paix de l’Église de la Nouvelle-France,&#13;
à quoi je contribuerai de tout mon possible. »&#13;
677&#13;
&#13;
- 1183 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Elle servira à l’éclaircissement de plusieurs choses que nous aurons à dire&#13;
dans la suite.&#13;
MM. de Brisacier et Tiberge s’étant ouvertement déclarés pour leurs&#13;
confrères de la Chine contre les Jésuites, pour les raisons que tout le monde&#13;
sait 678, entraînèrent toutes les Missions étrangères, dont ils furent si&#13;
longtemps les chefs, et répandirent dans tout le Nouveau-Monde leurs&#13;
ouvrages sur les cultes chinois. Avec ces ouvrages passèrent, sans doute&#13;
contre leur intention, une foule de livres jansénistes 679. Ces deux célèbres&#13;
ecclésiastiques, quoique toujours bons catholiques dans leurs sentiments,&#13;
favorisaient les écrivains du parti et s’en servaient utilement pour répandre&#13;
et appuyer leurs apologies. Le venin ne tarda pas à couler en Canada, ainsi&#13;
que l’éloignement pour les Jésuites et, par la ressemblance des intérêts, lia&#13;
le Séminaire avec les sectaires. M. Varlet, évêque de Babylone, ensuite&#13;
prétendu archevêque d’Utrecht, interdit, déposé, excommunié par trois&#13;
papes, vint en Canada et de Québec passa jusqu’à la mission de Tamarois&#13;
sur le Mississippi, d’où il revint en France et se réfugia en Hollande, pour&#13;
s’y unir aux schismatiques. Quoiqu’il fût méprisé dans la Nouvelle-France&#13;
pour sa conduite et pour sa doctrine, condamnée par ses propres partisans,&#13;
il trouva le moyen d’y répandre l’esprit du parti, malgré la vigilance et le&#13;
zèle de M. de Saint-Vallier, qui fut toujours très attaché à la saine doctrine&#13;
et infiniment éloigné de toutes les nouveautés profanes 680.&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit principalement de Mgr Charles Maigrot, appuyé par d’autres du Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Paris, dont Tiberge et Brisacier, qui causa la crise dans la fameuse querelle&#13;
des rites par son Mandat du 26 mars 1693. À l’opposé de la méthode des Jésuites, il défend le&#13;
syncrétisme de termes chrétiens et confucéens, ainsi que la pratique de rites traditionnels chinois,&#13;
tels les cultes des ancêtres et de Confucius. Il affirmait que de les préserver entraînerait une&#13;
confusion syncrétique dommageable à l’évangélisation. Ce Mandat sera défendu avec acharnement&#13;
par le Séminaire de Paris pendant 50 ans.&#13;
679&#13;
L’abbé Gosselin (L’Église du Canada depuis Mgr de Laval jusqu’à la conquête, 1re partie,&#13;
gr&#13;
M de Saint-Vallier, Québec, 1911, p. 335) réfute cette assertion de La Tour selon laquelle plusieurs&#13;
livres jansénistes auraient été envoyés au Canada à cette époque.&#13;
680&#13;
L’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 16221708, Québec, 1890, vol. 2, p. 331-335) nie expressément que le janséniste Varlet aurait exercé une&#13;
influence au Canada. Varlet ne fut que de passage à Québec en 1712 et en 1717 et, comme tout nous&#13;
porte à le croire, il ne laissa entrevoir aucune tendance janséniste.&#13;
678&#13;
&#13;
- 1184 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Un bénédictin déguisé vint à l’appui du parti faire une incursion en&#13;
Canada ; il s’insinua d’abord chez les curés de campagne, ensuite dans les&#13;
communautés des religieuses. Mais le prélat le fit repasser en France, où sa&#13;
communauté le réclama et le désavoua dès qu’elle en fut instruite 681. Les&#13;
plus célèbres prosélytes du parti furent M. de Vilermaula du Séminaire de&#13;
Saint-Sulpice, que ses supérieurs rappelèrent et chassèrent de leur corps ;&#13;
M. Thiboult, curé de Québec, homme de quelque mérite et accrédité dans&#13;
la paroisse ; M. de Glandelet, doyen du chapitre, homme habile, vertueux&#13;
et zélé, qui avait longtemps exercé les fonctions de grand-vicaire. C’était un&#13;
des plus anciens ecclésiastiques du diocèse. Je crois cependant qu’on le&#13;
soupçonnait mal à propos. Tout ce qu’il y a de vrai, c’est que quelques&#13;
démêlés personnels avec les Jésuites sur la direction d’une religieuse&#13;
ursuline le rendirent insensiblement leur ennemi et le protecteur de leurs&#13;
adversaires. Mais j’ai vu dans un grand nombre d’écrits de toute espèce un&#13;
sincère attachement à l’Église et au pape, beaucoup d’estime et de respect&#13;
pour la Société, une extrême vivacité à se défendre du soupçon de&#13;
jansénisme et surtout une profonde vénération pour M. de Laval, après la&#13;
mort duquel il fit des procès-verbaux sur plusieurs miracles opérés à son&#13;
tombeau et sur la vie duquel il a laissé bien des mémoires dont je me suis&#13;
servi 682.&#13;
Toutes ces affaires sont aujourd’hui absolument finies en Canada ; cette&#13;
Église est sans mélange pour les sentiments et le Séminaire des Missions&#13;
étrangères une des maisons de Paris les plus attachées à la saine doctrine.&#13;
Le Séminaire de Saint-Sulpice, pendant le peu d’années qu’il est entré dans&#13;
son gouvernement, a commencé de dissiper ces petits nuages. Il n’est entré&#13;
dans la maison, il n’est parti pour les missions que des gens sûrs et pleins&#13;
de zèle. M. l’abbé de Combes, ayant depuis été à la tête, a su tout ramener&#13;
parfaitement, par cette douceur aimable et insinuante, ce zèle constant et&#13;
éclairé, cette sagesse et cette charité qui lui avaient gagné tous les cœurs et&#13;
681&#13;
Ce bénédictin janséniste s’appelle Georges-François Poulet. Il vint au Canada en 1714 et quatre&#13;
ans plus tard, en 1718, sur ordre de Mgr de Saint-Vallier, il dut retourner en France (cf. Gosselin,&#13;
Ibid., p. 325-331).&#13;
682&#13;
NDLR : Malheureusement, ces mémoires n’ont pas été retrouvés.&#13;
&#13;
- 1185 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
qui sans doute lui ont assuré dans le ciel la plus glorieuse récompense. Tous&#13;
les autres directeurs du Séminaire, pleins du même esprit, soutiennent avec&#13;
beaucoup d’édification et de succès une œuvre si utile et si sainte.&#13;
Revenons aux travaux de M. de Laval pendant les trois premières années&#13;
de son épiscopat.&#13;
LIVRE QUATRIÈME&#13;
&#13;
Livre quatrième&#13;
Le vicaire apostolique, ayant ébauché, pour ainsi dire, son clergé et jeté le&#13;
germe de l’esprit qu’il y voulait établir, alla visiter son diocèse et donner la&#13;
confirmation ; ce qu’il a fait régulièrement jusqu’à sa démission 683. La vie de&#13;
l’homme suffirait à peine pour visiter ce diocèse immense, s’il était peuplé,&#13;
puisqu’il renferme toute l’Amérique septentrionale depuis la baie&#13;
d’Hudson jusqu’à l’embouchure du Mississippi et depuis l’île Royale et&#13;
l’Acadie jusqu’aux terres d’Espagne. Les visites de M. de Laval n’ont pas&#13;
été au-delà de l’étendue de la colonie et des missions sauvages établies aux&#13;
environs ; c’est un espace de 90 et 100 lieues depuis la rivière Saguenay audessous de Québec jusqu’au lac des Deux-Montagnes au-dessus de&#13;
Montréal, le long du fleuve de Saint-Laurent, sur une demi-lieue de chaque&#13;
côté du fleuve, où, pour la commodité du commerce, on a construit les&#13;
habitations des Français.&#13;
Ce serait en Europe un grand diocèse ; mais il s’en faut bien qu’il y en ait&#13;
aucun si difficile à visiter. On trouve en Europe des villages, des auberges,&#13;
des châteaux de seigneur, où l’on peut loger ; on y trouve des églises bâties,&#13;
un peuple formé, des ecclésiastiques qui reçoivent, qui accompagnent, qui&#13;
instruisent leur évêque. Rien de tout cela en Canada dans ces premiers&#13;
temps. Les paroisses ne sont pas même aujourd’hui ramassées, malgré des&#13;
ordres souvent réitérés de la Cour et les risques que la guerre des Iroquois&#13;
&#13;
Les éditeurs des Mandements des évêques de Québec donnent une liste de 127 cérémonies de&#13;
confirmation faites par le Serviteur de Dieu (vol. 1, Québec, 1887, p. 156-160). Mais nous pensons&#13;
que cette liste est très incomplète.&#13;
683&#13;
&#13;
- 1186 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
a fait longtemps courir ; les habitations sont éloignées de plusieurs arpents&#13;
les unes des autres, chacun des colons ayant bâti la sienne à son gré au&#13;
milieu de son terrain, sur le bord de la rivière. Tout ce qu’on a pu faire, c’est&#13;
de construire l’église et le presbytère au milieu de cette ligne de maisons.&#13;
Mais quelles maisons alors ! de misérables cabanes environnées de pieux,&#13;
où il régnait, à la vérité, comme dans le premier âge du monde, l’union,&#13;
l’innocence, la simplicité, la piété et l’esprit d’hospitalité, mais où tout&#13;
manquait ; une botte de paille faisait le lit et un morceau de pain la&#13;
nourriture. Aujourd’hui que la colonie est assez peuplée et le diocèse formé,&#13;
la route est plus supportable ; on trouve presque partout quelques maisons ;&#13;
il en est de temps en temps d’assez bien bâties. On faisait alors des journées&#13;
entières sans rencontrer un habitant, trop heureux d’arriver enfin pour y&#13;
passer la nuit, à quelque grange ou à quelque cabane. On trouve&#13;
aujourd’hui des églises passables, plusieurs même propres et bien bâties et&#13;
presque partout des missionnaires ; alors nulle église, nulle paroisse, nul&#13;
missionnaire ; il fallait tout créer. Le prêtre qui avait le courage de parcourir&#13;
ce vaste pays portait sa chapelle et disait la messe où il se trouvait. Les fêtes&#13;
et dimanches, il en disait deux. Il faisait avertir de son arrivée et on venait&#13;
à lui de plusieurs lieues à la ronde. Il confessait, communiait, faisait le&#13;
catéchisme, baptisait les enfants, ce qui lui donnait une fatigue immense ;&#13;
dans chaque cabane, il fallait en faire autant. Pendant sept à huit mois de&#13;
l’année, la terre est couverte de neige ; c’est pourtant le seul temps où les&#13;
visites peuvent se faire, parce que pendant trois ou quatre mois, depuis&#13;
l’arrivée jusqu’au départ des vaisseaux, on est occupé des affaires de&#13;
France, qu’il n’est pas possible de remettre, puisque l’occasion manquée, en&#13;
voilà jusqu’à l’année suivante.&#13;
L’état où était alors la colonie rendait les visites encore plus dangereuses.&#13;
M. de Laval trouva tout en armes et presque réduit aux abois. Les Iroquois&#13;
nous faisaient depuis plus de dix ans la plus cruelle guerre et ne se&#13;
proposaient pas moins que d’exterminer tous les Français. Leurs partis&#13;
couraient la campagne et insultaient tout le pays. Cette guerre a duré plus&#13;
de 40 ans encore, quoiqu’à diverses reprises, des pourparlers, des trêves,&#13;
des paix passagères, ayant laissé jouir de quelques intervalles de repos. Elle&#13;
- 1187 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
avait d’abord commencé entre les Algonquins, les Hurons et les Iroquois.&#13;
M. de Champlain avait fait alliance avec les Hurons, nation alors la plus&#13;
nombreuse et la plus florissante, qui la première avait embrassé le&#13;
christianisme et les avait aidés dans leurs guerres. Les Iroquois résolurent&#13;
de s’en venger et à la faveur d’une paix simulée, ayant détruit leurs ennemis&#13;
en détail, ils tournèrent les armes contre nous. Leur manière de faire la&#13;
guerre, dans le goût des houssards et des pandoures, est extrêmement&#13;
meurtrière. Ce ne sont point de sièges réguliers, les Sauvages ne peuvent&#13;
forcer que des barrières de pieux ; très peu de batailles rangées, ils ne&#13;
sauraient tenir contre le canon ; ils ne font que des coups de main. Ces&#13;
troupes irrégulières se répandent au loin et enlèvent tout ce qu’elles&#13;
trouvent ; ils dressent des embuscades et tuent tous ceux qui passent ; ils&#13;
vont la nuit mettre le feu à une maison, se chargent de butin et s’enfuient.&#13;
Il est aussi difficile de les poursuivre que de prévenir leurs coups ;&#13;
montagnes, rivières, forêts, neige, glace, froid ou chaud, rien ne les arrête.&#13;
Mais malheur à qui tombe vif entre leurs mains. Les cruautés les plus&#13;
horribles et les plus raffinées sont leurs amusements et leurs délices.&#13;
Cependant, la colonie, sans secours du côté de France et presque&#13;
abandonnée de la Cour, ne se soutenait plus que par une espèce de miracle ;&#13;
une poignée d’habitants, qui la composaient, réfugiés sous le canon de&#13;
Québec, y vivaient comme prisonniers. On n’osait ni semer, ni moissonner,&#13;
ni cultiver les terres, ni sortir de la maison, sans être bien escorté. Les&#13;
Ursulines et les Hospitalières, après avoir fait leurs fonctions pendant le&#13;
jour, se réfugiaient la nuit dans le fort, ne se croyant pas en sûreté dans leur&#13;
couvent. On fut longtemps sur le point de tout abandonner et de revenir en&#13;
France. Ainsi se passèrent les trois premières années du pontificat de&#13;
M. de Laval, dans une disette générale, dans des fatigues et des alarmes&#13;
continuelles et un danger perpétuel de perdre la vie au milieu des supplices&#13;
et de voir son Église détruite ou dispersée repasser les mers.&#13;
Qu’on imagine donc un évêque suivi de deux ecclésiastiques et d’un ou&#13;
deux domestiques allant à l’aventure sur les neiges, quelquefois dans un&#13;
traîneau, le plus souvent sur des raquettes, portant sur son dos une&#13;
couverture qui le jour lui servait de manteau et dont il se couvrait la nuit,&#13;
- 1188 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
passant la nuit dans une grange, ne buvant que de l’eau, mangeant à la fin&#13;
du jour un morceau de pain qu’il lui fallait apporter, déterminant l’étendue&#13;
d’une paroisse, cherchant quelque endroit propre à bâtir une église ; on se&#13;
formera quelque idée des visites épiscopales de M. de Laval. Il y contracta&#13;
de très grandes infirmités, qui lui durèrent toute la vie. Quelques années&#13;
après, il en fut si dangereusement malade, qu’on en désespéra. À peine futil un peu rétabli qu’il recommença ses courses apostoliques. Il en fut de&#13;
nouveau si épuisé, si incommodé qu’il se retira à une maison de campagne&#13;
du Séminaire pour faire des remèdes ; mais n’étant point soulagé, il prit le&#13;
parti de se démettre, comme nous le dirons dans la suite. Cependant, une&#13;
maladie populaire qui enleva bien du monde 684, l’apparition d’une&#13;
comète 685, l’idée de quelque maléfice, le bruit de quelque prétendu prodige&#13;
qui se répandit parmi le peuple et le jeta dans la consternation, y mirent le&#13;
comble. Il fallait toute sa charité et tout son courage pour ne pas succomber&#13;
sous le poids de tant de maux. Ce bon pasteur visita et consola tout le&#13;
monde ; il fit faire des prières publiques et des processions solennelles, à&#13;
l’exemple de saint Charles Borromée, pour fléchir la colère de Dieu. Il&#13;
donna tout ce qu’il avait apporté et se réduisit à l’indigence. On compte que&#13;
pendant ces tristes années, il avait distribué 30 000 livres, somme incroyable&#13;
pour le temps et pour le pays et pour un homme qui n’a ni bénéfice, ni&#13;
patrimoine. Ses prières furent écoutées. On parla de paix, la colonie respira&#13;
et le saint évêque eut la liberté de revenir en France représenter au roi tous&#13;
ces maux et en apporter le remède.&#13;
Les fatigues et les dangers de sa vie n’étaient pas sa plus grande peine. Il se&#13;
réjouissait au contraire à l’exemple des apôtres d’avoir à souffrir pour JésusChrist. Mais le zèle qui le dévorait le réduisait aux abois à la vue des&#13;
désordres qui s’introduisaient alors dans la colonie et que tant de fléaux ne&#13;
corrigeaient pas. Une foule d’aventuriers ramassés au hasard en France,&#13;
presque tous de la lie du peuple, la plupart obérés de dettes ou chargés de&#13;
684&#13;
NDLR : Il fait peut-être référence à l’épidémie de choléra de 1659, de 1665 ou de la grande&#13;
famine de 1690.&#13;
685&#13;
NDLR : Il s’agit sans doute de ladite Grande Comète de 1680, visible de décembre 1680 à mars&#13;
1681. Certains y virent un présage de désastres à venir, d’autres d’une faveur de Dieu.&#13;
&#13;
- 1189 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
crimes et qui n’allaient dans ce pays éloigné que pour se mettre à couvert&#13;
des poursuites de la justice, les plus honnêtes gens mêmes uniquement&#13;
attirés par l’intérêt et occupés de leur commerce, tout cela ne pouvait&#13;
qu’avoir apporté dans la colonie la plus mauvaise graine ; d’ailleurs&#13;
dispersés dans un pays immense, sans pasteurs, par conséquent sans&#13;
religion et sans instruction ; loin du gouvernement et sans magistrats, par&#13;
conséquent sans frein et sans crainte ; mêlés avec les Sauvages, dont ils&#13;
prenaient les mœurs, courant avec eux dans les bois, par conséquent dans&#13;
le centre de la corruption, que pouvait être le troupeau de M. de Laval&#13;
qu’un amas de rebelles, de libertins et d’impies ? C’était encore pire que la&#13;
ville de Rome, dont il est dit que quand saint Pierre y entra, c’était une forêt&#13;
pleine de bêtes féroces. Car enfin, il y avait à Rome une police, des&#13;
magistrats, un sénat, de l’esprit, de la raison, de la grandeur d’âme et tout&#13;
manquait alors en Canada ; silvam 686 istam frementium bestiarum et&#13;
turbulentissimae impietatis oceanum 687. Dieu a béni les soins et les travaux de&#13;
NDLR : « Une forêt de bêtes sauvages et un océan orageux » (Léon I, Sermon 82, cap. 4).&#13;
Ce jugement de La Tour sur la valeur morale des premiers colons français du Canada et sur leur&#13;
conduite – jugement répété ici et là par des écrivains mal informés – est absolument fausse, comme&#13;
il fut plusieurs fois et clairement prouvé par d’éminents historiens. Nous donnons ici le témoignage&#13;
autorisé du P. François-Xavier Charlevoix, jésuite, qui, après avoir visité tout le Canada écrivit en&#13;
1744 :&#13;
686&#13;
687&#13;
&#13;
Tout le monde sait de quelle manière la plupart des colonies se sont formées dans&#13;
l’Amérique ; mais on doit rendre cette justice à celle de la Nouvelle-France, que&#13;
la source de presque toutes les familles qui y subsistent encore aujourd’hui est&#13;
pure et n’a aucune de ces taches que l’opulence a bien de la peine à effacer. C’est&#13;
que les premiers habitants étaient ou des ouvriers, qui y ont toujours été occupés&#13;
à des travaux utiles, ou des personnes de bonnes familles. […] Je crains d’autant&#13;
moins d’être contredit sur cet article que j’ai vécu avec quelques-uns de ces&#13;
premiers colons, presque centenaires, de leurs enfants et d’un bon nombre de leurs&#13;
petits-fils, tous gens plus respectables encore par leur probité, leur candeur, la&#13;
piété solide dont ils faisaient profession, que par leurs cheveux blancs et le&#13;
souvenir des services qu’ils avaient rendus à la colonie. Ce n’est pas que dans ces&#13;
premières années, et encore plus dans la suite, on n’y ait vu quelquefois des&#13;
personnes que le mauvais état de leurs affaires ou leur mauvaise conduite&#13;
obligeaient de s’exiler de leur patrie et quelques autres dont on voulait purger&#13;
l’état et les familles ; mais comme les uns et les autres n’y sont venus que par&#13;
petites troupes et qu’on a eu une très grande attention à ne les pas laisser ensemble,&#13;
on a presque toujours eu la consolation de les voir en très peu de temps se réformer&#13;
sur les bons exemples qu’ils avaient devant les yeux et se faire un devoir de la&#13;
nécessité où ils se trouvaient de vivre en véritables chrétiens dans un pays où tout&#13;
&#13;
- 1190 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
son serviteur. Le roi, à sa prière, pour combattre les Iroquois, fit passer le&#13;
régiment de Carignan-Salières, dont les officiers étaient gens d’honneur et&#13;
de mérite et les soldats, d’assez bonnes gens. On leur fit une mission qui fit&#13;
de très grands fruits ; les officiers y donnèrent l’exemple. Il faut convenir&#13;
qu’aujourd’hui que les paroisses sont bien établies et pourvues de bons&#13;
ministres, les habitants sont communément bien instruits, pieux, pleins de&#13;
probité et de politesse. Ils ont même de l’esprit et des sentiments et valent&#13;
bien les habitants de nos campagnes. Que ne doit-on pas à ceux qui ont&#13;
défriché ces terres couvertes de ronces au prix de tant de fatigues et de&#13;
dangers ?&#13;
Pendant ces trois malheureuses années, l’Église de Canada perdit plusieurs&#13;
bons ouvriers. M. Le Maître et M. Vignal, deux ecclésiastiques de Montréal,&#13;
furent tués par les Iroquois ; le P. Ménard, jésuite, et un nommé Guérin, son&#13;
domestique, qui était une espèce de catéchiste fort utile et fort homme de&#13;
bien, périrent chez les Outaouais. Le P. Ménard était un religieux de la plus&#13;
haute piété, pour qui non seulement les Français mais les Sauvages mêmes&#13;
avaient une si profonde vénération que plusieurs années après sa mort on&#13;
trouva chez les Sioux son bréviaire et sa soutane érigés en divinités sur une&#13;
espèce d’autel, où ces barbares allaient faire des prières et des sacrifices à&#13;
leur mode, en lui présentant à chaque repas de tous les mets qu’on leur&#13;
servait. Ce saint missionnaire avait travaillé longtemps chez divers&#13;
Sauvages, entre autres avec beaucoup de fruits dans un des cinq cantons&#13;
iroquois, les Goyongouins, où on lui avait reconnu un talent singulier de&#13;
s’accommoder au génie des Sauvages et de s’insinuer dans leur esprit. Les&#13;
événements de la guerre l’avaient obligé de revenir à Québec. Il y était&#13;
lorsque les Outaouais vinrent demander des missionnaires.&#13;
&#13;
les portait au bien et les éloignait du mal. (Histoire et description générale de la&#13;
Nouvelle-France avec le Journal historique d’un voyage fait par ordre du roi&#13;
dans l’Amérique septentrionale, Paris, 1741, vol. 1, p. 319-320.)&#13;
Sur le même sujet, on peut lire l’ample et vigoureuse démonstration de l’abbé Lionel Groulx dans&#13;
son livre La Naissance d’une race, Montréal, 1919, p. 49-70 ; voir aussi E. Salone, La colonisation&#13;
de la Nouvelle-France, Paris, s. d., p. 114-116, 134-138, 163-164, 171-172.&#13;
- 1191 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Cette nation faible, peu nombreuse, alliée des Hurons et par là devenue&#13;
l’objet de la haine des Iroquois, avait déjà eu des missionnaires et les avait&#13;
traités assez mal. Le P. Gareau y avait péri par leur faute, ayant été&#13;
lâchement abandonné dans une attaque. Ils vinrent cependant en demander&#13;
en 1660 et on leur accorda le P. Ménard. C’était tout risquer, parce que le&#13;
chemin extrêmement long était infesté d’Iroquois. C’était risquer à pure&#13;
perte ; ces Sauvages, peut-être les plus superstitieux et les plus stupides du&#13;
pays, n’avaient jamais paru goûter le christianisme ; on n’avait pu y baptiser&#13;
que quelques enfants moribonds. Leur empressement apparent n’avait&#13;
pour motif que l’intérêt du commerce. Le P. Ménard eut cependant le&#13;
courage de s’engager dans une mission si ingrate et si périlleuse. Comme il&#13;
le dit lui-même dans ses lettres, ce fut cette parole de M. de Laval qui le&#13;
détermina : « Toute sorte de raisons devraient vous retenir, mon cher père,&#13;
mais Dieu, plus fort que toutes nos raisons, vous veut dans le pays où vous&#13;
allez 688 ». Il vécut parmi eux près de 18 mois, pendant lesquels il fit avec eux&#13;
des courses de plus de 300 lieues, obligé de ramer comme eux toute la&#13;
journée ou de faire des portages, n’ayant que la nuit pour dire son bréviaire&#13;
à la lueur du feu ou au clair de la lune et manquant tellement des choses&#13;
nécessaires, que pendant huit mois il ne vécut que de glands et d’écorces&#13;
d’arbres pilées et dans une occasion il se trouva fort heureux, avec deux&#13;
Français qui l’accompagnaient, de trouver quelques ossements d’animaux,&#13;
qu’ils pilèrent et dont ils firent avec de l’eau une espèce de bouillie, qui leur&#13;
servit de nourriture pendant plusieurs jours. Il fut souvent abandonné de&#13;
ces barbares, exposé à la fureur des Iroquois, risquant de s’égarer dans un&#13;
pays inconnu, comme il fit en effet dans une forêt, où il périt de misère, sans&#13;
qu’on n’ait jamais pu découvrir son corps.&#13;
Les terres immenses du Canada n’ont été que peu à peu découvertes et ne&#13;
le sont pas même encore parfaitement. Lorsque M. de Laval y arriva,&#13;
presque tout le pays était inconnu. Il se fit dans les trois premières années&#13;
plusieurs découvertes importantes au nord et au couchant, et semblables&#13;
aux Romains, qui dans leurs plus grandes pertes envoyaient au loin des&#13;
688&#13;
&#13;
Pour le texte critique de cette lettre, voir Doc. XXX.&#13;
- 1192 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
armées, le vicaire apostolique, malgré les malheurs de son Église, eut assez&#13;
de courage et trouva assez de ressources pour envoyer de tous côtés des&#13;
ouvriers dans cette grande moisson ; il eut même la consolation d’y voir&#13;
faire beaucoup de fruit. Le détail de ces découvertes et de la police de ces&#13;
vastes pays regarde plutôt l’histoire générale du Canada que la vie&#13;
particulière de son premier évêque ; nous nous contenterons de donner&#13;
quelque légère idée des nations 689 qu’on découvrit de son temps et chez&#13;
lesquelles la foi se répandit par ses soins.&#13;
Les Esquimaux, dispersés ou plutôt errants sur la grande terre de Labrador,&#13;
située entre la baie d’Hudson et le fleuve de Saint-Laurent, n’ont presque&#13;
de l’humanité que la figure et encore bien hideuse à voir. Une grande barbe&#13;
noire, épaisse et fort sale leur monte jusqu’aux yeux et couvre si absolument&#13;
leur visage qu’à peine y distingue-t-on quelques traits. Ils sont si farouches&#13;
qu’ils ne s’apprivoisent jamais, s’enfuient quand ils voient un Européen, à&#13;
moins que, le surprenant endormi et sans précaution, ils ne puissent le&#13;
massacrer et le dépouiller. On ne peut trafiquer avec eux qu’au bout d’un&#13;
long bâton, comme dans les villes affligées de la peste. Dans l’été, ils n’ont&#13;
point de demeure et couchent à l’air, en hiver ils s’enterrent dans des&#13;
espèces de caves ou plutôt de clapiers, où ils sont six mois les uns sur les&#13;
autres sans ouvrir les yeux. Ils sont couverts jusqu’au bout des doigts d’une&#13;
espèce de chemise, qui leur sert de chaussure et de casaque, au lieu que les&#13;
autres Sauvages sont presque nus. La chaussure et la casaque sont faites de&#13;
morceaux de peaux d’ours, de loup ou même d’oiseau, attachés ensemble,&#13;
dont le poil ou le duvet sont en dedans ; la chemise est faite de vessie ou&#13;
d’intestins d’animaux ou de poissons, coupés comme du ruban et assez bien&#13;
cousus. Jamais sans doute il n’eût été possible de convertir aucun&#13;
Esquimau, puisqu’ils sont inabordables et insociables, sans la guerre qu’ils&#13;
ont avec leurs voisins. Leurs ennemis plus sociables qu’eux ayant fait&#13;
quelques prisonniers, les amenèrent dans nos missions. L’esprit de Dieu&#13;
souffle où il veut et la grâce met tout à profit. L’esclavage, les besoins,&#13;
l’éloignement de leur famille, la fréquentation de gens raisonnables, les&#13;
NDLR : Ici commence, jusqu’à la fin du Livre IV, une description des Autochtones tels que&#13;
l’abbé de La Tour et d’autres Européens se les représentaient souvent.&#13;
689&#13;
&#13;
- 1193 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
humanisèrent et les rendirent susceptibles de religion et de vertu ; les&#13;
chaînes furent pour plusieurs la source de la liberté. Une femme entre&#13;
autres fut convertie en 1659 par une espèce de miracle. Elle tomba dans des&#13;
convulsions si affreuses et si extraordinaires qu’on la crut possédée du&#13;
démon. Plusieurs remèdes qu’on employa pour la guérir furent inutiles.&#13;
Enfin, l’eau bénite la guérit subitement et parfaitement. Elle demanda et&#13;
reçut le baptême avec beaucoup de dévotion et un protestant qui en fut&#13;
témoin en fut si touché qu’il abjura son hérésie et devint très bon catholique.&#13;
Le long de la baie d’Hudson, dans une étendue de plus de 300 lieues, on&#13;
trouve plusieurs nations sauvages, errantes comme les Esquimaux, mais&#13;
moins farouches et moins dégoûtantes, qui jusqu’alors avaient été&#13;
inconnues. Elles adorent le soleil et dans les affaires importantes, le chef de&#13;
famille offre en sacrifice à cet astre la fumée du tabac qui sort de leurs pipes.&#13;
Ils croient l’immortalité de l’âme et une vie bienheureuse et s’imaginent&#13;
rendre un grand service aux vieillards et aux malades de les faire mourir&#13;
pour avancer leur bonheur. Ils brûlent les corps, comme faisaient les&#13;
Romains et sur l’espèce de tombe, où ils renferment leurs cendres, ils&#13;
mettent une pipe et du tabac, afin que le mort puisse fumer dans l’autre&#13;
monde ; sans quoi, il serait à jamais malheureux. En 1660, M. de Laval crut&#13;
voir quelques ouvertures pour y établir le christianisme et sans être effrayé&#13;
des difficultés, il prit aussitôt des mesures pour leur faire apporter les&#13;
lumières de la foi. Mais cet objet n’a encore fourni rien de bien intéressant&#13;
pour la religion. Ces peuples sont si éloignés, leur pays est si impraticable,&#13;
l’hiver y est si long et si rude, que nous n’avons jamais eu avec eux de&#13;
commerce suivi. Le peu qu’il a été possible d’y faire n’a été que d’une&#13;
manière passagère. Il y a eu quelques forts et quelques habitations&#13;
françaises, quelque missionnaire y a baptisé des enfants et fait quelques&#13;
conversions ; mais on a fait si peu de fruits que cette mission est absolument&#13;
tombée. Ceux qui y ont hiverné étaient en si petit nombre et si peu gens de&#13;
lettres qu’ils n’ont laissé aucun mémoire. Nous y avons toujours été en&#13;
guerre avec les Anglais ; enfin, on leur a cédé ce pays par le traité&#13;
&#13;
- 1194 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
d’Utrecht 690. La France l’a depuis perdu de vue et les Anglais assurément&#13;
n’ont pas travaillé à y établir le christianisme.&#13;
Les Sioux sont un objet bien plus important. Cette nation est nombreuse et&#13;
florissante. Ses mœurs sont moins corrompues que celles des autres ;&#13;
l’adultère y est puni avec tant de sévérité que l’on coupe le nez et la peau&#13;
de la tête aux femmes qui en sont coupables. Ces peuples ont de la douceur,&#13;
de l’esprit et de la raison ; leur langue est une des trois langues-mères qui&#13;
partagent tous les Sauvages de l’Amérique septentrionale. Dans le peu de&#13;
commerce qu’on a eu avec les Sioux, on a cru s’apercevoir qu’ils avaient&#13;
l’accent chinois. En effet, on a quelque raison de penser que le pays&#13;
immense qu’ils occupent confine à la Tartarie et à la Chine, par où il serait&#13;
aisé de comprendre comment les premiers hommes, en faisant le tour du&#13;
globe terrestre, auraient pu de proche en proche passer à la longue de l’Asie&#13;
à l’Amérique, puisqu’on prouverait par là que ces deux parties du monde&#13;
ne font qu’un même continent. Quelques Sioux, après avoir longtemps&#13;
voyagé, ont rapporté qu’ils avaient trouvé bien loin, en tirant toujours vers&#13;
l’ouest, des hommes habillés de longues robes, qui avaient des maisons et&#13;
des villes comme les Français et ils avaient apporté de ce pays éloigné des&#13;
morceaux de porcelaine fort semblable à la porcelaine de la Chine. Ce fut le&#13;
hasard qui fit découvrir les Sioux.&#13;
La guerre iroquoise ayant dispersé les Hurons et les Algonquins, plusieurs&#13;
familles fuyant toujours leurs ennemis, arrivèrent enfin chez les Sioux, où&#13;
se croyant en sûreté, ils s’y établirent. Quelques Français qui se trouvaient&#13;
chez les Algonquins les suivirent et en rapportèrent bien des particularités,&#13;
qui nous mèneraient trop loin. M. de Laval, touché du besoin de tant de&#13;
peuples, s’adressa au P. Lalemant, qu’il avait amené de France et qui était&#13;
alors supérieur des missions. Ces deux grands serviteurs de Dieu, animés&#13;
du même esprit, prirent de concert toutes les mesures que la disette des&#13;
ouvriers put leur permettre, pour répandre de toutes parts la lumière de&#13;
&#13;
NDLR : Par le traité d’Utrecht entre la France et l’Angleterre, le 11 avril 1713, l’Acadie, TerreNeuve et la baie d’Hudson étaient cédés à l’Angleterre.&#13;
690&#13;
&#13;
- 1195 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
l’Évangile. Il y a eu en effet depuis ce temps-là des jésuites chez les Sioux ;&#13;
j’y ai vu aller en 1730 le P. Guignas ; mais jamais il n’y a eu de mission fixe.&#13;
J’en suis surpris et c’est dommage. Ce peuple sage et docile ne serait pas&#13;
difficile à cultiver ; sa langue fort répandue aurait facilité le commerce avec&#13;
des nations bien plus éloignées ; on aurait fait par là bien des découvertes&#13;
et surtout celle de la mer du Sud, si désirée et si utile, à laquelle on ne peut&#13;
douter que ce pays ne confine. Mais d’un autre côté, l’éloignement infini de&#13;
ce peuple, la difficulté d’y arriver à travers un pays inconnu, où tout&#13;
manque et où l’on trouve plusieurs nations ennemies, la nécessité de&#13;
travailler chez des nations connues, alliées ou voisines, qui méritent la&#13;
préférence, peuvent faire excuser ceux qui n’ont pas profité de ces belles&#13;
ouvertures.&#13;
La nation des Abénaquis consola le prélat du peu de progrès que faisait la&#13;
foi dans ce commencement chez tant de différents peuples. Les Abénaquis&#13;
avaient embrassé le christianisme depuis plusieurs années. Dès l’an 1646, le&#13;
P. Druillettes avait jeté parmi eux les fondements d’une Église florissante ;&#13;
mais ce fut pendant l’épiscopat de M. de Laval que l’Évangile y fit de plus&#13;
grands progrès. Ce fut un des objets les plus consolants pour lui et un des&#13;
premiers qu’embrassa son zèle. Dès son arrivée, plusieurs bons ouvriers,&#13;
que le P. Lalemant lui donna, allèrent cultiver ces terres fertiles et Dieu y a&#13;
répandu tant de bénédictions que, malgré leur vie errante et leur indolence&#13;
naturelle, presque tout ce peuple, répandu sur la côte orientale et dans&#13;
l’Acadie depuis le golfe Saint-Laurent jusqu’à la Nouvelle-York, est&#13;
aujourd’hui chrétien. Tous les efforts des Anglais n’ont pu les détacher de&#13;
notre alliance cimentée par la religion et l’artifice des ministres qu’ils y ont&#13;
envoyés, non plus que leur violence, quoiqu’elle ait été jusqu’à massacrer&#13;
le P. Roux, jésuite, leur missionnaire, n’ont pu ébranler la foi de ces&#13;
néophytes, ni diminuer leur ferveur. Les Abénaquis ont toujours été amis&#13;
de la France et ennemis des Anglais. Ils nous ont servi à contrebalancer les&#13;
Iroquois. Tandis que ceux-ci, animés par le gouverneur anglais, venaient&#13;
ravager nos terres, les Abénaquis, nos alliés, usaient par nos ordres de&#13;
représailles sur la colonie anglaise. On ne peut mieux peindre leur confiante&#13;
union avec nous que par ces paroles de leur ambassadeur au congrès tenu&#13;
- 1196 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
pour la paix générale avec toutes les nations sauvages 691 : « Je n’ai point&#13;
d’autre hache que celle de mon père, le gouverneur de Québec ; il l’a&#13;
enterrée, je n’en ai plus. » De tous les Sauvages, ce sont ceux dont les mœurs&#13;
s’accommodent le mieux avec les nôtres par la douceur, l’affabilité, la bonté&#13;
du cœur, qui leur est naturelle, mais qui n’affaiblit point leur courage et leur&#13;
valeur. Ils sont très unis entre eux et leur réputation est si bien établie que&#13;
malgré leur alliance avec nous, les Iroquois n’ont jamais osé les attaquer,&#13;
même dans le plus grand feu de la guerre. Ils sont extrêmement chastes et&#13;
retenus, ce qui parmi les Sauvages tient du prodige ; le vice chez eux est en&#13;
abomination et les plus légères libertés même en paroles leur sont&#13;
inconnues. Plusieurs familles portent la modestie jusqu’à séparer les&#13;
garçons et les filles en différentes cabanes et ne pas leur permettre de se&#13;
visiter.&#13;
Parmi les Sauvages de l’Acadie, il en est qu’on appelle Gaspésiens, parce&#13;
qu’on les trouve plus communément le long des caps Gaspé, ou&#13;
Crucientaux, à cause d’une espèce de culte religieux qu’ils semblent rendre&#13;
à la croix. Voici ce qu’en dit M. de Saint-Vallier dans sa relation, d’après le&#13;
P. Le Clercq, récollet, qui a donné une histoire de la Gaspésie : « On aurait&#13;
peine à croire que la rivière de la Croix n’ait pas été ainsi nommée par les&#13;
chrétiens ; il est pourtant vrai qu’elle le tire depuis un temps immémorial&#13;
de certains Sauvages appelés Crucientaux, parce qu’ils ont un respect&#13;
particulier pour la croix. Ils en mettent une de bois au bout de leurs canots,&#13;
ils en portent sur l’estomac une de porcelaine, plusieurs les pendent à leur&#13;
cou et les femmes enceintes en cousent une sur la partie de leur habit qui&#13;
couvre leur sein, à peu près comme les religieux mathurins ou trinitaires&#13;
pour mettre leur fruit sous la protection de la croix ; ils font enterrer avec&#13;
eux ou arborer une croix sur leur tombeau. Le capitaine se distingue par&#13;
une croix particulière sur l’épaule, jointe à celle de l’estomac ; l’une et l’autre&#13;
ont une bordure de porc-épic teinte en couleur de feu. Un de leurs plus&#13;
anciens, âgé de plus de 100 ans, disait qu’il avait vu le premier navire&#13;
NDLR : Il s’agit de la Grande Paix de Montréal du 4 août 1701 entre les représentants de la&#13;
Nouvelle-France et de 39 des Premières Nations, signée par le gouverneur de Callière et&#13;
1 300 représentants autochtones.&#13;
691&#13;
&#13;
- 1197 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
d’Europe qui avait abordé dans leur pays et qu’avant son arrivée, ils avaient&#13;
déjà l’usage de la croix, dont voici l’origine. Il y a longtemps que nos pères,&#13;
affligés d’une cruelle famine, après avoir inutilement invoqué le démon par&#13;
leurs jongleries, le capitaine vit en songe un jeune homme, qui l’assurant de&#13;
leur délivrance par la vertu de la croix, lui en montra trois, dont l’une&#13;
servirait dans les calamités publiques, l’autre dans les délibérations et les&#13;
conseils, la troisième dans les voyages et les périls. À son réveil, il ne trouva&#13;
plus rien, mais l’image de la croix demeura si vivement imprimée dans son&#13;
imagination, qu’il en fit sur-le-champ de semblables ; il inspira cette&#13;
dévotion à sa famille, d’où elle passa à toute la nation et il planta une grande&#13;
croix de bois au milieu et l’autre à la porte de sa cabane, dont chacune avait&#13;
trois croisillons, comme un monument de sa vision de trois croix. »&#13;
Ces usages, quoique singuliers, n’auraient rien de surprenant. Ces&#13;
Sauvages, superstitieux comme tous les autres, sont extrêmement dociles et&#13;
portés par amitié à imiter les Européens ; il n’est donc pas impossible&#13;
qu’ayant eu commerce avec les chrétiens, ils leur aient vu faire le signe de&#13;
la croix, se mettre à genoux devant un crucifix et marquer beaucoup de&#13;
respect pour ce signe de notre salut et qu’à leur exemple, ils aient marqué&#13;
un respect semblable, qu’ils aient même cru dans la croix une vertu secrète&#13;
et puissante, qu’insensiblement ils aient tournée en superstition et en&#13;
idolâtrie. Au reste, les Gaspésiens ont dû être les premiers Sauvages qui ont&#13;
connu les Européens ; comme ils sont restés à l’entrée du golfe SaintLaurent, ils ont pu, dès les premiers voyages de Jacques Cartier en 1634 692,&#13;
de celui de Verazzani 693 en 1528, de ceux mêmes des Espagnols et des&#13;
pêcheurs basques, bretons et normands en 1504 et 1506, en voir plusieurs&#13;
introduire parmi eux cet usage ; un intervalle de plus d’un siècle et demi&#13;
était plus que suffisant pour faire perdre parmi ce peuple toutes les traces&#13;
de son origine, y mettre des visions et des prodiges à leur manière et le faire&#13;
regarder comme immémorial en 1687 que M. de Saint-Vallier écrivait sa&#13;
&#13;
692&#13;
693&#13;
&#13;
Faute d’impression : il faut lire 1534.&#13;
Il faut plutôt lire : Verrazzano (Giovanni da).&#13;
- 1198 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
relation. Revenons maintenant à la suite de l’histoire de M. de Laval et&#13;
voyons ce qui se passa dans son premier voyage en France.&#13;
LIVRE CINQUIÈME&#13;
&#13;
Livre cinquième&#13;
La traite ou le commerce de l’eau-de-vie et autres boissons enivrantes parmi&#13;
les Sauvages a été l’objet du zèle et des plaintes de tous les missionnaires et&#13;
une matière intarissable de mésintelligence entre les évêques et les&#13;
gouverneurs et les intendants du Canada. M. de Laval a fait pour l’abolir&#13;
les plus grands et les plus constants efforts. La nécessité d’en porter ses&#13;
plaintes au roi fut un des motifs de tous ses voyages et même le seul motif&#13;
du troisième. Comme cette matière fait une partie considérable de sa vie,&#13;
qu’elle a été la source de la plupart des persécutions qu’il eut à souffrir et&#13;
que peu de personnes en sentent bien l’importance, nous l’allons expliquer&#13;
avec quelque étendue. Je fus chargé en 1730 de composer là-dessus un&#13;
mémoire, qui fut présenté à la Cour pour justifier la conduite de l’évêque&#13;
de Québec, lequel, sur les pas de ses prédécesseurs, s’opposait avec force à&#13;
ce commerce.&#13;
Tout le monde sait que les Sauvages du Canada ont une passion démesurée&#13;
pour l’ivrognerie. Comme ils n’ont point de vin chez eux, le peu d’habitude&#13;
où ils sont d’en boire leur en fait trouver le goût délicieux et les fait tomber&#13;
dans l’ivresse. Ce qu’on portait de vin et d’eau-de-vie dans les premiers&#13;
temps de la colonie était si peu de chose qu’on n’en pouvait faire part aux&#13;
Sauvages, qui n’avaient même aucune idée de ces liqueurs. Ce ne fut qu’en&#13;
1650 qu’il en vint une quantité considérable à Tadoussac, qu’on leur&#13;
distribua en échange de leurs pelleteries ; ce qu’on continua les autres&#13;
années. Cette boisson fut pour eux ce qu’elle avait été pour le patriarche&#13;
Noé ; ils en furent surpris et enivrés, parce qu’ils en prirent sans défiance et&#13;
avec excès. Les missionnaires alarmés ne manquèrent pas de s’opposer à&#13;
cette distribution. M. d’Ailleboust, gouverneur, et ceux qui étaient à la tête&#13;
de la colonie n’étant pas encore séduits par de faux prétextes, ni attirés par&#13;
l’appas du gain et remplis de la profonde vénération qu’avaient fait naître&#13;
- 1199 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
la piété admirable de cette Église naissante et le zèle des pasteurs, entrèrent&#13;
facilement dans leurs vues et donnèrent des ordres rigoureux pour&#13;
l’empêcher. Les Sauvages mêmes, malgré leur penchant à l’ivrognerie, en&#13;
sentirent le danger et furent les premiers à demander qu’on ne leur en&#13;
distribuât plus. Leurs chefs s’assemblèrent et prièrent M. le gouverneur&#13;
d’interdire absolument cette distribution et de faire bâtir une prison pour y&#13;
enfermer ceux qui en boiraient 694. Ainsi dès son origine, ce commerce porta&#13;
sur le front la tache et la condamnation de son désordre, gravées de la main&#13;
même des Sauvages. Mais tout cela dura peu. L’éloignement des supérieurs&#13;
fit négliger les châtiments et les ordres et le penchant au vice l’emporta. Les&#13;
missionnaires eurent beau faire ; sans force et sans autorité, ne pouvant&#13;
qu’édifier par leurs vertus et instruire dans leurs sermons, leurs efforts&#13;
furent inutiles. La religion est une faible barrière contre l’avidité du&#13;
marchand et l’intempérance du Sauvage. Le mal gagna à vue d’œil ; il passa&#13;
de Tadoussac au reste de la colonie, surtout du côté de Montréal et chez les&#13;
Iroquois et on ne tarda pas à voir les funestes effets d’un commerce si&#13;
pernicieux.&#13;
On aurait bien de la peine à se persuader dans quels excès l’ivresse entraîne&#13;
ces barbares. Il n’y a sorte de folies, de crimes, d’inhumanités où ils ne&#13;
tombent. Un Sauvage pour un verre d’eau-de-vie donne jusqu’à ses habits,&#13;
sa cabane, sa femme, ses enfants. Une Sauvagesse, qu’on enivre souvent&#13;
exprès, se livre au premier venu. Ils se déchirent entre eux, ils se déchirent&#13;
eux-mêmes. Qu’on entre dans une cabane où l’on vient de boire de l’eaude-vie ; on verra avec étonnement et horreur le père égorgeant son fils, le&#13;
fils massacrant son père, le mari et la femme, les meilleurs amis&#13;
Plusieurs fois les chefs autochtones prièrent les gouverneurs du Canada de prohiber aux colons&#13;
français d’introduire dans leur pays des boissons enivrantes. Dans les Archives du Séminaire de&#13;
Québec, on conserve le texte d’un discours tenu par un chef huron sur ce sujet : « Empêche que les&#13;
Français, disait le chef au gouverneur, ne nous viennent traiter de l’eau-de-vie, qu’ils ne viennent la&#13;
porter dans nos cabanes et solliciter notre jeunesse, de la leur traiter ni de leur donner à crédit, car&#13;
si quelqu’un de nous venait à s’enivrer, il serait véritablement damné, n’y ayant personne qui puisse&#13;
le retirer de son mauvais état, où les Français l’auraient sollicité à tomber. » (Discours des Hurons&#13;
qui demandent aux seigneurs de Montréal des terres sur leur île. Ils demandent aussi qu’on ne leur&#13;
échange pas de boissons. Réponses. Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Polygraphie 4, no 20.)&#13;
694&#13;
&#13;
- 1200 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
s’assommant, se mordant, s’arrachant les yeux, le nez, les oreilles. Ils ne sont&#13;
plus connaissables ; ce sont des forcenés. Il n’y a peut-être aucune image&#13;
plus vive de l’enfer. Il s’en trouve souvent parmi eux qui cherchent à&#13;
s’enivrer pour se venger de leurs ennemis et commettre impunément toute&#13;
sorte de crimes, à la faveur de cette belle excuse, qui passe chez eux pour&#13;
une justification complète, que dans ces moments ils ne sont point libres, ils&#13;
n’ont point d’esprit. S’il est difficile d’expliquer les excès des Sauvages, il&#13;
est aussi malaisé de comprendre jusqu’où va la cupidité, la mauvaise foi, la&#13;
friponnerie de ceux qui leur distribuent ces boissons. La facilité que leur&#13;
donnent l’ignorance et la passion de ces peuples de faire des profits&#13;
immenses et la certitude de l’impunité sont des charmes dont ils ne se&#13;
défendent pas. L’appât du gain fait sur eux ce que l’ivresse fait sur les&#13;
autres. Combien de crimes coulent de la même source ? Il n’est point de&#13;
mère qui ne craigne pour sa fille et de mari pour son épouse un libertin&#13;
armé d’une bouteille d’eau-de-vie. On vole, on pille ces misérables, qui&#13;
dans l’ivresse stupide, s’ils ne sont furieux, ne peuvent ni refuser ni se&#13;
défendre. Il n’est plus de barrière qu’on ne force ni de faiblesse dont on&#13;
n’abuse dans ces terres écartées, où n’ayant plus ni témoin ni maître, on&#13;
n’écoute que des passions brutales, dont un verre d’eau-de-vie facilite tous&#13;
les attentats. Les Français y sont pires que les Sauvages.&#13;
Il ne faut être ni fort habile ni fort sévère casuiste pour comprendre qu’on&#13;
ne peut, ni laisser aux Français, ni fournir aux Sauvages une occasion si&#13;
violente des plus grands crimes. La même loi de charité et d’humanité, qui&#13;
défend de donner une épée à un furieux prêt à se percer le sein, ne permet&#13;
pas de distribuer un poison si funeste : les évêques et les missionnaires ont&#13;
dû mettre tout en œuvre pour arrêter un si grand mal. Les Sauvages ont&#13;
souvent renouvelé leurs plaintes et ont été les plus ardents à en poursuivre&#13;
l’abolition. Ils ont agi vivement et fait agir les personnes accréditées auprès&#13;
des gouverneurs et des intendants. Ils appellent communément ceux qui&#13;
donnent de l’eau-de-vie de mauvais Français qui veulent les perdre. Dans&#13;
les guerres contre les Anglais, quand ils en ont trouvé dans leurs&#13;
habitations, ils ont enfoncé les tonneaux et l’ont répandue avec horreur.&#13;
Plusieurs nations ont fait vœu de n’en jamais boire, ce qui s’observe&#13;
- 1201 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
fidèlement. Sans doute, ni le roi ni le gouverneur n’ont jamais prétendu&#13;
favoriser tant de désordres, peut-être même n’en ont-ils pas été bien&#13;
instruits ou ne les ont-ils pas crus si grands. Ces désordres ne sont pas&#13;
moins réels et comme les missionnaires en sont tous les jours témoins, il&#13;
n’est pas étonnant qu’ils en soient plus vivement frappés.&#13;
L’intérêt de la religion les fait encore agir. L’eau-de-vie est un des plus&#13;
grands obstacles à la propagation de la foi. Elle fait apostasier plus de&#13;
chrétiens et retient plus d’infidèles dans le paganisme que le plus zélé&#13;
missionnaire n’en saurait convertir. Depuis l’établissement de ce&#13;
commerce, les missions n’ont fait que languir ; il ne se fait guère de&#13;
nouveaux chrétiens. Les missionnaires ne sont plus écoutés dans les lieux&#13;
où il est souffert. Le fer et le feu des Iroquois n’ont jamais fait tant de ravages&#13;
que cette liqueur. La conduite des Français qui la distribuent n’y contribue&#13;
pas moins. Quelle leçon pour des barbares que des passions effrénées, dont&#13;
ils éprouvent les excès ! La terreur des lois les retient dans un état policé ;&#13;
mais rien n’en arrête le débordement dans ces forêts écartées. Il est ordinaire&#13;
d’entendre dire à ces peuples : « Changerai-je de religion pour vivre comme&#13;
les Français ? Si ce que tu dis était vrai, ils seraient les premiers à te croire ».&#13;
Imaginerait-on que pour faciliter ce débit lucratif, les Français mêmes&#13;
décrient les missionnaires qui s’y opposent, leur font et leur font faire mille&#13;
outrages, blasphèment la religion qui les condamne et répandent parmi ces&#13;
peuples des principes d’irréligion et de libertinage dont on ne peut les faire&#13;
revenir, assistent à leurs fêtes idolâtres et font les mêmes superstitions&#13;
qu’eux 695. Tous les missionnaires sont inconsolables de la perte de tant&#13;
d’âmes et de l’inutilité de leurs travaux. Les évêques de Québec sont entrés&#13;
dans leurs vues et s’y sont constamment opposés : plaintes à la Cour,&#13;
représentations aux gouverneurs, excommunications, cas réservés, le zèle&#13;
n’a rien négligé pour tarir une source si féconde de crimes. Ce fut là une des&#13;
&#13;
Le 6 août 1667, le Serviteur de Dieu émit un décret qui menaçait de censures ecclésiastiques les&#13;
colons français qui se rendaient chez les Outaouais et qui « ne font point de difficulté d’assister à&#13;
tous les festins profanes qui s’y font par les païens, au grand scandale quelquefois de leurs âmes et&#13;
de l’édification qu’ils doivent donner aux nouveaux chrétiens ». (Archives de l’archidiocèse de&#13;
Québec, Registre A, p. 54, no 54)&#13;
695&#13;
&#13;
- 1202 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
premières démarches du vicaire apostolique. Dès le 5 mai 1660, il fulmina&#13;
une excommunication, encourue par le seul fait, contre ceux qui donnaient&#13;
de l’eau-de-vie aux Sauvages, quand même ils la distribueraient&#13;
gratuitement. Il la renouvela en 1667 696. En 1669, il en fit un cas réservé et&#13;
jusqu’à sa démission, il continua d’agir avec une fermeté apostolique.&#13;
Les gouverneurs et les intendants, au contraire, ont communément favorisé&#13;
la traite de l’eau-de-vie, soit que ceux qui les approchent y ayant&#13;
ordinairement part ou vendant aux marchands les permissions d’en traiter&#13;
qu’ils ont obtenues, l’intérêt les engage à déguiser à leur maître la grandeur&#13;
du mal, soit que les gouverneurs soient réellement persuadés, comme ils&#13;
l’ont toujours dit, qu’il est du service du roi de s’attacher les Sauvages par&#13;
des présents de cette espèce, qui sont tout à fait de leur goût, du moins de&#13;
les affaiblir, de leur arracher leur secret, de les animer contre l’ennemi par&#13;
un moyen qui a quelquefois réussi : prétexte d’autant plus plausible que les&#13;
Anglais, nos voisins, la distribuent ou plutôt la prodiguent sans scrupule et&#13;
qu’en distribuant de notre côté, nous ne faisons qu’employer les mêmes&#13;
armes. Ces raisons apparentes du bien de l’État ont souvent arraché du&#13;
prince des ordres favorables aux traitants. Souvent aussi la piété du prince&#13;
a rendu justice au zèle du clergé. Avant l’arrivée de l’évêque, les&#13;
missionnaires n’avaient que la voie de la prédication et de la confession.&#13;
Mais un prélat agissant avec autorité, les gouverneurs ont éclaté bien des&#13;
fois. Avant de raconter leurs démêlés, voyons le peu de solidité de leurs&#13;
prétextes. Il sera glorieux à la mémoire de M. de Laval de montrer que les&#13;
intérêts de la religion et ceux de l’État se trouvant réunis, il ne servait pas&#13;
moins son prince que son Dieu.&#13;
La protection du Seigneur est le plus ferme appui des États. Le plus sûr&#13;
moyen d’en soutenir, d’en augmenter la puissance, c’est de mettre Dieu&#13;
dans nos intérêts. Combien d’empires dont le renversement fut le châtiment&#13;
696&#13;
Ce n’est pas en 1667, mais plutôt en 1662 que le Serviteur de Dieu renouvela sa menace&#13;
d’excommunication contre les commerçants de boissons enivrantes (Doc. XXVII, nos 3 et 4).&#13;
Comme nous l’avons vu (Doc. XXVII-2), en octobre 1661, Mgr de Laval avait levé&#13;
l’excommunication ; cependant, à cause des graves désordres qui s’en suivirent, il se crut obligé de&#13;
la renouveler en 1662.&#13;
&#13;
- 1203 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
des crimes qui y régnaient ! La monarchie française est redevable à la piété&#13;
de ses rois, de l’éclat dont elle jouit. La bonne politique a toujours senti&#13;
qu’elle avait besoin de la religion, que les meilleurs chrétiens sont les sujets&#13;
les plus fidèles. Les liens de la religion sont solides et durables, ils vont au&#13;
cœur. L’Évangile nous a donné l’entrée chez les Sauvages et nous les attache&#13;
le plus fortement. La colonie lui doit son établissement et ses progrès. Le&#13;
zèle de la religion fait tous les jours percer les forêts, traverser les rivières,&#13;
grimper sur les montagnes à un nombre de missionnaires pour aller&#13;
chercher ou suivre un Sauvage. C’est le respect pour la religion qui donne&#13;
tant d’ascendant sur eux aux ministres de l’Évangile pour leur faire aimer&#13;
la domination française, pour négocier la guerre ou la paix, dissiper les&#13;
partis ou former des alliances. Ce sont les vérités de la religion qui les&#13;
humanisent, qui les civilisent et qui leur inspirent des sentiments de&#13;
pudeur, de justice et de probité et présentent dans ceux qui la prêchent des&#13;
idées respectables de désintéressement et de vertu. L’eau-de-vie, dans ceux&#13;
qui la distribuent, ne donne que des idées basses de passion et d’intérêt. Le&#13;
solide attachement se perpétue avec la foi ; les fruits de l’ivresse s’écoulent&#13;
avec la liqueur. La religion a gagné des nations entières et ménagé plusieurs&#13;
fois la paix ; l’eau-de-vie n’a pas empêché une seule fois la guerre, formé&#13;
une alliance, gagné solidement un Sauvage.&#13;
Bien loin de nous les attacher, l’eau-de-vie les éloigne de nous. Distinguons&#13;
le Sauvage dans le temps que, buvant la liqueur, il n’est plus maître de luimême, d’avec ce même Sauvage rendu à la raison après son ivresse. Dans&#13;
le moment critique, où la présence de l’objet irrite son intempérance, sans&#13;
doute on en fait ce qu’on veut. Si cela s’appelle gagner des hommes, ainsi&#13;
peut-on dire que les gagnait la fameuse enchanteresse de la fable, dont le&#13;
breuvage empoisonné les changeait en bêtes. Ainsi, un séducteur gagne une&#13;
personne trop faible pour résister à ses poursuites. C’est ainsi que le&#13;
marchand, trop instruit du fatal succès de la boisson, dépouille&#13;
impitoyablement ce malheureux à la faveur d’une ivresse, qui le livre à son&#13;
avarice. Mais que dit-il ce même homme, lorsque, revenu à lui-même, il voit&#13;
ses parents, ses amis massacrés de sa propre main, lorsqu’il se trouve privé&#13;
de tout ce qu’il avait ramassé dans ses pénibles courses, pour un moment&#13;
- 1204 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
de plaisir dont il ne lui reste que la honte. Que de malédictions il donne à&#13;
son séducteur ! Par cette raison, plusieurs nations refusent d’avoir&#13;
commerce avec nous ou n’en ont que par des députés et en petit nombre,&#13;
gens choisis et bien éprouvés. Croit-on que les Français, chez qui les&#13;
Sauvages trouvent si peu de justice et d’humanité, leur paraissent bien&#13;
dignes d’affection ? L’unique moyen de les attirer, c’est de s’en faire aimer,&#13;
estimer et craindre. L’amitié ne se donne qu’au bienfait réel ; la vertu seule&#13;
mérite l’estime. La sagesse et la fermeté d’un gouvernement qui maintient&#13;
la justice et les lois peuvent seules en imposer. Mais ce commerce injuste&#13;
rend également odieux la nation et le gouvernement.&#13;
Outre les Sauvages, la traite de l’eau-de-vie perd un grand nombre de&#13;
Français et par cette raison encore est contraire aux intérêts de la colonie.&#13;
La plupart de ceux qui s’en mêlent lui deviennent inutiles. Ils&#13;
s’abandonnent à la débauche pendant leur séjour et en sont bientôt les&#13;
victimes par des maladies dangereuses ou une mort prématurée. Plusieurs,&#13;
pour s’y livrer avec plus de liberté, par un libertinage peu croyable, quittent&#13;
la colonie, s’établissent chez les Sauvages et en prennent la religion et les&#13;
mœurs. Ceux qui en petit nombre reviennent chez eux, chargés des&#13;
infirmités et des vices qu’ils y ont contractés, sont hors d’état de peupler et&#13;
de servir le pays. Des hommes de ce caractère donnent-ils aux barbares une&#13;
grande idée de notre nation ? Tout grossiers qu’ils sont, ils ont encore des&#13;
sentiments d’humanité, de bonne foi, de justice. Ils ont horreur de la fraude&#13;
et du libertinage ; ils ne sont pas insensibles à leurs vrais intérêts. Ils&#13;
démêlent peu les raisons politiques qui peuvent faire agir le ministère ; ils&#13;
ne distinguent point les Français qu’ils voient chez eux du reste de la nation&#13;
qu’ils ne voient point. Quelle idée peuvent-ils se former du gouvernement&#13;
qui tolère tant de désordres et d’un peuple qui, après avoir envahi leurs&#13;
terres, les poursuit encore dans leurs forêts pour les voler et les déshonorer&#13;
par le moyen d’un breuvage qu’ils appellent magique et dont ils disent qu’il&#13;
y a dedans un manitou, c’est-à-dire un esprit malfaisant.&#13;
Mais, dit-on, les Anglais les attirent par là. Quand cela serait, on devrait peu&#13;
leur envier un avantage qu’ils n’achètent que par des crimes. Mais ce n’est&#13;
- 1205 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
que sur de mauvais mémoires qu’on vante si fort le progrès dont les Anglais&#13;
sont redevables à l’eau-de-vie. Quelques Sauvages, en petit nombre, situés&#13;
dans leur voisinage, plutôt forcés par la crainte et par le besoin qu’engagés&#13;
par l’affection et par l’estime, font tout l’apanage des colonies britanniques.&#13;
Qu’on jette les yeux sur le continent immense qui depuis la baie d’Hudson&#13;
jusqu’au Mississippi et depuis les terres anglaises jusqu’à la mer de l’ouest&#13;
renferme une infinité de nations. Bien loin d’être attachées aux Anglais, la&#13;
plupart même n’ont pas de communication avec eux, ni ne sont à portée de&#13;
les connaître. C’est pourtant dans ce vaste pays, où la religion nous a donné&#13;
entrée et où la concurrence avec l’Angleterre ne fut jamais à craindre, que&#13;
se fait la traite de l’eau-de-vie. Il n’y a qu’une poignée de Sauvages, qui se&#13;
trouvent entre les Anglais et nous et qui selon leurs caprices se donnent&#13;
tantôt aux uns tantôt aux autres, qui puissent être l’objet de l’ambition de&#13;
deux nations rivales, dont on veut que l’eau-de-vie décide du sort : vain&#13;
prétexte qui ne sert qu’à pallier le commerce criminel qu’on fait chez les&#13;
autres nations, où il est à tous égards inutiles.&#13;
Dans cette poignée même où l’eau-de-vie fait, dit-on, pencher la balance,&#13;
les Anglais attirent-ils bien du monde par leur profusion ? Leur en avonsnous beaucoup enlevé depuis que nous sommes en ce point leurs émules ?&#13;
J’ose dire qu’il n’y a point une seule nation dont on doive l’alliance à ce&#13;
commerce. En 1730, j’ai vu les Chaouanons quitter les Anglais et se donner&#13;
à la France par principe de continence et de sobriété. Tout le monde sait en&#13;
Canada que cette nation ne boit point de liqueur enivrante. Les Iroquois,&#13;
qui étaient à nous, se sont donnés aux Anglais, parce que négligeant la&#13;
chasse tandis qu’ils ont de quoi boire et empruntant, après avoir tout donné,&#13;
afin de continuer leur débauche, ils se sont trouvés accablés de dettes,&#13;
fainéants et misérables et sont allés comme des banqueroutiers se réfugier&#13;
en Angleterre ; ils sont devenus nos ennemis et nous ont causé bien du&#13;
dommage. Les Micmacs, les Outaouais, nos alliés, ayant passé l’hiver à&#13;
boire, n’ont été à temps ni en état de faire la campagne contre les Iroquois ;&#13;
cent fois, ils en ont été surpris dans l’ivresse. Le gouverneur du Canada,&#13;
réveillé par ces malheurs, renouvela la défense de donner de l’eau-de-vie&#13;
sous de très graves peines. Mais c’était s’y prendre trop tard et même après&#13;
- 1206 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
la guerre, rien n’a été soutenu. Les Hurons, de tout temps attachés à la&#13;
France, ne boivent pas d’eau-de-vie. Ceux d’entre eux qui sont établis à&#13;
Lorette, aux portes de Québec, ont fait vœu de n’en point boire et tiennent&#13;
parole ; tant il est vrai que c’est un faible lien, ou plutôt un moyen de rompre&#13;
tous les liens.&#13;
Enfin, ne compte-t-on pour rien la conservation des bonnes mœurs dans la&#13;
colonie ? Ce commerce, par la facilité et les occasions du crime, est pour les&#13;
Français la source de la plus grande dépravation. Tout en Canada tire à&#13;
conséquence. Ce pays naissant est un jeune homme qu’il faut élever ; les&#13;
principes qu’on lui donne, les habitudes qu’on lui laisse prendre, décident&#13;
du reste de la vie. Il est aisé aujourd’hui, il l’était bien davantage au temps&#13;
de M. de Laval, de former un peuple chrétien. C’est un tendre arbrisseau&#13;
qu’on plie comme l’on veut ; mais on ne peut le redresser quand il a pris un&#13;
mauvais pli. Non seulement c’est un jeune homme, mais encore un jeune&#13;
homme fort éloigné de son père et livré à lui-même. Je sais que la colonie a&#13;
eu et a encore à sa tête des gens de beaucoup de mérite, dont les vertus et&#13;
le zèle secondent les pieuses intentions du prince. Mais le choix n’en a pas&#13;
toujours été et peut n’en être pas toujours également heureux. Dans un si&#13;
vaste pays, peut-on tout voir et pourvoir à tout ? L’impunité doit être&#13;
grande et la subordination médiocre. Quel bien ne serait-ce pas si le&#13;
commerce ne roulait que sur des choses utiles ? Les Sauvages travailleraient&#13;
la terre et prendraient quelques métiers ; les Français établiraient des&#13;
manufactures, feraient valoir les mines, etc. Le commerce facile de la&#13;
boisson fait diversion à tout. Après avoir passé l’année dans l’oisiveté, on&#13;
en est quitte pour acheter à l’automne quelques barriques d’eau-de-vie et&#13;
l’aller vendre aux Sauvages à un prix excessif. Il est important d’entretenir&#13;
dans ce pays éloigné des sentiments de religion et d’honneur. Pourquoi&#13;
laisser imparfaite en ne levant pas cet obstacle, ou plutôt pourquoi détruire&#13;
une mission si nécessaire et qui a tant coûté, tandis qu’il en coûterait si peu&#13;
pour la rendre florissante ?&#13;
Les gouverneurs ont quelquefois goûté ces raisons. Ils ont voulu composer&#13;
avec les évêques et ont offert de faire des règlements pour arrêter ces&#13;
- 1207 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
désordres. Ces tempéraments n’ont jamais réussi. Peut-on espérer de&#13;
remédier à un mal, tandis qu’on en laisse le principe ? En France même, où&#13;
l’on vit sous les yeux du maître, où l’intérêt rend tous les traitants si attentifs&#13;
à empêcher la contrebande, où les peines sont si rigoureuses, le profit si&#13;
petit et le risque si grand, les faussonniers sont-ils rares ? Et l’on pensera&#13;
qu’au milieu d’un peuple étranger, où l’on ne craint rien, on sera assez&#13;
consciencieux pour négliger des profits si considérables ou y mettre des&#13;
bornes ? Quel règlement peut-on faire ? Fixera-t-on la mesure d’eau-de-vie&#13;
qu’il sera permis de donner ? Quel commissaire y veillera à 500 lieues de&#13;
Québec ? Qui pourrait y veiller à Québec même ? Les Sauvages ne peuventils pas en prendre par différentes mains et la ramasser ? Quand on n’en&#13;
donnerait qu’un demi-verre à chacun, n’ont-ils pas la dégoûtante folie de la&#13;
garder dans leur bouche et de la rassembler dans un vase pour enivrer&#13;
quelqu’un d’entre eux ? Voilà les raisons que faisait valoir M. de Laval. Je&#13;
les ai rapportées avec étendue pour justifier sa conduite dans les&#13;
persécutions sans nombre qu’on lui suscita à cette occasion.&#13;
Nous avons vu la fermeté de M. d’Ailleboust, gouverneur, pour empêcher&#13;
la traite de l’eau-de-vie quand elle commença à Tadoussac. M. d’Argenson,&#13;
qui lui succéda, marcha sur ses traces et continua de la défendre 697.&#13;
M. de Laval arriva pendant son gouvernement et n’eut qu’à se louer du&#13;
gouverneur. Le mauvais état de la colonie, la guerre des Iroquois, une santé&#13;
ruinée, quelques différends sur le cérémonial qu’il prétendait lui être dû à&#13;
l’église, la qualité de marguillier d’honneur, l’inspection des comptes de la&#13;
fabrique qu’on lui disputait dégoûtèrent M. d’Argenson. Il demanda son&#13;
rappel et fut remplacé par M. Davaugour. Rien de plus zélé, de plus ferme&#13;
que lui dans les commencements. Il décerna de nouvelles peines contre les&#13;
coupables. Un incident le fit changer tout à coup sans retour. Une femme&#13;
de Québec fut surprise en contravention et conduite en prison. Le&#13;
P. Lalemant, recteur des Jésuites, à la sollicitation de la famille, alla&#13;
demander grâce et voulut l’excuser. M. Davaugour répondit brusquement&#13;
Selon Faillon (Histoire de la colonie française en Canada, Ville-Marie, 1865, p. 28-29), le&#13;
gouverneur d’Argenson (1658-1661), tout en n’approuvant pas ouvertement le commerce des&#13;
boissons enivrantes avec les Autochtones, ne fit rien pour le condamner.&#13;
697&#13;
&#13;
- 1208 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
à ce jésuite : « Vous êtes les premiers à crier contre la traite et vous ne voulez&#13;
pas qu’on punisse les traitants ? Je ne serai plus le jouet de vos&#13;
contradictions ; puisque ce n’est pas une faute punissable dans cette femme,&#13;
elle ne le sera plus pour personne ! » Ce raisonnement et cette conduite&#13;
n’étaient pas justes. Faut-il abolir une loi et permettre le crime parce qu’on&#13;
aura mal à propos demandé la grâce d’un criminel ? L’amitié, l’intérêt, un&#13;
zèle mal entendu peuvent faire implorer la clémence du juge. C’est à lui à&#13;
refuser et à faire justice. Il n’y a nulle inconséquence à détester et à&#13;
poursuivre le péché et en même temps vouloir épargner le pécheur. Un&#13;
ministre de Jésus-Christ, dont la douceur et la charité font le caractère, imite&#13;
en cela l’exemple de celui qui, détestant infiniment le crime, est pourtant&#13;
mort pour sauver le criminel. Que sont même dans le fond la plupart des&#13;
sollicitations que des témoignages d’amitié qu’on donne à une famille, dont&#13;
on n’attend guère et dont on désire peu le succès ?&#13;
Mais M. Davaugour était un de ces hommes raides et inflexibles que rien&#13;
ne peut changer. Rien ne fut capable de lui faire rétracter cette parole et&#13;
cette funeste permission qu’un moment de mauvaise humeur lui avait&#13;
arrachée. L’évêque, le clergé, les Jésuites, tout ce qu’il y avait d’honnêtes&#13;
gens dans la colonie, les Sauvages mêmes par des députations solennelles&#13;
de leurs anciens et de leurs capitaines, eurent beau lui représenter les&#13;
inconvénients de cette liberté et le supplier de faire exécuter ses propres&#13;
ordonnances, soit prévention qu’on exagère le mal, soit ressentiment contre&#13;
les Jésuites, soit raideur outrée de caractère, on ne put rien obtenir. Il lâcha&#13;
la bride aux traitants. Le mal fit de si grands et de si rapides progrès que&#13;
bientôt il fut extrême et sans remède. On distribua l’eau-de-vie avec&#13;
profusion, on en but avec excès. Cette espèce de nouveauté semblait lui&#13;
donner un goût plus piquant. Grand nombre d’idolâtres qui se faisaient&#13;
instruire abandonnèrent la religion ; les plus fervents néophytes&#13;
apostasièrent ou vécurent en idolâtres. Ces fervents chrétiens, qui faisaient&#13;
revivre la primitive Église et que les infidèles même admiraient, devinrent&#13;
l’opprobre et le scandale du christianisme, dont par leurs dérangements ils&#13;
faisaient blâmer la sainteté et soupçonner la certitude. Il n’y en eut qu’un&#13;
très petit nombre qui résista à ce torrent débordé ; encore fallut-il que se&#13;
- 1209 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
réfugiant à Sillery ou au cap de la Madeleine et rompant commerce avec&#13;
tout le monde, ils s’éloignassent promptement du danger.&#13;
Le vicaire apostolique s’opposa comme un mur d’airain au désordre&#13;
extrême qu’il prévoyait irréparable. Il parla avec force, il agit avec vigueur.&#13;
Il employa toute son autorité et par un long mandement, il défendit&#13;
absolument le commerce de l’eau-de-vie. Il fulmina les censures&#13;
ecclésiastiques.&#13;
&#13;
Le&#13;
&#13;
jour&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
Pâques 1660 698,&#13;
&#13;
célébrant&#13;
&#13;
la&#13;
&#13;
messe&#13;
&#13;
pontificalement, il monta après l’Évangile dans une chaire au milieu du&#13;
chœur, la mitre en tête, la crosse à la main, environné de son clergé, après&#13;
un discours pathétique, où il prit pour texte ces paroles que Dieu dit à&#13;
Moïse : « Descende, peccavit populus tuus 699 », il fulmina l’excommunication 700. Il fit depuis un cas réservé du commerce des Français avec les&#13;
Sauvages, parce que ce crime si commun et si facile n’est qu’une suite de&#13;
l’ivresse. Il mit en mouvement les religieux et le clergé et il fut secondé avec&#13;
zèle. On tonna dans la chaire, on fut inflexible dans le confessionnal. Ce fut&#13;
le signal d’une persécution qui n’a jamais été bien éteinte. Ses ennemis&#13;
prétendirent que les consciences étaient gênées. Ils invectivèrent contre les&#13;
confesseurs et les prédicateurs. On attaqua leurs mœurs et leur conduite.&#13;
Le prélat ne fut pas plus épargné que les autres. Des personnes intéressées,&#13;
les murmures passèrent au peuple ; du peuple, le mal gagna les notables.&#13;
Quelques officiers de marine et quelques passagers qui vinrent dans les&#13;
vaisseaux l’automne suivant, ne jugeant des choses que par l’usage de&#13;
France, où le commerce de l’eau-de-vie est libre, se joignirent aux&#13;
mécontents, agirent et parlèrent avec d’autant moins de circonspection&#13;
qu’ils n’avaient rien à espérer ni à craindre. Les libelles se multiplièrent ;&#13;
&#13;
Ce n’est pas le jour de Pâques mais en celui de l’Ascension, le 6 mai 1660, que le Serviteur de&#13;
Dieu publia solennellement ce décret d’excommunication, qui porte toutefois la date du 5 mai&#13;
(Doc. XXVII-1).&#13;
699&#13;
NDLR : « Descends, ton peuple s’est corrompu. » (Exode, 32:7)&#13;
700&#13;
Selon de La Tour, le Serviteur de Dieu aurait publié son décret d’excommunication de 1660 en&#13;
vue de s’opposer à la licence donnée par le gouverneur Davaugour pour le commerce des boissons&#13;
enivrantes, licence provoquée par l’incident dont il est question. Dans ce cas, l’auteur inverse l’ordre&#13;
des faits, puisque ce décret d’excommunication est antérieur de deux ans à l’incident, survenu en&#13;
1662, année durant laquelle Mgr de Laval remit en vigueur l’excommunication levée quelques mois&#13;
avant la licence donnée par le gouverneur.&#13;
698&#13;
&#13;
- 1210 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
l’autorité de l’Église fut méprisée. Il est étonnant que dans un livre sur le&#13;
Canada, qui a paru sous le nom d’un récollet, sans doute à son insu, on ait&#13;
adopté toutes ces calomnies. On envoya à la Cour les mémoires les plus&#13;
violents. Le gouverneur le vit avec indifférence. Mais le Conseil du roi n’y&#13;
eut aucun égard. Il en pénétrait les motifs. Les personnes les plus&#13;
respectables de la colonie, ou plutôt la voix publique les démentait. La&#13;
réputation de sainteté si justement acquise au prélat et à son clergé n’en fut&#13;
pas entamée, mais le commerce de l’eau-de-vie demeura libre.&#13;
L’évêque de Pétrée, qui voulait d’ailleurs proposer l’érection de l’évêché de&#13;
Québec pour agir plus efficacement, crut le désordre assez grand pour&#13;
devoir hâter son voyage et porter ses plaintes au pied du trône 701. Il en était&#13;
inconsolable. « Il a pensé mourir de douleur, disait la mère de l’Incarnation ;&#13;
on le voit sécher sur ses pieds. Je crois que s’il ne peut réussir, il ne reviendra&#13;
plus ; ce qui serait une perte irréparable pour cette Église et pour les&#13;
pauvres. Il se fait pauvre pour les assister ; il porte le caractère d’un saint.&#13;
Plaise au ciel de nous renvoyer notre bon père et pasteur 702 ».&#13;
Il parla au roi avec un zèle apostolique. Il en fut écouté et obtint à la&#13;
première audience tout ce qu’il demanda. Le commerce des boissons fut&#13;
absolument défendu. M. Davaugour fut rappelé et perdit tous ses effets par&#13;
des malheurs imprévus, qu’on regarda comme des punitions de Dieu.&#13;
Revenu en France, il alla, avec la permission du roi, servir dans les armées&#13;
de l’empereur contre le Turc où il fut tué. C’était un homme d’honneur qui&#13;
fit toujours son devoir avec distinction, à ce travers près si fatal au Canada,&#13;
triste effet d’une raideur inflexible. On ne peut refuser des éloges à sa&#13;
probité, à sa religion et à sa valeur. Les particuliers qui avaient traité de&#13;
l’eau-de-vie furent visiblement châtiés par la justice divine. Plusieurs&#13;
tombèrent dans des crimes énormes et reçurent des flétrissures publiques.&#13;
Tout le pays fut pendant six mois agité par des tremblements de terre et des&#13;
phénomènes affreux, dont nous parlerons ailleurs, qui convertirent bien du&#13;
&#13;
701&#13;
702&#13;
&#13;
Il s’agit du premier voyage du Serviteur de Dieu en France (1662-1663).&#13;
Pour le texte critique de cette lettre, voir Doc. XXI-6.&#13;
- 1211 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
monde. Dieu semblait exécuter l’excommunication lancée par le prélat et&#13;
prévenir les ordres du roi, qui pendant quelques années ne furent pas&#13;
nécessaires.&#13;
En rappelant le baron Davaugour, le roi permit à M. de Laval de lui choisir&#13;
un successeur. Son choix tomba sur M. de Mésy, dont la piété promettait&#13;
tout. Le prélat se flattait avec son secours d’arracher ce scandale. Mais il&#13;
était de la destinée de l’homme apostolique que ceux qu’il plaçait fussent la&#13;
source de ses peines. Le P. Lalemant, qu’il avait désiré avec ardeur,&#13;
occasionna par hasard et sans le vouloir ses persécutions auprès de&#13;
M. Davaugour. Son successeur à l’épiscopat, qu’il avait choisi avec&#13;
complaisance, renversa tous ses ouvrages. M. de Mésy, son ami de cœur,&#13;
placé de sa main, devint son plus violent ennemi. À peine ce gouverneur&#13;
fut-il arrivé que la contagion le gagna. Soit sollicitation, soit intérêt, il&#13;
favorisa sourdement la traite de l’eau-de-vie qu’il avait ordre et qu’il avait&#13;
promis d’empêcher. Il manœuvra du côté de la Cour et obtint d’autant plus&#13;
aisément la tolérance qu’étant ami du prélat, de son choix et réellement&#13;
pieux, il ne devait pas être suspect. D’autres différends, que l’aigreur de&#13;
l’esprit fit naître ou porta trop loin, divisèrent le Conseil, le gouverneur et&#13;
l’évêque. L’un se porta aux plus grands excès ; l’autre montra la plus&#13;
héroïque patience. Dieu termina tout heureusement par la pénitence et la&#13;
mort du coupable.&#13;
M. Tracy, vice-roi*, qui vint ensuite, était trop éclairé et trop pieux pour ne&#13;
pas tenir la main à l’exécution des ordres du roi. Il y ajouta même et&#13;
ordonna que tous les Français qui reviendraient de chez les Sauvages&#13;
apporteraient une attestation des missionnaires comme ils n’avaient point&#13;
vendu d’eau-de-vie, sous peine de confiscation de leurs pelleteries. Mais&#13;
son règne trop court fut suivi du gouvernement de M. de Courcelle, qui&#13;
n’agit que faiblement. M. Talon, qui vint deux fois intendant, y fut encore&#13;
moins favorable. En 1688 703, ayant obtenu du ministre une lettre qui&#13;
permettait la traite de l’eau-de-vie, il assembla extraordinairement le&#13;
703&#13;
&#13;
Faute d’impression : il faut lire 1668.&#13;
- 1212 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Conseil le jour même de son embarquement et sans lui donner le temps de&#13;
délibérer sur cette lettre, dicta et fit signer à tous les juges, contre la règle et&#13;
l’usage qui ne demandent que la signature du président et du rapporteur,&#13;
un arrêt qui permet cette traite 704. Dix ans après, les plaintes ne faisant que&#13;
croître tous les ans, M. Colbert manda à M. de Frontenac, gouverneur, de&#13;
faire conjointement avec le Conseil une assemblée de 20 des principaux&#13;
habitants pour avoir leur avis sur ce commerce. Le gouverneur, sans&#13;
consulter ni le Conseil ni personne, assembla 24 habitants à sa maison, qui&#13;
signèrent tout ce qu’il voulut 705. M. l’évêque crut cette manœuvre de si&#13;
grande conséquence qu’il fit un voyage exprès en France pour en arrêter&#13;
l’effet 706. On remarqua dans le pays que tous ceux qui avaient signé cet arrêt&#13;
ou cette délibération furent visiblement punis par une mort funeste.&#13;
M. de Laval ne relâcha rien de sa fermeté. Il renouvela les premières&#13;
défenses par un nouveau mandement qui les confirmait. En 1669, il les&#13;
renouvela encore ; il y ajouta qu’il se réservait l’absolution du péché que&#13;
commettaient ceux qui donnaient de l’eau-de-vie et ceux qui en&#13;
permettaient ou en favorisaient le commerce. Le gouverneur, qui s’y&#13;
trouvait implicitement compris et que le prélat avait sans doute eu en vue,&#13;
s’en offensa et se plaignit. J’ai vu renouveler cette plainte sur une pareille&#13;
réserve faite par M. Dosquet en 1730. On fit entendre au gouverneur que ce&#13;
cas ne pouvait être réservé et qu’un gouverneur devait en être exempt. C’est&#13;
une erreur. Tout péché mortel extérieur peut être réservé. Tout homme&#13;
soumis au tribunal de la pénitence se trouve dans le cas de la réserve, s’il&#13;
s’adresse à un confesseur qui n’a pas le pouvoir de l’en absoudre. La&#13;
distribution de l’eau-de-vie étant un péché mortel, le gouverneur qui la&#13;
favorisait n’était ni moins coupable, ni plus privilégié que les autres.&#13;
&#13;
Notons ici que le Serviteur de Dieu, présent à la réunion, protesta énergiquement contre la&#13;
proposition de Talon et refusa de signer le décret (cf. Thomas Chapais, Jean Talon, Québec, 1904,&#13;
p. 245).&#13;
705&#13;
Une copie du procès-verbal de cette réunion de 1678 est conservée aux Archives nationales&#13;
d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, sous-série F3, vol. 5, fos 75-84. Sur cette&#13;
réunion, cf. Doc. XXVII-13.&#13;
706&#13;
Il s’agit du troisième voyage de Mgr de Laval en France (1678-1679).&#13;
704&#13;
&#13;
- 1213 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
L’évêque n’eut aucun égard aux plaintes. La réserve subsista ; les&#13;
confesseurs firent leur devoir.&#13;
Cependant, le mal allait toujours croissant et les remèdes ecclésiastiques&#13;
étant inutiles, M. de Laval en 1676 envoya en France M. Dudouyt, un de ses&#13;
grands-vicaires et de ses plus dignes prêtres, pour obtenir le&#13;
renouvellement des défenses. Tous ces mouvements ne produisirent rien et&#13;
en 1678 le prélat prit le parti d’aller lui-même à la Cour solliciter un remède&#13;
qu’il croyait si nécessaire. Mais la Cour était prévenue par le gouverneur et&#13;
par l’intendant. Il n’y eut sorte de difficultés, de rebuts, de mépris, que le&#13;
prélat n’eut à essuyer. On voulait absolument le forcer à permettre ce&#13;
commerce ; mais il fut inébranlable. Il eut la douleur de s’en revenir après&#13;
deux ans de poursuite, sans avoir presque rien obtenu. Le roi accorda&#13;
seulement que la permission de la traite serait restreinte aux habitations&#13;
françaises, c’est-à-dire qu’on ne pourrait porter de l’eau-de-vie aux&#13;
Sauvages, mais seulement leur en donner dans les maisons : faible barrière,&#13;
les maisons françaises étant dispersées et plusieurs près des Sauvages, il est&#13;
aisé de trouver des entrepôts et fort difficile de veiller sur les&#13;
contraventions. D’ailleurs le gouverneur, secrètement favorable à la traite,&#13;
était bien éloigné d’y tenir la main. C’était donc sous un autre nom la&#13;
permettre en effet. Le prélat, ne pouvant mieux faire, revint en Canada&#13;
accablé de chagrin et se borna à user de son autorité dans le for intérieur.&#13;
La fureur pour l’eau-de-vie a un peu diminué depuis, parce qu’étant&#13;
devenue plus commune et les Sauvages s’y étant accoutumés, ils n’ont plus&#13;
tant d’ardeur pour en boire et ne tombent plus dans les mêmes excès après&#13;
en avoir bu et ce moyen prétendu de les attacher est devenu par là plus&#13;
inutile que jamais, quoique toujours il reste assez de mal pour exercer&#13;
longtemps le zèle des pasteurs.&#13;
&#13;
- 1214 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
LIVRE SIXIÈME&#13;
&#13;
Livre sixième&#13;
L’évêque de Pétrée n’avait pu d’abord se résoudre à être évêque titulaire&#13;
du Canada 707, soit par humilité, soit par prudence pour ne pas se charger&#13;
sans le connaître d’un pays barbare, dont le gouvernement devait être plein&#13;
de difficultés. Il s’y rendit en qualité de vicaire apostolique pour dégrossir&#13;
l’ouvrage et préparer les voies à l’évêque qu’on y voudrait établir. Une&#13;
visite exacte et un séjour de trois années lui ayant fait connaître l’état et les&#13;
besoins du pays, il comprit que l’érection d’un évêché y était absolument&#13;
nécessaire. Comment se flatter d’avoir toujours des prêtres de France, où&#13;
beaucoup de diocèses en manquent, qu’on ne peut faire venir qu’à grands&#13;
frais et que chaque année on risque de perdre ? Comment se flatter d’en&#13;
trouver toujours de bons, assez zélés pour se soutenir dans un climat si&#13;
rude, assez pieux pour édifier un peuple si corrompu ? Comment&#13;
gouverner une Église si considérable, qui s’augmente tous les jours, sans&#13;
une autorité supérieure qui corrige les abus, qui pourvoit aux besoins, qui&#13;
se fasse écouter à la Cour ? Peut-on se le promettre des missionnaires&#13;
dispersés dans un pays immense, sans biens, sans nom, sans crédit, qui à&#13;
peine se connaissent et souvent sont divisés entre eux ? Il faut donc un&#13;
évêque qui fasse des prêtres dans le pays et qui soit le centre commun où&#13;
tout se réunisse. Ces raisons ont souvent fait naître dans les colonies les&#13;
oppositions des gouverneurs et des intendants contre l’érection des&#13;
évêchés. Ils ont craint l’union du clergé à un chef ; ils ont senti qu’ils seraient&#13;
bien moins maîtres d’un corps qui aurait un évêque à sa tête, ordinairement&#13;
homme de condition et accrédité, qu’ils ne le sont de quelques particuliers&#13;
isolés qu’on intimide, qu’on traverse, qu’on renvoie quand on veut et&#13;
auxquels on ne doit ni les honneurs ni les égards qu’on ne peut refuser à la&#13;
dignité épiscopale. M. de Laval sentit si bien tous ces inconvénients qu’il fit&#13;
en 1662 le voyage de France pour en faire l’ouverture au roi et obtenir pour&#13;
cette nouvelle Église un chapitre, un séminaire et une dotation convenable&#13;
et même un conseil souverain pour les protéger et pour juger en dernier&#13;
ressort des affaires des particuliers.&#13;
707&#13;
&#13;
Voir plus haut, p. 1181, note 633.&#13;
- 1215 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Le vicaire apostolique du Canada fut reçu à la Cour avec cet éclat que&#13;
donnent un grand nom, de grands travaux, de grandes vertus et la&#13;
singularité d’une mission au-delà des mers. On courait en foule voir un&#13;
apôtre que la naissance rendait bien moins illustre qu’une éminente&#13;
sainteté. Jusque-là, le Canada avait été peu connu ou plutôt avait été&#13;
méprisé. On le regardait comme un pays affreux et inaccessible, livré à des&#13;
barbares, d’où tout au plus on pouvait tirer quelques pelleteries. Les&#13;
premières compagnies qui se chargèrent du commerce 708, ou plutôt qui&#13;
l’envahirent, avaient eu soin d’écarter tous les témoins de leur conduite qui&#13;
auraient pu la traverser ou donner quelque envie de partager les profits. Il&#13;
est vrai que la Compagnie formée par le cardinal de Richelieu avait attiré&#13;
l’attention du public. Mais le zèle des associés s’était bien ralenti. La colonie&#13;
était tout à fait négligée. Les Relations des Jésuites avaient beau donner une&#13;
grande idée de la vertu des missionnaires et des néophytes, les horreurs du&#13;
martyre, la barbarie des Sauvages, le peu de progrès de la religion, en&#13;
faisant admirer le zèle de ces hommes apostoliques, faisaient moins aimer&#13;
que craindre ce climat affreux. Un évêque digne de la primitive Église, qui,&#13;
échappé de tant de dangers, venait de l’extrémité du monde présenter à la&#13;
religion du prince le prodige d’une Église naissante, dont il était le&#13;
fondateur, offrait un spectacle frappant, capable de piquer la curiosité et&#13;
d’intéresser le zèle des sujets et du monarque. Faut-il être surpris s’il trouva&#13;
partout des admirateurs et des amis et s’il obtint tout ce qu’il demanda ?&#13;
Louis le Grand entra avec plaisir dans toutes ses vues. Il approuva le projet&#13;
du prélat de faire ériger l’évêché de Québec, l’en nomma lui-même premier&#13;
évêque et chargea son ambassadeur à Rome d’en solliciter les bulles. Il&#13;
promit de doter l’évêché et donna à l’évêque l’abbaye de Méobecq en Berry,&#13;
à la charge de l’unir à l’évêché quand il serait érigé. Le roi permit en même&#13;
temps l’établissement d’un séminaire, promit celui d’un conseil souverain&#13;
et agréa toutes les mesures qu’on lui proposa pour arrêter le désordre qui&#13;
commençait à se glisser dans la Nouvelle-France, surtout pour la traite de&#13;
l’eau-de-vie. Le prélat, infiniment satisfait, s’en retourna l’année suivante&#13;
&#13;
Sur ces compagnies qui ont reçu du roi le monopole du commerce au Canada avec l’obligation&#13;
de s’occuper de la colonisation, voir Doc. XXXII.&#13;
708&#13;
&#13;
- 1216 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
par le premier vaisseau. Mais il n’attendit pas son retour pour travailler à&#13;
son Séminaire ; il en jeta les fondements à Paris Nous allons en donner de&#13;
suite toute l’histoire, afin de n’en pas interrompre le fil.&#13;
Le Séminaire de Québec fut le chef-d’œuvre et l’ouvrage favori de&#13;
M. de Laval. Mais s’il fut d’une part sa couronne, il fut de l’autre la matière&#13;
de ses plus grandes épreuves ; car outre les persécutions qu’il occasionna et&#13;
les changements qui le mirent à deux doigts de sa ruine, M. de Laval eut la&#13;
douleur de le voir brûler deux fois presque tout entier et il eut le courage et&#13;
le bonheur de le rétablir autant de fois, quoiqu’avec moins de magnificence&#13;
que la première : dépenses qui l’obligèrent à vendre l’île d’Orléans, un des&#13;
plus beaux effets du pays 709. Il y passa ses jours dans les exercices de la plus&#13;
haute piété et y termina saintement sa carrière.&#13;
Dans le dessein qu’il avait d’unir le clergé et de fonder un Séminaire, il fit&#13;
des acquisitions qui dans la suite pussent suffire à l’entretenir. Le terrain est&#13;
à bon marché dans ce pays désert. On est heureux de trouver des gens qui&#13;
s’engagent à défricher et à peupler. Il obtint à divers temps à peu de frais :&#13;
1° un emplacement de 16 arpents dans la haute-ville, joignant&#13;
l’église paroissiale, sur la côte de Québec, d’où l’on découvre&#13;
toute la rade, l’île d’Orléans, la pointe de Lévis et la rivière&#13;
Saint-Charles, autant que la vue peut s’étendre. C’est là qu’on&#13;
a fait un grand jardin et bâti le Séminaire attenant à la&#13;
paroisse. Il y avait un chemin entre le Séminaire et l’église,&#13;
que le prélat fit fermer pour la commodité des ecclésiastiques.&#13;
MM. de Courcelle et Talon s’y opposèrent. Mais M. Tracy,&#13;
vice-roi, toujours favorable à l’Église, vuida le différend en sa&#13;
Il est inexact d’affirmer que Mgr de Laval a vendu l’île d’Orléans à la suite de deux incendies&#13;
survenus en 1701 et 1705. Il est cependant vrai que longtemps auparavant, il y a eu un acte de&#13;
Mgr de Laval au sujet de cette île. En 1672, il l’échangea pour l’île Jésus, dont le propriétaire céda&#13;
aussi au Serviteur de Dieu une indemnité de 25 000 livres tournois, avec lesquelles Mgr de Laval&#13;
continua la construction du Séminaire (Contrat d’échange entre Laval et Berthelot à Paris, 24 avril&#13;
1675, conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Seigneuries 3,&#13;
no 47).&#13;
709&#13;
&#13;
- 1217 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
faveur. M. de Frontenac renouvela les difficultés et voulut le&#13;
faire ouvrir. Mais la Cour soutint la décision de M. Tracy. Il y&#13;
a un autre chemin entre le jardin du Séminaire et le bord&#13;
escarpé de la rivière, qui fut fermé aussi. Mais on y laissa une&#13;
porte, parce que sur ce terrain qui commande le port, on a&#13;
placé plusieurs canons, fort négligés pendant la paix, mais&#13;
qu’il faut servir en temps de siège. Cette porte a été souvent&#13;
une matière de différend. Selon que le gouverneur et&#13;
l’intendant sont bien ou mal avec l’évêque, ils la font ouvrir&#13;
ou fermer et le peuple vient en foule se promener sur ce bord&#13;
et se répand dans le jardin et la maison du Séminaire ;&#13;
2° l’île d’Orléans, de quatre à cinq lieues de large sur sept ou&#13;
huit de long, située vis-à-vis Québec, où le fleuve SaintLaurent, après avoir formé en se rétrécissant un port fort&#13;
commode, se divise en deux branches et laisse l’île au milieu.&#13;
Cette île, achetée de M. de Lauson, gouverneur, a été depuis&#13;
vendue en 1676 à M. Berthelot, qui la fit ériger en comté et le&#13;
Séminaire a acquis l’île [de] Jésus, vis-à-vis l’île de Montréal,&#13;
aussi grande et plus fertile, mais moins à sa portée ;&#13;
3° la seigneurie de Beaupré, qui renferme sur cinq à six lieues&#13;
de longueur, les paroisses de l’Ange-Gardien, ChâteauRicher, Sainte-Anne et Saint-Joachim ;&#13;
4° du même côté du fleuve en descendant vers Tadoussac, la&#13;
baie Saint-Paul, de plus de dix lieues de longueur, cette baie&#13;
et cette seigneurie de sept à huit lieues de profondeur, ou&#13;
plutôt de toute la profondeur qu’on veut prendre à mesure&#13;
qu’on défriche ;&#13;
5° la terre de Coulonge et Saint-Michel, à une lieue au-dessus&#13;
de Québec en remontant le fleuve, où le Séminaire a une&#13;
maison de campagne ;&#13;
6° la Petite-Nation, autre grande terre du côté de Montréal. Ce&#13;
serait de quoi faire une province et un revenu très&#13;
considérable, si tout était réuni et cultivé. C’était alors très peu&#13;
&#13;
- 1218 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
de chose. Mais tous les jours, il augmente à mesure que le&#13;
pays se peuple.&#13;
Voilà le fonds du Séminaire que M. de Laval lui a tout donné. Il a même&#13;
exempté à perpétuité toutes ces terres de la dîme et a renouvelé&#13;
authentiquement cette exemption par acte du 23 novembre 1682, soit que le&#13;
Séminaire les fasse valoir par des domestiques, par des fermiers ou de&#13;
quelque autre manière. Il accorda la même grâce à toutes les communautés&#13;
religieuses. Je ne sais si cette exemption serait reçue en France. Mais comme&#13;
les curés de toutes ces paroisses ont toujours été attachés au Séminaire et la&#13;
plupart même amovibles, personne encore n’en a réclamé. Une possession&#13;
de plus de 100 ans est un titre légitime, quand il n’y en aurait point d’autre.&#13;
Ce fut le 26 mars 1663 que le vicaire apostolique, désigné pour l’évêché&#13;
futur, rendit à Paris une ordonnance pour l’établissement d’un séminaire&#13;
épiscopal. L’ordonnance porte que les supérieurs du Séminaire seront&#13;
nommés par l’évêque, que toutes les cures y seront unies, que tous les curés&#13;
y seront amovibles et pris de la maison, que le Séminaire jouira de toutes&#13;
les dîmes et sera chargé de la nourriture et de l’entretien des ecclésiastiques&#13;
sains et malades et de tous les frais des traversées et que l’évêque ne pourra&#13;
en aliéner les fonds sans nécessité et le consentement des quatre premiers&#13;
directeurs. Le roi confirma cette ordonnance par des lettres patentes du&#13;
mois d’avril suivant, enregistrées depuis au Conseil souverain de Québec.&#13;
Sa Majesté rend le Séminaire capable de tous effets civils, le décharge à&#13;
perpétuité des droits d’amortissement et nouveaux acquêts pour toutes&#13;
acquisitions faites et à faire, lui donne sans exception la totalité des dîmes&#13;
de tous les fruits qui se recueilleront dans la Nouvelle-France, dont la&#13;
quotité demeure fixée au 13e, sans que les évêques puissent en disposer&#13;
autrement que pour l’intérêt du Séminaire 710. La plupart de ces articles ont&#13;
été changés. Le Séminaire des Missions étrangères établi à Paris nomme ou&#13;
confirme les supérieurs et directeurs de celui de Québec ; ils ne font que se&#13;
présenter à l’évêque. Le Séminaire ne jouit plus des dîmes que dans ses cinq&#13;
Une copie de ce décret royal, authentifié par la signature du Serviteur de Dieu, est conservée aux&#13;
Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 35, no 31. (L’original de ce décret est conservé&#13;
au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 11, no 1.)&#13;
710&#13;
&#13;
- 1219 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
terres et n’est plus chargé d’entretenir que ses directeurs et ceux qu’il envoie&#13;
dans ses paroisses ou dans les missions sauvages. Quelques curés ont été&#13;
fixés et les dîmes sont réduites au 26e par une ordonnance de MM. Tracy,&#13;
de Courcelle et Talon du 23 août 1667, qui pourtant ne les fixe que pour&#13;
20 ans seulement sans conséquence. Mais on a continué sur ce pied.&#13;
M. de Laval, de retour en Canada, fit bâtir son Séminaire. Il y employa&#13;
6 000 livres que la Compagnie avait données pour un presbytère et le&#13;
Séminaire se chargea de loger à perpétuité le curé ou de lui bâtir une&#13;
maison. Ce ne fut d’abord qu’un colombage fait à la hâte, en attendant&#13;
qu’on pût en construire une plus solide en pierre. 15 ans après, au mois de&#13;
mai 1678, la première pierre en fut posée avec beaucoup de solennité. Il fut&#13;
dédié, comme la paroisse, à la sainte Famille et après en avoir délibéré avec&#13;
son clergé, le prélat ordonna qu’on y suivrait à perpétuité, ainsi que dans&#13;
tout le diocèse, le cérémonial, le bréviaire et le missel romains ; ce qui s’est&#13;
toujours exécuté. On fit une neuvaine pour obtenir la protection de Dieu.&#13;
Cette maison l’a souvent éprouvée d’une manière qui tient du prodige. Le&#13;
bâtiment fut bientôt achevé. Ce fut un des plus beaux du pays, capable de&#13;
contenir plus de 100 personnes, avec toutes les commodités que demande&#13;
la rigueur du climat.&#13;
Voici les principaux règlements qui furent faits, conformément à&#13;
l’ordonnance d’érection et aux lettres patentes :&#13;
1° tous les ecclésiastiques seront très soumis à la conduite du&#13;
supérieur du Séminaire, sous la conduite de l’évêque ;&#13;
2° ils ne se regarderont pas comme propriétaires de ce qui leur&#13;
sera assigné pour leur subsistance, mais afin de pratiquer le&#13;
détachement, ils rendront compte tous les ans de leur&#13;
temporel ;&#13;
3° ils mèneront une vie si pure qu’on n’ait pas sujet de les&#13;
retrancher d’un corps, dont ils sont comme les membres ;&#13;
&#13;
- 1220 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
4° pour entretenir leur ferveur, ils viendront tous les ans faire&#13;
une retraite au Séminaire, qui pendant ce temps-là fera&#13;
desservir leurs paroisses ;&#13;
5° le Séminaire les regardera comme les enfants de la maison ;&#13;
ils y seront reçus et traités avec charité quand ils viendront à&#13;
Québec pour maladie ou affaires nécessaires ;&#13;
6° on pourvoira à leurs besoins en santé et en maladie et&#13;
l’entretien sera uniforme pour tous les ecclésiastiques, de&#13;
quelque rang qu’ils soient ;&#13;
7° pour les soutenir et les consoler dans l’éloignement, on&#13;
entretiendra avec eux une parfaite correspondance de&#13;
charité ;&#13;
8° si l’âge, les travaux, les infirmités les rendent invalides, ils&#13;
trouveront un asile assuré dans le Séminaire jusqu’à leur&#13;
mort, après laquelle on fera pour eux les prières communes.&#13;
Il est aisé de sentir que cet arrangement est grand et beau et très avantageux&#13;
aux ecclésiastiques et qu’à moins de vouloir thésauriser par une&#13;
malheureuse avarice, il ne devait y en avoir aucun qui ne se trouvât heureux&#13;
de tenir au Séminaire. De là vient que le successeur de M. de Laval trouva&#13;
une si grande et si générale résistance quand il en voulut changer l’état.&#13;
Toutes ses faveurs et ses promesses, qui par sa mort pouvaient s’évanouir&#13;
du soir au matin, étaient-elles comparables aux ressources toujours prêtes&#13;
que fournissait un corps solidement établi et engagé à perpétuité par des&#13;
actes authentiques ? Il faut même convenir (car on doit rendre justice à tout&#13;
le monde) qu’un corps de clergé si bien lié a dû donner des ombrages à un&#13;
autre évêque et qu’à moins d’être lui-même de ce corps, uni d’intérêt et de&#13;
sentiment, il ne pouvait manquer de le redouter et de trouver de grandes&#13;
difficultés dans tout ce qu’il voudrait ordonner qui ne serait pas du goût de&#13;
ses ecclésiastiques. M. de Laval devait s’y attendre ; mais les grandes idées&#13;
de perfection, dans lesquelles et lui et tous ses missionnaires avaient été&#13;
élevés, lui firent imaginer et espérer de perpétuer une œuvre admirable et&#13;
unique dans l’Église. La ferveur, peu occupée de l’avenir, n’envisage pas&#13;
&#13;
- 1221 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
une décadence contre laquelle elle est armée et se fait un devoir et un mérite&#13;
de l’être.&#13;
Après avoir fondé un Grand Séminaire pour enseigner la théologie et&#13;
préparer aux saints Ordres, le prélat, cinq ans après, forma un Petit&#13;
Séminaire pour donner aux enfants les éléments de la grammaire et les&#13;
conduire jusqu’à la théologie. Le 9 octobre 1668, jour de Saint-Denis, apôtre&#13;
de France, on en fit solennellement l’ouverture. Cet établissement a eu tout&#13;
le succès qu’on pouvait désirer. Plus de 60 enfants s’y forment à la piété&#13;
sous la conduite de plusieurs supérieurs subordonnés au supérieur du&#13;
Séminaire. Ils vont en classe au collège des Jésuites. Ils portent un habit bleu&#13;
à la matelote, qui les distingue des écoliers de la ville, à peu près comme à&#13;
Paris les boursiers et les pensionnaires sont distingués des externes des&#13;
collèges. On les fait venir régulièrement aux offices de la cathédrale le&#13;
dimanche et les fêtes, aussi bien que ceux du Grand Séminaire. Ceux-ci font&#13;
les fonctions de leurs ordres. Les écoliers font celles d’enfants de chœur ; ils&#13;
en portent même l’habit : une soutane et un camail rouges en hiver sous un&#13;
surplis ordinaire et un bonnet carré rouge en été. Une soixantaine d’enfants&#13;
de chœur fait un spectacle assez singulier. Ainsi sans avoir de prébendiers&#13;
en titre, le chapitre a un bas-chœur fort considérable que le Séminaire lui&#13;
entretient.&#13;
Outre les enfants des Français, le Séminaire a longtemps entretenu&#13;
beaucoup d’enfants des Sauvages, pour les former à l’état ecclésiastique.&#13;
Rien en effet n’eût plus facilité la conversion des barbares que d’avoir des&#13;
missionnaires de leur nation. On eut d’abord bien de la peine d’en obtenir.&#13;
Les Sauvages, infiniment attachés à leurs enfants, ne peuvent se résoudre à&#13;
s’en séparer. On en prit beaucoup de soin, mais on n’a jamais pu, ni ouvrir&#13;
assez leur esprit pour les faire entrer dans les matières théologiques, ni fixer&#13;
assez leur légèreté pour les attacher au service des autels. Après avoir passé&#13;
plusieurs années au Séminaire malgré eux et comme en prison, ils&#13;
s’enfuyaient dès qu’ils pouvaient et allaient avec les autres courir les bois.&#13;
Les Sauvages ont un fond d’esprit et de jugement et une éloquence&#13;
naturelle, mais ils n’ont jamais pu s’exercer sur des matières abstraites. La&#13;
- 1222 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
guerre, la paix, la chasse, la pêche, le ménage, la politique à leur manière et&#13;
la piété sont les seuls objets auxquels leur esprit a pu s’étendre. Les&#13;
Ursulines n’ont été guère plus heureuses pour les filles sauvagesses. Elles&#13;
en ont pris plusieurs dans leur monastère, les y ont entretenues et élevées&#13;
avec les autres pensionnaires. On n’a jamais pu leur apprendre à lire et à&#13;
écrire, ni leur donner la politesse française. Presque aussi dissipées que les&#13;
garçons, elles s’enfuyaient quand elles trouvaient la porte ouverte. On a&#13;
donc de part et d’autre abandonné ce projet, surtout depuis les pertes que&#13;
le Séminaire et les Ursulines ont faites, qui les ont mis hors d’état de&#13;
continuer.&#13;
L’établissement du Petit Séminaire occasionna quelque froideur, qui n’eut&#13;
point de suite, entre les Jésuites et le clergé. Ces pères avaient un pensionnat&#13;
dans leur collège, où le Séminaire entretenait les jeunes gens qui se&#13;
destinaient à l’état ecclésiastique, jusqu’à ce qu’ils fussent en état d’étudier&#13;
la théologie et de se disposer aux ordres sacrés. Malgré le zèle et la piété des&#13;
Jésuites, il était difficile qu’on prît chez eux l’esprit de cet état. Un grand&#13;
nombre en effet, après avoir fait leurs classes aux dépens du Séminaire,&#13;
prenaient parti ailleurs. Le mélange avec ceux qui ne s’y destinaient pas, la&#13;
liberté de voir leurs parents, y mettaient obstacle. On avait beaucoup plus&#13;
de peine à les former. Le prélat et les directeurs souhaitaient de les avoir de&#13;
bonne heure auprès d’eux pour leur enseigner les cérémonies, le chant, la&#13;
modestie cléricale. Mais le peu de logement et de maîtres ne l’avait pas&#13;
permis et on craignait de déplaire aux Jésuites, dont le pensionnat risquait&#13;
de tomber et tomba en effet quand on eut retiré les jeunes clercs, qui en&#13;
faisaient la meilleure partie.&#13;
La Providence fit naître une occasion toute naturelle, qu’on saisit avec&#13;
empressement. M. Talon avait eu et avait inspiré à la Cour l’idée de&#13;
franciser les Sauvages. Il s’était fait donner un ordre du roi d’engager le&#13;
Séminaire et le collège à prendre des enfants sauvages pour les élever. Les&#13;
Jésuites furent alarmés de ce projet et firent bien des démarches pour en&#13;
arrêter l’exécution. Mais M. de Laval s’y conforma et déclara que ne&#13;
pouvant travailler à l’éducation des Sauvages sans les faire vivre avec les&#13;
- 1223 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Français, il voulait en former un Petit Séminaire 711. On mit aussitôt la main&#13;
à l’œuvre. Dans deux mois, on eut de quoi loger six Sauvages et huit&#13;
Français, dont deux se sont depuis faits Récollets. Le collège, quelque temps&#13;
après, en fit de même. Ce mélange, qu’on croyait utile, ne servit de rien aux&#13;
Sauvages et nuisit aux Français. Il fallut se borner à ceux-ci. À mesure que&#13;
la colonie s’est augmentée, ces deux communautés, d’abord peu&#13;
considérables et longtemps languissantes, sont devenues nombreuses et ont&#13;
donné de bons sujets à l’Église.&#13;
M. de Laval établit un troisième Séminaire à la côte de Beaupré dans une&#13;
maison de campagne*. C’était la plupart des enfants de paysans, qu’on&#13;
élevait et entretenait grossièrement et à moins de frais. On leur apprenait&#13;
même des métiers et quand on en trouvait qui avaient de l’esprit, on les&#13;
faisait passer au Séminaire de la ville. C’était une pépinière de bons ouvriers&#13;
fort attachés à la maison, d’où l’on tirait des domestiques, des fermiers, des&#13;
habitants, qu’on dispersait dans les terres du Séminaire. En général, les&#13;
enfants canadiens ont de l’esprit, de la mémoire, de la facilité. Ils font des&#13;
progrès rapides. Mais la légèreté de leur caractère, un goût dominant de la&#13;
liberté et l’inclination héréditaire et naturelle pour les exercices du corps,&#13;
ne leur permettent pas de s’appliquer avec assez de constance et d’assiduité&#13;
pour devenir savants. Contents d’une certaine mesure de connaissances&#13;
suffisantes pour le courant de leurs emplois et qui en effet s’y trouve&#13;
communément, on n’y voit en aucun genre de sciences des gens profonds.&#13;
Il faut même convenir qu’il y a peu de secours, peu de livres et peu&#13;
d’émulation. Sans doute les secours se multiplieront et il se formera des&#13;
personnes habiles à mesure que la colonie se multipliera. Ils réussissent&#13;
beaucoup mieux dans les ouvrages des mains.&#13;
On ne doit pas penser que la volonté d’éduquer selon les manières françaises les garçons&#13;
indigènes ait été le but principal du Serviteur de Dieu dans la fondation de son Petit Séminaire. Tout&#13;
en désirant se conformer aux désirs de la Cour, il visait un but plus noble, celui de conduire à l’état&#13;
clérical non seulement de jeunes Français, mais aussi des indigènes. C’est ce que Mgr de Laval met&#13;
en relief dans sa lettre du 26 octobre 1668 au pape Clément IX, où il écrit : « Nous avons reçu, dans&#13;
les murs de notre Séminaire, plusieurs autres élèves candidats au clergé, qui tous sont instruits dans&#13;
le collège des pères de la Compagnie [de Jésus] ; nous avons joint à ceux-ci quelques indigènes&#13;
parmi les Sauvages, qui seront faciles à promouvoir au sacerdoce si, un jour, ils devenaient aptes,&#13;
dans la mesure où on le constatera. » (Doc. XXVII-23)&#13;
711&#13;
&#13;
- 1224 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Les arts y sont portés à une grande perfection. On y trouve en tout genre de&#13;
fort bons ouvriers. Les moindres enfants montrent de l’adresse. Rien&#13;
n’égale la dextérité des femmes pour les ouvrages de leur sexe. Dans le Petit&#13;
Séminaire, on laisse aux jeunes gens la liberté de s’exercer à quelque métier,&#13;
ce qui est doublement utile : ils rendent service à l’Église et à la maison et&#13;
ils se mettent en état de s’en rendre à eux-mêmes lorsque dans une paroisse&#13;
écartée, dépourvue de secours, ils seront obligés de trouver tous leurs&#13;
besoins dans leur économie et leur adresse.&#13;
Outre les personnes qui composaient ces trois communautés, le Séminaire&#13;
avait un 4e corps composé de frères et de sœurs qu’on appelait donnés ou&#13;
engagés 712, à peu près dans le goût des frères et des sœurs convers des&#13;
communautés religieuses. La nécessité et la piété ont fait faire cet&#13;
établissement. La rareté des espèces ne permettant pas de donner des gages&#13;
à des domestiques, on avait plus de facilité de se charger de la nourriture et&#13;
de l’entretien. On trouva heureusement des personnes, qui voulant par&#13;
piété se consacrer à Dieu et n’ayant pas de quoi entrer dans un monastère&#13;
ou n’ayant point de goût pour la clôture, se donnèrent au Séminaire. On se&#13;
chargea de les nourrir et entretenir toute leur vie, sains et malades. De leur&#13;
côté, ils firent des vœux simples et promirent de travailler au profit de la&#13;
maison. On en prit de l’un et de l’autre sexe. Les frères logèrent dans le&#13;
Séminaire et, outre le service courant de la maison, travaillaient comme&#13;
tailleurs, cordonniers, tisserands, etc. On bâtit aux sœurs une maison&#13;
séparée ; le linge, la laiterie, le poulailler furent leur partage, etc. Et le&#13;
Séminaire eut, à peu de frais, des domestiques assurés, affectionnés et&#13;
fidèles. Cela durait encore en 1730. J’ai vu cinq à six frères et autant de&#13;
sœurs, qui m’ont parlé avec une vénération infinie de leur ancien maître,&#13;
M. de Laval, duquel ils m’ont appris bien des particularités que j’ai insérées&#13;
dans cette histoire. Le Séminaire, aujourd’hui à son aise, n’était plus dans le&#13;
dessein d’en prendre de nouveaux après la mort de ceux-ci.&#13;
&#13;
NDLR : Le donné le mieux connu est le frère Hubert Houssart, serviteur de Mgr de Laval pendant&#13;
ses 20 dernières années de vie et qui rédigea une longue lettre témoignant du mode de vie et des&#13;
pratiques de l’évêque durant sa retraite.&#13;
712&#13;
&#13;
- 1225 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Le Séminaire ne s’est pas borné à former de bons prêtres pour la colonie, on&#13;
y travaille encore à former des missionnaires pour les Sauvages ; ce qu’on a&#13;
exécuté depuis avec succès chez plusieurs nations, entre autres dans celles&#13;
des Abénaquis dans l’Acadie, des Tamarois et des Illinois le long du&#13;
Mississippi,&#13;
&#13;
où&#13;
&#13;
l’on&#13;
&#13;
entretient&#13;
&#13;
toujours&#13;
&#13;
plusieurs&#13;
&#13;
missionnaires,&#13;
&#13;
conformément à une clause du testament de M. de Laval 713. J’ai vu partir de&#13;
mon temps les sieurs Gaston et Courrier, deux jeunes hommes pleins de&#13;
ferveur et d’une très grande espérance, dont l’un fut massacré par les&#13;
Sauvages, l’autre y vit comme un saint, jusqu’à y faire des choses qu’on a&#13;
regardées dans le pays comme des miracles. J’ai vu à Québec le sieur&#13;
Leriche, qui après avoir été longtemps chez les Abénaquis et ensuite curé à&#13;
la campagne, est mort chanoine de la cathédrale, plein de mérite, et le sieur&#13;
Thaumur de La Source, qui après plusieurs années de séjour chez les&#13;
Tamarois, est mort à Québec dans une si grande réputation de sainteté, que&#13;
tout le peuple à ses obsèques allait faire toucher des chapelets à son corps&#13;
et déchirait ses habits pour avoir des reliques. J’ai cru devoir en passant&#13;
rendre cette justice à la piété de ces dignes ouvriers. M. de Laval était très&#13;
attaché au Séminaire des Missions étrangères de Paris. Il y avait passé&#13;
quelque temps avant de venir en Canada et s’y était agrégé 714. Il en avait tiré&#13;
tous les sujets qui travaillaient dans son diocèse. Tout le monde sait que ce&#13;
fameux Séminaire avait été formé dans une congrégation secrète de jésuites,&#13;
dont le supérieur avait rassemblé plusieurs ecclésiastiques et leur avait&#13;
inspiré le dessein de se consacrer à la conversion des idolâtres. M. de Laval&#13;
et tous ses ecclésiastiques étaient de cette petite congrégation et la&#13;
continuèrent pendant bien des années à Québec ; ils s’assemblaient&#13;
régulièrement chaque semaine au collège pour faire entre eux des&#13;
conférences spirituelles et s’animer à la pratique de la vertu 715. Outre cette&#13;
Voir plus loin, p. 1258, note 716.&#13;
De La Tour se trompe ici. Le Serviteur de Dieu ne pouvait pas être au Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris avant d’aller au Canada, puisque son départ eut lieu quatre ans avant la fondation&#13;
dudit Séminaire. Il ne s’agit pas non plus d’une agrégation ; à moins d’y voir une agrégation&#13;
indirecte, puisque le Séminaire de Québec, qui fut véritablement agrégé par le Serviteur de Dieu,&#13;
dépendait du Séminaire des Missions étrangères de Paris. De fait, son nom ne figure pas dans les&#13;
listes des membres du Séminaire de Paris (cf. Launay, Mémorial de la Société des Missions&#13;
étrangères de Paris, Paris, 1916).&#13;
715&#13;
Il s’agit de l’Aa, dont on a parlé plus haut aux p. 1171-1174.&#13;
713&#13;
714&#13;
&#13;
- 1226 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
union si étroite avec le Séminaire de Paris, le vicaire apostolique avait des&#13;
raisons particulières de lui être inviolablement attaché. Il y trouvait une&#13;
source féconde de bons sujets qu’on lui envoyait chaque année et des&#13;
correspondants fidèles et zélés, auxquels il pouvait s’adresser avec&#13;
confiance et qui ménageraient à la Cour, où ils avaient déjà un grand crédit,&#13;
les affaires importantes qu’il prévoyait inévitables dans son épiscopat.&#13;
D’ailleurs, aucun ecclésiastique ne pouvait venir en Canada sans avoir&#13;
quelqu’un en France à qui s’adresser pour le départ et pour le retour. Ce&#13;
Séminaire, en relation avec toute la France, était une espèce de bureau&#13;
d’adresse, où l’on trouvait toutes les facilités nécessaires.&#13;
Dans ces vues, il unit son Séminaire de Québec à celui des Missions&#13;
étrangères, ou plutôt il le lui donna ; de sorte qu’on ne l’a longtemps appelé&#13;
que le Séminaire des Missions étrangères établi à Québec. Cette union fut&#13;
d’abord faite le 29 janvier 1665, entre MM. de Meurs, Bazaud 716, Fermanel,&#13;
Gazil, Lambert, directeurs des missions, et MM. Poitevin et Lescot 717,&#13;
procureurs de l’évêque et du Séminaire de Québec, et ensuite renouvelée et&#13;
confirmée dix ans après le 19 mai 1675. Il fit la première en qualité de vicaire&#13;
apostolique, évêque désigné, la seconde en qualité d’évêque titulaire. Le roi&#13;
confirma cette double union par ses lettres patentes du mois d’août 1676 718,&#13;
enregistrées au Parlement et à la Chambre des Comptes de Paris et au&#13;
Conseil souverain de Québec. Le Séminaire de Paris venait lui-même d’être&#13;
solennellement érigé et confirmé par lettres patentes l’année 1663 ; de sorte&#13;
que le Séminaire de Québec fut la première branche qui sortit de ce grand&#13;
arbre et l’évêque de Pétrée, un de ses premiers vicaires apostoliques. On fit&#13;
encore confirmer cette union par l’autorité du Saint-Siège, de qui ces deux&#13;
Séminaires dépendent d’une manière singulière à raison des Missions&#13;
étrangères et de l’exemption de l’évêque diocésain. Quant à cet article, celui&#13;
de Québec est aujourd’hui entièrement soumis à l’évêque, mais l’évêque&#13;
lui-même l’est immédiatement au Saint-Siège.&#13;
&#13;
Il faut plutôt lire : Bézard (François).&#13;
Il faut plutôt lire : Bertot (Jacques).&#13;
718&#13;
Ces lettres furent en fait datées d’avril 1676.&#13;
716&#13;
717&#13;
&#13;
- 1227 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Par la première union aux Missions étrangères, on confirma l’union de la&#13;
cure au Séminaire de Québec et on la donna avec toutes ses dépendances à&#13;
celui de Paris, pour être desservie par celui de leur corps qu’ils choisiraient.&#13;
Il y est encore porté que le Séminaire de Paris nommera le supérieur de&#13;
celui de Québec, lequel en arrivant prendra la bénédiction de l’évêque et&#13;
que les MM. de Paris pourront s’établir et exercer leurs fonctions, où ils&#13;
voudront dans toute l’étendue du diocèse, chez les Français et chez les&#13;
Sauvages. La seconde union, après avoir fait une longue énumération des&#13;
biens que les missions de Paris ont faits depuis plus de dix ans en Canada&#13;
par les ouvriers qu’elles y ont envoyés, renouvelle et confirme la première,&#13;
y ajoute une espèce de donation ou transport au Séminaire de Paris de tous&#13;
les biens présents et à venir possédés par celui de Québec, pour être sous&#13;
son autorité régis et employés au bien du pays, avec défense aux directeurs&#13;
de Québec de rien détruire, aliéner, ni engager sans le consentement de&#13;
ceux de Paris et donne d’avance et à perpétuité le pouvoir à tous les&#13;
ecclésiastiques envoyés par le Séminaire de Paris de travailler dans le&#13;
Canada avec la dépendance de l’évêque. Cependant, comme la distance des&#13;
lieux rendait souvent le recours à Paris impossible et que le long délai&#13;
pouvait nuire aux affaires, le Séminaire de Paris accorda par acte public du&#13;
6 juin 1682 à celui de Québec de disposer de ses biens et de se choisir son&#13;
supérieur, à la charge d’en demander la confirmation.&#13;
Enfin, le 12 avril 1680, sur la procuration de M. de Laval, il fut fait à Paris&#13;
en son nom une donation générale de tous ses biens au Séminaire de Paris,&#13;
pour être employés à l’entretien de celui de Québec 719. Cette donation fut&#13;
ratifiée à Québec l’année suivante et insinuée tant au Châtelet à Paris qu’à&#13;
toutes les juridictions de la Nouvelle-France, à Québec, aux Trois-Rivières&#13;
et à Montréal. Il n’y a nulle sorte de précaution que M. de Laval n’eût prise&#13;
pour éterniser ses bienfaits et son ouvrage. Il [le] chargea en même temps&#13;
Ce n’est pas au Séminaire de Paris, mais à celui de Québec que Mgr de Laval fit don de tous ses&#13;
biens, matériels et immatériels, et de tout l’argent qu’il aurait possédé à sa mort. L’acte notarié de&#13;
cette donation fut signé en 1686 à Paris par le Serviteur de Dieu et les directeurs du Séminaire des&#13;
Missions étrangères, en leur qualité de procureurs du Séminaire de Québec. L’original de l’acte en&#13;
question se trouve au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Seigneuries 3, no 54.&#13;
719&#13;
&#13;
- 1228 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
de payer ses dettes et de remplir les charges. Il se réserve d’employer dans&#13;
son testament jusqu’à la somme de 3 000 livres avec l’usufruit pendant sa&#13;
vie, dont il n’usait que pour son entretien, toujours très modique, laissant&#13;
tout le surplus au Séminaire, voulant au reste que le Séminaire de Paris soit&#13;
seul chargé de l’exécution de la donation et qu’il ait seul l’inspection sur&#13;
l’administration des biens donnés, sans que celui de Québec soit tenu&#13;
d’avoir d’autre rapport qu’à lui tous les trois ans. Les charges de la donation&#13;
et du testament sont que le Séminaire fera faire chaque année par deux de&#13;
ses prêtres la mission aux Sauvages, aux Français pendant quatre mois 720 ;&#13;
qu’il fera dire chaque jour à perpétuité une messe pour le repos de l’âme du&#13;
fondateur et de tous les ecclésiastiques du corps 721 ; qu’il élèvera aux études&#13;
et préparera aux saints ordres huit pauvres garçons à son choix, préférant&#13;
ceux du diocèse aux étrangers, lequel nombre pourra être augmenté jusqu’à&#13;
12 par son testament ; que si ces charges deviennent dans la suite trop&#13;
onéreuses, le Séminaire de Paris seul, à l’exclusion de tout autre, en pourra&#13;
faire la réduction, voulant que dans toutes les occasions importantes, on&#13;
soit tenu de lui rendre compte de tout, de prendre et de suivre son avis.&#13;
Quoique toutes ces charges ne dussent avoir lieu qu’après sa mort, le&#13;
Séminaire, plein de reconnaissance les acquitta dès ce même jour. Tel fut&#13;
l’établissement du Séminaire de Québec 722.&#13;
&#13;
Nous croyons utile de reproduire ici le texte de la clause en question ; l’affection spéciale du&#13;
Serviteur de Dieu pour les missions et son désir explicite que les prêtres du Séminaire de Québec se&#13;
consacrent à cette œuvre seront ainsi mis en plus grande évidence :&#13;
Ledit Séminaire des Missions étrangères de Québec sera tenu de fournir et&#13;
envoyer à ses frais tous les ans à perpétuité deux prêtres dudit Séminaire en&#13;
mission tant aux Français qu’aux Sauvages, préférablement aux Sauvages, comme&#13;
l’objet principal de l’établissement du Séminaire des Missions étrangères, dans&#13;
l’étendue du diocèse de Québec et par-delà si ledit diocèse est ci-après borné,&#13;
même aux lieux les plus éloignés où le Séminaire jugera qu’il en aura le plus&#13;
besoin, durant trois mois de chacune année, en une ou plusieurs fois, selon que&#13;
ledit Séminaire le jugera plus à propos à commencer en l’année du décès dudit&#13;
seigneur évêque et de là en avant continuer par chacun an à perpétuité sans aucune&#13;
discontinuation, le choix desquels deux prêtres sera fait par ledit Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Québec.&#13;
721&#13;
Cette messe se célèbre encore aujourd’hui, selon les conditions expresses du Serviteur de Dieu.&#13;
722&#13;
Le 6 octobre 1684, Mgr de Laval, sur le point de partir pour la France avec l’intention de donner&#13;
sa démission, fit un autre don important de 25 000 livres tournois au Séminaire de Québec, somme&#13;
qu’il destinait aux œuvres d’éducation de la jeunesse, œuvres qu’il avait tant à cœur. L’original de&#13;
cet acte se trouve au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Séminaire 2, no 37.&#13;
720&#13;
&#13;
- 1229 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Il y a eu depuis bien des changements que nous expliquerons dans la suite&#13;
de cette histoire et il faut avouer que quoique l’autorité épiscopale soit&#13;
partout réservée, elle y était du moins bien gênée ; ce qui ne devait pas être&#13;
du goût d’un autre évêque.&#13;
Le Séminaire de Québec et la communauté de Saint-Sulpice de Montréal&#13;
ont toujours été fort unis. On désirait même de part et d’autre de ne faire&#13;
qu’un même corps ; mais il faut pour cela le consentement des deux&#13;
Séminaires Saint-Sulpice de Paris et des Missions étrangères, ou plutôt il&#13;
faudrait leur union. Il n’est guère possible d’unir les branches sans le tronc.&#13;
M. de Laval en écrivit à M. Dudouyt, son agent à Paris, et à M. Tronson,&#13;
supérieur de Saint-Sulpice. La piété, le zèle, la réputation de cette maison,&#13;
le nombre de bons sujets qui s’y forment, son crédit dans le royaume,&#13;
faisaient désirer une protection si puissante et une source si abondante de&#13;
bons ouvriers.&#13;
D’un autre côté, il était à craindre que l’esprit primitif de ces communautés&#13;
étant fort différent, on ne conservât plus la même intelligence, malgré&#13;
l’estime mutuelle, que le grand n’absorbât le petit et que Saint-Sulpice&#13;
fournissant presque tous les sujets formés de sa main, les missions ne fissent&#13;
plus qu’un Séminaire, ou que la multiplicité des objets ne fît tort à l’un ou à&#13;
l’autre. M. Tronson ne voulut point de l’union ; mais les liens de la charité&#13;
ont toujours été fort étroits. En 1725, ce projet fut renouvelé et poussé plus&#13;
loin. Saint-Sulpice fut admis dans le gouvernement des missions et fournit&#13;
bien des sujets aux Indes et au Canada ; mais peu à peu il s’est retiré et les&#13;
choses sont rentrées dans le même état.&#13;
LIVRE SEPTIÈME&#13;
&#13;
Livre septième&#13;
Rien de plus heureux que le premier voyage de M. de Laval en France. Il&#13;
obtint de la Cour tout ce qu’il demanda, il fut comblé de bénédictions et de&#13;
grâces, il gagna tous les cœurs ; mais bien loin d’être ébloui de ces brillants&#13;
succès et d’être flatté des espérances qui s’offraient à lui s’il eût voulu&#13;
- 1230 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
demeurer dans sa patrie, il n’en fut que plus empressé à se réunir à son cher&#13;
troupeau. Il s’embarqua, dès la fête de la Pentecôte 1663, dans le vaisseau&#13;
du roi avec M. de Mésy, gouverneur, qui venait relever M. le baron&#13;
Davaugour, le sieur Gaudais 723, commissaire du roi, faisant les fonctions&#13;
d’intendant, MM. des Maizerets et Paumier 724 et trois autres ecclésiastiques&#13;
et le R. P. Raffeix. Il partit en même temps des troupes et 100 familles&#13;
françaises que le roi avait accordées au prélat pour peupler le Canada.&#13;
On eut beaucoup à souffrir dans la traversée ; plusieurs de ces soldats&#13;
étaient huguenots et la plupart libertins. Plus de 60 personnes moururent&#13;
du scorbut ; il en mourut presque autant à Québec. Tous ces dignes ouvriers&#13;
se livrèrent à leur zèle auprès des malades. À peine pouvaient-ils suffire à&#13;
les instruire, les consoler et leur administrer les sacrements. Plusieurs&#13;
d’entre eux en furent très malades, entre autres M. des Maizerets, dont la&#13;
vocation jusqu’alors incertaine fut décidée pendant le séjour de M. de Laval&#13;
à Paris et qui s’étant embarqué avec lui, fut à l’extrémité. Il dut sa guérison&#13;
à un vœu qu’on fit pour lui à saint Ignace et à saint François Xavier. Mais le&#13;
prélat se signala et fut encore plus à la tête de tous par sa charité que par sa&#13;
dignité. Il était aguerri avec les maladies depuis les fréquentes visites et les&#13;
grands services qu’il avait rendus dans les hôpitaux de Caen sous la&#13;
direction de M. de Bernières. Sa charité parut avec éclat. Il distribua les&#13;
emplois à son petit clergé et se réserva le plus pénible. Quoique incommodé&#13;
lui-même par de fréquents vomissements, il était sans cesse auprès des&#13;
malades, les exhortait, les consolait, les soulageait et leur rendait toutes&#13;
sortes de services. Il en revenait souvent couvert de vermine ; plus d’une&#13;
fois on craignit qu’il contractât ce mal contagieux. Il avait fait en partant,&#13;
moins pour lui que pour les siens, une provision considérable de volailles,&#13;
de liqueurs, de confitures et autres douceurs ; c’est assez l’usage dans une&#13;
longue traversée, où on risque de voir manquer jusqu’à l’eau douce. Il&#13;
distribua tout aux malades sans se rien réserver et manqua de tout luimême le reste du voyage ; mais il en supporta la privation avec plaisir. Son&#13;
Il faut lire : Gaudais-Dupont (Louis).&#13;
NDLR : Il s’agit plutôt de Hugues Pommier, le prêtre et portraitiste décrit à la page suivante sous&#13;
le nom de Paumier.&#13;
723&#13;
724&#13;
&#13;
- 1231 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
clergé et ses domestiques, pleins de son esprit et animés par son exemple,&#13;
en firent le sacrifice avec joie. On ne se lassait pas d’admirer sa charité et sa&#13;
mortification ; il n’est sorte de bénédiction qu’on ne lui donnât.&#13;
M. Paumier fut embarqué sur un autre vaisseau pour y donner des secours&#13;
spirituels. Ce vaisseau passa par Plaisance. On y trouva nombre de&#13;
chrétiens abandonnés ; le commandant et le prêtre qui les servait avaient&#13;
été massacrés. Deux de leurs meurtriers furent pris, amenés à Québec et&#13;
punis. M. Paumier eut pitié de ce troupeau privé de tout secours. Il y passa&#13;
l’hiver et ne vint à Québec que l’année suivante. Mais il ne persévéra pas ;&#13;
après avoir fait de grands biens en plusieurs paroisses, il voulut repasser en&#13;
France. Il se piquait de peinture, faisait beaucoup de tableaux ; personne ne&#13;
les goûtait. Il espéra qu’en France son talent serait mieux connu. Il n’y&#13;
réussit pas et se donna aux missions de la campagne, où il réussit.&#13;
La Compagnie qui avait gouverné le Canada depuis son établissement,&#13;
[fondée] par le cardinal de Richelieu en 1628, en avait remis le domaine au&#13;
roi le 15 février 1663. Sa Majesté nomma le sieur Gaudais pour en aller&#13;
prendre possession en son nom. Le commissaire, arrivé en Canada,&#13;
commença par le recensement général de la colonie et fit ensuite prêter le&#13;
serment de fidélité à tous les habitants, porta plusieurs ordonnances sur la&#13;
justice et la police et prit des mémoires exacts sur l’état des choses et les&#13;
diverses plaintes qu’avaient faites le gouverneur et le clergé. Il le fit en&#13;
honnête homme, avec exactitude et avec équité. Tout le monde fut satisfait&#13;
et les démêlés furent apaisés. Le commissaire s’en retourna la même année,&#13;
selon les ordres de la Cour. M. de Laval voulut, comme les autres, être&#13;
inscrit dans les registres publics, à l’exemple du Sauveur du monde, qui&#13;
pour obéir à l’édit d’Auguste se fit écrire avec Marie, sa mère, et saint&#13;
Joseph, son père nourricier. Le prélat ne prêta pas de nouveau serment. Il&#13;
l’avait déjà prêté entre les mains du roi ; mais il donna à tous ses sujets les&#13;
exemples d’une fidélité inviolable.&#13;
Quoique l’établissement d’une Cour souveraine ne soit pas du ressort de&#13;
l’Église, le Conseil souverain de Canada fut l’ouvrage de son premier&#13;
- 1232 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
évêque. Il en obtint du roi l’érection en 1662 avec le pouvoir d’en choisir les&#13;
membres, de concert avec M. le gouverneur ; ce qui s’exécuta dans le cours&#13;
de l’hiver de 1663 725. Les lettres patentes de son établissement furent&#13;
enregistrées et peu après, le 10 octobre, celles de l’établissement du&#13;
Séminaire. Le Conseil fut d’abord nommé souverain, parce qu’à l’exemple&#13;
des parlements, il juge en dernier ressort les affaires de la colonie. La Cour&#13;
a depuis voulu qu’on le nommât seulement Conseil supérieur, sans&#13;
pourtant diminuer son autorité, sans doute par une sorte de délicatesse,&#13;
pour ôter toute idée d’indépendance en écartant jusqu’au terme de&#13;
souveraineté dans un pays éloigné, où les révoltes seraient si faciles à&#13;
former et si difficiles à détruire. Sans doute dans les mêmes vues, on n’a&#13;
jamais mis dans les premières places que des gens nés en France, dont les&#13;
familles fussent une espèce d’otage de leur fidélité. On ne mettait dans les&#13;
secondes places, non plus que dans le clergé, que peu de Canadiens. On est&#13;
aujourd’hui plus facile et les Canadiens en effet ont le cœur tout français ;&#13;
leur fidélité n’est point douteuse.&#13;
Dans le commencement de la colonie, quoique la plupart des colons fussent&#13;
normands, il n’y avait presque pas de procès. Il ne pouvait encore guère y&#13;
en avoir. Chacun prenait ce qui lui plaisait d’un terrain immense qu’aucun&#13;
voisin ne lui disputait. Le peu de différends qui survenaient étaient&#13;
terminés à l’amiable par des arbitres, ou d’autorité par le gouverneur, d’une&#13;
manière assez militaire. Il n’y eut pendant bien des années aucune justice&#13;
réglée. La colonie était si peu stable, si peu nombreuse, la France en faisait&#13;
si peu de cas qu’on ne pensait ni à établir ni à acquérir des charges dans un&#13;
pays à peine connu. La Compagnie du commerce du Canada avait son&#13;
conseil et ses assemblées pour régler ses affaires et par occasions on y&#13;
accommodait les affaires des particuliers. La Compagnie de 1628, jouissant&#13;
des droits de souveraineté, forma un conseil plus régulier de ses officiers,&#13;
des notables du pays et du supérieur des Jésuites. C’était moins des titres&#13;
que de simples commissions, qu’elle révoquait à son gré. Ce corps était&#13;
La nomination des premiers conseillers fut faite par le Serviteur de Dieu et le gouverneur de Mésy&#13;
entre le 15 septembre 1663, date de leur arrivée à Québec, et le 18 du même mois, date de la première&#13;
réunion du Conseil.&#13;
725&#13;
&#13;
- 1233 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
proprement un conseil politique pour le gouvernement du pays ; il envoyait&#13;
des ambassadeurs, faisait la guerre ou la paix et donnait ses ordonnances.&#13;
Il jugeait cependant les affaires des particuliers, à peu près comme la bourse&#13;
des marchands, plutôt selon l’équité naturelle que selon les lois. Les&#13;
registres renfermaient bien des sentences mêlées avec les délibérations sur&#13;
les affaires générales.&#13;
En 1639, le roi créa la charge de grand-sénéchal du Canada, avec entrée au&#13;
Conseil. Mais ce ne fut qu’un titre d’honneur, comme elle est aujourd’hui&#13;
dans les provinces de France. Il se forma une justice particulière aux TroisRivières, pour épargner aux habitants la peine de descendre à Québec faire&#13;
vuider leurs différends. MM. de Saint-Sulpice, acquéreurs de l’île de&#13;
Montréal, y exercèrent la haute justice et y établirent des juges. Tout cela&#13;
dépendait du grand Conseil de Québec, plutôt par voie d’autorité que par&#13;
voie de ressort juridique. Et même si quelque plaideur était opiniâtre, il en&#13;
appelait au Parlement de Rouen, qui par l’enregistrement de l’édit de&#13;
création de la Compagnie et l’attribution de la juridiction, était la véritable&#13;
Cour souveraine de la Nouvelle-France. Mais ces appels n’arrivaient guère ;&#13;
tout se terminait sur les lieux. Il a même longtemps régné entre les habitants&#13;
une sorte de communauté de biens, qui subsiste encore dans les campagnes.&#13;
On allait dans les voyages loger chez le premier venu. Rien n’était fermé&#13;
sous la clé et il était inouï qu’on eût eu à se repentir de sa confiance. L’esprit&#13;
de société qui d’abord avait formé les compagnies, l’éloignement de la&#13;
patrie et de tout secours, un intérêt commun à demeurer uni pour se&#13;
défendre contre les Sauvages avaient si bien lié ce petit nombre de Français&#13;
qu’ils semblaient ne faire qu’une famille. On voit par là que la communauté&#13;
des biens ecclésiastiques, introduite par le saint évêque et qui révolterait en&#13;
France, n’avait en Canada rien de singulier, même parmi les laïcs.&#13;
Il était à souhaiter que cette simplicité et cette union des habitants eussent&#13;
toujours duré, mais on ne pouvait s’y attendre. Elles commençaient à&#13;
diminuer à mesure que la colonie s’augmentait, les affaires se multipliaient&#13;
et devenaient plus difficiles. Les plaideurs étaient plus artificieux et moins&#13;
traitables, leur recours au Parlement de Rouen jetait dans des frais&#13;
- 1234 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
immenses et dans des longueurs infinies avant que d’obtenir un arrêt.&#13;
D’ailleurs, la Compagnie venait de remettre au roi le domaine du Canada.&#13;
C’était désormais au nom et sur les commissions de Sa Majesté que la justice&#13;
devait être rendue et le ministre chargé du département des colonies devait&#13;
en diriger le gouvernement. M. de Laval, étant venu en France dans ces&#13;
circonstances, représenta au roi tous ces inconvénients et obtint au mois&#13;
d’avril 1663 un édit de création d’un Conseil souverain, composé du&#13;
gouverneur, de l’évêque, de l’intendant, de quatre conseillers, d’un&#13;
procureur général et d’un greffier en chef. Ces officiers devaient être choisis&#13;
par l’évêque, le gouverneur et l’intendant sur les notables de la ville, avec&#13;
pouvoir, selon l’ancien esprit de les changer tous les ans ou de les&#13;
continuer 726. On leur donna aussi pouvoir d’établir des juges inférieurs dans&#13;
les justices royales, c’est-à-dire autres que celles des seigneurs. Le roi donne&#13;
au Conseil toute juridiction en dernier ressort dans toute l’étendue de la&#13;
colonie et ordonne qu’on suivra la coutume de Paris, la jurisprudence du&#13;
Parlement de Paris et les ordonnances royales concernant la procédure tant&#13;
civile que criminelle.&#13;
Le nombre des officiers a été depuis augmenté. Le Conseil supérieur ou le&#13;
Parlement de Québec est aujourd’hui composé de 17 personnes : le&#13;
gouverneur, l’évêque, l’intendant, 12 conseillers, dont un est conseillerclerc, un procureur général et un greffier. Il ne tient pas ses audiences sur&#13;
un tribunal, comme les Cours de France, mais autour d’une table, comme&#13;
les académies. Le gouverneur est à la tête. Il a l’évêque à la droite et&#13;
l’intendant à la gauche ; ils font eux trois une ligne sur le haut bout de la&#13;
table. Le procureur général donne ses conclusions assis. Les procureurs et&#13;
les partis se tiennent et parlent debout derrière les chaises des juges et, ce&#13;
qui est fort incommode, tout le monde sort quand on vient aux opinions et&#13;
rentre quand on appelle une nouvelle cause. Les conseillers se placent selon&#13;
l’ordre de leur réception, à l’exception du conseiller-clerc, qui se met&#13;
&#13;
Selon le décret d’institution du Conseil souverain (Doc. XXXII), les conseillers n’étaient pas&#13;
quatre mais cinq, et leur nomination était réservée exclusivement au gouverneur et à l’évêque.&#13;
726&#13;
&#13;
- 1235 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
toujours du côté de l’évêque après le doyen, et du premier conseiller, qui&#13;
commence le rang à gauche après l’intendant.&#13;
Ce premier conseiller est une espèce de président qui a une charge à part et&#13;
doubles gages. Il n’y a point d’avocats, les procureurs ou les partis plaident&#13;
leur cause. C’est à la maison de l’intendant, qu’on appelle le palais, que se&#13;
tiennent les assemblées. Il s’en tient une régulièrement chaque lundi et&#13;
toutes les fois que les affaires le demandent. La justice se rend gratuitement,&#13;
quoique les gages des officiers soient modiques, qu’il n’y ait même que les&#13;
six premiers conseillers laïques, le procureur général et le greffier qui en&#13;
aient. L’expédition des arrêts ne coûte que les droits du greffe qui, comme&#13;
tous les autres frais de justice, sont très légers. Aussi les suppôts du palais&#13;
sont en petit nombre et ont communément quelque autre profession pour&#13;
les aider à vivre. On n’y connaît pas de papier timbré et il n’y a qu’un très&#13;
petit contrôle, seulement pour constater la date des actes. Les officiers n’ont&#13;
point d’habits particuliers ; ils siègent en épée avec leurs habits ordinaires.&#13;
On n’exige aucun grade, non plus pour les charges que pour les bénéfices.&#13;
Aussi serait-il bien difficile d’en avoir, puisqu’il n’y a point d’université sur&#13;
les lieux. Les charges ne sont ni vénales ni héréditaires ; le roi y nomme à&#13;
son gré. On suit la coutume de Paris, les ordonnances civiles et criminelles,&#13;
avec quelques changements faits en 1679, qu’on appelle la réduction du&#13;
code.&#13;
Cette réduction était absolument nécessaire. On ne saurait, surtout dans ce&#13;
pays, trop abréger la procédure. Le Conseil avait fait un règlement&#13;
provisionnel là-dessus le 7 novembre 1678. Il fut autorisé par un édit du&#13;
mois de juin de l’année suivante. On y ajouta divers articles par un nouvel&#13;
édit du mois de mars 1685. En voici les principaux : « On pourra donner des&#13;
arrêts au nombre de cinq juges, tant au civil qu’au criminel. Tout ce qui&#13;
s’expédie à la chancellerie, appels comme d’abus, requêtes civiles, lettres&#13;
rescisoires pourront se poursuivre par une simple requête. On pourra, par&#13;
le même jugement, prononcer définitivement sur le rescindant et le&#13;
rescisoire. On n’aura pas besoin de consultation d’avocat pour les appels&#13;
comme d’abus, ni pour les requêtes civiles. Les cas prévôtaux seront jugés&#13;
- 1236 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
au Conseil et alors le prévôt des maréchaux de France y aura séance après&#13;
le dernier conseiller. Toutes les amendes seront arbitraires ; les délais pour&#13;
les assignations le seront aussi. Le Conseil les fixera selon les maisons et la&#13;
distance des lieux, attendu l’immense étendue de la colonie et la difficulté&#13;
de voyager en hiver. Mais comme l’étendue des ressorts des prévôtés et des&#13;
justices seigneuriales n’ont pas été déterminées, le Conseil y réglera les&#13;
délais. Les conseillers et leurs veuves plaideront en première instance à la&#13;
prévôté de Québec et les procès où ils seront intéressés seront renvoyés sur&#13;
la simple réquisition d’une des parties par-devant l’intendant, à qui toute&#13;
juridiction est attribuée, à la charge d’appeler à son choix quatre autres&#13;
juges non récusables ». Il y a eu depuis quelques autres modifications, mais&#13;
le détail nous mènerait trop loin et serait trop ennuyeux.&#13;
L’office de conseiller-clerc fut créé en 1704. L’édit de création du Conseil&#13;
donnait la seconde place à l’évêque. À son absence, elle était occupée par&#13;
un grand-vicaire ou par quelque autre ecclésiastique que le Séminaire y&#13;
envoyait. Cette incertitude était embarrassante pour les parties, qui ne&#13;
savaient à qui s’adresser pour instruire celui qui serait le juge. Plusieurs des&#13;
ecclésiastiques, qui y allaient au hasard, n’étaient point au fait de la&#13;
procédure et de la jurisprudence, comme auraient pu l’être des personnes&#13;
attachées à cet emploi. Le roi crut donc devoir créer un office de conseillerclerc pour représenter l’Église, qui par son expérience et son étude fût plus&#13;
en état de rendre la justice et qui par son caractère de grand-vicaire né&#13;
ad hoc, comme dans les parlements, pût dans les affaires ecclésiastiques&#13;
soutenir les droits du clergé. Le premier pourvu fut M. de La Colombière,&#13;
archidiacre, frère du fameux P. de La Colombière, jésuite ; le second,&#13;
M. de Varennes, Canadien, aussi archidiacre ; troisième, M. de La Tour 727,&#13;
Français et doyen du chapitre ; le quatrième, qui l’occupe aujourd’hui avec&#13;
distinction, M. Vallier, aussi Français et théologal. L’édit de création&#13;
nomme quatre autres conseillers et crée quatre autres offices. M. de&#13;
La Colombière y est nommé à la tête de tous. Il se plaça ainsi dans le Conseil&#13;
et laissa siéger au-dessus de lui tous les anciens conseillers. Son successeur,&#13;
727&#13;
&#13;
NDLR : Il s’agit de l’auteur.&#13;
- 1237 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Canadien, qui n’avait jamais vu d’autre juridiction que celle de Québec, n’y&#13;
fit aucune attention. Il descendit même et ne prit que son rang de réception&#13;
à la dernière place. En prenant possession de cette charge après&#13;
M. de Varennes, je fus surpris que le conseiller-clerc n’eût pas une place&#13;
distinguée, comme dans les parlements. Je représentai que mes provisions,&#13;
aussi bien que l’édit de création, portaient que les conseillers-clercs du&#13;
Conseil auraient les mêmes honneurs que les conseillers-clercs des&#13;
parlements de Paris. On m’opposa l’usage et je répondis qu’il était trop&#13;
récent pour servir de loi. Il fut convenu entre nous et ordonné par arrêt&#13;
qu’on se pourvoirait devant Sa Majesté pour la supplier d’expliquer ses&#13;
intentions. L’année suivante, le roi jugea en ma faveur et par ses lettres&#13;
patentes du mois d’avril 1730, il me donna la première place, après le doyen&#13;
des conseillers, sans pourtant qu’il me fût permis de présider ni de&#13;
décaniser. Le Conseil s’y est conformé. On verra à la fin de ce livre un&#13;
mémoire raisonné que je fis là-dessus. J’ai cru que le public trouverait ici&#13;
avec plaisir l’idée d’une juridiction un peu différente des autres et que la&#13;
place que M. de Laval y a occupée et la part qu’il a eue à son établissement&#13;
la faisait entrer naturellement dans l’histoire de sa vie. Voici un des&#13;
événements les plus intéressants pour lui, où sa vertu a paru avec le plus&#13;
d’éclat et que la création du Conseil a occasionné.&#13;
Il paraissait naturel que le gouverneur étant à la tête de ce tribunal et y&#13;
tenant la première place, il en fût aussi le président. Le roi en a autrement&#13;
jugé, sans doute pour ne pas donner au chef de la colonie une autorité trop&#13;
absolue et pour rendre le gouverneur et l’intendant surveillants l’un de&#13;
l’autre par la concurrence, en la balançant et la partageant entre eux par un&#13;
arrangement singulier. C’est l’intendant, quoique à la troisième place, qui&#13;
fait toutes les fonctions de président, sans pouvoir en prendre le nom. C’est&#13;
lui qui recueille les suffrages, qui prononce les arrêts, qui signe les requêtes&#13;
et le plumitif, qui indique les assemblées en envoyant le premier huissier&#13;
au gouverneur et à l’évêque et les huissiers chez les autres. M. de Frontenac,&#13;
qui a été longtemps gouverneur, ne s’en accommoda pas. Il prétendait&#13;
attirer à lui toute l’autorité du Conseil, en tenir chez lui les registres et y&#13;
faire toutes les fonctions de président. Le roi, par un édit du 5 juin 1675,&#13;
- 1238 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
était entré dans le plus grand détail des droits et des fonctions du&#13;
gouverneur et de l’intendant. Mais cet édit n’ayant pas suffi pour leur&#13;
imposer silence, le roi, par une lettre du 29 avril 1679, lui marqua sa surprise&#13;
d’une prétention plus capable d’avilir que de relever la place de&#13;
gouverneur : « Il n’y a que vous dans mon royaume, lui dit Sa Majesté, qui,&#13;
honoré de la qualité de mon lieutenant-général et de gouverneur de&#13;
province, peut ambitionner le titre de président d’un Conseil comme celui&#13;
de Québec. » Il fallut enfin le révoquer. Mais nous aurons plus d’une fois&#13;
occasion de parler de ce gouverneur célèbre, dont les bonnes et les&#13;
mauvaises qualités ont fait tant de bien et tant de mal dans la colonie.&#13;
M. de Frontenac ne fut pas le premier à faire valoir ces prétentions. Dès&#13;
l’établissement du Conseil, M. de Mésy, son prédécesseur, les avait fait&#13;
naître. Il était homme de condition et de mérite, faisait profession d’une&#13;
haute piété et en avait la réputation. Il avait été longtemps major de la&#13;
citadelle de Caen et fort lié avec M. de Laval pendant son séjour dans&#13;
l’Ermitage de M. de Bernières. Le prélat, mécontent du baron Davaugour,&#13;
demanda au roi un autre gouverneur et le roi, plein de vénération pour sa&#13;
vertu, ayant porté sa complaisance jusqu’à lui en laisser le choix et l’obliger&#13;
même malgré lui de le faire, le prélat jeta les yeux sur son ancien ami et le&#13;
proposa au roi. M. de Mésy fut agréé et nommé gouverneur. Il est vrai que&#13;
dans ses premières années il avait été fort débauché ; mais il s’était converti&#13;
d’une manière si éclatante que sa vertu était admirée de tout le monde. On&#13;
remarquait surtout en lui une humilité profonde et une charité sans bornes&#13;
qui, sans avoir égard à sa qualité, lui faisaient rendre aux pauvres les plus&#13;
bas services, jusqu’à les porter publiquement sur ses épaules dans les rues&#13;
de Caen.&#13;
Cette dévotion extraordinaire ne lui fournissait pas de quoi payer ses&#13;
anciennes dettes. Il crut même que ses dettes pouvaient lui servir d’excuse&#13;
pour refuser le gouvernement de Québec. Il allégua plusieurs autres&#13;
raisons, qui redoublèrent le désir qu’avait M. de Laval de lui faire accepter&#13;
ce poste, jugeant qu’il ne s’en défendait que par modestie. Il lui obtint même&#13;
du roi des gratifications considérables, capables de le libérer, afin de lever&#13;
- 1239 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
toutes les difficultés qu’il opposait à ce voyage. Enfin, il s’embarqua avec&#13;
lui, fort content d’amener un gouverneur de ce caractère. Il semble en effet&#13;
que le prélat pouvait tout se promettre d’un homme que la piété, l’amitié,&#13;
la reconnaissance lui devaient inviolablement attacher. Aussi le concert futil parfait pendant toute la traversée qu’ils firent ensemble. Mais il dura peu&#13;
après leur arrivée. Les esprits inquiets, qui avaient aigri le baron&#13;
Davaugour, rallumèrent plus que jamais le feu de la division. Bientôt,&#13;
M. de Mésy ne fut plus le même homme. On lui rendit suspects le clergé et&#13;
l’évêque, qu’il avait jusqu’alors respectés. On lui inspira un violent chagrin&#13;
de n’avoir pas dans le Conseil l’autorité et les fonctions de président, tandis&#13;
qu’on les attribuait à l’intendant, qui n’était qu’après lui 728.&#13;
La prétention du gouverneur avait quelque chose de plausible. Elle était&#13;
fondée sur l’usage aussi bien que sur l’équité. Tandis que le Canada fut&#13;
entre les mains de la Compagnie, le gouverneur présidait seul au Conseil,&#13;
ou plutôt en était le maître. Le Conseil que le roi venait de créer tenait la&#13;
place de celui de la Compagnie. Le gouverneur n’était pas moins à sa tête.&#13;
Pourquoi supprimer une partie des droits dont il avait joui et ne lui laisser&#13;
que l’honorifique de sa place pour le transporter au nouveau venu, son&#13;
inférieur ? M. de Mésy vit avec peine ce changement commencé par lui. Il&#13;
s’y mêla même des motifs d’intérêt. L’intendant ne partageait pas moins les&#13;
profits que l’autorité, ou plutôt se les attirait tous. Le gouverneur, borné à&#13;
Notons que les discussions sur la présidence effective du Conseil souverain et sur les droits de&#13;
l’intendant par rapport à ce Conseil n’eurent pas lieu sous le gouvernement de M. de Mésy (16631665), mais sous celui de M. de Frontenac (1672-1682). En effet, en l’année à laquelle se réfère de&#13;
La Tour (1663), il n’y avait pas encore d’intendant au Canada. Le premier qui exerça cette charge&#13;
fut Jean Talon, arrivé au Canada en 1665, quelques mois après le décès de M. de Mésy. C’est plutôt&#13;
avec l’évêque que le gouverneur se montra mécontent de partager le pouvoir. Voici ce qu’écrit à ce&#13;
sujet l’historien digne de foi Ferland :&#13;
728&#13;
&#13;
Des intrigants ayant inspiré à M. de Mésy quelque défiance au sujet du clergé et&#13;
de l’évêque, qu’on représentait comme voulant partager son autorité, le&#13;
gouverneur changea assez soudainement de conduite. Informé qu’autrefois les&#13;
gouverneurs étaient à peu près seuls maîtres dans la colonie, il conçut du&#13;
mécontentement de ce que son autorité avait été amoindrie et de ce que l’évêque&#13;
la partageait avec lui ; car par l’édit de création du Conseil souverain, l’évêque ou&#13;
le premier ecclésiastique était chargé conjointement avec le gouverneur de&#13;
nommer les cinq personnes qui devaient siéger avec eux au Conseil, de choisir un&#13;
procureur-général du roi et un greffier ou secrétaire. (Cours d’histoire du Canada,&#13;
Québec, vol. 2, 1865, p. 21.)&#13;
- 1240 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
ses gages et aux affaires militaires, n’avait pas même part aux gages&#13;
modiques que le roi donnait aux six premiers conseillers, tandis&#13;
qu’auparavant la Compagnie, pour se concilier le gouverneur, lui faisait des&#13;
présents considérables et de gros profits. Tout cela mit de mauvaise humeur&#13;
M. de Mésy. Il prétendit que la colonie devait lui payer la même somme que&#13;
la Compagnie donnait auparavant. Les membres du Conseil et tous ceux&#13;
qui s’opposaient à ses desseins en ressentirent les effets. Deux des&#13;
principaux et des plus accrédités dans la colonie furent embarqués par son&#13;
ordre et renvoyés en France sans aucune forme de procès. Il en nomma&#13;
d’autres à leur place de son autorité. On fit une opposition juridique avec&#13;
protestation de nullité de cette élection ; ce qui l’aigrit encore davantage.&#13;
L’évêque ne fut pas plus épargné. En qualité de pasteur et d’ami, son zèle&#13;
et la part qu’il avait eue à l’établissement du Conseil et au choix du&#13;
gouverneur lui donnaient plus qu’à d’autres le droit de faire des&#13;
représentations sur l’irrégularité de sa conduite ; mais au lieu de rien&#13;
gagner, il s’attira son indignation. M. de Mésy, dans une conversation qu’il&#13;
eut avec lui, le traita fort mal et lui jeta avec emportement le passe-partout&#13;
du Séminaire qu’on lui avait donné pour pouvoir venir à toute heure sans&#13;
être annoncé, le traversa dans toutes ses vues, négligea de lui rendre les&#13;
devoirs de bienséance, ou plutôt affecta de le choquer. Il en vint à des&#13;
extrémités peu croyables selon nos mœurs. Il crut sans doute l’intimider par&#13;
des menaces et un appareil de guerre, car on ne peut penser qu’il eût&#13;
seulement le dessein d’attenter à sa vie ou à sa liberté. Un jour, à la tête de&#13;
ses gardes et de la garnison du fort, il investit l’église et la maison attenante,&#13;
où logeait l’évêque. Celui-ci, sans s’étonner, après avoir fait sa prière et le&#13;
sacrifice de sa vie aux pieds des saints autels, paraît à la porte de l’église&#13;
devant le gouverneur et sa petite armée. Le bruit courut que le gouverneur&#13;
avait donné ordre de le saisir ou de tirer sur lui ; mais ce fait a été désavoué.&#13;
Quoiqu’il en soit, tous les soldats de concert comme s’ils se fussent donné&#13;
le mot, au lieu de lui faire aucune insulte, défilèrent devant lui et lui firent&#13;
&#13;
- 1241 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
chacun en passant le salut des armes qu’on ne fait qu’aux princes et aux&#13;
généraux. Le gouverneur, confus, se retira 729.&#13;
Cette affaire, comme on peut penser, fit grand bruit à la Cour. L’évêque ne&#13;
se plaignit point 730 ; mais toute la colonie le fit pour lui. Le roi rappela le&#13;
gouverneur et ordonna qu’on lui fît le procès. M. de Prouville, marquis&#13;
de Tracy 731, conseiller d’État et lieutenant-général des armées du roi, venait&#13;
de partir de France en 1664, à la tête d’une flotte, quand on y reçut cette&#13;
nouvelle. Il avait le titre de lieutenant sur toutes les terres dépendantes du&#13;
roi de France dans l’Amérique méridionale et septentrionale, ce qu’en&#13;
Canada on appelait vice-roi, avec une commission pour visiter les îles et&#13;
terres, déposséder les seigneurs propriétaires, y rétablir l’ordre, chasser les&#13;
Hollandais, qui y avaient fait quelques invasions, et de là passer à Québec&#13;
pour y établir solidement la colonie et mettre les Iroquois à la raison. Le roi&#13;
lui envoya une commission particulière du 29 mars 1665 pour informer&#13;
contre M. de Mésy, conjointement avec M. de Courcelle, qui l’allait relever,&#13;
et M. Talon, intendant. Ils arrivèrent au mois de juin ; mais ils trouvèrent en&#13;
arrivant que Dieu avait fait le procès au coupable, car il était mort le 6 mai&#13;
précédent, ou plutôt qu’il se l’était fait à lui-même par une pénitence aussi&#13;
édifiante que sa conduite avait été scandaleuse. Cette mort avait terminé&#13;
tous les différends. Personne ne fit plus de plaintes et les trois commissaires&#13;
jugèrent à propos de ne point faire d’information. M. Talon en rendit&#13;
compte à M. Colbert, alors ministre, et lui dit : « Nous avons cru que le roi&#13;
ne trouverait pas mauvais que ses fautes fussent ensevelies avec lui dans&#13;
son tombeau 732 ».&#13;
&#13;
NDLR : Aucune autre source ne parle de cet incident. Mésy fit porter un billet peu poli à&#13;
l’évêque, qui rétorqua, et la discorde fut connue du public. Peut-être que celle-ci fut exagérée et&#13;
glorifiée au fil des années et des narrations, et que c’est cette version finale qui fut racontée à&#13;
M. de La Tour lors de son séjour au Canada.&#13;
730&#13;
Selon l’historien Garneau (Histoire du Canada, Québec, 1887, vol. 1, p. 205), un des deux&#13;
conseillers retournés en France par M. de Mésy avait été chargé par le Serviteur de Dieu de présenter&#13;
au roi les raisons des difficultés qu’il avait avec M. de Mésy.&#13;
731&#13;
Il faut lire : M. Tracy de Prouville.&#13;
732&#13;
Pour le texte critique de cette lettre, cf. Doc. XXXIV-2.&#13;
729&#13;
&#13;
- 1242 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Malgré quelques éclipses que l’ambition, l’intérêt, la jalousie, les mauvais&#13;
esprits et des vues fausses, quoiqu’avec des intentions droites, avaient&#13;
malheureusement occasionnées, M. de Mésy avait de la piété. Il rentra en&#13;
lui-même et répara bien authentiquement le mal qu’il avait fait. Le prélat,&#13;
toujours plein de charité et mettant en Dieu sa confiance, avait tous les jours&#13;
fait dire et avait dit lui-même la messe pour lui depuis ce grand éclat. Ses&#13;
prières furent exaucées et après bien des remords qui avaient ébauché la&#13;
conversion, le gouverneur tomba malade de la maladie dont il mourut.&#13;
Il se fit porter à l’Hôtel-Dieu dans la salle des pauvres. Sa maladie fut&#13;
longue et lui laissa le temps de se préparer à la mort. Il fit prier M. de Laval&#13;
de venir le voir, se réconcilia sincèrement avec lui, lui demanda pardon et&#13;
renonça à toutes ses prétentions. Il fit publier à son de trompe et afficher à&#13;
tous les carrefours l’acte de sa rétractation de tout ce qu’il avait dit et écrit&#13;
contre lui et répandu dans des écrits publiés, affichés et distribués partout&#13;
contre l’évêque, le clergé et la Société et le pardon qu’il demandait au public&#13;
du scandale qu’il avait donné et à l’évêque de l’outrage qu’il lui avait fait.&#13;
Il fit plus ; il prit M. de Laval pour son confesseur et voulut mourir entre ses&#13;
mains. Enfin, pour y mettre le dernier sceau, il fit un testament où il&#13;
renouvela les mêmes protestations et par esprit d’humilité et de pénitence,&#13;
il demanda d’être enterré dans le cimetière au milieu des pauvres, sans&#13;
pompe et sans distinction. Ses volontés furent exécutées, à l’exception des&#13;
honneurs funèbres, que l’évêque, à la tête de son clergé et de tous les corps&#13;
de la colonie, lui rendit aussi solennellement qu’il fut possible. Le corps fut&#13;
porté par quatre congréganistes des plus distingués et les coins du drap par&#13;
quatre Sauvages, fut déposé à la paroisse, où il demeura dans la nuit et le&#13;
lendemain transporté à l’hôpital.&#13;
Malgré une réparation si authentique, les démêlés du gouverneur avec&#13;
l’évêque firent grand tort à la religion. M. de Mésy avait écrit à la Cour des&#13;
lettres très fortes pour justifier ses prétentions et sa conduite et se plaindre&#13;
de ceux dont il était mécontent. Dans les premiers mouvements de sa colère,&#13;
il fit son apologie aux dépens de l’évêque, du clergé et des Jésuites et donna&#13;
des impressions qui ne furent pas de longtemps effacées et qui peut-être ne&#13;
- 1243 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
le sont pas encore en entier, tout convaincu que l’on y est de l’irrégularité&#13;
de ces démarches. Il tâcha de rendre le clergé suspect de vouloir se mêler&#13;
du gouvernement public et particulier de la colonie et des familles. C’est&#13;
une ancienne querelle qui a mis cent fois aux mains le sacerdoce et l’empire&#13;
et que tous les esprits inquiets et séditieux ne manquent jamais de faire&#13;
revivre pour jeter une semence de division entre deux puissances, dont&#13;
l’union est aussi nécessaire au bon ordre que leur mésintelligence lui est&#13;
fatale. On ne pouvait attaquer ni la religion ni les mœurs d’un chef et d’un&#13;
corps respectable pour qui tout le monde avait la plus profonde vénération&#13;
et qui en effet n’était alors composé que de personnes très vertueuses. Les&#13;
tentatives que fit quelquefois là-dessus la calomnie furent absolument sans&#13;
succès et firent mépriser les calomniateurs.&#13;
Mais on donna un mauvais tour au zèle de cet homme apostolique, en le&#13;
peignant comme outré dans sa sévérité, trop vaste dans son étendue. Ces&#13;
calomnies avaient quelque chose de plausible. Tout le clergé séculier et&#13;
régulier, étroitement uni sous la conduite d’un évêque universellement&#13;
respecté, agissait par les mêmes principes et n’avait que les mêmes intérêts.&#13;
Cette union parut dangereuse. On fit entendre qu’un corps aussi lié&#13;
pourrait se rendre redoutable, s’il donnait dans quelque travers et que les&#13;
consciences étaient extrêmement gênées par cette uniformité de direction.&#13;
Il faut convenir en effet que les libertins devaient être bien gênés, puisqu’ils&#13;
ne pouvaient se flatter de trouver dans la diversité des sentiments des&#13;
confesseurs, ni un asile à leurs désordres, ni une matière à leur malignité.&#13;
De là vient que M. Talon, intendant, qui dans son premier voyage avec&#13;
M. Tracy, dont nous venons de parler, avait donné dans ces idées, prétendit&#13;
avoir rendu un grand service à la colonie en amenant à son second voyage&#13;
des Récollets pour donner, disait-il, aux consciences, par des ministres plus&#13;
indulgents, une liberté dont il s’était imaginé qu’on les privait. Dieu a tiré&#13;
le bien du mal ; ces bons pères ont été un renfort très utile à la colonie et&#13;
malgré les prétentions qu’on leur avait données et qui d’abord excitèrent&#13;
quelques orages, la vérité est rentrée dans ses droits. Ils ont rendu et&#13;
rendent encore de très grands services et suivent les mêmes principes de&#13;
conduite que le clergé.&#13;
- 1244 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
L’accusation d’ambition avait je ne sais quoi de plus vraisemblable.&#13;
Jusqu’alors la colonie française, absolument négligée par les compagnies,&#13;
n’avait été qu’un amas informe d’artisans, de paysans et de garçons&#13;
marchands. Les Jésuites y étaient presque les seuls qui sussent lire et qui&#13;
eussent des relations en France. La charité et la nécessité faisaient passer&#13;
toutes les affaires par leurs mains. C’est ainsi que dans une campagne&#13;
écartée, un curé estimé et zélé est nécessairement l’arbitre, le père commun&#13;
et comme le roi de son hameau, sans devoir être ni suspect à l’État, ni&#13;
soupçonné d’ambition. Les Jésuites étaient les seuls encore qui entendissent&#13;
la langue des Sauvages et qui fussent faits à leurs manières. Ils demeuraient&#13;
parmi eux et par leurs vertus, leurs services et leurs travaux, ils en avaient&#13;
gagné la confiance. C’étaient les interprètes, les correspondants, les&#13;
ambassadeurs, les arbitres nécessaires et uniques dans toutes les&#13;
négociations et les affaires. Les relations des missions et des découvertes de&#13;
ce vaste pays ne pouvaient parler d’aucun événement sans faire mention&#13;
des Jésuites, parce qu’il n’y en avait aucun où ils n’eussent part et la plus&#13;
grande part. L’évêque et le clergé étant dans les premiers temps tout jésuites&#13;
et l’évêque ayant été l’objet particulier de la colère du gouverneur et&#13;
malheureusement de ses fautes, il fut avec d’autant plus de vivacité&#13;
enveloppé dans l’accusation commune et rendu d’autant plus aisément&#13;
suspect que sa dignité et sa naissance lui donnaient plus de crédit.&#13;
Un homme aigri empoisonne tout et en matière de gouvernement, il est aisé&#13;
de blesser la délicatesse. On n’avait jusqu’alors jamais pensé à se mettre en&#13;
garde contre les entreprises du clergé dans un pays où on ne trouvait que&#13;
des Sauvages et des arbres. M. de Mésy fit naître des ombrages à M. Colbert&#13;
et MM. Tracy, de Courcelle et Talon eurent des ordres secrets de s’informer&#13;
des vues, du crédit, de la conduite de l’évêque, des ecclésiastiques et des&#13;
Jésuites. On n’a pas su quel compte ils en avaient rendu. Peut-être prirentils eux-mêmes quelque défiance, surtout M. Talon, qui à son retour ne parut&#13;
guère favorable au clergé ; du moins il y a lieu de croire qu’ils ne&#13;
travaillèrent ou qu’ils ne réussirent pas à détromper le ministre.&#13;
&#13;
- 1245 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
M. de Laval et les missionnaires ne trouvèrent plus à la Cour ni le même&#13;
appui, ni la même facilité. Le prélat en fit l’épreuve lorsqu’en l’année 1671&#13;
il fut obligé de faire un 2e voyage en Europe pour presser la grande affaire&#13;
de l’érection de l’évêché, qui traînait depuis dix ans, comme nous verrons&#13;
dans la suite. Il faut auparavant raconter et rapprocher certains événements&#13;
liés entre eux, quoique arrivés en divers temps, pour ne pas interrompre le&#13;
fil de l’histoire.&#13;
LIVRE HUITIÈME&#13;
&#13;
Livre huitième&#13;
Il avait paru, quelques années avant l’arrivée de M. de Laval, une espèce de&#13;
phénomène sur l’horizon du Canada, qui dans la suite illustra son épiscopat&#13;
et seconda merveilleusement son zèle. Des filles pleines de l’esprit&#13;
apostolique furent assez courageuses pour aller à travers l’océan, sur les pas&#13;
des missionnaires, fonder au milieu des Sauvages de nouvelles&#13;
communautés pour l’éducation de la jeunesse et le soulagement des&#13;
malades et une entre autres fonder un nouvel institut destiné à l’instruction&#13;
des filles canadiennes et sauvagesses. Ce sont les deux communautés&#13;
d’Ursulines et d’Hospitalières de Québec, d’Hospitalières et de&#13;
Congréganistes de Montréal 733. Dieu a comblé de ses bénédictions ces pieux&#13;
établissements. Ils rendent à la colonie les plus grands services.&#13;
Nous commencerons par ceux de Montréal, quoique ce ne soient pas les&#13;
plus anciens, parce qu’ils sont plus isolés dans la vie du premier évêque de&#13;
Québec et que nous n’aurons plus occasion d’en parler dans la suite, au lieu&#13;
que les communautés de Québec paraîtront plus d’une fois sur la scène.&#13;
L’éloignement du siège épiscopal met l’île de Montréal hors de portée d’être&#13;
gouvernée par les évêques d’une manière détaillée et suivie. Mais l’objet est&#13;
trop intéressant et l’évêque de Pétrée a eu trop de part au bien qui s’y est&#13;
fait, quoiqu’il n’en soit pas l’auteur, pour ne pas lui ménager la gloire qui&#13;
lui est due. Il faut reprendre la chose de plus haut.&#13;
&#13;
733&#13;
&#13;
NDLR : Les premières religieuses arrivèrent à Québec en 1639 et celles de Montréal, en 1641.&#13;
- 1246 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Le célèbre et saint prêtre M. Olier avait depuis peu fondé à Paris l’illustre&#13;
Séminaire Saint-Sulpice, lorsque M. de La Dauversière, lieutenant-général&#13;
au présidial de La Flèche en Anjou, ayant lu une relation où l’on parlait de&#13;
Montréal comme d’un lieu très propre à établir une mission pour travailler&#13;
à la conversion des Sauvages, forma le dessein d’acheter cette île et de la&#13;
consacrer à cette bonne œuvre. Le P. Chauvet, jésuite, recteur du collège de&#13;
La Flèche, le confirma dans cette idée et le baron de Fancamp, son ami, se&#13;
joignit à lui pour y avoir part. Ils se rendirent à Paris pour en conférer avec&#13;
le P. Lalemant, qui avait été supérieur des missions du Canada, et avec&#13;
M. de Lauson, qui en fut depuis gouverneur et qui se trouvait alors à la&#13;
Cour. M. Olier, à qui ils en parlèrent, non seulement approuva ce dessein,&#13;
mais voulut encore entrer dans la société et y fournir son contingent. On&#13;
acheta pour 20 tonneaux d’effets, qui furent envoyés au P. Le Jeune, recteur&#13;
du collège de Québec, pour faire l’acquisition de l’île. Le contrat en fut passé&#13;
au nom de la petite Compagnie au mois d’août 1640. M. de Maisonneuve,&#13;
gentilhomme champenois, depuis gouverneur de Montréal, et deux autres&#13;
personnes de considération s’y joignirent l’année suivante. Ces six associés&#13;
firent à leurs frais un armement considérable d’hommes, d’outils et de&#13;
marchandises.&#13;
Cependant, Dieu se ménageait d’un autre côté trois fidèles servantes,&#13;
Mme de Bullion, Mlle Mance et la Sr Bourgeoys, qui devaient faire à&#13;
Montréal des établissements pareils à ceux que la mère de l’Incarnation et&#13;
Mmes d’Aiguillon et de La Peltrie avaient faits depuis quelque temps à&#13;
Québec, Mme de Bullion par ses libéralités, Mlle Mance par ses soins et la&#13;
Sr Bourgeoys par un nouvel institut. Les deux premières, touchées des&#13;
relations qui couraient alors et encouragées par les exemples des&#13;
Hospitalières, résolurent, sans se connaître, de travailler à y fonder un&#13;
hôpital. Mlle Mance, native de Langres, fille de naissance et de mérite, alla&#13;
à Paris pour consulter une vocation si extraordinaire et prendre des&#13;
mesures pour l’exécuter, si on l’approuvait. Le P. Lalemant, le P. Saint-Jure,&#13;
connu par ses ouvrages de piété, la décidèrent et l’encouragèrent. Le&#13;
P. Rapin, provincial des Récollets, à qui Mme de Bullion avait fait&#13;
confidence de ses vues, lui fit connaître Mlle Mance, qui lui avait fait part&#13;
- 1247 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
aussi des siennes. Ces deux saintes âmes s’unirent étroitement et&#13;
Mme de Bullion donna une somme considérable pour jeter les fondements&#13;
de la bonne œuvre 734.&#13;
La famille de Mlle Mance s’opposa inutilement à son dessein et tout le&#13;
public admira son courage. Cet événement singulier frappa la ville et la&#13;
Cour. On s’empressait partout de voir cette courageuse fille. La reine la fit&#13;
venir, les princesses et les principales dames la demandèrent à l’envi, et le&#13;
P. Lalemant, lui ayant appris qu’il y avait une société déjà formée pour&#13;
établir la religion à Montréal, elle alla à La Rochelle, où les associés s’étaient&#13;
rendus pour faire embarquer leurs effets, et s’offrit généreusement à la&#13;
Compagnie 735 pour avoir soin des malades dans la traversée et dans la&#13;
colonie et pour veiller sur le détail de leurs affaires qui convenaient à son&#13;
sexe, sans cependant leur être à charge, parce que Mme de Bullion avait&#13;
fourni aux frais de son voyage et de son entretien. Ce secours inespéré parut&#13;
venir du ciel. On accepta ses offres avec joie. La petite troupe qui devait&#13;
aller en Canada se partagea sur deux vaisseaux : M. de Maisonneuve, un&#13;
prêtre séculier et 25 hommes se mirent sur l’un ; un jésuite, Mlle Mance et&#13;
12 hommes montèrent l’autre. Celui-ci, après avoir essuyé bien du calme,&#13;
arriva à Québec le 8 août 1641. M. de Maisonneuve fut moins heureux. Il&#13;
perdit bien du monde, relâcha jusqu’à trois fois et n’arriva que le 20 du&#13;
même mois. On fit ce qu’on put pour les arrêter à Québec. La colonie, qui&#13;
n’était composée que de 200 à 300 personnes, aurait voulu profiter de ce&#13;
renfort. On leur offrit l’île d’Orléans pour y faire leur établissement. On&#13;
s’efforça de les intimider par la vue des Iroquois, qui désolaient le pays et&#13;
qui étaient encore plus près de Montréal. « Je ne suis pas venu pour&#13;
délibérer, mais pour exécuter, répondit M. de Maisonneuve ; y eût-il à&#13;
Montréal autant d’Iroquois que d’arbres, il est de mon devoir et de mon&#13;
honneur d’y aller établir une colonie. »&#13;
NDLR : Jeanne Mance est aujourd’hui reconnue comme co-fondatrice de Montréal avec&#13;
Maisonneuve.&#13;
735&#13;
NDLR : Il ne s’agit pas de la Compagnie des Cent-Associés, qui avait à charge la colonie, mais&#13;
de la Compagnie de Montréal, soit la Société Notre-Dame de Montréal pour la conversion des&#13;
Sauvages de la Nouvelle-France. Elle fut dissoute en 1663 et légua ses biens au Séminaire de SaintSulpice.&#13;
734&#13;
&#13;
- 1248 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Il partit sans différer et arriva le 14 octobre à l’île de Montréal. Le&#13;
lendemain, fête de Sainte-Thérèse, il en prit possession au nom de la&#13;
Compagnie. Peu de jours après, un des plus notables voulut y être associé.&#13;
Il lui avait déjà donné sa maison pour retirer une partie de ses&#13;
marchandises. Ce fut dans la suite un entrepôt utile et un correspondant&#13;
fidèle. Mlle Mance passa l’hiver à Québec, tandis que les autres allaient à la&#13;
découverte. On lui fit bien des instances pour l’y retenir, mais loin d’être&#13;
ébranlée, elle gagna Mme de La Peltrie, fondatrice des Ursulines, qui par&#13;
une légèreté de femme, donnant un peu trop dans le goût des nouveaux&#13;
établissements, voulait avoir part aux fondations de Montréal, comme elle&#13;
en avait eu à celles de Québec. Cette dame suivit Mlle Mance lorsqu’elle&#13;
s’en alla au commencement du printemps, mais rendue à sa première&#13;
vocation, elle revint bientôt à Québec, où elle passa saintement le reste de&#13;
sa vie, comme nous dirons ailleurs. À Montréal, on se logea sous des tentes.&#13;
Le P. Vimont, jésuite, y dit la première messe le 18 mai 1642. Tout l’été se&#13;
passa à construire des baraques et à faire une palissade de pieux pour se&#13;
défendre contre les Iroquois, en attendant qu’on bâtît des fortifications&#13;
régulières, ce qu’on a fait depuis.&#13;
Cependant, la Compagnie augmentait si fort en France qu’on apprit l’année&#13;
suivante qu’elle était composée de 45 personnes, parmi lesquelles étaient&#13;
Mme la princesse, Mme la chancelière, Mme de Bullion, M. de Queylus, le&#13;
fameux M. de Renty, M. Olier, M. de Bretonvilliers, qui fut son successeur,&#13;
et tout le corps du Séminaire de Saint-Sulpice, à qui l’île de Montréal est&#13;
demeurée par l’acquisition que fit pour lui M. de Bretonvilliers en 1663 des&#13;
droits de tous les autres associés. Chacun contribua de son côté à la bonne&#13;
œuvre, surtout Mme de Bullion, qui donna des sommes considérables, mais&#13;
qui par humilité le faisait si secrètement qu’on l’a longtemps ignoré et qu’on&#13;
ne connaissait la bienfaitrice que sous le nom de « charitable inconnue ».&#13;
On travailla avec tant de succès dans la nouvelle colonie que malgré le petit&#13;
nombre d’ouvriers, il y eut en 1645 une église, un hôpital, une redoute bien&#13;
faite et des maisons convenables pour tout le monde. On fut heureux de&#13;
s’être mis en sûreté. Les Iroquois découvrirent ce poste et ne manquèrent&#13;
pas de venir l’attaquer. Pendant bien des années, Montréal fut le théâtre&#13;
- 1249 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
d’une guerre très meurtrière, qui dans une infinité de surprises et de petits&#13;
combats fit répandre beaucoup de sang et exercer des cruautés inouïes.&#13;
Mlle Mance quitta l’hôpital et se réfugia dans le fort. Elle donna une partie&#13;
des fonds de la fondation à M. de Maisonneuve pour faire venir de France&#13;
le secours dont on avait un besoin si pressant.&#13;
Un autre objet bien important occupait le gouverneur. Il fallait songer au&#13;
service spirituel de la colonie. Les Jésuites l’avaient fait depuis son&#13;
établissement, mais ils ne pouvaient y être sédentaires, n’ayant ni maison&#13;
ni revenu. Ils étaient encore en trop petit nombre pour y suffire sans&#13;
abandonner les missions sauvages, dont ils faisaient leur capital. Ils&#13;
témoignèrent qu’il fallait songer à établir quelque corps ecclésiastique ou&#13;
religieux qui se chargeât à l’avenir d’un ministère que la multiplication de&#13;
la colonie rendait de jour en jour plus difficile. Il était naturel que M. de&#13;
Maisonneuve pensât au Séminaire de Saint-Sulpice, avec qui il était uni&#13;
d’intérêt par son association. Ce fut donc sur ce corps respectable qu’il jeta&#13;
les yeux. Il fit un voyage en France pour en ménager le succès. La&#13;
Compagnie entra avec joie dans son dessein. Il ne fallut pas beaucoup&#13;
presser M. Olier. Depuis longtemps, il avait eu les mêmes vues et n’était&#13;
entré que par zèle dans la Société. Il donna trois de ses ecclésiastiques et mit&#13;
à leur tête M. l’abbé de Queylus, auquel il procura des lettres de grandvicaire de l’archevêque de Rouen. Ce saint homme finit par là sa carrière.&#13;
La petite troupe apprit sa mort à Nantes, où elle était allée s’embarquer au&#13;
printemps de 1657. Elle fit son voyage heureusement et fut reçue à Montréal&#13;
avec la plus grande joie. Elle jeta les fondements d’un beau Séminaire, qui&#13;
est aujourd’hui une des maisons de la ville des plus régulières et des plus&#13;
grandes. Ces ecclésiastiques, par dévotion pour la Sainte Vierge, donnèrent&#13;
le nom de Ville-Marie à la petite ville qu’ils trouvèrent commencée et qui&#13;
est aujourd’hui presque aussi considérable que Québec. Mais malgré la&#13;
dévotion généralement établie pour la Mère de Dieu, l’usage a prévalu. Le&#13;
public donna à la ville le nom de Montréal. On ne se sert guère de celui de&#13;
Ville-Marie que dans les actes publics que passe le Séminaire.&#13;
&#13;
- 1250 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Saint-Sulpice perdit, le 20 août 1660, son économe, M. Le Maître, prêtre&#13;
plein de piété, comme il était en sentinelle tandis que ses gens travaillaient&#13;
à la moisson. Il fut surpris et massacré par les Iroquois. On rapporte de lui&#13;
un trait singulier. Lorsqu’il demanda à M. Olier d’aller en Canada, il lui dit,&#13;
pour marquer son zèle, qu’il était prêt à courir de toutes parts pour chercher&#13;
des Sauvages. « Vous n’aurez pas cette peine, lui répondit M. Olier d’un&#13;
esprit prophétique ; ils viendront bien eux-mêmes vous chercher. » Cette&#13;
communauté est devenue fort considérable. Elle a défriché, peuplé et mis&#13;
en valeur presque toute l’île et y jouit d’un grand revenu. Elle eut d’abord&#13;
toute la justice. On la lui disputa quelque temps après. M. Talon la lui fit&#13;
rendre en partie. Le roi nomme les officiers, mais elle a tous les autres droits&#13;
utiles et honorifiques des seigneurs justiciers. Elle a établi plusieurs&#13;
paroisses, bâti des églises, formé des missionnaires, donné des missions. On&#13;
ne peut rien ajouter au zèle et à la piété avec laquelle elle remplit ses&#13;
fonctions.&#13;
Quelques-uns de ses ecclésiastiques suivirent les troupes que M. Tracy&#13;
mena contre les Iroquois dans l’expédition de 1665 et conjointement avec&#13;
les Jésuites rendirent aux soldats de grands services. L’un d’entre eux fut&#13;
plusieurs jours sans se déshabiller ni se coucher. La crainte d’une maladie&#13;
contagieuse qui y régnait et dont il fut attaqué lui-même, la disette de tout&#13;
secours, la petitesse des huttes où il fallait se renfermer avec les malades et&#13;
que la puanteur rendait insupportables, rien ne put ralentir son zèle. Dieu&#13;
le bénit par la conversion sincère et la sainte mort d’un grand nombre de&#13;
pécheurs, qui avaient passé leur vie dans le crime.&#13;
Au reste, j’ai appelé communauté ce que dans le pays on appelle Séminaire,&#13;
parce qu’on n’y élève point des ecclésiastiques pour les saints ordres. Le&#13;
vrai Séminaire du diocèse est à Québec. On se borne à Montréal à desservir&#13;
la paroisse de la ville, celles de l’île et plusieurs dans le continent, à instruire&#13;
des enfants et à entretenir les missions pour les Sauvages, établies au lac&#13;
des Deux-Montagnes, qui ont bien réussi et où les filles de la&#13;
&#13;
- 1251 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Congrégation736 ont une école ouverte pour les Sauvagesses. Parmi bien&#13;
d’autres ecclésiastiques de mérite, j’ai connu deux hommes très&#13;
recommandables : M. de Belmont, qui a gouverné cette maison pendant&#13;
plus de 30 ans avec un zèle et une sagesse qui le faisaient estimer de tout le&#13;
monde, et M. Lescoat Le Pape 737, homme d’une sainteté éminente, que bien&#13;
des contradictions même domestiques n’ont fait qu’épurer et mettre dans&#13;
un plus grand jour. Cette maison ne présente plus pour l’histoire aucun&#13;
événement intéressant. Le courant des affaires d’une communauté et d’une&#13;
paroisse, quelque saintement qu’on y vive et qu’on y travaille, frappe peu&#13;
le public et le caractère propre de Saint-Sulpice est un esprit de retraite et&#13;
de vie cachée et commune qui dérobe aux yeux du monde les trésors de&#13;
mérite qu’on y acquiert à tout moment devant Dieu.&#13;
M. de La Dauversière ne perdait pas de vue l’hôpital qu’on s’était proposé&#13;
de fonder. Il était fort lié avec les religieuses hospitalières de La Flèche et de&#13;
Beaugé 738. Il leur proposa d’aller s’établir au-delà des mers. L’exemple&#13;
récent et dans leur voisinage de la mère de l’Incarnation, qui de Tours allait&#13;
en Canada, les encouragea à marcher dans cette carrière périlleuse. Elles&#13;
acceptèrent la proposition avec joie. M. Olier, à qui on laissait avec raison la&#13;
direction de toutes les bonnes œuvres, y donna son consentement et prit&#13;
avec elles au nom de la Compagnie des engagements qui n’eurent pas&#13;
d’abord leurs effets. On pensait aussi à Québec à envoyer à Montréal des&#13;
Hospitalières que Mme d’Aiguillon y avait fondées. Ce projet paraissait&#13;
plus naturel et plus facile, puisqu’elles étaient déjà sur les lieux. Telles&#13;
étaient les vues de Mme de La Peltrie, lorsqu’elle suivit Mlle Mance. En&#13;
1658, deux hospitalières de Québec montèrent à Montréal sous prétexte&#13;
d’aller prendre l’air pour rétablir leur santé, mais dans le fond pour&#13;
préparer les esprits et prendre des mesures. M. de Maisonneuve, qui n’avait&#13;
NDLR : Il s’agit des filles séculières de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, fondée&#13;
par Marguerite Bourgeoys.&#13;
737&#13;
Il faut plutôt lire : Le Pape Du Lescöat (Jean-Gabriel-Marie).&#13;
738&#13;
Il n’en était pas le fondateur (cf. Couanier de Launay, Histoire des religieuses hospitalières de&#13;
Saint-Joseph [France et Canada], Paris, 1887, vol. 1). Le procès ordinaire pour la Cause de&#13;
béatification de M. de La Dauversière a été célébré à Le Mans et à Montréal durant les années 1934&#13;
à 1936.&#13;
736&#13;
&#13;
- 1252 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
aucun ordre de la Compagnie pour travailler à cet établissement, qui savait&#13;
même qu’elle pensait à une autre communauté, les reçut poliment, quoique&#13;
surpris et embarrassé. Mais Dieu, qui se joue des desseins des hommes,&#13;
permit un accident fâcheux, qui avança l’exécution du projet de M. de La&#13;
Dauversière.&#13;
Mlle Mance fit une chute et se cassa un bras. Elle fut mal guérie et pendant&#13;
deux ans qu’elle traîna son mal, elle se crut estropiée sans retour. Privée de&#13;
secours en Canada, on l’engagea de passer en France pour y trouver du&#13;
soulagement. Elle y en trouva en effet, mais d’une espèce bien différente de&#13;
ceux qu’elle y venait chercher. Les médecins de Paris qu’elle avait consultés&#13;
avaient jugé sa guérison impossible. Elle n’en désespéra pourtant pas.&#13;
Pleine de confiance, elle alla à Saint-Sulpice prier sur le tombeau de M. Olier&#13;
et obtint de M. de Bretonvilliers qu’on mît sur son bras le cœur de ce saint&#13;
prêtre, qui se conserve avec vénération dans une boîte de vermeil. Elle en&#13;
recouvra aussitôt le parfait usage, qu’elle conserva libre jusqu’à la mort,&#13;
malgré des accidents et des chutes qui devaient le lui faire perdre une&#13;
seconde fois. Ce fut dans ce voyage que l’établissement des religieuses de&#13;
La Flèche à Montréal fut résolu. Mlle Mance arrivant de Québec à&#13;
La Rochelle, prit sa route par l’Anjou, vit à La Flèche M. de La Dauversière&#13;
et l’instruisit des tentatives des religieuses de Québec. Il en fut surpris et&#13;
mécontent et comprenant qu’il n’y avait point de temps à perdre, il mit tout&#13;
en œuvre pour exécuter son dessein. Mme de Bullion donna 20 000 livres&#13;
pour la fondation et tous les associés agirent si bien pour la faire réussir que&#13;
les religieuses partirent le printemps suivant.&#13;
Cependant, M. de Laval venait d’être sacré évêque de Pétrée et nommé&#13;
vicaire apostolique du Canada. Il fut instruit des affaires de l’hôpital et des&#13;
démarches des Hospitalières de Québec et, soit qu’il fût plus porté pour&#13;
celles-ci, qui faisaient beaucoup de bien en Canada, que pour celles de La&#13;
Flèche, qu’il ne connaissait pas, soit qu’il craignît la multiplication des&#13;
différents instituts dans son diocèse et qu’on lui eût fait regarder cette&#13;
affaire comme déjà finie, il s’opposa au départ des religieuses de&#13;
&#13;
- 1253 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
La Flèche 739. La Compagnie, alarmée, tint plusieurs assemblées où le prélat&#13;
fut invité. Il proposa ses difficultés. Mais instruit du véritable état des&#13;
choses et voyant la Compagnie décidée pour cette communauté et des&#13;
fonds assurés pour la fondation, il se rendit enfin et trois religieuses furent&#13;
destinées à s’embarquer avec Mlle Mance. La Sr Bourgeoys, dont nous&#13;
allons parler au long, fut aussi du voyage. Elle était revenue du Canada&#13;
pour accompagner Mlle Mance et pour gagner des prosélytes à sa&#13;
congrégation. Elle en amena quatre et 32 jeunes filles pour peupler le pays,&#13;
dont elle fut la mère et la maîtresse dans la traversée.&#13;
Les religieuses que M. de La Dauversière s’était chargé de conduire à&#13;
La Rochelle trouvèrent bien de nouveaux obstacles. L’évêque d’Angers leur&#13;
refusa la permission de partir, M. de La Dauversière tomba malade et le&#13;
peuple de La Flèche, sur un faux bruit qu’on les enlevait par force,&#13;
s’attroupa pour l’empêcher. Dieu dissipa cet orage quand on s’y attendait&#13;
le moins. L’évêque se laissa fléchir, M. de La Dauversière recouvra la santé,&#13;
quelques menaces dissipèrent le peuple. Il fallut encore négocier à&#13;
La Rochelle, où on refusait de les embarquer. La traversée fut pour elles un&#13;
noviciat bien rude. Une maladie contagieuse se mit dans le vaisseau et&#13;
emporta bien du monde. Ces saintes filles, Mlle Mance et la Sr Bourgeoys,&#13;
se livrèrent à leur zèle et eurent un très grand soin des malades. Les&#13;
tempêtes ne finirent point au port. La petite troupe essuya à Québec de&#13;
nouvelles difficultés de la part du gouverneur et des Hospitalières.&#13;
Heureusement M. de Laval était arrivé quelques jours avant elle. Il fit en sa&#13;
faveur&#13;
&#13;
un&#13;
&#13;
des&#13;
&#13;
premiers&#13;
&#13;
exercices&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
son&#13;
&#13;
autorité,&#13;
&#13;
confirmant&#13;
&#13;
l’établissement et levant tous les obstacles. Elle arriva enfin à son terme&#13;
dans l’automne de 1659 740. Cette communauté fait beaucoup de fruit. Outre&#13;
le secours corporel qu’elle donne aux malades avec un zèle infatigable, elle&#13;
a souvent procuré la conversion des idolâtres, des huguenots et des libertins&#13;
qu’elle a fréquemment dans ses salles. Ces filles sont très pauvres et vivent&#13;
À propos de l’opposition apportée par Mgr de Laval au projet des sœurs hospitalières de La Flèche&#13;
de venir à Montréal, voir ce qui s’est dit au Doc. XXIII-21.&#13;
740&#13;
NDLR : En fait, Mgr de Laval les retint à Québec afin de les convaincre de s’unir aux religieuses&#13;
de Québec ou de s’établir à l’île d’Orléans, mais les laissa enfin continuer leur route. Son&#13;
approbation de la Congrégation ne se fit qu’en 1676.&#13;
739&#13;
&#13;
- 1254 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
dans une grande régularité. Leur maison a été plusieurs fois brûlée. C’est&#13;
une espèce de miracle qu’elles aient pu se soutenir et vaquer avec la même&#13;
générosité au service des pauvres. Le Séminaire exerça la charité dans cette&#13;
occasion d’une manière édifiante. Il reçut et entretint tous les malades qui&#13;
se trouvèrent à l’hôpital au nombre de 26. Les religieuses, dispersées dans&#13;
les maisons de la ville, se rendaient tous les jours pour les servir et les fêtes&#13;
et dimanches se rassemblaient dans le chœur de la paroisse, où elles&#13;
figuraient et chantaient l’office avec les ecclésiastiques. Venons maintenant&#13;
à la Sr Bourgeoys.&#13;
Marguerite Bourgeoys naquit à Troyes en Champagne d’une famille&#13;
honnête mais pauvre, le 15 avril 1620. Après avoir passé ses premières&#13;
années dans une grande innocence et fait vœu de pauvreté et de virginité,&#13;
à 20 ans elle se présenta successivement aux Carmélites et aux Filles de&#13;
Sainte-Claire. Dieu, qui la destinait à d’autres œuvres, permit qu’elle y fût&#13;
refusée. M. Gendret, son directeur, forma le dessein d’une communauté de&#13;
filles pour instruire gratuitement la jeunesse. Le bienheureux Pierre&#13;
Fourier, curé de Mattaincourt, et Mme de Lestonnac avaient déjà exécuté ce&#13;
projet par l’établissement des Congrégations de Notre-Dame, le cardinal&#13;
de Sourdis et Mme L’Huillier par celui des Ursulines. Mais toutes ces&#13;
communautés étaient cloîtrées et M. Gendret voulait que la sienne fût libre,&#13;
qu’elle ouvrît des écoles partout où elle serait appelée et qu’elle allât aux&#13;
offices de la paroisse et donnât aux fidèles un exemple de l’assiduité qu’ils&#13;
lui doivent. Ce plan a été suivi par les Filles de la Foi ou Dames noires, par&#13;
les Filles de la Croix, par celles de l’Union chrétienne ou de SaintChaumont,&#13;
&#13;
les&#13;
&#13;
Dames&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
Miramion,&#13;
&#13;
etc.&#13;
&#13;
M. Gendret&#13;
&#13;
chargea&#13;
&#13;
Mlle Bourgeoys et quelques autres de ses pénitentes de commencer cette&#13;
communauté et les logea dans la maison de Mme Cherli, sœur de M. de&#13;
Maisonneuve, gouverneur de Montréal. Cet établissement ne dura pas. Les&#13;
sujets moururent ou se dispersèrent. Mais ce fut un essai de ce que&#13;
Mlle Bourgeoys devait faire un jour à l’extrémité du monde, dont elle tira&#13;
de grands avantages. Elle y eut occasion de faire connaissance avec celui&#13;
qui devait l’y mener et l’aider dans son entreprise.&#13;
&#13;
- 1255 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
M. de Maisonneuve avait déjà fait plusieurs fois le voyage de Canada. Les&#13;
filles du bienheureux Pierre Fourier, établies à Troyes, l’avaient vivement&#13;
pressé de prendre avec lui quelqu’une d’entre elles pour y aller planter une&#13;
colonie de leur ordre. Les conjonctures n’avaient pas paru favorables. Une&#13;
communauté cloîtrée traîne bien des embarras. Elle ne pouvait être que&#13;
médiocrement utile dans un pays où les maisons, en petit nombre, étant&#13;
dispersées et éloignées, les enfants auraient eu de la peine à se rendre à une&#13;
école commune. Le gouverneur ne donna que de légères espérances.&#13;
Mlle Bourgeoys fut instruite de ces sollicitations et de ces difficultés et se&#13;
sentit pressée de Dieu de s’offrir à exécuter d’abord seule et dans la suite,&#13;
avec les demoiselles qui voudraient s’y joindre, le dessein qu’avaient&#13;
proposé les religieuses. Son directeur et plusieurs personnes pieuses&#13;
approuvèrent ses vues. Dieu parut y souscrire par des événements qui&#13;
tiennent du prodige. M. de Maisonneuve, à qui on en fit l’ouverture,&#13;
accepta avec plaisir des offres qui n’avaient plus les mêmes difficultés et&#13;
l’année suivante, l’emmena en Canada. Avant que de partir, elle fit&#13;
donation de ses biens à sa sœur et à son neveu et distribua aux pauvres ce&#13;
qu’elle avait d’argent et alla s’embarquer à Nantes avec le gouverneur. On&#13;
comprend aisément l’étonnement de sa famille à cette nouvelle et les efforts&#13;
qu’elle fit pour empêcher un voyage que le succès pouvait seul justifier.&#13;
Tous les soupçons, les railleries, les insultes qu’eut à souffrir dans la route&#13;
et surtout dans la traversée une jeune fille seule, qui, par ses liaisons intimes&#13;
avec un homme de guerre qui fournissait à ses besoins, semblait être une&#13;
concubine, sous le masque d’une dévote.&#13;
Enfin, les incommodités et les dangers de la mer, infiniment plus sensibles&#13;
à une fille qui n’était jamais sortie de Troyes qu’à des marins accoutumés à&#13;
la navigation, rien ne l’arrêta. Elle arriva à Québec le 2 septembre 1653,&#13;
d’où, sans s’arrêter, elle monta avec son protecteur à Montréal. Ce n’était&#13;
alors qu’un pays désert et inculte. La première fois qu’elle y entendit la&#13;
messe, une tente servait d’église et un arbre, de clocher. C’est là qu’elle&#13;
ouvrit son école, ou plutôt qu’avec une activité qui semblait la multiplier,&#13;
elle parcourait chaque jour une grande étendue de pays pour aller chercher&#13;
les écolières françaises et sauvagesses, dispersées çà et là. Elle soignait les&#13;
- 1256 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
enfants, servait les malades, ensevelissait les morts, rendait toute sorte de&#13;
services aux soldats et aux pauvres. Ni le manque des choses les plus&#13;
nécessaires, ni l’hiver, insupportable en ce pays, ni l’été, presque aussi&#13;
incommode, ni la crainte des Sauvages, ni l’humeur farouche et indocile de&#13;
leurs enfants, rien ne put ralentir son zèle.&#13;
Voici un trait de sa charité aussi propre à édifier qu’à faire connaître son&#13;
caractère. On lui avait donné une paillasse, un matelas, deux couvertures et&#13;
un oreiller. L’hiver était très rude. Un soldat vint lui dire qu’il se mourait&#13;
de froid et n’avait rien pour se coucher. Elle va quérir son matelas et le lui&#13;
donne. Quelque temps après, un autre soldat vint lui faire la même plainte&#13;
et celui-ci eut la paillasse. Deux autres emportèrent les couvertures.&#13;
Personne ne se présenta pour avoir l’oreiller. À cela près, elle demeura sans&#13;
lit et couchée le reste de l’hiver à plate terre, malgré l’extrême rigueur de la&#13;
saison. On l’a vue souvent dans des temps de disette donner toutes les&#13;
provisions qu’elle avait pour sa communauté et plus d’une fois, par un&#13;
miracle bien sensible, Dieu a multiplié si fort quelques boisseaux de blé qui&#13;
restaient au fond d’un grenier et quelque peu de vin qui était au fond d’une&#13;
barrique qu’il y a eu de quoi fournir à ses filles et aux pauvres jusqu’à la&#13;
nouvelle récolte.&#13;
Après cinq ans de travail, voyant qu’elle ne pouvait suffire à la moisson, la&#13;
Sr Bourgeoys résolut d’exécuter en Canada le plan qu’elle avait ébauché à&#13;
Troyes sous la direction de M. Gendret. Elle revint en France, d’où elle&#13;
ramena l’année suivante quatre demoiselles dignes, par leurs talents et&#13;
leurs vertus, d’être les premières filles de la Congrégation de Notre-Dame.&#13;
Elles bâtirent une petite maison et achevèrent une chapelle dédiée à la&#13;
Sainte Vierge, que la Sr Bourgeoys seule par son travail avait commencée et&#13;
bien avancée avant son départ. Quand elle eut jeté le fondement de sa&#13;
communauté, elle fit un second voyage en France pour faire une seconde&#13;
recrue. Elle obtint des lettres patentes pour son établissement et gagna cinq&#13;
autres demoiselles. M. de Laval, qu’elle avait vu à Paris en 1659, quand elle&#13;
y vint avec Mlle Mance et depuis plusieurs fois en Canada, avait beaucoup&#13;
favorisé son zèle et fourni bien des secours. Il était alors en France, où il était&#13;
- 1257 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
venu proposer l’érection de l’évêché. Il appuya à la Cour les poursuites de&#13;
la Sr Bourgeoys et après avoir examiné et approuvé son institut, il lui donna&#13;
solennellement l’habit et à ses compagnes dans l’église du Séminaire des&#13;
Missions étrangères et lui permit de tenir des écoles dans tout son&#13;
diocèse 741. De retour en Canada, elle composa des règlements pour sa&#13;
Congrégation. Le prélat, qu’elle consulta, lui conseilla d’en faire l’essai&#13;
pendant quelques années et de faire encore un voyage en Europe pour voir&#13;
ce qui se pratique dans les communautés qui ont du rapport à la sienne.&#13;
C’est là qu’elle a pris ces statuts si sages, si utiles, si pleins de l’esprit de&#13;
Dieu, que M. de Saint-Vallier a depuis solennellement confirmés.&#13;
Le reste de la vie de la Sr Bourgeoys fut tout consacré au gouvernement de&#13;
sa Congrégation, pleine de travaux, de maladies, de vertus et de mérites. La&#13;
bénédiction de Dieu a été si abondante que la Congrégation compte plus de&#13;
150 sujets et possède des établissements en plus de 20 endroits du diocèse,&#13;
où elle tient école ouverte. La Sr Bourgeoys en a fondé la plupart, entre&#13;
autres celui de Québec, à la prière de M. de Laval. Mais contre l’intention&#13;
du prélat, qui n’aurait eu garde d’exposer sa vie, son zèle, son obéissance,&#13;
la firent partir sans délai de Montréal au fort de l’hiver.&#13;
Elle fit à pied plus de 60 lieues sur les glaces et dans la neige. Elle s’y donna&#13;
des mouvements infinis, portant elle-même les meubles qu’on lui donnait&#13;
de la haute-ville à la basse, où sa maison était située, et passa la nuit entière&#13;
du Jeudi au Vendredi saint à genoux et immobile devant le SaintSacrement, malgré l’extrême rigueur du froid. Sept ans avant sa mort, elle&#13;
se démit de la supériorité et renonça à tous les offices qui pouvaient lui&#13;
donner quelque part au gouvernement et après s’être préparée à la mort,&#13;
par la pratique de toutes les vertus intérieures, elle mourut en odeur de&#13;
&#13;
À l’occasion d’une visite à Montréal en 1669, Mgr de Laval avait donné par écrit à la vénérable&#13;
Marguerite Bourgeoys et à ses compagnes la permission de diriger des écoles pour filles dans son&#13;
diocèse. Cependant, il ne donna l’approbation officielle à la Congrégation que le 6 août 1676&#13;
(Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 98, no 120)&#13;
&#13;
741&#13;
&#13;
- 1258 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
sainteté le 12 janvier 1700, âgée d’environ 80 ans 742. Elle avait fait plusieurs&#13;
miracles pendant sa vie. Il s’en fit beaucoup après sa mort. Son corps&#13;
demeura exposé pendant 30 jours sans aucune corruption ; son visage&#13;
conserva un air serein et dévot et ses mains demeurèrent croisées sur sa&#13;
poitrine. Le concours fut incroyable à ses obsèques.&#13;
Parmi une foule de témoignages que tout le monde s’empressait de rendre&#13;
à sa vertu, voici ce qu’en écrivit M. de Laval à la sœur supérieure : « La&#13;
Sr Bourgeoys était un fruit mûr pour le ciel. Elle était humble et simple.&#13;
Dieu lui a fait bien des grâces. Elle sera auprès du Seigneur une puissante&#13;
protectrice de votre maison 743. » M. de Saint-Vallier lui rendit un pareil&#13;
témoignage.&#13;
Rien n’était plus humble, plus docile, plus mortifié, plus abandonné à la&#13;
Providence que la Sr Bourgeoys et ses filles ont toujours heureusement&#13;
conservé son esprit. « Je n’avais pas un doute, disait-elle, quand je vins en&#13;
Canada et je n’ai jamais promis à mes filles que la pauvreté et simplicité. »&#13;
Elle n’a jamais souffert qu’on exigeât de dot pour leur réception et dans la&#13;
crainte qu’on en vînt enfin à un usage si généralement reçu, elle a toujours&#13;
refusé de s’unir à d’autres communautés. « J’irais, disait-elle, chercher sur&#13;
mes épaules une fille qui n’ayant pas même un habit aurait une bonne&#13;
vocation. » Ses exhortations à ses filles étaient simples, mais pleines&#13;
d’onction et de force. « Allez, disait-elle à une qu’elle envoyait dans une&#13;
mission éloignée, allez, Ma Sœur, ramasser les gouttes du sang de NotreSeigneur qui se perdent. » Elle disait en parlant de la charité : « Nous ne&#13;
devons pas seulement conserver en nous la charité que nous devons à nos&#13;
frères, nous sommes obligés de conserver en eux la charité qu’ils nous&#13;
doivent ». Elle a établi des assemblées de femmes et de filles, comme une&#13;
espèce de congrégation, où l’on fait des exhortations chaque semaine et de&#13;
temps en temps des retraites pour les externes, outre celles que la&#13;
La Cause de béatification de sœur Bourgeoys fut introduite l7 décembre 1898, et l’héroïcité des&#13;
vertus fut proclamée le 19 juin 1910#.&#13;
#&#13;
NDLR : Elle fut béatifiée en 1950 et canonisée en 1982.&#13;
743&#13;
D’ici jusqu’à la fin du 8e livre, l’auteur traite seulement de la vie et de la mort de Marguerite&#13;
Bourgeoys.&#13;
742&#13;
&#13;
- 1259 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
communauté fait régulièrement tous les ans, à laquelle les dames pieuses&#13;
sont admises.&#13;
Les sœurs séculières de la Congrégation de Notre-Dame ne font que de&#13;
vœux simples de chasteté, pauvreté et obéissance et pratiquent tous les&#13;
exercices de la vie religieuse sous la protection de la reine des apôtres,&#13;
qu’elles regardent comme leur chef et leur modèle. Leur habit est très&#13;
simple. La robe, de serge noire, descend jusqu’aux talons et est toute fermée&#13;
sur le devant, la ceinture est de laine noire et fait deux tours, le tablier d’une&#13;
étamine noire, le mouchoir du col et la coiffure de toile de Rouen, la coiffe&#13;
de dessus d’étamine à voile. Elles portent, comme les filles de la Visitation,&#13;
une croix d’argent sur la poitrine, que M. de Saint-Vallier leur a donnée, à&#13;
l’exemple de saint François de Sales. Elles doivent enseigner gratuitement&#13;
aux jeunes filles la religion et la politesse, à lire et écrire et à travailler aux&#13;
ouvrages convenables à leur sexe, dans les villes et dans les campagnes et&#13;
jusqu’au milieu des Sauvages ; ce qu’elles font avec un très grand fruit. Elles&#13;
doivent être dirigées par des ecclésiastiques et le sont aujourd’hui par les&#13;
MM. du Séminaire de Montréal. L’office divin ne se fait point chez elles.&#13;
Elles sont filles de paroisse et selon l’esprit primitif de toutes les&#13;
communautés, elles y assistent fêtes et dimanches avec leurs écolières dans&#13;
une chapelle qu’on leur a donnée, où elles ont leur sépulture. C’est là que&#13;
le corps de la Sr Bourgeoys fut enterré. On laissa par grâce son cœur à ses&#13;
filles. Il est enchâssé dans une boîte de plomb scellée dans le mur de&#13;
l’oratoire où elles font leurs exercices. Nous avons pris presque tout ce&#13;
détail de la vie qu’en a écrite M. de Ransonnet, avec autant de piété que&#13;
d’élégance, imprimée à Liège en 1728, dédiée à Mlle Dosquet, sœur de celui&#13;
qui a été évêque de Québec, et nous y avons joint les connaissances&#13;
personnelles que nous avons de cette communauté, pour laquelle nous&#13;
avons beaucoup d’estime.&#13;
En 1709, je ne sais sur quel mauvais mémoire, le ministre d’État fit défendre&#13;
aux sœurs de se cloîtrer, de changer d’habit et de faire des vœux. Elles&#13;
répondirent que bien loin d’avoir voulu se renfermer, la clôture était&#13;
contraire à leur esprit, à leurs fonctions et à leur obligation d’assister à la&#13;
- 1260 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
paroisse ; qu’un habit religieux était opposé à l’idée de congrégation&#13;
séculière, que la Sr Bourgeoys avait entendu instituer ; qu’elle n’avait jamais&#13;
eu dessein d’instituer des religieuses, ni de faire des vœux solennels,&#13;
puisqu’elles conservaient la propriété de leurs biens ; qu’elles faisaient&#13;
seulement des vœux simples qui ne changeaient point leur état dans l’ordre&#13;
civil. Cet article de vœux simples ayant déplu au ministre, l’évêque prit leur&#13;
parti et répondit que cette matière, toute spirituelle et de pure direction,&#13;
était uniquement de son ressort, ou plutôt de celui de leur confesseur ;&#13;
qu’on ne pouvait empêcher personne de faire, selon sa dévotion, des vœux&#13;
simples ; que tous les jours, dans le monde même, on en faisait. Le ministre&#13;
ne se paya point de ces raisons et prétendit que les vœux, même simples,&#13;
dans les communautés regardaient la police générale du royaume, que les&#13;
sœurs n’avaient été admises qu’à titre de filles séculières et que leurs lettres&#13;
patentes ne faisant aucune mention de vœux, on ne pouvait rien ajouter à&#13;
l’état sur lequel elles avaient été reçues. Une autre raison plus vraie, c’est&#13;
qu’on appréhendait que des vœux simples on ne passât insensiblement aux&#13;
vœux solennels, que pour favoriser la multiplication d’une colonie qu’il&#13;
était important de peupler, on voulait se rendre difficile sur les vœux de&#13;
chasteté. On en est demeuré là. On a pris une sorte de tempérament. Les&#13;
sœurs font des vœux simples pour un an et chaque année les renouvellent.&#13;
Par là, elles ont la liberté de quitter au bout de l’année.&#13;
On fit un autre projet, qui alarma cette Congrégation. La communauté de&#13;
Montréal en est le chef et le noviciat commun. Toutes les filles qui veulent&#13;
y entrer sont obligées de s’y rendre. C’est de là que partent tous les sujets&#13;
qu’on envoie dans les missions et ils demeurent toujours dépendants de la&#13;
supérieure générale, qui y fait sa résidence ordinaire et les rappelle ou les&#13;
change à son gré. Cet arrangement a ses avantages. La subordination,&#13;
l’union, l’uniformité de conduite se conservent bien mieux que si chaque&#13;
mission était isolée et indépendante, outre qu’elle ne pourrait pas se suffire&#13;
et se perpétuer, ni suppléer aux sujets infirmes. D’ailleurs, si quelqu’une&#13;
venait à s’oublier, il ne serait pas aussi aisé d’arrêter ou de réparer sans éclat&#13;
le désordre qu’il l’est par des changements qui ne surprennent personne.&#13;
Mais il a ses inconvénients. Il expose à une grande dépense pour les&#13;
- 1261 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
voyages des sœurs et des novices, outre le risque de renvoyer celles-ci à&#13;
grands frais, si elles ne sont pas admises à la profession. Ces inconvénients&#13;
sont grands en Canada. On n’y est pas riche et pendant six mois de l’année&#13;
les chemins sont impraticables à des filles. Les grands ordres, Jacobins,&#13;
Cordeliers, Jésuites, etc. se sont partagés en provinces et les congrégations&#13;
considérables, Saint-Lazare, les Sœurs grises, les Dames noires, qui se&#13;
gouvernent comme celles de Montréal, ont été enfin obligées d’établir des&#13;
noviciats en divers lieux du royaume, quoique toujours soumis au&#13;
supérieur général qui demeure à Paris. On proposa aux sœurs de la&#13;
Congrégation de se partager dans ce goût, pour se rendre plus utiles, et&#13;
d’établir un second noviciat à Québec, où les sujets de la ville et des&#13;
environs seraient reçus et d’où ils seraient envoyés à moins de frais dans les&#13;
missions du département. On ne demandait rien au Montréal. Il y avait à&#13;
Québec une maison qu’on offrait d’agrandir, des fonds qu’on offrait&#13;
d’augmenter, trois ou quatre sœurs qui en étaient fort aises et dont on se&#13;
contentait. La ville le désirait ; l’évêque n’en était pas éloigné. La&#13;
Congrégation se serait bien plus répandue ; elle aurait été plus en état de&#13;
multiplier les écoles dans ce canton, où, faute de sujets, elles sont en petit&#13;
nombre, quoique la plupart des paroisses en demandent. Les filles, moins&#13;
éloignées de leur patrie, auraient été plus contentes, au lieu que la plupart&#13;
se dépaysent à regret, s’ennuient, se dégoûtent, s’en vont sur de légers&#13;
prétextes et sont difficilement remplacées.&#13;
Mais la Congrégation ne goûta pas ce projet ; au lieu d’être flattée de cette&#13;
propagation, elle regarda comme perdues toutes celles qui seraient reçues&#13;
à Québec. Elle craignit que bientôt il n’y eût plus d’union ni d’uniformité&#13;
entre ces deux branches de l’institut et qu’on se rendrait enfin totalement&#13;
indépendant. On opposait un article des constitutions, qui veut que toutes&#13;
les sœurs soient soumises et rendent compte de tout à la supérieure&#13;
générale ; mauvais prétexte, car outre que ces règles n’étant pas confirmées&#13;
par le pape, l’évêque peut en dispenser. D’ailleurs, les ordres religieux sontils moins soumis à leur général pour avoir plusieurs noviciats et plusieurs&#13;
provinces ? Le supérieur immédiat est chargé d’un détail pour lequel le&#13;
recours au général ne serait pas moins onéreux qu’impossible. Mais la&#13;
- 1262 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
supérieure générale ne voulut s’exposer, ni à avoir moins de sujets à&#13;
Montréal, ni à perdre une partie de son autorité en la partageant ; ce qui&#13;
serait tôt ou tard arrivé. Peut-être même qu’à la longue la communauté de&#13;
la capitale aurait attiré à Québec la générale elle-même et obscurci la&#13;
communauté primitive. Quoiqu’il en soit, il est vrai dans le fond que le&#13;
nombre des sujets était encore trop petit pour en venir si tôt à une division&#13;
qui tôt ou tard sera inévitable, si la colonie continue à se peupler. Il y a&#13;
même une espèce d’antipathie nationale entre Québec et Montréal, comme&#13;
dans bien des provinces de France. Les communautés religieuses de l’un et&#13;
de l’autre n’ont guère de sujets que du lieu même et la Congrégation en&#13;
particulier, quoique très nombreuse, n’en a presque pas de Québec, soit que&#13;
les caractères soient différents, soit qu’on craigne de recevoir des sujets que&#13;
l’on connaît moins, soit que la parenté, l’amitié, le voisinage forment des&#13;
liaisons plus étroites et donnent plus de facilité.&#13;
Revenons aux autres objets qui occupèrent les premières années de&#13;
l’épiscopat de M. de Laval.&#13;
LIVRE NEUVIÈME&#13;
&#13;
Livre neuvième&#13;
Les paroisses du diocèse de Québec ne sont pas gouvernées comme celles&#13;
de France par des curés en titre. À une quinzaine près sur plus de 100, elles&#13;
n’ont que des desservants amovibles qu’on appelle missionnaires, comme&#13;
l’ordonna M. de Laval, pour mieux conserver l’esprit de détachement et de&#13;
zèle et se souvenir de leur origine apostolique. Cet usage est conforme à&#13;
celui de toutes les Églises de l’Amérique, des Indes, de la Chine, du Japon,&#13;
en un mot de toutes les nouvelles Églises ; et pour le Canada, ce n’est qu’une&#13;
exécution littérale de l’ordonnance du roi du 26 avril 1669744, qui porte que&#13;
pour se conformer autant qu’on pourrait à la primitive Église, l’évêque de&#13;
Québec ne fixerait irrévocablement aucun prêtre dans les paroisses 745.&#13;
Ce décret est d’avril 1663.&#13;
Ce système de paroisses amovibles ad nutum episcopi [selon la volonté de l’évêque] fut aussi&#13;
approuvé ad tempus [temporairement] par la Sacrée congrégation de la propagande, comme on le&#13;
note dans le procès-verbal de la réunion de cette Congrégation du 15 décembre 1666, dans lequel&#13;
744&#13;
745&#13;
&#13;
- 1263 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Et pour prévenir la crainte de l’indigence dans laquelle pourraient tomber&#13;
les prêtres avancés en âge ou dont les pouvoirs seraient révoqués et qui se&#13;
trouveraient sans secours, le roi veut que le Séminaire se charge de leur&#13;
entretien et depuis les changements que M. de Saint-Vallier a faits, qui leur&#13;
ôtent cette ressource, le roi donne tous les ans une somme considérable&#13;
pour être distribuée aux prêtres usés et hors d’état de remplir leurs&#13;
fonctions.&#13;
Dans le commencement de la colonie, il était impossible d’en user&#13;
autrement, non seulement dans les missions sauvages, la plupart errantes,&#13;
où on ne peut établir rien de fixe, mais même parmi les Français. Le pays&#13;
s’est peuplé et les maisons ont été bâties au hasard et de loin en loin au gré&#13;
des particuliers. Comment fixer des curés où il était impossible de fixer des&#13;
cures ? Peu de paroisses sont encore bien établies. Plusieurs missionnaires&#13;
ont à desservir un terrain immense, à mesure que le pays se défriche et se&#13;
peuple. Il faut demander, séparer, multiplier les paroisses pour la&#13;
commodité des pasteurs et du peuple. Il n’y a guère que les environs de&#13;
Québec et de Montréal qui aient acquis le degré de consistance nécessaire&#13;
pour former un bénéfice durable. La rareté des prêtres force encore à cette&#13;
instabilité. Il y a plus de la moitié des paroisses dont un zèle héroïque peut&#13;
seul se charger. Une santé de fer peut seule y suffire. Il n’y a point d’année&#13;
qu’il ne faille déplacer plusieurs missionnaires. Un bénéficier en titre&#13;
voudra-t-il se prêter à ces arrangements nécessaires et aller desservir une&#13;
cure pauvre, difficile, abandonnée ? On n’a que trop de peine d’y résoudre&#13;
ceux qu’on peut y forcer. Que serait-ce si on pouvait s’en défendre ? Un&#13;
évêque qui a si peu de ressources serait cent fois obligé de laisser les plus&#13;
grandes paroisses sans secours. La disette des prêtres met encore dans la&#13;
nécessité d’envoyer sur leur bonne foi des jeunes gens sortant du Séminaire&#13;
dans des lieux écartés et difficiles, c’est-à-dire avec le plus grand risque&#13;
pour eux et pour les âmes qu’on leur confie. En général, il n’est que trop&#13;
ordinaire qu’un bénéficier fixé dans une paroisse ne songe qu’à jouir en&#13;
on lit : « Les églises paroissiales seront dirigées par les curés comme il a été commencé, jusqu’à&#13;
modification de l’autorité épiscopale. » (Archives apostoliques du Vatican. Propagande, Scritture&#13;
originali riferite nelle congregazioni generali, vol. 256, fos 53-59.)&#13;
- 1264 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
repos de son revenu, peut-être à enrichir sa famille et ne s’embarrasse guère&#13;
de son devoir. À l’abri d’un titre qu’on ne peut attaquer que pour des crimes&#13;
grossiers et avec des formalités infinies, il ménage peu des supérieurs de&#13;
qui il ne dépend guère et qui ne peuvent lui faire ni bien ni mal et il craint&#13;
peu des fautes qui ne sauraient être que légèrement punies. Mais un homme&#13;
dont la vertu seule peut fixer le sort tâche, par la régularité de sa conduite,&#13;
de se conserver un emploi dont il a besoin. L’intérêt vient au secours de la&#13;
religion et rend la fidélité à son devoir heureusement nécessaire. Danger&#13;
plus grand en Canada. L’éloignement du chef favorise la négligence et&#13;
l’indépendance. Comment envoyer si loin des commissaires faire le procès&#13;
à un bénéficier scandaleusement coupable ? Comment remédier de si loin&#13;
au désordre de sa conduite et prévenir l’éclat d’une dégradation ? Il est&#13;
donc de l’honneur du clergé et du bien du diocèse que l’évêque, selon sa&#13;
prudence, puisse promptement et sans bruit déplacer un mauvais sujet. Ces&#13;
changements étaient dans le commencement d’autant plus faciles que le&#13;
clergé du Canada n’étant composé que de communautés, les supérieurs&#13;
étaient les maîtres absolus de tous les ouvriers.&#13;
Cependant, ce système n’est pas sans inconvénient. Si d’un côté il sert à&#13;
débarrasser d’un mauvais curé, de l’autre il rend les bons curés inutiles et&#13;
les expose à devenir mauvais. On ne s’attache guère à une église où on se&#13;
regarde comme en passant. Content de ne pas donner lieu aux plaintes, qui&#13;
s’avise de semer, de bâtir pour un autre qui viendra au premier jour profiter&#13;
de ces travaux ? Comment connaître ses paroissiens et en être connu si&#13;
chaque jour on est exposé à changer de paroisse ? Comment s’arranger pour&#13;
le temporel ? Quels meubles acheter ? Quelles provisions faire qu’il faudra&#13;
peut-être perdre demain ? Et quelles dépenses pour toutes ces translations !&#13;
Un homme qui compte d’y passer sa vie fait ses arrangements avec&#13;
confiance et à loisir. Il se livre à son devoir. Il étudie le caractère de ceux&#13;
avec qui il doit vivre et tâche de s’en faire estimer. Il agit pour la réformation&#13;
des mœurs avec fermeté, avec autorité, avec confiance.&#13;
Mais quel zèle, quel succès peut avoir un homme toujours à la veille de&#13;
quitter, toujours inquiet sur les plaintes que le vice combattu ne manque&#13;
- 1265 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
pas de faire et qu’il est assez ordinaire de voir écouter ? Les paroissiens&#13;
donnent-ils leur confiance à un pasteur incertain que la moindre chose leur&#13;
peut&#13;
&#13;
enlever ?&#13;
&#13;
Le&#13;
&#13;
craignent-ils ?&#13;
&#13;
Le&#13;
&#13;
ménagent-ils ?&#13;
&#13;
Au&#13;
&#13;
moindre&#13;
&#13;
mécontentement, ils vont demander des changements, qu’ils savent n’être&#13;
ni difficiles ni rares et il faut convenir que, quoique le clergé du Canada soit&#13;
un des plus réguliers, il y a peu de diocèses où l’on fasse plus fréquemment&#13;
des plaintes, à cause de la facilité de déplacement et de la liberté qu’elle&#13;
donne aux évêques d’écouter les plaignants. Enfin, est-il juste qu’après&#13;
avoir consumé sa jeunesse et ses forces, on coure le risque d’être sans&#13;
ressource à la fin de ses jours ? Ce danger n’était pas à craindre dans le&#13;
système de la communauté des biens. M. de Laval, toujours équitable,&#13;
pouvait exiger une dépendance dont il prévenait les suites fâcheuses.&#13;
Mais depuis que par la séparation du clergé chacun est abandonné à luimême, un évêque peut-il vouloir qu’on s’expose à être réduit à la&#13;
mendicité ? Les religieux, moins à plaindre, ont du moins l’asile de leur&#13;
couvent. M. de Saint-Vallier, qui fit ce changement, pouvait-il ne pas&#13;
s’apercevoir qu’il se mettait dans la nécessité de fixer les cures et qu’il était&#13;
injuste de vouloir être le maître absolu de tous les bénéfices et ôter toutes&#13;
les ressources aux bénéficiers ? Le roi donne une somme aux prêtres usés.&#13;
Mais n’est-il pas le maître de supprimer ses largesses ? Et l’évêque qui en&#13;
fait la distribution, manque-t-il de prétextes pour en priver ceux qui lui&#13;
déplaisent ? Est-il donc impossible qu’un évêque se laisse prévenir, qu’il&#13;
agisse avec négligence ou par ressentiment, que la faveur l’emporte ? Cesset-on d’être homme pour être évêque ? C’est partout l’esprit de l’Église de&#13;
laisser chacun dans son bénéfice, à moins qu’on ne lui fasse son procès.&#13;
Par toutes ces raisons, que je rapporte en historien, sans vouloir prendre de&#13;
parti, il est aisé de comprendre que la fixation des cures a fait naître bien&#13;
des difficultés depuis la séparation des biens, qui a répandu un esprit&#13;
d’intérêt et de défiance. La Cour s’en est souvent mêlée. Elle avait d’abord&#13;
embrassé le système des desservants amovibles. Mais depuis, sur les&#13;
représentations faites de part et d’autre, le roi a tenu une conduite ambiguë.&#13;
Il a recommandé et quelquefois ordonné au prélat de fixer les cures, mais il&#13;
- 1266 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
a fermé les yeux sur l’inexécution de ses ordres et s’est contenté d’un petit&#13;
nombre de fixations faites, ce semble, pour l’amuser. Il a appuyé les évêques&#13;
dans le moyen qu’ils ont pris pour ne pas les fixer. MM. de Saint-Sulpice,&#13;
qui desservent une vingtaine de paroisses, toujours inflexibles, ont mieux&#13;
aimé perdre quelques sujets qui avaient obtenu des titres et la Cour les a&#13;
soutenus.&#13;
Les Jésuites, qui étaient les seuls prêtres et par conséquent les seuls pasteurs&#13;
en Canada lors de l’arrivée du vicaire apostolique, lui remirent toutes les&#13;
missions françaises et se bornèrent aux missions sauvages et au soin du&#13;
collège. Le prélat y plaça des ecclésiastiques et peu à peu forma des&#13;
paroisses, mais il n’en érigea guère juridiquement. Ce ne fut que l’année&#13;
avant sa démission qu’il en conféra une quinzaine 746 et laissa à&#13;
M. des Maizerets, son grand-vicaire, le pouvoir d’en donner à ceux qu’il&#13;
jugerait à propos. Ce prélat ne se départait pas sans doute de son système&#13;
des missionnaires amovibles. Mais comme la Cour commençait à pencher&#13;
vers le système de la fixation, il crut devoir entrer dans ses vues et en&#13;
essayer sur un petit nombre dont il connaissait la vertu et dans des lieux&#13;
considérables et bien établis, où il paraissait plus nécessaire et où il y avait&#13;
moins d’apparence de changement 747. Il préparait ainsi les voies à un&#13;
successeur qui dans la suite, voudrait se conformer à l’usage de France.&#13;
746&#13;
Il est inexact d’affirmer que Mgr de Laval n’a érigé canoniquement aucune paroisse avant 1684&#13;
(la dernière année avant de donner sa démission), puisqu’il a fondé 14 paroisses : une en 1664, sept&#13;
en 1678 et six en 1684, comme l’indique la liste composée par les éditeurs des Mandements des&#13;
évêques de Québec (vol. 1, Québec, 1887, p. 569)#.&#13;
#&#13;
NDLR : Cette liste a été révisée en 2016 par Gilles Bureau, François de Laval, His Life and Times,&#13;
en annexe. Mgr de Laval a fondé 24 paroisses : une en 1664, 17 en 1678 et six en 1684.&#13;
&#13;
On ne doit pas penser que le Serviteur de Dieu fût totalement opposé au système des paroisses&#13;
inamovibles. Sa réticence à ériger de telles paroisses se trouve plutôt dans les graves difficultés où&#13;
il se trouvait à cause du nombre insuffisant de prêtres et des villages, nombreux et distants, qui&#13;
souvent ne pouvaient pourvoir à l’entretien d’un curé fixe. À ce sujet, dans le procès-verbal de&#13;
l’assemblée plénière des autorités ecclésiastiques et civiles du Canada tenue à Québec le 7 octobre&#13;
1678, on lit ce qui suit :&#13;
747&#13;
&#13;
Il [le Serviteur de Dieu] était tout prêt d’obéir aux ordres de Sa Majesté tant par&#13;
le respect qu’il lui devait que parce qu’il était d’une nécessité absolue à son Église&#13;
d’établir des cures fixes dans les lieux dont les dîmes étaient capables de les faire&#13;
&#13;
- 1267 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Deux ans après, en 1686, le roi ordonna par une déclaration que tous les&#13;
chapitres et communautés de France chargés de cures s’en démettraient&#13;
pour y établir des titulaires. C’était un avis pour le Canada. Le ministre en&#13;
écrivit à l’évêque. Mais la déclaration du roi n’y fut pas publiée et il ne s’y&#13;
fit aucun changement. En effet, il y a bien de la différence entre les Églises&#13;
de l’ancienne France et celles de la nouvelle et entre les prêtres particuliers&#13;
chargés d’une paroisse, quoique amovibles, et une communauté dont les&#13;
membres servant tour à tour ne peuvent, ni bien connaître, ni être bien&#13;
connus. Quoique les prêtres du Canada fissent une espèce de corps, chaque&#13;
paroisse avait pourtant son pasteur propre. Aussi la Cour n’insista pas.&#13;
Mais M. de Saint-Vallier ne s’en tint pas là. Malgré le petit nombre de ceux&#13;
que M. de Laval avait fixés et le penchant de la Cour pour la fixation, il ne&#13;
négligea rien pour faire rendre le titre à ceux qui se trouvèrent pourvus :&#13;
promesses, menaces, mauvais traitements, tout fut mis en œuvre. Ce fut une&#13;
de ses premières entreprises, qui commença de lui aliéner tous les cœurs.&#13;
Quelques-uns, intimidés ou faciles, se laissèrent engager à faire démission.&#13;
Plusieurs autres aimèrent mieux encourir son indignation et garder leur&#13;
bénéfice. Cependant, il a fait lui-même quelques titres, en petit nombre, en&#13;
faveur de certains sujets distingués qui avaient mérité ses bonnes grâces et&#13;
pour contenter M. de Pontchartrain, ministre d’État, qui lui a plusieurs fois&#13;
écrit que l’intention du roi était qu’on fixât peu à peu toutes les cures ; à&#13;
quoi les évêques n’ont jamais pu se résoudre.&#13;
Le chapitre, instruit des intentions du roi, se crut autorisé après la mort de&#13;
M. de Saint-Vallier à conférer sede vacante 748 plusieurs des paroisses érigées&#13;
et à en ériger de nouvelles. Le nouvel évêque en fut offensé. La Cour entra&#13;
dans ses vues et blâma le chapitre et il est vrai que la vacance du siège étant&#13;
litigieuse, les droits du chapitre étaient trop douteux pour faire cette&#13;
démarche. Le prélat à son arrivée obligea tous les nouveaux pourvus à faire&#13;
subsister, pour se décharger de la grande dépense qu’il est obligé de faire pour&#13;
l’entretien des ecclésiastiques, qu’il a élevés pour l’instruction des peuples et faire&#13;
le service divin dans sa cathédrale, au besoin desquels il aurait supplié Sa Majesté&#13;
depuis plusieurs années d’avoir égard. (Musée de la civilisation, Fonds d’archives&#13;
du Séminaire de Québec, Polygraphie 5, no 7.)&#13;
748&#13;
NDLR : sans évêque.&#13;
- 1268 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
leur démission. Le chapitre le vit avec peine et menaça d’agir. Il avait tort.&#13;
Ses droits, quels qu’ils soient, demeuraient hors d’atteinte. Si le prélat par&#13;
quelque acte juridique avait cassé ces titres et déclaré les bénéfices vacants,&#13;
les prétentions du chapitre en auraient souffert. Mais une démission pure&#13;
et simple laisse dans leur entier l’état des bénéfices et le droit du collateur&#13;
et semble confirmer l’un et l’autre en le supposant. On ne se démet que d’un&#13;
titre réel. À la mort de M. de Lauberivière, dernier évêque, le chapitre&#13;
hasarda&#13;
&#13;
encore&#13;
&#13;
quelques&#13;
&#13;
titres.&#13;
&#13;
Il&#13;
&#13;
ne&#13;
&#13;
fut&#13;
&#13;
pas&#13;
&#13;
plus&#13;
&#13;
heureux.&#13;
&#13;
M. de Pontbriand, aujourd’hui évêque, eut un ordre de la cour de faire&#13;
rendre tous les titres qu’on avait pris.&#13;
Dans le fond, le chapitre n’était pas fondé. Il devait laisser les choses dans&#13;
l’état où il les trouvait à la mort de l’évêque. Les canons lui défendent de&#13;
rien innover pendant la vacance du siège, surtout dans des choses de cette&#13;
conséquence, qui changent l’état des Églises. La collation des bénéfices est&#13;
un fruit qu’il faut réserver au successeur. Dans les collations forcées, comme&#13;
celles des gradués, le chapitre est obligé de faire ce que l’évêque ne saurait&#13;
refuser. Mais les collations volontaires ne lui appartiennent pas, s’il n’en a&#13;
le droit par une possession immémoriale ou s’il n’en est collateur&#13;
conjointement avec l’évêque, parce qu’alors il réunit les droits du prélat&#13;
avec les siens et qu’il ne serait pas juste de l’exposer à perdre les siens par&#13;
le délai. D’ailleurs, ces cures n’étaient pas proprement vacantes. Elles&#13;
étaient remplies de fait par l’autorité de l’ordinaire, de la manière dont elles&#13;
ne l’avaient été depuis la fondation du diocèse. Autrement, toutes les cures&#13;
étaient également vacantes et le chapitre, selon les principes, aurait dû les&#13;
conférer toutes, au lieu qu’il ne fit que six titres et aux mêmes prêtres qui&#13;
les desservaient déjà depuis plusieurs années. La manière de desservir les&#13;
paroisses par des pasteurs ou amovibles ou perpétuels est de pure&#13;
discipline. Pendant bien des siècles, il n’y avait pas de bénéfices en titre.&#13;
L’évêque et le clergé ont vécu longtemps en commun. Ce n’est que par&#13;
succession de temps et sans aucune loi expresse que les biens&#13;
ecclésiastiques ayant été partagés, chacun s’est établi dans la possession de&#13;
son contingent et l’Église prenant un état plus stable, on a interdit ces&#13;
variations qui pouvaient avoir des suites fâcheuses.&#13;
- 1269 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Mais cette loi n’étant pas encore introduite dans cette Église naissante et les&#13;
évêques s’y étant constamment opposés, c’était changer l’état du diocèse&#13;
par de nouveaux arrangements ; ce qui passe l’autorité du chapitre, qui n’en&#13;
est que le tuteur. Il doit remettre sans l’altérer le patrimoine qu’on lui confie&#13;
et l’autorité dont il n’est que dépositaire. Dans les bénéfices ordinaires, un&#13;
titre est une sorte d’aliénation, puisqu’il prive pour cette fois le collateur de&#13;
son droit et lui lie les mains pendant la vie du titulaire ; à plus forte raison,&#13;
des titres qui sont un nouvel ordre des choses et mettent dans la nécessité&#13;
de le continuer à l’avenir privent d’une liberté que l’origine et l’usage&#13;
avaient acquise. Le chapitre avait plus fait que de conférer des cures déjà&#13;
érigées. Il en avait érigé quelques-unes de son autorité, sans nécessité, sans&#13;
formalité ; en quoi on ne peut dissimuler qu’il n’eût de beaucoup outrepassé&#13;
ses droits.&#13;
Le clergé du Canada eut une autre sorte de différend avec les laïcs, par&#13;
rapport à la dîme. Que les pasteurs soient amovibles ou perpétuels, il est&#13;
juste de pourvoir à leur subsistance. La voie naturelle, c’est la dîme des&#13;
fruits de la terre. Dieu lui-même l’a tracée dans la loi de Moïse ; l’Évangile&#13;
l’a confirmée : haec oportuit facere 749. L’Église l’a toujours suivie. Elle n’est&#13;
point à charge au public : il ne donne que ce qu’il recueille, le pasteur&#13;
partage avec son troupeau la bonne et mauvaise fortune. Mais comme la&#13;
colonie était pauvre et les défrichements longs et coûteux, l’évêque de&#13;
Pétrée voulut qu’on fît quelque grâce aux habitants. Dans les lettres&#13;
patentes qui en établissant le Séminaire lui attribuent toutes les dîmes, il les&#13;
fit taxer au 13e de tout ce qui en doit 750.&#13;
Les colons, qui jusque-là n’avaient rien payé et contents d’admirer les&#13;
travaux apostoliques des missionnaires, ne savaient ce que c’était que&#13;
&#13;
NDLR : « Il fallait faire ces choses-ci. » (Matthieu 23 : 23)&#13;
Le décret royal d’avril 1663 de confirmation de la fondation du Séminaire de Québec (Musée de&#13;
la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 11, no 1) approuvait&#13;
expressément la disposition légale du Serviteur de Dieu sur les dîmes. Le Conseil souverain de&#13;
Québec, en enregistrant ce décret royal le 10 octobre 1663 et en le faisant promulguer dans toute la&#13;
colonie (Jugements et délibérations du Conseil souverain de la Nouvelle-France, Québec, 1885,&#13;
vol. 1, p. 18 et p. 169), donnait à la même disposition force de loi pour le Canada.&#13;
749&#13;
750&#13;
&#13;
- 1270 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
paroisse, firent de grandes plaintes et refusèrent d’abord de subir ce joug.&#13;
Plusieurs arrêts du Conseil et ordonnances de l’intendant, quoique&#13;
accordés à regret et d’assez mauvaise grâce, obligèrent peu à peu le peuple&#13;
à la soumission et bientôt la loi eût été exécutée. Mais les brouilleries entre&#13;
M. de Laval et M. de Mésy étant survenues, on profita de ce temps d’orage&#13;
pour la faire abolir. Peut-être le gouverneur ne fut-il pas fâché de mortifier&#13;
le clergé et l’évêque, dont l’autorité lui était devenue suspecte. Il fomenta&#13;
les mécontentements et appuya les plaintes. La pauvreté des habitants, le&#13;
peu de commerce, la difficulté des défrichements en furent le spécieux&#13;
prétexte. Pendant plusieurs années, on fit je ne sais combien de projets,&#13;
d’accommodements, de négociations, qui furent tous sans effet.&#13;
D’abord, le prélat proposa par une déclaration expresse que pendant six ans&#13;
on ne paierait qu’un 20e et même rien la première année 751. Bien loin d’y&#13;
acquiescer, on forma au Conseil du roi une opposition aux lettres patentes&#13;
que le Conseil avait enregistrées et le Conseil sursit à leur exécution.&#13;
M. de Mésy écrivit en faveur des habitants et déclara que la dîme ruinerait&#13;
et ferait déserter la colonie. Pour aigrir encore plus les esprits, on fit courir&#13;
le bruit que le clergé donnerait une étendue infinie à l’objet de la dîme, en&#13;
dîmant sur les herbages, les bois, la volaille, les moutons, etc. Le prélat fit&#13;
publier dans toutes les paroisses qu’on ne dîmerait que sur les grains&#13;
venant de la culture des terres 752. Tout cela ne suffisant pas ; il prolongea&#13;
par une déclaration le terme de six années à toute la durée de sa vie, si elle&#13;
allait au-delà, sans préjudice des droits de son successeur 753. Tout fut inutile.&#13;
La révolte fut générale et ce qu’il y a de singulier, elle ne fut en aucun&#13;
endroit plus marquée que dans les terres du Séminaire, à la côte de Beaupré,&#13;
où il se faisait plus d’aumônes. Il fallut en retirer les missionnaires, qui n’y&#13;
étaient pas en sûreté et que d’ailleurs on n’était pas en état d’y entretenir&#13;
depuis qu’on n’en recevait rien.&#13;
&#13;
Décret du Serviteur de Dieu du 10 novembre 1663 (Doc. XXXIII-1).&#13;
Décret du Serviteur de Dieu du 10 mars 1664 (Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A,&#13;
p. 41, no 36).&#13;
753&#13;
Décret du Serviteur de Dieu du 1er février 1664 (Doc. XXXIII-2).&#13;
751&#13;
752&#13;
&#13;
- 1271 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Les choses demeurèrent près de quatre ans dans cet état. On ne paya rien&#13;
aux curés jusqu’en 1667, que M. Tracy, vice-roi*, M. de Courcelle,&#13;
gouverneur, et M. Talon, intendant, firent, à la prière de M. l’évêque, une&#13;
ordonnance par laquelle il fut réglé que les dîmes ne se paieraient qu’au 26e&#13;
pendant 20 ans, sans préjudice après ce temps-là du droit de les rétablir sur&#13;
le pied de l’arrêt, qu’elles seraient fournies en blé net et portées sans frais&#13;
chez les curés, mais que pour éviter toute fraude, les curés pourraient les&#13;
faire estimer 15 jours avant la récolte, que l’évêque de son côté ne serait pas&#13;
tenu de donner des curés fixes, qu’il enverrait seulement des missionnaires&#13;
amovibles, à proportion des dîmes qu’il recueillerait pour les entretenir,&#13;
n’étant pas juste qu’on s’engageât à servir des peuples qui ne s’engageaient&#13;
pas à nourrir leurs pasteurs 754. Cette condition faisait sentir leur devoir aux&#13;
habitants par la crainte de manquer de secours et conservait l’indépendance&#13;
du clergé. Cette espèce de capitation, que la nécessité arracha, subsiste&#13;
encore pour la plus grande partie.&#13;
Elle est tout au désavantage des curés. La liberté de ne pas payer sur le&#13;
champ, mais d’emporter tous les grains dans la grange pour les battre à&#13;
loisir dans l’hiver, selon l’usage du pays, et donner au printemps la 26e du&#13;
grain net et criblé, outre le délai du paiement, qui met dans la nécessité de&#13;
faire toutes les avances pour vivre, outre le risque de tout perdre par la&#13;
maladie, la mort, le changement du curé ou des habitants, l’incendie de tant&#13;
de granges, la vente des maisons ou des domaines, cette liberté expose à&#13;
toute sorte de fraudes. L’habitant, après avoir fait attendre son curé autant&#13;
qu’il lui plaît, lui fait la part qu’il juge à propos. Et comment se faire faire&#13;
raison à tant de personnes ? Comment connaître et constater la fraude ? Il&#13;
faudrait cent procès chaque année, dont aucun ne réussirait. D’ailleurs,&#13;
l’habitant même de bonne foi bat peu à peu les grains et les mange à mesure,&#13;
surtout s’il n’est pas riche, comme en effet la plupart ne le sont pas et ne&#13;
donne à la fin que la dîme de ce qui lui reste ou de ce que la mémoire lui&#13;
fournit, mauvais garant d’exactitude. S’il est pauvre, si la récolte a été&#13;
Décret du 23 août 1667, publié par P.-G. Roy, archiviste de la Province de Québec, dans&#13;
Ordonnances et Commissions, etc., etc. des Gouverneurs et Intendants de la Nouvelle-France,&#13;
1639-1708, Beauceville, 1924, p. 70-74.&#13;
&#13;
754&#13;
&#13;
- 1272 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
mauvaise, il mange tout et content de dire qu’il en a eu besoin, il renvoie le&#13;
curé à l’année prochaine, où il n’aura pas davantage.&#13;
Ainsi, à peine paie-t-il le quart même de ce 26e. C’est encore priver&#13;
absolument les curés de toute la paille, ce qui pour le fourrage, les bestiaux,&#13;
les autres besoins d’une maison est un objet très considérable. L’estimation&#13;
précédente est une chimère. Comment estimer chaque année toutes les&#13;
terres d’une paroisse ! Quels frais dans tout un diocèse pour y faire&#13;
promener des experts ! Comment faire convenir tous les propriétaires de&#13;
l’estimation ! Que de procès ! S’il survient quelque vimaire depuis&#13;
l’estimation, n’est-il pas juste d’en tenir compte ? Nouvelle estimation à&#13;
faire, etc.&#13;
Quelque désavantageux que fût cet accommodement, le Conseil supérieur&#13;
ne s’en contenta pas et quatre ans après, il y fit des changements qui ont&#13;
presque anéanti les dîmes sans retour. Après les 20 ans passés, il n’a plus&#13;
été possible de rien obtenir. On a eu beau réclamer la clause alternative, les&#13;
habitants y trouvaient trop leur compte pour s’y résoudre. Le gouverneur,&#13;
l’intendant, la Cour les a toujours favorisés au préjudice du clergé et&#13;
probablement le rétablissement ne se fera jamais.&#13;
Ce fut par l’inspiration de M. Talon, alors intendant, fort prévenu contre le&#13;
clergé, que sans avoir consulté la Cour, le Conseil prit sur lui en 1667 de&#13;
porter un arrêt en forme de règlement, qui ordonne indéfiniment que par&#13;
provision et sans préjudice des lettres patentes accordées au Séminaire, la&#13;
dîme ne serait levée qu’à la moitié moins, c’est-à-dire au 26e, qu’elle se&#13;
paierait en grain et non en gerbe, sans faire aucune estimation préalable et&#13;
que les terres nouvellement défrichées seraient cinq ans exemptes de dîmes.&#13;
Il n’en fallut pas davantage. Les habitants, qui ne payaient qu’à regret,&#13;
autorisés par le Conseil à une diminution si énorme, à peine se crurent&#13;
obligés de rien donner et allèrent beaucoup au-delà de l’arrêt. Le Conseil&#13;
employa inutilement son autorité pour soutenir son propre ouvrage. Et&#13;
comme si Dieu eût voulu punir cette injustice, la grêle, les brouillards, les&#13;
insectes perdirent la récolte pendant bien des années.&#13;
- 1273 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Le clergé ne put manquer d’en être fort mécontent. Il trouvait singulier&#13;
qu’un tribunal naissant anéantît des lettres patentes par lui-même&#13;
enregistrées sans aucune remontrance et exécutées pendant quatre à cinq&#13;
ans. Il ne pensait pas qu’une Cour séculière en eût le droit. L’établissement&#13;
de la dîme, disait-on, soit qu’on le dise de droit divin ou de droit&#13;
ecclésiastique, est une matière purement spirituelle. Une Cour souveraine&#13;
juge du possessoire des dîmes, en examinant les titres et la possession qui&#13;
en fixe la quotité. C’est tout ce que lui accordent les maximes gallicanes les&#13;
plus favorables. Mais jamais le parlement n’a cru être en droit de prononcer&#13;
sur l’établissement primitif et ordonner l’anéantissement ou la diminution&#13;
d’une dîme juridiquement établie. Quand il n’y a ni possession ni titre,&#13;
comme il n’y en avait point en Canada, le droit commun doit servir de règle&#13;
et l’on doit prendre au 10e. Qu’à la bonne heure en faveur de la colonie on&#13;
se fût réduit au 13e, cette remise, faite du consentement de l’évêque, était&#13;
légitime. Mais on ne pouvait, contre l’institution divine ou ecclésiastique de&#13;
la dîme, contre l’établissement primitif de celle du Canada, malgré les&#13;
oppositions du clergé, en supprimer la moitié en la réduisant de 13 à 26 et&#13;
même plus de la moitié, par les arrangements que nous venons de&#13;
rapporter. Mais les représentations du clergé ne furent pas écoutées. La&#13;
Cour n’attendit qu’une occasion pour confirmer les règlements du Conseil.&#13;
Cette occasion ne tarda pas à venir et le clergé la fit naître. La raison secrète&#13;
qui avait fait agir le Conseil et l’intendant était que le Séminaire et l’évêque,&#13;
qui en était le maître, deviendraient trop puissants et trop riches, si, selon&#13;
le système d’alors, ils jouissaient du 13e de tous les fruits de la colonie. Cela&#13;
pouvait arriver dans la suite des siècles. Mais il faut convenir que ce danger&#13;
était alors bien éloigné et qu’on n’aurait pas pris ou fait semblant de prendre&#13;
l’alarme si l’on n’avait été prévenu contre le clergé. Pour rassurer les esprits,&#13;
M. de Laval crut que le Séminaire devait offrir de laisser la dîme aux curés&#13;
et que par là, le rétablissement qu’il demandait serait plus facile. D’ailleurs,&#13;
les cures se multipliaient et il fallait y pourvoir. Le Séminaire ne faisait en&#13;
cela qu’un médiocre sacrifice. Les curés étaient réellement les maîtres,&#13;
quoique obligés d’en rendre compte, puisque la recette et la dépense&#13;
roulaient toutes sur leur bonne foi. Mais il se conservait la même autorité,&#13;
- 1274 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
puisque les uns demeuraient toujours amovibles et également attachés à la&#13;
maison. L’augmentation de la dîme ne faisait que diminuer la dépense de&#13;
leur entretien, dont le Séminaire était chargé.&#13;
De leur côté, les habitants firent en paroles des avances considérables ; ils&#13;
offrirent de fournir à l’entretien des curés, si on supprimait les dîmes. Le&#13;
clergé les prit au mot et demanda seulement pour sa sûreté qu’ils en&#13;
passassent une obligation en forme par-devant notaire. Il ne s’en trouva pas&#13;
un seul qui le voulût. L’intendant se convainquit qu’il y a loin des paroles&#13;
aux effets, qu’après tout, si l’on veut des prêtres, il faut les alimenter et&#13;
qu’ils manqueraient bientôt de tout, s’ils n’avaient des revenus fixes et&#13;
assurés. Mais on ne gagna rien. Par un édit du mois d’avril 1679, le roi, en&#13;
acceptant les propositions, ordonne qu’on érigera des cures partout où il&#13;
sera nécessaire et que les dîmes appartiendront aux curés. Mais en même&#13;
temps, il confirme par provision l’arrêt du Conseil sur la quotité.&#13;
Cependant, sur les représentations du clergé que la dîme ainsi réduite ne&#13;
suffisait pas pour l’entretien des curés, le même édit ordonne que dans les&#13;
paroisses où elle ne serait pas suffisante, le Conseil supérieur y pourvoirait&#13;
et ferait donner aux curés, à titre de portion congrue, par les seigneurs et&#13;
les habitants un supplément proportionné. Ce n’était qu’une vaine&#13;
espérance. Jamais on n’a pensé à exécuter cet article. Ce moyen même était&#13;
à charge. Obliger les curés à demander des suppléments et les faire régler&#13;
proportionnément à l’estimation des dîmes, c’était les jeter dans une infinité&#13;
de procès pour faire faire cette fixation et de procès chaque année&#13;
renaissants pour en obtenir le paiement et de procès bien douteux, puisque&#13;
le Conseil était juge et partie. Le roi a depuis terminé ces difficultés et il a&#13;
déchargé les paroisses du supplément, en donnant sur son domaine&#13;
d’Occident 8 000 livres chaque année pour en tenir la place, dont&#13;
2 000 livres pour les curés usés par vieillesse ou par maladie et 1 200 livres&#13;
pour la bâtisse des églises paroissiales. Ces trois sommes furent d’abord&#13;
distribuées par l’intendant, mais argent de Canada, quoique données&#13;
argent de France, c’est-à-dire à 2/3 perte. Ce qu’on n’a jamais pu faire&#13;
revenir. Ensuite, elles furent remises au Séminaire comme chargé de&#13;
- 1275 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
l’entretien des curés pour leur en faire la distribution. M. de Saint-Vallier&#13;
ayant depuis changé l’état du clergé, comme nous dirons en son lieu, il&#13;
obtint que la distribution de ces sommes fût confiée, à l’évêque à la charge&#13;
d’agir de concert avec le gouverneur et l’intendant. Il n’en est guère moins&#13;
le maître, ces Messieurs n’étant point d’humeur d’entrer dans ce détail avec&#13;
lui.&#13;
Croirait-on que les Récollets, qui s’établissaient alors en Canada furent,&#13;
peut-être sans le vouloir, un des plus grands obstacles à cet établissement.&#13;
Dans les paroisses où ils étaient envoyés, ils se contentaient de la quête. Et&#13;
pour mieux s’insinuer dans les esprits, sans doute par zèle, ils s’offraient&#13;
partout à desservir les cures gratuitement, se contentant des aumônes qu’on&#13;
voudrait leur faire. Ils firent les mêmes offres à l’évêque et ensuite à la Cour.&#13;
Le peuple, se voyant soulagé, leur donnait plus abondamment et la&#13;
comparaison qu’on faisait d’eux avec le clergé, qui demandait la dîme,&#13;
rendait les religieux favorables et les ecclésiastiques odieux. On répandit le&#13;
bruit qu’il mourait beaucoup de monde à la campagne sans sacrements. Le&#13;
fait était faux ; mais d’ailleurs, il n’eût eu rien de surprenant dans une si&#13;
grande étendue de pays par des chemins et des temps si mauvais avec un&#13;
si petit nombre de prêtres, qui même n’avaient pas de quoi vivre et à qui on&#13;
ne voulait rien donner. Il fallait tout le zèle du clergé du Canada pour y&#13;
travailler ; il fallait des miracles pour y suffire. Les Récollets furent&#13;
soupçonnés d’entretenir ces sentiments et il est vrai qu’ils y étaient&#13;
intéressés, puisqu’ils en étaient mieux reçus partout et même dans les&#13;
paroisses qu’ils ne desservaient pas. Mais ces pères étaient sans doute trop&#13;
pieux pour pouvoir les en croire coupables.&#13;
Au reste, l’offre de se charger gratuitement de la desserte de toutes les cures&#13;
était une chimère. L’expérience fait voir tous les jours par la difficulté que&#13;
trouvent ces pères à entretenir un petit nombre de missions qu’on leur a&#13;
confiées, qu’ils n’auraient pu fournir un assez grand nombre de sujets. Le&#13;
Séminaire, qui ne s’occupe qu’à en former, a bien de la peine à y suffire. Les&#13;
aumônes, sur lesquelles ils comptaient, n’auraient pu les entretenir. Les&#13;
quêtes rassemblées de tous côtés et réunies dans une petite communauté&#13;
- 1276 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
sont bien différentes de ce que chaque particulier peut ramasser pour luimême dans un seul endroit. Bientôt ils auraient perdu dans leur paroisse&#13;
l’esprit de leur état et les supérieurs n’en auraient pu être les maîtres.&#13;
L’évêque encore moins ; leurs exemptions les soustrayant à son autorité, ils&#13;
auraient pu s’emparer de tout le diocèse en possédant toutes les cures et se&#13;
rendre redoutables. Ces raisons empêchèrent d’accepter leurs offres,&#13;
d’autant plus qu’alors, par un malheur qui n’est point arrivé depuis, il y&#13;
avait quelques récollets dont la conduite ne méritait pas la confiance de&#13;
l’évêque 755.&#13;
Malgré la condition stipulée et acceptée de la liberté de changer les curés, à&#13;
laquelle même le Conseil n’avait pas touché, M. de Frontenac, gouverneur,&#13;
renouvela quelque temps après la demande de la fixation des cures, la fit&#13;
renouveler par les habitants et en fit venir des ordres de la Cour. L’évêque,&#13;
fatigué de tant de poursuites, offrit de fixer toutes les cures dans lesquelles&#13;
on ferait un fonds suffisant pour l’entretien du curé. Rien n’était plus&#13;
raisonnable. Il ne restait plus qu’à convenir sur quel pied on paierait cet&#13;
entretien. La portion congrue était alors fixée en France à 300 livres au-deçà&#13;
de la Loire et 200 livres au-delà. Cette règle ne pouvait servir de loi en&#13;
Canada. Cette somme y était évidemment insuffisante.&#13;
Le gouverneur, l’intendant et les principaux habitants firent plusieurs&#13;
assemblées avec l’évêque et dans un grand mémoire, signé de tous, qui fut&#13;
envoyé l’année d’après à la Cour, il fut unanimement décidé qu’on ne&#13;
pouvait pas donner moins de 500 livres 756. Sur quoi l’on donna des prêtres&#13;
à toutes les paroisses qui s’engagèrent à fournir cette somme en dîme ou en&#13;
argent. Et même pour faciliter l’exécution, le Séminaire se chargea de&#13;
fournir pendant deux ans tout le reste de l’entretien du curé dans les&#13;
paroisses qui se chargeraient de le nourrir et tenir en pension chez quelque&#13;
habitant pour 300 livres ; ce qui fut accepté. Cette somme paraît bien forte.&#13;
NDLR : Au sujet des contentieux de Mgr de Laval avec les Récollets, voir la série Docs. XLIII.&#13;
Cette assemblée plénière où intervinrent l’évêque, le gouverneur, l’intendant et les principaux&#13;
seigneurs du Canada, fut tenue à Québec le 7 octobre 1678. On en conserve le procès-verbal au&#13;
Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Polygraphie 5, no 7.&#13;
755&#13;
756&#13;
&#13;
- 1277 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
En voici les raisons plus pressantes alors que le pays était si désert et si&#13;
pauvre. À l’exception du pain et de la viande, qui même souvent y sont bien&#13;
chers, il faut tirer de France généralement tous les besoins de la vie. Le fret,&#13;
les assurances, les commissions, les profits des marchands triplent le prix&#13;
de tout. Il faut plus d’habits et de meubles qu’en France pour passer un&#13;
hiver très rude, qui dure plus de six mois. On ne trouve rien dans les&#13;
campagnes. Il faut apporter tout de Québec et faire pour longtemps&#13;
l’avance des provisions. L’argent de France avait été augmenté en Canada&#13;
d’un quart en sus, l’écu de trois livres en valait quatre. Le marchand, pour&#13;
ne pas perdre sur l’augmentation, surfaisait de beaucoup les marchandises,&#13;
etc. Ces considérations firent croire à tout le monde que 500 livres étaient&#13;
nécessaires, sauf à diminuer quand la vie serait devenue moins chère.&#13;
Le ministre ne fut pas satisfait de cet arrangement. Il écrivit au gouverneur&#13;
une longue lettre où, raisonnant sur l’état des curés en France, il trouve de&#13;
l’excès dans cette somme. Il convient néanmoins de donner 400 livres. Il&#13;
veut qu’on accoutume le clergé peu à peu à s’en contenter. L’année&#13;
suivante 1679, il fit ordonner par un arrêt du Conseil qu’en dérogeant à la&#13;
permission des curés amovibles accordée par l’arrêt de 1663, toutes les&#13;
paroisses seraient servies à l’avenir par des curés fixes et sans avoir égard à&#13;
la somme de 500 livres convenue, la portion congrue serait réglée par le&#13;
Conseil supérieur et fournie par le seigneur et les habitants en dîme ou en&#13;
argent, et que celui qui aumônerait un fonds pour bâtir l’église et ferait les&#13;
frais de la construction serait patron du bénéfice. Ce dernier article, dont il&#13;
n’avait jamais été question et qu’on croyait devoir engager bien des gens à&#13;
faire cette dépense, n’a servi de rien. Personne depuis ce temps-là n’a voulu&#13;
acquérir des patronats et on a cru depuis devoir supprimer ceux qu’on avait&#13;
acquis auparavant.&#13;
Cet arrêt fut enregistré au Conseil supérieur de Québec le 30 octobre 1679 757.&#13;
En conséquence, il fut ordonné que les seigneurs, habitants et curés auraient&#13;
&#13;
C’est le 23 octobre que ce décret fut inscrit aux Registres du Conseil souverain de Québec&#13;
(Bibliothèque et Archives nationales du Québec, TL5, D135.2).&#13;
&#13;
757&#13;
&#13;
- 1278 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
communication de toutes les pièces et viendraient au Conseil dire tout ce&#13;
qu’ils jugeraient à propos sur la fixation des portions congrues, pour y être&#13;
statué ce qui conviendrait. Rien n’a été exécuté. Le clergé se présenta, mais&#13;
aucun habitant ne parut. On eut beau faire des représentations à la Cour, il&#13;
vint de nouveaux ordres de fixer les curés. On ajoutait que si une paroisse&#13;
ne suffisait pas pour le nourrir, on en réunit plusieurs. L’évêque consentit à&#13;
tout, mais le peuple ne fut pas plus docile et les paroisses devenant&#13;
étendues de 20, 30 et 40 lieues, le service en fut impossible. Il fallut surseoir&#13;
à l’exécution des ordres. Sur de nouvelles représentations, le roi accorda&#13;
enfin les 1 000 livres de supplément argent de Canada, qui deux ans après&#13;
furent réduites à 400 argent de France ; ce qui a subsisté depuis. On paye,&#13;
tant bien que mal, le 26e du seul grain et on distribue arbitrairement cette&#13;
somme aux curés à qui la dîme ne suffit pas. On fixe quelques curés dans&#13;
les lieux où la dîme suffit ; ce qui n’a pas été suivi, les évêques ne remplaçant&#13;
point par des titulaires ceux qui viennent à mourir. On a fait en divers&#13;
temps bien des tentatives pour faire rétablir les dîmes ; les habitants s’y sont&#13;
toujours opposés. Le Conseil supérieur, le gouverneur et l’intendant les ont&#13;
toujours soutenus. En 1707, l’affaire des dîmes fut portée au Conseil du roi&#13;
et par un nouvel arrêt, le premier, qui n’était que provisoire, est devenu&#13;
définitif et les dîmes ont été fixées absolument au 26e, sans rien ordonner&#13;
sur les portions congrues, mais s’en tenant au supplément modique de&#13;
4 000 livres pour une centaine de cures. En 1730, M. Dosquet, alors&#13;
coadjuteur, remua de nouveau. Il ne fut pas plus heureux et apparemment&#13;
on n’y touchera pas de longtemps. Cette suite de difficultés, de variations,&#13;
de refus de fournir aux pasteurs la nourriture ne permettent pas d’accuser&#13;
d’opulence, ni de soupçonner d’intérêt un clergé qui en servant l’autel n’y&#13;
trouve pas de quoi vivre.&#13;
LIVRE DIXIEME&#13;
&#13;
Livre dixième&#13;
La chapelle Sainte-Anne, érigée depuis en paroisse, est peut-être la plus&#13;
ancienne du Canada. Elle fut bâtie sur la rive gauche du fleuve SaintLaurent, d’abord un peu trop près du bord ; la marée, qui y montait&#13;
- 1279 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
quelquefois, obligea de la porter plus haut sur un terrain donné à M. l’abbé&#13;
de Queylus ; M. de Laval en 1666 ratifia le contrat. Ce fut pour satisfaire la&#13;
dévotion des matelots, qui presque partout ont recours à cette sainte dans&#13;
les dangers fréquents sur la mer, lui font des vœux avec confiance et&#13;
apportent leurs offrandes à la première église de ce nom qui se trouve à leur&#13;
arrivée. Ils en ont souvent éprouvé une protection particulière. Cette&#13;
chapelle est célèbre dans le pays par quantité de merveilles qui s’y sont&#13;
opérées, dont M. de Laval fit faire un recueil authentique 758. La reine Anne&#13;
d’Autriche y donna de fort beaux ornements et M. Tracy, vice-roi*, y fit des&#13;
présents considérables. En 1676, M. Fillon, curé, la fit bâtir en pierre, grande&#13;
et belle 759.&#13;
Thomas Morel écrit la Relation de quelques-uns des miracles qui se sont opérés à Sainte-Anne&#13;
de Beaupré de 1662 à 1667, publiée le 24 juin 1680. Elle est suivie d’une lettre d’approbation, en&#13;
latin, par Mgr de Laval. Elle est conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire&#13;
de Québec, Paroisses diverses, no 72.&#13;
759&#13;
Quand le Serviteur de Dieu arriva au Canada en 1659, il trouva déjà une dévotion intense des&#13;
colons envers sainte Anne. Il s’engagea fortement à favoriser et à diffuser ce culte. Par exemple, le&#13;
3 décembre 1667, dans le but de rendre toujours plus solennelle la fête de sainte Anne, il émit un&#13;
décret par lequel il imposait l’obligation du repos festif (Archives de l’archidiocèse de Québec,&#13;
Registre A, p. 58, no 61). Le 8 octobre 1678, il approuva le règlement d’une confrérie d’ouvriers en&#13;
l’honneur de sainte Anne, mise sur pied à Québec quelques années avant son arrivée, et qu’il avait&#13;
toujours encouragée (Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 233, no 273). Mais son&#13;
zèle pour la diffusion de cette dévotion se manifesta particulièrement dans son affection pour le&#13;
célèbre sanctuaire, centre de nombreux pèlerinages en l’honneur de sainte Anne, au Petit-Cap, à une&#13;
vingtaine de kilomètres de Québec. En 1658, une église avait été commencée au Petit-Cap sous la&#13;
direction de l’abbé de Queylus, mais elle n’avait pas été terminée. Mgr de Laval, à peine arrivé au&#13;
Canada, reprit les travaux et y fit construire un sanctuaire à sainte Anne (Gosselin, Le vénérable&#13;
François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923, p. 214-215).&#13;
Il se rendit souvent en pèlerinage à ce sanctuaire, soit seul, soit pour accompagner quelque éminent&#13;
personnage, comme le vice-roi Tracy. Ensuite, il fit faire par l’abbé Morel, curé de Sainte-Anne,&#13;
une relation des miracles extraordinaires obtenus au sanctuaire et attribués à l’intercession de la&#13;
sainte. À cette relation, il ajouta une lettre de présentation et obtint qu’elle fût inscrite dans les&#13;
Relations des Jésuites des années 1665-1666. Plus tard, lorsque Mgr de Laval se fut retiré du&#13;
ministère, il entreprit sur demande expresse de son successeur, Mgr de Saint-Vallier, la&#13;
reconstruction du sanctuaire du Petit-Cap, qui avait été détruit. Comme nous le savons, ce fut pour&#13;
lui occasion de difficultés avec son successeur (cf. Doc. LI-IV, nos 11 et 14). À l’occasion de cette&#13;
reconstruction, il fit don à l’église d’un reliquaire d’argent et de deux cadres de valeur.&#13;
758&#13;
&#13;
Ajoutons que le Serviteur de Dieu nourrissait personnellement une grande dévotion à sainte Anne&#13;
et attribuait à son intercession, par la dévotion des fidèles du Canada, une aide spéciale dans la mise&#13;
sur pied de la nouvelle Église du Canada. À ce propos, il écrivit dans la préface de la relation de&#13;
l’abbé Morel, mentionnée plus haut : « Nous le confessons, rien ne nous a aidé plus efficacement à&#13;
soutenir le poids de la charge pastorale de cette Église naissante, que la dévotion spéciale que portent&#13;
&#13;
- 1280 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
L’église du Château-Richer, dédiée à la Visitation de la Sainte Vierge, fut&#13;
commencée en 1658 par M. l’abbé de Queylus. On se pressa si fort d’y dire&#13;
la messe qu’on oublia de la bénir. Elle ne fut bénite que plus de 20 ans après,&#13;
en 1685, quand le clocher fut fini. En 1667, on bâtit celle de l’Ange-Gardien.&#13;
Le Séminaire en acheta le fonds. Elle ne fut d’abord que de colombage.&#13;
M. Fillon, curé de Beaupré en 1675, avant de l’être de Sainte-Anne, la bâtit&#13;
aussi en pierre. Il employa 10 000 livres à ces bâtisses. Comme il était&#13;
procureur du Séminaire, il en employait les revenus à sa dévotion. Il en fit&#13;
l’aveu à sa mort. Il n’y avait à Beauport qu’une chapelle domestique de&#13;
M. Giffard, seigneur du lieu, dédiée à la Nativité de la Sainte Vierge, où l’on&#13;
disait la messe. On en fit une église paroissiale. M. Martin, curé, la fit bâtir&#13;
en pierre en 1672. Celle de la Sainte-Famille dans l’île d’Orléans fut bâtie de&#13;
même en 1676 par M. Paumier, curé, aux dépens du Séminaire. M. l’évêque&#13;
en était encore seigneur. Celle de Saint-Joseph, sur la côte de Lauzon, le fut&#13;
en 1677 par M. Morel, curé. Mais c’est assez parler de l’érection de&#13;
paroisses. Un plus grand détail serait ennuyeux. Toutes les autres, au&#13;
nombre de 100, ont été peu à peu érigées et construites, quelques-unes en&#13;
petit nombre par les seigneurs des lieux et la plupart par les soins des curés,&#13;
aux dépens en partie des deux Séminaires des Missions étrangères et de&#13;
Saint-Sulpice du côté de Montréal et en partie des libéralités des&#13;
paroissiens, qui ont volontairement donné du bois, des pierres, des charrois&#13;
et des journées. Elles sont aujourd’hui presque partout assez bien bâties et&#13;
entretenues. Il y a partout des fabriques établies et des bancs donnés à vie&#13;
aux particuliers, comme dans les paroisses de Paris ; ce qui fait un petit&#13;
fonds à l’entretien.&#13;
Dans les premiers établissements des paroisses, on avait accordé le droit de&#13;
patronage à un petit nombre de seigneurs justiciers qui avaient bâti des&#13;
églises. Ils en avaient joui quelques années auparavant, quoique&#13;
imparfaitement, puisqu’ils étaient bornés à faire choix d’un desservant&#13;
amovible. Cela même leur fut ôté. Il est vrai que ce qu’ils avaient dépensé&#13;
&#13;
à sainte Anne tous les habitants de ce pays, dévotion qui, nous l’assurons avec certitude, les distingue&#13;
des autres peuples. »&#13;
- 1281 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
pour bâtir une méchante église de colombage était bien peu de chose pour&#13;
avoir le titre de patron et que le revenu des cures n’était que la dîme et les&#13;
libéralités du roi. D’ailleurs on voulait éviter les difficultés infinies que les&#13;
nominations et les droits honorifiques font naître, difficultés dont on avait&#13;
des exemples à Québec dans les contestations journalières des gouverneurs&#13;
et des intendants sur les honneurs qu’ils prétendaient à l’église.&#13;
Enfin, l’évêque, pour gouverner son diocèse avec moins d’embarras, ne&#13;
voulait point de titulaires. L’église perdait, il est vrai, les largesses que&#13;
l’espérance d’un droit de patronage engage souvent à faire. Mais on était&#13;
assez dédommagé par la paix et la tranquillité si souvent troublée par les&#13;
prétentions des fondateurs. Le roi, par un arrêt de son Conseil du 17 mai&#13;
1699, supprima tous ces patronages, défendit d’en accorder à l’avenir et&#13;
attribua à l’évêque seul la pleine et entière collation de toutes les cures&#13;
formées et à former et ordonna que toutes les paroisses seraient bâties en&#13;
pierre ; ce qui s’est exécuté peu à peu. On ne souffre pas sur les murailles&#13;
des églises les litres et ceintures funèbres qui semblent si indûment faire&#13;
porter à la maison de Dieu les livrées d’un maître et traiter en vassal le Dieu&#13;
qui y habite. Mais on accorde aux seigneurs justiciers les honneurs&#13;
ordinaires de l’eau bénite, du pain béni, des prières au prône, d’un banc&#13;
distingué, etc., selon la coutume de Paris et la jurisprudence du Parlement.&#13;
La cure de Québec mérite une attention particulière. Ce ne fut d’abord&#13;
qu’une petite chapelle bâtie par M. de Champlain vers l’an 1615, dédiée à&#13;
la Conception immaculée de la Sainte Vierge et desservie par les Récollets&#13;
jusqu’en l’année 1629, que les Anglais s’emparèrent de Québec et les&#13;
emmenèrent en Angleterre avec les Jésuites 760. La chapelle fut pillée et&#13;
profanée ; mais Québec, trois ans après, ayant été rendu à la France, la&#13;
chapelle fut rétablie. Les Jésuites revinrent en Canada avec la nouvelle&#13;
NDLR : Ici, de La Tour confond deux chapelles. Celle en basse-ville, du côté de la rivière SaintCharles, Notre-Dame-des-Anges, fut bâtie en 1615 par les Récollets, qui la desservirent jusqu’en&#13;
1629, puis y revinrent en 1670. Celle de Québec fut bâtie par Champlain en 1633, d’abord nommée&#13;
Notre-Dame-de-Recouvrance, puis Notre-Dame-de-la-Paix, puis Notre-Dame-de-l’ImmaculéeConception sous François de Laval. Celle-ci fut desservie par les Jésuites jusqu’à l’arrivée du clergé&#13;
séculier.&#13;
760&#13;
&#13;
- 1282 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
colonie ; ils augmentèrent et embellirent la chapelle et ils y firent les&#13;
fonctions curiales jusqu’à l’arrivée de M. de Laval, entre les mains duquel&#13;
ils la remirent. Le prélat en chargea un ecclésiastique et cinq ans après, le&#13;
5 septembre 1664 761, il l’érigea en paroisse dans les formes ordinaires et&#13;
conféra ce nouveau et premier bénéfice de Canada à M. Henri de Bernières,&#13;
qui la desservait depuis quatre ans.&#13;
Sur la fin de l’année 1664, M. l’évêque fit la bénédiction des trois premières&#13;
cloches du Canada, qui jusque-là n’avait eu que quelques clochettes. Ces&#13;
cloches furent fondues dans le pays. On commença à se servir des orgues&#13;
que M. l’évêque avait apportées de Paris. Sur ce modèle, un ecclésiastique,&#13;
qui a du génie pour la mécanique, en a fait dans plusieurs églises avec du&#13;
bois seulement, qui rendent un son fort agréable. Les Jésuites, en bien des&#13;
endroits, ont consacré le 4e dimanche de chaque mois à prier Dieu pour les&#13;
âmes du purgatoire et se préparer à une bonne mort. Le Saint-Sacrement&#13;
est exposé chez eux ce jour-là, on y prêche, on y gagne des indulgences. Le&#13;
collège de Québec établit cette dévotion en 1665 avec l’agrément de&#13;
M. l’évêque. Mais pour mieux marquer l’union du clergé et des Jésuites et&#13;
faire part aux paroissiens de ces biens spirituels, il fut arrêté d’un commun&#13;
accord que cette fête se solenniserait alternativement un mois aux Jésuites&#13;
et un mois à la paroisse. Ce qui s’est exécuté depuis. Le pape a accordé&#13;
l’indulgence aux deux églises. Cette année, les enfants du Petit Séminaire,&#13;
qui étaient en grand nombre, eurent la dévotion de travailler à l’autel et au&#13;
retable de la chapelle de la Sainte-Famille. Ils y réussirent. On est adroit en&#13;
Canada et Dieu sans doute bénit leur zèle. Ce qu’il y eut de bien singulier,&#13;
leurs études n’en souffrirent pas ; elles ne furent jamais plus florissantes.&#13;
En 1666, on fit avec beaucoup de solennité la dédicace de l’église paroissiale&#13;
le 2 juillet 762, sous le titre de l’Immaculée-Conception de la Sainte Vierge,&#13;
qui fut quelque temps après changé en celui de la Sainte-Famille, comme&#13;
&#13;
761&#13;
762&#13;
&#13;
Il s’agit plutôt du 15 septembre 1664.&#13;
La dédicace de l’église eut lieu le 11 juillet 1664.&#13;
- 1283 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
nous le dirons 763. On fit ensuite la dédicace de l’église des Ursulines sous le&#13;
titre de Saint-Joseph et de celle des Jésuites sous le titre du Nom de Jésus et&#13;
il fut ordonné que toutes ces dédicaces se célébreraient à perpétuité le même&#13;
jour. Cette année, célèbre dans l’histoire du pays par les victoires que&#13;
M. Tracy remporta sur les Iroquois, le fut aussi par la dévotion de la colonie.&#13;
À la ferveur d’une Église naissante se joignaient la crainte des Iroquois et&#13;
l’intérêt sensible d’une guerre si dangereuse. On fit beaucoup de&#13;
processions dans la ville et dans les paroisses. On célébra quantité de&#13;
messes, de saluts, de sermons, dans toutes les églises, et toutes les familles&#13;
firent beaucoup de prières pour le succès de nos armes, qui en effet fut&#13;
heureux par la grâce de Dieu.&#13;
On fit encore la translation des reliques des saints martyrs Flavien et Félicité&#13;
apportées de Rome en 1662 764 ; la procession solennelle alla dans toutes les&#13;
églises de la ville et du château, où on avait préparé un beau reposoir et où&#13;
elles furent saluées par plusieurs décharges générales de l’artillerie. Le viceroi*, le gouverneur, l’intendant et l’agent de la Compagnie portaient la&#13;
première châsse, les marguilliers la seconde, toutes environnées d’un grand&#13;
nombre de flambeaux. Tous les prêtres étaient en chasuble ou en chape, les&#13;
diacres en tunique.&#13;
&#13;
On avait trouvé le moyen de rassembler&#13;
&#13;
57 ecclésiastiques ; ce qui alors était considérable. Les Jésuites en surplis se&#13;
mêlèrent sans distinction avec le clergé ; ce qui s’est fait depuis à toutes les&#13;
processions extraordinaires où ils ont voulu assister. Outre les deux&#13;
châsses, on portait des reliquaires avec des reliques insignes empruntées&#13;
des autres églises et qu’on y laissa en y faisant les stations. Ces deux châsses&#13;
ont été placées aux deux côtés du grand autel. La fête de la translation fut&#13;
établie avec octave le second dimanche de septembre. Il arriva un accident&#13;
qui eût été funeste sans une protection singulière de Dieu. L’église des&#13;
Ursulines n’avait qu’un plancher au-dessus d’une cave. Ce plancher, trop&#13;
faible pour porter la foule, s’enfonça. Plusieurs personnes tombèrent, entre&#13;
763&#13;
NDLR : La Tour confond encore deux chapelles : la cathédrale était dédiée à l’Immaculée&#13;
Conception et la chapelle du Séminaire, à la sainte Famille.&#13;
764&#13;
Selon l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval : premier évêque de Québec et apôtre du Canada,&#13;
1622-1708, vol. 1, p. 490), Mgr de Laval aurait obtenu ces reliques de Rome par l’entremise de&#13;
Mgr François Pallu, vicaire apostolique du Tonkin, et il les aurait apportées au Canada en 1659.&#13;
&#13;
- 1284 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
autres M. l’évêque ; mais personne ne fut blessé 765. Dans les nécessités&#13;
publiques, on a souvent descendu et porté ces reliques en procession,&#13;
comme on porte à Paris celles de sainte Geneviève, et toujours avec succès.&#13;
La Confrérie de la Sainte-Famille avait été établie depuis plusieurs années&#13;
à Montréal et à Québec par les soins du P. Chaumonot, jésuite, et de&#13;
Mme d’Ailleboust. En 1664, on lui donna des règlements, que M. l’évêque&#13;
approuva au mois de mars 1665. Peu de temps après, il fit publier des&#13;
indulgences que le pape avait accordées et cette Confrérie fit de grands&#13;
progrès dans tout le diocèse. Il fit composer un office propre avec octave.&#13;
La fête de la Sainte-Famille se solennise de première classe le 3e dimanche&#13;
après Pâques. Toutes ces pièces ont été rapportées dans un livre utile,&#13;
imprimé en 1675 sous le titre de Solide dévotion à la sainte Famille. Cette&#13;
Confrérie ayant été établie dans une chapelle de la paroisse, qui était dédiée&#13;
à la Conception immaculée, M. l’évêque crut devoir changer le titre de&#13;
l’église en celui de la Sainte-Famille et réserver celui de la Conception pour&#13;
la première fête titulaire du chapitre, réservant le grand autel, qui lui était&#13;
dédié, pour le chapitre à venir et transférant celui de la paroisse à la&#13;
chapelle, où il est encore.&#13;
Il fut fait pour la paroisse plusieurs ordonnances, qui ont depuis servi de&#13;
loi dans tout le diocèse. M. Tracy, à la prière de l’évêque, ordonna que&#13;
toutes les publications sur des choses purement civiles se feraient à la porte&#13;
de l’église, à l’issue de la grand-messe et non au prône ; ce que le roi a&#13;
depuis ordonné en France. Ce même vice-roi, plein de religion, fit élever à&#13;
ses dépens une grande croix de 65 pieds de haut à l’entrée du Séminaire. Le&#13;
5 février 1677, M. de Laval rendit une ordonnance nécessaire, mais&#13;
singulière dans ses dispositions, à en juger par l’usage de France. Il ordonna&#13;
à tous les parents de porter au plus tôt leurs enfants à l’église pour les faire&#13;
baptiser, avec défense de les ondoyer à la maison sans une grande nécessité&#13;
et même alors de les porter le même jour à l’église pour suppléer les&#13;
NDLR : Les Relations des Jésuites parlent de cet incident, mais ne mentionnent pas que&#13;
Mgr de Laval ait été de ceux qui sont tombés dans la cave. Ils parlent plutôt de la « sortie de la&#13;
procession ».&#13;
765&#13;
&#13;
- 1285 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
cérémonies du baptême, sous peine d’interdiction de l’entrée de l’église&#13;
pendant un mois et, en cas de contumace, après trois monitions,&#13;
d’excommunication ipso facto 766. Cette ordonnance fut enregistrée dans&#13;
toutes les paroisses au registre des baptêmes et publiée pendant longtemps&#13;
au prône de six en six mois.&#13;
La simplicité des habits et la modestie des femmes avaient toujours régné&#13;
en Canada. Le luxe et l’immodestie commencèrent à s’introduire vers la fin&#13;
du dernier siècle et, malgré la pauvreté de la colonie, ont été toujours&#13;
croissants. Il n’y a point de mode qui n’y soit apportée par les vaisseaux et&#13;
qui ne soit rapidement adoptée, à l’exception du rouge ; les femmes&#13;
canadiennes, du moins le grand nombre, n’ont pas encore imaginé qu’il&#13;
fallût se défigurer pour plaire et qu’un air de furie dût gagner les cœurs.&#13;
Pour arrêter le progrès du mal dans sa naissance, M. de Laval porta une&#13;
ordonnance le 26 février 1682 par laquelle il défend d’approcher des&#13;
sacrements, de présenter le pain béni, de venir à l’offrande, de quêter aux&#13;
portes des églises que dans un état très décent, aux curés de recevoir les&#13;
femmes qui n’y seront pas et à tout prêtre de leur administrer les&#13;
sacrements 767. L’effet de cette ordonnance subsiste. Aucune femme n’ose&#13;
paraître qu’avec décence dans ces occasions. En général même, elles ne&#13;
viennent à l’église que décemment habillées et couvertes et bien plus qu’on&#13;
ne l’est assez communément en France.&#13;
Pour mieux assurer le service à perpétuité, le prélat unit la paroisse au&#13;
Séminaire qu’il venait de fonder, à la charge de la faire desservir en&#13;
commun par les directeurs après la mort ou la démission de&#13;
M. de Bernières. Le chapitre fut érigé quatre ans après 768. L’état de la&#13;
paroisse fut encore changé. Par la bulle de Clément X du 13 novembre 1675,&#13;
766&#13;
&#13;
Ce document se trouve aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 102, no 129.&#13;
Nous ne croyons pas nécessaire de le reproduire, puisqu’il est la simple répétition du décret relatif&#13;
à la même question, émis par Mgr de Laval en 1664 (Doc. XXXV).&#13;
767&#13;
Mandement contre le luxe et vanité des femmes et filles dans l’église (Archives de l’archidiocèse&#13;
de Québec, Registre A, p. 130, no 172)&#13;
768&#13;
Comme on l’a déjà noté (Doc. XXIII-50), cette première organisation du chapitre de Québec était&#13;
provisoire ; on n’avait pas encore fixé ses rentes. C’est seulement en 1684 que Mgr de Laval, par un&#13;
décret émis à ce sujet, érigea officiellement et définitivement le chapitre de sa cathédrale.&#13;
- 1286 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
la paroisse fut éteinte et érigée en cathédrale et le soin des âmes commis au&#13;
chapitre, à la charge que les dignités, chanoines et prébendés feraient les&#13;
fonctions curiales partout ou les feraient faire par quelque desservant, avec&#13;
l’agrément de l’évêque 769. Quoique la paroisse eût passé du Séminaire au&#13;
chapitre, elle n’avait pas changé de main. Le chapitre était uni au Séminaire,&#13;
ou plutôt le Séminaire et le chapitre n’étaient composés que des mêmes&#13;
personnes, et le service se faisait dans la même église, qui fut dès lors&#13;
cathédrale et paroissiale. Mais cette multitude de pasteurs, dont aucun&#13;
n’était fixe, avait bien des inconvénients. On le sentait en France, où&#13;
beaucoup de chapitres et de communautés étaient dans le même usage. Le&#13;
roi, par l’édit de 1666, le changea et fit conférer toutes les paroisses à des&#13;
titulaires perpétuels qui fussent reconnus pour curés. Le chapitre de&#13;
Québec le sentait plus qu’un autre. Il était peu nombreux, plusieurs&#13;
chanoines étaient occupés dans les missions, le service du chœur était&#13;
incompatible avec celui de la paroisse et il n’y avait aucune raison de se&#13;
refuser aux intentions du roi qui désirait la fixation des cures desservies par&#13;
des communautés.&#13;
Le chapitre, par une requête présentée à M. de Laval, fit entre ses mains&#13;
démission de la cure de Québec le 13 novembre 1684, à condition qu’en&#13;
mémoire de son ancienne qualité de curé et de sa démission volontaire, il&#13;
aurait droit d’administrer seul le baptême pendant la quinzaine de Pâques&#13;
et de faire l’office à tous les enterrements où il assisterait en corps. Il ne prit&#13;
pourtant pas la qualité de curé primitif, qui en effet ne lui était pas due,&#13;
puisque la cure était plus ancienne que le chapitre et que ce n’est que par&#13;
un abus des termes qu’on donne quelquefois ce nom à ceux qui n’ont pas&#13;
été originairement les premiers curés. Il fut aussi convenu que le même&#13;
office servirait les fêtes et dimanches pour la paroisse et pour le chapitre, à&#13;
l’exception des fêtes annuelles et celles des patrons, où l’on dit deux grandmesses. Le même acte accorde au curé le rang et la qualité de chanoine&#13;
honoraire du jour de sa réception, la séance au chœur et sa place aux&#13;
processions, en aumusse ou en camail comme les autres, le droit d’officier&#13;
769&#13;
&#13;
La bulle d’érection du diocèse n’est pas de 1675, mais du 1er octobre 1674.&#13;
- 1287 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
et de faire sa semaine à son tour sans avoir cependant l’entrée aux&#13;
assemblées capitulaires, ni aucune portion à la mense. Tout cela s’observe.&#13;
L’évêque accepta cette démission, érigea de nouveau la cure de son autorité&#13;
en tant que de besoin et de nouveau l’unit au Séminaire à la charge de&#13;
desservir, non en commun comme auparavant, mais par un titulaire fixe&#13;
pris du corps au choix du supérieur et de son conseil, avec l’institution&#13;
canonique de l’évêque. Malgré cette séparation de titre et de mense, qui fut&#13;
bien plus grande dans la suite, l’habitude et l’amour de l’union a fait&#13;
subsister entre ces deux corps une sorte de communauté de biens par&#13;
rapport à la paroisse jusqu’en 1726, que le chapitre, le Séminaire et la&#13;
fabrique s’arrangèrent enfin sur les frais de la sacristie. Ils agissaient si fort&#13;
de concert que tous les articles de la dépense et de la recette de la paroisse&#13;
se trouvant confondus avec la dépense et la recette courante du Séminaire&#13;
et du chapitre, il fut impossible de se rendre aucun compte. On se fit, sans&#13;
discussion, une quittance générale du passé et on prit des arrangements&#13;
pour l’avenir.&#13;
Ce nouvel acte de réception et d’union du 14 novembre 1684 porte une&#13;
clause que sans doute en France on regarderait comme abusive. L’évêque&#13;
défend au curé de résigner ou de permuter son bénéfice, ni d’en disposer&#13;
d’aucune autre manière que par une démission pure et simple entre les&#13;
mains du Séminaire. Il est vrai que les résignations, permutations, induites,&#13;
préventions, grades, regrées et autres façons de disposer des bénéfices reçus&#13;
en France sont inconnues en Canada. L’éloignement de Rome les rend&#13;
impraticables. Le bien de la colonie semble demander qu’on n’y laisse pas&#13;
ouvrir cette source intarissable de procès ; rien dans les commencements&#13;
n’eût été plus opposé à la dépendance absolue qu’on voulait faire régner&#13;
dans le clergé, jusqu’à ne donner aux curés que de simples commissions. Je&#13;
doute même que la Cour les y laisse jamais introduire, puisqu’elle supprime&#13;
jusqu’au patronage laïque, quoiqu’elle ne manque pas à la vacance du siège&#13;
d’exercer le droit de régale dans toute son étendue, ce qui ne paraît pas fort&#13;
conséquent.&#13;
&#13;
- 1288 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
On trouve dans ce même acte une autre clause encore moins régulière.&#13;
M. de Laval s’y réserve, à lui et à ses successeurs, à titre de redevance,&#13;
trois écus d’or et une livre de cire, payables chaque année par le curé à la&#13;
fête de la Conception. On a de la peine à comprendre comment un prélat&#13;
aussi pieux et aussi éclairé a pu regarder une portion de son troupeau&#13;
comme une espèce de fief et un coopérateur de son ministère comme un&#13;
vassal qui peut être tenu à quelque redevance, à moins qu’on ne dise&#13;
qu’ayant donné tout son bien au Séminaire, à la charge d’entretenir le curé,&#13;
sans s’être réservé la nomination de la cure, il a voulu à titre de fondateur&#13;
faire reconnaître sa libéralité. Quoiqu’il en soit, ce tribut peu honorable, qui&#13;
n’était pas dans la première érection, que celle-ci ne faisait que renouveler,&#13;
non plus que dans les deux premières unions au Séminaire et au chapitre,&#13;
ce tribut a été aboli et n’a jamais été payé.&#13;
Comme cette union fut faite sur la démission du chapitre par une simple&#13;
ordonnance de l’évêque, sans enquête ni aucune formalité, elle a pensé déjà&#13;
deux fois être renversée et il est à craindre que dans la suite ce ne soit la&#13;
matière de quelque grand procès. Cela est arrivé. En effet, le Séminaire et le&#13;
chapitre plaident au Conseil du roi depuis plusieurs années ; je ne sais quel&#13;
en sera le succès. À la mort de M. Thiboult, curé, le chapitre réclama la cure.&#13;
Il prétendit que la paroisse ayant été supprimée et unie au chapitre par la&#13;
bulle même d’érection de l’évêque, le prélat ne pouvait, sans le&#13;
consentement du pape, détruire son ouvrage contre les dispositions d’une&#13;
bulle sur laquelle était fondée sa propre autorité ; que la démission n’ayant&#13;
pas été légitimement acceptée, ni l’union régulièrement faite, le chapitre&#13;
rentrait dans son droit primitif. Ce procès fut assoupi. Le sujet proposé par&#13;
le Séminaire étant agréable à tout le monde, le chapitre lui fit titre de son&#13;
côté, aussi bien que le Séminaire, et pour contenter les deux patrons, on prit&#13;
possession en vertu de deux titres, sans préjudice des droits respectifs.&#13;
À la mort de M. Boullard, curé, M. Dosquet, évêque, s’opposa à la&#13;
nomination du Séminaire ; il prétendit que l’union étant nulle par les&#13;
mêmes raisons qu’avait autrefois opposées le chapitre et la démission du&#13;
chapitre n’ayant été ni ne pouvant être révoquée. Il était en droit de&#13;
- 1289 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
l’accepter et de faire l’union dans les formes ou de séparer totalement la&#13;
cure, comme aurait pu le faire M. de Laval, puisque tout était entier par&#13;
rapport à lui. Le chapitre n’ayant plus aucun droit depuis sa démission et&#13;
le Séminaire n’en ayant encore aucun à cause de la nullité de l’union, le&#13;
chapitre ne fit aucune démarche. J’en étais alors doyen et j’avais été nommé&#13;
curé par le Séminaire et le prélat m’offrait son titre ; mais le Séminaire, pour&#13;
ne pas risquer son droit, ne voulait pas que je l’acceptasse et prétendait que&#13;
je ne fisse valoir que le sien. Je ne voulus pas le bénéfice et la démission de&#13;
son évêché, que fit bientôt après M. Dosquet, termina le différend. Son&#13;
successeur ne fit aucune difficulté et M. Plante, nouveau pourvu, prit&#13;
possession sans obstacle. C’est depuis sa mort que le procès entre le chapitre&#13;
et le Séminaire a été renouvelé et se poursuit au Conseil.&#13;
Cependant, l’union de la cure au Séminaire fut confirmée à l’occasion de&#13;
l’augmentation de la paroisse. M. de Saint-Vallier étant venu en Canada en&#13;
1685, obtint de M. le gouverneur un emplacement dans la basse-ville pour&#13;
bâtir une église succursale. Il la donna au Séminaire pour la desservir&#13;
comme tout le reste et confirma par une simple ordonnance, sans autre&#13;
formalité, l’union faite par son prédécesseur. Le roi la confirma encore par&#13;
lettres latentes du mois de décembre 1697, enregistrées au Conseil de&#13;
Québec sans aucune procédure. Le Séminaire a toujours exercé son droit de&#13;
nomination depuis la mort de M. de Bernières, premier curé. MM. Dupré,&#13;
Thiboult, Boullard, Plante ont successivement joui sans trouble, aux deux&#13;
difficultés près dont je viens de parler, qui n’ont point eu de suite. Les curés&#13;
ont toujours été regardés comme le second directeur ou premier assistant&#13;
de la maison ; ils en ont été plusieurs fois supérieur, et le Séminaire a&#13;
continué de donner du secours à la paroisse. Elle est fort bien desservie.&#13;
LIVRE ONZIÈME&#13;
&#13;
Livre onzième&#13;
La colère céleste s’est souvent manifestée par des prodiges surprenants,&#13;
comme des comètes, des météores, des tremblements de terre. La ruine de&#13;
Samarie, de Jérusalem, de Rome ont été précédées de ces tristes présages.&#13;
- 1290 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Sans doute la superstition des peuples les exagère ordinairement et souvent&#13;
en imagine. Mais on ne peut disconvenir qu’il n’y en ait de réels. Les&#13;
philosophes s’efforcent de les expliquer physiquement et sans doute la&#13;
plupart n’ont rien que de naturel, quoiqu’il y ait quelque chose de bien&#13;
singulier dans l’assemblage des circonstances qui les caractérisent. Mais il&#13;
en est certainement où toute la sagacité philosophique est forcée de recourir&#13;
à la main de Dieu. Tels sont ceux qui arrivèrent en Canada après le départ&#13;
de M. de Laval, en 1662 et 1663. Les monuments en subsistent encore et&#13;
apparemment subsisteront pendant bien des siècles. La géographie et&#13;
l’hydrographie sont en bien des endroits considérablement changées ; on&#13;
ne connaît plus les anciennes cartes.&#13;
Quel que soit le principe de ces prodigieux événements, il est certain que la&#13;
corruption des mœurs était alors extrême en Canada, malgré les vertus&#13;
héroïques des missionnaires et des Sauvages convertis. Si la justice divine&#13;
avait à sévir, jamais il ne fut de temps où on le méritât davantage. Il venait&#13;
même de s’ouvrir une source du plus affreux désordre dans la traite de&#13;
l’eau-de-vie, dont nous parlons ailleurs ; ce qui avait été un des motifs du&#13;
voyage du prélat en France. Dieu en tira sa gloire et ces prodiges opérèrent&#13;
dans les cœurs des changements merveilleux qui firent régner la piété&#13;
pendant bien des années. Heureux si elle s’y était toujours soutenue avec la&#13;
même ferveur !&#13;
&#13;
Il est vrai que M. de Laval ne fut pas témoin de ces événements ; il était alors&#13;
en France ; mais ils entrent dans son histoire. Le public les regarda comme&#13;
une punition du mépris qu’on faisait de ses ordonnances et ils méritent par&#13;
leur singularité de n’être pas ignorés. Nous les tirons des Lettres de la mère&#13;
de l’Incarnation et de l’Histoire générale du P. de Charlevoix. Le plus effronté&#13;
pyrrhonien ne saurait s’inscrire en faux contre des faits si frappants, si&#13;
publics, si constatés, dont les Français et les Sauvages furent également&#13;
témoins et effrayés et dont il subsiste encore bien des preuves.&#13;
&#13;
- 1291 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Pendant l’automne de 1662, on vit voler dans l’air quantité de feux sous&#13;
différentes figures fort bizarres. Sur Québec et sur Montréal, il parut une&#13;
nuit un globe de feu, qui jetait un grand éclat à Québec ; il ne fit que passer&#13;
à Montréal. Il semblait s’être détaché de la lune ; il fut accompagné d’un&#13;
bruit semblable à celui du canon et après s’être promené dans l’air l’espace&#13;
de trois lieues, il alla se perdre derrière la montagne. Le 7 janvier suivant,&#13;
une légère vapeur s’éleva du fleuve et frappée des premiers rayons du&#13;
soleil, devint transparente. Elle avait pourtant assez de corps pour soutenir&#13;
deux parélies qui parurent aux deux côtés de cet astre. Ainsi, l’on vit comme&#13;
trois soleils rangés sur une ligne horizontale, éloignés les uns des autres en&#13;
apparence de quelques toises et chacun avec son iris, dont les couleurs&#13;
variant à chaque instant, tantôt étaient semblables à celles de l’arc-en-ciel et&#13;
tantôt d’un blanc lumineux, comme s’il y avait eu derrière un grand feu. Ce&#13;
spectacle dura deux heures entières ; il recommença le 11, mais fut moins&#13;
sensible.&#13;
Ce ne fut là que le commencement. Près d’un mois après et le 5 février, sur&#13;
les 5 ½ heures du soir, le ciel étant fort serein, on entendit dans toute la ville&#13;
de Québec un bruit semblable à celui que fait un grand feu et un&#13;
bourdonnement épouvantable, comme si un grand nombre de carrosses&#13;
roulaient avec impétuosité sur le pavé. Bientôt après, on entendit sous terre&#13;
et sur la terre le bruit d’une mer en fureur dont les vagues se brisent ; on&#13;
entendait de toutes parts comme une grêle de pierres sur les toits et sur les&#13;
murailles et des éclats pareils à celui que feraient des montagnes, des&#13;
rochers et des pièces de marbre qui viendraient à s’ouvrir, à se briser.&#13;
Plusieurs s’imaginaient entendre des cris des Sauvages et se persuadèrent&#13;
que les Iroquois venaient fondre de toutes parts sur la colonie. Une&#13;
poussière épaisse, qui s’éleva en même temps et volait de tous côtés, fut&#13;
prise pour de la fumée et fit craindre un embrasement universel.&#13;
Cependant, tout le monde surpris et épouvanté à l’excès sortit de tous côtés&#13;
des maisons et courait les rues sans savoir où aller ; mais on fut bien plus&#13;
étonné lorsque l’on sentit le tremblement de terre. Tous les édifices furent&#13;
secoués avec tant de violence que les toits touchaient presqu’à terre, tantôt&#13;
d’un côté tantôt d’un autre, comme un navire dans les plus forts roulis. Les&#13;
- 1292 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
clochers paraissaient agités comme le mât d’un navire ou comme les&#13;
roseaux quand il fait grand vent. Toutes les cloches, tous les timbres des&#13;
horloges sonnaient confusément sans qu’on y touchât. Les portes des&#13;
maisons s’ouvraient d’elles-mêmes et se refermaient avec un grand fracas.&#13;
Les pieux des palissades ne faisaient que sautiller et tout cela dans une&#13;
horrible confusion des meubles qui se bouleversaient, des pierres qui&#13;
tombaient, des murs qui se fendaient, des planchers qui se séparaient, des&#13;
cheminées qui s’écroulaient. Les animaux couraient partout comme furieux&#13;
et poussaient des cris et des hurlements effroyables et, aussi bien que les&#13;
hommes, paraissaient comme frappés de la foudre. On n’entendait partout&#13;
que des cris et des lamentations ; on ne voyait que terreur et désespoir.&#13;
Les campagnes n’étaient pas moins affreuses. Quelque part qu’on allât, on&#13;
rencontrait ce que l’on fuyait, on ne voyait que des précipices et l’on&#13;
s’attendait à tout moment à en voir ouvrir de nouveaux sous ses pieds. Les&#13;
arbres s’élançaient en l’air avec autant de raideur que si une mine avait joué&#13;
sous eux. On en trouva qui s’étaient replantés par la tête, d’autres&#13;
s’entrelaçaient comme des fagots. Plusieurs personnes en ayant voulu&#13;
embrasser pour s’y tenir ferme, ils en étaient secoués avec violence et jetés&#13;
au loin après avoir été rudement frappés ; ce que les Sauvages attribuaient&#13;
à quelque démon, leur ennemi, caché dans l’arbre.&#13;
Sur la côte du sud du fleuve Saint-Laurent, on voit encore ce qu’on appelle&#13;
dans le pays l’abatis du diable, c’est-à-dire que sur trois lieues de front, sur&#13;
plus de 100 lieues de longueur, tous les arbres de cette immense forêt furent&#13;
abattus et ne se sont jamais relevés. Des montagnes entières se déracinèrent&#13;
et allèrent se placer ailleurs ; plusieurs s’enfoncèrent si bien qu’on ne voit&#13;
plus qu’une plaine à leur place et qu’on ne trouvait plus les arbres même&#13;
dont elles étaient couvertes ; ailleurs au contraire, on en vit naître et s’élever&#13;
bien haut en mille endroits des rochers renversés, des terres remuées, des&#13;
forêts détruites, des arbres enfoncés jusqu’à la cime.&#13;
Les eaux n’étaient pas un théâtre moins affreux de la colère divine ; on n’y&#13;
était pas plus en sûreté que sur la terre. Les glaces qui couvraient alors les&#13;
- 1293 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
rivières se fracassèrent en s’entrechoquant, de gros glaçons furent lancés en&#13;
l’air et de l’endroit qu’ils avaient quitté, on voyait jaillir quantité de sable et&#13;
de limon. Plusieurs fontaines et petites rivières furent desséchées. Il y en&#13;
eut dont on ne put même distinguer le lit où elles avaient coulé. Dans&#13;
d’autres endroits, on vit couler de nouveaux torrents et de nouvelles&#13;
fontaines. Ici les eaux devenaient rouges, là elles paraissaient jaunes,&#13;
ailleurs elles se trouvèrent ensoufrées ; mais rien ne surprit davantage que&#13;
de voir le grand fleuve Saint-Laurent, qui ne change jamais, ni par la fonte&#13;
des neiges, dont toutes les autres rivières sont changées, ni par plus de 500&#13;
rivières ou fontaines qui s’y déchargent, changer tout à coup, prendre une&#13;
couleur blanchâtre depuis Québec jusqu’à Tadoussac, c’est-à-dire l’espace&#13;
de 30 lieues ; ce qui dura pendant huit jours.&#13;
À moitié chemin de Tadoussac à Québec, deux montagnes s’aplatirent et&#13;
des terres qui s’en étaient écoulées, il se forma une pointe qui dure encore,&#13;
qui avance un demi-quart de lieue dans le fleuve. Des Français qui venaient&#13;
de Gaspé dans une chaloupe, étant vis-à-vis du Saguenay, furent fort&#13;
étonnés de voir leur chaloupe aussi agitée que si elle eût été dans la mer la&#13;
plus orageuse, quoiqu’il ne fît aucun vent ; surpris d’une chose si singulière,&#13;
ils jetèrent les yeux du côté de la terre et ils aperçurent une montagne qui,&#13;
selon l’expression du prophète, bondissait comme un bélier, puis tournoya&#13;
quelque temps agitée du mouvement d’un tourbillon, s’abaissa ensuite et&#13;
s’abîma et disparut entièrement. Un navire qui la suivait eut beau prendre&#13;
le large, il n’en fut pas moins tourmenté ; les matelots les plus assurés ne&#13;
pouvaient s’y tenir debout comme dans les plus grands roulis et le capitaine&#13;
ayant fait jeter une ancre, le câble cassa. On a trouvé depuis dans la rivière&#13;
Saguenay, à plus de 100 lieues de son embouchure, une montagne qui avait&#13;
été transportée au milieu de son lit et qui en a détourné le cours et formé en&#13;
cet endroit un rapide fort dangereux. Au-dessus et au-dessous de Québec,&#13;
le grand fleuve se détourna d’une partie de son lit, demeura à sec et ses&#13;
bords les plus élevés s’affaissèrent en quelques endroits jusqu’au niveau de&#13;
l’eau, qui resta plus de trois mois bourbeuse et de couleur de souffre. Ces&#13;
changements de lit ou de rivage ont formé ou détruit plusieurs anses sur le&#13;
fleuve. Il y eut vis-à-vis du cap Tourmente de si grandes avalaisons d’eau&#13;
- 1294 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
qui coulaient du haut des montagnes que tout ce qu’elles rencontrèrent fut&#13;
enlevé.&#13;
L’air eut aussi ses phénomènes. On y entendait un bourdonnement&#13;
continuel, il y paraissait des flammes de toute sorte de figures, les unes de&#13;
piques, les autres de lances et des brandons allumés tombaient sur les toits&#13;
sans y mettre le feu. Près de Québec, un feu d’une grande lieue d’étendue&#13;
parut en plein jour venant du nord, traversa le fleuve et alla se perdre dans&#13;
l’île d’Orléans. On a vu dans l’air un feu en forme d’homme jetant des&#13;
flammes par la bouche, beaucoup de spectres et de fantômes portant en&#13;
main des flambeaux et jetant des globes dessus de temps en temps. Des voix&#13;
plaintives augmentaient la terreur et se mêlaient à une confusion de&#13;
plaintes et de hurlements. Des marsouins ou vaches marines furent&#13;
entendus mugir devant les Trois-Rivières, où jamais aucun de ces poissons&#13;
n’avait paru, et ces mugissements n’avaient rien de semblable à ceux&#13;
d’aucun animal connu. Au milieu de tous ces phénomènes, les Sauvages,&#13;
suivant leurs idées grossières, s’imaginaient que les âmes de leurs ancêtres&#13;
voulaient retourner dans leur ancienne demeure ou de mauvais esprits qui&#13;
passaient dans l’air et là-dessus ils se mettaient à hurler pour leur faire peur,&#13;
prenaient leurs fusils et en faisaient des décharges pour les chasser. On&#13;
voyait s’élever des vapeurs ensoufrées et des fumées épaisses. Du côté de&#13;
Tadoussac, il plut de la cendre pendant six heures en si grande quantité que&#13;
sur la terre et dans les barques il y en avait plus d’un pouce d’épais, comme&#13;
si le feu enfermé dans la terre avait fait jouer quelque mine et par quelque&#13;
ouverture avait jeté ces cendres, qui semblaient du sel brûlé, à peu près&#13;
comme aux environs du mont Vésuve, on en voit souvent la terre couverte.&#13;
La Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-Belgique 770 ne furent pas plus&#13;
épargnées que le pays français et sauvage et dans toute l’étendue de 300&#13;
lieues de l’orient à l’occident et de plus de 150 du midi au septentrion, la&#13;
terre, les fleuves, les rivages de la mer furent longtemps, mais par intervalle,&#13;
dans cette agitation que le prophète nous représente, lorsqu’il raconte les&#13;
770&#13;
&#13;
NDLR : On devrait plutôt lire : la Nouvelle-Hollande.&#13;
- 1295 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
merveilles qui accompagnèrent la sortie d’Égypte du peuple de Dieu et tout&#13;
le monde dans cet état que l’Évangile nous annonce séchant de crainte dans&#13;
l’attente d’une mort prochaine et d’un malheur universel.&#13;
Les effets de ce tremblement furent variés à l’infini. Jamais peut-être on&#13;
n’eut plus sujet de croire que la nature se détruisait et que le monde allait&#13;
finir. La première secousse dura [une] demi-heure sans discontinuer. Trois&#13;
heures après, sur les 8 heures, il y en eut une seconde aussi violente que la&#13;
première et dans l’espace d’une demi-heure, il y en eut deux autres.&#13;
Quelques-uns en comptèrent dans la nuit suivante jusqu’à 32, dont&#13;
plusieurs furent très fortes. Le lendemain sur les 3 heures du matin, il y en&#13;
eut une très rude qui dura longtemps. Dans les intervalles, on était sur terre&#13;
comme dans un vaisseau qui est à l’ancre, continuellement agité et on&#13;
sentait un mouvement de trépidation et comme du pouls intermittent avec&#13;
des redoublements inégaux. On entendait en marchant et en frappant la&#13;
terre comme un bruit souterrain, comme on entend résonner les voûtes et&#13;
les grandes concavités, quand on marche ou qu’on frappe dessus. Les&#13;
secousses étaient tantôt précipitées par élancement, tantôt c’était une espèce&#13;
de balancement plus ou moins fort ; elles étaient quelquefois fort brusques,&#13;
quelquefois croissaient par degré. L’agitation était ordinairement moindre&#13;
sur les montagnes, mais on y entendait sans cesse un grand tintamarre.&#13;
Peut-être que la frayeur et le trouble, l’horreur de la nuit et du spectacle&#13;
grossirent les objets et les multiplièrent ; mais il est certain qu’aucune de ces&#13;
secousses ne finissait sans laisser des effets sensibles et que ces effets en&#13;
mille endroits ont été prodigieux. Il est certain encore que la plupart des&#13;
gens ressentirent ces soulèvements de cœur et d’estomac, ces tournements&#13;
de tête, ces abattements et ces dégoûts, en un mot, ce mal de mer que&#13;
l’agitation du vaisseau fait éprouver à tous ceux qui n’y sont pas&#13;
accoutumés.&#13;
La merveille fut que dans un si étrange bouleversement, qui dura plus de&#13;
six mois, personne ne périt, personne ne fut blessé. Dieu voulait sans doute&#13;
convertir le pécheur et non pas le perdre. Aussi vit-on partout de grandes&#13;
conversions, même parmi les Sauvages. Les confesseurs, obligés de passer&#13;
- 1296 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
tout le jour au confessionnal, ne pouvaient suffire aux confessions générales&#13;
que chacun voulait faire et que la plupart faisaient les larmes aux yeux et la&#13;
componction dans le cœur. Des pécheurs scandaleux avouaient&#13;
publiquement les abominations de leur vie. Il se fit une foule de restitutions,&#13;
les ennemis se réconcilièrent, les mauvais commerces cessèrent ; les jeûnes,&#13;
les macérations, les aumônes, les pèlerinages, la fréquentation des&#13;
sacrements, rien ne fut oublié pour apaiser la colère de Dieu. Les églises ne&#13;
désemplissaient pas et on ne pouvait modérer la ferveur générale ; surtout&#13;
pendant longtemps, il ne fut plus question de ces odieux trafics des&#13;
boissons enivrantes, qui avaient été la première source du mal et auquel,&#13;
d’une voix unanime, tous les Sauvages chrétiens l’attribuaient.&#13;
Le ciel se laissa fléchir enfin et tous ces phénomènes cessèrent. Mais&#13;
quoique tout eût recouvré sa première tranquillité, on ne se croyait pas&#13;
encore au bout de tous ces maux et il fallut bien du temps pour calmer tous&#13;
les esprits. Plusieurs craignaient que les feux souterrains, qui avaient causé&#13;
de si grandes agitations, n’eussent brûlé la terre et ne l’eussent mise pour&#13;
longtemps hors d’état de rien produire, outre que les exhalaisons brûlantes&#13;
avaient causé une si grande sécheresse que tout avait jauni dans la&#13;
campagne et qu’après les secousses faites, il y eut des pluies si abondantes&#13;
qu’on avait sujet d’appréhender que tous les grains ne fussent pourris ; mais&#13;
on fut agréablement trompé et jamais la récolte n’avait été plus belle. On&#13;
s’était encore attendu que tant de terre remuée, tant d’exhalaisons dans&#13;
l’air, de si grandes révolutions dans les eaux, de si grandes agitations dans&#13;
les corps causeraient des maladies dangereuses ; cependant, il n’y eut&#13;
jamais moins de malades. Peu à peu, la tranquillité revint et le pays reprit&#13;
sa première forme, excepté dans les endroits où les dérangements avaient&#13;
été considérables, qu’il n’eût pas moins fallu qu’un nouveau tremblement&#13;
de terre pour le rétablir ; les montagnes restèrent où elles avaient été&#13;
transportées, les rivières ne retournèrent point dans leur ancien lit, celles&#13;
qui avaient disparu ne reparurent plus et les nouvelles continuèrent de&#13;
couler et parmi les îles qui s’étaient nouvellement formées, quelques-unes&#13;
subsistèrent et s’accrurent même avec le temps par le limon qui s’y attacha&#13;
et des arbres qui s’y arrêtèrent ; mais les autres se dispersèrent peu à peu&#13;
- 1297 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
par la force du courant. Un des plus considérables effets, c’est&#13;
l’accroissement de l’île aux Coudres, qui est à moitié chemin de Tadoussac&#13;
à Québec et d’un gouffre profond et très dangereux, qui se forma aux&#13;
environs et dont les anciens voyageurs ne parlent point.&#13;
Tous ces événements avaient été prédits à l’avance ; dès le commencement&#13;
de février, il s’était répandu un bruit sourd qu’il y aurait bientôt un&#13;
tremblement de terre dont on n’avait pas d’exemple dans l’histoire et ce&#13;
bruit était fondé sur les discours d’une personne éminente en piété, qui s’en&#13;
était ouverte à un petit nombre de ses amis et qui se donnait de grands&#13;
mouvements pour engager tout le monde à calmer par la pénitence le&#13;
courroux du ciel irrité. Le 3 du même mois, une Algonquine, fervente&#13;
chrétienne, étant la nuit dans sa cabane éveillée et assise sur son lit, entendit&#13;
une voix bien distincte qui disait que dans deux jours, il arriverait des&#13;
choses inouïes. Le lendemain, étant dans la forêt avec sa sœur, elle entendit&#13;
encore très distinctement la même voix, qui lui dit : « Demain entre 5 et&#13;
6 heures du soir, la terre tremblera d’une manière terrible. » Elle rapporta&#13;
ce qu’elle avait entendu à ceux de sa cabane, qui se moquèrent d’elle. Une&#13;
jeune fille de la même nation, qui menait une vie toute angélique et avait&#13;
été miraculeusement guérie d’une maladie jugée incurable par les&#13;
médecins, vit en songe, la nuit du 4 au 5, la Mère de Dieu, qui lui marquait&#13;
toutes les circonstances de ce tremblement. Le soir du 5, peu de temps avant&#13;
que le tremblement commençât, elle parut hors d’elle-même et se mit à crier&#13;
plusieurs fois de toute sa force : « Ce sera bientôt ! », à peu près comme&#13;
l’historien Josèphe le rapporte de cet homme qui annonça la ruine de&#13;
Jérusalem. Tous ceux qui entendirent cette fille furent saisis d’horreur et de&#13;
crainte.&#13;
La mère de l’Incarnation, dont nous parlons ailleurs fort au long et à qui ses&#13;
vertus, ses travaux, ses lumières, ses ouvrages ont assuré l’estime et la&#13;
vénération de tout le monde, avait reçu du ciel plusieurs avis, dont elle avait&#13;
&#13;
- 1298 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
fait part au P. Lalemant, son directeur 771. Le 5 février, étant en oraison, sur&#13;
les 5 ½ heures du soir, elle vit le Seigneur extrêmement irrité contre le&#13;
Canada et se sentit entraînée par une force supérieure à lui demander&#13;
justice des crimes qui se commettaient. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était&#13;
d’offrir à Dieu de ferventes prières, afin que sa justice ne fût pas sans&#13;
miséricorde et qu’en frappant les corps, elle voulût bien faire grâce aux&#13;
âmes. « Un moment après, j’eus, dit-elle dans ses lettres, un pressentiment&#13;
ou plutôt une assurance que la vengeance divine était prête à éclater et que&#13;
le mépris que l’on faisait des ordonnances de l’Église en était la principale&#13;
cause. » Elle aperçut aussi quatre démons furieux et enragés aux quatre&#13;
coins de la ville de Québec, qui agitaient la terre avec tant de violence qu’ils&#13;
semblaient vouloir tout renverser et une personne au milieu d’eux, d’une&#13;
beauté admirable et d’un port majestueux, qui de temps en temps lâchait la&#13;
bride à leur fureur et la retenait quand ils étaient sur le point de tout perdre.&#13;
Elle entendit la voix de ces démons qui disait : « Voilà bien du monde&#13;
effrayé, nous prévoyons qu’il y aura beaucoup de conversions ; mais cela&#13;
ne durera guère, nous trouverons bien le moyen de ramener le monde à&#13;
nous. » Une autre fois, étant devant le Saint-Sacrement pour tâcher&#13;
d’apaiser la colère de Dieu et s’offrant à être la victime de tout le peuple,&#13;
elle fut saisie de frayeur à l’aspect d’une personne pleine de majesté et de&#13;
puissance, sur l’habit de laquelle étaient écrites de toutes parts ces paroles :&#13;
« Quis ut Deus 772 ? » Elle portait une balance dans une main et de l’autre,&#13;
trois flèches, au bout desquelles étaient écrites ces paroles : « Impiété,&#13;
impureté, défaut de charité. » Une autre fois, étant en oraison, elle aperçut&#13;
dans sa chambre une lueur qui représentait une épée nue et en même temps,&#13;
elle entendit une voix éclatante qui disait : « Sur qui, Seigneur, sur qui ? »&#13;
Elle n’entendit point la réponse, mais une foule de voix confuses qui&#13;
poussaient des plaintes et des hurlements. Quelque surprenantes que soient&#13;
&#13;
L’auteur, s’appuyant sur une hypothèse émise par le P. de Charlevoix (Histoire et description&#13;
générale de la Nouvelle-France, Paris, 1744, vol. 2, p. 126), attribue cette vision prophétique du&#13;
tremblement de terre à mère Marie de l’Incarnation. C’est plutôt la vision de mère Catherine de&#13;
Saint-Augustin, hospitalière de l’Hôtel-Dieu de Québec, comme il apparaît dans son journal&#13;
spirituel, édité par le P. Ragueneau, son directeur spirituel (cf. La Vie de la mère Catherine de SaintAugustin, Paris, 1671, Québec, [1923], p. 145-147).&#13;
772&#13;
NDLR : « Qui est semblable à Dieu ? » (Psaumes 113:5)&#13;
771&#13;
&#13;
- 1299 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
ces visions, dont chacun croira ce qui lui plaira, deux choses sont&#13;
incontestables : l’une, c’est qu’elles n’ont pas été faites après coup, mais&#13;
qu’elles ont été connues avant l’événement ; l’autre, que cet événement n’a&#13;
été que trop réel et trop affreux et qu’il ne pouvait être prévu et qu’à en&#13;
juger par l’effet qu’il produisit, il a tout l’air d’un avertissement du Ciel. Il&#13;
n’est pas rare que la miséricorde divine en pareille occasion avertisse les&#13;
coupables que la justice de Dieu est prête à les punir, afin qu’ils préviennent&#13;
par la pénitence les châtiments qui les menacent. Les histoires saintes sont&#13;
pleines de ces traits de bonté, qui nous font voir que Dieu ne veut point la&#13;
mort du pécheur et qu’il ne tient pas à lui qu’une sincère pénitence ne le&#13;
ramène.&#13;
Nous allons reprendre l’histoire de la vie du saint prélat et des affaires&#13;
publiques qui se passèrent de son temps, auxquelles il eut quelque part.&#13;
LIVRE DOUZIÈME&#13;
&#13;
Livre douzième&#13;
Les Jésuites ont les premiers porté la foi dans l’Amérique septentrionale,&#13;
puisqu’ils ont été les premiers au Port-Royal, à l’Acadie, à Pentagouet ; mais&#13;
les Récollets sont les premiers qui l’ont apportée dans le Canada&#13;
proprement dit. M. de Champlain, gouverneur général sous cinq vice-rois&#13;
différents 773, les y amena. Le sieur Nouel, un des associés de la Compagnie,&#13;
fort attaché à ces pères, les lui proposa. La pauvreté dont ils font profession,&#13;
qui dans la suite les en exclut pendant plusieurs années, les fit préférer&#13;
d’abord aux autres religieux. M. de Champlain crut qu’une colonie&#13;
naissante et fort pauvre, qui ne pouvait fournir aucun revenu, serait moins&#13;
chargée par des missionnaires qui vivent d’aumônes. Ses successeurs&#13;
pensèrent au contraire que des mendiants sont toujours à charge du public&#13;
et qu’il valait mieux avoir une communauté capable de posséder des fonds,&#13;
avec qui on en est quitte une bonne fois pour toutes en lui faisant des&#13;
concessions qu’elle cultive à son gré. Les Récollets se chargèrent de bâtir un&#13;
(Note de M. de La Tour) Il s’agit du prince de Condé, du maréchal de Thémines, du comte de&#13;
Soissons, du duc de Montmorency et du duc de Lévis-Ventadour.&#13;
773&#13;
&#13;
- 1300 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
séminaire, c’est-à-dire un collège pour élever la jeunesse, selon le langage&#13;
du temps 774 ; quoique sans doute on eût cultivé avec plus de soin les enfants&#13;
qui auraient eu des dispositions pour servir l’Église, on ne pensait guère&#13;
alors à former un clergé. Le prince de Condé, vice-roi, donna pour cet&#13;
établissement 500 écus, sur la gratification qu’il avait reçue de la&#13;
Compagnie, et la Compagnie se chargea d’entretenir les religieux jusqu’à&#13;
ce que le séminaire fût bâti.&#13;
Le P. Jean Dolbeau, gardien, deux prêtres et un frère, tous de la province de&#13;
Paris, à laquelle cette mission fut attribuée, partirent de Honfleur, port de&#13;
Normandie, avec M. de Champlain au mois d’avril 1615. La traversée fut&#13;
heureuse ; ils arrivèrent à Tadoussac le 25 de mai suivant et ils y célébrèrent&#13;
la première messe qui ait été dite en Canada. Ils y firent peu de séjour et&#13;
continuèrent leur route jusqu’à Québec, où ils s’établirent. La petite colonie&#13;
dont M. de Champlain avait jeté les fondements, était composée d’une&#13;
cinquantaine de personnes, hommes, femmes ou enfants. Les années&#13;
suivantes, il vint quelques autres religieux, qui formèrent une communauté.&#13;
On bâtit une chapelle, que ces pères, selon l’esprit de leur Ordre, dédièrent&#13;
sous le nom de l’Immaculée-Conception de la Sainte Vierge ; c’est&#13;
aujourd’hui la paroisse. Ils songèrent à se loger. M. de Champlain leur&#13;
donna un bel emplacement à un quart de lieue de Québec, sur la rivière&#13;
Saint-Charles. Ils y bâtirent un couvent sous le nom de Notre-Dame-desAnges, où ils se proposaient de faire le collège ; ce qui n’a pas eu lieu. Au&#13;
reste ils choisissaient mal ; cet éloignement de Québec était incommode. Ils&#13;
le sentirent dans la suite et voulurent s’établir dans la ville, mais ils y&#13;
trouvèrent de grandes difficultés. Comme alors rien n’était défriché aux&#13;
environs de Québec et que l’emplacement était une belle prairie, ils le&#13;
préférèrent à une situation plus commode.&#13;
Les Récollets firent d’abord les fonctions curiales à Québec, à Tadoussac et&#13;
aux Trois-Rivières et les continuèrent jusqu’en 1629. Ils furent faits&#13;
&#13;
NDLR : Ce collège était le projet des Jésuites, réalisé en 1635. Les Récollets bâtirent un hospice&#13;
de Notre-Dame-des-Anges.&#13;
774&#13;
&#13;
- 1301 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
prisonniers par les Anglais et amenés en Angleterre. Pendant ces 14 années,&#13;
ils se répandirent parmi les Sauvages avec beaucoup de zèle et de charité,&#13;
baptisèrent plusieurs enfants, firent quelques prosélytes, dont la plupart ne&#13;
persévérèrent pas ; mais la difficulté d’apprendre la langue et le peu de fruit&#13;
qui se faisait dans ces premiers temps les obligèrent de revenir à Québec.&#13;
La mort leur enleva le P. Pacifique Duplessis, fort bon religieux, qui&#13;
instruisait les enfants aux Trois-Rivières et qui fut généralement regretté.&#13;
Les Sauvages en firent périr un autre. Le P. Nicolas Viel, revenant à Québec&#13;
après avoir demeuré deux ans parmi les Hurons, se mit dans un canot avec&#13;
des Sauvages, qui y venaient aussi. Ils prirent leur route par la rivière des&#13;
Prairies ; c’est un bras du fleuve Saint-Laurent qui sépare l’île de Montréal&#13;
de l’île de Jésus. Au milieu de ce canal assez étroit, on trouve un rapide&#13;
dangereux qu’on ne s’expose guère à passer. Au lieu de faire un portage de&#13;
400 à 500 pas, ces barbares se hasardèrent de le passer en canot. Le canot&#13;
tourna, les Sauvages se sauvèrent à la nage, mais le Récollet se noya. On ne&#13;
douta point que, peu affectionnés comme ils étaient à ce religieux, ils&#13;
n’eussent pris cette route pour le faire périr sous prétexte de naufrage, qui&#13;
était comme inévitable. Ils se saisirent de ses effets et ne s’embarrassèrent&#13;
point de s’excuser. Cet accident a fait donner à ce rapide le nom de sault au&#13;
Récollet, qu’il porte encore. Le P. Pacifique avait rendu un grand service à&#13;
la colonie. Huit cents Sauvages mécontents s’étaient assemblés auprès des&#13;
Trois-Rivières dans le dessein de détruire tous les Français. Il en fut averti&#13;
et en donna avis à propos. On se tint sur ses gardes. Il manœuvra de son&#13;
côté si bien qu’il gagna plusieurs Sauvages et les amena tous enfin à une&#13;
réconciliation sincère.&#13;
Les Jésuites vinrent vers ce temps-là se joindre aux Récollets pour travailler&#13;
à la conversion des Sauvages ; mais la guerre renversa bientôt tous leurs&#13;
pieux desseins. L’amiral David Kirke s’empara de l’habitation de Québec.&#13;
Par un des articles de la capitulation, les Récollets et les Jésuites eurent la&#13;
liberté d’emporter les vases sacrés et leurs livres. Mais la chapelle et leurs&#13;
deux maisons furent pillées. On les amena en Angleterre, d’où ils passèrent&#13;
en France.&#13;
&#13;
- 1302 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Ce malheur découragea les Récollets. Quoique l’habitation de Québec fût&#13;
rendue à la France trois ans après, ils ne reparurent plus en Canada que 40&#13;
ans après 775. Il n’y en avait point quand M. de Laval y vint et plusieurs&#13;
particuliers s’étaient emparés de leur terrain et de leur monastère, qu’ils&#13;
eurent dans la suite assez de peine à se faire rendre. Les Jésuites, à la paix,&#13;
prirent la place vacante et commencèrent l’église qui subsiste aujourd’hui.&#13;
M. de Laval n’y trouva qu’eux quand il en prit le gouvernement.&#13;
Les progrès que faisaient le clergé et les Jésuites réveillèrent l’attention des&#13;
Récollets. Quatre religieux, croyant la colonie assez bien établie pour&#13;
n’avoir plus à craindre les Anglais, s’embarquèrent pour la NouvelleFrance au mois de juin 1669. La traversée ne fut pas heureuse ; ils firent&#13;
naufrage près du port. La Compagnie du Canada ne les avait vus partir&#13;
qu’avec peine, pour ne pas surcharger la colonie par une communauté de&#13;
mendiants qu’on aurait beaucoup de peine à nourrir. Les oppositions se&#13;
renouvelèrent lorsqu’après le naufrage on avait proposé un second&#13;
embarquement. Mais M. Talon, qui revenait à Québec en qualité&#13;
d’intendant, aplanit tous les obstacles et obtint le consentement de la&#13;
Compagnie. C’était leur protecteur déclaré. Six récollets arrivèrent avec lui&#13;
à Québec au mois de juillet 1670 776. M. Talon se servit de son autorité pour&#13;
leur faire rendre leur maison et leur terrain ; ils y bâtirent un fort joli&#13;
&#13;
Sur les motifs qui empêchèrent les Récollets de retourner au Canada avant 1671, cf. la&#13;
bibliographie déjà citée plus haut, p. 313, note 1#.&#13;
#&#13;
NDLR : Doc LXIII-17, note 1. La revoici :&#13;
Il serait inutile de reproduire dans cette Positio la longue discussion autour des&#13;
causes qui avaient empêché les Récollets de retourner au Canada en 1632 ; sur&#13;
cette affaire, voir Sixte Le Tac, récollet, Histoire chronologique de la NouvelleFrance, (1689), édition Réveillaud, Paris, 1888, p. 165-170 ; Chrestien Le Clercq,&#13;
récollet, Premiers établissement de la foi dans la Nouvelle-France, Paris, 1691,&#13;
vol. 2, p. 465 ; Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, Ville-Marie,&#13;
1865, vol. 1, p. 279-282 ; et Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au&#13;
17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2, p. 184-187##.&#13;
##&#13;
NDLR : Le volume le plus récent est de Paul-André Dubois, Les Récollets en Nouvelle-France.&#13;
Traces et mémoires, 2019.&#13;
776&#13;
Ils n’arrivèrent pas en juillet, mais le 18 août.&#13;
775&#13;
&#13;
- 1303 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
couvent 777, qu’ils ont depuis rendu à l’Hôpital général, pour s’établir dans&#13;
la ville, où ils ont un des plus beaux établissements de la colonie.&#13;
M. de Laval avait toujours extrêmement honoré l’état religieux. Il était&#13;
étroitement lié avec les Jésuites. Mais il ne goûtait point l’établissement des&#13;
Récollets en Canada et il avait témoigné sa répugnance quand il en entendit&#13;
parler. Il craignait que la différence des intérêts et la diversité des principes&#13;
dans la conduite des âmes, si ordinaires entre le clergé et les religieux, ne&#13;
troublât la paix d’une Église naissante, où tout tire à conséquence que les&#13;
idées d’exemption et d’indépendance dans lesquelles les religieux&#13;
mendiants sont communément élevés n’affaiblissent la subordination. Il&#13;
craignit enfin que des mendiants ne fussent à charge dans une colonie très&#13;
pauvre, où les légitimes pasteurs avaient tant de peine à vivre et à faire&#13;
subsister les pauvres, qui y étaient sans nombre. La protection décidée de&#13;
M. Talon augmentait ses alarmes. Ce magistrat, dans son premier voyage,&#13;
s’était montré fort prévenu contre le prélat et son clergé. On savait qu’il&#13;
amenait ce nouveau corps pour le traverser, pour donner à la colonie des&#13;
ministres plus indulgents et à sa dévotion et des correspondants à la Cour,&#13;
correspondants dangereux par la facilité qu’ont les Récollets, établis à&#13;
Versailles, d’agir auprès des ministres ; ce qu’on a cru depuis avoir plus&#13;
d’une fois éprouvé. M. Talon se vantait de son côté d’avoir apporté la liberté&#13;
des consciences et les Récollets ont cent fois déclaré depuis dans leurs&#13;
discours et dans leurs écrits qu’ils étaient les martyrs de cette liberté et que&#13;
c’était là l’unique source des persécutions qu’ils souffraient. C’était bien&#13;
clairement annoncer la diversité de conduite.&#13;
On se trompait sans doute de part et d’autre dans ces jugements mutuels,&#13;
parce que des deux côtés il régnait beaucoup de piété. Quoiqu’il en soit, la&#13;
charité est généreuse. M. de Laval, plein de confiance en Dieu, considérant&#13;
les besoins d’une Église naissante, qui n’a jamais trop d’ouvriers, et&#13;
trouvant du mérite dans ces six religieux, leur fit et leur fit faire par son&#13;
Le Serviteur de Dieu célébra la première messe dans la nouvelle chapelle du monastère des&#13;
Récollets le 4 octobre 1671 (cf. Chrestien Le Clercq, récollet, Premier établissement de la foi dans&#13;
la Nouvelle-France, Paris, 1691, vol. 2, p. 93).&#13;
&#13;
777&#13;
&#13;
- 1304 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
clergé l’accueil le plus favorable, leur procura des secours abondants, leur&#13;
fournit pendant plus d’un an la nourriture et les meubles et quoiqu’ils&#13;
fussent venus malgré lui, il leur donna d’abord quatre missions : les TroisRivières, l’île Percée, la rivière Saint-Jean et le fort appelé depuis fort&#13;
Frontenac. Ces bons pères en furent surpris ; ils ne cessaient de louer la&#13;
charité de l’évêque et avouaient ingénument que n’étant venus que pour se&#13;
battre avec le clergé, ils ne pouvaient comprendre qu’on eût pour eux tant&#13;
de bonté. C’étaient de bons religieux qui furent toujours unis au clergé. Le&#13;
caractère de leurs successeurs fut bien différent.&#13;
Il fallait avoir un couvent. Le roi leur en accorda les lettres patentes avec&#13;
1 200 livres de pension, à condition de ne pas quêter. C’était en vérité trop&#13;
exiger d’eux et le roi apparemment ne s’attendait pas à être obéi sur cet&#13;
article. La pension fut payée, mais la quête se fit à l’ordinaire. Il est vrai&#13;
qu’ils prétendirent que ne pouvant en qualité de Franciscains jouir&#13;
d’aucune pension, ces 1 200 livres n’étaient données que pour les missions&#13;
et non pour le couvent et que c’était le couvent, et non les missionnaires,&#13;
qui faisait la quête. Les lettres patentes sont datées du camp de Condé, au&#13;
mois d’avril 1676. On leur rendit l’emplacement qu’ils avaient autrefois sur&#13;
la rivière Saint-Charles. Ils y bâtirent une maison et une église assez jolie&#13;
sur les ruines de l’ancienne, où l’Hôpital général est aujourd’hui établi par&#13;
la vente qu’ils lui en ont faite, lorsque M. de Saint-Vallier le fonda. M. Talon&#13;
en posa la première pierre ; M. de Laval la bénit.&#13;
Cette situation n’était favorable ni à la direction ni à la quête. Les pénitentes&#13;
qui voulaient aller chez eux et les quêteurs qui venaient en ville avaient un&#13;
voyage à faire. Ils songèrent donc à se loger dans la ville et sentant bien que&#13;
dans un aussi petit endroit qu’était alors Québec une seconde communauté&#13;
de mendiants alarmerait tout le monde, ils se bornèrent à demander la&#13;
liberté de bâtir une infirmerie, afin d’y mettre leurs malades, qui dans le&#13;
couvent n’étaient pas à portée des médecins ni des remèdes. Sur ces&#13;
représentations, ils obtinrent du roi, par lettres patentes du 28 mai 1681, un&#13;
emplacement dans la haute-ville, près de la cathédrale, appelé la&#13;
sénéchaussée. Le 27 octobre suivant, ils présentèrent leurs lettres patentes à&#13;
- 1305 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
M. de Laval. Ce prélat leur permit de se bâtir une infirmerie et d’y dire la&#13;
messe, portes fermées, en faveur des religieux malades, jusqu’à ce qu’ils&#13;
fussent en état de se rendre au couvent. L’infirmerie fut bâtie et&#13;
M. de Bernières, grand-vicaire, alla par l’ordre de l’évêque y planter une&#13;
croix.&#13;
C’en fut assez pour les Récollets. Entre les mains des religieux, tout est un&#13;
germe fécond. L’infirmerie devint bientôt un hospice pour tous les&#13;
religieux, sains et malades, et l’hospice devint un couvent ; l’autel pour dire&#13;
la messe devint une chapelle et la chapelle une église. Un chœur et une&#13;
sacristie l’assortirent. Le dortoir suivit l’infirmerie, le réfectoire et la cuisine&#13;
accompagnèrent le dortoir. Les portes, qu’on fermait d’abord pendant la&#13;
messe, s’ouvrirent. Quelques pénitentes affidées y vinrent et le public y fut&#13;
reçu. La messe-basse devint solennelle. On donna la communion, on&#13;
prêcha, on confessa, on célébra les fêtes de l’Ordre ; elles furent annoncées&#13;
par le prédicateur récollet et aussitôt ils y eurent des indulgences. On eut&#13;
soin d’élever un clocher pour servir, disait-on, aux observances régulières ;&#13;
mais bientôt la cloche appela le public aux offices. On fit le catéchisme aux&#13;
enfants. On prit des pensionnaires laïques. Quelques années après, un&#13;
récollet étant venu à mourir dans la prétendue infirmerie, M. de Laval fit&#13;
défendre à la communauté de l’y enterrer 778. Il offrit même poliment de le&#13;
faire enterrer à la cathédrale ou de le faire solennellement accompagner par&#13;
le clergé à leur couvent. Les Récollets refusèrent tout, enterrèrent le mort&#13;
dans l’hospice et invitèrent par billets toute la ville aux obsèques. Malgré&#13;
tant de raisons de mécontentement, le prélat, par une charité supérieure à&#13;
tout, fit faire un service pour le défunt, dont il estimait la vertu.&#13;
Si par toutes ces innovations, les Récollets n’avaient voulu que se&#13;
transporter dans la ville, en abandonnant le couvent de Notre-Dame-desAnges, comme ils ont été depuis obligés de le faire, leur entreprise aurait&#13;
été plus tolérable. Mais ils prétendaient acquérir le second établissement et&#13;
Ce n’est pas le Serviteur de Dieu qui dut intervenir dans ce problème, mais son successeur,&#13;
M de Saint-Vallier, puisque l’incident survint sous le gouvernement de ce dernier, à l’automne&#13;
1688.&#13;
778&#13;
&#13;
gr&#13;
&#13;
- 1306 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
former une nouvelle communauté, sans préjudice de la première ; et c’est&#13;
ce qui alarma toutes les maisons religieuses de la ville de Québec. Sur leurs&#13;
instances, l’évêque, qui d’ailleurs était offensé, fit signifier aux Récollets une&#13;
défense de passer outre dans leur construction 779, avec ordre de s’en tenir&#13;
aux termes de la permission qui leur avait été accordée. Les grands-vicaires&#13;
dressèrent des procès-verbaux de l’état des choses. Le gouverneur et&#13;
l’intendant s’efforcèrent de les arrêter. On entra même en négociation.&#13;
M. de Laval offrit d’acheter fort cher leur emplacement et de rembourser&#13;
les frais de la construction. Tout fut inutile et l’ouvrage avança toujours. Un&#13;
nouveau gardien, plus traitable, fit semblant de vouloir le suspendre et de&#13;
blâmer ses religieux.&#13;
Mais deux jours après, il répondit qu’il n’était pas le maître et qu’on s’était&#13;
moqué de lui dans le couvent. On devait s’y attendre. Les religieux&#13;
mendiants sont exempts. Un gardien qui ne fait pas le bien de l’Ordre est&#13;
désavoué par la communauté et rien ne dédommage de la facilité de la&#13;
direction et de la quête. On voulait absolument un couvent en ville et on&#13;
acheva de le bâtir. Alors le prélat révoqua la permission qu’il avait donnée&#13;
de dire la messe pour les malades. Ce fut 18 mois après, le 12 juin 1683. Il&#13;
ne gagna autre chose que de voir rappeler par leurs supérieurs tous les&#13;
religieux qui étaient dans les missions et un refus absolu d’en accorder&#13;
aucun jusqu’à ce qu’il les eût laissés libres dans leur entreprise.&#13;
Le prélat, indigné de cette conduite, essaya pourtant encore les voies de la&#13;
douceur et leur donna mille marques de bonté. Il leur fit prêcher la même&#13;
année le carême à la cathédrale. Il eut lieu de s’en repentir 780. Le prédicateur&#13;
hasarda des propositions répréhensibles, qui étaient une censure des&#13;
principes et de la conduite du clergé. Les grands-vicaires lui en firent des&#13;
reproches, mais ne purent l’engager à se rétracter. Son supérieur, à qui on&#13;
en fit des plaintes, ne fut pas plus heureux. Mais pour réparer le scandale,&#13;
779&#13;
Il s’agit de la construction entreprise par les Récollets d’un clocher sur leur maison ; nous avons&#13;
amplement étudié cette difficulté dans la série Docs. XLIII.&#13;
780&#13;
Ici l’auteur inverse l’ordre des événements ; la prédication dont il est question eut lieu durant&#13;
l’avent 1681, deux ans avant que ne survienne la question du clocher (cf. Docs. XLIII).&#13;
&#13;
- 1307 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
il monta lui-même en chaire le dimanche suivant et expliqua ces&#13;
propositions d’une manière satisfaisante. Il ne voulut pas que ce religieux&#13;
prêchât et il acheva de remplir la station. Il le renvoya même en France,&#13;
mais ce ne fut pas sans peine. Le gouverneur et l’intendant voulaient le&#13;
retenir. Il leur dit résolument : « Il restera, puisque vous le voulez ; mais il&#13;
restera seul ; nous nous en irons tous. » On le laissa partir.&#13;
Toutes les bontés de M. de Laval n’ayant produit aucun effet, enfin, il leur&#13;
interdit toute fonction ecclésiastique dans le diocèse 781 et il en écrit au roi. Il&#13;
lui représenta que dans l’état où étaient alors la colonie et la ville de Québec,&#13;
qui avait tout au plus 700 à 800 habitants, une seconde communauté de&#13;
Récollets était inutile, puisqu’il y avait déjà six autres églises ; qu’elle y&#13;
serait à charge, parce qu’une colonie si pauvre n’était pas en état de nourrir&#13;
tant de mendiants ; qu’elle était préjudiciable à l’hôpital, si nécessaire à la&#13;
colonie et presque sans revenu, à qui des mendiants, toujours plus&#13;
remuants que des administrateurs, enlèveraient toutes les aumônes, et&#13;
même préjudiciable aux missions, puisque ayant deux communautés à&#13;
soutenir, les Récollets seraient moins en état d’y fournir des sujets ; enfin,&#13;
que la cathédrale et la paroisse seraient désertes, soit par l’adresse qu’ont&#13;
les religieux d’attirer tout à eux, soit parce qu’il n’y avait pas assez de&#13;
monde à Québec pour en fournir à tant d’églises. Le roi eut égard à ces&#13;
remontrances. L’année suivante, il vint un ordre d’abattre le clocher ; ce qui&#13;
fut exécuté à regret. On proposa des accommodements. L’évêque n’en&#13;
voulut pas. Il fallut obéir. Il leur rendit les pouvoirs et tout le reste alla son&#13;
Notons que les facultés de confesser et de prêcher ne furent pas révoquées à tous les Récollets&#13;
du Canada, mais seulement à ceux qui étaient intervenus dans la question du clocher et qui ne&#13;
s’étaient pas soumis au Serviteur de Dieu (cf. Doc. XLIII, p. 326, note 1)#.&#13;
#&#13;
NDLR : Nous reproduisons la note ici :&#13;
781&#13;
&#13;
Notons que cette révocation de la juridiction pour les confessions et la prédication&#13;
fut applicable seulement à ceux qui avaient signé l’écrit du 15 juin 1683&#13;
(Doc XLIII-11), à l’exception du P. Henri Le Roy, supérieur. Les pères qui ne&#13;
s’étaient pas mêlés de cette affaire conservèrent leur juridiction, comme le prouve&#13;
le titre de la lettre, aujourd’hui perdue, par laquelle le Serviteur de Dieu révoquait&#13;
la juridiction des signataires : « Copie de la révocation que fait Monseigneur des&#13;
pouvoirs donnés aux Récollets pour prêcher et entendre les confessions, etc. à la&#13;
réserve des PP. Henri, Sixte, Chrétien, Emmanuel et François » (Extrait du&#13;
Catalogue de 1687*).&#13;
- 1308 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
train. Enfin, pour paix avoir, on leur a laissé liberté tout entière et ils sont&#13;
aujourd’hui transférés dans leur hospice. Ce fut en 1693 que M. de SaintVallier obtint par accommodement qu’ils se contenteraient d’avoir un&#13;
couvent dans la ville et il leur acheta celui de Notre-Dame-des-Anges, où&#13;
est l’Hôpital général.&#13;
Cependant, M. de Laval était mécontent de quelques récollets. Malgré&#13;
l’austérité de la réforme, ces religieux avaient quelques mauvais sujets&#13;
parmi le grand nombre de ceux qui travaillaient avec édification. La&#13;
province de Paris regardait cette mission éloignée comme une espèce de&#13;
décharge où l’on envoyait, pour les punir ou pour s’en débarrasser, ceux&#13;
dont on n’était pas satisfait. Ce n’était guère le moyen de les corriger.&#13;
L’autorité des supérieurs y est moins respectée, la liberté, la facilité,&#13;
l’occasion du vice, incomparablement plus grandes que dans les couvents&#13;
de France, où l’on est toujours sous les yeux d’un gardien et d’une&#13;
communauté régulière. Il n’est pas étonnant que dans ces premiers temps&#13;
il s’en soit trouvé qui menaient une vie licencieuse.&#13;
Les choses ont bien changé. On est attentif en France à faire un bon choix et&#13;
à rappeler ceux qui s’oublient. Je leur dois cette justice. Pendant le temps de&#13;
mon séjour à Québec, les Récollets édifiaient la colonie et travaillaient avec&#13;
fruit. J’y ai vu le P. Justinien Durand, que je regardais avec tout le public&#13;
comme un saint. Dans ces premiers temps même, le P. Eustache&#13;
Maupassant, gardien, ayant mené une vie peu convenable, la communauté&#13;
s’assembla et le déposa. Il est vrai que son successeur nommé ayant refusé&#13;
la charge et le coupable s’étant reconnu et ayant demandé pardon en plein&#13;
chapitre, on lui laissa finir son temps ; ce qui fait la justification de la&#13;
communauté, à laquelle il serait injuste d’imputer les fautes des&#13;
particuliers.&#13;
Le P. Eustache Maupassant était un homme à talent. M. de Laval l’avait&#13;
entendu prêcher avec succès à Paris. Il crut acquérir en lui un homme de&#13;
mérite et l’obtint de ses supérieurs. On le nomma commissaire (espèce de&#13;
provincial). M. de Bernières l’amena en 1673 avec plusieurs ecclésiastiques.&#13;
- 1309 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
M. le gouverneur le prit pour son confesseur et envoya aux Trois-Rivières&#13;
le P. Gabriel, qui l’était auparavant. C’était un fort bon religieux, qui alla&#13;
depuis travailler chez les Sauvages outaouais, où il fut massacré. Le&#13;
P. Maupassant, homme intrigant, s’attira M. de Frontenac et mit la faveur à&#13;
profit. Ayant appris la mort de son fils, jeune officier, tué en France dans un&#13;
combat singulier (circonstance qu’on ignorait sans doute en Canada), il&#13;
poussa la flatterie jusqu’à prononcer son oraison funèbre dans un service&#13;
solennel que son père fit faire pour lui 782.&#13;
Les dérèglements des domestiques de M. le gouverneur et le scandale qu’ils&#13;
donnaient à la colonie étaient extrêmes. Il les ignorait apparemment ou ne&#13;
les croyait pas. Du moins, il y paraissait indifférent et ne s’offensait pas des&#13;
avertissements qu’on prenait quelquefois la liberté de lui donner. Mais&#13;
enfin, il se lassa et se brouilla sans retour avec le clergé, qui en était l’auteur.&#13;
M. Dudouyt, homme du premier mérite et l’un des grands-vicaires, crut ne&#13;
pouvoir mieux s’adresser qu’à son confesseur pour arrêter le désordre. Il&#13;
lui ouvrit son cœur et le pria de se servir de la confiance qu’on avait en lui&#13;
pour ouvrir les yeux à son pénitent. Bien loin d’entrer dans ces vues&#13;
charitables, ce religieux empoisonna tout. M. de Frontenac ne l’a plus&#13;
pardonné. Il se déclara ouvertement contre M. Dudouyt et enveloppa dans&#13;
la disgrâce l’évêque et le clergé comme complices et ne cessa de les&#13;
persécuter. Le confesseur entra dans tous ses intérêts, parla en sa faveur&#13;
jusque dans la chaire. En récompense, M. de Frontenac combla de biens les&#13;
Récollets et leur fit bâtir une maison à ses dépens. Malgré tout cela, la&#13;
conduite de ce père déplaisait si fort à la communauté, comme nous l’avons&#13;
dit, qu’il en fut déposé. Son successeur, par les menaces du gouverneur,&#13;
refusa la place et le coupable rentra en lui-même. Cet éclat déplût aux&#13;
Récollets de Paris ; le délateur, qui avait mené cette affaire, étant revenu en&#13;
France, y fut mal reçu. Cependant, l’année d’après, le roi fit revenir le&#13;
P. Maupassant. Il courut, comme on peut penser, bien des libelles, qui ne&#13;
servirent qu’à aigrir les esprits. Heureusement, tout est fini depuis&#13;
&#13;
Ce fait et le suivant eurent lieu sous le gouvernement de Mgr de Saint-Vallier ; Mgr de Laval est&#13;
en effet étranger à ces incidents.&#13;
782&#13;
&#13;
- 1310 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
longtemps et ces religieux ont depuis ce temps-là toujours édifié et servi&#13;
utilement l’Église.&#13;
Autre sujet de mécontentement. Les religieux mendiants ont des intérêts à&#13;
ménager ; l’éducation et la nécessité les y rendent infiniment sensibles.&#13;
Outre l’affaire de l’hospice, que les Récollets regardaient comme capitale et&#13;
qui réveillait toute leur vivacité, ils entreprirent de former deux autres&#13;
établissements, l’un dans la basse-ville, ce qui leur aurait donné trois&#13;
maisons dans Québec 783 et l’autre aux Trois-Rivières. Le prélat s’opposa à&#13;
tous les deux. Le second a réussi depuis ; mais le premier a totalement&#13;
échoué et pour ôter tout prétexte aux habitants de la basse-ville, qui&#13;
demandaient du secours et en avaient besoin, on leur fit dire la messe&#13;
chaque fête et dimanche dans une maison particulière, où l’on pratiqua une&#13;
chapelle ; on y bâtit ensuite une église succursale, où le curé envoie un&#13;
vicaire qui leur fournit tous les secours spirituels. Pour faire réussir tant de&#13;
projets, les Récollets se livrèrent à M. de Frontenac, dont ils crurent la&#13;
protection nécessaire 784. Ce gouverneur vivait en militaire et n’était rien&#13;
moins que dévot et les domestiques, comme on a dit, étaient fort dérangés.&#13;
Le clergé du Canada, plein de ferveur, élevé dans un esprit de zèle et ne&#13;
négligeant rien pour former une Église toute sainte, peut-être était-il plus&#13;
frappé de l’apparence du vice qu’on ne le ferait en France, où la multitude&#13;
des criminels familiarise presque avec le crime. Ce zèle fut le péché&#13;
irrémissible dont le contre-coup retomba sur l’évêque et sur le clergé. Un&#13;
voyage que fit le gouverneur en France ne le changea pas ; il rapporta ses&#13;
préjugés et dans toutes les occasions fit éclater son mécontentement. Une&#13;
nouvelle affaire en fournit la matière.&#13;
&#13;
L’abbé de La Tour aurait dû dire que les Récollets demandèrent simplement au roi de pouvoir&#13;
ouvrir un hospice dans la ville, en plus du couvent de Notre-Dame-des-Anges, qu’ils possédaient&#13;
déjà près de Québec. C’est pourquoi la Cour de Paris était incertaine s’il fallait concéder aux&#13;
Récollets d’établir cet hospice dans la haute ou la basse-ville et conclut par erreur qu’ils désiraient&#13;
avoir deux maisons à l’intérieur de la ville.&#13;
784&#13;
Les faits mentionnés à partir de ce point jusqu’à la fin du livre eurent lieu sous l’administration&#13;
de Mgr de Saint-Vallier ; notre Serviteur de Dieu ne prit pas part à ces événements. Donc, ce&#13;
qu’affirme de La Tour à la fin du livre n’est pas exact.&#13;
783&#13;
&#13;
- 1311 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
Une partie vint à Montréal commencer l’établissement. Le Séminaire de&#13;
Saint-Sulpice, entrant dans les vues de l’évêque 785, leur fit l’accueil le plus&#13;
favorable ; il les logea, les nourrit pendant plusieurs mois. On les annonça,&#13;
on les prôna partout avec soin. Le curé de la paroisse de Ville-Marie en fit&#13;
l’éloge en chaire et exhorta tout le monde à leur donner du secours. Le&#13;
Séminaire en donna l’exemple par de grandes aumônes. Ce sermon fut suivi&#13;
d’un événement singulier : une enfant de sept à huit ans en fut touchée et&#13;
n’ayant rien à donner, vendit sa poupée à ses compagnes ; elle en fit 5 à&#13;
6 sols, qu’elle alla fort sérieusement apporter au gardien des Récollets pour&#13;
bâtir, disait-elle, leur monastère. C’en fut comme la première pierre. Dieu&#13;
bénit cette jeune fille. Elle a depuis vécu dans une grande piété et elle est&#13;
morte religieuse ursuline aux Trois-Rivières. Sa petite aumône fut un germe&#13;
fécond. Ce couvent est devenu fort considérable et ne le cède point au&#13;
Séminaire.&#13;
Mais le calme ne dura pas longtemps. Les Récollets célébrèrent pour la&#13;
première fois avec beaucoup d’appareil une fête de leur Ordre dans leur&#13;
nouvelle église. Ils invitèrent l’évêque et l’intendant, qui étaient alors à&#13;
Montréal, M. de Callière, gouverneur particulier, le Séminaire, les Jésuites&#13;
et toutes les personnes de distinction. Le cérémonial entre l’évêque, le&#13;
gouverneur et l’intendant a longtemps été une matière de dispute. Le roi a&#13;
terminé tout par un règlement qui entre dans un grand détail. Les honneurs&#13;
particuliers du gouverneur de Montréal n’étaient pas réglés. Il prétendait,&#13;
entre autres choses, avoir un prie-Dieu dans l’église auprès de celui de&#13;
l’évêque. Le prélat était bien éloigné de souscrire aux prétentions de&#13;
M. de Callière. Les Récollets, pour lui faire leur Cour, peut-être par&#13;
inadvertance, lui dressèrent ce prie-Dieu fatal, sur lequel il se mit fièrement.&#13;
L’évêque, surpris, crut d’abord qu’on avait voulu le commettre avec le&#13;
gouverneur, lui en dit un mot à l’oreille, dont il ne tint aucun compte, et&#13;
l’office se fit sans bruit. Mais le prélat ne parut plus à l’église, non plus qu’au&#13;
repas que donnèrent les Récollets. Pendant ce repas, plusieurs dames de la&#13;
ville, par une pétulance et une curiosité ordinaires au sexe, ayant trouvé la&#13;
785&#13;
&#13;
Il s’agit de Mgr de Saint-Vallier.&#13;
- 1312 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
porte ouverte, ou peut-être forcé une faible clôture de pieux, entrèrent dans&#13;
le couvent, allèrent au réfectoire et quêtèrent le long des tables. Les&#13;
Récollets en furent mortifiés, mais le gouverneur et l’intendant en firent un&#13;
jeu et au lieu de les renvoyer, leur firent donner des rafraîchissements.&#13;
Cette aventure fit grand bruit dans la ville et l’évêque ne tarda pas à en être&#13;
instruit ; sans doute on lui exagéra et on empoisonna la chose. Il était piqué ;&#13;
son zèle s’anime et il interdit l’église des Récollets le 13 mai 1694. Ces pères&#13;
furent dociles, fermèrent les portes et gardèrent l’interdit pendant deux&#13;
mois. Dans cet intervalle, l’affaire fut mise en négociation. L’évêque&#13;
demandait que le gouverneur particulier renonçât par écrit à sa prétention&#13;
du prie-Dieu jusqu’à ce que la Cour eût prononcé. Il le refusa constamment.&#13;
Le gouverneur général et l’intendant s’y opposèrent aussi et l’interdit&#13;
subsista. Mais les Récollets, las d’être en pénitence, inquiets sur la désertion&#13;
de leur église, animés par leurs confrères de Québec et par M. de Callière,&#13;
qui en était l’occasion, crurent avoir assez fait et cessèrent de l’observer.&#13;
Leur vénérable discrétoire s’assembla le 16 juillet 1694 et là, disaient-ils, « le&#13;
saint nom de Dieu invoqué, après avoir beaucoup gémi sur l’injustice qu’on&#13;
leur a faite, il fut résolu, arrêté et décrété qu’on n’aurait aucun égard à&#13;
l’interdit et ordonné sous peine de désobéissance au gardien et à tous les&#13;
religieux de faire publiquement leurs fonctions comme auparavant. » Le&#13;
décret, scellé du sceau de l’office, fut signifié à l’évêque et aussitôt exécuté.&#13;
Les portes de l’église furent ouvertes, le service se fit, les sacrements furent&#13;
administrés plus solennellement que jamais. Les Récollets prirent même ce&#13;
singulier prétexte qu’ils ne faisaient que suivre les intentions secrètes du&#13;
prélat, lequel, fâché d’avoir fait tant d’éclat, était bien aise qu’on le tirât&#13;
d’intrigue et pour son repos n’aurait qu’à dissimuler. Cela pouvait être vrai.&#13;
En effet, dans ce même temps, par une conduite assez peu conséquente, il&#13;
approuva quelques Récollets pour travailler ailleurs, sans parler d’interdit&#13;
et il leur fit bien des caresses, quoiqu’il n’ignorât ni leur conduite ni le décret&#13;
de leur discrétoire. Cependant, un mois après, soit qu’il eût fait de nouvelles&#13;
réflexions ou que des gens inquiets, dont les maisons des grands sont&#13;
toujours pleines, l’eussent fait changer, il parut irrité à l’excès, leur fit trois&#13;
monitions juridiques et prononça un second interdit contre leurs personnes,&#13;
- 1313 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
leur ôtant tout pouvoir de prêcher et de confesser, sous peine&#13;
d’excommunication ipso facto, les déclare irréguliers pour avoir célébré&#13;
malgré la censure et leurs absolutions nulles, même celles données aux&#13;
Frères et aux Sœurs du Tiers-Ordre. Le discrétoire s’assembla une seconde&#13;
fois.&#13;
C’est là que ces bons pères, lâchant toutes les écluses, font déborder cet&#13;
océan immense de grâces et de privilèges par eux rassemblés dans la&#13;
fameuse bulle Mare Magnum 786. Ils mettent sans façon l’Ordre séraphique&#13;
au niveau de la hiérarchie, leurs provinciaux à côté des évêques et se&#13;
regardent, disent-ils dans leurs écrits, comme les confrères de tant de papes,&#13;
cardinaux, patriarches, archevêques et évêques qui leur donnèrent l’être&#13;
spirituel et en conséquence, par un nouveau décret rendu le 2 octobre 1694,&#13;
signifié à l’évêque quelques jours après, le discrétoire « déclare l’interdit nul&#13;
dans le fond et dans la forme et ordonne à tous les religieux de continuer&#13;
leurs fonctions. » Il se répand une foule d’écrits, les chaires retentissent&#13;
d’anathèmes, toute la ville n’est occupée que de l’interdit. Les uns regardent&#13;
les Récollets comme excommuniés et soutiennent qu’on ne peut sans péché&#13;
aller dans leur église ; les autres affectent de s’y rendre plus assidûment ;&#13;
tels furent M. de Callière, personnellement intéressé, et le gouverneur&#13;
général, qui vint alors à Montréal et qui, soit par aversion pour l’évêque,&#13;
soit par amitié pour les Récollets, soit par l’intérêt de dignité, prit le parti&#13;
de son subalterne.&#13;
Cette affaire en fit naître deux autres. Malheureusement, M. de Québec&#13;
avait donné prise. Il disait dans sa première monition que par charité pour&#13;
l’honneur de leur Ordre, il n’avait pas exposé dans l’interdit les vrais motifs&#13;
qui le faisaient agir. Par un écrit qu’ils lui signifièrent, ils lui donnent&#13;
formellement le défi de pouvoir rien avancer contre l’honneur de leur&#13;
Ordre. Le prélat, piqué à son tour, fit dans la dernière monition le détail de&#13;
ses raisons secrètes, telles qu’étaient l’entrée des femmes dans leur couvent&#13;
et l’amitié trop marquée du gardien pour le gouverneur, amitié, dit le prélat&#13;
NDLR : La bulle Mare Magnum privilegiorum, par Sixte IV en 1476, établit la règle du TiersOrdre carmélite.&#13;
786&#13;
&#13;
- 1314 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
« injurieuse pour le gardien et contraire à son devoir, pour des intérêts que&#13;
tout le monde sait, qu’on n’oserait exprimer, de peur de faire rougir le&#13;
papier ». Cette monition fut publiée au prône et déclarée nulle par le&#13;
discrétoire. Ces termes peu mesurés, ou plutôt outrageants, choquèrent&#13;
infiniment le gouverneur, qui fit afficher à tous les carrefours et publier au&#13;
son du tambour dans toute la ville une protestation pleine d’injures et de&#13;
menaces contre l’évêque. Il en porta juridiquement sa plainte au Conseil&#13;
souverain et il demanda réparation d’honneur. Mais l’affaire ne fut pas&#13;
poursuivie en Canada et elle fut portée à la Cour, où le prélat se rendit peu&#13;
de temps après. Les troubles durèrent pendant son absence jusqu’à ce&#13;
qu’enfin, le roi les termina par son autorité.&#13;
Cependant, le gouverneur général, qui prit le parti du gouverneur&#13;
particulier et faisait partout éclater son mécontentement, s’avisa, pour jouer&#13;
et le clergé et l’évêque, de faire représenter chez lui à Québec la comédie du&#13;
Tartufe. Il n’y a point en Canada de troupes de comédiens ; il fallut former&#13;
des acteurs et faire des habits. Pendant trois ou quatre mois, la maison du&#13;
gouverneur fut un théâtre où on les exerça. Toute la ville, ou plutôt toute la&#13;
colonie, y fut invitée et la pièce fut représentée avec tout l’éclat dont on put&#13;
s’aviser. Il ne se contenta pas de la faire jouer au château, il voulut que les&#13;
acteurs et les actrices, les danseurs et les danseuses, avec les violons,&#13;
allassent tout habillés la représenter dans toutes les communautés&#13;
religieuses, à l’exception des Récollets. Il les mena d’abord aux Jésuites, où&#13;
tout le monde entra avec lui, ensuite à l’hôpital dans la salle des pauvres,&#13;
où les religieuses eurent ordre de se rendre. Il vint enfin au parloir des&#13;
Ursulines, fit assembler la communauté et fit jouer la pièce en leur présence.&#13;
Il voulut de là venir au Séminaire pour y donner le même spectacle et mettre&#13;
le comble à l’insulte.&#13;
On était prévenu ; on alla au-devant de lui pour le prier de n’y pas venir. Il&#13;
n’osa passer outre et se retira fort mécontent. Les femmes et les filles de la&#13;
Congrégation de la Sainte-Famille, élevées dans des principes bien&#13;
différents, se refusèrent constamment à toutes les invitations du&#13;
gouverneur ; elles ne voulurent être ni actrices ni spectatrices. Toutes les&#13;
- 1315 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXIX&#13;
&#13;
promesses, les menaces, les artifices que leur résistance même rendait plus&#13;
vifs ne purent engager que trois à se trouver à quelque représentation. Elles&#13;
furent aussitôt exclues de la Sainte-Famille ; ce qui fut pris pour une&#13;
nouvelle offense. Il est aisé de comprendre que cette comédie, qui avait&#13;
trouvé tant de contradiction quand elle parut en France, n’en trouva pas&#13;
moins en Canada, surtout dans des circonstances où l’on ne pouvait&#13;
méconnaître et où on ne laissait pas ignorer quels en étaient les masques. Il&#13;
n’y avait pas là d’église à interdire, mais à la place l’évêque ayant&#13;
inutilement prié M. le gouverneur de s’en abstenir, fit un mandement,&#13;
qu’on publia au prône et qu’on afficha de tout côté, par lequel il condamne&#13;
la comédie comme contraire aux bonnes mœurs et défend de la représenter&#13;
et d’y assister. Le théologal à la cathédrale et le recteur des Jésuites au&#13;
collège prêchèrent là-dessus par son ordre et traitèrent de péché mortel&#13;
d’assister à cette représentation. La rupture éclatante du gouverneur et du&#13;
prélat en fut la suite. Le gouverneur, à son tour, traita cette conduite de&#13;
tyrannie et d’inquisition plus sévère qu’en Italie et en Espagne, cita le&#13;
théologal et le recteur des Jésuites chez lui comme perturbateurs du repos&#13;
public. Il leur demanda leur sermon, ce qu’ils refusèrent, et les menaça de&#13;
les mettre en prison, ce qu’il ne fit pas. Il se contenta de porter ses plaintes&#13;
au Conseil souverain pour en faire informer et d’appeler comme d’abus du&#13;
mandement. Le prélat se défendit et la cause fut introduite ; mais le Conseil&#13;
la trouva trop délicate pour se mêler de la juger. Par deux arrêts des 24 mars&#13;
et 28 juillet 1694, il fut ordonné que les parties se pourvoiraient par-devant&#13;
Sa Majesté et que toutes leurs pièces lui seraient envoyées pour être par elle&#13;
ordonné ce qu’il appartiendrait. Toute cette affaire y fut assoupie. Le roi&#13;
ordonna aux parties de bien vivre ensemble et il ne fut question ni de&#13;
comédie ni de mandement. M. de Laval n’eut dans ces dernières affaires&#13;
d’autre part que de donner des conseils modérés et de travailler à adoucir&#13;
les esprits et à les réunir ; et sans doute par sa douceur et sa prudence, il&#13;
arrêta bien d’autres éclats auxquels vraisemblablement on se serait porté. Il&#13;
ne vit qu’avec douleur le trouble dans sa chère Église ; mais comme il n’y&#13;
avait plus d’autorité, il ne put que répandre des larmes et offrir des vœux&#13;
au ciel pour la paix.&#13;
Fin du premier tome.&#13;
- 1316 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Troisième partie : Les témoignages indirects&#13;
&#13;
Troisième partie&#13;
Les témoignages indirects&#13;
&#13;
-1110-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�INTRODUCTION AUX DOCS. LXX&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LXX 787&#13;
Extraits du procès ordinaire de la curie archiépiscopale de Québec sur la&#13;
réputation de sainteté, des vertus et des miracles du Serviteur de Dieu&#13;
François de Laval, 1880-1883, d’après la Copie Publique 788&#13;
Le procès ordinaire pour la Cause du Serviteur de Dieu, Mgr de Laval, célébré à&#13;
la curie archiépiscopale de Québec, se tint en 93 sessions. La première eut lieu le&#13;
2 mai 1880 et la dernière le 7 juin 1883. Dix-huit témoins furent entendus : dix&#13;
prêtres, trois sœurs, cinq laïcs, dont deux anciens ministres de la province de&#13;
Québec. Deux avaient été appelés comme témoins ex officio 789.&#13;
Il serait superflu de noter qu’aucun de ces témoins n’a connu le Serviteur de Dieu&#13;
ou ses contemporains. Leurs dépositions ont donc une valeur directe seulement&#13;
quand il s’agit de la réputation de sainteté du Serviteur de Dieu à l’époque du&#13;
procès. En ce qui regarde la vie, les vertus et la réputation de sainteté chez les&#13;
contemporains du Serviteur de Dieu, les dépositions n’ont d’autre valeur que celle&#13;
des documents sur lesquels ils s’appuient, documents qui ont été reproduits&#13;
abondamment dans cette Positio.&#13;
Les dépositions sur la réputation de sainteté présentées ici ont déjà été prises en&#13;
considération pour l’introduction de la Cause, survenue en 1890. À vrai dire, les&#13;
autres n’apportent rien de nouveau. Pour compléter, nous croyons qu’il est utile&#13;
de reproduire quelques dépositions plus significatives sur la réputation de sainteté&#13;
et sur la vie du Serviteur de Dieu ; pas tellement parce qu’on y trouve des éléments&#13;
nouveaux, mais parce que certains faits déjà connus sont correctement rapprochés&#13;
et illustrés par des notes relatives au milieu historique où ils sont situés.&#13;
Le transunto, soit le document original officiel envoyé à Rome, était&#13;
naturellement en français. Comme c’était alors l’usage, il fut traduit en italien et&#13;
n’a pas toujours été bien traduit. Le texte original serait donc doublement&#13;
préférable. Cependant, comme il s’agit de textes déjà connus dans leur version&#13;
traduite et comme la copie publique conservée par les acteurs de la Cause contient&#13;
uniquement cette traduction, nous croyons opportun, nous aussi, de reproduire la&#13;
même traduction 790. Nous avons cru nécessaire de reproduire comme tels&#13;
seulement les textes originaux du temps, cités par les témoins ad litteram 791.&#13;
&#13;
NDLR : Afin d’alléger la lecture, nous avons traduit les extraits en latin directement dans le texte&#13;
et les avons mis en italique pour les identifier. Ils ont été traduits par l’abbé Paul-Hubert Poirier en&#13;
2022.&#13;
788&#13;
NDLR : La Copia publica est conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, MS944a et MS944b.&#13;
789&#13;
NDLR : de par leur statut.&#13;
790&#13;
NDLR : Ces versions originales françaises n’ont pas été retrouvées. La version française&#13;
présentée ici est donc une traduction faite à partir de la traduction italienne, ce qui explique la&#13;
syntaxe un peu douteuse. Les questions de la Copia publica sont en latin et ont été traduites dans&#13;
cette nouvelle édition par le P. Roger Laberge, dernier postulateur de la Cause de canonisation de&#13;
François de Laval.&#13;
791&#13;
NDLR : littéralement.&#13;
787&#13;
&#13;
-1110-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-1&#13;
DOC. LXX-1. EXTRAITS DU TÉMOIGNAGE D’EDMOND LAMGEVIN&#13;
&#13;
Doc. LXX-1&#13;
Edmond Langevin, prêtre, 56 ans, vicaire général du diocèse de SaintGermain de Rimouski (témoin 2)&#13;
(Traduction de l’italien, de l’original français)&#13;
Mgr Langevin, d’abord prêtre du Séminaire de Québec, puis secrétaire de&#13;
l’archevêché de Québec et, à l’époque du procès, vicaire général du diocèse de&#13;
Rimouski, a écrit en 1874 une biographie de Mgr de Laval intitulée Notice&#13;
biographique sur François de Laval-Montmorency*. Nous donnons ici quelques&#13;
passages de sa déposition qui méritent d’être pris en considération.&#13;
&#13;
À la question 7792, fo 172r : J’ai entendu le nom de Mgr François de&#13;
Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, si souvent et depuis si&#13;
longtemps qu’il me serait impossible de préciser combien de fois. Mais je&#13;
dois dire que j’ai entendu ce nom prononcé et toujours avec vénération,&#13;
surtout dans la ville de Québec, où j’ai passé toute ma jeunesse et une partie&#13;
de ma vie sacerdotale, tant au Séminaire de Québec, où j’ai fait mes études&#13;
classiques et théologiques, qu’à l’archevêché de Québec, où j’ai occupé le&#13;
poste de secrétaire jusqu’à mon départ pour Rimouski en 1867.&#13;
À la question 16793, fo 206v : Les généraux de la Compagnie de Jésus le louent&#13;
également. Charles de Noyelle 794 le compare à une étoile ; il estime ses pères&#13;
heureux, à moins qu’ils ne soient des copies insensibles de leur modèle, de&#13;
pouvoir suivre fidèlement les pas du Christ, dont ils ont sous les yeux un&#13;
parfait modèle. Cela les inclura parmi les saints, s’ils veulent représenter&#13;
NDLR : « Que le témoin soit interrogé à savoir s’il a entendu quelques fois nommer le Serviteur&#13;
de Dieu François de Montmorency-Laval comme premier évêque du diocèse de Québec et fondateur&#13;
du Séminaire de Québec ; et si c’est le cas, qu’il dise de qui, pourquoi, en quelle circonstance cela&#13;
est survenu, où et en présence de qui ; et qu’il justifie toujours et donne la source de sa science, avec&#13;
les circonstances relatives, en tout cela. »&#13;
793&#13;
NDLR : « Qu’on interroge le témoin à savoir s’il sait ou s’il a entendu dire ce que fut la&#13;
réputation, l’estime et l’opinion du comportement et de la vie du Serviteur de Dieu et si cette&#13;
réputation, estime et opinion a toujours été depuis l’enfance une réputation de sainteté ; qu’il soit de&#13;
nouveau interrogé d’où et de quelle personne cette réputation tire son origine, par exemple, si elle&#13;
provient d’une personne de discernement, honnête, noble, lettrée, religieuse et prudente ou au&#13;
contraire d’une personne illettrée, sans noblesse, du menu peuple et ordinaire ; et sur quels faits,&#13;
signes ou preuves elle s’appuie ; et si cettedite réputation s’est toujours conservée ; et qu’il justifie,&#13;
etc. »&#13;
794&#13;
NDLR : Charles de Noyelle fut le 12e supérieur général de la Compagnie de Jésus, pendant la&#13;
période tumultueuse de la Déclaration des Quatre Articles et de la querelle des rites.&#13;
792&#13;
&#13;
- 1319 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-1&#13;
&#13;
leur Père céleste, en essayant d’imiter ce Père qui leur a donné sur terre celui&#13;
qui seul mérite ce nom.&#13;
Le P. Fontaine, son assistant, ne pouvait manquer d’exprimer la grande&#13;
perception du zèle et du mérite extraordinaire du prélat que ses pères&#13;
avaient toujours eue et conservée, une fois qu’ils l’avaient connu. Il a&#13;
remercié Dieu, avec toute la sincérité de son cœur, d’avoir rendu si&#13;
splendide le premier évêque de l’Église naissante et vivante dans l’évêché&#13;
de Québec et d’avoir offert à une nation barbare un berger non seulement&#13;
excité par le désir du martyre, mais aussi désireux de le faire et de pratiquer&#13;
toutes les autres vertus, enseignant ainsi leur devoir aux missionnaires, qui&#13;
se rendirent dignes de ses discours et de ses œuvres et, par son&#13;
administration brillante et puissante, de leur servir d’exemple et de modèle.&#13;
Tirso González 795 se déclare enclin à choisir de préférence, pour la mission&#13;
du Canada, ceux qui, appelés par leur évêque aux travaux apostoliques,&#13;
seront meilleurs que d’autres de reproduire les remarquables exemples de&#13;
vertu qu’il leur a montrés.&#13;
À la question 20796, fo 288r : Il avait une tendre dévotion pour la sainte&#13;
Famille de Jésus, Marie et Joseph et s’efforça de répandre la dévotion du&#13;
cœur le plus pur de Marie et du nom béni de la Mère de Dieu. Le&#13;
23 décembre 1662, il recommanda à son vicaire diocésain un ouvrage publié&#13;
à Caen par le vénérable Jean Eudes, approuvé par le cardinal Louis de&#13;
Vendôme, le nonce apostolique. Comme son ardente piété est soulignée&#13;
dans ce document, je citerai un extrait :&#13;
&#13;
NDLR : Tirso González fut le 13e supérieur général de la Compagnie de Jésus, il combattit le&#13;
probalisme, le thomisme et le jansénisme.&#13;
796&#13;
NDLR : « De plus, qu’on l’interroge à savoir s’il sait si les vertus ont été exercées par le Serviteur&#13;
de Dieu à un degré héroïque et excellent ; s’il répond affirmativement, qu’on l’interroge sur ce qu’est&#13;
une vertu héroïque, en quoi elle consiste, de quoi elle dépend, en quoi peut-on deviner et prouver&#13;
l’excellence et l’héroïcité des vertus de ce Serviteur de Dieu ; qu’il énumère les actes spéciaux par&#13;
lesquels on peut déduire légitimement l’héroïcité de ces vertus. Si le témoin n’a pas une idée correcte&#13;
et adéquate de l’héroïcité des vertus, on pourra l’instruire en quelques mots et exactement sur ce&#13;
point, afin qu’il puisse répondre avec précision. Et qu’il justifie, etc. »&#13;
795&#13;
&#13;
- 1320 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-1&#13;
&#13;
Le Saint-Esprit ayant publié par les divines Écritures et par la&#13;
bouche des saints pères les excellences du sacré cœur de sa&#13;
très digne épouse, la bienheureuse Vierge, et ayant par ce&#13;
moyen puissamment exhorté tous les fidèles à une dévotion&#13;
et vénération singulières vers ce même cœur, ce livre, qui est&#13;
fait pour allumer et enflammer de plus en plus cette dévotion&#13;
du divin cœur avec celle du saint nom de Marie dans les&#13;
cœurs de ceux qui le liront, n’a pas besoin d’approbation,&#13;
puisqu’il est conforme aux desseins et intentions de l’Esprit&#13;
de Dieu. Aussi notre prétention n’est pas tant de l’approuver&#13;
en écrivant ceci comme de donner un témoignage de l’estime&#13;
très particulière que nous en avons conçue après l’avoir lu&#13;
soigneusement et du désir que nous avons que la dévotion&#13;
qu’il enseigne soit profondément gravée dans les cœurs des&#13;
chrétiens, que le très aimable cœur de la Mère de Dieu, qui est&#13;
tout embrasé d’amour vers sa divine Majesté et de charité au&#13;
regard de tous les hommes et son très auguste nom soient&#13;
loués et honorés par tout le monde 797.&#13;
À la question 41798, fo 351 : Je crois que cette opinion sur la sainteté du&#13;
Serviteur de Dieu est également partagée par un grand nombre de&#13;
protestants, qui ont fait preuve de respect pour ses ossements et ont aidé à&#13;
&#13;
Nous croyons intéressant de donner ici la deuxième partie du texte de cette lettre du Serviteur de&#13;
Dieu, non citée par M. Langevin :&#13;
797&#13;
&#13;
Et que les fêtes avec les offices et messes contenus en ce livre en soient célébrées&#13;
avec une solennité et piété qui leur soient convenables. Ce sont les sentiments que&#13;
nous avons de ce livre, lequel par conséquent nous jugeons très digne d’être donné&#13;
au public. En foi de quoi, nous avons bien voulu donner ce témoignage écrit de&#13;
notre propre main et scellé du sceau de nos armes. À Paris, ce 23e jour de&#13;
décembre 1662. (Cf. Jean Eudes, Le Cœur admirable de la Très Sacrée Mère de&#13;
Dieu, Paris, 1662, p. 422.)&#13;
NDLR : « Que le témoin soit de plus interrogé à savoir s’il sait ou s’il a entendu dire avec quelle&#13;
réputation ou opinion est mort le Serviteur de Dieu ; s’il a répondu avec une réputation ou opinion&#13;
de sainteté, qu’il soit interrogé par quelle personne et pour quelle raison cette réputation et opinion&#13;
se sont propagées. De nouveau, en quel lieu ou lieux ; si cela s’est maintenu ou a été interrompu ; et&#13;
si elle continue encore, est en vigueur et dans le même état ou si elle s’est accrue ; et qu’il justifie,&#13;
etc. »&#13;
798&#13;
&#13;
- 1321 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-2&#13;
&#13;
les honorer le jour de leur translation (en 1878). Je pense aussi que cette&#13;
renommée existe dans d’autres pays et en particulier en France et aux ÉtatsUnis, d’après les informations reçues par un grand nombre de journaux&#13;
publiés dans ces districts qui ont pour date la célébration de la translation&#13;
des restes de Mgr de Laval.&#13;
DOC. LXX-2. EXTRAITS DU TÉMOIGNAGE D’ADÈLE CIMON&#13;
&#13;
Doc. LXX-2&#13;
Adèle Cimon, en religion Sr Sainte-Marie, 49 ans, moniale ursuline du&#13;
monastère de Québec (Témoin 4)&#13;
(Traduction de l’italien, de l’original français)&#13;
La déposition de Sr Sainte-Marie, ursuline de Québec, est presque entièrement&#13;
basée sur les lettres de la vénérable mère Marie de l’Incarnation et sur les Annales&#13;
du monastère des Ursulines de Québec ; l’intérêt de cette déposition s’accroît du&#13;
fait que souvent de longs extraits desdites lettres sont reproduits. On doit observer&#13;
cependant que la majeure partie de ces textes ont été publiés directement dans&#13;
notre Positio (Doc. XXI et Doc. XLIX). Nous donnons surtout ici les dépositions&#13;
avec des extraits que nous avons négligés auparavant.&#13;
&#13;
À la question 7, fo 395r : J’ai entendu parler avec admiration de Mgr de Laval,&#13;
premier évêque de Québec et fondateur du Séminaire de cette ville, pendant&#13;
de nombreuses années par les religieuses de cette maison, par des prêtres&#13;
et par des laïcs. Nos traditions orales désignent le lieu où le Serviteur de&#13;
Dieu a souvent célébré la messe au cours de ses deux années passées dans&#13;
une partie du monastère, dans la maison de Mme de La Peltrie et une école&#13;
pour Sauvagesses*, où se trouve actuellement notre présente école.&#13;
Le témoin cite à ce propos la lettre de mère Marie de l’Incarnation, que nous&#13;
publions au Doc. XXI-1.&#13;
&#13;
Les Annales disent :&#13;
On ne trouva pas de logis plus propre que celui de nos&#13;
pensionnaires ; on les fit donc déloger au plus tôt et nous&#13;
fûmes obligées de leur laisser la communauté pour leur servir&#13;
de classe. Monseigneur y a demeuré environ deux ans,&#13;
pendant lesquels il disait quasi tous les jours la messe dans&#13;
notre église.&#13;
&#13;
- 1322 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-2&#13;
&#13;
Après 30 ans à étudier l’histoire du pays et à multiplier les ouvrages qui en&#13;
traitent, il m’est plus facile d’apprécier le mérite et la sainteté du Serviteur&#13;
de Dieu. Les livres qui nous concernent, soit les Annales et la Vie et les lettres&#13;
de la vénérable mère de l’Incarnation, livres qui ont toujours fait autorité parmi&#13;
nous, nous ont transmis le souvenir de Mgr de Laval entouré de l’auréole de&#13;
la sainteté.&#13;
À la même question, fo 397r : Dans une lettre non publiée du 30 octobre 1663,&#13;
une lettre que les Ursulines de Mons avaient en leur possession et qu’elles&#13;
envoyèrent avec beaucoup d’autres au chanoine Richaudeau de Blois, qui&#13;
en 1876 était responsable de la réimpression des lettres de la vénérable&#13;
mère, elle écrit :&#13;
Pour ce que vous demandez si nous avons un évêque&#13;
diocésain, nous avons un évêque, envoyé par N. S.-P. le pape&#13;
en qualité de son grand-vicaire apostolique en toute la&#13;
Nouvelle-France. Il y a quelques raisons pour lesquelles il ne&#13;
se nomme pas titulaire, qui sont du droit ; néanmoins le roi l’a&#13;
fondé. C’est un [saint] homme et le père des pauvres et du&#13;
public. C’était un seigneur de la maison de Laval, qui s’est&#13;
donné à Dieu dès sa jeunesse. Le roi l’aime beaucoup pour&#13;
son mérite et qualité. Elle [Sa Majesté] voulait le retenir en&#13;
France, mais l’amour que ce bon prélat porte à cette nouvelle&#13;
Église [a fait qu’il] a supplié Sa Majesté d’y revenir 799&#13;
&#13;
NDLR : Cette lettre est publiée dans l’édition de Guy Oury, Marie de l’Incarnation (1599-1672).&#13;
Correspondance, 1971, Lettre 209, p. 718-719. Elle était écrite à la mère Marie-Alexis Boschet,&#13;
supérieure des Ursulines de Mons, le 20 octobre 1663, Doc. 21-8.&#13;
799&#13;
&#13;
- 1323 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-2&#13;
&#13;
À la question 19 800, fo 408r : Dans une autre lettre datée d’octobre 1666 801, la&#13;
même vénérable mère nous montre la profonde vénération du Serviteur de&#13;
Dieu pour les saintes reliques. C’était la translation du corps de saint&#13;
Flavien et de sainte Félicité que N. S.-P. le pape avait donnée à Mgr de Laval :&#13;
Il ne s’était point encore vu dans ces contrées une si belle&#13;
cérémonie. Il y avait à la procession 47 ecclésiastiques en&#13;
surplis, chapes, chasubles et dalmatiques. Comme il fallait&#13;
porter les reliques dans les quatre églises de Québec, nous&#13;
eûmes la consolation de voir cette magnifique cérémonie.&#13;
M. de Tracy, vice-roi*, M. de Courcelle, gouverneur, avec les&#13;
deux plus considérables de la noblesse portaient le dais. Les&#13;
plus élevés en dignité d’entre les ecclésiastiques portaient les&#13;
quatre grandes châsses sur des brancards magnifiquement&#13;
ornés. La procession sortant d’une église y laissait une châsse.&#13;
La musique ne cessa point, tant dans les chemins que dans les&#13;
stations. Monseigneur suivait les saintes reliques et la&#13;
procession en habits pontificaux. Peu de jours auparavant, il&#13;
avait consacré et dédié l’église cathédrale avec une pompe&#13;
magnifique et il espère consacrer la nôtre l’année prochaine. Je&#13;
n’aurais osé espérer de voir une si grande magnificence dans&#13;
l’Église du Canada, où, quand j’y suis venue, je n’avais rien&#13;
vu que d’inculte et barbare.&#13;
&#13;
NDLR : « Qu’on interroge le témoin à savoir s’il sait ou s’il a entendu dire que le Serviteur de&#13;
Dieu a été orné des vertus chrétiennes et s’il les a constamment pratiquées ; et s’il répond&#13;
affirmativement, que le témoin énumère toutes et chacune des vertus, spécialement celles que cedit&#13;
Serviteur de Dieu a pratiqué ; en même temps, qu’on l’interroge par quelles œuvres, quels faits,&#13;
quels signes et autres arguments ces choses ont été prouvées, spécialement les vertus théologales,&#13;
soit la foi, l’espérance et la charité envers Dieu et envers le prochain, et les vertus cardinales, soit la&#13;
prudence, la justice, la force et la tempérance, avec leurs vertus relatives, c’est-à-dire tous les autres&#13;
gestes, paroles et actions contenus dans les Articles, et accomplis par ce Serviteur de Dieu de&#13;
quelque manière et qualité que ce soit ; et qu’il justifie, etc. »&#13;
801&#13;
NDLR : Dans l’édition Oury, Lettre 223, écrite à son fils le 16 octobre 1666, p. 767-769.&#13;
800&#13;
&#13;
- 1324 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-2&#13;
&#13;
En octobre 1666, la vénérable mère, parlant de notre église, déclara que&#13;
Monseigneur avait eu la bonté d’en faire la dédicace « avec une&#13;
magnificence extraordinaire. Tout y fut ravissant et les cérémonies y furent&#13;
exactement observées à la romaine 802 ».&#13;
La présence de Mgr de Laval dans ce pays a considérablement uni les cœurs&#13;
à Rome. Parlant des règles spéciales de notre monastère, la vénérable mère&#13;
écrivit en 1670803 : « Mgr notre prélat, qui est vicaire apostolique, les a&#13;
approuvées ; c’est comme si Rome y avait passé ». Elle ajoute en 1659 804 : « Et&#13;
le Saint-Père prétend avoir quelques droits particuliers dans les nations&#13;
étrangères ; c’est pour cela qu’il nous a envoyé un évêque, non comme&#13;
évêque du pays, mais comme commissaire apostolique sous le titre étranger&#13;
d’évêque de Pétrée ».&#13;
L’éminente piété du Serviteur de Dieu me semble particulièrement&#13;
émouvante dans l’établissement de son Séminaire des Missions étrangères&#13;
de Québec. La communion des biens qu’il a établie a produit un esprit de&#13;
détachement et de charité qui rappelle les temps apostoliques. Cette famille&#13;
d’apôtres, qui ne formait qu’un cœur et qu’une âme, sur le modèle de la&#13;
sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, a fait des prodiges de piété et de&#13;
renoncement à soi-même.&#13;
En 1663 805, la vénérable mère écrivit :&#13;
L’on a pareillement établi l’usage des dîmes, qui sont destinées&#13;
pour l’entretien d’un Séminaire fondé par notre évêque, qui&#13;
doit par ce moyen bâtir des églises partout où il sera&#13;
nécessaire et y entretenir des prêtres pour les desservir. Ces&#13;
&#13;
NDLR : Dans l’édition Oury, Lettre 229, écrite au P. Poncet le 6 octobre 1667, p. 783-785.&#13;
NDLR : Dans l’édition Oury, Lettre 262, écrite à la mère Cécile de Saint-Joseph, supérieure des&#13;
Ursulines de Mons le 12 septembre 1670, p. 881-885.&#13;
804&#13;
NDLR : Dans l’édition Oury, Lettre 183, écrite à son fils en septembre-octobre 1659, p. 613618, Doc. 21-1.&#13;
805&#13;
NDLR : Dans l’édition Oury, Lettre 207, à l’automne 1663, écrite à son fils en septembre ou&#13;
octobre 1663, p. 710-713, Doc. 21-B.&#13;
802&#13;
803&#13;
&#13;
- 1325 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-2&#13;
&#13;
églises seront comme des paroisses, mais ceux qui y&#13;
résideront, au lieu de curés, seront appelés supérieurs, dont&#13;
l’évêque sera le chef. Le surplus des dîmes doit aller à&#13;
l’entretien des pauvres. Ce digne prélat a déjà fait bâtir une&#13;
maison à Québec pour l’évêque et pour loger le gros de son&#13;
Séminaire.&#13;
Quatre ans plus tard, elle écrivait au R. P. Poncet 806, ancien missionnaire&#13;
canadien :&#13;
C’est une bénédiction de Dieu de voir l’union qui est entre&#13;
Mgr notre évêque et nos RR. PP. [jésuites]. Il semble qu’eux et&#13;
MM. du Séminaire ne soient qu’un. M. de Tracy, qui m’a&#13;
déclaré ses sentiments, en est ravi, comme aussi de la majesté&#13;
de l’Église et des grandes actions de piété de ceux qui la&#13;
servent […]. Vous pleureriez de joie de voir de si heureux&#13;
progrès […].&#13;
Les communautés religieuses étaient entrées dans cette union sacrée,&#13;
travaillant toutes ensemble pour gagner les âmes de Dieu, sous l’exemple&#13;
de leur premier pasteur. La confiance dans la sainte Famille, établie par un&#13;
mandement de Mgr de Laval en 1675, n’a pas beaucoup contribué à&#13;
maintenir la ferveur dans la colonie. La vénérable mère écrivit 807 :&#13;
[…] dans laquelle [la Congrégation de la Sainte-Famille] les&#13;
hommes sont conduits par les RR. PP. [jésuites], les femmes&#13;
associées par des dames de piété, et les filles jusqu’à ce qu’elles&#13;
soient mariées, par les Ursulines. Elles se rangent tous les&#13;
dimanches chez nous, où une de nous a le soin de leur faire&#13;
l’instruction, dans laquelle on ne fait que conserver en elles&#13;
les sentiments et les pratiques qu’on leur avait déjà enseignés&#13;
dans le séminaire.&#13;
&#13;
806&#13;
807&#13;
&#13;
NDLR : Dans l’édition Oury, Lettre 229, du 6 octobre 1667, p. 783-785, Doc. 21-D.&#13;
NDLR : Dans l’édition Oury, Lettre 212, du 18 août 1664, p. 727-733.&#13;
- 1326 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-2&#13;
&#13;
L’œuvre du Séminaire de Québec de Mgr de Laval, à une époque à la fois&#13;
séminaire et université, proclame encore aujourd’hui les grands objectifs,&#13;
soit le renoncement de soi, le talent et la profonde piété de son saint&#13;
fondateur [...]&#13;
Il a connu des difficultés de toutes sortes au cours d’un épiscopat de&#13;
cinquante ans dans un pays où tout devait être organisé.&#13;
Tandis que Dieu aura des serviteurs sur la terre, écrivit la&#13;
vénérable mère en 1665 808, le monde leur sera toujours&#13;
contraire. Nous sommes ici au bout du monde et nous ne&#13;
laissons pas d’expérimenter cette vérité. On ne saurait croire&#13;
combien il s’y est, trouvé de calomniateurs contre Mgr notre&#13;
prélat [...] L’on a écrit des lettres diffamatoires qui sont allées&#13;
jusqu’au roi [...].&#13;
Son grand amour pour Dieu s’est étendu à son prochain par des actes&#13;
admirables d’abnégation et de compassion. Sa charité pour les âmes&#13;
apparaît assez dans les immenses sacrifices qu’il a consentis pour la&#13;
conversion des peuples barbares de ces terres et pour établir fermement le&#13;
royaume de Jésus-Christ dans le nouveau peuple qui l’organisait. Les lettres&#13;
de notre vénérable mère nous montrent le Serviteur de Dieu qui envoie des&#13;
missionnaires de tous les côtés.&#13;
Il avait enseigné la langue des Iroquois, ces féroces ennemis de la colonie, à&#13;
M. de Bernières pour aller les instruire 809. Il a lui-même baptisé leur célèbre&#13;
chef Garakontié. D’autre part, les établissements français ont été visités par&#13;
des missionnaires à 200 lieues. À près de 85 ans, il était occupé à envoyer&#13;
des missionnaires à l’embouchure du Mississippi dans le golfe du Mexique.&#13;
Les lettres de notre vénérable mère contiennent, entre autres, un épisode&#13;
émouvant de la grande charité de l’illustre prélat :&#13;
NDLR : Dans l’édition Oury, Lettre 217, du 30 août 1665, p. 751-753, Doc. 21-9.&#13;
NDLR : Nous n’avons pas d’autre témoignage indiquant que Mgr de Laval ou Henri de Bernières&#13;
auraient parlé des langues autochtones.&#13;
808&#13;
809&#13;
&#13;
- 1327 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-2&#13;
&#13;
La mission du R. P. Nouvel aux Montagnais et aux Nations&#13;
du Nord est florissante. Il y a peu de temps qu’il en amena&#13;
500 à Tadoussac, qui témoignèrent une extrême passion de&#13;
voir Mgr notre prélat. Si tôt que Sa Grandeur en fut avertie, elle&#13;
partit pour les aller visiter et les féliciter de leur soumission à&#13;
la foi et pour ne pas perdre une occasion si favorable, elle&#13;
donna le sacrement de confirmation à ceux qui se trouvèrent&#13;
disposés pour le recevoir. Sa charité l’avait portée peu de&#13;
temps auparavant à aller visiter tous les forts jusqu’à celui qui&#13;
est le plus proche des Iroquois, où il conféra le même&#13;
sacrement à ceux qui ne l’avaient point reçu 810.&#13;
Le zèle de Mgr de Laval pour l’éducation chrétienne est assez visible dans&#13;
la fondation de son Grand et Petit Séminaire et dans les écoles qu’il a&#13;
établies dans de nombreux endroits. En ce qui nous concerne, nous le&#13;
voyons mille fois face à l’augmentation et au succès de notre travail.&#13;
En 1660, il a reçu les vœux de deux novices. Selon nos Annales, c’étaient les&#13;
premières professions religieuses qui aurait été présidées par un évêque de&#13;
ce pays. Il était lui-même responsable de l’écriture en France pour le&#13;
recrutement de sujets compétents et dévoués.&#13;
En 1681, voyant que les constitutions originales n’avaient plus aucune&#13;
raison d’être à la suite des changements inattendus survenus dans le pays&#13;
depuis quarante ans, en particulier pour le renvoi des Sauvages, il fit&#13;
correspondre celles de notre maison à celles de la Congrégation de Paris, la&#13;
mieux fondée et la plus riche, la plus importante congrégation de l’Ordre&#13;
des Ursulines, nous faisant adopter les constitutions et les règles de cette&#13;
congrégation. Les mots de son mandement au sujet de ce changement&#13;
montrent à quel point Mgr de Laval a cherché à obtenir la gloire de Dieu et&#13;
à assurer la prospérité de notre maison, en particulier son bien spirituel.&#13;
&#13;
810&#13;
&#13;
NDLR : Dans l’édition Oury, Lettre 237, du 1er septembre 1668, p. 807-812.&#13;
- 1328 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-2&#13;
&#13;
Toutes les souffrances se méritaient la compassion du Serviteur de Dieu,&#13;
son domicile servant parfois de refuge aux pauvres gens terrifiés par les&#13;
incursions des Iroquois. Les infirmes et les malades pouvaient compter sur&#13;
une tendresse toute particulière. La vénérable mère écrivit :&#13;
Le dernier vaisseau s’est trouvé à son arrivée infecté de fièvres&#13;
pourprées et pestilentielles. Presque tout le pays a été infesté&#13;
et l’hôpital, rempli de malades. Mgr notre prélat y est&#13;
continuellement pour servir les malades et faire leur lit. On&#13;
fait ce que l’on peut pour l’en empêcher et pour conserver sa&#13;
personne, mais il n’y a point d’éloquence qui le puisse&#13;
détourner de ces actes d’humilité 811.&#13;
Dans l’Annexe de ses réponses, le témoin ajouta à la question 19, fo 429v : J’ai&#13;
parfois entendu blâmer Mgr de Laval pour certaines difficultés, dont nous&#13;
parlons dans les deux lettres de la vénérable mère de l’Incarnation. Les&#13;
personnes qui l’ont si rapidement jugé me semblent avoir vu les choses&#13;
superficiellement. Ces difficultés ont été causées par certains changements&#13;
notables que le Serviteur de Dieu a apportés lors de la constitution du&#13;
monastère et que les religieuses considéraient comme opposés à l’esprit de&#13;
l’Ordre. À l’époque où Mgr de Laval était arrivé au Canada, il n’était pas au&#13;
courant des difficultés rencontrées par notre vénérable mère et ses&#13;
compagnes depuis 20 ans et il a été appelé à approuver des constitutions&#13;
spéciales destinées à des religieuses de diverses congrégations d’Ursulines&#13;
ou placées dans des circonstances exceptionnelles. Certaines religieuses lui&#13;
avaient même demandé un certain nombre de ces constitutions. C’est&#13;
probablement aussi parce qu’il n’avait jamais été lié à un monastère de&#13;
religieuses ursulines, où tout doit converger vers l’objectif principal de&#13;
l’Ordre : l’éducation chrétienne des filles.&#13;
&#13;
811&#13;
&#13;
NDLR : Dans l’édition Oury, Lettre 183, à l’automne 1659, p. 613-618, Doc. XXI-1.&#13;
- 1329 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-3&#13;
&#13;
Notre vénérable mère, même si elle exprimait ses craintes à la maison de&#13;
Tours, à laquelle elle a mis au courant des changements proposés par&#13;
Mgr de Laval, reconnaissait les intentions saintes et le zèle du prélat. De&#13;
plus, le Serviteur de Dieu a fait preuve d’une grande prudence en donnant&#13;
un an pour la communauté de l’expérimenter. Il a lui-même changé sa&#13;
première impression, car notre vénérable mère a écrit plus tard : « Les&#13;
choses, grâce à Dieu, sont en très bon état et ce que nous avons fait entre&#13;
nous est approuvé du Saint-Siège par Mgr de Pétrée, commissaire&#13;
apostolique, qui a fait tomber son approbation, tant sur notre union que sur&#13;
nos constitutions […] 812. »&#13;
DOC. LXX-3. EXTRAITS DU TÉMOIGNAGE DE GÉDÉON OUIMET&#13;
&#13;
Doc. LXX-3&#13;
Gédéon Ouimet, 58 ans, surintendant de l’Instruction publique de&#13;
la Province de Québec (Témoin 6)&#13;
(Traduction de l’italien, de l’original français)&#13;
M. Gédéon Ouimet, ancien député de la Chambre de la province de Québec,&#13;
ancien procureur général et ancien premier ministre de ladite province,&#13;
surintendant de l’Instruction publique de ladite province, fut appelé quatre fois à&#13;
donner son témoignage dans divers procès célébrés pour la Cause de Mgr de Laval.&#13;
Pour ce qui regarde la vie et les vertus du Serviteur de Dieu, ses dépositions n’ont&#13;
pas un intérêt spécial ; mais ce qu’il révèle sur la réputation de sainteté de&#13;
Mgr de Laval conservée au sein de sa famille, soit dans le procès ordinaire, soit&#13;
dans le procès apostolique, est digne de mention.&#13;
&#13;
À la question 7, fo 466 : J’ai entendu parler de Mgr de Laval pour la première&#13;
fois par ma mère dans mon enfance. Je devais avoir six ou sept ans. En&#13;
m’enseignant la religion, elle m’a mentionné le premier évêque du pays et&#13;
m’a dit combien de fatigues il avait glorieusement endurées au cours de ses&#13;
longs voyages. « C’était un saint », m’a-t-elle dit. Souhaitant que je sois&#13;
horrifié par l’utilisation immodérée de boissons enivrantes, elle a déclaré&#13;
qu’on avait infligé de nombreuses punitions au premier évêque du pays&#13;
pour avoir voulu empêcher leur trafic. « Tu vois, dit-elle, comme à un&#13;
saint. » Elle comparaît la facilité de communication que Mgr Plessis avait à&#13;
&#13;
812&#13;
&#13;
NDLR : Ibidem.&#13;
- 1330 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-3&#13;
&#13;
celle du premier évêque. Mgr Plessis était un évêque à l’époque. Ma mère&#13;
est décédée à l’âge de 85 ans, en 1864.&#13;
À la question 8813, fo 467 : Pendant de nombreuses années, j’ai nourri dans&#13;
mon âme une dévotion spéciale pour Mgr de Laval, comme pour la mère de&#13;
l’Incarnation et la mère Bourgeoys. La raison en est que sa vie est si&#13;
exemplaire, quand je lis les énormes efforts qu’il a dû déployer pour&#13;
s’acquitter de ses fonctions de prêtre et d’évêque, son abnégation, le fait de&#13;
renoncer à tous ses biens pour venir dans notre pays s’acquitter de ses&#13;
devoirs. Si pénible [...] J’ai entendu un protestant dire en ma présence, il y&#13;
a quatre ans, que l’Église catholique finirait sans doute par béatifier&#13;
François de Laval, car beaucoup d’autres avaient été canonisés qui, à son&#13;
avis, n’en valaient pas la peine. Ce protestant était le Dr Miles, auteur d’une&#13;
histoire estimée du Canada.&#13;
À la question 12 814, fo 469 : Je me souviens de ma mère me disant que le jour&#13;
de son arrivée au Québec, il avait baptisé un petit Sauvage* et lui avait mis&#13;
une couronne de fleurs autour du cou.&#13;
À la question 13 815, fo 478r : J’ai déjà dit que je tenais au Serviteur de Dieu et&#13;
que j’allais moi-même plusieurs fois vénérer sa dépouille mortelle exposée&#13;
dans la chapelle du Séminaire de Québec et que, chaque fois que j’y allais,&#13;
il y avait une grande compétition de fidèles qui, comme je l’ai évidemment&#13;
fait, ont prié le Serviteur de Dieu d’intercéder pour eux. Je n’ai aucun lieu&#13;
de croire que la dévotion au Serviteur de Dieu a diminué.&#13;
813&#13;
NDLR : « Qu’on interroge aussi le témoin à savoir s’il nourrit en son cœur et maintient une&#13;
dévotion spéciale et une affection pour la mémoire du Serviteur de Dieu François&#13;
de Montmorency*-Laval ; pour quel motif ; s’il désire ou travaille à sa béatification et canonisation ;&#13;
et par quels moyens s’efforce-t-il de parvenir à cette fin ; et qu’il justifie, etc. »&#13;
814&#13;
NDLR : « Que le témoin soit interrogé à savoir s’il sait ou s’il a entendu dire, sur quel point&#13;
précisément ou en quels lieux, ce Serviteur de Dieu a vécu ; à quel âge cela s’est produit ; à quoi&#13;
s’affairait-il alors ; quel genre de vie il menait ; quel fut son état ; et s’il a toujours persévéré ; et,&#13;
comme ci-haut, et qu’il justifie, etc. »&#13;
815&#13;
NDLR : « Que le témoin soit interrogé à savoir s’il sait ou s’il a entendu dire que le Serviteur de&#13;
Dieu se soit enrôlé dans la milice cléricale ; s’il sait sous quelle impulsion et quels motifs il fut&#13;
poussé à le faire, divins ou humains ; comment il s’est comporté en cet état ; s’il a cherché son intérêt&#13;
ou, au contraire, s’il a désiré ardemment et recherché la gloire de Dieu et le salut des âmes ; et qu’il&#13;
justifie, etc. »&#13;
&#13;
- 1331 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-4&#13;
DOC. LXX-4. EXTRAITS DU TÉMOIGNAGE DE LOUIS BEAUDET&#13;
&#13;
Doc. LXX-4&#13;
Louis Beaudet, 51 ans, prêtre du Séminaire de Québec et vice-recteur de&#13;
l’Université Laval à Montréal (Témoin 16)&#13;
(Traduction de l’italien, de l’original français)&#13;
L’abbé Louis Beaudet, du Séminaire de Québec, à l’époque du procès vice-recteur&#13;
de l’Université Laval, dans sa succursale de Montréal, avait préparé le matériel&#13;
pour une Vie de Mgr de Laval, qui ne fut pas publiée. Dans sa déposition, en se&#13;
basant sur une documentation étendue et sûre, il donne un intéressant résumé&#13;
biographique de Mgr de Laval et s’attarde sur de longues considérations et&#13;
discussions qui ont pour objet un fait ou l’autre de sa vie. Nous donnons ici&#13;
seulement de brefs extraits relatifs à la nomination du Serviteur de Dieu comme&#13;
vicaire apostolique du Canada, au statut civil et religieux de la colonie, à la&#13;
fondation du Séminaire de Québec et au ministère du Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
À la question 8, fo 693v : Je suis occupé depuis quelque temps à rassembler&#13;
les documents qui peuvent être utilisés pour écrire sa Vie et c’est avec&#13;
plaisir que j’arrive à les déposer dans la Cause de sa canonisation.&#13;
À la question 12, fo 712v : Le pays était tout armé et presque réduit à&#13;
l’extrême lorsque le Serviteur de Dieu est arrivé au Canada ; les féroces&#13;
Iroquois firent la guerre la plus cruelle pendant dix ans ; leurs bandes&#13;
couvraient la campagne, non pas par des sièges réguliers ni des batailles&#13;
ordonnées, mais en tendant des pièges, en surprenant les habitants isolés et&#13;
en exerçant les cruautés les plus horribles et les plus raffinées sur les&#13;
malheureux qui tombaient entre leurs mains (voir La Tour, Mémoires sur la&#13;
vie de M. de Laval, premier évêque de Québec, 1761, p. 54 et ss ; les Relations des&#13;
Jésuites en divers points, en particulier 1659 ; les lettres de la vénérable mère&#13;
Marie de l’Incarnation ; le Journal des Jésuites ; et toutes les Histoires du&#13;
Canada).&#13;
Au printemps de 1660, moins d’un an après l’arrivée du Serviteur de Dieu,&#13;
les Iroquois avaient planifié la destruction complète de la colonie ; elle n’a&#13;
été sauvée que par l’héroïsme de Dollard et de ses compagnons (Faillon,&#13;
Histoire de la colonie française en Canada, Ville-Marie, 1865, vol. 2, chapitre 15).&#13;
Les trois premières années de l’épiscopat du Serviteur de Dieu le passèrent&#13;
ainsi dans des travaux et des alarmes constants et dans le danger permanent&#13;
- 1332 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-4&#13;
&#13;
de perdre leur vie parmi les suppliants. C’est dans ces conditions que,&#13;
mettant toute sa confiance en Dieu, ne trouvant pas dans ses maux qu’un&#13;
nouvel aliment pour son zèle, le Serviteur de Dieu s’engage à effectuer la&#13;
première visite épiscopale de son vaste diocèse. Il se rendit à Beaupré en&#13;
février 1660 et à Montréal et à Trois-Rivières pendant la saison estivale&#13;
(Registre Cresima). Il est très ardu de se faire une idée juste des difficultés&#13;
que le Serviteur de Dieu a rencontrées dans un pays presque entièrement&#13;
habité par des Sauvages*, presque tous encore infidèles.&#13;
Il y avait certainement du travail pour un nombre d’ouvriers évangéliques,&#13;
beaucoup plus important que celui dont il disposait. Nous avons dit&#13;
précédemment que seuls trois prêtres, MM. Charny de Lauson, Torcapel et&#13;
Pelerin, et un neveu de M. [Jean] de Bernières, simple tonsuré, ont&#13;
accompagné Mgr de Laval lors de son premier voyage ; un quatrième,&#13;
M. de Saint-Sauveur, était dans le village ; à Montréal, des sulpiciens et des&#13;
jésuites ; c’est tout le clergé séculier et régulier de la Nouvelle-France&#13;
lorsque Mgr de Laval a commencé son long et pénible épiscopat. De plus,&#13;
deux des quatre prêtres séculiers, MM. Torcapel et Pèlerin, ont dû rentrer&#13;
en France en 1660, à cause de leur santé. Le Serviteur de Dieu, réalisant que&#13;
le nombre d’ouvriers évangéliques était loin de suffire à tous les travaux du&#13;
ministère, pensa fonder un séminaire à Québec, qui fournirait des prêtres,&#13;
sans être obligé de les demander continuellement en Europe. Ces prêtres&#13;
étant originaires du pays, ils seraient mieux disposés à la vie des missions&#13;
[...]&#13;
Le Serviteur de Dieu a œuvré avec une constance admirable pour&#13;
l’éducation de la jeunesse canadienne pendant son très long épiscopat.&#13;
Même devenu très âgé, il a toujours montré la même énergie pour ce travail.&#13;
Dans la vigueur des années, non content de son Grand et de son Petit&#13;
Séminaire, il avait également fondé à la même époque, à Saint-Joachim, à&#13;
dix lieues de Québec, une École d’arts et de métiers*, dans laquelle les&#13;
enfants de paysans, au-delà des éléments de la littérature et de la&#13;
comptabilité, apprirent encore différents métiers. Il a encouragé la création&#13;
des sœurs de la Congrégation à Montréal et à Québec pour les écoles de&#13;
- 1333 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-4&#13;
&#13;
filles et des frères Charon pour les écoles de garçons. Il a également pensé&#13;
à la création d’une école sur l’île d’Orléans pour former les instructeurs.&#13;
(Cf. Archives des Missions étrangères de Paris, Histoire manuscrite du Séminaire&#13;
de Québec, vol. 45, par Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau, archevêque de&#13;
Québec.)&#13;
Dès que le Serviteur de Dieu est arrivé, il a donné une nouvelle impulsion&#13;
aux missions, en permettant aux pères jésuites d’augmenter le nombre de&#13;
leurs missionnaires par un accroissement des ressources et en y envoyant&#13;
également des prêtres laïcs, qui se sont révélés des dignes ambassadeurs&#13;
des pères. À son retour de sa visite pastorale à Montréal en 1660, il rencontra&#13;
sur la rivière le P. Ménard, qui partait pour la mission de l’Outaouais. « Mon&#13;
Père, toute raison semble vous retenir ici, lui dit-il, mais Dieu, plus fort que&#13;
toutes les raisons, vous veut dans le pays où vous allez 816 ».&#13;
MM. Petit, Martin et Trouvé, prêtres de Saint-Sulpice, ont également été&#13;
envoyés en mission. En 1660, il envoya des missionnaires au Labrador et&#13;
dans la baie d’Hudson, puis plus tard chez les Sioux et les Abénaquis en&#13;
Acadie. Il envoie également des missionnaires dans les tribus qui vivaient&#13;
sur les rives du lac Michigan et dans certaines populations de l’Ouest, dont&#13;
il ne connaissait même pas le nom. Il profita également du passage des&#13;
bandes sauvages*, venues dans les environs de Québec, pour leur donner&#13;
des missionnaires, qui les accompagneraient dans leurs villages de&#13;
montagne.&#13;
Tels étaient les desseins d’un cœur plein de zèle pour la gloire de Dieu et&#13;
pour la propagation de la sainte foi. Ne pouvant, en raison de ses&#13;
occupations particulières, se rendre personnellement dans ces missions&#13;
lointaines, il ne s’est pas empêché de parcourir les missions principales de&#13;
son immense diocèse de plus de 100 lieues, de la rivière Saguenay au lac&#13;
des Deux-Montagnes. Nous avons vu à quel point les visites pastorales du&#13;
&#13;
NDLR : Lettre du P. Ménard, jésuite, 1662, d’après les Jesuit Relations and Allied Documents,&#13;
édition Thwaites, Cleveland, 1896-1901, vol. 48, p. 258, Doc. 30.&#13;
816&#13;
&#13;
- 1334 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-4&#13;
&#13;
Serviteur de Dieu étaient douloureuses, qu’il le fasse en canot en été ou avec&#13;
des patins 817 sur neige en hiver. Le Serviteur de Dieu, ayant un teint délicat,&#13;
ne pouvait résister à tant de souffrances. Il a contracté des maladies très&#13;
graves qui l’ont duré toute sa vie. Quelques années plus tard, il était si&#13;
gravement malade qu’il était mécontent de ses journées.&#13;
À la question 26 818, fo 791r : Nous lisons dans le Journal Le Canadien du&#13;
5 février 1847819 : « Ce n’est pas en vain que nous unissons ici la mémoire&#13;
ressuscitée et vengée de Mgr de Laval à la cause de la Tempérance. […] Les&#13;
luttes généreuses du premier apôtre du Canada sont un bel exemple offert&#13;
à ses successeurs qui, on le voit, ont recueilli son esprit en succédant à son&#13;
héritage. […] Que des esprits prévenus, ou plutôt abusés, par le brillant de&#13;
certaines doctrines, appellent cette sainte et influence domination,&#13;
empiètement, c’est-à-dire que ces esprits trouvent mauvais que les gardiensnés de la foi et des mœurs conservent en même temps, avec ces grands&#13;
intérêts et par ces intérêts, les vraies bases d’une aisance sociale modérée ;&#13;
nous avons qu’à nous affliger de cette erreur, sans vouloir la partager&#13;
jamais. Certes, si les liqueurs dévorantes, qui allumèrent dans les veines de&#13;
nos pères le feu de toutes les passions, n’eussent pas rencontré un obstacle&#13;
dans le zèle ferme et éclairé de l’apôtre de la Nouvelle-France, qui sait si ce&#13;
funeste héritage n’eût pas fait de nous un peuple de crétins ou à demibarbares ? Et malgré tous les soins dont la religion nous a constamment&#13;
entourés, qui sait encore si la plaie trop visible de l’intempérance parmi&#13;
nous ne vient pas d’un germe malheureux que deux siècles n’ont pu&#13;
étouffer, qu’un zèle constant n’a pu détruire ? (Article de M. Viger,&#13;
commandeur de l’Ordre de saint Grégoire le Grand). »&#13;
&#13;
817&#13;
Il ne s’agit pas de patins mais de raquettes, comme dit le texte original, soit des raquettes pour&#13;
marcher sur la neige fraîche.&#13;
818&#13;
NDLR : « Qu’on interroge le témoin à savoir s’il sait ou s’il a entendu dire que le Serviteur de&#13;
Dieu a souffert des contradictions, des adversités, des injures ; et s’il répond affirmativement, qu’on&#13;
l’interroge sur l’époque, le lieu et l’occasion, de quelles personnes, combien de fois on lui a fait&#13;
souffrir ces insultes et précisément de quel rang et qualités étaient les personnes qui ont offensé le&#13;
Serviteur de Dieu ou qui lui ont créé des oppositions de quelque manière que ce soit ; et qu’il justifie,&#13;
etc. »&#13;
819&#13;
NDLR : J. Viger, « La tempérance et Mgr de Laval », Le Canadien, 5 février 1847, p. 2-3.&#13;
&#13;
- 1335 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-5&#13;
DOC. LXX-5. EXTRAITS DU TÉMOIGNAGE D’HOSPICE ANSELME VERREAU&#13;
&#13;
Doc. LXX-5&#13;
Hospice Anselme Verreau, prêtre, 54 ans, directeur de&#13;
l’École normale Jacques-Cartier de Montréal&#13;
(Témoin 17, 1er ex officio, convoqué par le Tribunal)&#13;
(Traduction de l’italien, de l’original français)&#13;
L’abbé Verreau, directeur de l’École normale Jacques-Cartier de Montréal,&#13;
docteur en lettres, membre de plusieurs sociétés historiques et profond&#13;
connaisseur de l’histoire canadienne, fut envoyé en Europe en 1873 par le&#13;
gouvernement du Canada pour commencer à recueillir de la documentation&#13;
relative au Canada, qui se trouvait dans plusieurs archives européennes. Son&#13;
évaluation et ses observations sur la vie de Mgr de Laval méritent une attention&#13;
particulière.&#13;
&#13;
À la question 13, fo 813v : Le résultat de mes recherches me convainc que le&#13;
Serviteur de Dieu s’est fait enrôler dans la milice des prêtres pour la plus&#13;
grande gloire de Dieu et le salut des âmes.&#13;
À la question 14 820, fo 814r : Il a été promu à l’épiscopat à la demande du roi,&#13;
qui affirmait, dans sa demande, que le bien de la religion exigeait la&#13;
présence d’un évêque au Canada. Loin d’avoir fait des efforts pour obtenir&#13;
cette dignité, Mgr de Laval semble ne jamais avoir accompli les pratiques&#13;
ordinaires qui étaient utilisées pour s’imposer à l’époque, pour ceux qui&#13;
devaient être élevés à l’épiscopat, comme par exemple faire connaître leur&#13;
nom et leur qualité à la Cour de Rome, charger quelqu’un de défendre ses&#13;
intérêts et payer les dépenses nécessaires. M. Gueffier, chargé des affaires&#13;
françaises au tribunal de Rome, se plaint de l’indifférence de M. de Laval à&#13;
cet égard. J’ai vu la correspondance originale de Gueffier, dans laquelle il&#13;
fait état de toutes les pratiques qu’il a suivies pour la nomination de&#13;
Mgr de Laval. Rien ne nous indique que le Serviteur de Dieu ait fait un seul&#13;
pas pour atteindre l’épiscopat. En effet, le contraire résulte de cette&#13;
correspondance.&#13;
NDLR : « Qu’on interroge le témoin à savoir s’il sait ou s’il a entendu dire que le Serviteur de&#13;
Dieu a été promu du rang sacerdotal à la dignité épiscopale ; et si la réponse est affirmative, qu’on&#13;
l’interroge de nouveau s’il sait si le Serviteur de Dieu s’est procuré cette dignité et ce grade pour&#13;
quelque motif ou de quelque manière ou, au contraire, si cela est arrivé par le bon vouloir et par une&#13;
disposition de Dieu ; comment il s’est comporté en ce sublime état ; quel diocèse le Saint-Siège lui&#13;
a-t-il assigné à gouverner ; qu’y a-t-il fait de remarquable ; et qu’il justifie, etc. »&#13;
820&#13;
&#13;
- 1336 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-5&#13;
&#13;
À la même question, fo 815r : Tous les livres qui parlent de Mgr de Laval, ainsi&#13;
que tous les manuscrits que j’ai consultés, le présentent comme animé du&#13;
désir de la gloire de Dieu et du salut des âmes et plein de zèle apostolique.&#13;
À la question 17 821, fo 819v : Je crois que le souvenir de la vie et des vertus de&#13;
Mgr de Laval est un peu effacé dans l’esprit des gens, ainsi que des gens&#13;
éduqués à l’époque de la Conquête du Canada par l’Angleterre, à cause de&#13;
la dureté des temps, c’est-à-dire à cause des difficultés rencontrées par le&#13;
clergé et la religion lors du recrutement. Toute l’attention des catholiques a&#13;
été portée du côté de la défense de leurs droits et de la recherche du meilleur&#13;
moyen d’obtenir de l’Angleterre la préservation des libertés religieuses. Cet&#13;
affaiblissement n’est pas particulier à la mémoire de Mgr de Laval. J’ai&#13;
constaté qu’il s’est étendu à la mémoire de toutes les autres figures saintes&#13;
de notre pays. Je pourrais peut-être ajouter une autre raison : c’est que nous&#13;
avons soigneusement évité de nous souvenir du passé pour ne pas exciter&#13;
les soupçons et la jalousie des vainqueurs.&#13;
À la question 18 822, fo 820r : Quant à son zèle pour la gloire de Dieu et la&#13;
préservation de la morale, je sais qu’il a été exposé au mécontentement des&#13;
gouverneurs et même à une certaine persécution de leur part ; mais son zèle&#13;
ne semble pas plier et, dans ses luttes, il a fait preuve de fermeté, mais en&#13;
même temps de prudence. Je mentionnerai ici le combat qu’il a dû soutenir&#13;
en ce qui concerne le commerce des spiritueux. Je peux aussi ajouter la&#13;
question des controverses qu’il a eues avec l’abbé de Queylus, vicaire&#13;
général de l’archevêque de Rouen. Dans cette controverse, cela ne&#13;
concernait pas personnellement Mgr de Laval ; c’est une question de&#13;
821&#13;
NDLR : « Qu’on interroge le témoin en quel lieu ou lieux cette estime ou réputation de sainteté&#13;
a existée : uniquement au lieu où le Serviteur de Dieu est né ou a grandi ou également ailleurs ; en&#13;
quels lieux et depuis quelle époque peut-on dire qu’elle a commencé ; si elle a continué ou si elle a&#13;
été interrompue ; pendant combien de temps a duré cette interruption ; si c’est l’opinion commune&#13;
en ce lieu ou ces lieux ou l’opinion de quelques-uns seulement et de qui ; et si quelqu’un a eu&#13;
quelques fois une opinion contraire ; et qu’il justifie, etc. »&#13;
822&#13;
NDLR : « Qu’on interroge le témoin à savoir s’il sait ou a entendu dire que ledit Serviteur de&#13;
Dieu François de Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec et fondateur du Séminaire de&#13;
Québec, a toujours observé exactement et régulièrement les commandements de Dieu et les&#13;
préceptes de l’Église et tout ce à quoi il était tenu en raison de son état sacerdotal et épiscopal ; s’il&#13;
a eu le zèle pour l’honneur et la gloire de Dieu et pour le salut des âmes ; ce qu’il a souffert pour&#13;
cette cause ; et avec quel résultat il a fait toutes ces choses ; et qu’il justifie, etc. »&#13;
&#13;
- 1337 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-5&#13;
&#13;
juridiction, dont la nullité pourrait avoir les conséquences les plus graves.&#13;
Les cardinaux et le pape se sont prononcés, de manière très formelle, contre&#13;
la prétendue juridiction de l’archevêque de Rouen et le pape s’est également&#13;
plaint de la ténacité de l’archevêque au représentant de la France, car il a&#13;
transmis ses plaintes à la reine-mère. Mgr de Laval devait connaître ces&#13;
détails et s’il avait recours au bras séculier, c’est-à-dire au pouvoir du&#13;
gouverneur, d’empêcher M. de Queylus d’exercer sa compétence, il aurait&#13;
eu recours à un des moyens utilisés à cette époque, notamment que le&#13;
gouvernement s’est donné comme protecteur et défenseur de l’autorité&#13;
religieuse.&#13;
À la question 19, fo 822r : Quant à sa vertu d’espérance, c’est clairement dans&#13;
toute sa conduite. Mais cela résulte d’une manière plus spéciale d’une&#13;
écriture attribuée au frère Houssart, qui l’aurait aidé dans les dernières&#13;
années de sa vie. En ce qui concerne l’authenticité de ce document, je vous&#13;
fais confiance, conformément aux lois de la critique ordinaires, bien que je&#13;
n’aie pas vu l’original. D’autre part, je n’ai rien vu dans mes recherches qui&#13;
puisse me faire douter de la pratique des vertus théologales du Serviteur de&#13;
Dieu. Tous les historiens contemporains, comme la mère de l’Incarnation,&#13;
les Relations des Jésuites et des Récollets, la correspondance officielle des&#13;
gouverneurs et ce qui a été publié en France dans La Gazette et dans&#13;
Le Mercure [Galant], n’ont qu’une voix pour parler des vertus cardinales et&#13;
autres pratiquées par le Serviteur de Dieu.&#13;
À la question 27823, fo 825 : Ces contradictions étaient certainement graves.&#13;
Celles qu’ont suscité M. de Frontenac ont souvent été répétées sous une&#13;
forme ou une autre, car elles concernaient des questions relatives à&#13;
l’administration de l’ordre public. M. de Frontenac, très bon catholique, se&#13;
formait une fausse idée de ses droits et devoirs de gouverneur. Il craignait&#13;
NDLR : « Que le témoin soit interrogé à savoir s’il sait si les contradictions, oppositions, insultes&#13;
ou n’importe quelles autres persécutions, que les témoins énuméreront clairement, ont été graves et&#13;
nombreuses ; si ledit Serviteur de Dieu a indiqué la raison de telles oppositions ; si l’opinion&#13;
commune est que cela soit mérité, par sa propre faute, par manque de prudence ou autrement. Qu’on&#13;
l’interroge également à savoir si le Serviteur de Dieu a supporté patiemment ces contradictions et&#13;
offenses mentionnées ; s’il a montré le désir de se venger au sujet des oppositions mentionnées ; et&#13;
qu’il justifie, etc. »&#13;
823&#13;
&#13;
- 1338 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXX-5&#13;
&#13;
surtout que l’autorité de l’évêque n’usurpe l’autorité du roi, c’est-à-dire sa&#13;
propre autorité. Je ne crois pas, à la suite des résultats de mes études, que&#13;
Mgr de Laval ait donné lieu à un manque de prudence face à ces&#13;
contradictions.&#13;
Ce qui ressort de mes recherches, c’est que l’évêque a procédé lentement et&#13;
n’a jamais pris de mesures extrêmes, sauf lorsqu’il avait épuisé les moyens&#13;
de conciliation. L’opinion la plus commune de ses contemporains et de ceux&#13;
qui ont étudié ces sujets est celle que j’ai exprimée. Je n’ai à aucun moment&#13;
vu d’assertion, même sous forme de lamentation, selon laquelle le Serviteur&#13;
de Dieu ait voulu se venger ; et c’est un fait historique que, dans les&#13;
difficultés avec M. de Mésy et avec M. de Queylus, il a fait preuve d’une&#13;
grande patience, bien qu’il ait utilisé les moyens qu’il était supposé prendre&#13;
pour des raisons religieuses.&#13;
À la question 35 824, fo 828v : Un ancien membre du Séminaire de Québec&#13;
m’avait parlé du vénérable M. Demers 825. Selon une tradition, Louis XIV&#13;
considérait lui-même Mgr de Laval comme un saint prélat et, un jour, le&#13;
grand roi, voyant Mgr de Laval très mal vêtu, caché dans la foule de ses&#13;
courtisans, l’appela et le lui présenta, en lui disant : « Voici mon cousin&#13;
Laval de Montmorency, qui est un saint prélat », ou un mot similaire 826.&#13;
&#13;
NDLR : « Qu’on interroge le témoin à savoir si la réputation certifiée de sainteté a toujours été&#13;
maintenue ou si elle a été interrompue ; combien de temps a duré cette interruption ; et si elle n’a&#13;
existé que dans les lieux où il a vécu et est mort ou encore en d’autres lieux et lesquels ; si cette&#13;
réputation a été commune en tous les lieux ou si elle n’a été partagée que par quelques-uns ; si luimême ou d’autres ont pensé le contraire de cette réputation ou s’il a déjà entendu d’autres penser&#13;
autrement ; et qu’il justifie, etc. »&#13;
825&#13;
L’abbé Jérôme Demers fut supérieur du Séminaire de Québec de 1815 à 1821, de 1824 à 1830 et&#13;
de 1836 à 1842.&#13;
826&#13;
NDLR : Cet épisode semble être issu d’une tradition orale plutôt que d’un événement réel,&#13;
puisque nous n’avons trouvé aucun écrit dans lequel Louis XIV fait référence à François de Laval&#13;
comme étant son cousin.&#13;
824&#13;
&#13;
- 1339 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
INTRODUCTION AUX DOCS. LXXI&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LXXI 827&#13;
Extraits du procès de l’autorité apostolique de la curie archiépiscopale de&#13;
Québec sur les vertus et les miracles du Serviteur de Dieu François de Laval,&#13;
1898-1902, d’après la Copie publique 828&#13;
Dans les 188 sessions du procès apostolique tenu à Québec entre le 22 octobre&#13;
1898 et le 2 avril 1902, 20 témoins furent entendus, dont un évêque, un vicaire&#13;
général, quatre prêtres séculiers, un religieux, quatre religieuses et neuf laïcs ;&#13;
quatre avaient été appelés comme co-témoins et deux comme témoins ex officio,&#13;
choisis par le tribunal.&#13;
D’un point de vue historique, ces dépositions ont, dans l’ensemble, une valeur&#13;
bien supérieure à celles du procès ordinaire, dû au traitement plus soigné de la&#13;
question et à l’ampleur de l’information et de la documentation. Les longs extraits&#13;
que nous donnons de ce procès contiennent seulement les parties plus&#13;
caractéristiques et plus utiles pour la connaissance de la vie et des vertus du&#13;
Serviteur de Dieu. Le texte presque complet a déjà été publié dans la Positio Super&#13;
Virtibus, Summarium, Pars Prima.&#13;
Notons aussi que le texte original du procès, comme celui de la copie publique,&#13;
est en français.&#13;
DOC. LXXI-1. EXTRAITS DU TÉMOIGNAGE D’AUGUSTE-HONORÉ GOSSELIN&#13;
&#13;
Doc. LXXI-1&#13;
Auguste-Honoré Gosselin, prêtre, 55 ans, autrefois curé de Saint-Ferréol,&#13;
diocèse de Québec (Témoin 3)&#13;
Le nom de l’abbé Gosselin revient plusieurs fois dans notre Positio. Il est l’auteur&#13;
de trois biographies du Serviteur de Dieu : Vie de Mgr de Laval, premier évêque&#13;
et apôtre du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, 2 vol. ; Le vénérable&#13;
François de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, sa vie et ses&#13;
vertus, Québec, 1890 ; Le vénérable François de Montmorency-Laval, premier&#13;
évêque de Québec, Québec, 1901. La biographie intitulée Le vénérable François&#13;
de Laval, publiée en 1890, a un caractère purement de divulgation et n’a jamais&#13;
été citée dans la Positio. En plus de ces biographies, l’abbé Gosselin fit imprimer&#13;
en 1910 le journal de son voyage en Europe en 1891 (Au pays de Mgr de Laval,&#13;
Québec, 1910), durant lequel il eut l’occasion de visiter les principaux lieux où&#13;
avait vécu le Serviteur de Dieu, soit Montigny-sur-Avre, Paris, Caen, Rouen et&#13;
Évreux, et d’y compiler plusieurs archives. De plus, l’abbé Gosselin écrivit&#13;
plusieurs œuvres sur l’histoire religieuse du Canada, dans lesquelles il parle&#13;
seulement occasionnellement de Mgr de Laval.&#13;
&#13;
NDLR : Afin d’alléger la lecture, nous avons traduit les extraits en latin directement dans le texte&#13;
et les avons mis en italique pour les identifier. Ils ont été traduits par l’abbé Paul-Hubert Poirier en&#13;
2022.&#13;
828&#13;
NDLR : Cette Copia publica est conservée au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, MS947a, MS947b et MS947c. Les questions en latin ont été traduites par le&#13;
P. Roger Laberge, religieux de Saint-Vincent-de-Paul.&#13;
827&#13;
&#13;
- 1340 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
À cause de ses études spéciales sur le Canada et sur le Serviteur de Dieu et à cause&#13;
de ses recherches approfondies faites à ce sujet, l’abbé Gosselin devait être en&#13;
mesure de faire une déposition de valeur exceptionnelle sur la vie et les vertus de&#13;
Mgr de Laval. Il n’en fut pas ainsi. Pour des raisons qui nous échappent, son&#13;
témoignage, tout en conservant une valeur historique valable, n’a dans son&#13;
ensemble ni la précision ni le développement qu’on aurait pu espérer. Malgré cela,&#13;
certaines parties méritent d’être prises en considération, surtout celles qui se&#13;
réfèrent à la famille du Serviteur de Dieu, à sa naissance, à son enfance et à sa&#13;
jeunesse.&#13;
&#13;
À la question 9829, fo 215r : Le vénérable est né à Montigny-sur-Avre, diocèse&#13;
de Chartres, en France, le 30 avril 1623. Son père, Hugues de Laval, seigneur&#13;
de Montigny, et sa mère, Michelle de Péricard, demeuraient à Montigny. Ils&#13;
étaient très pieux, comme nous l’apprennent les Informations canoniques 830.&#13;
Ils possédaient une aisance modérée. Le vénérable a certainement été&#13;
baptisé ; mais les registres de Montigny-sur-Avre manquent à partir de 1600&#13;
jusqu’à 1627 (j’ai constaté moi-même cette lacune, quand je suis allé à&#13;
Montigny-sur-Avre), de sorte qu’on ne peut avoir de certificat authentique&#13;
de son baptême. Il reçut au baptême le nom de François-Xavier 831, d’après&#13;
les documents du temps. Les témoins aux Informations canoniques ont dit&#13;
sous serment qu’ils ont vu son acte d’ordination à la prêtrise ; j’en conclus&#13;
qu’il a reçu tous les sacrements exigés avant de recevoir celui de l’ordre et,&#13;
par conséquent, qu’il a été baptisé et confirmé.&#13;
829&#13;
NDLR : « La vérité est que le Serviteur de Dieu, contraint de s’éloigner de Paris parce que cette&#13;
Société [des Bons Amis] avait été dissoute à cause de la guerre civile, fut heureusement conquis à&#13;
Caen par l’amitié de M. de Bernières-Louvigny, qui était trésorier de France. Comme ce dernier&#13;
avait une profonde vie spirituelle, il avait acheté une maison au centre de la ville, qu’il appelait&#13;
ermitage. Il y vivait, avec des amis de choix, une vie solitaire et aidait ses prochains par des exemples&#13;
de vertu. Le Serviteur de Dieu ne trouva pas d’endroit mieux adapté que cet ermitage de Caen pour&#13;
favoriser la sainteté. Là, pendant quatre ans, il se perfectionna par les dons célestes de la grâce.&#13;
Ainsi, les témoins, très bien instruits, feront leur démonstration selon le droit, indiquant toujours la&#13;
source de leur science, c’est-à-dire en faisant appel à ceux dont ils ont reçu l’information ou à la&#13;
tradition constante et commune ou à ce qui est de notoriété publique. »&#13;
830&#13;
Dans sa déposition, l’abbé Gosselin cite souvent ces Informations canoniques. Il ne s’agit pas&#13;
des Informations rédigées en 1653 (Doc. VI), que l’abbé ne connaissait pas, mais de celles de 1657&#13;
(Doc. X).&#13;
831&#13;
NDLR : Au sujet du prénom de Mgr de Laval, l’abbé Provost écrivit en 1680 : « On l’a tout de&#13;
même appelé “François”, sans plus, bien que des historiens plus et moins récents ainsi insinué&#13;
comme prénom “François-Xavier”, sous prétexte que saint François Xavier, jésuite, venait d’être&#13;
canonisé l’année précédente, 1622. L’attribution est vraisemblable, pour ce motif, mais elle reste&#13;
gratuite et ne paraît fondée sur aucun document, ni aucun usage postérieur, du moins dans&#13;
l’immédiat. Personne ne prétend, du reste, s’appuyer sur un document équivalent à celui du&#13;
baptême. » (H. Provost, « François de Laval est son nom », L’Église canadienne (1er mai 1980),&#13;
vol. 13, no 17, p. 535.)&#13;
&#13;
- 1341 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
Le vénérable était le 3e de la famille. Ses deux frères aînés, François et&#13;
Gabriel (on connaît leurs noms par le P. Anselme), entrèrent dans la carrière&#13;
des armes et moururent à un an de distance, le premier en 1644 et le second&#13;
en 1645, aux batailles de Fribourg et de Nordlingen ; le 4e de la famille&#13;
succéda à son père comme seigneur de Montigny, après que le vénérable&#13;
eut renoncé à ses droits ; le 5e de la famille était Henri de Laval, qui entra&#13;
dans l’Ordre des Bénédictins ; le 6e, Hugues de Laval, qui mourut&#13;
accidentellement à Laigle en 1642 à l’âge d’une douzaine d’années ; le&#13;
7e enfant était une fille, Charlotte, qui se fit religieuse ; et enfin, il y eut une&#13;
fille posthume, Isabelle, dont j’ai vu l’acte de baptême à Montigny et qui&#13;
mourut à l’âge de sept mois.&#13;
Les parents du vénérable étaient très pieux, comme il appert par les&#13;
Informations canoniques, et élevèrent très chrétiennement leurs enfants. La&#13;
famille du vénérable du reste était de la plus haute noblesse, étant une&#13;
branche directe de la grande famille Montmorency. J’ai vu moi-même dans&#13;
l’église de Montigny-sur-Avre une inscription constatant la dédicace de&#13;
l’église par l’évêque d’Évreux, François Boyvin de Péricard, oncle de&#13;
Mgr de Laval, étant le frère de sa mère. Cette inscription renferme le nom du&#13;
père de Mgr de Laval, qui avait travaillé, comme seigneur de l’endroit, à faire&#13;
construire cette église. Or cette inscription est surmontée des armes des&#13;
Montmorency-Laval. J’ajoute ici que la mère de Mgr de Laval avait deux de&#13;
ses frères évêques.&#13;
À la question 10 832, fo 216 : Je sais par les Informations canoniques que le&#13;
vénérable a été élevé très chrétiennement par ses parents, mais je ne sais pas&#13;
s’il a passé toutes les années de son enfance auprès de ses parents. Je sais&#13;
que, dans l’automne de 1631, il a été envoyé au collège de La Flèche, tenu&#13;
par les Jésuites, et qu’il est resté là dix ans, jusqu’en 1641, où il a fait son&#13;
NDLR : « La vérité est que, pendant qu’il demeurait en cet ermitage, le Serviteur de Dieu&#13;
s’adonna assidûment à la prière, à la mortification, aux institutions pour les pauvres et à la&#13;
spiritualité, soit dans des rencontres, soit dans des études. Il s’exerçait au rétablissement [des&#13;
malades] dans les hôpitaux, se dévouait au service des pauvres, pour lesquels il allait jusqu’à faire&#13;
leur lit, était présent pour leurs besoins, malgré le grand inconvénient que cela lui occasionnait, et&#13;
soignait leurs plaies. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
832&#13;
&#13;
- 1342 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
cours d’études classiques complet et son cours de philosophie. On sait&#13;
encore par La Tour (Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier évêque de&#13;
Québec, publiés en France vers 1760) et par les Informations canoniques que&#13;
sa conduite fut toujours très édifiante et qu’il mérita d’entrer de bonne&#13;
heure dans la Congrégation de la Sainte-Vierge. Les documents nous disent&#13;
qu’il était très dévot au Saint-Sacrement et très dévot à la Sainte Vierge.&#13;
Du reste, il appartenait à l’état ecclésiastique auquel il avait été destiné par&#13;
ses parents, ayant été tonsuré au collège peu de temps après son entrée,&#13;
octobre 1631 (La Tour). Non seulement il n’a jamais recherché les plaisirs&#13;
du jeune âge, mais les témoignages nous disent qu’il manifesta dès sa plus&#13;
tendre enfance le plus grand amour pour la vertu (La Colombière). Je n’ai&#13;
aucun détail à donner sur sa première communion et sa première&#13;
confession.&#13;
Mais je sais par les Informations canoniques qu’il fréquentait très souvent&#13;
les sacrements : « [il était] le plus fréquent à recevoir les sacrements ».&#13;
À la question 12 833, fo 217r : Le vénérable était destiné à l’état ecclésiastique&#13;
(il n’avait pas encore tout à fait neuf ans quand il fut tonsuré). C’était&#13;
d’abord l’usage du temps que les cadets étaient destinés à l’état&#13;
ecclésiastique ; mais je sais aussi par tous les témoignages du temps qu’il se&#13;
sentit lui-même, dès le bas âge, attiré vers cet état et même particulièrement&#13;
vers les missions du Canada, comme le dit le roi Louis XIV lui-même dans&#13;
sa lettre à Alexandre VII pour demander Mgr de Laval comme évêque de la&#13;
Nouvelle-France ; et jamais le vénérable ne fit quoi que ce soit pour dévier&#13;
de sa vocation.&#13;
&#13;
NDLR : « La vérité est que durant tout le temps qu’il fut archidiacre [d’Évreux], le Serviteur&#13;
de Dieu accomplit ses fonctions avec soin. En effet, tout ce qu’il faisait – la sollicitude avec laquelle&#13;
il visitait les paroisses de sa juridiction, le zèle avec lequel il redressait les mœurs, l’aide aux pauvres,&#13;
les efforts qu’il mettait en toutes sortes de charités – démontrait à l’Église à quel point il était un&#13;
homme de valeur. Telle était la réputation commune au sujet du Serviteur de Dieu. Ainsi, les&#13;
témoins, etc. »&#13;
833&#13;
&#13;
- 1343 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
À la question 13 834, fo 217r : En 1637, pendant qu’il faisait encore ses études&#13;
à La Flèche, il fut nommé chanoine d’Évreux par son oncle François Boyvin&#13;
de Péricard. C’était un bénéfice ecclésiastique que l’oncle, suivant les usages&#13;
du temps, accordait au neveu pour lui permettre de continuer ses études, la&#13;
famille du vénérable ayant perdu son chef l’année précédente, 1636. Ce&#13;
bénéfice, qui était sur les revenus du secrétariat de l’évêché, était peu&#13;
considérable. Aussi, deux ans plus tard, en 1639, il fut changé en un&#13;
meilleur, qu’il garda jusqu’en 1648, alors qu’il résigna pour devenir&#13;
archidiacre d’Évreux (Archives départementales de l’Eure).&#13;
J’ai dit que ces bénéfices lui avaient été donnés suivant les usages de&#13;
l’époque. Mais d’ailleurs tous les témoignages du temps s’accordent à dire&#13;
qu’il les mérita parfaitement et qu’il s’en montra toujours digne. Il les&#13;
accepta par obéissance pour son oncle, qui les lui donnait, et avec un esprit&#13;
de reconnaissance pour l’Église qui lui procurait ainsi les moyens de&#13;
poursuivre sa vocation. Ces bénéfices et les ressources de sa famille lui&#13;
permirent d’aller faire sa théologie à Paris, au collège de Clermont, tenu par&#13;
les Jésuites, où il se rendit en 1641. Les Informations canoniques disent qu’il&#13;
s’est parfaitement acquitté de tous ses emplois.&#13;
À la question 14 835, fo 218r : J’ai dit que le vénérable perdit son père en 1636&#13;
et ses deux frères aînés en 1644 et 1645. Il se trouva donc chef de la famille&#13;
et naturellement désigné pour le soutien de sa vieille mère. Il faisait alors&#13;
834&#13;
NDLR : « La vérité est que, lorsque le Serviteur de Dieu demeura à Caen, il eut deux affaires&#13;
très graves et très difficiles à traiter en même temps. L’une d’elles fut la mise en place d’une certaine&#13;
discipline dans une communauté religieuse [d’Hospitalières], dont la mission lui fut confiée par&#13;
l’autorité ecclésiastique. Le désordre était tel qu’à peine l’ordre et la paix furent rendus possibles.&#13;
En effet, dans des cas semblables, une grande attention est requise pour déraciner le mal, une grande&#13;
prudence est nécessaire, ainsi qu’une force et une constance pour y apporter des remèdes. Le&#13;
Serviteur de Dieu fit en sorte que cette maison, où il y avait eu désordres et dissensions, devint, par&#13;
ses exhortations, son exemple, ses prières et sa sagesse, un modèle de paix, de piété et de bonté.&#13;
Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
835&#13;
NDLR : « La vérité est qu’une autre affaire fut réglée par le Serviteur de Dieu en l’ermitage de&#13;
Caen, c’est-à-dire la défense de l’hôpital de la ville. Un certain magistrat civil voulait injustement&#13;
dépouiller cette maison d’accueil de ses biens, sous prétexte de la réparer. Le Serviteur de Dieu, vu&#13;
la noblesse de la cause, se rendit chez le roi et ses ministres, [à qui] il dévoila l’injustice cachée. Il&#13;
prit la cause de l’hôpital tellement à cœur qu’il le libéra de tout danger. Grâce au Serviteur de Dieu,&#13;
la paix et la tranquillité y furent restituées, les malheureuses furent aidées et du secours leur fut&#13;
donné, dans la mesure du possible, avec des signes de probité. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
&#13;
- 1344 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
ses études au collège de Clermont. Son oncle l’évêque d’Évreux intervint et&#13;
le supplia de rentrer dans le monde pour surveiller les affaires de la famille ;&#13;
et lui, qui n’avait jamais eu d’autre principe que d’écouter ses supérieurs,&#13;
consentit en effet à suspendre momentanément ses études théologiques&#13;
pour aller au soutien de sa mère à Montigny. Mais il est faux, comme on l’a&#13;
prétendu, qu’il renonça à sa vocation ; et la preuve, c’est qu’il garda son&#13;
bénéfice avec l’intention bien arrêtée de continuer ses études théologiques&#13;
le plus tôt possible ; ce qu’il fit en effet quelques mois plus tard, l’année&#13;
suivante en 1646, et ce que lui conseilla d’ailleurs son oncle Boyvin de&#13;
Péricard à ses derniers moments ; car il mourut en 1646 (Archives&#13;
départementales de l’Eure ; éloge funèbre par M. de La Colombière). Donc&#13;
en 1646, le vénérable retourne à Paris, après avoir renoncé à tous ses droits&#13;
à l’héritage paternel en faveur de son frère Jean-Louis, et reprend avec&#13;
bonheur ses études théologiques qu’il n’avait que momentanément&#13;
suspendues, comme je l’ai dit.&#13;
À la question 15 836, fo 222r : Je sais que le vénérable a reçu la prêtrise le 1er mai&#13;
1647. Je n’ai pas de détails sur la réception des autres ordres, ni sur la&#13;
manière dont il a célébré sa première messe. Il n’y a aucun document à ce&#13;
sujet ni à Paris, ni à Évreux, ni au Canada.&#13;
À la question 16 837, fo 222r : D’après les documents du temps, le vénérable,&#13;
une fois ordonné prêtre, demeura la plupart du temps à Paris, formant&#13;
836&#13;
NDLR : « La vérité est qu’à la Cour royale de France, on songeait depuis un certain temps à&#13;
installer un évêque pour la Nouvelle-France. La reine Anne d’Autriche, après divers essais, confia&#13;
enfin aux pères de la Compagnie de Jésus le soin de trouver un homme compétent, avec assez de&#13;
zèle pour se consacrer à la difficile mission et en même temps capable de soutenir un tel fardeau.&#13;
Les pères jésuites, qui connaissaient bien les mérites du Serviteur de Dieu, le recommandèrent. Ce&#13;
choix plut à la Cour, où l’on avait commencé à estimer favorablement la prudence et la probité du&#13;
Serviteur de Dieu. Le souverain pontife Alexandre VII, bien informé des mérites de cette personne,&#13;
le choisit en décembre 1657 et au mois de mai suivant, il rendit publique [sa nomination comme]&#13;
vicaire apostolique de la Nouvelle-France, ou de l’Amérique du Nord, comme on l’appelle de nos&#13;
jours, avec le pouvoir d’exercer ses fonctions épiscopales sur tout le territoire, en lui conférant le&#13;
titre d’évêque in partibus de Pétrée. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
837&#13;
NDLR : « La vérité est que le Serviteur de Dieu brûlait du désir de se consacrer aux missions et&#13;
à la propagation de la foi chrétienne. Toutefois, il avait des sentiments très bas de lui-même face à&#13;
la tâche et s’estimait tout à fait indigne du titre et de la fonction épiscopale et s’il l’accepta, ce fut&#13;
seulement parce que ses directeurs de conscience l’exigeaient, parce que le souverain pontife et&#13;
&#13;
- 1345 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
partie de cette Société des Bons Amis, appelée aussi la congrégation du&#13;
P. Bagot, du nom de son directeur, laquelle fut le berceau du Séminaire des&#13;
Missions étrangères. Dans cette Société, on se livrait à la pratique de toutes&#13;
les vertus pour sa propre perfection et à toutes les œuvres de charité pour&#13;
le salut des âmes. Dans le témoignage qu’il rendit aux Informations&#13;
canoniques, Mgr Servien, évêque de Bayeux, dit expressément : « Dans cette&#13;
ville [de Paris], il a exercé [toutes les fonctions ecclésiastiques] avec la plus grande&#13;
piété ».&#13;
De 1647 à 1648, il est à Paris, et les œuvres de charité qu’il exerçait étaient&#13;
la visite des malades, des hôpitaux, l’instruction des pauvres enfants&#13;
délaissés. Il visitait les malades dans les hôpitaux d’une manière héroïque,&#13;
pansant leurs plaies, leur donnant tous les secours de l’âme et du corps.&#13;
En 1648, dans l’automne, le vénérable se démet de son canonicat d’Évreux&#13;
et demeure ainsi deux ou trois mois sans canonicat, puis le 7 décembre 1648,&#13;
il est nommé archidiacre d’Évreux par le nouvel évêque, Mgr Du Perron, et&#13;
non pas, comme on l’a prétendu, par son oncle, mort deux ans auparavant.&#13;
À Évreux, il remplit toutes ses fonctions d’archidiacre, au témoignage des&#13;
Informations canoniques, « avec la plus grande louange et le plus grand fruit » ;&#13;
ce qui confirme bien ce que M. de La Colombière disait plus tard dans son&#13;
oraison funèbre :&#13;
L’exactitude de ses visites, la réforme des curés, le bon ordre&#13;
qu’il établit dans leurs paroisses, le soulagement des pauvres,&#13;
son application à toutes espèces de biens, dont aucune de lui&#13;
échappait, tout cela fit bien voir que sans être évêque, il en&#13;
avait l’esprit et le mérite et qu’il n’y avait pas de service que&#13;
l’Église ne dût attendre d’un si grand sujet.&#13;
d’autres supérieurs l’ordonnaient, parce que, enfin, advenant son refus, des difficultés, nées avant&#13;
son élection entre le Saint-Siège et le Roi Très Chrétien, seraient devenues encore plus grandes. Un&#13;
grave dommage serait en effet survenu à l’Église de la Nouvelle-France, alors qu’elle attendait les&#13;
plus grands secours par l’arrivée de son premier pasteur. Il accepta donc la dignité épiscopale à&#13;
condition que, s’il devenait vicaire apostolique et que la fonction disparaissait, il pouvait être&#13;
facilement révoqué. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
- 1346 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
Il fut cinq ans archidiacre d’Évreux, c’est-à-dire jusqu’au mois de décembre&#13;
1653 ; et alors, d’après les Informations canoniques : « Il a résigné ledit&#13;
archidiaconat, sans recevoir d’autre bénéfice ni retenir aucune pension, mais&#13;
purement et simplement pour le bien de l’Église. » Mgr Servien dit de lui : « Pour&#13;
la plus grande gloire de Dieu, il l’a purement et simplement laissé aller. » Or quelle&#13;
était cette « plus grande gloire de Dieu » et ce « bien de l’Église » ? C’est que le&#13;
vénérable Serviteur de Dieu venait d’être désigné avec deux autres de ses&#13;
confrères de la congrégation du P. Bagot pour un des nouveaux vicariats&#13;
apostoliques du Tonkin et de la Cochinchine, qui venaient d’être institués&#13;
par le Saint-Siège. MM. de Laval, Picques et Pallu étaient les trois&#13;
ecclésiastiques proposés à la Cour de Rome et acceptés par elle.&#13;
Le vénérable était encore archidiacre d’Évreux. Ce n’est pas lui qui avait&#13;
demandé d’être nommé vicaire apostolique ; ce sont les Jésuites qui,&#13;
connaissant son mérite, l’avaient proposé à la Cour de Rome. Comme le&#13;
disent les documents du temps, sa haute connaissance, ses vertus, ses&#13;
mérites, le canonicat de l’évêché d’Évreux qu’il possédait depuis longtemps&#13;
et qui était regardé comme un degré du trône épiscopal, suivant&#13;
l’expression de M. de La Colombière, tout cela lui aurait donné droit de&#13;
prétendre à un des plus beaux évêchés de la France. Mais ce n’est pas cela&#13;
qu’il regarde ; un vicariat apostolique au Tonkin et à la Cochinchine avec la&#13;
perspective de travaux apostoliques les plus pénibles, et même du martyre,&#13;
voilà ce qu’il accepte avec résignation, du moment que ce lui est proposé&#13;
par ses directeurs, les Jésuites, et surtout par la plus haute autorité, celle de&#13;
Rome.&#13;
Cette affaire des vicariats apostoliques manqua pour des raisons tout à fait&#13;
indépendantes du vénérable ou plutôt, elle traîna en longueur. C’est sur les&#13;
entrefaites que le vénérable, pour se tenir prêt à remplir les vues de la&#13;
Providence, « plus grande gloire de Dieu » et « pour le bien de l’Église », se démit&#13;
de son archidiaconé d’Évreux. Et comme autrefois le grand saint Ildefonse,&#13;
archevêque de Tolède, qui, désigné pour cet évêché, alla passer deux ou&#13;
trois ans dans un monastère pour se préparer à en remplir dignement les&#13;
fonctions, le vénérable s’en va passer quatre ans à la Solitude ou Ermitage&#13;
- 1347 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
de M. de Bernières-Louvigny, pour achever le travail de sa perfection&#13;
personnelle et se préparer aux grands travaux apostoliques qui l’attendent.&#13;
Sur son séjour à l’Ermitage de Caen, nous avons le témoignage de l’évêque&#13;
du lieu, Mgr Servien, dans les Informations canoniques, qui dit sous&#13;
serment : « Pendant ce temps, il a donné de nombreux exemples de piété et&#13;
d’honnêteté de vie et il a exercé toutes et chacune des fonctions qui relèvent de la&#13;
charge sacerdotale avec la plus grande louange, surtout en ce qui a trait à&#13;
l’administration de quelques communautés religieuses. » C’est dans son séjour à&#13;
l’Ermitage de Caen que le vénérable opéra ces deux œuvres bienfaisantes&#13;
dont parle M. de La Colombière dans son éloge funèbre : la réforme d’un&#13;
monastère de religieux, qui était tombé en décadence, et la conservation&#13;
d’un hôpital confié aux soins des religieuses augustines, auxquelles on&#13;
voulait enlever ce soin pour séculariser l’établissement. Grâce au prestige&#13;
dont le vénérable Serviteur de Dieu jouissait à la Cour par sa naissance, par&#13;
ses mérites et par sa vertu bien reconnue, il réussit à maintenir l’hôpital aux&#13;
religieuses. Il opéra aussi la réforme du monastère de religieux à la grande&#13;
satisfaction de tout le monde.&#13;
Le vénérable Serviteur de Dieu était encore à l’Ermitage de Caen, lorsque,&#13;
dans l’été de 1657, les Jésuites, qui dirigeaient depuis tant d’années les&#13;
missions de la Nouvelle-France, comprenant la nécessité qu’il y avait d’un&#13;
évêque dans ces pays lointains et connaissant les grands mérites de François&#13;
de Laval, pour avoir été ses directeurs depuis si longtemps, le proposèrent&#13;
à la Cour de France pour être ce nouvel évêque. Et c’est alors que Louis XIV&#13;
écrivit au pape Alexandre VII cette magnifique lettre que tout le monde&#13;
connaît et dans laquelle, louant les vertus et les mérites du vénérable&#13;
Serviteur de Dieu, il demandait instamment qu’il fût nommé pour ce&#13;
nouvel évêché. L’affaire traîna un peu en longueur, mais pour des raisons&#13;
tout à fait indépendantes du Vénérable Serviteur de Dieu ; au contraire, du&#13;
moment que la chose lui fut proposée par les Jésuites, ainsi que par son&#13;
vénérable directeur, M. de Bernières-Louvigny, il accepta, avec sa&#13;
disposition ordinaire de faire toujours la volonté de ses supérieurs, le grand&#13;
sacrifice qu’on lui demandait. L’affaire du vicariat apostolique de la&#13;
Nouvelle-France fut décidée à Rome au printemps de 1658 ; les bulles&#13;
- 1348 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
nommant Mgr de Laval évêque de Pétrée pour aller exercer les fonctions de&#13;
vicaire apostolique au Canada sont datées du 3 juin 1658. Le vénérable, qui&#13;
était encore à l’Ermitage de Caen, se prépara dans la retraite et la prière à&#13;
recevoir la dignité épiscopale.&#13;
Dans toutes les affaires que le vénérable Serviteur de Dieu eut à transiger&#13;
depuis son ordination sacerdotale jusqu’à sa promotion à l’épiscopat et&#13;
spécialement dans les deux dont j’ai parlé durant son séjour à l’Ermitage de&#13;
Caen, il montra la plus grande prudence et une connaissance remarquable&#13;
dans les affaires : « Il est un homme très prudent et très efficace dans la conduite&#13;
des affaires », dit Mgr Servien (Informations canoniques). Ce pieux prélat&#13;
ajoute en parlant du vénérable Serviteur de Dieu : « En raison de l’expérience&#13;
qu’il a dans les fonctions ecclésiastiques et surtout à cause de l’exemple des bonnes&#13;
œuvres qu’il a donné dans [mon] diocèse, j’estime que sa promotion sera utile à&#13;
l’Église cathédrale. »&#13;
Un autre témoin des Informations canoniques ajoute : « À partir de différents&#13;
échanges en divers lieux [obtenus] par le Seigneur qui l’atteste avec celui qui doit&#13;
être promu, il a vu et reconnu sa prudence et son sérieux. »&#13;
Le même témoin ajoute : « C’est une chose très digne, en raison des mérites&#13;
éminents de son esprit, qu’il soit préposé à une Église cathédrale et surtout à celle&#13;
qui doit être érigée chez les Canadiens, pour lesquels on a besoin d’un évêque qui&#13;
soit remarquable non seulement par la doctrine et la prudence, mais aussi par la&#13;
piété et l’exemple des bonnes œuvres. » Et remarquons que ces témoignages&#13;
étaient donnés sous serment. J’ai cité le témoignage de Mgr Servien qui,&#13;
parlant des affaires que le vénérable Serviteur de Dieu avait eu à transiger&#13;
dans son diocèse, se félicitait des succès obtenus.&#13;
À la question 19838, fo 232v : […] Le vénérable Serviteur de Dieu était venu&#13;
au Canada simplement comme vicaire apostolique, n’ambitionnant&#13;
NDLR : « La vérité est que le Serviteur de Dieu accepta la consécration et se montra très engagé&#13;
dans ses fonctions épiscopales. Il pensa se diriger vers ses ouailles le plus tôt possible. Malgré&#13;
838&#13;
&#13;
- 1349 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
personnellement aucun autre titre. Mais il ne tarda pas de voir au Canada&#13;
que le simple titre de vicaire apostolique ne suffisait pas aux yeux des&#13;
autorités civiles de la colonie, toutes pénétrées des idées gallicanes et&#13;
parlementaires du temps et qui ne reconnaissaient le pouvoir d’un évêque&#13;
que lorsque cet évêque occupait un siège épiscopal régulier. Aussi dès ce&#13;
premier voyage 839 en parla-t-il à la Cour, où toutes les affaires de ce genre&#13;
commençaient toujours à se traiter à cette époque.&#13;
Mais il en parla aussi dans ses lettres au Saint-Siège et dès 1662, le roi de&#13;
France le nomma évêque de la Nouvelle-France ou plutôt, évêque du&#13;
diocèse que le Saint-Siège serait appelé à y établir. C’était déjà quelque&#13;
chose pour lui donner un peu plus d’autorité aux yeux des officiers civils&#13;
de la colonie. Mais quant à l’érection apostolique du siège de Québec, cette&#13;
affaire traîna en longueur, à cause des rapports difficiles qui existaient à&#13;
cette époque entre le Saint-Siège et la Cour de France. Le vénérable&#13;
Serviteur de Dieu fut même obligé de faire un second voyage en Europe en&#13;
1671 pour cette fin et ce ne fut que le 1er octobre 1674 que fut érigé par le&#13;
Saint-Siège le diocèse de Québec, le vénérable Serviteur de Dieu en étant&#13;
nommé le premier évêque.&#13;
À la question 20 840, fo 233r : Il est impossible d’observer mieux la résidence&#13;
que ne l’a fait le vénérable. Il fut obligé de faire trois voyages en Europe ;&#13;
&#13;
plusieurs obstacles, en mettant toute sa confiance en Dieu et avec l’aide divine, il surmonta toutes&#13;
les difficultés. Le jour de Pâques de l’an 1659, il gagna La Rochelle en compagnie de trois prêtres.&#13;
François de Laval partit vers la Nouvelle-France rempli de sainte joie pour aller répandre la foi&#13;
chrétienne jusqu’en ces terres païennes. Le 16 juin de ladite année, il parvint heureusement à&#13;
Québec, où il établit sa demeure. Il y fut reçu comme le consolateur envoyé par Dieu, ce qu’il fut&#13;
vraiment. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
839&#13;
Il s’agit du premier voyage de Mgr de Laval en France, après sa nomination comme vicaire&#13;
apostolique (1662-1663).&#13;
840&#13;
NDLR : « La vérité est que le Serviteur de Dieu arriva dans une région où aucun évêque n’était&#13;
encore allé. La terre était à peine cultivée et il travailla beaucoup pour la rendre fertile. Il ne se&#13;
découragea pas, malgré tant de difficultés. Aussitôt arrivé, il commença, sans interruption, à exercer&#13;
ses fonctions épiscopales. Sans s’occuper uniquement des fonctions qui étaient de sa mission, il&#13;
accomplit aussi celles de simples prêtres qui se dévouaient jusqu’à faire tout ce qui était possible&#13;
pour la santé de leurs prochains. Dans le quotidien de sa vie, de sa jeunesse, de son âge mûr, à son&#13;
extrême vieillesse, il fut familier de Dieu de plusieurs manières, avec un zèle surprenant et héroïque,&#13;
jusqu’à susciter l’admiration de tous. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
- 1350 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
mais c’était pour les besoins absolus de son diocèse. Il en fit un quatrième&#13;
pour aller porter sa démission. […]&#13;
À la même question, fo 234r : Le vénérable Serviteur de Dieu n’a jamais pu&#13;
aller à Rome personnellement ; mais il s’est tenu constamment en rapports&#13;
avec le Saint-Siège par ses lettres et par les mémoires sur son diocèse qu’il&#13;
envoyait régulièrement. À cette époque où les évêques de France étaient&#13;
presque tous imbus d’idées plus ou moins gallicanes, on est dans&#13;
l’admiration en voyant les sentiments de dévouement au Saint-Siège et de&#13;
respect pour le souverain pontife, qui respirent dans toutes ses lettres. […]&#13;
À la même question, fo 234v : Il n’aurait été guère possible d’aller traiter&#13;
d’affaires ecclésiastiques à Rome à cette époque, les rapports entre le SaintSiège et la Cour de France étant trop tendus ; et d’ailleurs toutes les affaires&#13;
ecclésiastiques se traitaient à la Cour de France, suivant la coutume du&#13;
temps. […]&#13;
À la question 21 841, fo 239v : […] J’ai dit que le vénérable n’avait pas appelé&#13;
ici les Récollets, mais qu’ils étaient venus à la demande des autorités civiles,&#13;
lesquelles espéraient trouver en eux une direction plus coulante par rapport&#13;
à la traite de l’eau-de-vie. Voilà pourquoi il est question quelquefois dans&#13;
les documents de gênes de conscience ; et voilà aussi pourquoi le vénérable&#13;
Serviteur de Dieu, bien qu’il ne fût pas convaincu de leur nécessité ici, les&#13;
traita avec bienveillance, comme je l’ai dit, leur donna juridiction et des&#13;
postes à desservir.&#13;
&#13;
NDLR : « La vérité est que lorsque le Serviteur de Dieu arriva au Canada, il découvrit une&#13;
colonie en très mauvais état. Toute la nation était en armes ; par conséquent, elle était réduite à&#13;
l’extrême. Les cruels Iroquois l’attaquaient depuis déjà dix ans. Contre toutes les règles de la guerre&#13;
et de la civilité, ils faisaient leurs incursions dans les champs, s’en prenaient par embuscades aux&#13;
habitants dispersés et avec raffinement de cruautés, ils torturaient ceux qu’ils avaient capturés.&#13;
Ainsi, le Serviteur de Dieu passa ses trois premières années d’épiscopat dans un besoin de toutes&#13;
choses, dans des épreuves et inquiétudes continuelles et en perpétuel danger d’être soumis au&#13;
supplice. Mais, malgré ces difficultés, mettant toute sa foi en Dieu et nourrissant son zèle, il&#13;
commença la première visite pastorale de son si vaste diocèse. Il persévéra en cette condition des&#13;
choses pendant tout le temps de son épiscopat, qui dura 40 ans. Sauf durant de brefs intervalles, les&#13;
Iroquois saccagèrent la colonie par leurs incursions. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
841&#13;
&#13;
- 1351 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
Mais il ne paraît pas douteux, d’après les documents, qu’en effet ces&#13;
religieux furent pour quelque chose dans les misères que Mgr de Laval eut&#13;
par rapport à la traite de l’eau-de-vie, en encourageant un peu les autorités&#13;
civiles et en appuyant leurs réclamations contre la discipline de l’évêque.&#13;
Les Récollets étaient soutenus dans toutes leurs prétentions par les autorités&#13;
civiles. […]&#13;
À la question 25 842, fo 254r 843 : […] Je trouve dans les Archives du Canada un&#13;
mémoire daté de 1671, attribué à l’abbé Fénelon, frère de l’archevêque de&#13;
Cambrai, où il est dit : « On doit le bon ordre qui se trouve établi dans ce&#13;
pays au soin que M. l’évêque a de fournir de bons ecclésiastiques pour&#13;
prêcher et par leurs paroles et par leurs actions la véritable doctrine ». Il la&#13;
prêche lui-même et dans sa ville et dans toutes les missions de son diocèse.&#13;
Jamais les erreurs du temps, jansénisme, gallicanisme, ne parurent au&#13;
Canada du temps de son épiscopat. Tout était romain dans l’Église du&#13;
Canada ; tout était soumission à l’autorité du Saint-Siège. […]&#13;
À la question 28 844, fo 276v : […] Pour moi, j’ai toujours regardé comme une&#13;
espèce de don surnaturel dans le vénérable Serviteur de Dieu la grande&#13;
facilité avec laquelle, à peine arrivé au Canada, il sut se faire aimer des&#13;
Sauvages*, les attirer à lui et en faire quelquefois de véritables agneaux. Et&#13;
cependant, remarquons qu’il ne paraît pas avoir jamais su les langues&#13;
&#13;
NDLR : « La vérité est que, cinq ans après la fondation du Grand Séminaire de Québec, le&#13;
Serviteur de Dieu fonda le Petit Séminaire de Québec, où les enfants pouvaient apprendre les&#13;
éléments de grammaire et se préparer aux études de théologie. Avec admirable constance, il travailla&#13;
à l’éducation des jeunes Canadiens pendant tout le temps de son engagement épiscopal et, devenu&#13;
vieux, il s’appliqua avec cette même ardeur juvénile à poursuivre son œuvre. Il ne se contenta pas&#13;
du Petit et du Grand Séminaires : il ouvrit à Saint-Joachim, à 10 lieues de Québec, une école pour&#13;
les enfants des agriculteurs, où, en plus des matières élémentaires, ils pouvaient apprendre une&#13;
variété de métiers. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
843&#13;
NDLR : Sur la foi héroïque.&#13;
844&#13;
NDLR : « La vérité est que le Serviteur de Dieu, ainsi que le roi de France et son gouvernement,&#13;
comprirent très tôt que pour développer la religion en ces lieux, il fallait s’entendre et donner au&#13;
vicaire apostolique le nom et la fonction d’évêque en titre. Cette affaire traîna en longueur avec le&#13;
Saint-Siège, qui finalement régla la chose par lettres patentes le 1er octobre 1674. Aussi le Serviteur&#13;
de Dieu, déchargé du titre de Pétrée in partibus et de la fonction de vicaire apostolique du Canada,&#13;
fut fait premier évêque titulaire de Québec. Il brûlait du même zèle pour la religion et se mit à&#13;
l’œuvre aussitôt. Il surmonta toutes sortes de difficultés pour installer avec succès un chapitre de la&#13;
cathédrale ; ce qui lui fut accordé. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
842&#13;
&#13;
- 1352 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
sauvages. Également, j’ai toujours regardé comme un don surnaturel le&#13;
grand ascendant dont il jouissait dans son petit clergé. Sa bonté, sa charité&#13;
pour ses prêtres, comme on l’a vu, étaient immenses. Cela cependant ne&#13;
paraît pas suffisamment expliquer la confiance entière qu’ils avaient en lui.&#13;
Un mot de sa part suffisait pour les encourager et les porter, pour ainsi dire,&#13;
aux missions les plus lointaines.&#13;
Témoin le P. Ménard, qui retournant à ses missions chez les Sauvages&#13;
outaouais et ayant tout à redouter de la part de ces barbares, paraît tout&#13;
découragé et s’en va tristement comme malgré lui. En chemin, il rencontre&#13;
par hasard le vénérable Serviteur de Dieu et lui demande s’il doit continuer&#13;
sa route. « Mon père, lui répond Mgr de Laval, toute raison semble vous retenir&#13;
ici ; mais Dieu, plus fort que tout, vous veut dans ces quartiers-là ! » Cette parole&#13;
est comme un baume qui tombe sur le cœur du bon missionnaire et il&#13;
continue vaillamment son chemin vers ses missions (Relations des Jésuites).&#13;
« Ah ! disait-il ensuite, quelle parole j’ai entendue de ce bon prélat et comme&#13;
elle m’a fait du bien au cœur ! » […]&#13;
À la question 30845, fo 278r : Tout ce que je connais en fait d’écrits du&#13;
vénérable Serviteur de Dieu, ce sont les lettres qu’il adressait à quelquesuns de ses amis en France, soit pendant qu’il était évêque de Québec, soit&#13;
après sa démission, ses rapports au Saint-Siège et les lettres qu’il écrivait au&#13;
souverain pontife et dont j’ai cité quelques extraits. Il y a aussi quelques&#13;
mandements ou circulaires du vénérable Serviteur de Dieu à son clergé.&#13;
&#13;
NDLR : « La vérité est que le Serviteur de Dieu, qui avait quitté son poste d’évêque de Québec,&#13;
sans manquer à son devoir, ne put se résigner à passer le reste de sa vie éloigné de la région qui lui&#13;
était chère. Même si plusieurs villes, villages lointains et campagnes désertes auraient été dignes&#13;
d’être visités, toutefois, se souvenant de Québec, où il jouissait d’une estime générale, il pensait&#13;
pouvoir y être plus utile. Aussi, brûlant de zèle et touché par cette pensée, qui était déjà en lui, de&#13;
quitter la France et retourner au Canada, il ne désira plus que mourir parmi le troupeau qu’il avait&#13;
formé par ses labeurs. Mais le Seigneur, qui voulait mettre à l’épreuve la vertu de son Serviteur,&#13;
permit qu’à cause de nombreuses difficultés soulevées, il fût contraint de demeurer plusieurs années&#13;
en France. Il supporta courageusement cette épreuve envoyée par Dieu. Enfin, reconnaissant en&#13;
Dieu, qui accomplit son vœu ardent, il retrouva au Canada ses très chers fils à la fin de l’an 1688.&#13;
Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
845&#13;
&#13;
- 1353 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-1&#13;
&#13;
Je sais aussi qu’à l’occasion de la canonisation de saint Vincent de Paul, on&#13;
écrivit au vénérable Serviteur de Dieu pour avoir son témoignage sur la&#13;
sainteté dudit saint Vincent ; ce qui prouve la confiance qu’on avait au&#13;
vénérable Serviteur de Dieu et l’importance qu’on attachait à son&#13;
témoignage. Je sais aussi d’une manière certaine que le vénérable Serviteur&#13;
de Dieu prépara en effet et envoya son témoignage écrit dans cette Cause&#13;
de canonisation. Malgré toutes les démarches que j’ai faites pour me&#13;
procurer cet écrit, je n’ai pu encore l’avoir 846. […]&#13;
À la question 35 847, fo 285v : […] On sait qu’après la mort du vénérable&#13;
Serviteur de Dieu, M. de Glandelet, qui était alors vicaire général, recueillit&#13;
les procès-verbaux d’un grand nombre de miracles obtenus par&#13;
l’intercession de Mgr de Laval. Malheureusement, ces procès-verbaux&#13;
n’existent plus ; ils ont été détruits dans un incendie, je crois. On sait que&#13;
l’évêque était absent du pays lors de la mort du vénérable Serviteur de&#13;
Dieu 848 et ne put par conséquent s’occuper lui-même de ces miracles.&#13;
Le frère Houssart rapporte qu’il ne put suffire à donner aux personnes qui&#13;
en demandaient des objets trempés dans le sang du vénérable Serviteur de&#13;
Dieu ou de ses cheveux ou d’autres objets qui lui avaient appartenu [...] Je&#13;
puis dire que dans mon voyage en Europe en 1891, on m’a montré à moimême dans deux familles, celle du marquis de Lévis, à Paris, et celle du&#13;
comte de Maistre, à Évreux, deux petits paquets de ces objets envoyés&#13;
autrefois par le frère Houssart en France et portant l’indication que c’étaient&#13;
des objets qui avaient appartenu au vénérable Serviteur de Dieu. J’ajouterai&#13;
que la chose me frappa beaucoup, me démontrant la continuation du&#13;
souvenir de Mgr de Laval dans son ancienne patrie et spécialement dans ces&#13;
familles qui se rattachent à la sienne du côté des Montmorency. […]&#13;
&#13;
Ce document est reproduit au Doc. LVI.&#13;
NDLR : « La vérité est que le Serviteur de Dieu orna une vie embellie par l’héroïcité de ses&#13;
vertus d’une sainte mort. Après 50 ans passés au Canada, il mourut le 6 mai 1708, dans sa 86e année,&#13;
plein de mérites et jouissant de la plus grande réputation de sainteté. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
848&#13;
Parti du Canada en 1701, Mgr de Saint-Vallier n’y revint qu’en 1713.&#13;
846&#13;
847&#13;
&#13;
- 1354 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-2&#13;
DOC. LXXI-2. EXTRAITS DU TÉMOIGNAGE DE MARIE SARA LACHANCE&#13;
&#13;
Doc. LXXI-2&#13;
Marie Sara Lachance, en religion Sr Saint-André, 50 ans, moniale de&#13;
l’hôpital de Québec, communément appelé l’Hôtel-Dieu, et gardienne des&#13;
Archives dudit hôpital (Témoin 5)&#13;
À cause de l’étude très poussée qu’elle fit avant le procès apostolique, la&#13;
déposition de mère Saint-André est une des mieux réussies. Archiviste de son&#13;
monastère, mère Saint-André connaît les documents qui y sont conservés au sujet&#13;
du Serviteur de Dieu. Elle a aussi étudié les principales œuvres imprimées sur la&#13;
vie du Serviteur de Dieu sur le Canada, acquérant ainsi beaucoup d’informations&#13;
dans la matière. Nous avons retiré de sa déposition plusieurs extraits relatifs à&#13;
diverses questions de la vie du Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
À la question 14, fo 352r : Le vénérable continua ses études jusqu’en 1645.&#13;
Son père et ses deux frères aînés étant morts, il revint à la maison paternelle,&#13;
sur les instances de sa mère et de son oncle, afin de régler les affaires de sa&#13;
famille. La mère voulait le garder pour soutenir l’honneur de la famille,&#13;
mais il ne voulut pas et aussitôt que les affaires furent réglées, il s’empressa&#13;
de revenir continuer ses études. Il conserva toujours le désir de se faire&#13;
prêtre.&#13;
À la question 19, fo 363v : […] Lorsque Mgr de Laval arriva au Canada, il&#13;
trouva le pays dans le plus triste état. Depuis une dizaine d’années, les&#13;
Iroquois y jetaient la terreur en surprenant partout les habitants isolés et&#13;
faisant souffrir à ceux dont ils s’emparaient les plus atroces tourments. C’est&#13;
dans le dénuement de toutes choses, dans des inquiétudes et des traverses&#13;
continuelles, toujours en danger d’être pris par les féroces Iroquois et de&#13;
terminer sa vie au milieu des supplices, qu’il passa les trois premières&#13;
années de son épiscopat et que plaçant sa confiance en Dieu, il entreprit la&#13;
première visite de son immense diocèse, qui comprenait presque toute&#13;
l’Amérique septentrionale. […]&#13;
À la même question, fo 369r : On a accusé Mgr de Laval d’avoir été&#13;
quelquefois hostile aux autorités civiles du Canada, mais il n’a eu d’autres&#13;
difficultés avec les gouverneurs que dans les circonstances où la religion, la&#13;
justice et les droits de l’Église étaient intéressés. C’est sans doute à la&#13;
- 1355 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-2&#13;
&#13;
conduite édifiante de son clergé, mais aussi sans aucun doute au zèle de son&#13;
premier évêque, que l’Église canadienne doit le respect et la vénération&#13;
dont elle est entourée par les Canadiens de tout âge et de tout rang social.&#13;
Si Mgr de Laval eût regardé avec indifférence les empiètements de l’autorité&#13;
civile dans son Église, le Canada catholique eût peut-être passé par les&#13;
mêmes épreuves religieuses que la France et, vu la faible population d’alors,&#13;
la foi en serait peut-être complètement disparue. Si les protestants, entre&#13;
autres Parkman, ont considéré Mgr de Laval comme un homme avec qui&#13;
plusieurs ne pouvaient s’accorder, c’est qu’ils ne peuvent comprendre que&#13;
l’Église catholique, étant d’institution divine, doit commander aux&#13;
puissances séculières, lorsque ses intérêts sont concernés. Alors il est&#13;
glorieux de lutter contre leurs adversaires, quelque degré qu’ils occupent&#13;
dans l’échelle sociale.&#13;
Suivant la mère de l’Incarnation, le vénérable était doué d’une douceur&#13;
vraiment remarquable et l’on voit, dans les différentes circonstances de sa&#13;
vie, qu’il a toujours cédé à ses adversaires, lorsque ses intérêts propres&#13;
étaient seuls concernés. Le Canada n’était alors qu’un enfant qu’il fallait&#13;
former et pour imprimer aux Canadiens un profond et religieux respect&#13;
pour tout ce qui touche à l’Église, ministres, cérémonies, etc., le premier&#13;
évêque de Québec dut faire une juste distinction entre les droits de la&#13;
puissance civile et de la puissance religieuse.&#13;
En arrivant au pays, le vénérable établit dans son diocèse toutes les&#13;
coutumes et cérémonies romaines et il fut toujours fidèle à les y faire&#13;
observer. Or M. d’Argenson, gouverneur du Canada, homme d’une&#13;
éminente vertu, d’après les mémoires du temps, voulait, ce semble, que son&#13;
banc à l’église paroissiale fût placé dans le sanctuaire et Mgr de Laval s’y&#13;
opposa en conformité au Cérémonial romain. Le vénérable Serviteur de Dieu&#13;
exigea de plus que, d’après le Cérémonial, le gouverneur ne communiât&#13;
qu’après les acolytes et qu’on en usât ainsi dans la distribution du pain&#13;
bénit, des cierges, etc. Il s’opposa aussi à certains abus qui s’étaient&#13;
introduits dans l’Église à cause du gouverneur. En tout cela, il avait&#13;
parfaitement raison. Parmi ces abus, je puis mentionner que la bénédiction&#13;
- 1356 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-2&#13;
&#13;
du pain bénit ayant lieu pendant la messe, lorsque le gouverneur l’offrait,&#13;
il faisait accompagner cette offrande du son des fifres et des tambours. Le&#13;
vénérable régla que cette bénédiction du pain aurait lieu avant la messe.&#13;
[…]&#13;
À la même question, fo 371r : On a aussi reproché à Mgr de Laval d’avoir&#13;
refusé au gouverneur d’Argenson la charge de marguillier honoraire dans&#13;
une assemblée publique sans l’avoir prévenu qu’il devait agir ainsi. On ne&#13;
voit nulle part que M. d’Argenson eût été nommé à cette charge.&#13;
M. d’Ailleboust, son prédécesseur, l’avait été par privilège, parce que,&#13;
représentant la Compagnie des Cent-Associés à Québec, il pourvoyait en&#13;
grande partie aux frais du culte et que sa maison avait servi pour les offices&#13;
paroissiaux. Mais comme sous M. d’Argenson il n’y avait plus rien à&#13;
attendre de la Compagnie des Cent-Associés et que la présence du&#13;
gouverneur aux assemblées de fabrique pouvait influencer les décisions des&#13;
marguilliers, amener même l’ingérence de l’État dans l’administration des&#13;
biens ecclésiastiques, Mgr de Laval ne crut pas devoir laisser passer plus&#13;
d’un an avant de déclarer à M. d’Argenson qu’il n’avait plus le droit d’y&#13;
assister.&#13;
Malgré la grande vertu du gouverneur et l’estime personnelle qu’il avait&#13;
pour lui, le vénérable Serviteur de Dieu savait que le gouverneur n’était pas&#13;
encore persuadé de toute l’étendue de sa juridiction épiscopale ; c’était une&#13;
double raison de ne pas laisser M. d’Argenson s’ingérer dans les affaires de&#13;
l’Église. Le gouverneur fut très offensé de cette conduite de l’évêque à son&#13;
égard et il prétendit se maintenir en sa charge, déclarant à l’évêque qu’il&#13;
n’avait pas le pouvoir de le démettre. […]&#13;
À la question 20, fo 377r : Depuis son arrivée au Canada, le vénérable&#13;
Serviteur de Dieu ne laissa son diocèse que dans l’intérêt de son Église. Il&#13;
passa en France en 1662 pour obtenir des règlements contre la traite de&#13;
l’eau-de-vie, pour obtenir le rappel de M. Davaugour, qui favorisait cette&#13;
traite, l’érection de Québec en évêché, l’établissement du Séminaire de&#13;
Québec et des dîmes pour la subsistance de ses curés, l’érection d’un&#13;
- 1357 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-2&#13;
&#13;
Conseil souverain qui pût faire des lois nécessaires au bon ordre du pays et&#13;
les faire exécuter, pour obtenir une augmentation de colons et demander&#13;
qu’ils fussent de bonnes mœurs, enfin, pour demander l’envoi de troupes&#13;
au pays afin de dompter les Iroquois, qui par leurs cruautés et leurs courses&#13;
empêchaient la propagation de la foi. Mgr de Laval revint en 1663, après&#13;
avoir obtenu tout ce qu’il demandait.&#13;
Le vénérable passa de nouveau en France dans l’automne de 1671 pour&#13;
représenter de nouveau au roi les désordres causés par la traite des boissons&#13;
et en obtenir la répression et pour presser l’érection de l’évêché de Québec.&#13;
Il revint au Canada en 1675 après avoir obtenu des bulles d’érection datées&#13;
du 1er octobre 1674.&#13;
Le vénérable passa une troisième fois en Europe en 1678, toujours au sujet&#13;
de la traite de l’eau-de-vie. Il revint en 1680. Enfin, en 1684, le vénérable fit&#13;
un quatrième voyage pour se démettre de son évêché et il y resta jusqu’à la&#13;
consécration de son successeur en 1688. […]&#13;
À la question 21, fo 383v : Le vénérable a déployé un grand zèle pour&#13;
maintenir dans la ferveur les communautés religieuses qu’il trouva au&#13;
Canada à son arrivée. Il a travaillé à leur recrutement et à leur prospérité&#13;
temporelle.&#13;
En 1659, il a reçu à Montréal les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame&#13;
et le 6 août 1676, il confirma leur Congrégation, destinée à instruire la&#13;
jeunesse et à former des institutrices pour les enfants des campagnes, où il&#13;
établit plusieurs de leurs couvents.&#13;
Dans la même année 1659, le vénérable Serviteur de Dieu reçut les&#13;
religieuses hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal, dont il approuva la&#13;
congrégation 12 ans plus tard. De concert avec Mgr de Saint-Vallier, il a&#13;
fondé l’Hôpital général de Québec en 1693, les Ursulines de Trois-Rivières&#13;
vers 1700, il établit à Montréal les frères hospitaliers en 1692. Peu de temps&#13;
après la fondation de son Séminaire, par un principe d’économie, le&#13;
- 1358 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-2&#13;
&#13;
vénérable fonda une congrégation de frères convers, qui demeuraient dans&#13;
une maison voisine.&#13;
À l’époque de l’arrivée du vénérable au Canada, les diverses communautés&#13;
religieuses qui y étaient établies, comme celles qui y vinrent plus tard,&#13;
n’avaient que des constitutions non encore approuvées du souverain&#13;
pontife. Le vénérable était donc parfaitement en droit de les altérer ou d’y&#13;
ajouter suivant sa prudence. Il changea quelques articles dans les&#13;
constitutions de notre communauté ; nos mères s’y sont soumises et s’en&#13;
sont très bien trouvées. Mais il rencontra plus d’oppositions chez les&#13;
Ursulines, où il agit cependant avec une grande prudence en donnant ces&#13;
changements à l’essai ; plus tard, il revint de lui-même sur sa décision. Ce&#13;
qui prouve qu’il avait eu raison de faire des changements et que les&#13;
constitutions premières n’étaient pas tout à fait propres à la maison, c’est&#13;
qu’en 1681, lorsque le vénérable proposa aux religieuses les constitutions&#13;
des Ursulines de Paris, elles furent heureuses de les adopter. La mère de&#13;
l’Incarnation dit elle-même dans ses lettres que les Ursulines de Québec ne&#13;
s’accordaient pas toujours sur les coutumes de leur communauté. Il y avait&#13;
dans les règlements des Ursulines un article tout à fait contraire aux règles&#13;
de la prudence : la maîtresse des novices était nommée par la supérieure.&#13;
Le vénérable voulut qu’elle fût élue par le chapitre. La supérieure s’y&#13;
opposa fortement. Mais ce qui prouve que cette élection par la supérieure&#13;
avait des inconvénients, c’est que lorsque le chapitre fut laissé à son choix,&#13;
il en élut une autre que celle qui avait été désignée par la supérieure et à qui&#13;
la mère de l’Incarnation reproche d’être indiscrète. […]&#13;
À la même question, fo 389r : […] En 1665, il établit à Québec la Confrérie du&#13;
Scapulaire du Mont-Carmel et dans cette année 500 soldats le prirent avant&#13;
d’aller combattre les Iroquois. Dès 1685, on voit établi à Québec une&#13;
Confrérie de l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. Le vénérable fit&#13;
tous ses efforts pour les rendre florissantes.&#13;
&#13;
- 1359 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-2&#13;
&#13;
À la question 22849, fo 389v : […] Le vénérable a pourvu avec le plus grand&#13;
zèle à tous les besoins spirituels et temporels de son diocèse. Quand il arriva&#13;
au Canada, il n’y avait que trois églises. Il en laissa 40 quand il se démit. Il&#13;
pourvut à l’éducation de la jeunesse, en donnant au pays des couvents et&#13;
des maîtresses d’école en divers endroits. […]&#13;
À la question 23 850, fo 391r : […] Mgr de Saint-Vallier a fait un bien immense&#13;
au Canada ; il était certainement un saint évêque. Mais il n’a produit ce bien&#13;
qu’après les grandes épreuves qui adoucirent son tempérament.&#13;
Mgr de Laval était très doux et très conciliant. Le vénérable était romain&#13;
dans toute la force du mot ; Mgr de Saint-Vallier avait les idées gallicanes de&#13;
son époque. Il serait difficile de croire les emportements auxquels il se&#13;
laissait aller vis-à-vis des personnes qu’il croyait être opposées à ses&#13;
desseins, si nous n’avions ici le témoignage de trois religieuses très dignes&#13;
de foi, qui s’accordent à dire toutes les peines qu’il a fait endurer à notre&#13;
communauté, parce qu’il en était contrarié au sujet de la fondation de&#13;
l’Hôpital général. Il avait un cœur excellent, mais un tel travers d’esprit&#13;
qu’il disait hautement que la consécration épiscopale donnait à un évêque&#13;
assez de lumières pour qu’il n’eût jamais besoin de conseils ; et que&#13;
lorsqu’une inspiration venait deux ou trois fois à un évêque pendant&#13;
l’oraison, il devait la suivre. C’est avec un homme de ce caractère que&#13;
Mgr de Laval se vit destiné à passer le reste de ses jours. […]&#13;
&#13;
NDLR : « La vérité est que le Serviteur de Dieu n’a jamais négligé ses fonctions d’évêque. Il fit&#13;
régulièrement la visite de son diocèse, malgré toutes les épreuves et les difficultés. Bien plus, dans&#13;
ses visites, il devait souvent parcourir à pied de très longs trajets et cela, en hiver dans la neige, en&#13;
été se transportant en canot sur les rivières. Son escorte se composait d’un ou deux ecclésiastiques&#13;
ou d’un ou deux paysans qui lui indiquaient le chemin. Il portait une croix de bois, une mitre sans&#13;
ornementation et les choses de première nécessité pour un évêque, comme on faisait aux premiers&#13;
temps de l’Église. Dans ces éprouvants voyages, le Serviteur de Dieu sentit souvent la faim, la soif,&#13;
le manque de soins corporels nécessaires et cela, par temps incléments ou par la fureur des tempêtes.&#13;
Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
850&#13;
NDLR : « La vérité est que le Serviteur de Dieu ne se contenta pas de ses engagements pour ses&#13;
visites épiscopales : il entreprit aussi les travaux très ardus du missionnaire. Très souvent, il&#13;
administra les sacrements aux malades, soit en ville, soit à la campagne, voyageant en canot en été,&#13;
marchant dans la neige en hiver, chaussé de bottes plus hautes, portant sur son dos un autel portatif&#13;
et un morceau de pain. Ainsi, il faisait une ou deux lieues pour aller célébrer la messe dans les&#13;
cabanes ou pour administrer le très saint viatique et l’extrême-onction. Il revenait de la même&#13;
manière après avoir mangé le pain qu’il trouvait, et même souvent à jeun. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
849&#13;
&#13;
- 1360 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-2&#13;
&#13;
À la même question, fo 401r : […] Mgr de Saint-Vallier s’embarqua pour le&#13;
Canada au mois de juillet 1697 et arriva à Québec au mois de septembre&#13;
suivant. On s’était préparé à lui faire le meilleur accueil possible. Après son&#13;
retour, il vécut avec Mgr de Laval dans une heureuse union. Ils en&#13;
profitèrent tous deux pour fonder divers établissements religieux et pour&#13;
donner dans la vallée du Mississippi des successeurs aux PP. Marquette et&#13;
Allouez, que Mgr de Laval y avait envoyés. […]&#13;
À la même question, fo 402r : On pourrait peut-être reprocher à Mgr de Laval&#13;
d’avoir, dans les difficultés survenues entre son successeur et l’Hôtel-Dieu,&#13;
approuvé les mémoires que les religieuses de ce monastère envoyaient à la&#13;
Cour pour obtenir justice contre les décisions de leur évêque. Voici ce que&#13;
je puis répondre à cette objection. Après son retour de France en 1697,&#13;
Mgr de Saint-Vallier laissa en paix le Séminaire. En 1699, il causa de grands&#13;
troubles chez les religieuses de l’Hôtel-Dieu au sujet de l’Hôpital général,&#13;
qu’il avait fondé en 1693. Les Hospitalières ne devaient pas s’attendre à une&#13;
sympathie manifeste de la part du clergé en ces années critiques ; on&#13;
craignait tant les emportements de l’évêque de Québec et surtout les suites&#13;
de ses emportements que, lorsque les coups tombaient sur autrui, on se&#13;
contentait de le regarder faire, tout en gémissant dans le secret. Mais les&#13;
supérieures du temps, les mères de Saint-Ignace et du Saint-Cœur de Marie,&#13;
n’étaient pas femmes à laisser détruire leur maison sans crier au secours.&#13;
Elles portèrent leurs plaintes en haut lieu et elles se firent des avocats auprès&#13;
du roi. Si bien qu’elles obtinrent toute la protection qu’elles désiraient et&#13;
que Mgr de Saint-Vallier n’eut plus le pouvoir de les inquiéter dans la suite.&#13;
Contrairement au contrat de fondation, Mgr de Saint-Vallier exigeait des&#13;
religieuses de l’Hôtel-Dieu 1 200 livres de rente annuelle et 11 religieuses,&#13;
en sus des quatre qu’elles lui avaient données. L’Hôtel-Dieu en donna&#13;
deux ; mais comme, à raison de la pauvreté de sujets, le chapitre ne voulut&#13;
pas donner les neuf autres et refusait les 1 200 livres de rente, Monseigneur&#13;
voulut lui faire signer un acte de séparation des deux maisons, qui, d’après&#13;
le contrat, devaient rester unies.&#13;
&#13;
- 1361 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-2&#13;
&#13;
L’Hôtel-Dieu, qui n’avait consenti que par force à entreprendre cette œuvre&#13;
peu conforme à ses constitutions, y avait encore une plus grande&#13;
répugnance depuis qu’on avait fait de l’Hôpital général une prison pour les&#13;
femmes de mauvaises mœurs : ce qui était tout à fait opposé aux règles de&#13;
l’institut et les religieuses ne voulaient pas signer ce contrat, qui les aurait&#13;
fait paraître coupables devant leur Congrégation d’avoir consenti à une&#13;
fondation tout à fait irrégulière. Mais elles furent si fort maltraitées de leur&#13;
évêque qu’elles y consentirent. Mais convaincues que jamais elles&#13;
n’auraient la paix avec Mgr de Saint-Vallier et que malgré cet acte de&#13;
séparation, il viendrait se servir dans leur communauté, elles résolurent&#13;
d’exposer au roi l’état de leur maison et de demander que l’évêque ne pût&#13;
exiger d’elles ni argent, ni sujet à l’avenir et que, vu la pauvreté de sujets où&#13;
était leur maison, il ne pût recevoir plus de 12 religieuses à la fois dans son&#13;
Hôpital général, dans la crainte que la vie religieuse étant plus facile, les&#13;
sujets ne s’y portassent plutôt qu’à l’Hôtel-Dieu et que ce dernier ne finît&#13;
par être sacrifié à l’Hôpital général. C’est ce mémoire qui fut présenté au&#13;
vénérable et dans lequel il avoua ne trouver rien que de juste et de vrai 851.&#13;
Mgr de Laval savait tout ce qui s’était passé ; on ne saurait donc le blâmer&#13;
d’avoir approuvé ces mémoires. Si d’un côté le respect dû à son supérieur&#13;
lui imposait le silence sur ce point, de l’autre la justice et la charité&#13;
l’obligeaient à donner cette satisfaction à ces religieuses de l’Hôtel-Dieu&#13;
qu’il « a toujours si cordialement aimées », comme dit quelque part la mère&#13;
de Saint- Ignace. Il leur fallait une approbation à ces mémoires, puisque&#13;
Mgr de Saint-Vallier envoyait aussi les siens à la Cour ; et Mgr de Laval,&#13;
supportant admirablement ses propres souffrances, ne pouvait sans gémir&#13;
voir opprimer les faibles, déclara simplement que tout était juste et vrai&#13;
&#13;
Nous n’avons pu retrouver ni l’original ni la copie de ce mémoire, qui, semble-t-il, a été perdu.&#13;
En effet, la mère supérieure de l’Hôtel-Dieu de Québec, que nous avons consultée à ce propos, nous&#13;
a gentiment répondu : « Nos mères avaient-elles conservé une copie de ce mémoire approuvé par&#13;
Mgr de Laval et la Cour de France ? Ce mémoire, si elles en ont conservé une copie, n’est sûrement&#13;
pas dans nos Archives. Aurait-il été consumé comme tant d’autres papiers dans l’incendie de&#13;
l’Hôtel-Dieu en 1755 ? »&#13;
851&#13;
&#13;
- 1362 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-2&#13;
&#13;
dans le récit de l’Hôtel-Dieu 852. C’était le moins qu’il pût faire pour la cause&#13;
de la charité.&#13;
À la question 25, fo 407v : […] Ses nombreuses lettres au souverain pontife&#13;
témoignent hautement de son respect et de son amour pour le Saint-Siège&#13;
et pour tous les ministres de l’Église. On y voit sa soumission parfaite au&#13;
vicaire de Jésus-Christ. Il obéissait parfaitement aux moindres désirs du roi&#13;
et à toute autorité légitime, voyant toujours l’ordre de Dieu dans celui de&#13;
ses supérieurs. Il voulut que son Église ne dépendît que de Rome et il y&#13;
parvint au prix de grands sacrifices. Dans toutes ses difficultés, il recourait&#13;
à Rome comme à la source de la vérité. […]&#13;
À la même question, fo 411v : Tout était romain dans l’Église de Mgr de Laval&#13;
et c’est à lui que le Canada est redevable de n’avoir jamais eu d’autre&#13;
liturgie. Bien qu’il eût au cœur un grand amour pour sa patrie, bien que les&#13;
Montmorency fussent alors alliés à la famille royale, qu’il fût lui-même&#13;
cousin de Louis XIV 853, il fut toujours le grand ennemi des erreurs gallicanes&#13;
de son époque ; et si on eût envoyé au Canada les Quatre Articles pour les&#13;
faire enregistrer au Conseil souverain, il était bien résolu à ne pas les signer,&#13;
sachant que le souverain pontife les avait désapprouvés. Il fut toujours&#13;
fidèle à la devise de sa noble famille : sans errer ni varier. Il avait en horreur&#13;
toutes les hérésies et il eut un soin particulier d’éloigner du Canada et de&#13;
l’Acadie les huguenots français qui voulaient s’y établir. « Nous ne&#13;
souffrons ici aucune secte hérétique, écrivait-il au souverain pontife ; c’est&#13;
ce que le roi m’a accordé pieusement sur la demande que je lui en ai faite ».&#13;
Il continua à exercer sa vigilance sur ce point jusque dans les dernières&#13;
années de son administration. Il détestait aussi les autres hérésies de son&#13;
époque, en particulier les rigueurs du jansénisme, dont il avait pris soin de&#13;
s’éloigner dès sa jeunesse. Il avait un ardent amour de la sainte communion&#13;
et exhortait son peuple à s’en approcher souvent. Il eut toujours à cœur de&#13;
852&#13;
Voici ce qu’on peut lire dans les Annales de l’Hôtel-Dieu à ce sujet : « Quand il fut temps d’écrire&#13;
en France, nous ne manquâmes pas de part et d’autre de faire des mémoires pour informer la Cour&#13;
de ce qui s’était passé au sujet de l’Hôpital général. Nous fîmes voir les nôtres à Mgr de Laval, ancien&#13;
évêque, qui n’y trouva rien que de vrai et de juste. » (Archives de l’Hôtel-Dieu de Québec)&#13;
853&#13;
NDLR : Voir note 822.&#13;
&#13;
- 1363 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-2&#13;
&#13;
conserver les fidèles dans la pureté de la foi et des mœurs et de faire faire&#13;
de constants progrès à la religion chrétienne. […]&#13;
À la même question, fo 415r : Par respect pour les églises, il avait obtenu de&#13;
M. de Tracy qu’on cessât de faire au prône les publications civiles [...] Les&#13;
jours où le Conseil souverain devait s’assembler, il avait soin de dire ou de&#13;
faire dire la messe pour attirer les bénédictions du ciel sur ses décisions. Il&#13;
fit aussi faire au Conseil des règlements sévères contre le blasphème, la&#13;
traite des boissons, les mauvaises mœurs. […]&#13;
À la question 33854, fo 442v : Le 24 septembre 1748, après les réparations qui&#13;
furent faites à la cathédrale, on transporta le corps du vénérable, de l’ancien,&#13;
dans le nouveau sanctuaire. On ne voit pas que ses restes aient été&#13;
examinés, mais on les reconnut par la position du cercueil. Le 20 septembre&#13;
1877, on trouva le cercueil du vénérable en creusant dans le sanctuaire de&#13;
la cathédrale. Ses ossements étaient très bien conservés ; il fut facile de les&#13;
reconnaître par l’inscription. Le 23 mai 1878, pour répondre au désir&#13;
exprimé par le vénérable pendant sa vie et qui n’avait pu être exécuté à sa&#13;
mort, on voulut les déposer dans la chapelle du Séminaire de Québec. Cette&#13;
translation fut très solennelle ; la cérémonie se fit à peu près comme celle de&#13;
son inhumation, avec un concours de 30 000 personnes qui suivirent la&#13;
procession. […]&#13;
À la question 37855, fo 452r : […] Certaines personnes que je connais&#13;
attribuent à Mgr de Laval la guérison qu’elles ont obtenue. […]&#13;
NDLR : « La vérité est que tous comprirent que le Serviteur de Dieu fut divinement conservé&#13;
[vie] pour rendre la longue absence de l’évêque [Mgr de Saint-Vallier] moins embarrassante. Les&#13;
annales de cette époque sont unanimes pour affirmer que Mgr de Laval raffermit les craintifs, calma&#13;
les exaltés, travailla à conserver les bonnes mœurs par la sainte odeur de ses vertus, par la grande&#13;
efficacité de son exemple et par la sagesse de ses conseils. Ayant atteint presque 85 ans, il se&#13;
préoccupa de l’évangélisation de cette partie du diocèse de Québec qui se rapprochait de celui du&#13;
Mexique et il envoya plusieurs missionnaires zélés. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
855&#13;
NDLR : « La vérité est que non seulement le Serviteur de Dieu fut remarquable en la pratique&#13;
des vertus, il y excella et le fit toujours avec joie, facilité, un enthousiasme hors du commun et en&#13;
laissant voir qu’il agissait avec la grâce spéciale de l’Esprit saint, ce qui est le propre du héros&#13;
chrétien. Jugeant chacune de ses actions en toutes circonstances et occasions, reconnaissant sa piété&#13;
héroïque, tous l’admirèrent et aucune personne prudente ne se plaignit du contraire. Les hérétiques&#13;
854&#13;
&#13;
- 1364 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-3&#13;
&#13;
DOC. LXXI-3. EXTRAITS DU TÉMOIGNAGE DE GEORGES CÔTÉ&#13;
Doc. LXXI-3&#13;
Georges Côté, prêtre, 65 ans, curé de Sainte-Croix, diocèse de Québec&#13;
(Témoin 6)&#13;
En ce qui concerne la vie et les vertus du Serviteur de Dieu, la déposition de l’abbé&#13;
Côté n’a pas d’intérêt spécial. Toutefois, sa relation sur la découverte fortuite du&#13;
cercueil de Mgr de Laval dans la crypte de la cathédrale de Québec, survenue en&#13;
1877, a un intérêt particulier, puisqu’il fut l’un des premiers à reconnaître que la&#13;
grande caisse de plomb venue à la lumière contenait les restes de Mgr de Laval.&#13;
L’étude historique qu’il fait sur la réputation de sainteté du Serviteur de Dieu de&#13;
sa mort jusqu’à l’époque du procès est aussi intéressante.&#13;
&#13;
À la question 7 856, fo 469r : J’ai très souvent entendu parler du vénérable&#13;
Mgr de Laval. Enfant, je me rappelle avoir lu le nom de Mgr de Laval et avoir&#13;
vu son image. Ce n’est qu’au Séminaire de Québec que j’ai entendu parler&#13;
sérieusement du vénérable. La première fois, c’est à l’occasion du deuxième&#13;
centenaire de l’arrivée de Mgr de Laval au pays. Depuis lors, ayant vécu&#13;
presque toujours à Québec, jusqu’en 1882, j’ai eu occasion de prendre plus&#13;
ou moins part à toutes les fêtes où, au Séminaire comme à la cathédrale, on&#13;
a célébré les louanges du vénérable. J’ai été le premier, après les ouvriers&#13;
qui travaillaient au déblaiement des souterrains de la cathédrale, à voir le&#13;
cercueil de Mgr de Laval retrouvé en 1877, à notifier l’archevêque de&#13;
l’invention de cette relique. J’ai pris part à toutes les cérémonies qui ont eu&#13;
lieu en 1878, lors de la translation des restes du vénérable, et j’ai été témoin&#13;
dans le procès des vertus in genere du même vénérable Serviteur de Dieu.&#13;
[…]&#13;
À la question 28, fo 512r : J’entends par dons surnaturels des faveurs que&#13;
Dieu accorde à quelques âmes choisies pour montrer au monde le crédit&#13;
cependant, et certains historiens, blâmèrent ses œuvres de piété, de charité et d’humilité, parce qu’ils&#13;
ne pouvaient les apprécier à leur juste valeur. Mais ces critiques inévitables démontrent que le&#13;
Serviteur de Dieu a réellement pratiqué ces vertus et qu’il les a eues à un degré héroïque. Ainsi, les&#13;
témoins, etc. »&#13;
856&#13;
NDLR : « La vérité est que, à peine eût-il atteint l’âge de 21 ans, le Serviteur de Dieu se&#13;
déposséda de tous ses biens de fortune et rompit tous les liens qui l’attachaient au monde. Il préféra&#13;
entrer dans le clergé de Paris et suivre le cours de théologie de six ans et, à l’âge de 25 ans, recevoir&#13;
le sacerdoce avec une ferveur étonnante. Ainsi, les témoins, etc. »&#13;
- 1365 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-3&#13;
&#13;
dont elles jouissent. On a pu admirer en lui en particulier le penchant&#13;
irrésistible de confiance qu’il inspirait aux Sauvages*, même des Iroquois,&#13;
que l’on voyait dans ses missions, suivant l’expression d’un contemporain,&#13;
se changer en agneaux malgré leur férocité naturelle. […]&#13;
À la question 33, fo 517v : 40 ans après la première inhumation du vénérable,&#13;
dont le corps avait été déposé au pied des marches de l’autel existant alors,&#13;
comme il y eut agrandissement de la cathédrale et que le cercueil contenant&#13;
les restes se serait trouvé, par suite de cet agrandissement, dans la nef de la&#13;
cathédrale, on le transféra pour le placer 30 pieds plus haut, au bas de la&#13;
première marche du sanctuaire, un peu du côté de l’Évangile. C’est là qu’il&#13;
fut trouvé par les ouvriers qui travaillaient au déblaiement des caves du&#13;
chœur, le 19 septembre 1877 au soir, identifié le lendemain par nous-même,&#13;
témoin actuel dans la Cause, et chargé de surveiller les travaux&#13;
d’excavation. Nous avertîmes immédiatement Mgr Elzéar-Alexandre&#13;
Taschereau, archevêque de Québec, qui vint immédiatement avec nous et&#13;
qui reconnut le cercueil en plomb renfermant lesdits ossements au moyen&#13;
d’une inscription placée sur le cercueil 857. Alors furent avertis les MM. du&#13;
Séminaire ; après quoi, l’archevêque procéda à faire mettre tous les&#13;
ossements renfermés dans ledit cercueil dans une boîte qu’il scella du sceau&#13;
de l’archidiocèse sur chacun des six côtés. La boîte contenant ces restes fut&#13;
aussitôt transportée dans le caveau de la chapelle du Séminaire&#13;
(20 septembre 1877).&#13;
Après l’acquisition faite par le Séminaire des restes de son fondateur et par&#13;
le consentement des autorités civiles et religieuses et après les fêtes&#13;
solennelles qui eurent lieu à la cathédrale et dans d’autres églises de la ville,&#13;
à l’exemple et en mémoire des premières funérailles, les restes du vénérable&#13;
Serviteur de Dieu furent placés définitivement dans la chapelle du&#13;
Séminaire dans une voûte spéciale, le 23 mai 1878. C’est là qu’ils reposent&#13;
actuellement. […]&#13;
&#13;
857&#13;
&#13;
Cette inscription est reproduite au Doc. LIX.&#13;
- 1366 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-3&#13;
&#13;
À la question 35, fo 524r : […] Au Canada, surtout à cause de la cession du&#13;
pays à l’Angleterre et du changement de régime, à cause du petit nombre&#13;
d’habitants du Canada disséminés sur plusieurs centaines de lieues et&#13;
n’ayant pas un clergé assez nombreux pour les desservir régulièrement, il&#13;
n’est pas étonnant que le souvenir du pieux prélat ne se soit pas conservé&#13;
d’une manière complète et parfaite. Cependant, nous pouvons dire que sa&#13;
réputation de sainteté n’a pas été moralement interrompue, ni dans la classe&#13;
instruite, surtout dans le clergé et les communautés religieuses, ni même&#13;
chez le peuple. Mgr de Laval a-t-il pu être oublié avec son auréole de vertu,&#13;
par exemple par les premiers pasteurs et le clergé de Québec ?&#13;
Mgr de Pontbriand [1741-1760], en 1748, fait faire avec respect la première&#13;
translation de ses restes. Mgr Briand, son successeur [1786-1794], est appelé&#13;
le second fondateur du Séminaire à cause de sa ressemblance avec le&#13;
premier, de son séjour prolongé au Séminaire et de ses bienfaits pour le&#13;
Séminaire même et pour Saint-Joachim, où avait si longtemps séjourné&#13;
Mgr de Laval. À sa mort, Mgr Plessis (1806-1825), qui touche à la fin du&#13;
18e siècle et qui remplit de sa gloire le premier quart du 19e, sert de&#13;
transition pour perpétuer le souvenir de Mgr de Laval. C’est ce que prouve&#13;
l’oraison funèbre qu’il fit de Mgr Briand en juin 1794 et dans laquelle il&#13;
énonce la série des évêques jusqu’à Mgr de Laval, auquel il applique ces&#13;
paroles : « Vous ne vous arrêterez qu’au fondateur de cette Église, au&#13;
premier de ses pontifes. Dans Laval seul vous trouverez ce courage&#13;
infatigable, cette étendue de dessein, cette prévoyance habile, ce génie&#13;
créateur que tout le monde a admirés dans Mgr Briand. » Depuis lors, on&#13;
peut affirmer que pas un évêque n’a pu faire son mandement d’entrée ou&#13;
recevoir les louanges dans son oraison funèbre, à sa mort, sans qu’on ait&#13;
allié son nom, ses vertus, ses travaux à celui de ses prédécesseurs et surtout&#13;
au fondateur de l’Église de Québec, dont il venait prendre le siège vénérable&#13;
ou l’abandonner par la mort.&#13;
Le clergé de Québec, témoin de tous ces événements, pouvait-il ne pas être&#13;
pénétré de ces mêmes souvenirs ? A-t-il pu, depuis le commencement de ce&#13;
siècle jusqu’à nos jours, pénétrer dans sa maison de prédilection, le&#13;
Séminaire de Québec, où il recevait une si généreuse hospitalité, sans&#13;
- 1367 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-3&#13;
&#13;
penser aux sages prévisions et au désir exprès du vénérable pour que l’on&#13;
conservât jusqu’à la fin cette tradition d’hospitalité, sans voir de ses yeux&#13;
quelque part, sans toucher de ses mains quelque chose, qui rappelât le&#13;
souvenir du vénérable Serviteur de Dieu ?&#13;
Parmi les élèves qui ont joui des pensions fondées par Mgr de Laval, il en est&#13;
plusieurs auxquels on rappelait ce bienfait. C’est ce que faisait souvent&#13;
Mgr Cyrille-Étienne Légaré, alors qu’il était un de ces directeurs du&#13;
Séminaire.&#13;
Le deuxième centenaire de l’érection du diocèse de Québec, célébré en 1874,&#13;
montra que le clergé du Canada et même des États-Unis, pour cette partie&#13;
qui avait été soumise à la juridiction de Mgr de Laval, n’avait pas oublié les&#13;
bienfaits de ce saint évêque. C’est ce que prouve le nombre d’évêques&#13;
présents, venus des États-Unis, et les lettres des évêques qui ne purent&#13;
assister. Cette fête fut un concert unanime en l’honneur du vénérable&#13;
Serviteur de Dieu.&#13;
La classe instruite surtout a conservé dans ce siècle, et même&#13;
précédemment, le souvenir des travaux et des vertus du vénérable :&#13;
témoins nos historiens, Ferland, Garneau, Laverdière, Gosselin, Langevin,&#13;
Têtu, les analystes de toutes nos communautés religieuses, l’histoire de&#13;
l’Hôtel-Dieu, des Ursulines, de Marie de l’Incarnation, de l’Hôpital général&#13;
et spécialement l’histoire inédite du Séminaire de Québec compilée pour la&#13;
plus grande partie par le cardinal Taschereau sur les meilleurs manuscrits&#13;
conservés au Séminaire.&#13;
On peut dire la même chose des communautés religieuses de Montréal :&#13;
Sœurs de la Congrégation, Hôtel-Dieu et sœurs grises, ainsi que la maison&#13;
de Saint-Sulpice. Le Séminaire de Québec en particulier n’a pas pu perdre&#13;
et n’a pas perdu un instant le souvenir du vénérable, puisque la série de ses&#13;
directeurs, par le fait même de leur administration et de l’exécution&#13;
quotidienne de ses fondations de messes, etc., doivent penser à lui chaque&#13;
jour. Les fêtes intimes à l’occasion [de l’anniversaire] de la naissance de&#13;
- 1368 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-3&#13;
&#13;
Mgr de Laval, particulièrement celles qui ont lieu depuis 50 ans 858, surtout la&#13;
fête du deuxième centenaire de l’arrivée de Mgr de Laval, les concerts&#13;
magnifiques qui ont eu lieu en diverses circonstances, les discours&#13;
remarquables où l’on a fait l’éloge du vénérable, les poésies où l’on a célébré&#13;
ses louanges, les solennités de la translation définitive de ses restes,&#13;
n’étaient que le produit de plus en plus vivace des travaux et des vertus du&#13;
vénérable Serviteur de Dieu.&#13;
La fondation de l’Université Laval n’a été dans l’intention des directeurs du&#13;
Séminaire que le couronnement de toutes ses œuvres et n’a eu pour but que&#13;
de donner à l’Église et au pays des hommes de science et de vertu, comme&#13;
l’avait fait dès l’origine Mgr de Laval lui-même. C’est pour cela que&#13;
Mgr Taschereau a pu dire dans un de ses discours à l’Université Laval :&#13;
« Son souvenir subsiste et semble acquérir chaque jour un nouveau degré&#13;
de force et de vivacité 859 ». J’ai été témoin personnel et quelquefois acteur&#13;
dans la plupart de ces faits relatés plus haut depuis 1859.&#13;
Le Te Deum que l’on chante maintenant chaque année le 23 mai en souvenir&#13;
de l’heureuse acquisition qu’a faite le Séminaire des restes du vénérable&#13;
perpétue sa mémoire. C’est ce que fait aussi le monument qui fut placé dans&#13;
la chapelle quelques jours après la translation et qui grave dans les cœurs,&#13;
comme il le fait sur le marbre, la vie entière du vénérable Serviteur de Dieu.&#13;
C’est ce que va faire encore dans quelques jours d’une manière plus digne&#13;
et plus solennelle l’inauguration de la nouvelle chapelle du Séminaire, qui&#13;
remplace celle détruite en 1888, et qui sera un monument mémorable&#13;
destiné à recouvrir les restes de Mgr de Laval et dont le parachèvement est&#13;
dû à la piété de quelques anciens élèves, mais surtout à la générosité de&#13;
M. P. Roussel, un des plus anciens directeurs du Séminaire, qui a voulu&#13;
montrer par là, je le sais personnellement, sa vénération pour Mgr de Laval.&#13;
&#13;
Au Séminaire de Québec, on célèbre encore chaque année l’anniversaire de la naissance de&#13;
Mgr de Laval, le 30 avril.&#13;
859&#13;
Discours de l’abbé A.-E. Taschereau à l’occasion du deuxième centenaire de l’arrivée de&#13;
Mgr de Laval, en 1859.&#13;
858&#13;
&#13;
- 1369 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-3&#13;
&#13;
Chez le peuple, le souvenir de la sainteté de Mgr de Laval n’a pas non plus&#13;
dû être interrompu. On n’a pas pu par exemple perdre si tôt ces 3 000&#13;
reliques du vénérable Serviteur de Dieu distribuées à sa mort (Houssart). À&#13;
Québec, le Séminaire même rappelait son nom à tous, la vieille rue Laval&#13;
faisait de même. Le nom du comté de Laval, de l’Université, de l’École&#13;
normale, qui portent ce même nom de Laval, durent conserver également&#13;
sa mémoire. Les vieilles paroisses du diocèse qu’il a visitées se vantent&#13;
encore de cet honneur. Les fermiers de Saint-Joachim aiment à montrer les&#13;
lieux qu’il a sanctifiés par sa présence.&#13;
Depuis 1878, la confiance dans le vénérable a augmenté partout. Lors de la&#13;
dernière translation des restes, des milliers de personnes les visitèrent au&#13;
Séminaire. Quelques-uns de mes paroissiens actuels furent de ce nombre,&#13;
particulièrement ma mère regrettée, qui conserva jusqu’à sa mort dans un&#13;
livre de prières la photographie des restes du vénérable. On a recherché&#13;
depuis lors des parcelles de son tombeau ; on a fait des neuvaines pour&#13;
obtenir des grâces par son intercession (Journal de Mgr Légaré, 21 décembre&#13;
1877) ; on a donné son nom aux enfants au baptême ; on a fait des prières&#13;
pour sa glorification, surtout depuis le décret d’introduction de sa Cause.&#13;
Le mandement de Mgr Taschereau à cette occasion, les requêtes faites par&#13;
les hommes les plus en vue de notre pays pour obtenir sa canonisation, les&#13;
vies du vénérable qui se sont multipliées, les lettres remarquables de&#13;
Mgr l’archevêque Taschereau, de Mgr Bégin, de Mgr Paquet, de M. l’abbé&#13;
Gosselin, prouvent non seulement l’idée que l’on avait de sa sainteté, mais&#13;
encore le désir que l’on avait de sa glorification.&#13;
Mgr Légaré, dans une lettre au révérend H. Têtu, auteur d’une vie populaire&#13;
sur Mgr de Laval, résume tout ce qui a été dit sur le vénérable en affirmant&#13;
que d’après les témoignages les plus autorisés, François de Montmorency*Laval « a été un nouveau François Xavier par son zèle d’apôtre, un nouveau&#13;
François d’Assise par sa mortification et son esprit de pauvreté, un nouvel&#13;
Ambroise par sa fermeté à sauvegarder les droits de l’Église, un nouveau&#13;
Thomas de Villeneuve par sa prudence et sa sagesse ; on voit rayonner sur&#13;
&#13;
- 1370 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-4&#13;
&#13;
son front l’auréole de toutes les vertus. C’est notre ferme espérance qu’un&#13;
jour l’Église lui décernera un culte public ».&#13;
Dans tout ce que nous avons dit en relatant tout ce qui a été fait pour&#13;
témoigner de la vénération pour Mgr de Laval, nous ne trouvons rien qui ne&#13;
soit autre chose que la manifestation faite en toute justice et piété filiale pour&#13;
reconnaître les bienfaits civils et religieux dont l’Église et la colonie sont&#13;
redevables au vénérable Serviteur de Dieu. Quant à mon opinion&#13;
personnelle, plus j’ai étudié sa vie, plus j’ai admiré sa sainteté et plus j’ai eu&#13;
de confiance en sa protection.&#13;
DOC. LXXI-4. EXTRAITS DU TÉMOIGNAGE D’ANTOINE NANTEL&#13;
&#13;
Doc. LXXI-4&#13;
Antoine Nantel, 62 ans, prêtre du diocèse de Montréal&#13;
(Témoin 11)&#13;
De cette déposition, nous retenons seulement un bref extrait dans lequel le témoin&#13;
exprime son point de vue sur le Séminaire de Québec, tel qu’il fut pensé et réalisé&#13;
par le Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
À la question 8 860, fo 955r : […] Je désire la canonisation du vénérable, parce&#13;
que Mgr de Laval a été le premier évêque de Québec et le fondateur de&#13;
l’Église canadienne, comme le père du peuple canadien. Je la désire encore&#13;
parce qu’il a voulu donner à son clergé la forme apostolique qui me paraît&#13;
destinée à être dans ces temps modernes la meilleure, comme les souverains&#13;
pontifes l’ont déclaré eux-mêmes dans plusieurs circonstances. J’entends&#13;
par forme apostolique la vie commune et la désappropriation des biens&#13;
temporels d’après le plan du bienheureux Holzhauser et d’après l’idée que&#13;
plusieurs hommes de Dieu avaient conçue à cette époque, tels que saint&#13;
Vincent de Paul, M. Olier, le cardinal de Bérulle, le P. Eudes, M. Bourdoise,&#13;
NDLR : « La vérité est qu’après avoir reçu l’ordination sacerdotale, le Serviteur de Dieu ne&#13;
retourna pas dans sa famille. À Paris, où il avait habité auparavant, il devint un membre assidu de&#13;
la Société [des Bons Amis] instituée dans le collège des pères de la Compagnie de Jésus et de&#13;
laquelle fut créé le Séminaire des Missions étrangères. C’est par les pieux exercices et les petits&#13;
engagements qui amenèrent cette Société à se développer que commencèrent ses austérités de&#13;
voyages, ses pèlerinages, ses visites d’hôpitaux, de familles et de prisons et ses autres œuvres&#13;
admirables de charité. Elles furent le début de la vie sacerdotale du Serviteur de Dieu. Ainsi, les&#13;
témoins, etc. »&#13;
860&#13;
&#13;
- 1371 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
qui étaient à peu près tous contemporains. Il me semble que cette idée n’a&#13;
pu venir simultanément dans l’esprit de ces hommes de Dieu sans une&#13;
inspiration particulière. […]&#13;
DOC. LXXI-5. EXTRAITS DU TÉMOIGNAGE D’ELPHÈGE GRAVEL&#13;
Doc. LXXI-5&#13;
Elphège Gravel, 62 ans, évêque de Nicolet (Témoin 12)&#13;
Mgr Elphège Gravel, alors curé de Saint-Hyacinthe, avait été appelé à déposer&#13;
pour le procès ordinaire, mais sa déposition, en ce qui concerne la vie du Serviteur&#13;
de Dieu, n’était qu’un résumé de notes lues dans les biographies.&#13;
La déposition qu’il fit au procès apostolique, une fois devenu évêque de Nicolet,&#13;
revêt une autre valeur. Sa réponse à la question 19 sur les difficultés vécues par le&#13;
Serviteur de Dieu dans l’exercice de son ministère épiscopal, soit avec les&#13;
autorités religieuses déjà établies au pays à son arrivée, soit avec les autorités&#13;
civiles qui gouvernaient la colonie durant son épiscopat, est particulièrement&#13;
intéressante.&#13;
Pour expliquer l’attitude de Mgr de Laval dans ces différentes difficultés,&#13;
Mgr Gravel présente en trois chapitres diverses considérations historiques dont il&#13;
faut tenir compte pour bien évaluer la conduite du Serviteur de Dieu. Ces&#13;
considérations font référence :&#13;
1° aux fausses théories alors en vogue au Canada sur les relations entre&#13;
l’Église et l’État ;&#13;
2° aux conditions politiques et religieuses du pays ;&#13;
3° au caractère de certains gouverneurs ou administrateurs civils de la&#13;
colonie.&#13;
&#13;
À la question 19, fo 1025v : […] Avec la conception nette qu’il avait de l’Église&#13;
et, fort de sa confiance en Dieu, il n’eut pas peur des combats ; « et ils&#13;
combattront contre toi, et ne prévaudront pas, parce que moi je suis avec toi, dit le&#13;
Seigneur, afin que je te délivre » [Jérémie 1:19]. C’est le Seigneur en effet qui&#13;
l’a soutenu. Il a fondé cette Église à l’époque où s’élaborait la fameuse&#13;
Déclaration de France et il l’a fondée dans les idées romaines, la liturgie&#13;
romaine, le rituel romain, le missel romain et même le Cérémonial romain et&#13;
a réussi par ses luttes et sa persévérance à gagner que le siège de Québec&#13;
fût constitué dans l’unique dépendance de Rome : luttes glorieuses de plus&#13;
de 30 ans ; et c’est à resserrer tous les jours davantage les liens entre cette&#13;
jeune Église et le Saint-Siège qu’il a donné ses meilleurs efforts.&#13;
- 1372 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
Ce côté de la vie du vénérable Serviteur de Dieu a été loué par une bouche&#13;
qui remplit l’univers « une bouche qui remplit pour l’univers » et dont les&#13;
jugements ne sont pas portés à la légère, par notre glorieux pontife&#13;
Léon XIII. Aux évêques de ce pays, qui à l’occasion de son jubilé sacerdotal&#13;
avaient exprimé leur attachement à son auguste personne et au Siège&#13;
apostolique, il écrivait le 23 novembre 1887 :&#13;
Assurément cette expression de soumission ne brille pas chez vous&#13;
pour la première fois, mais elle a pris son origine à l’époque où&#13;
François de Montmorency-Laval, d’illustre mémoire, premier&#13;
évêque du siège de Québec, y déploya ses soins pastoraux et y&#13;
accorda une attention soutenue, des liens solides s’étant noués qui&#13;
unissent l’Église canadienne au Siège apostolique ; nous nous&#13;
réjouissons de tout cœur avec vous que vous ayez gardé intact et&#13;
vivant ce remarquable héritage reçu des premiers agriculteurs de ce&#13;
champ du Seigneur.&#13;
Le vénérable a rencontré dès avant son arrivée au Canada [...] de graves&#13;
difficultés, qu’il a trouvées également sur son chemin après son arrivée&#13;
dans ce pays. En vain aurait-il voulu les éviter. Elles sortaient tout&#13;
naturellement de la confusion qu’il y avait alors dans les idées au sujet du&#13;
gouvernement de l’Église, du régime politique et religieux établi dans ce&#13;
pays et du tempérament de certains gouverneurs.&#13;
1° Confusion des idées sur le gouvernement de l’Église&#13;
L’on n’avait pas alors en effet sur le gouvernement de l’Église les notions&#13;
que l’on possède aujourd’hui. L’ingérence du roi dans les choses de l’Église&#13;
paraissait à des personnages très pieux d’ailleurs une chose toute naturelle,&#13;
un droit de la couronne française. M. Faillon, dans son Histoire de la colonie&#13;
française en Canada, Ville-Marie, 1865, vol. 2, p. 49, nous fait toucher du doigt&#13;
l’existence de la confusion même dans les meilleurs milieux. M. Le Gauffre,&#13;
un saint personnage de la Société du vénérable M. Olier, avait été nommé&#13;
par le roi à l’évêché projeté de Québec. Les Jésuites, dit M. Faillon, agréaient&#13;
- 1373 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
ce choix ; mais on ne put convaincre le pieux et humble M. Le Gauffre&#13;
d’accepter cette nomination. « Ses confrères, dit M. Faillon, lui&#13;
représentèrent que cette nomination, à laquelle il avait été étranger, était&#13;
pour lui une marque suffisante de vocation, Dieu se servant de la personne&#13;
du roi pour donner les évêques au royaume de France. » Le même&#13;
M. Faillon parlant, à la p. 324, de la lettre que l’assemblée particulière des&#13;
évêques écrivit aux évêques de France les priant de ne pas donner la&#13;
consécration épiscopale à Mgr de Laval, assigne pour raison de ce&#13;
mouvement hostile le fait que Mgr de Laval n’avait pas fait enregistrer ses&#13;
bulles à la chancellerie et n’avait pas obtenu une licence pour se faire&#13;
consacrer ; « ce qui, dit-il, était contraire aux traditions du royaume ».&#13;
C’était tout simplement la subordination de l’Église à l’État. Mais la&#13;
Propagande donna instruction au nonce de passer outre.&#13;
Et ce qui montre que c’était bien là la pensée reçue alors, ce sont les&#13;
instructions que les ministres du roi donnaient aux officiers de la couronne&#13;
partant pour le Canada. Colbert, qui, paraît-il, récitait le bréviaire tous les&#13;
jours, donnait à M. Talon, nommé intendant au Canada, l’instruction&#13;
suivante : « Il est absolument nécessaire de tenir dans une juste balance&#13;
l’autorité temporelle, qui réside dans la personne du roi et en ceux qui le&#13;
représentent, et la spirituelle, qui réside en la personne du sieur évêque et&#13;
des Jésuites, de manière toutefois que celle-ci soit inférieure à l’autre »&#13;
(Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, série B,&#13;
vol. 1, fo 75r-86r, cité par de Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France&#13;
au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 2, p. 341). C’était bien placer au second&#13;
plan l’autorité religieuse constituée au Canada par le Saint-Siège.&#13;
De plus, l’archevêque de Rouen ne cessa pas pendant de longues années,&#13;
malgré les protestations du Saint-Siège, même après la nomination de&#13;
Mgr de Laval et sa consécration par le nonce, de prétendre à l’exercice de la&#13;
juridiction de l’ordinaire sur ce pays ; et le roi lui-même avait déclaré,&#13;
malgré les réclamations du nonce, accepter la nomination du vicaire&#13;
apostolique « sans préjudice des droits de l’ordinaire de Rouen ».&#13;
Évidemment, les gouverneurs du Canada ne croyaient pas être tenus à plus&#13;
- 1374 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
d’égards envers le vicaire apostolique que ne lui en donnaient les ministres&#13;
du roi, les parlements et l’assemblée des évêques de France. Quelle source&#13;
féconde de conflits !&#13;
2° Régime politique et religieux&#13;
Il y avait en outre au Canada même une organisation politique et religieuse&#13;
propre à engendrer des conflits entre les divers éléments qui étaient dans le&#13;
pays. La couronne accordait le droit exclusif du commerce de fourrures à&#13;
des compagnies à certaines conditions, entre autres d’aider à la défense de&#13;
la colonie, au traitement du gouverneur et de coloniser le pays. Ces&#13;
compagnies ne cherchaient qu’à faire de l’argent aux dépens même de la&#13;
morale et du salut des âmes, comme on le voit dans la vente des boissons&#13;
enivrantes aux Sauvages*. Les gouverneurs, qui dépendaient plus ou moins&#13;
de ces compagnies ou les soutenaient contre les remontrances du vicaire&#13;
apostolique ou les laissaient faire sans mot dire, ces gouverneurs avaient&#13;
donc intérêt, à de certaines heures, à amoindrir l’autorité du vicaire&#13;
apostolique ; c’étaient des causes fondamentales de conflits qui font&#13;
comprendre combien le vénérable était fondé à dire au Saint-Siège en 1672 :&#13;
J’ai appris par une longue expérience combien la condition de&#13;
vicaire apostolique est peu assurée contre ceux qui sont&#13;
chargés des affaires politiques, je veux dire des officiers de la&#13;
Cour, émules perpétuels et contempteurs de la puissance&#13;
ecclésiastique, qui n’ont rien de plus ordinaire que d’objecter&#13;
que l’autorité du vicaire apostolique est douteuse et doit être&#13;
restreinte dans certaines limites.&#13;
Il y avait cependant 13 ans déjà que le vicaire apostolique était au Canada&#13;
à la date de cette lettre.&#13;
Il y avait une source de conflits peut-être plus douloureuse. Quelques&#13;
années avant l’arrivée du vénérable, Dieu avait inspiré à de pieux et riches&#13;
personnages la fondation de la colonie de Montréal ; ce qu’ils entreprirent&#13;
- 1375 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
à leurs frais. Ces excellents personnages, voyant la rapacité de la&#13;
Compagnie des Marchands, qui avait le monopole du principal commerce&#13;
du pays, et la dépendance des gouverneurs de cette Compagnie,&#13;
travaillèrent sans bruit à obtenir du roi des chartres établissant leurs droits&#13;
de propriété sur l’île de Montréal, et les soustrayant en grande partie à&#13;
l’autorité des gouverneurs. Montréal avait son gouverneur particulier, sa&#13;
petite armée, son fort, son haut-justicier, etc. Cette quasi-indépendance était&#13;
provoquante pour les gouverneurs, qui presque tous ont causé toutes sortes&#13;
de tracasseries à la colonie de Montréal. Plusieurs des plus éminents&#13;
compagnons de M. Olier étaient secrètement au nombre des Associés de&#13;
Montréal et acquirent plus tard les droits de la Société. Ç’avait été de tout&#13;
temps le rêve de ces prêtres dévoués d’assurer la solidité de leur fondation&#13;
en ayant leur autorité religieuse, comme ils avaient leur gouverneur et leur&#13;
justicier. Les premiers, ils demandèrent la nomination d’un évêque. Ils&#13;
pressentirent d’abord le pieux M. Le Gauffre, que les Jésuites agréaient, dit&#13;
M. Faillon. Mais la mort le frappa sur ces entrefaites. Les associés&#13;
présentèrent ensuite un des leurs, M. de Queylus, qui ne fut pas agréé.&#13;
C’était un homme actif, riche, généreux, habile aux affaires et dévoué à la&#13;
fondation de Montréal.&#13;
S’imaginant faussement, je ne sais sur quelle autorité, que la bulle de&#13;
Mgr de Laval portait en toutes lettres que Québec était dans le diocèse de&#13;
Rouen (M. Faillon commet la même erreur), voyant en outre la prétention&#13;
de la Cour au sujet du vicaire apostolique et les réserves faites par le roi en&#13;
faveur de l’archevêque de Rouen, M. de Queylus en profita pour se munir&#13;
de lettres de vicaire général de cet archevêque, précéda Mgr de Laval au&#13;
Canada, se posa comme le représentant de l’ordinaire et agit en&#13;
conséquence jusqu’à ce qu’une lettre du roi l’obligea à se désister et à&#13;
repasser en France. Il quitta le pays avec la pensée d’assurer une existence&#13;
indépendante à la cure de Montréal ; ce qu’il alla travailler à Rome auprès&#13;
de la Daterie, à l’insu de la Propagande, et obtint un document établissant&#13;
Montréal en cure indépendante du vicaire apostolique et sous la&#13;
dépendance de l’archevêque de Rouen. Sur les représentations du vicaire&#13;
&#13;
- 1376 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
apostolique, le Saint-Siège annula peu après cette bulle comme accordée sur&#13;
de faux allégués.&#13;
Ces tentatives d’élever autel contre autel, commencées avec l’arrivée de&#13;
Mgr de Laval, se continuèrent pendant des années et nous expliquent les&#13;
jugements défavorables portés par Mgr de Laval sur quelques sulpiciens de&#13;
Montréal, lesquels, à cause des lettres contradictoires de la Cour, la&#13;
difficulté des temps et la confusion des idées sur le gouvernement de&#13;
l’Église, ne procédaient pas d’une manière régulière pour accomplir le bien&#13;
qu’ils avaient en vue. Mais à cette époque même où M. de Queylus frappait&#13;
à tant de portes pour se soustraire à l’autorité du vicaire apostolique, on&#13;
était convaincu à Saint-Sulpice des vertus de Mgr de Laval. M. Tronson, qui&#13;
s’y connaissait, écrivait à M. Dollier de Montréal : « Vous connaissez la piété&#13;
du vicaire apostolique, son désintéressement, sa prudence et ses lumières ».&#13;
Et c’est ce qui est resté en tradition à Saint-Sulpice, comme le déclare le&#13;
sulpicien l’abbé Nercam dans son excellent témoignage en cette Cause. Plus&#13;
tard, quand M. de Queylus eut renoncé à se prévaloir de la juridiction&#13;
contestée par le Saint-Siège de l’archevêque de Rouen, Mgr de Laval lui&#13;
permit de revenir en Canada, l’accueillit avec bonté et le fit nommer son&#13;
vicaire général : ce qui montre que c’étaient les erreurs que le vicaire&#13;
apostolique combattait en M. de Queylus et non la personne.&#13;
3° Tempérament des gouverneurs&#13;
J’ai dit que la condition politique du pays prêtait aux conflits. Les hommes&#13;
de commerce cherchaient le gain avec rapacité, même au détriment des&#13;
âmes, et l’évêque ne vivait que pour le salut des âmes. Mais à ce vice&#13;
fondamental vint s’ajouter, dans le cas de plusieurs gouverneurs, des&#13;
travers d’esprit, des doctrines et des prétentions propres à susciter des&#13;
conflits. Le vicaire apostolique trouva ces conflits en existence, dès son&#13;
arrivée, entre M. d’Argenson et les missionnaires et ils se sont renouvelés&#13;
avec M. Davaugour, M. de Mésy et le comte de Frontenac. Parlons de&#13;
M. d’Argenson, qui suscita des difficultés dès l’arrivée de Mgr de Laval.&#13;
&#13;
- 1377 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
Ce gouverneur alliait à beaucoup de qualités un rare fond de vanité, qui le&#13;
portait, dit M. Faillon, à s’exagérer à lui-même ses prérogatives (Op. cit.,&#13;
vol. 2, p. 458). Il avait de la religion et de la piété, mais une religion et une&#13;
piété viciées par la doctrine gallicane de la supériorité de l’État sur l’Église.&#13;
C’était en outre un esprit léger ; à peine installé, il s’entoure comme Roboam&#13;
d’une jeunesse présomptueuse et éloigne les anciens conseillers ; « Il géra les&#13;
affaires selon son propre génie, il se servit du conseil des jeunes gens. » (cf. II&#13;
Romains 12:14) (P. de Quen, jésuite, lettre au général, 6 septembre 1658).&#13;
« Ce gouverneur, dit M. Faillon (vol. 2, p. 466), était parti de France sans avoir&#13;
jamais témoigné d’inclination particulière pour les RR. PP. jésuites, quoique&#13;
le conseiller d’État, son frère, professât pour eux le plus entier dévouement.&#13;
Ce dernier en conçut même quelque peine et s’en ouvrit confidentiellement&#13;
à Mgr de Laval, avec lequel il avait des liaisons particulières ». « En revanche,&#13;
M. d’Argenson estimait et aimait particulièrement l’abbé de Queylus »&#13;
(Ragueneau au général, 20 août 1658).&#13;
Arrivé un peu moins de deux ans avant Mgr de Laval, d’Argenson était en&#13;
pleine guerre avec les missionnaires quand l’évêque arriva.&#13;
[…] guerre aux missionnaires, dit Rochemonteix (Op. cit., vol. 2,&#13;
p. 235), sourde et hypocrite, d’autant plus dangereuse que&#13;
ceux-ci ne pouvaient se mettre en garde ni se défendre. Ils&#13;
apprenaient par l’un et par l’autre le travail souterrain qui se&#13;
faisait contre eux, soit à Québec, soit à Trois-Rivières ; on&#13;
s’efforçait de démolir leur autorité, de détacher d’eux les&#13;
fidèles. Les choses en vinrent bientôt à ce point que les Jésuites&#13;
finirent par craindre, et non sans raison, que le gouverneur et&#13;
l’abbé [de Queylus] ne surprissent la bonne foi de l’archevêque&#13;
et n’obtinssent des lettres patentes modifiant de nouveau&#13;
l’administration religieuse du Canada.&#13;
&#13;
- 1378 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
Déjà d’Argenson s’était querellé avec le gouverneur de Montréal, le sage et&#13;
pieux M. de Maisonneuve, qui faisait toute chose avec tant de mesure ; il lui&#13;
avait refusé les honneurs qu’il réclamait (Faillon, Op. cit., vol. 2, p. 466). Ce&#13;
qui le blessait chez les Jésuites, c’était, disait-il, qu’ils ne laissaient pas le&#13;
gouvernement des affaires à ceux que Dieu a ordonnés pour cela (Papiers&#13;
d’Argenson, 7 juillet 1660). N’est-ce pas aussi « sous le spécieux prétexte de&#13;
défendre les droits de l’autorité civile » qu’il ourdit ses trames contre&#13;
l’évêque ? se demande Rochemonteix (Op. cit., vol. 2, p. 304). Et puis&#13;
M. de Queylus, qui était venu en Canada un peu avant Mgr de Laval avec&#13;
bien des projets pour nullifier l’autorité du vicaire apostolique, n’avait-il&#13;
pas mis le gouverneur, son ami, dans ses vues ? Ce que nous savons par une&#13;
lettre de Mgr de Laval au frère de d’Argenson, à Paris, citée en note par&#13;
Rochemonteix, c’est que le Serviteur de Dieu l’a visité, lui a rendu tous les&#13;
respects ; que comme son plus véritable ami, dit l’évêque :&#13;
J’ai cru être obligé de lui donner seul à seul, à cœur ouvert, un&#13;
avis important pour le bien de l’Église. Il semble pour cela que&#13;
je lui sois devenu suspect, tandis que la plus forte passion que&#13;
j’aie, c’est de le voir dans une parfaite union et intelligence&#13;
avec ces bons ouvriers, qui n’ont pour lui que des sentiments&#13;
de respect 861.&#13;
Ce gouverneur, « qui paraissait satisfaire ni les Français, ni les Sauvages, ni&#13;
les religieux » (Lettre du P. Vimont au général, 1660), était très chatouilleux&#13;
sur les préséances : il voulait avoir la première place, même dans les milieux&#13;
religieux où il semble qu’il appartenait à l’évêque de faire les honneurs aux&#13;
autres, et dans l’église d’avoir son prie-Dieu dans le chœur, comme celui de&#13;
l’évêque. Il voulait assister aux délibérations des marguilliers, présenter le&#13;
&#13;
NDLR : La citation correcte est : « J’ai cru être obligé de lui donner un avis important pour le&#13;
bien de l’Église et qui lui devait être utile, s’il l’eût pris dans la même disposition que je suis assuré&#13;
que vous l’auriez reçu. C’était seul à seul, à cœur ouvert […] Je ne sais depuis ce temps ce qu’il a&#13;
pensé de moi, mais il semble que je lui sois suspect et qu’il ait cru que j’embrasse la cause de ces&#13;
bons serviteurs de Dieu à son préjudice, mais je puis bien assurer qu’ils n’ont pour lui que des&#13;
sentiments de respect et que la plus forte passion que j’aie est de le voir dans une parfaite union et&#13;
intelligence avec eux. » (Lettre du Serviteur de Dieu à René d’Argenson, 20 octobre 1659.)&#13;
861&#13;
&#13;
- 1379 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
pain bénit durant la messe au bruit des tambours et des fifres, etc. Que&#13;
devait faire l’évêque en face de ces prétentions ? S’en expliquer avec le&#13;
gouverneur qui n’entendait rien quand sa vanité était intéressée et qui&#13;
n’aurait pas plus accepté les explications de l’évêque pour ce cas qu’il&#13;
n’avait accepté les bonnes raisons de M. de Maisonneuve dans un cas&#13;
analogue ? Lui accorder tout ce qu’il voulait et laisser la naïve population&#13;
croire que cet adversaire des missionnaires avait droit de commander à&#13;
l’Église aussi bien qu’aux forts et donner une preuve pratique que l’État&#13;
était bien réellement supérieur à l’Église ? Car on sait que de bien petits&#13;
incidents viennent quelquefois étayer de très graves erreurs.&#13;
Mgr de Laval avait eu récemment trop de preuves des ruses du gallicanisme&#13;
et de ses sottes prétentions pour laisser s’établir pratiquement, même dans&#13;
sa cathédrale, au commencement de sa carrière, une doctrine qu’il jugeait&#13;
si funeste et qu’il avait combattue de toutes ses forces jusque-là. Au fond,&#13;
cette lutte qui paraît avoir existé sur ces petites choses, était tout&#13;
simplement une lutte contre le gallicanisme, qui s’affirmait dans ces détails&#13;
pour se donner une position aux yeux du public.&#13;
À tout événement, l’évêque, avec son calme et sa prudence ordinaires,&#13;
trouva le moyen de ne faire ni l’un ni l’autre. Il évita en dehors de l’église&#13;
de se rencontrer aux fêtes avec le gouverneur et, dans l’église, il lui concéda&#13;
ce que nous accordons aujourd’hui à nos gouverneurs : prie-Dieu, coussin,&#13;
grand fauteuil en face de l’autel dans l’avant-nef, avec sièges de marque à&#13;
côté de lui pour les siens. Pour ses autres prétentions, l’évêque fit semblant&#13;
de les ignorer ; il ne les combattit que quand elles s’affirmèrent&#13;
publiquement, comme il aurait combattu et combattait en effet toute autre&#13;
manifestation gallicane.&#13;
Cette première difficulté, que Mgr de Laval n’avait pas créée et n’avait pu&#13;
éviter, fut suivie par d’autres non moins regrettables qui éclatèrent sous le&#13;
gouvernement du baron Davaugour, qui succéda à M. d’Argenson. Le&#13;
baron Davaugour, dit Rochemonteix (Op. cit., vol. 2, p. 312-313), était un&#13;
homme « raide et inflexible, cassant et impérieux, entêté comme pas un, se&#13;
- 1380 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
faisant un point d’honneur de ne pas revenir sur une décision prise. […] il y&#13;
avait en lui la foi robuste du charbonnier, agissante, peu éclairée ».&#13;
Le mal que l’évêque et tous les hommes de bien voulaient alors conjurer,&#13;
c’était la vente des boissons enivrantes aux Sauvages. Ce commerce&#13;
entraîne tant de maux que de nos jours nos gouvernements maintiennent&#13;
en vigueur les défenses de vendre des boissons enivrantes aux Sauvages,&#13;
portées il y a deux siècles aux prières du Serviteur de Dieu. Davaugour se&#13;
rangea avec son énergie ordinaire du côté de l’évêque contre les traitants&#13;
européens. Hélas ! un incident de rien, rapporté par Charlevoix, vint briser&#13;
cette harmonie si féconde en heureux fruits.&#13;
Une femme de Québec est surprise à vendre de la boisson aux&#13;
Sauvages ; le gouverneur la fait jeter en prison. À la prière de&#13;
ses parents, le P. Lalemant se décide à intercéder pour elle. Il&#13;
va trouver M. Davaugour, qui le reçoit fort mal et lui répond&#13;
brusquement : “Puisque la traite de l’eau-de-vie n’est pas une&#13;
faute punissable pour cette femme, elle ne le sera désormais&#13;
pour personne. 862” Un peu plus de sang-froid lui aurait fait&#13;
répondre au supérieur qu’il faisait son devoir en implorant sa&#13;
clémence pour cette femme et que, pour lui, le sien l’obligeait&#13;
à faire justice. Mais il ne consulta que sa mauvaise humeur et&#13;
sa droiture mal entendue et ce qu’il y eut de pis, c’est qu’il se&#13;
fit un point d’honneur de ne point rétracter l’indiscrète parole&#13;
qui lui était échappée. (Charlevoix, Histoire et description&#13;
générale de la Nouvelle-France, 1744, t. 1, p. 361)&#13;
&#13;
NDLR : La citation correcte est : « Il arriva qu’une femme de Québec fut surprise en y&#13;
contrevenant et sur le champ conduite en prison. Le P. Lalemant, à la prière de ses parents ou de ses&#13;
amis, crut pouvoir sans conséquence intercéder pour elle. Il alla trouver le général, qui le reçut très&#13;
mal, et qui sans réflexion qu’il n’y a point d’inconséquence dans les ministres d’un Dieu, qui a&#13;
donné sa vie pour détruire le péché et sauver le pécheur, à agir avec zèle pour réprimer le vice et à&#13;
demander grâce pour le criminel, lui répondit brusquement que, puisque la traite de l’eau-de-vie&#13;
n’était pas une faute punissable pour cette femme, elle ne le serait désormais pour personne. » Le&#13;
reste de la citation est correct.&#13;
862&#13;
&#13;
- 1381 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
Le caractère de ce gouverneur se trouve entier dans ce fait. Ce fut le signal&#13;
des plus grands désordres, lesquels firent dire à la vénérable mère de&#13;
l’Incarnation :&#13;
Il s’ensuit de ce commerce des violences, des brutalités&#13;
monstrueuses, des meurtres. Mgr notre prélat a fait tout ce qui&#13;
peut s’imaginer pour arrêter le cours de ce trafic, qui ne tend&#13;
à rien moins qu’à la destruction de la foi en ces contrées. Il a&#13;
employé toute sa douceur ordinaire pour détourner les&#13;
Français de ce commerce sans réussir. Il a pensé mourir de&#13;
douleur ; on le voit sécher sur pied. Désolé, découragé, ne&#13;
sachant pas comment arrêter ces désordres qui vont chaque&#13;
jour plus grandissants, il s’embarque pour la France pour&#13;
exposer au roi la triste situation où se trouve la NouvelleFrance par la faute du baron Davaugour. (Lettres historiques,&#13;
p. 572)&#13;
Le roi rappela ce gouverneur. M. de Mésy remplaça le baron Davaugour.&#13;
M. de Mésy, après des inconduites de jeunesse (Vieilles chroniques citées par&#13;
l’Union de Québec, 2 novembre 1899 ; La Tour, Mémoires sur la vie de&#13;
M. de Laval, premier évêque de Québec, 1761), était devenu dévot par&#13;
l’influence de M. de Bernières, à l’Ermitage duquel Mgr de Laval l’avait&#13;
connu. Dans les instructions que Colbert donne à Talon après la mort de&#13;
M. de Mésy, il signale en ce dernier des passions de colère et d’avarice qu’il&#13;
donne comme la cause de ses graves erreurs (Colbert à Talon, 27 mars 1665,&#13;
Archives nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, série B,&#13;
vol. 1, fos 75r-86r). Tout alla bien pendant quelque temps entre ce gouverneur&#13;
et l’évêque. De concert, ils avaient choisi des hommes de probité, jouissant&#13;
de l’estime de tous.&#13;
Par le nouvel édit du roi, créant le Conseil souverain, les émoluments du&#13;
gouverneur se trouvaient diminués et son autorité partagée avec le Conseil.&#13;
Ceux qui avaient aigri Davaugour, c’est-à-dire les traitants, s’efforçaient de&#13;
faire sentir à M. de Mésy l’infériorité de sa situation et réussirent. Un bon&#13;
- 1382 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
jour, le gouverneur demanda au Conseil de lui allouer un traitement égal à&#13;
celui des autres gouverneurs. Le Conseil se récuse. Il exclut trois des&#13;
conseillers, les accuse de divers délits et demande à l’évêque de se joindre&#13;
à lui à l’effet de choisir d’autres conseillers.&#13;
Ni ma conscience, ni mon honneur, répond l’évêque, ni le&#13;
respect et l’obéissance que je dois aux volontés du roi, ni la&#13;
fidélité et l’affection que je dois à son service, ne me&#13;
permettent [de procéder à la nomination d’autres conseillers&#13;
ou officiers] jusqu’à ce que, dans un jugement légitime, les&#13;
personnes inculpées aient été convaincues des crimes dont on&#13;
les accuse 863. (Ferland, Cours d’histoire du Canada, 1882, vol. 2,&#13;
p. 22)&#13;
« M. de Mésy, dit Faillon (Op. cit., vol. 3, p. 94-95), se portait à des actes qui&#13;
mirent le trouble dans Québec et dont la colonie de Ville-Marie ne fut pas&#13;
entièrement exempte. […] Par ses actes arbitraires et violents, ayant mis le&#13;
trouble à Québec et perdu tout respect dans l’estime des peuples ».&#13;
Les vexations de toutes sortes se succédaient : M. de Maisonneuve est&#13;
destitué de sa charge de gouverneur de Montréal ; la vente des boissons&#13;
enivrantes est permise au son du tambour ; il fait publier en ville une&#13;
pancarte d’injures contre l’évêque ; à la tête de ses gardes et de la garnison&#13;
du fort, il investit la maison du vicaire apostolique pour l’intimider, s’il&#13;
n’obéit pas à d’autres sentiments plus coupables (Francis Parkman, The Old&#13;
Regime in Canada, 1901, p. 204-205 ; Cours d’histoire du Canada, 1882, vol. 2,&#13;
p. 221 ; Journal des Jésuites, 5 octobre 1664).&#13;
NDLR : « À quoi M. l’évêque répond qu’ayant ci-devant fait et affiché au poteau public et&#13;
enregistré les registres du greffe du Conseil, quant à la prière qu’il lui faisait de procéder à la&#13;
nomination d’un procureur général et de conseillers au lieu et place de ceux qu’il prétend être&#13;
interdits, que [ni] sa conscience, ni son honneur, ni la fidélité au service du roi ne lui pouvaient&#13;
permettre, jusqu’à ce que lesdits officiers dudit Conseil fussent convaincus des crimes dont ladite&#13;
ordonnance d’interdiction les accuse, qu’il persiste et déclare à M. le gouverneur pour les mêmes&#13;
raisons qu’il ne peut procéder à la nomination d’un substitut jusqu’à ce que le procureur général soit&#13;
convaincu [de ce] dont on l’accuse. » (Différend entre le gouverneur et l'évêque de Pétrée au sujet&#13;
de la nomination d'un substitut du procureur général, 5 mars 1664, Bibliothèque et Archives&#13;
nationales du Québec, TP1, S28, P76.)&#13;
863&#13;
&#13;
- 1383 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
Tous ces actes arbitraires du gouverneur, son attitude hostile&#13;
vis-à-vis du clergé et des missionnaires, dit le P. Lalemant, ne&#13;
découragent&#13;
&#13;
pas&#13;
&#13;
la&#13;
&#13;
patiente&#13;
&#13;
fermeté,&#13;
&#13;
ni&#13;
&#13;
la&#13;
&#13;
bonté&#13;
&#13;
miséricordieuse de l’évêque de Pétrée. « Aux injures et à&#13;
l’insolence, il oppose le silence et la résignation. Il prie&#13;
beaucoup et fait prier pour son ancien ami. Avis charitables,&#13;
représentations bien motivées, sévères réprimandes, il n’épargne&#13;
rien pour le ramener dans la voie du devoir ; mais par tous ces bons&#13;
procédés, il ne réussit qu’à l’irriter davantage. » (Gosselin, v. 1, p.&#13;
447-448) (Cité dans Rochemonteix, vol. 2, p. 337-338)&#13;
Une administration où l’arbitraire le disputait à l’incohérence le perdit à la&#13;
Cour et son rappel fut décidé. Le jugement de Dieu prévint celui des&#13;
hommes. Avant l’arrivée des lettres de rappel, il tomba gravement malade.&#13;
Sentant sa fin prochaine, il ne voulut avoir personne autre pour le préparer&#13;
à la mort que le vicaire apostolique qu’il avait si indignement outragé ; il lui&#13;
fit sa confession, se réconcilia sincèrement avec lui et mourut pieusement&#13;
après avoir reçu les sacrements.&#13;
Mgr de Laval eut à souffrir encore d’un autre gouverneur, le comte de&#13;
Frontenac. Quel caractère complexe que celui de Frontenac ! Singulier&#13;
mélange des plus belles qualités et des plus grands défauts, bon à ses&#13;
heures, l’esprit vif, pénétrant, ferme, fécond, cultivé ; mais d’un caractère&#13;
tranchant, absolu, dominateur, violent et emporté. C’est le portrait que&#13;
tracent de ce gouverneur Charlevoix, Gosselin et Ferland. Il se livrait à des&#13;
colères noires et à des accès de rage, dit Edmond Roy. Il était surtout&#13;
ambitieux et extrêmement jaloux du pouvoir. Aussi fut-il toujours en&#13;
altercations, même publiques, avec l’intendant Duchesneau (Garneau,&#13;
Histoire du Canada depuis sa découverte à nos jours, 1845-1852, vol. 1, p. 217 ;&#13;
Bibeau, L’Encyclopédie canadienne, 1842-1843, vol. 1, p. 104). « Ce&#13;
gouverneur, dit Rochemonteix (Op. cit., vol. 3, p. 122 864), était arrivé à&#13;
Québec plein de préjugés et de préventions contre le clergé canadien864&#13;
&#13;
NDLR : Rochemonteix, dans ce passage, parle en fait du gouverneur de Frontenac.&#13;
- 1384 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
français. Il croyait surtout, [en bon gallican 865], que les ecclésiastiques&#13;
étendaient leur autorité sur le temporel. » On voit par sa correspondance&#13;
qu’il se détermina, quelques mois après son arrivée, à briser cette influence.&#13;
Il leur fait des procès ; il saisit leurs lettres ; il exige qu’ils prennent des&#13;
passeports pour passer d’un lieu à un autre ; il lève sa canne sur l’abbé&#13;
d’Urfé et le chasse de sa présence ; une autre fois, il le menace de la prison,&#13;
parce qu’il intercédait en faveur de son confrère, l’abbé Fénelon ; au mépris&#13;
du droit ecclésiastique en vigueur à cette époque, il fait comparaître&#13;
M. Dollier, supérieur du Séminaire de Montréal, devant le Conseil de&#13;
Québec et, en cas de refus, il le menace de faire saisir le temporel de sa&#13;
communauté ; il assigne aussi l’abbé Rémy qui, à cause de son refus de&#13;
comparaître, est condamné à une série d’amendes ; et il met le comble à tout&#13;
en permettant la traite de l’eau-de-vie. Faillon, Ferland, Garneau, tous les&#13;
historiens, rapportent ces faits.&#13;
C’est à proprement parler sur la traite de l’eau-de-vie qu’eut lieu le démêlé&#13;
entre le gouverneur et l’évêque.&#13;
Témoin attristé des maux causés par la liberté de la traite, dit&#13;
Rochemonteix (Op. cit., vol. 3, p. 130-131), que fit&#13;
Mgr de Laval ? Il présenta d’abord au gouverneur général ses&#13;
observations respectueuses ; puis, le mal grandissant, il&#13;
réserva, comme il l’avait déjà fait plusieurs années&#13;
auparavant, le cas de ceux qui enivraient les Sauvages et&#13;
défendit aux confesseurs de les absoudre. C’était son droit et&#13;
son devoir d’évêque ; et les docteurs de La Sorbonne, après un&#13;
examen attentif de l’état des choses au Canada, répondirent&#13;
dans ce sens, de la façon la plus formelle : « Afin d’empêcher un&#13;
commerce si préjudiciable au salut des âmes, Monseigneur,&#13;
disent-ils, peut user de la puissance que Dieu lui a donnée et&#13;
même il est obligé en conscience de se servir à cet effet des&#13;
moyens les plus efficaces et qu’il jugera les plus convenables,&#13;
865&#13;
&#13;
NDLR : Ce commentaire est du témoin, Elphège Gravel, et non pas de Rochemonteix.&#13;
- 1385 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
tel que serait, par exemple, de faire un cas réservé du péché&#13;
que l’on commet par le malheureux débit de ces sortes de&#13;
liqueurs et boissons. » (Têtu, Mandements, lettres pastorales et&#13;
circulaires des évêques de Québec, 1888, vol. 1, p. 94).&#13;
La décision épiscopale, continue Rochemonteix (Op. cit., vol. 3,&#13;
p. 131-132), reçut la pleine approbation de l’intendant&#13;
Duchesneau, du clergé séculier, des Sulpiciens de Montréal,&#13;
des Jésuites et de tous les colons sincèrement chrétiens et&#13;
soucieux des intérêts moraux et religieux des Sauvages ; mais&#13;
elle souleva dans le camp de ceux qui faisaient la traite à leur&#13;
profit une profonde et bruyante irritation. […] L’irascible et&#13;
ombrageux gouverneur fut le plus profondément irrité ; le cas&#13;
réservé l’atteignait du même coup dans ses intérêts et son&#13;
administration.&#13;
Disposé à voir un peu partout des empiètements sur son autorité, Frontenac&#13;
s’imagina que l’évêque avait outrepassé ses droits, qu’il avait usurpé ceux&#13;
du gouverneur ou du Conseil souverain. Il écrivit en outre au ministre de&#13;
la Marine en 1677 : « Quasi tous les désordres de la Nouvelle-France tirent&#13;
leurs sources de l’ambition des ecclésiastiques qui, voulant joindre à&#13;
l’autorité spirituelle une puissance absolue sur les choses temporelles, font&#13;
souffrir et murmurer tous ceux qui ne leur sont pas entièrement soumis. »&#13;
(Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Claraimbault,&#13;
vol. 1016, fos 43-47.)&#13;
Les dénonciations de Frontenac étaient faites avec tant de passion et si&#13;
souvent répétées qu’elles n’obtinrent pas créance à la Cour. « […] je vois&#13;
clairement, lui dit le roi 866, que tout cède à vos inimitiés particulières. » Ceci&#13;
est cité par Garneau (Op. cit., vol. 1, p. 276). Le roi fut forcé de le rappeler ; il&#13;
n’y avait plus de paix possible.&#13;
&#13;
NDLR : Lettre de Louis XIV à Frontenac, 30 avril 1681, Archives nationales d’Outre-mer, Aixen-Provence, Archives des colonies, Série C11 A, vol. 5, fos 85 ss.&#13;
866&#13;
&#13;
- 1386 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-5&#13;
&#13;
C’est un fait bien remarquable que, en butte à tant de dénonciations de la&#13;
part des officiers civils, le vicaire apostolique ne fut jamais ni blâmé ni&#13;
réprimandé par la Cour. Bien loin de là, les éloges qu’il en reçut sont fort&#13;
nombreux et il y a toujours triomphé de ses adversaires ; ce que M. Garneau&#13;
attribue à l’influence qu’exerçait sur tous sa réputation de sainteté.&#13;
Au sein de cette anarchie, qui tenait en souffrance tous les éléments propres&#13;
à assurer la solidité d’une fondation, le vénérable restait ce qu’il avait&#13;
toujours été, un saint. Jamais il ne connut ni la faiblesse et l’emportement ;&#13;
il avait le zèle du bien contre le mal, la défense de l’Église contre les&#13;
doctrines gallicanes, mais avec ce sage tempérament de l’homme qui n’a&#13;
pas une force ou une vertu d’emprunt. Aussi, tout le monde à cette époque&#13;
proclamait sa vertu et sa sainteté.&#13;
La France, dit l’abbé Nercam, sulpicien, retentissait du bruit&#13;
de ses succès, de sa sainteté et de ses vertus héroïques ; tous&#13;
le proclamaient un saint. C’était le sentiment des nobles et des&#13;
gens du peuple, du clergé et des laïcs, de la Cour elle-même,&#13;
où Louis XIV spécialement se plaisait en toute rencontre à&#13;
témoigner de la haute idée qu’il avait des vertus du Serviteur&#13;
de Dieu (Procès préliminaire).&#13;
J’ai couvert dans ma réponse la série des démêlés du vénérable avec les&#13;
gouverneurs de son temps. On voit que ces différentes difficultés ont pris&#13;
naissance dans la confusion des idées qui existaient alors au sujet de l’Église&#13;
dans l’état d’anarchie de ce pays en formation et dans les doctrines et&#13;
souvent les sottes prétentions et les tempéraments des gouverneurs de ce&#13;
temps. À moins de sacrifier les intérêts des âmes et l’honneur de l’Église, il&#13;
fallait lutter. Comme le vénérable ne vivait que pour le salut des âmes et&#13;
n’avait rien de plus à cœur que l’honneur de l’Église, il a accepté la lutte, si&#13;
crucifiante qu’elle fût, et il a accompli la fondation de cette Église du&#13;
Canada, qui a tant de fois mérité et reçu les éloges du Saint-Siège. […]&#13;
&#13;
- 1387 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
À la question 37, fo 1047v : J’ai eu connaissance personnellement d’un grand&#13;
nombre de faveurs extraordinaires que Mgr Moreau, évêque de SaintHyacinthe, a relatées par écrit […]&#13;
Doc. LXXI-6. Extraits du témoignage de Joseph Edmond Roy&#13;
&#13;
Doc. LXXI-6&#13;
Joseph Edmond Roy, 43 ans, notaire public (Témoin 15 et 1er ex officio)&#13;
Parmi toutes les dépositions des témoins qui furent entendus dans la Cause de&#13;
Mgr de Laval, soit dans le procès ordinaire, soit dans le procès apostolique, celle&#13;
de M. Joseph Edmond Roy, notaire public, est sans doute la plus complète, la plus&#13;
exacte et la plus élaborée.&#13;
À l’époque du procès apostolique, Joseph Edmond Roy s’occupait depuis plus de&#13;
20 ans à l’histoire du Canada, comme il l’affirme lui-même dans la réponse à la&#13;
septième question ; il en connaissait presque toute la littérature et la possédait dans&#13;
sa riche bibliothèque. De plus, il avait visité plusieurs archives canadiennes et&#13;
françaises et en avait extrait une abondante récolte de documents, qu’il sut mettre&#13;
en valeur dans ses nombreuses et appréciées monographies.&#13;
La déposition que M. Roy fit pour le procès apostolique est analytique et&#13;
constructive en ce qu’il dépeint en longs traits le milieu historique dans lequel&#13;
vécut et œuvra le Serviteur de Dieu. Cette reconstruction est particulièrement utile&#13;
pour les faits relatifs aux difficultés que Mgr de Laval eut avec les gouverneurs et&#13;
avec son successeur, Mgr de Saint-Vallier. Les jugements sereins qu’il porte sur&#13;
l’œuvre de Mgr de Laval en général et sur certains auteurs, comme le protestant&#13;
Parkman et le libéral Garneau, par rapport à leurs jugements sur le Serviteur de&#13;
Dieu, sont dignes d’être notés. De cette déposition, nous reproduisons les passages&#13;
de plus grande importance.&#13;
&#13;
À la question 9, fo 1068r : […] Les actes de baptême de 1612 à 1628 manquent&#13;
dans les archives de Montigny ; on constate qu’ils ont été coupés aux&#13;
ciseaux. Il est vraisemblable que ces archives aient été détruites pendant la&#13;
révolution, parce que j’ai constaté moi-même que, dans plusieurs paroisses&#13;
de France, les feuillets où étaient inscrits les actes concernant les familles&#13;
nobles ont été lacérés, détruits ou jetés au feu. C’était d’ailleurs la règle de&#13;
détruire les écussons des familles nobles dans les églises. […]&#13;
À la question 19, fo 1078r : […] Quand Mgr de Pétrée arriva au Canada, il&#13;
trouva la colonie dans le plus triste état. Depuis une dizaine d’années, elle&#13;
était désolée par les incursions des Sauvages* iroquois, dont les bandes&#13;
- 1388 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
parcouraient les campagnes, se cachant en embuscades pour surprendre les&#13;
habitants isolés, faisant souffrir à ceux dont ils s’emparaient les plus atroces&#13;
tourments. Le fait est que ce n’est qu’en 1701 qu’une paix définitive fut&#13;
conclue avec ces guerriers barbares. Le vénérable Serviteur de Dieu a donc&#13;
exercé l’épiscopat pendant 40 ans, alors que le pays était en état de guerre,&#13;
guerre d’autant plus dangereuse que ç’en était une d’embuscades et de&#13;
trahisons. Il passa les trois premières années de son épiscopat dans le&#13;
dénuement de toutes choses et toujours en danger de terminer sa vie au&#13;
milieu des supplices.&#13;
Ce fut dans ces circonstances qu’il entreprit la première visite de son&#13;
diocèse immense en 1660 (Relations des Jésuites, passim). Malgré tous ces&#13;
dangers, il ne négligea jamais les devoirs de sa charge épiscopale ; il fit&#13;
régulièrement la visite de son diocèse. […]&#13;
À la même question, fo 1088r : […] Il faut voir dans ces démêlés entre&#13;
Mgr de Pétrée et les gouverneurs de la colonie le prolongement des deux&#13;
écoles gallicane et ultramontaine qui existaient alors en France. Il suffit de&#13;
lire les instructions que le roi et son ministre donnaient à leurs&#13;
fonctionnaires coloniaux pour s’en convaincre. Ces instructions n’ont&#13;
encore été jusqu’ici qu’imparfaitement publiées par les auteurs. Nous nous&#13;
permettons de signaler les sources où l’on pourra trouver quelques-unes de&#13;
ces instructions, d’après le relevé qu’en donne le Supplément du dernier&#13;
Rapport sur les Archives canadiennes publié à Ottawa en 1901.&#13;
Lettre du roi à M. de Frontenac datée du 16 avril 1676, Saint-Germain-enLaye. Il dit à M. de Frontenac qu’il doit accommoder son petit différend&#13;
avec l’évêque, car les honneurs qui lui sont rendus à l’église sont plus&#13;
grands que ceux déférés aux gouverneurs et aux lieutenants-généraux de&#13;
France. Il doit maintenir haut son autorité en tout ce qui concerne le&#13;
militaire, maintenir les privilèges de la couronne et de l’Église gallicane.&#13;
Même jour, le ministre écrit à l’intendant Duchesneau qu’il doit&#13;
prudemment prendre les mesures nécessaires pour que la puissance&#13;
- 1389 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
ecclésiastique n’entreprenne rien sur le temporel ; ce qu’elle est assez portée&#13;
à faire. L’année suivante, le ministre écrit encore à M. Duchesneau (28 avril&#13;
1676) qu’il doit s’appliquer à resserrer les ecclésiastiques dans les bornes de&#13;
leur autorité et qu’il doit se rendre habile en ces matières en lisant les&#13;
auteurs qui en ont traité.&#13;
Citons encore d’autres instructions : Mémoire du roi pour servir&#13;
d’instruction à l’intendant Talon s’en allant au Canada, 27 mars 1665. Ceux&#13;
qui ont fait les relations les plus fidèles et désintéressées ont toujours dit&#13;
que les Jésuites avaient pris une autorité qui dépassait les bornes. Pour la&#13;
maintenir, ils ont fait nommer évêque M. de Laval, comme étant dans leur&#13;
entière dépendance ; et même ils ont fait nommer des gouverneurs et usé&#13;
de tous les moyens pour faire révoquer ceux qui n’étaient pas entièrement&#13;
dans leurs intérêts. Il devra étudier la situation et faire en sorte que&#13;
l’autorité spirituelle soit inférieure à la temporelle. Il devra, sans néanmoins&#13;
découvrir ses intentions, s’aboucher avec les Jésuites à Paris.&#13;
Le 5 avril 1668, dans les instructions du roi à l’intendant Bouteroue s’en&#13;
allant au Canada, il dit qu’il a raison de croire que l’évêque et les Jésuites y&#13;
établissent&#13;
&#13;
trop&#13;
&#13;
solidement&#13;
&#13;
leur&#13;
&#13;
autorité&#13;
&#13;
par&#13;
&#13;
la&#13;
&#13;
crainte&#13;
&#13;
des&#13;
&#13;
excommunications et la trop grande sévérité qu’ils veulent maintenir.&#13;
Dans un mémoire du 17 mai 1669, adressé à l’intendant Talon, toujours&#13;
dans le but de lui faire connaître les relations qui doivent exister entre&#13;
l’Église et l’État, il lui dit de lire toutes les lettres de Colbert à l’évêque et à&#13;
M. de Queylus pour se pénétrer de ses intentions.&#13;
Dans un mémoire du roi au gouverneur Frontenac (7 avril 1672), il lui dit&#13;
de traiter les Jésuites, qui le méritent par leur zèle, avec beaucoup de&#13;
considération, mais en cas qu’ils voulussent porter l’autorité ecclésiastique&#13;
trop loin, les reprendre avec douceur. Il protégera également les Sulpiciens&#13;
et les Récollets comme moyen de balancer l’autorité des Jésuites.&#13;
&#13;
- 1390 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
Dans une lettre du 1er mai 1676, adressée à M. Duchesneau, il lui dit :&#13;
« Quoique l’évêque soit un homme de bien, il ne laisse pas d’affecter une&#13;
domination qui dépasse les bornes que les évêques ont dans le monde&#13;
chrétien. Comme l’évêque affecte une autorité trop grande, il serait bon, par&#13;
des moyens habiles, de lui ôter l’envie d’assister aux séances du Conseil ».&#13;
Le roi écrit encore à M. de Frontenac le 12 mai 1678 : « Le Conseil souverain&#13;
doit s’appliquer à contenir les ecclésiastiques dans leurs attributions ». Et&#13;
trois jours après, le ministre du roi reproche à l’intendant Duchesneau ses&#13;
penchants pour l’évêque et ses préventions contre M. de Frontenac.&#13;
Par ces extraits, on voit que l’idée royale était de faire contrebalancer&#13;
l’autorité ecclésiastique dans la colonie par les fonctionnaires civils. On&#13;
commençait d’abord par préjuger ces derniers contre l’évêque et ses&#13;
missionnaires ; on leur disait l’importance de maintenir le temporel audessus du spirituel ; et les fonctionnaires, soit pour faire du zèle, soit pour&#13;
obtenir de l’avancement, soit encore le plus souvent pour faire triompher&#13;
des idées qu’ils avaient eux-mêmes puisées dans le Parlement de France,&#13;
cherchaient par ordre et officiellement à contrecarrer les mesures prises par&#13;
l’autorité ecclésiastique. Ceci explique, suivant moi, la raison des différends&#13;
qui ont existé entre le vénérable Serviteur de Dieu et les gouverneurs dans&#13;
la colonie.&#13;
Je&#13;
&#13;
désire&#13;
&#13;
cependant&#13;
&#13;
faire&#13;
&#13;
remarquer, après avoir parcouru les&#13;
&#13;
correspondances du temps, le contraste frappant qui existe entre le ton&#13;
hautain, le persiflage et la rudesse des lettres des gouverneurs et intendants,&#13;
et le ton toujours digne, la mansuétude et la pondération qui règnent dans&#13;
celles du vénérable. Nous citons spécialement, à l’appui de ce que nous&#13;
venons de dire, ce qui se passa au sujet de la traite de l’eau-de-vie. Pendant&#13;
que le vénérable Serviteur de Dieu emploie dans ses mandements et ses&#13;
lettres les plus hautes raisons de morale pour justifier cette prohibition,&#13;
voici celles dont le ministère se sert pour permettre la traite : Lettre à&#13;
Frontenac du 18 mai 1677. L’évêque lui a fait remettre une consultation en&#13;
[La] Sorbonne sur les excès que causent les boissons sur les Sauvages. Si les&#13;
- 1391 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
faits étaient vrais, il faudrait supprimer ce commerce, mais après s’être&#13;
informé de MM. Talon, Bouteroue et autres, il s’est assuré qu’il y avait&#13;
grande exagération. Si, comme il le croit, ils ne sont qu’un peu plus sujets à&#13;
s’enivrer que les Allemands et les Bretons, il devra empêcher que l’autorité&#13;
épiscopale n’entreprenne rien au dehors de l’Église sur une matière qui est&#13;
purement de police.&#13;
Dans une autre correspondance, le ministre assure le gouverneur qu’il est&#13;
d’opinion que l’usage de l’eau-de-vie devrait être salutaire aux Sauvages&#13;
dans un pays comme le Canada. Le principal motif pour l’autorité civile de&#13;
maintenir la traite de l’eau-de-vie, c’est qu’il est bien vrai qu’elle peut&#13;
affecter la moralité de ces peuples, mais qu’il ne faut pas nuire au commerce&#13;
et qu’il est nécessaire de faire concurrence aux Anglais.&#13;
Mgr de Laval eut aussi un différend avec l’abbé de Queylus. M. de Queylus&#13;
voulait que le futur évêque de Québec fût dépendant de l’archevêque de&#13;
Rouen. Il avait aussi intrigué en sous-main pour être lui-même évêque de&#13;
la colonie. Rendu dans la colonie, il y continua ses intrigues. M. de Queylus&#13;
reçut l’ordre de retourner en France. Nous devons dire que Mgr de Laval,&#13;
dans tout ce démêlé, a montré beaucoup de modération et que si&#13;
M. de Queylus eût des avanies à subir, il se les attira lui-même de l’autorité&#13;
royale.&#13;
Vers 1670, l’autorité royale, toujours dans le but de faire contrepoids au&#13;
pouvoir ecclésiastique, envoya dans la colonie quatre pères récollets, qui&#13;
avaient la réputation d’être plus tolérants que les autres ordres religieux.&#13;
Quoique le vénérable Serviteur de Dieu n’eût pas été consulté pour cet&#13;
envoi, il reçut cependant les nouveaux missionnaires avec beaucoup de&#13;
grâce et favorisa leur établissement à Québec, Trois-Rivières et Percé. Il ne&#13;
devait pas tarder cependant à regretter son bienveillant accueil. Les&#13;
Récollets, en se montrant plus tolérants que les autres missionnaires, en&#13;
donnant contenance aux abus d’autorité des gouverneurs et en montrant&#13;
sans cesse leurs sympathies pour le civil, jetèrent bientôt le trouble dans un&#13;
clergé qui était uni et qui avait toujours montré une discipline rigoureuse.&#13;
- 1392 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
Le vénérable Serviteur de Dieu eut beaucoup à souffrir de leur manque&#13;
d’esprit ecclésiastique. Nous citons particulièrement l’établissement qu’ils&#13;
firent d’une église à la haute-ville de Québec, malgré les ordres réitérés de&#13;
leur évêque, et les sermons inopportuns que prononça l’un d’eux dans la&#13;
cathédrale en 1681. L’insubordination des Récollets, soutenue en sous-main&#13;
par M. de Frontenac, créa un grand scandale dans la colonie. Le vénérable&#13;
Serviteur de Dieu fut très mortifié de cette dissidence, de ces divisions,&#13;
partialités et cabales qui existèrent alors dans le pays. Il dut sévir avec&#13;
rigueur ; mais il le fallait pour maintenir l’ordre. Plus tard, les Récollets,&#13;
revenus à de meilleurs sentiments, rendirent eux-mêmes hommage à la&#13;
mémoire du vénérable Serviteur de Dieu et il est remarquable qu’un de&#13;
leurs principaux écrivains, le P. Chrestien Le Clercq, qui avait une plume&#13;
très mordante, qui a médit un peu de tout dans ses ouvrages et que l’on dit&#13;
avoir été le porte-parole de Frontenac lui-même, parle dans les meilleurs&#13;
termes du vénérable Serviteur de Dieu, exalte la pureté de ses intentions et&#13;
proclame la sainteté de sa vie.&#13;
Au milieu de toutes les difficultés que nous venons de rapporter, tous les&#13;
auteurs, même ceux qui ne lui sont pas très favorables, disent qu’il montra&#13;
la plus parfaite résignation aux volontés de la Providence. La fermeté de&#13;
son caractère lui permit de subir tous les ennuis qu’on lui causait et certains&#13;
de ces ennuis durent lui être d’autant plus pénibles qu’ils lui étaient suscités&#13;
par des personnages qui avaient été de ses amis, qu’il avait lui-même&#13;
protégés, tels que Mésy, Davaugour. S’il était rigide pour lui-même, sa&#13;
correspondance démontre qu’il savait mettre beaucoup de mesure lorsqu’il&#13;
avait à se plaindre des autres ; il n’y médit jamais son prochain. […]&#13;
À la question 20, fo 1095v : […] Le vénérable Serviteur de Dieu, dès son&#13;
arrivée au Canada en 1659, a parcouru tout son diocèse en visite pastorale&#13;
depuis Percé jusqu’à Montréal, c’est-à-dire sur une étendue de 200 lieues. Il&#13;
fit une nouvelle visite pastorale en 1676, depuis Tadoussac jusqu’à&#13;
Montréal, soit 100 lieues de parcours. Il en fit une troisième sur le même&#13;
parcours en 1681. À part ces visites, j’ai constaté par les greffes des notaires&#13;
à Québec que pendant la durée de sa charge, il s’est rendu à différentes&#13;
- 1393 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
époques, et souvent plusieurs fois par année, dans les différentes paroisses,&#13;
soit pour y fixer lui-même les titres des églises, soit pour en surveiller la&#13;
construction. Le vénérable Serviteur de Dieu n’a pas visité personnellement&#13;
l’Acadie, mais il y a envoyé des missionnaires et y a établi des missions. Il&#13;
est arrêté à Plaisance sur l’île de Terre-Neuve et y a laissé un prêtre,&#13;
M. Hugues Pommier 867. Il a aussi envoyé des missionnaires sur le territoire&#13;
qui forme aujourd’hui la province d’Ontario, à la baie de Kinté. Ces&#13;
missionnaires étaient les abbés Fénelon et Trouvé. Les instructions qu’il leur&#13;
donna alors nous ont été conservées et elles sont dignes du grand évêque.&#13;
[…]&#13;
À la même question, fo 1096v : Le vénérable Serviteur de Dieu n’a pas fait de&#13;
voyage ad limina, mais il a envoyé à Rome des relations sur son diocèse. Les&#13;
besoins pressants de son diocèse et surtout les distances à parcourir l’ont&#13;
empêché de faire le voyage à Rome [...]&#13;
Le vénérable Serviteur de Dieu n’a pas réuni de synode diocésain,&#13;
l’organisation primitive de son diocèse ne lui permettant pas de réunir un&#13;
synode régulier tel que voulu par le concile de Trente. Mais je constate par&#13;
les auteurs qu’il ne prenait jamais une décision sans réunir une espèce de&#13;
conseil, qui était composé du supérieur des Jésuites et de deux ou trois&#13;
principaux prêtres auxiliaires (Lettre de M. des Maizerets, citée par La Tour,&#13;
Op. cit., p. 34) : « Le prélat ne faisait rien de considérable que de concert avec&#13;
nous tous » (Voir Journal des Jésuites). […]&#13;
À la question 22, fo 1103r : Le vénérable Serviteur de Dieu était peu&#13;
communicatif de sa nature et il n’a laissé aucune note sur sa vie intime. […]&#13;
À la même question, fo 1103v : On voit par sa correspondance et les actes de&#13;
notaires qui nous ont été conservés qu’il s’occupait personnellement de sa&#13;
finance et de l’administration de ses propriétés (voir greffe de Romain&#13;
NDLR : Hugues Pommier était un prêtre portraitiste, il ne reste que trois tableaux confirmés de&#13;
sa main existant aujourd’hui. Il aurait, entres autres, faits les portraits posthumes de Marie de&#13;
l’Incarnation et de Catherine de Saint-Augustin.&#13;
867&#13;
&#13;
- 1394 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
Becquet, à Québec, 14 octobre 1675, charges auxquelles M. l’évêque de&#13;
Québec veut que ses terres de l’île Jésus soient concédées). On peut aussi&#13;
consulter à Québec les greffes de Claude Aubert et de Paul Vachon. […]&#13;
À la même question, fo 1106v : Le vénérable Serviteur de Dieu ayant été&#13;
nommé par le roi conseiller au Conseil souverain, il dut nécessairement&#13;
s’occuper des affaires temporelles de la colonie. Certains écrivains, comme&#13;
Parkman et Garneau, lui ont reproché d’avoir fait une trop large part à la&#13;
politique. Mais il ne faut pas oublier que, dès l’origine du pays, c’est le roi&#13;
de France qui voulut que l’ecclésiastique marchât de concert avec le civil&#13;
pour fonder ses établissements d’outre-mer. C’est ainsi qu’il avait donné,&#13;
avant l’arrivée du vénérable dans le pays, une véritable mission politique&#13;
aux pères jésuites. Il les chargea concurremment avec Champlain de faire&#13;
un rapport sur les ressources du pays ; il les mit à la tête de toutes les&#13;
expéditions entreprises pour les découvertes ; et quand vint le moment&#13;
d’organiser la justice à Québec, c’est le supérieur des Jésuites, le&#13;
P. Lalemant, qu’il appela dans l’ancien Conseil supérieur. En nommant le&#13;
vénérable au nouveau Conseil en 1663, il ne fit que suivre la filière déjà&#13;
établie.&#13;
C’est de 1660 à 1700 que le véritable peuplement du pays s’est fait. Le&#13;
vénérable Serviteur de Dieu fut chargé par les ministres de surveiller&#13;
spécialement la colonisation. Il est en correspondance directe et suivie avec&#13;
Colbert. Quand il s’agit de faire le choix des colons, il écrit à Colbert, par&#13;
exemple, que le dernier envoi de filles ne convint pas à la colonie ; que ces&#13;
filles choisies dans les villes ont un tempérament trop faible pour le climat&#13;
sain mais rigoureux du Canada ; il lui conseille de s’adresser aux&#13;
campagnes de Normandie, où l’on rencontre une population de paysans&#13;
forts, et d’écrire aux évêques des diocèses de cette province. Et quand les&#13;
émigrés débarquent à Québec, on voit encore que le vénérable s’occupe de&#13;
faire renvoyer en France ceux qui ne conviennent pas. Il prend un soin&#13;
spécial aussi de faire exclure de la colonie les recrues qui appartiennent à la&#13;
religion huguenote. On doit attribuer aux soins du vénérable Serviteur de&#13;
Dieu le choix particulier des colons qui fut fait pour la nouvelle colonie.&#13;
- 1395 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
Aussi le 15 mai 1669, le ministre Colbert lui écrit-il que la colonie « n’a de&#13;
vie que depuis le temps que vous vous êtes dévoué à elle. » (Archives&#13;
nationales d’Outre-mer, Aix-en-Provence, Archives des colonies, série B,&#13;
vol. 1, fos 144r-145v.)&#13;
Le vénérable Serviteur de Dieu a assisté très assidûment aux séances du&#13;
Conseil souverain ; il est de fait qu’il n’y a jamais manqué quand il était à&#13;
Québec ; c’était pour lui un devoir d’état. En parcourant les délibérations&#13;
de ce Conseil, on voit du reste qu’il ne s’est immiscé d’une façon active que&#13;
dans les questions qui pouvaient intéresser son Église, la morale et l’ordre&#13;
public : nous voulons dire la question de la traite de l’eau-de-vie aux&#13;
Sauvages, celle des dîmes et tout ce qui concernait la colonisation du pays.&#13;
Nous pouvons dire que sa présence dans ce Conseil a contribué pour&#13;
beaucoup à mettre de la dignité dans les délibérations et à apaiser les&#13;
différents fonctionnaires. On peut dire qu’il était le modérateur des&#13;
conseillers. On voit par l’histoire qu’il s’est employé très souvent à&#13;
réconcilier le gouverneur Frontenac avec les intendants, entre autres avec&#13;
M. de Champigny.&#13;
Il est remarquable que le vénérable Serviteur de Dieu a supporté toutes les&#13;
contradictions qu’il a eu à subir avec une patience plus qu’ordinaire. Il&#13;
écrivait un jour à la Propagande, 13 juin 1660 : « Paratum habemus pectus ad&#13;
omnia 868 ». Et en effet, son âme était prête à affronter tous les obstacles et&#13;
tous les périls et à les accepter avec la résignation la plus parfaite.&#13;
Nous voyons par l’histoire que ceux qui s’opposèrent à son ministère lui&#13;
demandèrent pardon chacun leur tour, c’est-à-dire le gouverneur de Mésy,&#13;
l’abbé de Queylus, les Récollets, Mgr de Saint-Vallier dans une lettre restée&#13;
fameuse. Et le vénérable Serviteur de Dieu pardonnait toujours, même à&#13;
ceux qui l’avaient le plus vivement offensé [...] Une fois le différend&#13;
terminé, Mgr de Laval accordait la plus entière confiance à ceux qui s’étaient&#13;
réconciliés avec lui ; il les aidait même dans leurs œuvres, comme s’ils&#13;
868&#13;
&#13;
NDLR : « Nous avons le cœur prêt à tout. »&#13;
- 1396 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
avaient toujours été ses collaborateurs, comme M. de Queylus et&#13;
Mgr de Saint-Vallier. […]&#13;
À la question 23, fo 1127v : […] En 1700, Mgr de Saint-Vallier fut obligé de&#13;
passer en France pour des affaires importantes ; il fut obligé d’y rester&#13;
jusqu’à 1705. Au printemps de cette année, comme il revenait au Canada, il&#13;
tomba entre les mains des Anglais, alors en guerre avec la France, et amené&#13;
prisonnier de guerre en Angleterre. Il y resta jusqu’en 1713, année où fut&#13;
conclu le traité de paix d’Utrecht. Pendant l’absence de Mgr de Saint-Vallier,&#13;
qui dura 13 ans (1700 à 1713), ce fut Mgr de Laval qui remplit au Canada&#13;
toutes les fonctions de l’évêque jusqu’en 1708, époque de sa mort. Il fit les&#13;
ordinations, administra le sacrement de confirmation, conseilla assidûment&#13;
MM. des Maizerets et de Glandelet, qui avaient l’administration régulière&#13;
du diocèse. On le vit même, malgré son grand âge, se transporter plusieurs&#13;
fois à Montréal pour y faire des visites pastorales.&#13;
De 1700 à 1705, les croix ne manquèrent pas non plus au vénérable Serviteur&#13;
de Dieu. En 1702, par exemple, la petite vérole éclata au Canada ; le&#13;
vénérable Serviteur de Dieu fut lui-même atteint de la maladie et réduit à&#13;
l’extrémité. Cela ne l’empêcha pas, aussitôt qu’il fut rétabli, de se rendre au&#13;
chevet des malades et de prodiguer les trésors de sa charité. En 1701, il eut&#13;
la douleur de voir brûler son Séminaire. […]&#13;
À la question 25, fo 1133v : […] Malgré qu’il fût d’une complexion délicate,&#13;
il parcourut plusieurs fois lui-même son immense diocèse. Il ne tarda pas à&#13;
y contracter des infirmités nombreuses qui le firent souffrir beaucoup,&#13;
surtout pendant les 20 dernières années de sa vie. On désespéra même&#13;
souvent de ses jours. Mais à peine convalescent, il reprenait ses courses&#13;
apostoliques avec plus d’ardeur que jamais. Ce ne fut que lorsque son corps&#13;
épuisé ne lui permit plus de supporter les fatigues de sa charge épiscopale&#13;
qu’il songea à s’en démettre ; ce qui ne l’empêcha pas d’exercer encore les&#13;
devoirs les plus pénibles de cette charge jusque dans son extrême vieillesse,&#13;
pendant les nombreuses absences et l’emprisonnement de son successeur.&#13;
On peut dire que le vénérable Serviteur de Dieu a envoyé des missionnaires&#13;
- 1397 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
chez toutes les nations sauvages connues de son temps depuis l’Atlantique&#13;
jusqu’à la tête du lac Supérieur, à la baie d’Hudson et dans la vallée du&#13;
Mississippi. On peut dire aussi que c’est lui qui a fondé et organisé, dans la&#13;
vallée du Saint-Laurent depuis le golfe Saint-Laurent jusqu’à la rivière des&#13;
Outaouais, toutes les paroisses françaises qui existaient lors de la cession&#13;
du pays aux Anglais.&#13;
À la même question, fo 1140v : L’historien Parkman (The Old Regime in&#13;
Canada, 1874) a jugé que la force de caractère du vénérable Serviteur de Dieu&#13;
provenait plutôt de son obstination et de son ambition de tout dominer.&#13;
Mais quand il parle ainsi, il n’a en vue surtout que les réclamations du&#13;
prélat contre les prétentions des gouverneurs, qui voulaient avoir la&#13;
première place dans l’église. Lui, historien puritain, il ne peut pas&#13;
comprendre que l’évêque ait osé, la mitre en tête et la crosse à la main,&#13;
lancer la sentence d’excommunication contre ceux qui faisaient le&#13;
commerce de l’eau-de-vie. Le vénérable Serviteur de Dieu n’avait pourtant&#13;
pas d’autres moyens pour faire sanctionner les sentences de l’Église. Il est à&#13;
remarquer que Parkman en veut dans tout le cours de son ouvrage au parti&#13;
dévot que le vénérable Serviteur de Dieu était censé représenter dans la&#13;
colonie. Il ne veut pas de la subordination et de la soumission de l’État à&#13;
l’Église. Cet écrivain puritain et si rigide dans ses mœurs privées a prouvé&#13;
dans tous ses écrits qu’il était un libre-penseur lorsqu’il avait la plume à la&#13;
main. Pour juger du caractère du vénérable Serviteur de Dieu, Parkman&#13;
emploie un assez curieux moyen. Il nous apprend que c’est après avoir&#13;
analysé les traits physiques du vénérable sur une vieille gravure qu’il a jugé&#13;
que celui-ci devait être autoritaire et hautain.&#13;
De tous les historiens français et catholiques du Canada, Garneau est le seul&#13;
qui reproche au vénérable Serviteur de Dieu sa dureté de caractère et&#13;
l’ambition qu’il avait d’exercer sa domination partout et sur tous. Nous&#13;
devons faire remarquer que l’historien Garneau n’a pas fait d’études&#13;
classiques dans un séminaire ; qu’il a reçu son éducation première chez un&#13;
notaire protestant très lettré, M. Archibald Campbell, qui communiqua à&#13;
son élève tous les philosophes du 18e siècle et qui négligea de lui enseigner&#13;
- 1398 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
la philosophie et les auteurs que l’on voit d’ordinaire dans nos collèges. En&#13;
1830, Garneau se rendit en France pour y compléter ses études historiques&#13;
et l’on voit par sa correspondance et le récit de son voyage qu’il y fraya&#13;
presque continuellement avec l’école libérale du temps. Aussi dans la&#13;
première édition de son ouvrage, les opinions qu’il donne sur les hommes&#13;
et les choses du Régime français au Canada se ressentent beaucoup des&#13;
impressions premières qu’il reçut. Dans ses éditions subséquentes, il&#13;
modifia beaucoup sa façon de penser ; et il n’y a pas de doute que si en 1845&#13;
Garneau eût eu communication des correspondances officielles et des&#13;
lettres du vénérable Serviteur de Dieu, qui étaient conservées aux Archives&#13;
du Séminaire, il eut modifié considérablement son ouvrage. Il est évident,&#13;
en lisant l’ouvrage de Garneau, qu’il a suivi de trop près le texte de la&#13;
correspondance des gouverneurs, où l’on se plaint du vénérable Serviteur&#13;
de Dieu et qu’il n’en a pas connu la contrepartie. […]&#13;
À la même question, fo 1143v : […] L’écrivain Lahontan, fameux&#13;
pamphlétaire du 17e siècle, qui vécut au Canada de 1684 à 1694 et qui a&#13;
trouvé matière à tout critiquer dans la colonie, s’arrête respectueusement&#13;
devant le vénérable Serviteur de Dieu et parle de la rigidité de ses mœurs&#13;
(Lahontan, Œuvres complètes, 1727, vol. 1, p. 138). […]&#13;
À la question 28, fo 1149v : […] En 1690, l’amiral Phipps vint assiéger Québec&#13;
avec une force supérieure. La ville, quoiqu’habilement défendue, n’était pas&#13;
capable, humainement parlant, de supporter l’assaut ou les rigueurs d’un&#13;
siège. On avait projeté depuis longtemps de construire un nouveau&#13;
sanctuaire ; le vénérable Serviteur de Dieu voulut qu’on s’y mît de suite et&#13;
qu’on lui donnât le nom de Notre-Dame-des-Victoires si la ville était&#13;
délivrée du danger imminent où elle se trouvait ; des prières ferventes&#13;
furent adressées au ciel ; le vénérable Serviteur de Dieu fit placer au sommet&#13;
du clocher de la cathédrale un tableau de la sainte Famille, que pas un seul&#13;
boulet ennemi ne toucha, quand plusieurs maisons environnantes furent&#13;
frappées (Les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec : 1636-1716, p. 303-308). Peu de&#13;
temps après, l’ennemi se retira presque sans coup férir. Les analystes du&#13;
temps attribuent cette délivrance à l’intervention de la Sainte Vierge ; et&#13;
- 1399 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXI-6&#13;
&#13;
M. de La Colombière prononça à cette occasion un sermon qui nous a été&#13;
conservé, dans lequel il remercie la Providence d’être intervenue d’une&#13;
façon si visible pour sauver la capitale de la colonie. […]&#13;
&#13;
- 1400 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Quatrième partie : Les translations du corps de Laval&#13;
&#13;
Quatrième partie :&#13;
Les translations du corps de Laval&#13;
&#13;
-1110-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�INTRODUCTION AUX DOCS. LXXII&#13;
&#13;
Introduction aux Docs. LXXII&#13;
Procès-verbaux de la découverte du corps du Serviteur de Dieu, sa&#13;
reconnaissance solennelle et sa translation, 1877-1878&#13;
Immédiatement après sa mort, le corps du Serviteur de Dieu fut déposé dans le&#13;
sous-sol de la cathédrale de Québec, mais sans indication. Ce lieu devait être&#13;
temporaire, puisque dans son testament, il avait demandé d’être déposé dans la&#13;
chapelle du Séminaire, dont la reconstruction n’était pas terminée à la suite de&#13;
l’incendie de 1705. Les années passèrent, la translation ne se fit pas et lentement&#13;
on vint à perdre trace du lieu exact de la sépulture.&#13;
En septembre 1877, le cercueil contenant la dépouille du Serviteur de Dieu fut&#13;
retrouvé par hasard. En mai de l’année suivante, la translation fut finalement&#13;
exécutée dans la chapelle du Séminaire. Cet événement donna lieu à des fêtes&#13;
solennelles dont parlent les témoins des procès.&#13;
En plus des trois procès-verbaux rédigés à l’occasion de la découverte du cercueil&#13;
(no 1), de la reconnaissance des ossements (no 2) et de leur translation solennelle&#13;
(no 3), nous reproduisons l’inscription placée à cette occasion dans la chapelle du&#13;
Séminaire de Québec (no 4).&#13;
DOC. LXXII-1. PROCÈS-VERBAL DE LA DÉCOUVERTE DU CERCUEIL DE LAVAL (20 SEPTEMBRE 1877)&#13;
&#13;
Doc. LXXII-1&#13;
Procès-verbal de la découverte fortuite du cercueil mortuaire de plomb du&#13;
Serviteur de Dieu, 20 septembre 1877, d’après l’original conservé au Musée&#13;
de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 59, no 1&#13;
Le jeudi 20e jour de septembre de l’an de grâce 1877, un peu après 9 heures&#13;
du matin, nous soussigné, archevêque de Québec, ayant été averti par le&#13;
révérend Messe Georges-Pierre Côté, premier vicaire de la basilique NotreDame-de-Québec, le curé étant absent, que les ouvriers occupés à déblayer&#13;
la cave de ladite basilique, afin de renouveler les poutres qui en soutiennent&#13;
le pavé, avaient, la veille vers les 4 heures du soir, trouvé le cercueil&#13;
renfermant les ossements de feu Mgr François de Laval-Montmorency*,&#13;
premier évêque de Québec, nous nous sommes immédiatement transporté&#13;
dans la cave nouvellement creusée sous le chœur de ladite basilique,&#13;
accompagné dudit Messe Côté, et avons reconnu le cercueil en plomb&#13;
renfermant lesdits ossements au moyen d’une inscription en plomb ainsi&#13;
conçue :&#13;
&#13;
-1110-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXII-1&#13;
&#13;
Au Seigneur Très Grand.&#13;
Ici repose François de Laval,&#13;
premier évêque de Québec,&#13;
décédé le 6 mai de l’année du salut 1708,&#13;
en sa 86e année,&#13;
de sa consécration la 50e.&#13;
Qu’il repose en paix.&#13;
Ledit cercueil en plomb, long de 6 pieds et 6 pouces et large de 2 pieds à la&#13;
tête n’ayant que 1 ½ pieds aux pieds, était brisé dans les angles et surtout&#13;
au-dessous du corps. Le dessus paraît avoir été brisé par la pesanteur de la&#13;
terre. Le cercueil intérieur en bois de pin est en grande partie vermoulu&#13;
dans sa partie inférieure et dans la partie inférieure des côtés.&#13;
Le milieu de la tête du cercueil était à 14 pieds de la porte de la sacristie,&#13;
côté de l’Évangile, sur une ligne partant du cadre intérieur ouest de ladite&#13;
porte et allant au cadre intérieur ouest de la porte opposée ; les pieds,&#13;
tournés vers la nef, se trouvaient à 25 pieds et 7 pouces de la première qui&#13;
descend du chœur au bas-chœur ; la tête du cercueil était à 2 pieds et&#13;
8 pouces de la première, qui conduit du chœur au sanctuaire.&#13;
Ayant alors fait avertir les MM. du Séminaire de Québec présents en ville,&#13;
savoir : MM. Adolphe Légaré, procureur dudit Séminaire, Louis-FrançoisNapoléon Maingui, Louis Beaudet, Louis-Nazaire Bégin, Adrien Papineau&#13;
et Elzéar-Léon Moisan, nous avons interrogé les sieurs Charles Roberge et&#13;
Benjamin Simard, journaliers mineurs, demeurant tous deux dans la&#13;
paroisse de Saint-Roch de Québec, employés au déblaiement de la cave,&#13;
lesquels nous ont affirmé sous serment en présence desdits témoins que le&#13;
cercueil en plomb, présent devant nous, avait été retiré par eux deux de&#13;
l’endroit où il était enterré et placé plus commodément à une petite distance&#13;
et que ni eux-mêmes ni aucun autre n’avaient ôté ou ajouté audit cercueil&#13;
aucun ossement ou aucun fragment du bois dont le cercueil intérieur est&#13;
fait.&#13;
&#13;
- 1403 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXII-1&#13;
&#13;
Après cela, nous avons immédiatement procédé à mettre tous les ossements&#13;
renfermés dans ledit cercueil dans une boîte que nous avons scellée du&#13;
sceau de l’archidiocèse sur chacun des six côtés avec un ruban croisé passé&#13;
sur tous lesdits côtés et nous avons transporté aussitôt ladite boîte ainsi&#13;
scellée dans le caveau de la chapelle du Séminaire.&#13;
Le cercueil de plomb renfermant le cercueil en bois a été mis dans une&#13;
grande boîte non fermée, laquelle a été également transportée en notre&#13;
présence dans ledit caveau. Toutes les ouvertures conduisant audit caveau,&#13;
ainsi que la trappe qui ouvre sur le chœur de ladite chapelle, ont été&#13;
immédiatement scellées par nous en présence de MM. Adolphe Légaré,&#13;
Cyrille-Étienne Légaré, Georges-Pierre Côté, Adrien Papineau, Elzéar-Léon&#13;
Moisan.&#13;
De quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, muni du sceau de&#13;
l’archidiocèse, avec notre signature et celle des témoins susdits, lesdits jour&#13;
et an, en trois originaux dont l’un se trouve dans notre grand registre, le&#13;
second sera conservé dans les Archives du Séminaire et le troisième dans&#13;
celles de la paroisse de Notre-Dame-de-Québec.&#13;
Elzéar-Alexandre, archevêque de Québec&#13;
Adolphe-Ignace-Irénée Légaré, prêtre&#13;
Cyrille-Étienne Légaré, prêtre&#13;
Louis Beaudet, prêtre&#13;
Louis-François-Napoléon Maingui, prêtre&#13;
Louis-Nazaire Bégin, prêtre&#13;
Georges-Pierre Côté, prêtre&#13;
Adrien Papineau, prêtre&#13;
Elzéar-Léon Moisan, prêtre 869.&#13;
&#13;
NDLR : Les documents ne comprennent que les initiales des prêtres. Nous avons pris la liberté&#13;
de compléter les noms.&#13;
869&#13;
&#13;
- 1404 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXII-2&#13;
DOC. LXXII-2. PROCÈS-VERBAL DE LA RECONNAISSANCE DU CORPS DE LAVAL (6 MAI 1878)&#13;
&#13;
Doc. LXXII-2&#13;
Procès-verbal de la reconnaissance du corps retrouvé, 2-6 mai 1878, d’après&#13;
l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de&#13;
Québec, Séminaire 59, no 1i&#13;
Le jeudi 2e jour de mai de l’an de grâce 1878, en la présence du soussigné et&#13;
en la présence de Sa Grâce Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau 870, archevêque&#13;
de Québec, et de MM. Thomas-Étienne Hamel, vicaire général et supérieur&#13;
du Séminaire de Québec, Michel-Édouard Méthot, Adolphe-Ignace-Irénée&#13;
Légaré, Pierre Roussel, Louis Beaudet, Louis-Nazaire Bégin, Luc Paquet,&#13;
Eugène Marcoux, Georges Fraser, Charles-Octave Gagnon, Elzéar-Léon&#13;
Moisan, Michel-Thomas Labrecque, Anselme Rhéaume, prêtres dudit&#13;
Séminaire, Jean Lagueux, curé de Saint-Jean-Port-Joli, Auguste-Honoré&#13;
Gosselin, curé de Sainte-Jeanne, Henri-Raymond Casgrain, prêtre, GeorgesPierre Côté, vicaire de la basilique, Arthur-Omar Godin, vicaire de l’église&#13;
de Saint-Jean-Baptiste de Québec, les précieux ossements de Mgr de Laval,&#13;
premier évêque de Québec, de sainte mémoire, furent retirés des boîtes qui&#13;
les renfermaient, afin qu’il fût procédé à leur reconnaissance authentique ;&#13;
lesquelles boîtes, ainsi que celle du cercueil, avaient été déposées dans la&#13;
chambre no 6 à l’Université Laval, comme il appert par un procès-verbal&#13;
dressé par nous, en date du 25e jour de mars de la présente année ; lesquelles&#13;
susdites boîtes furent trouvées parfaitement scellées, ainsi que la porte et&#13;
les fenêtres de la susdite chambre.&#13;
Après que les ossements furent déposés avec respect sur une table&#13;
recouverte de blanc, deux médecins de la Faculté de Médecine de&#13;
l’Université Laval, hommes probes et experts, procédèrent à l’examen&#13;
sérieux desdits ossements, lesquels ils placèrent dans leur ordre naturel, et&#13;
ils déposèrent :&#13;
1° que les ossements susmentionnés sont des ossements&#13;
humains ;&#13;
&#13;
NDLR : Les documents ne comprennent que les initiales des prêtres. Nous avons pris la liberté&#13;
de compléter les noms.&#13;
870&#13;
&#13;
- 1405 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXII-3&#13;
&#13;
2° que lesdits ossements sont ceux d’un homme ;&#13;
3° que lesdits ossements sont ceux d’un vieillard ;&#13;
4° qu’ils croient que la stature dudit sujet a été à peu près de&#13;
5 pieds et 10 pouces ;&#13;
5° que les ossements suivants manquent, à savoir : quatre&#13;
vertèbres cervicales et deux dorsales, cinq côtes, tous les os du&#13;
carpe moins un, une rotule, quatre os tarsiens, tous les os du&#13;
métatarse moins deux et toutes les phalanges des pieds et tous&#13;
les os des deux mains moins trois os métacarpiens et cinq&#13;
phalanges.&#13;
Après cet examen et cette déposition, la porte de ladite chambre no 6 fut de&#13;
nouveau scellée.&#13;
De quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, lequel nous avons&#13;
signé le 6e jour de mai de l’an de grâce 1878.&#13;
Cyrille-Étienne Légaré, prêtre, directeur du Grand Séminaire de Québec.&#13;
Assermenté devant nous le 6 mai 1878,&#13;
Elzéar-Alexandre Taschereau, archevêque de Québec.&#13;
DOC. LXXII-3. PROCÈS-VERBAL DE LA 1RE TRANSLATION DES RESTES DE LAVAL (25 MAI 1878)&#13;
&#13;
Doc. LXXII-3&#13;
Procès-verbal de la&#13;
translation et reposition des ossements du Serviteur&#13;
de Dieu, 25 mai 1878, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 59, no 1j&#13;
1re&#13;
&#13;
Depuis le 2e jour de mai de l’an de grâce 1878 jusqu’au 15e jour du même&#13;
mois de la même année, des sœurs de la Charité furent occupées, dans la&#13;
chambre no 6 à l’Université Laval, à préparer les ossements précieux de&#13;
Mgr de Laval, de sainte mémoire ; lesquels ossements lesdites bonnes sœurs&#13;
nettoyèrent, puis mirent dans un bain de cire blanche par trois fois&#13;
consécutives, les fixèrent sur un matelas en soie violette, à l’aide de rubans&#13;
- 1406 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXII-3&#13;
&#13;
de soie violette, puis les ornèrent de fleurs et de guirlandes en cire. Puis&#13;
ledit matelas avec les ossements fut mis dans un cercueil en verre, sur&#13;
lequeldit verre régnait une légère bande peinte en noir et quelques filets&#13;
d’or. Nous, prêtre soussigné, nous nous sommes assuré, soit par nousmême, soit par lesdites bonnes sœurs de la Charité, soit par des prêtres&#13;
dignes de toute créance, que la porte de la chambre susmentionnée avait&#13;
toujours été bien scellée et trouvée chaque fois qu’il fallut entrer ou sortir et&#13;
que les ossements dudit Mgr de Laval n’avaient été ni enlevés ni changés.&#13;
Le 15e jour de mai du susdit an, nous, de notre propre connaissance et avec&#13;
l’assistance de 871 M. James Ballantyne, prêtre du Séminaire de Québec, nous&#13;
avons scellé le cercueil qui renfermait les précieux restes, du sceau du&#13;
Séminaire. Lequel dit cercueil, ainsi scellé et orné et surmonté d’un&#13;
couvercle en forme pyramidale, fut transporté, sur les 4 heures de l’aprèsmidi, à notre chapelle du Séminaire, en passant par les rues des Remparts,&#13;
Hébert et Sainte-Famille. Lequel dit cercueil était porté sur les épaules de&#13;
MM. Thomas-Étienne Hamel, supérieur du Séminaire de Québec, MichelÉdouard Méthot, professeur de théologie morale et bibliothécaire de&#13;
l’Université Laval, Adolphe Légaré, procureur dudit Séminaire, CyrilleÉtienne Légaré, directeur du Grand Séminaire, soussigné, Pierre Roussel,&#13;
directeur du pensionnat de l’Université, Louis Beaudet, préfet des études&#13;
au Petit Séminaire, Marie-Joseph Auclair, curé de Notre-Dame de Québec,&#13;
le R. P. Louis Saché, jésuite, Georges-Louis Lemoine, chapelain des&#13;
Ursulines, Thomas-Eugène Beaulieu, chapelain de l’Hôtel-Dieu de Québec,&#13;
Pierre Lagacé, principal de l’École normale Laval et Georges-Pierre Côté,&#13;
vicaire de la basilique de Québec, portant, trois de chaque côté du cercueil,&#13;
des glands d’or attachés à des rubans violets et blancs ; lequeldit cercueil,&#13;
ainsi scellé et demeurant scellé, fut exposé dans la chapelle dudit Séminaire&#13;
de Québec jusqu’au 23e jour du susdit mois de mai et an que dessus, une&#13;
multitude considérable s’étant rendue auprès des précieux restes pour prier&#13;
ou témoigner de leur respect.&#13;
&#13;
NDLR : Les documents ne comprennent que les initiales des prêtres. Nous avons pris la liberté&#13;
de compléter les noms.&#13;
871&#13;
&#13;
- 1407 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXII-3&#13;
&#13;
Au susdit jour, 23e de mai de l’an susdit, ledit cercueil bien scellé fut&#13;
transporté dans les églises suivantes et chapelles suivantes, à savoir : celle&#13;
des Ursulines de Québec, de la Congrégation des hommes dirigée par les&#13;
RR. PP. jésuites, de Saint-Patrice, confiée aux RR. PP. rédemptoristes, des&#13;
Hospitalières de l’Hôtel-Dieu, à la basilique de Québec et à la chapelle du&#13;
Séminaire ; l’éclat de la cérémonie étant rehaussé par la présence de&#13;
Son Excellence Mgr d’Ardagh872, délégué apostolique, de NN. SS. les&#13;
évêques de la province, réunis à Québec à l’occasion du Concile, de Sa&#13;
Grâce Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface de Manitoba, d’un grand&#13;
nombre de personnages distingués et d’un nombre considérable de prêtres&#13;
et d’une multitude immense.&#13;
Pendant la procession, le susdit cercueil fut tour à tour porté sur les épaules&#13;
de MM. Thomas-Étienne Hamel, vicaire général, Dominique Racine, vicaire&#13;
général, Michel-Édouard Méthot, Adolphe Légaré, Cyrille-Étienne Légaré,&#13;
soussigné, Victor Légaré, Ambroise Blais, Adrien Papineau, CharlesOctave Gagnon, Louis-Jacques Langis, Michel-Thomas Labrecque, James&#13;
Ballan-tyne, Darie-Mathias Lemieux, Léon-Maxime Morissette, Joseph&#13;
Hoffman, Edmond Bonneau, Adolphe Godbout, Charles-Allyre Collet,&#13;
Henri Têtu, Placide Roy, tous prêtres, pendant que tenaient les glands d’or&#13;
et rubans MM. Philippe-Hyppolyte Suzor, vicaire forain, Charles Trudelle,&#13;
Fidèle Morisset, Narcisse Beaubien, Julien-Melchior Bernier et Jean&#13;
Lagueux, tous prêtres, l’éloge du défunt et illustre prélat ayant été prononcé&#13;
à la basilique par le T. R. Antoine Racine, évêque de Sherbrooke.&#13;
Après que le dernier Libera eût été chanté à la chapelle du Séminaire, le&#13;
cortège disparaissant, nous, soussigné et MM. Adolphe Légaré, procureur&#13;
du Séminaire de Québec, et James Ballantyne, prêtre dudit Séminaire, nous&#13;
fîmes enlever le couvercle pyramidal susmentionné et le cercueil contenant&#13;
les restes du défunt prélat, notre père en Dieu, Mgr de Laval, fut dépouillé&#13;
des fleurs qui l’ornaient et ledit cercueil fut recouvert d’une planche en&#13;
noyer noir, laquelledite planche fut bien vissée sur ledit cercueil et nous&#13;
872&#13;
&#13;
Mgr George Conroy, délégué apostolique au Canada en mission spéciale (1877-1878)&#13;
- 1408 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXII-3&#13;
&#13;
apposâmes sur ledit cercueil ainsi bien fermé le sceau du Séminaire de&#13;
Québec, aux armes de la sainte Famille, à deux endroits différents, lequel&#13;
sceau fut empreint sur de la cire rouge retenue sur le cercueil et sur un&#13;
ruban de couleur verte ; lequeldit cercueil, ainsi bien scellé, fut mis dans un&#13;
cercueil en chêne ; lequel cercueil en chêne fut recouvert d’un autre cercueil&#13;
en plomb ; sur lequeldit cercueil en plomb furent gravées deux inscriptions :&#13;
celle qui se trouvait sur le cercueil retrouvé à la basilique de Québec et celle&#13;
qui rappelle la translation des restes de Mgr de Laval dans notre chapelle au&#13;
23e jour de mai de l’an 1878.&#13;
Audit jour que dessus, sur les 3 heures de l’après-midi, M. Thomas-Étienne&#13;
Hamel, supérieur du Séminaire de Québec, bénit le caveau pratiqué en&#13;
arrière du maître-autel de la chapelle du Séminaire et le triple cercueil ayant&#13;
été introduit dans ledit caveau, en notre présence et en celle de M. Adolphe&#13;
Légaré, on procéda à murer ledit caveau et ce dernier travail, à savoir un&#13;
mur en briques fermant l’entrée du caveau, fut terminé le 24e jour de mai&#13;
de l’an que dessus.&#13;
De quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, lequel nous avons&#13;
signé le 25e jour du mois et an que dessus.&#13;
Cyrille-Étienne Légaré, prêtre, directeur du Grand Séminaire de Québec.&#13;
Assermenté devant nous le 25 mai 1878,&#13;
Elzéar-Alexandre Taschereau, archevêque de Québec.&#13;
&#13;
- 1409 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXII-4&#13;
DOC. LXXII-4. INSCRIPTION SUR LA 2E TOMBE DE LAVAL (1878)&#13;
&#13;
Doc. LXXII-4&#13;
Inscription de M.-E. Méthot, prêtre du Séminaire de Québec, immortalisant&#13;
la translation solennelle des restes du Serviteur de Dieu dans la chapelle du&#13;
Séminaire de Québec&#13;
Traduction de l’original latin&#13;
À Dieu Très Bon, Très Grand.&#13;
Ci-gît dans l’attente de la résurrection des bienheureux&#13;
le Très Révérend Père dans le Christ,&#13;
Mgr François de Montmorency-Laval,&#13;
premier évêque de Québec, qui,&#13;
né dans une très noble famille,&#13;
et non moins doué de qualités remarquables de l’intelligence et de l’âme,&#13;
alors que brillait pour lui l’espérance d’une vie heureuse en France,&#13;
au mépris de tous les honneurs de ce monde,&#13;
a dit adieu à sa très douce patrie&#13;
pour annoncer la foi à ceux qui habitaient encore dans l’ombre de la mort,&#13;
exilé volontaire dans ces terres lointaines, où,&#13;
après avoir jeté les bases de l’Église canadienne,&#13;
qui devint dès lors la mère féconde de tant d’Églises,&#13;
et avoir fondé et doté un séminaire pour l’éducation de la jeunesse,&#13;
sans être abattu par d’innombrables labeurs,&#13;
ni écrasé par des malheurs répétés,&#13;
par ses vertus héroïques,&#13;
modèle tant pour ses contemporains que pour la postérité,&#13;
rendit à Dieu son dernier souffle&#13;
le 6e jour de mai de l’an du Seigneur 1708,&#13;
dans sa 86e année,&#13;
dont les restes, déposés d’abord dans la basilique de Québec,&#13;
avec un admirable concours du clergé et du peuple,&#13;
le 23e jour de mai de l’an du Seigneur 1878,&#13;
ont été transférés&#13;
dans cette chapelle du Séminaire de Québec&#13;
par les soins de ses fils très affectueux.&#13;
- 1410 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXIII&#13;
Doc. LXXIII. Attestation de Roy sur la présence de Laval au Conseil souverain en 1682 (30 août 1929)&#13;
&#13;
Doc. LXXIII&#13;
Attestation de M. Pierre-Georges Roy, 30 août 1929, d’après l’original&#13;
conservé à la Sacrée congrégation des Rites&#13;
Comme on le sait, l’Assemblée du clergé de France approuva en 1682 la fameuse&#13;
déclaration connue sous le nom de Quatre Articles de l’Église gallicane, dans&#13;
lesquels les droits respectifs du pape et du roi pour les affaires ecclésiastiques de&#13;
la France étaient précisés ; de plus, les docteurs de La Sorbonne et les aspirants à&#13;
la licence en théologie et en droit canonique devaient signer ce texte.&#13;
Puisque le Canada était alors considéré comme une province française, les susdits&#13;
Articles auraient dû être acceptés par le Conseil souverain de Québec comme loi&#13;
de l’État et insérés au livre des procès-verbaux avec la signature des membres du&#13;
Conseil. Or, selon certains témoins du procès ordinaire (témoin 2, Positio super&#13;
Introduzione, p. 533 ; témoin 14, Copia publica, fo 671) et du procès apostolique&#13;
(témoin 2, Positio Super Virtibus, p. 484 ; témoin 4, ibid., p. 489 ; témoin 8, ibid.,&#13;
p. 522 ; témoin 16, ibid., p. 525), qui s’appuient sur une assertion erronée de l’abbé&#13;
Langevin, le Serviteur de Dieu, pour ne pas avoir à signer ces Quatre Articles,&#13;
aurait refusé d’assister à la réunion du Conseil souverain dans laquelle on devait&#13;
proposer leur acceptation. Cette présumée attitude négative du Serviteur de Dieu&#13;
a prêté flanc à diverses objections du promoteur de la foi, qui reprochait au&#13;
Serviteur de Dieu d’être absent au Conseil souverain au moment où il aurait dû&#13;
défendre les droits du souverain pontife contre les abus de l’Église gallicane&#13;
(Positio super Introduzione Animadversiones, no 27 ; Positio super virtibus,&#13;
Animadversiones, no 63 ; Novae Animadversiones, nos 68-70 ; Aliae Novae&#13;
Animadversiones, nos 49-50).&#13;
Dans le but de clarifier définitivement cette vieille question, Mgr Amédée Edmond&#13;
Gosselin, vice-postulateur de la Cause, demanda en 1929 à l’archiviste de la&#13;
province de Québec, Pierre-Georges Roy, de revoir avec soin les livres des&#13;
procès-verbaux du Conseil, conservés auxdites Archives.&#13;
M. Roy reprit les résultats de ses recherches dans une brève déclaration, dont nous&#13;
reproduisons le texte ici.&#13;
Dans cette déclaration, il affirme : 1er que les Quatre Articles ne furent jamais&#13;
présentés à l’approbation du Conseil souverain de Québec et 2e que le Serviteur&#13;
de Dieu ne s’absenta pas même une seule fois des réunions du Conseil souverain&#13;
tenues du 7 avril au 7 septembre 1682, époque où le document contenant les&#13;
Quatre articles serait arrivé de la France. De plus, l’abbé Alexandre Taschereau,&#13;
futur archevêque de Québec et premier cardinal canadien, était parvenu aux&#13;
mêmes conclusions vers 1860 ; en traitant du même sujet dans son Histoire du&#13;
Séminaire de Québec (manuscrit conservé aux Archives des Missions étrangères&#13;
de Paris, vol. 45), il écrivit :&#13;
Il fut un temps question à la Cour de faire enregistrer la Déclaration [des&#13;
Quatre Articles] au Conseil souverain et par là même d’obliger les Jésuites&#13;
à l’enseigner à leurs élèves de théologie. Il n’en fut rien, soit qu’on l’eût&#13;
oublié, soit que l’on ne crût pas devoir jeter un nouveau germe de division&#13;
entre les deux autorités de la colonie.&#13;
&#13;
- 1411 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXIII&#13;
&#13;
Département du secrétaire de la Province de Québec&#13;
Archives de la Province&#13;
Nous soussigné, archiviste en chef de la province de Québec, certifions à&#13;
tous ceux qu’il appartiendra que, dans les anciens registres du Conseil&#13;
supérieur de Québec, dont nous avons la garde, il n’y a rien qui puisse&#13;
laisser croire que la Déclaration des Quatre Articles votés par l’Assemblée&#13;
du clergé de France le 19 mars 1682 ait été envoyée à Québec par le roi pour&#13;
être enregistrée dans les registres du Conseil supérieur et qu’il n’y a&#13;
absolument rien à ce sujet, ni dans les registres des délibérations, ni dans&#13;
les cahiers des insinuations. Nous certifions de plus qu’en cette même&#13;
année 1682, Mgr de Laval ne s’est absenté d’aucune des 16 séances du&#13;
Conseil qui ont eu lieu entre le 7 avril et le 7 septembre inclusivement, entre&#13;
lesquelles dates les vaisseaux portant les dépêches étaient généralement&#13;
tous arrivés.&#13;
En foi de quoi, nous avons signé la présente et fait apposer le sceau de la&#13;
province, à Québec, ce 30 août 1929,&#13;
Pierre-Georges Roy, archiviste en chef de la province de Québec.&#13;
&#13;
- 1412 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXIV&#13;
Doc. LXXIV. Procès-verbal de la 2e translation des restes de Laval (10 mai-11 octobre 1950)&#13;
&#13;
Doc. LXXIV&#13;
Procès-verbal de la translation des restes du Serviteur de Dieu, dans la&#13;
chapelle funéraire construite dans la grande chapelle du Séminaire de&#13;
Québec, 10 mai-11 octobre 1950, d’après l’original conservé au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Séminaire 59, no 65f&#13;
2e&#13;
&#13;
Comme nous l’avons vu plus haut (Doc. LXXII-3), en 1878, le corps du Serviteur&#13;
de Dieu avait été déposé dans un sépulcre érigé dans la crypte de la chapelle du&#13;
Séminaire de Québec. En 1947, les supérieurs dudit Séminaire décidèrent de bâtir,&#13;
dans leur grande chapelle, une chapelle funéraire et d’y transporter les restes du&#13;
Serviteur de Dieu. Dans ce but, Mgr Charles-Omer Garant 873, vicaire capitulaire&#13;
du diocèse (le cardinal Villeneuve était décédé le 17 janvier 1947 et son&#13;
successeur, Mgr Maurice Roy, ne fut nommé que le 2 juin 1947 et est entré en&#13;
fonction en juillet 1947), demanda à la Congrégation des rites la permission de&#13;
faire cette translation. La permission fut concédée dans une lettre du cardinal&#13;
Carlo Salotti, préfet des Rites, le 2 mai 1947 (Protocole no 314-3/47), avec&#13;
informations annexes du promoteur de la foi, Mgr Salvatore Natucci.&#13;
La translation eut lieu en forme privée le 10 mai 1950, sous la présidence de&#13;
Mgr Maurice Roy, archevêque de Québec. Les restes de Mgr de Laval furent&#13;
déposés au centre de la niche (œuvre de l’architecte Adrien Dufresne), sous le&#13;
plancher et, par-dessus, fut placé un gisant du Serviteur de Dieu, en habits&#13;
pontificaux (œuvre du sculpteur romain Francesco Nagni).&#13;
Tous les documents relatifs à cette translation mentionnés ci-haut sont conservés&#13;
au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec (Lot&#13;
Séminaire 59). Cependant, nous n’avons pas cru nécessaire de les reproduire tous ;&#13;
qu’il suffise de publier ici le procès-verbal de la translation 874.&#13;
&#13;
La première commençant à 10 ½ pouces de la tête du cercueil, était ainsi&#13;
conçue : « Inscription qui se lisait sur le premier cercueil de Mgr François de Laval&#13;
de Montmorency. » À 9 pouces plus bas que la première inscription&#13;
commence la seconde, qui se lit comme suit : « Au Seigneur Très Grand. Ici&#13;
repose François de Laval, premier évêque de Québec, décédé le 6 mai de l’an du salut&#13;
1708, en sa 86e année, de sa consécration la 50e. Qu’il repose en paix. » Entre la&#13;
première et la deuxième inscription se trouvent gravées sur le plomb les armes de&#13;
Mgr de Laval dont voici la description : « D’or, à la croix de gueules, cantonnée de&#13;
seize alérions d’azur, chargée de cinq coquilles d’argent 875. »&#13;
NDLR : Il s’agit plutôt de Mgr Georges-Léon Pelletier.&#13;
NDLR : Afin d’alléger la lecture, nous avons inclus les extraits traduits du latin directement au&#13;
texte et avons indiqué ceux-ci par des italiques.&#13;
875&#13;
On devrait plutôt lire : « D’or à une croix de gueules chargée de cinq coquilles d’argent et&#13;
cantonnée de seize alérions d’azur. »&#13;
873&#13;
874&#13;
&#13;
- 1413 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXIV&#13;
&#13;
Enfin, à 2 pouces plus bas que la seconde inscription commence la troisième&#13;
dont voici la teneur :&#13;
Au Dieu Très Bon, Très Grand. Ci-gît dans l’attente de la&#13;
résurrection des bienheureux le Très Révérend Père dans le Christ,&#13;
Mgr François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec,&#13;
qui, né dans une très noble famille, et non moins doué de qualités&#13;
remarquables de l’intelligence et de l’âme, alors que brillait pour lui&#13;
l’espérance d’une vie heureuse en France, au mépris de tous les&#13;
honneurs de ce monde, a dit adieu à sa très douce patrie pour&#13;
annoncer la foi à ceux qui habitaient encore dans l’ombre de la mort,&#13;
exilé volontaire dans ces terres lointaines où, après avoir jeté les&#13;
bases de l’Église canadienne, qui devint dès lors la mère féconde de&#13;
tant d’Églises, et avoir fondé et doté un séminaire pour l’éducation&#13;
de la jeunesse, sans être abattu par d’innombrables labeurs, ni écrasé&#13;
par des malheurs répétés, par ses vertus héroïques, modèle tant pour&#13;
ses contemporains que pour la postérité, rendit à Dieu son dernier&#13;
souffle le 6e jour de mai de l’an du Seigneur 1708, dans sa 86e année,&#13;
dont les restes, déposés d’abord dans la basilique de Québec, avec un&#13;
admirable concours du clergé et du peuple, le 23e jour de mai de l’an&#13;
du Seigneur 1878, ont été transférés dans cette chapelle du&#13;
Séminaire de Québec par les soins de ses fils très affectueux. Qu’il&#13;
repose en paix.&#13;
Ce compte rendu une fois lu, moi, par ordre du révérendissime archevêque de&#13;
Québec, j’ai décrit de la façon suivante l’aspect extérieur du sépulcre :&#13;
Le sépulcre du Serviteur de Dieu est situé dans la crypte du&#13;
Séminaire de Québec. Il est placé plus exactement sous le&#13;
chœur de la chapelle du Séminaire de Québec. La porte&#13;
extérieure à deux battants est en fer et porte l’inscription&#13;
suivante : « Mgr de Laval de Montmorency, décédé le 6 mai&#13;
1708, déposé ici le 23 mai 1878, visité et déposé de nouveau le&#13;
16 décembre 1901 ». Sur l’ordre de Son Excellence,&#13;
- 1414 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXIV&#13;
&#13;
Mgr l’archevêque, les ouvriers ouvrirent la porte de fer et on&#13;
aperçut un mur en brique bien cimenté. Les ouvriers se mirent&#13;
à défaire le mur. Lorsque la brique et le mortier furent enlevés&#13;
et qu’une ouverture de 3 pieds eut été pratiquée, on trouva,&#13;
en arrière de ce mur, qui avait 1 pied d’épaisseur, une seconde&#13;
porte en fer de 3 pieds 7 pouces par 2 pieds 4 pouces, à un seul&#13;
battant et sur laquelle on put lire l’inscription suivante :&#13;
Monseigneur&#13;
de Laval&#13;
de Montmorency&#13;
L’ayant ouverte en enlevant une barre de fer qui la retenait&#13;
fixée au mur, les ouvriers retirèrent avec précaution le&#13;
cercueil qui se trouvait dans cette voûte, laquelle voûte&#13;
mesurait à l’intérieur 7 pieds et 9 pouces de long, 3 pieds et&#13;
1 pouce de large et 3 pieds 2 pouces de haut.&#13;
Le cercueil en plomb avait 6 pieds 5 pouces de long,&#13;
14 ½ pouces de haut ; la largeur aux épaules était de&#13;
22 pouces, aux pieds 11 ½ pouces et à la tête 14 ½ pouces. Sur&#13;
le couvercle de ce cercueil en plomb, on put lire les trois&#13;
inscriptions citées plus haut.&#13;
Le cercueil a été trouvé dans un état de parfaite conservation, ce que le&#13;
révérendissime archevêque a reconnu concorder avec les actes de la précédente&#13;
inspection et déposition.&#13;
Ces choses accomplies, le cercueil, en présence de l’archevêque et des autres, fut&#13;
transporté dans la grande chapelle du Séminaire de Québec et déposé dans le&#13;
tombeau nouvellement érigé dans la nef gauche de la même chapelle. Voici la&#13;
description du tombeau :&#13;
&#13;
- 1415 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXIV&#13;
&#13;
Ce sépulcre est constitué par une chapelle adjacente. Un court&#13;
passage y donne accès. La chapelle est de forme circulaire. Les&#13;
murs du passage et de la chapelle sont revêtus de marbre et&#13;
de pierre turgot à l’intérieur. Au centre de la chapelle, on a&#13;
creusé dans le sol un caveau ayant 3 pieds 6 pouces de&#13;
profondeur. Ce caveau est en béton revêtu de liège à&#13;
l’intérieur. Le cercueil a été déposé dans le fond du caveau,&#13;
dont la seule ouverture, pratiquée à la partie supérieure, a été&#13;
hermétiquement refermée par un bloc de granit noir d’une&#13;
longueur de 9 pieds, d’une largeur de 3 pieds et d’une&#13;
épaisseur de 8 pouces. La pesanteur de ce bloc est de&#13;
3 500 livres. Sur ce bloc, on ajoutera bientôt un mausolée.&#13;
La seule inscription à l’intérieur de la chapelle funéraire est&#13;
ainsi conçue :&#13;
Au Dieu Très Grand, ci-gît&#13;
Monseigneur de Laval&#13;
Premier évêque de Québec&#13;
et&#13;
fondateur du Séminaire&#13;
de Québec&#13;
1623-1708&#13;
Sur la foi de toutes et chacune de ces choses, moi, notaire, j’ai rédigé ce document&#13;
public, lequel, précédemment lu, ont signé le révérendissime seigneur archevêque,&#13;
le sous-promoteur de la foi, le témoin du secrétaire et le recteur du Séminaire de&#13;
Québec.&#13;
Maurice Roy,&#13;
Archevêque de Québec&#13;
Elias Roy, prêtre, prélat domestique&#13;
Sous-promoteur de la foi&#13;
Ferdinand Vandry, prêtre&#13;
&#13;
Oscar Genest, prêtre&#13;
Témoin&#13;
&#13;
Georges-Édouard Demers, prêtre&#13;
&#13;
Recteur&#13;
&#13;
Témoin&#13;
- 1416 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXIV&#13;
&#13;
Honorius Provost, prêtre&#13;
Notaire désigné&#13;
L+S&#13;
Sceau de l’archevêque&#13;
C’est conforme.&#13;
Donné à Québec, le 10e jour de mai de l’année du Seigneur 1950.&#13;
L+S&#13;
Sceau du notaire de la curie&#13;
Et moi, notaire délégué, je fais foi et je suis témoin des signatures susdites, à savoir&#13;
que celle du révérendissime archevêque, avec l’apposition de son propre sceau, celles&#13;
du sous-promoteur de la foi et des témoins furent et sont faites de leur propre main&#13;
en ma présence ; et ainsi je témoigne et je fais foi, en ce 11e jour du mois d’octobre&#13;
1950. C’est conforme.&#13;
Honorius Provost, prêtre&#13;
Notaire désigné&#13;
Moi, soussigné, archevêque de Québec, je fais foi et j’atteste que le prêtre Honorius&#13;
Provost, du Séminaire de Québec, fut délégué notaire spécialement par moi comme&#13;
notaire pour rédiger ce document et signer les actes de sa main, et que ce présent&#13;
exemplaire mérite pleine confiance.&#13;
Donné à Québec, le 11e jour du mois d’octobre 1950&#13;
L+S&#13;
Sceau de l’archevêque&#13;
&#13;
- 1417 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXV&#13;
Doc. LXXIV-A. 3e translation du corps de Laval (30 avril 1993)&#13;
&#13;
Doc. LXXV&#13;
Procès-verbal de la translation des restes du Serviteur de Dieu, dans la chapelle&#13;
funéraire construite dans la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, 30 avril&#13;
1993, d’après l’original conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du&#13;
Séminaire de Québec, Séminaire 59, no 67&#13;
3e&#13;
&#13;
Translation des restes sacrés du bienheureux François de Laval, premier&#13;
évêque de Québec, de la chapelle extérieure du Séminaire de Québec à la&#13;
basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, le vendredi 30 avril 1993&#13;
Sceau de l’archevêque&#13;
Au nom du Seigneur, Amen.&#13;
Que par ce document public qu’il soit connu partout et de tous que Son&#13;
Éminence, Mgr Maurice Couture, archevêque de Québec, a autorisé&#13;
l’exhumation des restes sacrés du bienheureux François de Laval, premier&#13;
évêque de Québec, pour qu’ils soient transportés et réinhumés dans une&#13;
chapelle qui lui est dédiée en l’église cathédrale de Notre-Dame de Québec.&#13;
Comme Mgr l’archevêque ne pouvait être personnellement présent à cette&#13;
translation des restes sacrés du bienheureux, il avait délégué Mgr Jean-Paul&#13;
Labrie, évêque auxiliaire à Québec, comme son représentant, Mgr Paul&#13;
Nicole, prélat honorifique, comme promoteur de la foi spécialement&#13;
délégué pour cette circonstance, et moi-même, chancelier épiscopal.&#13;
En ce 30e jour du mois d’avril 1993, nous nous rendîmes à l’édicule&#13;
funéraire, situé à la gauche de la nef de ce qui fut la chapelle extérieure du&#13;
Séminaire de Québec, où les restes sacrés du bienheureux sont conservés&#13;
depuis le 10e jour du mois de mai 1950.&#13;
Étaient aussi présents à cet endroit M. le chanoine Louis-Joseph Lépine,&#13;
supérieur général du Séminaire de Québec, M. l’abbé Jacques Lemieux,&#13;
supérieur général désigné du Séminaire de Québec, M. le chanoine Louis&#13;
- 1418 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXV&#13;
&#13;
Dugal, procureur du Séminaire de Québec, quelques prêtres du Séminaire&#13;
de Québec, ainsi que des séminaristes, des invités et MM. Richard Maheux,&#13;
contremaître, Marcel Demers, Harold Langlois, Romuald Rancourt et&#13;
Jacques Vallières, ouvriers auparavant choisis et mandatés pour exhumer&#13;
les restes du bienheureux, ainsi que M. Claude Laroche, contremaître&#13;
général du Séminaire de Québec.&#13;
Le promoteur de la foi demande que rien ne soit fait avant que les ouvriers&#13;
choisis pour l’exhumation n’aient émis le serment d’accomplir dûment leur&#13;
travail, toujours en sa présence, et après avoir observé toutes les&#13;
prescriptions requises, sans quoi l’exhumation serait illégale.&#13;
Alors le délégué épiscopal demanda auxdits ouvriers de prêter le serment&#13;
suivant que M. Richard Maheux prononça ainsi :&#13;
Moi, Richard Maheux, contremaître, en mon nom personnel&#13;
et au nom de mes ouvriers MM. Marcel Demers, Harold&#13;
Langlois, Romuald Rancourt, Jacques Vallières, la main sur&#13;
les saints Évangiles posés devant moi, je jure et promets&#13;
d’accomplir dûment le travail qui m’est demandé pour&#13;
l’exhumation des restes sacrés du bienheureux François&#13;
de Laval. Ainsi que Dieu me soit en aide et ses saints&#13;
Évangiles.&#13;
Ensuite, M. Claude Laroche, contremaître général du Séminaire de Québec,&#13;
prononça le même serment.&#13;
Après ces serments, le délégué épiscopal, accompagné du promoteur de la&#13;
foi, des témoins présents et de moi-même, notaire, examina attentivement&#13;
le sépulcre et les sceaux apposés par moi-même lors de la reconnaissance&#13;
privée effectuée le lundi 26 avril 1993 et dont on rend compte dans&#13;
l’attestation donnée en annexe. Comme les sceaux se sont avérés intacts, il&#13;
me demanda de lire à voix haute et intelligible, dans le procès-verbal de la&#13;
&#13;
- 1419 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXV&#13;
&#13;
déposition précédente qui avait eu lieu le 24 avril 1980, la description des&#13;
lieux :&#13;
Ce sépulcre est constitué par une chapelle adjacente. Un court&#13;
passage y donne accès. La chapelle est de forme circulaire. Les&#13;
murs du passage et de la chapelle sont revêtus de marbre et&#13;
de Pierre Turgot à l’intérieur. Au centre de la chapelle, on a&#13;
creusé dans le sol un caveau ayant 3 pieds 6 pouces de&#13;
profondeur. Ce caveau est en béton revêtu de liège à&#13;
l’intérieur. Le cercueil a été déposé dans le fond du caveau,&#13;
dont la seule ouverture, pratiquée à la partie supérieure, a été&#13;
hermétiquement refermée par un bloc de granit noir d’une&#13;
longueur de 9 pieds, d’une largeur de 3 pieds et d’une&#13;
épaisseur de 8 pouces. La pesanteur de ce bloc est de&#13;
3 500 livres.&#13;
La seule inscription à l’intérieur de la chapelle funéraire est&#13;
ainsi conçue :&#13;
Au Dieu Très Grand, ci-gît&#13;
Monseigneur de Laval&#13;
Premier évêque de Québec et&#13;
fondateur du Séminaire&#13;
de Québec&#13;
1623-1708&#13;
Le sépulcre proprement dit est recouvert d’un gisant de&#13;
marbre blanc de Carrare représentant Mgr François de Laval,&#13;
revêtu de ses ornements pontificaux, soit des sandales, de&#13;
l’aube, de l’étole, de la croix pectorale, de la chape et des gants&#13;
avec l’anneau pontifical. L’évêque porte la mitre et la crosse.&#13;
Le gisant mesure 86 pouces de long par 30 pouces de large.&#13;
Aux pieds du gisant, on peut lire l’inscription : « Mgr François&#13;
de Montmorency-Laval (1623-1708), premier évêque de la&#13;
Nouvelle-France ». Sous les pieds de l’évêque est sculpté dans&#13;
le marbre, un blason épiscopal.&#13;
- 1420 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXV&#13;
&#13;
Ensuite, sur l’ordre du délégué épiscopal, les ouvriers ont ouvert le sépulcre&#13;
et apparut un cercueil en plomb qui correspondait encore à la description&#13;
donnée au procès-verbal de la reconnaissance du 24 avril 1980, que le&#13;
délégué épiscopal me demanda de lire.&#13;
Le cercueil en plomb a 6 pieds et 5 pouces de long,&#13;
14 ½ pouces de haut, la largeur aux épaules est de 22 pouces,&#13;
aux pieds de 11 ½ pouces et à la tête 14 ½ pouces. Sur le&#13;
couvercle du cercueil, on peut lire les trois inscriptions&#13;
suivantes :&#13;
La première commençant à 10 ½ pouces de la tête du cercueil,&#13;
était ainsi conçue : « Inscription qui se lisait sur le premier cercueil&#13;
de Mgr François de Laval de Montmorency. » À 9 pouces plus bas&#13;
que la première inscription commence la seconde, qui se lit&#13;
comme suit : « Au Seigneur Très Grand. Ci-gît François de Laval,&#13;
premier évêque de Québec, décédé le 6 mai de l’an du salut 1708, en&#13;
sa 86e année, de sa consécration la 50e. Qu’il repose en paix. »&#13;
Entre la première et la deuxième inscription se trouvent&#13;
gravées sur le plomb les armes de Mgr de Laval dont voici la&#13;
description : « D’or, à la croix de gueules, cantonnée de seize&#13;
alérions d’azur, chargée de cinq coquilles d’argent 876. »&#13;
Enfin, à 2 pouces plus bas que la seconde inscription&#13;
commence la troisième dont voici la teneur :&#13;
Au Dieu Très Bon, Très Grand. Ci-gît dans l’attente de la&#13;
résurrection des bienheureux le Très Révérend Père dans le Christ,&#13;
Mgr François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec,&#13;
qui, né dans une très noble famille, et non moins doué de qualités&#13;
&#13;
NDLR : On devrait plutôt lire : « D’or à une croix de gueules chargée de cinq coquilles d’argent&#13;
et cantonnée de seize alérions d’azur. »&#13;
876&#13;
&#13;
- 1421 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXV&#13;
&#13;
remarquables de l’intelligence et de l’âme, alors que brillait pour lui&#13;
l’espérance d’une vie heureuse en France, au mépris de tous les&#13;
honneurs de ce monde, a dit adieu à sa très douce patrie pour&#13;
annoncer la foi à ceux qui habitaient encore dans l’ombre de la mort,&#13;
exilé volontaire dans ces terres lointaines où, après avoir jeté les&#13;
bases de l’Église canadienne, qui devint dès lors la mère féconde de&#13;
tant d’Églises, et avoir fondé et doté un séminaire pour l’éducation&#13;
de la jeunesse, sans être abattu par d’innombrables labeurs, ni écrasé&#13;
par des malheurs répétés, par ses vertus héroïques, modèle tant pour&#13;
ses contemporains que pour la postérité, rendit à Dieu son dernier&#13;
souffle le 6e jour de mai de l’an du Seigneur 1708, dans sa 86e année,&#13;
dont les restes, déposés d’abord dans la basilique de Québec, avec un&#13;
admirable concours du clergé et du peuple, le 23e jour de mai de l’an&#13;
du Seigneur 1878, ont été transférés dans cette chapelle du&#13;
Séminaire de Québec par les soins de ses fils très affectueux. Qu’il&#13;
repose en paix.&#13;
Le cercueil fut trouvé en parfait état de conservation et le délégué épiscopal&#13;
reconnut que tout concordait avec la description faite dans les actes de la&#13;
déposition précédente.&#13;
Alors, le cercueil fut tiré du sépulcre par les ouvriers choisis. Les ouvriers&#13;
ajoutèrent sous celui-ci une feuille de contreplaqué d’un demi-pouce&#13;
d’épaisseur, préalablement taillée, ayant la même forme et des dimensions&#13;
très légèrement supérieures à celles du cercueil.&#13;
Le cercueil fut d’abord transporté dans la nef de ce qui fut la chapelle&#13;
extérieure du Séminaire de Québec, où M. le chanoine Louis-Joseph Lépine,&#13;
en présence des personnes présentes, fit une prière et dit adieu, au nom de&#13;
la communauté du Séminaire de Québec, à son fondateur.&#13;
Le cercueil fut alors transporté en corbillard de l’édifice connu sous le nom&#13;
de chapelle extérieure du Séminaire de Québec, à la porte principale de la&#13;
basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, où il fut accueilli par le&#13;
- 1422 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXV&#13;
&#13;
délégué épiscopal, en présence de nombreux fidèles, dont en particulier&#13;
M. le cardinal Louis-Albert Vachon, archevêque émérite de Québec et&#13;
ancien supérieur général du Séminaire de Québec.&#13;
Le cercueil fut alors transporté à l’avant de la nef de la basilique-cathédrale,&#13;
où une liturgie de la Parole eut lieu. Au terme de celle-ci, le cercueil fut&#13;
conduit à la nouvelle chapelle absidale, récemment construite, et située&#13;
dans la nef de la basilique-cathédrale, du côté de la rue De Buade. Voici la&#13;
description de cette chapelle :&#13;
Le sépulcre occupe une chapelle en forme d’hémicycle&#13;
entièrement ouverte sur le bas-côté droit de la basilique&#13;
Notre-Dame de Québec. Le mur intérieur de la chapelle est&#13;
revêtu de plâtre mouluré, paré de sculptures et d’une bande&#13;
de verre lumineuse. Le mur extérieur est revêtu de pierre à&#13;
chaux bouchardée et de bas-reliefs en bronze. Le sol est&#13;
constitué de granite noir sculpté en bas-relief et de granite&#13;
polychrome incrusté de granite noir. Le plafond en coupole&#13;
est en plâtre mouluré et orné de feuilles d’or.&#13;
Un caveau de béton recouvert de liège est localisé au centre&#13;
de la chapelle et accessible uniquement par celle-ci. Le caveau&#13;
a une profondeur de 1,37 mètre, une ouverture de 2,02 mètres&#13;
par 0,75 mètre. Une dalle de granite noir, d’une épaisseur de&#13;
100 millimètres, d’un poids de 680 kilos, sera insérée dans la&#13;
partie supérieure de l’ouverture du caveau. À chaque&#13;
extrémité de l’ouverture se trouvent deux pilastres en verre&#13;
massif, destinés à recevoir une autre dalle en granit noir&#13;
supportant le gisant en bronze représentant le bienheureux&#13;
François de Laval.&#13;
Le cercueil ainsi que la feuille de contreplaqué, ayant servi à son transport&#13;
sécuritaire, furent alors déposés dans le nouveau caveau de la chapelle&#13;
absidale telle que décrite plus haut, de telle sorte que la tête du bienheureux&#13;
- 1423 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Doc. LXXV&#13;
&#13;
soit orientée vers le sanctuaire. Les ouvriers refermèrent le caveau par le&#13;
bloc de granit décrit plus haut, qui fut cimenté au caveau. La dalle&#13;
supérieure et le gisant en bronze, représentant le bienheureux François de&#13;
Laval, seront installés plus tard.&#13;
En foi de quoi moi, notaire, j’ai rédigé ce document public, auquel le&#13;
délégué épiscopal, le promoteur de la foi et les témoins autorisés&#13;
apposèrent leur signature.&#13;
Ita est.&#13;
&#13;
Sceau du diocèse&#13;
&#13;
Jean-Paul Labrie&#13;
&#13;
Paul Nicole, prêtre&#13;
&#13;
Délégué épiscopal&#13;
&#13;
Promoteur de la foi&#13;
&#13;
L[ouis]-Jos[eph] Lépine, prêtre&#13;
Supérieur général désigné du Séminaire de Québec&#13;
Louis Dugal, prêtre&#13;
Procureur du Séminaire de Québec&#13;
Jean-R[obert] Hamel, prêtre&#13;
&#13;
Jacques St-Michel, prêtre&#13;
&#13;
Témoin&#13;
&#13;
Notaire&#13;
&#13;
Moi, chancelier de l’archidiocèse de Québec, j’atteste l’authenticité des&#13;
signatures apposées sur chacun des trois exemplaires originaux de ce&#13;
document. Donné à Québec, sous notre signature et sous le sceau de la&#13;
chancellerie de l’archidiocèse de Québec, ce 10e jour du mois de mai de&#13;
l’année 1993.&#13;
Ita est.&#13;
&#13;
Sceau de la chancellerie&#13;
&#13;
Jacques St-Michel, prêtre&#13;
Chancelier&#13;
&#13;
- 1424 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Cinquième partie : Les annexes&#13;
&#13;
Cinquième partie :&#13;
Les annexes&#13;
&#13;
-1110-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�INTRODUCTION AUX ANNEXES&#13;
&#13;
Introduction aux Annexes&#13;
Dans ces Annexes se trouvent :&#13;
I- quelques documents trouvés après la publication de la Positio 877 ;&#13;
II- une explication de l’absence de visite ad limina apostolarum de&#13;
Mgr de Laval ;&#13;
III- de brèves notes sur l’iconographie du Serviteur de Dieu ;&#13;
IV- la bibliographie relative au même ;&#13;
V- un index onomastique 878.&#13;
ANNEXE II. L’ABSENCE DE VISITE AD LIMINA APOSTOLORUM PAR LAVAL&#13;
&#13;
Annexe II&#13;
Le Serviteur de Dieu et la visite ad limina apostolorum 879&#13;
&#13;
Il a été relevé à plusieurs reprises au cours des procès de la Cause que le Serviteur&#13;
de Dieu ne s’est jamais rendu à Rome pour faire la visite prescrite ad limina durant&#13;
son épiscopat. Nous trouvons en effet cette objection dans les Animadversiones 880&#13;
de 1911 (no 68), dans les Novae Animadversiones de 1918 (nos 64 à 67) et, malgré&#13;
les réponses de l’avocat, elle est répétée à nouveau dans les Aliae Novae&#13;
Animadversiones de 1958 (nos 51 à 54).&#13;
Puisque ce fait est lié à plusieurs circonstances historiques, nous avons cru opportun&#13;
d’examiner attentivement la question et de présenter des éléments de réponse qui&#13;
pourront élucider le comportement du Serviteur de Dieu.&#13;
Tout d’abord, nous devons préciser qu’à l’époque de Mgr de Laval, la visite ad&#13;
limina était de mise pour les évêques depuis déjà très longtemps ; toutefois, elle&#13;
n’était pas toujours observée. C’est pourquoi le pape Sixte V, dans la constitution&#13;
NDLR : Tous ces documents ont été intégrés à la « Première Partie : Les documents sources ».&#13;
Nous omettons donc l’Annexe I dans cette édition.&#13;
878&#13;
NDLR : Puisque les textes sources mentionnent plusieurs contemporains de Mgr de Laval, nous&#13;
avons inclus un Index onomastique en ordre alphabétique pour aider le lecteur.&#13;
879&#13;
NDLR : Littéralement « au seuil [des basiliques] des apôtres », la visite ad limina apostolorum&#13;
est la visite obligatoire que tous les évêques catholiques doivent faire à Rome tous les cinq ans en&#13;
pèlerinage aux tombeaux de saint Pierre et saint Paul et incluant une rencontre avec le pape pour&#13;
présenter l’état de son Église.&#13;
880&#13;
NDLR : Les objections à la canonisation d’un Serviteur de Dieu par le promoteur de justice&#13;
(avant 1683, le promoteur de la foi), familièrement appelé « l’avocat du diable », et qui doivent être&#13;
réfutées par l’avocat de la Cause.&#13;
877&#13;
&#13;
-1110-&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe II&#13;
&#13;
apostolique Romanus pontifex du 20 décembre 1585, soit trois quarts de siècle avant&#13;
l’épiscopat du Serviteur de Dieu, définit-il une norme pour cette visite obligatoire :&#13;
les évêques d’Italie devaient la faire tous les trois ans ; ceux de France, d’Allemagne&#13;
et d’autres pays d’Europe, tous les quatre ans ; ceux d’Afrique, tous les cinq ans ;&#13;
et finalement, ceux d’Asie et des autres parties du monde, tous les dix ans : « En&#13;
effet, ceux [les évêques] d’Asie et ceux hors d’Asie et des autres nouvelles terres&#13;
orientales, méridionales, occidentales et septentrionales, ceux sur les îles et sur les&#13;
continents et enfin, ceux de toutes les parties du monde, se mettront en voyage à&#13;
tous les dix ans et, Dieu le voulant, l’accompliront. » (Pietro Gasparri, Codicis iuris&#13;
canonici fontes, vol. 1, Rome, 1926, p. 280 881)&#13;
Ainsi, le Serviteur de Dieu, qui gouverna l’Église du Canada de 1659 à 1688,&#13;
d’abord à titre de vicaire apostolique, puis comme évêque de Québec, aurait dû&#13;
faire la visite ad limina au moins deux fois, soit en 1669 et en 1679. Or, comme il&#13;
a été objecté, nous n’avons aucune preuve d’un tel voyage à Rome, et ce, de tout&#13;
son vivant. Comment expliquer ce fait ?&#13;
En premier lieu, il est important de préciser que le Serviteur de Dieu fut très dévoué&#13;
envers le Saint-Siège et le pape. Cet attachement envers le vicaire du Christ était&#13;
une des caractéristiques fondamentales d’abord de la Société des Bons Amis [Aa],&#13;
association fondée par le père jésuite Jean Bagot et de laquelle le Serviteur de Dieu&#13;
fut un membre actif et fervent, puis du Séminaire des Missions étrangères de Paris,&#13;
avec lequel Mgr de Laval fut en relation intime durant tout son épiscopat. Nous&#13;
avons à ce sujet d’intéressants témoignages de contemporains.&#13;
Par exemple, en 1663, à la suite de la présentation d’une thèse à La Sorbonne dans&#13;
laquelle on soutenait l’autorité universelle du souverain pontife, des juristes&#13;
gallicans menèrent une enquête secrète à la demande du ministre Colbert. Le&#13;
rapport de celle-ci indiqua, parmi les associations favorables au Saint-Siège, « celle&#13;
du P. Bagot [l’Aa], jésuite renommé par son grand savoir et sa haute piété, qui&#13;
s’assemble en deux maisons, l’une au faubourg Saint-Victor, et l’autre, ou moins&#13;
ci-devant, au faubourg Saint-Michel, et l’on assure que cette nouvelle congrégation&#13;
a quelque rapport à celle de l’Ermitage de Caen dont on a tant parlé. » (Charles&#13;
Gérin, Recherches historiques sur l’Assemblée du clergé de France de 1682, Paris,&#13;
1869, p. 488)&#13;
881&#13;
Sur cette question, voir Louis Thomassin, L’ancienne et la nouvelle discipline de l’Église, vol. 2,&#13;
Paris, 1688, p. 385-389 ; Gaetano Moroni, « Limina apostolorum », dans Dizionario di erudizione&#13;
storico-ecclesiastica, vol. 38, Venise, 1846, p. 221-233 ; Albert Battandier, Annuaire pontifical&#13;
catholique, 14e année, Paris, 1911, p. 380-388 ; J. Pater, Die bischòfliche Visitatio liminum Ss.&#13;
Apostolorum, Paderborn, 1914.&#13;
&#13;
- 1427 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe II&#13;
&#13;
En 1682, à l’issue d’une enquête semblable, le Séminaire des Missions étrangères&#13;
de Paris fut signalé parmi les communautés opposées à l’enseignement des Quatre&#13;
articles de l’Église gallicane (Ibid., p. 345, 373, 383).&#13;
Ainsi, le Serviteur de Dieu, qui fut à la fois un membre actif de l’Aa, un fervent&#13;
disciple de M. de Bernières à l’Ermitage de Caen et un ami du Séminaire des&#13;
Missions étrangères de Paris, avait grandi dans ce profond sens de vénération et&#13;
d’attachement au Saint-Siège.&#13;
De fait, bien qu’il vécût dans un milieu extrêmement gallican, Mgr de Laval ne fit&#13;
en aucun temps de concession aux postulats gallicans. On le constate tant dans ses&#13;
nombreuses lettres que dans tous ses faits et gestes ; au contraire, il se montre tout&#13;
à fait ultramontain, c’est-à-dire attaché au Saint-Siège et au pape, auquel il écrivit&#13;
souvent et toujours en des termes très dévots.&#13;
En prenant ces choses en considération, une conclusion s’impose à nous : la visite&#13;
ad limina ne fut certainement pas omise intentionnellement par le Serviteur de Dieu&#13;
ou par la teinte de l’esprit gallican. Il devait y avoir d’autres raisons. En effet, il y&#13;
en a eu et il est nécessaire de les présenter.&#13;
&#13;
1° L’usage général des évêques français durant le 17e siècle de ne pas faire la visite&#13;
ad limina&#13;
Comme nous l’avons déjà indiqué, le pape Sixte V, en 1585, émit un rappel à tous&#13;
les évêques au sujet de leur obligation de faire des visites ad limina apostolorum.&#13;
Cette bulle pontificale n’eut pas d’écho en France. En effet, en 1634, près de 50 ans&#13;
plus tard, le Saint-Siège déplorait cette négligence générale de l’épiscopat français&#13;
dans une lettre au nonce de Paris, Mgr Bolognetti : « Il y a encore un très grave abus&#13;
dans le royaume de France, soit le manquement que font les archevêques et évêques&#13;
de rendre visite au pape. » (Auguste Leman, Recueil des instructions générales aux&#13;
nonces de France de 1624 à 1634, Lille, 1920, p. 185.)&#13;
Voilà donc l’opinion du Saint-Siège 25 ans avant la consécration épiscopale du&#13;
Serviteur de Dieu, et celle-ci se maintint certainement durant l’épiscopat de&#13;
Mgr de Laval. En dépit de cela, les évêques français continuèrent à omettre la visite&#13;
ad limina et, pire encore, l’opinion générale devint que cette obligation ne&#13;
s’appliquait pas plus aux autres territoires soumis au roi de France. L’on en voit&#13;
une preuve dans l’essai canonique publié par Claude Fleury, Institutions au droit&#13;
- 1428 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe II&#13;
&#13;
ecclésiastique, vol. 1, Paris, 1687. À la p. 108, l’auteur écrit au sujet de la&#13;
consécration des évêques : « Ensuite, l’élu prête serment de fidélité au Saint-Siège,&#13;
suivant une formule, dont il se trouve un exemple dès le temps de Grégoire VII. On&#13;
y a ajouté depuis plusieurs clauses : entre autres, celle d’aller à Rome rendre compte&#13;
de sa conduite tous les quatre ans ou d’y envoyer un député ; ce qui ne s’observe&#13;
point en France. »&#13;
Ainsi, le fait que Mgr de Laval ne fit pas de visite ad limina n’a rien d’exceptionnel ;&#13;
cela correspondait à la façon de faire générale de tout l’épiscopat français. On&#13;
pourrait facilement objecter que cela ne justifie aucunement le fait. Il y a cependant&#13;
d’autres motifs qui rendent compte de la façon d’agir du Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
2° Circonstances particulières qui empêchèrent Mgr de Laval de faire la visite ad&#13;
limina&#13;
D’une part, précisons qu’au temps du Serviteur de Dieu, aucun évêque français ne&#13;
pouvait quitter le royaume sans la permission du roi.&#13;
Le canoniste français François Florent (1590-1650), dans son œuvre Tractatus IX&#13;
in IX priores titulos lib. I decretalium Gregorii IX, publié en 1641, écrivit : « […]&#13;
dans notre France, dans laquelle, sans le consentement et l’approbation du roi, il&#13;
ne peut ni rendre visite au légat papal, ni aller au synode, ni rendre visite au&#13;
[souverain] pontife. » (Francisci Florentis, Opera iuridica, vol. 1, Nürnberg, 1756,&#13;
p. 270.)&#13;
Cette habitude était certainement en vigueur durant l’épiscopat du Serviteur de&#13;
Dieu, parce qu’encore en 1700, Zeger Bernhard van Espen, dans son livre Ius&#13;
ecclesiasticum universum, vol. I, Lovanium, 1700, p. 133, écrivit : « […] en France&#13;
et ces provinces [la Belgique], dans lesquels, sans le consentement du roi, il ne peut&#13;
rendre légat du pape, ni le recevoir, ni l’accompagner, ni dépasser les limites du&#13;
royaume, ni aller au synode, ni rendre visite au [souverain] pontife. »&#13;
On doit donc conclure que si Mgr de Laval désirait aller à Rome, il devait demander&#13;
et obtenir la permission du roi. Or, nous connaissons les relations entre Louis XIV&#13;
et le Saint-Siège : elles ne furent jamais cordiales. Et celles-ci s’avérèrent&#13;
particulièrement tendues précisément aux deux moments durant lesquels le&#13;
Serviteur de Dieu aurait dû faire sa visite ad limina.&#13;
&#13;
- 1429 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe II&#13;
&#13;
Ce point mérite d’être expliqué davantage. Comme nous l’avons déjà indiqué, le&#13;
Serviteur de Dieu gouverna l’Église canadienne de 1659 à 1688, aurait dû, selon la&#13;
constitution apostolique de Sixte V de 1585, faire une visite ad limina en 1669 et&#13;
en 1679. Mgr de Laval fit un long séjour en France entre 1671 et 1675 et un autre&#13;
de 1679 à 1680 ; ces deux moments auraient pu être idéaux pour effectuer une visite&#13;
à Rome. Toutefois, durant cette décennie, plusieurs questions rendirent les rapports&#13;
entre la Cour du roi et le Saint-Siège plus tendus que jamais.&#13;
En 1673, Louis XIV étendit indûment les droits royaux et mit la main sur des&#13;
bénéfices ecclésiastiques vacants ; le pape Clément X (1670-1676), puis le&#13;
vénérable Innocent XI (1676-1689) s’y opposèrent énergiquement. La situation&#13;
aboutit en une opposition aiguë, non sans danger de schisme de la part de la France&#13;
(cf. Ludwig von Pastor, Storia dei Papi, vol. 14, partie 2, nouvelle impression,&#13;
Rome, 1943, p. 184-187). On imagine facilement que, dans une telle situation,&#13;
personne n’aurait conseillé au Serviteur de Dieu de demander une permission&#13;
royale pour aller à Rome.&#13;
Une dernière occasion se présenta pour Mgr de Laval de se rendre à Rome : lorsqu’il&#13;
retourna en France en 1684 et y demeura jusqu’en 1688. Mais, comme on s’en&#13;
souviendra, il était venu pour demander à se démettre de son évêché à cause de sa&#13;
santé précaire, démission qu’il présenta immédiatement au roi et au pape. De plus,&#13;
au même moment, les Quatre Articles de l’Église gallicane furent promulgués par&#13;
l’Assemblée du clergé français, en 1682, contre lesquels l’opposition du pape&#13;
Innocent XI s’éleva avec force et dignité (Ibid., p. 207-238) 882. En 1687, enfin,&#13;
survint une autre controverse, celle des libertés de quartier ou de l’immunité&#13;
diplomatique (Ibid., p. 252-273). En tenant compte de tous ces facteurs, on peut&#13;
comprendre pourquoi le Serviteur de Dieu, tout en étant très dévot au Saint-Siège,&#13;
a pu suivre la coutume, du reste générale en France, de ne pas aller à Rome.&#13;
D’autre part, il ne faut pas oublier que le Serviteur de Dieu demeura toujours en&#13;
communication avec le Saint-Siège, selon la promesse qu’il avait faite en 1660 à la&#13;
Sacrée congrégation de la propagande de l’informer chaque année de l’état de son&#13;
Église : « À chaque année, je rendrais compte à Vos Éminences illustrissimes du&#13;
fruit de nos travaux. » (Doc. XXIII-2) En effet, entre 1659 et 1685, c’est-à-dire&#13;
durant son épiscopat, il écrivit 54 lettres et mémoires au Saint-Siège et aux nonces,&#13;
autant que nous le sachions (cf. Introduction aux Docs. XXIII) : 17 lettres sont&#13;
adressées aux souverains pontifes sous lesquels le Serviteur de Dieu gouverna&#13;
l’Église du Canada – 5 au pape Alexandre VII, 3 à Clément IX, 4 à Clément X et&#13;
882&#13;
&#13;
Notons qu’au Canada, les Articles ne furent jamais promulgués (cf. Doc. LXXIII).&#13;
- 1430 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe II&#13;
&#13;
5 au vénérable Innocent XI. À ce dernier, en 1677, il fit cette déclaration : « Si ce&#13;
n’est pas trop onéreux, j’informerai Votre Sainteté à chaque année de l’état de cette&#13;
nouvelle Église. » (Doc. XXIII-45) Il y a une lettre à la Consistoriale, 16 lettres et&#13;
4 rapports sur l’Église et les missions du Canada adressées à la Congrégation de la&#13;
propagande, dont le Serviteur de Dieu dépendait, 16 lettres à divers cardinaux de&#13;
curie et 2 lettres au nonce de Paris (et 1 à l’ancien nonce).&#13;
Étant donné l’importance de cette correspondance, il serait utile d’en présenter un&#13;
tableau chronologique, selon les différents destinataires.&#13;
Tableau des lettres de Mgr de Laval au Saint-Siège&#13;
Année&#13;
&#13;
Papes&#13;
&#13;
Consistoriale&#13;
&#13;
1658&#13;
&#13;
Propagande&#13;
&#13;
Cardinaux&#13;
&#13;
Nonces&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1659&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1660&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1 lettre et&#13;
1 rapport&#13;
&#13;
1661&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1662&#13;
1663&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1664&#13;
&#13;
1 lettre et&#13;
3 rapports&#13;
&#13;
1665&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
2 lettres&#13;
&#13;
1666&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
2 lettres&#13;
&#13;
3 lettres&#13;
&#13;
1667&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1668&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1669&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1670&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
2 lettres&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
2 lettres&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
2 lettres&#13;
&#13;
3 lettres&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
(1 lettre à&#13;
l’ancien nonce)&#13;
&#13;
3 lettres&#13;
&#13;
1671&#13;
1672&#13;
1673&#13;
1674&#13;
1675&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1676&#13;
1677&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1678&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1679&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1680&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
- 1431 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe II&#13;
&#13;
Année&#13;
&#13;
Papes&#13;
&#13;
Consistoriale&#13;
&#13;
Propagande&#13;
&#13;
1681&#13;
&#13;
Cardinaux&#13;
&#13;
Nonces&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
1682&#13;
1683&#13;
1684&#13;
1685&#13;
TOTAL&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
17 lettres&#13;
&#13;
1 lettre&#13;
&#13;
16 lettres et&#13;
4 rapports&#13;
&#13;
16 lettres&#13;
&#13;
2 lettres&#13;
&#13;
En prenant cette copieuse correspondance en compte, nous pouvons affirmer d’un&#13;
point de vue objectif que si le Serviteur de Dieu a manqué à son devoir de visite à&#13;
Rome en personne, il n’y a certes pas manqué par sa présence morale, bien nourrie&#13;
par des lettres et des rapports envoyés au Saint-Siège en continu. En effet, il n’y a&#13;
presque aucune année entre 1659 et 1685 durant laquelle le Serviteur de Dieu n’ait&#13;
pas écrit à Rome, comme on peut le constater dans le tableau reproduit plus haut.&#13;
L’on peut ajouter que le Serviteur de Dieu avait des procureurs à Paris et surtout à&#13;
Rome, qui traitaient avec les Sacrées congrégations des affaires qui le concernaient&#13;
directement. À Rome, ses procureurs étaient des prêtres du Séminaire des Missions&#13;
étrangères de Paris, dont quelques-uns de ses amis et d’anciens compagnons de&#13;
l’Aa. Dans le dépouillement de la correspondance de ces procureurs, conservée aux&#13;
Archives dudit Séminaire de Paris (vol. 5, 6, 7, 9, 10, 200, 201, passim), nous&#13;
apprenons que de 1662 à 1668, le Serviteur de Dieu fut représenté à Rome par les&#13;
abbés Leslie, Bourges, Gazil, Pallu, Le Fèvre et Fermanel.&#13;
Enfin, un dernier point nous semble très important : en plus des nombreuses lettres&#13;
du Serviteur de Dieu au Saint-Siège, nous avons plusieurs réponses de Rome, soit&#13;
de brèves lettres de souverains pontifes, de la Secrétairerie d’État, de la&#13;
Consistoriale, de la Propagande et de divers cardinaux. Comme nous l’avons&#13;
indiqué dans l’introduction aux Docs. XXIII, nous n’avons pas cru nécessaire de&#13;
reproduire toutes ces lettres dans la Positio, puisqu’elles n’apportent rien de&#13;
nouveau et n’ont pas un intérêt direct pour les vertus du Serviteur de Dieu. Par&#13;
ailleurs, un grand nombre de celles-ci ont déjà été publiées dans la Nova Positio&#13;
super virtutibus (Rome, 1918, p. 221-311), à la suite des lettres envoyées par le&#13;
Serviteur de Dieu au Saint-Siège. Nous avons relu attentivement toute cette&#13;
correspondance et nous pouvons affirmer une chose avec certitude : dans toutes ces&#13;
lettres du Saint-Siège au Serviteur de Dieu, on ne trouve pas un seul rappel, pas&#13;
même une allusion, si minime soit-elle, à la question de la visite ad limina. S’il y&#13;
- 1432 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe II&#13;
&#13;
avait eu des plaintes à Rome faites au sujet de cette visite ratée, l’on se serait attendu&#13;
à une mention du Saint-Siège au Serviteur de Dieu ou au nonce de Paris.&#13;
Au contraire, lorsque le Serviteur de Dieu se trouvait à Paris depuis environ quatre&#13;
ans et qu’à Rome on souhaitait son retour au Canada, le cardinal Altieri, neveu du&#13;
pape Clément X, écrivit à de nombreuses reprises au nonce à Paris, Spada, entre&#13;
1674 et 1675, pour lui rappeler qu’il serait opportun de presser Mgr de Laval de&#13;
rentrer à Québec. Le nonce lui répondit que le Serviteur de Dieu avait dû retarder&#13;
son départ pour attendre l’arrivée de la bulle d’érection de l’évêché de Québec et&#13;
celle de sa nomination, lesquelles devaient être d’abord enregistrées à Paris en sa&#13;
présence (cf. Introduction aux Docs. 45-B).&#13;
Dans cette vaste correspondance du Saint-Siège au Serviteur de Dieu, non&#13;
seulement n’y a-t-il aucune allusion à la visite ad limina, mais encore le Serviteur&#13;
de Dieu est-il souvent louangé pour son zèle et pour les fruits qu’il recueille dans&#13;
l’Église naissante du Canada.&#13;
Qu’on nous permette à ce sujet de reproduire une lettre du vénérable Innocent XI&#13;
du 30 mars 1678, au moment où notre Serviteur de Dieu gouvernait déjà l’Église&#13;
de Québec depuis 19 ans. Nous reproduisons cette lettre du pape d’après l’original&#13;
conservé au Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Lettres N, no 45.&#13;
&#13;
Lettre d’Innocent XI à Laval (Rome, 30 mars 1678)&#13;
Pape Innocent XI, au vénérable frère [François, évêque de Québec], salut et&#13;
bénédiction apostolique.&#13;
En vertu de la sollicitude que nous devons avoir pour la propagation de la&#13;
religion catholique, la lettre très agréable de Votre Fraternité nous est&#13;
parvenue, nous assurant des heureux succès [survenus] sur ces rivages.&#13;
Comme elle montre votre singulière vigilance et votre diligence à cultiver&#13;
cette nouvelle vigne du Seigneur, elle rend notre volonté bienveillante de&#13;
façon [encore] plus grande et nous invite à vous célébrer par des louanges&#13;
méritées. Nous voulons que vous teniez pour assuré que nous serons&#13;
toujours présent à vos entreprises religieuses, par tout moyen et tout effort,&#13;
- 1433 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe II&#13;
&#13;
et que nous ne laisserons rien à désirer de l’autorité du Saint-Siège sur ce&#13;
que nous estimerons pouvoir conduire à gagner des âmes. Le fait que, dans&#13;
cettedite lettre, vous écrivez que les pères de la Compagnie de Jésus vous&#13;
sont d’un grand secours en tant que pieux et industrieux ouvriers, en&#13;
prenant sur eux une partie de votre charge, nous confirme dans cette&#13;
opinion que nous avions déjà de cette très religieuse Compagnie ; pour cette&#13;
raison, nous désirons vivement être que vous la favorisiez par tout office de&#13;
charité pastorale et que vous l’encouragiez à poursuivre avec vous cette&#13;
œuvre admirable. Il vous reste à vous persuader que nous avons toujours&#13;
devant les yeux tous vos labeurs et que nous ne laisserons passer aucune&#13;
occasion de manifester notre bienveillance à Votre Fraternité, à laquelle&#13;
nous accordons affectueusement entre-temps [notre] bénédiction.&#13;
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, sous l’anneau du pêcheur, le 30 mars&#13;
1678, en la 2e année de notre pontificat.&#13;
&#13;
Le ton de bienveillance de cette lettre du vénérable Innocent XI, comme celui des&#13;
autres lettres du Saint-Siège, ne s’expliquerait pas s’il y avait eu des plaintes au&#13;
sujet d’une visite ad limina manquée.&#13;
Qu’on nous permette enfin d’ajouter, en guise de conclusion, qu’à l’époque du&#13;
Serviteur de Dieu, d’excellents évêques ont aussi négligé la visite ad limina.&#13;
Prenons par exemple saint François de Sales, qui fut évêque de Genève pendant&#13;
20 ans (1602-1622), avec résidence à Annecy, en Savoie. Pendant ces 20 années, il&#13;
ne se rendit jamais à Rome. Pourtant, en 1613, il était allé à Milan pour visiter le&#13;
tombeau de saint Charles Borromée. Malgré cela, tous savent combien saint&#13;
François de Sales a été dévoué au Saint-Siège et à la personne du pape (cf. Francis&#13;
Trochu, Saint François de Sales, évêque et prince de Genève, fondateur de la&#13;
Visitation Sainte-Marie, docteur de l’Église, 1567-1622, vol. 2, Lyon-Paris, 1946).&#13;
&#13;
- 1434 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe III&#13;
ANNEXE III. LES PORTRAITS CONTEMPORAINS DE LAVAL&#13;
&#13;
Annexe III&#13;
Portraits contemporains du Serviteur de Dieu 883&#13;
Nous connaissons six portraits contemporains et deux gravures du Serviteur de&#13;
Dieu, dont une (no 4) fut publiée tout de suite après sa mort et exécutée selon le&#13;
premier de ces portraits 884.&#13;
&#13;
2° Portrait conservé au château de Chamblac, France, et propriété du vicomte&#13;
Jean de La Varende&#13;
Portrait de forme ovale reproduit dans Henri Gaillard de Champris,&#13;
Mgr de Montmorency*-Laval, premier évêque de la Nouvelle-France, Paris, 1924.&#13;
Malheureusement, nous n’avons pas réussi à obtenir d’informations sur son auteur&#13;
ou sur la date à laquelle il a été produit. Il est probable que ce portrait ait été exécuté&#13;
entre 1684 et 1688, époque où Mgr de Laval se trouvait en France.&#13;
&#13;
(Photo : Madeleine Landry 885)&#13;
NDLR : L’historienne de l’art Johanne Chagnon a mis à jour les connaissances sur les portraits&#13;
de Mgr de Laval dans son article « Les portraits de François de Laval », Cap-aux-Diamants, Horssérie, printemps 1993, p. 34-37. Nous avons apporté les corrections à partir de celui-ci.&#13;
884&#13;
NDLR : Selon Chagnon, deux portraits seulement furent réalisés du vivant de François de Laval,&#13;
soit les nos 2 et 3. Le no 4 est une estampe plutôt qu’un portrait, et c’est à partir de celle-là que les&#13;
autres portraits ont été faits. Enfin, le no 1, le tableau dit du F. Luc, aurait plutôt été peint au&#13;
19e siècle.&#13;
885&#13;
NDLR : Madeleine Landry et Robert Derome, L’art sacré en Amérique française. Le trésor de&#13;
la Côte-de-Beaupré, Les éditions Septentrion (Québec), 2005, p. 13.&#13;
883&#13;
&#13;
- 1435 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe III&#13;
&#13;
Note de la rédaction (NDLR)&#13;
Selon Mme Chagnon, le portrait no 2, une huile sur toile, est l’une des deux œuvres&#13;
exécutées du vivant de Mgr de Laval. Il est conservé dans la famille de La Varende,&#13;
descendante de Mgr de Laval. Il n’a ni auteur ni date connus, bien que l’on puisse&#13;
se douter qu’il ait été produit entre 1671 et 1675, durant son second voyage en&#13;
France, puisque l’évêque est portraituré au début de la cinquantaine.&#13;
Elle précise :&#13;
Cette œuvre européenne est importante pour deux raisons. D’une&#13;
part, il s’agit de l’un des deux seuls portraits parvenus jusqu’à nous&#13;
réalisés du vivant de Mgr de Laval. D’autre part, ce tableau pourrait&#13;
bien être l’original dont s’est servi Claude Duflos (1665-1727) pour&#13;
réaliser la gravure posthume du premier évêque de Québec [no 4].&#13;
On est porté à le croire lorsque l’on compare l’huile sur toile et&#13;
l’estampe. Trois éléments ressortent d’emblée : l’effigie placée dans&#13;
un ovale correspond au format retenu par le peintre, les deux&#13;
portraits présentent le prélat vu de trois-quarts et les proportions&#13;
réservées pour le fond et la forme sont sensiblement les mêmes dans&#13;
les deux œuvres. Ajoutons à cela le rendu des vêtements, le jeu fait&#13;
avec les ombres et la similitude des caractéristiques physionomiques&#13;
retenues par le graveur (chevelure, réseau de rides, peau plissée du&#13;
cou) sont autant d’indications que l’on retrouve sur la toile. Notons&#13;
que le sens contraire de la figure dans l’estampe rend simplement&#13;
compte du travail du graveur qui copie à l’identique sur sa plaque&#13;
une œuvre qui sera inversée lors de l’impression.&#13;
&#13;
3° Portrait à l’huile peint par l’abbé Jacques Leblond dit Latour, vers 1700, et&#13;
conservé au Musée de la civilisation, 1991.3879&#13;
&#13;
L’abbé Jacques Leblond dit Latour (1671-1715), Français d’origine, vint au Canada&#13;
en 1690 et fut professeur de peinture et de sculpture, d’abord au Séminaire de&#13;
Québec, puis à l’École des arts et métiers de Saint-Joachim*. On conserve jusqu’à&#13;
maintenant au Canada plusieurs œuvres de lui et de ses élèves (cf. Gérard Morisset,&#13;
Coup d’œil sur les arts en Nouvelle-France, Québec 1941, p. 26).&#13;
&#13;
- 1436 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe III&#13;
&#13;
Ce portrait fut peint par Latour vers 1700, sur requête de Mme de Champigny,&#13;
épouse de l’intendant et cousine du Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
(Photo : Musée de la civilisation)&#13;
&#13;
L’évêque est représenté à mi-buste, avec camail et croix pectorale. Ce n’est plus&#13;
l’évêque de 49 ans aux traits énergiques, mais un vieillard de 76 ans, avec joues&#13;
tombantes, les lèvres rentrées à cause de sa mauvaise dentition et le regard&#13;
débonnaire, miroir de sa grande bonté mêlée de distinction.&#13;
Le frère Houssart, qui avait si bien connu le Serviteur de Dieu dans sa vieillesse,&#13;
puisqu’il avait été son fidèle serviteur de 1688 à 1708, préférait ce portrait à la&#13;
gravure de Duflos (dont on parle au no 4), exécutée sur le portrait du F. Luc886&#13;
(Lettre de l’abbé Tremblay à l’abbé de Maizerets, 1711, Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres O, no 51).&#13;
Note de la rédaction (NDLR)&#13;
Il s’agit du second portrait fait du vivant de Mgr de Laval. Houssart avait connu&#13;
l’évêque durant sa vieillesse et sa maladie. C’est peut-être la raison pour laquelle il&#13;
préfère la toile attribuée à Latour à celle peinte en Europe (no 2). Toutefois, à la&#13;
suite de la mort du premier évêque, le procureur du Séminaire de Québec à Paris,&#13;
Henri-Jean Tremblay, qui avait aussi connu Mgr de Laval et qui lui était tout aussi&#13;
&#13;
NDLR : Selon Mme Chagnon, la gravure de Duflos est plutôt basée sur la toile normande, au&#13;
no 2.&#13;
886&#13;
&#13;
- 1437 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe III&#13;
&#13;
lié d’affection, fit imprimer plusieurs images de « Mgr l’Ancien » pour les faire&#13;
distribuer au Canada à partir de l’estampe de Duflos (no 4).&#13;
Mme Chagnon explique que la toile attribuée à Latour, « parce que ce dernier&#13;
travaillait alors au Séminaire de Québec », « dont le rendu du visage accuse&#13;
certaines maladresses, a été peu copié et reproduit. Qu’on ait cherché à perpétuer&#13;
la représentation la plus avantageuse du prélat, en faisant copier la gravure de&#13;
Duflos, issue du tableau européen, s’explique aisément. »&#13;
4° Gravure du Serviteur de Dieu exécutée par le graveur français Claude&#13;
Duflos en 1708, conservée au Musée de la civilisation, 1991.15131&#13;
Selon le portrait peint par le F. Luc (no1), le graveur Claude Duflos (1665-1727)&#13;
exécuta ce portrait du Serviteur de Dieu sur demande de l’abbé Tremblay.&#13;
La figure de Mgr de Laval à mi-buste est placée dans un ovale autour duquel court&#13;
l’inscription « François de Laval, premier évêque de Québec. Il décéda en 1708,&#13;
dans sa 86e année ». Sous la gravure sont reproduites, d’une manière incomplète,&#13;
les armoiries du Serviteur de Dieu, c’est-à-dire celles de la famille des&#13;
Montmorency*-Laval (cf. Latour, Doc. LXIX) et quelques versets en l’honneur de&#13;
l’évêque. La gravure est signée : « Cl. Duflos sculpsit ». Au sujet du graveur Claude&#13;
Duflos, voir les paroles d’un anonyme, U. Thieme-F. Becker, Allgemeines Lexikon&#13;
der Bildenden Kiinstler von der Antike bis zur Gegenwart, vol. 10, Lipsia, 1914,&#13;
p. 86-87.&#13;
&#13;
(Photo : Musée de la civilisation)&#13;
- 1438 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe III&#13;
&#13;
Le directeur du « Cabinet des estampes » de la Bibliothèque nationale de Paris,&#13;
Edmond Pognon, nous a communiqué ce qui suit sur cette gravure :&#13;
Le Cabinet des estampes conserve, dans la série no 2, deux portraits&#13;
gravés de Mgr François de Montmorency-Laval (l’un exécuté au&#13;
17e siècle par Claude Duflos, présenté en deux états par la légende,&#13;
et l’autre, anonyme, sensiblement contemporain du personnage),&#13;
plus la reproduction du portrait peint à l’huile conservé au Séminaire&#13;
des Missions étrangères, à Paris. (Lettre du 14 avril 1956)&#13;
La gravure de Duflos connut une très large diffusion. L’abbé Tremblay en fit tirer&#13;
plusieurs copies, qui furent distribuées en France et au Canada (Lettre de l’abbé&#13;
Tremblay à l’abbé de Maizerets, 22 mai 1710, au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, Lettres O, no 50). Elle fut de nouveau&#13;
reproduite au Canada dans les années 1884 et 1885, mais d’une manière peu&#13;
satisfaisante (cf. Gosselin, Vie de Mgr de Laval : premier évêque de Québec et&#13;
apôtre du Canada, 1622-1708, 1890, vol. 2, p. 554). La gravure de Duflos fut&#13;
ensuite plusieurs fois reproduite dans les biographies du Serviteur de Dieu, dans les&#13;
histoires du Canada et dans les études relatives à Monseigneur et dans les images à&#13;
but de diffusion.&#13;
1° Portrait à l’huile exécuté par le F. Luc, récollet, en 1672 et conservé au&#13;
Séminaire de Québec. La reproduction se trouve au début de cette Positio.&#13;
&#13;
(Photo : Fonds Daniel Abel)&#13;
- 1439 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe III&#13;
&#13;
L’auteur de ce portrait, au civil Claude François, après avoir étudié la peinture à&#13;
Paris et à Rome, travailla à la décoration du palais du Louvre et obtint le titre de&#13;
« peintre du roi ». Après la mort de sa mère, à l’automne 1644, il entra au couvent&#13;
des Récollets de Paris.&#13;
En 1670, il passa au Canada, où il demeura un an ; il peignit divers cadres et dessina&#13;
quelques plans d’édifices sacrés. Retourné en France avec le Serviteur de Dieu en&#13;
1671, le F. Luc mourut à Paris en 1685 (cf. Gérard Morisset, La vie et l’œuvre du&#13;
frère Luc, Québec, 1944).&#13;
À Paris, le F. Luc peignit dans les premiers mois de 1672 le portrait de Mgr de Laval,&#13;
qui avait alors 49 ans. L’artiste le représenta à mi-poitrine, vêtu d’un camail et de&#13;
la croix pectorale. Les traits du visage sont précis et reflètent la noblesse de ses&#13;
origines et la fermeté de son caractère.&#13;
L’abbé Tremblay, procureur du Séminaire de Québec à Paris, affirme que le portrait&#13;
reproduisait assez bien les traits de l’évêque (Lettre de l’abbé Tremblay à l’abbé&#13;
des Maizerets, supérieur du Séminaire de Québec, 1711, Musée de la civilisation,&#13;
Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres O, no 51).&#13;
Note de la rédaction (NDLR)&#13;
Le fameux tableau dit du F. Luc est la représentation la mieux connue de&#13;
Mgr de Laval et fut le sujet particulier des historiens de l’art à la fin du 20e siècle,&#13;
dont Mme Chagnon dans l’article cité plus haut. Elle écrit :&#13;
Le Séminaire de Québec possède plusieurs portraits de Mgr de Laval,&#13;
qui sont essentiellement des copies du 19e siècle […]. Un tableau se&#13;
démarque toutefois de cet ensemble. Comme c’est le plus ancien que&#13;
le Séminaire possède de son fondateur, on a longtemps cru qu’il&#13;
s’agissait d’une œuvre européenne du 17e siècle. Tentons de&#13;
démêler cet imbroglio.&#13;
En mai 1908 887, le Séminaire engage le restaurateur et expert James&#13;
Purves Carter afin d’établir un catalogue de sa collection de&#13;
peintures. La recherche ne possédant pas la rigueur souhaitée&#13;
NDLR : Dans le cadre des grandes festivités entourant le 200e anniversaire de la mort de Mgr de&#13;
Laval.&#13;
&#13;
887&#13;
&#13;
- 1440 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe III&#13;
&#13;
aujourd’hui, Carter accola aux œuvres, un peu rapidement, des noms&#13;
d’artistes célèbres tels que Nicolas Poussin, Guido Renu, Salvator&#13;
Rosa et autres. Du même coup, il désigna le portrait de Mgr de Laval&#13;
comme étant de la main de Philippe de Champaigne ou de son neveu&#13;
Jean-Baptiste. L’attribution, ayant tout pour plaire, aura cours&#13;
jusqu’à ce que l’historien d’art Gérard Morisset la rejette. Il y verra&#13;
plutôt l’œuvre du récollet Claude François dit F. Luc (1614-1685),&#13;
qui séjourna dans la colonie en 1670-1671. Depuis, le tableau est&#13;
attribué au F. Luc, sans que l’on en soit pour autant convaincu. Déjà&#13;
en 1976, François-Marc Gagnon, après avoir mis en doute d’autres&#13;
attributions au F. Luc faites par Morisset, concluait à propos de ce&#13;
tableau : « Quoiqu’on puisse dire de ce portrait, il reste, dans l’état&#13;
actuel de nos connaissances, qu’on ne peut en faire qu’une&#13;
attribution très lointaine au F. Luc. » Et pour cause, puisqu’il n’y a&#13;
aucune source documentaire à la base de l’affirmation de Morisset&#13;
et que la comparaison stylistique est impossible à soutenir.&#13;
La découverte d’une mention dans les livres de comptes du&#13;
Séminaire devrait clore le débat sur l’attribution de ce tableau au&#13;
F. Luc. En date du 17 avril 1788, on relève : « payé à un peintre&#13;
allemand pour le portrait de Mgr de Laval qu’il a fait sur une image&#13;
que lui avait montrée M. Gravé, 60 livres ». L’expression « sur une&#13;
image » renvoie directement à une impression sur papier, donc à la&#13;
gravure de Duflos, et non pas à une huile sur toile. Si l’institution&#13;
avait possédé un tableau du 17e siècle, il aurait été utilisé pour la&#13;
copie et noté comme tel. D’ailleurs, la commande d’un portrait par&#13;
Mme de Champigny et la réaction du frère Houssart, à préférer&#13;
celui-ci à la gravure, laissaient déjà sous-entendre qu’il n’y avait&#13;
aucune autre représentation contemporaine de Mgr de Laval dans la&#13;
colonie. Un élément est donc certain : le tableau du Séminaire est&#13;
une copie faite à partir de l’estampe de Duflos. […] le tableau du&#13;
Séminaire a été entièrement repeint. À preuve, cette surprenante&#13;
dominante rouge du camail porté par l’évêque. Aucun autre portrait&#13;
de Mgr de Laval ne présente un tel anachronisme. En effet, ce n’est&#13;
qu’à la fin du 19e siècle que le violet commencera à remplacer le&#13;
bleu jusqu’alors porté par les évêques. Comme ce tableau a été&#13;
retouché par au moins trois des cinq « restaurateurs » qui ont&#13;
travaillé sur les collections du Séminaire entre 1875 et les années&#13;
1960, on comprendra que l’œuvre a subi plusieurs altérations.&#13;
- 1441 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe III&#13;
&#13;
5° 888 Gravure d’un anonyme contemporain, à ce qui semble, conservée au&#13;
« Cabinet des estampes » de la Bibliothèque nationale de Paris, série no 2&#13;
Cette gravure nous a été gentiment signalée par le directeur dudit Cabinet (cf. lettre&#13;
citée au no 4).&#13;
&#13;
6° Portrait de Mgr de Laval conservé au Séminaire des Missions étrangères de&#13;
Paris&#13;
Il s’agit d’un portrait à l’huile ni signé ni daté (cf. Lettre de Pognon, déjà citée, et&#13;
lettre du supérieur du Séminaire, le P. F. Haller, 12 avril 1956).&#13;
&#13;
7° et 8° Deux autres portraits&#13;
Dans son volume Au pays de Mgr de Laval. Lettres de voyage, Québec, 1910, p. 87,&#13;
l’abbé Auguste Gosselin signale deux autres portraits du Serviteur de Dieu ; le&#13;
premier était conservé au château de Beaumesnil, France, et appartenait au comte&#13;
de Maistre, apparenté à la famille des Montmorency-Laval ; le second était&#13;
conservé dans la famille du comte de Couronnel. Nous n’avons pas réussi à obtenir&#13;
plus de détails sur ces deux portraits.&#13;
&#13;
NDLR : Les nos 5 à 8 sont probablement des copies faites à partir de l’estampe de Duflos. Aucune&#13;
autre toile de l’époque de Mgr de Laval n’a été répertoriée dans les recherches modernes.&#13;
&#13;
888&#13;
&#13;
- 1442 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
ANNEXE IV. LA BIBLIOGRAPHIE COMMENTÉE DE 1956&#13;
&#13;
Annexe IV&#13;
Bibliographie commentée de 1956&#13;
&#13;
La vie du Serviteur de Dieu et son activité apostolique au Canada ont été l’objet&#13;
d’études approfondies de la part d’historiens canadiens. Naturellement, un historien&#13;
de la Nouvelle-France en parle plus ou moins longuement et plus ou moins&#13;
favorablement selon qu’il est catholique ou protestant.&#13;
Il serait presque impossible, et disons inutile, de signaler séparément dans cette&#13;
bibliographie toutes les œuvres qui traitent de quelque manière du Serviteur de&#13;
Dieu. Nous nous sommes limités à choisir et à signaler les plus importantes et les&#13;
plus intéressantes pour la Cause. Nous nous en tenons à deux critères.&#13;
1° Du 17e au 19e siècle, jusqu’à la célébration du procès ordinaire (1880), nous&#13;
avons abondé dans nos notes dans le but de documenter à travers ces siècles la&#13;
continuité de la réputation de sainteté du Serviteur de Dieu au Canada et en France.&#13;
Dans cette première partie de la bibliographie, nous indiquerons donc les œuvres&#13;
qui contiennent aussi de solides allusions à Mgr de Laval. Comme on le verra, elles&#13;
ne sont pas nombreuses jusqu’au milieu du 19e siècle, pour la simple raison qu’il y&#13;
a peu d’écrivains canadiens de cette époque, soit à cause des conditions culturelles&#13;
précaires, soit à cause des événements politiques incertains dus à plusieurs&#13;
tentatives d’occupation de la colonie de la part des Britanniques. Après la Conquête&#13;
du Canada, gagnée par ces derniers en 1760, les rares intellectuels du pays, au lieu&#13;
de s’occuper de l’histoire, durent penser à défendre leur foi et leur langue. À ces&#13;
conditions peu favorables aux études s’ajoute aussi le manque de typographies. On&#13;
sait que la première feuille imprimée au Canada remonte à 1759 et que le premier&#13;
journal de langue française, Le Canadien, sortit pour la première fois en 1806. C’est&#13;
seulement vers 1840 que les premiers essais d’une littérature nationale proprement&#13;
dite virent le jour.&#13;
2° Pour l’époque contemporaine, c’est-à-dire du procès ordinaire de 1880 jusqu’à&#13;
1956, on ne peut plus compter les écrits qui traitent du Serviteur de Dieu ; nous&#13;
avons dû procéder avec des critères beaucoup plus sévères pour distinguer l’utile&#13;
du superflu. Nous avons omis toutes les œuvres secondaires : lettres pastorales des&#13;
évêques, sermons, discours à caractère purement patriotique, brefs articles de&#13;
journaux, écrits édifiants de revues religieuses, poésies, contes populaires, etc.&#13;
Nous avons au contraire signalé :&#13;
&#13;
- 1443 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
a) les biographies du Serviteur de Dieu, tant celles à caractère&#13;
scientifique que celles écrites dans le but d’édifier et qui ont eu une&#13;
large diffusion au Canada et à l’extérieur ;&#13;
b) les études critico-historiques proprement dites sur le Serviteur de&#13;
Dieu et son activité ;&#13;
c) les publications faites à l’occasion des centenaires des principales&#13;
dates de la vie de Mgr de Laval.&#13;
En somme, dans cette bibliographie et dans les documents publiés dans la Positio,&#13;
les spécialistes peuvent disposer de tous les éléments nécessaires pour illustrer de&#13;
façon décente la figure du premier évêque de Québec 889.&#13;
Les œuvres de plus grande qualité scientifique sont précédées d’un astérisque.&#13;
&#13;
1° Les documents écrits de la mort de Mgr de Laval au début des procès de&#13;
canonisation (1708 à 1880) et reproductions de documents contemporains du&#13;
premier évêque&#13;
a) Ouvrages de référence&#13;
*17. AA.VV. Gallia Christiana,&#13;
- « Bourges, Maubec », vol. 2, 1720, col. 170 ;&#13;
- « Paris, Québec », vol. 7, v. 1744, col. 1038 ;&#13;
- « Évreux, l’Estrée », vol. 11, v. 1769, col. 673.&#13;
Au sujet de l’abbaye de Méobecq du diocèse de Bourges, abbaye annexée à la&#13;
mense épiscopale de Québec en 1674, les auteurs donnent une brève description&#13;
de ce diocèse et de son premier évêque. Ils concluent avec ces mots significatifs :&#13;
« et [l’évêque] de Québec est mort le 6 mars (on devrait lire : 6 mai) 1708, non&#13;
sans réputation de sainteté dans sa 86e année » (vol. 2, col. 170) ; au sujet de&#13;
l’archidiocèse de Paris, ils donnent une liste d’évêques, avec une longue note&#13;
relative au Serviteur de Dieu, dans laquelle on lit : « présidant les anciens du&#13;
Séminaire, il donnait continuellement au clergé l’exemple de la négligence de ses&#13;
intérêts propres, du travail, de la modestie, de la sobriété et de la pénitence […] Il&#13;
est toujours pleuré au Canada et y est considéré comme un saint » (vol. 7, col.&#13;
1038).&#13;
889&#13;
NDLR : Nous avons pris la liberté de reclasser la bibliographie selon les deux époques&#13;
mentionnées par Demers et en ordre alphabétique à l’intérieur de celles-ci. Comme avec les&#13;
documents de la Première partie, nous avons conservé la numérotation originale afin de faciliter la&#13;
comparaison entre les éditions.&#13;
&#13;
- 1444 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
23. Ladvocat, Jean-Baptiste, « Laval, François de », Dictionnaire historique&#13;
portatif, n. éd., vol. 2, Paris, 1755, p. 22.&#13;
La 1re édition de ce dictionnaire est de 1752. L’auteur donne une notice&#13;
biographique au Serviteur de Dieu, dans laquelle on lit : « Il s’y fit (à Québec)&#13;
estimer de tout le monde par sa vertu et par son éminente piété. » La version&#13;
italienne de ce dictionnaire, édité par Antonmaria de Lugo, reproduit exactement&#13;
cette notice dans Dizionario storico portatile, vol. 3, Naples, 1755, p. 40.&#13;
Notons que, pour compiler son dictionnaire, l’auteur a gardé l’œil sur Le grand&#13;
dictionnaire historique de Moréri, cité plus bas (cf. Michaud, Biographie&#13;
ancienne et moderne, n. éd., vol. 17, Paris, s. d. [1854], p. 431-433).&#13;
Deux autres dictionnaires reproduisent exactement la notice de Ladvocat sur le&#13;
Serviteur de Dieu :&#13;
-&#13;
&#13;
-&#13;
&#13;
1° Feller, François-Xavier, « Laval-Montmorency, François de », Biographie&#13;
universelle ou Dictionnaire historique, nouvelle édition revue et corrigée sur&#13;
la troisième, vol. 5, Paris, 1818, p. 296. L’auteur ajoute toutefois à la fin :&#13;
« L’abbé de La Tour, doyen du chapitre de Montauban, a écrit sa Vie, in12. » ;&#13;
2° Pérennès, François, (Migne, Jacques-Paul, éd.), « Montmorency, François&#13;
de Laval », Dictionnaire de biographie chrétienne, vol. 2, Petit-Montrouge,&#13;
1851, col. 1569. Il reproduit exactement la notice de Feller.&#13;
&#13;
20. Moréri, Louis, dir., « Montmorency-Laval », Le grand dictionnaire historique,&#13;
vol. 5, Paris, 1746, p. 441.&#13;
Dans la notice sur la famille Montmorency-Laval (branche des seigneurs de&#13;
Tartigny), l’auteur émet une note intéressante au sujet du Serviteur de Dieu, qui&#13;
se conclut ainsi : « Il mourut à Québec âgé de 86 ans, universellement regretté de&#13;
ses peuples qui étaient charmés de ses vertus ; et il opéra même des miracles à son&#13;
tombeau. » Cette information était déjà présente dans l’édition de 1732, édition&#13;
qu’il ne nous était pas possible de consulter. Toutefois, l’édition de 1712 ne la&#13;
contenait pas.&#13;
&#13;
b) Ouvrages contemporains de Mgr de Laval ou leurs reproductions&#13;
15. S. A. Le Mercure galant, Paris, décembre 1708, p. 215-221.&#13;
Journal de la Cour de Paris, il fait référence à la mort du Serviteur de Dieu,&#13;
survenue le 6 mai de la même année, et lui offre un bref éloge (Doc. LXII-2).&#13;
&#13;
- 1445 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
16. S. A. La Gazette de France, Paris, 1708, p. 600.&#13;
Journal officiel du gouvernement français, il fait référence à la mort du Serviteur&#13;
de Dieu (Doc. LXII-1).&#13;
&#13;
1. Boucher, Pierre, Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions du pays&#13;
de la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada, Paris, 1664, avant-propos.&#13;
Brève référence au Serviteur de Dieu et à ses vertus (Doc. XXXVI-1).12. Boudon,&#13;
Henri-Marie (Froullé, Jacques-François, éd.), Lettres d’Henri-Marie Boudon,&#13;
grand-archidiacre d’Évreux, Paris, 1785, vol. 2, p. 148-155.&#13;
Dans une lettre à l’abbé de Bosquérard du 17 mars 1695 (?), l’abbé Boudon (16241702) fait allusion aux difficultés qu’il y avait eu entre le Serviteur de Dieu et le&#13;
gouverneur de Mésy ressemblant à celles en cours entre Mgr de Saint-Vallier et le&#13;
Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
19. Charlevoix, Pierre-François-Xavier de, Histoire et description générale de la&#13;
Nouvelle-France : avec le journal historique d’un voyage fait par ordre du roi dans&#13;
l’Amérique septentrionale, Paris, vol. 2, 1744, 82 p.&#13;
Dans le 2e volume de son ouvrage, le P. de Charlevoix (1682-1761) traite à&#13;
plusieurs reprises du Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
*10. Chauveau, Pierre-Olivier, Jugements et délibérations du Conseil souverain de&#13;
la Nouvelle-France, Québec, 1885, vol. 1, 1164 p.&#13;
Grande collection en six volumes des plus importants décrets du Conseil&#13;
souverain de Québec, dont le Serviteur de Dieu était membre d’office depuis sa&#13;
fondation en 1663. Le 1er volume publie les décrets rendus par le Conseil à&#13;
l’époque du Serviteur de Dieu. Nous en avons publié deux dans cette Positio&#13;
(Doc. XXVII-5 et XXVII-8).&#13;
La législation réglant les grands problèmes relatifs à la vie politique et religieuse&#13;
de la colonie au temps du Serviteur de Dieu est recueillie dans Édits, ordonnances&#13;
royaux, déclarations et arrêts du Conseil d’État du roi concernant le Canada,&#13;
vol. 1, Québec, 1854, 649 p. (cf. Doc. XXVII-13) ; vol. 2 (variante du titre :&#13;
Ordonnances des intendants et arrêts portant règlements du Conseil supérieur de&#13;
Québec), Québec, 1855, 522 p.&#13;
&#13;
- 1446 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
*14. Fortier, Jean-Marie, éd. 890, Lettre du frère Houssart, ancien domestique de&#13;
Mgr de Laval, sur les dernières années et la mort de Mgr de Laval, Québec, 1967,&#13;
27 p.&#13;
Notre édition a été réalisée sur l’original, conservé aux Archives du Séminaire&#13;
Saint-Sulpice de Paris, vol. 1, Documents pour servir à l’histoire de l’Église du&#13;
Canada, no 29, fos 9-14.&#13;
Une copie de la même lettre, faite de la main de l’auteur, est au Musée de la&#13;
civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec, Lettres P, no 102. C’est à&#13;
partir de cette copie qu’ont été publié :&#13;
-&#13;
&#13;
-&#13;
&#13;
1° la première copie publiée dans le journal du Petit Séminaire de Québec,&#13;
L’Abeille, Québec, 23, 30 novembre et 7 décembre 1848, vol. 1, no 9, p. 1-2,&#13;
no 10, p. 1-2, no 11, p. 1-2 ;&#13;
2° la copie commentée éditée par le Bureau des Archives de la province de&#13;
Québec, Lévis, 1930 ;&#13;
3° la copie, à vrai dire peu précise, publiée par le Séminaire de Québec vers&#13;
1932.&#13;
&#13;
21. Juchereau de Saint-Ignace, Françoise, Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec,&#13;
Montauban, 1751, 558 p.&#13;
Dans les dernières années de sa vie, la mère Juchereau de Saint-Ignace (16501723), sœur augustine de l’Hôtel-Dieu de Québec, écrivit, avec l’aide de la&#13;
mère Marie-Andrée Duplessis de Sainte-Hélène, une histoire de la communauté à&#13;
laquelle elle appartenait. Une copie du manuscrit fut apportée en France par&#13;
l’abbé de La Tour, qui la publia en 1751 après avoir retouché le texte à quelques&#13;
endroits. Le nom de Mgr de Laval, il en va de soi, apparaît très souvent dans le&#13;
récit, duquel nous avons cité des extraits au Doc. LXVII. Dom Albert Jamet en a&#13;
publia une édition critique en 1939 et redonna à l’ouvrage son nom originel : Les&#13;
Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, 1636-1716, Montréal-Québec, 1939, 444 p.&#13;
&#13;
*13. La Colombière, Joseph de, Oraison funèbre de Mgr de Laval, Québec, 6 juin&#13;
1708, 22 p.&#13;
Reproduit au Doc. LX-2, cet éloge funèbre a été lu, dans la cathédrale NotreDame de Québec, par l’abbé de La Colombière, vicaire général du diocèse, à&#13;
l’occasion du 30e jour après la mort du Serviteur de Dieu. Il a été publié pour la&#13;
première fois par Louis-Édouard Bois, (cf. no 28). Au même moment à Montréal,&#13;
le sulpicien François Vachon de Belmont faisait un autre éloge funèbre à&#13;
Mgr de Laval (Doc. LX-A).&#13;
&#13;
NDLR : Demers cite la lettre de Houssart dans sa bibliographie. Nous l’avons modifiée pour&#13;
indiquer l’édition commentée la plus récente, publiée en 1967.&#13;
890&#13;
&#13;
- 1447 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
*2. Laverdière, Charles-Honoré et Casgrain, Henri-Raymond, éd., Le journal des&#13;
Jésuites : publié d’après le manuscrit original conservé aux archives du Séminaire&#13;
de Québec, Québec, 1871, 403 p.&#13;
Première édition du Journal rédigé par le supérieur des Jésuites du Canada de&#13;
1645 à 1668. Le manuscrit original est conservé au Musée de la civilisation, Fonds&#13;
d’archives du Séminaire de Québec, MS48. Plusieurs notes insérées dans ledit&#13;
Journal font référence à notre Serviteur de Dieu. Nous avons reproduit les&#13;
passages les plus importants selon l’original aux Docs. XX.&#13;
&#13;
5. Martin, Claude, La Vie de la vénérable mère Marie de l’Incarnation, première&#13;
supérieure des Ursulines de la Nouvelle-France : tirée de ses lettres et de ses écrits,&#13;
Paris, 1677, 757 p.&#13;
Biographie de la vénérable Marie de l’Incarnation (1599-1672), écrite par son fils.&#13;
L’auteur mentionne plusieurs fois le Serviteur de Dieu. Henri Bremond, Histoire&#13;
littéraire du sentiment religieux en France, vol. 6, Paris, 1922, p. 3-226, en&#13;
étudiant les œuvres de Marie de l’Incarnation, fait quelques références au&#13;
Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
*6. Martin, Claude, éd., Les lettres de la vénérable mère Marie de l’Incarnation,&#13;
première supérieure des Ursulines de la Nouvelle-France, Paris, 1681, 687 p.&#13;
Nous avons reproduit plusieurs extraits de ces lettres aux Docs. XXI 891.&#13;
&#13;
4. Ragueneau, Paul, La vie de la mère Catherine de Saint-Augustin, religieuse&#13;
hospitalière de la Miséricorde de Québec en la Nouvelle-France, Paris, 1671&#13;
(édition anastatique, Québec, 1923), p. 6, 213, 360.&#13;
Brève référence au Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
11. Saint-Vallier, Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières de, État présent de&#13;
l’Église et de la colonie française dans la Nouvelle-France, Paris, 1688, 278 p.&#13;
L’abbé de Saint-Vallier (1653-1727), désigné successeur du Serviteur et son&#13;
vicaire général de 1685 à 1687, publia ce rapport [sur sa visite générale au&#13;
Canada] lors de son retour en France. Il y traite du Serviteur de Dieu et de&#13;
l’activité de ce dernier au Canada.&#13;
&#13;
NDLR : Dans cette nouvelle édition, les extraits des lettres de l’ursuline ont été tirés et annotés&#13;
à partir de l’édition de Guy Oury, Marie de l’Incarnation (1599-1672). Correspondance, Solemnes,&#13;
1971, 1071 p.&#13;
891&#13;
&#13;
- 1448 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
*7. Têtu, Henri et Gagnon, Charles-Octave, éd., Mandements, lettres pastorales et&#13;
circulaires des évêques de Québec, Québec, 1887, vol. 1, p. 13-167.&#13;
Dans cette collection de huit volumes publiés de 1887 à 1890, les éditeurs&#13;
reproduisent les documents les plus importants émis par les évêques de Québec&#13;
de 1659 à 1887 et d’autres sources pour l’histoire du diocèse de Québec. Dans le&#13;
premier volume sont reproduits les lettres pastorales et d’autres documents émis&#13;
par le Serviteur de Dieu (p. 13-167), avec une brève notice biographique de ce&#13;
dernier.&#13;
&#13;
*3. Thwaites, Reuben Gold, éd., The Jesuits’ Relations and allied documents&#13;
travels and explorations of the Jesuit missionaries in New France, 1610-1791,&#13;
Cleveland, 1896-1901, 73 vol.&#13;
L’éditeur américain a réuni, dans une grande collection de 73 volumes, toutes les&#13;
Relations des Jésuites, publiées en France de 1632 à 1673, et plusieurs autres&#13;
sources, parmi lesquelles :&#13;
-&#13;
&#13;
1° le Journal des Jésuites, dont nous avons parlé plus haut ;&#13;
2° diverses lettres des Jésuites du Canada ;&#13;
3° d’autres documents sur l’histoire des missions canadiennes. Les Relations&#13;
sont reproduites de manière anastatique, avec la traduction anglaise sur la&#13;
page de droite.&#13;
&#13;
Cette collection est d’une grande valeur pour l’histoire du Canada (cf. Léon&#13;
Pouliot, Étude sur les Relations des Jésuites de la Nouvelle-France, 1632-1672,&#13;
Montréal, 1940, 319 p. ; il existe aussi un prospectus des 73 vol. de l’édition&#13;
Thwaites dans Robert Streit, Bibliotheca missionum, vol. 3, Aix-en-Chapelle,&#13;
1927, p. 913-929). Nous avons tiré de cette édition Thwaites quelques extraits des&#13;
Relations des Jésuites (Doc. XXII) et d’autres documents (Doc. XXX,&#13;
Doc. XXXVI, Doc. XLII et Doc. LI-III-4) 892.&#13;
&#13;
c) Ouvrages de recherche&#13;
30. AA.VV. L’Abeille, Québec, 1re série, 1848-1854, 1858-1862 ; 2e série, 18771881.&#13;
Ce journal hebdomadaire, édité par d’anciens élèves du Petit Séminaire de&#13;
Québec, a reproduit divers documents d’archives faisant référence au Serviteur de&#13;
Dieu. Il a également publié plusieurs études sur sa vie et ses vertus.&#13;
NDLR : Dans cette nouvelle édition, tous les passages du Journal et des Relations des Jésuites,&#13;
ainsi que les lettres, sont tirés des volumes de la collection Thwaites.&#13;
892&#13;
&#13;
- 1449 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
36. S. A. Célébration du 200e anniversaire de la fondation du Séminaire de&#13;
Québec, Québec, 1863, 88 p.&#13;
28. Bois, Louis-Édouard, Esquisse de la vie et des travaux apostoliques de sa&#13;
grandeur Mgr Fr.-Xavier de Laval-Montmorency, premier évêque de Québec, suivie&#13;
de l’éloge funèbre du prélat, Québec, 1845, 145 p.&#13;
26. Brasseur de Bourbourg, Charles-Étienne, Esquisse biographique sur Mgr de&#13;
Montmorency-Laval de Montigny, premier évêque de Québec, Québec, 1845, 43 p.&#13;
31. Brasseur de Bourbourg, Charles-Étienne, Histoire du Canada, de son Église et&#13;
de ses missions écrites d’après l’histoire du P. de Charlevoix, et d’autres&#13;
documents inédits compulsés dans les archives de l’archevêché de la ville de&#13;
Québec, etc., Paris, 1852, 2 vol.&#13;
Dans le 1er volume de cette Histoire de l’Église du Canada (p. 77-182), l’auteur&#13;
donne une note biographique sur le Serviteur de Dieu, dans laquelle il présente&#13;
son œuvre au Canada et en fait l’éloge.&#13;
&#13;
18. Charlevoix, Pierre-François-Xavier de, La Vie de la mère Marie de&#13;
l’Incarnation : institutrice et première supérieure des Ursulines de la NouvelleFrance, Paris, 1724, p. 367-368.&#13;
Brève référence au Serviteur de Dieu (Doc. LXVIII).&#13;
&#13;
22. Collet, Pierre, La vie de M. Henri-Marie Boudon, grand-archidiacre d’Évreux,&#13;
Paris, 1753, 2 vol.&#13;
L’auteur fait plusieurs références au Serviteur de Dieu, qui était un ami personnel&#13;
de l’abbé Boudon depuis sa jeunesse. Il fait ensuite des liens intéressants avec la&#13;
Société des Bons Amis, de laquelle ils étaient tous deux membres et parmi les&#13;
plus zélés.&#13;
&#13;
32. Faillon, Michel-Étienne, Vie de la sœur Bourgeoys, Paris, 1852, 2 vol.&#13;
Dans le 1er volume, l’abbé Faillon (1799-1870) traite des difficultés survenues&#13;
entre le Serviteur de Dieu et l’abbé de Queylus concernant la juridiction du vicaire&#13;
apostolique (p. 137-177), ainsi que de la relation entre le Serviteur de Dieu et la&#13;
bienheureuse Marguerite Bourgeoys au sujet de la fondation de la Congrégation&#13;
Notre-Dame de Montréal (p. 207-266).&#13;
&#13;
- 1450 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
33. Faillon, Michel-Étienne, Vie de mademoiselle Mance et l’histoire de l’HôtelDieu de Ville-Marie, Paris, 1854, 2 vol.&#13;
L’auteur parle de la difficulté survenue entre le Serviteur de Dieu et les&#13;
Hospitalières de Saint-Joseph de La Flèche au sujet de l’approbation de la&#13;
communauté à Montréal.&#13;
&#13;
*37. Faillon, Michel-Étienne, Histoire de la colonie française en Canada,&#13;
Montréal, 1865-1866, 3 vols.&#13;
Dans le 2e et le 3e volume, l’auteur traite de la vie du Serviteur de Dieu de sa&#13;
nomination comme vicaire apostolique du Canada (1658) à son élection comme&#13;
premier évêque de Québec (1674). L’abbé Faillon termine son Histoire du Canada&#13;
en 1674.&#13;
&#13;
*35. Ferland, Jean-Baptiste-Antoine, Cours d’histoire du Canada, Québec, 18611865, 2 vol.&#13;
L’abbé Ferland (1805-1865), professeur d’histoire du Canada à l’Université Laval&#13;
de Québec, parle du Serviteur de Dieu et de son activité épiscopale,&#13;
principalement dans le second volume de cet ouvrage.&#13;
&#13;
*27. Garneau, François-Xavier, Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à&#13;
nos jours, Québec, 1845-1848, 3 vols.&#13;
M. Garneau (1809-1866) est le premier auteur d’une Histoire du Canada et est&#13;
considéré comme l’un des plus grands historiens du pays. Néanmoins, la tendance&#13;
libérale de l’époque a influencé l’auteur qui, dans la 1re édition (1845-1848) et&#13;
dans la 2e (1852), porta des jugements défavorables envers le clergé et&#13;
particulièrement sur le Serviteur de Dieu. La publication de cette Histoire suscita&#13;
de grandes protestations, à un tel point que l’auteur lui-même a révisé le texte et&#13;
atténué la rigueur de ses jugements sur le clergé avant de publier la 3e édition&#13;
(1859).&#13;
Même la 7e édition (1929), qui reproduisait le texte de la 1re, a suscité des&#13;
protestations de la part des historiens canadiens (cf. Robitaille, Georges, Études&#13;
sur Garneau, critique historique, Montréal, 1929, 253 p.). En ce qui concerne&#13;
spécifiquement notre Serviteur de Dieu, l’abbé Napoléon Morissette, archiviste&#13;
du Séminaire de Québec, a soumis cette 7e édition à une critique approfondie,&#13;
révélant ses erreurs et ses inexactitudes historiques (cf. Morissette, Napoléon,&#13;
« En marge des nouvelles éditions de Garneau, Mgr de Laval », Le Canada&#13;
français, avril 1929, vol. 16, no 8, p. 558-567 ; mai 1929, vol. 16, no 9, p. 587608 ; septembre 1929, vol. 17, no 1, p. 16-25 ; décembre 1929, vol. 17, no 4, p. 221231 ; et janvier 1930, vol. 17, no 5, p. 317-327.&#13;
- 1451 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
Enfin, la 8e et dernière édition (Montréal, 1944-1946), révisée et corrigée par le&#13;
neveu de l’auteur, Hector Garneau, fut favorablement accueillie par les historiens&#13;
canadiens. Au sujet de l’Histoire de M. Garneau, voir aussi le jugement de JosephEdmond Roy dans la déposition au procès apostolique (Doc. LXXI-6).&#13;
&#13;
40. Hamel, Thomas-Étienne, Translation des restes de Mgr de Laval à la chapelle&#13;
du Séminaire de Québec. Relation complète de tout ce qui s’est passé depuis&#13;
l’exhumation des ossements de Mgr de Laval le 19 septembre 1877 jusqu’à leur&#13;
déposition au Séminaire le 23 mai 1878, Québec, 1878, 62 p.&#13;
38. Langevin, Edmond, Notice biographique sur François de Laval de&#13;
Montmorency, premier évêque de Québec, suivie de quarante-une lettres et de notes&#13;
historiques sur le chapitre de la cathédrale, Montréal, 1874, 322 p.&#13;
Ce livre fut publié pour le 200e de la fondation du diocèse de Québec. L’auteur&#13;
fut appelé comme témoin du procès ordinaire (témoin 2), déposition dont nous&#13;
avons reproduit un extrait (Doc. LXX-1). Voir également Doc. LXXIII.&#13;
&#13;
*24. La Tour, Louis Bertrand de, Mémoires sur la vie de M. de Laval, premier&#13;
évêque de Québec, Cologne, 1761, vol. 1, 215 p.&#13;
Il s’agit de la première biographie du Serviteur de Dieu, dont seulement le premier&#13;
volume fut publié. Nous l’avons reproduit intégralement 893 au Doc. LXIX.&#13;
&#13;
39. Parkman, Francis, The Old Regime in Canada, Boston, 1874, 2 vol.&#13;
Au sujet de l’historien protestant Francis Parkman (1823-1893), voir le jugement&#13;
de Joseph-Edmond Roy, (témoin 15 et 1er ex officio) du procès apostolique&#13;
(Doc. LXXI-6).&#13;
&#13;
25. Picot, Michel-Pierre-Joseph, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique&#13;
pendant le dix-huitième siècle, 2e éd., Paris, 1815, vol. 1, int., p. ccxliv-ccxlvi.&#13;
La 1re édition de cet ouvrage fondamental pour la connaissance du 18e siècle&#13;
remonte à 1806 (cf. Hurter, H., Nomenclator literarius theologiae catholicae,&#13;
vol. 1, Oeniponte, 1911, coll. 1273-1274). Picot (1770-1841) donne une brève&#13;
note biographique sur le Serviteur de Dieu aux pages indiquées.&#13;
&#13;
NDLR : Le livre comportant plusieurs erreurs, inexactitudes historiques et digressions dans sa&#13;
narration, il a été abondamment annoté tant dans l’édition de 1956 que dans celle-ci.&#13;
893&#13;
&#13;
- 1452 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
34. Taché, Jean-Charles, Notice historiographique sur la fête célébrée à Québec le&#13;
16 juin 1859, jour du deux-centième anniversaire de l’arrivée de&#13;
Mgr de Montmorency-Laval en Canada, Québec, 1859, 72 p.&#13;
29. Viger, Jacques, série d’articles sur le Serviteur de Dieu publiés dans&#13;
Le Canadien, Québec, février 1847&#13;
Jacques Viger (1787-1858) était un érudit canadien et un grand collectionneur de&#13;
mémoires liés à l’histoire du Canada. Il a laissé, entre autres, un grand nombre de&#13;
cahiers, dans lesquels il avait transcrit avec exactitude des documents, des&#13;
mémoires, des notes diverses sur l’histoire canadienne, etc. Cette collection, qu’il&#13;
nomma « Ma saberdache », est aujourd’hui conservée au Musée de la civilisation,&#13;
dans le Fonds d’archives du Séminaire de Québec. M. Viger était également&#13;
journaliste et fut rédacteur en chef de 1808 à 1809 du journal Le Canadien de&#13;
Québec. Lorsqu’il donna sa démission, il partit pour Montréal, dont il devint le&#13;
premier maire, et continua à travailler pour le même journal.&#13;
&#13;
2° Documents publiés de 1880 à 1956&#13;
a) Articles de périodiques et de journaux&#13;
*49. AA. VV. Bulletins des recherches historiques, Québec, 1895-1956.&#13;
Revue mensuelle du Bureau des Archives de la province de Québec, on trouve de&#13;
nombreuses études sur le Serviteur de Dieu, surtout le vol. 29, 1923, et le vol. 30,&#13;
1924.&#13;
&#13;
*68. AA. VV. Le Canada français, Québec, mai 1923, vol. 10, no 4, p. 241-336.&#13;
Ce numéro spécial de la revue mensuelle de l’Université Laval est dédié au&#13;
Serviteur de Dieu à l’occasion du 300e anniversaire de sa naissance. Les articles&#13;
suivants ont été rassemblés dans ce numéro :&#13;
-&#13;
&#13;
Roy, Camille, « Le troisième centenaire de Mgr de Laval », p. 241-249 ;&#13;
Scott, Henri-Arthur, « Le vénérable François de Montmorency-Laval et&#13;
l’Église de la Nouvelle-France », p. 250-275 ;&#13;
Camirand, Antonio, « La sainteté chez Mgr de Laval », p. 276-293 ;&#13;
Champris, Henri Gaillard de, « Jean de Bernières et Mgr de Laval », p. 294306 ;&#13;
Courchesnes, Georges, « Mgr de Laval et l’éducation en Nouvelle-France »,&#13;
p. 307-321 ;&#13;
Caron, Ivanhoe, « Mgr de Laval et la colonisation de la Nouvelle-France »,&#13;
p. 321-333 ;&#13;
Robert, Arthur, « Hommages à Mgr de Laval », p. 333-336.&#13;
- 1453 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
54. Barbezieux, Alexis de, « Mgr de Laval et la nationalité canadienne »,&#13;
La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français,&#13;
Québec, juin 1905, vol. 4, no 6, p. 243-255.&#13;
69. Beaupin, Eugène, « Mgr de Laval à Montigny-sur-Avre », Le Canada français,&#13;
Québec, septembre 1923, vol. 11, no 1, p. 9-25.&#13;
67. Camirand, Antonio, « Mgr de Laval, ses vertus et sa Cause de canonisation »,&#13;
Almanach de l’Action sociale catholique, Québec, 1919, p. 36-40.&#13;
*9. Caron, Ivanhoe, « Inventaire des documents concernant l’Église du Canada sous&#13;
le régime français. Monseigneur François de Montmorency-Laval de Montigny,&#13;
1658-1685 et Monseigneur Jean-Baptiste de la Croix-Chevrières de Saint-Vallier,&#13;
1685 », Rapport de l’archiviste de la province de Québec pour 1939-1940, Québec,&#13;
1940, p. 187-260.&#13;
Les documents relatifs à Mgr de Laval (1658-1685) indiqués dans cet inventaire&#13;
sont soit des originaux ou des copies conservés aux Archives de l’archidiocèse de&#13;
Québec ou sont reproduits dans d’autres œuvres sur l’histoire du Canada.&#13;
&#13;
88. Demers, Georges-Édouard, « La vocation missionnaire de Mgr de Laval »,&#13;
La Nouvelle Abeille, Québec, 15 avril 1937, vol. 2, no 17, p. 184-186 ; 15 mai 1937,&#13;
vol. 2, no 18, p. 200-201.&#13;
70. Groulx, Lionel, « François de Laval », L’Action française, Montréal, mai 1923,&#13;
vol. 9, no 5, p. 274-284.&#13;
48. Guéry, Charles-Maximilien, « Mgr de Laval-Montmorency, grand archidiacre&#13;
d’Évreux, évêque de Québec », Revue catholique de Normandie, 1891, vol. 1,&#13;
p. 542-552 ; 1892, vol. 2, p. 95-106, 162-171, 272-285.&#13;
Série de quatre articles sur la vie du Serviteur de Dieu rédigés par le directeur de&#13;
la revue lui-même, le chanoine Guéry, à partir de la précédente Vie de Mgr de&#13;
Laval de Gosselin.&#13;
&#13;
71. La Brière, Yves de, « Hommage du Canada et de la France au premier évêque&#13;
de Québec, 5 juillet 1923 », Les Études, juillet-septembre 1923, vol. 176, p. 170175.&#13;
Récit des festivités célébrées en France en 1923 à l’occasion du tricentenaire de&#13;
la naissance de la Servante de Dieu.&#13;
- 1454 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
*72. Lacour-Gayet, Georges, « Le sacre du premier évêque de Québec », Revue des&#13;
jeunes, vol. 37, 1923, p. 508-519.&#13;
Brève étude sur la consécration épiscopale du Serviteur de Dieu. L’auteur&#13;
identifie les deux évêques consécrateurs qui ont assisté le nonce de Paris, Mgr&#13;
Piccolomini.&#13;
&#13;
56. Lebrun, Charles, « Le vénérable François de Montmorency-Laval et le&#13;
vénérable Jean Eudes », La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et&#13;
nationaux du Canada français, Québec, février 1906, vol. 5, no 2, p. 50-62 ; mai&#13;
1906, vol. 5, no 5, p. 205-216.&#13;
*90. Maheux, Arthur, « Sur la nomination de deux évêques : Laval et Briand »,&#13;
Le Canada français, Québec, mars 1941, vol. 28, no 7, p. 674-689.&#13;
47. Maximilien, Bibaud, « Montmorency (François de Laval de) », Le panthéon&#13;
canadien, Montréal, 1891, p. 198-199.&#13;
Édition revue et augmentée d’un dictionnaire historique déjà publié par l’auteur&#13;
sous le titre : Dictionnaire des hommes illustres, Montréal, 1857.&#13;
&#13;
*85. Morissette, Napoléon, « Mgr de Laval et l’odyssée de ses restes », La Nouvelle&#13;
Abeille, Québec, 15 avril 1932, vol. 1, no 7, p. 64-67.&#13;
Récit de l’inhumation du Serviteur de Dieu en 1708, de la découverte de ses restes&#13;
d’abord en 1748, puis en 1877, et de leur transfert solennel dans la crypte de la&#13;
chapelle du Séminaire de Québec en 1878.&#13;
&#13;
*78. O’Callagan, Theodosia, « Echoes of Gallicanism in New France »,&#13;
The Catholic historical review, new series, Washington, avril 1926, vol. 12, no 1,&#13;
p. 16-58 (principalement p. 29-43).&#13;
*79. Robitaille, Georges, « Mgr de Laval et ses historiens », Le Canada français,&#13;
Québec, mars 1927, vol. 14, no 7, p. 449-464 ; avril 1927, vol. 14, no 8, p. 532-551.&#13;
87. Roy, Camille, « Mgr de Laval et l’action catholique », Almanach de l’Action&#13;
catholique, Québec, 1935, p. 65-68.&#13;
82. Scott, Henri-Arthur, « Le Vén. Frs de Montmorency-Laval et l’Église de la&#13;
Nouvelle-France », Le Canada français, Québec, mai 1923, vol. 10, no 4, mai 1923,&#13;
p. 250-275.&#13;
- 1455 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
101. Stanley, George, « The Indians and the brandy trade during the Ancient&#13;
Regime », Revue d’histoire de l’Amérique française, Québec, mars 1953, vol. 6,&#13;
no 4, p. 489-505.&#13;
Brève mention de la lutte du Serviteur de Dieu contre le commerce des boissons&#13;
alcoolisées avec les Autochtones du Canada.&#13;
&#13;
b) Livres et chapitres de livre&#13;
60. S. A. Le vénérable François de Montmorency-Laval, Abbeville (Somme),&#13;
[1943], 32 p.&#13;
Brève biographie du Serviteur de Dieu, écrite par un Français anonyme vers 1710.&#13;
Nous l’indiquons ici, puisqu’il a eu une grande diffusion, autant au Canada qu’en&#13;
France.&#13;
&#13;
57. S. A. Le vénérable François de Montmorency-Laval, premier évêque de&#13;
Québec. Souvenir des fêtes du deuxième centenaire célébrées les 21, 22 et 23 juin&#13;
1908 : 1708-1908, Québec, 1908, 191 p.&#13;
Outre le récit des festivités célébrées à Québec pour le second centenaire de la&#13;
mort du Serviteur de Dieu, le volume contient plusieurs études sur Mgr de Laval.&#13;
&#13;
76. S. A. Troisième centenaire de Mgr F. de Montmorency-Laval, premier évêque&#13;
de la Nouvelle-France. Compte-rendu des fêtes de Montigny-sur-Avre et de SaintGermain-des-Prés, Mamers, 1924, 127 p.&#13;
91. Barabé, Paul-Henri, (Tessier, Albert, éd.), « Mgr de Laval, père du Canada »,&#13;
dans Pèlerinage dans le passé, Montréal, 1942, p. 29-44.&#13;
*52. Chapais, Thomas, Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France, 1665-1672,&#13;
Québec, 1904, 540 p.&#13;
L’historien Thomas Chapais, ancien professeur d’histoire à l’Université Laval de&#13;
Québec, est sans aucun doute l’un des plus grands connaisseurs de l’histoire&#13;
canadienne. Parmi ses écrits, celui sur Jean Talon tient une place importante dans&#13;
l’historiographie du Serviteur de Dieu. Il y expose, avec sérénité d’esprit et de&#13;
jugement, les relations que le Serviteur de Dieu entretenait avec l’intendant Talon.&#13;
&#13;
- 1456 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
58. Chapais, Thomas, « Discours prononcé à l’occasion de l’inauguration du&#13;
monument Laval en 1908 », Discours et conférences, Québec, 1913, vol. 2, p. 275286.&#13;
94. Demers, Georges-Édouard, Monseigneur de Laval, Collection Nos Fondateurs,&#13;
no 2, Montréal, 1951, 48 p 894.&#13;
53. Dionne, Narcisse-Euterpe, « Le vénérable Monseigneur de Laval, premier&#13;
évêque de Québec », Serviteurs et Servantes de Dieu en Canada : quarante&#13;
biographies, Québec, 1904, p. 123-130.&#13;
L’auteur de cette notice biographique fut cité comme témoin dans le procès&#13;
apostolique (témoin 9).&#13;
&#13;
*8. Fish, Carl Russel, Guide to materials for ancient history in Roman and other&#13;
Italian archives, Washington, 1911, p. 130-132, 150, 154, 155, 159, 160, 256, 257&#13;
et ss.&#13;
Liste récapitulative des documents relatifs à Mgr de Laval de 1657 à 1685&#13;
conservés aux Archives de la curie romaine aux pages 130-132, 150, 154, 155,&#13;
159, 160, 256, 257 et suivantes, dans son inventaire des documents conservés aux&#13;
Archives de Rome, en Italie, relatifs à l’histoire de l’Amérique.&#13;
&#13;
*77. Gaillard de Champris, Henri, Monseigneur de Montmorency Laval, premier&#13;
évêque de la Nouvelle-France, Paris, 1924, 165 p.&#13;
Recueil de quatre articles [de l’auteur] déjà publiés dans différentes revues :&#13;
-&#13;
&#13;
-&#13;
&#13;
« Jean de Bernières et Mgr de Laval ou Le directeur laïque d’un futur&#13;
évêque », Le Canada français, Québec, mai 1923, vol. 10, no 4, p. 294-306 ;&#13;
« Mgr de Laval et le pouvoir royal », Le Canada français, Québec, décembre&#13;
1923, vol. 11, no 4, p. 241-255 ; février 1924, vol. 11, no 5, p. 434-453 ;&#13;
« Mgr de Laval et la traite de l’eau-de-vie au Canada : un précurseur du&#13;
“régime sec” », La revue hebdomadaire et son supplément illustré, Paris, 27&#13;
janvier 1923, vol. 32, no 4, p. 537-552 ;&#13;
« François de Montmorency-Laval : le premier évêque de la NouvelleFrance », Le Correspondant, Paris, 1923, tome 291, p. 441-446.&#13;
&#13;
NDLR : Une version anglaise de ce petit livret fut aussi produite en 1967 pour une plus large&#13;
diffusion sous le titre The Venerable Msgr de Laval (traduction par Georges Abel).&#13;
894&#13;
&#13;
- 1457 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
89. Gérin, Marcel, Les grandes étapes de l’œuvre missionnaire des évêques&#13;
canadiens. Québec (1663), Nicolet (1803), Pont-Viau (1921). Mgr de Laval et le&#13;
Séminaire des Missions étrangères de Québec. Thèse, Rome, 1939.&#13;
Thèse présentée à l’Institut scientifique missionnaire du Pontificio Ateneo Urbano&#13;
de Propaganda Fide.&#13;
&#13;
92. Gervais, Émile, Pour mieux connaître nos fondateurs. Bibliographie pratique,&#13;
Collection « textes », no 1, Montréal, [1942], 32 p.&#13;
97. Gervais, Émile, L’admirable exemple des fondateurs, Collection « textes »,&#13;
no 5, Montréal, [1946], 32 p.&#13;
Recueil de faits édifiants de la vie de ceux appelés les fondateurs de l’Église du&#13;
Canada, parmi lesquels le Serviteur de Dieu occupe la première place. Des extraits&#13;
de leurs écrits sont ajoutés au récit de ceux-ci.&#13;
&#13;
97-A. Gervais, Émile, Les fondateurs se penchent sur notre misère : la cause de nos&#13;
fondateurs, les faveurs de nos fondateurs, Collection « textes », no 6 895, Montréal,&#13;
[1946], 32 p.&#13;
99. Gervais, Émile, Le vénérable François de Montmorency-Laval, illustré par&#13;
Maurice Petitdidier, Collection « Gravures », Montréal, [1952], 63 p.&#13;
*61. Gosselin, Amédée, L’instruction au Canada sous le Régime français (16351760), Québec, 1911, 512 p.&#13;
Mgr Amédée Gosselin, archiviste et supérieur du Séminaire de Québec et recteur&#13;
de l’Université Laval, fut aussi vice-postulateur de la Cause. Son érudition sur&#13;
l’histoire du Canada était très appréciée. Dans cet ouvrage, l’auteur met en&#13;
évidence l’activité du Serviteur de Dieu pour l’éducation de la jeunesse.&#13;
&#13;
*46. Gosselin, Auguste, Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre&#13;
du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, 2 vol.&#13;
L’abbé Gosselin (1843-1918), spécialiste bien connu de l’histoire de l’Église du&#13;
Canada, est considéré comme le principal biographe du Serviteur de Dieu, tant&#13;
pour la richesse de la documentation à son sujet, qu’il a recueillie pour la première&#13;
fois, que pour le nombre d’écrits qu’il lui a consacrés. Outre de nombreux&#13;
NDLR : Le 3e article de la collection a peut-être été omis par inadvertance. Nous l’avons donc&#13;
inclus ici.&#13;
895&#13;
&#13;
- 1458 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
ouvrages sur l’histoire religieuse du Canada, dans lesquels il parle à plusieurs&#13;
reprises du Serviteur de Dieu, il a publié trois biographies sur l’évêque.&#13;
L’œuvre principale parmi ces biographies est la Vie de Mgr de Laval. L’ouvrage,&#13;
bien qu’il ne soit pas exempt d’erreurs, comme des digressions et des&#13;
inexactitudes, est la première étude approfondie et la plus complète sur la vie et&#13;
l’activité du Serviteur de Dieu 896. Ce n’est donc pas un hasard si les textes y font&#13;
référence dans le procès apostolique et que nous l’avons nous-même utilisé pour&#13;
préparer l’introduction aux documents reproduits dans cette Positio.&#13;
Notons également que l’abbé Gosselin a été appelé comme témoin dans le procès&#13;
apostolique (témoin 3). Compte tenu de ses connaissances approfondies sur le&#13;
Serviteur de Dieu, il fit une des dépositions les plus importantes, dont les&#13;
principales parties ont été reproduites au Doc. LXXI-1.&#13;
&#13;
45a. Gosselin, Auguste, Le vénérable François de Montmorency-Laval, premier&#13;
évêque de Québec et apôtre du Canada : sa vie et ses vertus, Québec, 1890, 84 p.&#13;
Pendant qu’il préparait sa Vie de Mgr de Laval, l’abbé Gosselin publia cette notice&#13;
biographique, qui ne fut pas aussi largement diffusée.&#13;
&#13;
NDLR : Cette biographie par Gosselin est encore aujourd’hui la plus complète et celle à laquelle&#13;
les auteurs se réfèrent le plus. Toutefois, pour la jeunesse et l’éducation de Laval, soit les chapitres&#13;
1, 2 et le début du chapitre 3, il est préférable de se référer à l’œuvre du P. Camille de Rochemonteix,&#13;
Les Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 3, puisque ce dernier avait&#13;
accès aux Archives de la Compagnie de Jésus et ainsi, des informations beaucoup plus précises sur&#13;
les écoles dirigées par les Jésuites et sur la nomination de Laval à titre d’évêque. De plus, dans&#13;
l’esprit du début de la Cause de canonisation qui visait à glorifier Laval, les traductions par Gosselin&#13;
des écrits latins de l’évêque sont d’un style littéraire plus éloquent que l’original. Par exemple, dans&#13;
la réponse du pape Alexandre VII à Laval du 3 avril 1660, la traduction de Gosselin lit :&#13;
896&#13;
&#13;
Votre zèle n’a pas besoin, nous le savons, d’être stimulé ; il s’enflamme&#13;
spontanément, à la vue de ce qu’il faut entreprendre pour la propagation de notre&#13;
sainte religion. Livrez-vous à cette noble tâche avec ardeur et amour. Vous savez&#13;
l’affection paternelle que nous vous portons, ainsi qu’à votre Église, et à ses&#13;
nouvelles plantations chrétiennes. Vos travaux apostoliques vous assureront de&#13;
plus en plus cette affection, mais surtout la bénédiction du Tout-Puissant.&#13;
Alors que la traduction récente de l’abbé Poirier, professeur à l’Université Laval, lit :&#13;
Nous savons que vous accorderez spontanément tout votre zèle, avec diligence et&#13;
avec soin, pour la protéger et la propager de toutes vos forces ; cependant, en&#13;
raison du devoir de notre charge, nous vous exhortons encore et encore à vous y&#13;
appliquer incessamment de tout votre esprit. Par là, vous vous assurerez plus&#13;
étroitement, plus uniquement, de jour en jour, la charité paternelle avec laquelle&#13;
nous vous embrassons, vous et cette Église et [ces] nouveaux champs ; et ce qui&#13;
est [plus] important, vous vous attirerez de plus en plus [les bénédictions] de la&#13;
volonté de Dieu Tout-Puissant.&#13;
- 1459 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
*45b. Gosselin, Auguste, Le vénérable François de Montmorency-Laval, premier&#13;
évêque de Québec, Québec, 1901, 456 p.&#13;
Cette nouvelle biographie est un résumé de celle publiée en 1890. Il rectifie&#13;
plusieurs inexactitudes qu’il avait commises, omet les digressions inutiles et&#13;
ajoute quelques nouvelles informations. L’œuvre a eu trois autres éditions : celle&#13;
de 1906, révisée par l’auteur et publiée à l’occasion du deuxième centenaire de la&#13;
mort du Serviteur de Dieu (1908) ; celle de 1923, une simple réimpression de la&#13;
précédente, éditée par le Séminaire de Québec ; et celle de 1944, portant&#13;
seulement le titre Mgr de Laval, et qui fut revendue par les prêtres du Séminaire de&#13;
Québec.&#13;
&#13;
*51. Gosselin, Auguste, Henri de Bernières, premier curé de Québec, Évreux,&#13;
1896, 414 p.&#13;
L’abbé de Bernières fut l’un des plus proches collaborateurs du Serviteur de Dieu,&#13;
avec lequel il est venu au Canada en 1659. Il fut le premier curé de la paroisse de&#13;
Québec, le premier supérieur du Séminaire de Québec, le premier doyen du&#13;
chapitre et administra le diocèse à plusieurs reprises. « Sa vie, dit l’auteur dans la&#13;
préface, s’identifie pour ainsi dire avec celle du pieux prélat. » (p. v) Sa biographie&#13;
est donc très utile pour ceux qui étudient la vie du Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
*59. Gosselin, Auguste, Au pays de Mgr de Laval. Lettres de voyage, Québec, 1910,&#13;
360 p.&#13;
Description, sous forme de lettres, d’un voyage que fit l’abbé Gosselin en Europe&#13;
en 1891. L’auteur donne des détails intéressants sur les lieux où a vécu le Serviteur&#13;
de Dieu, en particulier Paris, Montigny-sur-Avre, Évreux et Caen.&#13;
&#13;
62. Gosselin, Auguste, L’Église du Canada depuis Mgr de Laval jusqu’à la&#13;
Conquête, Québec, 1911, vol. 1, 508 p.&#13;
Dans ce volume, le premier d’une série de trois, sur l’histoire de l’Église du&#13;
Canada, l’abbé Gosselin rapporte divers détails sur la relation entre le Serviteur&#13;
de Dieu et son successeur, Mgr de Saint-Vallier.&#13;
&#13;
86. Goyau, Georges, Une épopée mystique. Les origines religieuses du Canada,&#13;
n. éd., Paris, 1934, p. 246-256.&#13;
L’auteur mentionne la nomination du Serviteur de Dieu comme vicaire&#13;
apostolique et décrit l’état de l’Église à son arrivée en Nouvelle-France en 1659.&#13;
&#13;
- 1460 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
95. Grondin, François-Xavier, Quatre fondateurs : Mgr de Laval, Marie de&#13;
l’Incarnation, Marguerite Bourgeoys, Catherine de Saint-Augustin, Montréal,&#13;
1943, 40 p.&#13;
Brève notice biographique sur le Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
*83. Groulx, Lionel, L’enseignement du français au Canada, Montréal, 1931,&#13;
2 vol.&#13;
Dans le 1er chapitre du vol. 1, l’auteur évoque à plusieurs reprises l’œuvre&#13;
accomplie par le Serviteur de Dieu dans le domaine de l’éducation des jeunes.&#13;
&#13;
*96. Lanctôt, Gustave, Une accusation contre Mgr de Laval, Hull, 1945.&#13;
Dans cette étude menée avec sérénité de jugement, l’auteur attaque Mgr de Laval&#13;
d’une accusation absolument infondée, propagée indirectement par l’abbé&#13;
Gosselin et expressément par deux autres historiens.&#13;
Selon l’abbé Gosselin (Vie de Mgr de Laval : premier évêque de Québec et apôtre&#13;
du Canada, 1622-1708, vol. 1, p. 255), le Serviteur de Dieu, en février 1661,&#13;
donna une certaine peine ecclésiastique à un nommé Will, condamné par le&#13;
tribunal diocésain comme hérétique et blasphémateur public. Or, en octobre de la&#13;
même année, Will fut mis à mort par l’autorité civile de la colonie. Sans&#13;
l’exprimer clairement, l’abbé Gosselin suggère que ceci se serait produit à la&#13;
demande du Serviteur de Dieu. Au contraire, Émile Salone (La colonisation de la&#13;
Nouvelle-France, Paris, [1903], p. 106) et le protestant Robert Sellar (The tragedy&#13;
of Quebec. The expulsion of its protestant farmers, Huntingdon, 1907, p. 20-21)&#13;
affirment expressément que le Serviteur de Dieu a condamné à mort ledit Will,&#13;
confiant ensuite aux autorités civiles l’exécution de la peine.&#13;
Après une analyse précise des sources, Lanctôt conclut :&#13;
- 1° que la sentence ecclésiastique (dont la teneur est inconnue) a en réalité été&#13;
prononcée par le Serviteur de Dieu contre Will comme hérétique et&#13;
blasphémateur en février 1661 ;&#13;
- 2° que ledit Will a ensuite été reconnu coupable et exécuté par les autorités&#13;
civiles en octobre de la même année, parce qu’il avait gravement transgressé&#13;
la loi qui interdisait le commerce de boissons alcoolisées avec les&#13;
Autochtones.&#13;
Nous avons donc affaire à deux jugements qui n’ont aucun lien juridique entre&#13;
eux. Le Serviteur de Dieu a condamné Will comme hérétique et blasphémateur,&#13;
sans aucune raison d’invoquer la coopération du bras laïc. L’autorité civile seule,&#13;
sans se référer à la condamnation ecclésiastique, jugea et exécuta Will et son&#13;
collègue Laviolette pour un crime relevant de la compétence exclusive de&#13;
l’autorité civile.&#13;
- 1461 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
98. Laviolette, Guy, François de Montmorency-Laval (1623-1708), fondateur et&#13;
père de l’Église canadienne, Trois-Rivières, 1948, 31 p.&#13;
Biographie illustrée pour la jeunesse.&#13;
&#13;
55. Leblond de Brumath, Adrien, Bishop Laval, Toronto, 1906, 284 p.&#13;
74. Lecompte, Édouard, Monseigneur François de Laval, Montréal, 1923, 16 p.&#13;
*84. Le Jeune, Louis, « Laval (François de Montmorency) », Dictionnaire général&#13;
de biographie, histoire… du Canada, Ottawa, 1931, vol. 2, p. 103-108.&#13;
La notice sur Mgr de Laval, rédigée par le P. Le Jeune, est historiquement&#13;
importante, car elle rappelle la figure du Serviteur de Dieu sur la base des&#13;
meilleures études publiées jusqu’en 1930. D’autres encyclopédies et dictionnaires&#13;
récents (qu’il serait inutile de lister séparément) ont rappelé le Serviteur de Dieu&#13;
avec de brefs articles informatifs. Voir par exemple :&#13;
-&#13;
&#13;
The Catholic encyclopedia, New York, 1913, vol. 9, p. 45-47 ;&#13;
Enciclopedia universal ilustrada europeo americana, éd. Espasa, Barcelone,&#13;
[entre 1920 et 1925], vol. 36, col. 720 ;&#13;
Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, Paris, 1926, vol. 4, col.&#13;
1127-1128 ;&#13;
Lexicon für Théologie und Kirche, Freiburg im Breisgau, 1934, vol. 6, col.&#13;
434 ;&#13;
The encyclopedia of Canada, Toronto, 1936, vol. 4, p. 2 ;&#13;
Encyclopedia Cattolica, Vatican, 1952, vol. 8, col. 1382-1383.&#13;
&#13;
100. Levack, David, L’œuvre antialcoolique 897 de Mgr de Laval. 25 ans de lutte&#13;
héroïque, 1659-1685, [Québec], [1952], 64 p.&#13;
Étude sur la lutte soutenue par le Serviteur de Dieu contre les commerçants de&#13;
boissons alcoolisées avec les Autochtones du Canada.&#13;
&#13;
46. Paquet, Louis-Adolphe, « Éloge du vénérable François de Montmorency-Laval,&#13;
prononcé le 13 juin 1891 », Discours et allocutions, Québec, 1915, p. 65-82.&#13;
&#13;
897&#13;
NDLR : Le Centre canadien des cercles Lacordaire et Sainte Jeanne d’Arc avait commandé une&#13;
œuvre à Levack, afin de faire de Mgr de Laval leur modèle contre l’alcool. Ils ont sans doute été très&#13;
déçus de l’œuvre, puisque, au contraire, l’auteur démontre que le premier évêque n’était pas contre&#13;
l’alcool, mais contre les abus générés par le commerce avec les Autochtones.&#13;
&#13;
- 1462 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
&#13;
*50. Rochemonteix, Camille de, Les Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle,&#13;
Paris, 1895-1896, 3 vol.&#13;
Il s’agit d’un ouvrage important, malheureusement d’un caractère polémique très&#13;
marqué. C’est dans le second ainsi que dans le troisième volume que l’auteur&#13;
étudie dans le détail la vie et l’œuvre du Serviteur de Dieu. Il souligne entre autres&#13;
plusieurs erreurs que l’abbé Gosselin avait commises dans sa Vie de Mgr de Laval,&#13;
notamment sur la jeunesse du Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
63. Roy, Camille, « Mgr de Laval et la tempérance », Premier congrès de la&#13;
tempérance du diocèse de Québec. Compte-rendu, Québec, 1911, p. 329-337.&#13;
73. Roy, Camille, Monseigneur de Laval, 1623-1708, Québec, 1923, 83 p.&#13;
Recueil de quelques études sur le Serviteur de Dieu, auxquelles l’auteur ajoute&#13;
une brève note biographique.&#13;
&#13;
81. Roy, Camille, « Mgr de Laval, fondateur de l’Église naissante du Canada », dans&#13;
Les leçons de notre histoire, Québec, 1929, p. 33-52.&#13;
80. Scott, Henri-Arthur, Bishop Laval, Londres-Toronto, 1926, 342 p.&#13;
41. Shea, John Gilmary, A history of the Catholic Church within the limits of the&#13;
United States, New York, 1886, vol. 1, 718 p.&#13;
Dans divers passages de son 1er volume, surtout aux p. 258-270 et p. 342-343,&#13;
l’auteur mentionne le Serviteur de Dieu.&#13;
&#13;
65. Short, Adam et Doughty, Arthur, Canada and its provinces, Toronto, 1914,&#13;
vol. 2, p. 415-422 ; v. 1914, vol. 10, p. 377-383, 386-393.&#13;
Outre une notice biographique sur le Serviteur de Dieu, les auteurs publient une&#13;
étude de Mgr Amédée Gosselin sur l’École des arts et métiers de Saint-Joachim*,&#13;
fondée par Mgr de Laval, et sur le Petit Séminaire de Québec, aussi fondé par le&#13;
premier évêque.&#13;
&#13;
*64. Souriau, Maurice, La Compagnie du Saint-Sacrement de l’autel à Caen. Deux&#13;
mystiques normands au XVIIe siècle, M. de Renty et Jean de Bernières, Paris, 1913,&#13;
420 p. (La nouvelle édition porte le titre Le mysticisme de Normandie au&#13;
XVIIe siècle, Paris, 1923, 411 p.)&#13;
&#13;
- 1463 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe IV&#13;
Cette étude est consacrée en grande partie à la vie et au rayonnement spirituel&#13;
qu’exerça à son époque le mystique Jean de Bernières-Louvigny (1602-1659),&#13;
fondateur et directeur de l’Ermitage de Caen, où le Serviteur fit plusieurs séjours&#13;
avant d’être nommé évêque. Au chapitre 8, l’auteur donne une notice&#13;
biographique du Serviteur de Dieu, qu’il considère comme le principal disciple de&#13;
Bernières. Au sujet de Bernières, voir aussi : Bremond, Henri et Heurtevent,&#13;
Raoul, L’œuvre spirituelle de Jean de Bernières, Paris, 1938, 189 p.&#13;
&#13;
*75. Streit, Robert, Bibliotheca missuonum, Aix-en-Chapelle, 1924, vol. 2 ;&#13;
v. 1927, vol. 3.&#13;
Riche bibliographie relative à l’activité missionnaire dans les différents&#13;
continents. Sous la section « Canada » (1608-1699, vol. 2, p. 772-882 ; 17011797, vol. 3, p. 455-496 ; 1800-1899, vol. 3, p. 724-942, 1009-1029, 1900-1909),&#13;
l’auteur liste les biographies du Serviteur de Dieu et d’autres ouvrages qui en&#13;
traitent plus ou moins en détail, que nous avons déjà indiqués dans cette&#13;
bibliographie.&#13;
&#13;
93. Tessier, Albert, « Mgr de Laval, gardien de l’âme canadienne », dans Pèlerinage&#13;
dans le passé, Montréal, 1942, p. 91-98.&#13;
42. Têtu, Henri, Monseigneur de Laval, premier évêque de Québec. Esquisse&#13;
biographique, Québec, 1887, 121 p.&#13;
66. Têtu, Henri, Biographies de Mgr de Laval et de Mgr Plessis, évêques de Québec,&#13;
Montréal, 1914, 152 p.&#13;
&#13;
- 1464 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
ANNEXE V. INDEX ONOMASTIQUE&#13;
&#13;
Annexe V&#13;
Index onomastique&#13;
&#13;
A&#13;
&#13;
Abbadie de Saint-Castin, Jean-Vincent d’, 1652-1707&#13;
&#13;
Arrivé avec le régiment de Carignan-Salières, cet officier français devint le chef des&#13;
Abénaquis à la frontière de l’Acadie et fut impliqué auprès des missionnaires jésuites.&#13;
&#13;
Abelly, Louis, 1604-1691&#13;
&#13;
Il fut évêque de Rodez de 1664 à 1667.&#13;
&#13;
Aiguillon, Marie-Madeleine de Vignerot d’, 1604-1675&#13;
&#13;
Appelée la « duchesse d’Aiguillon », elle fut la bienfaitrice de l’Hôtel-Dieu de Québec et&#13;
du Séminaire de Paris.&#13;
&#13;
Ailleboust de Coulonge et d’Argentnay, Louis d’, 1612-1660&#13;
&#13;
Il fut gouverneur et lieutenant-général de la Nouvelle-France de 1648 à 1651 et gouverneur&#13;
par intérim de 1657 à 1658.&#13;
&#13;
Ailleboust, Catherine Le Gardeur d’, 1639-1709&#13;
&#13;
Connue « Catherine Le Gardeur », elle est la fille de Pierre Le Gardeur de Repentigny&#13;
(1605-1648), le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-France. Elle épousa Charles-Joseph&#13;
d’Ailleboust des Muceaux en 1650 et est la nièce par mariage de Louis d’Ailleboust de&#13;
Coulonge et d’Argentnay.&#13;
&#13;
Albanel, Charles, v. 1616-1696&#13;
&#13;
Jésuite, missionnaire et explorateur, il fut aussi supérieur de la mission de Saint-FrançoisXavier de 1676 à 1679.&#13;
&#13;
Alexandre VII, pape, 1599-1667 (Chigi, Fabio)&#13;
&#13;
D’abord secrétaire d’État à Rome de 1651 à 1655, il fut intronisé pape en 1655.&#13;
&#13;
Alexandre VIII, pape, 1610-1691 (Ottoboni, Pietro Vito)&#13;
D’abord cardinal dataire, il fut intronisé pape en 1689.&#13;
&#13;
Allart, Germain, 1618-1685&#13;
&#13;
Père récollet, il fut provincial de la province de Saint-Denys de 1654 à 1657, de 1668 à&#13;
1671 et de 1678 à 1679. Il se rendit à Québec en 1670 afin de réinstaller le couvent NotreDame-des-Anges avec les PP. Ribourde, Guénin, Landon et les FF. Luc et Anselme.&#13;
&#13;
Allet, Antoine d’, 1634- ap. 1693&#13;
&#13;
Sulpicien, il fut le secrétaire de Queylus de 1657 à 1671.&#13;
&#13;
Allouez, Claude, 1622-1689&#13;
&#13;
Jésuite, il fut supérieur à Trois-Rivières de 1660 à 1663, puis devint missionnaire en&#13;
Louisiane en 1679.&#13;
&#13;
Anglure de Bourlémont, Louis d’, 1627-1697&#13;
&#13;
Évêque puis archevêque français, il devint le ministre plénipotentiaire (représentant&#13;
diplomatique extraordinaire de France) à Rome en 1664.&#13;
&#13;
Ango des Maizerets, Louis, 1636-1721&#13;
&#13;
Ami de Laval, il était un des cinq premiers prêtres et directeurs du Séminaire de Québec.&#13;
Il fut second supérieur de 1672 à 1673, puis de 1683 à 1685, de 1685 à 1693 et de 1698 à&#13;
&#13;
- 1465 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
1721. Il fut aussi vicaire général de Laval et Saint-Vallier, et chanoine du chapitre de&#13;
Québec de 1684 à 1721.&#13;
&#13;
Anne d’Autriche, reine de France, 1601-1666&#13;
&#13;
Mère de Louis XIV, elle fut une des protectrices de Laval.&#13;
&#13;
Argenson, Pierre de Voyer d’, 1625-1709&#13;
&#13;
Il fut gouverneur de la Nouvelle-France de 1658 à 1661.&#13;
&#13;
Arnauld, Antoine, 1612-1694&#13;
&#13;
Aussi connu comme le « Grand Arnault », il était prêtre théologien et l’un des chefs de file&#13;
des jansénistes.&#13;
&#13;
Aubert de La Chesnaye, Charles, 1632-1702&#13;
&#13;
Il fut membre du Conseil souverain, procureur de la seigneurie de Beaupré et le principal&#13;
homme d’affaires de la Nouvelle-France.&#13;
&#13;
B&#13;
Bagot, Jean, 1591-1664&#13;
Jésuite, il fut fondateur de la Société des Bons Amis, témoin pour les Informations&#13;
canoniques de Laval, recteur du collège de Clermont et confesseur du jeune Louis XIV.&#13;
&#13;
Barberini, Antonio, 1607-1671&#13;
&#13;
Appelé le « cardinal Antonio », il fut préfet de la Propagande de 1632 à 1645 et de 1649 à&#13;
1671, puis cardinal in petto en 1627 et public en 1628.&#13;
&#13;
Barrois, Jean ✝&#13;
&#13;
Il fut le secrétaire de Frontenac (avec Jean Lechasseur).&#13;
&#13;
Basset, Jean, 1645-1715&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec. Faute de notaire, il rédigea plusieurs actes pour les&#13;
habitants.&#13;
&#13;
Bazire, Charles, 1624-1677&#13;
&#13;
Il fut receveur général des droits et du Domaine du roi, agent de la Compagnie des Indes&#13;
occidentales, négociant et seigneur.&#13;
&#13;
Beauharnois, Charles de la Boische, marquis de, 1671-1749&#13;
&#13;
Il fut gouverneur général de la Nouvelle-France de 1726 à 1747.&#13;
&#13;
Becquet, Romain, 1640-1682&#13;
&#13;
Il fut notaire, huissier, greffier de l’officialité du diocèse de Québec, juge seigneurial de&#13;
Beaupré et seigneur.&#13;
&#13;
Bellinzani, Francesco, 1619-1684&#13;
&#13;
Conseiller de Mazarin, puis de Colbert, il devint intendant-général des manufactures en&#13;
France en 1680.&#13;
&#13;
Belmont, François Vachon de, 1645-1732&#13;
&#13;
Sulpicien, missionnaire, curé de Montréal, il fut supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à&#13;
Montréal de 1701 à 1732 et grand-vicaire de Saint-Vallier.&#13;
&#13;
Bergier, Clerbaud ✝&#13;
&#13;
Initiateur de la Compagnie de la Pêche sédentaire de l’Acadie, formée en 1682, il fut aussi&#13;
lieutenant pour le roi en Acadie à partir de 1684.&#13;
&#13;
- 1466 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Bergier, Marc, v. 1667-1717&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut grand-vicaire de Saint-Vallier au Mississippi et&#13;
supérieur des missionnaires du Séminaire de Québec dans cette vallée de 1699 à 1717.&#13;
&#13;
Bernières, Henri de, v. 1635-1700&#13;
&#13;
Ami de Laval, il était un des cinq premiers prêtres et directeurs du Séminaire de Québec.&#13;
Il fut supérieur du Séminaire de Québec de 1665 à 1672, de 1673 à 1683, de 1685 à 1688&#13;
et de 1693 à 1698. Il a aussi été curé de Québec de 1664 à 1687 et grand-vicaire de Laval.&#13;
&#13;
Bernières, Jean de, 1602-1659&#13;
&#13;
Mystique et auteur spirituel laïc, il est le fondateur de l’Ermitage de Caen. Il était aussi&#13;
l’oncle de Henri.&#13;
&#13;
Berthelot, François, 1626-1712&#13;
&#13;
Conseiller du roi, il échangea avec Laval en 1675 l’île Jésus pour l’île d’Orléans (qui devint&#13;
l’île Saint-Laurent). Il se trouva aussi impliqué à l’abbaye de l’Estrée.&#13;
&#13;
Berthier, Isaac, 1638-1708&#13;
&#13;
Prénommé Alexandre lors de son baptême catholique, il fut un des consultants sur la&#13;
question de l’eau-de-vie en 1681 et était seigneur de Berthier.&#13;
&#13;
Bertot, Jacques, 1622-1681&#13;
&#13;
Mystique français, ami de Jean de Bernières, il fut supérieur du couvent des Ursulines de&#13;
Caen, il servit de procureur de Laval à Paris et était aussi abbé de Saint-Gildas-de-Rhuys,&#13;
abbaye bénédictine de la Congrégation de Saint-Maur.&#13;
&#13;
Bérulle, Pierre de, 1575-1629&#13;
&#13;
Fondateur de la Société de l’Oratoire de Jésus, il est une des figures de poupe de l’École&#13;
française de spiritualité.&#13;
&#13;
Bésard, François, 1630-1681&#13;
&#13;
Il fut supérieur du Séminaire de Paris de 1670 à 1674 et de 1680 à 1681. Il fut aussi&#13;
procureur de Mgr Pallu en 1670.&#13;
&#13;
Bignon, Jean-Paul, 1662-1743&#13;
&#13;
Oratorien et prêtre, il fut prédicateur de Louis XIV et homme de science. Il était le neveu&#13;
de Louis Phélypeaux, comte de Pontchartrain, le Secrétaire d’État de la Marine de France.&#13;
&#13;
Bigot, Jacques, 1651-1711&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire auprès des Abénaquis au sault de la Chaudière (Saint-Françoisde-Sales) de 1671 à 1691.&#13;
&#13;
Bochart de Champigny, Jean, v. 1645-1720&#13;
&#13;
Il était sieur de Noroy et de Verneuil et fut intendant de la Nouvelle-France de 1686 à 1702.&#13;
&#13;
Bossuet, Jacques-Bénigne, 1627-1704&#13;
&#13;
Il fut évêque de Condom de 1669 à 1671, puis évêque de Meaux de 1681 à1704.&#13;
&#13;
Boucher, Claude, 1603-1683&#13;
&#13;
Jésuite, il fut assistant régional à Rome des Jésuites de France.&#13;
&#13;
Boucher, Philippe, 1665-1721&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut curé de Pointe-Lévis de 1690 à 1721.&#13;
&#13;
Boucher, Pierre ✝&#13;
&#13;
Il fut gouverneur de Trois-Rivières, juge royal, seigneur de Boucherville et procureur de&#13;
Laval pour l’île Jésus.&#13;
&#13;
- 1467 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Boudon, Henri-Marie, 1624-1702&#13;
&#13;
Ami de jeunesse de Laval, il fut son successeur comme archidiacre d’Évreux de 1654 à&#13;
1665 et de 1674 à 1701, et auteur de plusieurs ouvrages spirituels.&#13;
&#13;
Bouillon, Emmanuel Théodose de la Tour d’Auvergne, 1643-1715&#13;
&#13;
Il fut grand-aumônier de France en 1671, abbé suprême de l’Ordre clunisien en 1683 et&#13;
consacré cardinal en 1689.&#13;
&#13;
Boullard, Étienne, 1658-1733&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut chanoine du chapitre de Québec, vicaire capitulaire,&#13;
curé de Beauport de 1684 à 1719, théologal et official en 1700, supérieur du Séminaire de&#13;
Québec de 1724 à 1726 et curé de Québec de 1726 à 1733.&#13;
&#13;
Boullongne, Marie-Barbe de, v. 1618-1685&#13;
&#13;
Autres formes du nom : Bologne, Boulogne, Boulongue, appelée « Madame&#13;
d’Ailleboust », elle fut la cofondatrice de la Confrérie de la Sainte-Famille à Montréal et&#13;
bienfaitrice de l’Hôtel-Dieu de Québec.&#13;
&#13;
Bourgeoys, Marguerite, sainte, 1620-1700&#13;
&#13;
Elle fut la fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal.&#13;
&#13;
Bourges, Jacques de, 1630-1714&#13;
&#13;
Il fut agent du Séminaire de Paris pour les missions orientales de 1660 à 1664, agent à&#13;
Rome de 1664 à 1666, puis nommé vicaire apostolique d’Auren pour le Tonkin.&#13;
&#13;
Bourzeis, Amable de, 1606-1672&#13;
&#13;
Il était un théologien français et un prédicateur.&#13;
&#13;
Bouteroue d’Aubigny, Claude de, 1620-1680&#13;
&#13;
Il fut intendant de la Nouvelle-France de 1668 à 1670.&#13;
&#13;
Boutet de Saint-Martin, Martin, 1612-1683&#13;
&#13;
Il devint chantre principal en 1645 à la paroisse de Québec, premier instituteur laïc en&#13;
Nouvelle-France, professeur de mathématique en 1660 au collège des Jésuites et de&#13;
navigation en 1666.&#13;
&#13;
Brisacier, Jacques-Charles de, 1642-1736&#13;
&#13;
Il fut supérieur du Séminaire de Paris de 1681 à 1694 et de 1700 à 1720.&#13;
&#13;
Brulon, Jean Gauthier de, 1651-1726&#13;
&#13;
Autres formes du nom : Brûlon et Brullon. Prêtre du Séminaire de Québec, il fut curé de&#13;
Boucherville de 1678 à 1680, de Trois-Rivières de 1680 à 1689, avec desserte de la Baiedu-Febvre de 1686 à 1689 et chanoine du chapitre de Québec de 1684 à 1726.&#13;
&#13;
Buisson de Saint-Cosme, Jean François, 1660-1712&#13;
&#13;
Appelé « M. Buisson », il fut prêtre du Séminaire de Québec et leur procureur au Québec.&#13;
&#13;
Buisson de Saint-Cosme, Jean-François, 1667-1706&#13;
&#13;
Appelé « M. de Saint-Cosme », il fut prêtre du Séminaire de Québec, curé aux Mines de&#13;
1692 à 1698, à la mission de la Sainte-Famille au Tamarois de 1698 à 1706.&#13;
&#13;
Buisson de Saint-Cosme, Michel, 1640-1702&#13;
&#13;
Appelé « M. Buisson de Saint-Cosme », frère cadet M. de Saint-Cosme, il fut missionnaire&#13;
du Séminaire de Québec au Tamarois.&#13;
&#13;
Buisset, Luc, v. 1640-1684&#13;
&#13;
Père récollet, il fut missionnaire à Cataraqui de 1675 à 1678.&#13;
&#13;
- 1468 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
C&#13;
Cadart, Nicolas, 1688&#13;
Père récollet, il fut missionnaire à Rivière-Ouelle, Sainte-Anne-de-la-Pocatière et CapSaint-Ignace de 1686 à 1688.&#13;
&#13;
Callière, Louis-Hector de, 1648-1703&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Callières. Il fut gouverneur de Montréal de 1684 à 1698 et&#13;
gouverneur général de la Nouvelle-France de 1698 à 1703.&#13;
&#13;
Carbon, Jean de Montpezat de, 1605-1685&#13;
&#13;
Appelé « Mgr de Bourges », il fut évêque de Saint-Papoul de 1657 à 1664, archevêque de&#13;
Bourges de 1664 à 1674, puis archevêque de Sens de 1674 à 1685.&#13;
&#13;
Carheil, Étienne de, 1633-1726&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire chez les Iroquois à Saint-Joseph de 1668 à 1683, puis chez les&#13;
Outaouais à la mission de Saint-Ignace de 1686 à 1690.&#13;
&#13;
Catherine de Saint-Augustin, bienheureuse, 1632-1668&#13;
&#13;
Nom de naissance : Marie-Catherine Simon de Longpré. Elle est une mystique du Canada.&#13;
Elle fut moniale chez les Augustines de Bayeux, puis a rejoint en 1648 les Hospitalières de&#13;
l’Hôtel-Dieu de Québec.&#13;
&#13;
Cauchon de Maupas du Tour, Henri, 1604-1680&#13;
&#13;
Appelé « Mgr d’Évreux », il fut évêque d’Évreux de 1664 à 1680.&#13;
&#13;
Caumont, Pierre de, 1641-1994&#13;
&#13;
Il devint chanoine du chapitre de Québec en 1684 et curé en 1670 à Boucherville,&#13;
Longueuil et Varennes.&#13;
&#13;
Chabert de Joncaire, Louis-Thomas, v. 1670-1739&#13;
&#13;
Il fut lieutenant des troupes de la Marine et interprète auprès des Iroquois.&#13;
&#13;
Charlevoix, Pierre-François-Xavier de, 1682-1761&#13;
&#13;
Jésuite, professeur, explorateur et auteur, il termina comme procureur à Paris des missions&#13;
jésuites et des monastères des Ursulines en Nouvelle-France. On le considère comme l’un&#13;
des premiers historiens de la Nouvelle-France.&#13;
&#13;
Charmot, Nicolas, 1655-1714&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Paris, il fut missionnaire en Chine, puis procureur du Séminaire de&#13;
Paris à Rome de 1695 à 1714.&#13;
&#13;
Charron de La Barre, François, 1654-1719&#13;
&#13;
Il est le fondateur des Hospitaliers de la Croix et de Saint-Joseph, ainsi que de l’Hôpital&#13;
général de Montréal.&#13;
&#13;
Chartier de Lotbinière, René-Louis, 1641-1709&#13;
&#13;
Il fut seigneur, substitut du procureur général, lieutenant-général au siège de la Prévôté et&#13;
Amirauté de Québec, subdélégué de l’intendant, officier de milice et agent général de la&#13;
Compagnie de la Colonie. Il est fils de Louis-Théandre.&#13;
&#13;
Chauchetière, Claude, 1645-1709&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire à Saint-François-Xavier en 1678.&#13;
&#13;
Chaumonot, Pierre-Joseph-Marie, 1611-1693&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire auprès des Hurons et cofondateur de la Confrérie de la SainteFamille.&#13;
- 1469 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Clément IX, pape, 1600-1669 (Rospigliosi, Giulio)&#13;
&#13;
Il fut secrétaire d’État à Rome de 1655 à 1667, puis pape de 1667 à 1669.&#13;
&#13;
Clément X, pape, 1590-1676 (Emilio Boneventura Altieri)&#13;
Il fut pape de 1670 à 1676.&#13;
&#13;
Colbert, Jean Baptiste, 1619-1683&#13;
&#13;
Il fut le principal ministre d’État de France de 1661 à 1683 et le secrétaire d’État de la&#13;
Marine de France de 1669 à 1683.&#13;
&#13;
Crisafy, Antoine de, m. 1709&#13;
&#13;
Il fut le gouverneur intérimaire de Montréal en 1699 et le gouverneur de Trois-Rivières de&#13;
1703 à 1709.&#13;
&#13;
D&#13;
Dablon, Claude, v. 1618-1697&#13;
&#13;
Jésuite, il devint missionnaire auprès des Iroquois onontagués en 1655, puis au Saguenay&#13;
en 1661 et fut supérieur des Jésuites du Canada de 1671 à 1680 et de 1686 à 1693.&#13;
&#13;
D’Amours, Mathieu, 1618-1695&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Damours de Chauffours. Il fut armateur, membre du Conseil&#13;
souverain de 1663 jusqu’à sa mort en 1695, et seigneur de Matane. Son fils, Mathieu&#13;
D’Amours de Freneuse (1657-1696), siégea au Conseil en son absence.&#13;
&#13;
Denonville, Jacques-René de Brisay de, 1642-1710&#13;
&#13;
Il fut gouverneur général de la Nouvelle-France de 1685 à 1689, puis vice-précepteur des&#13;
enfants de Louis XIV de 1690 à 1710.&#13;
&#13;
Dollier de Casson, François, 1636-1701&#13;
&#13;
Sulpicien, il fut le supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à Montréal de 1671 à 1674 et de&#13;
1678 à 1701, puis nommé grand-vicaire de Saint-Vallier à Montréal en 1688.&#13;
&#13;
Dosquet, Pierre-Herman, 1691-1777&#13;
&#13;
Sulpicien, puis prêtre du Séminaire de Paris en 1725, il fut le procureur du Séminaire de&#13;
Paris à Rome de 1726 à 1727, puis fut nommé évêque de la Nouvelle-France en 1733.&#13;
&#13;
Doucet, Alexandre, 1657-1701&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut le premier curé de Charlesbourg de 1690 à 1701.&#13;
&#13;
Du Bos, Nicolas, v. 1653-1699&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Dubos. Prêtre du Séminaire de Québec, il fut vicaire à Québec de&#13;
1686 à 1692 et eut la charge de la paroisse de Charlesbourg de 1684 à 1690.&#13;
&#13;
Du Perron, Jacques Davy, 1556-1618&#13;
&#13;
Appelé « Jacques du Perron », il fut évêque d’Évreux de 1592 à 1606, puis évêque de Sens&#13;
de 1606 à 1618.&#13;
&#13;
Du Saussay, André, 1589-1675&#13;
&#13;
Il fut évêque de Toul de 1655 à 1675.&#13;
&#13;
Dubois Davaugour, Pierre, m. 1664&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Du Bois D’Avaugour. Il fut gouverneur de la Nouvelle-France de&#13;
1661 à 1663.&#13;
&#13;
Duchesneau de la Doussinière et d’Ambault, Jacques, 1631-1696&#13;
Il fut intendant de la Nouvelle-France de 1675 à 1682.&#13;
- 1470 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Dudouyt, Jean, 1628-1688&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut nommé official et procureur en Nouvelle-France de&#13;
Laval en 1663, vicaire général en 1671, chanoine du chapitre de Québec en 1674 et premier&#13;
procureur à Paris du Séminaire de Québec en 1679 jusqu’à sa mort en 1688.&#13;
&#13;
Duplein, Benoît-Pierre, 1605-1689&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut curé de Sainte-Famille de 1671 à 1675, de Sorel de&#13;
1676 à 1678 et de Contrecœur de 1679 à 1685.&#13;
&#13;
Dupré, François, v. 1648-1720&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut le premier curé de Champlain en 1678, de Batiscan&#13;
la même année, Champlain en 1685, puis curé de Québec en 1687.&#13;
&#13;
Duval, Jean, 1597-1669&#13;
&#13;
Baptisé en religion comme carme déchaussé « Bernard de Sainte-Thérèse » et appelé&#13;
« Mgr de Babylone ». Il fut nommé évêque de Babylone en 1638 et est l’un des fondateurs&#13;
du Séminaire de Paris.&#13;
&#13;
E&#13;
Estrées, César d’, 1628-1714&#13;
&#13;
Appelé le « cardinal d’Estrées ». Il fut évêque de Laon de 1653 à 1681, cardinal en 1671,&#13;
nommé ambassadeur du roi à Rome lors de l’affaire de la Régale, puis remplace son frère,&#13;
François Hannibal II d’Estrée, comme ambassadeur à Rome après son décès en 1687.&#13;
&#13;
Eudes, Jean, saint, 1601-1680&#13;
&#13;
Il est le fondateur de la Congrégation de Jésus et Marie en 1643 et de l’Ordre de NotreDame de la Charité en 1651.&#13;
&#13;
F&#13;
Fermanel de Favery, Luc, 1632-1688&#13;
&#13;
Il devint le procureur de Mgr Lambert de La Motte en 1660, fut celui de Mgr Pallu de 1661&#13;
à 1662, fut reçu comme prêtre du Séminaire de Paris en 1664, en devint le supérieur de&#13;
1674 à 1680, puis le procureur de 1681 à 1688.&#13;
&#13;
Fillon, François, 1629-1679&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il arriva en Nouvelle-France en 1659 et desservit les cures&#13;
de la Côte-de-Beaupré.&#13;
&#13;
Francheville, Pierre, 1649-1713&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut le secrétaire de Laval de 1671 à 1683, desservit&#13;
Beauport de 1678 à 1681, Saint-Pierre de 1681 à 1689, Rivière-Ouelle en 1690, Cap-SaintIgnace de 1692 à 1698, puis fut curé de Longueuil de 1701 à 1713.&#13;
&#13;
Frontenac, Louis de Buade de, 1622-1698&#13;
&#13;
Il fut gouverneur général de la Nouvelle-France de 1672 à 1682 et à nouveau de 1689 à&#13;
1698.&#13;
&#13;
- 1471 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
G&#13;
Gagnon, Pierre-Paul, 1649-1711&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il desservit Charlesbourg de 1682 à 1684 et Sainte-Annede-Beaupré en 1685, devint le secrétaire de Saint-Vallier en 1686 et fut le premier curé fixe&#13;
à Baie-Saint-Paul de 1685 à 1702.&#13;
&#13;
Gaudais-Dupont, Louis, ✝&#13;
&#13;
Il fut brièvement commissaire royal en Nouvelle-France en 1663.&#13;
&#13;
Gaulin, Antoine, 1674-1740&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut missionnaire chez les Abénaquis et les Micmacs&#13;
d’Acadie.&#13;
&#13;
Gaultier, Guillaume, v. 1639-1720&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut curé-missionnaire à la Baie-Saint-Paul de 1683 à&#13;
1684, de Château-Richer en 1685 et en 1692, et chanoine du chapitre de Québec en 1687.&#13;
&#13;
Gavanti, Bartolommeo, 1569-1638&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Gavantus. Il fut supérieur général de l’Ordre des Barnabites et&#13;
consulteur de la Sacrée congrégation des Rites.&#13;
&#13;
Gazil de la Bernardière, Michel, 1624-1679&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Paris, il en fut le supérieur de 1663 à 1664 et de 1667 à 1670.&#13;
&#13;
Geoffroy, Louis, v. 1660-1707&#13;
&#13;
Sulpicien, il fut curé de Port-Royal et grand-vicaire de Saint-Vallier en Acadie de 1685 à&#13;
1690 et en 1692.&#13;
&#13;
Georgemé, Séraphin, 1659-1705&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Georgesné. Père récollet, il fut supérieur du couvent Notre-Damedes-Anges et supérieur des missions en Nouvelle-France de 1687 à 1689.&#13;
&#13;
Glandelet, Charles de, 1645-1725&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il devint le secrétaire de l’évêché, fut assistant du supérieur&#13;
du Séminaire de Québec de 1678 à 1684, devint chanoine et premier théologal du chapitre&#13;
de Québec en 1684, puis, en 1697, il devient procureur de Saint-Vallier et du chapitre de&#13;
Québec et grand-vicaire de Saint-Vallier, et enfin fut élu supérieur du Séminaire de Québec&#13;
de 1721 à 1723.&#13;
&#13;
Gravier, Jacques, 1651-1708&#13;
&#13;
Jésuite, arrivé en Nouvelle-France en 1684, il fut missionnaire chez les Outaouais et le&#13;
fondateur de la mission aux Illinois.&#13;
&#13;
Greysolon Dulhut, Daniel, v. 1639-1710&#13;
&#13;
Autres formes du nom : de Luth, Duluth. Il fut un explorateur en Nouvelle-France.&#13;
&#13;
Gricourt, Charles de, m. 1691&#13;
&#13;
Destiné comme prêtre au Séminaire de Paris, il arriva en Nouvelle-France en 1689 en&#13;
préparation pour devenir procureur du Séminaire de Québec à Paris, mais revint après un&#13;
an, mortellement malade.&#13;
&#13;
Gueffier, Étienne 1573-1660&#13;
&#13;
Il fut un diplomate français chargé des affaires de France à Rome de 1623 à 1660.&#13;
&#13;
Guidi di Bagno, Niccolò, 1584-1663&#13;
&#13;
Il fut nonce à Paris de 1644 à 1656.&#13;
- 1472 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Guyon, Jean, 1659-1687&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, chanoine du chapitre de Québec en 1684, peintre, il fut&#13;
brièvement secrétaire de Laval.&#13;
&#13;
Guyon du Buisson, Jean, 1592-1663&#13;
&#13;
Maçon, il fut un des pionniers de Beauport et le père de Jean Guyon du Buisson.&#13;
&#13;
Guyon du Buisson, Jean, 1619-1694&#13;
&#13;
Arpenteur, il arriva en Nouvelle-France avec son père en 1634.&#13;
&#13;
Guyotte, Étienne, v. 1639-1701&#13;
&#13;
Sulpicien, il fut curé à Lachine de 1675 à 1678, de Notre-Dame de Montréal de 1682 à&#13;
1686, à Sorel de 1686 à 1687 et supérieur ecclésiastique des sœurs de la Congrégation de&#13;
Notre-Dame de 1687 à 1692.&#13;
&#13;
H&#13;
Hamel, Ignace-Germain, 1672-1732&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il enseigna au Petit Séminaire puis en devint directeur et&#13;
fut chanoine du chapitre de Québec de 1712 à 1732.&#13;
&#13;
Harlay de Champvallon, François III de, 1625-1695&#13;
&#13;
Appelé « Mgr de Rouen », puis « Mgr de Paris ». Il fut d’abord archevêque de Rouen de&#13;
1651 à 1672, puis archevêque de Paris de 1672 à 1695 et président de l’Assemblée du&#13;
clergé de France de 1659 à 1663.&#13;
&#13;
Hennepin, Louis, 1626- v. 1705&#13;
&#13;
Père récollet, baptisé Antoine, il arriva en Nouvelle-France en 1675, où il fut missionnaire&#13;
et explorateur.&#13;
&#13;
Herbéry, Godefroy d’, m. 1727&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Herberic ou Godfroy-Théodord d’Herbery. Prêtre du Séminaire de&#13;
Québec, il desservit Saint-Jean et Saint-Pierre de l’île d’Orléans en 1690, puis Sainte-Anne&#13;
en 1693.&#13;
&#13;
Hessen-Darmstadt, Friedrich, Landgraf von, 1616-1682&#13;
&#13;
Il était le fils cadet du prince souverain d’Allemagne, Louis V de Hesse-Darmstadt.&#13;
Luthérien, il se convertit au catholicisme à 20 ans et entra dans l’Ordre de Saint-Jean de&#13;
Jérusalem. Il fut fait cardinal en 1652.&#13;
&#13;
Houssart, Hubert, v. 1666-1734&#13;
&#13;
Arrivé en Nouvelle-France en 1688, il se donna au Séminaire de Québec (d’où le surnom&#13;
frère) et fut désigné comme serviteur de Laval durant 20 ans.&#13;
&#13;
I-J&#13;
Juchereau de Saint-Ignace, Jeanne-Françoise, 1650-1723&#13;
&#13;
Appelée « Jean-Françoise Juchereau de La Ferté ». Augustine hospitalière de l’Hôtel-Dieu&#13;
de Québec, elle en devint la supérieure en 1683 et en écrivit les Annales.&#13;
&#13;
- 1473 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
K-L&#13;
La Chaize, François de, 1624-1709&#13;
Autre forme du nom : François d’Aix de La Chaise. Jésuite, il fut confesseur et conseiller&#13;
de Louis XIV de 1674 à 1709.&#13;
&#13;
La Colombière, Joseph de, 1651-1723&#13;
&#13;
D’abord avocat, il se lia au Séminaire Saint-Sulpice entre 1676 et 1690. Il arriva en&#13;
Nouvelle-France en 1682, mais fut rappelé l’année suivante. Il revient en 1692 pour se faire&#13;
prêtre et bien qu’il ne fût jamais affilié au Séminaire de Québec, il lui demeura très attaché.&#13;
Il devint grand-chantre du chapitre de Québec en 1692 et vicaire général de Saint-Vallier&#13;
en 1698.&#13;
&#13;
La Dauversière, Jérôme Le Royer de, 1597-1659&#13;
&#13;
Un des fondateurs de la Société Notre-Dame de Montréal en 1639, mais resté en France, il&#13;
s’occupa du ravitaillement et du recrutement des colons pour la nouvelle mission de VilleMarie.&#13;
&#13;
La Grande-Trianon, Anne de, 1632-1707&#13;
&#13;
Appelée « Mme de Frontenac », elle était l’épouse du gouverneur et la confidente de&#13;
Mme de Maintenon.&#13;
&#13;
La Pallière, Pierre Pitot, sieur de&#13;
&#13;
Docteur en théologie de La Sorbonne, il fut le grand-vicaire et procureur de Saint-Vallier&#13;
à Paris.&#13;
&#13;
La Peltrie, Madeleine de, 1603-1671&#13;
&#13;
Baptisée Marie-Madeleine Cochon de Vaubougon, autre forme du nom : Marie-Madeleine&#13;
de Chauvigny. Elle fut la bienfaitrice et co-fondatrice des Ursulines de Québec.&#13;
&#13;
La Salle, Robert Cavelier, 1643-1687&#13;
&#13;
Arrivé en Nouvelle-France en 1667, il fut un grand explorateur, le fondateur de Lachine et&#13;
un seigneur.&#13;
&#13;
La Tour, Bertrand de, 1700-1780&#13;
&#13;
Sulpicien de 1724 à 1729, il fut prêtre du Séminaire de Québec, chanoine doyen du chapitre&#13;
de Québec et conseiller clerc au Conseil supérieur.&#13;
&#13;
Lalemant, Jérôme, 1593-1673&#13;
&#13;
Jésuite, il fut supérieur de la mission huronne de 1638 à 1645, supérieur des Jésuites en&#13;
Nouvelle-France de 1645 à 1650 et de 1659 à 1665. Il est le frère de Charles Lalemant et&#13;
l’oncle de Gabriel Lalemant.&#13;
&#13;
Lambert de La Motte, Pierre, 1624-1679&#13;
&#13;
Appelé « Mgr de Bérythe », il fut prêtre du Séminaire de Paris, vicaire apostolique à titre&#13;
d’évêque de Bérythe en 1658, missionnaire au Siam de 1662 à 1668 et de 1672 à 1676, au&#13;
Tonkin de 1669 à 1670, en Cochinchine de 1671 à 1672 et en 1676, et figure parmi les&#13;
fondateurs du Séminaire de Paris.&#13;
&#13;
Lamberville, Jean de, 1633-1714&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire chez les Onontagués de 1669 à 1687 et le procureur de la mission&#13;
jésuite en Nouvelle-France à Paris de 1689 à 1714.&#13;
&#13;
- 1474 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Lauson de Charny, Charles de, v. 1629-après 1689&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Lauzon. Il fut gouverneur par intérim de la Nouvelle-France pour un&#13;
an en 1656. Veuf, il devint prêtre en 1659, fut official du diocèse, puis vicaire général en&#13;
1660. Fils de Jean de Lauson, gouverneur de la Nouvelle-France de 1651 à 1656.&#13;
&#13;
Le Fevre, François, m. 1718&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Lefebvre. Sulpicien, il fut supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à&#13;
Montréal de 1672 à 1675. Il entra au Séminaire de Paris en 1680, fut missionnaire en&#13;
Extrême-Orient de 1681 à 1682, au Tonkin en 1683, procureur provisoire à Rome pour le&#13;
Séminaire en 1684, puis revint chez les Sulpiciens en 1686.&#13;
&#13;
Le Jeune, Paul, 1591-1664&#13;
&#13;
Jésuite, il fut supérieur des Jésuites en Nouvelle-France de 1632 à 1639, missionnaire de&#13;
1639 à 1649, puis procureur à Paris de la mission canadienne de 1649 à 1662.&#13;
&#13;
Le Mercier, François, 1604-1690&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire en Huronie de 1635 à 1650, devint recteur du collège de Québec&#13;
en 1653 et fut supérieur général des missions canadiennes de 1653 à 1665 et de 1665 à&#13;
1671.&#13;
&#13;
Le Moyne d’Iberville, Pierre, 1661-1706&#13;
&#13;
Autre forme du nom : d’Iberville et d’Ardillères. Corsaire, explorateur, colonisateur et&#13;
trafiquant, il était le 3e fils de Charles Le Moyne de Longueuil et de Châteauguay, et le&#13;
frère de Charles Le Moyne de Longueuil, baron de Longueuil.&#13;
&#13;
Le Noël du Perron, Jacques, 1590-1649&#13;
&#13;
Il fut évêque d’Angoulême de 1636 à 1646, puis évêque d’Évreux de 1646 à 1649.&#13;
&#13;
Le Roy, Henri, 1639-1708&#13;
&#13;
Père récollet, il fut commissaire provincial des missions canadiennes en 1683 pour régler&#13;
l’affaire du clocher.&#13;
&#13;
Le Tellier, Michel, 1603-1685&#13;
&#13;
Il fut chancelier de France de 1677 à 1685.&#13;
&#13;
Le Tellier, Michel, 1643-1719&#13;
&#13;
Jésuite, il fut recteur du collège de Clermont, puis provincial de France en 1708 et&#13;
confesseur de Louis XIV en 1709. Il fut impliqué dans la controverse sur les rites chinois.&#13;
&#13;
Le Vallet, Étienne, 1669-1719&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Le Valet. Prêtre du Séminaire de Québec, ordonné à Québec en 1693,&#13;
il fut chanoine du chapitre de Québec, puis retourna en France en 1710.&#13;
&#13;
Le Valois, Louis, 1639-1700&#13;
&#13;
Jésuite, professeur, auteur et prédicateur, mystique en France, il fut le confesseur de SaintVallier.&#13;
&#13;
Lechasseur, Jean, v. 1633-1713&#13;
&#13;
Il fut secrétaire du gouverneur de Frontenac de 1672 à 1692 et de l’intendant de Meulles&#13;
de 1672 à 1686, et lieutenant-général de Trois-Rivières en 1686.&#13;
&#13;
Leroux, Valentin, 1642-1708&#13;
&#13;
Père récollet, il arriva en Nouvelle-France en 1677 à titre de commissaire provincial des&#13;
missions canadiennes.&#13;
&#13;
Leslie, William, 1619- v. 1708&#13;
&#13;
Il fut préfet des archives à la Propagande de 1659 à 1707.&#13;
&#13;
- 1475 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Lionne, Arthus de, 1655-1713&#13;
&#13;
Appelé « Mgr de Rosalie ». Fils de Hugues de Lionne, il fut prêtre du Séminaire de Paris,&#13;
missionnaire au Siam de 1681 à 1689, en Chine de 1689 à 1701, vicaire apostolique à titre&#13;
d’évêque de Rosalie en 1696, puis travailla à Rome de 1702 à 1703.&#13;
&#13;
Loménie, Henri-Auguste de, comte de Brienne, 1594-1666&#13;
&#13;
Il fut secrétaire d’État de la Marine de 1615 à 1643, puis secrétaire d’État des Affaires&#13;
étrangères de France de 1643 à 1663.&#13;
&#13;
M&#13;
Maigrot, Charles, 1652-1730&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Paris, il fut missionnaire en Chine de 1683 à 1707, administrateur&#13;
des missions de Chine en 1684, vicaire apostolique du Fujian en 1687 et évêque de Conon&#13;
en 1696. Il fut un acteur majeur dans la querelle des rites chinois et retourna à Rome en&#13;
1709.&#13;
&#13;
Maintenon, Françoise d’Aubigné, 1635-1719&#13;
&#13;
Appelée « Mme Scarron » et « Mme de Maintenon », elle épousa secrètement Louis XIV&#13;
en 1652.&#13;
&#13;
Maisonneuve, Paul de Chomedey de, 1612-1676&#13;
&#13;
Membre de la Société Notre-Dame de Montréal, il arriva en Nouvelle-France en 1641. Il&#13;
est le co-fondateur de Ville-Marie et fut le premier gouverneur de Montréal.&#13;
&#13;
Mance, Jeanne, 1606-1673&#13;
&#13;
Arrivée en Nouvelle-France en 1641, elle est la co-fondatrice de Ville-Marie et la&#13;
fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Montréal.&#13;
&#13;
Marguerite de Flécelles de Saint-Athanase, mère, 1614-1695&#13;
&#13;
Ursuline de Québec, supérieure après Marie de l’Incarnation en alternance de 1645 à 1651,&#13;
de 1657 à 1663 et de 1669 à 1675.&#13;
&#13;
Marie de l’Incarnation, sainte, 1599-1672&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Marie Guyart. Ursuline, elle est la fondatrice du premier monastère&#13;
d’Ursulines canadien en 1642, dont elle fut supérieure de 1639 à 1645, de 1651 à 1657 et&#13;
de 1663 à 1669, dépositaire de 1645 à 1651, de 1657 à 1663 et assistante de 1669 à 1672.&#13;
&#13;
Marquette, Jacques, 1637-1675&#13;
&#13;
Jésuite, il arriva comme missionnaire en Nouvelle-France en 1666.&#13;
&#13;
Martin, Charles-Amador, 1648-1711&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut économe du Séminaire de Québec de 1678 à 1671,&#13;
puis curé de plusieurs paroisses.&#13;
&#13;
Martin, Claude, 1619-1696&#13;
&#13;
Bénédictin, il était le fils et biographe de Marie Guyart (de l’Incarnation).&#13;
&#13;
Mazarin, Jules, 1602-1661&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Giulio Raimondo Mazarini ou Mazzarino. Il devint cardinal en 1641,&#13;
évêque de Metz de 1653 à 1658, abbé de Cluny dès 1654 et fut le ministre d’État principal&#13;
de 1643 à 1661.&#13;
&#13;
- 1476 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Ménard, René, 1605-1661&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire à Sainte-Marie-des-Hurons de 1641 à 1650, supérieur à TroisRivières de 1651 à 1656, puis missionnaire en Onontagué de 1656 à 1658 et en Outaouais&#13;
en 1660.&#13;
&#13;
Merlac, André-Louis de, v. 1667-1716&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut nommé chanoine et grand-chantre du chapitre de&#13;
Québec de 1690 à 1694. mais installé en 1692, et retourna en France en 1694.&#13;
&#13;
Meulles, Jacques de, v. 1650-1703&#13;
&#13;
Il fut intendant de la Nouvelle-France de 1682 à 1686.&#13;
&#13;
Meur, Vincent de, 1628-1668&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Paris, il en fut le supérieur de 1664 à 1667.&#13;
&#13;
Milon, Louis, 1649-1734&#13;
&#13;
Appelé « Mgr de Condom », il fut d’abord aumônier du roi en 1687, prêtre du Séminaire de&#13;
Paris de 1688 à 1693, puis évêque de Condom de 1693 à 1734.&#13;
&#13;
Montigny, François de, 1669-1742&#13;
&#13;
Appelé à tort « François Jolliet de Montigny ». Prêtre du Séminaire de Québec, il fut curé&#13;
à L’Ange-Gardien de 1693 à 1694, grand-vicaire de Saint-Vallier à Québec de 1694 à 1697,&#13;
missionnaire au Mississippi de 1698 à 1700, puis en Chine de 1701 à 1707.&#13;
&#13;
Morel, Thomas, 1635-1687&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il desservit et devint curé pour la Côte-de-Beaupré de&#13;
1661à 1668, pour l’île d’Orléans de 1661à 1671 et sur la Côte-du-Sud de 1671 à 1683.&#13;
&#13;
Morin, Germain, 1642-1702&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut le premier prêtre canadien en 1665, fut le secrétaire&#13;
de l’évêché de Québec de 1659 à 1665, puis curé en diverses paroisses.&#13;
&#13;
Morin, Marie, 1649-1730&#13;
&#13;
Sœur de Germain Morin, hospitalière de Saint-Joseph, elle fut la première religieuse&#13;
canadienne, puis la supérieure de l’Hôtel-Dieu de Montréal de 1693 à 1696 et de 1708 à&#13;
1711.&#13;
&#13;
N&#13;
Nerli, Francesco, 1636-1708&#13;
&#13;
Il fut nonce à Paris de 1672 à 1673, puis secrétaire d’État à Rome de 1673 à 1676.&#13;
&#13;
Nickel, Goswin, 1584-1664&#13;
&#13;
Jésuite, il fut le supérieur général à Rome de 1652 à 1664.&#13;
&#13;
Noailles, Louis-Antoine de, 1651-1729&#13;
&#13;
Appelé « Mgr de Paris », il fut d’abord évêque de Cahors de 1679 à 1680, puis évêque de&#13;
Châlons et pair de France de 1680 à 1695, et archevêque de Paris de 1695 à 1729.&#13;
&#13;
O&#13;
Olier, Jean-Jacques, 1608-1657&#13;
&#13;
Prêtre, mystique, il est le fondateur du Séminaire Saint-Sulpice en 1641, puis le fondateur&#13;
et premier supérieur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice à Paris en 1645.&#13;
- 1477 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Oliva, Giovanni Paolo, 1600-1681&#13;
&#13;
Jésuite, il fut le supérieur général à Rome de 1664 à 1681.&#13;
&#13;
Ozon, Potentien, v. 1627-1705&#13;
&#13;
Père récollet, il vint en Nouvelle-France en 1675 pour un an à titre de visiteur provincial&#13;
de la mission canadienne. Il retourna à titre de commissaire provincial de 1676 à 1677, puis&#13;
de la Province de Saint-Denys à Paris de 1695 à 1701 et de 1701 à 1705.&#13;
&#13;
P&#13;
Pallu, Étienne, 1643-1687&#13;
&#13;
Neveu de Mgr Pallu, prêtre du Séminaire de Paris, il fut procureur à Rome aux vicaires&#13;
apostoliques de 1674 à 1677, puis missionnaire au Siam de 1686 à 1687.&#13;
&#13;
Pallu, François, 1626-1684&#13;
&#13;
Appelé « Mgr d’Héliopolis ». Il est un des fondateurs du Séminaire de Paris. Il devint&#13;
vicaire apostolique au Tonkin comme évêque d’Héliopolis en 1658, puis au Siam de 1664&#13;
à 1665, de 1673 à 1674 et de 1681 à 1683 ; il travailla à Rome de 1667 à 1670 et de 1677&#13;
à 1681 et en Chine de 1683 à 1684.&#13;
&#13;
Paluzzi Altieri degli Albertoni, Paluzzo, 1623-1698&#13;
&#13;
Appelé « Altieri » et le « cardinal neveu », il fut préfet de la Propagande de 1671 à 1698,&#13;
mais fit en fait les fonctions de secrétaire d’État.&#13;
&#13;
Péréfixe de Beaumont, Hardouin de, 1606-1671&#13;
&#13;
Appelé « Mgr de Rodez », il fut évêque de Rodez de 1649 à 1664, puis archevêque de Paris&#13;
de 1664 à 1671.&#13;
&#13;
Péricard, François Boyvin de, 1583-1646&#13;
&#13;
Oncle maternel de Laval, il fut évêque d’Évreux de 1613 à 1646.&#13;
&#13;
Péricard, Michelle de, v. 1599-1659&#13;
&#13;
Mère de Laval et épouse d’Hugues de Laval.&#13;
&#13;
Pérot, Gilles, v. 1625-1680&#13;
&#13;
Sulpicien, il devint curé-missionnaire à Montréal en 1666, puis supérieur du Séminaire&#13;
Saint-Sulpice de Montréal et curé d’office de 1678 à 1680.&#13;
&#13;
Perrot, François-Marie, 1644-1691&#13;
&#13;
Il arriva en Nouvelle-France à titre de gouverneur de Montréal de 1670 à 1684, puis&#13;
gouverneur de l’Acadie de 1684 à 1687.&#13;
&#13;
Petit, Louis, 1629-1709&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut le secrétaire de Laval, desservit Saint-Ours et&#13;
Contrecœur, puis fut le vicaire général à Port-Royal, Pentagouet et en Acadie de 1676 à&#13;
1690 et de 1691 à 1693.&#13;
&#13;
Phélypeaux de La Vrillière, Michel, 1642-1694&#13;
&#13;
Appelé « Mgr de Bourges », il fut d’abord évêque d’Uzès de 1675 à 1678, puis archevêque&#13;
de Bourges de 1677 à 1694.&#13;
&#13;
Phips, William, 1651-1695&#13;
&#13;
Major général de l’expédition britannique contre l’Acadie puis sur Québec en 1690, il&#13;
devint gouverneur du Massachusetts de 1692 à 1694.&#13;
&#13;
- 1478 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Piccolomini, Celio, 1609-1681&#13;
&#13;
Il fut nonce à Paris de 1656 à 1663 et celui qui consacra Laval comme évêque.&#13;
&#13;
Picquet, François, 1626-1685&#13;
&#13;
Appelé « Mgr de Babylone », il fut consul de France à Alep de 1652 à 1661, nommé&#13;
pronotaire apostolique en 1663, puis vicaire apostolique de Babylone en Orient en 1674,&#13;
évêque in partibus de Césaropole en 1675 et ambassadeur du roi en Perse.&#13;
&#13;
Pinette, Jean, 1609-1690&#13;
&#13;
Jésuite, il fut le provincial de la Province de France de 1671 à 1674.&#13;
&#13;
Pinguet, Jean, 1655-1715&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il desservit plusieurs paroisses de 1681 à 1710.&#13;
&#13;
Pocquet, Pierre, v. 1667-1711&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il devint chanoine du chapitre de Québec en 1698, directeur&#13;
du Petit Séminaire en 1705 et fut vicaire de la paroisse de Québec de 1707 à 1711.&#13;
&#13;
Poitevin, Armand, 1635-1682&#13;
&#13;
Appelé « M. de Saint-Josse », il fut un membre des Bons Amis, curé de Saint-Josse de&#13;
1664 à 1682, un des fondateurs du Séminaire de Paris et le procureur à Paris du Séminaire&#13;
de Québec et de Laval avec Gazil.&#13;
&#13;
Pommier, Hugues, v. 1637-1686&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il desservit plusieurs paroisses de 1666 à 1678. Il était&#13;
peintre et portraitiste, mais son talent n’étant pas apprécié, il retourna en France vers 1678.&#13;
&#13;
Poncet de la Rivière, Joseph-Antoine, 1610-1675&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire chez les Hurons de 1639 à 1642, et desservit Trois-Rivières en&#13;
1642, puis Montréal de 1642 à 1643.&#13;
&#13;
Pontchartrain, Jérôme Phélypeaux de, 1674-1747, comte de,&#13;
&#13;
D’abord appelé « M. de Maurepas », il fut conseiller au Parlement de Paris de 1692, et&#13;
succéda à son père, Louis Phélypeaux de Pontchartrain, comme secrétaire d’État de la&#13;
Marine de France de 1699 à 1715.&#13;
&#13;
Pontchartrain, Louis Phélypeaux de, 1643-1727, comte de&#13;
Il fut secrétaire d’État à la Marine de 1690 à 1699.&#13;
&#13;
Q&#13;
Quémener, Louis, 1643-1704&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Paris, il fut missionnaire en Chine de 1685 à 1700, député à Rome&#13;
de 1692 à 1697 par les vicaires apostoliques d’Extrême-Orient pour défendre leurs&#13;
missions, puis évêque de Sura de 1697 à 1704.&#13;
&#13;
Quen, Jean de, 1603-1659&#13;
&#13;
Jésuite, il fut professeur au collège de Québec, missionnaire à Sillery, puis à Trois-Rivières,&#13;
desservant de la paroisse de Québec et supérieur des missions canadiennes de 1656 à 1659.&#13;
&#13;
R&#13;
Radisson, Pierre Esprit, v. 1636-1710&#13;
&#13;
Il fut coureur des bois, explorateur et marchand.&#13;
- 1479 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Ragueneau, Paul, 1608-1680&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire de 1637 à 1645, supérieur de la mission huronne de 1645 à 1650,&#13;
supérieur des Jésuites du Canada de 1650 à 1653 et procureur à Paris de la mission&#13;
canadienne.&#13;
&#13;
Rémy de Courcelle, Daniel de, 1626-1698&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Courcelles. Il fut gouverneur de la Nouvelle-France de 1665 à 1672.&#13;
&#13;
Rémy, Pierre, 1636-1726&#13;
&#13;
Sulpicien, il fut supérieur ecclésiastique des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame de&#13;
1676 à 1680, curé de Montréal et de Lachine de 1680 à 1706 et instituteur et procureur du&#13;
Séminaire de Montréal de 1706 à 1726.&#13;
&#13;
Requeleyne, Bernard de, 1660-1724&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut curé-missionnaire à Rivière-Ouelle de 1695 à 1718.&#13;
&#13;
Rhodes, Alexandre de, 1591-1660&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire à Macao de 1618 à 1624, en Cochinchine de 1624à 1627 et de&#13;
1640 à 1645, et au Tonkin de 1627 à 1640. De retour à Rome entre 1649 et 1652, il fut&#13;
délégué par la Propagande pour recruter des personnes et des fonds dans toute l’Europe et&#13;
fut l’architecte des Missions étrangères et des vicaires apostoliques.&#13;
&#13;
Rigaud de Vaudreuil, Philippe de, 1643-1725&#13;
&#13;
Il fut gouverneur intérimaire de Montréal de 1688 à 1689, puis gouverneur de Montréal de&#13;
1699 à 1703, et enfin gouverneur général de 1703 à 1725.&#13;
&#13;
Riverin, Denis, v. 1650-1717&#13;
&#13;
Il fut secrétaire de l’intendant Duschesneau de 1675 à 1680, représentant de la Ferme du&#13;
Roi de 1675 à 1680, membre du Conseil souverain de 1694 à 1710, et directeur en France&#13;
de la Compagnie du Nord et la Compagnie de la Colonie de 1702 à 1717.&#13;
&#13;
S&#13;
Saffray de Mésy, Augustin de, m. 1665&#13;
&#13;
Converti de Jean de Bernières et recommandé par Laval, il fut gouverneur en titre de la&#13;
Nouvelle-France de 1663 à 1665.&#13;
&#13;
Saint-Aignan, Paul-Hippolyte de Beauvilliers, 1684-1776&#13;
&#13;
Membre de l’Académie française de 1663 à 1687, il fut gouverneur militaire du Havre de&#13;
1664-1687 et entremetteur pour le roi.&#13;
&#13;
Saint-Vallier, Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières de, 1653-1727&#13;
&#13;
Arrivé en Nouvelle-France en 1685 à titre de vicaire général de Laval et son coadjuteur, il&#13;
fut le deuxième évêque de Québec de 1688 à 1727.&#13;
&#13;
Salignac de la Mothe-Fénelon, François de, 1641-1679&#13;
Sulpicien, il fut missionnaire au Canada de 1668 à 1674.&#13;
&#13;
Sarrazin, Michel, 1659-1734&#13;
&#13;
Chirurgien et naturaliste, il fut membre du Conseil souverain et seigneur.&#13;
&#13;
Seignelay, Jean-Baptiste Antoine Colbert, 1651-1690, marquis de&#13;
&#13;
Fils aîné de Jean-Baptiste Colbert, il succéda à son père à titre de secrétaire d’État de la&#13;
Marine de France de 1683 à 1690.&#13;
&#13;
- 1480 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Servien, François, 1598-1659&#13;
&#13;
Appelé « Mgr de Bayeux », il fut évêque de Bayeux de 1654 à 1659.&#13;
&#13;
Sevin, Charles, m. 1707&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Paris, il fut agent des Missions orientales à Rome de 1672 à 1674&#13;
et de 1676 à 1680. Il quitta le Séminaire de Paris en 1694 après s’être accaparé de fonds&#13;
d’une donation destinée au Séminaire.&#13;
&#13;
Souart, Gabriel, v. 1611-1691&#13;
&#13;
Sulpicien, il fut curé de Montréal de 1657 à 1666, supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à&#13;
Montréal de 1661 à 1668 et de 1674 à 1676. Il partit pour la France en 1686.&#13;
&#13;
Soumande, Louis, 1652-1706&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il desservit plusieurs paroisses de 1683 à 1706.&#13;
&#13;
Spada, Fabrizio, 1643-1717&#13;
&#13;
Archevêque de Patras, il fut nonce à Paris de 1674 à 1675, puis secrétaire d’État à Rome&#13;
de 1691 à 1700.&#13;
&#13;
T&#13;
Talon, Denis, 1628-1698&#13;
&#13;
Il fut avocat du roi au Châtelet de Paris, avocat général au Parlement de Paris en 1652 et&#13;
président au Parlement de Paris en 1691.&#13;
&#13;
Talon, Jean, v. 1626-1694&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Talon Du Quesnoy. Il fut intendant de la Nouvelle-France de 1665&#13;
à 1668 et de 1670 à 1672.&#13;
&#13;
Thomas, M. ✝&#13;
&#13;
Il fut conseiller au Châtelet de Paris, un ami de Henri-Marie Boudon et responsable, avec&#13;
M. Courtin, d’imprimer et de diffuser ses livres. Il fut l’un des biographes de Boudon après&#13;
son décès.&#13;
&#13;
Thubières de Levy de Queylus, Gabriel, 1612-1677&#13;
&#13;
Sulpicien, il fut official et grand-vicaire de l’archevêque de Rouen. Il fut le fondateur et&#13;
premier supérieur du Séminaire Saint-Sulpice à Montréal de 1657 à 1661 et de 1668 à&#13;
1671.&#13;
&#13;
Thury, Louis-Pierre, 1644-1699&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il fut missionnaire en Acadie de 1684 à 1687, à Pentagouet&#13;
de 1688 à 1696, puis devint vicaire général des missions acadiennes pour Saint-Vallier en&#13;
1698.&#13;
&#13;
Tiberge, Louis, 1651-1730&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Paris, il en fut le supérieur de 1694 à 1700.&#13;
&#13;
Tonti, Henri de, v. 1647-1704&#13;
&#13;
Autre forme du nom : Tonty. Officier des troupes de la Marine, il fut explorateur et&#13;
trappeur.&#13;
&#13;
Torcapel, Jean, ✝&#13;
&#13;
Prêtre du Séminaire de Québec, il devint le premier curé de Québec en 1660, mais repartit&#13;
pour la France après le premier hiver.&#13;
&#13;
- 1481 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Annexe V&#13;
&#13;
Tracy de Prouville, Alexandre, 1603-1670&#13;
&#13;
Il fut lieutenant-général de l’Amérique de 1663 à 1667.&#13;
&#13;
Tremblay, Henri-Jean, 1664-1740&#13;
&#13;
Recruté par Laval, il arriva en Nouvelle-France en 1687, desservit Saint-Pierre de l’île&#13;
d’Orléans de 1689 à 1692, puis fut envoyé en France à titre de procureur à Paris du&#13;
Séminaire de Québec et du chapitre de Québec. Il fut aussi procureur de toutes les missions&#13;
d’Asie et sous-diacre au Séminaire de Paris de 1694 à 1740.&#13;
&#13;
Tronson, Louis, 1622-1700&#13;
&#13;
Sulpicien, il fut aumônier du roi en 1654 et troisième supérieur général de la Compagnie&#13;
de Saint-Sulpice de 1676 à 1700.&#13;
&#13;
Trouvé, Claude, 1644-1704&#13;
&#13;
Sous-diacre au Séminaire Saint-Sulpice à Paris, il fut missionnaire au Kenté.&#13;
&#13;
U-V-W-X-Y-Z&#13;
Urfé, François d’, 1641-1701&#13;
Autre forme du nom : François-Saturnin Lascaris d’Urfé. Sulpicien, il fut missionnaire de&#13;
1668 à 1687.&#13;
&#13;
Vaultier, Jacques, 1646-1709&#13;
&#13;
Jésuite, il fut missionnaire de 1672 à 1681, puis procureur à Paris des missions canadiennes&#13;
de 1681 à 1689.&#13;
&#13;
Vilermaula, Louis-Michel de, m. 1757-1758&#13;
&#13;
Sulpicien, il desservit La Prairie de 1702 à 1707, Lachine de 1706 à 1707 et retourna en&#13;
France en 1718.&#13;
&#13;
Volant de Saint-Claude, Claude, 1654-1719&#13;
&#13;
Appelé « M. de Saint-Claude », frère jumeau de Pierre, prêtre du Séminaire de Québec, il&#13;
fut curé de Sorel de 1689 à 1693, puis de Varennes de 1693 à 1719.&#13;
&#13;
Volant de Saint-Claude, Pierre, 1654-1710&#13;
&#13;
Appelé « M. Volant », frère jumeau de Claude, prêtre du Séminaire de Québec, il fut&#13;
premier curé de Notre-Dame-de-l’Assomption de Repentigny de 1684 à 1688 et de 1692 à&#13;
1696, de L’Ange-Gardien en 1689, de Québec en 1690, et de Saint-Ours en 1691.&#13;
&#13;
Will, Daniel, m. 1661&#13;
&#13;
Marchand d’eau-de-vie, il fut excommunié par Laval en 1661, puis exécuté par l’autorité&#13;
civile pour traite illégale avec les Autochtones.&#13;
&#13;
- 1482 -&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
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                  <text>Cette collection comprend les documents ayant servi aux différents procès canoniques ainsi que la correspondance des postulateurs.</text>
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              <text>Chaque document de l'&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt; 2023 est aussi sur &lt;em&gt;Anima&lt;/em&gt; individuellement. Pour la table des matières, voir les signets du PDF.</text>
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                <text>François de Laval : le rapport de la cause de canonisation de 1956. Volume 2 : Les documents&#13;
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                <text>Accédez au &lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/14257"&gt;texte intégral&lt;/a&gt; (dernière mise à jour le 15 mars 2025)</text>
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                  <text>Cette collection comprend les documents contemporains de François de Laval dont il est l’auteur, le destinataire ou le sujet couvrant la période de 1623 à 1710 : correspondance, rapports, témoignages, actes. etc.</text>
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      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
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                <text>Office et messe de la Sainte-Famille, composés principalement par Glandelet, théologal, à Québec à la demande de Laval, 1er évêque de Québec, et vérifiés par des théologiens à Paris.</text>
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                <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/11263" class="show"&gt;Original en latin&lt;/a&gt; conservé au Musée de la civilisation, Fonds d'archives du Séminaire de Québec, MS211&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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                  <text>Cette collection comprend les articles de périodiques, revues, journaux, chapitres de livres, livres ou études publiées sur François de Laval</text>
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              <text>&lt;p&gt;Cet ouvrage de 1901 est une révision de &lt;em&gt;Vie de Mgr de Laval premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708 q&lt;/em&gt;ui a été publié en 2 volumes  en 1890. Il s’agit d’une nouvelle édition, revue, corrigée, mais abrégée au lieu d’augmentée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'ouvrage de 1901 sera suivi d'une nouvelle édition en 1906 et en 1923. Vous pouvez parcourir la chaîne des différentes éditions en consultant la section &lt;strong&gt;Relations entre&lt;/strong&gt; contenus, ci-contre.&lt;/p&gt;</text>
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                <text>&lt;div class="element-set"&gt;
&lt;div id="dublin-core-source" class="element"&gt;
&lt;div class="element-text"&gt;Accédez au&lt;span&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href="https://catalog.hathitrust.org/api/volumes/oclc/12740012.html"&gt;texte intégral&lt;/a&gt;&lt;span&gt; &lt;/span&gt;via HathiTrust&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class="element-set"&gt;
&lt;div id="texte-item-type-metadata-note" class="element"&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Accédez au &lt;a href="https://digitalcollections.ucalgary.ca/asset-management/2R3BF1FHBTN85"&gt;texte intégral&lt;/a&gt; via University of Calgary Digitization and Repository Services&lt;/p&gt;</text>
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                <text>&lt;span&gt;Préface&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Lettre du Cardinal Rampolla à l'auteur&lt;br /&gt;Décret d'introduction de la cause de béatificationde Mgr de Laval&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre I — Naissance de Mgr de Laval&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre II — Au Collège de La Flèche, etc.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre III — Archidiacre d'Évreux — À l'Ermitage de Caen&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre IV — Vicaire apostolique de la Nouvelle-France&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre V — Mgr de Laval et M. d'Argenson&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre VI — Mgr de Laval et la traite de l'eau-de-vie&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre VII — Premier voyage de Mgr de Laval en France&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre VIII — Mgr de Laval et M. de Mésy&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre IX — La dîme&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre X — Le Séminaire de Québec&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XI — Mgr de Laval et M. de Tracy&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XII — Mgr de Laval et les dévotions canadiennes&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XIII — La traite de l'eau-de-vie — Les Récollets au Canada&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XIV — Deuxième voyage de Mgr de Laval en France - Érection de l'évêché de Québec&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XV — Mgr de Laval et Frontenac&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XVI — Mgr de Laval et Montréal&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XVII — M. Dudouyt, agent de Mgr de Laval à Paris&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XVIII — Troisième voyage de Mgr de Laval en France — Dernières années d'administration&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XIX — Mgr de Laval se démet de son évêché&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XX — Mgr de Laval après sa démission&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;Chapitre XXI — Dernières années de Mgr de Laval — Sa mort&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;APPENDICE&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;I.—Chronologie de la vie de Mgr de Laval&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;II.—Les Souverains Pontifes du vivant de Mgr de Laval&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;III—Les curés de Montigny-sur-Avre&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;IV—Familles de Montigny&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;V—Extraits des registres de Montigny&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;VI— Informations canoniques sur Mgr de Laval&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span&gt;VII—Lettre du Frère Houssart&lt;br /&gt;VIII— Lettre du P. Gravier à Mgr. de Laval&lt;/span&gt;</text>
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La porterie&#13;
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L'église abbatiale&#13;
Le cloître&#13;
Le bâtiment abbatial&#13;
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La fontaine&#13;
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Le fossé du roi</text>
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                <text>Consultez la &lt;a href="http://www.worldcat.org/oclc/978206752" target="_blank" rel="noreferrer noopener"&gt;notice catalographique&lt;/a&gt; via WorldCat</text>
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                <text>Parce qu'ils y ont cru, on le voit! : le Séminaire de Québec célèbre ses 350 ans</text>
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                <text>Fruit des fêtes du 350e anniversaire de la fondation du Séminaire de Québec, cet ouvrage reprend la plupart des communications offertes lors du colloque tenu à l’Université Laval, au mois de mai 2013, sur le thème « Parce qu’ils y ont cru, on le voit ». Cette rencontre se proposait de plonger au cœur de la vision originelle qui a animé cette institution depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui. Trois grandes thématiques structurent le présent ouvrage: 1) l’intuition de la fondation, sa nouveauté et sa place dans la colonie naissante,  2) le virage qui a remodelé l’institution à la suite de la Conquête de 1759 alors que les prêtres du Séminaire, déjà formateurs de séminaristes, devinrent enseignants et éducateurs au service de la société et 3) les apports toujours actuels du Séminaire pour l’Église et la société tant au niveau de la pastorale que de l’éducation et du patrimoine culturel. (Résumé tiré du quatrième de couverture)</text>
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            <name>Alternative Title</name>
            <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
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                <text>Parce qu'ils y ont cru, on le voit!</text>
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                <text>Brodeur, Raymond</text>
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                <text>Giguère, Hermann</text>
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                <text>Routhier, Gilles</text>
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            <name>Table Of Contents</name>
            <description>A list of subunits of the resource.</description>
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                <text>PRÉSENTATION GÉNÉRALE par Raymond Brodeur&#13;
LIMINAIRES :&#13;
-Le Séminaire de Québec: une histoire à scruter, une vitalité à reconnaître par Jacques Roberge&#13;
-Du Séminaire de Québec à l'Université Laval: des airs de famille par Denis Brière&#13;
&#13;
PREMIÈRE PARTIE : UNE FONDATION INSPIRÉE&#13;
Chapitre 1 : « Envoyés à toutes rencontres » par Gilles Routhier&#13;
Chapitre 2 : Un Séminaire au carrefour des courants réformateurs et du Nouveau Monde par Catherine Marin&#13;
Chapitre 3 : Une communauté de prêtres pour une nouvelle Église par Lucien Lemieux&#13;
Chapitre 4 : La présence missionnaire du Séminaire de Québec en Amérique septentrionale par Hermann Giguère&#13;
Chapitre 5 : Le Séminaire des Missions étrangères de Paris par Gilles Reithinger&#13;
Chapitre 6 : Tridentinisation: le cas de l'Amérique du Nord par Dominique Deslandres&#13;
&#13;
DEUXIÈME PARTIE : UNE APRÈS-CONQUÊTE QUI CHANGE LA DONNE, CHANGEMENTS ET ÉVOLUTION&#13;
Chapitre 7 : Un projet de vie à redéployer. L’appel et le passage à la vocation d'éducateurs par Gilles Bureau&#13;
Chapitre 8 : Le Séminaire de Québec et l'ingénierie du système d'éducation du&#13;
Québec: propos pour un anniversaire par Pierre Lucier&#13;
Chapitre 9 : Le Séminaire de Québec et l'Université Laval: une tradition intellectuelle d'excellence (1852-1972) par James H. Lambert&#13;
Chapitre 10 : Le Séminaire de Québec à la lumière de ses auteurs et de ses publications par Pierrette Lafond&#13;
Chapitre 11 : Les collections et les musées du Séminaire de Québec: décrypter l’intention de l‘institution par Vincent Giguère&#13;
Chapitre 12 : Le Séminaire de Québec: redécouverte du patrimoine de la culture française en Amérique par Yves Bergeron&#13;
&#13;
TROISIÈME PARTIE : RAYONNEMENT SOCIAL ET CULTUREL DU SÉMINAIRE DE QUÉBEC&#13;
Chapitre 13 : Une vocation privilégiée: la formation des prêtres au service de l'Église par Marc Pelchat&#13;
Chapitre 14 : Le Séminaire de Québec et la formation de leaders pour l'Église et la société par Jacques Racine&#13;
&#13;
POSTFACE : La solidarité permanente et vivante du Séminaire de Québec avec l'Église par Pierre-André Fournier</text>
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                    <text>15&#13;
&#13;
Doc. Vili&#13;
&#13;
Le dernier jour de février 1654, M. de Beaumesnil, prêtre,&#13;
chantre chanoine, official d ’Évreux et vicaire-général de M. Gilles Boutoult, évêque de la dite ville, a conféré à Henri Boudon,&#13;
clerc du diocèse de Laon, 1’archidiaconé d ’Évreux vacant par la&#13;
résignation faite en sa faveur par François de Laval, prêtre,&#13;
dernier possesseur, suivant la signature donnée à Borne le 7 des&#13;
ides de décembre de la 10ème année du pontificat de Notre SaintPère le Pape Innocent X. Voyez le 17ème registre du Secrétariat,&#13;
fol. 8 verso.&#13;
DOC. V I I I&#13;
1654, 24&#13;
ïU N ii. Ex ms. « Vie de M. Boudon » auctore Thomas, in A rchivo dioecesis Ehroicensis asservato? pp. 110-111.&#13;
&#13;
E xc er pt um&#13;
&#13;
E p is t o l a e&#13;
&#13;
H e n r ic i B o u d o n , a n n o c ir c it e r&#13;
&#13;
Per la morte di suo padre nel 1636 e dei suoi due fratelli maggiori&#13;
nel 1644 e 1645, il Servo di Dio divenne capo della signoria di Montigny.&#13;
Riproduciamo qui il solo documento die conosciamo relativo a ll’amministrazione di detta signoria. È una lettera di Enrico Boudon, il quale di&#13;
recente proposto dal Servo di Dio e nominato arcidiacono di Évreux, era&#13;
a quest’epoca ospite della famiglia di Lavai a Montigny. Essa è inserita&#13;
in una vita dello stesso Boudon scritta da un certo Thomas nel 1706,&#13;
della quale si conserva un ms. nell’Archivio della diocesi di Évreux. Non&#13;
è datato, ma secondo Gosselin (p. 46), sarebbe del 1654, la quale data&#13;
abbiamo accettato come probabile. Monsieur l’abbé de Montigny nominato&#13;
in questa lettera non è altro che il nostro Servo di D io ; Madame de Montigny e Monsieur de Montigny sono rispettivamente sua madre e suo fratello Giovanni-Luigi, in favore del quale il Servo di Dio si dimetterà dalla&#13;
signoria di Montigny qualche anno dopo.&#13;
&#13;
Dimanche dernier en l ’église de Montigny, où je parlai aux&#13;
assistants des abus qui se commettent aux feux la veille de la&#13;
Saint-Jean, et en même temps je leur déclarai que le sieur curé&#13;
du dit lieu était résolu de faire en sa paroisse le feu public et&#13;
paroissial de la Nativité de saint Jean et leur dis que Monsieur&#13;
et Madame de Montigny leur défendaient d ’en faire plus aucun&#13;
particulier. Je leur avais parlé à tous auparavant en particulier, je veux dire à M. le curé, à Madame et à Messieurs de Montigny. La veille donc de la Saint-Jean étant arrivée (qui était&#13;
hier sur le soir), j ’allai avec M. l ’abbé de Montigny, Madame et&#13;
Monsieur de Montigny, son fils, qui voulurent que toute leur fa-&#13;
&#13;
�— 16 —&#13;
&#13;
Doc, ÏX&#13;
&#13;
mille les suivît pour le bon exemple à l ’église, où nous trouvâmes&#13;
grand nombre de peuples contre l ’espérance du sieur curé, qui&#13;
croyait qu’il n ’v viendrait personne: il y en avait qui étaient venus d ’une demi-lieue. Et toute la cérémonie du feu public et paroissial de la Saint-Jean fut faite en perfection avec la joie et&#13;
l ’édification de chacun. M. l ’abbé de Montigny avait envoyé un&#13;
homme exprès par tous les villages de la paroisse pour prendre&#13;
garde qu’on n ’y fît aucun feu particulier; ce qui fut fait. Mais&#13;
cornine on lui eut dit que dans une hôtellerie on se préparait à&#13;
en faire un, il y alla lui-même, le fit détruire et leur fera payer&#13;
quelque chose à l ’église pour n ’avoir pas gardé son ordre.&#13;
&#13;
DOC. IX&#13;
X IV a d S u m m u m P o n t i f i c e m A l e x a n d r u m V II, 1657, 26 i a n u a r i i . E x Originali in&#13;
Archivo Vaticano asservato, Princ., vol. SI, f. 4.&#13;
&#13;
E p is t o l a&#13;
&#13;
R e g is&#13;
&#13;
G a l l ia e&#13;
&#13;
L u d o v ic i&#13;
&#13;
Le pratiche fatte nel 1653 per inviare il Servo di Dio come vicario&#13;
apostolico nel Tonchino non ebbero esito. Il Portogallo, che esercitava da&#13;
lungo tempo un diritto di patrocinio sulle missioni dell’Estremo Oriente,&#13;
si oppose all’invio colà di vescovi francesi. Nel frattempo, il papa Innocenzo X morì (1655) e solo nel 1658 Alessandro V II riprese il progetto&#13;
del Padre de Rhodes. A questa data però, il Servo di Dio, su domanda&#13;
dei Padri Gesuiti, era stato già presentato al Papa con lettera del Re di&#13;
Francia in data del 26 gennaio 1657, per le missioni del Canadà.&#13;
Questa lettera fu già riprodotta nella Nova Positio, Summ. Add.,&#13;
pp. 457-459, da una copia dell’Archivio del Ministero degli Affari Esteri&#13;
di Parigi (Rome, voi. 195, f. 122). Noi ne abbiamo trovato l ’originale nell ’Archivio Vaticano e ne riproduciamo qui il testo.&#13;
&#13;
Très Saint Père.&#13;
Ceux qui sous la protection de cette couronne ont porté la&#13;
foi dans les pays septentrionaux de l ’Amérique ont en sorte&#13;
réussi en leur entreprise par le secours de la divine bonté qui&#13;
l ’a bénie, que pour y mettre la dernière main, ils ont cru être&#13;
obligés de demander qu’il fût établi un évêque et un siège épiscopal en ces pays-là, afin que les âmes converties pussent recevoir&#13;
les sacrements qui ne peuvent être conférés que par ceux qui en&#13;
ont le caractère. Ils ont eu recours à nous pour solliciter auprès&#13;
&#13;
�</text>
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                    <text>Extrait choisi, typographié et annoté en italien et en français, publié dans&lt;em&gt; Altera Nova Positio&lt;/em&gt;, 1956, Doc 8</text>
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                    <text>1&#13;
&#13;
.&#13;
&#13;
1706&#13;
.. Arqh. de l ’ Eyêphé d ’ Evreux, V ie .&#13;
Marrasorlte de Boudon (1706) pp.~ 64-. 65 .&#13;
&#13;
(M. Boudon) Quelque tarns après, e t la première année q u il v in t&#13;
a. P a ris, se trouvant, encore dans un pressant b e so in , e t s 'a d r e s ­&#13;
sant à un Sentillionime dans l ’ E glise d.e .Notre Dame,pour.luy de­&#13;
mander 1*aumône. Cet homme de q u a lité qui ne le con n a issoit p o in t&#13;
le rudoya f o r t , et lujr d it p lu sieu rs p a roles outrageantes la p p e la n t .fr ip o n , vagabond, fa in éa n t, et d’ autres .tern es sem blables.&#13;
M.. Boudon ra v i de se v o ir a in s i m a ltra ité d is son in d ig en oe, e t&#13;
d ’ avoir, en cela quai que .ressemblance .avec son P iv in M aître, qui&#13;
s ’ e st saoulé d’ opprobres, se r e t i r e sans r ie n d i r e . d e rriè re un&#13;
p i l i e r pour, lu y en rendre de tr è s humbles a ctio n s de g r â c e s , l e&#13;
Gentil-homme fa isa n t r é fle x io n s u r .le champ à la douceur, et à l a&#13;
t r a n q u illit é m erveilleu se, .avec la q u e lle ce pauvre garççn a v o it&#13;
reçu oes. injures., observa, oè,. i l a i l o i t , et l ’ ayant aperçu à g e ­&#13;
noux; dans une posture oapable de tou ch er le s coeurs le s plu s&#13;
in s e n s ib le s , i l le fu t jo in d r e , et lu y auant demandé: qui i l&#13;
e s t o i t , ce qui 1 *.a v o it f a i t venir à P a ris, l e sain t Ieune lu y&#13;
rép on d it: je s u is un pauvre é c o l i e r venu de Normandie pour ache­&#13;
v e r mes études en pet te u n iv e r s ité ; . qui n’ ayànt pa s. de.qaoy sub­&#13;
s i s t e r , me v o it o b lig é .p o u r v iv r e de demander l ’ aumSne, sans lu y&#13;
r ie n d ire n i de sa naissance n i de se s parens. une réponse de&#13;
ce tte .n a tu re p le in e de 1 ’ e s p r it.d e Dieu, f i t une t e l l e im pression&#13;
dans ce moment sur 1 Te s p r it de o e lu y q u i 1 *in te r r o g e a it &gt; que&#13;
d’ inhumain qu’ i l a v o it é té en son e n d r o it, i l se trouva rempli&#13;
du désiir de le sou la ger. I l lu y demanda dono aveo b on té: s ’ i l&#13;
v p u lo lt v e n ir dhes lu y , @u i l au roit beaucoup de f a c i l i t é s de&#13;
&#13;
�2&#13;
&#13;
.&#13;
&#13;
continuer sa P h ilosophie en.conférant de c e t t e scie n ce avec -un&#13;
e cc lé s ia s tiq u e de .ses parensj l ’ asseurant qu’ i l lu y donneroit l e s&#13;
secours tem porels, dont i l au roit "besoin. Ce vr&amp;y pauvre de Iesu s&#13;
Christ regardant le changement de ce Gentil-homme} et l o f f r e quül&#13;
lu y f a i s o i t comme un t r a it de providence qui v o u lo it encore pren­&#13;
dre so in de lu y dans La santé dont i l j o u i s s o i t , comme e l l e © voit&#13;
f a i t durant sa maladie aooepta c e t o f f r e j .entra dans la maison de&#13;
ce t homme dp q u a lit é , p r i t ce tte o cca sio n , pour f a i r e avancer ce&#13;
parent E cclé s ia s tiq u e ,d a n s.se s Etudes par des r é p é t it io n s et des&#13;
con féren ces, qu’ i l lu y f a i s o i t tou s le s jou rs} mais beaucoup p lu s&#13;
poux l ’ é d i f i e r par ses bons.exemples* e t l e p o r t e r par sés bons&#13;
Exmggigg c o n s e ils à la p ié t é , et a la pratique des, plus sublim es&#13;
v e rtu s. Le parent, de ce. gentilhomme, „ de.qu i . M., Boudon p r it s o in ,&#13;
n ’ e sto it* a u tre que M. D élavai, depuis Evêque de.Quebeo, qui ds&#13;
l a .s u i t t e se s e n tit s i reoonnoissant envers lu y , q u il lu y r é s i ­&#13;
gna le grand Arohidiaooné d ’ Evreux.&#13;
&#13;
Copié à l ’ Evêché d’ Evreux, l e t î j u i l l e t 1933.&#13;
Georges Ed. Deniers, p tr e .&#13;
&#13;
�1706.&#13;
A rch.-de l*Eveohé d*Bvreux,&#13;
Yie m&amp;nusorlte de. Boudon&#13;
(1706)&#13;
pp. 103 etd05.&#13;
&#13;
(Démission de ffiEgr de L. dè l*A roh idiacon é d*Evreux).&#13;
M. De Laval, ..qu&amp; oon n oissoit son mérite de^puis l e tems&#13;
que venant à . P a ris , i l 1 ' a v o i t . eu . pour s pn Hepe t i t su r, _au. 1 o g is&#13;
de M. son f r è r e , pomme nous lavons d it ; se voyant o b lig é de trou ­&#13;
v e r un.hpranie capable de rem plir l a charge du grand Arohidiaopné&#13;
d , Eyreux, q u ll devoit q u itt e r .incessamment; .parce qu’ ayant e s té&#13;
nommé, pour astre le Premier. Eveque d e .la nouvelle France, i l .de­&#13;
v a it.n e démettre auplutôt de c e tte d ig n ité de grand A rch id ia cre;&#13;
i l prut SH.déiKSiiaœ que M._ Boudon e s t o it l ’ homme l e plu s propre&#13;
à cet employ. Ce grand P rélat ne p erd it pas un moment pour réu s­&#13;
s i r dans son e n tre p rise : i l employa son cr é d it , son a u th o rlté ,&#13;
ses amis, e t tout son pouvoir pour o b lig e r le s e r v ite u r de Dieu&#13;
à a ccep ter l ’ o f f r e , q u ll lu y fa i s o i t de sa D ignité d’ Evreux. I l&#13;
lu y ob tin t un Extra tempora pour r e c e v o ir l é s S .S . Ordres .........&#13;
........ M. de la v a l ne manqua, pas dedonner à J l. Boudon l ’ un de ses&#13;
O ffic ie r s pour 1*accompagner à.Evreux, quand i l y retourna, a fin&#13;
dp prendre p ossession de son B énéfioe, aveo un menteau f o r t hono­&#13;
ra b le et de jju o y fa ir e honorablement son voyage, parce que l e&#13;
pauvate de Jésus n ’ a v o it n i o r n i argent ...........&#13;
&#13;
Copié à l ’ Evêôhé d’ Bvreux, l e 11 j u i l l e t 1933&#13;
.&#13;
&#13;
'&#13;
&#13;
&gt;&#13;
&#13;
*"&#13;
&#13;
«V&#13;
&#13;
Georges Ed. Demers, p tr e .&#13;
&#13;
••&#13;
&#13;
�</text>
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                    <text>Doc. VIII&#13;
Extrait d’une lettre d’Henri-Marie Boudon, 24 juin 1654, d’après le manuscrit Vie&#13;
de M. Boudon par Thomas, conservé aux Archives du diocèse d’Évreux, p. 110-111&#13;
À la suite de la mort de son père en 1636, puis de celles de ses deux frères aînés en 1644&#13;
et en 1645, le Serviteur de Dieu devint l’aîné de la seigneurie de Montigny. Nous&#13;
reproduisons ici le seul document traitant de l’administration de ladite seigneurie que nous&#13;
connaissons. Il s’agit d’une lettre d’Henri-Marie Boudon, qui, à la suite de la proposition&#13;
qui avait été faite au Serviteur de Dieu pour la fonction d’archidiacre d’Évreux en 1648,&#13;
fut l’invité de la famille de Laval à Montigny. Elle est insérée dans la Vie de M. Boudon,&#13;
écrite par un certain Thomas en 1706, dont on conserve un manuscrit aux Archives du&#13;
diocèse d’Évreux. Elle n’est pas datée, mais selon l’abbé Gosselin (Le vénérable François&#13;
de Montmorency*-Laval, premier évêque de Québec, 2e édition, Québec, 1923, p. 46) elle&#13;
serait de 1654, date que nous avons retenue comme probable. « M. l’abbé de Montigny »&#13;
qui est nommé dans cette lettre n’est autre que notre Serviteur de Dieu ;&#13;
« Mme de Montigny » et « M. de Montigny » sont respectivement sa mère et son frère&#13;
Jean-Louis, en faveur duquel le Serviteur de Dieu se démit de la seigneurie quelques années&#13;
plus tard.&#13;
&#13;
Dimanche dernier en l’église de Montigny, où je parlai aux assistants des abus qui&#13;
se commettent aux feux la veille de la Saint-Jean et en même temps je leur déclarai&#13;
que le sieur curé dudit lieu était résolu de faire en sa paroisse le feu public et&#13;
paroissial de La-Nativité-de-Saint-Jean et leur dis que M. et Mme de Montigny&#13;
leur défendaient d’en faire plus aucun particulier. Je leur avais parlé à tous&#13;
auparavant en particulier, je veux dire à M. le curé, à Mme et à MM. de Montigny.&#13;
La veille donc de la Saint-Jean étant arrivée (qui était hier sur le soir), j’allai avec&#13;
M. l’abbé de Montigny, Mme et M. de Montigny, son fils, qui voulurent que toute&#13;
leur famille les suivît pour le bon exemple à l’église, où nous trouvâmes grand&#13;
nombre de peuples, contre l’espérance du sieur curé, qui croyait qu’il n’y viendrait&#13;
personne : il y en avait qui étaient venus d’une demi-lieue. Et toute la cérémonie&#13;
du feu public et paroissial de la Saint-Jean fut faite en perfection avec la joie et&#13;
l’édification de chacun. M. l’abbé de Montigny avait envoyé un homme exprès par&#13;
tous les villages de la paroisse pour prendre garde qu’on n’y fît aucun feu&#13;
particulier ; ce qui fut fait. Mais comme on lui eut dit que dans une hôtellerie on se&#13;
préparait à en faire un, il y alla lui-même, le fit détruire et leur fera payer quelque&#13;
chose à l’église pour n’avoir pas gardé son ordre.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�</text>
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                    <text>Extrait typographié et annoté en français moderne par le Séminaire de Québec et publié dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt; revue et augmentée, 2023, Doc. 8</text>
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                  <text>Cette collection comprend les documents contemporains de François de Laval dont il est l’auteur, le destinataire ou le sujet couvrant la période de 1623 à 1710 : correspondance, rapports, témoignages, actes. etc.</text>
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                <text>Extrait de la&lt;em&gt; Vie de M. Boudon&lt;/em&gt;, écrite par un certain Thomas en 1706, dont un manuscrit est conservé aux Archives du diocèse d’Évreux. Il s'agit du seul document connu qui parle de la période dans laquelle Laval était seigneur de Montigny.</text>
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                <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;Original en français classique conservé aux Archives du diocèse d'Évreux&lt;/li&gt;
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                <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/id/13026" class="show"&gt;Extrait typographié et annoté en français moderne&lt;/a&gt; par le Séminaire de Québec et publié dans&lt;span&gt; &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;&lt;span&gt; &lt;/span&gt;revue et augmentée, 2023, Doc. 8&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/6906" class="show"&gt;Extrait typographié et annoté en italien et en français&lt;/a&gt;, publié dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;, 1956, Doc 8&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/6907" class="show"&gt;Extrait choisi et dactylographié en français classique &lt;/a&gt;par G.-É. Demers, v. 1930, et conservé au Centre d’animation François-De Laval&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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                    <text>Doc. XLIX&#13;
Extraits des Annales du monastère des Ursulines de Québec, 1681-1708, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives dudit monastère&#13;
Les Annales des Ursulines de Québec sont constituées de plusieurs registres manuscrits&#13;
dans lesquels sont inscrits jour après jour les faits les plus importants de l’histoire du&#13;
monastère, depuis la fondation en 1639 jusqu’en 1950. Malheureusement, la première&#13;
partie, de 1639 à 1686, a été détruite dans l’incendie de 1686. Pour remédier à cette perte,&#13;
cette partie fut immédiatement recomposée par la responsable des annales du temps, selon&#13;
les souvenirs des sœurs qui avaient connu le déroulement des faits depuis la fondation. À&#13;
partir de 1686, les nouvelles sont d’origine.&#13;
Comme le Journal des Jésuites (Doc. XX), les Annales des Ursulines n’étaient pas&#13;
destinées au public. C’est pourquoi les faits sont écrits avec simplicité, sans l’ombre d’une&#13;
émotion.&#13;
Les extraits que nous reproduisons ici se réfèrent non seulement aux rapports que le&#13;
Serviteur de Dieu eut avec les Ursulines durant son épiscopat, mais aussi à divers faits&#13;
survenus après sa démission en 1685, après sa mort et ses funérailles.&#13;
&#13;
1681&#13;
L’an 1681, au commencement de mars, Mgr François de Laval, premier évêque de&#13;
Québec, commença sa visite en notre maison et après avoir parlé à toutes les sœurs,&#13;
il en fit la conclusion le 17 du même mois, ordonnant à la communauté de laisser&#13;
les constitutions particulières que l’on avait composées pour cette maison après&#13;
son établissement et que l’on avait gardées jusqu’alors, pour prendre les&#13;
constitutions et règlements de la congrégation de Paris, nous unissant à ladite&#13;
congrégation et en prenant tout ce qui s’en peut observer en ce pays. À quoi l’on&#13;
obéit et dès le 20 du mois l’on commença à suivre l’ordre du jour ainsi qu’il est&#13;
marqué dans les constitutions. Le 25 du même mois, nous prîmes la coiffure et la&#13;
ceinture de cuir, car pour le reste de l’habit, ne se trouvant pas d’étoffe convenable,&#13;
il fallut attendre qu’il en fût venu de France pour les cottes et manteaux et l’on en&#13;
demanda cette année1.&#13;
1688&#13;
Le 3 juin de cette même année arriva le navire nommé le Soleil d’Afrique, dans&#13;
e&#13;
&#13;
lequel était M. de Laval, premier évêque de Québec. Son retour causa une joie&#13;
&#13;
Le décret du Serviteur de Dieu par lequel les constitutions de la congrégation des Ursulines de Paris sont&#13;
mises en vigueur au monastère de Québec date du 15 janvier 1682 et est conservé aux Archives de&#13;
l’archevêché de Québec, Registre A*, p. 132, n o 174. Autour de cette affaire, voir Doc. XXI, nos 3 et 5.&#13;
1&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�universelle, d’autant plus grande que l’on avait presque perdu l’espérance de le&#13;
revoir jamais. Deux jours après son arrivée, il nous fit l’honneur de nous rendre&#13;
visite.&#13;
Le 1er jour d’août de cette même année, Mgr Jean-Baptiste de Saint-Vallier, évêque&#13;
de Québec, revenant de France se faire sacrer, arriva en ce pays. L’on en eut la&#13;
nouvelle le matin à 4 heures et, sur les 5 ½ heures, Mgr de Laval alla au vaisseau&#13;
accompagné de M. de Bernières, doyen du chapitre. Le vaisseau arriva sur les 9 ou&#13;
10 heures du matin. Cependant, Mgr de Québec resta dans le vaisseau jusqu’à&#13;
2 heures après-midi [...].&#13;
Le samedi des Quatre-temps de septembre, Mgr de Québec voulut nous donner la&#13;
consolation de donner les ordres dans notre petite chapelle, y faisant un prêtre et&#13;
un diacre. Toute notre petite chapelle était remplie d’ecclésiastiques. Nos deux&#13;
prélats y étaient et environ 18 prêtres.&#13;
1705&#13;
J’ai oublié de marquer ci-devant que le 1er jour d’octobre les MM. du Séminaire&#13;
furent affligés par un second incendie par la faute d’un menuisier [...] Les&#13;
RR. PP. jésuites se sont comportés dans cette seconde fois avec la même charité et&#13;
cordialité qu’à la première. Mgr l’Ancien2 et M. Petit ont demeuré près de deux&#13;
mois dans leur infirmerie ; ce qui a été fort utile à Monseigneur, car quand il y fut,&#13;
l’on craignait qu’il ne mourût avant le départ des vaisseaux et quand il en est sorti,&#13;
il était tout rajeuni. Nous prions de tout notre cœur le Seigneur de le conserver&#13;
pour sa gloire et pour le bien du Canada.&#13;
1708&#13;
Le 6e mai, Mgr François de Laval, premier et ancien évêque de ce pays, décéda entre&#13;
7 et 8 heures du matin. Incontinent3 le peuple en fut averti par le son de toutes les&#13;
cloches de la ville, qui, aussitôt que la cathédrale sonna le premier glas, se mirent&#13;
à sonner aussi longtemps que la cathédrale. Et l’on continua à faire de même, trois&#13;
par jour, pendant les trois jours que son corps fut exposé à la vénération du public,&#13;
2&#13;
3&#13;
&#13;
Après la démission du Serviteur de Dieu en 1688, on l’appelait « Mgr l’Ancien ».&#13;
NDLR : immédiatement.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�tout le peuple s’empressant pour marquer la vénération qu’il avait pour cet illustre&#13;
défunt. On portait quantité de chapelets pour les mettre sur son corps et les lui&#13;
faire toucher, jusqu’aux enfants qui disaient et criaient : « Laissez-nous approcher&#13;
et voir le saint ». Les communautés ayant marqué un grand désir de voir ce&#13;
précieux dépôt, il fut résolu que l’on porterait son corps dans les quatre églises de&#13;
la haute-ville. L’on tendit les églises de noir, l’on fit une élévation au milieu des&#13;
églises, sur quoi on posait le corps entouré de lumières. L’on dit que le clergé, y&#13;
compris les enfants de chœur, était bien de 150 personnes, tous les curés de 30&#13;
lieues à la ronde s’étant rendus à Québec pour cette cérémonie. Tous les religieux&#13;
étaient joints avec le clergé. Jamais l’on avait rien vu de convoi pareil ni pompe&#13;
funèbre en ce pays. Aussi était-ce la pompe funèbre du premier évêque de la&#13;
Nouvelle-France.&#13;
Enfin, le troisième [jour] après son décès, il fut porté par six ecclésiastiques, qui se&#13;
rechangeaient à chaque station, dans les églises, savoir : chez les RR. PP. récollets,&#13;
ensuite ils vinrent dans notre petite chapelle, puis chez les RR.PP. jésuites, ensuite&#13;
à l’Hôtel-Dieu et de là ils retournèrent à la cathédrale et firent l’enterrement. Le&#13;
lendemain, nous lui fîmes un service solennel. M. de Glandelet chanta la grandmesse solennelle avec diacre et sous-diacre et nous chantâmes le Libera en plein&#13;
chant pour la première fois. M. de Glandelet nous dit un petit mot sur les vertus&#13;
qui avaient été les plus chères et qui faisaient comme le caractère de la sainteté de&#13;
notre illustre prélat. Ainsi finit cette triste cérémonie. L’on ne doute point que dans&#13;
la suite le Seigneur ne le manifeste ; d’autant plus qu’il a caché ses plus belles&#13;
actions par l’amour qu’il avait pour la solitude et vie cachée et abjecte.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�</text>
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                    <text>&lt;span&gt;Copie typographiée et annotée en français moderne par le Séminaire de Québec et publiée dans &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;&lt;span&gt; revue et augmentée, 2023, Doc. 49&lt;/span&gt;</text>
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                    <text>DOC. XLIX de l’ANP1&#13;
Extraits des Annales du monastère des Ursulines de Québec, 1681-1708, d’après&#13;
l’original conservé aux Archives du même monastère.&#13;
Les Annales des Ursulines de Québec sont constituées de plusieurs registres manuscrits dans&#13;
lesquels sont inscrits jour après jour les faits les plus importants de l’histoire du monastère,&#13;
depuis la fondation en 1639 jusqu’en 1950. Malheureusement, la première partie, de 1639 à&#13;
1686, a été détruite dans l’incendie de 1686. Pour remédier à cette perte, cette partie fut&#13;
immédiatement recomposée par la responsable des annales du temps, selon les souvenirs des&#13;
sœurs qui avaient connu le déroulement des faits depuis la fondation. À partir de 1686, les&#13;
nouvelles sont d’origine.&#13;
Comme le Journal des Jésuites (Doc. XX), les Annales des Ursulines n’étaient pas destinées&#13;
au public. C’est pourquoi les faits sont écrits avec simplicité, sans l’ombre d’une émotion.&#13;
Les extraits que nous reproduisons ici se réfèrent non seulement aux rapports que le Serviteur&#13;
de Dieu eut avec les Ursulines durant son épiscopat, mais aussi à divers faits survenus après&#13;
sa démission en 1685, après sa mort et ses funérailles.&#13;
&#13;
1681&#13;
L’an 1681, au commencement de mars, Mgr François de Laval, premier évêque de&#13;
Québec, commença sa visite en notre maison et après avoir parlé à toutes les sœurs,&#13;
il en fit la conclusion le 17 du même mois, ordonnant à la communauté de laisser&#13;
les constitutions particulières que l’on avait composées pour cette maison après&#13;
son établissement et que l’on avait gardées jusqu’alors, pour prendre les&#13;
constitutions et règlements de la congrégation de Paris, nous unissant à ladite&#13;
congrégation et en prenant tout ce qui s’en peut observer en ce pays. À quoi l’on&#13;
obéit et dès le 20 du mois l’on commença à suivre l’ordre du jour ainsi qu’il est&#13;
marqué dans les constitutions. Le 25 du même mois, nous prîmes la coiffure et la&#13;
ceinture de cuir, car pour le reste de l’habit, ne se trouvant pas d’étoffe convenable,&#13;
il fallut attendre qu’il en fût venu de France pour les cottes et manteaux et l’on en&#13;
demanda cette année2.&#13;
1688&#13;
Le 3 juin de cette même année arriva le navire nommé le Soleil d’Afrique, dans&#13;
lequel était M. de Laval, premier évêque de Québec. Son retour causa une joie&#13;
universelle, d’autant plus grande que l’on avait presque perdu l’espérance de le&#13;
e&#13;
&#13;
Transcription en orthographe moderne faite à partir de la copie sur original par G.-É. Demers, v. 1930,&#13;
publiée dans l’Altera Nova Positio (ANP) de 1956.&#13;
2&#13;
Note de Demers dans l’ANP : Le décret du Serviteur de Dieu par lequel les constitutions de la congrégation&#13;
des Ursulines de Paris sont mises en vigueur au monastère de Québec date du 15 janvier 1682 et est conservé&#13;
aux Archives de l’archidiocèse de Québec, Registre A, p. 132, no 174. Autour de cette affaire, voir Doc. XXI,&#13;
nos 3 et 5.&#13;
1&#13;
&#13;
�revoir jamais. Deux jours après son arrivée, il nous fit l’honneur de nous rendre&#13;
visite.&#13;
Le premier jour d’août de cette même année, Mgr Jean-Baptiste de Saint-Vallier,&#13;
évêque de Québec, revenant de France se faire sacrer, arriva en ce pays. L’on en&#13;
eut la nouvelle le matin à 4 heures et, sur les 5 ½ heures, Mgr de Laval alla au&#13;
vaisseau accompagné de M. de Bernières, doyen du chapitre. Le vaisseau arriva&#13;
sur les 9 ou 10 heures du matin. Cependant, Mgr de Québec resta dans le vaisseau&#13;
jusqu’à 2 heures après-midi [...]&#13;
Le samedi des Quatre-Temps de septembre, Mgr de Québec voulut nous donner la&#13;
consolation de donner les ordres dans notre petite chapelle, y faisant un prêtre et&#13;
un diacre. Toute notre petite chapelle était remplie d’ecclésiastiques. Nos deux&#13;
prélats y étaient et environ dix-huit prêtres.&#13;
1705&#13;
J’ai oublié de marquer ci-devant que le premier jour d’octobre les MM. du&#13;
Séminaire furent affligés par un second incendie par la faute d’un menuisier [...]&#13;
Les RR. PP. jésuites se sont comportés dans cette seconde fois avec la même charité&#13;
et cordialité qu’à la première. Mgr l’Ancien3 et M. Petit ont demeuré près de deux&#13;
mois dans leur infirmerie. Ce qui a été fort utile à Monseigneur, car quand il y fut,&#13;
l’on craignait qu’il ne mourût avant le départ des vaisseaux et quand il en est sorti,&#13;
il était tout rajeuni. Nous prions de tout notre cœur le Seigneur de le conserver&#13;
pour sa gloire et pour le bien du Canada.&#13;
1708&#13;
Le 6 mai, M François de Laval, premier et ancien évêque de ce pays, décéda entre&#13;
7 et 8 heures du matin. Incontinent le peuple en fut averti par le son de toutes les&#13;
cloches de la ville, qui, aussitôt que la cathédrale sonna le premier glas, se mirent&#13;
à sonner aussi longtemps que la cathédrale. Et l’on continua à faire le même, trois&#13;
par jour, pendant les trois jours que son corps fut exposé à la vénération du public,&#13;
tout le peuple s’empressant pour marquer la vénération qu’il avait pour cet illustre&#13;
défunt. On portait quantité de chapelets pour les mettre sur son corps et les lui&#13;
faire toucher. Jusqu’aux enfants qui disaient et criaient : « Laissez-nous approcher&#13;
et voir le saint ». Les communautés ayant marqué un grand désir de voir ce&#13;
précieux dépôt, il fut résolu que l’on porterait son corps dans les quatre églises de&#13;
la haute-ville. L’on tendit les églises de noir, l’on fit une élévation au milieu des&#13;
e&#13;
&#13;
3&#13;
&#13;
gr&#13;
&#13;
Note de Demers dans l’ANP : Après la démission du Serviteur de Dieu en 1688, on l’appelait « Mgr&#13;
&#13;
l’Ancien ».&#13;
&#13;
�églises, sur quoi on posait le corps entouré de lumières. L’on dit que le clergé, y&#13;
compris les enfants de chœur, était bien de cent cinquante personnes, tous les curés&#13;
de 30 lieues à la ronde s’étant rendus à Québec pour cette cérémonie. Tous les&#13;
religieux étaient joints avec le clergé. Jamais l’on avait rien vu de convoi pareil ni&#13;
pompe funèbre en ce pays. Aussi était-ce la pompe funèbre du premier évêque de&#13;
la Nouvelle-France. Enfin, le troisième [jour] après son décès, il fut porté par six&#13;
ecclésiastiques, qui se rechangeaient à chaque station, dans les églises, savoir : chez&#13;
les RR. PP. récollets, ensuite ils vinrent dans notre petite chapelle, puis chez les&#13;
RR. PP. jésuites, ensuite à l’Hôtel-Dieu et de là ils retournèrent à la cathédrale et&#13;
firent l’enterrement. Le lendemain, nous lui fîmes un service solennel.&#13;
M. de Glandelet chanta la grand-messe solennelle avec diacre et sous-diacre et&#13;
nous chantâmes le Libera en plein chant pour la première fois. M. de Glandelet&#13;
nous dit un petit mot sur les vertus qui avaient été les plus chères et qui faisaient&#13;
comme le caractère de la sainteté de notre illustre prélat. Ainsi finit cette triste&#13;
cérémonie. L’on ne doute point que dans la suite le Seigneur ne le manifeste ;&#13;
d’autant plus qu’il a caché ses plus belles actions par l’amour qu’il avait pour la&#13;
solitude et vie cachée et abjecte.&#13;
&#13;
/Traduction en français du texte de présentation et des annotations en italien par le P. Roger Laberge-mdv2018&#13;
&#13;
�</text>
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                    <text>Extraits choisis, typographiés et annotés en français moderne et publiés dans&lt;em&gt; Altera Nova Positio&lt;/em&gt; revue et augmentée, 2022, Doc. 49</text>
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                    <text>— 369 —&#13;
&#13;
Doc. XLIX&#13;
&#13;
taires, il lui demanda l ’écrit qu’il lui avait promis; il lui dit qu’il&#13;
l ’avait déjà commencé. Il lui demanda le temps qu’il souhaitait&#13;
qu’il lui menât le dit Chevalier. Il lui répondit qu’il voulait&#13;
avant cela que le dit intendant lui envoyât son domestique pour&#13;
en faire à sa discrétion. Le dit évêque lui dit que lui ayant donné&#13;
sa parole plusieurs fois à l ’égard du Chevalier, il ne croyait pas&#13;
qu’il dût faire difficulté de l ’exécuter. Le dit sieur de Frontenac&#13;
lui demanda de nouveau l ’écrit qu’il lui avait demandé. Il lui&#13;
fit réponse qu’il ne pouvait avec bienséance lui donner un écrit&#13;
dans lequel il était obligé de dire qu’il lui avait donné plusieurs&#13;
fois sa parole d ’une chose qu’il ne voulait point exécuter, quoiqu’elle regardât le bien de la paix. Il s’en alla chez lui, répétant&#13;
plusieurs fois qu’il retirait sa parole.&#13;
Quelques heures après, le dit sieur de Frontenac envoya le&#13;
major chez le dit sieur l ’Intendant pour lui demander le Chevalier, lequel ayant réponse qu’il l ’avait envoyé chez le dit évêque pour le lui mener quand il le désirerait, le dit major vint&#13;
chez le dit évêque et lui dit qu’il avait ordre du dit sieur de Frontenac de lui mener le dit Chevalier. Il lui dit qu’il l ’allait envoyer&#13;
quérir. Ce qu’ayant fait, il le remit entre les mains du dit major&#13;
qui le mena au dit sieur de Frontenac, lequel le fit arrêter et&#13;
mettre dans une chambre du fort.&#13;
&#13;
DOC. XLIX&#13;
E xc e r pt a e x&#13;
&#13;
A n n a l ib u s&#13;
&#13;
M o n a s t e r i i IT r s u l i n a r u m&#13;
&#13;
Quebec en-&#13;
&#13;
s i s , 1681-1708. Ex Originali in Archivo eiusdem Monasterii&#13;
asservato.&#13;
&#13;
Gli Annali delle Orsoline di Quebec eostitniscono diversi registri m a noscritti, nei quali vengono riferiti, giorno per giorno, i fatti più importanti della storia del monastero, dalla sua fondazione (1639) fino a tutt ’oggi. Sfortunatamente la prima parte, dal 1639 al 1686, fu distrutta&#13;
in un incendio nel 1686. Onde rimediare alla perdita, detta parte fu subito ricomposta dall’annalista del tempo, in base ai ricordi delle suore&#13;
che avevano conosciuto lo svolgimento dei fatti dalla fondazione in poi.&#13;
Col 1686, le notizie sono contemporanee.&#13;
Come il Journal des Jésuites (Doc. X X , pp. 45-51), così gli Annali&#13;
delle Orsoline non erano destinati al pubblico, e perciò stesso i fatti sono&#13;
riferiti con semplicità, senza ombra di calcolo.&#13;
24&#13;
&#13;
�Doc. XLIX&#13;
G li&#13;
&#13;
370 —&#13;
estratti&#13;
&#13;
che q u i r ip ro d u c ia m o&#13;
&#13;
si riferis con o&#13;
&#13;
n on&#13;
&#13;
solo&#13;
&#13;
alle&#13;
&#13;
r ela -&#13;
&#13;
zion i che il Serv o d i D io ebbe colle O rso lin e d u ra n te il suo ep iscopato ,&#13;
m a anche a d iv er si fa tti a cca d u ti dop o la sua dim issione&#13;
&#13;
(1 6 8 8 ), nonché&#13;
&#13;
alla su a m o rte e ai suoi fu n e ra li.&#13;
&#13;
1681&#13;
L ’an 1681, au commencement de mars, Mgr François de Laval, premier évêque de Québec, commença sa visite en notre&#13;
maison et après avoir parlé à toutes les sœurs, il en fit la conclusion le 17 du même mois, ordonnant à la communauté de laisser les constitutions particulières que l ’on avait composées pour&#13;
cette maison après son établissement et que l ’on avait gardées&#13;
jusqu’alors, pour prendre les constitutions et règlements de la&#13;
congrégation de Paris, nous unissant à la dite congrégation et&#13;
en prenant tout ce qui s’en peut observer en ce pays. A quoi l ’on&#13;
obéit et dès le 20 du mois l ’on commença à suivre l ’ordre du&#13;
jour ainsi qu’il est marqué dans les constitutions. Le 25 du même&#13;
mois, nous prîmes la coiffure et la ceinture de cuir, car pour le&#13;
reste de l ’habit, ne se trouvant pas d ’étoffe convenable, il fallut&#13;
attendre qu’il en fût venu de France pour les cottes et manteaux&#13;
et l ’on en demanda cette année.1&#13;
1688&#13;
Le troisième juin de cette même année arriva le navire nommé&#13;
le Soleil d’Afrique, dans lequel était M. de Laval, premier évêque de Québec. Son retour causa une joie universelle, d ’autant&#13;
plus grande que l ’on avait presque perdu l ’espérance de le revoir jamais. Deux jours après son arrivée, il nous fit l ’honneur&#13;
de nous rendre visite.&#13;
Le premier jour d ’août de cette même année, Mgr Jean-Baptiste de Saint-Valier, évêque de Québec, revenant de France se&#13;
faire sacrer, arriva en ce pays. L ’on en eut la nouvelle le matin&#13;
à quatre heures, et sur les cinq heures et demie Mgr de Laval&#13;
1 II decreto del Servo di Dio, col quale le costituzioni della congregazione di&#13;
Parigi vengono messe in vigore in quello di Québec, è in data 15 gennaio 1682&#13;
Archivio dell’Arcivescovado di Québec, Registro A, n. 174). Intorno a questa questione, cf. D oc . X X I , n. 8, pp. 55-56; n. 5, pp. 58-59.&#13;
&#13;
�371&#13;
&#13;
Doc. XLIX&#13;
&#13;
alla au vaisseau accompagné de M. de Bernières, doyen du Chapitre. Le vaisseau arriva sur les neuf ou dix heures du matin.&#13;
Cependant Mgr de Québec resta dans le vaisseau jusqu’à deux&#13;
heures après-midi...&#13;
Le samedi des Quatre-Temps de septembre, Mgr de Québec&#13;
voulut nous donner la consolation de donner les ordres dans notre petite chapelle, y faisant un prêtre et un diacre. Toute notre petite chapelle était remplie d ’ecclésiastiques. Nos deux prélats y étaient et environ dix-huit prêtres.&#13;
1705&#13;
J ’ai oublié de marquer ci-devant que le premier jour d ’octobre les Messieurs du Séminaire furent affligés par une seconde&#13;
incendie par la faute d ’un menuisier... Les Révérends Pères Jésuites se sont comportés dans cette seconde fois avec la même&#13;
charité et cordialité qu’à la première. Mgr l ’Ancien 1 et M. Petit&#13;
ont demeuré près de deux mois dans leur infirmerie. Ce qui a&#13;
été fort utile à Monseigneur, car quand il y fut, l ’on craignait&#13;
qu’il ne mourût avant le départ des vaisseaux, et quand il en&#13;
est sorti, il était tout rajeuni. Nous prions de tout notre cœur le&#13;
Seigneur de le conserver pour sa gloire et pour le bien du Canada.&#13;
1708&#13;
Le 6eme mai, Mgr François de Laval, premier et ancien évêque de ce pays, décéda entre sept et huit heures du matin. Incontinent le peuple en fut averti par le son de toutes les cloches de&#13;
la ville, qui, aussitôt que la cathédrale sonna le premier glas, se&#13;
mirent à sonner aussi longtemps que la cathédrale. Et l ’on continua à faire le même, trois par jour, pendant les trois jours&#13;
que son corps fut exposé à la vénération du public, tout le peuple&#13;
s’empressant pour marquer la vénération qu’il avait pour cet&#13;
illustre défunt. On portait quantité de chapelets pour les mettre&#13;
sur son corps et les lui faire toucher. Jusqu’aux enfants qui disaient et criaient : « Laissez-nous approcher et voir le saint ».&#13;
Les communautés ayant marqué un grand désir de voir ce pré1 Così era chiamato il Servo di Dio, dopo la sua dimissione avvenuta nel 1688.&#13;
&#13;
�— 372 —&#13;
&#13;
Doc. L&#13;
&#13;
cieux dépôt, il fut résolu que l ’on porterait son corps dans les&#13;
quatre églises de la haute-ville. L ’on tendit les églises de noir,&#13;
l ’on fit une élévation au milieu des églises, sur quoi on posait le&#13;
corps entouré de lumières. L ’on dit que le clergé, y compris les&#13;
enfants de chœur, était bien de cent cinquante personnes, tous les&#13;
curés de trente lieues à la ronde s’étant rendus à Québec pour&#13;
cette cérémonie. Tous les religieux étaient joints avec le clergé.&#13;
Jamais l ’on avait rien vu de convoi pareil ni pompe funèbre&#13;
en ce pays. Aussi était-ce la pompe funèbre du premier évêque&#13;
de la Nouvelle-France. Enfin le troisième [jour] après son décès,&#13;
il fut porté par six ecclésiastiques, qui se rechangeaient à chaque&#13;
station, dans les églises, savoir: chez les Révérends Pères Récollets, ensuite ils vinrent dans notre petite chapelle, puis chez les&#13;
Révérends Pères Jésuites, ensuite à l ’Hôtel-Dieu, et de là ils&#13;
retournèrent à la cathédrale et firent l ’enterrement. Le lendemain, nous lui fîmes un service solennel. M. Glandelet chanta la&#13;
grand’messe solennelle avec diacre et sous-diacre, et nous chantâmes le libera en plein chant pour la première fois. M. Glandelet&#13;
nous dit un petit mot sur les vertus qui avaient été les plus chères et qui faisaient comme le caractère de la sainteté de notre&#13;
illustre prélat. Ainsi finit cette triste cérémonie. L ’on ne doute&#13;
point que dans la suite le Seigneur ne le manifeste; d ’autant&#13;
plus qu’il a caché ses plus belles actions par l ’amour qu’il avait&#13;
pour la solitude et vie cachée et abjecte.&#13;
&#13;
DOC. L&#13;
E x c e r p t a e x E p is t o l a S e r v i D e i a d s a c e r d o t e m D u d o u y t , a p u d&#13;
R e g e m G a l l ia e S e m in a r ii Q u e b e c e n s is P r o c u r a t o r e m , 1683,&#13;
&#13;
E x Originali in Archivo Seminarii Quebecensis asservato, Pol. I X , n. 103-A.&#13;
&#13;
6 No v e m b r i s .&#13;
&#13;
D a una lu n g a lettera del S erv o d i D io a l sa cerdote D u d o u y t in to rno&#13;
a diverse questioni di a m m inistra zio ne del S em in ario d i Q uébec, abbiam o&#13;
creduto&#13;
&#13;
opp ortu n o&#13;
&#13;
rip ro d u rn e&#13;
&#13;
qui a lcu ni pa ssi.&#13;
&#13;
Di&#13;
&#13;
p artico la re&#13;
&#13;
interesse&#13;
&#13;
sono quelli rela tiv i a l pro g etto di fus io ne del S em in a rio d i S an Su lpizio&#13;
di M o n tréa l col S em in a rio d i Q uébec, allo scopo di ottenere così u n a sola&#13;
fa m ig lia&#13;
&#13;
sacerdotale&#13;
&#13;
(c f . L a T o u r ,&#13;
&#13;
nel&#13;
&#13;
Canada.&#13;
&#13;
Q uesto&#13;
&#13;
Mémoires sur M. de Laval,&#13;
&#13;
p ro getto&#13;
&#13;
p erò&#13;
&#13;
non&#13;
&#13;
lib . V I , su lla fine).&#13;
&#13;
ebbe&#13;
&#13;
esito&#13;
&#13;
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                    <text>Extraits choisis, typographiés et annotés en français et en italien publiés dans&lt;em&gt; Altera Nova Positio&lt;/em&gt;, 1956, Doc. 49</text>
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                  <text>Cette collection comprend les documents contemporains de François de Laval dont il est l’auteur, le destinataire ou le sujet couvrant la période de 1623 à 1710 : correspondance, rapports, témoignages, actes. etc.</text>
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                <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;Original en français classique conservé au Musée des Ursulines de Québec&lt;/li&gt;
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                <text>&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/6918" class="show"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/10393" class="show"&gt;Copie typographiée et annotée en français moderne&lt;/a&gt; par le Séminaire de Québec et publiée dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio &lt;/em&gt;revue et augmentée, 2023, Doc. 49&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/6918" class="show"&gt;Extraits choisis, typographiés et annotés en français moderne&lt;/a&gt; et publiés dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio &lt;/em&gt;revue et augmentée, 2023, Doc. 49&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/6919" class="show"&gt;Extraits choisis, typographiés et annotés en français et en italien&lt;/a&gt; publiés dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;, 1956, Doc. 49&lt;/li&gt;
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                    <text>Introduction générale aux Docs. LI&#13;
Lettres, mémoires, actes et procès-verbaux qui illustrent les relations&#13;
du Serviteur de Dieu avec son successeur&#13;
au sujet de l’évêché de Québec, 1684-1703&#13;
En 1684, le Serviteur de Dieu se rendit en France pour remettre sa démission de l’évêché&#13;
de Québec pour de graves raisons de santé1. Il trouva rapidement un secours en la personne&#13;
de l’abbé Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières de Saint-Vallier, aumônier royal, qu’il&#13;
envoya à Québec comme son vicaire général et qui devint par la suite son évêque&#13;
successeur (1688-1727). Toutefois, le Serviteur de Dieu se remit de sa maladie et put&#13;
retourner au Canada en 1688, où il vécut encore 20 ans, principalement à Québec, pendant&#13;
que son successeur était en fonction.&#13;
Ainsi, le Serviteur de Dieu se trouva dans une position plutôt délicate et difficile : alors&#13;
qu’il eût espéré passer les dernières années de sa vie dans le recueillement, le tempérament&#13;
différent et les vues opposées de son successeur lui causèrent de grandes peines. Au cours&#13;
de ses 29 années à la tête de l’Église de Québec, Mgr de Laval l’avait dotée d’une&#13;
organisation qu’il croyait la meilleure pour le pays et selon l’esprit de Dieu. Or, durant sa&#13;
retraite, il dut assister à un changement d’orientation systématique par Mgr de Saint-Vallier&#13;
et à la modification, et parfois la suppression, d’œuvres qui lui étaient chères.&#13;
Il nous semble nécessaire d’étudier les relations entre le Serviteur de Dieu et son&#13;
successeur, puisque jusqu’à maintenant, cet aspect de la Cause n’a pas été considéré et que&#13;
rien n’a été publié à ce sujet.&#13;
Pour ce faire, nous avons recueilli une imposante quantité de nouvelles, de mémoires et de&#13;
lettres au sujet de cette période. Nous avons ensuite analysé tout ce matériel, en grande&#13;
partie nouveau, cherchant toujours à mettre en lumière la position et l’attitude du Serviteur&#13;
de Dieu. Pour la clarté de notre propos, nous avons disposé cette documentation en sept&#13;
thèmes chronologiques.&#13;
1° La part du Serviteur de Dieu dans l’élection de son successeur, 1684-1685&#13;
2° La relation du Serviteur de Dieu avec l’abbé de Saint-Vallier, successeur désigné&#13;
et vicaire général, alors que Mgr de Laval était toujours en fonction, 1685-1688&#13;
3° Le retour du Serviteur de Dieu à Québec après sa démission et les difficultés&#13;
liées à ce retour, 1686-1688&#13;
4° Les raisons du Serviteur de Dieu d’intervenir dans les controverses entre&#13;
Mgr de Saint-Vallier et le Séminaire de Québec, 1688-1692&#13;
5° Les raisons d’intervenir dans les controverses entre Mgr de Saint-Vallier, le&#13;
Séminaire de Québec et le chapitre de l’église cathédrale, 1692-1695&#13;
&#13;
NDLR : La raison souvent citée que donna Mgr de Laval pour sa démission était sa santé défaillante.&#13;
Toutefois, nous croyons que les oppositions à ses façons de faire de la part du gouvernement au Canada et&#13;
en France, de plus en plus nombreuses, ainsi que la diminution de son influence à la Cour, qui le jugeait trop&#13;
entêté, notamment au sujet de la traite de l’eau-de-vie, ont probablement contribué à sa décision de se&#13;
démettre. Plutôt que de tenir mordicus à sa position par orgueil, il semblerait qu’il ait eu la réflexion que s’il&#13;
n’était plus jugé comme étant l’homme de la situation, il valait mieux, pour le bien de l’Église, laisser sa&#13;
place à un autre.&#13;
1&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�6° Les raisons d’intervenir lorsque plusieurs espéraient la démission de&#13;
Mgr de Saint-Vallier, 1695-1696&#13;
7° Quelques nouvelles sur les relations et la collaboration entre le Serviteur de Dieu&#13;
et son successeur, Mgr de Saint-Vallier, 1698-1703&#13;
En plus de cette introduction générale, chaque thème comporte des notes préliminaires ;&#13;
ainsi, nous croyons qu’un lecteur parcourant les Docs. LI dans en entier sera en mesure de&#13;
se faire une idée assez claire du déroulement des faits et de les évaluer à leur juste mesure.&#13;
Pour ce faire, toutefois, il devra d’abord connaître la personnalité de Mgr de Saint-Vallier.&#13;
Nous croyons donc opportun de donner quelques notes et appréciations des historiens sur&#13;
le successeur du Serviteur de Dieu.&#13;
Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières de Saint-Vallier est né à Grenoble en 1653. Dès&#13;
son ordination à la prêtrise en 1675, il fut nommé chanoine de Grenoble et aumônier du&#13;
roi. Il conserva cette dernière fonction jusqu’en 1684, lorsqu’il fut proposé comme&#13;
successeur à l’évêché de Québec. En 1685, il fut envoyé par le Serviteur de Dieu au Canada&#13;
en qualité de vicaire général. Il revint en France deux ans plus tard, fut nommé évêque de&#13;
Québec en 1687, consacré le 24 janvier 1688, puis retourna au Canada la même année et y&#13;
exerça son ministère épiscopal avec un grand zèle, visitant son immense diocèse, fondant&#13;
diverses œuvres de charité et s’opposant avec énergie à tous les abus. En 1704, à la suite&#13;
d’un voyage en France, il s’embarqua en direction du Canada pendant la guerre de&#13;
succession d’Espagne et son navire fut embusqué par les Britanniques. Il fut fait prisonnier&#13;
de guerre et déporté en Angleterre. Mgr de Saint-Vallier ne put retourner dans son diocèse&#13;
que cinq ans plus tard, après le décès du Serviteur de Dieu (en 1708), où il mourut en 17272.&#13;
On peut croire qu’au cours de son long ministère épiscopal, Mgr de Saint-Vallier fut certes&#13;
animé des meilleures intentions ; malheureusement, il eut aussi certains défauts de&#13;
caractère qui créèrent, tant pour lui que pour ceux œuvrant avec lui, de nombreux&#13;
problèmes et difficultés. Même un historien impartial ne peut cacher que Mgr de SaintVallier agit souvent davantage par zèle que par prudence et équilibre. À ce propos, nous&#13;
croyons utile de reproduire ici le jugement général du P. Camille de Rochemonteix, jésuite,&#13;
de la personne de Mgr de Saint-Vallier, qui correspond à celui que nous avons formé nousmême à la lecture de la documentation recueillie. Cette page est extraite de son livre Les&#13;
Jésuites et la Nouvelle-France au 17e siècle, Paris, 1895-1896, vol. 3, p. 313-315.&#13;
D’une nature ardente au bien, mais inhabile à y tendre par les tempéraments et les&#13;
ménagements nécessaires, jeune, sans expérience, ne se pliant que difficilement à&#13;
l’étude des situations, de leurs ressources et de leurs difficultés, Mgr de Saint-Vallier&#13;
eut le grand tort de ne pas assez s’entourer de conseils. Opiniâtre, en Dauphinois&#13;
qu’il était, dans le maintien de ses droits, ou de ce qu’il se figurait être ses droits, il&#13;
ne reculait devant aucun obstacle quand il s’agissait de les défendre et de les faire&#13;
triompher. Il avait un sentiment si exagéré de la dignité épiscopale qu’il allait&#13;
parfois jusqu’à croire que tout, dans son diocèse, devait céder devant son unique&#13;
volonté. On aurait dit, au début de son épiscopat, qu’il avait adopté pour devise&#13;
le « sit pro ratione voluntas3»4. D’un tempérament excessif, il mettait peut-être,&#13;
2&#13;
&#13;
Mgr de Saint-Vallier et l’Hôpital général de Québec, Québec, 1882 ; H. Têtu, Les évêques de Québec,&#13;
Québec, 1889, p. 78-155 ; Gosselin, L’Église du Canada depuis Mgr de Laval jusqu’à la conquête, 1re partie,&#13;
Mgr de Saint-Vallier, Québec, 1911.&#13;
3&#13;
NDLR : « Hoc volo, sic jubes ; sit pro ratione voluntas! » « Je le veux, je l’ordonne ; la raison, c’est ma&#13;
volonté ! » (Juvénal, Satires no 6, 1.223)&#13;
4&#13;
NDLR : Rochemonteix ajoute cette note : « Mgr de Laval écrivait à l’archevêque de Paris, 1696 : “Vous&#13;
n’aurez pas de peine à juger du caractère de son esprit [de M gr de Saint-Vallier] et de l’impossibilité qu’il&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�sans bien s’en rendre compte, au service de ses volontés impérieuses, quand il&#13;
rencontrait une résistance, des excès de pouvoir regrettables ; alors qu’il avait&#13;
beaucoup de peine à reconnaître les droits d’autrui, il en avait moins à les sacrifier.&#13;
Ceux qui ont tracé ce portrait de Mgr de Saint-Vallier ont relevé d’autres défauts,&#13;
moins saillants, très graves pourtant. Il manquait, disent-ils, d’équilibre et de tact ;&#13;
il ne savait pas faire les choses à propos, ni avec les égards voulus pour les&#13;
personnes. Il y avait à réformer au Canada, il aimait à réformer ; mais les réformes&#13;
exigent un savoir-faire, une habileté que la nature avare lui avait refusée.&#13;
Cette appréciation générale de quelques historiens sur le caractère de Mgr de SaintVallier ressort, en effet, pour une partie notable, de la lecture attentive de sa vie ;&#13;
elle explique les actes les plus blâmés, et quelques fois les plus blâmables, de son&#13;
long épiscopat. Il opéra sans doute des réformes très heureuses dans son Église, il&#13;
créa des œuvres durables ; si, en les faisant, il eût moins blessé, moins froissé, moins&#13;
dépassé la mesure, s’il eût respecté davantage les règles de l’équité, on ne tarirait&#13;
pas d’éloges sur son compte ; lui-même n’eût pas soulevé contre son administration&#13;
ces mécontentements et ces plaintes qui furent la source de ses tristesses et de ses&#13;
déboires.&#13;
Pour être complètement juste envers un prélat, dont les facultés morales ne furent&#13;
pas assez tenues en équilibre, il convient d’ajouter que le prêtre se montra toujours&#13;
régulier, dévoué, rempli du zèle de la Maison de Dieu. On a pu avec raison&#13;
suspecter, en plus d’une circonstance, la pureté de ses intentions et sa franchise ;&#13;
jamais on n’a versé le blâme sur sa vertu sacerdotale. Eut-il toujours conscience de&#13;
la gravité de certaines mesures administratives, où la charité et la justice furent&#13;
également lésées ? La question est plus facile à poser qu’à résoudre. &#13;
On comprend qu’avec un homme animé de principes de gouvernement aussi absolus et&#13;
doté d’une trop grande estime de son autorité, des problèmes et des désaccords ne&#13;
pouvaient que se produire. En effet, plusieurs contentieux surgirent entre le clergé et lui,&#13;
les religieux et les autorités civiles. Le Serviteur de Dieu, tout en étant conscient de ces&#13;
disparités, se tint généralement à l’écart ; toutefois, étant assailli de requêtes pour ses&#13;
conseils par rapport à certaines difficultés, principalement celles liées au Séminaire de&#13;
Québec, il ne put en bonne conscience refuser de les donner et d’entrer par conséquent dans&#13;
la controverse.&#13;
Or, il s’agit là d’un point délicat : même si le lecteur ne cherche pas à évaluer l’héroïcité&#13;
des vertus du Serviteur de Dieu, il peut se questionner à savoir si l’attitude et les actions de&#13;
Mgr de Laval dans ces situations étaient justifiables.&#13;
L’introduction générale, les notes préliminaires de chaque chapitre et tous les documents&#13;
de cette section LI démontreront, selon nous, que le Serviteur de Dieu a pensé et agi de&#13;
façon entièrement justifiable.&#13;
En effet, il nous semble, à la suite de l’étude des nombreux documents que nous avons&#13;
rassemblés ici, que Mgr de Laval chercha constamment à demeurer hors de toute&#13;
discussion et lorsqu’il intervint directement, il le fit avec prudence et avec la certitude&#13;
d’agir pour le bien de la cause. Nous retrouvons cette attitude même dans ses lettres&#13;
personnelles, écrites pour ouvrir son cœur à des gens de confiance et ayant de l’expérience&#13;
change. Il est incapable de ne prendre aucun conseil que de lui-même, ayant des principes et des maximes&#13;
qu’il a assez manifestés en plusieurs fois, de croire que le caractère épiscopal donne des lumières à un évêque&#13;
pour sa conduite, sans avoir besoin d’aucun conseil en ce qui concerne le gouvernement de son Église. […]&#13;
C’est un caractère d’esprit irréversible.” (Gosselin, Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre&#13;
du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, p. 449. » Lettre reproduite en LI-VI-9.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�en la matière. Le fait le plus important, croyons-nous, est que le Serviteur de Dieu, tout en&#13;
n’approuvant pas l’orientation et les actions de Mgr de Saint-Vallier, ne manifesta jamais&#13;
d’aversion ou de rancœur personnelle envers son successeur. Même dans la célèbre lettre&#13;
de 1696 (Doc LI-VI-8), dans laquelle le Serviteur de Dieu répondit à la requête de&#13;
Mgr de Saint-Vallier qu’il lui dise sincèrement ce qu’il pensait de l’œuvre de ce dernier, il&#13;
exprima sa divergence d’opinions, sans expédients inutiles, mais aussi sans animosité&#13;
personnelle, sans aigreur et avec pour seul objectif le bien de l’Église de Québec.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�</text>
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                    <text>&lt;span&gt;Introduction générale en français moderne aux Docs. 51 de &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;&lt;span&gt; revue et augmentée, 2023&lt;/span&gt;</text>
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                    <text>Introduction aux Docs. LI-VII&#13;
La relation et la collaboration du Serviteur de Dieu avec son successeur,&#13;
Mgr de Saint-Vallier, 1698-1703&#13;
Les graves dissensions qui avaient divisé le clergé canadien durant plus de dix ans&#13;
étaient enfin apaisées. Rentré à Québec à l’été 1697, Mgr de Saint-Vallier y fut&#13;
reçu avec bienveillance et l’on s’aperçut bien vite que son attitude fut&#13;
profondément différente de celle qu’il avait eue auparavant. Comme le remarque&#13;
l’abbé Gosselin :&#13;
Le prélat venait de passer par une dure épreuve dans ce séjour prolongé&#13;
qu’on l’avait obligé de faire en France : cette épreuve avait adouci les côtés&#13;
un peu âpres et difficiles de son caractère. On allait entrer dans une ère de&#13;
paix que n’avait pas connue depuis longtemps l’Église du Canada ; et&#13;
Mgr de Laval, qui y avait tant contribué par sa patience, sa douce&#13;
résignation et sa prière fervente, aurait eu bien raison de s’écrier :&#13;
« Quorum pars magna fui1 ! » (Vie de Mgr de Laval, premier évêque de&#13;
Québec et apôtre du Canada, 1622-1708, Québec, 1890, vol. 2, p. 462)&#13;
En effet, de 1697 à sa mort en 1727, les rapports de Mgr de Saint-Vallier avec ses&#13;
diocésains furent, dans l’ensemble, pacifiques, de même que ses relations avec le&#13;
Serviteur de Dieu durant les quatre années qu’ils vécurent ensemble, c’est-à-dire&#13;
jusqu’en 1701, lorsque Mgr de Saint-Vallier partit pour la France. Il ne put&#13;
retourner qu’en 1713, cinq ans après le décès de Mgr de Laval (1708).&#13;
Nous reproduisons dans cette section quelques documents illustrant la cordialité&#13;
des relations entre les deux évêques durant cette dernière période (1697-1708), en&#13;
plus des divers faits relatés dans les autres parties de cette Positio. On peut même&#13;
dire que leurs rapports furent inspirés par un véritable désir de paix et de parfaite&#13;
entente ; cela ressort des lettres du ministre de Pontchartrain (nos 3, 4 et 7) et de&#13;
l’intendant de Champigny (no 5).&#13;
D’autres documents révèlent qu’ils travaillèrent ensemble à diverses œuvres qui&#13;
leur étaient particulièrement chères. Cette collaboration est d’autant plus&#13;
remarquable de la part du Serviteur de Dieu qu’il continuait à arriver de France&#13;
de nouvelles manœuvres contre Mgr de Saint-Vallier. À ce sujet, dans sa lettre du&#13;
28 avril 1700 (Musée de la civilisation, Fonds d’archives du Séminaire de Québec,&#13;
Lettres N, no 110), l’ancien gouverneur de Denonville exprimait le désir que de&#13;
Québec se manifestent aussi des voix contre Mgr de Saint-Vallier. À notre&#13;
connaissance, le Serviteur de Dieu n’adhéra pas à ces machinations et appuya&#13;
pleinement son successeur dans toutes ses initiatives, de sorte que l’harmonie&#13;
entre les deux évêques ne se manifesta pas seulement en paroles, mais aussi en&#13;
faits.&#13;
Quelques cas en témoignent : l’intervention bienveillante du Serviteur de Dieu,&#13;
sur la demande expresse de Mgr de Saint-Vallier, pour résoudre une difficulté&#13;
administrative née entre les Jésuites et les Autochtones de la mission de Lorette&#13;
(no 1) ; sa participation active dans les graves difficultés rencontrées par son&#13;
successeur dans l’établissement définitif de l’Hôpital général de Québec, œuvre&#13;
particulièrement chère à Mgr de Saint-Vallier et pour laquelle le Serviteur de Dieu&#13;
manifesta plusieurs fois sa grande sympathie (no 6) ; leur collaboration, en 1698,&#13;
pour l’érection d’une mission confiée au Séminaire de Québec auprès des&#13;
1&#13;
&#13;
NDLR : « Où je n’ai eu que trop de part. » (Virgile, Énéide, liv. 2, v. 6)&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Autochtones du Mississippi (no 2) ; et l’appui du Serviteur de Dieu à Mgr de SaintVallier dans l’institution des Frères hospitaliers, dits Frères Charon, dans la&#13;
fondation d’un monastère d’ursulines à Trois-Rivières, dans la création à Québec&#13;
d’une école confiée aux sœurs de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal,&#13;
etc.&#13;
Tout ceci se réalisa avant que Mgr de Saint-Vallier quitte Québec en 1701. Après&#13;
ce départ, nous n’avons aucun document traitant de leur collaboration, mais tout&#13;
porte à croire que leurs rapports ont continué à être cordiaux.&#13;
Ainsi, les nombreuses relations longtemps tendues entre Mgr de Saint-Vallier et le&#13;
Serviteur de Dieu se terminèrent en une période de bonne entente. Est-ce que le&#13;
retour de cette concorde était dû uniquement au changement d’attitude de&#13;
Mgr de Saint-Vallier – changement qui fut d’une certaine façon réel – ou est-ce&#13;
que le Serviteur de Dieu, qui avait depuis longtemps perdu espoir que son&#13;
successeur puisse adoucir son caractère, y avait contribué en désirant conserver la&#13;
paix à tout prix ? Il serait difficile de nous prononcer. Contentons-nous de dire&#13;
que cette harmonie jeta une lumière favorable sur toutes les affaires antérieures.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�</text>
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                    <text>&lt;span&gt;Introduction en français moderne aux Docs. 51-7 de &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;&lt;span&gt; revue et augmentée, 2023&lt;/span&gt;</text>
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                    <text>Doc. LI-VII-6&#13;
Extraits des Annales de l’Hôpital général de Québec, 1699-1704, d’après l’original&#13;
conservé aux Archives dudit hôpital&#13;
L’Hôpital général de Québec a été fondé par Mgr de Saint-Vallier en 1692. Le Serviteur de&#13;
Dieu, qui l’avait depuis longtemps, fut bien heureux de la voir réalisée et profita de cette&#13;
occasion pour manifester son attachement à cette œuvre. En 1700, pour diverses raisons&#13;
que nous n’approfondirons pas ici, un décret royal fut émis ordonnant l’expulsion des&#13;
sœurs de l’Hôpital pour les remplacer par des infirmières laïques. Mgr de Laval donna alors&#13;
tout son appui à Mgr de Saint-Vallier pour empêcher l’exécution du décret, qui aurait été&#13;
beaucoup plus dommageable pour l’hôpital. Cette collaboration montre encore une fois que&#13;
les dissensions entre le Serviteur de Dieu et Mgr de Saint-Vallier au sujet du Séminaire&#13;
n’étaient pas dues à des raisons personnelles, mais à une vision différente des choses.&#13;
L’action de Mgr de Laval dans ce différend est amplement décrite dans les Annales de&#13;
l’Hôpital général de l’époque. Nous en reproduisons ici quelques extraits. Une lettre du&#13;
Serviteur de Dieu du 10 octobre 1700 à l’archevêque de Paris, Mgr de Noailles,&#13;
(Bibliothèque nationale de Paris, Département des manuscrits, Fonds français 20973,&#13;
fos 160-163), dans laquelle il recommande d’obtenir la révocation du décret royal, en traite&#13;
aussi, mais nous ne croyons pas nécessaire de la transcrire ici. (À ce sujet, voir le mémoire&#13;
de l’abbé des Maizerets, Bibliothèque nationale de Paris, Département des manuscrits,&#13;
Fonds français, 20973, fos 167-171 ; Mgr de Saint-Vallier et l’Hôpital général de Québec,&#13;
Québec, 1882, p. 130-148 ; 156-158).&#13;
&#13;
Mgr François de Laval-Montmorency*, premier et ancien évêque de Québec, qui&#13;
avait le cœur d’un véritable père et pasteur, voyant la misère qui était dans son&#13;
diocèse et quantité de pauvres qui souffraient beaucoup faute d’être secourus,&#13;
forma le dessein de faire un Hôpital général [...] Mais ces desseins et projets ne&#13;
furent pas bien loin. Car aussitôt que la communauté de l’Hôtel-Dieu en eut&#13;
connaissance, elle s’y opposa fortement, représentant que cet établissement ferait&#13;
tort à leur hôpital, que toutes les charités que l’on faisait seraient ôtées et même les&#13;
gratifications du roi qui pourraient être partagées pour ledit Hôpital général. Ces&#13;
difficultés et d’autres rompirent toutes les mesures qu’on semblait prendre pour&#13;
l’exécution d’une si bonne œuvre et l’on n’en parla plus [...]&#13;
Année 1699&#13;
Mgr de Saint-Vallier, père et fondateur, a établi deux fêtes titulaires de cette église&#13;
[...] Ces fêtes sont le Très-Saint-Nom-de-Marie, qui arrive le dimanche dans&#13;
l’octave de la Nativité de la Sainte Vierge, au mois de septembre, et la fête de&#13;
Sainte-Madeleine, au mois de juillet. Elles ont été toujours solennisées avec bien&#13;
de la dévotion et grand concours de peuple, particulièrement cette présente&#13;
année 1699, qui est l’année des grands troubles par rapport à la séparation, ainsi&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�qu’on l’a vu ci-devant. L’on eut donc la consolation de voir à la fête de SainteMadeleine, le 22 juillet, deux évêques et un clergé nombreux, qui fit et chanta tout&#13;
l’office. L’un de ces évêques était notre très digne prélat et fondateur, et l’autre son&#13;
prédécesseur, Mgr de Laval-Montmorency, premier évêque de Québec, à qui Mgr&#13;
de Saint-Vallier déféra tous les honneurs dans l’église et ailleurs. Il y eut grand&#13;
concours de peuple et de curés. Les deux autels ne pouvaient suffire pour toutes&#13;
les messes qui se dirent depuis 4 heures du matin jusqu’à midi. Cela fit sans doute&#13;
un grand plaisir et il semble que Dieu l’a permis ainsi, afin que dans le temps que&#13;
cette nouvelle communauté paraissait en butte à tout le monde depuis la&#13;
séparation, tout ce qu’il y avait de personnes de Dieu et de gens de bien parussent&#13;
se déclarer pour elle.&#13;
Mgr de Laval, cet illustre prélat, encore plus respectable par sa grande vertu que&#13;
par sa noble naissance, donna aux religieuses autant de marques de son estime et&#13;
de sa bienveillance qu’elles pouvaient en attendre, dans la conjoncture présente,&#13;
d’un homme de son poids et de son mérite ; ce qui leur fut d’une grande&#13;
consolation, voyant qu’il approuvait leur conduite par la manière dont il leur parla&#13;
dans leur salle de communauté, où elles le prièrent d’entrer. Il les exhorta fort à&#13;
entretenir entre elles cette union qu’il savait qui y était et cet éloignement de&#13;
l’esprit du monde, ce qui était une marque, dit ce prélat, que l’esprit de Dieu était&#13;
avec elles et il leur promit sa protection, dont il leur a donné des fortes preuves,&#13;
comme on le verra dans la suite.&#13;
Année 1700&#13;
Ce fut au commencement de septembre de la même année 1700 que le vaisseau du&#13;
roi arriva, qui apportait les plus tristes et les plus fâcheuses nouvelles qu’on puisse&#13;
imaginer au sujet de la nouvelle communauté de l’Hôpital général. M. le comte&#13;
de Pontchartrain, ministre d’État, écrivait à Mgr de Québec que le roi ne voulait&#13;
point la multiplication des établissements de communautés dans un pays aussi&#13;
petit que celui-ci et que Sa Majesté souhaitait qu’il renvoyât les religieuses qui&#13;
étaient à l’Hôpital général à leur communauté de Québec et qu’il laissât le soin de&#13;
conduire cet hôpital aux personnes que les administrateurs y mettraient euxmêmes, ainsi que cela se pratique en France, et ce même ministre mandait à&#13;
M. de Callière, alors gouverneur général, et à M. de Champigny, intendant, qu’ils&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�eussent de la part du roi à tenir la main que le susdit ordre fût exécuté dans sa&#13;
teneur et, au cas de refus, de le faire exécuter eux-mêmes, en gardant cependant,&#13;
en tout cela le respect dû au saint évêque et à son caractère. Ce sont les termes qui&#13;
étaient conçus dans la lettre de ce ministre aux MM. gouverneur et intendant [...]&#13;
Il était question, après les ordres reçus de la cour, de faire sortir les religieuses de&#13;
l’Hôpital général pour les renvoyer à l’Hôtel-Dieu, mais on ne se pressa pas de les&#13;
exécuter. La communauté de Québec, qui avait de la peine de leur retour à cause&#13;
des deux nouvelles professes qu’elle ne voulait pas recevoir dans leur maison, en&#13;
fit surseoir par-dessous main l’exécution, afin de pouvoir trouver quelque&#13;
expédient pour les empêcher de retourner à Québec. Pour cela on fit plusieurs&#13;
assemblées au fort Saint-Louis, auxquelles assistaient Mgr de Québec et&#13;
M. des Maizerets, l’un de ses grands-vicaires, M. le chevalier de Callière,&#13;
gouverneur général, M. de Champigny, intendant, et M. le procureur général.&#13;
Dans la première, qui se tint le 30 septembre, on mit d’abord sur le tapis les ordres&#13;
du roi pour le renvoi des religieuses de l’Hôpital général à l’Hôtel-Dieu et ensuite&#13;
on examina qui on pourrait mettre en leur lieu et place pour conduire et gouverner&#13;
cette œuvre, afin qu’elle ne fût pas abandonnée au préjudice de la colonie et contre&#13;
les intentions de Sa Majesté, à laquelle on avait fait entendre, sur ce qui avait été&#13;
écrit de Canada, que cet hôpital pouvait être conduit de la même manière que les&#13;
hôpitaux généraux de France ; ce que l’on vit bien ne pouvoir être mis en pratique&#13;
et que, dès lors qu’on ôterait les religieuses, on détruirait l’œuvre. Toutes les&#13;
puissances convinrent aisément de ce point. Il n’y avait que le magistrat qui&#13;
avançait que la chose n’était point impossible et qu’il se chargeait lui-même de&#13;
mettre, dès lors que les religieuses seraient sorties, des personnes propres à&#13;
conduire, sous les ordres des administrateurs, cette œuvre [...]&#13;
Quelques jours après, on s’assembla de nouveau au même lieu à la sollicitation de&#13;
Mgr de Laval-Montmorency, premier et ancien évêque de Québec, qui gémissait de&#13;
voir une si bonne œuvre à deux doigts de sa perte et qui fut prié par Mgr de SaintVallier, son successeur et fondateur de ladite œuvre, de vouloir bien encore&#13;
demander une assemblée et y assister lui-même, ne voulant plus y paraître et&#13;
abandonnant toute cette affaire à la divine Providence, secondement de prier Dieu&#13;
de faire connaître sa sainte volonté.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�Ce fut le 5e octobre que se fit cette seconde assemblée à laquelle assistèrent&#13;
Mgr l’ancien évêque, MM. des Maizerets et de La Colombière, grands-vicaires,&#13;
M. le gouverneur général, M. l’intendant et M. le procureur général. Dans cette&#13;
assemblée, on remit sur le tapis ce qui avait été proposé dans la précédente pour&#13;
voir si l’on conviendrait mieux. Mais ce dernier fit naître tant de difficultés sur cet&#13;
expédient et se déclara si fortement sur la possibilité de faire conduire l’hôpital par&#13;
d’autres que par des religieuses et sur les moyens qu’il en avait, que M. le&#13;
gouverneur et M. l’intendant, quelque bonne volonté qu’ils eussent d’empêcher&#13;
cette rupture, se virent contraints de céder et de déclarer que les ordres du roi&#13;
seraient exécutés de point et point et que toutes les religieuses seraient renvoyées&#13;
à l’Hôtel-Dieu.&#13;
L’assemblée fut ainsi rompue. Mgr l’ancien évêque eut le cœur navré de voir les&#13;
choses tourner de la sorte. M. des Maizerets en fut porter la nouvelle à Mgr de&#13;
Québec, qui était dans sa cathédrale en prières devant le Très Saint-Sacrement en&#13;
attendant ce qui serait réglé.&#13;
Année 1704&#13;
Le 22e de juillet de l’année 1704, fête de Sainte-Madeleine, patronne de cette église,&#13;
l’on eut la consolation de voir Mgr de Laval, premier et ancien évêque de Québec,&#13;
âgé de plus de 80 ans, qui nonobstant ses grandes infirmités a voulu honorer cette&#13;
fête de sa présence et officier pontificalement le matin et le soir, sur la très humble&#13;
prière que lui en avaient fait les révérendes mères anciennes. Il était accompagné&#13;
d’un clergé nombreux tant du Séminaire que des missions circonvoisines. L’office&#13;
fut chanté en musique et toutes les puissances y assistèrent. L’on a regardé cette&#13;
faveur comme une marque de l’affection qu’avait ce saint prélat pour cette bonne&#13;
œuvre, n’ayant jamais officié hors de sa cathédrale, et encore l’y faisait-il pour lors&#13;
rarement à cause de sa grande vieillesse. La présence d’une personne aussi&#13;
vénérable que l’était ce prélat par son caractère, ses vertus et son grand âge, a&#13;
beaucoup relevé cette fête. Il donna aux religieuses des marques de sa sincère&#13;
affection dans la visite qu’il voulut bien leur rendre dans leur salle de&#13;
communauté.&#13;
&#13;
?&#13;
&#13;
�</text>
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            <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
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                    <text>&lt;span&gt;Extrait typographié et annoté en français moderne par le Séminaire de Québec et publié dans &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;&lt;span&gt; revue et augmentée, 2023, Doc. 51-7-6&lt;/span&gt;</text>
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                    <text>Doc. LI&#13;
&#13;
— 582 —&#13;
&#13;
5&#13;
Excerptum ex Epistola Procuratoris Novae-Galliae de Champigny ad Ministrum Galliae de Pont char train, 1699, 8 novembris. Ex Originali in Archivo National i Parisiensi asservato, Colonies CllA, voi. 17, ff. 67-68.&#13;
Les ecclésiastiques et les communautés vivent dans une régularité exemplaire et dans une bien plus exacte observance que&#13;
ceux de France. Leur vie est pauvre, mortifiée, se privant du nécessaire en beaucoup de choses. Il y a dans l ’Église de Québec&#13;
un ancien et un nouvel évêque. Le dernier a un attrait particulier pour faire des communautés nouvelles... ; à l ’égard de M. l ’ancien Évêque, il vit saintement dans la retraite, ne se mêlant que&#13;
de la conduite de son Séminaire.&#13;
6&#13;
&#13;
Excerpta ex Annalibus Nosocomii Generalis Quebecensis pro annis 1699-1704. Ex Originali in Archivo eiusdem Nosocomii&#13;
asservato.&#13;
L ’Ospedale Generale di Québec fu fondato da Mons, de Saint-Valier&#13;
nel 1692. Il Servo di Dio, che da lungo tempo aveva in animo questa fondazione, fu contentissimo di vederla realizzata ed approfittò di ogni occasione per manifestare il suo attaccamento a quest’opera. E quando nel 1700,&#13;
per varie ragioni che non è il caso qui di investigare, veniva emanato un&#13;
decreto reale che ordinava l ’espulsione delle Suore dall’Ospedale per introdurvi infermiere laiche, Mons. de Lavai diede tutto il suo appoggio al&#13;
de Saint-Valier per impedire questa soluzione che sarebbe stata molto&#13;
dannosa. Questa cooperazione mostra ancora una volta che i dissensi fra&#13;
il Servo di Dio e il de Saint-Valier per il Seminario non provenivano da&#13;
ragioni personali, ma da una diversa visione delle cose.&#13;
L ’azione di Mons. de Lavai nella vertenza di cui sopra viene ampiamente descritta negli Annali dell’Ospedale Generale, composti verso questa epoca e di cui riproduciamo alcuni estratti. Ci sarebbe anche una&#13;
lettera del Servo di Dio all’Arcivescovo di Parigi, Mons. de Noailles (B iblioteca Nazionale di Parigi, Fonds français 20973, ff.&#13;
&#13;
160-163).&#13;
&#13;
colla&#13;
&#13;
quale si raccomanda di ottenere la revoca del decreto reale ; ma non crediamo necessario riprodurla. (Intorno a questa questione, cf. un memoriale&#13;
del sacerdote de Maizerets, Biblioteca Nazionale di Parigi, Fonds français,&#13;
20973, ff. 167-171; Monseigneur de Saint-Valier et VHôpital-Général de&#13;
&#13;
Quebec, Québec, 1882, pp. 130-148; 156-158).&#13;
&#13;
�58B —&#13;
&#13;
Doc. LT&#13;
&#13;
Mgr François de Laval-Montmorency, premier et ancien évêque de Québec, qui avait le cœur d ’un véritable père et pasteur,&#13;
voyant la misère qui était dans son diocèse et quantité de pauvres&#13;
qui souffraient beaucoup faute d ’être secourus, forma le dessein de&#13;
faire un hôpital-général... Mais ces desseins et projets ne furent&#13;
pas bien loin. Car aussitôt que la communauté de l ’Hôtel-Dieu en&#13;
eut connaissance, elle s ’y opposa fortement, représentant que cet&#13;
établissement ferait tort à leur hôpital, que toutes les charités&#13;
que l ’on faisait seraient ôtées, et même les gratifications du Roi&#13;
qui pourraient être partagées pour le dit hôpital-général. Ces&#13;
difficultés et d ’autres rompirent toutes les mesures qu’on semblait prendre pour l ’exécution d ’une si bonne œuvre, et l ’on n ’en&#13;
parla plus...&#13;
Année 1699&#13;
Mgr de Saint-Valier, père et fondateur, a établi deux fêtes&#13;
titulaires de cette église... Ces fêtes sont le Très Saint Nom de&#13;
Marie, qui arrive le dimanche dans l ’octave de la Nativité de la&#13;
sainte Vierge, au mois de septembre, et la fête de sainte Madeleine, au mois de juillet. Elles ont été toujours solennisées avec&#13;
bien de la dévotion et grand concours de peuple, particulièrement cette présente année 1699, qui est l ’année des grands troubles par rapport à la séparation, ainsi qu’on l ’a vu ci-devant.&#13;
L ’on eut donc la consolation de voir à la fête de sainte Madeleine,&#13;
le 22 juillet, deux évêques et un clergé nombreux, qui fit et chanta&#13;
tout l ’office. L ’un de ces évêques était notre très digne prélat et&#13;
fondateur, et l ’autre son prédécesseur, Mgr de Laval-Montmorency, premier évêque de Québec, à qui Mgr de Saint-Valier&#13;
déféra tous les honneurs dans l ’église et ailleurs. Il y eut grand&#13;
concours de peuple et de curés. Les deux autels ne pouvaient&#13;
suffire pour toutes les messes qui se dirent depuis quatre heures&#13;
du matin jusqu’à midi. Cela fit sans doute un grand plaisir et&#13;
il semble que Dieu l ’a permis ainsi, afin que dans le temps que&#13;
cette nouvelle communauté paraissait en butte à tout le monde&#13;
depuis la séparation, tout ce qu’il y avait de personnes de Dieu&#13;
et de gens de bien parussent se déclarer pour elle.&#13;
Mgr de Laval, cet illustre prélat, encore plus respectable par&#13;
sa grande vertu que par sa noble naissance, donna aux religieuses&#13;
&#13;
�Doc. LI&#13;
&#13;
— 584 —&#13;
&#13;
autant de marques de son estime et de sa bienveillance, qu’elles&#13;
pouvaient en attendre, dans la conjoncture présente, d ’un homme&#13;
de son poids et de son mérite; ce qui leur fut d ’une grande consolation, voyant qu’il approuvait leur conduite par la manière&#13;
dont il leur parla dans leur salle de communauté, où elles le prièrent d ’entrer. Il les exhorta fort à entretenir entre elles cette&#13;
union qu’il savait qui y était, et cet éloignement de l ’esprit du&#13;
monde, ce qui était une marque, dit ce prélat, que l ’esprit de&#13;
Dieu était avec elles, et il leur promit sa protection, dont il leur&#13;
a donné des fortes preuves, comme on le verra dans la suite.&#13;
Année 1700&#13;
Ce fut au commencement de septembre de la même année 1700,&#13;
que le vaisseau du Roi arriva, qui apportait les plus tristes et les&#13;
plus fâcheuses nouvelles qu’on puisse imaginer au sujet de la&#13;
nouvelle communauté de 1’Hôpital-Général. M. le comte de Pontchartrain, ministre d ’État, écrivait à Mgr de Québec que le Roi&#13;
ne voulait point la multiplication des établissements de communautés dans un pays aussi petit que celui-ci, et que Sa Majesté&#13;
souhaitait qu’il renvoyât les religieuses qui étaient à l ’HôpitalGénéral à leur communauté de Québec et qu’il laissât le soin&#13;
de conduire cet hôpital aux personnes que les administrateurs&#13;
y mettraient eux-mêmes, ainsi que cela se pratique en France,&#13;
et ce même ministre mandait' à M. de Callières, alors gouverneur&#13;
général, et à M. de Champigny, intendant, qu’ils eussent de la&#13;
part du Roi à tenir la main que le susdit ordre fût exécuté dans&#13;
sa teneur, et au cas de refus de le faire exécuter eux-mêmes, en&#13;
gardant cependant en tout cela le respect dû au saint évêque et à&#13;
son caractère. Ce sont les termes qui étaient conçus dans la lettre&#13;
de ce ministre aux Messieurs Gouverneur et Intendant...&#13;
Il était question, après les ordres reçus de la Cour, de faire&#13;
sortir les religieuses de l ’Hôpital-Général pour les renvoyer à&#13;
1’Hôtel-Dieu, mais on ne se pressa pas de les exécuter. La communauté de Québec, qui avait de la peine de leur retour à cause des&#13;
deux nouvelles professes qu’elle ne voulait pas recevoir dans leur&#13;
maison, en fit surseoir par-dessous main l ’exécution, afin de pouvoir trouver quelque expédient pour les empêcher de retourner&#13;
à Québec. Pour cela on fit plusieurs assemblées au fort Saint-&#13;
&#13;
�— 58b —&#13;
&#13;
Doc. LI&#13;
&#13;
Louis, auxquelles assistaient Mgr de Québec et M. de Maizerets,&#13;
Lun de ses grands-vicaires, M. le chevalier de Callières, gouverneur général, M. de Chanipigny, intendant, et M. le Procureur&#13;
général. Dans la première, qui se tint le 30 septembre, on mit&#13;
d ’abord sur le tapis les ordres du Roi pour le renvoi des religieuses de l ’Hôpital-Général à l ’Hôtel-Dieu et ensuite on examina qui on pourrait mettre en leur lieu et place pour conduire&#13;
et gouverner cette œuvre, afin qu’elle ne fût pas abandonnée au&#13;
préjudice de la colonie et contre les intentions de Sa Majesté,&#13;
à laquelle on avait fait entendre, sur ce qui avait été écrit de&#13;
Canada, que cet hôpital pouvait être conduit de la même manière&#13;
que les hôpitaux-généraux de France; ce que l ’on vit bien ne&#13;
pouvoir être mis en pratique, et que dès lors qu’on ôterait les religieuses, on détruirait l ’œuvre. Toutes les puissances convinrent&#13;
aisément de ce point. Il n ’y avait que le magistrat qui avançait&#13;
que la chose n ’était point impossible et qu’il se chargeait luimême de mettre, dès lors que les religieuses seraient sorties, des&#13;
personnes propres à conduire, sous les ordres des administrateurs, cette œuvre...&#13;
Quelques jours après, on s’assembla de nouveau au même&#13;
lieu à la sollicitation de Mgr de Laval-Montmorency, premier et&#13;
ancien évêque de Québec, qui gémissait de voir une si bonne&#13;
œuvre à deux doigts de sa perte et qui fut prié par Mgr de SaintValier, son successeur et fondateur de la dite œuvre, de vouloir&#13;
bien encore demander une assemblée et y assister lui-même, ne&#13;
voulant plus y paraître et abandonnant toute cette affaire à la&#13;
divine Providence, secondement de prier Dieu de faire connaître&#13;
sa sainte volonté.&#13;
Ce fut le cinquième octobre que se fit cette seconde assemblée&#13;
à laquelle assistèrent Mgr l ’ancien Évêque, MM. de Maizerets et&#13;
de la Colombière, grands-vicaires, M. le Gouverneur général,&#13;
M. l ’Intendant et M. le Procureur général. Dans cette assemblée, on remit sur le tapis ce qui avait été proposé dans la précédente pour voir si l ’on conviendrait mieux. Mais ce dernier fit&#13;
naître tant de difficultés sur cet expédient et se déclara si fortement sur la possibilité de faire conduire l ’hôpital par d ’autres&#13;
que par des religieuses et sur les moyens qu’il en avait, que&#13;
M. le Gouverneur et M. l ’Intendant, quelque bonne volonté&#13;
qu’ils eussent d ’empêcher cette rupture, se virent contraints de&#13;
&#13;
�Doc. LI&#13;
&#13;
— 586&#13;
&#13;
céder et de déclarer que les ordres du Roi seraient exécutés de&#13;
point et point et que toutes les religieuses seraient renvoyées à&#13;
1’Hôtel-Dieu.&#13;
L ’assemblée fut ainsi rompue. Mgr l ’ancien Évêque eut le&#13;
cœur navré de voir les choses tourner de la sorte. M. de Maizerets&#13;
en fut porter la nouvelle à Mgr de Québec, qui était dans sa cathédrale en prières devant le très Saint-Sacrement en attendant&#13;
ce qui serait réglé.&#13;
Année 1704&#13;
Le 22èmfi de juillet de l ’année 1704, fête de sainte Madeleine,&#13;
patronne de cette église, l ’on eut la consolation de voir Mgr de&#13;
Laval, premier et ancien évêque .de Québec, âgé de plus de 80&#13;
ans, qui nonobstant ses grandes infirmités a voulu honorer cette&#13;
fête de sa présence et officier pontificalement le matin et le soir,&#13;
sur la très humble prière que lui en avaient faite les Révérendes Mères anciennes. Il était accompagné d’un clergé nombreux tant du Séminaire que des missions circonvoisines. L ’office fut chanté en musique et toutes les puissances y assistèrent.&#13;
L ’on a regardé cette faveur comme une marque de l ’affection&#13;
qu’avait ce saint prélat pour cette bonne œuvre, n’ayant jamais&#13;
officié hors de sa cathédrale, et encore l ’y faisait-il pour lors rarement à cause de sa grande vieillesse. La présence d ’une personne&#13;
aussi vénérable que l ’était ce prélat par son caractère, ses vertus&#13;
et son grand âge, a beaucoup relevé cette fête. Il donna aux religieuses des marques de sa sincère affection dans la visite qu’il&#13;
voulut bien leur rendre dans leur salle de communauté.&#13;
7&#13;
&#13;
Excerpta ex Epistola Ministri Galliae de Pontchartrain ad Episcopum de Saint-Valier, 1700, 5 maii. Ex Exemplo in Archivo&#13;
Nationali Parisiensi asservato, Colonies B, vol. 22, f. 82.&#13;
Elle (Sa Majesté) a vu aussi avec beaucoup de satisfaction la&#13;
bonne intelligence que vous avez conservée avec l ’ancien évêque&#13;
et les supérieur et directeurs du Séminaire. Elle vous recommande de continuer dans cette union et de l ’augmenter même,&#13;
&#13;
�</text>
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                    <text>Extrait choisi, typographié et annoté en italien et en français, publié dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;, 1956, Doc 51-7-6</text>
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                    <text>Hôpital Général de Québec.&#13;
&#13;
Extraits des "Annales de l ’Hôpital Général de Québec."&#13;
&#13;
Pour lêannée 1688:&#13;
Monseigneur françois De La val Montmorency iremier&#13;
et ancien Eueque de Quebec qui auoit La Coeur d ’un véritable Pere,&#13;
et Pasteur.voyant La Misere qui etoit dans son Diocese.et quanti­&#13;
té de pauures qui souffroient beaucoup faute d ’etre secourus.for­&#13;
ma le dessein de faire un hôpital general.J1 y auoit quelques per­&#13;
sonnes Laïques qui le roussoient fort a Entreprendre cette bonne&#13;
oeuvre.particulièrement Madame Bourdon veuve de Monsr Bourdon pre­&#13;
mier&#13;
&#13;
procureur General du Conseil Souuerain En ce pays,Dame très&#13;
&#13;
pieuse et très Charitable,qui entroit dans tous les biens et bonnes&#13;
oeuvres qui se presentoient Elle ne fut pas une de celles qui en­&#13;
troient moins dans Le projet de ce st Prélat.preuoyant bien L ’auantage que retireroit Les pauures de la Colonie d ’up. si bon Eta­&#13;
blissement .Mais ces desseins,et projets nefurent pas bien loing.Car&#13;
aussy tost que La Communauté de L ’hotel Dieu de Quebec en eut connoissance.Elle s ’y opposa fortement.Représentant que cet Etablisse­&#13;
ment feroit tort a leur hôpital,que toutes les Charitez que l ’on&#13;
faisoit seroient otées,et meme les gratifications du Roy.quâ pourroient etre partagées pour le dit hopitél general.Ces difficultés et&#13;
d ’autres rompirent toutes les mesures qu’on semploit prendre pour&#13;
L ’Execution d ’une si bonne oeuvre et L ’on nêen parla plus.&#13;
&#13;
�Pour l ’année 17Ou:&#13;
Quelques jours après on s'assempla de nouveau au meme&#13;
Lieu a la sollicitation de monseigneur de Laval Lontmorency pre­&#13;
mier et ancien Eueque de quebec,qui gemissoit de uoir une si bonne&#13;
oeuure a deux doigts de sa perte,et qui fut prié par Lonseigr de&#13;
St-Vallier son successeur et fondateur de La de oeuvre de vouloir&#13;
encore demander une assemblée,et y assister luy meme,ne voulant pas&#13;
y paroitre,et abandonnant toute cette affaire a la âiuine prouidence&#13;
se condefijant de prier Lieu de faire connoitre sa sainte volonté.&#13;
Ce fut le 5° octobre que ce fit cette sec.nde assemplée&#13;
a la quelle assistèrent monseigneur&#13;
&#13;
L ancien Eueque kessrs des&#13;
&#13;
Maiserets et De la Colombiere grands vicaires,mons Le Gouuerneur&#13;
general.Mr L Intendant,et mr Le Procureur general.Dans cette assem­&#13;
blée on remit sur le tapis ce qui auoit été proposévdans Le prece­&#13;
dente pour voir si l ’on conuiendroit mieux,Liais ce dernier fit naî­&#13;
tre tant de difficultez sur cet Expédient,et se déclara si fortement&#13;
sur La possibilité de faire conduire L hôpital par d ’autres que&#13;
par des Religieuses et sur les moyens au’il en auoit que monsieur Le&#13;
gouuerneur et Lions L Intendant quelque bonne volonté qu’ils eus­&#13;
sent d ’empecher sette Rupture se virent contraints de ceder,et de&#13;
déclarer que les ordres du Roy seroient Exécutez de point en point,&#13;
et que toutes les Religieuses seroient renuoyées a L ’Hotel-Dieu.&#13;
L'assemplée fut ainsy rompuë.LionseiggLneur L ’ancien Eue­&#13;
que eut Le coeur nauré de uoir Les choses tourner de la sorte.Mr Des&#13;
maizerets en fut porter La nouuelle a Monseigr&#13;
&#13;
de Quebec qui étoit&#13;
&#13;
dans sa cathédrale en prières deuant le très St Sacrement en atten­&#13;
dant ce qui seroit Réglé.&#13;
&#13;
�1882 .&#13;
B ib l. N at., Impr. "Monseigneur de S.&#13;
V a ille ^ et 1*H ôpital Général de Québec&#13;
Québec, 1882, p . 187 ( o it é des Annales&#13;
de 1 ’ H opitai-G én éral) .&#13;
&#13;
Mort de Mgr de B avai•&#13;
&#13;
^Monseigneur de Bavai de Montmorency, prem ier et ancien&#13;
éveque de Québec, est déoédé l e 6 mai, au séminaire quf i l a&#13;
fondé dans la v i l l e é p isco p a le de ce d io c è s e , où i l a véou en&#13;
v&#13;
&#13;
sain t s o l i t a i r e l 1espace de v in g t - t r o is années. I l a f a i t é c la ­&#13;
t e r le s vertus d’ uxjapotre durant l e s v in g t-s e p t ans q u * il a:gou­&#13;
verné ce tte E g lise n aissa n te. En moins de deux ans i l a v a it eu&#13;
la douleur de v o ir son sém inaire devenir deux f o l s la p r o ie d es&#13;
flammes*.&#13;
&#13;
Copié à l a B ibliothèque N ationale, le 8 août 1935&#13;
Georges Ed. Demars, p tr e .&#13;
&#13;
�</text>
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                    <text>Extrait choisi, dactylographié en français classique par G.-É. Demers, v. 1930, et conservé au Centre d’animation François-De Laval</text>
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                  <text>Cette collection comprend les documents contemporains de François de Laval dont il est l’auteur, le destinataire ou le sujet couvrant la période de 1623 à 1710 : correspondance, rapports, témoignages, actes. etc.</text>
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                <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://archives.monastere.ca/archive/annales-du-monastere-de-notre-dame-des-anges-hopital-general-de-quebec-1693-1709-4717"&gt;Original en français classique&lt;/a&gt; conservé au Fonds Monastère des Augustines de l'Hôpital général de Québec, HG-A-13.14.1.1.1&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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                <text>&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/10599" class="show"&gt;Introduction générale en français moderne&lt;/a&gt; aux Docs. 51 de &lt;em&gt;Altera Nova Positio &lt;/em&gt;revue et augmentée, 2023&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/10600" class="show"&gt;Introduction en français moderne&lt;/a&gt; aux Docs. 51-7 de &lt;em&gt;Altera Nova Positio &lt;/em&gt;revue et augmentée, 2023&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/10601" class="show"&gt;Extrait typographié et annoté en français moderne&lt;/a&gt; par le Séminaire de Québec et publié dans&lt;span&gt; &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;&lt;span&gt; &lt;/span&gt;revue et augmentée, 2023, Doc. 51-7-6&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/6913" class="show"&gt;Extrait choisi, typographié et annoté en italien et en français&lt;/a&gt;, publié dans &lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt;, 1956, Doc 51-7-6&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href="https://sfdl.omeka.net/files/show/6914" class="show"&gt;Extrait choisi, dactylographié en français classique&lt;/a&gt; par G.-É. Demers, v. 1930, et conservé au Centre d’animation François-De Laval&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;</text>
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                <text>Contient les &lt;em&gt;Novissimae Animadversiones&lt;/em&gt; (les dernières objections) (33 p.) du 29 mai 1959 ; les &lt;em&gt;Responsio ad Novissimae Animadversiones&lt;/em&gt; (44 p.) du 1 juillet 1959 ; le &lt;em&gt;Factum Concordatum&lt;/em&gt; (résumé de la cause) (3 p.).</text>
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                  <text>Cette collection comprend les documents ayant servi aux différents procès canoniques ainsi que la correspondance des postulateurs.</text>
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      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
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        <name>Dublin Core</name>
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                <text>Accédez à la &lt;a href="http://www.worldcat.org/oclc/802141420" target="_blank" rel="noreferrer noopener"&gt;notice catalographique&lt;/a&gt; via WorldCat</text>
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                <text>Contient l'&lt;em&gt;Altera Nova Positio&lt;/em&gt; de 1956 et la &lt;em&gt;Relazione&lt;/em&gt; de 1957 et les réponses aux &lt;em&gt;Aliae Novae Animadversiones&lt;/em&gt; de 1958</text>
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                    <text>S A C R A R IT U U M C O N G R E G A T IO&#13;
SEC T IO H IS T O R IC A&#13;
&#13;
S. Hist. ii. 93&#13;
&#13;
QUEBECEN.&#13;
BEATIFICATIONIS ET CANONIZATIONIS&#13;
VEN. SERVI DEf&#13;
&#13;
E P I S C O P I Q U E B E C E N S IS&#13;
( f 1708)&#13;
&#13;
A L T E R A N O V A P O SIT IO&#13;
SUPER VIRTUTIBUS&#13;
E X O FFIC IO CRITIC E D ISPO SITA&#13;
&#13;
TYPIS POLYGLOTTIS VATICANIS&#13;
MCMLVI&#13;
&#13;
��Mons . FRANCESCO DE MONTMOREXCY-LAVAL&#13;
PRIMO VESCOVO DEL CANADA&#13;
&#13;
Ritratto dipìnto uri 1672 da Fra Luca,&#13;
recolletto, c conservato nel Seminario&#13;
di Québec (et. Appendice III).&#13;
&#13;
��SACRA RITUUM CONGREGATIO&#13;
SECTIO HISTORICA&#13;
S. Hist. n. 93&#13;
&#13;
QUEBECEN.&#13;
B EA TIFIC A TIO N IS&#13;
&#13;
et&#13;
&#13;
CANONIZATIOXIS&#13;
&#13;
VEN. SERVI DEI&#13;
&#13;
FRANCfSCI DE MONTMORENCY-LAVAL&#13;
EPISCOPI QUEBECENSIS&#13;
( t 1708)&#13;
&#13;
ALTERA NOVA POSITIO&#13;
S U P E R V IR T U T IB U S&#13;
EX OFFICIO CRITICE DISPOSITA&#13;
&#13;
INFORMATIO&#13;
R e v .m i&#13;
&#13;
P. RELATORIS GENERALIS&#13;
&#13;
La Causa dei Veu. Servo di Dio Francesco de MontmorencyLaval, vescovo di Quebec e fondatore della Chiesa nel Canada, ha&#13;
avuto, come tante altre Cause di carattere storico, molte vicende&#13;
e molte difficoltà e ciò principalmente perchè, secondo l ’uso del&#13;
tempo, prima di iniziare la Causa, non fu fatta una ricerca siste­&#13;
matica della documentazione relativa alla vita del Servo di Dio,&#13;
sulla quale, in ultima analisi, poggia esclusivamente la prova delle&#13;
sue virtù. Così la Congregazione Preparatoria del 1918 si chiudeva&#13;
con la richiesta di un’altra Congregazione Preparatoria, nella&#13;
quale le varie questioni ritenute ancora poco chiare, dovevano&#13;
essere illustrate con l ’apporto di nuovi documenti. Si doveva fare&#13;
cioè quella ricerca di fonti che non era stata mai fatta. Passarono&#13;
così degli anni, quando nel frattempo venne fondata la Sezione&#13;
Storica destinata alla trattazione di queste Cause. Il presente&#13;
volume è il risultato delle ricerche e degli studi fatti dalla Sezione&#13;
Storica.&#13;
&#13;
�VI —&#13;
&#13;
Ora atteso elle nessuno dei Consultori e degli Eini Padri che&#13;
furono presenti alla Congregazione Preparatoria del 1918 sussiste&#13;
ancora, penso che sia utile rifare anzitutto la storia della Causa,&#13;
affinchè ciascuno possa rendersi conto del punto esatto al quale&#13;
essa è giunta. Indicherò poi le ricerche fatte dalla Sezione Storica,&#13;
darò uno sguardo generale alla documentazione, e finalmente cer­&#13;
cherò di presentare un quadro sintetico della vita del Servo&#13;
di Dio secondo i risultati delle nostre ricerche. L ’Informazione&#13;
quindi avrà i seguenti capitoli:&#13;
I.&#13;
II.&#13;
III.&#13;
IV.&#13;
V.&#13;
&#13;
Storia della Causa.&#13;
Ricerche fatte dalla Sezione Storica.&#13;
Sguardo generale sulla documentazione.&#13;
Quadro sintetico della vita del Servo di Dio.&#13;
La figura morale del Servo di Dio.&#13;
I — Storia della Causa&#13;
&#13;
Il&#13;
Servo di Dio morì a Quebec nel 1708. Il Processo Ordinario&#13;
sulla fama di santità non fu iniziato, purtroppo, che nel 1880, cioè&#13;
dopo 172 anni.&#13;
Non è il caso di stare qui a dimostrare come questo ritardo&#13;
non sia dovuto a ragioni intrinseche alla Causa, ma a motivi con­&#13;
nessi con le vicende storiche del Canadà. Basti ricordare che la&#13;
cosa fu studiata già e risolta favorevolmente quando si trattò della&#13;
Introduzione della Causa ; e basti pensare che tutte le Cause cana­&#13;
desi del sec. xvii e xvm (grazie a Dio ce ne sono diverse) hanno&#13;
avuto la stessa sorte, sono state iniziate cioè soltanto in tempi a&#13;
noi vicini. Così la Causa dei Martiri Gesuiti, massacrati nel 1642&#13;
e nel 1649, non fu introdotta che nel 1916; la Causa di quella grande&#13;
anima che fu la Ven. Maria dell’Incarnazione (1599-1672), fu&#13;
introdotta soltanto nel 1877 ; quella della B. Margherita Bourgeoys&#13;
(1620-1700) nel 1878; quella della Ven. Margherita Dufrost de&#13;
Lajemmerais, vedova d ’Youville (1701-1771), fu introdotta nel&#13;
1890; quella della Ven. Caterina Tekakwitha (1656-1688) nel 1936,&#13;
e quella finalmente della Serva di Dio Caterina di Sant'Agostino&#13;
(1632-1668) si iniziò col Processo Ordinario di Québec solo nel 1923.&#13;
La Causa del Servo di Dio Montmorency-Laval, nonostante la&#13;
sua preminenza esteriore, trattandosi del fondatore della Chiesa&#13;
del Canadà, non ebbe e non poteva avere altra sorte.&#13;
&#13;
�V II&#13;
&#13;
E a questo proposito, prendendo occasione dal fatto del ritar­&#13;
dato processo di Mons. de Lavai, mi si consenta di ricordare alcuni&#13;
dati concernenti la storia politico-religiosa del Canada durante i&#13;
sec. xvii-xix, dati che se non assolutamente necessari, sono certa­&#13;
mente utili anche al caso specifico della Causa di MontmorencyLaval.&#13;
Inglesi e Francesi si trovarono vicini, come è noto, anche nel&#13;
nuovo mondo : i Francesi a nord, nel Canada, gli Inglesi a sud-est,&#13;
nelle regioni marittime. Una delle conseguenze di questa vici­&#13;
nanza fu che le molte guerre e guerriglie corse tra Francia e&#13;
Inghilterra in Europa, durante il sec. xvii e xviii, ebbero la loro&#13;
ripercussione anche in America, tra il Canada, colonia francese,&#13;
e le varie colonie inglesi. È noto poi che gli Inglesi aspiravano&#13;
fortemente ad essere gli unici padroni nell’America del Nord.&#13;
Nel 1690, dunque, vivente ancora il nostro Servo di Dio, i Fran­&#13;
cesi dovettero respingere un forte attacco delle truppe coloniali&#13;
inglesi; e nel 1711, tre anni dopo la morte del nostro Servo di Dio,&#13;
poco mancò che il Canadà cadesse nelle loro mani. Poco dopo, col&#13;
trattato di Utrecht del 1713, si iniziò un periodo di relativa quiete;&#13;
ma nel 1744 scoppiò di nuovo la guerra tra Francia e Inghilterra&#13;
a causa della successione di Spagna, e se ne ebbe la ripercussione&#13;
indiretta anche in America, con un rincrudimento della spinta&#13;
inglese per la conquista del Canadà. Seguirono infatti anni di&#13;
tensione e di continue pressioni, finche nel 1760 i Francesi furono&#13;
costretti ad abbandonare con rammarico l ’ultimo posto in Canadà.&#13;
Tre anni dopo, col trattato di Parigi del 1763, tutti i possedimenti&#13;
francesi dell’America del Nord passavano definitivamente a ll’In­&#13;
ghilterra.&#13;
Queste le vicende politiche, i cui riflessi sulla vita religiosa e&#13;
sull’amministrazione ecclesiastica della colonia non potevano&#13;
essere che dolorosi.&#13;
Fermiamoci un momento a considerare la successione dei ve­&#13;
scovi di Quebec. Quando il nostro Servo di Dio morì nel 1708, il&#13;
suo successore, Mons. de Saint-Yallier, era lontano dal Canadà e&#13;
si trovava precisamente in Inghilterra, detenuto come prigioniero.&#13;
Rilasciato l ’anno seguente, si trasferì in Francia, ma solo nel 1717&#13;
potè tornare finalmente a Quebec. Morto dieci anni dopo, nel 1727,&#13;
ebbe come successore Mons. de Mornay, cappuccino (1727-1733),&#13;
&#13;
�V ili&#13;
&#13;
il quale non giunse mai nel Canadà ; poi fu eletto Mons. Dosquet&#13;
(1733-1738), che rimase però a Quebec solo due anni ; a lui successe&#13;
Mons. de Lauberivière (1739-1740), che morì a Quebec sette giorni&#13;
dopo il suo arrivo; finalmente la Chiesa di Quebec ebbe un epi­&#13;
scopato più lungo, quello di Mons. de Pontbriand (1741-1760), ma&#13;
proprio sotto di lui si maturò e si effettuò la conquista definitiva&#13;
del Canadà da parte degli Inglesi.&#13;
Passato che fu il Canadà all’Inghilterra, mentre da un lato&#13;
veniva a cessare la guerra vera e propria, quella del cannone, ne&#13;
cominciava un’altra, sorda e insidiosa, quella sul campo religioso.&#13;
I nuovi padroni erano protestanti e i coloni francesi erano osta­&#13;
colati, e perchè francesi, e più ancora perchè cattolici. Nel trat­&#13;
tato di Parigi del 1763 si riconosceva, è vero, ai Canadesi il diritto&#13;
«de professer le culte de leur religion selon le rite de l ’Église&#13;
romaine », ma con questa restrizione : « en autant que le permet­&#13;
tent les lois de la Grande-Bretagne ». Ora tutti sanno cosa permet­&#13;
tevano, in fatto di vita cattolica, le leggi di Enrico V i l i e di&#13;
Elisabetta.&#13;
Un fatto rivelatore della nuova situazione era quello del ve­&#13;
scovo: l ’Inghilterra inviò naturalmente un suo vescovo anglicano&#13;
e non intendeva riconoscere altri vescovi. Nel 1764, la Santa Sede,&#13;
morto che fu Mons. de Pontbriand, nominò a sua volta, come suo&#13;
successore, Mons. Olivier Briand, ma la questione era del come&#13;
farlo pervenire alla sede. Dopo numerose e lunghe trattative,&#13;
Mons. Briand venne in Francia a farsi consacrare e potè tornare&#13;
finalmente in Canadà nel 1766, col titolo tollerato di sopraintendente della Chiesa romana (fu solo nel 1817 che il governo inglese&#13;
si decise a riconoscere il titolo di vescovo di Québec al pastore&#13;
nominato da Roma).&#13;
Insomma, senza attardarci in una lunga esposizione, possiamo&#13;
dire che i cattolici canadesi, passati che furono dalla Francia&#13;
all’Inghilterra, vennero a trovarsi in una situazione molto difficile,&#13;
e durante tutto un secolo furono costretti a sostenere una lotta&#13;
continua, per conservare la loro fede, le loro istituzioni e la loro&#13;
indipendenza religiosa.&#13;
Fu soltanto all’epoca della Confederazione delle provincie&#13;
canadesi (1867), che la Chiesa cattolica del Canadà cominciò a&#13;
respirare e a godere un po’ di pace e di libertà.&#13;
Ed è a questo momento che fra tante altre iniziative, si apre&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
IX —&#13;
&#13;
anche quella dei processi di Beatificazione di alcune grandi anime,&#13;
la cui fama di santità era rimasta viva nei fedeli (cf. Doc. L X X I ,&#13;
pp. 913-917).&#13;
Dopo questa digressione sulla storia di Québec e del Canada&#13;
durante i secoli xvii-xix, torniamo ora alle vicende della nostra&#13;
Causa.&#13;
La Causa dunque del Yen. Servo di Dio Francesco de Montmorency-Laval, per le ragioni suesposte, fu iniziata soltanto nel&#13;
1880. Portato il Processo a Roma, la Causa fu introdotta regolar­&#13;
mente il 24 settembre 1890. Costruiti poi i Processi Apostolici e&#13;
riconosciutane la validità (9 novembre 1904), si passò a preparare&#13;
la Posizione per la discussione sulle virtù.&#13;
Il Summarium, compilato dall’avvocato Giovan Battista Mi­&#13;
netti, venne a formare un volume di ben 1285 pagine, di cui però&#13;
solo le ultime 60 pagine erano dedicate ai documenti; il resto&#13;
conteneva la grande massa delle deposizioni dei testi, dei quali&#13;
naturalmente nessuno era de visu e neanche de auditu a videnti­&#13;
bus. L ’avvocato vi premise una lunga Informatio, terminata il&#13;
1° gennaio 1907, e portò tutto al Promotore Generale della Fede.&#13;
Questi, che era allora Mons. Verde, studiò a fondo il Summarium&#13;
e il 21 agosto 1911 pubblicò le sue Animadversiones, fermandosi&#13;
naturalmente a lungo sulla questione delle prove ; tanto è vero che&#13;
su 74 pagine, 30 sono dedicate al capitolo De probationibus.&#13;
A queste Animadversiones rispose con giovanile entusiasmo il&#13;
nuovo avvocato della Causa, Mons. Carlo Salotti, che nel frat­&#13;
tempo era succeduto all’avvocato Minetti. Preparata così la prima&#13;
discussione sulla eroicità delle virtù, il 16 gennaio 1912 ebbe luogo&#13;
la cosiddetta Congregazione Antepreparatoria presso il Cardinale&#13;
Martinelli, Ponente. In essa intervennero 23 Consultori, dei quali&#13;
5 conclusero con un parere affermativo per la eroicità delle virtù;&#13;
18 invece con un voto sospensivo. Chi ha un po’ di pratica dei&#13;
procedimenti tradizionali della S. Congregazione dei Riti, non si&#13;
spaventa affatto vedendo 18 voti sospensivi in una Congregazione&#13;
Antepreparatoria, in quella Congregazione cioè nella quale i Con­&#13;
sultori portano per la prima volta il loro giudizio intorno ad una&#13;
Causa : tutto dipende dalla gravità delle ragioni per le quali quei&#13;
18 Padri sospesero il loro giudizio. E le ragioni, come si può vedere&#13;
scorrendo le Novae Animadversiones pubblicate dallo stesso Mon-&#13;
&#13;
�X&#13;
&#13;
signor Verde, Promotore Generale della Fede, il 28 marzo 1912,&#13;
si riferivano in gran parte alla questione delle prove; e quando&#13;
toccavano questioni concernenti direttamente le virtù, riflettevano&#13;
uno stato di informazione purtroppo insufficiente, onde si ricade&#13;
indirettamente sulla questione delle prove. Insomma il Summa­&#13;
rium era composto di deposizioni basate su fonti scritte che i&#13;
Consultori non conoscevano: ecco in ultima analisi la ragione&#13;
delle molte incertezze. La Difesa era obbligata così ad entrare&#13;
finalmente sulla buona strada, a produrre cioè i documenti, ossia&#13;
le fonti scritte, che sole, in mancanza di testimonianze contempo­&#13;
ranee nei Processi, possono informarci sulla vita e le virtù del&#13;
Servo di Dio.&#13;
Nel frattempo ci fu un altro cambiamento nella Difesa: Mon­&#13;
signor Carlo Salotti nel 1915 fu nominato Sotto-Promotore Gene­&#13;
rale della Fede e come tale non poteva essere più avvocato della&#13;
Causa. Questa passò nelle mani dell’avvocato Gioacchino Antonelli-Costaggini, un uomo colto e probo, più letterato però che&#13;
storico.&#13;
Intanto a Québec si doveva preparare il materiale documen­&#13;
tario più importante, da prodursi in un Summarium additionale.&#13;
Mons. Amedeo Gosselin, archivista del Seminario di Quebec, inviò&#13;
ben presto un esemplare della biografia antica del Servo di Dio,&#13;
quella del de Latour (nostro Doc. L X I X ) e copia di molti testi,&#13;
lettere e memorie contemporanee, conservate in originale o in&#13;
apografi negli archivi del Canada. Fgli, facendo le parti di sem­&#13;
plice archivista, inviò questi testi nudi e crudi, uno dopo l ’altro.&#13;
Naturalmente sarebbe stato necessario studiare da vicino i sin­&#13;
goli pezzi, indicarne i vari autori, il loro stato d ’informazione, la&#13;
loro probità e via dicendo. Invece si stampò tutto cotesto mate­&#13;
riale alla rinfusa, senza una nota critica, senza un indice, e ne&#13;
venne fuori uno zibaldone di 500 pagine, praticamente quasi inser­&#13;
vibile. E questo fu il Summarium additionale pubblicato nel 1918.&#13;
L'avvocato Antonelli-Costaggini preparò naturalmente anche la&#13;
Responsio ad Novas Animadversiones, nella quale non mancano&#13;
argomenti e osservazioni acutissime, ma tutto è reso meno efficace&#13;
dalla preoccupazione della veste letteraria, che spesso assume il&#13;
tono oratorio, atto più a commuovere che a convincere.&#13;
Si giunse così alla Congregazione Preparatoria dell ’l l giu­&#13;
gno 1918, nella quale di 22 Consultori, 13 risposero affermativa­&#13;
&#13;
�XI —&#13;
&#13;
mente per l ’esistenza delle virtù eroiche, 9 invece tennero ancora&#13;
sospeso il loro giudizio.&#13;
Ora, se si esaminano questi voti sospensivi, riprodotti nelle&#13;
Aliae Novae Animadversiones, pubblicate dal Promotore Gene­&#13;
rale della Fede Angelo Mariani il 2 luglio 1918, si vede chiara­&#13;
mente che la questione delle prove rimane ancora al fondo delle&#13;
difficoltà. Date queste incertezze e atteso il numero e il peso rile­&#13;
vante dei voti sospensivi, gli Emi Cardinali, dopo matura discus­&#13;
sione, decisero che la Causa non era ancora in grado di essere&#13;
portata in Congregazione Generale davanti al S. Padre, e che si&#13;
dovesse discutere perciò in una nuova Congregazione Prepara­&#13;
toria. E Benedetto XV, nella udienza concessa al Cardinal Vico,&#13;
Prefetto dei Riti, il 12 giugno 1918, confermò il parere degli&#13;
Eminentissimi.&#13;
Ma come superare la difficoltà intorno alle fonti? Si ricorse&#13;
di nuovo a Quebec per avere nuovi documenti, e Mons. Amedeo&#13;
Gosselin inviò altri pezzi d ’archivio; l ’avvocato Antonelli-Costaggini ne fece degli estratti e li mandò in tipografia e ne venne&#13;
fuori un Alterum Summarium additionale di pp. 160, che pur­&#13;
troppo ha tutti i difetti di quello precedente. Questo nuovo Som­&#13;
mario addizionale fu terminato il 6 maggio 1931.&#13;
Nel frattempo però il S. Padre Pio XI aveva creato, nella&#13;
Congregazione dei Riti (6 febbraio 1930) la Sezione Storica, desti­&#13;
nata proprio allo studio delle Cause antiche, provviste di fonti&#13;
scritte, ma destituite di testimonianze contemporanee raccolte&#13;
giuridicamente. Così il 1" gennaio 1932, il Postulatore P. Euge­&#13;
nio Garnier, delle Missioni estere di Parigi, portò tutto il volu­&#13;
minoso dossier al Relatore Generale di detta Sezione Storica,&#13;
P. Henri Quentin, O. S. B. Questi prese in serio esame la que­&#13;
stione, ne paidò con S. E. Mons. Rodrigue Villeneuve, arcivescovo&#13;
di Québec, e con lo stesso S. Padre P io XI.&#13;
La conclusione fu questa; attesa l ’importanza e il ruolo storico&#13;
avuto dal Servo di Dio; atteso che tutte le difficoltà mosse fino&#13;
allora contro la Causa, o riguardavano direttamente la questione&#13;
delle fonti, o non si potevano risolvere senza una ricerca completa&#13;
delle medesime; attese, dico, tutte queste ragioni, si venne nella&#13;
determinazione di fare una buona volta ciò che si sarebbe dovuto&#13;
fare fin da principio, intraprendere cioè una ricerca sistematica&#13;
e completa, con perlustrazione di archivi, per rintracciare tutto&#13;
&#13;
�XII&#13;
&#13;
il materiale documentario esistente intorno al Servo di Dio. L ’in­&#13;
trapresa era tutt 'altro che semplice. Non si trattava infatti di un&#13;
religioso vissuto in un qualche piccolo monastero; si trattava di&#13;
un vescovo francese del sec. xvir, di origine nobile, il quale per&#13;
circa mezzo secolo era vissuto nel Canada e aveva fondato e orga­&#13;
nizzato lì la vita ecclesiastica, e che, atteso il carattere e il governo&#13;
politico della colonia canadese, aveva dovuto avere relazioni con­&#13;
tinue col re Luigi XIV e con altri personaggi della sua Corte,&#13;
con tutti gli ordini religiosi che erano approdati nel Canada, con&#13;
la Santa Sede e le Congregazioni Romane; un uomo insomma le&#13;
cui vestigie dovevano essere copiose negli archivi più disparati.&#13;
La diocesi di Quebec, su richiesta del Relatore Generale P. Quen­&#13;
tin, mise a disposizione della Sezione Storica un giovane sacer­&#13;
dote, preparato per tale studio, il Rev. Georges-Édouard Demers ;&#13;
il quale sotto la direzione prima del P. Quentin, poi sotto la mia&#13;
direzione, ha compiuto una ricerca, della cui ampiezza ci si può&#13;
render conto dando un’occhiata all’elenco degli archivi compulsati.&#13;
Lavoro immenso che non si poteva assolvere in poco tempo e che&#13;
la guerra ed altre circostanze hanno ritardato oltre il previsto.&#13;
Ma tale ritardo, in ultima analisi, è stato piuttosto utile alla&#13;
Causa, in quanto che le ricerche si sono rese via via più complete&#13;
e l ’analisi della documentazione è stata più matura.&#13;
I I - Ricerche fatte dalla Sezione Storica&#13;
Le ricerche di archivio sotto la direzione della Sezione Storica&#13;
sono state eseguite dal ricordato sacerdote Demers, attualmente&#13;
professore di storia nel Seminario di Quebec. Furono compulsati&#13;
45 archivi diversi e 5 biblioteche pubbliche. La maggior parte di&#13;
questi archivi e biblioteche furono visitate personalmente dal&#13;
predetto Deniers ; solo in 8 archivi (Bayeux, Chartres, Chamblac,&#13;
Montigny-sur-Avre, Nantes, Archivio generale della Compagnia&#13;
di Gesù, Verdun-sur-Garonne e Londra), le ricerche furono ese­&#13;
guite per mezzo di archivisti locali.&#13;
Crediamo utile di dare ora un elenco completo degli archivi e&#13;
biblioteche visitate. Quando un archivio ci ha fornito un qualche&#13;
pezzo, premettiamo un asterisco al suo nome; se il pezzo è stato&#13;
riprodotto nella documentazione, segnaliamo in parentesi il docu­&#13;
mento relativo.&#13;
&#13;
�X III&#13;
&#13;
ELENCO DEGLI ARCHIVI INVESTIGATI&#13;
A miens&#13;
&#13;
* Biblioteca municipale (Doc. LX1X).&#13;
B ayeux&#13;
&#13;
Archivio vescovile.&#13;
C aen&#13;
&#13;
Archivio dell’Ospedale di Caen.&#13;
Archivio dell’Ospizio San Luigi.&#13;
Archivio del monastero delle Orsoline.&#13;
C hamblac&#13;
&#13;
Archivio della famiglia di La Varende.&#13;
C hartres&#13;
&#13;
Archivio dipartimentale di Eure-et-Loire.&#13;
C ittà&#13;
&#13;
del&#13;
&#13;
V aticano&#13;
&#13;
* Archivio Vaticano :&#13;
* Nunziatura di Francia (Doc. B, 1, 4, 5, 6, 7 : appendi. I).&#13;
* Innocentii XI epistolae ad Principes {Doc. IX).&#13;
* Vescovi {Doc. XX I I I , 1, 38, 39, 42, 45, 50, 52).&#13;
Acta Camerarii.&#13;
Acta Miscellanea.&#13;
* Congregazione Concistoriale, Risoluzioni.&#13;
* Acta Congregationis Consistorialis {Doc. A, 1, 2; B, 2, 3: appendi. I).&#13;
* Segreteria di Stato.&#13;
* Dataria : Processi dei Vescovi.&#13;
* Archivio della S. Congregazione di Propaganda :&#13;
* Scritture riferite nelle Congregazioni Generali {Doc. VI; XX I I I , 24,&#13;
25, 26, 27, 28, 30, 31, 32, 33, 35, 36; X X X V I , 8).&#13;
* Scritture Antiche {Doc. XX I I I , 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14,&#13;
15, 16, 17, 18, 19, 21).&#13;
* Scritture riferite nei Congressi {Doc. X X I I I , 23, 29, 40, 44, 47, 48 ;&#13;
X X X V I , 9).&#13;
* Acta S. Congregationis.&#13;
* Congregazioni Particolari.&#13;
* Archivio della S. Congregazione dei Riti {Doc. X X X V I I , 1, 2, 3, 4, 5 ;&#13;
LXXI11).&#13;
ÉVREUX&#13;
&#13;
* Archivio vescovile {Doc. Vili).&#13;
Archivio del Seminario.&#13;
* Archivio dipartimentale di Eure {Doc. I, II, III, IV, V, VII).&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
X IV&#13;
&#13;
L a R ochelle&#13;
&#13;
Archivio dipartimentale di Charente-Inférieure.&#13;
L ondra&#13;
&#13;
* British Museum {Doc. X I, 1, 2).&#13;
M ontauban&#13;
&#13;
Archivio vescovile.&#13;
Biblioteca municipale.&#13;
Archivio dipartimentale di Tarn-et-Garonne.&#13;
M ontréal&#13;
&#13;
* Archivio deiriIòtel-Dieu.&#13;
Biblioteca di San Sulpizio.&#13;
Archivio del Seminario di San Sulpizio.&#13;
Archivio del Collegio Sainte-Marie.&#13;
* Archivio parrocchiale di Notre-Dame {Doc. X X I X , introd.).&#13;
M ontigny-su r -A vre&#13;
&#13;
Archivio parrocchiale.&#13;
N antes&#13;
&#13;
Archivio dipartimentale di Loire-Inférieure.&#13;
N icolet&#13;
&#13;
* Archivio del Seminario (Doc■L X , 2).&#13;
O ttawa&#13;
&#13;
* Archivio pubblico del Canadà {Doc. X I X , 3).&#13;
P arigi&#13;
&#13;
* Archivio del Ministero degli Affari Esteri.&#13;
* Archivio Nazionale :&#13;
•F ondi F, M, MM (Doc. XL, 2), O.&#13;
* Archivio del Ministero della Marina.&#13;
•Archivio del Ministero delle Colonie (Doc. X X V I I , 11, 14, 16, 17;&#13;
X X X //. X X X I X , 2; X L III , 2, 9, 11, 14, 15, 19, 22, 23; L I [ ///] ,&#13;
1, 2, 8; [VI], 11; [VII], 3, 4, 5, 7; L XIIl).&#13;
•Biblioteca Nazionale (sezione manoscritti):&#13;
* Fonds français.&#13;
* Nouvelles acquisitions françaises.&#13;
* Claraimbault (Doc. XLVI I , LI [III], 9).&#13;
* Mélanges Colbert.&#13;
* Cinq Cent Colbert.&#13;
•B ureau des Archives du Canada (Doc. LI [/], 1).&#13;
&#13;
�XV&#13;
&#13;
Archivio del Seminario delle Missioni estere (Doc. XI I , X X X V I I I , 4;&#13;
X L V , 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21,&#13;
22; LVII, 1).&#13;
•Archivio del Seminario di San Sulpizio (Doc. X X VII, 15; LI [ ///] , 12;&#13;
L V l, LX, 1 ; LXI , LX1V, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9; LXV, 1, 2).&#13;
Biblioteca del Senato.&#13;
*&#13;
&#13;
Q uébec&#13;
&#13;
•Archivio vescovile (Doc. XI V, X X V I , X X V I I , 1, 2, 3, 4, 7, 9; X X V I I I ,&#13;
X X I X , 1, 2, 3, 4; X X X I I I , 1, 2; X X X V , X X X V I I I , 2, 3; XL, 1;&#13;
X L l, 1; XLÌ I I , 5, 8, 10, 12, 13, 16, 21; X L I V , LI [ / / / ] , 10; [ZV], 8;&#13;
[ F / ] ,3 ; [ VII], 1.&#13;
•Archivio del Seminario (Doc. X, XI I I, XV, X I X , 1, 2; X X , XXI I I , 41,&#13;
43, 51; X X I V , X X V , X X V I I , 12; X X X I , X X X I V , X X X V I , 2, 4, 5;&#13;
X X X V I I , 1, 2, 3, 4, 5; X L l, 3, 5, 6; X L l l l l , 3, 7, 18, 20; XL V I,&#13;
XLVI I I , L, LI [I], 2; [ //] , 1, 2, 3, 4; [ / / / J, 3, 4, 5, 6, 7, 11; [ZV],&#13;
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 9, 10, 11, 12, 13, 14; [V], 1, 2, 3; [VI], 1, 2, 4, 5,&#13;
6, 7, 8, 9, 10; [VII], 2; ZJZ, LIII, 2, 3, 4; LZV, LV, LV II, 2, 3, 4;&#13;
L XX I I , 1, 2, 3, 4; LXX1V).&#13;
* Museo religioso dell’Università Laval (Doc. LIX).&#13;
•Archivio dell’Ospedale Generale (Doc. LI [VII], 6; LXVl).&#13;
* Archivio parrocchiale di Notre-Dame {Doc. LVI1I).&#13;
* Archivio del monastero delle Orsoline {Doc. XLIX).&#13;
•Archivio dell’Hôtel-Dieu {Doc. X L l, 7; LXVIl).&#13;
* Archivio della provincia di Québec {Doc. X X X I X , 1).&#13;
R oma&#13;
&#13;
•Archivio generale della Compagnia di Gesù {Doc. XVI , XVI I , 1, 2, 3;&#13;
XVI I I , 2; X X X V I I I , 1).&#13;
V ersailles&#13;
&#13;
•Archivio dipartimentale di Seine-et-Oise {Doc. X X V I I , 10; XLIII , 1,&#13;
4, 6, 17).&#13;
V erdux -s u r -Garonne&#13;
&#13;
Archivio comunale.&#13;
&#13;
Abbiamo inoltre consultato varie biblioteche nelle quali abbia­&#13;
mo desunto alcuni testi stampati che riproduciamo nella nostra&#13;
documentazione. Fra queste biblioteche segnaliamo:&#13;
P arigi&#13;
&#13;
* Biblioteca Nazionale (sezioni degli stampati e delle stampe).&#13;
Q uébec&#13;
&#13;
•Biblioteca dell’Università Laval {Doc. X X V I I , 5, 6, 8, 13; X X X V I , 1, 6;&#13;
X L l, 2, 4, 8; LI [VZZ], 8; LUI, 1; LXI X) .&#13;
&#13;
�XVI&#13;
&#13;
R oma&#13;
&#13;
* Biblioteca delle missioni nella casa generalizia della Compagnia di Gesù&#13;
(.Doc. XVI I I , 1, 3; X X I I , 1, 2, 3, 4, 5; X X X V I , 3, 7; XLII, LI [V], 4).&#13;
* Biblioteca della casa generalizia delle Orsoline (Doc. X X I , 1, 2, 3, 4, 5,&#13;
6, 7, 8, 9, 10).&#13;
&#13;
* Biblioteca Vaticana&#13;
&#13;
Come si rileva facilmente da questo elenco, la ricerca sistema­&#13;
tica era realmente necessaria, non solo per ragione di metodo,&#13;
ma per l ’apporto elle se ne poteva sperare e che realmente è&#13;
venuto alla Causa.&#13;
In queste ricerche infatti sono stati acquisiti alla Causa pili&#13;
di 400 pezzi nuovi, prima sconosciuti, fra i quali non pochi sono&#13;
di grande importanza.&#13;
I l i - Sguardo generale sulla documentazione&#13;
Una statistica generale della documentazione acquisita alla&#13;
Causa è impressionante: si tratta di 861 pezzi diversi, dei quali&#13;
la metà, esattamente 444, sono venuti in luce con le ricerche siste­&#13;
matiche della Sezione Storica. È superfluo notare che non era il&#13;
caso di riprodurre tutta questa documentazione ; molti pezzi pote­&#13;
vano essere utilizzati con estratti o con una qualche notizia parti­&#13;
colare, inserita nelle introduzioni critiche premesse ai vari&#13;
documenti più importanti ; altri poi erano inutili e sono stati sem­&#13;
plicemente omessi. Nella scelta dei pezzi da riprodurre, oltre alla&#13;
loro importanza oggettiva, ci siamo lasciati guidare anche dalle&#13;
Aliae Novae Animadversiones, nel senso che abbiamo dato la pre­&#13;
ferenza a quei pezzi che potevano illustrare maggiormente i vari&#13;
punti proposti alla discussione.&#13;
In conclusione abbiamo riprodotto 315 pezzi diversi, distri­&#13;
buiti in 76 documenti. Dei 315 pezzi riprodotti, 230 sono presentati&#13;
per la prima volta, mentre 85 furono già pubblicati nella Positio&#13;
super Virtutibus o nel Summarium additionale aggiunto alla&#13;
Nova Positio super Virtutibus.&#13;
Per la pubblicazione dei testi abbiamo seguito, in linea gene­&#13;
rale, l ’ordine cronologico. Spesso però, quando si trattava di que­&#13;
stioni particolari, abbiamo raggruppato vari pezzi, di date diverse,&#13;
sotto un unico documento, per avere così riunito il materiale neces­&#13;
sario per la illustrazione di una determinata questione.&#13;
A ciascun documento poi, anzi quasi a ciascun pezzo, sono state&#13;
&#13;
�XVII&#13;
&#13;
premesse delle introduzioni critiche, talvolta molto sviluppate;&#13;
e in queste introduzioni abbiamo toccato la questione dell’auten­&#13;
ticità dei singoli pezzi, del loro autore, del suo stato di informa­&#13;
zione, del tempo di composizione e via dicendo. Spesso anche&#13;
abbiamo presentato la ricostruzione dei fatti quale può essere&#13;
stabilita in base a tutta la documentazione. Se i Rmi Consultori&#13;
avranno la pazienza di seguire una dopo l ’altra tutte queste intro­&#13;
duzioni, giunti al termine della Posizione, avranno in mano quanto&#13;
è necessario per rispondere ai vari quesiti che possono esser loro&#13;
proposti.&#13;
Notiamo infine che i documenti non sono stati riprodotti nella&#13;
ortografia originale del secolo xvu, ciò che ne avrebbe resa diffi­&#13;
cile e sgradita la lettura, ma abbiamo adottato l ’ortografia mo­&#13;
derna, senza alterare però minimamente il testo.&#13;
Per orientare il lettore nell’esame della copiosissima docu­&#13;
mentazione, ne indicheremo i vari gruppi, relativi alle diverse&#13;
tappe della vita del Servo di Dio.&#13;
1. Infanzia, giovinezza, formazione culturale e religiosa del&#13;
Servo di Dio, sua ordinazione e ministero sacerdotale (1623-1657):&#13;
Dooc. I- VII I (pp. 1-16).&#13;
2. Nomina del Servo di Dio a vicario apostolico della Nuova&#13;
Francia (Canada) e sua consacrazione episcopale (1657-1658):&#13;
Voce. I X -X V (pp. 16-33).&#13;
3. Attività pastorale del Servo di Dio, prima come vicario&#13;
apostolico del Canada (1659-1674), poi come primo vescovo di&#13;
Québec (1674-1688), e sue dimissioni (1688): l)occ. X V I -L (pp. 34374), L X X I I I (pp. 950-951), Voce. A -B : apponi. I (pp. 959-976).&#13;
4. Vita privata del Servo di Dio dopo la sua dimissione dalla&#13;
sede di Québec e atteggiamento da lui assunto nelle difficoltà sorte&#13;
fra il Seminario di Québec, da lui fondato, e Mons. de Saint-Val­&#13;
lici', suo successore nella sede di Québec (1688-1704). Ultimi anni,&#13;
morte e sepoltura del Servo di Dio (1704-1708): Duce. L l-L X&#13;
(pp. 374-649).&#13;
5. Testimonianze sulla vita, le virtù e la fama di santità del&#13;
Servo di Dio da parte di testimoni contemporanei de visu o de&#13;
auditu a videntibus (1708-1761): Voce. L X I -L X I X (pp. 649-874).&#13;
6. Estratti del Processo Ordinario (1880-1883) e di quello Apo­&#13;
stolico (1898-1902): Voce. L X X - L X X I (pp. 875-941).&#13;
&#13;
�X V III&#13;
&#13;
7. Documenti concernenti l ’invenzione e ricognizione del corpo&#13;
del Servo di Dio (1877); la sua reposizione nella cripta della&#13;
cappella del Seminario di Quebec (1878), e recentemente (1950)&#13;
nella cappella funeraria annessa alla cappella del Seminario:&#13;
IJoco. L X X I 1 (pp. 942-949), L X X 1 V (pp. 951-957).&#13;
IV - Quadro sintetico della vita del Servo di Dio&#13;
Dopo le precedenti indicazioni sulla documentazione, penso&#13;
che sia utile presentare ora un quadro sommario della vita del&#13;
Servo di Dio, quale risulta dall’insieme della documentazione&#13;
stessa, criticamente vagliata. A dir vero, tale esposizione, concisa,&#13;
ma ordinata e completa, la si può vedere nel nostro Summarium&#13;
(pp. x l ix - l x x x v ), dove ad ogni affermazione sono indicate anche&#13;
le fonti relative. Qui, più che una esposizione particolareg­&#13;
giata della vita e delle virtù del Servo di Dio, ci permettiamo di&#13;
presentarne un quadro riassuntivo, con osservazioni di carattere&#13;
storico e psicologico. Questo quadro sarà utile, giova sperarlo,&#13;
perchè i Rmi Consultori possano farsi subito un’idea della figura&#13;
in esame e dei problemi che essa presenta, in rapporto al giudizio&#13;
richiesto sulla eroicità delle virtù.&#13;
La vita del Servo di Dio si può dividere opportunamente in&#13;
tre lunghi periodi : il 1° di 35 anni, dalla nascita alla sua nomina&#13;
a vicario apostolico del Canadà (1623-1658); il 2“ di 30 anni, dalla&#13;
nomina a vicario apostolico alle sue dimissioni come vescovo di&#13;
Quebec (1658-1688); il 3" di 20 anni dalle dimissioni alla sua morte&#13;
(1688-1708).&#13;
Raccoglieremo le notizie principali e le nostre osservazioni&#13;
trattando dei seguenti punti :&#13;
1. Il Servo di Dio dalla nascita alla sua nomina a vicario apo­&#13;
stolico del Canadà (1623-1658).&#13;
2. Il Servo di Dio vicario apostolico del Canadà e vescovo di&#13;
Quebec (1658-1688):&#13;
A) Ambiente geografico, religioso e politico del Canadà al­&#13;
l ’arrivo del Servo di Dio;&#13;
B) Attività del Servo di Dio come vicario apostolico e&#13;
vescovo di Québec (1659-1688).&#13;
&#13;
�X IX&#13;
&#13;
3, Il Servo di Dio dalle sue dimissioni quale vescovo di Quebec&#13;
alla morte (1688-1708).&#13;
4. Morte e sepoltura (1708).&#13;
1. l i . S ervo d i D io dalla n a s c it a alla s u a n o m in a&#13;
A VICARIO APOSTOLICO DEL CANADA&#13;
&#13;
(1623-1658)&#13;
&#13;
Il Servo di Dio Francesco de Montmorency-Laval nacque a&#13;
Montigny-sur-Avre, nella diocesi di Chartres, il 30 aprile 1623 e&#13;
morì a Québec il 6 maggio 1708 nella tarda età di 85 anni. La sua&#13;
attività apostolica s i svolge nella seconda metà del secolo x v i i ,&#13;
sotto il governo di Luigi XIV ; un periodo storico ben noto per il&#13;
suo fasto, la rilassatezza dei costumi, le pretensioni gallicane.&#13;
Nobile di nascita (la famiglia de Montmorency imparentata&#13;
con i de Lavai occupava uno dei primi posti nella nobiltà francese&#13;
e il ramo del Servo di Dio aveva la signoria di Montigny), entrato&#13;
che fu nella carriera ecclesiastica, avrebbe potuto aspirare facil­&#13;
mente ad una delle grandi sedi episcopali della Francia, o a qual­&#13;
che alto posto nel governo. Niente di tutto questo. Fin dall’ado­&#13;
lescenza si decise per lo stato ecclesiastico, ma con un orientamento&#13;
ascetico che faceva contrasto con lo spirito del tempo; non sognò&#13;
alte prelature, ma la dura vita missionaria nella ancora miste­&#13;
riosa terra della Nuova Francia, cioè del Canadà, per lavorare&#13;
alla conversione di feroci tribù indiane.&#13;
Questo ideale, insieme alla vocazione ecclesiastica, fu da lui&#13;
maturato durante gli anni della sua formazione, sotto la saggia&#13;
e forte disciplina dei Padri Gesuiti, nel Collegio prima di&#13;
La Flèche, ove egli entrò all’età di otto anni e vi rimase fino ai&#13;
diciotto (1631-1641), frequentando i corsi di umanità e di filosofia,&#13;
e nel Collegio poi di Clermont a Parigi, diretto parimente dai&#13;
Gesuiti, ove compì i corsi di teologia (1641-1645).&#13;
Durante la teologia, si creò nel Collegio di Clermont un movi­&#13;
mento di più intensa aspirazione alla perfezione, rappresentato&#13;
da quella nota associazione segreta chiamata Aa (sulle origini e&#13;
lo svolgimento di tale associazione, si veda Doc. L X I X , p. 712,&#13;
nota 2), di cui il Servo di Dio fu una delle prime reclute.&#13;
Sempre durante il corso teologico, morti i suoi due fratelli&#13;
maggiori, uno nel 1644 ed uno nel 1645, il Servo di Dio diventava&#13;
capo della famiglia e signore quindi di Montigny. Umanamente&#13;
&#13;
�XX&#13;
&#13;
parlando, si veniva a creare così una situazione, che avrebbe potuto&#13;
mettere in pericolo la sua vocazione sacerdotale. Ma egli non ebbe&#13;
neanche un momento di esitazione. Si recò difatti in famiglia&#13;
per regolare gli affari, ma tornò ben presto a Parigi, deciso a&#13;
perseverare nella vita ecclesiastica. L ’anno seguente 1646, prese&#13;
gli ordini minori e il suddiaconato, e un anno dopo, nel 1647, rice­&#13;
vette il diaconato, poi, il 1" maggio, il sacerdozio.&#13;
TI Servo di Dio fu nominato vicario apostolico nel 1658; rimase&#13;
dunque semplice sacerdote per 11 anni. Cosa fece in questi 11 anni ?&#13;
Cominciò con l ’esercitare il ministero sacerdotale a Parigi.&#13;
L ’anno seguente, 1648, fu nominato grande arcidiacono della dio­&#13;
cesi di Évreux. L ’ufficio dì grande arcidiacono non era semplice­&#13;
mente onorario, ma importava certe mansioni di ministero, che&#13;
egli assolse con diligenza, come si rileva dalle deposizioni cano­&#13;
niche raccolte nel 1653, quando il Servo di Dio fu proposto come&#13;
vicario apostolico del Tonehino (.Uoc. VI, pp. 5-14) e nel 1657&#13;
quando fu presentato come vicario apostolico del Canada (Doc. X ,&#13;
pp. 18-25).&#13;
Nel frattempo, nel 1651, i membri della ricordata associazione&#13;
Aa decisero di riunirsi a vita comune a Parigi, per attendere più&#13;
seriamente a propositi di perfezione cristiana. Il Servo di Dio&#13;
ne fu lietissimo e tutto il tempo che gli restava libero dalle occupa­&#13;
zioni del governo di Montigny, di cui era signore, e dell’arcidiaconato di Évreux, lo dedicava con gioioso fervore alle opere asce­&#13;
tiche e caritative che fiorivano nella vita comune dei soci dell’Aa.&#13;
Un anno dopo che i detti soci dell’Aa si erano riuniti a vita&#13;
comune, e cioè nel 1652, venne a Parigi il gesuita P. ile Rhodes&#13;
con un progetto. Egli era missionario nel Tonehino; si era recato&#13;
a Roma per proporre la nomina di tre vicari apostolici, uno per&#13;
il Tonehino, uno per la Cina, ed un terzo per la Cocincina. La&#13;
Santa Sede l ’aveva incaricato di presentare dei soggetti. Tl P. Ra­&#13;
got, S. I., fondatore dell’Aa, lo mise in rapporto con il gruppo&#13;
dei suoi ferventi sacerdoti. Il nostro Servo di Dio fu indicato&#13;
come uno dei tre. Alla proposta del P. de Rhodes, egli accettò&#13;
subito la difficile missione del Tonehino, realizzando così l ’ideale&#13;
missionario che custodiva in cuore. Il suo nome fu comunicato&#13;
a Roma nel 1653, con la commendatizia, nientemeno che dello&#13;
stesso san Vincenzo de’ Paoli, il quale faceva allora parte del&#13;
Consiglio di Coscienza della regina reggente (Doc. L X 1 X , p. 738,&#13;
&#13;
�XXI&#13;
&#13;
nota 1). Furono allora raccolte le ricordate informazioni cano­&#13;
niche (Doc. VI) e il Servo di Dio non tardò a rinunziare al suo&#13;
ufficio di arcidiacono di Évreux (Doc. VII, pp. 14-15), e più ancora&#13;
alla sua posizione di capo di famiglia e signore di Montigny&#13;
(Doc. L X I X , p. 711).&#13;
Libero così da ogni impegno, si ritirò nell’eremitaggio di&#13;
Caca, noto centro di vita spirituale dell’asceta de Dernières, sul&#13;
tipo delle nostre case per esercizi spirituali, e li trascorse vari&#13;
periodi, a diverse riprese, per prepararsi, nel raccoglimento e&#13;
nella preghiera, al futuro apostolato missionario nel Tonchino.&#13;
Senoneliè il Portogallo, cui apparteneva il Tonchino, non accettò&#13;
la candidatura di un vicario apostolico francese, e la cosa non&#13;
ebbe seguito.&#13;
Questa circostanza aprì al Servo di Dio la via del Canada.&#13;
La cosa andò così. I Padri Gesuiti, che a questo momento erano&#13;
i soli missionari del Canada, desideravano che quella missione&#13;
orinai ben avanzata venisse governata da un vicario apostolico.&#13;
11 governo di Parigi, e più precisamente la regina reggente, Anna&#13;
d’Austria, con il suo Consiglio di Coscienza, entrarono in questo&#13;
ordine di idee. Lo stesso Luigi XIV, pur essendo ancora sotto la&#13;
reggenza, fece una petizione formale alla Santa Sede, proponendo&#13;
come vicario apostolico del Canada il nostro Servo di Dio&#13;
(Doc. IX , pp. 16-18). In seguito a ciò, il 13 aprile 1658 Alessan­&#13;
dro V II nominava Mons. de Lavai vescovo titolare di Petrea e&#13;
vicario apostolico del Canada.&#13;
Tale nomina suscitò varie controversie, soprattutto da parte&#13;
dell’arcivescovo di Rouen, che fin allora aveva esercitato giuri­&#13;
sdizione nel Canada, considerando quei territori come una esten­&#13;
sione oltre mare della sua diocesi, e vi aveva nominato perciò anche&#13;
un vicario generale. L ’intervento del Nunzio di Parigi, Mons. Ce­&#13;
lio Piccolomini, appianò le cose e il Servo di Dio fu consacrato&#13;
vescovo dal Nunzio stesso, l ’8 dicembre 1658.&#13;
2. I l Siano ni Dio&#13;
&#13;
v ic a w o a p o s t o l ic o d e l&#13;
&#13;
k vescovo d i&#13;
&#13;
Q uébec&#13;
&#13;
C anada&#13;
&#13;
(1658-1688).&#13;
&#13;
Il Servo di Dio arrivò nel Canada nel maggio del 1659 e, salvo&#13;
alcune interruzioni piuttosto brevi, vi rimase fino al 1708, cioè&#13;
fino alla morte. Si tratta dunque di un lungo periodo di quasi&#13;
&#13;
�XX II&#13;
&#13;
50 anni. Di questi 50 anni, 30 li spese nel governo della nascente&#13;
Chiesa canadese, prima come vicario apostolico (1659-1674), poi&#13;
come primo vescovo di Quebec (1674-1688).&#13;
Prima di riassumere, nelle sue linee generali, l ’intensa atti­&#13;
vità del Servo di Dio in questi 30 anni di governo della Chiesa&#13;
canadese, ci sembra necessario dare uno sguardo sommario all’am­&#13;
biente geografico, religioso e politico nel quale egli dovette espli­&#13;
care la sua attività. Ciò sarà molto utile per poter misurare la&#13;
portata di quanto fece e per comprendere il perchè di certi suoi&#13;
atteggiamenti.&#13;
A) Ambiente geografico, religioso e politico del Canada all'arrivo&#13;
del Servo di Dio nel 1659.&#13;
1)&#13;
Sguardo geografico al territorio di giurisdizione del Servo&#13;
di Dio nel 1659. Di tutto l ’immenso territorio attuale del Canadà,&#13;
che si estende per circa 6.000.000 km2, la colonia francese del Ca­&#13;
nadà, esistente già da mezzo secolo, abbracciava nel 1659 un terri­&#13;
torio molto esteso, ma ristretto in rapporto agli attuali con­&#13;
fini. Aveva come centro Quebec, si estendeva su tutta la vallata&#13;
del fiume San Lorenzo fino a Montreal e comprendeva anche la&#13;
regione est dei grandi laghi, nonché una parte dell’Acadia, sul­&#13;
l ’Atlantico. Tutto l ’altro immenso territorio era sconosciuto agli&#13;
Europei ed era occupato da tribù indiane, con una popolazione&#13;
di densità molto scarsa (cf. cartina geografica, tav. I).&#13;
Chi visita oggi questa parte sviluppatissima del Canadà, diffi­&#13;
cilmente si può fare un’idea dello stato di cose esistente al tempo&#13;
del Servo di Dio. Basti pensare, per esempio, che per andare da&#13;
Quebec a Montreal, che anche allora erano i due centri principali&#13;
della colonia, l ’unica via di comunicazione era quella del gran&#13;
fiume San Lorenzo, che veniva percorso con barche nell’estate o&#13;
sul ghiaccio nell’inverno. La prima strada carrozzabile fra i due&#13;
centri fu aperta solo una trentina di anni dopo la morte del Servo&#13;
di Dio. Il clima era rigidissimo, alcuni dicono più di oggi. La&#13;
distanza poi di 5.000 chilometri dalla madre patria, costituiva&#13;
allora una barriera di cui noi oggi non ci rendiamo conto. Basti&#13;
dire che per andare da La Rochelle a Quebec, le nain impiegavano&#13;
da due a quattro mesi.&#13;
&#13;
�X X III&#13;
&#13;
2)&#13;
Stato della colonia canadese nel 1659. Nel 1659 la colonia&#13;
canadese era ancora nel suo periodo di formazione. Solo nel 1608,&#13;
il capitano Champlain aveva fondato un posto fisso, la futura&#13;
Québec. Ma una ventina di anni dopo, nel 1629, tutti i pochi coloni&#13;
francesi furono costretti a riprendere la via del mare, perchè i&#13;
territori dove si erano fissati furono occupati dagli Inglesi. Poco&#13;
dopo però, nel 1632, col trattato di Saint-Germain-en-Laye, i&#13;
Francesi poterono tornare nella Nuova Francia e rioccupare le&#13;
proprie posizioni.&#13;
Ciò nonostante lo sviluppo della colonia fu lento e faticoso,&#13;
soprattutto per questi tre motivi : 1° disinteressamento da parte&#13;
del re di Francia; 2° negligenza da parte delle compagnie inca­&#13;
ricate della colonizzazione, le quali si preoccupavano, non tanto&#13;
dello sviluppo della colonia, quanto dei propri interessi di sfrut­&#13;
tamento; 3“ finalmente l ’irriducibile ferocia della potente tribù&#13;
degli Irochesi, i quali per tutta la prima metà del secolo xvn,&#13;
tennero la colonia in uno stato continuo d ’allarme. Essi piomba­&#13;
vano all'improvviso sulle varie stazioni coloniali, uccidevano,&#13;
incendiavano, portavano via prigionieri e sparivano di nuovo nella&#13;
foresta inaccessibile. Quando il Servo di Dio arrivò nel Canada,&#13;
gli Irochesi, superbi di molti successi, erano al colmo della loro&#13;
potenza feroce.&#13;
Per queste varie cause, e soprattutto per il terrore degli Iro­&#13;
chesi. la popolazione coloniale del Canada nel 1659 era ancora&#13;
bassissima : Quebec non contava più di 500 anime e tutta la Nuova&#13;
Francia non superava i 2.000 individui.&#13;
Si può aggiungere che anche le condizioni economiche dei&#13;
coloni non erano così floride come si potrebbe pensare; vivevano&#13;
soprattutto dell’agricoltura, e si trattava di impiantare culture in&#13;
una terra vergine.&#13;
Quanto all’amministrazione civile, la colonia era retta da un&#13;
governatore quale rappresentante del re di Francia, assistito da&#13;
un consiglio di cinque membri, fra i quali vi era di diritto il supe­&#13;
riore dei Gesuiti, quale rappresentante dei missionari del luogo.&#13;
Giunto il vicario apostolico, era naturale che lui dovesse prendere&#13;
il posto dell’autorità ecclesiastica e il Servo di Dio entrò subito&#13;
nel predetto consiglio, al posto del superiore dei Gesuiti.&#13;
Nel 1663, per influsso anche del Servo di Dio (Doc. X X X I I ,&#13;
int., p. 1.90), ci fu un cambiamento nell’amministrazione civile della&#13;
&#13;
�XXIV&#13;
&#13;
colonia. Lo compagnie di colonizzazione, che.poco o nulla si erano&#13;
interessate del vero progresso della colonia, furono sospese e il&#13;
Canadà divenne come una provincia del regno, sotto la immediata&#13;
tutela del re. In questa occasione venne formato un nuovo consi­&#13;
glio, detto Consiglio Sovrano, di cui il vicario apostolico era&#13;
membro di diritto. Al governatore poi fu aggiunto un altro grande&#13;
magistrato col titolo di intendente, i cui poteri per gli affari&#13;
interni, polizia, giustizia e finanze, sorpassavano per ampiezza&#13;
quelli dello stesso governatore.&#13;
3)&#13;
Sinto della Chiesa canadese nel 1659. La colonia canadese&#13;
ebbe il suo primo nucleo fisso, come abbiamo detto, nel 1608. Foco&#13;
dopo, nel 1615, arrivarono i primi missionari, i Francescani&#13;
Recolletti; nel 1625 giunsero i Gesuiti. Nel 1629 però anche i&#13;
missionari, come tutti i coloni, con l ’occupazione inglese, dovet­&#13;
tero rientrare in Francia. Dopo il ricordato trattato del 1632,&#13;
insieme ai coloni francesi, tornarono nella Nuova Francia anche&#13;
i missionari ; questa volta però solo i Gesuiti. Essi intrapresero&#13;
un’intensa attività di apostolato, non soltanto in mezzo all’ele­&#13;
mento colonizzatore, ma anche in mezzo alle tribù indigene, fra&#13;
le quali ci furono buone conversioni. Solo gli Irochesi resistettero&#13;
ad ogni tentativo di evangelizzazione e furono ostacolo, come&#13;
abbiamo detto, ad ogni espansione coloniale e religiosa. Dal 1642&#13;
al 1649 furono trucidati da essi vari missionari, fra i quali i noti&#13;
protomartiri canadesi S. Isaac Jogues, S. Giovanni de Brébeuf,&#13;
S. Gabriele Lallemant e compagni, canonizzati nel 1930.&#13;
Oltre ai missionari, anche qualche comunità religiosa femmi­&#13;
nile era venuta in Canadà per affiancare l ’opera di evangelizza­&#13;
zione. Nel 1639 la Yen. Maria dell’Incarnazione, una donna di&#13;
primo ordine, aveva fondato a Québec un convento di Orsoline&#13;
per l ’educazione della gioventù femminile. Anche le Ospedaliere&#13;
di Sant 'Agostino di Dieppe giunsero a Québec e vi fondarono nello&#13;
stesso anno 1639 un ospedale, il primo ospedale del Canadà. Cinque&#13;
anni dopo, nel 1644, una giovane infermiera francese, Giovanna&#13;
Mance, fondò aneli'essa un ospedale a Montreal; questo ospedale&#13;
passò poi, nel 1659, sotto la direzione delle Suore Ospedaliere di&#13;
San Giuseppe fondate a Laflòelie dal Servo di Dio Girolamo Le&#13;
Rover de la Dauversière. Nel 1653 giunse a Montréal la Reata&#13;
Margherita Bourgeoys, la quale diede inizio nel 1658 a quella&#13;
&#13;
�XXV&#13;
&#13;
che fu poi la tanto benemerita Congregazione di Nostra Signora,&#13;
per l ’istruzione e l ’educazione della gioventù.&#13;
Finalmente nel 1657, due anni prima dell’arrivo del Servo di&#13;
Dio, i Sulpiziani, fondati poco prima a Parigi dal famoso Oliei’,&#13;
avevano aperto una casa a Montreal e si occupavano di apostolato&#13;
religioso presso i coloni francesi.&#13;
In conclusione, si può dire che quando il Servo di Dio giunse&#13;
nel Canada, vi trovò molte cose avviate, ma semplicemente avviate ;&#13;
la struttura ecclesiastica era ancora rudimentale. Basti dire che&#13;
in tutta la colonia vi erano solo una ventina di sacerdoti, dei quali&#13;
15 appartenenti alla Compagnia di Gesù. Le chiese od oratori&#13;
aperti al cidto, a parte alcune cappelle dislocate nei territori di&#13;
missione presso gli Indiani, erano in tutto 11, di cui 4 a Québec.&#13;
4)&#13;
Clima politico-religioso del Canada al tempo del Servo di&#13;
Ilio. Dopo aver veduto brevemente lo stato di sviluppo coloniale&#13;
e lo stato ancora rudimentale della Chiesa nel Canada al momento&#13;
dell’arrivo del Servo di Dio, è necessario accennare ora all’atmo­&#13;
sfera politico-religiosa che vi regnava. È questo un lato impor­&#13;
tante, perchè certe controversie nelle quali dovette intervenire il&#13;
Servo di Dio e certi atteggiamenti da lui assunti, non si spiegano&#13;
senza conoscere le correnti politico-religiose seguite dalle autorità&#13;
coloniali.&#13;
Diremo subito che il clima politico-religioso del Canadà era&#13;
generalmente il clima di gallicanismo, dominante in Francia, con&#13;
adattamenti a certi problemi locali. Ora è a tutti noto che a&#13;
quest’epoca siamo all’apice del gallicanismo, portato al suo mas­&#13;
simo sviluppo da Luigi XIV. Questi cominciò a regnare nel 1661,&#13;
due anni dopo l ’arrivo del Servo di Dio in Canadà, e morì nel 1715,&#13;
sette anni dopo la morte di Mons. de Lavai. L ’episcopato dunque&#13;
del Servo di Dio si svolse tutto sotto il governo di Luigi XIV.&#13;
È anche noto quali fossero i capisaldi delle cosiddette libertà&#13;
gallicane: a) Presentazione da parte del re dei candidati per la&#13;
nomina dei vescovi e degli abbati, ed accettazione delle loro even­&#13;
tuali dimissioni ; così anche il nostro Servo di Dio fu presentato&#13;
dal re per la sua nomina episcopale, e poi per il conferimento&#13;
dell’abbazia di Maubec, e quando rinunziò alla sede di Quebec&#13;
per motivi di salute, la rinunzia fu presentata al re; b) Dominio&#13;
reale sui beni ecclesiastici. Lo stesso Luigi XIV in un suo memo­&#13;
&#13;
�---- X X V I ----&#13;
&#13;
riale sulla educazione del delfino scriveva : « Tout ce qui se trouve&#13;
dans l ’étendue de nos États, de quelque nature qu’il soit, nous&#13;
appartient au même titre ... Les rois sont seigneurs absolus et&#13;
ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens&#13;
qui sont possédés aussi bien par les gens d ’Église que par les&#13;
séculiers » (Mémoires de Louis X I V pour l ’instruction du dau­&#13;
phin, edizione Dreyss, Parigi 1860, vol. III, p. 121). Di qui anche&#13;
la famosa regalia, ossia gli introiti dei beni ecclesiastici vacanti,&#13;
che passavano al re; c) Controllo della disciplina ecclesiastica.&#13;
Questo era forse il punto praticamente più delicato. Il re veniva&#13;
di fatto ad esercitare una specie di giurisdizione sul clero, che&#13;
non poteva non intralciare la giurisdizione ecclesiastica. Tutti gli&#13;
affari ecclesiastici di carattere amministrativo e disciplinare,&#13;
l ’erezione per esempio di una parrocchia o la delimitazione dei&#13;
suoi confini, le controversie fra clero e vescovo, fra clero regolare&#13;
e clero secolare, e cose simili, facevano capo, non alle competenti&#13;
Congregazioni romane, ma al re.&#13;
Il clero francese era purtroppo .entrato in questo ordine di&#13;
idee; basta ricordare la famosa dichiarazione del clero gallicano&#13;
del 1682, dunque di questa stessa epoca.&#13;
Questa mentalità e questo stato di cose non poteva non essere&#13;
introdotto anche nel Canada, che ei-a considerato come una parte&#13;
del regno. «A l ’égard de l ’Église, scriveva Luigi XIV al gover­&#13;
natore del Canada Frontenac nel 1676, mon intention est que les&#13;
droits et privilèges de ma couronne et les libertés de l ’Église galli­&#13;
cane soient observés pour tout ce qui concerne le spirituel » (Arch.&#13;
Naz. di Parigi, Colonies B 7, fol. 16).&#13;
Di conseguenza l ’autorità del re interveniva, anche nel Canadà,&#13;
sulle questioni ecclesiastiche di ordine disciplinare, sulla regola­&#13;
mentazione degli onori dovuti ai rappresentanti del re e al vescovo&#13;
nelle cerimonie religiose, sulla fondazione delle parrocchie, l ’im­&#13;
posizione delle decime, e via dicendo.&#13;
Ma il re con il suo Consiglio risiedeva a cinquemila chilometri&#13;
di distanza. La sua autorità era esercitata dai suoi rappresentanti,&#13;
il governatore prima, poi il governatore e l ’intendente. È con&#13;
questi che ebbe da trattare direttamente il Servo di Dio. Si ag­&#13;
giunga che i limiti dei diritti reali, quali erano accettati da tutti,&#13;
in linea di principio, come conseguenza delle cosiddette libertà&#13;
gallicane, non erano così delimitati da non lasciare aperta la via&#13;
&#13;
�XXVII —&#13;
&#13;
a molti problemi particolari nelle contingenze pratiche. Si tenga&#13;
poi presente che il Servo di Dio, dotato di quel forte attaccamento&#13;
a Roma, di cui abbiamo molte prove, subiva la detta situazione,&#13;
ma non era certamente disposto ad ampliare i poteri delle auto­&#13;
rità civili, convinto come era che trattandosi di una situazione&#13;
che si andava allora fissando, era suo dovere di difendere al mas­&#13;
simo la sua autorità di vicario apostolico e di vescovo.&#13;
In questo stato di cose, era inevitabile che sorgessero dei con­&#13;
flitti fra il vescovo e il governatore o l ’intendente. Tracce di questi&#13;
conflitti, talvolta acuti e serrati, abbondano nella documentazione&#13;
e sono stati illustrati, volta per volta, nelle loro cause, svolgimento&#13;
e conclusione. Qui possiamo dire, in linea generale, che Patteggia­&#13;
mento del Servo di Dio si presenta sempre giustificatissimo. Ad&#13;
un osservatore superficiale potrà sembrare, a prima vista, ohe il&#13;
Servo di Dio sia stato eccessivamente geloso della sua autorità,&#13;
come quando si trattò del posto da assegnare nel presbiterio, nelle&#13;
funzioni religiose, al governatore (cf. Summ., pp. l x x v i - l x x v ii ) ;&#13;
ma in fondo si può essere più che sicuri che il vero movente della&#13;
resistenza del Servo di Dio era quello di tutelare l ’autorità del&#13;
vescovo e di non creare precedenti per ampliare l ’influenza già&#13;
esagerata dell’autorità civile in cose ecclesiastiche.&#13;
Si potrà dire forse che il Servo di Dio avrebbe potuto usare&#13;
qualche volta forme più diplomatiche; certi suoi atteggiamenti&#13;
potranno sembrare duri ; ciò corrisponde anche al suo carattere&#13;
diritto, leale e fiero; ma non si può mettere in dubbio, nè la sua&#13;
rettitudine di intenzione, nè l ’oggettiva necessità di difendere i&#13;
diritti della Chiesa contro l ’invadenza dell’autorità secolare.&#13;
D ’altra parte, in alcune questioni, tale fermezza di volontà e certi&#13;
modi forti, erano assolutamente necessari, trattandosi di abusi,&#13;
nei quali le stesse autorità civili erano coinvolte. Si pensi soprat­&#13;
tutto alla famosa questione «de la traite de l ’eau-de-vie avec les&#13;
sauvages ». Era questa una vera piaga che esisteva dagli inizi&#13;
della colonia e che era mantenuta in vita per una collusione di&#13;
grossi interessi, con dei complici anche in Francia. Si trattava&#13;
di questo. È nota la ricerca passionale e pazza degli Indiani per&#13;
gli alcoolici, che essi non sapevano fabbricare. I coloni si preva­&#13;
levano di questa inclinazione per acquistare da essi preziosi quan­&#13;
titativi di pelliccie in cambio purtroppo di alcoolici. Le conse­&#13;
guenze morali si possono immaginare. Il Servo di Dio, proprio per&#13;
&#13;
�XX V III —&#13;
&#13;
i gravissimi danni morali dell’abuso dell’alcool da parte degli&#13;
Indiani, fu inflessibile sulla questione.&#13;
Data questa fermezza e dato l ’ascendente che si era conquistato&#13;
con la sua vita e la sua operosità, atteso anche il favore di cui&#13;
godeva personalmente presso il re, che lo volle nel Consiglio&#13;
Sovrano del Canada, il Servo di Dio venne ad esercitare un influsso&#13;
tale, che non poteva non destare la gelosia delle autorità civili colo­&#13;
niali. Di qui le loro lamentele presso la Corte. Di qui anche certi&#13;
interventi del re, il quale, pur apprezzando molto il Servo di Dio,&#13;
restava coerente alla sua mentalità gallicana, insinuando al gover­&#13;
natore di adoperarsi, perchè l ’influsso delle due autorità, la civile&#13;
e l ’ecclesiastica, non divenisse sproporzionato. Così nel 1665 il re&#13;
scriveva a ll’intendente Talon: « I l est absolument nécessaire de&#13;
tenir dans une juste balance l ’autorité temporelle qui réside dans&#13;
la personne du roi et de ceux qui la représentent, et la spirituelle&#13;
qui réside en la personne du Sieur Évêque et des Jésuites, de&#13;
manière toutefois que celle-ci soit inférieure à l ’autre» (citato&#13;
da T homas Chai*ais, Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France,&#13;
Québec 1904, p. 41). E in una istruzione del 1" maggio 1677 all’in­&#13;
tendente Dueliesneau, il ministro Colbert precisava: « J e suis&#13;
encore obligé de vous dire qu'encore que dit Sieur Evêque soit&#13;
un homme de bien et qu’il fasse fort bien son devoir, il ne laisse&#13;
pas d ’affecter une domination qui passe de beaucoup les bornes&#13;
que les évêques ont dans le monde chrétien et particulièrement&#13;
dans le royaume; et ainsi vous devez vous appliquer à bien con­&#13;
naître et savoir le plus parfaitement que atous pourrez, l ’étendue&#13;
du pouvoir des évêques et les remèdes que l ’autorité royale a&#13;
apportés pour en empêcher les abus et leur trop grande domina­&#13;
tion, afin que vous puissiez, de concert avec M. de Frontenac,&#13;
dans les circonstances importantes, y apporter remède » (Areli.&#13;
Xaz. di Parigi, Colonies II 7, fol. 81).&#13;
Bastano questi accenni per convincerci di due cose: 1° che il&#13;
Servo di Dio, pur sottostando alla situazione di certe intromis­&#13;
sioni dell’autorità civile, che a noi sembrano oggi inaccettabili,&#13;
ma che allora erano considerate come diritti reali riconosciuti,&#13;
non ne fu mai certamente fautore e promotore, che anzi il suo&#13;
atteggiamento fu di resistenza passiva, quando non fu possibile&#13;
quella attiva ; 2" che il suo governo, proprio per questa situazione,&#13;
non era certamente dei più facili e dei più sereni. Ci furono dei&#13;
&#13;
�X X IX&#13;
&#13;
periodi di calma e di collaborazione cordiale; ma ci furono anche&#13;
dei periodi tesi, nei quali il Servo di Dio ebbe a soffrire non poco.&#13;
In conclusione, le relazioni del Servo di Dio con le autorità&#13;
civili, tanto della Francia quanto del Canada, con le quali ebbe&#13;
rapporti continui e obbligati, non sono certamente quelle di un&#13;
vescovo di spirito gallicano, e se ci si pone nella situazione con­&#13;
creta, di tempo e di luogo, difficilmente si può desiderare nel Servo&#13;
di Dio una maggiore fermezza e dirittura. (Su questa questione,&#13;
cf. Doc. L X X I , pp. 918-930, 932-936).&#13;
B) A ttività de] Servo di Dio come vicario apostolico e vescovo di&#13;
Québec {1659-1088).&#13;
Dopo questa lunga, ma pur necessaria illustrazione dell’am­&#13;
biente geografico, religioso e politico ove si svolse l ’attività epi­&#13;
scopale del Servo di Dio, diamo ora uno sguardo riassuntivo a&#13;
quella sua stessa attività religiosa e pastorale.&#13;
La descrizione che ci fanno il Padre Girolamo Lallemant&#13;
{Doc. X V I I I , pp. 37-41) e il de Latour {Doc. L X I X , pp. 728-730)&#13;
della partenza del Servo di Dio da La Rochelle, del suo viaggio&#13;
e soprattutto del suo arrivo in Canada, può essere considerata&#13;
come una delle pagine più vive della letteratura missionaria.&#13;
Partito il 13 aprile del 1659, approdava a Percé, alla foce del&#13;
San Lorenzo, il 16 maggio seguente ; i missionari Gesuiti gli fecero&#13;
trovare subito 130 persone, fra le quali molti neofiti selvaggi,&#13;
pronti per ricevere il sacramento della cresima. Erano le primizie&#13;
dell’attività apostolica del Servo di Dio. Ma la vita missionaria,&#13;
con tutte le sue durezze, l ’attendeva a Quebec. Per prima cosa,&#13;
mancava un’abitazione, e fu ospite da principio dei Padri Ge­&#13;
suiti, passando poi a ll’ospedale, e riuscendo solo dopo un mezzo&#13;
anno, ad affittare una povera casa. Ciò nonostante scriveva ad un&#13;
suo amico in Francia il 20 ottobre del 1659: « J e ne puis vous&#13;
dire la paix et la consolation de mon cœur de me voir dans un lieu&#13;
où je suis assuré que sa sainte Volonté me veut et où je suis dans&#13;
l ’attente du moment précieux de lui sacrifier ma vie pour le salut&#13;
des âmes qui ont été depuis tant d ’années l ’objet de son amour»&#13;
{Doc. X I X , p. 43).&#13;
Non è il caso di seguire ora, passo passo, la vita e l ’attività&#13;
del Servo di Dio, ciò che è stato già fatto nel Summar. pp. x l ix -&#13;
&#13;
�X XX&#13;
&#13;
con i dovuti rimandi alla rispettiva documentazione. Sarà&#13;
utile invece mettere in rilievo le direttive generali seguite dal&#13;
Servo di Dio e l ’intensità del suo lavoro apostolico per organiz­&#13;
zare quella Chiesa nascente.&#13;
lxxxv,&#13;
&#13;
Prim a visita pastorale del vicariato (1660). Erano trascorsi&#13;
appena sei mesi dal suo arrivo, quando il Servo di Dio, nel gen­&#13;
naio del 1660, dunque in pieno inverno, intraprese subito la visita&#13;
pastorale del suo vicariato. Abbiamo già accennato alle distanze&#13;
territoriali enormi, alle difficoltà delle comunicazioni e al pericolo&#13;
incombente allora di incursioni improvvise e disastrose da parte&#13;
dei feroci Irochesi. Ci si può immaginare quale somma di sacri­&#13;
fici rappresentava questa visita, fatta con uno zelo e con uno&#13;
spirito di abnegazione quale si riscontra nei più grandi missionari.&#13;
Un testimone contemporaneo, parlando di questa e di altre visite&#13;
pastorali, ci dice che il Servo di Dio le faceva «comme les plus&#13;
pauvres missionnaires, à pied, en raquettes, la couverte sur le dos,&#13;
ne trouvant le plus souvent presque rien à manger, couchant dans&#13;
une grange ou contre le feu sur la paille, et faisant des trajets de&#13;
chemin avec des fatigues que ceux qui ont l ’expérience de la&#13;
rigueur des saisons et de leur incommodité dans le Canada, com­&#13;
prendront aisément, et qui lui causèrent de grandes incommodités&#13;
qu’il a portées avec beaucoup de patience jusqu’à la mort»&#13;
(Doc. L X V , p. 691).&#13;
Dopo questa prima visita, che durò, con diverse riprese, per&#13;
circa nove mesi, cioè fino all’ottobre del 1660, il Servo di Dio aveva&#13;
davanti a sè il quadro chiaro degli abusi da estirpare e del lavoro&#13;
di costruzione da iniziare.&#13;
Fra gli abusi, il pili grave e dannoso era quello del già ricor­&#13;
dato commercio degli alcoolici con i selvaggi. Senza tanti indugi,&#13;
il Servo di Dio, il 6 maggio del 1660, festa dell’Ascensione, lo proibì&#13;
solennemente sotto pena di scomunica. La reazione dei profittatori&#13;
non poteva mancare e continuerà poi, con periodi talvolta acuti,&#13;
si può dire per tutto il tempo del suo episcopato (Doc. X X V I I ,&#13;
p p . 145-180).&#13;
Terminata la visita pastorale, il Servo di Dio si affrettò anzi­&#13;
tutto ad inviare, nell’ottobre 1660, una larga relazione dello stato&#13;
della Chiesa nel Canadà al Sommo Pontefice Alessandro VTI&#13;
(Doc. X X I I I , 4, pp. 79-89).&#13;
&#13;
�XXXI&#13;
&#13;
Si mise poi al lavoro di costruzione, cominciando con l ’orga­&#13;
nizzare il lavoro pastorale del poco clero regolare e secolare di&#13;
cui disponeva.&#13;
Primo viaggio in Francia (1662-68). Intanto si maturavano&#13;
nella mente del Servo di Dio problemi e progetti per lo sviluppo&#13;
e la vita stessa della colonia. Due anni dopo credette giunto il&#13;
momento di intraprendere il viaggio di Francia, per sottoporre&#13;
al re varie questioni, nelle quali solo la sua autorità poteva portare&#13;
una soluzione. Si trattava in primo luogo di mettere in chiaro e&#13;
rendere effettiva la sua autorità di vicario apostolico. La cosa&#13;
oggi sembra strana, ma si era allora agli inizi della funzione dei&#13;
vicari apostolici quali Ordinari inviati dalla S. Sede e non si&#13;
aveva un’idea precisa dei limiti di questa loro funzione. Si ag­&#13;
giunga il fatto locale gravissimo, che l ’arcivescovo di Rouen in&#13;
Francia, aveva esercitato fino a quel momento, come abbiamo già&#13;
detto, la sua giurisdizione nel Canada, considerando questi im­&#13;
mensi territori come un prolungamento del territorio diocesano&#13;
al di là dell’oceano, tanto che vi aveva nominato come suo rappre­&#13;
sentante un vicario generale. Per queste varie ragioni, il Servo&#13;
di Dio credeva necessaria l ’erezione di una diocesi del Canadà;&#13;
così ogni pretesa dell’arcivescovo di Rouen sarebbe venuta auto­&#13;
maticamente a cessare. Aveva già esposto la cosa alla Santa Sede&#13;
(Doc. X X I I I , pp. 75-76, 78, 88, 89, 90-92) e pensava di proporla&#13;
ora al re, senza il cui appoggio difficilmente se ne sarebbe venuti&#13;
a capo.&#13;
Dal re poi doveva ottenere appoggio anche per la lotta contro&#13;
il commercio delle bevande alcooliche con gli Indiani, favorito&#13;
più o meno apertamente dalle autorità coloniali; e si dovevano&#13;
comporre alcune divergenze su questioni di precedenza delle stesse&#13;
autorità coloniali nelle funzioni religiose. Il Servo di Dio aveva&#13;
poi in progetto la costituzione di un Seminario, per la cui erezione,&#13;
come ente riconosciuto anche dallo stato, erano necessarie le let­&#13;
tere patenti dèi re.&#13;
Per tutte queste ragioni, il Servo di Dio, il 12 agosto del 1662,&#13;
si mise in viaggio per la Francia. Fu ricevuto con onore e bene­&#13;
volenza dal re, al quale espose, con energia e con tatto, tutte le&#13;
va2*ie questioni suaccennate, ed altre che riguardavano più diret­&#13;
tamente l ’aspetto civile della colonia, in particolare la questione&#13;
&#13;
�XX X II&#13;
&#13;
delle compagnie coloniali, che furono poi soppresse, dando luogo&#13;
all’istituzione del Consiglio Sovrano, quale supremo organo del&#13;
governo della colonia, e nel quale anche il vescovo prò tempore&#13;
doveva occupare un posto.&#13;
Ritorno del Servo di Dio in Canada e intensa attività aposto­&#13;
lica {1663-1671). Nel maggio del 1663, dopo circa un semestre di&#13;
permanenza in Francia, il Servo di Dio si rimise in viaggio per il&#13;
Canada. Portava con sè la soluzione avviata di molti problemi;&#13;
un risultato soprattutto lo riempiva di gioia : quello di aver potuto&#13;
erigere il Seminario di Québec, con istrumento fatto a Parigi il&#13;
26 marzo del 1663 (I)oc. X X X I , pp. 186-190), e d ’aver potuto&#13;
ottenere per tale erezione le lettere patenti del re, rilasciate&#13;
nell’aprile seguente.&#13;
Il Seminario di Québec, così come fu concepito ed attuato dal&#13;
Servo di Dio, è una delle opere più grandiose e più fruttuose di&#13;
tutta la sua attività apostolica. Anche in Europa si era ancora&#13;
agli inizi della istituzione dei Seminari, prescritti dal Concilio&#13;
di Trento. È un altro indice dello zelo illuminato del Servo di Dio,&#13;
l ’aver pensato subito, in un paese di missione, a fondare un semi­&#13;
nario, che della missione doveva essere come il cuore. Il Servo&#13;
di Dio concepì infatti il Seminario in un modo un po’ lontano dai&#13;
nostri concetti ordinari, ma profondamente rispondente alle neces­&#13;
sità pastorali della missione. Il Seminario di Québec era costi­&#13;
tuito anzitutto da una specie di comunità del clero secolare,&#13;
addetto ai vari ministeri sotto la dipendenza del vescovo ; accanto&#13;
poi a questa specie di comunità sacerdotale vi era il Seminario&#13;
vero e proprio per la formazione del giovane clero. Il Servo di&#13;
Dio considerò questa istituzione come la pupilla degli occhi suoi&#13;
e ad essa dedicò le sue cure più assidue. Il Seminario di Quebec,&#13;
ricco ormai di tre secoli di vita, sussiste tu tt’ora e ha dato luogo&#13;
anche a quel grande organismo accademico che è l ’Università&#13;
cattolica Lavai di Québec.&#13;
Rientrato dunque a Quebec, nel settembre del 1663, dopo&#13;
quattro mesi di viaggio, il Servo di Dio si mise a ll’opera. Per otto&#13;
anni consecutivi, dal 1663 al 1671, la sua attività fu intensissima&#13;
soprattutto nei seguenti settori : fondazione e sviluppo del Semi­&#13;
nario di Québec, organizzazione delle missioni fra i selvaggi, orga­&#13;
nizzazione delle parrocchie e sviluppo della pietà cristiana. In&#13;
&#13;
�XXX III —&#13;
&#13;
questo frattempo fece ancora tre visite pastorali del suo vicariato,&#13;
due parziali e una completa. Contemporaneamente, quale membro&#13;
del Consiglio Sovrano, il Servo di Dio ebbe grande influsso anche&#13;
per gli sviluppi sociali della colonia.&#13;
Secondo viaggio in Francia ( 1671-1675) ed erezione della dio­&#13;
cesi di Quebec {1674). Abbiamo già ricordato le difficoltà che il&#13;
Servo di Dio ebbe, sin dall’inizio, con l ’arcivescovo di Rouen.&#13;
Questi aveva avuto giurisdizione nel Canadà, e ritenendo, come&#13;
ritenevano molti vescovi di Francia, che nelle loro diocesi la Sede&#13;
Apostolica non doveva inviare dei vicari (memoriale e rescritto&#13;
della Congregazione di Propaganda, 15 dicembre 1666, Arch.&#13;
Prop., Congr. Part., vol. XX, f. 264), cercava di continuare la sua&#13;
giurisdizione nel Canadà, anche dopo l ’arrivo del Servo di Dio&#13;
quale vicario apostolico.&#13;
Il Servo di Dio, dal 1659 al 1662, richiamò varie volte l ’atten­&#13;
zione della Santa Sede su questa difficoltà ; rientrato poi in Fran­&#13;
cia nell’autunno del 1662, ne parlò anche al re, come abbiamo già&#13;
detto. Luigi XIV promise di sollecitare, presso la Santa Sede,&#13;
l ’erezione di una diocesi nel Canadà, come unico mezzo per met­&#13;
tere fine alla difficoltà. Difatti il re ne fece richiesta al Sommo&#13;
Pontefice Alessandro V II, prima il 14 dicembre 1662, poi il 28 giu­&#13;
gno 1664, proponendo al Papa lo stesso Servo di Dio come primo&#13;
vescovo d i Québec (M ic h e l -É t ie n n e F a illo n , Histoire de la colo­&#13;
nie française en Canada, vol. I l i , Villemarie 1866, p. 427).&#13;
In realtà, secondo il concordato concluso fra Leone X e Fran­&#13;
cesco I nel 1516, il re di Francia aveva la facoltà di presentare&#13;
alla Santa Sede i candidati alle sedi vescovili e alle abbazie del&#13;
suo regno (cf. A ngelo M ercati , Raccolta di concordati su materie&#13;
ecclesiastiche tra la Santa Sede e le autorità civili, Roma 1919,&#13;
pp. 236-237). Nel caso di Quebec, la Santa Sede riconobbe al re&#13;
lo « ius nominandi », cioè il diritto di presentare i candidati a&#13;
questa sede vescovile, non solo in virtù del concordato, ma anche&#13;
perchè Luigi XIV era il fondatore della mensa vescovile di&#13;
Québec. Tanto si rileva da un rescritto della Propaganda Fide&#13;
in data 15 dicembre del 1666: «Erigatur in titulum vicariatus&#13;
apostolicus Canadiensis et nominatio illius Ecclesiae concedatur&#13;
regi Galliarum tamquam fundatori » (Arch. Prop., Congr. Part.,&#13;
vol. XX, fol. 264; ef. anche Acta, 1670, fol. 68), e dalle bolle di&#13;
&#13;
�X X X IV&#13;
&#13;
erezione della diocesi emanate dalla Congregazione Concistoriale :&#13;
« Eidem Ludovico regi eiusque successoribus, attenta assignatione&#13;
praedictae abbatiae [Maubec] de eiusdem Ludovici regis consensu&#13;
dictae mensae episcopali ut supra facta, ius nominandi ad praedi­&#13;
ctam Ecclesiam Quebecensem... reservamus, concedimus et assi­&#13;
gnamus» (Bolla di erezione, 1 ott. 1674, in Mandements des évê­&#13;
ques de Québec, vol. I, Québec 1887, pp. 86-87 ; cf. anche bolla di&#13;
nomina del Servo di Dio dell’ottobre 1674, Doc, X L I V , p. 336).&#13;
Il Servo di Dio, tornato nel Canada nel settembre del 1663,&#13;
nel novembre dello stesso anno scrisse ai Cardinali della S. Congregazione di Propaganda, pregandoli di prendere in seria con­&#13;
siderazione il progetto della erezione della sede vescovile di&#13;
Quebec (Vac. X X I I I , 8, p. 93).&#13;
Le trattative furono lunghe; finalmente il 15 dicembre del 1666,&#13;
la Congregazione di Propaganda giudicò opportuna la erezione&#13;
di una diocesi nel Canada, diede un decreto in proposito, e rimise&#13;
l ’affare alla Congregazione Concistoriale (Ardi. Prop., Cange.&#13;
Part., vol. XX, ff. 262-265).&#13;
Sorsero però nuove difficoltà che ritardarono ancora l ’esecu­&#13;
zione del progetto. Fra queste difficoltà sono da segnalare: 1) l ’ac­&#13;
cettazione dalla Corte di Parigi del testo delle bolle, che per ben&#13;
due volte furono rinviate alla Congregaz. Concistoriale con pro­&#13;
posta di correzioni ( F a illo x , op. cit., pp. 428-430); 2) l ’insistenza&#13;
della medesima Corte di Francia, affinchè la nuova sede vescovile&#13;
fosse dichiarata suffraganea dell’arcivescovo di Rouen, ciò che la&#13;
Santa Sede non voleva accettare ( F a illo x , toc. cit.). Composte&#13;
finalmente queste varie difficoltà, la Concistoriale propose al&#13;
Sommo Pontefice, nell’ottobre del 1670, l ’erezione della diocesi&#13;
di Québec e la nomina del Servo di Dio come primo vescovo; il&#13;
Papa Clemente X approvò la proposta (Doc. X X I I 1 , 32, p. 124).&#13;
Le cose andavano ancora per le lunghe; onde il Servo di Dio&#13;
stimò necessario tornare in Europa per condurre in porto una&#13;
questione tanto importante. Si mise in viaggio nel novembre&#13;
del 1671. A Parigi riprese le trattative, ma ci vollero ancora mesi&#13;
e mesi prima che le bolle fossero emanate, ciò che avvenne il&#13;
1° ottobre del 1674. A questa data veniva eretta la diocesi di&#13;
Québec, la prima diocesi costituita nell’immenso territorio del­&#13;
l ’America del Nord, e il Servo di Dio ne era nominato primo&#13;
vescovo (Doc. X L I V , pp. 335-338). Nuovo ritardo per la spedi\&#13;
&#13;
�XXXV&#13;
&#13;
zione delle bolle, perchè il Servo di Dio non aveva la somma ne­&#13;
cessaria per pagare i diritti di cancelleria (cf. Summ., I, p. l x v ii ).&#13;
Solo ai primi di maggio del 1(575, il Servo di Dio potè ricevere,&#13;
con immensa gioia, le bolle da tanto tempo desiderate (.Doc. X L V ,&#13;
15, p. 345). L ’erezione della diocesi di Quebec coronava le tratta­&#13;
tive di più di 13 anni ed assicurava lo stabilimento definitivo della&#13;
Chiesa del Canada. Il vescovo poteva ormai tornare nella sua mis­&#13;
sione per portare a termine l ’opera da lui intrapresa dal 1659.&#13;
Il 29 maggio del 1675, Mons. de Lavai partì da Parigi per&#13;
La Rochelle, dove l ’aspettava la nave che doveva condurlo nel&#13;
Canada.&#13;
Ritorno dei Servo di Dio nel Canada e attività episcopale&#13;
(1675-1684). Ai primi di settembre del 1675, dopo un lungo viaggio&#13;
di quattro mesi, il Servo di Dio giungeva a Québec, questa volta&#13;
come vescovo diocesano: come tale fu ricevuto solennemente e&#13;
prese ufficialmente possesso della sua cattedrale.&#13;
Uno dei suoi primi pensieri fu di scrivere al Sommo Pon­&#13;
tefice Clemente X, per ringraziarlo della erezione della diocesi&#13;
(Doc. X X I I I , 42, pp. 133-134).&#13;
Durante i quattro anni di assenza del Servo di Dio, altre vastis­&#13;
sime regioni dell’America Settentrionale, fino allora sconosciute,&#13;
erano state raggiunte da missionari o da esploratori francesi. I&#13;
confini della Nuova Francia venivano così ad estendersi, ad ovest&#13;
fino oltre i grandi laghi, a 1800 chilometri da Québec; a sud fino&#13;
al basso Mississipi, e precisamente al paese degli Arkansas, a&#13;
2600 chilometri da Quebec. Notiamo inoltre che nel 1682 Robert&#13;
Cavelier de Lasalle, esploratore francese, estese ancora verso il sud&#13;
i confini della Nuova Francia, scoprendo l ’ultima parte del Missis­&#13;
sipi fino al golfo del Messico (cf. cartina geografica, tav. I). Sic­&#13;
come la bolla di erezione stabiliva che il territorio della nuova&#13;
diocesi di Quebec doveva comprendere « terras, oppida et loca&#13;
in praedicta regione sub dominio temporali dicti Ludovici regis&#13;
ad praesens existentia [et] prò tempore futura» (Doc. LII,&#13;
p. 589, nota 1), tutti questi territori nuovamente aperti alla colo­&#13;
nizzazione francese, cadevano sotto la giurisdizione del Servo di&#13;
Dio; il quale non ebbe la possibilità di visitare queste lontane&#13;
regioni, ma vi mandò dei missionari.&#13;
La cosa però che più interessava, ora che si era ottenuta Pere-&#13;
&#13;
�XXXVI&#13;
&#13;
zdone della diocesi, era di assicurare ima organizzazione canonica&#13;
definitiva a Quebec e nelle regioni ormai sviluppate della colonia.&#13;
A questo scopo, il Servo di Dio si occupò di stabilire, fra le altre,&#13;
le seguenti istituzioni canoniche : 1° istituzione del tribunale eccle­&#13;
siastico diocesano; 2° erezione di 13 parrocchie; 3" stabilimento&#13;
definitivo delle decime; 4° erezione del Capitolo della cattedrale;&#13;
5° provvedimenti per assicurare al suddetto Capitolo rendite fisse ;&#13;
6” istituzione della festa della Sacra Famiglia e di quella di&#13;
san Luigi, re di Francia, secondo titolare della cattedrale.&#13;
Contemporaneamente il Servo di Dio cercava di estirpare vari&#13;
abusi, quello soprattutto del nefasto commercio di bevande alcooliche con i selvaggi. Su tale questione, le cose si complicarono&#13;
talmente e la situazione divenne così grave, che, nel novembre&#13;
del 1678, il Servo di Dio credette necessario, nonostante il suo&#13;
cattivo stato di salute, di intraprendere ancora una volta il duro&#13;
viaggio di Francia, allo scopo di sostenere presso il re la sua tesi&#13;
proibitiva di detto commercio, contro gli amministratori civili&#13;
della colonia, i quali più che mai si mostravano renitenti a tale&#13;
proibizione (Doc. X X V I I , pp. 164-176). Mons. de Lavai aveva in&#13;
programma di tornare subito nel Canadà e doveva infatti ripren­&#13;
der la nave nella primavera seguente (Doc. X X V I 1 , 15, p. 175),&#13;
ma ragioni di salute e vari affari concernenti la diocesi lo trat­&#13;
tennero a Parigi ancora per un anno. Arrivò a Québec nel giu­&#13;
gno del 1680, dopo 19 mesi di assenza.&#13;
U n ’altra preoccupazione sempre viva in Mons. de Lavai era&#13;
quella della visita pastorale. Prima ancora del viaggio in Francia&#13;
or ora ricordato, aveva fatto nel 1676, una nuova visita pastorale&#13;
su tutto il bacino del S. Lorenzo, da Tadoussac fino a Prairie-dela-Madeleine ; nel 1681 poi, fece ancora una visita sullo stesso terri­&#13;
torio, da San Gioacchino fino a Montreal (ef. cartina geografica,&#13;
tav. I). Questa seconda visita, il Servo di Dio la fece in un modo&#13;
particolarmente faticoso: entro appena 72 giorni (dal 1” giugno&#13;
all’l l agosto), aveva percorso oltre 700 chilometri in barca sul&#13;
fiume ed aveva visitato più di 30 parrocchie o posti di missioni.&#13;
Tornato a Québec, cadde in uno stato di tale prostrazione, che per&#13;
15 giorni si temette per la sua vita.&#13;
Ultimo viaggio in Francia (1684-1688) e dimissioni del Servo&#13;
di Dio quale vescovo di Québec. In realtà, da questo momento in&#13;
&#13;
�XXXVII&#13;
&#13;
poi, la salute del Servo di Dio non fu più quella di una volta. Le&#13;
fatiche soprattutto delle visite pastorali avevano fiaccato la sua&#13;
robusta costituzione. Atteso ciò, quantunque avesse appena 60 anni,&#13;
il Servo di Dio cominciò a pensare seriamente se non fosse il caso&#13;
di dare le sue dimissioni e lasciare ad un vescovo più giovane il&#13;
compito di governare una diocesi tanto vasta e tanto bisognosa&#13;
di una direzione pronta e decisa. Preso anche consiglio da persone&#13;
amiche, nel 1684, il Servo di Dio credette giunto il momento di&#13;
attuare quel progetto e il 14 novembre dello stesso anno partì per&#13;
la Francia, deciso a rassegnare le sue dimissioni.&#13;
In base alla facoltà riconosciuta al re di Francia riguardo alla&#13;
nomina dei vescovi del regno, il Servo di Dio presentò a lui le&#13;
sue dimissioni: Luigi XIV, dopo qualche esitazione, finì per accet­&#13;
tarle. Contemporaneamente Mons. de Lavai ne avvisò la Santa&#13;
Sede con una lettera al Papa Innocenzo XI in data 20 maggio&#13;
del 1685 (Doc. X X I I I , 52, pp. 140-141).&#13;
Il re designò quale successore del Servo di Dio, il sac. JeanBaptiste Chevrière de Saint-Vallier, cappellano regio ; però, date&#13;
le relazioni allora molto tese tra la Corte di Parigi e la Santa&#13;
Sede, Luigi XIV, per il momento, non presentò al Papa il nuovo&#13;
candidato. Frattanto il Servo di Dio lo inviò nel Canada come suo&#13;
vicario generale. Finalmente il nuovo vescovo fu preconizzato nel&#13;
concistoro del luglio 1687 e venne consacrato a Parigi il 25 gen­&#13;
naio 1688.&#13;
Volendo fare ora un bilancio dei risultati conseguiti dal Servo&#13;
di Dio nei suoi 20 anni di episcopato, basteranno questi pochi&#13;
dati. A ll’inizio del suo ministero la popolazione coloniale del Ca­&#13;
nada era di circa 2.000 anime: dopo 30 anni era salita a circa&#13;
10.000. Il clero all’inizio era costituito da una ventina di sacer­&#13;
doti, di cui i tre quarti missionari gesuiti; ora i sacerdoti erano&#13;
saliti a 85, di cui 42 secolari. Le chiese all’inizio erano 11, di cui&#13;
4 a Québec; ora le chiese o cappelle erano 35, di cui 18 parroc­&#13;
chiali. Bastano, dico, questi dati sommari per rendersi conto della&#13;
somma di lavoro e di sviluppo ecclesiastico realizzato dal Servo&#13;
di Dio.&#13;
&#13;
�X X X V III —&#13;
&#13;
3. I l S ervo&#13;
&#13;
di&#13;
&#13;
D io&#13;
&#13;
dalle s u e d im is s io n i q u a l e vescovo d i&#13;
&#13;
Q uébec&#13;
&#13;
ALLA MORTE (1688-1708)&#13;
&#13;
Date le dimissioni, il Servo di Dio conservava vivissimo il&#13;
desiderio di tornare nella sua cara missione del Canada e di pas­&#13;
sare nella solitudine del Seminario da lui fondato, gli ultimi anni&#13;
della sua vita. Avuto il parere favorevole del de Saint-Vallier, ne&#13;
chiese il permesso al re, il cui beneplacito era necessario perchè&#13;
ogni vescovo francese potesse uscire dalla Francia. Luigi XIV&#13;
annuì volentieri alla richiesta; però nella primavera del 1687,&#13;
proprio al momento in cui il Servo di Dio si preparava per met­&#13;
tersi in viaggio, il re, per ragioni alle quali il de Saint-Vallier non&#13;
sembra estraneo, ritirò improvvisamente il permesso già dato.&#13;
Il Servo di Dio ne fu addoloratissimo, ma si rimise con vera rasse­&#13;
gnazione cristiana « au bon plaisir de Dieu, qui doit être notre&#13;
bonheur dans le temps et dans l ’éternité» (Doc. LJ, pp. 410-411),&#13;
ed era ormai rassegnato a restare in Francia. Senonchè l ’anno&#13;
successivo 1688, dietro istanze fatte dal governatore del Canada&#13;
de Denonville e da altri, e con l ’assenso espresso del de SaintVallier, Luigi XIV finì col dare al Servo di Dio il permesso di tor­&#13;
nare nel Canada. N ell’aprile dello stesso anno Mons. de Lavai partì&#13;
da La Rochelle e il 3 giugno del 1688 raggiungeva Québec, dove fu&#13;
ricevuto con vero entusiasmo dal clero canadese e dal popolo.&#13;
Rientrato a Québec, ma non più come vescovo diocesano, il&#13;
Servo di Dio prese posto nella comunità del Seminario; viveva&#13;
ritirato in una povera camera, pregava con gli altri sacerdoti,&#13;
scendeva al refettorio con loro. In questo ambiente di pace e di&#13;
tranquillità, pensava di prepararsi alla morte, che, dato il suo&#13;
stato di salute, non poteva ritenere lontana. La Provvidenza aveva&#13;
invece altri disegni: egli visse ancora venti anni e non gli man­&#13;
carono dolori e amarezze di ogni genere. Sembra proprio che il&#13;
Signore gli abbia riservato questo tempo per purificarlo e affi­&#13;
narne lo spirito. Una prima sofferenza di carattere morale, acu­&#13;
tissima, la incontrò nell’atteggiamento del suo successore, Monsi­&#13;
gnor de Saint-Vallier, nella questione del Seminario. Non è il caso&#13;
di esporre qui la storia di questo atteggiamento del de SaintVallier; abbiamo studiato la questione nei suoi particolari, nelle&#13;
introduzioni premesse a molti documenti (I)oc. L I, 381-402;&#13;
420-576).&#13;
&#13;
�XXXIX —&#13;
&#13;
Basta ricordare che il de Saint-Vallici', fin da quando era vicario&#13;
generale del Servo di Dio (1685-1687), pur avendo grande ammi­&#13;
razione per il Seminario, tanto che si era iscritto fra i suoi membri,&#13;
aveva creato però un certo malumore per essersi immischiato, in&#13;
un modo forse intempestivo, negli affari interni della comunità.&#13;
Quando poi divenne vescovo di Quebec nel 1688, dopo un periodo&#13;
di calma e di buona intesa, sorsero vere difficoltà fra Ini e il Semi­&#13;
nario. Poco a poco le cose giunsero ad uno stato di vero dissenso.&#13;
11 punto nevralgico di queste difficoltà è da ricercare nel progetto&#13;
concepito dal de Saint-Yallier di cambiare l ’organizzazione del&#13;
Seminario ed in particolare il proposito di separare dalla comu­&#13;
nità del Seminario i parroci e i missionari, che fin allora ne erano&#13;
tutti membri. Con un regolamento approvato dal re nel 1692, il&#13;
de Saint-Vallier arrivò ad attuare questo progetto. La grande&#13;
famiglia diocesana quale l ’aveva concepita ed attuata il Servo&#13;
di Dio, veniva sciolta d ’un colpo e solo i sacerdoti dedicati alla&#13;
educazione della gioventù clericale rimanevano in questa comunità.&#13;
Questo cambiamento sostanziale del Seminario costituì per il&#13;
Servo di Dio un motivo di dolore vivissimo, non solo perchè da&#13;
trenta anni aveva dedicato tutte le sue premure più tenere a tale&#13;
opei*a, ma anche perchè era convinto che quella forma di vita&#13;
comunitaria di tutto il clero alle dipendenze dirette del vescovo,&#13;
era quanto mai salutare e fruttuosa in quegli inizi della Chiesa&#13;
nel Canadà. D ’altra parte la sua posizione era delicatissima.&#13;
Ogni sua parola poteva avere un grande influsso nel deter­&#13;
minare l ’atteggiamento del clero verso il nuovo vescovo. La pru­&#13;
denza del Servo di Dio era messa sul banco di prova ; e la prova&#13;
fu ottima. Come si può vedere dai documenti pubblicati nella&#13;
Posizione, il Servo di Dio cercò di tenersi estraneo il più possibile&#13;
da ogni controversia, studiandosi di restare in ombra, fino al punto&#13;
di ritirarsi, varie volte, nella scuola di arti e mestieri di S. Gioac­&#13;
chino a 40 chilometri da Quebec « pour avoir un peu de solitude,&#13;
come scriveva ad un amico in Francia, et pour nie consoler avec&#13;
Notre-Seigneur de l ’état où je vois cette pauvre Église » (Doc. L I,&#13;
p. 476). Richiesto di consiglio da parte di sacerdoti e superiori del&#13;
Seminario, consigliò franchezza di opinione, ma in un atteggia­&#13;
mento di sincero e doveroso rispetto verso il vescovo. Finalmente&#13;
i rapporti fra il Seminario e il de Saint-Vallier furono del tutto&#13;
appianati : il Servo di Dio ne godè molto e fu ben lieto di collabo-&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
XL —&#13;
&#13;
rare « pleno corde » con il successore in tutto ciò che era pos­&#13;
sibile.&#13;
Dopo questa amarezza che durò fino al 1696, dunque per circa&#13;
otto anni, il Servo di Dio ebbe ancora altri dolori sempre in rap­&#13;
porto al Seminario. Due incendi, uno del 1701 ed uno del 1705,&#13;
distrussero, sotto i suoi occhi, gran parte degli edifici da lui&#13;
costruiti con tanto sacrificio. Il Servo di Dio diede esempio di&#13;
fortezza d ’animo e di fiducia nella Provvidenza, animando tutti&#13;
ad intraprendere i lavori di ricostruzione.&#13;
A questi dolori di carattere morale, si aggiungono poi le soffe­&#13;
renze fisiche, connesse con il suo stato di salute. Aveva un’ernia&#13;
da lunga data, che diveniva sempre più molesta ; aveva delle piaghe&#13;
alle gambe, provenienti, come sembra, da vene varicose, che richie­&#13;
devano continue cure.&#13;
Sullo sfondo di queste sofferenze fisiche e morali permesse dal&#13;
buon Dio, Mons. de Lavai in questi 20 anni di vita ritirata, fece&#13;
passi da gigante in quella che suol dirsi la vita interiore, vita cioè&#13;
di preghiera, di mortificazione, di distacco, di elevazione dell’anima&#13;
nella contemplazione dei beni eterni. Come ci racconta Fratei&#13;
Houssart, che fu al servizio del Servo di Dio per tutti questi&#13;
20 anni, Mons. de Lavai continuava ad alzarsi prestissimo, tra­&#13;
scorreva lunghe ore in meditazione e preghiera, faceva frequenti&#13;
e rigorosi digiuni, usava strumenti di mortificazione (disciplina e&#13;
cilizio), viveva poverissimamente e distaccato da tutto, sembrava&#13;
insomma che la sua vita fosse quella di un trappista, realizzando&#13;
così quell’ideale ascetico che aveva amato fin da giovane nell’eremi­&#13;
taggio di Caen alla scuola del Signor de Bernières (Doc. L X I X ,&#13;
pp. 715-718, 732-736).&#13;
4. M orte&#13;
&#13;
e sepo ltu ra del&#13;
&#13;
S ervo » i Dio (1708)&#13;
&#13;
La mattina del 1° aprile 1708, domenica delle Palme, il Servo&#13;
di Dio, ottantacinquenne, si preparava per scendere in cattedrale&#13;
e assistere, come di consueto, alla messa solenne, quando Fratei&#13;
Houssart, accorgendosi che le gambe del vecchio vescovo erano&#13;
più gonfie del solito, lo pregò ma inutilmente di rimanere in&#13;
camera. Dopo la funzione della domenica delle Palme, volle assi­&#13;
stere anche alle funzioni del Giovedì e Venerdì santo. In questo&#13;
giorno però, dato il freddo intensissimo nella cattedrale non riscal-&#13;
&#13;
�— X L! —&#13;
&#13;
data, il Servo di Dio ne uscì con una specie di gelone ad un piede,&#13;
mutatosi poi in piaga. Ciò nonostante volle assistere anche alle&#13;
funzioni del Sabato santo e della solennità di Pasqua. Anzi il&#13;
martedì dopo Pasqua, essendo assente Mons. de Saint-Vallier, il&#13;
Servo di Dio fece l ’ordinazione di un suddiacono. Era quella&#13;
l ’ultima volta che compariva in pubblico. Il suo stato di salute&#13;
declinava rapidamente. Riuscì ancora per qualche giorno a cele­&#13;
brare la santa messa nella sua cappella privata, ma un bel giorno&#13;
si allettò e lui per primo ebbe la sensazione della fine, onde gli&#13;
fu amministrata l ’Estrema Unzione, che ricevette con piena&#13;
lucidità di mente e grande pietà. Un sacerdote del Seminario&#13;
chiese al Servo di Dio di voler dare le sue ultime raccomandazioni&#13;
ai suoi sacerdoti, come avevano fatto tanti grandi vescovi. Il Servo&#13;
di Dio declinò l ’invito: « U s étaient des saints, disse, et je suis&#13;
un pécheur » (Doc. LXVI I , p. 700). La mattina del 6 maggio 1708,&#13;
domenica, ottava della festa della S. Famiglia per la quale il&#13;
Servo di Dio aveva nutrito sempre una grande devozione, mentre&#13;
il sacerdote recitava le litanie della S. Famiglia, Mons. de Lavai&#13;
rendeva placidamente la sua anima a Dio.&#13;
La notizia si diffuse rapidamente a Québec e in tutta la colonia.&#13;
Per tre giorni la salma rimase esposta in cattedrale, con un con­&#13;
corso ininterrotto di fedeli, animati più da venerazione che da&#13;
curiosità ; tanto è vero che molti applicavano oggetti di pietà alla&#13;
salma, per averne come una reliquia, altri tagliavano addirittura&#13;
pezzetti della sottana, altri chiedevano di poter avere qualche pez­&#13;
zetto di stoffa, che Fratei Houssart aveva intinto nel sangue del&#13;
Servo di Dio quando, dopo morto, fu estratto il cuore.&#13;
Il 9 maggio ebbero luogo i funerali. Le Suore di clausura&#13;
domandarono di poter vedere un’ultima volta il Padre venerato.&#13;
Per accontentarle, la salma prima della messa di requiem fu por­&#13;
tata in processione per la città, con una sosta nella cappella delle&#13;
Orsoline, in quella dell’Ospedale, e in quella dei Recolletti e dei&#13;
Gesuiti.&#13;
Il corpo del Servo di Dio rinchiuso in cassa di piombo, fu&#13;
deposto nella cripta della cattedrale; mentre il cuore, custodito&#13;
aneli’esso in una urna di piombo, fu collocato nelle rovine della&#13;
cappella del Seminario incendiata nel 1701.&#13;
Un mese dopo, ci fu la solenne messa di trigesima, durante la&#13;
&#13;
�X L II&#13;
&#13;
quale il sacerdote de la Colombière, fratello del B. de la Colom­&#13;
bière e vicario generale di Québec, tenne un vigoroso discorso&#13;
funebre (Doc. L X , 2, pp. 627-649).&#13;
V - La figura morale del Servo dì Dio&#13;
Il Servo di Dio Francesco de Montmorency-Laval ebbe doti&#13;
naturali copiose e cospicue: intelligenza pronta e aperta, volontà&#13;
forte e tenace, cuore ricco di sensibilità, carattere sincero e schietto&#13;
fino alla fierezza. Queste doti naturali si svilupparono e si matu­&#13;
rarono in lui, prima neirambiente familiare, pieno di alte tradi­&#13;
zioni nobiliari e di sincera pietà cristiana, poi sotto la direzione&#13;
dei Padri Gesuiti, che lo ricevettero a otto anni nel Collegio di&#13;
La Flèche e presiedettero poi alla sua formazione superiore nel&#13;
Collegio di Clermont a Parigi, fino alla sua ordinazione sacer­&#13;
dotale.&#13;
Esteriormente, uno dei tratti che più spiccavano e caratteriz­&#13;
zavano la figura morale del Servo di Dio, era senza dubbio quel&#13;
tono di dignità e distinzione che gli veniva anche dalla nobiltà dei&#13;
natali e dalla educazione familiare, dignità che si rifletteva nel&#13;
tratto, nella parola e negli stessi lineamenti del viso. Questo senso&#13;
di dignità, egli lo portava in tutte le manifestazioni della vita&#13;
pubblica, sia in quelle di carattere sociale, come in quelle di carat­&#13;
tere religioso. Nelle funzioni liturgiche, per esempio, egli amava&#13;
molto lo splendore dei riti romani e si studiava di realizzare questa&#13;
solennità, per quanto era possibile date le condizioni della Chiesa&#13;
nascente in Canadà.&#13;
Ma nella sua vita privata, il Servo di Dio, non solo non osten­&#13;
tava mai i suoi titoli nobiliari, ma li nascondeva piuttosto in un&#13;
tenore di vita veramente povero ed umile. Di questo suo amore&#13;
alla povertà abbiamo prove fin dalla giovinezza. Il sacerdote Glandelet ci racconta, per esempio (Doc. L X Y , p. 690), che ancor gio­&#13;
vane chierico il Servo di Dio faceva lunghi pellegrinaggi a piedi,&#13;
sotto le spoglie di mendicante. Da vescovo in Canadà, fu vera­&#13;
mente povero: nella sua abitazione, nel mobilio a suo uso, negli&#13;
abiti, in tutto l ’andamento della sua casa. Raccomandava molto&#13;
la povertà anche ai suoi sacerdoti. Questi, secondo i suoi desideri,&#13;
dovevano incorporarsi alla comunità del Seminario di Quebec,&#13;
ove, senza farne voto, praticavano una vita di povertà evangelica :&#13;
&#13;
�X L III&#13;
&#13;
non avevano nulla di proprio e il trattamento era uguale per tutti,&#13;
senza eccezione: una vera vita comune.&#13;
Lo spirito di povertà aprì al Servo di Dio, come a tutti i santi,&#13;
la via alla conquista della vera umiltà. Non rifuggiva, lui vescovo,&#13;
dall’entrare nelle luride capanne degli Indiani; era solito visitare&#13;
poveri e infermi, specialmente all’ospedale, e giunse fino al punto&#13;
di medicare con le sue stesse mani, le piaghe ripugnanti di alcuni&#13;
ammalati. Davanti poi a tutte le miserie umane, la sua carità era&#13;
inesauribile; tanto che è rimasta proverbiale in Canadà.&#13;
L ’umiltà però, quando è vera e genuina, non è una virtù passiva,&#13;
capace di deprimere, come pensano alcuni moderni fautori del&#13;
cosiddetto umanesimo cristiano, la personalità e la volontà. In&#13;
Mons. de Lavai, accanto alla pratica di una vera povertà evange­&#13;
lica, e accanto ad un atteggiamento sinceramente umile, troviamo&#13;
una volontà forte per natura e rimasta tale durante tutta la vita,&#13;
con il correttivo però di una rettitudine costante verso gli inte­&#13;
ressi di Dio e della Chiesa.&#13;
Questa stessa fortezza di volontà la usò anzitutto sopra se&#13;
stesso, per tenere a freno le potenze dell’anima e la vita dei sensi.&#13;
Si deve mettere in rilievo a questo proposito lo spirito di morti­&#13;
ficazione del Servo di Dio. il quale non solo rifuggiva dalla ricerca&#13;
di ogni comodità, ma si esercitò positivamente e fino alla fine della&#13;
vita, in un continuo esercizio di mortificazione: austeri digiuni,&#13;
lunghe ore di preghiera e frequente uso di strumenti di penitenza,&#13;
come discipline e cilici.&#13;
Insomma, mentre ad un occhio superficiale il Servo di Dio,&#13;
veduto dall’esterno, poteva sembrare più un uomo di comando che&#13;
un uomo di vita interiore, in realtà, avvicinandolo più intima­&#13;
mente, troviamo in lui insieme all’uomo di governo, un vero e&#13;
profondo asceta. E dal punto di vista ascetico egli vive nel clima&#13;
spirituale appreso da giovane nell’associazione Aa, e poi nell’ere­&#13;
mitaggio di Oaen alla scuola del Signor de Dernières. Una delle&#13;
caratteristiche più spiccate della spiritualità del de Dernières era&#13;
quella di una vita di intima unione con Nostro Signore. II Servo&#13;
di Dio si muove continuamente su questo piano. Unione con Nostro&#13;
Signore sottomettendo anzitutto a Lui e interamente la propria&#13;
volontà, accettando generosamente tutti i dolori, quelli morali e&#13;
quelli fisici, di cui fu ricca la sua vita ; conservando sempre una&#13;
&#13;
�X LIV&#13;
&#13;
illimitata confidenza nel suo amore divino, come si vede dalla sua&#13;
tenerissima devozione verso l ’Eucaristia.&#13;
Questi aspetti della sua vita ascetica, mentre sono presenti in&#13;
lui durante tutto il corso della vita, si fanno più intensi negli&#13;
ultimi venti anni, quando, liberato dalle cure assillanti del governo&#13;
diocesano, si accrebbe la sua interiorizzazione e la sua anima si&#13;
affinò nella sofferenza e nella preghiera.&#13;
*&#13;
&#13;
*&#13;
&#13;
*&#13;
&#13;
Dopo la presente Informatio segue il Summarium de vita, vir­&#13;
tutibus et fama sanctitatis, compilato dal ricordato Don Demers,&#13;
riveduto e ridotto alla forma attuale dal sottoscritto.&#13;
Segue poi la parte più voluminosa della Causa, i Documenta.&#13;
Ad essi è premessa una Cartina geografica (tav. I), che abbiamo&#13;
fatto disegnare appositamente e nella quale sono indicati i nomi&#13;
che occorrono con più frequenza nella documentazione. Dopo la&#13;
cartina geografica sono presentate tre Tavole sinottiche : una con le&#13;
autorità ecclesiastiche in rapporto con il Servo di Dio ; la seconda&#13;
con le autorità civili ; la terza con la cronologia di tutta la vita di&#13;
Mons. de Lavai. Queste tavole, come la cartina geografica, saranno&#13;
di grande utilità per chi si accinge ad esaminare la copiosa docu­&#13;
mentazione.&#13;
Quanto poi alle Introduzioni premesse ai singoli documenti,&#13;
esse sono state l’edatte dal sottoscritto, con la collaborazione del&#13;
predetto Don Demers.&#13;
Lo stesso dicasi dell 'Appendice II: Il Servo di Dio e la visita&#13;
« ad limina » ; mentre le Appendici : I. Documenti venuti in luce&#13;
di recente; III. Iconografia del Servo di Dio, e IV. Bibliografia,&#13;
sono state preparate da Mons. Amato Pietro Frutaz, aiutante di&#13;
studio della Sezione Storica, con la solita collaborazione di&#13;
Don Demers.&#13;
Mi si consenta finalmente di prevenire una facile osservazione.&#13;
Sfogliando questa Posizione tanto voluminosa, qualcuno potrà&#13;
domandarsi, se tutti i testi riprodotti erano realmente necessari&#13;
ai fini della Causa. La domanda non è fuori proposito, e si potrà&#13;
concedere che alcuni pezzi potevano essere tralasciati senza grave&#13;
danno.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
XLV —&#13;
&#13;
Ma ci sia lecito dire che, mentre abbiamo tralasciato molto&#13;
materiale più o meno superfluo, abbiamo cercato di abbondare con&#13;
materiale veramente utile, anche se non strettamente indispen­&#13;
sabile; e ciò perchè una figura di tanto rilievo e di così alto inte­&#13;
resse storico, come è quella di Mons. de Lavai, potesse emergere&#13;
in tutta la sua luce, nello sfondo storico del suo tempo.&#13;
Roma, 17 maggio 1956.&#13;
F r . F erdinando A n t o n e l l i , O. F . M .&#13;
&#13;
Relatore Generale&#13;
&#13;
��SUMMARIUM&#13;
&#13;
��SUMMARIUM&#13;
DE VITA, VIRTUTIBUS ET FAMA SANCTITATIS&#13;
VEN. SERVI DEI&#13;
&#13;
FRANC1SCI DE M O NTM O RENCY-LAVAL&#13;
P R IM I E P IS C O P I Q U EB EC EN SIS&#13;
&#13;
Xumeri romani documenta, arabici paginas indicant.&#13;
Xumeri» crassioribus loci potions momenti exhibentur.&#13;
&#13;
I. De vita Servi Dei&#13;
1. D e&#13;
&#13;
o rtu et iu v e n t u t e&#13;
&#13;
S ervi D e i&#13;
&#13;
( an *. 1623-1647)&#13;
&#13;
Venerabilis Servus Dei Franciscus de Montmo- LX, 2, 638-640; LXIX,&#13;
708-710; LXX, 5,891;&#13;
rency-Laval e familia nobilitate et religione perillu­&#13;
LXXI,, 1. 893-894 ; 2,&#13;
910.&#13;
stri ortum duxit.&#13;
Natus est in pago Montigny-sur-Avre, in dioe­ 1 (observ. praeviae);&#13;
VI, 7, 8, 10, 11, 12,&#13;
cesi Carnutensi. Quamvis testimonium baptismi&#13;
13; X. 21, 22, 23, 24;&#13;
Servi Dei, in archivo paroeciali Montigny olim as­&#13;
LXV, 1, 083; LXIX,&#13;
710; LXXI, 1, 892;&#13;
servatum, tempore gallicae perturbationis, deletum&#13;
6, 931.&#13;
sit, ex documentis tamen contemporaneis apparet&#13;
eum anno 1623 natum esse, die 30 mensis aprilis.&#13;
Pater eius, Hugo de Montmorency-Laval, do­ VI, 7, 8, 9, 10, 11, 12,&#13;
13; X, 21, 22, 23, 24 ;&#13;
minus temporalis loci Montigny, et mater, Micbaëla&#13;
LX, 2, 630, nota 2;&#13;
de Péricard, cuius fratres duo dignitate episcopali&#13;
LXIX, 709 ; LXXI, 1,&#13;
893.&#13;
exornati sunt, moribus et pietate christiana emi­&#13;
nebant.&#13;
Servus Dei inter octo filios tertius fuit, quorum XXXVII, 1, 206-207;&#13;
LXIX, 709; LXXI,&#13;
unus, natu minor, inter monachos Sancti Benedicti&#13;
1. 893.&#13;
adseriptus est, dum soror eius vitae religiosae in&#13;
monasterio se mancipavit.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
L —&#13;
&#13;
De sacramenti confirmationis receptione, de prima confessione et de prima communione Servi Dei,&#13;
nihil in documentis habetur.&#13;
Attamen ex iisdem documentis patet puerum pie&#13;
educatum esse.&#13;
Anno 1631, nonum aetatis annum vix agens,&#13;
Servus Dei a parentibus in Collegio Flexiensi, a&#13;
Sodalibus Societatis Iesu recto, collocatus est, ubi&#13;
studio tum litterarum tum philosophiae maximo&#13;
cum fructu incubuit.&#13;
Propter summam morum probitatem, puer mox&#13;
adscribi meruit inter socios Congregationis Maria­&#13;
nae, atque sese Beatae Mariae Virgini « servum&#13;
perpetuum » consecravit.&#13;
Eodem anno 1631, Servus Dei, qui iam prima&#13;
vocationis ecclesiasticae indicia praebuerat, sacra&#13;
tonsura, iuxta temporis consuetudinem, initiatus est&#13;
atque veste talari indutus.&#13;
Anno 1636, Servus Dei patre orbatus est; anno&#13;
vero sequenti 1637, avunculus eius episcopus Ebroicensis subsidium nepoti studenti praebere cupiens,&#13;
cuius opes familiares tenues erant, eum dignitate&#13;
canonicali in ecclesia sua auxit, ac duo successive&#13;
beneficia ecclesiastica eidem concessit.&#13;
Iam ab hoc tempore, Servus Dei totam vitam&#13;
Deo dedicavit et vocem Domini in intimo corde sen­&#13;
sit se ad onus vocantem fidei inter infideles, in dis­&#13;
sitis Canadensibus regionibus, dilatandae.&#13;
Studiis litterariis et philosophicis Flexiis absolutis, Servus Dei anno 1641 transiit in Collegium&#13;
Claromontamun in urbe Parisiensi a Patribus So­&#13;
cietatis Iesu rectum, ut in disciplinis ecclesiasticis&#13;
erudiretur.&#13;
Annis 1644 et 1645, duobus fratribus natu maio­&#13;
ribus in acie gloriose occisis, Servus Dei caput illu­&#13;
stris suae familiae factus est atque munere dominii&#13;
temporalis Montigny oneratus. Propterea, avunculo&#13;
episcopo Ebroicensi hortante, studia ad tempus&#13;
relinquens, domum anno 1645 reversus est ut de&#13;
&#13;
! LXXI, i, S93, 894.&#13;
j&#13;
X, 22; LXXI, 1, 893,&#13;
894.&#13;
I, 2 (intr.) : VI, 8, 10 ;&#13;
LXIX, 710; LXXI, 1,&#13;
894.&#13;
&#13;
XL, 2, 219-220 (cf. er­&#13;
rata-corrige) ; LXXI,&#13;
1, 894.&#13;
&#13;
I. 2 (in tr.); LXV, 1,&#13;
&#13;
683; LXIX,&#13;
LXXI, 1, 894.&#13;
&#13;
710;&#13;
&#13;
! 1,2; II, 3; III, 3; LXV,&#13;
1, 683; LXIX, 710;&#13;
LXXI, 1, 894-895.&#13;
&#13;
j&#13;
&#13;
XXI, S, 62; LX, 2, 630;&#13;
LXV, 1, 683 ; 2, 690;&#13;
LXIX, 720; LXX, 2,&#13;
879; LXXI, 1, 894.&#13;
&#13;
| VI, 7, 10; LXIX, 711,&#13;
nota l ; LXXI, 1, 895.&#13;
&#13;
LX, 2, 630-631; LXV,&#13;
1, 683, nota 2; LXIX,&#13;
710-711; LXXI, 1,&#13;
893, 895; 2, 903.&#13;
&#13;
�— LI&#13;
&#13;
negotiis familiaribus curam gereret. Consilio tamen&#13;
munus sacerdotale adipiscendi non valedixit, nec,&#13;
ut aliqui affirmarunt, statum clericalem deseruit;&#13;
sed rebus familiae compositis, in urbem Parisiensem, anno expleto, rediit.&#13;
Cum in urbe Parisiensi Servus Dei studia per­&#13;
ageret, inter sodales adscriptus est coetus Bonorum&#13;
Amicorum seu piae consociationis secretae vulgo&#13;
dictae Aa, cuius socii colloquiis spiritualibus, medi­&#13;
tationibus, austeritatibus, aegrorum cura, captivo­&#13;
rum visitationibus aliisque operibus caritatis dediti,&#13;
vitam Christianam secundum principia Congregatonis Marianae perfecte ducere studebant. Servus&#13;
Dei unus fuit ex primis et ferventissimis sodalibus&#13;
coetus Bonorum Amicorum. Quae pia associatio&#13;
non parvam efficientiam in vitam spiritualem et&#13;
apostolicam Servi Dei exercuit; etenim peculiarem&#13;
devotionem erga Sacram Familiam, erga Beatam&#13;
Mariam Virginem Angelosque Custodes, necnon&#13;
singulare in Sanctam Sedem obsequium atque zelum&#13;
indefessum pro fide christiana inter infideles dila­&#13;
tanda, Servus Dei ex conversatione cum sodalibus&#13;
eiusdem coetus hausisse videtur.&#13;
Anno 1646, Servus Dei ordinibus minoribus et&#13;
subdiaconatu,annovero 1647,diaconatu initiatus est.&#13;
&#13;
XLVII, 356:&#13;
712-714.&#13;
&#13;
LXIX,&#13;
&#13;
LXV, 1, 683.&#13;
&#13;
2. D e S er v i D e i p r o m o t io n e ad p r e s b y t e r a t u m&#13;
&#13;
DEQUE EIUS SACERDOTALI MINISTERIO&#13;
( ann . 1647-1658)&#13;
&#13;
Testimonium ordinationis sacerdotalis Servi Dei&#13;
inveniri non potuit. Attamen a testibus oculatis tra­&#13;
ditur eum, studiis theologicis peractis, unctionem&#13;
sacerdotalem maxima pietate recepisse die prima&#13;
mensis maii anni 1647.&#13;
Sacerdotio auctus, Servus Dei per totum vitae&#13;
cursum singulis diebus, etsi labore, infirmitate vel&#13;
aetate fractus, sanctum altaris sacrificium litare&#13;
consuevit.&#13;
&#13;
1 (observ. praeviae);&#13;
LX, 2, 631; LXV,&#13;
1, 683; LXIX, 711;&#13;
LXXI, 1, 896.&#13;
&#13;
VI, 7, 10, 11, 12; X,&#13;
24; LXI, 655, 657;&#13;
LXV, 2, 694.&#13;
&#13;
�Sacerdotale quoque ministerium in urbe Pari- | VI. 10. 13; X . 21: L X X I ,&#13;
1. S'il».&#13;
siensi mox exercere coepit, quo in munere adim­&#13;
plendo eximia, ut testes ipsi affirmant, specimina&#13;
dedit zeli apostolici et pietatis.&#13;
Porro opera consociationis Aa Servus Dei non VI. 10; XLVII, 356;&#13;
1.X1X. 714; LXXI, 1,&#13;
deseruit ; imo cum aliquibus sociis, anno 1651, vitam&#13;
Siili.&#13;
communem ducere coepit, praesidis quoque, ut tra­&#13;
ditur, per aliquod tempus munere fungens. Saepe&#13;
conciones sacras ad socios habuit « cum magno audi­&#13;
torum plausu » atque in spiritualibus exercitiis ope­&#13;
ribusque caritatis a sociis usitatis, praesertim in&#13;
aegrorum cura degentium in nosocomiis, perseve­&#13;
ravit.&#13;
4: VI, 9. 10, 11. 12,&#13;
Anno 1648, die 7 mensis decembris, Servus Dei&#13;
14; X. 21. 23, 24, 23;&#13;
munere arehidiaconi maioris ecclesiae Ebroicensis&#13;
LX, 2, 631 ; l :XII. '5.&#13;
ab episcopo donatus est; officiis suis, per quinque&#13;
070 : LXV, 1, 083 ;&#13;
LX\ II, 697; LXIX,&#13;
annos, omni zelo et prudentia vacavit, quotannis&#13;
711 : LXXI, 1,, *96.&#13;
parochias invisendo, populum emendando et verbum&#13;
divinum seminando.&#13;
Interea curam gerebat loci Montigny, cuius do­ V ili. 13-16; LXI, 1,&#13;
895.&#13;
minus temporalis constitutus erat, abusus quoque&#13;
data occasione coercendo.&#13;
Anno 1649, Servus Dei licentiam in iure cano­ VI. 8. 9, 10. 11. 12,&#13;
13 ; X. 21, 22, 24.&#13;
nico in Universitate Parisiensi consecutus est.&#13;
Pater de Rhodes, missionarius Societatis Iesu, ex VI. 5-14; IX, 17; LXIX,&#13;
73S, nola 1; LXXI,&#13;
Oriente in Galliam, anno 1652, venerat ut, appro­&#13;
I. 897.&#13;
bante Sancta Sede, sacerdotes proponeret aptos ad&#13;
munus vicarii apostolici in dissitis Orientis mis­&#13;
sionibus exercendum. Consilium habuit cum soda­&#13;
libus consociationis Aa, quos mirabili zelo pro fide&#13;
christiana inter barbaros propaganda accensos in­&#13;
venit. Ex his tres elegit ad munus vicarii apostolici&#13;
proponendos, inter quos Servum Dei, vicarium '&#13;
apostolicum Tonquinensem designatum. Anno 1653,&#13;
Consilium Conscientiae seu sacerdotes quidam prae- 1&#13;
stantes, quibus Regina Galliae Regens, Anna ab I&#13;
Austria, curam negotiorum ecclesiasticorum deman- j&#13;
daverat, inter quos Sanctus Vineentius a Paulo, j&#13;
eoque suadente, petitionem misit ad Sanctam Se- |&#13;
&#13;
�T.TTT&#13;
&#13;
dem de munere vicarii apostolici nostro Servo Dei&#13;
conferendo. Mox Nuntius Apostolieus penes Regem&#13;
Galliae inquisitionem de vita et moribus Servi Dei&#13;
institui iussit, quam Curiae Romanae tradidit.&#13;
Anno 1654, munus maioris archidiaconi eccle­ VII, 1-1-15; X, 21, 23;&#13;
LX, 2, 031 ; LXV, 1.&#13;
siae Ebroicensis sacerdoti amico suo Boudon abdi­&#13;
683; LXIX. 711, no­&#13;
cavit. Notandum est vero Servum Dei, per totum&#13;
la 4; LXXI, 1, S96897.&#13;
vitae cursum, arctissima amicitia sacerdotem Bou­&#13;
don prosecutum esse. Attamen propter illas amici­&#13;
tiae consuetudines, nullam suspicionem circa doctri­&#13;
nam Servi Dei emittere licet, ex eo quod opus ab&#13;
eodem Boudon editum Dieu setti in Indice librorum&#13;
prohibitorum anno 1688 relatum fuit, propter verba&#13;
quae quietismum sapere videbantur ; etenim Servus&#13;
Dei ab omnibus falsis doctrinis eo tempore grassantibus, et praesertim a quietismo, omnino im­&#13;
munis fuit. De hoc argumento fusius actum est&#13;
in Doc. L X I X , p. 711, nota 4.&#13;
Anno 1654, Servus Dei, vicarius apostolieus VI, 9, 10, 11-12, 13;&#13;
LXV. 2. «99; LXIX.&#13;
Tonquinensis designatus, omnia iura dominii tem­&#13;
709, 711-712.&#13;
poralis loci Montigny fratri natu minori cessit.&#13;
Servus Dei, quo melius ad consecrationem epi­ XXI, 1, 53; LX, 2, G31632; LXV. 1. 683;&#13;
scopalem pararet animum, in Eremum Cadomense,&#13;
2. «90; LXVII, 097;&#13;
cui praeerat illustrissimus dominus Ioannes de BerLXIX. 715-716; 717718, 738, nola 1;&#13;
nières-Louvigny, secessit ad exercitia spiritualia&#13;
LXXI. 1, 897-898.&#13;
peragenda. Attamen, reclamante Lusitania, quae ius&#13;
in missionem Tonquinensem sibi vindicabat, nego­&#13;
tium de vicario apostolico eiusdem missionis dila­&#13;
tum est. Servus autem Dei Eremum Cadomense non&#13;
omnino deseruit, sed per quatuor annos (1654-1658)&#13;
frequenter in eo moratus est, inter omnes « solita­&#13;
rios» fervore spirituali operibusque caritatis emi­&#13;
nens, Spiritum praesertim orationis colens iuxta&#13;
principia domini de Bernières.&#13;
Propter assiduas commorationes Servi Dei in LXI1I, 18, 327-328 ;&#13;
LXIX, 718, nola 2;&#13;
Eremo Cadomensi, aliqui suspicionem emiserunt de&#13;
732-730.&#13;
doctrina eius spirituali, quia duo libri domino de&#13;
Bernières-Louvigny attributi, a Sacra Congrega­&#13;
tione de Indice annis 1689 et 1690 prohibiti sunt.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
LIV&#13;
&#13;
Notandum est vero duos illos libros non ab ipso&#13;
de Berniòres-Louvigny typis mandatos esse, sed a&#13;
quibusdam discipulis eius, qui materiam ex scriptis&#13;
privatis eiusdem de Bernières-Louvigny conflave­&#13;
runt, et quidem post eius mortem. Porro iidein libelli&#13;
non propter doctrinam aperte falsam prohibiti di­&#13;
cuntur, sed propter verba quae erroribus quietismi,&#13;
eo tempore grassantibus, ansam praebere videban­&#13;
tur. Ex altera parte activitas apostolica domini&#13;
de Bernières-Louvigny necnon discipulorum eius,&#13;
inter quos adnumerandi sunt sanctus loannes Eudes&#13;
et Ven. Mater Maria ab Incarnatione, praeceptis&#13;
quietistorum adversatur. Ceterum neque in scriptis&#13;
neque in actibus, noster Servus Dei indicium quod­&#13;
dam vel minimum quietismi unquam ostendit.&#13;
Eodem tempore Servus Dei, ad preces episcopi&#13;
Baiocensis, duo gravia negotia Cadomi tractavit,&#13;
nempe : a) disciplinam religiosam in quodam mona­&#13;
sterio collapsam restituit; b) moniales, quas aliqui&#13;
e nosocomio Cadomensi expellere volebant, apud re­&#13;
giam Parisiensem Domum personaliter et cum pleno&#13;
successu defendit. Cadomum reversus, earumdem&#13;
monialium a confessionibus institutus, eo munere&#13;
summa pietate et prudentia functus est.&#13;
&#13;
X, 21, 22; LX, 2, 632638; LXV, 1, 683;&#13;
LXIX, 719; LXXI, 1,&#13;
898-899.&#13;
&#13;
3.&#13;
Di-; e l e c t io n e S e r v i D e i ad m u n u s&#13;
V ic a r ii A p o s t o l ic i N ovae G a l l ia e ( a n n . 165 8 -1 6 5 9 )&#13;
&#13;
Iam ab aliquot annis, Rex Galliae Ludovicus XIV cogitabat de episcopo in coloniam gallicam&#13;
Americae Septentrionalis mittendo, cum Patres e&#13;
Societate Iesu, qui in fide catholica his in regionibus&#13;
propaganda insudabant, Regem rogaverunt ut a&#13;
Sancta Sede dignitatem episcopalem munusque vi­&#13;
carii apostolici Novae Galliae pro nostro Servo Dei&#13;
expostularet.&#13;
Quo accepto nuntio, ipse Servus Dei, ut refertur,&#13;
paratum se ostendit ad munus apostolicum fidei&#13;
dilatandae in illis regionibus assumendum, sed hu-&#13;
&#13;
LXIX, 720; LXXI, 1,&#13;
898.&#13;
&#13;
XXIII, 33, 126; LX, 2,&#13;
631, nola 1; LXV, I,&#13;
683-684 ; 2, 690-691;&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
LV —&#13;
&#13;
militer imploravit ut dignitate episcopali exime­&#13;
retur.&#13;
Ludovicus XIV litteris die 26 ianuarii anni 1657&#13;
datis Alexandro Papae V II, eximias virtutes et in&#13;
rebus agendis peritiam Servi Dei exposuit, eumque&#13;
prae ceteris commendavit pro dignitate episcopali&#13;
et munere primi vicarii apostolici in Nova Gallia.&#13;
Nuntius Apostolicus apud Regem Galliae novas&#13;
tunc investigationes de vita et moribus Servi Dei&#13;
fieri iussit et Summo Pontifici tradidit.&#13;
Interea negotium de eius electione in vicarium&#13;
apostolicum variis obstaculis a Servo Dei independentibus protrahebatur, quin tamen idem Servus&#13;
Dei, mirante ipso regio administro penes Sanctam&#13;
Sedem, nil intentaverit pro celeriore quaestionum&#13;
solutione.&#13;
Tandem die 13 aprilis anni 1658, Alexander P a­&#13;
pa V II Servum Dei episcopum Petrensem elegit et&#13;
vicarium apostolicum in Nova Gallia constituit;&#13;
die vero 3 iunii eiusdem anni, Summus Pontifex&#13;
bullas nominationis subscripsit.&#13;
Hoc tempore, Servus Dei una cum Francisco&#13;
Pallu et Petro de la Mothe-Lambert, et ipsi vicarii&#13;
apostolici constituti in Extremo Oriente, Sanctam&#13;
Sedem facultatem rogaverunt Seminarium in urbe&#13;
Parisiensi instituendi, in quo sacerdotes excoleren­&#13;
tur, in dissitas regiones postea digressuri. Inde origo&#13;
famosi Seminarii Parisiensis pro exteris missio­&#13;
nibus.&#13;
Acceptis bullis suae electionis, Servus Dei in&#13;
Eremum Cadomense se recepit, ut in oratione Dei&#13;
ad episcopalem consecrationem sese pararet.&#13;
In festo Sancti Francisci Assisiensis anni 1658,&#13;
Servus Dei consecrationem episcopalem ab episcopo&#13;
Baiocensi accipere debebat. Cum vero arehiepiscopus Rothomagensis iurisdictionem ecclesiasticam in&#13;
Novam Galliam pro sua sede defenderet, consecra­&#13;
tio nostri Servi Dei pro tunc dilata est.&#13;
Mox Servus Dei quaestionem illam de iurisdietio-&#13;
&#13;
IiXIX.&#13;
&#13;
721,&#13;
&#13;
735;&#13;
&#13;
LXXI, 1, 898.&#13;
&#13;
IX. 16-18; LXXI,&#13;
898.&#13;
&#13;
1,&#13;
&#13;
X, 18-25.&#13;
&#13;
XI. 25-26 (Inlr.); I. 26;&#13;
2. 27; LX, 2. 634,&#13;
nota 1 ; LXX, 5, 889.&#13;
&#13;
XI, 25-26 (inlr.); LXIX.&#13;
721, nota 4; LXXI,&#13;
1, 898.&#13;
&#13;
XII, 27-28; LXIX, 720.&#13;
nola 2, 739, 791), no­&#13;
ta 2.&#13;
&#13;
LXIX. 722; LXXI, 1,&#13;
898.&#13;
XIV, 30-31&#13;
LXIX, 722.&#13;
&#13;
(inlr.);&#13;
&#13;
XIV, 31 (intr.) ; LX,&#13;
&#13;
�LVI —&#13;
&#13;
ne indicio Nuntii Apostolici Regisque Galliae subiecit. Omnibus tandem remotis obstaculis, die Imma­&#13;
culatae Conceptionis eiusdem anni, Servus Dei,&#13;
Regina Galliae Regente instante et Summo Ponti­&#13;
fice iubente, consecrationem episcopalem a Nuntio&#13;
Apostolico Piccolomini secreto recepit in ecclesia&#13;
exempta abbatiae Sancti Germani a Pratis, in su­&#13;
burbio Parisiensi.&#13;
Archi episcopus Rh otoma gensis aliique praesules&#13;
Galliarum auctoritatem novi vicarii apostolici non&#13;
approbaverunt atque a senatibus Parisiensi et Rothomagensi decreta obtinuerunt, quibus consequi&#13;
satagebant ut Servo Dei munus vicarii apostolici&#13;
exercere praepediretur.&#13;
Servus autem Dei auctoritate Sanctae Sedis&#13;
fretus munitusque litteris patentibus a Rege Ludo­&#13;
vico XIV datis litterisque commendatitiis a Regina&#13;
Regente ad gubernatorem Novae Galliae d ’Argenson scriptis, tandem e Gallia discessit die Paschatis&#13;
anni 1659, cum aliquot missionariis, ut ad missionem&#13;
suam perveniret.&#13;
4.&#13;
&#13;
2. 634 : L X I I , 3 , 6 7 0 ;&#13;
L X V , I , 684 ; L X I X ,&#13;
&#13;
roo -or&#13;
&#13;
LXIX. 723-727.&#13;
&#13;
X I I I , 28 -3 0 ; X I V , 31-32•,&#13;
X V . 32 -3 3 ; X V I I I , 2 ,&#13;
3 9 ; X X I I I , 1, 7 4 ;&#13;
I X V . 1. 6S4 ; L X I X ,&#13;
728-729.&#13;
&#13;
D f. a d v e n t u S e r v i D e i ix N ovam G a l l ia m&#13;
&#13;
DKQUK EIUS PRIMIS ACTIBUS MINISTERII EPISCOPALIS&#13;
( a n n . 1 6 5 9 -1 6 6 3 )&#13;
&#13;
Expleto itinere maritimo triginta dierum, Ser­&#13;
vus Dei in locum Novae Galliae vulgo Percé, die&#13;
16 maii anni 1659, appulit. Prima vice episcopus&#13;
quidam in illam regionem adveniebat et mox Servus I&#13;
Dei centum et triginta circiter hominibus, qui sub !&#13;
ductu missionariorum ibi convenerant, sacramentum&#13;
confirmationis administravit. Postea in permagno&#13;
flumine Sancti Laurentii iter pergens, in urbem&#13;
Quebecensem, quae caput totius regionis exstabat,&#13;
die 16 mensis iunii tandem pervenit, in qua guber­&#13;
nator coloniae, Patres e Societate Iesu populusque&#13;
tum colonorum tum sylvestrium hominum, eum uti&#13;
&#13;
I lli ,&#13;
&#13;
1.&#13;
3.&#13;
&#13;
37. 3 9 ; 2,&#13;
40-41 ; x x ,&#13;
46; X X I , 1, 3 2 -5 3 ;&#13;
X X I I I . 1, 7 4 ; 2, 7677 :&#13;
&#13;
LXV,&#13;
&#13;
LX X 'I I ,&#13;
730.&#13;
&#13;
1,.&#13;
&#13;
697;&#13;
&#13;
684;&#13;
L X IX ,&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
L V II —&#13;
&#13;
vicarium apostolicum a Sancta Sede missum hono­&#13;
rifice receperunt.&#13;
Servus Dei singularem amorem quo homines syl­&#13;
vestres prosequebatur ostendere cupiens, primitias&#13;
sui ministerii episcopalis eis consecrare voluit. Eo­&#13;
dem adventus sui die, patrinus esse dignatus est in&#13;
baptismo cuiusdam infantis ex Huroniea natione, et&#13;
iuvenem moribundum ad Extremam Unctionem pa­&#13;
ravit, corpus foetidum manibus suis abluendo. Prin­&#13;
cipem eiusdem nationis Huronicae solemniter baptizavit. Porro quoties sacramentum Confirmationis&#13;
administrabat, a neophytis indigenis incipere sole­&#13;
bat. Epulas quoque barbaris iuxta eorum morem&#13;
obtulit, suis ipse manibus inserviens.&#13;
Vix in urbe Quebecensi Servus Dei pervenerat,&#13;
cum navis alia e Gallia multos homines morbo con­&#13;
tagioso affectos Quebeeum attulit. Servus Dei, post­&#13;
habito vitae suae discrimine, infima imo vilia et mo­&#13;
lesta ministeria apud eos in nosocomio Quebecensi&#13;
absolvit. Ob eximiam eius caritatem multi ex infir­&#13;
mis ad meliorem frugem reversi sunt.&#13;
Paulo post. Servus Dei, gregem suum cognoscere&#13;
cupiens, per adjacentes Quebeco pagos, itinere sex&#13;
dierum, cursitavit, conciones pastorales habens mul­&#13;
torumque confessionem saeramentalem excipiens.&#13;
Sedem episcopalem suam in urbe Quebecensi&#13;
Servus Dei constituit.&#13;
Paupertatis vero amore ductus, domum episco­&#13;
palem aedificare distulit, contentus pro tunc in Col­&#13;
legio Patrum Societatis Iesu vel in nosocomio aut&#13;
in domo locata monasterio Ursulinarum adiacente&#13;
commorandi. Anno tamen 1662, domum vetustate&#13;
labentem emit, in qua cum sacerdotibus suis habi­&#13;
tavit.&#13;
Officium divinum omnesque liturgicas functiones&#13;
iuxta ritum romanum in Ecclesia Canadensi cele­&#13;
brari iussit, liturgia gallicana posthabita.&#13;
Die festo Sanctorum Apostolorum Petri et Pauli&#13;
anni 1659, primam missam solemnem ritu episcopali&#13;
&#13;
XVIII, 1, 37-38; XX,&#13;
46.&#13;
&#13;
XXI, 1. 54; LXIX. 731732; LXX, 2, 882-883.&#13;
&#13;
XXIII, 1, 74-75; 2. 77.&#13;
&#13;
XXIII, 4, 82; 15, 104.&#13;
XXI, 1, 53; 2, 55;&#13;
XXIII. 4, 83; LXV,&#13;
1, 084, 085; LXVII,&#13;
607; I.XIX, 730-731;&#13;
LXX, 2, 878.&#13;
&#13;
XXIII, 4, 83; 15, 104;&#13;
LXIX, 784-785; LXX,&#13;
2, 880; LXXI, 2, 904,&#13;
910; 5, 918.&#13;
XX, 46; XXIII, 1, 74.&#13;
&#13;
�LVIII&#13;
in ecclesia Quebecensi litavit, atque abiurationem&#13;
haeretici cuiusdam recepit.&#13;
Mense septembri eiusdem anni 1659, tribunal j X X lll. 4. 88; LXV, 1,&#13;
684; LXIX, 731.&#13;
ecclesiasticum instituit.&#13;
Anno 1660, non obstante bello ferocissimo Iro- LXIX, 754-756; LXX,&#13;
4, 885-S86 ; LXXI, 2,&#13;
quaeorum contra colonos gallos, omni spreto peri­&#13;
!)03; 6, 931-932, 936.&#13;
culo, primam visitationem vastissimi vicariatus&#13;
peregit.&#13;
5.&#13;
&#13;
D e S e r v i D e i a g e n d i r a t io n e&#13;
&#13;
in m u n e r e s u o&#13;
&#13;
V ic a r ii A p o s t o l ic i ex e r c e n d o&#13;
&#13;
Iam diu archiepiscopus Rothomagensis Novam&#13;
Galliam uti partem ultramarinam propriae dioece­&#13;
sis considerabat, quia multi missionarii qui in hanc&#13;
ditionem, nulli iurisdictioni particulari subiectam,&#13;
transfretabant, ab ipso archiepiscopo facultates&#13;
ecclesiasticas expostulare consueverant. Quin immo&#13;
idem archiepiscopus vicarium suum generalem in&#13;
hac provincia inde ab anno 1649 constituerat, Supe­&#13;
riorem nempe Quebecensem Patrum Societatis Iesu&#13;
(reclamante tamen Praeposito Generali eiusdem&#13;
Societatis), et postea ab anno 1657, abbatem de&#13;
Queylus, Sulpitianorum Seminarii Montisregii Su­&#13;
periorem. Unde facile intelligitur Servum Dei in&#13;
iurisdictione sua vicarii apostolici exercenda, dif­&#13;
ficultates invenisse ex parte praedicti archiepiscopi&#13;
eiusque vicarii generalis abbatis de Queylus.&#13;
Controversia animum quorumdam initio pertur­&#13;
bavit; mox vero auctoritatem vicarii apostolici a&#13;
Summo Pontifice directe eollatam agnoverunt.&#13;
Abbas de Queylus primo dictam auctoritatem&#13;
submisse agnovit ; postea vero accepta epistola ar­&#13;
chiepiscopi Rothomagensis, se titulo vicarii gene­&#13;
ralis frui contendit. Tandem ad animum reversus,&#13;
iurisdictionem Servi Dei, hortante quoque guber­&#13;
natore Novae Galliae, denuo recognovit et in Gal­&#13;
liam reversus est.&#13;
&#13;
XIV. 30-31 (intr.); XV,&#13;
33; XXIII, 2, 78;&#13;
LXIX, 725-728; LXXI,&#13;
5, 921-922; Doc. A,&#13;
1 : appone!. I, 961962.&#13;
&#13;
XIV, 31-32 (intr.);&#13;
LXVII, 697.&#13;
XVII, 1, 36; XIX. 1,&#13;
42; XX. 46-47; XXI,&#13;
1. 53-54; XXIII, 4,&#13;
88.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
LIX&#13;
&#13;
Tunc Servus Dei, auctoritate fretus cum Summi&#13;
Pontificis tum Regis Galliae Ludovici XIY Regi­&#13;
naeque Annae ab Austria, sacerdotes omnes saecu­&#13;
lares qui ministerium sacrum in vicariati! apostolico&#13;
exercebant, auctoritatem suam, omni alia exclusa,&#13;
scriptis agnoscere iussit, atque liac de contentione&#13;
Sanctam Sedem certiorem fecit.&#13;
Interea abbas de Queylus clam Romae a Sacra&#13;
Dataria, inscia Sacra Congregatione de Propaganda&#13;
Fide, litteras erectionis ecclesiae paroecialis Montisregii obtinuit; porro arcliiepiscopus Rothomagensis litteras dedit Servo Dei in quibus eidem fa­&#13;
cultatem fecit, qua Ordinarius, ut abbatem de Quey­&#13;
lus parochum praedictae novae paroeciae instituere&#13;
posset. Talibus litteris munitus, de Queylus, non&#13;
obstante Regis prohibitione, in ditionem Canadensem se transtulit, et beneficii paroecialis collationem&#13;
a Servo Dei sibi postulavit. Hac re commotus, Ser­&#13;
vus Dei omnia exposuit Sanctae Sedi et iudicium&#13;
expectavit. Sed omnia praetergrediens, abbas de&#13;
Queylus, recusante Servo Dei, qui eum iteratis pre­&#13;
cibus et prohibitionibus continere nisus erat cum&#13;
comminatione quoque ecclesiasticarum censurarum,&#13;
in Montemregium furtim profectus est, tamen nul­&#13;
lum officium paroeciale exercere ausus. Mox vero a&#13;
Rege Ludovico XIV in Galliam redire iussus atque&#13;
a gubernatore Novae Galliae d ’Argenson regiis&#13;
mandatis obsequi coactus, in patriam remigravit.&#13;
Nuntius apud Regem Galliae, iubente Sancta&#13;
Sede, executionem erectionis pafoeciae Montisregii&#13;
impedivit.&#13;
Decursu vero temporis, abbas de Queylus, vir&#13;
ceteroqui religiosus et zelo commendabilis, auctori­&#13;
tatem Servi Dei ordinariam plene agnovit eique&#13;
tandem humiliter se subiecit. In Novam Galliam&#13;
anno 1668 denuo appulsus, peramanter a Servo Dei&#13;
receptus est, qui, praeteritorum facinorum immemor, eum suum vicarium generalem in urbe Mon­&#13;
teregio constituit.&#13;
&#13;
XIII, 28-30; XIV, 3032; XV,32-33; XXIII,&#13;
1, 75-76; 2, 78; 3, 78;&#13;
XXIV, 142; XXVI,&#13;
143-144 ;LXV, 1, 684;&#13;
LXIX, 731; LXX, 5,&#13;
8! ) 0 .&#13;
&#13;
XXIII, 6. 80-02; XXIX,&#13;
181-185; LXV, 1, G&amp;4685 ; LXIX, 728 ;&#13;
LXXI, 5, 922.&#13;
&#13;
XXIII, 13, 103; XXIX,&#13;
182 (intr.); LXXI, 5,&#13;
922.&#13;
XXIII, 13, 103; XXIX,&#13;
182 (intr.); XLII,&#13;
248 ; LXIX, 728 ;&#13;
LXXI, 5, 022-023.&#13;
&#13;
�6. D e S ervi D e i p r im o it in e r e&#13;
( ann . 1662-1663)&#13;
&#13;
in&#13;
&#13;
G a l lia m&#13;
&#13;
Mense augusto anni 1662, Servus Dei in Gal­ LX, 2, 635-636; LXV,&#13;
I, 685: LXIX, 776,&#13;
liam remeavit, ut Regem Ludovicum XIV de statu&#13;
780; I jX X I, 2. «05.&#13;
religioso et politico Novae Galliae certiorem faceret&#13;
atque ab eo beneficia quaedam in bonum Ecclesiae&#13;
Canadensis et coloniae necessaria obtineret.&#13;
Amplissimo cum honore a Rege exceptus est, qui XXL 8. 62: IA', 2. 636;&#13;
LXVII, 698; LXIX,&#13;
publice virtutes et merita Servi Dei exaltavit. Quin&#13;
781, 704; LXX, 2,&#13;
imo desiderium aperuit eum in Gallia retinendi ;&#13;
879 ; 5, 891.&#13;
quod tamen Servus Dei, zelo apostolico incensus,&#13;
reverenter recusavit.&#13;
Omnia a Servo Dei postulata Rex Ludovi- XXIII. 8. 93: LXV. 1.&#13;
685 ; LXVII, «98;&#13;
cus XIV benigne concessit, scilicet:&#13;
LXIX, 776, 781. 794.&#13;
1. Ad maximas quas habuit difficultates in aucto­ XXIII. 10, 99; LXV,&#13;
I. 685, nola 1: LXIX.&#13;
ritate sua vicarii apostolici Novae Galliae exer­&#13;
7*0, 781; L.X.XI, 1,&#13;
cenda, Servus Dei Regi Ludovico XIV necessitatem&#13;
899-900.&#13;
dioecesim quamprimum hac in provincia erigendi&#13;
patefecit. Rex vero se petiturum promisit a Summo&#13;
Pontifice praedictam erectionem atque Servum Dei&#13;
primum episcopum praesentaturum. Recolendum&#13;
est Regem Galliae fruitimi esse iure a Sancta Sede I&#13;
recognito episcopos pro sua ditione praesentandi |&#13;
erectionemque novarum dioceseon proponendi.&#13;
Illa promissione fretus, Servus Dei, quo altiore I XXVII, 6. 15.3; XXXI,&#13;
187, 190: XXXIII. 1.&#13;
fundamento res ecclesiasticae in suo vieariatu apo­&#13;
195-, 2. 195; XXXV,&#13;
198; XXXVIII, 2.&#13;
stolico firmarentur, titulo « nommé par le Roi pre­&#13;
212;&#13;
XLI, 1, 224;&#13;
mier évêque dudit pays, lorsqu’il aura plus à Notre&#13;
XL11. 25,1; LXV, 1.&#13;
Saint Père le Pape y ériger un évêché» saepe sae­&#13;
685. nola 1.&#13;
pius in actibus publicis usus est.&#13;
2. Ad subsidium dioecesis mox erigendae, Ludo- ( XXIII, 8, 93; 10. 99;&#13;
15, 108; LXIX, 781.&#13;
vicus XIV reditus abbatiae gallicae Millebecensis,&#13;
vulgo Maubec seu Méobec, episcopo, post erectam&#13;
dioecesim, se concrediturum promisit.&#13;
3. Seminario Quebeeensi a Servo Dei instituto LX, 2. 636; LXV. 1.&#13;
(cf. Summ., I, § 7), Rex diploma regium benigne j 685; LXIX, 7S1, 784.&#13;
concessit.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
LXI&#13;
&#13;
4. De abolendo commercio potuum inebriantium,&#13;
quod, in barbarorum perniciem atque in ruinam ani­&#13;
marum, coloni non pauci exercebant, agendi ratio&#13;
Servi Dei a Dege approbata atque laudata est,- quin&#13;
immo negotium illud turpissimum decreto regio&#13;
prohibitum est.&#13;
5. Ad petitionem Servi Dei, precibus cpioque&#13;
administratorum civilium coloniae accedentibus,&#13;
Ludovicus XIV suppressit societates illas mercato­&#13;
rum quae, nomine Regis, coloniam condiderant et&#13;
administraverant, et tamen sua commoda potius&#13;
quam bonum provinciae exquisiverant ; porro Rex&#13;
Novam Galliam in regiam tutelam accepit atque ibi&#13;
Supremum erexit Concilium, cui episcopus pro tem­&#13;
pore socius adiunctus est.&#13;
6. Gubernatorem Novae Galliae d ’Avaugour, qui&#13;
auctoritati ecclesiasticae Servi Dei restiterat, Ludo­&#13;
vicus Rex revocavit novumque gubernatorem con­&#13;
stituit, dominum de Mésy, quem ipse Servus Dei&#13;
ad petitionem Regis praesenta verat.&#13;
7. Selectas copias militares Rex mittere promisit&#13;
in ditionem Canadensem, quae ferocissimos Iroquaeos, infessissimos Gallorum hostes et Evangelii&#13;
propagationi inter barbaros insuperabile obstacu­&#13;
lum, subiugarent.&#13;
8. Rex eiusque minister Colbert Servo Dei pro­&#13;
miserunt colonos in Novam Galliam profecturos&#13;
accuratius esse seligendos, cum exclusione haereti­&#13;
corum aut quomodocumque indignorum.&#13;
His omnibus obtentis, Servus Dei una cum gu­&#13;
bernatore de Mésy et aliquibus sacerdotibus missionariis, in navim, verno tempore anni 1663, conscen­&#13;
dit, in Novam Galliam profecturus.&#13;
Durante itinere maritimo, gravis pestilentia in&#13;
navi orta est. Quamvis et ipse morbo affectus, Ser­&#13;
vus Dei in aegrotorum solamen totis viribus sese&#13;
impendit.&#13;
Die 15 Septembris anni 1663, Servus Dei Quebecum tandem appulit.&#13;
&#13;
XXI, 0, (il ; XXVII, 5,&#13;
151-152 (intr.); LXIX,&#13;
776-777, 781; LXXI,&#13;
5, 92C.&#13;
&#13;
XXIII. 8, 93; 10, 99;&#13;
15, 108; XXXII, 190194; I.X, 2, 635-636;&#13;
LXV, 1, 685-686;&#13;
LXIX, 781.&#13;
&#13;
XXTII, 8. 93; LXV, 1,&#13;
685; LXVII, 698;&#13;
LXIX, 777 , 802-803.&#13;
&#13;
XXIII, 8, 93: 10, 99;&#13;
11, 101 ; XXXIV,&#13;
197; LX, 2, 636;&#13;
LXIX, 757.&#13;
&#13;
XXIII, 10, 99; 15, 108109; 16. 109; LXIX,&#13;
757, nota 1.&#13;
&#13;
LXV, 1, 686; LXIX,&#13;
781-782, 794.&#13;
&#13;
LXV, 1, 686 ; 2, 692-693;&#13;
LXIX, 794-795.&#13;
&#13;
XXVII, 5, 152 (intr.) ;&#13;
LXV, 686; LXIX.&#13;
796, nota. 1.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
LX II&#13;
&#13;
7. D e e r e c t io n e S e m in a r ii Q ttebecen sis&#13;
a S ervo D e i ta cta ( a n . 1 6 63)&#13;
&#13;
Anno 1663, die 26 martii, Servus Dei, dum in&#13;
Gallia adhuc versaretur, instrumentum publicum&#13;
edidit quo Seminarium Quebecense erigebat.&#13;
Idem Seminarium, rogante Servo Dei, unitum&#13;
fuit Seminario pro missionibus ad exteras gentes,&#13;
nuper Parisiis condito atque a Flavio Chigi, apud&#13;
Regem Galliae Nuntio Apostolico, approbato. Exin­&#13;
de Seminarium Quebecense denominationem as­&#13;
sumpsit : Séminaire des missions étrangères établi à&#13;
Québec.&#13;
Rex Galliae litteris patentibus anno 1663 datis&#13;
et anno 1676 renovatis, auctoritate regia erectionem&#13;
Seminarii Quebecensis ad effectus civiles confirma­&#13;
vit solidavitque.&#13;
Cum Seminarium Quebecense principem locum&#13;
teneat inter instituta a Servo Dei condita, cui etiam&#13;
totum animum ipse continenter impendit, praestat&#13;
de re fusius agere.&#13;
Seminarium Quebecense tribus ramis constitue­&#13;
batur, nempe: 1) Seminario sacerdotum seu com­&#13;
munitate sacerdotum saecularium Novae Galliae;&#13;
2) Seminario proprie dicto seu Maiore; 3) Semina­&#13;
rio, postea condito, Minore.&#13;
&#13;
XXIII, 12, 102; XXXI,&#13;
IS6-190; LXIX, 783784.&#13;
XXIII, 12, 102; 16, 110;&#13;
LI, IV, 7, 456; V I,&#13;
11, 562; LXIX, 739,&#13;
nota 1, 790-792.&#13;
&#13;
LI, IV, 7, 456 ; LX, 2,&#13;
636; LXV, 1, 685;&#13;
LXIX, 781, 784, 791.&#13;
&#13;
1. De Seminario sacerdotum&#13;
Seminarium sacerdotum, a Servo Dei institutum,&#13;
societas erat seu communitas dioecesana sacerdotum&#13;
saecularium, qui vitam communem, sub auctoritate&#13;
superioris ab episcopo electi, ducebant. Ex ipsis&#13;
sacerdotibus, alii ad nutum episcopi in oppida pa­&#13;
gosque apud colonos vel in dissitas missiones apud&#13;
sylvestres homines provinciae Canadensis, mitte­&#13;
bantur, munere parochorum aut missionariorum&#13;
functuri. Alii vero intra septa domus Seminarii de­&#13;
gentes, iuvenibus qui in Seminario Maiore studiis&#13;
&#13;
XXIII, 12, 102: 15,&#13;
106; 48, 137: XXXI,&#13;
ISO-189; XLII, 250;&#13;
LI, III, 7, 416; IV,&#13;
421 (intr. gen.y, VI,&#13;
11, 560-562; LV. 609610 (intr.); LXIX,&#13;
739-741, 785, 780,789790; LXX, 2, 880;&#13;
LXXI, 4. 917-918.&#13;
&#13;
�LXIII&#13;
&#13;
philosophicis vel theologicis vacabant, et adolescen­&#13;
tibus in Seminario Minore receptis, virtutibus ec­&#13;
clesiasticis instituendis operam dabant. Omnes vero,&#13;
parochi, missionarii et iuventutis clericalis magistri,&#13;
communitatem sacerdotum Seminarii una simul&#13;
constituebant.&#13;
Nullus sacerdos cogebatur ut sodalitati Semi­ XXXI, 186-187 (intr.) ;&#13;
LI, IV, 421 (intr.&#13;
narii Quebecensis nomen daret; de facto vero fere&#13;
gen.).&#13;
omnes libenter in communitatem adscribi postu­&#13;
labant.&#13;
Principium fundamentale quo vita sacerdotum XXXI, 187 (intr.); LI,&#13;
IV, 421 (intr. gcn.);&#13;
Seminarii Quebecensis regebatur, erat paupertas et&#13;
13, 490-493; VI, 11,&#13;
vita communis. Socii enim tenebantur, ad instar reli­&#13;
561 ; LII, 593 ; LXIX.&#13;
739-740,&#13;
741-742,&#13;
giosorum, cessione libera, vulgo désappropriation,&#13;
744, 784, 785.&#13;
omnia bona temporalia, reditus atque beneficia uni­&#13;
versa Seminario tradere. Ex parte sua, Seminarium&#13;
omnia neeessai’ia sociis suppeditabat ad vitam, quae&#13;
tamen vere communis erat, seu nullo admisso discri­&#13;
mine quoad victum ceteraque necessaria.&#13;
Quoad pietatem, praeter ordinaria et quotidiana LI, IV, 13, 491, 492;&#13;
VI, 11, 561; LXIX,&#13;
pietatis exercitia in communi, sacerdotes Seminarii&#13;
741, 742, 785.&#13;
tenebantur quotannis exercitiis spiritualibus in do­&#13;
mo Seminarii per aliquot dies impensius vacare.&#13;
His in initiis Ecclesiae Canadensis, Servus Dei XXIII, 12, 102; XXXI,&#13;
188; LI, II, 381&#13;
perutilem aestimabat talem rationem vitae commu­&#13;
(intr. gen.); IV, 13,&#13;
nis, ut sacerdotes saeculares, vinculo caritatis fra­&#13;
490-494; VI, 11, 560561, 563 ; LII, 591,&#13;
ternae uniti et ab omni cura rerum temporalium&#13;
592, 593 ; LXIX, 740liberati, in vita spirituali ferventiore asservarentur&#13;
741, 785, 786; LXX,&#13;
2. 880; LXXI, 4, 917atque ministerio sacro toto corde sese dedicarent.&#13;
918.&#13;
Porro iure merito Servus Dei existimabat facilius&#13;
se posse sacerdotes e Gallia in missionem Canadensem adducere, cum iis in Seminario Quebeeensi tu­&#13;
tior usque ad mortem promitteretur vita.&#13;
Servus Dei omnes paroecias Ecclesiae Canaden­ XXIII, 12. 102; 15, 105;&#13;
XXXI, 187 (intr.),&#13;
sis univit Seminario Quebeeensi, cui omnes reditus&#13;
188-189; LXIX, 741,&#13;
decimarum tribuit. Seminarium vero in paroeciis&#13;
784; LXX, 2, 880.&#13;
ecclesias aedificare et restaurare debebat.&#13;
Sociis ecclesiasticis Seminarii Quebecensis, Ser­ LXI,649 (intr.);LXIX,&#13;
789; LXXI, 2, 906.&#13;
vus Dei pium laicorum fratrum et sororum coetum&#13;
&#13;
�IA IV&#13;
&#13;
adiunxit, qui, oblatorum more, necessitatibus mate­&#13;
rialibus domus Seminarii operam dabant.&#13;
Ipse Servus Dei domicilium elegit in Seminario.&#13;
Cessione libera, sicuti omnes alii socii, omnia bona&#13;
sua Seminario tradidit, quae postea magnis agro­&#13;
rum et silvarum ditionibus, a dominio regio Canadensi acquisitis aliisque donis valde auxit.&#13;
Ipse vero Servus Dei constitutiones et regulas&#13;
Seminarii, sub auctoritate superioris, usque ad mor­&#13;
tem religiose secutus est.&#13;
&#13;
XXIII. 15, 106; LXIX,&#13;
7+1, 744, 782-783,&#13;
792-793.&#13;
&#13;
LI, VI, 11, 561; LXI,&#13;
661. 661; LXIX, 741,&#13;
711. 782.&#13;
&#13;
2. De Seminario Maiore Quebecensi&#13;
Eodem tempore quo Seminarium sacerdotum XXIII, 23, 117; 21,&#13;
119; 25, 120; 33,&#13;
eodemque decreto, Servus Dei, exempla Sancti Ca­&#13;
128; XXXI. 1S6-190;&#13;
roli Borromaei secutus, Seminarium Maius ad men- j LXIX, 786; LX.X, 4,&#13;
886.&#13;
tem Concilii Tridentini erexit, in quo clerici ad&#13;
ordines sacros promovendi, disciplinis ecclesiasticis&#13;
imbuerentur et ad ministeria sacra obeunda idonei&#13;
evaderent. In hoc Seminario Maiore, Servus Dei&#13;
iuvenes e Gallia adductos aut e Gallicis colonis natos&#13;
recepit. Iuvenes quoque ex indigenis, qui idonei ad&#13;
sacerdotium invenirentur, recipere sibi proposuit.&#13;
Iuvenes philosophicas et theologicas praelectiones&#13;
audiebant in Collegio Quebecensi Patrum Societatis&#13;
Iesu traditas.&#13;
3. De Seminario Minore Quebecensi&#13;
Anno 1668, die 9 octobris, Servus Dei Semina­&#13;
rium Minus erexit, Iesu Infanti dedicatum. Ilac de&#13;
re Clementem Papam IX certiorem faciens, Servus&#13;
Dei in litteris diei 26 octobris eiusdem anni datis&#13;
scribebat: «A lios non paucos intra septa palatii no­&#13;
stri alumnos suscepimus clericatus candidatos, qui&#13;
omnes in gymnasio Patrum Societatis instruuntur;&#13;
iis et indigenas aliquot ex sylvestribus adiunximus,&#13;
quos et ad sacerdotium promovere, si idonei aliquan­&#13;
do evaserint, si videbitur, promptum erit ». Sylve-&#13;
&#13;
XXIII, 23, 117; 21, 119;&#13;
33, 127; XLI, 3,&#13;
228-229; XLII, 219250; LI, VI, 11, 563;&#13;
LXIX. 7S6-7S8.&#13;
&#13;
�LXV&#13;
&#13;
stres tamen pueri nunquam subiici potuerunt neque&#13;
studiis litterariis et philosophicis, neque legibus&#13;
Seminarii Minoris.&#13;
8. D e e r e c t io n e E c c l e s ia e Q u e b e c e n s is&#13;
et&#13;
&#13;
S e r v i D e i e l e c t io n e&#13;
&#13;
IN EIUSDEM PRIMUM EPISCOPUM (AN.&#13;
&#13;
1674)&#13;
&#13;
Anno 1657, ut iam supra retulimus, Rex Ludo- Cf. Suium., I, § 3.&#13;
vicus XIV erectionem dioecesis in Nova Gallia ab&#13;
Alexandro Papa V II postulaverat, atque Servum&#13;
Dei uti primum episcopum praesentaverat. Summus&#13;
vero Pontifex, suadentibus Patribus Societatis Iesu&#13;
in Nova Gallia missionariis, res in hac provincia&#13;
non adeo compositas aestimavit, ut ibi erigeretur&#13;
dioecesis. Ideoque die 13 aprilis anni 1658, Servum&#13;
Dei episcopum titularem Petrensem elegit, munere&#13;
vicarii apostolici in Nova Gallia eidem collato.&#13;
Inito vicarii apostolici ministerio, mox Servus X X III, 4, 79 (in tr.);&#13;
8, 93; U», 99; 16,&#13;
Dei perspexit utilem fore sedis episcopalis erectio­&#13;
110;&#13;
LXIX,&#13;
780;&#13;
nem.&#13;
I jXXI, 1, 899.&#13;
Notandum est Servum Dei in hoc negotio non X X III, 33, 126.&#13;
ambitione personali ductum esse, sed bonum Eccle­&#13;
siae sibi creditae intendisse. Etenim ad Cardinales&#13;
Congregationis de Propaganda Fide anno 1672 scri­&#13;
bebat: «Episcopatum hactenus nunquam expeti i&#13;
iliumque, tenuitatis meae conscius, invitus suscepi.&#13;
Verum illius onera expertus, pro beneficio ducam&#13;
ab illo liberari, quamquam non refugiam pro Christi&#13;
Ecclesia animarumque salute impendere me ».&#13;
Erectionem porro sedis Quebecensis instanter&#13;
petivit oh duas praesertim rationes, quae sequun­&#13;
tur:&#13;
1.&#13;
Necessitas auctoritatem episcopalem sub au­Cf. Sumiii. I, § 5.&#13;
ctoritate Sanctae Sedis confirmandi, contra asser­&#13;
tam iurisdietionem archiepiscopi Rothomagensis,&#13;
qui Novam Galliam partem suae dioecesis conside­&#13;
rabat et vicarium generalem ibi nominaverat;&#13;
&#13;
�LX VI&#13;
&#13;
2.&#13;
Ratio agendi moderatorum civilium NovaeX X III, Mi, 110; 33,&#13;
12«;&#13;
LXIX, 7S0 ;&#13;
Galliae, qui, principiis gallicani^ imbuti, se domina­&#13;
I.XXI. 1, S99.&#13;
tionem aliquam habere in vicarium apostolicum&#13;
asserebant. Servus Dei in supra memorata epistola&#13;
ad Cardinales Sacrae Congregationis de Propagan­&#13;
da Fide, sensus suos hac de re aperuit : « Longo expe­&#13;
rimento edoctus sum quam parum tuta sit vicarii&#13;
apostolici conditio adversus politicarum rerum tra­&#13;
ctatores, ministros aulicos dico, qui perpetui sunt&#13;
potestatis ecclesiasticae aemuli et contemptores,&#13;
quibus id familiare est obiicere dubiam esse vicarii&#13;
apostolici auctoritatem certisque limitibus coer­&#13;
cendam ».&#13;
Iam ab anno 1662, Rex Ludovicus XIV Servo X X III, 8. n.t; 12, 102;&#13;
LXV, 1, 083 ; LXIX,&#13;
Dei promiserat se pro erectione sedis Quebecensis&#13;
780-781; I.XXI. 1,&#13;
8911.&#13;
Summo Pontifici acturum esse legatoque suo apud&#13;
Sanctam Sedem eam rem commisit.&#13;
Et ipse Servus Dei eamdem gratiam a Sancta X X III. 8, !):?; 10, 99;&#13;
12, 102 ; 10, 110:: 17,&#13;
Sede, pro bono Ecclesiae Canadensis, pluries expo­&#13;
111 ; 18 , 111: 21,&#13;
113 ; 23 , 1 17: 24,&#13;
stulavit. In omnibus fere epistolis ab anno 1663&#13;
119 ; 25 , 120 ; 30&#13;
usque ad annum 1674, Summo Pontifici aut Sacrae&#13;
122 ; 32, 124-125 : 33,&#13;
Congregationi de Propaganda Fide missis, Servus&#13;
125 -128: 3 9 ,1 3 1 - 132;&#13;
41, 1 3 3 ; D o c. A , 1:&#13;
Dei pro erectione dioecesis Quebecensis rogabat.&#13;
api"rmi. I , 900 901&#13;
Anno 1666, Cardinales Sacrae Congregationis de X X III , 21, 113.&#13;
Propaganda Fide de opportunitate Ecclesiam Quebecensem in dioecesim erigendi sententiam positi­&#13;
vam pronuntiaverunt (Ardi. Prop., Cong. Part.,&#13;
vol. 20, ff. 262-265).&#13;
Erectio vero dioecesis diu adhuc dilata est variis&#13;
de causis, inter quas eminere videntur:&#13;
1. Controversiae tunc agitatae inter Regnum XXIII. 10, 99; LXXI,&#13;
1, 900.&#13;
Galliae et Sanctam Sedem.&#13;
2. Iteratus interventus archiepiscopi Rothoma- XXIII. 25, 120; XLV,&#13;
4, 341 ; LXXI, 5, 920.&#13;
gensis, qui novam sedem episcopalem Quebecensem&#13;
accenseri provinciae ecclesiasticae Rothomagensi&#13;
quaerebat, atipie iurisdictionem episcopi Quebecen­&#13;
sis auctoritate sua archiepiscopali subordinandam&#13;
tenaciter defendere conabatur.&#13;
Anno tandem 1670, die 9 mensis octobris, Sum- XXIII, 32, 124.&#13;
&#13;
�L X V II&#13;
&#13;
mus Pontifex Clemens X decretum edidit pro ere­&#13;
ctione Ecclesiae Quebecensis.&#13;
Cum expeditio bullarum pro erectione dioecesis XXIII, 32, 124; 33, 125126; XLV, 338 (intr.&#13;
novis impedimentis retardaretur, Servus Dei anno&#13;
gen.); LXV, 1, 687;&#13;
sequenti 1671, Galliam petiit, rem ad finem perdu­&#13;
LXXI, 1, 900; 2,&#13;
905-906.&#13;
cturus ac «ad Novam Galliam non rediturus nisi,&#13;
erecto episcopatu, bullis Ordinarii munitus atque&#13;
provisus». De hoc consilio statini ac in urbem Parisiensem pervenit, Sanctam Sedem certiorem fecit&#13;
et, necessitate erectionis dioecesis accuratius expli­&#13;
cata, instanter rogavit ut « incoepto operi finis tan­&#13;
dem imponatur ».&#13;
Potiores causae novae retardationis haec erant: Xl.V, 4, 340-342.&#13;
1. lurisperiti Gallici, quibus textus bullarum&#13;
ante earum expeditionem communicatus fuerat, se­&#13;
mel et iterum instabant ut servarentur « les libertés&#13;
et les droits de l ’Eglise gallicane».&#13;
2. Summa paupertas Servi Dei ob quam ipse XXIII, 29, 122; 31, 123124; 32, 124-125;&#13;
iuribus Cancellariae romanae satisfacere nequibat.&#13;
33, 126-127; 35, 129;&#13;
De illa paupertate Servi Dei, sacerdos Pallu, Semi­&#13;
36, 129 ; 38. 129-131 ;&#13;
39, 131-132: XXXVI,&#13;
narii Parisiensis ad exteras gentes sodalis, scribe­&#13;
8, 204; XLV, 9, 345;&#13;
bat ad sacerdotem Gazil, eiusdem Seminarii agen­&#13;
13, 344-345.&#13;
tem apud Sanctam Sedem: « A quoi donc [Servus&#13;
Dei] s ’est-il appauvri, sinon à soutenir son Église,&#13;
les prêtres, les pauvres, qui sont ses enfants, à bâtir&#13;
des églises, enrichir les hôpitaux, faire des fonda­&#13;
tions: voilà les péchés de cet évêque...; mais c ’est&#13;
ce qui sera quelque jour canonisé au tribunal de la&#13;
Congrégation dei Ititi ». Unde Servus Dei, inopia&#13;
sua humiliter Sanctae Sedi exposita, expeditionem&#13;
bullarum « aperto notae paupertatis privilegio »&#13;
reverenter postulavit. Postulationibus iterum ac&#13;
iterum renovatis, repulsisque patienter toleratis,&#13;
Servus Dei ut bullae expedirentur tandem obtinuit&#13;
summa pecuniae reducta, quam vero mutuam sibi&#13;
procurare coactus est.&#13;
3. Ultima causa quoad retardationem bullarum Doc. B : appetiti. I,&#13;
964-976.&#13;
quaerenda est in controversia a monachis abbatiae&#13;
de Strata, vulgo l ’Estrée, exitata eonti’a Servum j&#13;
&#13;
�LX VII I&#13;
&#13;
Dei, quem Rex Galliae commendatarium eiusdem&#13;
abbatiae fecerat, ut ex redditibus Capitulum eccle­&#13;
siae cathedralis Quebeceiisis constituere v a le r e t. Re&#13;
tandem ad Nuntium Apostolicum Parisiensem de­&#13;
lata, in favorem Servi Dei composita est.&#13;
Quo facto, mense octobri anni 1674, Servo Dei XXIII, 39, 131 ; XlilV,&#13;
(i, 312-343 : !), 343;&#13;
iterum in Consistorio episcopo Quebecensi procla­&#13;
LX.XI, 1, 900.&#13;
mato, Clemens Papa X bullas subscripsit atque ex­&#13;
pediri iussit.&#13;
Servus Dei, iam a quatuor annis in Gallia mo­ X X III, 31, 123; 32,&#13;
125: 33. 128; 38, 130;&#13;
ratus, summo desiderio exoptabat sedem episcopa­&#13;
39, 131, 132: XLV,&#13;
lem tandem erectam repetere, quod ipsi Nuntius&#13;
1. 339; 3, 339; 5, 342;&#13;
(i,&#13;
342-343; 9, 343;&#13;
Apostolieus aperte suadebat. Cupiebat vero Ser­&#13;
Doc. K : appoml. I,&#13;
vus Dei expectare bullarum registrationem quae&#13;
900 (intr.).&#13;
de more apud Regium Concilium Parisiense fieri&#13;
debebat.&#13;
Attamen, eum res procrastinaretur, Servus Dei, X X III, 42, 133; XLV,&#13;
12, 344; 13. 844-345;&#13;
registratone nondum effecta, sed iureiurando fide­&#13;
14, 345; 15, 345; 10,&#13;
litatis Regi oblato, consilium coepit proficiscendi. | 345; XL VI, 848-349;&#13;
LX.XI, 2, 900.&#13;
Dum vero iter committeret, tandem aliquando bullas&#13;
recepit et navim conscendit, Quebecum versus, quo&#13;
ingenti gaudio a clero fidelibusque receptus est.&#13;
9. D r a g en d i r a t io n e S e r v i D e i in c o n t r o v e r s iis&#13;
AGITATIS DE COMMERCIO ROTUUM ALCOOLICORUM&#13;
CUM SYLVESTRIBUS TORULIS&#13;
&#13;
Omnes rerum Canadensium scriptores unanimi&#13;
voce affirmant perturbationes gravissimas coloniae&#13;
Canadensi allatas esse ex commercio potuum ad&#13;
ebrietatem provocantium, quod coloni Gallici cum&#13;
populis sylvestribus exercere solebant:&#13;
1.&#13;
Populi indigenae regionis Canadensis vehe­XXI, 6, 60; XXII, 1,&#13;
66-67; XXVII, 2, 148mentissime trahebantur potibus aleoolicis, quorum&#13;
149; 4, 151; 5, 152;&#13;
abusus perniciosos habebat effectus. Enimvero ine­&#13;
8, 156; 9. 158-159;&#13;
12. 171 : 17, 179-180;&#13;
briati homines sylvestres pessima scandala aude­&#13;
X LII, 249; XLV,&#13;
bant, homicidia, furta, puellarum strupra obscena­&#13;
18, 340; LX1X, 766;&#13;
que multa perpetrabant. Ad liquores parandos j LXXI, 5. »26.&#13;
omnia sua, pueros quoque et mulieres vendebant, j&#13;
&#13;
�I A 1X&#13;
&#13;
Colonos Gallicos non raro aggrediebantur, quos 1&#13;
aliquando trucidabant. Mulieres ipsae et pueri ab&#13;
hoc vitio immunes non erant. Ita ut pagus in quo&#13;
inebriati aderant, factus esset « une vraie image de&#13;
l 'enfer ».&#13;
2. Missiones catholicae apud sylvestres homines XXI, (i. 60; XXVII, 1,&#13;
147; 3, 150; 0, 158non minora, ex hoc turpissimo negotio, patiebantur&#13;
159 ; 12, 171-172;&#13;
detrimenta : missionarii periculo mortis subiecti,&#13;
XL1I, 249; LXIX,&#13;
767-768, 769-770, 772.&#13;
neophyti ad idololatriam regressi, missiones ipsae&#13;
aliquando interruptae.&#13;
3. Nedum indigenis, sed colonis ipsis Gallicis per­ XXVII, 8, 155-156 ; 9,&#13;
159; LXIX, 707, 708,&#13;
niciosum erat commercium liuiusmodi; faciliores&#13;
770-771, 772-773.&#13;
enim ac ingentes ex praedicto commercio proventus&#13;
prosecuti, coloni terrarum negligebant culturam, in&#13;
qua tota spes coloniae ponenda erat.&#13;
Haec mala considerantes, Novae Galliae praesi­ XXVII, 145 (intr. gen.);&#13;
LXIX, 765, 773-774.&#13;
des non pauci commercium liuiusmodi prohibuerant&#13;
aut restrinxerant.&#13;
Quin imo et duces ipsi sylvestrium hominum XXI. 6, 60; XXII, 1,&#13;
00; XXVII, 9. 160;&#13;
commercium istud, quod suis populis tantas affe­&#13;
12, 170-171; LXIX,&#13;
rebat perturbationes, improbaverant iteratisque&#13;
765-766, 707, 772.&#13;
postulationibus regios gubernatores rogaverant ut&#13;
stricte prohiberetur.&#13;
Ex altera tamen parte, multi coloni Gallici, inter XXI. 6, 60; XXVII,&#13;
145 (:n(r. gcn.); 4,&#13;
quos, proh dolor, adscribendi sunt quoque aliqui&#13;
151; 11, 104 (intr.),&#13;
gubernatores, lucra potius appetentes, negotium&#13;
105;&#13;
12, 168-172&#13;
18,&#13;
XLY,&#13;
UO 347&#13;
potuum alcoolicorum perutile imo et necessarium&#13;
769&#13;
LXIX.&#13;
707&#13;
praedicabant, praesertim ad commercium pellium&#13;
LXXI. 5, 929 ; *&gt;, 934&#13;
cum sylvestribus hominibus augendum. Mala inde&#13;
subsecuta vel negabant vel a missionariis multo&#13;
amplificata asserebant, atque auctoritati ecclesiasti­&#13;
cae ius hac in re prohibitiones ferendi negabant.&#13;
His in adiunetis, Servus Dei in Novam Galliam XXI. 6, 61; XXII, 1,&#13;
66; LXXI, 5, 920.&#13;
appulit anno 1659. Tot et tantis scandalis profunde&#13;
commotus, consilium inivit potuum alcoolicorum&#13;
venditionem apud sylvestres homines pro viribus&#13;
impedire, etiamsi asperrimam praevideret opposi­&#13;
tionem.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
LXX&#13;
&#13;
Quae autem Servus Dei in hac pugna praeclare&#13;
gessit, ad sequentia reduci possunt:&#13;
1. Primo Servus Dei ad vitium illud reprimen­&#13;
dum precibus et exhortationibus usus est.&#13;
2. His frustra adhibitis, die 6 ma ii anni 1660,&#13;
decretum solemniter promulgavit, quo commercium&#13;
potuum inebriantium eum populis sylvestribus, sub&#13;
excommunicationis poena ipso facto incurrenda,&#13;
prohibuit.&#13;
Quae sententia a Patribus Societatis Iesu in&#13;
Nova Gallia missionariis et a doctoribus Universi­&#13;
tatis Parisiensis vulgo Sorbonne, in hac causa audi­&#13;
tis, unanimi voce approbata est.&#13;
3. Ex hac excommunicationis comminatione,&#13;
optimi effectus mox secuti sunt. Ideoque, mense octobri eiusdem anni 1660, Servus Dei illam ad tempus&#13;
revocavit.&#13;
4. Gubernator vero Novae Galliae d ’Avaugour,&#13;
qui hucusque sententiam Servi Dei secutus fuerat,&#13;
libertatem commercii huius, infelici interventu, ex&#13;
improviso permisit ; linde discrimina et scandala per&#13;
totam provinciam Canadensem renovata sunt.&#13;
5. Servus Dei hac de re moerore confectus est;&#13;
attamen sollicitudo eius nullo modo deferbuit. Mu­&#13;
neris episcopalis conscius, poenam excommunicatio­&#13;
nis, die 24 mensis februarii anni 1662 et die 30 men­&#13;
sis aprilis eiusdem anni, rursum comminatus est.&#13;
6. His spretis, coloni Canadenses prohibitum&#13;
commercium prosecuti sunt. Ideoque anno 1662,&#13;
Servus Dei consilium coepit in Galliam profici­&#13;
scendi, ut personaliter Regi Ludovico XIV rem&#13;
proponeret: Rex, audito Servo Dei, censuram episcopalem regio praesidio communitum iri promisit.&#13;
7. Interea ob quasdam graves calamitates, quae&#13;
uti signa divinae Ultionis habitae sunt, prohibitum&#13;
commercium sponte interruptum est.&#13;
8. Servo Dei Quebecum reverso eoque instante,&#13;
die 28 septembris anni 1663, Concilium Regium&#13;
Novae Galliae gravibus poenis prohibuit commer-&#13;
&#13;
XXI. 6, 60; XXII, 1,&#13;
65-66; LXXI, 5, 926,&#13;
929.&#13;
XXI. C, (id; XXII. I.&#13;
66: XXVII, I, llOIIS; LXV, 1, 684;&#13;
I/XIX, 731, 768, 775776.&#13;
XX, 18; XXVII, 2. US­&#13;
UO;». 157-161; LXIX,&#13;
731; LXXI, 5, 929.&#13;
&#13;
XXII, 1. 65-66: XXVII,&#13;
3, 110-150; 6, 153.&#13;
&#13;
XXX II, 2. 118 (intr.) ;&#13;
LXIX, 774-775; LXXI,&#13;
5, 926.&#13;
&#13;
XXI, 6, 61; XXVII, 3,&#13;
110-150; 1, 150-151;&#13;
LXIX, 768, nota 2.&#13;
&#13;
XXI, 6, 61 ; XXVII, 5,&#13;
151-152 (intr.); LXV,&#13;
1, 685; LXIX, 776777, 781 ; LXXI, 5,&#13;
1 926.&#13;
&#13;
,&#13;
LXV, 1. 685; LXIX,&#13;
777, 850-850.&#13;
XXY11. 5, 151-153.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
LXXI —&#13;
&#13;
cium potuum inebriantium; quae prohibitio iterum&#13;
annis 1664, 1665, 1666 et 1667 ab eodem Concilio&#13;
renovata est.&#13;
9. Rebus compositis, Servus Dei sententiam ex­&#13;
communicationis revocavit, servata tamen prohibi­&#13;
tione, sub gravi, potus inebriantes indigenis tra­&#13;
dendi.&#13;
10. Anno vero 1668, rogante procuratore Novae&#13;
Galliae Talon, qui ad praedictum commercium libere&#13;
permittendum plus aequo pronus erat, Concilium&#13;
Regium decreta anteriora rescidit novumque edidit,&#13;
quo commercium libere permittebatur. Servus Dei,&#13;
in sessione Concilii praesens, decretum subscribere&#13;
recusavit,&#13;
11. Die 21 aprilis anni 1669, Servus Dei edictum&#13;
promulgavit, quo sibi reservabat absolutionem eo­&#13;
rum qui commercium potuum alcoolicorum cum sylvestribus populis exercere ausi essent.&#13;
12. Deinceps controversiae hac de re inter cle­&#13;
rum Canadensem et moderatores civiles Novae Gal­&#13;
liae, asperrimae evaserunt, et anno 1678 ad sum­&#13;
mam inter utramque partem oppositionem perve­&#13;
nerunt.&#13;
13. Servus Dei tunc vicarium generalem, sacer­&#13;
dotem Dudouyt, in Galliam misit, rem Regi Ludo­&#13;
vico X IV delaturum; qui tamen nihil obtinere po­&#13;
tuit. Quaestio enim theoretice facilis, practice vero&#13;
difficillima evaserat, cum multi maxima commoda&#13;
oeconomica inde traherent.&#13;
14. Autumno eiusdem anni 1678, Servus Dei,&#13;
quamvis mala valetudine gravatus, consilium coepit&#13;
in Galliam denuo proficiscendi, ut quaestionis gra­&#13;
vissimae compositionem a Rege obtineret.&#13;
15. Rex consilium archiepiscopi Parisiensis et&#13;
patris de La Chaise postulavit. Quibus auditis auditoque Servo Dei, Ludovicus X IV novum tandem&#13;
edidit decretum, quo res per compromissum reso­&#13;
luta fuit: in urbibus enim et pagis Novae Galliae&#13;
&#13;
XXVII, fi, 153-154.&#13;
&#13;
XXVII, 7, 154 (inlr.) ;&#13;
LXIX, 778,&#13;
&#13;
XXVII. 7, 155; LXV,&#13;
1, «87; LXIX, 7G8,&#13;
778; LXXI, 5, 929.&#13;
&#13;
XXVII. 9, 157 (inlr.);&#13;
10, 161-164; 11, 164&#13;
(intr.), 165; 12, 167172; XI.III. 253 (inlr.&#13;
gcn.); 3, 258, nota 2;&#13;
17, 313, nota 2; XLV,&#13;
18, 346-347 ; XLV II,&#13;
351, nota 1 ; LXIX,&#13;
776, 778.&#13;
XXVII, 12, 167-172;&#13;
LXV, 1, 687; LXIX,&#13;
779.&#13;
&#13;
XXVII, 13, 173 (intr.) ;&#13;
XLV, 18, 346; LXIX,&#13;
779.&#13;
&#13;
XXVII, 13,&#13;
LXIX, 779.&#13;
&#13;
171-174;&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
L X X II —&#13;
&#13;
stricte prohibebatur commercium, quod tamen per­&#13;
mittebatur iti dissitis silvis.&#13;
36. Servus Dei huiusmodi sententiam, aegre qui­&#13;
dem, sed ad mala peiora evitanda et de consilio ar­&#13;
chiepiscopi Parisiensis, pro tunc acceptavit, cui et&#13;
poenas ecclesiasticas iam latas accommodavit ad&#13;
annum.&#13;
17. Anno tamen 1682, gubernatore de la Barre&#13;
rem publicam Canadensem administrante, Servus&#13;
Dei prohibitiones sine restrictione restaurare cu­&#13;
piebat; sed gubernatore adversante atque pertur­&#13;
bationibus, quae olim ex negotio potuum alcoolicorum coloniam commoverant, valde imminutis, rem&#13;
prudenter procrastinavit.&#13;
18. Episcopatu anno 1684 o!&gt; infirmitates demisso,&#13;
Servus Dei adlaborare non cessavit contra infau­&#13;
stum commercium.&#13;
Ceterum fortem agendi rationem Servi Dei in&#13;
hac diuturna quaestione, historici Canadenses omnes&#13;
quam maxime laudarunt et laudant.&#13;
&#13;
XXVII, 14,&#13;
175-176.&#13;
&#13;
175;&#13;
&#13;
15,&#13;
&#13;
XXVII, 16, 176 (imtr.),&#13;
178, 179.&#13;
&#13;
L II, 592; LX, 2, 641.&#13;
&#13;
XXVII, 13, 173 (intr.) ;&#13;
LXIX, 765 ; LXX, 4,&#13;
888.&#13;
&#13;
10. D e a g e n d i r a t io n e S e r v i D e i cir c a e r e c t io n e m&#13;
PAROECIARUM&#13;
&#13;
Servus Dei aliam habuit difficultatem cum mo­&#13;
deratoribus civilibus Novae Galliae, nempe circa&#13;
erectionem paroeciarum.&#13;
Cum Servus Dei in Novam Galliam uti vicarius&#13;
apostolicus anno 1659 appulit, mox de erectione&#13;
paroeciarum cogitavit. Magna vero aderat difficul­&#13;
tas quoad beneficium paroeciale constituendum.&#13;
Hac itaque de causa et ratione quoque habita&#13;
sacerdotum inopiae, Servus Dei curam animarum&#13;
pro tunc Seminarii Quebecensis sacerdotibus com­&#13;
misit, quos in pagos per modum missionariorum ad&#13;
nutum mittebat et revocabat. Quae agendi ratio&#13;
anno 1663 a Rege Ludovico XIV et anno 1666 a&#13;
Sacra Congregatione de Propaganda Fide plane&#13;
approbata est.&#13;
&#13;
XXIII, 4, 85 86; 15,&#13;
105-108; 21, 113;&#13;
XLI1I, 17, 318, no­&#13;
la 2.&#13;
XXIII, 15, 105-108; 21,&#13;
113; 23, 117; 38, 130;&#13;
XXXI, 188-189; L I,&#13;
V I. 11, 562; LXIX,&#13;
784 . 825-828; LXX, 2,&#13;
880.&#13;
&#13;
�Lxxni —&#13;
Ad sustentationem vero horum parochorum missionariorum, Servus Dei decimas instituit. Coloni&#13;
autem decimas aegre tulerunt; quo audito, Servus&#13;
Dei taxam decimarum ad vigesimam partem frumentorum primum, denique, aliis obstantibus diffi­&#13;
cultatibus, ad vigesimam sextam partem reduxit.&#13;
De facto autem ab anno 1663 usque ad annum 1667,&#13;
sacerdotes Seminarii Quebecensis quasi nullos re­&#13;
ditus ex decimis receperunt; et etiam cum, officio&#13;
accedente moderatorum civilium, coloni decimas rite&#13;
solvere coeperunt, reditus haud sufficientes visi sunt&#13;
ad beneficium canonicum constituendum pro stabili&#13;
paroeciarum erectione.&#13;
Ex alia vero parte coloni, stabilem parochi com­&#13;
morationem in suis pagis desiderantes, saepe insti­&#13;
terunt ut in omnibus oppidis pagisque canonice eri­&#13;
gerentur paroeciae.&#13;
Quorum desiderium moderatores civiles sustine­&#13;
bant, recriminationes non paucas contra Servum&#13;
Dei afferentes, scilicet:&#13;
1. Servum Dei erectioni canonicae paroeciarum&#13;
adversum affirmabant.&#13;
2. Illum reditus stabiles ad beneficia paroecialia&#13;
constituenda maiores aequo postulare dicebant.&#13;
&#13;
X X III, 16, 110: XXXI.&#13;
189; XXXIII, 194-196;&#13;
XL VII, 353, nota 1;&#13;
LXIX, 784, 831-837;&#13;
LXX, 2, 880.&#13;
&#13;
X L III, 17, 318. nota&#13;
2; XLVII, 355, 362363; LXIX, 8:18-839.&#13;
&#13;
XXVII, 16,178; XLVII,&#13;
355, 362.&#13;
XLIII. 14. 297; 17, 318,&#13;
nota 2; 19, 330;&#13;
X LVII, 362; L I, II ,&#13;
1, 387; LXIX, 839.&#13;
XLIII, 14. 298-299; 17,&#13;
314, 318-319, 320; 19.&#13;
331 ; 22,334; XLVII,&#13;
362; LI, I I , 1, 387;&#13;
LXIX, 837.&#13;
&#13;
3. Servum Dei tenaciter a ministerio paroeciali&#13;
asserebant subtrahere Patres Recollectos, qui, redi­&#13;
tu minimo contenti, ad officium paroeciale exercen­&#13;
dum in pauperioribus pagis sese offerebant.&#13;
4. Tandem colonos non paucos a vitae cliristianae X L III, 14, 299; 17,&#13;
319-320; XLVII, 362.&#13;
officiis recedentes asserebant propter incuriam Servi&#13;
Dei in erigendis paroeciis.&#13;
Quae tamen incusationes fundamento carebant;&#13;
nam:&#13;
1.&#13;
Servus Dei nullo modo erectioni canonicaeXXIII, 16, 111; 21,&#13;
113; 23 117; 24,&#13;
paroeciarum adversus erat. Attamen paroecias insti­&#13;
119; 25 120; 29,&#13;
122; 48, 137; XI III,&#13;
tuere nolebat nisi in locis ubi reditus stabiles habe­&#13;
17, 318, nota 2; LI,&#13;
rentur, quibus beneficium paroeciale constitueretur.&#13;
11,1, 387 ; LXIX, 829,&#13;
Atqui eo tempore nullum oppidum aut pagus, exnota 1, 843.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
LX X IV —&#13;
&#13;
cepta urbe Quebecensi quae ab anno iam 1664 in&#13;
paroeciam fuerat erecta, tales reditus providere&#13;
poterat.&#13;
2. Non constat porro Servum Dei reditus plus&#13;
aequo ampliores requisivisse ad beneficia pavoecialia constituenda, nam saepe saepius ipsi moderatores&#13;
civiles operam dederunt ad tenuitatem decimarum&#13;
supplendam.&#13;
3. Ad Patres Recollectos quod attinet, notandum&#13;
est Servum Dei non semel eos ad officia paroecialia&#13;
adhibuisse. Consuetudinem vero Ecclesiae sequens,&#13;
curam paroeciarum prima sacerdotibus saeculari­&#13;
bus committere intendebat. Videantur ceteroquin&#13;
quae postea recolenda sunt circa relationes inter&#13;
Servum Dei et Patres Recollectos (Summ., I, § 12).&#13;
4. Tandem falsum est asserere multos colonos&#13;
Gallos auxiliis religionis caruisse, quia missionarii&#13;
Seminarii Quebecensis per omnes pagos Novae Gal­&#13;
liae semper cursitabant, ministeria sacra apud eos&#13;
diligenter exercentes.&#13;
Denique nonobstantibus illis difficultatibus ac&#13;
aliis controversiis de hoc negotio postea agitatis,&#13;
Servus Dei multas paroecias canonice erexit, unam&#13;
nempe anno 1664, septem anno 1678, sex vero&#13;
anno 1684.&#13;
Nec praetereundum est successores Servi Dei&#13;
easdem controversias cum moderatoribus civilibus&#13;
coloniae invenisse atque iisdem impedimentis prae­&#13;
peditos fuisse quoad paroeciarum administrationem.&#13;
11. D e&#13;
&#13;
c o n t r o v e r s iis q u a s&#13;
&#13;
S e r v u s D e i h a b u it&#13;
&#13;
CUM MODERATORIBUS CIVILIBUS NOVAE G a LLIAF.&#13;
&#13;
Durante munere episcopali (1659-1688), Servus&#13;
Dei assiduas habuit relationes cum moderatoribus&#13;
civilibus Novae Galliae; quae quidem relationes, et&#13;
ratione temporis ac personarum, et eo quod ageba­&#13;
tur de primordiis Ecclesiae in latissima illa colonia&#13;
&#13;
XXVII. 1fi. 17!); XLIII,&#13;
14, 297, 299; 15,&#13;
300 ; 22, 333-334; L II,&#13;
591 ; LXIX, 838-8:«).&#13;
&#13;
X LIII, 17, 318, nota 2;&#13;
22, : m ; I I , II, 1,&#13;
387; LXIX, 837-838.&#13;
&#13;
X X III, 4, 85; 6, 90;&#13;
15, 105. 106, 107;&#13;
48, 130-137 ; 51, 139;&#13;
XLIII. 17, 320. no­&#13;
ta 1; U , II, 1, 391;&#13;
LXIX, 837.&#13;
XXIII, 48, 136-137;&#13;
51. 139; XLIII, 14,&#13;
297-299; 17, 318, no­&#13;
ta 2; 22, 333-334; LI,&#13;
I I , 1, 391; LXIX,&#13;
828-829, 838-841.&#13;
LXIX, 825, 829-830, 840.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
L X X V ----&#13;
&#13;
nondum plene organizata, non paucas nec leves in­&#13;
venerunt difficultates.&#13;
Notandum est vero Servum Dei, non obstantibus&#13;
illis difficultatibus, magna gavisum esse existima­&#13;
tione ex parte Regis Galliae, Ludovici XIV (16431715).&#13;
&#13;
IX. 17; XXI, 8, 62;&#13;
XXII, 5, 69: XXIII,&#13;
8, 98; 10, 99; XXV,&#13;
143; XXXII, 190-191&#13;
(intr.); XXXVI, 2,&#13;
199; 4, 200; 5, 201;&#13;
XLV, 12, 344; L I,&#13;
I I I , 3, 406; LX, 2,&#13;
636; LXVII, 698,&#13;
699: LXX, 2, 879;&#13;
5, 891.&#13;
XXII, 3, 68; XXIII,&#13;
29, 121 ; 31. 123; 52.&#13;
140;&#13;
XXVII,&#13;
12,&#13;
172;&#13;
XXXVI,&#13;
5,&#13;
201 ; XLVI, 348-349 ;&#13;
LXIX, 796: LXXI,&#13;
1, 899, 900: 2, 910.&#13;
&#13;
Ex altera parte, Servus Dei summa observantia&#13;
et obsequio Regem semper prosecutus est atque co­&#13;
lonis Novae Galliae populoque indigenae reveren­&#13;
tiam in eum commendavit. Porro, iuxta consuetu­&#13;
dinem a Sancta Sede eo tempore permissam, Servus&#13;
Dei, quamvis principiis gallicanis adversaretur, de&#13;
omni negotio ecclesiastico cum Rege agere debuit.&#13;
Ad controversias ipsas quod attinet, inter Ser­ X XIII, 4, 82; 33, 126;&#13;
XXVII, 11, 166-167;&#13;
vum Dei et moderatores civiles Novae Galliae agita­&#13;
12, 167-168; 16, 176&#13;
tas, recolere iuvat eosdem moderatores fere omnes&#13;
(in tr.); XLVII, 349350 (intr.) ; LXIX,&#13;
spiritu gallicano imbutos fuisse, qui proinde aliquod&#13;
802-803, 808: LXX,&#13;
ius in res ecclesiasticas sibi usurpare studebant.&#13;
5, 890-S91 ; LXXI, 5,&#13;
919-930; 6. 932-935.&#13;
Praeterea, ut rerum Canadensium scriptores non&#13;
pauci asserunt, aliqui ex his moderatoribus civilibus,&#13;
quamvis in vita privata pietate et probitate non&#13;
carerent, adeo tamen iuribus suis etiam supposititiis&#13;
defendendis insistebant, ut contradictiones sustinere&#13;
non valerent, controversiis proinde facile ansam&#13;
praebentes.&#13;
De facto inter eos et Servum Dei plurimae con­&#13;
troversiae obortae sunt. Ex bis duae supra recen­&#13;
sitae sunt, nempe:&#13;
а) de prohibitione a Servo Dei facta circa com­ Sim uli., I , § 9.&#13;
mercium potuum alcoolicorum cum sylvestribus po­&#13;
pulis ;&#13;
б) de erectione paroeciarum.&#13;
Modo vero de duabus aliis controversiis agen­ Simun., I, § 10.&#13;
dum, scilicet:&#13;
a) de iure praecedentiarum in ecclesia ;&#13;
&#13;
�LXXVI&#13;
&#13;
b)&#13;
becensis.&#13;
&#13;
de electione sociorum Concilii Regii Que-&#13;
&#13;
a) De iure praecedentiarum in ecclesia.&#13;
Initio coloniae Canadensis, cum nullus in vastis­&#13;
sima regione haberetur episcopus, maxima et saepe&#13;
non probanda signa honorifica, intra septa quoque&#13;
ecclesiarum, gubernatoribus civilibus tribui sole­&#13;
bant. Contra lias consuetudines, quae, oculis colo­&#13;
norum incolarumque indigenarum, aliquam auctori­&#13;
tatis ecclesiasticae subiectionem potestati civili si­&#13;
gnificare poterant, Servus Dei mox agendum censuit, gubernatoribus aegre id ferentibus.&#13;
Peculiari modo Servus Dei:&#13;
1. Subsellium gubernatoris, quod eo usque in&#13;
presbyterio ecclesiae positum erat, extra presbyte­&#13;
rium collocari iussit.&#13;
2. Honorem thuris gubernatori in ecclesia Quebeeensi prae sacerdotibus tribui solitum, conferen­&#13;
dum esse statuit postquam sacerdotes in choro adstantes tlmrificati essent; in ecclesiis vero minoribus&#13;
pagorum, domino temporali loci post matricularios&#13;
paroeciae lmiusmodi honorem tribuendum esse sancivit.&#13;
3. Cum gubernator praecedentiam ante matricu­&#13;
larios paroeciae Quebecensis aliquibus magistrati­&#13;
bus tenaciter tribuere vellet, Servus Dei, ne res&#13;
ingravescerent, processiones in ecclesia eathedrali&#13;
ad tempus suspendit.&#13;
4. Usus inoleverat in ecclesia Quebecensi guber­&#13;
natorem panem intra missam solemniter benedicen­&#13;
dum offerentem, strepitu musicae militaris deduci;&#13;
Servus Dei hunc abusum suppressit, atque, nonobstantibus gubernatoris d ’Argenson oppositionibus,&#13;
benedictionem extra missam fieri iussit.&#13;
5. Ne idem gubernator d ’Argenson negotiis pa­&#13;
roeciae Quebecensis sese immisceret, Servus Dei&#13;
titulum suppressit matricularii honorarii ab eodem&#13;
&#13;
XIX, 3. 43-44 (intr.) ;&#13;
LXXI, 2, 903-904;&#13;
5, 924-925.&#13;
&#13;
XX. 46. 49; LXXI, 2,&#13;
904; 5, 925.&#13;
&#13;
XIX, 3. 44-45; XX, 4S;&#13;
XXVII, 11, 166;&#13;
XIiVII, 357, nota 1;&#13;
LXXI, 6, 932.&#13;
&#13;
XX, 50; XXVIII, ISO181,&#13;
&#13;
XIX. 3, 45; XX, 48;&#13;
LXXI, 2, 904.&#13;
&#13;
XX, 49; LXXI, 2, 905.&#13;
&#13;
�L X X V II&#13;
&#13;
gubernatore assumptum, ex quo iure etiam concilio |&#13;
matriculariorum interveniendi privabatur.&#13;
6.&#13;
Alias eiusdem generis contentiones cum mo­XX, 49, 50; XLVII,&#13;
357, nota 1 ; LXXI,&#13;
deratoribus civilibus sustinuit Servus Dei, nempe&#13;
2, 904 ; 5, 925.&#13;
quoad ordinem sequendum in distributione commu­&#13;
nionis, palmarum, cereorum, etc.&#13;
b) Ve contentione quam Servus Vei habuit cum&#13;
gubernatore de Mési/ circa electionem sociorum&#13;
Concilii ltcgii Quebecensis.&#13;
Decreto regio, anno l&lt;)t&gt;3 lato, erectionis Concilii&#13;
Regii Quebecensis, Servus Dei socius eiusdem Con­&#13;
cilii, durante munere, a Ludovico XIV constitu­&#13;
tus est.&#13;
Servus Dei omnibus sessionibus Concilii Regii&#13;
fideliter interesse, atque missam, quoties sessio Con­&#13;
cilii indicta erat, pro felici exitu negotiorum agen­&#13;
dorum celebrare consuevit.&#13;
Iuxta decretum erectionis gubernatori una cum&#13;
episcopo officium committebatur reliquos socios Con­&#13;
cilii eligendi ; quod officium gubernator de Mésy&#13;
et Servus Dei, modo in Novam Galliam autumno&#13;
1663 appulsi, communi mente expleverunt.&#13;
Paulo post tamen, cum aliqui consiliarii approbare renuissent petitionem gubernatoris, ut stipen­&#13;
dium suum augeretur, postulantis, gubernator eos&#13;
dimittere voluit atque Servum Dei rogavit ut dimis­&#13;
sioni assentiret. Cum ex alia parte de Mésy contra&#13;
eosdem consiliarios falsas intulisset accusationes,&#13;
Servus Dei suum esse credidit sententiae guberna­&#13;
toris renuere, donec actio Regi Galliae referretur.&#13;
Ex quo ira incensus, gubernator de Mésy, qui&#13;
iamdiu gravabatur in Concilio cum episcopo aucto­&#13;
ritatem consociare, Concilium dimisit aliosque con­&#13;
siliarios ipse solus constituit. Servus autem Dei&#13;
iniuriosae agendi rationi eius, decreto publico, re­&#13;
clamavit.&#13;
Tunc gubernator de Mésy viam inivit vexatio­&#13;
num contra Servum Dei. Falsis accusationibus eum&#13;
&#13;
XXXII, 190-194; LXXI,&#13;
G, 937.&#13;
&#13;
XLVII, 362; LXXI, 2,&#13;
911; 6, 938.&#13;
&#13;
XXXII, 192-194; LX,&#13;
2, 636; LXV, 1,&#13;
G8G : LXIX, 796, 798;&#13;
LXXI, 5, 927.&#13;
&#13;
XX, 51; XXXIX, 216217 (intr.); LXV, I,&#13;
686; LXIX, 803-804;&#13;
LXXI, 5, 927.&#13;
&#13;
XX, 51; XXI, 9, 63;&#13;
XXXIX, 217 (in tr.);&#13;
&#13;
�LX X V III&#13;
&#13;
LXIX, 803-805, 806;&#13;
LXXI. », 927.&#13;
&#13;
apud Regem denuntiavit; libellum contumeliosum&#13;
contra eum valvis ecclesiae Quebecensis apposuit&#13;
aliisque gravibus oppugnationibus eum flectere co­&#13;
natus est, sed incassum.&#13;
De his omnibus certior factus, Ludovicus XIV&#13;
legatum suum cum titulo pro regis in Novam Gal­&#13;
liam misit, virum de Tracy, cui inter alia praefatam&#13;
litem componere mandavit.&#13;
Interea vero gubernator de Mésy in gravem in­&#13;
cidit morbum, et ad se reversus, ad meliora rediit&#13;
consilia. Servum Dei ad se vocavit postulavitque ut&#13;
sibi ignosceret; quin imo libello publico quaquaver­&#13;
sus in urbe Quebecensi edito, et iniurias Servo Dei&#13;
allatas retractavit. Servus autem Dei, qui quotidie&#13;
pro conversione oppositoris sui preces effundere&#13;
sacrumque offerre non omiserat, poenitenti iuxta&#13;
veniam concessit, eius sacramentalem confessionem&#13;
audivit atque morienti astitit.&#13;
Cum autem prorex de Tracy in Novam Galliam&#13;
advenit, gubernator de Mésy iam e vita decesserat.&#13;
Attamen prorex actionem instituere volebat; sed&#13;
Servo Dei ipso intercedente, causa audita non est.&#13;
12. D e&#13;
&#13;
r e l a t io n ib u s&#13;
&#13;
XXXIX, 217 (intr.) ;&#13;
LXIX, 805.&#13;
&#13;
XXXIX, 1. 217; LXV,&#13;
1, 6S6; LXIX, 805806; LXXI, 5, 927928.&#13;
&#13;
XXXIX, 2, 218.&#13;
&#13;
S ervi D e i&#13;
&#13;
CUM COMMUNITATIBUS RELIGIOSIS NOVAE GALLIAE&#13;
&#13;
Cum in Novam Galliam qua vicarius apostolieus anno 1659 Servus Dei advenit, communitates&#13;
religiosas in sua ditione invenit, nempe :&#13;
a) Patres Societatis Iesu ;&#13;
&amp;) Sacerdotes Sancti Sulpitii;&#13;
c) Moniales Augustinianas nosocomii Quebecensis ;&#13;
d) Ursulinas monasterii Quebecensis.&#13;
Aliae communitates religiosae, durante episcopatii Servi Dei, in Nova Gallia constitutae sunt,&#13;
scilicet :&#13;
a) Moniales Hospitalariae a Sancto Iosepb&#13;
nosocomii Montisregii ;&#13;
&#13;
I LXIX, 718, 727.&#13;
!&#13;
&#13;
j&#13;
&#13;
! LXIX, 809-819, 862.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
L X X IX&#13;
&#13;
b) Puellae saeculares Congregationis Dominae&#13;
Nostrae Montisregii;&#13;
c) Patres Recollecti Ordinis Sancti Franeisei.&#13;
Servus Dei magna aestimatione et veneratione L I, V, 4, 512; LXIX,&#13;
862.&#13;
statum religiosum prosequebatur.&#13;
Re autem vera :&#13;
1. Omnibus familiis religiosis quae in Nova Gal­ i LX, 2. 642-043 ; LXIX,&#13;
814-822 ; LXX, 4,&#13;
lia vel erant constitutae vel inibi constitui postula­&#13;
880-887 ; LXXI, 2,&#13;
906.&#13;
runt, approbationem episcopalem benigne concessit.&#13;
2. Regulas aut constitutiones quarumdam con­ ' LXVII, 098; LXIX,&#13;
820, nota 1; LXXI,&#13;
gregationum religiosarum ad earum petitionem li­&#13;
2, 906-907.&#13;
benter approbavit.&#13;
3. U t fervor spiritualis in hisce communitatibus LXXI. 2, 906.&#13;
religiosis servaretur aut augeretur, omnem operam&#13;
adhibuit.&#13;
4. Concordiam inter sacerdotes saeculares suae XXXVIII, 1, 212; 2,&#13;
212 ; 4, 216: L. 373;&#13;
dioecesis et religiosos iugiter promovit.&#13;
&#13;
L I, V I, 11, 563-564;&#13;
LV, 614, 615 ; LXIX,&#13;
740, 745, 750, nota 1,&#13;
793-794; LXX, 2, S80881.&#13;
&#13;
5.&#13;
Unionem spiritualem inter sacerdotes Semi­LI. VI. 11, 564; LXIX,&#13;
745-/47.&#13;
narii Quebecensis et Patres Societatis Iesu Sulpitianosque Seminarii Montisregii, commutatione intro­&#13;
ducta suffragiorum aliorumque spiritualium liga­&#13;
minum, introduxit, quae usque ad hodiernum diem&#13;
iam vigent.&#13;
Quandoque tamen, nec mirum, aliquas habuit&#13;
difficultates cum quibusdam familiis religiosis; res&#13;
autem facile componebat.&#13;
Inter quas difficultates recolendae sunt illae quas&#13;
habuit :&#13;
1. Cum Ursulinis monialibus monasterii Quebe­ XXI, 3, 55-57; 5, 58-59;&#13;
XLIX, 370; LXX, 2,&#13;
censis de approbatione earum constitutionum.&#13;
882, 883; LXXI, 2,&#13;
906-907.&#13;
&#13;
2. Cum Hospitalariis a Sancto Ioseph nuncupatis&#13;
de permissu ab eis petito curam nosocomii Montis­&#13;
regii adhibendi.&#13;
3. Cimi Patribus Societatis Iesu circa missionem&#13;
&#13;
XXIII. 21, 112-116;&#13;
LXIX, 815-816.&#13;
&#13;
LV, 609-616.&#13;
&#13;
�L XXX&#13;
&#13;
a sacerdotibus Seminarii Quebecensis institutam&#13;
apud barbaros dissitae regionis Arkansas dictae.&#13;
4.&#13;
Graviores vero fuerunt difficultates quas Ser­X L III, 251-335; L I I ,&#13;
590-591 ; LXIX, 745,&#13;
vus Dei habuit cum Patribus Recollectis, Ordinis&#13;
807, 837-838 ; 859Sancti Francisci, de quibus fusius in documentis&#13;
870; LX.XI, 1„ 900901 ; 0, 935-936.&#13;
actum est. Ibi et documenta et decursus controver­&#13;
siarum accurate descripta sunt.&#13;
13.&#13;
D e a b d ic a t io n e S er v i D e i ab e p is c o p a t u&#13;
AC 1)E EIUSDEM SUCCESSORIS ELECTIONE (ANN. 1684)&#13;
&#13;
Iam diu Servus Dei, ob diuturnos gravesque&#13;
exliantlatos labores, praesertim vero ob defatigatio­&#13;
nem e visitatione latissimae suae dioecesis obortam,&#13;
adversa valetudine laborare inceperat.&#13;
&#13;
Ingravescentibus infirmitatibus cupiensque maio­&#13;
rem profectum et utilitatem Ecclesiae sibi creditae,&#13;
anno tandem 1684 consilium habuit Servus Dei epi­&#13;
scopatum deponendi, locum cedens iuniori ac vali­&#13;
diori episcopo.&#13;
Hac de causa in Galliam eodem anno transmea­&#13;
vit, Regi Ludovico XIV, iuxta consuetudinem, abdi­&#13;
cationem a munere episcopali praesentaturus.&#13;
Re audita, Ludovieus XIV Servum Dei rogavit&#13;
ut de successore proponendo prudenter inquire­&#13;
ret. Servus Dei opportunis inquisitionibus insti­&#13;
tutis, sacerdotem proposuit Ioannem Baptistam de&#13;
Saint-Valier, e dioecesi Gratianapolitana, cappellanum regium, virum summae pietatis et caritatis, qui&#13;
ab omnibus dignus habebatur munere episcopali in&#13;
Nova Gallia fungendi.&#13;
De sua abdicatione et de sui successoris praesen­&#13;
tatione proxime a Rege Sanctae Sedi facienda, Ser­&#13;
vus Dei Summum Pontificem statini certiorem fecit.&#13;
&#13;
XXIII, 31, 123; 52,&#13;
140; XXVII, 15,176;&#13;
XXXVI,&#13;
5,&#13;
201;&#13;
XXXVII. 2. 207-208;&#13;
3, 208; X L III. 6. 264;&#13;
7. 268; 8, 270 ; 23,&#13;
335; XLV, 19. 347;&#13;
20. 347-348; 22, 348;&#13;
L I, 11. 1, 384: 3,&#13;
399; IV , 1, « 8 ;&#13;
LXV, 1, 688; 2. 691 ;&#13;
LXV1I, 698; LXIX,&#13;
755-756; LXX, 4, 887.&#13;
X X III, 52, 140, 141 ;&#13;
LXV. 1, 688-089;&#13;
LXVII,&#13;
698-699;&#13;
LXIX, 756.&#13;
&#13;
X X III. 52, 140; L I, 374&#13;
(intr. gen.) ; LXV,&#13;
1, 688-689; LX VII,&#13;
&#13;
698-699.&#13;
X X III. 52, 140-141;&#13;
LI, 374 (intr. gen.);&#13;
I. 377 (intr. gen.);&#13;
1. 378-379; 2, 380-381;&#13;
LXVII, 699.&#13;
&#13;
X X III. 52, 140-141; L I,&#13;
&#13;
I. 378 (intr. gen.).&#13;
&#13;
�LXXXI —&#13;
&#13;
Ob difficultates vero eo tempore agitatas inter&#13;
Sanctam Sedem et Galliae Regem de iuribus Eccle­&#13;
siae gallicanae, Rex petitionem bullarum novi epi­&#13;
scopi designati procrastinavit. Interim vero Servus&#13;
Dei sacerdotem de Saint-Valier in Novam Galliam&#13;
misit suum vicarium generalem.&#13;
Interea Servus Dei in Gallia remansit ad infir­&#13;
mitatibus suis medendum atque ad negotia Ecclesiae&#13;
Canadensis tractanda, praesertim vero ad sacerdo­&#13;
tes seligendos qui in dioecesim Canadensem mitte­&#13;
rentur.&#13;
Dum hac occasione Servus Dei in Gallia mora­&#13;
retur, litteras commendatitias edidit circa librum&#13;
anno l(i87 a patre Le Tellier, S. I., editum : Défense&#13;
des nouveaux Chrétiens... In hoc libro sermo quoque&#13;
est de ritibus sinensibus, quin tamen Servus Dei&#13;
quaestionem illam tangat. Post tredecim annos nova&#13;
atque aucta prodiit editio eiusdem operis, quod in&#13;
Indicem librorum prohibitorum tunc relatum fuit.&#13;
Fusius quaestio haec, documentis allatis, exposita&#13;
est in Doc. L U I , ac concluditur Servum Dei ab&#13;
omni censura immunem fuisse.&#13;
14.&#13;
&#13;
De&#13;
&#13;
r e d it u&#13;
&#13;
XLV, 21, 348; L I, I,&#13;
378 (intr. gen.) ;&#13;
LXVII, G99.&#13;
&#13;
XLV, 21, 348; LI, II,&#13;
1, 385, 386 ; 3, 398;&#13;
III, 403 (intr. gen.);&#13;
L II, 593-594.&#13;
&#13;
LU I, 599-607.&#13;
&#13;
S e r v i D e i i n N ovam G a l l ia m&#13;
&#13;
1'Os t s u a m a b d ic a t io n e m ( a n n . 1 6 8 6-1688)&#13;
&#13;
Anno 1685, Servus Dei munere episcopali dimis­&#13;
so in Novam Galliam remeare cupiebat, ut cursum&#13;
vitae absolveret in terra illa in qua tot annis insu­&#13;
da verat.&#13;
Sed et clerus ac fideles Canadenses necnon et&#13;
moderatores civiles reditum Servi Dei exopta­&#13;
bant.&#13;
Reapse sequenti anno 1686, Servus Dei mox&#13;
reversurus erat in Novam Galliam; rogante autem&#13;
sacerdote de Saint-Valier, qui tunc in dioecesi Quebecensi munus vicarii generalis exercebat, iter di­&#13;
stulit Parisiisque mansit ut aliqua negotia ad dioe­&#13;
cesim pertinentia expediret.&#13;
&#13;
XXIII, 52. 141; XLV,&#13;
21, 348; L I, I, 2,&#13;
380; II, 3, 397; II I ,&#13;
402 (intr. gen.); 4,&#13;
407; 5, 408; 6, 409.&#13;
LI, III, 402-403 (intr.&#13;
g e n .);&#13;
&#13;
1,&#13;
&#13;
404-405;&#13;
&#13;
(», 409; 9. 417-418;&#13;
LXVII, 699.&#13;
LI, II, 1, »85; I I I , 403&#13;
(intr. gen.) ; 7, 415416.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
L X X X II&#13;
&#13;
Mense maio subsequentis anni 1687, Servus Dei j LI, 111,103 (intr. gen.);&#13;
2, 40.') ; 3, 400; 4,&#13;
negotiis de quibus supra expeditis, iterum profectu­&#13;
407-408 ; 5, 408; 6,&#13;
rus erat, eum, rationibus quibus de Saint-Valier qui j 409-410; 7, 410-412;&#13;
8, 417; V I, 1, 530.&#13;
in Galliam advenerat non videtur extraneus, Rex&#13;
Ludovicus XIV petitam licentiam proficiscendi non&#13;
concessit.&#13;
Quanto dolore tunc affectus fuerit Servus Dei LI, III, 403-404 (intr.&#13;
gen.) ; 7, 410-413, 416.&#13;
quantaque patientia et animi submissione rem tule­&#13;
rit, in qua divinae voluntatis signum perspiciebat,&#13;
ex epistola ab eodem Servo Dei sacerdotibus Semi­&#13;
narii Quebecensis missa, aperte conspicitur.&#13;
Anno tandem 1688, gubernatore de Denonville LI, III, 403-404 (intr.&#13;
gen.); 9, 417-418; 12,&#13;
et procuratore de Meulles aliisque rogantibus, de&#13;
420.&#13;
Saint-Valier paratus erat senem suum praedeces­&#13;
sorem in dioecesim secum adducere. Cuius reditum&#13;
reapse a Rege petiit et obtinuit.&#13;
Mense aprili eiusdem anni, Servus Dei in Novam XLIX, 370; LI, III,&#13;
404 (intr. gen.) ; 10,&#13;
Galliam profectus est ; cui postea dominus de Saint418-419; 11, 419;&#13;
Valier, nuper episcopus Quebecensis consecratus,&#13;
LXY,1, 089; LXVII,&#13;
099.&#13;
epistolam devotissimam tradidit; die 3 mensis iunii&#13;
urbem Quebecensem, omnibus plaudentibus, Servus&#13;
Dei tandem appulit ubi domicilium in domo Semi­&#13;
narii elegit.&#13;
15. D e&#13;
&#13;
a g e n d i r a t io n e&#13;
&#13;
S ervi D e i quoad d if f ic u l -&#13;
&#13;
TATES QUAS EIUS SUCCESSOR EPISCOPUS DE S a INTV a l i er c u m S e m in a r io Q u e b e c e n s i h a b u it&#13;
( a n n . 1685-1696)&#13;
&#13;
Dum munere fungebatur vicarii generalis Servi LI, 374-587.&#13;
Dei (1685-1687), de Saint-Valier graves habuit cum&#13;
sacerdotibus Seminarii Quebecensis difficultates. De&#13;
hisce necnon de agendi ratione Servi Dei in hac&#13;
quaestione fusius iam actum est in commentariis&#13;
quae documentis ad rem pertinentibus praemisimus.&#13;
Ad hanc fusiorem expositionem remittentes, paucis&#13;
verbis liie rem praestringimus.&#13;
Cum anno 1685, sacerdos de Saint-Valier in LI, II, 381-402; I I I , 7,&#13;
; V I, 11, 504Novam Galliam ut vicarius generalis advenit, ma- ( 413-410&#13;
505.&#13;
&#13;
�---- L X X X I I I —&#13;
&#13;
xima admiratione captus est erga opera a Servo&#13;
Dei instituta, praesertim vero erga Seminarium&#13;
Quebecense, cuius inter sodales ipse sponte sese&#13;
adscripsit. Mox tamen immutationes plures in di­&#13;
rectione interna Seminarii introduxit; porro gra­&#13;
viora opera caritatis inivit, quarum impensa Semi­&#13;
narium gravabant.&#13;
Episcopus Quebecensis anno 1688 creatus, de I I, IV, 420-107; V I, 11,&#13;
565-576.&#13;
Saint-Valici- auctoritate episcopali fretus, domi­&#13;
nium universum in administratione Seminarii exer­&#13;
cere incepit. Porro timens ne submissio sacerdotum&#13;
superiori Seminarii quoddam obstaculum auctori­&#13;
tatis suae exercitio afferret, unionem parochorum&#13;
eidem Seminario destruere sategit. Controversiae et&#13;
disceptationes mox obortae sunt inter episcopum et&#13;
sacerdotes Seminarii, qui autonomiam internam&#13;
communitatis unionemque parochorum tueri cona­&#13;
bantur. Quaestio eousque processit ut, rogante&#13;
episcopo de Saint-Valier, Rex Ludovicus XIV&#13;
anno 1692 praedictam unionem deleret.&#13;
Aliae atque aliae controversiae sub episcopo de LI, V, 497-512; VI, 512576; LXXI, 2, 997Saint-Valier exortae sunt, praesertim cum Semi­&#13;
908.&#13;
nario Quebecensi, cum Capitulo cathedrali, cuius&#13;
canonici fere omnes erant Seminarii socii, cum gu­&#13;
bernatoribus et cum diversis familiis religiosis; quae&#13;
omnia tantam excitarunt animorum perturbationem,&#13;
ut una voce tandem postulata sit episcopi dimissio.&#13;
In Galliam tunc a Rege vocatus rebusque expositis&#13;
et examinatis, episcopus de Saint-Valier tandem&#13;
licentiam obtinuit in dioecesim redeundi.&#13;
Deinceps episcopus de Saint-Valier, prudentior LI, IV, 431, nota 1;&#13;
VII, 576-587 ;LV , 609factus, consuetudines amicitiae cum Servo Dei Se­&#13;
610 (in tr.); L V II,&#13;
minarioque Quebecensi, et cum omnibus institutis&#13;
4, 622-623 ; LXXI, 2,&#13;
908.&#13;
sibi subiectis pacifice servavit.&#13;
Ad rationem agendi Servi Dei quod attinet, no­ XXXVII, 5, 210-211;&#13;
LI, 377 (intr. gen.) ;&#13;
tandum est eum summo dolore affectum fuisse de&#13;
II, 382, 383, 384 (intr.&#13;
hisce difficultatibus inter episcopum et Seminarium&#13;
gen.); I I I , 7, 411412, 416; IV, 4*4obortis, et praesertim de conatibus ab episcopo adhi­&#13;
425 ; 428-430, 431 (intr.&#13;
bitis ut unionem omnium sacerdotum saecularium&#13;
gen.); 5, 452; 6, 453-&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
L X X X IV&#13;
&#13;
cum Seminario destrueret. Ipse nihilominus omnia&#13;
patienter toleravit, toto corde voluntati divinae&#13;
submissus.&#13;
&#13;
45r&gt;; 10, 472-476 ; 11,&#13;
476-478; V I. 7)14-515&#13;
&#13;
Ex altera parte, salvis rarissimis casibus, in qui­&#13;
bus, iustitia et caritate motus, mentem suam ape­&#13;
riendam esse censuit, Servus Dei nullam partem&#13;
directam in controversiis habuit. Ineuntibus difficultatibus, aliquoties animum suum successori ape­&#13;
ruit; postea vero prudenter silentium sibi indixit,&#13;
vitam solitariam ducens in Seminario aut in dissito&#13;
pago Sancti Ioacbim, orationibus piisque lectioni­&#13;
bus tempus impendens. Sacerdotes vero Seminarii&#13;
Quebecensis ad obsequium erga episcopum iugiter&#13;
hortari non omisit.&#13;
Cum vero anno 1697, episcopus de Saint-Valier&#13;
in dioecesi reversus, benignitatem erga Seminarium&#13;
exhibere incepit, Servus Dei noster, praeteritarum&#13;
difficultatum immemor, consuetudines amicitiae cum&#13;
successore suo aperte coluit, cumque quantum potuit&#13;
adiuvit in operibus variis instituendis et firmandis.&#13;
Omnibus itaque perpensis, constat Servum Dei,&#13;
quamvis valde doleret de pace in Ecclesia Canadensi&#13;
perturbata necnon de immutationibus in Seminario&#13;
Quebecensi a successore introductis, animi tranquillitatem non amisisse nullamque amaritudinem in&#13;
episcopum de Saint-Valier habuisse.&#13;
&#13;
, 377 finir. gen. ); II,&#13;
382, 383, 384 (ntr.&#13;
gen.)i; 1, 384-394 ;&#13;
111, 11, 419: IV,&#13;
420, 424- 431 finti-.&#13;
geli, i : 1, 432-438; 4,&#13;
449-4:51 ; 7, 460, 464 ;&#13;
10, 472-471Ii; 11 , 476VI ,&#13;
487 ;&#13;
516-317&#13;
(inlr.. gen .); 8, 548552 ; 11, 566.&#13;
&#13;
16. D e&#13;
&#13;
u l t im is&#13;
&#13;
(ann.&#13;
&#13;
v it a e a n n is&#13;
&#13;
infr. gen­); 1, 520532 ; ii, 7)38-544; 7,&#13;
544-7&gt;48.&#13;
&#13;
;&#13;
&#13;
j I.I, VII. 576-587; LX,&#13;
2, 642-643; I.XXI, 2,&#13;
906, 908,&#13;
&#13;
:&#13;
j&#13;
&#13;
S ervi D e i&#13;
&#13;
1701-1708)&#13;
&#13;
Anno 1700, episcopus de Saint-Valier in Galliam&#13;
profectus est, multa negotia pro Ecclesia Quebecensi&#13;
prosecuturus; sed ab Anglis, qui eo tempore bellum&#13;
contra Gallos gerebant, episcopus in itinere captus&#13;
est et in Angliam deductus, ubi aliquot annos deti­&#13;
nebatur. In dioecesim suam reverti nequit nisi an­&#13;
no 1713, Servo nostro Dei iam a quinque annis vita&#13;
functo.&#13;
&#13;
I.XXI, 6, 939.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
LXXXV&#13;
&#13;
Ante discessum e dioecesi, episcopus de Saint- ' L I, (i, 586; LXX1, 6,&#13;
939.&#13;
Valier duos nominaverat administratores, quibus&#13;
rogantibus, Servus Dei auxilium in multis rerum&#13;
adiunctis praebuit, functiones praesertim liturgicas&#13;
episcopis reservatas obeundo.&#13;
Anno 1701, aedes Seminarii Quebecensis, quas XLIX, 371 ; LVII, 61S633; LX, 2, 647;&#13;
Servus Dei tot laboribus extruxerat, flammis dele­&#13;
LXI, 662; LXVII,&#13;
tae sunt. Servus Dei, adversitatibus nunquam fra­&#13;
699-700; LXXI, 6,&#13;
939.&#13;
ctus atque divinae providentiae confidens, statim&#13;
operam dedit ut quam citissime aedes restauraren­&#13;
tur. Attamen vix domus Seminarii a fundamentis&#13;
restituebatur, cum denuo, anno 1705, alio incendio&#13;
consumpta est. In his calamitatibus, Servus Dei ma­&#13;
ximam animi serenitatem summamque divinae vo­&#13;
luntati submissionem patefecit.&#13;
Anno 1702, gravi pestilentia in ditione Canadensi LXXI, 6, 939.&#13;
orta, Servus Dei morbum graviter contraxit. Atta­&#13;
men mox ad sanitatem reditus, morbo affectos ma­&#13;
nibus suis ipse curavit.&#13;
Anno 1702, etsi gravissimis infirmitatibus extre­ LI, VI, 8, 587; LXXI,&#13;
6, 939.&#13;
maque senectute fractus, Servus Dei arduum iter in&#13;
Montemregium suscepit, ut ibi sacramentum confir­&#13;
mationis administraret.&#13;
Postremis suae vitae annis, Servus Dei vitam Cf. Sinum., II, § | 1,&#13;
6, 15, 16, 17.&#13;
quasi reclusam in domo Seminarii Quebecensis du­&#13;
xit, superiori communitatis in omnibus submissus.&#13;
Pauper, humilis, orationi intentus, omnibus exem­&#13;
plum consummatae virtutis praebebat. Infirmita­&#13;
tes quibus tentabatur patientissime tolerando, imo&#13;
et voluntaria mortificatione ascensiones in corde suo&#13;
disposuit, perfectissimam quaerens unionem eum&#13;
Deo, ad cuius adventum, ingruente vitae termino,&#13;
animam fidenter praeparabat.&#13;
&#13;
�LXXXVI&#13;
&#13;
II De virtutibus Servi Dei&#13;
Postquam vitam et actuositatem apostolicam&#13;
Servi Dei inspeximus, transitum faciamus ad vir­&#13;
tutes. Et prius quidem, ut moris est, ad virtutes in&#13;
genere.&#13;
1. D e v i r t u t i b u s i n g e n e r e&#13;
&#13;
Generaliter inspiciendo vitam Servi Dei, facile&#13;
deprehenditur studium quoddam, positivum et con­&#13;
tinuatum, in perfectione Christiana iugiter profi­&#13;
ciendi :&#13;
Etenim Servus Dei a teneris annis virtutibus&#13;
Christianis a parentibus initiatus, mundanas illece­&#13;
bras vitavit, quo melius Deo inserviret virtutesque&#13;
christianas coleret.&#13;
In Collegio Flexiensi collocatus, mox, propter&#13;
morum probitatem, inter socios Congregationis Ma­&#13;
rianae adscribi meruit.&#13;
Parisiis postea cum pervenisset ut disciplinis&#13;
theologicis imbueretur, in coetum Bonorum Amico­&#13;
rum nuncupatum seu consociationem secretam Aa&#13;
se recepit atque inter omnes socios pietate, caritate&#13;
et austeritate eminuit.&#13;
Sacerdotio initiatus, exemplum pietatis, pruden­&#13;
tiae, morum integritatis omniumque virtutum, asse­&#13;
rentibus testibus de visu, sese exhibuit.&#13;
Cum autem vicarius apostolicus in dissitis mis­&#13;
sionibus designatus esset, Servus Dei in Eremum&#13;
Cadomense se contulit, quo melius ad opus apostolicum pararet animum ; per quatuor annos in Eremo&#13;
assiduus, piis meditationibus, corporis afflictationi­&#13;
bus operibusque caritatis vacavit.&#13;
Episcopali dignitate auctus, Servus Dei studium&#13;
perfectionis christianae nedum deseruit, potius&#13;
auxit, spiritum praesertim orationis et mortificatio­&#13;
nis, paupertatem evangelicam et humilitatem omni&#13;
studio exercens.&#13;
&#13;
X, 22; LXY11,&#13;
LXXI, 1, 894.&#13;
&#13;
700;&#13;
&#13;
XL, 2, 219-220; LXXI,&#13;
1, 894.&#13;
&#13;
XL V II, 356; LXIX,&#13;
712-714; LXXI, 1,&#13;
896.&#13;
&#13;
VI, 8, 9, 10, 11, 12; X,&#13;
21, 23, 24, 25.&#13;
XXI, 1, 53; LX, 2, 631632; LXV, 1, 683;&#13;
2. 690; LXVII, 697;&#13;
LXIX, 717; LXXI, 1,&#13;
897-898.&#13;
&#13;
t'f. Simun., II, §§ 6,&#13;
14, 15, 16, 17.&#13;
&#13;
�---- L X X X V I I&#13;
&#13;
Quantum vero in studio perfectionis assequendae&#13;
profecerit, aperte declarant plura coaevorum testi­&#13;
monia, quorum potiora liaec sunt:&#13;
Ven. Mater Maria ab Incarnatione, spiritus illu­&#13;
minatissimus, monasterii Quebecensis Ursulinarum&#13;
fundatrix, quae Servum Dei optime novit, exundem&#13;
Servum Dei appellat : « un homine d ’un haut mérite&#13;
et d ’une vertu singulière». Et hoc adiungit gravis­&#13;
simum testimonium : « Il vit saintement et en apô­&#13;
tre... Il est parvenu [à un] degré sublime d ’oraison ».&#13;
Pater Lemercier, missionarius Societatis Iesu,&#13;
eiusdem generis testimonium affert de Servo Dei,&#13;
quem habebat « virum omnino sanctum ».&#13;
Pater Ragueneau, eiusdem Societatis Iesu, asse­&#13;
rere non dubitavit: « [Il a] un cœur selon le Cœur&#13;
de Dieu et est un modèle parfait des véritables&#13;
évêques ».&#13;
Mater Juchereau a Sancto Ignatio, nosocomii&#13;
Quebecensis monialis, de Servo Dei in Actibus eius­&#13;
dem nosocomii scriptum reliquit : « On remarquait&#13;
et on admirait en lui toutes les vertus que saint Paul&#13;
demande dans un évêque».&#13;
Porro pater Charlevoix, e Societate Iesu, in suo&#13;
libro Vie de Morie de l’Incarnation, de simplicitate&#13;
evangelica loquitur, quam Servus Dei ad ultimam&#13;
senectutem servavit : « Nous l 'avons vu ce saint pré­&#13;
lat dans les dernières années conservant encore cette&#13;
simplicité évangélique qui rendait si respectables les&#13;
premiers successeurs des Apôtres ».&#13;
Frater denique Houssart, qui famulus fuit Servi&#13;
Dei per viginti ultimos vitae annos, maxime laeta­&#13;
batur «en voyant un saint mourir en saint après&#13;
avoir vécu en saint ».&#13;
Haec et alia testimonia plura habentur coaevo­&#13;
rum Servum Dei virum omnibus virtutibus exor­&#13;
natum predicantia.&#13;
&#13;
X V II, 2, 3«.&#13;
&#13;
XXXVI, fi, 202.&#13;
&#13;
I,X V III. 701.&#13;
&#13;
LXVI1I, 701.&#13;
&#13;
I X1. 652.&#13;
&#13;
Cf. Simuli., I V ; ;ip&#13;
pomi. IV. W bliogr&#13;
n. 17, 95)1.&#13;
&#13;
�— Lxxxvni&#13;
&#13;
2. D û FIDE HEROICA SERVI D E I&#13;
&#13;
Servus Dei in fide catholica a piis parentibus&#13;
sedulo educatus fuit.&#13;
Adhuc puer vehementer exoptabat fidem in dis­&#13;
sitas missiones propagare, praesertim vero in latis­&#13;
simas Novae Galliae regiones.&#13;
Vicarius apostolicus constitutus, maluisset qua&#13;
simplex missionarius inter barbaros vitam ducere.&#13;
Vehementi ardebat martyrii desiderio.&#13;
&#13;
VI, 9, 10. 11, 12; X, 22,&#13;
2:i; LXX1, 1, 893-891.&#13;
LX, 2, 630; LXY, l,&#13;
683; 2, 690; LXIX,&#13;
720; LXXI, 1, 894,&#13;
897.&#13;
XXII, 1, 63; LXX, 4,&#13;
&#13;
8S7.&#13;
&#13;
Nullam praetermisit occasionem inter sylvestres&#13;
homines praecepta fidei proponendi, tum in publicis&#13;
concionibus cum in privatis colloquiis.&#13;
Praecones Evangeli i quantum potuit in latissi­&#13;
mas sui territorii regiones quaquaversus misit,&#13;
fidem christianam propagaturos.&#13;
&#13;
De puritate fidei admodum sollicitus, peculiari&#13;
solertia curavit ne in Nova Gallia admitterentur&#13;
coloni haeretici. Quos vero a fidei puritate recedentes invenit, ad rectum tramitem reducendos omni&#13;
studio et caritate adlaboravit.&#13;
Sacerdotes qui aliquam suspicionem circa doctri­&#13;
nam praebere videbantur, in Galliam quandoque&#13;
remeare coacti sunt a Servo Dei.&#13;
Reapse in universa regione Canadensi, durante&#13;
episcopatu Servi Dei, nullum vestigium invenitur&#13;
doctrinarum a sensu Ecclesiae aberrantium.&#13;
Iansenismi fautoribus constanter adversatus,&#13;
contra eorum placita, fideles hortatus est ut frequen­&#13;
ter ad sacram communionem accederent, adeo ut&#13;
successor eius episcopus de Saint-Valier hac de re&#13;
miraretur; quin imo contra morem tunc vigentem,&#13;
&#13;
j&#13;
|&#13;
&#13;
XVI, 34; XVIII, 1, 37;&#13;
XIX, 2, 43; XXII, 1,&#13;
0. 7 ; LXX, 1, 876;&#13;
LXXI, 1, 897.&#13;
XVIII, 1, 38; XX, 16;&#13;
XXII,&#13;
3,&#13;
67-68;&#13;
XXIII, 1, 75; LXXI,&#13;
1, 901.&#13;
XXIII, 23. 118; 25, 120121 ; XXXVIII, 2,&#13;
212-214; XLII, 249;&#13;
LI, V II, 2, 579-580;&#13;
LV, 609-610 (intr.),&#13;
011-012; LXIX, 758,&#13;
700, 701-702, 793, no­&#13;
ta 1; LXX, 2, 881882; 4, 887; LXXI,&#13;
6, 936, 939-940.&#13;
XX, 40, 71 ; XXI, 7, 01 ;&#13;
XXIII, 1, 74; 12,&#13;
101; 15,109; XXXIV,&#13;
196-197; XXXVI, 3.&#13;
200; X I,III, 17, 301 ;&#13;
LXXI, 2, 910; 6, 937938,&#13;
LXIV, 9. 6S1-682.&#13;
&#13;
j XXIII, 4. 83; LXIV, 9,&#13;
-082 ; LXXI, 1,&#13;
j 081&#13;
901.&#13;
i XXL 10. 63; L I, V, 4,&#13;
712; LXIX, 715, 737;&#13;
LXXI, 2, 010-911.&#13;
&#13;
�---- L X X X IX&#13;
&#13;
pueros qui aetatem octo annorum attigerant, ad sa­&#13;
cram synaxim admittere solebat.&#13;
Eo tempore quo clerus in Gallia principiis galli­ XLV, 4,340-341 (intr.) ;&#13;
LXXI, 1, 900, 2, 910;&#13;
canismi imbutus -erat, mirum est quanta sollicitu­&#13;
5, 918-919. Cf. etiam&#13;
Simun., I, § 11.&#13;
dine Servus Dei conatus est ne Ecclesia Canadensis&#13;
civili potestati subiecta esset.&#13;
A quietistarum erroribus tunc vagantibus im­ LXIX, 711. nota 4, 718719, nota 2.&#13;
munis fuit.&#13;
Lumine fidei edoctus, Servus Dei in omnibus XXXVII, 2, 207 ; 4,&#13;
208-210 ; 5, 210-211;&#13;
rerum vicissitudinibus, praesertim vero in angustiis&#13;
LI, II , 1, 385, 387plurimis et aerumnis, necnon et infirmitatibus qui­&#13;
388 ; 3, 397-398; III,&#13;
4,407; 7, 410-411, 413,&#13;
bus tentatus fuit, divinam voluntatem permissivam&#13;
410; IV , 6, 454; V I,&#13;
adorare laeto animo consuevit. Haec imo videtur&#13;
1, 528, 529; IA TI,&#13;
1, 019.&#13;
una e characteristicis notis vitae suae spiritualis.&#13;
Ad honorem Deo exhibendum, diligenter curavit XXI, 2. 55; X XIII, 15,&#13;
104-105; 50,138-139;&#13;
Servus Dei ut cultus divinus in ecclesia cattedrali&#13;
LXV, 2, 094; LXX,&#13;
ac in suburbanis ecclesiis summa magnificentia&#13;
2, 879, 880.&#13;
splenderet.&#13;
Omnibus functionibus liturgicis in ecclesia cathe- LX, 2, 646; LXI, 657;&#13;
LXV, 2, 694.&#13;
drali assidue intererat, nonobstante quandoque ma­&#13;
gno hiemali frigore eiusque quassata valetudine.&#13;
Fides Servi Dei elucet quoque in eius spiritu Cf. Simun., II, §§ 6, 7,&#13;
8, 9.&#13;
orationis et praesertim in studio pietatis quo San­&#13;
ctissimum Altaris Sacramentum, Beatam Virginem&#13;
Mariam aliosque sanctos prosequebatur, ac in vene­&#13;
ratione qua reliquias sanctorum resque sacras om­&#13;
nes coluit.&#13;
Maximam fiduciam reponebat in orationem, ad XXXVII, 4 , 208-209;&#13;
LI, II, 1, :JS9; III, 7,&#13;
quam in omnibus difficultatibus recurrebat; preces&#13;
410-411; IV, 11, 470;&#13;
publicas tempore calamitatis praecipere solebat.&#13;
LXV, 1, 686-687 ;&#13;
LXIX, 756; LXXI,&#13;
Fides Servi Dei observatur quoque in peculiari&#13;
2, 911.&#13;
recursu ad auxilium divinum in sequentibus rerum&#13;
adiunctis :&#13;
1.&#13;
Anno 1661, adversus ignem qui inferioremXX, 50.&#13;
partem urbis Quebecensis invadere minabatur, Ser­&#13;
vus Dei Sacram Eucharistiam manibus ad limitem&#13;
ignis detulit ; quo factum est, confirmantibus multis&#13;
testibus de visu, ut furor ignis repente quiesceret et&#13;
paulatim extingueretur.&#13;
&#13;
�xo -2. Cum anno 1690 urbs Quebecensis ab Anglorum&#13;
classe obsessa esset, Servus Dei preces supplicatio­&#13;
nesque publicas ordinavit effigiemque Sacrae Fami­&#13;
liae in summa ecclesiae cathedralis turri apponi iussit. Omnibus autem occupationem expectantibus,&#13;
exercitus Anglorum paucis post diebus ab urbe re­&#13;
cessit.&#13;
3. D e&#13;
&#13;
su&#13;
&#13;
X X X V II.&#13;
&#13;
4,&#13;
&#13;
208-209;&#13;
&#13;
LXXI, 6, 941.&#13;
&#13;
5i j i o o b s e q u io S e r v i D e i&#13;
S anctam S ed em&#13;
&#13;
erga&#13;
&#13;
Eo tempore quo in Gallia quamplures episcopi&#13;
Regem Lndovicum XIV in iuribus gallieanis contra&#13;
Sanctam Sedem vindicandis sustinebant, mirum est&#13;
quanto obsequio et quanta veneratione Servus Dei&#13;
noster, in colonia Regi Galliae submissa episcopus&#13;
constitutus, et verbis et factis Summum Pontificem&#13;
prosecutus sit.&#13;
Iure merito testis Apostolicus V ait : « Mgr de&#13;
Laval était romain dans toute la force du mot ».&#13;
Et alius testis eiusdem Processus Apostolici,&#13;
sacerdos Gosselin, historiae Canadensis Ecclesiae&#13;
enitor eximius: « Tout était romain dans l ’Eglise dn&#13;
Canada; tout était soumission à l ’autorité du SaintSiège ».&#13;
Quin imo et ipse Papa Leo X III, in epistola&#13;
anno 1887 episcopis regionis Canadensis data, sin­&#13;
gulare obsequium Servi Dei erga Sanctam Sedem&#13;
summe laudabat : « Hoc sane obsequium non nunc&#13;
primum inter vos enitet, sed ex eo tempore initium&#13;
habuit quo illustris memoriae Francisais de Montmorency-Laval, primus Quebecensis Sedis episco­&#13;
pus, pastorales in ipsa curas suas explicuit, strenuamque in eo operam dedit firmis junculis necten­&#13;
dis quae Canadensem Ecclesiam cum Apostolica&#13;
Sede coniunxerint ».&#13;
E consuetudine quam Servus Dei inde a inven­&#13;
tate cum sociis consociationis Aa habuit, orta vide­&#13;
tur peculiaris illa erga Sanctam Sedem reverentia.&#13;
&#13;
XXIII, 70 (intr. gen.);&#13;
LXXI, 1, 900; 6, 918.&#13;
&#13;
LXXI, 2, 907.&#13;
LXXI. 1. 901.&#13;
&#13;
LXXI, 5, 919.&#13;
&#13;
T . X I X , 712-713, n o la 2 ;&#13;
c f.&#13;
978.&#13;
&#13;
append. II,&#13;
&#13;
97 7 -&#13;
&#13;
�XCI&#13;
&#13;
Vix Servus Dei qua vicarius apostolicus in No- ! XXIII, 2, 78.&#13;
vam Galliam appulerat, cum Summo Pontifici pro­&#13;
misit se relationes de statu Ecclesiae sibi commissae&#13;
singulis annis Curiae Romanae missurum.&#13;
Re autem vera, quotannis, durante munere epi­ XXIII, 1-52, 72-141;&#13;
Doc. A : appcnd. I,&#13;
scopali, Sanctam Sedem certiorem reddidit de statu&#13;
959-964 ; cf. appcnd.&#13;
Ecclesiae Canadensis, de fide inter paganos propa­&#13;
II, 980-983.&#13;
gata, de coloniae progressus necnon de aliis rebus&#13;
ad missionem Novae Galliae pertinentibus.&#13;
Occasione electionis ad summum Pontificatum XXIII, 22, 116; 23,117;&#13;
29, 121; 45, 185.&#13;
Clementis IX (1667), Clementis X (1670) et Innocentii XI (1676), Servus Dei eisdem epistolas misit,&#13;
in quibus submissionem et obsequium ad Summum&#13;
Pontificem detulit.&#13;
De filiali sua submissione Sedi Romanae saepe XXIII. 81, 123; XI,V,&#13;
8, 339.&#13;
argumentum praebuit in epistolis missis ad Nun­&#13;
tium Apostolicnm penes Regem Galliae, qui hac de&#13;
re testificatur (Ardi. Vat., Nunziatura di Francia,&#13;
vol. 429, ff. 20, 73; vol. 153, f. 241).&#13;
lura Sanctae Sedis in Nova Gallia summopere&#13;
defendit Servus Dei, et praesertim :&#13;
1. Cum de iurisdictione sua, qua vicarius aposto­ XXIII, 176; 2, 78; 5,&#13;
89; 6, 90-92; cf. etiam&#13;
licus, quam directe a Summo Pontifice receperat,&#13;
Sii ni ni., I, § 5.&#13;
defendenda contra archiepiscopum Rotbomagensem,&#13;
agebatur.&#13;
2. In erectione dioecesis Quebecensis, quam in XXIII, 32. 124; 33, 126;&#13;
cf. etiam Summ., I,&#13;
arctam coniunctionem cum Sancta Sede peroptabat.&#13;
§ 8.&#13;
Liturgia gallicana posthabita, Servus Dei offi­ XXIII, 4, 83; 15, 104;&#13;
1,&#13;
XIX, 784-785; LXX,&#13;
cium divinum onmesque functiones liturgicas iuxta&#13;
2, 904, 910; 5, 918.&#13;
ritum romanum in Ecclesia Canadensi celebrari&#13;
iussit.&#13;
Seminarium Quebecense, ab ipso fundatum, lini­ X X I I I , 12, 10 2 ; 16. 110;&#13;
c f . a p p e n d . I I , 9 7 7vit Seminario Parisiensi ad exteras gentes, cuius&#13;
978.&#13;
spiritus romanus omnibus erat notus.&#13;
Cum durante munere episcopali in Galliam pro­ XXIII, 6. 92; 32, 124;&#13;
33. 125; XI,V, 19,&#13;
pter negotia Ecclesiae Canadensis agenda adveniret,&#13;
347.&#13;
statini Sanctam Sedem certiorem reddere solebat.&#13;
De dimissione sua a munere episcopali Regi, XXIII, 52, 140-141 ; LI,&#13;
I, 378 (intr. gcn.).&#13;
iuxta morem, anno 1685 praesentata necnon de regia&#13;
&#13;
�XCII&#13;
&#13;
successoris sui praesentatione, statini Summum&#13;
Pontificem certiorem fecit.&#13;
Obsequium Servi Dei erga Sanctam Sedem quo­&#13;
que patefaciunt epistolae eius ad Curiam Romanam.&#13;
Illarum epistolarum aliqua excerpta liic revo­&#13;
care iuvabit:&#13;
1. Servus Dei Summum Pontificem «amantissimum Patrem » et « Pastorem » vocat.&#13;
2. « Ego sane nihil omittam eorum quae mei&#13;
fuerint muneris quaeque ad tuendam auctoritatem&#13;
Romanae Sedis aut facienda sint aut quae fieri opor­&#13;
teat; implebo omnia et, si ita res ferat, sanguine&#13;
meo consignabo ».&#13;
3. «... Sedis Apostolicae, quam eximia mentis&#13;
meae devotione semper colui... ».&#13;
4. « Dolerem equidem mei occasione quidquam&#13;
Sedis Apostolicae iuribus detrahi, quorum amplifi­&#13;
cationem potius desidero ».&#13;
Huiusmodi verba raro sane inveniuntur in lit­&#13;
teris episcoporum Galliae tempore Ludovici XIV.&#13;
&#13;
XXIII, 70-73 (inlr. gen.),&#13;
1-52, 72-141 ; Doc.&#13;
A : appiMid. I, 959904; cf. appoiul. II,&#13;
980-983.&#13;
XXIII, 48, 138? 52, 141.&#13;
XXIII. 1, 76.&#13;
&#13;
XXIII. 32, 125.&#13;
X X III,&#13;
&#13;
33,&#13;
&#13;
126.&#13;
&#13;
4. D e h e r o ic a s e e S e r v i D e i&#13;
&#13;
Quae sursum sunt unice quaerens, Servus Dei&#13;
honores saeculares necnon et ecclesiasticas digni­&#13;
tates generose sprevit:&#13;
1. Vicarius apostolicus in Oriente praesentatus,&#13;
mox honoribus nobiliaribus familiae suae, cuius&#13;
caput erat et dominus, renuntiavit, ut saluti anima­&#13;
rum incumberet.&#13;
2. Cum de negotio nominationis eius ad vicaria­&#13;
timi apostolicum Xovae Galliae ageretur, nullum&#13;
conatum fecit pro celeriore quaestionis solutione,&#13;
sed Deo rem committens, preces ab amicis petivit&#13;
ut voluntas Dei manifestaretur.&#13;
3. Cum a Sancta Sede et a Rege Ludovico XIV&#13;
erectionem dioecesis Quebecensis instanter peteret,&#13;
nulla ambitione personali ducebatur, sed solum bo­&#13;
num Ecclesiae sibi creditae intendebat..&#13;
&#13;
VI, 9, 10, 11-12, 13;&#13;
LX, 2, 629, 630-631 ;&#13;
LXV, 2. 690; LXIX,&#13;
711-712.&#13;
IX. 17; XI, 25-27.&#13;
&#13;
XXIII, 33, 126-127.&#13;
&#13;
�xeni&#13;
In Domino confisus, nunquam divitias prosecu­&#13;
tus est, quin imo illas aspernabatur:&#13;
1. Reditus suae familiae mox fratri natu minori&#13;
cessit.&#13;
2. Vicarius apostolicus praesentatus, archidiaconatum ecclesiae Ebroicensis dimisit, nulla, ut mos&#13;
erat, retenta pensione nulloque alio beneficio su­&#13;
scepto.&#13;
3. In ditione Canadensi episcopus constitutus,&#13;
nullos reditus sperabat, nisi ad vietum et vestitum&#13;
sufficientes.&#13;
4. Paupertatem evangelicam per totum vitae&#13;
cursum servavit.&#13;
Magna fiducia in Dei auxilio confortatus, peri­&#13;
cula omnia quae in exercitio ministerii episcopalis&#13;
invenit in Nova Gallia, facili modo superavit.&#13;
In difficilioribus adiunctis, omnimodam animi&#13;
tranquillitatem servabat atque divinum auxilium&#13;
fidenter expectabat ; quod praesertim actum est cum,&#13;
annis 1701 et 1705, bis aedes Seminarii Quebecensis&#13;
igne combustae sunt.&#13;
&#13;
In negotiis ineundis, primum officium esse asse­&#13;
rebat, precibus recurrere ad Deum a quo bonus exi­&#13;
tus omnium rerum expectandus est.&#13;
In infirmitatibus cruciatibusque, invocationes in&#13;
Deum iactabat, quae, testante famulo suo fratre&#13;
Houssart, fiduciam suam in Deo redolebant.&#13;
Suam in Deo fiduciam suis verbis testatur Servus&#13;
Dei, inter quae haec recoli possunt:&#13;
1. « Il faut mettre toute notre confiance et notre&#13;
force en Notre-Seigneur, en sa sainte Mère et toute&#13;
sa sainte Famille » ;&#13;
2. «Nous n ’avons qu’à Lui (Dieu) être fidèles et&#13;
à le laisser faire » ;&#13;
2. « Il faut nous laisser conduire à la Providence&#13;
de Dieu ».&#13;
&#13;
VI, 9, 10, 11-12, 13;&#13;
LXV, 2, 690; LXIX,&#13;
711-712.&#13;
V I I , 1 4 - 1 5 ; X , 21, 23 ;&#13;
I j X X I , 1, 896-897.&#13;
&#13;
XXIII, 4. 82-83.&#13;
&#13;
(7. Simun., II, § 16.&#13;
XXII, 1, 65; 5, 69; LX,&#13;
2, 635; LXIX, 753756; LXXI, 2, 903;&#13;
6, 931-932.&#13;
XIX, 2, 43; LI, II. 1,&#13;
386, 388, 389 ; 3, 398,&#13;
399; I I I , 7, 412, 415,&#13;
416; IV, 5, 452; 6,&#13;
453-455; 10, 475; 11,&#13;
476, 478; V I, 1, 524,&#13;
529; 8, 551; LVII,&#13;
618-623; LX, 2, 647;&#13;
LXI, 662.&#13;
LI. II, 1, 389; I I , 2.&#13;
&#13;
396.&#13;
LXI, 653, 658.&#13;
&#13;
LI, III, 7, 412.&#13;
&#13;
LI, IV, 5, 452.&#13;
LI, VI, 1, 524.&#13;
&#13;
�XCIV&#13;
&#13;
Alios ad eamdem fiduciam in difficultatibus ex­&#13;
citabat.&#13;
Cum serenitate et laetitia de morte sua loque­&#13;
batur.&#13;
Quotidie, ingravescente aetate, ad mortem sese&#13;
praeparabat.&#13;
A misericordia divina aeternam salutem sperans,&#13;
ab amicis suis instanter postulabat ut precibus pro&#13;
eo gratiam sanctae mortis expeterent.&#13;
In testamento suo disposuit ut sacerdotes Semi­&#13;
narii Quebecensis quotidie unam missam pro animae&#13;
suae salute celebrarent.&#13;
&#13;
XXXVII, 1, 205-206;&#13;
XXXVIII, R, 214;&#13;
LI, I I , 1, 388 ; III,&#13;
7, 413; VI, 1, 531-532.&#13;
XXXVII, 3, 208; LI,&#13;
IV , 3, 448; 10, 475470; I.XI, 666.&#13;
EXI, 666.&#13;
XXXVII, 3, 208; LI,&#13;
IV, 10, 475; L V II,&#13;
4, 623.&#13;
LXIX, 793.&#13;
&#13;
5. D e c a r it a t e h e r o ic a S e r v i D e i erga D e u m&#13;
&#13;
Servus Dei a patre Ragueneau, e Societate Iesu, XVII, 2, 36; XXXVI, 6,&#13;
202 .&#13;
dicitur «vir secundum Cor Dei, qui non quaerit&#13;
quae sua sunt, sed quae Iesu Christi ».&#13;
XIX, 2, 43; XXXVII,&#13;
Deus solus vita erat animae suae.&#13;
3, 208; I.XI, 658.&#13;
Scribebat ipse: « I l n ’y a que Dieu seul...; tout XXXVII, 3, 208.&#13;
le reste n ’est que pur néant ».&#13;
In infirmitatis cruciatibus exclamabat : « Je ne I jX I, 658.&#13;
veux que Dieu ».&#13;
Vitam sub regula ducere semper praedilexit, XXI, 1. 53; LI, V, 11,&#13;
361; LX, 2, 631-632;&#13;
tum in domo Parisiensi societatis Bonorum Ami­&#13;
LXIV, 9, 681; LXV.&#13;
2, 690; LXVI, 695;&#13;
corum, tum in Eremo Cadomensi, tum in Seminario&#13;
LXIX, 714, 717, l i b ­&#13;
Quebecensi, quo coniunctius precibus, macerationi­&#13;
ilo , 744, 790; LXXI,&#13;
bus officiisque caritatis, cum Deo viveret.&#13;
1, 896, 897-898.&#13;
Adhuc iuvenis, honoribus bonisque familiae no­ VI. 9, 10, 11-12, 13;&#13;
XXI, 8. 62; LXV, 2,&#13;
bilissimae spretis, sponte se Deo devovit.&#13;
690 ; LXX, 2, 879.&#13;
Ab ineunte aetate exoptavit vitam suam, pro glo­ i LX, 2, 630; LXV, 1,&#13;
683 ; 2, 690; LXIX,&#13;
ria Dei animarumque salute, apud paganos consu­&#13;
720; LXXI, 1, 894,&#13;
mere, praesertim in latissima Canadensi regione, in&#13;
897.&#13;
qua maior paupertas, inopiae duriores, labores ma­&#13;
gis ardui erant.&#13;
Quin imo martyrium pro Dei amore subire cu­ XVI. 34; XVIII, 1, 37;&#13;
XIX, 2, 43; XXII, 1,&#13;
piebat.&#13;
65; LXX, 1, 876;&#13;
LXXI, 1, 897.&#13;
&#13;
�xcv&#13;
&#13;
Summa aversione a peccato abhorrebat.&#13;
Puritatem animae suae servare cupiens, quoti­&#13;
die, saltem postremis vitae suae annis, antequam&#13;
sacrum missae sacrificium litaret, conscientiam con­&#13;
fessione sacramentali mundare consuevit.&#13;
Ob offensas a peccatoribus Deo illatas, maxima&#13;
afficiebatur tristitia, praesertim ob crimina a sylvestribus populis patrata propter abusum potuum&#13;
alcoolicorum.&#13;
Cum dona pauperibus erogaret, ea prae omnibus&#13;
praeferebat, quae eos a peccatis amovere possent.&#13;
Divinae voluntati, quam in omnibus rerum adiunctis, praesertim in adversis et in infirmitatibus,&#13;
perspicere satagebat, summo studio sese conformare&#13;
voluit. Scribebat insuper: « Dans l 'accomplissement&#13;
du bon plaisir de Notre-Seigneur... doit consister&#13;
notre bonheur pour le temps et l ’éternité».&#13;
&#13;
XXXVII, 4, 209; LX,&#13;
2. 040, 041 ; LXV, 2,&#13;
690,698 ; LXXI, 2,911.&#13;
LXI, 666.&#13;
&#13;
XXI, 6, 61; XXII, 1 ,&#13;
00; LX, 2, 041.&#13;
&#13;
LII, 590; LXI, 663-664.&#13;
IX, 17; XIX, 2, 43;&#13;
XXX'VII, 1, 205-206;&#13;
2, 207; 3, 208; 4, 210;&#13;
5, 210-211; L, 3 7 3 ;&#13;
LI, II, 1, .384, 385,&#13;
389; 3, 397-398; III,&#13;
4, 407; 7, 410-411,&#13;
416; IV , 5, 452; 6,&#13;
454 ; 10. 475 ; V I, 1,&#13;
524, 529 ; 8, 550;&#13;
L II, 593 ; LVn, 618623; LX, 2, 647; LXI,&#13;
056, 058; LXVII,&#13;
099-700 ; LXXI, 6,&#13;
935-936, 939.&#13;
LXI, 656.&#13;
&#13;
Frater Houssart, famulus Servi Dei, affirmare&#13;
non dubitat volumen unum vix continere posse&#13;
omnia acta Servi Dei quae fidelitatem eius illustra­&#13;
rent quoad divinam voluntatem in omnibus fideliter j&#13;
adimplendam.&#13;
Scriptis, verbis et exemplis, Servus Dei animos XXXVII, 205-211 ; LXI,&#13;
2, 227; I J , IV , 5,&#13;
omnium ad voluntatem divinam adimplendam per­&#13;
452; VI, 1, 531-532.&#13;
trahebat.&#13;
In aerumnis, signum amoris Dei erga homines XXXVII, 2, 207 ; 4,&#13;
208; 5, 210, 211; L I,&#13;
perspiciebat.&#13;
II, 1, 385-380, 387In adversitatibus gratias Deo agere solebat.&#13;
6.&#13;
&#13;
De&#13;
&#13;
s p ir it u&#13;
&#13;
o r a t io n is&#13;
&#13;
S ervi D e i&#13;
&#13;
Ven. Mater Maria ab Incarnatione spiritum ora­&#13;
tionis Servi Dei maxime laudat : « Il est parvenu&#13;
[à un] sublime degré d ’oraison».&#13;
&#13;
388 ; 3, 398.&#13;
XXXVII, 5, 211; LI,&#13;
I I , 3, 398; III. 3,&#13;
407; 7, 410-411, 418.&#13;
XXI, 1, 53.&#13;
&#13;
�XCVI&#13;
&#13;
Gubernator Xovae Galliae d ’Argenson de illo&#13;
scribebat: « C ’est un vrai homme d’oraison».&#13;
Tempore mortis suae, a gubernatore civitatis&#13;
Trois-Rivières dictae Servus Dei appellatus est spe­&#13;
culum pietatis.&#13;
Rex Galliae Ludovicus XIV aliique testes non&#13;
pauci pietatem Servi Dei eximiam fuisse aperte&#13;
declarant.&#13;
&#13;
X I X , 1, 12.&#13;
&#13;
■XIV, 1, 673.&#13;
&#13;
13; IX, 17;&#13;
X, 21, 23 , 24; XVII,&#13;
1, 36; XXV , 143;&#13;
XXXVI, 6 , 2 0 2 ; 8 ,&#13;
204; LI, I U , 3, 406 ;&#13;
LXY, 2, 690.&#13;
I, 9, 10; X,2 1 , 22, 23 ;&#13;
LXXI, 1, 894.&#13;
&#13;
'I , 9 , 10,&#13;
&#13;
A primoribus vitae suae annis, exemplum pie­&#13;
tatis eluxit Servus Dei atque in susceptione sacra­&#13;
mentorum frequentissimus fuit.&#13;
In Collegio Flexiensi collocatus, mox, propter XL, 2. 213-220; LXXI,&#13;
1, 834.&#13;
eximiam pietatem, inter socios Congregationis Ma­&#13;
rianae receptus est.&#13;
Consociationis secretae Aa sodalis ac in Eremo XXI, 1, 53; LX, 2, 631;&#13;
IAV, 1, 683; LXIX,&#13;
Cadomensi assiduus hospes, Servus Dei inter omnes&#13;
712-714, 717; LXXI,&#13;
socios pietate eminebat.&#13;
1, 896.&#13;
Unctionem sacerdotalem summa pietate recepit. LXIX, 711.&#13;
Sacerdotio initiatus, quotidie sacrum missae sa­ V I. 7. 10, 11, 12; X,&#13;
24; LXI, 655, 657;&#13;
crificium celebrabat ac nunquam nisi gravissimis&#13;
IAV, 2, 694.&#13;
infirmitatibus fractus, a missae celebratione absti­&#13;
nuit; quod eo tempore signum erat singularis pie­&#13;
tatis.&#13;
Cum propter infirmitates missam celebrare non LVII, 4, 622.&#13;
posset, eam piissime audiebat.&#13;
Functiones sacras quae ad sacerdotium perti­ V I, 10, 13; X, 21, 22,&#13;
nent, summa pietate exercuisse refertur.&#13;
Functionibus liturgicis quae in ecclesia cathe- LX, 2, 646; LXI, 657,&#13;
605 ; LXY, 2, 693-694.&#13;
drali Quebecensi celebrabantur, Servus Dei semper&#13;
assiduus fuit, nonobstantibus ingentibus hiemalis&#13;
temporis frigoribus et frequentissimis infirmitati­&#13;
bus quibus affligebatur.&#13;
Cum propter graviores infirmitates in ecclesiam LXI, 657.&#13;
ipse adire non posset, a famulis eo se deferri rogabat.&#13;
Martyr quodammodo huius assiduitatis ad di­ LX, 2, 646; LXI, 657;&#13;
IAV, 2, 694.&#13;
vina officia peragenda appellatus fuit; nam causa&#13;
proxima cius mortis originem duxit ex eo quod, licet&#13;
octogenarius et infirmitate gravissima fractus, vo-&#13;
&#13;
�X C V II&#13;
&#13;
luit, Feria Sexta Maioris Hebdomadae armi 1708,&#13;
divinis officiis interesse.&#13;
Quotidie hora secunda vel tertia e lecto surgere&#13;
consuevit, ut, in silentio noctis, coelestium rerum&#13;
contemplationi vacaret; hora quarta in ecclesiam&#13;
cathedralem descendebat, cuius portas aperiebat&#13;
ipse, lampades accendebat, campanaro pulsabat;&#13;
postea sanctum missae sacrificium conficiebat atque&#13;
in gratiarum actione usque ad septimam horam per­&#13;
severabat. Itaque quattuor saltem horis matutinis&#13;
orationi instabat.&#13;
Singulis diebus per longum tempus coram San­&#13;
ctissimo Altaris Sacramento in divina conversatione&#13;
commorabatur.&#13;
Ultimis vero vitae suae annis, Servus Dei aegre&#13;
ferens, propter infirmitates, se non posse Iesum&#13;
Eucharisticum in ecclesia quotidie visitare, licen­&#13;
tiam ab episcopo de Saint-Valier obtinuit oratorium&#13;
privatum iuxta cubiculum erigendi, ibique Sanctis­&#13;
simum Sacramentum asservandi.&#13;
Imaginem Domini Nostri Iesu Christi crucifixi&#13;
saepe saepius osculabatur.&#13;
Aqua lustrali, quam semper secum gerebat, diu&#13;
noctuque frequenter utebatur.&#13;
Labor et infirmitates eum a quotidianis pietatis&#13;
exercitationibus nunquam abducere valuerunt.&#13;
Ideoque non raro accidit ut usque ad ultimas&#13;
noctis horas in precibus perseveraret.&#13;
Cum nimia defatigatione affectus esset, pietatis&#13;
officia deambulando, ne somno corriperetur, absol­&#13;
vebat.&#13;
In difficultatibus rebusque adversis, precibus ad&#13;
Deum confugiebat, a quo solatium expectabat.&#13;
Cum famulus plagis maximum dolorem afferen­&#13;
tibus mederi conabatur, Servus Dei in ardentes in­&#13;
vocationes, quas iaculatorias vocant, erga Deum&#13;
prodibat, quibus a cruciatibus levabatur.&#13;
Oratio eius humilitate summaque in Deum con­&#13;
fidentia praelucebat.&#13;
&#13;
LX, 2, 646; LXI, 655;&#13;
LXV, 2, 694.&#13;
&#13;
LX, 2, 646; LXI, 655;&#13;
LXV, 2, 694.&#13;
LVII, 4, 622-628.&#13;
&#13;
LXI, 665.&#13;
LXI, 666; LXV, 2, 694.&#13;
LXI, 655; LXV, 2, 698.&#13;
LXI, 655, 665.&#13;
LXI, 656.&#13;
&#13;
LI, II, 1, 369; III, 7,&#13;
410-411; IV , 11, 476.&#13;
LXI, 65S.&#13;
&#13;
LXI, 653.&#13;
&#13;
e&#13;
&#13;
�x c v in&#13;
&#13;
7. D b&#13;
&#13;
p e c u l ia r i d e v o t io n e&#13;
&#13;
erga&#13;
&#13;
S ervi&#13;
&#13;
D ei&#13;
&#13;
B e a t a m M a r ia m V ir g in e m&#13;
&#13;
Servus Dei tanta specimina pietatis insignis LX, 2, 634.&#13;
erga Beatam Mariam Virginem exhibuit, ut a coaevo&#13;
sacerdote de la Colombière Sancto Anseimo et San­&#13;
cto Ildefonso iure aequaretur.&#13;
Summa confidentia qua Servus Dei Beatam Ma­ 1 XXXVII, 1, 206; 2,&#13;
207; 3, 208 ; 4,&#13;
riam Virginem semper prosecutus est, ex epistolis&#13;
209-210 ; 5, 211 ;&#13;
eius perspicue apparet.&#13;
XXXVIII, 1, 213 ; L,&#13;
373; L I, I I , 1,&#13;
I I I , 7, 412, 413,&#13;
IV , o, 4o3 ; 6,&#13;
455; 10, 475;&#13;
476, 478 ; V, 1,&#13;
V I, 1, 523 ; 8,&#13;
L II, 594, 598;&#13;
611.&#13;
&#13;
Eam a teneris annis dilectionis affectu venera­&#13;
tus est.&#13;
Collegii Flexiensis alumnus, Congregationi Ma­&#13;
rianae ibidem constitutae nomen dedit.&#13;
Postea, ut iam diximus, adscribi postulavit inter&#13;
socios piae consociationis secretae Aa nuncupatae,&#13;
qui vitam spiritualem perfectiorem, sub tutela Bea­&#13;
tae Mariae Virginis, ducere studebant; cuius soda­&#13;
litatis per totum vitae cursum fidelissime adhaesit.&#13;
Ad peculiare servitium Beatae Mariae Virgini&#13;
sese mancipavit parvamque catenulam, uti signum&#13;
huius servitutis, gestare consuevit.&#13;
Summa devotione Immaculatam Conceptionem&#13;
Beatae Mariae Virginis, de qua disceptationes adhuc&#13;
habebantur, prosecutus est.&#13;
Diem festum Immaculatae Conceptionis elegit&#13;
pro consecratione sua episcopali, anno 1658.&#13;
Primam Novae Galliae paroeciam, nempe Quebecensem, sub titulo eiusdem Immaculatae Conce­&#13;
ptionis erexit ecclesiamque solemni ritu consecravit.&#13;
Eamdem vero patronam dioecesis Quebecensis&#13;
elegit.&#13;
&#13;
388;&#13;
416;&#13;
4*&gt;4,&#13;
11,&#13;
505 ;&#13;
551;&#13;
LV,&#13;
&#13;
LXXI, 1, 894.&#13;
XL, 2, 219-220; LXXI,&#13;
1, S94.&#13;
LXIX, 712, nota 1, 790.&#13;
&#13;
LXI, 665.&#13;
&#13;
LX, 2, 634 ; LIV , 608;&#13;
LXIX, 722-723.&#13;
LX, 2, 634; LIV, 608;&#13;
LXV, 1, 684; LXIX,&#13;
722.&#13;
XXIII, 48, 137; LXIX,&#13;
843, 844.&#13;
&#13;
LIV, 608; LXIX, 722.&#13;
&#13;
�XCIX&#13;
&#13;
In vigilia diei festi Immaculatae Conceptionis&#13;
anni 1677, Servus Dei aedes nuper erectas Seminarii&#13;
Minoris Quebecensis dedicavit.&#13;
Anno 1665, Servus Dei una cum sacerdotibus&#13;
Seminarii Quebecensis votum ad annum emiserunt&#13;
missam quolibet mense in honorem Immaculatae&#13;
Conceptionis celebrandi atque ieiunium servandi in&#13;
vigilia eiusdem festivitatis; quod votum singulis&#13;
annis, usque in hunc diem, a sacerdotibus eiusdem&#13;
Seminarii renovatur.&#13;
In litteris die 23 decembris anni 1662 datis, quae&#13;
singularem dilectionem erga Mariam redolebant,&#13;
Servus Dei librum a Ioanne Eudes conscriptum Le&#13;
Cœur admirable de la T. S. Mère de Dieu commen­&#13;
davit cultumque purissimi Cordis B. M. V. laudavit.&#13;
Anno 1665, Servus Dei confraternitatem Beatae&#13;
Mariae de Monte Carmelo in dioecesi instituit.&#13;
Beatae Mariae tutelae attribuit felices exitus&#13;
missionis, quam apud sylvestres populos Arkansas&#13;
sacerdotes Seminarii Quebecensis, duce Servo Dei,&#13;
fundaverant.&#13;
Anno 1690, urbe Quebecensi mirabiliter a Beata&#13;
Maria Virgine protecta contra Anglorum copias,&#13;
Servus Dei ecclesiam Dominae Nostrae a Victoria&#13;
in urbe Quebecensi erigendam curavit.&#13;
Effigiem Beatae Mariae Virginis semper secum&#13;
gerebat, quam saepissime osculabatur atque noctu&#13;
sub pulvino ponebat.&#13;
Scapulare Virginis de Monte Carmelo piissime&#13;
gerebat.&#13;
&#13;
X L I , 3, 22S-229.&#13;
&#13;
X L , 1, 218-219.&#13;
&#13;
LXX, 1, S77.&#13;
&#13;
LXXI, 2, 907.&#13;
LV, 611.&#13;
&#13;
LXXI. 6. 941.&#13;
&#13;
I X I, 665.&#13;
&#13;
LXI, 665.&#13;
&#13;
8. D e d ev o tio n e S e r v i D e i erga S a n c t a m F a m il ia m&#13;
&#13;
Servus Dei peculiarem devotionem erga San­&#13;
ctam Familiam Iesu, Mariae et Iosepli semper coluit.&#13;
Huiusmodi devotionis testimonia ex Servi Dei&#13;
praesertim epistolis eruuntur.&#13;
&#13;
XLI. 220 (intr. gen.)&#13;
5, 231 ; LXIX. 713&#13;
nota; LXX, 1, 877&#13;
XXXVIT, 4, 210; XLII&#13;
250; L I, I I , 1, 385&#13;
388, 389, 394; 3,400&#13;
I I I , 7, 412, 410&#13;
L II, 593.&#13;
&#13;
�c&#13;
Eius sollicitudine, cultus Sacrae Familiae in di­&#13;
tione Canadensi « sese propagavit, ut ait Leo P a­&#13;
pa X l l l , faustisque effloruit auspiciis ».&#13;
Festum eiusdem Sacrae Familiae ritu duplici&#13;
primae classis, die dominica tertia post Pascha, in&#13;
ditione Canadensi celebrandum instituit, atque offi­&#13;
cium missamque propriam, utrumque cura sua con­&#13;
scriptum, ab universo clero suae dioecesis recitari&#13;
iussit.&#13;
Piam consociationem a Sacra Familia nuncupa­&#13;
tam, pro sanctificationem mulierum, in Ecclesia Ca­&#13;
nadensi iam constitutam, Servus Dei approbavit&#13;
atque diligenter propagavit; statuta confecit et a&#13;
Sancta Sede ditissimas indulgentias pro sociis ob­&#13;
tinuit.&#13;
Seminarium Quebecense Divinae Nazaretlianae&#13;
Familiae dedicavit et consecravit.&#13;
&#13;
Effigiem Sacram Familiam repraesentantem per&#13;
totam Novam Galliam Servus Dei propagari cu­&#13;
ravit.&#13;
Anno 1690, cum Angli urbem Quebecensem pa­&#13;
rum munitam obsiderent, Servus Dei in summa ec­&#13;
clesiae cathedralis turri imaginem Sacrae Familiae&#13;
confidenter apponi iussit, qua protegente, urbs to­&#13;
taque colonia, praeter omnium spem, salvae fue­&#13;
runt.&#13;
Ipsa die octava festi Sanctae Familiae anni 1708,&#13;
cum adstantes litanias eiusdem Sanctae Familiae&#13;
recitarent, in eo versiculo: « U t a Te secundum Coi­&#13;
tuum inveniri merear », Servus Dei placide efflavit&#13;
spiritum.&#13;
&#13;
X L I, 220 (in tr. gen.) ;&#13;
8.247-248; L X I X , 713,&#13;
notii.&#13;
&#13;
XI,I,&#13;
221-223 (intr.&#13;
gen.); 4, 229-230 ; 6,&#13;
232-247 ;LXV, 1, 689;&#13;
LXIX, 845.&#13;
&#13;
XX, 51 ; XI,1, 220 (intr.&#13;
gen.); 1, 224-225; 2,&#13;
223-228; 5, 231-232;&#13;
LXV, 1, 086; LXIX,&#13;
845; LXX, 2, 881.&#13;
&#13;
XLI, 220 (intr. gen.);&#13;
&#13;
3 , 228-229 ; 5, 231;&#13;
X LII, 250-251 ; LXV,&#13;
1, 687; LXIX, 784;&#13;
LXX, 2, 880.&#13;
XLI, 220 (intr. gen.);&#13;
7, 247.&#13;
&#13;
XXXVII, 4, 20S-209 ;&#13;
XLI, 220 (intr. gen.) ;&#13;
LXXI, 6, 941.&#13;
&#13;
LX, 1, 626 ; 2, 647-648.&#13;
&#13;
�CI&#13;
&#13;
9. D e d ev o tio n e S e r v i D e i&#13;
erga&#13;
&#13;
A n g e l o s C u s t o d e s e t S a n c to s&#13;
&#13;
Servus Dei Angelos Custodes singulari pietate&#13;
prosecutus est.&#13;
&#13;
XXXVII, 1, 206: 2,&#13;
207; 4. 209, 210; 5,&#13;
211: XXXVIII, 2,&#13;
212-214 ; XL, 1, 219;&#13;
X IJ. 220 (intr. gen.);&#13;
1, 224, 225 ; 2, 226,&#13;
228: 4, 229 ; i . i , II ,&#13;
1, 385 ; IV , 10, 475;&#13;
I.XIX, 718, nota.&#13;
&#13;
4,&#13;
209;&#13;
Sanctum Ioseph una cum Sancta Anna et XXXVII,&#13;
XXXVIII, 2 213.&#13;
Sancto Francisco Xaverio patronos provinciae Canadensis declaravit, eorumque praesidium in cala­&#13;
mitatibus publicis et difficultatibus pie fidenterque&#13;
imploravit.&#13;
Sanctam Annam, Beatae Mariae Virginis Geni­ LI, IV , 10, 472; 11.&#13;
478-480: 14. 494-495,&#13;
tricem, peculiari devotione coluit ; ecclesiam in loco&#13;
496; L1I. 588; I.XIX,&#13;
vulgo Beaupré qui concursu peregrinorum iam ce­&#13;
840, 841, nola 1.&#13;
lebris erat, vetustate fatiscentem instauravit, donis&#13;
propriis decoravit, pluriesque humilis peregrinus&#13;
ipse visitavit; de gratiis quae Beatae Annae inter­&#13;
cessione hoc in loco recipi dicebantur, inquisitionem&#13;
et relationem confici iussit.&#13;
Anno 1666, corporum Sanctorum Flaviani et I.XIX. 844-845; I.XX,&#13;
2, 87».&#13;
Felicitatis, quae nuper a Sancta Sede obtinuerat,&#13;
solemnem translationem per urbem Quebecensem,&#13;
maximo cum populorum concursu, fecit.&#13;
Die 3 decembris anni 1667, decretum promulga­ I.XV. 1, 687; I.XIX,&#13;
841, nola 1.&#13;
vit quo dies festi Sanctae Annae et Sancti Francisci&#13;
Xaverii uti festa de praecepto celebrari iussit.&#13;
Anno 1684, Servus Dei diem festum Sancti Lu­ I.XV. 1, 689.&#13;
dovici, Regis Galliae, quem ecclesiae cathedralis pa­&#13;
tronum secundarium elegerat, ritu solemni primae&#13;
classis cum octava celebrari decrevit.&#13;
Reliquias sanctorum piissimo cultu Servus Dei X XIII, 8, 92; 23, 117;&#13;
40, 122 (in tr.); 41,&#13;
venerabatur.&#13;
133 (in tr.); 42, 134;&#13;
I.XI, 665-666; LXIX,&#13;
736; I.XX. 2, 87».&#13;
&#13;
�-&#13;
&#13;
CII —&#13;
&#13;
Quotidie vitam sanctorum legebat atque de eo­ 1 EXI, 66G.&#13;
rum actis libentissime loquebatur.&#13;
10. D e h e r o ic a c a r it a t e S er v i D ei&#13;
ERGA PROXIMUM&#13;
&#13;
Quoad caritatem fraternam Servus Dei dignus&#13;
Sancti Francisci Salesii et Sancti Thomae a Villanova aemulus a contemporaneis habebatur.&#13;
A Ven. Maria ab Incarnatione Servus Dei ap­&#13;
pellatur « le père des pauvres et du public ».&#13;
Ephemeris Parisiensis La Gazette de France&#13;
opera caritatis a Servo Dei patrata laudavit.&#13;
Heroicae caritatis specimina erga proximum&#13;
Servus Dei in urbe Parisiensi adhuc invenis et in&#13;
Eremo Cadomensi postea hospes, iam dedit, noso­&#13;
comia carceresque visitando, infirmos, morbis quo­&#13;
que horribilibus affectos, manibus suis curando,&#13;
pauperes sublevando cosque in doctrina sacra eru­&#13;
diendo.&#13;
In ditione Canadensi episcopus constitutus, Ser­&#13;
vus Dei maximas eleemosynas pauperibus ero­&#13;
gavit.&#13;
&#13;
In voluntaria paupertate vivebat et rebus ad&#13;
vitam necessariis parce utebatur, quo largius pau­&#13;
peres sumptis sois iuvaret.&#13;
Eleemosynas, in quantum fieri poterat, secreto&#13;
faciebat.&#13;
Laeto animo pauperes adiuvabat.&#13;
Quondam die hiemali tempore, cum puerum&#13;
detritis vesti bus indutum et absque calceamentis&#13;
conspexisset, Servus Dei tanta egestate commotus,&#13;
eum tamquam Iesum Infantem in cubiculum recepit,&#13;
eius pedes abluit, vestitu convenienti indutum lae­&#13;
tumque dimisit.&#13;
&#13;
XXI, 2. 54; EX. 2, 645.&#13;
&#13;
XXI. », 62: EXX, 2,&#13;
879.&#13;
EXII. I. 668.&#13;
IA . 2, (ISI-(»32 ; LXV,&#13;
1, 683; EX1X, 713714, 717; LXXI, 1,&#13;
896.&#13;
&#13;
XX, 50: XXII. 1. 65;&#13;
XXXVI,8.204: XEV,&#13;
13. 345; EI, IV, 1,&#13;
434 ; IA , 2, 635;&#13;
IA I. 662-663; EXV,&#13;
1, 685 ; 2, 692; IAIX,&#13;
756.&#13;
XXI. 2, 54; 6, 61;&#13;
XXXVI, 1. 109: EX,&#13;
2. 645: EXI, 660. 663,&#13;
664: LXV, 1, 685;&#13;
IAIX, 756.&#13;
IA , 2, 635; EXV, 2,&#13;
692; IAIX, 736.&#13;
EX, 2, 645; EXI, 663.&#13;
EX, 2, 646.&#13;
&#13;
�---- CITI ----&#13;
&#13;
Tot et tantas largitiones in pauperes erogaverat,&#13;
ut in extrema senectute nil proprium retineret, nisi&#13;
aliqua vasa argentea, quae missionario ad pixidem&#13;
conficiendam donavit, et cultellum minimi pretii,&#13;
quem famulo roganti laetissime concessit.&#13;
Ad pauperes infirmos sublevandos, Servus Dei&#13;
nosocomium in urbe Quebecensi instituere cupiebat ;&#13;
sed optata nunquam perficere valens, auxilium suc­&#13;
cessori suo praestitit, qui Nosocomium Generale&#13;
erexit.&#13;
Ultimo vitae suae anno, cum nihil ei superesset&#13;
nihilque a Seminario Quebecensi propter egestatem&#13;
obtinere posset quo pauperes sublevaret, Servus Dei&#13;
famulo suo declaravit se iam non posse vivere, mi­&#13;
seros adiuvarc non valentem.&#13;
Aegrotis et praesertim contagiosis morbis affe­&#13;
ctis, in quibus Christum patientem perspicere sole­&#13;
bat, sollicita benignitate ac quocumque posthabito&#13;
suae vitae discrimine, manibus suis auxilia impen­&#13;
debat.&#13;
Diligentius aegros adiuvabat quorum morbis&#13;
horribiliores essent ; ulcera eorum humiliter deoscu­&#13;
lari saniemque, ad exemplum plurium sanctorum,&#13;
exsugere non recusabat.&#13;
In Seminario Quebecensi cum quis infirmabatur,&#13;
Servus Dei laeto animo officia quandoque ministri&#13;
infirmorum ipse exercebat.&#13;
Summa vero caritas Servi Dei effulsit ex paterna&#13;
dilectione qua prosequebatur sacerdotes dioecesis&#13;
suae. Eos peramanter in Seminarium Quebecense&#13;
recipiebat, praesertim cum labore apostolico fracti&#13;
vestibusque pauperibus induti, ad eum regredie­&#13;
bantur.&#13;
Erga sacerdotes qui inter socios Seminarii Quebeeensis olim adscripti fuerant quique postea a so­&#13;
cietate discesserant, Servus Dei peculiarem carita­&#13;
tem exhiberi commendabat.&#13;
&#13;
L IV , 608-809 ; L X I, 664.&#13;
&#13;
LI, VII. 6, 582 (intr.),&#13;
583: LXVI, 095 ;&#13;
LXXI, 2, 900.&#13;
&#13;
LXI, 664.&#13;
&#13;
X V III, 1, 37; XXI, 1,&#13;
54; LX, 2, 631-632,&#13;
644 , 645-646; LXV,&#13;
I, 683, 686 ; 2, 690 ,&#13;
092; LXIX, 717, 731732, 794-795: LXX, 2,&#13;
882-883; LXXI, 1,&#13;
896; 6, 939.&#13;
LX, 2. 646: LXV. 2,&#13;
690, 692; LXIX, 717.&#13;
&#13;
LX, 2, 646.&#13;
&#13;
LXIX, 743-744.&#13;
&#13;
LI, III, 7, 416.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
CIV&#13;
&#13;
Famulos suos et praesertim fratres oblatos&#13;
Seminarii Quebecensis paterno amore proseque­&#13;
batur.&#13;
Servus Dei non raro ad controversias componen­&#13;
das vocatus est. Recolendus est praesertim interven­&#13;
tus eius in gravissimis difficultatibus inter guber­&#13;
natorem de Frontenac et procuratorem Duchesneau&#13;
obortis, quas Servus Dei prudenter composuit.&#13;
Persecutores vel sibi contrarios cbristiana cari­&#13;
tate diligebat. Rebus compositis, acceptarum iniuriarum ne memoriam quidem retinebat, sed persecu­&#13;
toribus omnia condonabat eosque adiuvare stu­&#13;
debat.&#13;
&#13;
Singulari amore Servus Dei sylvestres homines&#13;
prosequebatur; quod a contemporaneis pluries re­&#13;
fertur, praesertim a patre Ragueneau, e Societate&#13;
Iesu, qui eum asserebat « neophytorum amantissimum ».&#13;
Huius peculiaris dilectionis erga sylvestres po­&#13;
pulos aliqua specimina indicantur:&#13;
1. U t iam supra diximus, Servus Dei primitias&#13;
ministerii episcopalis sylvestribus hominibus con­&#13;
secrare voluit. Ipso die adventus sui in urbem Quebecensem, patrinus neonati ex natione Huroniea esse&#13;
dignatus est iuvenemque moribundum manibus suis&#13;
ad sacramentum extremae unctionis paravit.&#13;
2. Cum sacramentum confirmationis administra­&#13;
ret, a neophytis sylvestribus incipere solebat.&#13;
3. Refectiones secundum morem eorum sylvestri­&#13;
bus hominibus Servus Dei saepe obtulit eisque suis&#13;
ipse manibus inserviebat.&#13;
4. Maximas eleemosynas eis erogavit.&#13;
5. Indigenas, praesertim aegrotos, in pauperibus&#13;
casulis visitare solebat.&#13;
6. De conversione paganorum ac de neophytorum&#13;
spiritualibus necessitatibus summopere sollicitus&#13;
fuit.&#13;
&#13;
XLI, 2, 227; L II, 595596; LXI» 651-652,&#13;
661, 862; LX1X, 789.&#13;
XIiVIlI, 363-369; LI,&#13;
V I, 1, 578-579 ; LXV,&#13;
1 , 688.&#13;
&#13;
XXIX,&#13;
182 (intr.) ;&#13;
XXXIX, 217 in tr.&#13;
gen.) ; 2,218 ; X L III,&#13;
254 (intr. gen.) ; LI,&#13;
III, 7. 412-413; LX,&#13;
2. 644; LXIV, 9, 681;&#13;
LXV. 1, 686 ; 2, 689,&#13;
693; IAIX. 804-806;&#13;
LXXI, 6, »38-939.&#13;
XVII, 2, 36; X V III, 1,&#13;
37 ; XXII, 1, 65.&#13;
&#13;
XVIII, 1, 37.&#13;
&#13;
XVIII, 1, 38.&#13;
X V III. 1, 38-39; XX,&#13;
46; X X II 3, 68.&#13;
&#13;
XXII, 1, 05; 3, 08.&#13;
XXII, 2, 67; 3, 68-69.&#13;
Cf. Summ., II , § 11.&#13;
&#13;
�— cv&#13;
&#13;
11. D e p e c u l ia r i z e l o S e r v i D e i&#13;
PRO ANIMARUM SALUTE&#13;
&#13;
Caritas Servi Dei erga proximum potissimum&#13;
elucet in eius zelo apostolico.&#13;
Sacerdos de la Colombière comparationem insti­&#13;
tuit inter zelum Send Dei et Sancti Franeisci Xaverii.&#13;
Pater Hieronymus Lallemant, e Societate Iesu,&#13;
de zelo animarum Servi Dei scribebat : « [Il est]&#13;
un bon pasteur, qui vient ramasser le reste du sang&#13;
de Jésus-Christ, avec un généreux dessein de n ’épar­&#13;
gner pas le sien et de tenter toutes les voies possibles&#13;
pour la conversion des pauvres sauvages».&#13;
Patres Societatis Iesu Servum Dei exemplar&#13;
missionari orum habebant.&#13;
A multis coaevis, et praesertim a Sancto Vincentio a Paulo ac Rege Ludovico XIV, zelus aposto­&#13;
lic a Servi Dei maxime laudatur.&#13;
&#13;
Ipse Servus Dei anno 1659 scribebat : « Quid&#13;
beatius quam in salutem animarum impendere sese&#13;
imo et superimpendere ; hanc ego mihi gratiam opto,&#13;
hanc spero, hanc amo ».&#13;
Iam ab infantia, dum in Collegio Flexiensi stu­&#13;
dia perficiebat, summo desiderio ardebat animas&#13;
paganorum Christo lucrandi, praesertim in dissitis&#13;
missionibus Novae Galliae.&#13;
Suae nobilissimae familiae heres princeps, mi­&#13;
nori fratri suo iura sponte cessit, ut ipse vocationem&#13;
missionariam sequeretur.&#13;
Sacerdotio initiatus, peculiari cum sollicitudine&#13;
ministerium sacrum exercuit, sive in urbe Parisiensi sive in dioecesi Ebroicensi, in qua munere&#13;
archidiaconi maioris fungebatur, sive Cadomi, in&#13;
&#13;
LX, 2, 645.&#13;
&#13;
XVIII, 1, 37.&#13;
&#13;
LXX, 1, 876.&#13;
IX, 17; XVII, 2, 36;&#13;
XIX, 1, 42; XXII,&#13;
1, 65; XXV, 143;&#13;
XXXVI, 1, 199; 2,&#13;
199 ; 5, 201; 7, 203 ; 8,&#13;
204; 9, 204; LX, 1,&#13;
627 ; 2, 640-641, 645 ;&#13;
LXV, 2, 690, 693;&#13;
LXVII, 698; LXIX,&#13;
738-739, nota 1.&#13;
XVI, 34-35.&#13;
&#13;
LX, 2, 630; LXV, 1,&#13;
683; 2, 690; LXIX,&#13;
720; LX.XI, 1, 894,&#13;
897.&#13;
VI. 9, 10, 11-12, 13;&#13;
LXV, 2, 690 ; LXIX,&#13;
711-712.&#13;
VI, 9, 10, 11. 12; X,&#13;
21; LX, 2, 631-633;&#13;
LXV, 6, 683; LXIX,&#13;
719; LXXI, 1, 896.&#13;
&#13;
�evi&#13;
quo multas, per quatuor annos, habuit commo­&#13;
rationes.&#13;
In Nova Gallia episcopus constitutus, laeto ani­ XVI, 34-35; XVIII, 1,&#13;
37; XIX,2 ,4 3 ; XXII,&#13;
mo apostolicum munus suscepit atque summo desi­&#13;
1, 65; XXIII, 1, 75;&#13;
derio ardebat vires suas in salutem animarum sibi&#13;
2, 77-78; 39, 132;&#13;
LXX, 1, 87(5; 4, 8S8;&#13;
concreditarum impendendi, quin imo et martyrium&#13;
I jXXI, 1, S97.&#13;
pro eis subeundi.&#13;
1,&#13;
199;&#13;
Servus Dei de sanctitate cleri summopere solli­ XXXVI,&#13;
XXXVIII, 3, 214citus fuit: a) Persuasissimum habens bonum exitum&#13;
215; LI. I I I , 7, 41« ;&#13;
ministerii apostolici a sanctitate sacerdotum quam&#13;
L II, 593-594; LXIV,&#13;
9, (181-082. Cf. etiam&#13;
maxime dependere, praecones Evangelii inter ferSutum., I, § 7.&#13;
ventiores sacerdotes seligere curavit; b) Ad perfe­&#13;
ctionem spiritualem in clericis promovendam, cu- j&#13;
piebat ut omnes sacerdotes saeculares suae dioecesis&#13;
inter socios Seminarii Quebecensis adseriberentur ;&#13;
c) Sacerdotes omnes ad exercitia spiritualia in domo&#13;
Seminarii Quebecensis quotannis peragenda vo­&#13;
cabat.&#13;
Moniales quoque ad perfectionem vitae religio­ I.XXI. 2. 906.&#13;
sae solerter invitabat.&#13;
Ad sanctitatem mulierum Christianarum foven­ XX, 51 ; XI,I, 220 tinti-,&#13;
gen.) ; 1. 224-225 ; 2,&#13;
dam, piam consociationem a Sacra Familia nuncu­&#13;
225-228 ; 5, 231-232;&#13;
patam approbavit et aliquod Directorium de vita i&#13;
L.XV, 1, &lt;&gt;80; LXX,&#13;
2, 881.&#13;
Christiana pro eadem confecit.&#13;
Zelo indefesso adlaboravit ut haeretici, qui in -, XX. 46. 51 ; XXI, 7. 61;&#13;
XXIII. 1, 74; 12,&#13;
Novam Galliam appulerant, ad bonam frugem re­&#13;
101 ; XXXVI, 3, 200.&#13;
ducerentur.&#13;
Summa constantia omnibus officiis muneris epi- ! X V III, 1, 38; 3, 41;&#13;
XX, 40, 48 ; XXII, 2,&#13;
scopalis perfunctus est, verbum divinum colonis et&#13;
07 : 3, 07-08; XXIII,&#13;
sylvestribus populis praedicando, eisque sacramenta&#13;
1, 74, 75: 4, 83. 8788; 23, 117; 24,&#13;
administrando.&#13;
&#13;
I&#13;
&#13;
119; XXXVI, 3,&#13;
X LII, 249; LI,&#13;
S, 587 ; LXIX,&#13;
753; LXX, 2,&#13;
L.X.XI, 1, 901.&#13;
&#13;
200;&#13;
V II,&#13;
752,&#13;
882;&#13;
&#13;
Sacram visitationem pervastae suae dioecesis, XXII, 1, 05; 3, 07-08;&#13;
6«; XXIII, 1, 74nonobstantibus infirmitatibus posthabitoque peri- ; 5.&#13;
75; 2, 77: 4. 83;&#13;
culo in manus ferocissimorum Iroquaeorum inci­&#13;
X L III, 0, 204; LX,&#13;
2, 035 ; I.XY, 1, 088 ;&#13;
dendi, pluries peregit, iter aggrediens aestivo tem-&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
C V II&#13;
&#13;
2. 691; LXIX, 7S2,&#13;
pore in velocibus cymbis ex arborum corticibus&#13;
753-756; LXX, 4, 886 ;&#13;
confectis, quibus sylvestres homines uti solebant, aut&#13;
LXXI, 2, 903 ; 6, 931tempore hiberno pedibus in nivibus ambulans. Tan­&#13;
932. 936.&#13;
to cum labore illas visitationes fecit tantaque incom­&#13;
moda quoad victum et hospitium sustinuit, ut gra­&#13;
vissimas infirmitates contraxerit, quibus postea&#13;
mederi non valuit.&#13;
Ad abusus in diocesi coercendos, qui maxima&#13;
animabus afferebant detrimenta, Servus Dei multa&#13;
edidit decreta inter quae memoratu digna sunt :&#13;
1. Decreta quibus graviter prohibuit commer­ Cf. Snmm., I, § 9.&#13;
cium potuum alcoolicorum cum sylvestribus po­&#13;
pulis.&#13;
2. Decretum anno 1664 editum annoque 1677 XXXV, 198; LXIX, 846.&#13;
renovatum, quo parentes, qui plus aequo procrasti­&#13;
nabant puerorum baptismum, moniti sunt ut quam­&#13;
primum neonatos baptizari procurarent.&#13;
2.&#13;
Decretum quo, anno 1667, coloni in silvis de­LXIX. 768.&#13;
gentes prohibiti sunt interesse epulis, ritu pagano,&#13;
a sylvestribus hominibus oblatis.&#13;
4. Decretum tandem anno 1682 promulgatum, LXV, 2, 691; LXIX,&#13;
846.&#13;
quo graviter monitae sunt mulieres ne in ecclesiis,&#13;
nisi vestibus modestis indutae, ingredi auderent.&#13;
Zelus apostolieus Servi Dei maxime prodit ex&#13;
constanti studio quo barbarorum animas Christo&#13;
lucrandas neophytosque in vita christiana conser­&#13;
vandos, curavit:&#13;
1. Munus apostolicum apud sylvestres homines XXXVIII, 3, 214.&#13;
exercere aestimabat « l ’emploi le plus important qui&#13;
soit dans 1’Eglise».&#13;
2. De conversione barbarorum maxime ipse sol­ XXII, 1, 65; X X III, 1,&#13;
75; 2, 77; 4, 80-87;&#13;
licitus erat.&#13;
6, 90; 9, 94-98; 11,&#13;
100-101 ; 21,115 ; 23,&#13;
118; 25, 120; LXX,&#13;
2, 881-882; 4, 887.&#13;
&#13;
3.&#13;
Ipse qua simplex missionarius ad conversio­XVI. 34; XVIII. 1. 37;&#13;
XIX, 2, 43; XXII, 1,&#13;
nem barbarorum in dissitis missionibus insudare&#13;
65; LXX, 1, 876; 4.&#13;
summo desiderio exoptabat, quin imo et martyrium&#13;
887; LXXI, 1, 897.&#13;
inter eos subire cupiebat.&#13;
&#13;
�CVIII&#13;
&#13;
4. Praecones Evangelii ad omnes nationes indi­ Cf. Simun., I I , 5 2.&#13;
genas suae vastae ditionis mandavit.&#13;
5. Inter opera quae sacerdotibus Seminarii Que- LI, III, 7. 416 ; VI, 11,&#13;
562 : VII, 2, 579-580 ;&#13;
becensis commisit, erat cura de missionibus, laeto­&#13;
l.l 1, 592; LV, 609que animo missionarios ex eodem Seminario in dis­&#13;
610 (intr.); 1, 611;&#13;
LXIX, 789-790, 793.&#13;
sitas missiones misit.&#13;
6. Pueros ex sylvestribus nationibus, quo melius XXIII, 24, 119; X IJI,&#13;
LXIX, 786in rudimentis vitae Christianae edocerentur, in Se­ I 249-250;&#13;
788.&#13;
minarium Minus admisit.&#13;
7. Quin imo et ipsos Iroquaeos, Gallorum infen­ j XXI, 4, 57; XXIII, 1,&#13;
75; 2, 77-78; 4, 81,&#13;
sissimos hostes, qui semper zelo missionariorum re­&#13;
89: 0. 90; 8, 93; 10,&#13;
stiterant, Christo lucrifacere contra spem satagebat.&#13;
99; 11, 101: 16, 109110; 23, 118; XIJI,&#13;
Enimvero curavit ut sacerdos de Bernières linguam&#13;
249; LXV, 1, 6S6-687;&#13;
eorum addisceret; principem eorum, famosum GaliXX, 2, 881.&#13;
rakonthié, solemniter baptiza vit. Sed cum et ipse in&#13;
persuasionem venit Iroquaeos obicem constituere ad&#13;
propagationem Evangelii inter ceteras nationes In­&#13;
dorum, Regi Ludovico XIV selectas copias militum&#13;
postulavit, qui eosdem Iroquaeos subiugarent missionariisque ad alios barbarorum populos panderent&#13;
viam.&#13;
Servus Dei summa sollicitudine studuit ut iuve- I XXIII, 24. 119; 25,&#13;
120; XXXVI, 5, 201nes tum ex colonis tum ex sylvestribus populis, reli­&#13;
202; XLII, 249-250;&#13;
gione christiana necnon et litteris aut operibus&#13;
IJ , VI, 1. 527-528;&#13;
11. 363 ; L II, 596;&#13;
ad colonorum utilitatem spectantibus erudirentur.&#13;
1.&#13;
Y II, 3, 621; LX,&#13;
Hinc Seminarium Minus Quebecense, postea vero&#13;
2, 642, «43; LXIV,&#13;
1, 673; LXV. 1, 687 ;&#13;
gymnasium vulgo École des arts et métiers, et scho­&#13;
LXIX. 786-789, 793,&#13;
las in quibus initia litterarum pueris traderentur,&#13;
819-820; LXX, 4, 886instituit. Studium eius pro pueris educandis a con­&#13;
887; LX.XI, 2, 906.&#13;
temporaneis non paucis maxime laudatur, praeser­&#13;
tim a Galliae ministro Colbert, qui anno 16G7 ipsi&#13;
Servo Dei scribebat: « Permettez-moi... de vous sup­&#13;
plier, quoique vous fassiez l ’une de vos plus impor­&#13;
tantes occupations de bien faire élever les enfants,&#13;
d ’en user toujours à leur égard avec la même bonté&#13;
que vous avez fait jusqu’ici ».&#13;
Ad maius bonum gregis sibi concrediti conse­ XX III, 7, 92-93; 31,&#13;
123; 32, 125; 38.&#13;
quendum, Servus Dei ter, nempe annis 1662, 1671,&#13;
130 ; 39, 131-132 ;&#13;
1678, itinerum maritimorum in Europam pericula&#13;
52, 141; XXVII, 13,&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
CIX&#13;
&#13;
et incommoda sustinere non dubitavit. Notandum 1&#13;
quoque est quanto dolore afficeretur, cum, propter&#13;
negotia componenda, diutius morari cogeretur in :&#13;
Gallia, loquens de suo exilio, desideriumque patefa­&#13;
ciens in dioecesim citius redeundi.&#13;
&#13;
173 (intr.) ; XLV, 1,&#13;
339 ; 5, 342; (5, 342343; 18, 34(! ; LI. III,&#13;
&#13;
", 416; LXIY, 9,&#13;
681 ; LXV, 1, 6S5,&#13;
6S7; 2, 693; LXIX,&#13;
763, 778: LXXI, 1,&#13;
899-900 ; 2. 905-906.&#13;
&#13;
Ultimo morbo laborans morteque appropinquan­&#13;
te, Servus Dei de salute animarum apostolico amore '&#13;
loquebatur.&#13;
12. D e&#13;
&#13;
h e r o ic a p r u d e n t ia&#13;
&#13;
I.X V III. 700.&#13;
&#13;
S ervi D e i&#13;
&#13;
Prudentia Servi Dei in rebus agendis a multis&#13;
contemporaneis, inter quos Sanctus Yincentius a&#13;
Paulo, laudatur.&#13;
&#13;
V I, 8, 9, 10, 11, 12;&#13;
X, 21, 22, 24; X V II,&#13;
2, 36; I.XIX, 738,&#13;
nota 1 ; LXX, 1, 898899.&#13;
&#13;
Servus Dei officio archidiaeonatus dioecesis VI, 9, 10, 12.&#13;
Ebroicensis, coaevorum testimonio commendabili,&#13;
prudentia functus est.&#13;
In Eremo Cadomensi commorans, ab episcopo X, 21; LX, 2, 632-633;&#13;
LXXI, 1, 897-898.&#13;
Baioceusi rogatus est ut sua prudentia duo gravia&#13;
negotia componeret.&#13;
Episcopatu dignus habebatur etiam propter X, 23; LXIX, 738-789,&#13;
nota 1.&#13;
suam prudentiam, quam ipsi multi testes coaevi&#13;
agnoscebant.&#13;
Cum aliquam determinationem maioris momenti XX, 1, 48; XXVII, 2,&#13;
148-149: 9, 157-161;&#13;
suscipere deberet, Servus Dei indicium prudentum&#13;
LI, I, 377-381 ; LXIX,&#13;
virorum, praesertim Patrum e Societate Iesu sacer­&#13;
740, 743-744; LXXI,&#13;
6, 936-937.&#13;
dotumque suae dioecesis, perquirebat. Quod aperte&#13;
probatum est ex testimonio sacerdotis de Maizerets&#13;
scribentis: «Le prélat ne faisait rien de considé­&#13;
rable que de concert avec nous tous », et e multis&#13;
casibus concretis.&#13;
Prudentia Servi Dei etiam eruitur ex seligendo XXXVI, 1, 199; L I, II ,&#13;
1, 385-386 : L II, 593missionarios e Gallia, quos et spiritu Dei imbutos&#13;
594; LXIV, 9, 681et pura praeditos doctrina, magna solertia perqui­&#13;
682.&#13;
rebat.&#13;
Eadem prudentia ductus, petiit a Rege Ludo­ XXIII, 10, 99; 15, 108vico XIV ut coloni e Gallia in regionem Canadensem | 109; 16, 109; XXXIV,&#13;
&#13;
�ex&#13;
&#13;
transmittendi moribus et vita religiosa commenda­&#13;
biles essent.&#13;
Circa hanc virtutem congruentia dedit consilia&#13;
in scriptis, praesertim:&#13;
1. In epistolis quas e Gallia annis 1686 et 1687&#13;
sacerdoti de Saint-Valier, in dioecesi Quebecensi&#13;
munere vicarii generalis fungenti, sacerdotibusque&#13;
Seminarii Quebecensis mittebat, et in quibus oppor­&#13;
tuna consilia prudentiae eis afferebat circa administrationem Seminarii aut circa impensa facienda&#13;
debitaque solvenda.&#13;
2. In directorio quod pro missionariis ipse com­&#13;
posuit.&#13;
3. In constitutionibus quas sodalibus consocia­&#13;
tionis a Sacra Familia dedit.&#13;
Cum ortae essent difficultates inter Seminarium&#13;
Quebecense et episcopum de Saint-Valier, eius suc­&#13;
cessorem, Servus Dei multa specimina prudentiae&#13;
praebuit. Etenim :&#13;
1. Controversias personales cum de Saint-Valier&#13;
summopere vitavit; quin imo summam pecuniae&#13;
amittere maluit, quam difficultates cum eo habere.&#13;
2. Vitam quasi reclusam in Seminario aut in dis­&#13;
sito pago Sancti Ioachim duxit, ne successoris sui&#13;
menti aliquam dubitationem de suo in rebus agitatis&#13;
interventu personali afferret.&#13;
3. Sacerdotes Seminarii Quebecensis ad obse­&#13;
quium et oboedientiam novo episcopo praebendam&#13;
hortabatur.&#13;
&#13;
4. Aliquos sacerdotes dehortatus est ne litteras&#13;
iam scriptas episcopo de Saint-Valier mitterent, in&#13;
quibus iura propria verbis amaris defendebant.&#13;
5. Cum, anno 1696. episcopo de Saint-Valier in&#13;
Gallia degenti atque roganti, Servus Dei epistolam&#13;
illam scripsit, in qua sensus suos aperiebat de ipsius&#13;
de Saint-Valier agendi ratione in administratione&#13;
dioecesis, eamdem epistolam examinandam prius a&#13;
&#13;
196-197; X L III, 15,&#13;
301 : LXIX, 757, no­&#13;
ta 1; I.XXI, 2, 910;&#13;
6, 937-938.&#13;
IJ , II, 1, 387-392; 3.&#13;
398-399; I II, 7, 415416.&#13;
&#13;
XXXVIII, 3. 214-216.&#13;
XI.I' 2, 225-228.&#13;
&#13;
1.1, IV, 424-425, 428&#13;
(intr. gen.); 7, 464;&#13;
10, 473; 11, 478-480;&#13;
14. 494-495, 496.&#13;
M. IV, 424, 428 (intr.&#13;
gru.); 7, 4G4 ; 10,&#13;
473; 11, 476; V. 11,&#13;
566 : LXI, 660.&#13;
1.1, II, 383-384 (intr.&#13;
gen.): 1, 388; IV,&#13;
424, 425, 429, 431&#13;
(intr. gen.); 7, 460;&#13;
14, 494-496; V, 1,&#13;
505.&#13;
1.1, IV, 11, 482-484.&#13;
&#13;
I.I. VI. 517 (intr. gen.);&#13;
8, 548-552; 10, 555557.&#13;
&#13;
�CXI&#13;
&#13;
viris magnae auctoritatis prudenter statuit, qui de­&#13;
cernerent num epistola ipsa episcopo tradenda&#13;
foret.&#13;
(i. Concordia tandem inter de Saint-Valier et Se­&#13;
minarium Quebecense restituta, idem de Saint-Valier non raro Servum Dei rogavit ut lites aliasque&#13;
difficultates in dioecesi componeret; quod Servus&#13;
Dei diligenter prudenterque absolvit.&#13;
Neque minoris prudentiae argumentum praebent&#13;
multa alia facta vitae Servi Dei, inter quae haec&#13;
recenseri possunt:&#13;
1. Cum dubitaret de approbatione pontificia&#13;
instituti Hospitalariarum a Sancto Ioseph nuncu­&#13;
patarum, quae nuper in Novam Galliam appulerant,&#13;
Servus Dei illas sorores in vicariatu apostolico&#13;
admittere noluit, nisi postquam a Sancta Sede cer­&#13;
tior factus esset de legitima approbatione praedicti&#13;
instituti.&#13;
2. Constitutiones Ursulinarum quas ipse rogatus&#13;
conditionibus peculiaribus nascentis coloniae accom­&#13;
modaverat, aliquibus monialibus repugnantibus, ad&#13;
annum tantum prudenter imposuit ad experimen­&#13;
tum.&#13;
3. Itidem consociationem a Sacra Familia in&#13;
Nova Gallia a domina d ’Ailleboust institutam, ad&#13;
annum permisit, priusquam approbationem definiti­&#13;
vam concederet.&#13;
13. D e h e r o ic a i u s t i t i a S e r v i D e i&#13;
&#13;
Servus Dei iustitiam coluisse apparet ex illis&#13;
quae iam diximus de eius virtutibus in genere et&#13;
praesertim de caritate erga Deum et proximum.&#13;
Singulari obsequio Summum Pontificem prose­&#13;
quebatur.&#13;
Obligationibus et officiis muneris sui episcopalis&#13;
summa qua par est diligentia perfunctus est.&#13;
Ieiunia ab Ecclesia statuta aut in Seminario&#13;
Quebeeensi pietate servata, Servus Dei usque ad&#13;
&#13;
M , VII, 577 (intr. gen.);&#13;
1, 578-579; 6, 58-1-586.&#13;
&#13;
XXIII, 21, 112-116.&#13;
&#13;
XXI, 3, 55-57 ; 5, 58-59 ;&#13;
XLIV, 370; LXX, 2,&#13;
882, 883; LXXI, 2,&#13;
906-907.&#13;
&#13;
XI I, 5, 231.&#13;
&#13;
i&#13;
&#13;
Cf. Sum m ., I I , §§ 1,&#13;
5, 6, 10, 11.&#13;
Cf. Sum m ., II , § 3.&#13;
Cf. Sum m ., I I , § 11.&#13;
LXI, 661.&#13;
&#13;
�C X II&#13;
&#13;
Singularem gratitudinem erga Patres Societatis&#13;
Iesu patefecit, a quibus studiis litterariis, philoso­&#13;
phicis et theologicis necnon v-itae spiritualis exer­&#13;
citiis initiatus fuerat.&#13;
Benignus fuit plenusque caritatis erga famulos&#13;
suos, praesertim erga fratrem Houssart, qui hac de&#13;
re testimonium ipse dedit.&#13;
Summa sollicitudine operam dedit ut debita a&#13;
Seminario Quebecensi contracta citius creditoribus&#13;
exsolverentur.&#13;
Inter alia facta vitae Servi Dei in quibus iustitiam sane elucescit, unum hic indicare iuvabit, nem­&#13;
pe : cum gravissimae controversiae inter Patres&#13;
Societatis Iesu et Patres Recollectos in quadam dis­&#13;
sita missione ortae essent, vicarius generalis de&#13;
Montigny Servo Dei proposuit ut sacerdotes Semi­&#13;
narii Quebecensis una cum sodalibus Sancti Sulpitii, illis difficultatibus utentes, expulsis praedictis&#13;
Patribus, missionem occuparent, principio innixi:&#13;
« Inter duos litigantes, tertius gaudet ». At Servus&#13;
Dei propositum omnino reiecit, quod, uti ipse aiebat,&#13;
« n ’est nullement fondé sur les maximes du Christia­&#13;
nisme ».&#13;
&#13;
U VI, 11, 561; LXI,&#13;
057 ; LXIX, 744.&#13;
t, H, 383-384 (iatr.&#13;
gru.)&#13;
; IV,&#13;
420, 429, 431 (intr.&#13;
gon.) &gt; *i 400 ; i l&#13;
482-484; 14, 494-490 ;&#13;
V, 1, 505.&#13;
GO&#13;
&#13;
mortem, nonobstantibus infirmitatibus, fideliter&#13;
adimplevit.&#13;
Constitutiones et regulas Seminarii Quebecensis,&#13;
cuius Servus Dei sodalem libere sese constiterat,&#13;
religiose semper custodivit.&#13;
Sacerdotes Seminarii Quebecensis ad obsequium&#13;
et oboedientiam erga episcopum de Saint-Valier&#13;
hortabatur, etiam cum gravissimae controversiae&#13;
inter eos et episcopum exortae essent.&#13;
&#13;
XVI, 31-35.&#13;
&#13;
M l, 595-596; LXI, 651652, 661, 662; LXIX,&#13;
789.&#13;
LI. II, 1,389, 390-391;&#13;
I I I , 7, 413-414, 415;&#13;
IV, 1, 433-438; V I,&#13;
1, 525, 527-528.&#13;
LI, VI, 6, 542-544.&#13;
&#13;
14. D e h e r o ic a f o r t it u d in e S e r v i D e i&#13;
&#13;
De heroica fortitudine Servi Dei multi contem­&#13;
poranei affatim testati sunt, praesertim:&#13;
1. Pater Hieronymus Lallemant, e Societate&#13;
&#13;
XVIII, 2, 39.&#13;
&#13;
�C’ X 111&#13;
&#13;
Iesu, qui Servum Dei « egregia fortitudine » prae­&#13;
ditum asserebat.&#13;
2. Ven. Maria ab Incarnatione, quae, in pluribus XXI, 1 53; 2, 54; 5, 58.&#13;
locis epistolarum suarum, fortitudinem Servi Dei&#13;
laudat. Inter alia haec de eo scripsit : « Zélé pour&#13;
faire observer tout ce qu’il croit devoir augmenter&#13;
la gloire de Dieu et inflexible pour ne point céder&#13;
en ce qui est contraire. Je n ’ai pas encore vu per­&#13;
sonne pour tenir si fort que lui en ces deux points ».&#13;
3. Minister Galliae Colbert, qui constantiam XXXVI, 5, 201.&#13;
Servi Dei in virtutibus omnibus colendis maxime&#13;
laudat.&#13;
4. Frater Houssart, iam memoratus famulus I.XI, 656, 658, 661-662.&#13;
Servi Dei, qui patientiam eius in adversitatibus ac&#13;
corporis infirmitatibus tolerandis mirabatur.&#13;
5. Alius testis de visu, qui praedicabat : « Son . LXV, 2. 690, 693.&#13;
zèle ferme, constant, infatigable, invincible pour la&#13;
destruction du vice et du péché dans les consciences&#13;
et pour soutenir les intérêts de Jésus-Christ ».&#13;
6. Alii tandem testes, qui Servum Dei in labore XXXVI, 5. 201 : X L III,&#13;
7, 268.&#13;
indefessum declarabant.&#13;
Quae fortitudo Servi Dei maxime elucet ex stu­ Cf. Summ., I I , §§ 1,&#13;
dio et constantia quibus a primis vitae suae annis | 15, 16.&#13;
usque ad mortem, perfectionem spiritualem prose­&#13;
cutus est, austerissima et pauperrima vitae ratione&#13;
servata.&#13;
Missiones Canadenses, quae ob initia coloniae IX, 17; TA, 2, 630;&#13;
LXV, 1, 683; 2, 690;&#13;
ingentiores labores maioraque pericula promiserant,&#13;
I.XIX, 720; LXXI, 1,&#13;
894, 897.&#13;
prae omnibus aliis exoptabat munusque vicarii&#13;
apostolici illius longinquae provinciae forti animo&#13;
accepit.&#13;
Tantum aberat ut martyrium inter barbaros XVI, 34; XVIII, 1, 37;&#13;
XIX, 2, 43; XXIII,&#13;
subire formidaret, ut illud speraret.&#13;
Munere episcopali fungens, Servus Dei gravis­&#13;
sima incommoda et pericula, ratione ministerii, for­&#13;
titer toleravit, praesertim in visitationibus suae&#13;
vastissimae dioecesis.&#13;
&#13;
1, 65; LXX, 1, 876;&#13;
LXXI, 1, 897.&#13;
XXII, 1, 65; 3, 67-68;&#13;
5. 69; X XIII, 1, 7475; 2, 77; 4, 83;&#13;
X L III, 6, 264; LX,&#13;
2, 635; LXV, 1, 688;&#13;
h&#13;
&#13;
�exiv&#13;
&#13;
Fortiter omnia superavit obstacula quae bonum&#13;
gregis sibi crediti impediebant:&#13;
&#13;
2, 691; LXIX, 782,&#13;
755-756; LXX, 2, 881882; LXXI, 2, 903;&#13;
6, 931-982, 936, 939.&#13;
Cf. Summ., I, § 5.&#13;
&#13;
1. lura Sanctae Sedis firmiter stabilire agres­&#13;
sas est, contra assertam iurisdictionem archiepi­&#13;
scopi Rhotomagensis eiusque vicarii generalis de&#13;
Queylus.&#13;
2. lura sua episcopalia strenue defendit contra Cf. Summ., I, § 11.&#13;
moderatores civiles coloniae, qui spiritu gallicano&#13;
imbuti, dominium in res ecclesiasticas exercere co­&#13;
nabantur.&#13;
3. Commercium potuum alcoolicorum cum syl- Cf. Summ., I, § 9.&#13;
vestribus p o p u lis , maximis non obstantibus contra­&#13;
dictionibus, pro viribus impedire nunquam destitit.&#13;
4. Decretis opportunis abusus, qui disciplinae Cf. Sum m ., I I , § 11.&#13;
Christianae adversabantur, coercuit.&#13;
5. Ad bonum Ecclesiae suae stabiliendum iura- X V II, 13, 173 (intr.) ;&#13;
XLV,18, 346 ; LXIV,&#13;
que ecclesiastica defendenda, ter periculis mariti­&#13;
9. 681 : LXV, 1, 685,&#13;
morum itinerum in Galliam se committere non du­&#13;
687; 2, 693; LXIX,&#13;
765,&#13;
778; LXXI, 1,&#13;
bitavit.&#13;
899-900; 2, 905-906.&#13;
In peioribus atque difficilioribus eventibus, pa­&#13;
tientia et fortitudo nunquam ei defuerunt, sed aequo&#13;
animo omnia ipse contraria sustinuit, praesertim:&#13;
1. Cum anno l(j(&gt;5, gravissimis ortis controversiis LXIX, 801-S05 ; LXXI,&#13;
5, 927.&#13;
inter eum et gubernatorem de Mésy, idem de Mésy&#13;
milites cathedralem ecclesiam domumque episcopa­&#13;
lem obsideri iussit, Servus Dei, ad omnes promis&#13;
iniurias sustinendas, incessu pacifico adversus eos&#13;
incurrit, a quibus sponte honoribus militaribus sa­&#13;
lutatus est.&#13;
2. Cum anno 1G87 Servus Dei, episcopatu dimis­ L I, I I I , 403-404 ( in tr .&#13;
g en .) ; 7, 410-413, 416.&#13;
so, licentiam regiam in Novam Galliam redeundi&#13;
obtinere non potuit.&#13;
3. Cum aedes Seminarii Quebecensis, quas ipse LVÏÏ, 618-623; LX, 2,&#13;
647; LXI, 662.&#13;
ingentibus sumptibus aedificaverat, incendiis bis&#13;
absumi conspexit.&#13;
4. Summa quoque fortitudine infirmitates maxi- LXI, 656-658; LXIV, 9,&#13;
681; LXV, 2, G91.&#13;
mosque corporis cruciatus toleravit.&#13;
&#13;
�CW&#13;
&#13;
Aegrotos contagiosis quoque morbis affectos,&#13;
posthabito vitae suae periculo, usque ad ultimos&#13;
vitae suae annos, manibus suis curare consuevit.&#13;
&#13;
Iniurias et convincia aequo animo ferebat; ad­&#13;
versarios amore condonante prosequebatur et bene­&#13;
ficiis rependebat.&#13;
15. D e h e r o ic a t e m p e r a n t ia S e r v i D e i&#13;
&#13;
XXI, 1, 54 ; LX, 2, 631632, 044, 645*646;&#13;
&#13;
1.XV, l, os:?. OSO: 2,&#13;
090, 092 ; LXIX, 717,&#13;
731-732,794-795; LXX,&#13;
2, 882-883; LXXI, 1,&#13;
896; 0, 939.&#13;
XXIX,&#13;
182&#13;
(intr.) ;&#13;
X L III, 254 (intr.&#13;
gen.) ; 22, 335; LX,&#13;
2. «44; LXIV, 9,081;&#13;
I.XV. 1. 080; 2, 689,&#13;
693; LXIX, 804-800;&#13;
LXXI, 6, 938-939.&#13;
&#13;
De heroica temperantia, quae singulari modo in&#13;
Servo Dei elucebat, multi coaevi testimonia dede­&#13;
runt, ex quibus aliqua hic referre iuvabit, nempe:&#13;
1. Ven. Maria ab Incarnatione de Servo Dei scri­ X X I, 2, 54.&#13;
bebat: « C’est bien l ’homme du monde le plus austè­&#13;
re et le plus détaché des biens de ce monde ».&#13;
2. Sacerdos de la Colombière exclamabat : « Il a I X, 2, 645.&#13;
eu... la mortification de saint François de Borgia ». j&#13;
3. Ephemeris aulae regiae Parisiensis Le Mer­ I.XII, 2. 668.&#13;
cure Galant referebat: «Ce prélat vivait simple­&#13;
ment et frugalement ».&#13;
4. Lahontan, libellorum contumeliosorum scri­ LXXI, 6, 941.&#13;
ptor, « s ’arrête respectueusement devant le Servi­&#13;
teur de Dieu et parle de la rigidité de ses mœurs ».&#13;
Ita loquitur testis XV Processus Apostolici Quebecensis.&#13;
5. Frater Houssart, qui per vigiliti ultimos vitae I.X I. 651-667.&#13;
annos famulus Servi Dei assiduus fuit, in notissima&#13;
epistola de eodem Servo Dei, summam temperan­&#13;
tiam et spiritum mortificationis eius fusius describit.&#13;
Servus Dei austerum vitae genus iam a inven­ LX, 2, 631-632; LXV,&#13;
2, 690; LXIX, 713,&#13;
tate aggressus est, et praesertim dum inter socios&#13;
717.&#13;
consociationis Aa viveret aut in Eremo Cadomensi&#13;
moraretur.&#13;
Cum de nominatione Servi Dei ad munus vicarii VI, 10. 12; X, 21, 22,&#13;
23-24, 25; LXIX, 73Sapostolici ageretur, testes informationum canoni­&#13;
739, nota 1.&#13;
carum necnon Sanctus Vincentius a Paulo de eius&#13;
vitae innocentia et morum puritate testati sunt.&#13;
&#13;
�---- CXVI&#13;
&#13;
Servus Dei « corporis et animi modestia » elu­ VI, 12; XVIII, 2, 39.&#13;
cebat.&#13;
A mundanis officiis blanditiisque urbanitatis IA, 2, G46 ; LXI, 657658; LXV, 2, 691.&#13;
omnino abhorrebat.&#13;
Circa mortificationis spiritum Servi Dei, aliquid&#13;
singulatim enumerare praestat :&#13;
1. Industria et solertia satagebat, ut corpus suum LXI, 654, 656.&#13;
in omnibus excruciaret.&#13;
2. Cibis parcissimis et ordinariis quotidie uteba­ LXI, 658-660; LXIX,&#13;
730.&#13;
tur, quos, spiritu poenitentiae, flexibus genibus non&#13;
raro sumebat.&#13;
3. A potationibus exquisitis abhorrebat, aqua LXI, 660-661.&#13;
contentus modicissimo vino commixta.&#13;
4. Ieiunia ab Ecclesia praescripta aut in Semina­ LXI, 661.&#13;
rio Quebecensi usitata, usque ad extremam senectu­&#13;
tem fideliter observavit.&#13;
5. Brevissimam quietem corpori concedebat, an­ LX, 2. 646; LXI, 655.&#13;
telucanis horis e lecto surgebat ut contemplationi&#13;
divinae vacaret, atque ad somnum sub nocte non&#13;
redibat, nisi postquam omnia exercitia pietatis ab­&#13;
solvisset.&#13;
(i. Super lectulum pauperrimum, tabulis levis- LX, 2, 646; LXI, 654655.&#13;
simaque culcita constans, breve somnum carpebat;&#13;
ad lecto stramentitio, propter infirmitates, utendum&#13;
aegre acquiescebat.&#13;
7. Cum extra Seminarium pernoctaret, lectum LXI, 655.&#13;
ab hospitibus paratum non semel intactum reliquit.&#13;
8. Cubiculum igne calefieri nunquam, nonobstan- I XI, 655.&#13;
tibus ingentibus frigoribus regionis Canadensis,&#13;
passus est.&#13;
LXI, 657.&#13;
9. Sedibus valde incommodis uti solebat.&#13;
10. Rudia cilicia fere quotidie secreto gestabat. LX, 2, 646; LXI, 656.&#13;
LX, 2, 646.&#13;
11. Flagellis carnem mortificabat.&#13;
LXI,&#13;
656, 658.&#13;
12. Plagis in cruribus affligebatur, quarum cura­&#13;
tionem valde dolorosam summa patientia tolerabat.&#13;
13. Horribiliores aegrotos curare in deliciis ha­ X V III, 1, 37; XXI, 1,&#13;
54; LX, 2, 631-632.&#13;
bebat, plagasque eorum necnon lintea ad curationem&#13;
644 , 646; LXV, 2,&#13;
adhibita, etiam sanie stillantia, non raro deoscula­&#13;
690; LXIX, 717.&#13;
batur.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
C X V II&#13;
&#13;
Servum Dei usque ad mortem in illis mortifica­&#13;
tionis exercitiis perseverasse refert frater Houssart.&#13;
Cum vitae voluntaria austeritate, Servus Dei&#13;
patientiam heroicam in ferendis infirmitatibus coniunxit.&#13;
&#13;
1 X I , 654. 666.&#13;
&#13;
LXI, 636. 658; LXIV,&#13;
!), «81 ; LXV, 2, «91.&#13;
&#13;
16. D k ev a n g elic a p a u p e r t a t e S e r v i D e i&#13;
&#13;
Servus Dei, etsi ex nobilissima familia ortus,&#13;
evangelicam paupertatem exercere studuit cum om­&#13;
nibus incommodis quae paupertatem sequuntur.&#13;
Paupertatem evangelicam inter virtutes, quibus&#13;
Servus Dei eluxit, maximum locum tenuisse eiusdem&#13;
temporis testes affirmarunt.&#13;
In paupertate voluntaria Servus Dei aemulus&#13;
Sancti Francisci Assisiensis dicitur. « La pauvreté&#13;
était sa chère maîtresse », ait sacerdos de la Colom­&#13;
bière.&#13;
Yen. Maria ab Incarnatione Servum Dei vero&#13;
spiritu paupertatis esse ornatum asserebat.&#13;
Divitias contemnens, Servus Dei nobilis familiae&#13;
iura sibi, mortuis fratribus natu maioribus, obve­&#13;
nientia, quo liberius Deo inserviret, fratri natu mi­&#13;
nori cessit.&#13;
Cum arcliidiaconatum ecclesiae Ebroicensis ab­&#13;
dicavit, pensionem ex eo retinere, uti eo temporis&#13;
mos erat, noluit.&#13;
Vicarius apostolicus in Kova Gallia constitutus,&#13;
nullos reditus appetebat nisi ad tenuem victum et&#13;
vestitum atque ad eleemosynas pauperibus elargien­&#13;
das necessarios.&#13;
Spiritu paupertatis ductus, domum episcopalem&#13;
possidere non exoptabat, sed, antequam aedificaren­&#13;
tur aedes Seminarii Quebecensis, in quibus domici­&#13;
lium elegit, in aliena domo locata vixit cum sacerdo­&#13;
tibus suis.&#13;
Quam domum, sicut postea cellam in Seminario&#13;
electam, Servus Dei pauperrima supellectili ornavit.&#13;
&#13;
LX, 2, «45; LXV, 2,&#13;
68 9 ; LXXI, 3 , 917.&#13;
LX, 2, 645; LXXI, 3,&#13;
917.&#13;
&#13;
XXI, 2, 54.55.&#13;
VI, », 10, 11-12, 13;&#13;
LXV. 2, 690; LXIX,&#13;
711-712.&#13;
&#13;
VII, 14-15: X, 21, 23;&#13;
I XXI, 1, 896-897.&#13;
&#13;
XXIII. 4, 82-83.&#13;
&#13;
XXI, 1, 53; 2, 55;&#13;
XXIII. 4, 83; LXV,&#13;
1. «84, «85; LXVII,&#13;
«97; LXIX, 730-731;&#13;
LXX, 2, 87S.&#13;
XXI, 2 , 55; LX. 2, 645;&#13;
LXV, 2, 691.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
C X V III —&#13;
&#13;
De summa paupertate quoad victum iam supra I Cf. Simun., II , § 15.&#13;
dictum est, cum de temperantia ageretur.&#13;
Vestes quibus utebatur, paupertatem redolebant; LX, 2, 645; LXI, 664665: LXV, 2, 691;&#13;
quin imo traditur eum ad Regem Ludovicum XIV&#13;
LXX, 5, 891.&#13;
pauperrimis vestibus indutum accessisse.&#13;
In habitu ceterisque dignitatis episcopalis indu­ XXIII, 5, 69.&#13;
mentis, simplicitatem praediligebat.&#13;
Itinera, praesertim visitationes episcopales per- XXII. 5, 69; L I, 111,&#13;
10, 118; LXV, 2.&#13;
vastae suae dioecesis, pauperrimo comitatu susci­&#13;
691 ; LXIX, 755.&#13;
piebat.&#13;
Redam et equum possidere nolebat, quibus mu­ LX. 2, 645.&#13;
tuo habitis raro, ob infirmitates, utebatur.&#13;
Omnes personales expensas non absolute neces­ LXI, 663. 664.&#13;
sarias vitabat.&#13;
Ad tantam redactus inopiam fuit tum propter XXIIT. 29. 122? 31, 123124; 32, 124-125;&#13;
voluntariam paupertatem cum propter largitiones&#13;
33. 126-127; 35, 129;&#13;
pauperibus erogatas, ut, anno K&gt;74, impar factus&#13;
36. 129 : 38,129-131 ;&#13;
39. 131 132; XXXVI,&#13;
esset iuribns Cancellaviae Romanae solvendis, ad&#13;
8, 204; XLY, ». 343;&#13;
obtinendas bullas pro erectione dioecesis Quebe13, 344-345.&#13;
censis datas.&#13;
Supremis vitae suae annis, nil proprium retine­ LIV. 60S-669; LXI. 664.&#13;
bat, nisi aliqua vasa argentea, quae missionario ad&#13;
pixidem conficiendam donavit, et cultellum minimi&#13;
pretii, quod famulo roganti laetissime concessit,&#13;
« afin, ut ipse ait, de ne posséder plus rien sur la&#13;
terre et d’être entièrement dégagé des biens de ce&#13;
monde ».&#13;
Hunc paupertatis amorem sacerdotibus suae&#13;
dioecesis inculcare summopere conatus est:&#13;
1. Socios Seminarii Quebecensis, ut in pauper­ Cf. Suium., I, § 7.&#13;
tate evangelica conservarentur, Servus Dei rogabat&#13;
ut, ad instar religiosorum, cessione libera nuncupata&#13;
désappropriation, omnia bona sua communitati tra­&#13;
derent; et ipse, sicuti omnes alii socii, omnia quae&#13;
possidebat, Seminario donavit.&#13;
2. Frequentibus admonitionibus sacerdotes Se­ LXV, 2. 691-692.&#13;
minarii ad paupertatem hortabatur.&#13;
3. Peculiari dilectione prosequebatur sacerdotes XXIII, 4, 87; LXI, 665;&#13;
qui in maiore paupertate vivebant, et missionarios | LXIX, 743.&#13;
&#13;
�CXIX&#13;
&#13;
qui ad eum pauperrimis vestibus induti recedebant,&#13;
paterno affectu in domum Seminarii Quebecensis&#13;
recipiebat.&#13;
17. D e&#13;
&#13;
h e r o ic a&#13;
&#13;
S er v i D e i h u m i l i t a t e&#13;
&#13;
Ob heroicam humilitatem, Servus Dei a Ven. Ma­&#13;
ria al) Incarnatione comparatur Sancto Thomae a&#13;
Villanova.&#13;
De nativitatis suae nobilitate nunquam gloria­&#13;
batur; quin imo invenis sacerdos, non semel pauper­&#13;
rimis mendici vestibus indutus, sacras peregrina­&#13;
tiones in Gallia suscepit, panem mendicans summa­&#13;
que laetitia gaudens, cum contumelias per viam re­&#13;
ciperet.&#13;
Cum vicarius apostolicus Novae Galliae praesentatus esset, non tacuit se praeoptare in missiones&#13;
Canadenses qua simplicem missionarium adire, mu­&#13;
nusque episcopale non accepit nisi instigantibus&#13;
amicis et consiliariis.&#13;
Vitam praediligebat absconditam quam revera,&#13;
in quantum potuit, ducere consuevit.&#13;
&#13;
Se peccatorem aestimabat.&#13;
Postremis vitae suae annis, peccata sua quotidie&#13;
confessione sacramentali expiabat.&#13;
Indignum se habebat pro Deo martyrium susti­&#13;
nere; hoc tamen summe optabat.&#13;
Preces eius summam humilitatem redolebant.&#13;
Heroicae mortificationis et poenitentiae exerci­&#13;
tia secreto facere conabatur.&#13;
Ab hominum laudationibus abhorrebat easque&#13;
studiose declinabat,&#13;
Omnem apparatum quoad victum, vestitum et&#13;
habitationem omnino vitabat.&#13;
Quotidie in ecclesia cathedrali, summo mane, et&#13;
fores ipse aperiebat et campanas pulsabat.&#13;
Quamvis senectute et infirmitate gravis, opera&#13;
&#13;
XXI, 2, 54.&#13;
&#13;
IA. 2. (».'58-040; LXV,&#13;
2, fi!IO: LX1X. 717.&#13;
&#13;
XXIII, 33, 126; IA . 2,&#13;
634, nola 1 ; LXV,&#13;
L, 683-684; 2, elio­&#13;
fili I ; I.XIX. 721. 7:55;&#13;
LXXI. 1, 898.&#13;
XLIX. 372; IA . 2. 631632; I.XIV, 7. 67S;&#13;
II. 681; LXV, 2. 6811,&#13;
6110; LX1X, 712-714.&#13;
717; IA X I, 1, 897.&#13;
LXVII. 700.&#13;
&#13;
LXI. 666.&#13;
XVI. 34.&#13;
LXI. 653.&#13;
I XI, 654-655, 656, 657.&#13;
658-6511.&#13;
IA , 2, 646-647 ; LXV.&#13;
&#13;
2. filli.&#13;
&#13;
(T. Simun., 11, § 16.&#13;
IA . 2. 646: LXI, 655.&#13;
LXI. 654-655 , 661.&#13;
&#13;
�cxx&#13;
&#13;
famuli sui, fratris Houssart, fere scraper recusabat,&#13;
sed ipse lectum sternebat, cubiculum verrebat alia­&#13;
que vilissima ministeria obibat.&#13;
Sacerdotes Seminarii Quebecensis ad humilita­&#13;
tem hortabatur. Recolendum est praesertim commo­&#13;
vens illa exhortatio quam, anno 1678, Servus Dei,&#13;
mox in Galliam profecturus, fecit iisdem sociis Se­&#13;
minarii, quibus singulis postea jiedes, lacrimis per­&#13;
fusus, lavit et osculatus est.&#13;
&#13;
LXV, 1, 6S7 ; 2, 691-692.&#13;
&#13;
III. De morte et sepultura Servi Dei&#13;
1. D e u l t i m o m o rbo e t d e o b it u S e r v i D e i&#13;
&#13;
Iam a multo tempore, uti supra vidimus, Servus Cf. Stimili., I, § 13.&#13;
Dei multis infirmitatibus, praesertim plagis in cru­&#13;
ribus, laborabat.&#13;
Dominica in Palmis anni 1708, ob maximos do­ I XI, 657.&#13;
lores quibus Servus Dei cruciabatur, famulus eius,&#13;
frater Houssart, illum dissuadere conatus est ne&#13;
liturgicae functioni in ecclesia cathedrali interesse&#13;
vellet. Servus autem Dei nullo modo assentire voluit&#13;
cruciatusque silentio celavit, ne ad officia Maioris&#13;
Hebdomadae convenire impediretur.&#13;
Feria vero Sexta in Parasceve, cum vehementior LX, 2. G46 ; LXI, 657;&#13;
LX II, 3, 670; LXV,&#13;
esset vis frigoris in ecclesia, pernionem contraxit,&#13;
2, 691.&#13;
ex quo vulnus in eius pede enatum est.&#13;
Nonobstantibus doloribus, Servus Dei omnibus LXI, 657; LXV, 2, 694.&#13;
officiis Maioris Hebdomadae ac diei Paschatis as­&#13;
siduus fuit.&#13;
Quin imo feria tertia infra Octavam Paschae, LXV, 2, 694.&#13;
ordinationem pro subdiaconatu habuit.&#13;
Quamvis vebementissimis doloribus cruciaretur, I XV, 2, 694.&#13;
sacrum tamen missae sacrificium litare non omisit,&#13;
nisi cum, viribus deficientibus, in lecto decumbere&#13;
coactus est.&#13;
Ad aeternitatis ianuam ductus, cum a quodam LXVII, 700.&#13;
sacerdote Seminarii Quebecensis rogatus esset ut&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
CX X I&#13;
&#13;
filiis suis novissimas exhortationes daret sicut alii 1&#13;
fecerunt sancti Antistites, Servus Dei nil respondit&#13;
nisi: « Ils étaient des saints, et je suis un pécheur ».&#13;
Appropinquante exitu, paterna sollicitudine de LXVII, 700.&#13;
salute animarum adhuc loquebatur.&#13;
Sanctum Viaticum sumpsit Extremamque Un­ LX, 624.&#13;
ctionem summa devotione recepit.&#13;
Prima luce diei sextae mensis maii anni 1708, XLIX, 371; LVUI, 624;&#13;
LIX, 624; IX , 1,&#13;
in ipsa die octava festi Sanctae Familiae, cum ad626; 2, 647-648; LXII,&#13;
stantes sacerdotes litanias eiusdem Sanctae Fami­&#13;
1, 608; 2, 669, 670;&#13;
3, 671 ; LXVII, 700.&#13;
liae recitarent atque ad illa verba devenissent : « U t&#13;
a Te secundum Cor tuum inveniri merear », Servus&#13;
Dei placidissime animam efflavit, octogesimo sexto&#13;
vitae suae anno, a consecratione episcopali quin­&#13;
quagesimo.&#13;
2. D e p o p u l i c o n c u r s u ad f u n u s S e r v i D e i&#13;
&#13;
Vix Servus Dei spiritum reddiderat, cum, iam, XLIX, 371.&#13;
pulsatis ecclesiarum campanis, obitus eius per ur- :&#13;
bem Quebeeensem nuntiatus est, re postea celeriter&#13;
per totam provinciam Canadensem divulgata.&#13;
Citius hominum multitudo cuiusvis gradus et XLIX, 371; LXII, 2,&#13;
669; LX III, 672.&#13;
conditionis ad ecclesiam cathedralem confluxit, in&#13;
qua per tres dies corpus defuncti expositum est.&#13;
Devotionis causa, alii frustula ex vestibus Servi XLIX, 371; LXI, 653654, 667; LXII, 2,669;&#13;
Dei exsecabant; alii vero capillos aliaque ad usum&#13;
L X III, 672; LXIV,&#13;
Servi Dei adhibita requirebant; alii tandem coronas&#13;
7, 678; LXVII, 700;&#13;
LXXI, 1, 902.&#13;
resque sacras cadaveri admovebant, quae deinde&#13;
reliquiarum instar servabantur.&#13;
Pueri ex multitudine exclamabant: «Laissez- XLIX, 371; LXIV, 9,&#13;
680.&#13;
nous approcher et voir le saint ».&#13;
Refertur imaginem Servi Dei gypso expressam, LXIV, 9, 680.&#13;
maximae pulchritudinis coloribusque ornatam te­&#13;
stibus mirantibus apparuisse.&#13;
Expleto triduo, corpus Servi Dei pontificalibus XLIX, 371-372; L V III,&#13;
624; LX, 1, 626-627;&#13;
indumentis vestitum, solemniter per urbis vias, in&#13;
LXII, 2, 669; 3,670;&#13;
lecto funebri, a sacerdotibus portatum est, splendido&#13;
LXIV, 9, 6S0; I XVII,&#13;
700.&#13;
utriusque cleri et populorum comitatu, atque in qua-&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
C X XIX&#13;
&#13;
tuor oratoriis urbis successive translatum est in&#13;
quibus funebria celebrata sunt.&#13;
Postea tandem in ecclesia cathedrali corpus de­&#13;
latum est, ubi funera ritu solemniore peracta sunt&#13;
breveque elogium funebre pronuntiatum est.&#13;
Aliquot post dies, corpus Servi Dei in crypta&#13;
ecclesiae eathedralis sepultum est.&#13;
Infra missam die trigesima post obitum celebra­&#13;
tam, sacerdos de la Colombière funebrem orationem&#13;
solemnem recitavit.&#13;
&#13;
XLIX, 372: I-X. 625&#13;
(in tr.): 1, 626-627;&#13;
LX II, 2, 669 ; 2, 670671 ; LXIV, 9, 6S0.&#13;
L V III, 623-624; LIX,&#13;
624 (Olir.); LX II, 3,&#13;
671 ; 1 XIV. 9, 680.&#13;
LX. 625-626 (intr. gcn.);&#13;
2. 627-649; LXX, 2,&#13;
669 ; 3, 671; LX III.&#13;
672.&#13;
&#13;
3. D e in v e n t io n e e t t r a n s l a t io n e c o r p o r is S e r v i D e i&#13;
( ah » . 1877, 1878, 1950)&#13;
&#13;
Anno 1877, die 20 Septembris, cum ecclesia catbedralis Quebecensis restaurari contingeret, capsa&#13;
plumbea in qua depositum erat corpus Servi Dei,&#13;
in lucem educta est.&#13;
Recognitione eiusdem corporis rite peracta, exu­&#13;
viae Servi Dei in crypta sui) Seminarii Quebecensis&#13;
sacello, die 23 maii anni 1878, collocatae fuerunt.&#13;
Anno tandem 1950, die 10 maii, corpus Servi Dei&#13;
in sacellum funebre, quod cura sacerdotum Semi­&#13;
narii Quebecensis extructum est prope eiusdem Se­&#13;
minarii oratorium publicum, servatis de iure ser­&#13;
vandis, translatum est.IV&#13;
.&#13;
&#13;
LXXI, 2, 911 ; 3, 912913; LXX1I, 1, 942944.&#13;
&#13;
LXXI, 2, 911 ; 3, 912913; LXXII, 2, 945»46; 3, 946-948; 4,&#13;
949.&#13;
LXX1V, 951-957.&#13;
&#13;
IV. De fama sanctitatis Servi Dei&#13;
in vita et post mortem&#13;
Servus Dei ab aequalibus dicebatur:&#13;
1. Vir omnino sanctus;&#13;
&#13;
X V II, 3, 36; XXI, 8 ,&#13;
62; XXII, 1, 67; LI,&#13;
I I I , 11. 419; V, 4,&#13;
512; LXI, 651, 652,&#13;
666; LX II, 2, 669;&#13;
LXIV, 5, 676; 6,&#13;
677 ; 7, 678 ; 9, 679 :&#13;
LXVI, 695; LXX, 2,&#13;
879.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
C X X III&#13;
&#13;
2. Sanctus praesul;&#13;
&#13;
3. Vir secundum Cor Dei ;&#13;
&#13;
XXX, 186; L I, V I, 11,&#13;
572 ; 6, 586; LX, 1,&#13;
627; LXII 3, 670,&#13;
671; LXIV, 2, 674;&#13;
3, 675; 4, 675; 5,&#13;
676; 7, 678; 8, 678679; LXVI, 696;&#13;
LXVII, 700; LX V III,&#13;
701; LXXI, 5, 891.&#13;
XV II, 2, 36; XXXVI,&#13;
6 , 202.&#13;
&#13;
4. Speculum sanctitatis;&#13;
&#13;
LX, 2, 649; LXX, 1,&#13;
876.&#13;
&#13;
5. Exemplar episcoporum;&#13;
&#13;
XXXVI, 6, 202; LXVII,&#13;
701.&#13;
&#13;
6. Homo angelicus;&#13;
&#13;
X V III, 1, 38; 2, 39;&#13;
3, 40; XXII, 1, 6667.&#13;
X V III, 1, 39; LXIV,&#13;
3, 675; 6, 677; 7,&#13;
678.&#13;
XXII, 1, 65, 66-67;&#13;
XXXVI, 1, 199: 6,&#13;
202: 8, 204 ; 9, 204 ;&#13;
XLIX, 371-372; LI.&#13;
V I, 11, 566; V II, 5,&#13;
582 : 6, 583; LX, 2,&#13;
628; LXI 667; LXII,&#13;
1, 668; LXIV, 1. 673:&#13;
6, 677; 9, 680-681 ;&#13;
XLVI, 695; LXVII,&#13;
698, 700 ; cf. append.&#13;
IV, 987-1006.&#13;
&#13;
7. Sanctus Ecclesiae et patriae Canadensis coe­&#13;
lestis protector.&#13;
Praeter illa testimonia de fama sanctitatis Servi&#13;
Dei, recolendum est testes de visu non paucos vitam&#13;
sanctam virtutesque eius unanimes proclamavisse;&#13;
inter quos eminent viri nobiles, sacerdotes, religiosi,&#13;
moniales, civiles magistratus, coloni Canadenses&#13;
necnon sylvestres homines, et praesertim:1&#13;
&#13;
1. Sanctus Vincentius a Paulo;&#13;
2. Rex Galliae Ludovicus XIV ;&#13;
3. Ven. Maria ab Incarnatione;&#13;
4. Dominus Ioannes de Bernières-Louvigny ;&#13;
5. Gubernator coloniae Canadensis d ’Argenson;&#13;
6. Praepositi Generales Societatis Iesu.&#13;
In illa sanctitatis fama mortuum esse Servum&#13;
Dei maxime probatur quoque ex concursu populo­&#13;
rum cuiusvis generis ad funus necnon ex petitioni­&#13;
bus quas omnes fecerunt pro adeptione reliquiarum&#13;
Servi Dei.&#13;
&#13;
LXIX, 738-789, nola 1.&#13;
IX, 17; X III, 29; LI,&#13;
I I I , 3, 406; LXX, 5,&#13;
891; LXXI, 1, 898.&#13;
XXL 1, 53; 2, 54-55;&#13;
5, 58; 8, 62; LXX,&#13;
2, 879.&#13;
LXVII, 700-701.&#13;
XIX, 1, 42.&#13;
LXX, 1, 876.&#13;
Cf. Summ., I I I , § 2.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
C X X IV —&#13;
&#13;
Populi ad tumulum advenientes Servum Dei&#13;
tanquam sanctum invocabant atque, testantibus plu­&#13;
rimis, multa beneficia tum spiritualia tum tempo­&#13;
ralia obtinuerunt. Super illis gratiis intercessioni&#13;
Servi Dei attributis, sacerdos de Glandelet, dioecesis&#13;
Quebecensis vicarius generalis, memoriam exaravit,&#13;
quae deperdita est.&#13;
Fama sanctitatis Servi Dei, non obstantibus plu­&#13;
rimis et adversis vicissitudinibus Ecclesiae Canadensis, nunquam cessavit et hodie adhuc viget, tum&#13;
apud clerum cum apud populum fidelem.&#13;
&#13;
LXI, 652, 667; LXII,&#13;
2, 66» ; 3, 672; LXIV,&#13;
5, 676 ; 7, 678 ; 9,&#13;
679; T.XV, 2, 695;&#13;
LXXI, 1, 902.&#13;
&#13;
LXI, 653, nota 1 ;&#13;
LXIX, 708, 721; LXX,&#13;
1, 876; 2, 878; 3.&#13;
884-885; 4, 888 ; 5,&#13;
889; LXXI, 1, 902:&#13;
2, 911; 3, 912, 913917; 5, 930; LXXII,&#13;
942-949.&#13;
&#13;
�DOCUMENTA&#13;
&#13;
��LG.E.I.&#13;
&#13;
T errito ri&#13;
&#13;
sottoposti alla u iu k isd izio n e di&#13;
&#13;
Mons . F rancesco&#13;
&#13;
de&#13;
&#13;
Montmorency -L aval (1659-1688)&#13;
&#13;
ROMA&#13;
&#13;
��TA V O LE S IN O T T IC H E&#13;
&#13;
A U T O R IT À E C C L E S IA S T IC H E CON C U I H A T R A T T A T O IL S E R V O D I D IO&#13;
&#13;
SEGRETARI DI STATO&#13;
&#13;
PREFETTI&#13;
DI PROPAGANDA&#13;
&#13;
;andro VII&#13;
155-1667&#13;
&#13;
Giulio Rospigliosi&#13;
1655-1667&#13;
&#13;
Antonio Barberini&#13;
1653-1671&#13;
&#13;
mente IX&#13;
&gt;67-1669&#13;
unente X&#13;
&gt;70-1676&#13;
&#13;
Decio Azzolini&#13;
1667-1669&#13;
Federico Borromeo&#13;
1670-1673&#13;
&#13;
PAPI&#13;
&#13;
Paluzzo Altieri&#13;
1671-1698&#13;
&#13;
Francesco Nerli&#13;
1673-1676&#13;
&#13;
ocenzo XI&#13;
376-1689&#13;
&#13;
andrò VIII&#13;
589-1691&#13;
jcenzo XII&#13;
691-1700&#13;
&#13;
Alderano Cibo&#13;
1676-1689&#13;
&#13;
Giov. Batt. Rubini&#13;
1689-1691&#13;
Fabrizio Spada&#13;
1691-1700&#13;
&#13;
Cario Barberini&#13;
1698-1704&#13;
mente XI&#13;
700-1721&#13;
&#13;
Fabrizio Paolucci&#13;
1700-1721&#13;
&#13;
Giuseppe Sacripanti&#13;
1704-1727&#13;
&#13;
NUNZI APOSTOLICI&#13;
IN FRANCIA 1&#13;
&#13;
Celio Piccolomini&#13;
1656-1663&#13;
Jacopo Rospigliosi, interinale,&#13;
maggio-giugno 1664&#13;
Carlo de Vittorii&#13;
1664-1667&#13;
Michele Antonio Vibo, int.,&#13;
1667-1668&#13;
Pietro Bargellini&#13;
1668-1671&#13;
Michele Antonio Vibo, int.,&#13;
1671-1672&#13;
Francesco Nerli - 1672-1673&#13;
Angelo Farratini, int.,&#13;
1673-1674&#13;
Fabrizio Spada&#13;
16741675&#13;
Francesco M. Montani&#13;
16751677&#13;
Pompeo Varese&#13;
16771678&#13;
Giov. Batt. Lauri, int.,&#13;
16781686&#13;
(Nessun rappresentante&#13;
dal 1686 al 1690)&#13;
Francesco Nicolini&#13;
1690-1692&#13;
Orazio Filippini, int.,&#13;
febr.-apr. 1692&#13;
Francesco Maria Bonflgli, int.,&#13;
apr.-giugno 1692&#13;
Giov. Giacomo Cavallarini&#13;
1692-1696&#13;
Daniele Marco Delfino&#13;
1696-1700&#13;
Carlo Francesco Conti, int.,&#13;
apr.-giugno 1700&#13;
Filippo Ant. Gualtieri&#13;
1700-1706&#13;
Agostino Cusano&#13;
1706-1712&#13;
&#13;
L. Karttunex , L e s n o n cia tu res a p o stoliques p e rm a n e n tes de 1650 à 1800, Genève 1912.&#13;
&#13;
�2. A U T O R IT À C IV IL I CON C U I H A T R A T T A T O IL SE R V O D I D IO&#13;
&#13;
RE DI FRANCIA&#13;
&#13;
Louis XIV&#13;
1643-1715&#13;
&#13;
MINISTRI&#13;
DI FRANCIA&#13;
&#13;
Jules Mazarin,&#13;
premier ministre&#13;
1643-1661&#13;
Jean-Baptiste&#13;
de Colbert,&#13;
premier ministre&#13;
1661-1683&#13;
&#13;
GOVERNATORI&#13;
DEE CANADÀ&#13;
&#13;
INTENDENTI DEL CANA&#13;
&#13;
Pierre d ’Argenson&#13;
1657-1661&#13;
Pierre d ’Avaugour&#13;
1661-1663&#13;
Augustin de Mésy&#13;
1663-1665&#13;
Daniel de Courcelle&#13;
1665-1672&#13;
&#13;
Jean Talon&#13;
1665-1669&#13;
Claude de Bouteroue&#13;
16691670&#13;
Jean Talon&#13;
16701672&#13;
&#13;
Louis de Frontenac&#13;
1672-1682&#13;
&#13;
J,-Antoine de la Barre&#13;
1682-1685&#13;
Jean-Baptiste&#13;
de Seigneley,&#13;
secrétaire d ’É tat&#13;
à la marine&#13;
1683-1690&#13;
&#13;
Jacques Duchesneau&#13;
1675:1682&#13;
Jacques de Meulles&#13;
1682-1686&#13;
&#13;
René de Denonville&#13;
1685-1689&#13;
Jean de Champigny&#13;
1686-1702&#13;
Louis de Frontenac&#13;
1689-1698&#13;
&#13;
Louis-Philippe&#13;
de Pontchartrain,&#13;
secrétaire d ’État&#13;
à la marine&#13;
1690-1699&#13;
Hector de Callières&#13;
1698-1703&#13;
François de Beauharr&#13;
1702-1705&#13;
&#13;
Jerome&#13;
de Pontchartrain,&#13;
secrétaire d ’État&#13;
à la marine&#13;
1699-1715&#13;
Philippe de Vaudreuil&#13;
1703-1725&#13;
&#13;
Jacques et Antoine de R&#13;
1705-1711&#13;
&#13;
�3. C R O N O L O G IA D E L S E R V O D I D IO&#13;
&#13;
ANNO&#13;
&#13;
NOME DELLA&#13;
LOCALITÀ&#13;
&#13;
NOTIZIE STORICO-BIOGRAFICHE&#13;
&#13;
FONTI&#13;
&#13;
23, 30 aprile&#13;
&#13;
Montigny-surAvre&#13;
&#13;
Nascita&#13;
&#13;
Doc. L X 1X , 710&#13;
&#13;
31-1641&#13;
&#13;
Lafièehe&#13;
&#13;
Studi letterari e filosofici&#13;
&#13;
Doc. LX1X, 710&#13;
&#13;
31&#13;
&#13;
Laflèclie&#13;
&#13;
Prima tonsura&#13;
&#13;
Doc. LX1X, 710&#13;
&#13;
B4(!)&#13;
&#13;
Laflèche&#13;
&#13;
Si consacra a Maria Ssiha nella Conerogazione mariana&#13;
&#13;
Doc. X L , 219&#13;
&#13;
36, 10 sett.&#13;
&#13;
Montigny-surAvre&#13;
&#13;
Morte del padre&#13;
&#13;
Doc. LX1, 895&#13;
&#13;
37, 25 sett.&#13;
&#13;
Laflèche&#13;
&#13;
Nominato canonico di Evreux&#13;
&#13;
Doc. I, 2&#13;
&#13;
41-1645&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Studi teologici nel Collegio di Clermont&#13;
&#13;
Doc. L X I X , 711,&#13;
nota 1&#13;
&#13;
43&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Entra a far parte dell’Aa di Parigi&#13;
&#13;
Doc. L X I X , 712,&#13;
nota 2&#13;
&#13;
44, 3 agosto&#13;
&#13;
Friburgo (Brisgovia)&#13;
&#13;
Morte del fratello Francesco&#13;
&#13;
Doc. L X X l , 893&#13;
&#13;
45, 3 agosto&#13;
&#13;
Nordligen&#13;
&#13;
Morte del fratello Gabriele&#13;
&#13;
Doc. L X X l , 893&#13;
&#13;
45&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Il Servo di Dio diviene capo della fa­&#13;
miglia di Montigny&#13;
&#13;
Doc. L X X l , 893&#13;
&#13;
45-1646&#13;
&#13;
Si reca a Montigny per gli affari della&#13;
famiglia&#13;
&#13;
Doc. L X X l , 895&#13;
&#13;
46&#13;
&#13;
Montigny-surAvre&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Ordini minori e suddiaconato&#13;
&#13;
Doc. LXV, 683&#13;
&#13;
47&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Diaconato&#13;
&#13;
Doc. L X V , 683&#13;
&#13;
47, 1 maggio&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
48, 7 dicembre&#13;
49&#13;
&#13;
Evreux&#13;
&#13;
Sacerdozio&#13;
Arcidiacono di Evreux&#13;
&#13;
Doc. V, 4&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Licenza in diritto canonico&#13;
&#13;
51, 25 sett.&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
I membri dell’Aa stabiliscono di vivere&#13;
in comune&#13;
&#13;
53&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Viene proposto alla Santa Sede come&#13;
vicario apostolico del Tonchino&#13;
&#13;
Doc. L XI X, 738,&#13;
nota 1&#13;
&#13;
53, 7 dicembre&#13;
&#13;
Evreux&#13;
&#13;
Rinuncia all’areidiaconato di Evreux&#13;
&#13;
Doc. VII, 15&#13;
&#13;
54&#13;
&#13;
Rinuncia alla signoria di Montigny&#13;
&#13;
Doc. L XI X, 711,&#13;
nota 5&#13;
&#13;
54-1658&#13;
&#13;
Montigny-surAvre&#13;
Caen&#13;
&#13;
Soggiorni all’Eremitaggio del signor de&#13;
Bernières-Louvigny&#13;
&#13;
Doc. L X I X , 717,&#13;
nota 2&#13;
&#13;
£8. 3 giugno&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Nomina a vicario apostolico del Canada&#13;
&#13;
Doc. L X I X , 721,&#13;
nota 4&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Firma la domanda alla Santa Sede per&#13;
la fondazione del Seminario delle mis­&#13;
sioni estere di Parigi&#13;
&#13;
Doc. XI I , 27-28&#13;
&#13;
1 luglio&#13;
&#13;
Doc. L X X l , 896&#13;
Doc. X , 21&#13;
Doc. LX1X, 714&#13;
&#13;
i&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
ANNO&#13;
&#13;
NOME DELLA&#13;
LOCALITÀ&#13;
&#13;
6*&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
NOTIZIE STORIOO-BIOGKAFICHE&#13;
&#13;
FONTI&#13;
&#13;
1658, 8 dicembre&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Consacrazione episcopale&#13;
&#13;
1659, 13 aprile16 giugno&#13;
&#13;
Francia-Québec&#13;
&#13;
Viaggio di due mesi per il Canada&#13;
&#13;
1659, 29 giugno&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Prima messa pontificale&#13;
&#13;
Doc. X X I I I , 74&#13;
&#13;
1659, 31 luglio&#13;
&#13;
Quebec&#13;
&#13;
Prima lettera al Sommo Pontefice Ales­&#13;
sandro VII&#13;
&#13;
Doc. XXI I I , 74&#13;
&#13;
1659-1662&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Difficoltà con l ’abate de Queylus circa&#13;
la sua giurisdizione&#13;
&#13;
Summ., I, § 5&#13;
&#13;
1659-1662&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Difficoltà col governatore d ’Argenson&#13;
circa gli onori liturgici dovuti in&#13;
chiesa&#13;
&#13;
Sutnm., I, § 11&#13;
&#13;
1660, 5 maggio&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Scomunica contro i commercianti che&#13;
vendevano bevande alcooliche ai selvaggi&#13;
&#13;
Doc. X X V I I ,&#13;
148&#13;
&#13;
Visita generale del vicariato apostolico&#13;
da Québec fino a Montréal&#13;
&#13;
Doc. L X X , 886&#13;
&#13;
1660&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
Doc. LXV, 684&#13;
j Doc. XVI I I , 39&#13;
&#13;
1660, ottobre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Relazione al Papa Alessandro V II sullo&#13;
stato generale della Chiesa nel Ca­&#13;
nada&#13;
&#13;
Doc. XXI I I , 79&#13;
&#13;
1660-1682&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Lotta contro il commercio delle bevande&#13;
alcooliche con i selvaggi&#13;
&#13;
Summ., I, § 9&#13;
&#13;
1662, 12 agosto&#13;
&#13;
Canadà-Francia&#13;
&#13;
Suo primo viaggio in Francia con lo&#13;
scopo di trattare vari affari del vica­&#13;
riato apostolico e della colonia&#13;
&#13;
Doc. LXV, 685&#13;
&#13;
1662, 23 dicembre&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Lettera per il libro di Giovanni Eudes,&#13;
ora santo : Le Cœur admirable de la&#13;
T. 8. Mère de Dieu&#13;
&#13;
Doc. L X X , 877&#13;
&#13;
1663, 26 marzo&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Fondazione del Seminario di Québec&#13;
&#13;
Doc. X X X I , 186&#13;
&#13;
1663, 26 marzo&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Istituzione delle decime&#13;
&#13;
Doc. X X X I , 186&#13;
&#13;
1663, aprile&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Nomina a membro del Consiglio Sovra­&#13;
no di Québec&#13;
&#13;
Doc. X X X I I , 1&#13;
194&#13;
&#13;
1663, maggio-15&#13;
settembre&#13;
&#13;
Franeia-Canadà&#13;
&#13;
Viaggio di ritorno nel Canada durato&#13;
quattro mesi&#13;
&#13;
Doc. LXV, 686&#13;
&#13;
1663, 18 sett.&#13;
&#13;
Quebec&#13;
&#13;
Prima seduta del Consiglio Sovrano di&#13;
Québec&#13;
&#13;
Doc. LX 1X , 79'&#13;
nota 1&#13;
&#13;
1663 (circa)&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Relazione alla Congregazione di Propa­&#13;
ganda sulle missioni dei selvaggi del&#13;
Canadà&#13;
&#13;
Doc. XXI I I , 94&#13;
&#13;
1663-1679&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Difficoltà circa l ’erezione delle parroc­&#13;
chie e lo stabilimento delle decime&#13;
&#13;
Summ., I, § 10&#13;
&#13;
1664, 15 sett.&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Erezione della parrocchia di Québec&#13;
&#13;
Doc. LX1X, 843&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
ANNO&#13;
&#13;
i*&#13;
&#13;
NOME DELLA&#13;
LOCALITÀ&#13;
&#13;
NOTIZIE STORICO-BIOGRAFICHE&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
Visita pastorale a Trois-Rivières e a&#13;
Montréal&#13;
&#13;
Gosselin, I, 469&#13;
&#13;
64&#13;
&#13;
FONTI&#13;
&#13;
64-1665&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Difficoltà col governatore de Mésy circa&#13;
la nomina dei membri del Consiglio&#13;
Sovrano&#13;
&#13;
Summ., I, § 11&#13;
&#13;
64&#13;
&#13;
Quebec&#13;
&#13;
Relazione alla Congregazione di Propa­&#13;
ganda sulle missioni degli Uroni&#13;
&#13;
Doc. XX I I I , 100-101&#13;
&#13;
65, 29 gennaio&#13;
&#13;
Quebec&#13;
&#13;
Unione del Seminario di Québec col Se­&#13;
minario delle missioni estere di Parigi&#13;
&#13;
Doc. L X I X , 791&#13;
&#13;
65, 14 marzo&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Doc. XLI , 224-225&#13;
&#13;
65, 30 agosto&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Erezione della confraternità della Sa­&#13;
cra Famiglia&#13;
Erezione della confraternità del Monte&#13;
Carmelo&#13;
&#13;
65&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Voto all’Immacolata fatto con i sacer­&#13;
doti del Seminario di Québec&#13;
&#13;
Hoc. X L, 218-219&#13;
&#13;
65&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Relazione alla Congregazione di Propa­&#13;
ganda sulla Chiesa nel Canadà&#13;
&#13;
noe. X X I I I , 103-109&#13;
&#13;
66, 11 luglio&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Consacrazione della chiesa parrocchiale&#13;
di Québec dedicata all'Immacolata&#13;
Concezione&#13;
&#13;
noe. L X I X , 844&#13;
&#13;
66, 29 agosto&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Traslazione delle reliquie di san Fla­&#13;
viano e santa Felicita&#13;
&#13;
noe. L X I X , 845&#13;
&#13;
Visita pastorale di una parte del vica­&#13;
riato apostolico&#13;
&#13;
Mandements, I, 157&#13;
&#13;
66&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
Doc. LXX1, 907&#13;
&#13;
66, ottobre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Lettera al Papa Alessandro V II sullo&#13;
stato generale della Chiesa nel Canadà&#13;
&#13;
noe. X X I I I , 109-111&#13;
&#13;
67, 3 dicembre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Istituzione delle solennità di sant’Anna&#13;
e di san Francesco Saverio&#13;
&#13;
noe. LXV, 687&#13;
&#13;
Trattato di pace con gli Irochesi&#13;
&#13;
Gosselin, I, 500&#13;
&#13;
Fondazione del Seminario Minore di&#13;
Québec&#13;
Fondazione della scuola delle arti e dei&#13;
mestieri di San Gioacchino&#13;
Il Servo di Dio invia missionari dagli&#13;
Irochesi&#13;
Visita pastorale generale del vicariato&#13;
apostolico da Tadoussac fino a Mont­&#13;
réal&#13;
&#13;
noe. L X I X , 786&#13;
&#13;
67&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
68, 9 ottobre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
68(1)&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
68&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
68-1669&#13;
&#13;
69-1682&#13;
&#13;
Le scoperte degli esploratori Francesi&#13;
estendono i confini del territorio sot­&#13;
toposto al Servo di Dio oltre i grandi&#13;
laghi e, per opera di R. de La Salle,&#13;
fino al bacino del Mississipi e al golfo&#13;
del Messico (v. cartina storica).&#13;
&#13;
noe. L X X , 886&#13;
noe. X X I I I , 118&#13;
Gosselin, I, 524&#13;
&#13;
�8*&#13;
&#13;
ANNO&#13;
&#13;
NOME DELLA&#13;
LOCALITÀ&#13;
&#13;
-■&#13;
&#13;
NOTIZIE STORICO-BIOGRAFICHE&#13;
&#13;
FONTI&#13;
&#13;
1670,10 novembre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Approvazione dei Recolletti arrivati da&#13;
poco nel Canada&#13;
&#13;
Doc. X L Ill, 255-2&#13;
&#13;
1671, 7 ottobre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Approvazione della comunità delle Ospe­&#13;
daliere di San Giuseppe di Montréal&#13;
&#13;
Doc. X X I I I , 113&#13;
&#13;
1671, 3 novembre&#13;
&#13;
Canadà-Prancia&#13;
&#13;
Secondo viaggio del Servo di Dio in&#13;
Francia, per ottenere l ’erezione della&#13;
diocesi di Québec&#13;
&#13;
Doc. L XV, 687&#13;
&#13;
1672-1675&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Diverse lettere alla Santa Sede circa la&#13;
erezione della diocesi&#13;
&#13;
Doc. XXI I I , 123133&#13;
&#13;
1674, 1 ottobre&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
Bolla di erezione della diocesi di Québec&#13;
&#13;
Doc. XLI V, 335&#13;
&#13;
1674, ottobre&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
Nomina del Servo di Dio a primo vesco­&#13;
vo di Québec&#13;
&#13;
Doc. X L I V , 335-3&#13;
&#13;
1675, 29 maggiosettembre&#13;
&#13;
Franeia-Canadà&#13;
&#13;
Viaggio di ritorno nel Canada durato&#13;
più di tre mesi&#13;
&#13;
Gosselin, I, 662&#13;
&#13;
1675,13 novembre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Lettera al Sommo Pontefice Clemente X&#13;
per ringraziarlo della sua nomina a&#13;
vescovo di Québec&#13;
&#13;
Doc. XX I I I , ISS­&#13;
ISI&#13;
&#13;
Visita pastorale generale della diocesi&#13;
da Tadoussac fino a Prairie-de-la-Madeleine&#13;
&#13;
Doc. L X X I , 936&#13;
&#13;
1676, maggioagosto&#13;
1676, 6 agosto&#13;
&#13;
Montréal&#13;
&#13;
Approvazione della comunità delle Suo­&#13;
re della Congregazione di Nostra Si­&#13;
gnora&#13;
&#13;
Doc. L X X I , 906&#13;
&#13;
1677, 8 dicembre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Inaugurazione della nuova casa del Se­&#13;
minario di Québec&#13;
&#13;
Doc. XIA, 228&#13;
&#13;
1678, 8 ottobre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Doc. L X I X , 841,&#13;
nota 1&#13;
&#13;
1678, 30 ottobre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Approvazione dei regolamenti della con­&#13;
fraternità di S ant’Anna&#13;
Erezione di sette nuove parrocchie&#13;
&#13;
1678, novembre1679, 5 gennaio&#13;
&#13;
Canadà-Parigi&#13;
&#13;
Terzo viaggio del Servo di Dio in Franeia per sostenere la proibizione del&#13;
commercio delle bevande alcooliche con&#13;
i selvaggi&#13;
&#13;
Gosselin, II, 208;&#13;
Doc. XLV, p. 3&#13;
&#13;
1680, 12 aprile&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Atto notarile di donazione di tutti i suoi&#13;
beni al Seminario di Québec&#13;
&#13;
Doc. L X I X , 792-7&#13;
&#13;
1680, magg.-giug.&#13;
&#13;
Franeia-Canadà&#13;
&#13;
Viaggio di ritorno nel Canada durato&#13;
un mese&#13;
&#13;
1681, 1 giugno-11&#13;
agosto&#13;
1681-1684&#13;
1682&#13;
&#13;
—&#13;
Québec&#13;
&#13;
Doc. L X I X , 828,&#13;
nota 1&#13;
&#13;
Visita generale della diocesi da Beaupré&#13;
a Montréal&#13;
&#13;
Doc. LXXI , 936&#13;
&#13;
Difficoltà con i Padri Reeolletti&#13;
&#13;
Doc. X IA ll, 251-3&#13;
&#13;
Nuova guerra nella colonia con gli Iro­&#13;
chesi&#13;
&#13;
�9*&#13;
&#13;
ANNO&#13;
&#13;
NOME DELLA&#13;
LOCALITÀ&#13;
&#13;
NOTI ZIE STOR ICO-Iï IOGRAFIOHE&#13;
&#13;
FONTI&#13;
&#13;
1684, 3 e 4 nov.&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Erezione di sei nuove parrocchie&#13;
&#13;
Doc. L X I X , 828,&#13;
nota 1&#13;
&#13;
L684, 4 novembre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Istituzione della festa della Sacra F a­&#13;
miglia&#13;
&#13;
Uoc. XLI , 229-230&#13;
&#13;
1684, 6 novembre&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Erezione del capitolo di Québec&#13;
&#13;
Doc. L X I X , 847,&#13;
nota 1&#13;
&#13;
1684, 13 nov.&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Istituzione della festa di San Luigi, re&#13;
di Francia&#13;
&#13;
Doc. L XV, 689&#13;
&#13;
1684, 14 novembre-1685, 20&#13;
gennaio&#13;
&#13;
Québec-Parigi&#13;
&#13;
Quarto viaggio del Servo di Dio in F ran­&#13;
cia per presentare le dimissioni da ve­&#13;
scovo di Québec&#13;
&#13;
Doc. XX I I I , 140;&#13;
L XV, 689&#13;
&#13;
1685&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Dimissioni da vescovo di Québec&#13;
&#13;
Doc. LI, 380&#13;
&#13;
1685, 20 maggio&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Lettera al Papa Innocenzo XI per avvi­&#13;
sarlo delle sue dimissioni&#13;
&#13;
Doc. XX I I I , 140-141&#13;
&#13;
Mons. de Saint-Valier vicario generale&#13;
del Servo di Dio nel Canada&#13;
&#13;
Doc. L I, 381, 383&#13;
&#13;
1685-1686&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
1685-1686&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Prime difficoltà di Mons. de Saint-Valier&#13;
con il Seminario di Québec&#13;
&#13;
Doc. LI, 381-402&#13;
&#13;
1687, luglio&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Elezione di Mons. de Saint-Valier a ve­&#13;
scovo di Quebec e successore del Ser­&#13;
vo di Dio&#13;
&#13;
Doc. LI, 375&#13;
&#13;
1688, 25 gennaio&#13;
&#13;
Parigi&#13;
&#13;
Consacrazione episcopale di Mons. de&#13;
Saint-Valier&#13;
&#13;
Doc. LI, 380&#13;
&#13;
1688, apr.-3 giug.&#13;
&#13;
Francia-Canadà&#13;
&#13;
Ritorno del Servo di Dio nel Canada&#13;
&#13;
Doc. LI, 404, 420&#13;
&#13;
1688, 31 luglio&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Arrivo nel Canada di Mons. de SaintValier&#13;
&#13;
Doc. LI, 422&#13;
&#13;
1688-1696&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Nuove difficoltà di Mons. de Saint-Valier&#13;
con il Seminario di Québec&#13;
&#13;
Doc. LI, 420-576&#13;
&#13;
1690, 16-23 ott.&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Assedio di Québec da parte degli Inglesi&#13;
&#13;
Doc. X X X V I I I , 208209&#13;
&#13;
1691-1692&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
Primo viaggio di Mons. de Saint-Valier&#13;
in Francia&#13;
&#13;
Doc. LI, 430&#13;
&#13;
1692&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
Mons. de Saint-Valier impone un nuovo&#13;
regolamento al Seminario di Québec&#13;
&#13;
Doc. LI, 430-431&#13;
&#13;
1694-1697&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
Secondo viaggio di Mons. de Saint-Valier&#13;
in Francia&#13;
&#13;
Doc. LI, 499-500&#13;
&#13;
1697, 1 maggio&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Cinquantesimo di sacerdozio del Servo&#13;
di Dio&#13;
&#13;
Doc. L IV , 609&#13;
&#13;
1698 e 1699&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Il Servo di Dio, con l ’approvazione di&#13;
Mons. de Saint-Valier, invia missio­&#13;
nari del Seminario di Québec al Mississipi e nell’Acadia&#13;
&#13;
Doc. LV, 609-610&#13;
&#13;
�— 10*&#13;
&#13;
ANNO&#13;
&#13;
NOME DELLA&#13;
LOCALITÀ&#13;
&#13;
1700-1713&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
.VOTIZIE STORICO-BIOGRAFICHE&#13;
&#13;
FONTI&#13;
&#13;
Terzo viaggio di Mons. de Saint-Valier&#13;
in Francia&#13;
&#13;
Doc. L X X I , 939&#13;
&#13;
1701, 15 nov.&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Primo incendio del Seminario di Québec&#13;
&#13;
Doc. LXVI I , 699&#13;
&#13;
1702&#13;
&#13;
Montreal&#13;
&#13;
Ultima visita del Servo di Dio a Mont­&#13;
réal&#13;
&#13;
Doc. H I , 587&#13;
&#13;
1705, 1 ottobre&#13;
&#13;
Quebec&#13;
&#13;
Secondo incendio&#13;
Québec&#13;
&#13;
Doc. LXVII, 700&#13;
&#13;
1708, Venerdì&#13;
Santo (6 apr.)&#13;
&#13;
Quebec&#13;
&#13;
Ultima malattia del Servo di Dio&#13;
&#13;
Doc. LXI, 657&#13;
&#13;
1708, 10 aprile&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Ultima cerimonia di ordinazione presie­&#13;
duta dal Servo di Dio&#13;
&#13;
Doc. LXV, 694&#13;
&#13;
1708, fi maggio&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Morte del Servo di Dio&#13;
&#13;
Doc. L V ili, 623-624&#13;
&#13;
1708, 9 maggio&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Funerale del Servo di Dio&#13;
&#13;
Doc. LVIII, 624&#13;
&#13;
1708, 4 o 5 giugno&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Messa del trigesimo e elogio funebre del&#13;
Servo di Dio&#13;
&#13;
Doc. LXV, 695; l i&#13;
bliogr., n. 28, 994&#13;
&#13;
1877, 20 sett.&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Ritrovamento e ricognizione del corpo&#13;
del Servo di Dio nella cripta della&#13;
cattedrale&#13;
&#13;
Doc. L X X I I , 942946&#13;
&#13;
1878, 23 maggio&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Traslazione del corpo del Servo di Dio&#13;
nella cripta della cappella del Semi­&#13;
nario&#13;
&#13;
Doc. L XXI I , 946948&#13;
&#13;
1880-1883&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Processo informativo&#13;
&#13;
1890, 24 sett.&#13;
&#13;
Roma&#13;
&#13;
Decreto per l ’introduzione della Causa&#13;
&#13;
1891, 14 gennaio&#13;
&#13;
Roma&#13;
&#13;
Decreto sugli scritti&#13;
&#13;
1897, 11 gennaio&#13;
&#13;
Roma&#13;
&#13;
Decreto sulla fama di santità&#13;
&#13;
1898-1902&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Processo apostolico&#13;
&#13;
1904, 9 novembre&#13;
&#13;
Roma&#13;
&#13;
Decreto sulla validità dei processi&#13;
&#13;
1912, 16 gennaio&#13;
&#13;
Roma&#13;
&#13;
Congregazione antepreparatoria&#13;
&#13;
1918, 11 giugno&#13;
&#13;
Roma&#13;
&#13;
Congregazione preparatoria&#13;
&#13;
1950, 10 maggio&#13;
&#13;
Québec&#13;
&#13;
Traslazione del corpo del Servo di Dio&#13;
nell’attuale cappella funeraria nel&#13;
Seminario di Québec&#13;
&#13;
del&#13;
&#13;
Seminario&#13;
&#13;
di&#13;
&#13;
Doc. L X X I V , 951957&#13;
&#13;
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&#13;
del&#13;
&#13;
S ervo&#13;
&#13;
di&#13;
&#13;
D io&#13;
&#13;
del&#13;
&#13;
1696&#13;
&#13;
conservata nell’archivio del Seminario di Québec&#13;
(cf. Doc. L I, pp. 548-552).&#13;
&#13;
��DOCUMENTA&#13;
Observationes praeviae circa documenta ad nativitatem , bapti­&#13;
smum, confirmationem et ordinationem sacerdotalem Servi&#13;
Dei pertinentia.&#13;
Non è stato possibile rintracciare i documenti ufficiali relativi alla na­&#13;
scita, battesimo, cresima e ordinazione sacerdotale del Servo di Dio Fran­&#13;
cesco de Montmorency-Laval. Di questi fatti però abbiamo attestazioni&#13;
indubbie in molte fonti contemporanee e vi è stato soltanto discussione&#13;
intorno alla data della nascita e dell’ordinazione sacerdotale.&#13;
Per la data della nascita, nei registri di battesimo della parrocchia di&#13;
Montigny-sur-Avre (diocesi di Chartres), dove è nato il Servo di Dio, tutte&#13;
le pagine dall’anno 1600 al 1627 sono state stracciate, non si sa perchè.&#13;
Alcuni biografi danno come anno di nascita il 1622; ma la Memoria stesa&#13;
subito dopo la morte del Servo di Dio da un sacerdote del Seminario di&#13;
Québec, probabilmente il signor Glandelet, le autorevoli Mémoires sur M. de&#13;
Lavai edite dal de La Tour nel 1761 ed altri documenti lo dicono nato&#13;
nel 1623. Questa data trova una conferma assoluta nelle Informazioni Cano­&#13;
niche redatte nel 16o J e 1657 ali occasione della sua promozione al vescovato,&#13;
nell’iscrizione posta sul sepolcro e in parecchi altri documenti pubblicati&#13;
nella presente Posizione.&#13;
fi giorno di nascita non è facile di precisarlo. La suddetta Memoria&#13;
del sacerdote Glandelet assegna il 20 aprile; il de La Tour, il 30 dello stesso&#13;
mese, e questa data è generalmente ritenuta.&#13;
La data dell’ordinazione sacerdotale offre difficoltà analoghe. Secondo&#13;
il de La Tour, che lo dice nato il 1623 e ordinato sacerdote a 25 anni, si&#13;
avrebbe la data del 1648; però la Memoria del Glandelet e generalmente&#13;
gli altri documenti indicano come anno d ’ordinazione il 1647. Anche il&#13;
P. Gravier, S. !.. scrive al Servo di Dio nel 1697 accennando al suo cinquan­&#13;
tesimo di sacerdozio che si celebrava in quell’anno. Ma il giorno preciso&#13;
dell’ordinazione è più difficile a determinarsi. Secondo Gosselin, sarebbe il&#13;
primo di maggio e le ragioni da lui addotte rendono probabile questa data&#13;
(cf. Gosselin, Le Vénérable François de Montmorency-Laval, Québec,&#13;
1923, p. 386). !1&#13;
1 11 sacerdote Gosselin h a sc ritto due biografie del Servo di D io: 1° V ie de&#13;
M y r d e L a v a l, Québec, 1890, 2 voi.; 2° Le V én é ra b le F r a n ç o is de M o n tm o r e n c y -L a v a l,&#13;
2* ed. Quebec. 1923. 1 voi. Dovendole citare frequentem ente in tendiam o di indicare&#13;
la seconda biografia tu tte le volte che m ancherà l’indicazione dei volume.&#13;
1&#13;
&#13;
�Doc. I&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
“2 —&#13;
&#13;
DOG. I&#13;
N o m in a t io S e r v i D e i ad b e n e f i c i u m c a n o n ic a l e E c c l e s ia e E b r o i -&#13;
&#13;
1637, 25 S e p t e m b r i s . Ex Fouillé d ’Évreux, Archives&#13;
Départementales de l'Eure (Évreux), G 22, AG 35, f. 506.&#13;
&#13;
c e n s is ,&#13;
&#13;
Nel 1631, il Servo di Dio, Francesco de Lavai, fu inviato al Collegio dei&#13;
Gesuiti di La Flèche; aveva allora otto anni. Fu subito tonsurato e ricevè&#13;
l ’abito ecclesiastico. Questo fatto di dare la tonsura ad un ragazzo di otto&#13;
anni sorprende oggi ; ina era a questa epoca un 'usanza ordinaria, che tro­&#13;
vava la sua giustificazione nei decreti del Concilio di Trento (Sess. 23, e. 4&#13;
De ref.) ed in quelli di molti Coneilii particolari di Francia. Così sappiamo&#13;
che San Francesco di Sales fu tonsurato a undici anni, Bossuet ad otto&#13;
anni e che Giovannì-Giacomo Olier. fondatore del Seminario di San-Snlpizio,&#13;
era priore della Trinità di Clisson e già tonsurato a dodici anni.&#13;
Il Servo di Dio. a quattordici anni, fu nominato canonico della catte­&#13;
drale di Évreux, dal vescovo di detta città, Mous, de Péricard, suo zio ma­&#13;
terno. il quale volle, come sembra, facilitare in tal modo la continuazione&#13;
degli studi del suo giovane nipote, compromessi dagli imbarazzi finanziarii&#13;
nei quali si trovava la sua famiglia per la recente morte del padre. Nel­&#13;
l ’attesa intanto che gli fosse possibile di adempiere alle sue funzioni di&#13;
canonico, il vescovo gli dette certamente un supplente (Gosselin, vol. 1,&#13;
p. 35).&#13;
L ’atto ufficiale di questa nomina non st conosce, perchè i registri del&#13;
vescovato e del capitolo di Évreux sono perduti. Ma nel Pottillé d ’Évreuj-,&#13;
serie di registri manoscritti, dove si segnava regolarmente lo stato dei be­&#13;
nefici ecclesiastici di detta diocesi, troviamo la nota qui riprodotta, che ha&#13;
la stessa garanzia di autenticità ilei documento ufficiale.&#13;
&#13;
Le vendredi 25 septembre 1637, à tuie heure après-midi,&#13;
M. François Péricard, évêque d ’Évreux, a conféré de plein droit&#13;
à François de Laval, clerc du diocèse de Chartres, l ’un des canonicats et prébendes sur le sceau de l ’évêché, vacant par la&#13;
mort de M. Noël Dupray, prêtre, dernier possesseur.&#13;
Et le lundi, 23 novembre 1637, mon dit sieur François de&#13;
Laval a été mis en possession des dits canonica! et prébende.&#13;
Voyez Je Registre du Chapitre pour le dit jour 23 novembre 1637.&#13;
&#13;
�3 —&#13;
&#13;
Doc. II—&#13;
III&#13;
&#13;
DOC. 11&#13;
A b d ic a tio c a n o n ic a l e b e n e f ic o a S ervo D e i fa cta , 1639. 24 d e ­&#13;
&#13;
Ex Pollili fi d ’Évrfivx, A rdi. Départ, elfi l ’Eure, fi 22,&#13;
AG 35, ff. 505-507.&#13;
&#13;
c e m b r is .&#13;
&#13;
Il Servo di Dio nel 1639 si dimise dal suo canonicato ricevuto nel 1637,&#13;
in vista di un nuovo beneficio che gli veniva offerto (Doc. III). Non è&#13;
facile dire per quale ragione Mons. de Péricard pensò di dare a suo nipote&#13;
un nuovo beneficio. Sembra che volesse procurare al giovane studente una&#13;
maggior prebenda per far fronte alle esigenze pecuniarie che aumentavano&#13;
col progresso degli studi.&#13;
&#13;
Le 24 décembre 1639, M. François Péricard, évêque d ’Évreux,&#13;
a conféré de plein droit à Nicolas Du vivier, prêtre de ce diocèse,&#13;
l ’un des eanonicats et prébendes sur le sceau de l ’évêché, vacant&#13;
par la démission pure et simple faite d ’iceux par le procureur de&#13;
François de Laval, dernier possesseur, suivant la procuration&#13;
passée devant Claude .Mmissino!, notaire apostolique, demeurant&#13;
à Paris, le 22 octobre dernier.&#13;
Et le 26 décembre 1639, le dit Nicolas Duvivier a été mis en&#13;
possession des dits canonica! et prébende. Voyez le portefeuille&#13;
du secrétariat pour Évreux et le Registre du Chapitre pour le&#13;
dit jour 26 décembre 1639.&#13;
DOC. HT&#13;
N o m in a t io S er v i D e i ad novam c a n o n ic a m d ig n it a t e m , in E c ­&#13;
E b k o tc en si , 1639, 24 d e c e m b r is . E x PotiiUc d ’Évreux,&#13;
A rdi. Départ, dfi i ’Eure, (J 22, AG 35, f. 247.&#13;
&#13;
c l e s ia&#13;
&#13;
Le 24 décembre 1639, M. François Péricard, évêque d ’Évreux,&#13;
a conféré de plein droit à François de Laval, clerc du diocèse de&#13;
Chartres, l ’un des eanonicats et prébendes des huit de l ’ancienne&#13;
fondation en l ’église cathédrale d ’Évreux, venant tant par lu&#13;
démission pure et simple faite d ’iceux par Guillaume Péricard,&#13;
clerc du diocèse de Rouen, dernier prébendé, que par la cession&#13;
et renonciation faite par Nicolas Duvivier, prêtre, du droit qu’il&#13;
a ou peut avoir et prétendre sur les mêmes canonica! et prébende.&#13;
Et le lundi neuvième jour de janvier 1640, le procureur du&#13;
dit François de Laval, clerc, a été mis en possession des dits cano­&#13;
nicat et prébende. Voyez les Registres du Chapitre pour le dit&#13;
jour 9 janvier 1640 et le portefeuille du secrétariat pour Évreux.&#13;
&#13;
�Doe. rv-Y&#13;
&#13;
4&#13;
DOC. IV&#13;
&#13;
N o m in a tio ad b e n e f ic iu m canonicale E c c l e sia e E b r o ic e n s is a&#13;
S ervo D e i a b d ic a t u m , 1648,10 octo bbis . E x Pontile d ’Évreux,&#13;
&#13;
Arei/. Départ, de l ’Eure, G 22, AG 35, f. 249.&#13;
Gosselin (|&gt;. 34) riproduce parzialmente l ’atto ufficiale del 1 luglio 1648&#13;
col quale il Servo di Dio rinunzia al suo canonicato di Évreux. Non avendo&#13;
in mano il testo completo di questo documento, diamo qui un estratto del&#13;
F o u illé d ’É v r e u x , il quale accenna pure alla suddetta rinunzia. Francesco&#13;
de Lavai, già sacerdote da un anno, si dimise di questo beneficio probabil­&#13;
mente in previsione della nomina ad arcidiacono maggiore della mede­&#13;
sima cattedrale.&#13;
&#13;
Le 10''"“' jour d ’octobre 1648, le Roi a conféré de plein droit,&#13;
à cause de la régale, à Jacques de Cherville, clerc de ce diocèse,&#13;
un des canonicats et prébendes des huit de l ’ancienne fondation,&#13;
vacant par la démission faite d ’iceux entre les mains de Sa Ma­&#13;
jesté, à charge de trois cent livres de pension annuelle, par Fran­&#13;
çois de Laval, prêtre, dernier possesseur, la dite pension en sa&#13;
faveur.&#13;
Et le vendredi 20 novembre, le dit de Cherville a été mis en&#13;
possession par procureur des dits canonicat et prébende. Voyez&#13;
le Registre du Chapitre pour le dit jour 20 novembre 1648.&#13;
DOC. V&#13;
N o m in a tio S ervi D e i ad o f f ic iu m A rchidiaconi m a io r is E ccle ­&#13;
sia e E b r o ic e n s is , 1648, 7 d e c e m b r is . Ex Perniile tVÉvreux,&#13;
&#13;
A rdi. Départ, de l’Eure, G 22, AG 35, f. 145.&#13;
Le 7 décembre 1648, M. Jacques du Perron, évêque d ’Évreux,&#13;
a conféré de plein droit à François de Laval, prêtre de ce diocèse,&#13;
l ’archidiaeoné d ’Évreux dans l ’église cathédrale de la dite ville,&#13;
vacant par la démission pure et simple faite d’icelui entre les&#13;
mains de mon dit seigneur par M. Jacques le Doulx, prêtre, der­&#13;
nier possesseur.&#13;
Et le 15 décembre du dit an, mon dit de Laval a pris posses­&#13;
sion par procureur du dit archidiaeoné. Voyez le Registre du&#13;
Chapitre pour le dit jour 15 décembre 1648 et le Registre du&#13;
Secrétariat, folio 6 verso.&#13;
&#13;
�O&#13;
&#13;
Doc. V I&#13;
&#13;
DOC. V I&#13;
I nfo rm ationes canonicae de vita et m o r ib u s S ervi D e i ad d i ­&#13;
gnitatem EPISCOPALEM ET MUNUS VlCARII APOSTOLICI TONQUixi PRAESENTATi, 1653. 5 n o v e m b r is . Ex Copia authentica in&#13;
&#13;
A rdi. S. Gouyr. de Prop. Fide asservatu, Scritt. Rif. nelle&#13;
Cony. Gen., voi. 317, ff. 126-137.&#13;
Ne! 1652, il Padre de Rhodes, celebre missionario gesuita dell’Estremo&#13;
Oriente, fu inviato in Francia per cercare e presentare alle autorità com­&#13;
petenti soggetti capaci per essere vicarii apostolici n ell’Oriente. Presentò&#13;
a Roma tre nomi, fra i quali anche quello del Servo di Dio che veniva pro­&#13;
posto come vicario del Tonchino.. È a questa occasione che furono raccolte&#13;
le seguenti Informazioni Canoniche, il cui testo però non fu noto ad alcuno&#13;
storico e lo si credeva perduto. Noi abbiamo avuto la buona fortuna di ri­&#13;
trovarlo in una copia autentica conservata nell’Archivio di Propaganda.&#13;
A dir vero, il contenuto di queste Informazioni era in gran parte già cono­&#13;
sciuto attraverso informazioni analoghe redatte sugli stessi quesiti quattro&#13;
anni dopo nel 1657 (D oc. X ) , quando il Servo di Dio fu nominato vica­&#13;
rio apostolico del Canada. Ma comunque il nuovo documento acquisito&#13;
alla Causa ha la sua notevole importanza, sia per l ’aumentato numero di&#13;
sei testimoni giurati, sia per alcuni particolari sulla vita religiosa e sulle&#13;
virtù del Servo di Dio, che sono propri di queste prime Informazioni e che&#13;
mancano nelle altre.&#13;
&#13;
Nicolaus ex Comitibus Guidis a Baine, Dei et Sanctae Sedis&#13;
Apostolicae gratia, Athenarum Archi episcopus et Sanctissimi&#13;
Domini nostri Papae Innoeentii decimi ad Regem Christianissimum et totum Galliae regnum Nuntius Apostolicus, universis&#13;
praesentes litteras inspecturis, salutem in Domino. Cum ex Sum­&#13;
morum Pontificum decretis, maxime constitutioni felicis reeordationis Gregorii Papae decimi quarti, et iuxta Sacrosancti Concilii&#13;
Tridentini dispositiones, omnes ii qui deinceps metropolitanis&#13;
et cathedralibus Ecclesiis, Monasteriis et Prioratibus conventualibus aliisque dignitatibus ecclesiasticis sunt praeficiendi, atte­&#13;
stationem authenticam vitae, morum, religionis, aetatis, doctrinae&#13;
et sufficientiae suae Romana in Curia exhibere ac publicam fidei&#13;
orthodoxae professionem facere atque in Romanae Ecclesiae ac&#13;
Sanctissimi Domini Nostri Papae obedientia permansuros iu~&#13;
rare et spondere teneantur; cumque nobilis et scientificus vir Do­&#13;
minus Franeiseus de Laval, presbyter Carnutensis dioecesis, do-&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
6 —&#13;
&#13;
minus temporalis de Montigny atque in iure canonico facultatis&#13;
Parisiensis licentiatus et Ecclesiae Ebroicensis magnus archidiaconus et piorum proborumque virorum votis ad aliquam dignita­&#13;
tem episcopalem etiam in partibus infidelium pro veritatis evangelieae praedicatione lideique catholicae, apostolicae et romanae&#13;
propagatione sub Sanctissimi Domini Nostri Papae Sanctaeque&#13;
Sedis Apostolicae beneplacito de proximo veniat promovendus,&#13;
requisiti fuimus quatenus debitam et expositam suis vita, mori­&#13;
bus aliisque praemissis inquisitionem facere vellemus et digna­&#13;
remur. Cui requisitioni tamquam iustae et rationi consentaneae&#13;
annuentes pro muneris nostri ratione nonnullos sub dignos testes,&#13;
viros graves et scientifieos, quorum nomina, cognomina, aetates,&#13;
qualitates et mansiones inferius deducuntur, omni humano affectu&#13;
deposito, seorsim et sigillatili) medio iureiurando ab eis et eorum&#13;
quolibet solemniter praestito, super articulis ad tam finem edicta&#13;
constitutione exactis et infra descriptis ex officio audivimus, in­&#13;
terrogavimus, inquisivimus et examinavimus eorumque dicta et&#13;
depositionem per notarium apostolicum Curiaeque Parisiensis&#13;
iuratum infrascriptum excipi et in sumptis redigi fecimus et&#13;
mandavimus in hunc qui sequitur modum.&#13;
El primo sequitur tenor articulorum et dicta constitutione eli­&#13;
citorum super quibus dicti testes et eorum quilibet auditi et in­&#13;
quisiti fuerunt.&#13;
1. An cognoscat praefatum Dominum promovendum, a quo&#13;
1empore circa, an sit illius consanguineus, affinis aut nimium fa­&#13;
miliaris.&#13;
2. An sciat in qua civitate, loco vel dioecesi idem Dominus&#13;
promovendus sit natus, an ex legitimo matrimonio, nobilibus el&#13;
catholicis parentibus sit procreatus et (piae sit causa scientiae.&#13;
2. Au sciat in (pia aetate sit constitutus et praesertim an exple­&#13;
verit trigesimum annum suae aetatis ei (piae sit causa scientiae.&#13;
4. An sciat eum in sacris ordinibus esse constitutum, in fun­&#13;
ctionibus ecclesiasticis et ordinum susceptorum exercitio diu ver­&#13;
satum et in sacramentorum susceptione frequentem.&#13;
5. An sciat eum semper catholice vixisse et in fidei puritate&#13;
permansisse.&#13;
b. An sciat eum esse virum gravem et prudentem et rerum&#13;
usu praestantem.&#13;
7. An sciat eum aliquo gradu sive in theologia sive in iure&#13;
&#13;
�I&#13;
&#13;
Doc. VI&#13;
&#13;
canonico insignitum esse, quibus in locis, a quo tempore, quo&#13;
fructu litteris operam dederit et an vero ea polleat doctrina quae&#13;
in praelato requiritur ad hoc ut possit alios docere.&#13;
8. An sciat eum aliquo munere aliquando functum esse vel&#13;
circa curam aut regimen alicuius Ecclesiae se exercuisse et quo­&#13;
modo in eis se gesserit tam quoad doctrinam quam quoad pru­&#13;
dentiam et mores.&#13;
9. An sciat eum dedisse aliquando publicum aliquod scanda­&#13;
lum in suis moribus aut doctrina, sive alio corporis aut animi&#13;
vitio aliove impedimento canonico detineri, quominus ad digni­&#13;
tates ecclesiasticas promoveatur et quae sit causa scientiae prae­&#13;
missorum omnium.&#13;
10. An censeat illum idoneum et capacem regimine alicuius&#13;
Ecclesiae dignumque qui ad episcopatum promoveatur. Et an&#13;
eius promotionem utilem et proficuam fore existimet et quare ita&#13;
existimet.&#13;
Sequuntur dictu cl depositiones dictorum testium.&#13;
De dic Mercurii, quinta mensis novembris, anui Domini mil­&#13;
lesimi quinquagesimi tertii.&#13;
Perennissimus Princeps Henrieus a Sabaudia, Dux Navoriensis et Aumalensis, nominatus Archiepiscopus Remensis, Dux&#13;
et Primus Par Franciae, annos natus viginti septem in via Aegipsi. parochiae Sancti-Andreae de Arcubus Parisiis nunc de­&#13;
gens, praevio iureiurando manu pectori admota, inquisitus supra&#13;
praemissis articulis et ad illos sigillatilo respondens.&#13;
Ad primum articulum dixit se cognoscere dictum Dominum&#13;
Franciscum de Laval, dominum temporalem de Montigny, ab&#13;
hinc annis circiter tredecim, quia cum eo conversatus est familia­&#13;
riter in Collegio Parisiens! Societatis leso; cui tamen non est&#13;
consanguineus nec affinis.&#13;
Ad secundum, scire se illuni oriundum esse in dioecesi Oarnutensi et loco de Montigny ex legitimo matrimonio nobilibus et ca­&#13;
tholici s parentibus; quibuscum etiam aliquando versatus est.&#13;
Ad tertium, dixit se scire idem explevisse trigesimum aetatis&#13;
annum ex causa conversationis praefatae.&#13;
Ad quartum, novit eum esse presbyterum ab annis circiter&#13;
septem et frequenter sacrum facere.&#13;
Ad quintum, semper catholice vixisse et in fidei puritate per­&#13;
mansisse constantissima fama est.&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
8 —&#13;
&#13;
Ad sextum, eum esse virum gravem, prudentem et rerum usu&#13;
praestantem, tum propino experimento tum aliorum fide digno­&#13;
rum testimonio compertum habet.&#13;
Ad septimum, studia litterarum confecit, in im e canonico&#13;
licentiatus est Parisiis eaque doctrina pollet quae in praelato&#13;
requiritur ad hoc ut possit alios docere. Id vero ex aliorum testi­&#13;
monio compertum habet.&#13;
Ad octavum, in Ecclesia Ebroicensi Magnus Archidiaeonus&#13;
est, eoque munere functus est absque ullius querela, idque eorum&#13;
qui in illo munere versatum eum viderint testimonio compertum&#13;
habito dixit.&#13;
Ad nonum, nullum unquam scandalum dedit sed potius ma­&#13;
gnae aedificationi fuit, mtlloque corporis aut animi vitio laborat&#13;
aliove canonico impedimento detinetur, quominus ad dignitates&#13;
ecclesiasticas promoveatur, idque tum proprio experimento tum&#13;
aliorum omnium qui praefatum Dominum noverunt testimonio&#13;
didicit.&#13;
Ad decimum et ultimum tandem, censet illum idoneum et ca­&#13;
pacem regiminis Ecclesiae maxime vero in partibus infidelium&#13;
ob zelum suum animarum et gloriae Dei, dignumque qui promo­&#13;
veatur ad episcopatum, adeo ut eius promotionem Ecclesiae uti­&#13;
lem et proficuam fore existimet, idque tum proprio experimento&#13;
tum aliorum omni exceptione maiorum testium relationibus com­&#13;
pertum habet. Fit in fidem praemissorum manu propria subsi­&#13;
gnavit. Sic signatum: A. Sabaudia, Arehiepiscopus Dux Remen­&#13;
sis nominatus.&#13;
Illustrissimus et Reverendissimus Dominus Francisons, Epi­&#13;
scopus Madaurensis, Coadiutor Cornubiensis, annos natus qua­&#13;
draginta, in via Oram noncupata a Sanctis Patribus in parochia&#13;
Sancti-Sulpitii nunc degens, praevio solemni iureiurando manu&#13;
pectori admota, inquisitus super praemissis articulis et ad illos&#13;
sigillatila respondens.&#13;
Ad primum, dixit se cognoscere dictum Dominum Fraueiscum&#13;
de Laval, dominum temporalem de Montigny, a decem circiter&#13;
annis, quia cum illo conversatus est familiariter in Collegio Flexiensi Societatis lesu ; ait tamen nec esse consanguineum nec&#13;
affinem.&#13;
Ad secundum, scire se illum oriundum esse in dioecesi Carini-&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
9&#13;
&#13;
Doc. VI&#13;
&#13;
tensi et loco de Montigny, ex legitimo matrimonio nobilibus et ca­&#13;
tholicis parentibus sibi notis.&#13;
Ad tertium, dixit se scire eum explevisse trigesimum aeta­&#13;
tis annum, ex causa conversationis praefatae.&#13;
Ad quartum, eum esse presbyterum ab annis circiter septem,&#13;
ex litteris authenticis vidit.&#13;
Ad quintum, semper ipsum catholice vixisse et in fidei puri­&#13;
tate permansisse nemini dubium est.&#13;
Ad sextum, se scire eum esse virum gravem, prudentem, omni­&#13;
bus quibuscum vixit pietatis exemplo praeluxisse.&#13;
Ad septimum, studia litterarum confecit, in iure canonico&#13;
lieentiatus est Parisiis eaque doctrina pollet quae in praelato&#13;
requiritur ut possit alios docere.&#13;
Ad octavum, scire se eiundem esse Magnum Archidiaconum&#13;
Cathedralis Ecclesiae Ebroicensis ab annis circiter quinque cum­&#13;
que munere in illo versatum esse cum zelo et diligentia, cum inte­&#13;
gritate et prudentia plurimorum testimonia compertum habet.&#13;
Ad nonum, nullum unquam scandalum dedisse imo potius&#13;
magnae aedificationi fuisse, nullo corporis vitio aut animi defe­&#13;
ctu laborare, aliove canonico impedimento detineri quominus ad&#13;
ecclesiasticam dignitatem promoveatur, idquc et experimento pro­&#13;
prio et aliorum omnium qui praefatum Dominum norunt, testi­&#13;
monio comprobatum tenet.&#13;
Ad decimum et ultimum, censet illum idoneum et capacem&#13;
regiminis Ecclesiae, maxime vero in partibus infidelium, ob ze­&#13;
lum suum animarum et gloriae Dei utpote qui familiae suae no­&#13;
bilissimae primogenitus, abdicatis honoribus saeculi, Deo se sponte&#13;
et Ecclesiae devovit, eo potissimum animo ut proximi saluti va­&#13;
cet. quamobrem eum existimat dignum qui promoveatur ad epi­&#13;
scopatum. eiusque promotionem Ecclesiae utilem fore. Et in prae­&#13;
missorum omnium fidem manu propria subscripsit. Sic signatum:&#13;
Franciseus, Episcopus Madaurensis, &lt;’oadiutor Oornubiensis.&#13;
Reverendus Pater loannes Bagot, presbyte)- Societatis lesu&#13;
et domus professae Parisiensis superior, in eadem domo com­&#13;
morans, annorum natus sexaginl a 1res, praevio iureiurando manu&#13;
pectori admota inquisitus.&#13;
Super primo articulo respondit se ab annis tredecim uosse&#13;
familiarissime praefatum Dominimi promovendum, cuius nec con­&#13;
sanguineus nec affinis est.&#13;
&#13;
�Doc. VI&#13;
&#13;
-&#13;
&#13;
10 —&#13;
&#13;
Super secundo, ait se scire eum promovendum natum esse&#13;
in loco dicto de Montignv. dioecesis Carnutensis, ex legitimo ma­&#13;
trimonio nol)ilibus(|Ue et catholicis parentibus idque constantis­&#13;
sima fama ait se compertum habere.&#13;
Super tertio, respondit scire se eumdem explevisse trigesi­&#13;
mum aetatis suae annum.&#13;
Super quarto, respondit se scire eum esse in sacro ordine&#13;
presbyteratus constitutum et in functionibus illius et exercitio&#13;
versatum esse ac fere quotidie sacrum facere cum insignis pie­&#13;
tatis existimatione.&#13;
Super quinto, ait se scire eum semper catholice vixisse et in&#13;
fidei puritate permansisse, tum quia a teneris annis in Collegiis&#13;
Parisiensi et Flexiensi eiusdem Societatis Iesu studia confecit,&#13;
tum quia ah eo tempore cum eo familiariter conversatus est.&#13;
Super sexto, respondit so scire eum esse virum gravem, pru­&#13;
dentem, rerum usu praestantem et omnibus quibuscum vixit pie­&#13;
tatis exemplo praeluxisse.&#13;
Super septimo, respondit se scire eum in iure canonico licentiatum esse in Academia Parisiensi ab annis circiter quinque,&#13;
magno cum fructu litteris operam dedisse, ac vero pollere ea do­&#13;
ctrina quae in praelato requiritur; idque ait se scire quia vidit&#13;
eum rudes docentem et habentem conciones in Seolatiis Beatis­&#13;
simae Virginis cum magno auditorum plausu.&#13;
Super octavo, respondit scire se eum esse Magnum Arcliidiaconum Ebroicensent, illo munere functum esse cum satisfactione&#13;
omnium tam quoad doctrinam quam quoad prudentiam et mores.&#13;
Super nono, respondit se scire illum nunquam dedisse ullum&#13;
scandalum, nullo corporis aut animi vitio aliove canonico impe­&#13;
dimento detineri quominus ad dignitatem ecclesiasticam promo­&#13;
veatur; idque confirmat constantissima fama et testimonium&#13;
omnium eorum quibuscum vixit.&#13;
Super decimo et ultimo, respondit censere se illum idoneum&#13;
et capacem esse regiminis alicuius Ecclesiae, maxime vero in par­&#13;
tibus infidelium, nipote qui familiae suae nobilissimae primoge­&#13;
nitus, abdicatis honoribus saeculi, sponte se Deo et Ecclesiae de­&#13;
vovit, eo potissimum animo ut saluti proximi vacet; quare eum&#13;
existimat dignum qui promoveatur ad episcopatum ciusqut? pro­&#13;
motionem Ecclesiae utilem et proficuam fore indicavit. Et in&#13;
fidem manu propria subscripsit. Sic signatum: Tontines Bagot.&#13;
&#13;
�Il&#13;
&#13;
Doc. VI&#13;
&#13;
Venerabilis et circumspectus vir Dominus Francisais Palili,&#13;
presbyter dioecesis Turonensis, insignis Ecclesiae Beatissimi Mar­&#13;
tini Tiironensis ... canonicus praebendatus, nunc Parisiis degens,&#13;
annos natus vigiliti octo, praevio iureiurando manu pectori ad­&#13;
mota inquisitus super praemissis articulis et ad illorum sigilla­&#13;
tili) respondens.&#13;
Ad primum, deposuil perfectam habere se notitiam tum ipsius&#13;
Domini promovendi tum eius parentum ab annis decem circiter&#13;
quos omnium novit nobiles, pios et valde catholicos; illius tamen&#13;
non esse affinem neque consanguineum.&#13;
Ad secundum et tertium, certo scire, ex causa praemissa et&#13;
ex inspectione tum faciei illius tum litterarum authenticarum,&#13;
eum natum esse annos triginta et plus, et in loco de Montigny&#13;
dioecesis Carnutensis oriundum.&#13;
Ad quartum, litteris ordinum al) eo susceptorum constare eum&#13;
esse presbyterum rite promotum ab annis circiter septem, vidissequc quotidie illum sacrum facere cum maxima devotione.&#13;
Ad quintum, ex causis supradictis, scire se eum semper ca­&#13;
tholice vixisse et fidei puritatem ubique docuisse.&#13;
Ad sextum, ex iisdem causis, summa gravitate, prudentia,&#13;
rerum usu aliisque probitatis et virtutum meritis commendabi­&#13;
lem eum semper cognovisse.&#13;
Ad septimum, scire se etiam de visu illum esse in iure cano­&#13;
nico licentiatum ab annis quinque eaque vere pollere doctrina&#13;
quae in praelato requiritur ad hoc ut possit alios docere et salu­&#13;
briter informare.&#13;
Ad octavum, scire se ex causis praedictis eum esse Maiorem&#13;
Archidiaconum insignis Ecclesiae Ebroicensis ab annis circiter&#13;
quinque et in ea qualitate quot annis visitationem ordinariam&#13;
fecisse in districtu sui archidiaconatus, verbum divinum et ve­&#13;
ritatem evangelicam ubique praedicando aun populi aedificatione&#13;
et satisfactione.&#13;
Ad nonum, nullum se unquam vidisse aut detexisse scanda­&#13;
lum in vita, moribus et. doctrina ipsius Domini promovendi neque&#13;
aliud vitium sive corporis sive animi aut aliud canonicum impe­&#13;
dimentum: quod ipsius a dignitatibus ecclesiasticis amoveat.&#13;
Ad decimum et ultimum tandem, idoneum eum censere qui&#13;
dignitati ecclesiasticae praeficiatur etiam episcopatui in partibus&#13;
infidelium, utpote qui familiae suae nobilissimae primogenitus,&#13;
&#13;
�Doc. \ I&#13;
&#13;
12 —&#13;
&#13;
abdicatis saeculi honoribus, Deo et Ecclesiae sponte se devovit,&#13;
eo potissimum animo ut proximi saluti et aedificationi continuam&#13;
det operam. Ideoque sperat ipse testis suam promotionem Eccle­&#13;
siae non mediocriter esse proficuam ; quae omnia tanquam viva&#13;
et omnibus notoria idem testis manu propria obsignavit. Sic si­&#13;
gnatum: F. Pallu.&#13;
illustris Dominus Christophorus Duplessis, Baro et Domi­&#13;
nus de Montebarro, Regis Ohristianissimi in suis status et pri­&#13;
vato consiliis Consiliarius, annos natus quadraginta quinque, in&#13;
via Vallis Giraldi iuxta aedes earmelitarum discalceatorum, pa­&#13;
rochia Sancti-Sulpitii Parisiis commorans, post praestitum solemne iusiurandum tactis Sacris Scripturis, inquisitus super ar­&#13;
ticulis praemissis deposuit ut infra.&#13;
Super primo articulo, a pauco tempore novit bonam ipsius&#13;
Domini promovendi famam et cum illo conversatus est abhinc&#13;
duobus mensibus; dumtaxat cui non est affinis nec consanguineus.&#13;
Super secundo, ex causa dictae conversationis et fidei digno­&#13;
rum relatu, scit cum esse dominum temporalem loci de Montignv&#13;
et in eodem loco oriundum ex illustri prosapia et catholicis pa­&#13;
rentibus.&#13;
Super tertio, trigesimum annum suae aetatis superare ut lit­&#13;
teris apparet.&#13;
Super quarto, scit eum esse presbyterum rite promotum ab&#13;
anno septem ex communi fama viditque eum aliquando sacrosan­&#13;
ctum missae sacrificium celebrantem magna cum devotione.&#13;
Stiper quinto, ex eadem causa scit eum catholice semper vi­&#13;
xisse et fidei puritatem docuisse eum populi aedificatione.&#13;
Super sexto, ah eo tempore quo eum novit, prudentem, mo­&#13;
destum in suis actionibus vivendique modo temperatum vidit.&#13;
Super septimo, ex eadem causa scit eum esse licentiatum in&#13;
iure canonico facultatis Parisiensis et magno fructu litteris ope­&#13;
ram dedisse, adeo ut vere ea polleat doctrina quae praelatum do­&#13;
cet et proximum aedificat.&#13;
Super octavo, ex eadem causa scit eum esse Magnum Arehi(liacomim Ecclesiae Cathedralis Ebroicensis ab annis circiter&#13;
quinque, et eo miniere functum cum zelo, diligentia, prudentia et&#13;
integritate morum.&#13;
Super nono, nescit illuni dedisse unquam ullum scandalum&#13;
circa fidem, mores aut doctrinam, et e contra vixisse cum exemplo&#13;
&#13;
�13 —&#13;
&#13;
l)oe. VI&#13;
&#13;
et approbatione piorum virorum, nullumque novit sive corporis&#13;
sive animi vitium, quominus ipse dignitatibus ecclesiasticis invito&#13;
praefici valeat.&#13;
Super decimo et ultimo, censet eum capacissimum regiminis&#13;
alicuius episcopatus, maxime in partibus infidelium, utpote qui&#13;
primogenitus suae illustris admodum familiae, abdicatis saeculi&#13;
honoribus, Deo et Ecclesiae sponte se devovit. Et illius promo­&#13;
tionem Ecclesiae Dei utilissimum fore ipse testis existimavit. Et&#13;
in fidem praemissorum praesentem suam depositionem manu pro­&#13;
pria confirmavit. Sic signatum: Du Plessis.&#13;
Bertrandus Drouart, scutifer domus et virum negotiorum&#13;
illustrissimae Dueissae d 'Aiguillon praefectus, in suburbio Sancti-Germani a Pratis, prope Parisiis commorans, annos natus&#13;
sexaginta et plus, praevio solenni immurando tactis Sacris Scri­&#13;
pturis, inquisitus super articulis praedictis et ad illos sigillatilo&#13;
respondens.&#13;
Ad primum articulum respondit a pauco tempore de visu no­&#13;
tum sibi esse dictum Dominum promovendum, sed ex communi&#13;
fama et piorum virorum relationibus multa pia et bona opera de&#13;
eo audivisse iliique affinem aut consanguineum non esse.&#13;
Ad secundum, scire se ex causa praemissa illum natum esse&#13;
in loco de Montignv, Carnutensis dioecesis, ex nobilibus et catho­&#13;
licis parentibus, filium legitimum nobilis quondam Domini Hugonis de Laval, dum viveret domini temporalis eiusdem loci de Montigny et Dominae Michaelae de Péricard..., cuius loci de Montigny ipse promovendus nunc temporis est dominus temporalis.&#13;
Ad tertium, audivisse se et faciei inspectione constare illum&#13;
explevisse trigesimum suae aetatis annum.&#13;
Ad quartum, audivisse illum a septem circiter annis in sacris&#13;
ordinibus esse constitutum et in functionibus ecclesiasticis ordi­&#13;
numque susceptorum exercitio dici versatissimum, idque a viris&#13;
fide dignissimis.&#13;
Ad quintum, ex eadem causa affirmative respondit.&#13;
Ad sextum, ex eadem causa etiam affirmative respondit se&#13;
talem eum cognovisse in sua conversatione prout in dicto conti­&#13;
netur.&#13;
Ad septimum, scire se eum esse licentiatum in iure canonico&#13;
ut litteris apparet, adeo ut sil capax alios docendi et salubriter&#13;
informandi.&#13;
&#13;
�Doc. V II&#13;
&#13;
— 14 —&#13;
&#13;
Ad octavum, scire se eum a quinque circiter annis esse Archidiaconum Maiorem Ecclesiae Ebroicensis et in ea qualitate quot&#13;
annis visitationem fecisse in districtu sui archidiaconatus cum&#13;
populi aedificatione et satisfactione.&#13;
Ad nonum, nihil quidquam audivisse de scandalo per eum&#13;
dato neque de ullo vitio aut canonico impedimento, imo vero di­&#13;
gnissimum censere qui dignitatibus ecclesiasticis praeficiatur.&#13;
Ad decimum et ultimum tandem, censeri illum idoneum qui ad&#13;
episcopatum etiam in partibus infidelium invito promoveatur et&#13;
propter zelum ipsius existimare se eam promotionem Ecclesiae&#13;
Dei aliquando valde profituram. Et in fidem subsignavit. Sic&#13;
signatum : Drouart.&#13;
In quorum omnium fidem et testimonium praemissorum, prae­&#13;
sentes litteras manu nostra signavimus et per Magistrum loannem Le Vasseur, Notarium Apostolicum Curiaeque Archiepiscopalis Parisiensis iuratum fieri et signari sigilloque nostro quo&#13;
in talibus utimur muniri iussimus et fecimus. Datum Parisiis&#13;
anno, mense et die quibus supra. Sic signatum Nicolaus, Archiepiscopus Athenarum, Nuntius Apostolicus.&#13;
J. Le Vasseur.&#13;
&#13;
DOC. V II&#13;
A bdicatio O f f ic ii A rchtoiacoxi m a io r is E c c lk sia e E broicek s is a S ervo D e i facta , 1654, 28 f e b r u a r ii . E x F o u illé d ’É -&#13;
&#13;
vreux, A rdi. Départ, de l ’Eure, G 22, AG 35, f. 143.&#13;
In seguito alla proposta avanzata e presa in considerazione a Roma&#13;
per la nomina del Servo di Dio come vicario apostolico del Touch ino, F ra n ­&#13;
cesco de Lavai si dimise dal suo officio di arcidiacono di Évreux. Non ab­&#13;
biamo l ’atto ufficiale di dimissione, ma essa viene indicata in una nota del&#13;
P o u illé d ’É v r e u x che viene qui riprodotta.&#13;
Le parole usate in questo documento s u i v a n t la s ig n a tu r e d o n n é e à&#13;
R p m e hanno fatlo pensare ad un viaggio del Servo di Dio a Roma. Ma&#13;
noi crediamo molto più giusta l ’interpretazione di Gosselin (p. 397):&#13;
« Mgr de Laval avait envoyé sa démission en cour de Rome; voilà tout&#13;
simplement ce que signifie cette s ig n a tu r e d o n n é e à R o m e . Elle ne sup­&#13;
pose nullement un voyage à Rome; et si. comme nous le croyons, il n ’y&#13;
a pas d ’autres preuves d 'u n tel voyage, il faut le regarder au moins&#13;
comme douteux ».&#13;
&#13;
�— 15 —&#13;
&#13;
Doc. V ili&#13;
&#13;
Le dernier jour de février 1654, M. de Beaiunesnil, prêtre,&#13;
chantre chanoine, official d ’Évreux et vicaire-général de M. Gil­&#13;
les Boutoult, évêque de la dite ville, a conféré à Henri Boudon,&#13;
clerc du diocèse de Laon, l ’archidiaconé d ’Évreux vacant par la&#13;
résignation faite en sa faveur par François de Laval, prêtre,&#13;
dernier possesseur, suivant la signature donnée à Borne le 7 des&#13;
ides de décembre de la 10''"“' année du pontificat de Notre SaintPère le Pape Innocent X. Voyez le \ T m" registre du Secrétariat,&#13;
fol. 8 verso.&#13;
DOC. V III&#13;
E x c e r p t u m E pist o l a e H en k ic i B o u do n , anno c ir c it e r 1654. 24&#13;
i u m i . Ex ms. « Vie de M. Boudon» auctore Thomas, in A r­&#13;
&#13;
chivo dioecesis Ehroicensis asservato; pp. 110-111.&#13;
Per la morte &lt;\ì suo padre nel 1636 e dei suoi due fratelli maggiori&#13;
nel 1644 e 1645, il Servo di Dio divenne capo della signoria di Montigny.&#13;
Riproduciamo qui il solo documento che conosciamo relativo all’ammini­&#13;
strazione di detta signoria. È una lettera di Enrico Boudon, il quale di&#13;
recente proposto dal Servo di Dio e nominato arcidiacono di Évreux, era&#13;
a quest’epoca ospite della famiglia di Lavai a Montigny. Essa è inserita&#13;
in una vita dello stesso Boudon scritta da un certo Thomas nel 1706,&#13;
della quale si conserva un ms. nell’Archivio della diocesi di Évreux. Non&#13;
è datato, ma secondo Gosselin (p. 46), sarebbe del 1654, la quale data&#13;
abbiamo accettato come probabile. Monsieur l ’abbé de Montigny nominato&#13;
in questa lettera non è altro che il nostro Servo di Dio; Madame de Montigny e Monsieur de Montigny sono rispettivamente sua madre e suo fra­&#13;
tello Giovanni-Luigi. in favore del quale il Servo di Dio si dimetterà dalla&#13;
signoria di Montigny qualche anno dopo.&#13;
&#13;
Dimanche dernier en l ’église de Montigny, où je parlai aux&#13;
assistants des abus qui se commettent aux feux la veille de la&#13;
Saint-Jean, et en même temps je leur déclarai que le sieur curé&#13;
du dit lieu était résolu de faire en sa paroisse le feu publie et&#13;
paroissial de la Nativité de saint Jean et leur dis que Monsieur&#13;
et Madame de Montigny leur défendaient d ’en faire plus aucun&#13;
particulier. Je leur avais parlé à tous auparavant en particu­&#13;
lier, je veux dire à M. le curé, à Madame et à Messieurs de Mon­&#13;
tigny. La veille donc de la Saint-Jean étant arrivée (qui était&#13;
hier sur le soir), j ’allai avec M. l ’abbé de Montigny, Madame et&#13;
Monsieur de Montigny, son fils, qui voulurent que toute Leur fa­&#13;
&#13;
�Doc. IX&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
16&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
mille les suivît pour le bon exemple à l ’église, où nous trouvâmes&#13;
grand nombre de peuples contre l ’espérance du sieur curé, cpii&#13;
croyait qu’il n ’v viendrait personne: il y en avait qui étaient ve­&#13;
nus d ’une demi-lieue. Et toute la cérémonie du feu public et pa­&#13;
roissial de la Saint-Jean fut faite en perfection avec la joie et&#13;
l ’édification de chacun. M. l ’abbé de Montigny avait envoyé un&#13;
homme exprès pai' tous les villages de la paroisse pour prendre&#13;
garde qu’on n ’y fît aucun feu particulier; ce qui fut fait. Mais&#13;
comme on lui eut dit que dans une hôtellerie on se préparait à&#13;
en faii’e un, il y alla lui-même, le fit détruire et leur fera payer&#13;
quelque chose à l ’église pour n ’avoir pas gardé son ordre.&#13;
&#13;
DOC. IX&#13;
E p is t o l a R e g is G a l l ia e L u d o v ic i&#13;
&#13;
XTV&#13;
&#13;
ad&#13;
&#13;
Summum&#13;
&#13;
P o n t if t -&#13;
&#13;
A l e x a n d r u m V II, 1657, 2 6 ia n u a b ii . E x Originali in&#13;
A rchivo Valicavo asservato, Prive., voi. SI, f. 4.&#13;
&#13;
cem&#13;
&#13;
Le pratiche fatte nel 1653 per inviare il Servo di Dio come vicario&#13;
apostolico nel Tonchino non ebbero esito. Il Portogallo, che esercitava da&#13;
lungo tempo un diritto di patrocinio sulle missioni dell’Estremo Oriente,&#13;
si oppose all’invio colà di vescovi francesi. Nel frattempo, il papa Inno­&#13;
cenzo X morì (1655) e solo nel 1658 Alessandro V II riprese il progetto&#13;
del Padre de Rhodes. A questa data però, il Servo di Dio, su domanda&#13;
dei Padri Gesuiti, era stato già presentato al Papa con lettera del Re di&#13;
Francia in data del 26 gennaio 1657, per le missioni del Canada.&#13;
Questa lettera fu già riprodotta nella Nova Positio, Siimi». Adii.,&#13;
pp. 457-459, da una copia dell’Archivio del Ministero degli Affari Esteri&#13;
di Parigi (Rome, voi. 195, f. 122). Noi ne abbiamo trovato l'originale nel­&#13;
l ’Archivio Vaticano e ne riproduciamo qui il testo.&#13;
&#13;
Très Saint Père.&#13;
Ceux qui sous la protection de cette couronne ont porté la&#13;
foi dans les pays septentrionaux de l ’Amérique ont en sorte&#13;
réussi en leur entreprise par le secours de la divine bonté qui&#13;
l ’a bénie, que pour y mettre la dernière main, ils ont cru être&#13;
obligés de demander qu’il fût établi un évêque et un siège épisco­&#13;
pal en ces pavs-là, afin que les âmes converties pussent recevoir&#13;
les sacrements qui ne peuvent être conférés que par ceux qui en&#13;
ont le caractère. Ils ont eu recours à nous pour solliciter auprès&#13;
&#13;
�— 17 —&#13;
&#13;
Doc. IX&#13;
&#13;
de Votre Sainteté cet établissement (pt’ils jugent absolument né­&#13;
cessaire, et nous ayant fait comprendre les avantages qui en re­&#13;
viendraient à notre sainte religion, nous n ’avons pas voulu leur&#13;
refuser notre intercession envers vous pour vous porter à donner&#13;
la dernière perfection à cette Église naissante.&#13;
Mais connue la conduite en doit être commise à une personne&#13;
de piété, de savoir et d ’un zèle particulier pour l ’Église de Dieu,&#13;
nous avons cru devoir supplier Votre Sainteté d ’y engager le&#13;
Père François de Laval de Montigny, dont les vertus l ’ont rendu&#13;
si recommandable qu’il a été sollicité de plusieurs endroits&#13;
d'aller travailler à la vigne du Seigneur; à quoi il a paru tou­&#13;
jours en sorte disposé, que sans que Dieu l ’ait voulu réserver&#13;
pour la Nouvelle-France, il fut parti pour le Tonquin, recherché&#13;
par les pères qui y ont prêché l ’Évangile de les y aller aider.&#13;
Et ses informations ayant été approuvées par le sieur Bagny,&#13;
lors nonce de Votre Sainteté vers nous, et ensuite envoyées en&#13;
cour de Borne pour vous être présentées, il en fut empêché sans&#13;
y avoir contribué, après avoir demandé qu’il fût fait des prières&#13;
afin qu’il plût à la divine Majesté l ’éclaircir de ce (pii était de&#13;
sa volonté, qu’il était prêt d ’embrasser et de suivre, ne taisant&#13;
pas que par des mouvements secrets il se sentait porté d ’aller&#13;
plutôt en un pays sauvage, qu’en un civilisé et abondant en tou­&#13;
tes les choses nécessaires à la vie, qui ne se trouvent que très dif­&#13;
ficilement en la Nouvelle-France. Votre Sainteté aura sans doute&#13;
été informée des bonnes qualités de ce bon prêtre et qu’on doit&#13;
donc bien s on servir pour ces établissements, puisqu’elle n ’a pas&#13;
moins de zèle pour la gloire de Dieu qu’en ont toujours eu ses&#13;
prédécesseurs, dont le soin et le travail ont appelé à la connais­&#13;
sance de Dieu des nations entières et leur ont fait recevoir agréa­&#13;
blement le joug de l ’Évangile.&#13;
Nous eussions pu proposer à Votre Sainteté d’autres person­&#13;
nes qui eussent pu avancer ce bon œuvre, si nous n ’avions jugé&#13;
celle du dit de Laval leur devoir être préférée par les témoi­&#13;
gnages cpii nous ont été rendus de son insigne piété par des&#13;
personnes très éclairées, en sorte que notre connaissance étant&#13;
fortifiée do la leur, nous pouvons dire qu’il serait difficile de com­&#13;
mettre le soin d ’un si vaste pays, à quelqu’un qui s ’en pût mieux&#13;
acquitter que lui. Et comme ce pays est soumis à la monarchie&#13;
française, dont les rois ont tant aidé à y faire recevoir la reli-&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
18 —&#13;
&#13;
gioii chrétienne, de même que leurs prédécesseurs avaient fait&#13;
en plusieurs parties du monde, nous nous sentons convié de les&#13;
imiter, même d ’y faire fonder une Église, ainsi que plusieurs&#13;
l ’ont été dans l ’Allemagne par le soin de Charles le Grand; et&#13;
comme tant d ’âmes furent redevables de leur salut à vos prédé­&#13;
cesseurs, celles de ce nouveau monde le seront à Votre Sainteté&#13;
et en revanche obtiendront non seulement de l ’infinie miséricorde&#13;
de Dieu la durée de vos jours pour le bien de l ’Église, mais aussi&#13;
après que vous l ’aurez longuement administrée, la récompense&#13;
de vos travaux, étant admis dans le royaume de celui par le moyen&#13;
duquel vous aurez travaillé. Nous joindrons, Très Saint Père, nos&#13;
prières aux leurs afin qu’elles soient exaucées et que toute la&#13;
Chrétienté en soit consolée.&#13;
Votre dévot fils le Poi de France et de Navarre,&#13;
Louis.&#13;
Écrit à Paris ce 26''""' jour de janvier 1657.&#13;
DOC. X&#13;
I n fo r m a tio n es C anonicae de vita e t m o r ib u s S erv i D e i ad DI­&#13;
GNITATEM EPISCOPALEM ET MUNUS VlCARII APOSTOLICI C aNADENSIS praesentata E, 1657, 17 luna. K.ï Exemplo iìl Archi Va&#13;
&#13;
Seminarii Quehecemis asservato, Evêques de Québec, u. 183.&#13;
All 'occasione della nomina del Servo di Dio come vescovo nel Ca­&#13;
nada, furono redatte nuove informazioni Canoniche dal nunzio di Parigi,&#13;
Mona. Piccolomini, il 17 luglio 1657. Nell’Archivio del Seminario di Québec&#13;
se ne conserva una copia contemporanea così annotata da mano del Servo&#13;
di Dio: * Informations de vie et de mœurs faites devant M. le Nonce, exi­&#13;
gées pour la promotion à l ’épiscopat, en l ’année 1657, 17 juillet ».&#13;
&#13;
Coelius Piceolomiuus Dei et Sanctae Sedis Apostolicae gratia Archiepiscopus Cesareae, Sanctissimi Domini Nostri Papae&#13;
1). Alexandri Septimi Praelatus Domesticus assistens necuon&#13;
ad Christianissimum Regem Gallorum Francorumque Regnum&#13;
Nuncius, universis praesentes litteras inspecturis salutem in&#13;
Domino. Cum ex Summorum Pontificum decretis maxime Con­&#13;
si it utioni quondam felicis recordationis Gregorii Papae Decimi&#13;
Quarti ac iuxta sacrosancti Concilii Tridentini decreta, omnes&#13;
qui deinceps eathedralibus et metropolitani» Ecclesiis necnon&#13;
&#13;
�I!)&#13;
&#13;
Doc. X&#13;
&#13;
Monasteriis, Prioratibus conventu ali bus electivis et non electivis&#13;
ac dignitatibus in eisdem Ecclesiis praefici seu de iisdem sibi a&#13;
Sancta Sede Apostolica provideri desiderant, vitae, inorum, re­&#13;
ligionis, aetatis, doctrinae et capacitatis eorum attestatio Romana&#13;
in Curia exhibenda requirantur ipsique praeficiendi publicam fidei&#13;
orthodoxae facere professionem seque in Romanae Ecclesiae ac&#13;
Sanctissimi Domini Nostri Papae obedientia permansuros iurare&#13;
et spondere teneantur, cumque perillustris ac Reverendus Domi­&#13;
nus Franciscus de Laval, presbyter dioecesis Carnutensis, in iuribus lieentiatus, nominatus per praedictum Ohristianissimum&#13;
Regem ad episcopatum in provincia Canadensi auctoritate apo­&#13;
stolica erigendum, provideri curet et intendat pro illius parte,&#13;
nobis fuit humillime supplicatus ut debitam et exquisitam super&#13;
eius vita, moribus, doctrina, aetate et natalibus inquisitionem fa­&#13;
cere vellemus et dignaremur. Cui quidem requisitioni ut iustae et&#13;
honestae annuentes, super praemissis iuxta articulos e praedi­&#13;
cta constitutione excerptos, testes infra nominatos fide dignissi­&#13;
mos quorum nomina et cognomina, qualitates, aetates, gradus et&#13;
honores inferius deducuntur, omni humano affectu deposito dili­&#13;
genter et praevio iuramento in praesentia nostri Auditoris et&#13;
publici auctoritate apostolica curiaeque archiepiscopalis Notarii&#13;
iurati subsignatorum, audivimus et examinavimus eorumque di­&#13;
cta et depositiones per dictum Notarium recipi et scriptis redigi&#13;
fecimus in hunc qui sequitur modum.&#13;
Sequitur tenor articulorum super quibus audivimus et exami­&#13;
navimus quemlibet infradictorum testium, super vita, fide, mori­&#13;
bus, doctrina, aetate, religione et natalibus praefati Reverendi&#13;
Domini Francisci de Laval.&#13;
Primo an testis cognoscat promovendum, quomodo, a quo tem­&#13;
pore etc., an sit ipsius consanguineus, cognatus, affinis, nimium&#13;
familiaris, aemulus vel odiosus.&#13;
Secundo an sciat in qua civitate vel loco et dioecesi promoven­&#13;
dus sit natus et quae sit causa scientiae.&#13;
Tertio an sciat ipsum natum esse ex legitimo matrimonio&#13;
atque honestis et catholicis parentibus et quae sit causa scientiae.&#13;
Quarto an sciat cuius aetatis sit, praesertim an expleverit&#13;
annum trigesimum et quae sit causa scientiae.&#13;
Quinto an sciat illum esse sacris ordinibus constitutum, qui­&#13;
bus, a quo tempore, an ante sex menses et quae sit causa scientiae.&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
— 20 —&#13;
&#13;
Sexto an sciat esse in Ecclesiae functionibus et in exercitio&#13;
ordinum susceptorum diu versatum, in receptione sacramentorum frequentem et devotum et quae sit causa scientiae.&#13;
Septimo an sciat eum semper catholice vixisse et in fidei pu­&#13;
ritate permansisse et quae sit causa scientiae.&#13;
Octavo an sciat eum praedictum esse innocentia vitae bonis­&#13;
que moribus et an sit bonae conversationis et famae et quae sit&#13;
causa scientiae.&#13;
Nono an sciat eum esse virum gravem et prudentem et usu&#13;
verum praestantem et quae sit causa scientiae.&#13;
Decimo an sciat eum aliquo gradu in iure canonico vel in&#13;
sacra theologia insignitum esse, quibus in locis, quanto tempore&#13;
et quo fructu ipsi theologiae vel iuri canonico operam dederit,&#13;
et an vere ea doctrina pollens quae in episcopo requiritur ad hoc&#13;
ut possit alios docere.&#13;
Undecimo an sciat eum aliquo munere functum fuisse voi&#13;
circa curam animarum aut regimen alterius Ecclesiae se exer­&#13;
cuisse et quomodo se gesserit tam quoad doctrinam quam quoad&#13;
prudentiam, integritatem et mores et quae sit causa scientiae.&#13;
Duodecimo an sciat eum aliquando publicum aliquod scanda­&#13;
lum dedisse circa fidem, mores sive doctrinam; vel aliquid cor­&#13;
poris aut animi vitio aliove canonico impedimento tenere quomi­&#13;
nus possit ad Ecclesiam cathedralem promoveri et (piae sit causa&#13;
scientiae.&#13;
Decimo tertio an eum idoneum existimet ad bene regendam&#13;
Ecclesiam eatliedralem et an ipsius promotionem eidem Ecclesiae&#13;
utilem et proficuam fore censeat et quare ita existimet.&#13;
Sequuntur nomina et cognomina neenon depositiones et atte­&#13;
stationes illustrissimorum ac venerabilium virorum qui de nata­&#13;
libus, vita, moribus, aetate, religione et doctrina praefati Re­&#13;
verendi Domini Francisci de Laval verum et fidele testimonium&#13;
suis chirographis obsignatum retulerunt.&#13;
De die decima septima itilii anno Domini millesimo sexcente­&#13;
simo quinquagesimo septimo.&#13;
Illustrissimus et Reverendissimus in Christo Pater et Domi­&#13;
nus Dominus Franeiscus Servien, Baiocensis Episcopus, in quin­&#13;
quagesimo octavo suae aetatis anno constitutus, Parisiis nunc&#13;
existons, dato iuramento manu cruci pectorali apposita, interro­&#13;
gatus super praeinsertis articulis respondit ut infra.&#13;
&#13;
�— 21 —&#13;
&#13;
Doc. X&#13;
&#13;
Ad primum cognoscere praefatum Dominum promovendum,&#13;
praesertim ab anno; per quod tempus plurima pietatis et inte­&#13;
gritatis vitae edidit specimina ac omnes et singulas functiones&#13;
quae ad sacerdotale munus spectant summa cum laude, maxime&#13;
vero in administratione quarumdam communitatum religiosarum&#13;
in dioecesi dicti Illustrissimi Domini Deponentis exercuit, nec&#13;
esse ipsius consanguineum, affinem, aemulum vel odiosum.&#13;
Ad secundum esse natum in dioecesi Carnutensi.&#13;
Ad tertium eum esse ex legitimis nuptiis, illustrissima fami­&#13;
lia ac piissimis et vere catholicis parentibus procreatum ; quod&#13;
publicum et notorium esse asserit.&#13;
Ad quartum scire illum explevisse annum trigesimum et scire&#13;
dixit quia vidit litteras suae promotionis ad presbyteratum, qui­&#13;
bus constat illum esse presbyterum a decennio.&#13;
Ad quintum respondit in precedenti articulo.&#13;
Ad sextum vidisse illum ab anno exercentem suas functio­&#13;
nes ecclesiasticas in sua dioecesi devotissime et in hac civitate au­&#13;
divisse exercuisse summa cum pietate.&#13;
Ad septimum ab eo tempore quo eum cognovit scire illum&#13;
catholice vixisse.&#13;
Ad octavum esse vitae non solum innocentis sed etiam exem­&#13;
plaris.&#13;
Ad nonum esse virum prudentissinnim et in rebus agendis&#13;
praestantissimum.&#13;
Ad decimum esse in iure canonico licentiatus ab anno mille­&#13;
simo sexcentesimo quadragesimo nono Facultatis Parisienis et&#13;
ita in litteris tam sacris quam profanis versatum ut capax existât&#13;
ad populum fidei et religionis catholicae praeceptis imbuendum.&#13;
Ad undecimum audivisse illum fuisse Archidiaconum in Ec­&#13;
clesia Ebroicensi illudque munus summo eum honore per multos&#13;
annos gessisse ac tandem dictum archidiaeonatum ad maiorem&#13;
Dei gloriam nulla retenta pensione, sed pure et, simpliciter de­&#13;
misisse.&#13;
Ad duodecimum asseruit dictum promovendum ita se ges­&#13;
sisse ut nunquam ullum scandalum aut circa fidem aut circa mo­&#13;
res aut circa doctrinam dederit nulloque laborare aut corporis&#13;
aut animi vitio ac nullum obstare canonicum impedimentum quo­&#13;
minus possit ad Ecclesiam eathedralem promovere.&#13;
Ad decimum tertium pro experientia quam habet in eccle-&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
2 2 __&#13;
&#13;
siasticis functionibus, et praecipue propter specimen bonorum&#13;
operum quod dedit in dioecesi dicti Illustrissimi Domini Depo­&#13;
nentis, censere eius promotionem ad Ecclesiam catliedralem uti­&#13;
lissimam fore et praesertim ad eam quae apud Canadenses ut&#13;
plurimum, ubi non solum verbo sed etiam exemplo bonorum ope­&#13;
rum praelucere oportet pontificem, sub beneplacito Summi Pon­&#13;
tificis erigenda est. Signatum: Francisons, Baiocensis Episcopus.&#13;
Perillustris et Reverendus Dominus Claudius De Blampignon,&#13;
presbyter, Abbas seu perpetuus Commendatari us Monasterii de&#13;
Eleemosina Ordinis Cistereiensis, dioecesis Carnutensis, in qua­&#13;
dragesimo septimo suae aetatis anno constitutus, Parisiis in Mo­&#13;
nasterio Monialium S. Tliomae nuncupatarum commorans, dato&#13;
juramento tactis Scripturis, respondit ut infra.&#13;
Ad primum cognoscere dictum Dominum promovendum a&#13;
quinque annis aut circiter, non esse tamen ipsius consanguineum,&#13;
affinem, aemulum vel odiosum.&#13;
Ad secundum scire illum natum in dioecesi &lt;'arnutensi et scire&#13;
dixit quia vidit litteras testimoniales ipsius promotionis ad or­&#13;
dines.&#13;
Ad tertium scire illum esse natum ex illustrissima familia,&#13;
probis et vere catholicis parentibus, ut accepit a pluribus cogna­&#13;
tis dicti Domini promovendi et per famam ab omnibus.&#13;
Ad quartum illum esse triginta quinque annis natum.&#13;
Ad quintum scire illum esse presbyterum a decennio ut con­&#13;
stat ex litteris promotionis quas vidit.&#13;
Ad sextum devotissimum audire apud omnes et in susceptione&#13;
sacramentorum frequentissimum.&#13;
Ad septimum a praedictis suis illustrissimis parentibus pie&#13;
ac catholice educatum fuisse ac in fide catholica, apostolica et ro­&#13;
mana semper vixisse et vivere.&#13;
Ad octavum certissimum esse declaravit et patefieri in administratione nonnullorum monasteriorum sanctimonialium quae&#13;
rexit maxima cum pietate.&#13;
Ad nonum ex varia communicatione diversis in locis per Do­&#13;
minum Deponentem cum dicto Promovendo vidisse et cognovisse&#13;
eius prudentiam et gravitatem.&#13;
Ad decimum scire dictum Dominum Promovendum esse in&#13;
jure canonico licentiatmn Facultatis Parisiensis ac in litteris&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
23 —&#13;
&#13;
Doc. X&#13;
&#13;
tam sacris quam profanis versatissimum et capacem ad alios do­&#13;
cendum et verbum Dei seminandum.&#13;
Ad undecimum scire ipsum archidiaeonatus munere cum ti­&#13;
tulo in Ecclesia Ebroieensi summa cum laude et maximo cum fru­&#13;
ctu perfunctum fuisse, eumdemque archidiaconatum, nullo alio&#13;
suscepto beneficio nullaque retenta pensione sed pure et simpli­&#13;
citer pro bono Ecclesiae, resignasse.&#13;
Ad duodecimum respondit se nunquam audivisse scandalum&#13;
aliquod per eum datum fuisse aut obstare aliquod impedimentum&#13;
canonicum quominus ad Ecclesiam eatliedralem promoveatur.&#13;
Ad decimum tertium dignissimum esse ob eximias animi sui&#13;
dotes qui Ecclesiae cathedrali praeficiatur, ac praesertim erigen­&#13;
dae apud Canadenses, quibus episcopo non tantum doctrina et&#13;
prudentia sed etiam pietate et bonorum operum exemplo con­&#13;
spicuo opus est. Signatum: Blampignon.&#13;
Venerabilis vir Dominus Petrus Picques, presbyter Parisien­&#13;
sis, Baeealaureus Theologiae Facultatis Parisiensis, rector parocbialis ecclesiae Sti-Iosse Parisiensis, in trigesimo primo suae&#13;
aetatis anno constitutus, dato iuramento tactis Scripturis.&#13;
Ad primum dixit cognoscere dictum Dominum Promovendum&#13;
ab octo annis aut circiter ex conversatione quam cum eo habuit&#13;
ab illo tempore ; cuius tamen non est consanguineus, affinis, aemu­&#13;
lus vel odiosus.&#13;
Ad secundum scire illum esse dioecesis Carnutensis oriun­&#13;
dum.&#13;
Ad tertium natum esse de legitimo matrimonio illustrissimi&#13;
Domini Hugonis de Laval, Domini de Montigny, et Dominae Michaelae de Péricard quondam coniugis, ex qua familia de Péricard plurimi illustrissimi Domini episcopi nuper exorti sunt.&#13;
Ad quartum illum trigesimum quintum suae aetatis annum&#13;
agere, ut patet ex litteris suae promotionis ad sacros ordines.&#13;
Ad quintum esse a decennio presbyterum ut constat dictis lit­&#13;
teris promotionis.&#13;
Ad sextum habere particularem notitiam de exercitiis spiri­&#13;
tualibus dicti Domini Promovendi et probe scire illum esse piissimum et devotissimum.&#13;
Ad septimum nihil non catholicum in eo deprehendisse immo&#13;
pro piissimo et fidei catholicae amantissimo haberi.&#13;
Ad octavum esse praeditum innocentia vitae, optimis mori-&#13;
&#13;
�Doc. X&#13;
&#13;
__ 2 4 __&#13;
&#13;
bus, vitae suae probitate, morum integritate et bonae conversa­&#13;
tionis fama, exemplar omnibus praebentem.&#13;
Ad nonum esse gravissimum et prudentissimmn ac usu re­&#13;
rum experientiis inultis praestantissimum.&#13;
Ad decimum esse licentiatum ab octo annis in iure canonico&#13;
Facultatis Parisiensis ut constat ex litteris sui gradus quas vidit.&#13;
Ad undecimum possedisse arcliidiaconatum Ecclesiae Ehroicensis quem optime et cum aedificatione exercuit per plurimos an­&#13;
nos eiusque arehidiaconatus parochias diligentissime visitasse,&#13;
defectus coercuisse ac verbum Dei nmltoties in cursu visitationis&#13;
seminasse.&#13;
Ad duodecimum ignorare dictum Dominum Promovendum&#13;
aliquod scandalum dedisse aut obstare in eo aliquod impedimen­&#13;
tum canonicum quominus possit praefici.&#13;
Ad decimum tertium interrogatus respondit, ob eximias animi&#13;
dotes quibns dictus Dominus Promovendus praeditus est, eum&#13;
esso capacissimum et idoneum ut ad maiores superiores Eccle­&#13;
siae dignitates promoveatur eiusque promotionem utilem fore,&#13;
si ita Sanctissimo Domino Nostro Papae et Sanctae Sedi Apo­&#13;
stoliche bene visum fuerit. Signatum: Picques.&#13;
Venerabilis Magister Iosephus Sain, subdiaconus dioecesis&#13;
Turonensis, Baccalaureus Theologiae Facultatis Parisiensis necnon iuris Doctor Facultatis Aurelianensis, in vigesimo quarto&#13;
suae aetatis anno constitutus, Canonicus ac Theologalis insignis&#13;
et metropolitanao Ecclesiae Turonensis.&#13;
Ad primum dixit cognoscere dictum Dominum Promoven­&#13;
dum a duobus annis, quia cum eo habitavit ab eo tempore, eius&#13;
tamen non est affinis, cognatus, nimium familiaris, aemulus vel&#13;
odiosus.&#13;
Ad secundum esse natimi in dioecesi Carnutensi.&#13;
Ad tertium ex fama publica scire eum esse ex legitimo tlioro.&#13;
illustrissimis et vere catholicis parentibus procreatum.&#13;
Ad quartum esse in trigesimo (plinto anno constitutum.&#13;
Ad quintum esse a decem annis presbyterum prout vidit per&#13;
litteras suae promotionis.&#13;
Ad sextum respondit eum esso piissimum, sanctum missae&#13;
sacrificium devotissime singulis diebus celebrantem aliisque di­&#13;
vinis officiis assiduum et frequentem.&#13;
Ad septimum silfi ex causis praedictis constare ipsum Domi-&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
25 —&#13;
&#13;
Doc. X I&#13;
&#13;
num Promovendum esse praeditum innocentia vitae et bonis mo­&#13;
ribus, bona conversatione et fama commendabilem.&#13;
Ad octavum scire illum esse bonae conversationis et liabere&#13;
maximum zelum.&#13;
Ad nonum eum esse vitae probitate, morum integritate et bo­&#13;
nae conversationis fama conspicuum.&#13;
Ad decimum esse in iure canonico licentiatum Academiae Parisiensis atque doctrina imbutum quae in episcopo requiritur ut&#13;
commissos sibi populos in via salutis docere et instruere possit.&#13;
Ad undecimum credit illuni exercuisse magno cum fructu&#13;
archidiaconatum Ebroieensem, ut accepit a plurimis fide dignis­&#13;
simis.&#13;
Ad duodecimum nullum ai) eo scandalum datum fuisse nec&#13;
in eo corporis aut animi vitium novisse, sed potius in eo repe­&#13;
risse omnes dotes quibus episcopali gradu dignus efficiatur.&#13;
Ad decimum tertium respondit quod attentis praemissis et&#13;
boe quod de se in commune reipublicae Christianae bonum et&#13;
commodum praebet, censeat et existimet praefatum Dominum&#13;
Promovendum dignum et capacem ut regimen et administratio&#13;
Ecclesiae cathedralis et praecipue erigendae in provincia Canadensi, eius curae et sollicitudini committatur. Signatum: Iosepli&#13;
Sain.&#13;
Iu quorum praemissorum fidem lias praesentes litteras manu&#13;
nostra obsignatas per Magistrum Ioannem Roger, Notarium Apostolicmn Parisiis commorantem, fieri et signari sigillique nostri&#13;
iussimus et fecimus appositione muniri.&#13;
Datum Parisiis, anno et die quibus supra.&#13;
&#13;
!)()('. XI&#13;
Kxckhuta kx ErrsTot.Ks Domini Gtjkpfier ad Dominum de&#13;
Bbiexni: circa nominationem Servi Dei ad Vieariatum Novae-Galliae, 1657, 15 maii, 1658, 6 maii. Ex Originalibus in&#13;
Tlritish Museum asservatis, Harleg 4641 A, ff. 82, 822.Il&#13;
Il re Luigi XIV aveva affidato al signor Gueffier, suo agente alla&#13;
corte di Roma, la cura di trattare l ’affare della nomina del Servo di Dio.&#13;
S ’aprì allora una corrispondenza molto frequente intorno a questo sog­&#13;
getto fra l'agente reale e Enrico-Augusto de Lomélie, conte de Brienne,&#13;
&#13;
�Doc. X I&#13;
&#13;
-&#13;
&#13;
26&#13;
&#13;
-&#13;
&#13;
segretario di Stato del Re, in quel tempo incaricato della direzione del&#13;
dipartimento degli Affari Esteri a Parigi. Questa lunga corrispondenza&#13;
ci fa conoscere le molte difficoltà che emersero c ritardarono la nomina&#13;
del Servo di Dio. La malattia del cardinale Biclii. intermediario del Re&#13;
presso la Santa Sede; la sospensione delle assemblee delle Congregazioni&#13;
romane a causa di una peste che durò diversi mesi; la domanda di spie­&#13;
gazioni intorno al nome di père dato dal Re al Servo di Dio nella lettera&#13;
del 26 gennaio 1657 (Dot;. IX . p. 17); lo scambio di numerosi memoriali fra&#13;
Roma e Parigi per provare che Francesco de Lavai non apparteneva ad&#13;
alcuna congregazione religiosa : un progetto irrealizzabile della S. Con­&#13;
gregazione di Propaganda di fondare cinque provinci© ecclesiastiche nelle&#13;
cinque principali regioni di selvaggi del Canada; l'intervento dei Padri Ge­&#13;
suiti per la nomina di un vicario apostolico in luogo di un vescovo residen­&#13;
ziale. essendo secondo essi troppo giovane la Chiesa canadese per erigervi&#13;
subito una diocesi ; la questione dei proventi promessi dal Re per la so­&#13;
stentazione del Servo di Dio e sui quali il Papa voleva assicurazioni : in­&#13;
fine il non intervento del candidato per sollecitare la sua nomina, influirono talmente, che nonostante le istanze del Gueffier, l ’affare si trascinò&#13;
in lungo per più di un anno. Finalmente F ll aprile del 1658, la S. Con­&#13;
gregazione di Propaganda pubblicò il decreto col quale il Servo di Dio&#13;
veniva nominato vescovo di Petrea in partibus e vicario apostolico del&#13;
Canada. Il papa Alessandro VII firmò il decreto il 13 aprile dello stesso&#13;
anno e il 6 maggio seguente il nuovo eletto fu preconizzato in concistoro&#13;
(cf. Faïllon, Histoire de la Colonie française an Canada, Villemarie. 1865,&#13;
vol. II, pp. 318-322).&#13;
Sarebbe superfluo riprodurre tutti questi testi, tanto più che non&#13;
hanno diretta relazione colla vita e Le virtù del Servo di Dio. Basterà&#13;
riprodurre due estratti delle lettere del Gueffier al Brienne, dove appare&#13;
che il Servo di Dio, allora nel ritiro dell’Eremitaggio di Caen, non fece&#13;
alcuna pratica per assicurare e accelerare la sua nomina.&#13;
&#13;
1&#13;
Rome, 15 mai 1657.&#13;
... ne pouvant rien faire touchant le premier commandement&#13;
(i. e. la nomination du Serviteur de Dieu), si l ’on ne sait ici de&#13;
quel ordre est celui qu’elle fSa Majesté) a nommé à cet évêché-là&#13;
et qu’il n ’y ait quelque solliciteur chargé des informations de&#13;
sa vie et mœurs et des autres écritures nécessaires. 11 est im­&#13;
possible d ’y rien avancer, comme je vous ai mandé par ma lettre&#13;
du ld mars, ne pouvant assez m ’étonner que ce nommé-là, s ’il&#13;
en n été averti, n ’ait encore pourvu à cela, semblant par là qu’il&#13;
ne veuille accepter la grâce que le Roi lui en fait.&#13;
&#13;
�Doc. X II&#13;
&#13;
27 —&#13;
&#13;
o&#13;
AJ&#13;
&#13;
Monseigneur.&#13;
&#13;
Rome, 6 mai 1658.&#13;
&#13;
•le commencerai cette lettre par l ’avis que .je suis obligé de&#13;
vous donner que j ’ai tant pressé l ’affaire de M. de Montigny,&#13;
que j ’en ai eu à la tin le décret approuvé par le pape, comme vous&#13;
verrez, s ’il-vous-plaît, par la copie ci-jointe, ne l ’ayant pu avoir&#13;
plus tôt que le premier jour de ce mois, (pie je baillai incontinent&#13;
au sieur de la Borne, qui doit faire expédier ces bulles-là, afin&#13;
qu’il y fasse au plus tôt travailler; à quoi j ’espère qu’il ne man­&#13;
quera pas, comme je ne ferai aussi de vous mander, quand elles&#13;
auront été expédiées, et au dit sieur de Montigny même, bien qu’il&#13;
ne m’ait jamais écrit un mot sur ce (pii regarde en cela son ser­&#13;
vice.&#13;
P. S. - Il y a eu ce matin consistoire auquel on a préconisé&#13;
M. de Montigny pour l ’évêché de Pétrée in portibus, de sorte&#13;
qu’au premier il sera proposé.&#13;
DOC. X II&#13;
P o s t u l a t io ru o e u n d a t io n e S e m in a r ii M i s s i o n u m ad E x t e r a s&#13;
G e n t e s P a r is ie n s is&#13;
&#13;
a&#13;
&#13;
S ervo D e i a t q u e a V ic a r iis A v o s t o l i -&#13;
&#13;
H ie r o p o l it a n e n s i e t B e r it e x s i C o n g r e g a t io n i de P ro pa ­&#13;
ganda F id e po rrecta , 1658, 1 i u l i i . E r Exemplo in Archivo&#13;
&#13;
c is&#13;
&#13;
Seminarii Parisiensis pro Missionibus exteris asservato,&#13;
voi. 27, p. 265.&#13;
Sulla proposta del Padre de Rhodes, il Papa aveva nominato F ran­&#13;
cesco Palili e Pietro de la Mothe-Lambert vicarii apostolici pei' l ’Estremo&#13;
Oriente, mentre il Servo di Dio aveva ricevuto le sue bolle di vicario apo­&#13;
stolico del Canada. Questi tre vicarii, prima di lasciare la Francia, con­&#13;
vennero di domandare a Roma il permesso di fondare a Parigi un seminario&#13;
di sacerdoti destinati esclusivamente alle missioni, per assicurarsi dei collaboratori. Così nacque il Seminario delle Missioni estere di Parigi, che&#13;
ha dato alla Chiesa un numero tanto grande di zelatili missionari. Non&#13;
abbiamo ritrovato l ’originale di questo documento che riproduciamo da&#13;
una copia del tempo esistente nell'Archivio «lei Seminario delle Missioni&#13;
estere di Parigi.&#13;
&#13;
Eminentissimi e Reverendissimi Signori.&#13;
Francesco de Lavai, Pietro Lambert, Francesco Palili, e al­&#13;
tri sacerdoti francesi, umilmente espongono all'Eminenze Vostre&#13;
&#13;
�Doc. X III&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
28&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
quale trovandosi in Francia molti ecclesiastici di dottrina, di&#13;
buoni costumi e già esperimentati, desiderosi di cooperare alla&#13;
conversione degli infedeli e dell’altra parte essendo necessario&#13;
per la conservazione e aumento delle missioni da incominciarsi da&#13;
essi quanto prima nel Canada, China, Tonquino e nella Cocliinchina, secondo l ’ordine di Sua Santità, conforme ai decreti dell 'Eminenze Vostre che siano sempre alcuni totalmente disposti per&#13;
mandarli in aiuto degli altri missionarii anche per principiare&#13;
altre Missioni a beneplacito della S. Congregazione, non sola­&#13;
mente è conveniente ma ancora necessario di fondare un Semi­&#13;
nario che abbia per unico suo fine la propagazione della S. Fede&#13;
appresso degli infedeli, nel quale possano congregarsi tutti sud­&#13;
detti ecclesiastici per provare la loro vocazione e prepararsi con&#13;
tutti i mezzi opportuni a qualsivoglia missione. Pertanto i sud­&#13;
detti oratori riconoscendo di non potersi eseguire così buon pen­&#13;
siero e desiderio senza l ’autorevole protezione dell'Eminenze Vo­&#13;
stre. umilmente le supplicano di voler concedergli tutte le facoltà&#13;
e privilegii necessarii per l ’erezione e stabilimento di detto Se­&#13;
minario.&#13;
La qual grazia essendo degna della loro grande pietà, i sopra&#13;
detti oratori sperano favorevole esito ai loro ferventi desiderii&#13;
sperando d'esser fedeli ministri sotto la prudente direzione dell 'Eminenze Vostre, quas Deus etc.&#13;
DOC. XTTI&#13;
L it t e r a e P a t e n t e s a R e g e L u d o v ic o X I V S ervo D ei c o n c e s s a e ,&#13;
1659, 27 M a r t ii . Ex Exemplo in Archivo Seminarii Quebe-&#13;
&#13;
cemis as servato, Affaires et Difficultés avant 1721.&#13;
In Francia a quest’epoca, ogni nuovo vescovo doveva domandare al&#13;
Ite io lettere credenziali da presentarsi ai governatori regii per essere rico­&#13;
nosciuto ufficialmente come capo spirituale della diocesi affidatagli. Essendo&#13;
il Canada una colonia francese, sottoposta al governo di Luigi XIV, il&#13;
Servo di Dio domandò le dette lettere che qui riproduciamo.&#13;
&#13;
Les grâces et les bénédictions infinies que Dieu verse conti­&#13;
nuellement sur notre personne et sur notre État nous obligent&#13;
sur (ous les souverains de la terre de prendre un soin particulier&#13;
d ’employer pour l ’avancement, de sa gloire et de son honneur&#13;
&#13;
�— 29 —&#13;
&#13;
Doc. X III&#13;
&#13;
la puissance qu’il nous a donnée. C’est pourquoi désirant rendre&#13;
à Sa Majesté divine une partie des reconnaissances que nous lui&#13;
devons pour tant de faveurs, nous avons estimé que nous ne pou­&#13;
vions mieux nous acquitter de ce devoir qu’en soutenant les inté­&#13;
rêts de la religion et en étendant même nos soins sur les nations&#13;
barbares et infidèles, pour coopérer à ce qu’elles soient appelées&#13;
à la connaissance de son nom et dans le sein de son Église, sa­&#13;
chant d ’ailleurs que Dieu n ’élève les rois sur la terre pour le&#13;
gouvernement des peuples, (pie dans le dessein d ’en faire les ins­&#13;
truments de sa Providence en se servant de leur zèle et de leur&#13;
autorité pour établir son empire et étendre le culte de la vraie&#13;
religion. C’est à quoi nous sommes encore excité par les exemples&#13;
de piété que nous a laissés le feu Roi, notre très honoré seigneur&#13;
et père, et par les instructions que nous a données dès notre en­&#13;
fance la Reine, notre très honorée dame et mère, qui n ’a pas eu&#13;
plus de soin de maintenir notre autorité et la grandeur de cette&#13;
couronne que de nous inspirer par sa vertu singulière, avec ces&#13;
saintes maximes, le zèle du service de Dieu et la gloire de son&#13;
Église.&#13;
Ainsi, ayant été averti que la religion qui commence à s ’éta­&#13;
blir et à se répandre dans les provinces de Canada ne peut être&#13;
avancée et maintenue qu’en y faisant l ’érection d ’un évêché,&#13;
afin d ’en pourvoir quelque personne d ’un grand mérite, qui puisse&#13;
avec l ’autorité de ce divin caractère et par l ’usage de sa juridic­&#13;
tion, donner la perfection à cet ouvrage si heureusement com­&#13;
mencé, cette considération nous a porté à inviter Notre Saint Père&#13;
le Pape à faire l ’érection d ’un siège épiscopal dans ces provinces&#13;
éloignées. Mais Sa Sainteté ayant jugé que les choses nécessaires&#13;
à cet établissement ne se trouvaient pas encore en ce pays et qu’il&#13;
y avait danger que la dignité épiscopale n ’étant pas honorée avec,&#13;
le respect qui lui est dû, l ’Église n ’en reçût quelque désavantage,&#13;
nous avons fait instance pour qu’il plût à Sa Sainteté do don­&#13;
ner ordre aux nécessités de cette Église naissante, par les voies&#13;
qu’elle jugerait meilleures. Sur quoi, nous ayant offert de nom­&#13;
mer vicaire apostolique le sieur de Laval de Montigny, pourvu&#13;
de l ’évêché de Pétrée, pour faire toutes les fonctions épiscopales&#13;
dans l ’étendue de la Nouvelle-France, nous l ’avons accepté et&#13;
ensuite les bulles qui ont été expédiées.&#13;
Ayant donc mis cette affaire en délibération dans notre Con-&#13;
&#13;
�— 30 —&#13;
&#13;
Doc. X IV&#13;
&#13;
seil, où étaient la Reine, notre très honorée dame et mère, notre&#13;
très cher et très aimé frère le duc d ’Anjou et autres princes&#13;
et seigneurs, nous avons de notre autorité royale déclaré et nous&#13;
déclarons par ces présentes signées de notre main, que nous&#13;
voulons et qu’il nous plaît que le sieur de Laval de Montigny,&#13;
évêque de Pétrée, soit reconnu par tous nos sujets, dans les dites&#13;
provinces, pour faire les fonctions épiscopales sans préjudice&#13;
des droits de la juridiction ordinaire; et cela, en attendant l ’érec­&#13;
tion d ’un évêché dont le titulaire sera suffragant de l ’archevêque&#13;
de Rouen, du consentement irrévocable duquel nous avons ac­&#13;
cepté la dite disposition de Notre Saint Père le Pape; car tel es!&#13;
notre bon plaisir.&#13;
Louis.&#13;
DOC. XIV&#13;
E p is t o l a R e g in a *: r e g e n t is G a l l ia e A n n a e ab A u s t r ia ad H o ­&#13;
minem&#13;
&#13;
d ’ARGENSON,&#13;
&#13;
IN REGIONE CANADENSI GUBERNATOREM,&#13;
&#13;
1659, 31 m a r t i t . K.r Archivo Ardndioeresis Qitehccensis,&#13;
Registro A , u. 184.&#13;
Lo scopo di questa lettera della Regina è di domandare al governa­&#13;
tore del Canada di sostenere l ’autorità del Servo di Dio contro le preten­&#13;
sioni dell’arcivescovo di Rouen, il quale considerava il Canada come parte&#13;
della sua diocesi.&#13;
Prendiamo occasione da questo documento per riunire qui alcune&#13;
note suilla questione della giurisdizione di Mons. de Lavai e le suddette&#13;
pretensioni dell’arcivescovo di Rouen, questione che ritornerà in molti&#13;
documenti e che verrà trattata più ampiamente nelle Mémoires sur M. ile&#13;
Lavai del de La Tour.&#13;
I primi missionarii del Canada, i Padri Francescani Recolletti nel 1615&#13;
e i Padri Gesuiti nel 1625 e nel 1632, avevano ricevuto, prima di par­&#13;
tire dalla Francia, la loro giurisdizione da un prefetto nominato da Roma&#13;
per queste missioni. Però i missionarii partendo per il Canada, in vista&#13;
di esercitare il ministero durante il viaggio sugli operai che si recavano&#13;
nella colonia, domandarono la giurisdizione agli ordinarii delle città dove&#13;
si imbarcarono. Questo fatto contribuì a far sì che i detti ordinarii finis­&#13;
sero per considerare il territorio della Nuova-Fancia come un prolunga­&#13;
mento della propria diocesi; di qui le pretensioni di giurisdizione. Il più&#13;
tenace in ciò fu l ’arcivescovo di Rouen, la cui pretesa sembrava tanto&#13;
più giustificata in quanto ehe il Parlamento della medesima città aveva, di&#13;
consenso del Re, qualche diritto sull’amministrazione della giustizia nel&#13;
Canada. I Padri Gesuiti, soli missionarii della colonia ila! 1632, davano&#13;
&#13;
�— 81 —&#13;
&#13;
Doc* XIV&#13;
&#13;
all’arcivescovo l ’occasione di affermarsi nella sua pretensione. La loro&#13;
giurisdizione essendo messa in dubbio in molte lettere da essi ricevute&#13;
dalla Francia, questi religiosi crederono necessario di domandarne la con­&#13;
fermazione all’arcivescovo di Rouen, generalmente considerato come supe­&#13;
riore ecclesiastico del Canada; il quale arcivescovo nominò nel 1649 il&#13;
Padre Superiore di Quebec suo vicario-generale. Questa pratica fatta&#13;
in tutta buona fede dai Gesuiti dei Canada, fu riprovata dal Generale della&#13;
Compagnia. Nel 1657, l ’arcivescovo mandò un secondo vicario-generale, il&#13;
signor abbate de Queylus, sulpiziano. E così poco a poco s ’affermò l ’opi­&#13;
nione che il Canada faceva parte della diocesi di Rouen. Quindi si capisce&#13;
la sorpresa dell’arcivescovo, quando conobbe la nomina del Servo di Dio&#13;
come vicario apostolico in questa pretesa parte della sua diocesi, senza&#13;
essere stato prima avvisato da Roma. Si oppose allora alla consacrazione del&#13;
Servo di Dio e ottenne dall'Assemblea del Clero di Francia la proibizione,&#13;
mandata a tutti i vescovi del regno, di partecipare alla cerimonia. Ma&#13;
il nunzio, Mons. Piccolomini, per ordine di Roma, consacrò il Servo di Dio&#13;
l ’8 di dicembre nella chiesa di S. Germano dei Prati, allora indipendente&#13;
dalla giurisdizione episcopale di Parigi. La Santa Sede avvisò l ’arcive­&#13;
scovo di Rouen di lasciare le sue pretensioni, essendo esse senza fonda­&#13;
mento.&#13;
Nel mese d ’aprile 1659, il Servo di Dio partiva per il Canada e il 16&#13;
di giugno arrivava a Québec, a quest’epoca città principale del paese.&#13;
La venuta nella Nuova-Francia di un vicario apostolico nominato da&#13;
Roma doveva mettere qualche dubbio negli spiriti, atteso che in pratica&#13;
era accettata l ’autorità dell’arcivescovo di Rouen. Anna d ’Austria, reggente&#13;
del regno durante la minorità del figlio Luigi XIV, in vista di prevenire&#13;
le difficoltà possibili per il Servo di Dio intornio alla sua autorità, scrisse&#13;
al governatore d ’Argenson per domandargli di sostenere l ’autorità del&#13;
vicario apostolico.&#13;
Questa lettera viene riprodotta qui secondo il Registro A dell’Arci­&#13;
vescovato di Quebec, il quale registro è il primo di una serie di volumi&#13;
manoscritti dove sono inseriti i documenti emanati dalla curia episcopale&#13;
di Québec ed altri riguardanti la storia della Chiesa del Canada; non sono&#13;
originali, ma copie ufficiali del tempo autenticate dal vescovo. Numerosi&#13;
documenti della presente Posizione vengono da questa fonte.&#13;
&#13;
Monsieur.&#13;
Je veux bien accompagner la lettre du Roi, Monsieur mon&#13;
fils, de celle-ci, pour vous dire cpie, suivant son intention et la&#13;
mienne, vous ayez à faire reconnaître le sieur évêque de Pétrée&#13;
en qualité de vicaire apostolique dans tout le pays de Canada,&#13;
soumis à l ’obéissance du Roi et à tenir la main qu’il soit obéi&#13;
dans toutes les fonctions épiscopales, même d ’empêclxer qu’au­&#13;
&#13;
�Doc. XV&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
m&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
cun ecclésiastique ou autre n ’en puisse exercer ni avoir aucune&#13;
juridiction ecclésiastique que par les ordres ou consentement du&#13;
dit sieur Évêque; à quoi vous devrez contribuer en ce qui dépend&#13;
de l ’autorité de votre charge et faire repasser en France tous&#13;
ceux qui voudront s ’opposer à son établissement et ne pas se&#13;
soumettre à sa juridiction, que nous entendons, le Roi, Monsieur&#13;
mon fils, et moi, être dans toute l ’étendue ordinaire et telle qu’ont&#13;
accoutumé de l ’avoir les autres évêques. A quoi ne doutant pas&#13;
que vous ne satisfassiez, je prie Dieu, Monsieur d ’Argenson,&#13;
qu’il vous ait en sa sainte et digne garde.&#13;
Écrit à Paris, ce dernier mars mil six cent cinquante-neuf.&#13;
(signé) Anne&#13;
(et plus bas) de Fleuret.&#13;
DOC. XV&#13;
E pistola R egis Galliae L udovici XIV ad D ominum d ’A rûensox, Gubernatorem N ovae- F rangiae, 1659, 14 mah. Es Esem ­&#13;
plo in Archivo Seminarii Quebeeemis {innervalo, Lei 1res A',&#13;
n. 2.&#13;
II 27 marzo 1659, il Re accordò delle lettere palmiti al Servo di Ilio&#13;
nelle (piali, mentre appoggiava l'autorità del vicario apostolico, cercava&#13;
pure di non irritare troppo l ’autorità che s ’arrogava l ’arcivescovo di Rouen&#13;
{Doc. XI I I , p. 30). 11 Nunzio fece notare a Mazarino. il quale le aveva re­&#13;
datte. che era come riconoscere nello stesso tempo due autorità indipen­&#13;
denti, ma il Ministro non ne tenne alcun conto.&#13;
Forte di questo appoggio, l ’arcivescovo di Rouen inviò al signor de&#13;
Queylus una nuova lettera per confermarlo suo vicario generale, con una&#13;
lettera del Re stesso, datata dell’undici maggio, con la quale gli si per­&#13;
metteva di continuare la sua attività nella Nuova-Francia. Però Luigi XIV.&#13;
forse per le rimostranze della madre, riconobbe il suo errore; qualche&#13;
giorno dopo, il 14 maggio, inviò una lettera al Servo di Dio e al gover­&#13;
natore del Canada, signor d ’Argenson, nella quale esprimeva chiaramente&#13;
il suo desiderio che non fosse riconosciuta nel Canada altra giurisdizione&#13;
spirituale all’infuori di quella dei vicario apostolico.&#13;
Noi riportiamo qui la lettera inviata al governatore d ’Argenson, il&#13;
quale nonostante le simpatie che aveva per il signor de Queyius fece pub­&#13;
blicare in tutto il paese la volontà regale, con un ordine emanato il 14 otto­&#13;
bre seguente.&#13;
La copia riprodotta qui è seguita dal mandato di pubblicazione con&#13;
la firma autografa del governatore.&#13;
&#13;
�— 33 —&#13;
&#13;
Doc. XV&#13;
&#13;
A Monsieur d ’Argenson, Conseiller en mon Conseil d ’État, Gou­&#13;
verneur et mon Lieutenant général en la Nouvelle-France.&#13;
Monsieur d ’Argenson.&#13;
Je vous ai ci-devant écrit pour vous ordonner d ’appuyer le&#13;
sieur Évêque de Pétrée en la fonction épiscopale, selon les pou­&#13;
voirs qu’il en a obtenus de Notre Saint Père le Pape, lequel à ma&#13;
prière l ’a ordonné évêque, afin que sans aucune opposition il en&#13;
pût faire les fonctions en l ’étendue de la Nouvelle-France. Pré­&#13;
sentement je vous écris, non seulement pour vous recommander&#13;
de nouveau la personne du dit sieur Évêque, mais pour vous dire&#13;
(pie si les vicaires du sieur Archevêque de Rouen voulaient s ’in­&#13;
gérer de faire aucune fonction de juridiction, vous ayez à les em­&#13;
pêcher et à leur dire que quelque lettre que j ’aie accordée au dit&#13;
sieur Archevêque, mon intention n ’est point que lui ni ceux de&#13;
son autorité s ’v prévalent, jusqu’à ce que par celle de l ’Église&#13;
il ait été déclaré si le dit sieur Archevêque est eu droit de pré­&#13;
tendre que la Nouvelle-France soit de son diocèse; car outre qu’on&#13;
ne convient pas que ç ’ait été sous son autorité ou celle de ses pré­&#13;
décesseurs que la religion a été portée en ces pays de par de là,&#13;
quand on demeurerait d ’accord que cela lui eût acquis le droit,&#13;
Notre Saint Père le Pape n ’en est pas persuadé et ce serait un&#13;
scandale si dans une Église naissante la juridiction de celui que&#13;
Dieu a établi chef de l ’universelle venait à être contestée. Je sais&#13;
bien qu’on y veut engager mon autorité et, sous le prétexte de la&#13;
maintenir, on essaye de donner atteinte à celle du Pape. Mais je&#13;
ferai ce que je dois en maintenant la mienne, sans blesser l ’autre.&#13;
Ce que vous aurez à faire se réduit à maintenir le sieur Évêque&#13;
en la pleine fonction de sa charge, soit qu’on le considère honoré&#13;
du caractère épiscopal, soit du vicariat apostolique dont j ’ai re­&#13;
cherché Sa Sainteté. Mais je désire que vous ménagiez en sorte&#13;
les choses que les vicaires du dit sieur Archevêque aient sujet de&#13;
se louer de votre conduite.&#13;
Celle-ci n ’étant à cette fin, je prie Dieu qu’il vous aif, Mon­&#13;
sieur d ’Argenson, en sa sainte garde.&#13;
Écrit à Paris le xivf""‘ jour de mai 1659.&#13;
(signé) Louis&#13;
(et plus bas) de Lomélie avec paraphe.&#13;
3&#13;
&#13;
�Doc. XVI&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
;54 —&#13;
&#13;
DOC. XVI&#13;
E p is t o l a S e r v i D e i ad P r a e p o s it u m G e n e r a l e m S o c ie t a t is I e s u ,&#13;
P a t r e m G o s w in N ic k e l , 1 659, m e n s e a u g u s t i . Ex Origi­&#13;
&#13;
nali in Archivo Generali eiusdem Societatis osservato, Gali.&#13;
JO !) I I , f . 4 3 6 .&#13;
&#13;
Al suo arrivo nel Canada nel 1659, il Servo di Dio trovò i Gesuiti&#13;
occupati nei lavori apostolici; da questo momento sono essi die reggono&#13;
tutte le missioni, fatta eccezione di quella di Montreal, dove i Sulpiziani&#13;
di Parigi stavano da pochi anni stabilendo un seminario. Felice di ritro­&#13;
vare a Québec i suoi antichi maestri, il Servo di Dio scrisse al Generale&#13;
dei Gesuiti per esprimergli la sua riconoscenza verso la Compagnia e&#13;
dirgli le speranze ch’egli fondava su questi padri, per la fondazione della&#13;
sua Chiesa nascente.&#13;
&#13;
Reverende Pater.&#13;
Quantum debeam Societati vestrae quae me puerum in sinu&#13;
foverit, quae me grandiorem doctrinae sanctitatis pabulo abierit&#13;
felicius, quae me nunc Deo pleniorem (ut equidem reor) pergat&#13;
tamen uberius adhuc irrigare divino illo rore ac coelesti, quo&#13;
me sentio, in dies fieri vegetiorem aut sane ita in me esse velim;&#13;
quantum, inquam, Societati vestrae propter liaec debeam, solus&#13;
ille novit qui scrutatur renes et corda hominum cuique uni pa­&#13;
tent arcana mentis meae, ut intelligat has qualescumque gratias&#13;
quas Reverendae Paternitati Vestrae rependo, non a me reddi&#13;
Societati vestrae communis officii more, sed vere ex toto corde,&#13;
ex tota anima, ex totis viribus meis; nimirum sic intelligo numquam satis uberes gratias reddi posse iis hominibus qui Deo nos&#13;
conjunxerint, quique nobis duces extiterint in via salutis et san­&#13;
ctitatis; at si praeterita haec- beneficia Societati me vestrae ha­&#13;
ctenus devinxere, nunc sentio novo me vinculo strictius eidem&#13;
obligari qui cum amantissimis filiis Paternitatis Vestrae venerim&#13;
in societatem laborum in hac Domini Nostri vinea cannadensi,&#13;
quam sudoribus suis irrigarunt immo et suo sanguine. Quo me&#13;
feliciorem puto qui possim idem sperare eormnque coronis par­&#13;
ticeps fieri, eademque morte defungi, non meis quidem meritis,&#13;
sed miserantis Dei benignitate et favore gratuito; utut sit, funes&#13;
ceciderunt mihi in praeclaris, etenim hereditas mea praeclara&#13;
est mihi; quid enim beatius quam in salutem animarum impen-&#13;
&#13;
�— 35 —&#13;
&#13;
Doc. X V II&#13;
&#13;
(Iere sese innno et superimpendere, liane ego mihi gratiam opto,&#13;
hanc spero, hanc amo.&#13;
Bene positos Patrum hic vestrorum labores et vidi et mira­&#13;
tus sum et dilexi, non apud neophytos modo Christianos quos a&#13;
barbaria sua revocarunt ad Dei cultum et religionem, sed apud&#13;
Gallos etiam quos ad pietatem ita excoluere verbo et exemplo&#13;
ac sanctitate vitae, ut vere affirmare possim, Societatem vestram&#13;
Christi bonum odorem esse in omni loco. Hoc non tibi uni (quod&#13;
fortasse adulationis aliquid habere videretur) sed Summo Pon­&#13;
tifici. sed Pegi Christianissimo ac Reginae eius matri, hoc et illu­&#13;
strissimis Dominis Congregationis de Propaganda Fide, hoc plerisque aliis a me scriptum fuit tam sincere quam vere. Fremant&#13;
licet atque indignentur Societatis vestrae aut inimici aut invidi,&#13;
aut sane non aequi indices, (pii gaudent super iniquitate nec con­&#13;
gaudent veritati, pergat Paternitas Vestra nos amare ut hacte­&#13;
nus semper dilexit. Quidquid in me amet, amabit sua; nihil enim&#13;
in me esse sentio quod Societati vestrae non debeam, nihil quod&#13;
eidem non conscirem; quantum meus sum, tantum tuus esse ve­&#13;
lim ac totus Societati vestrae, totus Christi, in cuius visceribus&#13;
complector Paternitatem Vestram ac vicissim cupio a te sic diligi&#13;
in charitate non ficta, in eharitate perpetua, in charitate aeterna.&#13;
Reverendae Paternitatis Vestrae&#13;
Humillimus obediensque servus&#13;
Franciscus de Laval&#13;
Petreae episcopus et Vicarius&#13;
Apostolieus in Nova-Francia.&#13;
Quebeci, die ... augusti 1659.&#13;
DOC. X V II&#13;
E x c e r pt a E p is t o l a r u m a P a t r ib u s S o c ie t a t is I e s u ad P rae ­&#13;
p o s it u m G e n e r a l e m scriptarum in quibus virtus Servi Dei&#13;
&#13;
laudatur, 1659. E.r Originalibus in Archivo Generali eiusdem&#13;
Societatis asservatis, Gali. 109 I, ff. 006, 310, Olà.&#13;
Riproduciamo qui alcuni estratti «li lettere scritte da tre gesuiti mis­&#13;
sionari! nel Canada al Padre Generale della Compagnia, al quale ma­&#13;
nifestano ie prime impressioni avute intorno al Servo di Dio giunto a&#13;
Qnébee «la qualche mese.&#13;
&#13;
�Doc. X V II&#13;
&#13;
.36 —&#13;
1&#13;
&#13;
Ex Epistola Patris de Quoi, 1659, 6 septembris.&#13;
Dedit lioe anno mense ionio Roma pastorem vicarium apostolicum Ecclesiae Canadensi, virum sane pium et Societatis no­&#13;
strae amantissimum, eum in quo nihil desiderari videntur eorum&#13;
quae necessaria sunt ad bonam et rectam huius Ecclesiae nascen­&#13;
tis gubernationem. Maximas eam oh rem et Pontifici Maximo&#13;
et Paternitati vestrae grates rependimus. Utinam eo esset in So­&#13;
cietatem nostram et in barbaros amore et iis praeditus esset doti­&#13;
bus ad gubernandum qui modo hic clavum tenet, omnibus eum&#13;
modis frustra uobis devincire nitimur. Galliam repetit Dominus&#13;
Abbas de Queylus, huc forte nunquam rediturus quem infenso&#13;
in nos animo superioribus annis fuisse novit Paternitas vestra.&#13;
2&#13;
Ex Epistola P atris Ragueneau, 1659, 7 octobre.&#13;
Adfuit etiam nobis e Gallia illustrissimus praesul Petreae&#13;
episcopus, vicarius apostolicus in toto Novae-Franeiae tractu, sin­&#13;
gulari plane erga nos Dei Providentia, qui nimirum vir est se­&#13;
cundum cor Dei, qui non quaerit quae sua sunt, sed quae Iesu&#13;
Christi ; zelo aeque efficax ac prudens, neophytorum amantissimus, Societatis nostrae vere parens. Vix ut alium credam magis&#13;
idoneum reperire potuisse, qui spes omnium nostras et desideria&#13;
impleret.&#13;
3&#13;
Ex Epistola Patris Le Mercier, 1659, 16 oetobris.&#13;
Me certo meliora sperare iubent tam felix atque insperatus&#13;
adventus reverendissimi atque illustrissimi Domini episcopi Pe­&#13;
treae, viri omnino sancti atque erga nos propensissimi.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
37 —&#13;
&#13;
Doc. X V III&#13;
&#13;
DOC. X V III&#13;
E xcerpta E p is t o l a r u m P. H&#13;
&#13;
ier o n y m i&#13;
&#13;
L a lle m a n t , S. L , 1659.&#13;
&#13;
Il Padre Girolamo Lallemant, fratello del martire canadese Gabriele&#13;
Lallemant, andò nei Canada per la prima volta nel 1638. Qualche anno&#13;
dopo tornò in Francia per occupare il posto di rettore del Collegio di La&#13;
Flèche. Fu là che il Servo di Dio, nel 1659, lo andò a pregare di voler&#13;
tornare nel Canada. Egli fece la traversata col Servo di Dio e visse inti­&#13;
mamente con lui a Québec, dove fu due volte superiore dei Gesuiti e&#13;
morì nel 1673 all’età di ottant'anni. Quando scrisse queste tre lettere, era&#13;
superiore di Québec.&#13;
&#13;
1&#13;
Ex Epistola ad Patrem Provincialem dall ine, 1659, 12 septem bris. Ex « Jesuit Relations and Allied Documents», edit.&#13;
Thwaites, Cleveland, 181)6-11)01, voi. 45, pp. 30-45.&#13;
Nous ne pouvons pas douter (pie Dieu n ’ait de hauts desseins&#13;
sur ces terres, pour en tirer de la gloire, puisqu’il a relevé nos&#13;
espérances par le don qu’il nous a fait d ’un prélat, après lequel&#13;
cette Église naissante soupirait depuis un si long temps; c ’est&#13;
de Mgr l ’évêque de Pétrée, qui arriva ici heureusement le 16,mo&#13;
jour de juin 1659 et fut reçu avec les cérémonies ordinaires, comme&#13;
un ange consolateur envoyé du ciel et comme un bon pasteur, qui&#13;
vient ramasser le reste du sang de Jésus-Christ, avec un géné­&#13;
reux dessein de n ’épargner pas le sien et de tenter toutes les voies&#13;
possibles pour la conversion des pauvres sauvages, pour lesquels&#13;
il a des tendresses dignes d ’un cœur (pii les vient chercher de si&#13;
loin.&#13;
Dieu lui a bientôt fait naître des occasions de leur faire pa­&#13;
raître son amour: car le propre jour de son arrivée, un enfant&#13;
huron étant venu au monde, il eut la bonté de le tenir sur les&#13;
fonds de baptême, et en même temps un jeune homme aussi hu­&#13;
ron, malade à l ’extrémité, devant recevoir les derniers sacre­&#13;
ments, il voulut s ’v trouver et lui consacrer ses premiers soins et&#13;
ses premiers travaux, donnant un bel exemple à nos sauvages,&#13;
qui le virent avec admiration prosterné contre terre, proche d ’une&#13;
pauvre carcasse qui sentait déjà la pourriture et à qui il dispo­&#13;
sait de ses propres mains les endroits pour les onctions sacrées.&#13;
&#13;
�Doc. X V III&#13;
&#13;
38 —&#13;
&#13;
Ce fut dans le même sentiment d ’affection que, peu après son&#13;
débarquement, en donnant publiquement la confirmation aux&#13;
Français dans la paroisse, il voulut commencer toutes les céré­&#13;
monies par quelques sauvages; ce qu’il fit avec une grande joie,&#13;
voyant à ses pieds et imposant les mains à des peuples, qui ja­&#13;
mais depuis la naissance de l ’Église n ’avaient reçu ce sacrement.&#13;
Mais sa joie fut bien plus grande, lorsqu'ensuite il confirma toute&#13;
l ’élite de nos deux Églises algonquine et lmronne. Nous en avions&#13;
disposé une cinquantaine d ’une nation et autant de l ’autre par&#13;
des confessions générales. L ’idée qu’avaient ces pauvres gens tant&#13;
de ce sacrement que de cel[u]i de qui ils le devaient recevoir, leur&#13;
fit faire des efforts extraordinaires de dévotion l’espace de huit&#13;
jours pour s ’y préparer. Pendant la cérémonie, (pii se fit dans&#13;
l ’église neuve des Mères Hospitalières, on loua Dieu en quatre&#13;
langues. Les Hurons et les Algonquins chantaient à leur tour des&#13;
cantiques spirituels, qui tirèrent des larmes des yeux de quel­&#13;
ques-uns des assistants. Mgr l ’Évêque, revêtu pontificalement,&#13;
paraissait à ces Canadois qui n ’avaient jamais rien vu de sem­&#13;
blable, comme un ange de paradis, et avec tant de majesté que nos&#13;
sauvages ne pouvaient détacher leurs yeux de sa personne.&#13;
Ce fut pour lors qu’il conféra aussi le baptême avec toutes&#13;
les solennités de l ’Église à un Iluron figé de 50 ans, qui ne se&#13;
comprenait pas de joie et qui piquait d ’une sainte envie ses com­&#13;
patriotes. qui eussent volontiers souhaité d ’être en sa place pour&#13;
participer à un semblable bonheur. Ce pauvre homme s ’était&#13;
échappé des mains des Iroquois par une bien aimable providence,&#13;
pour tomber en celles de ce grand prélat, dont l ’attouchement fit&#13;
couler une vertu secrète sur ce bon néophyte. Car en lui versant&#13;
sur le corps les eaux sacrées, il lui toucha tellement le cœur, qu’il&#13;
n ’est plus reconnaissable depuis ce temps-là; il s ’est comme dé­&#13;
pouillé tout d ’un coup des mauvaises maximes et des méchantes&#13;
habitudes qu’il avait contractées par la fréquentation des Iro­&#13;
quois. Mgr l ’Évêque accompagna ces cérémonies d’un sermon&#13;
fait à la portée de ces pauvres gens, pour les animer à résister&#13;
courageusement aux tentations et à supporter avec patience tou­&#13;
tes les misères de cette Ade dans la vue et sur l ’espérance d ’une&#13;
vie éternellement bienheureuse. Après quoi, étant tous introduits&#13;
dans la grande salle de l ’hôpital, où les religieuses avaient pré­&#13;
paré deux longues tables bien couvertes, ils y furent bien servis&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
39 —&#13;
&#13;
Doc. X V III&#13;
&#13;
par les mains de ce même prélat, pour donner aux sauvages cet&#13;
exemple d ’humilité et de charité chrétiennes, comme Mgr le vi­&#13;
comte d ’Argenson, notre gouverneur, le fait assez souvent, ser­&#13;
vant aux malades de ce même hôpital: spectacle bien agréable&#13;
aux anges tutélaires de ce pays ...&#13;
Les Français ne prennent pas moins de part que les sauvages&#13;
dans ce bonheur public; ils le publient assez eux-mêmes, sans&#13;
qu’il soit besoin que je vous en écrive et je ne doute point que&#13;
toutes les lettres qui seront envoyées en France n ’en fassent l ’é­&#13;
loge. .Je dirai seulement ce mot, que jamais le Canada ne pourra&#13;
reconnaître les immenses obligations qu’il a à notre incomparable&#13;
Reine non seulement de l ’avoir toujours honoré de son affection,&#13;
comme Sa Majesté l ’a bien fait paraître en mille rencontres, mais&#13;
surtout d ’avoir comblé tous ses bienfaits par le plus précieux&#13;
de tous ceux qu’elle pût faire, en lui procurant un tel pasteur.&#13;
Cette grâce, cette faveur et ce riche présent a tant d'approbation,&#13;
que tout le monde, Français et sauvages, ecclésiastiques et laï­&#13;
ques, ont tout sujet de s ’en louer et d ’espérer que Dieu conser­&#13;
vera un pays, qui est pourvu d ’une si sainte et si forte protection.&#13;
C’est ce que nous nous promettons surtout, étant assistés des&#13;
prières des gens de bien et des saints sacrifices de Votre Révé­&#13;
rence, auxquels je me recommande de tout mon cœur.&#13;
A Québec, ce 12 de semptembre 1659.&#13;
2&#13;
Ex Epistola ad Praepositam Generalem Societatis lesa, 1659,&#13;
16 septembris. Ex Originali in Archivo Generali eiusdem So­&#13;
cietatis asservato, Gali. 10!) I, ff. 309-310.&#13;
Pax Xti.&#13;
Admodum Reverende in Christo Pater.&#13;
Placuit igitur Paternitati Vestrae me ex rectore Flexiensi,&#13;
rectorem constituere Quebecensem. Flexia discessi aprilis 10 ; Rupellam 18 appuli, die sancto Paschae; eodem vela fecimus in co­&#13;
mitatu illustrissimi episcopi Petreae. Quebeeum pervenimus ad&#13;
16 iunii felici plane viarum successu; istic receptus est illustrissi­&#13;
mus tanquam angelus Dei et vere talis apparet corporis et animi&#13;
modestia, sed simul egregia fortitudine qua omnes quae se obùi-&#13;
&#13;
�Doc. X V III&#13;
&#13;
— 40 —&#13;
&#13;
leruut superavit difficultates. Timor et rumor erat fore ut qui se&#13;
vicarium archiepiscopi Rothomagensis dicebat abbas de Queylus&#13;
graves in ipsum turbas excitaret ; sed a quae nos antecesserat&#13;
navis, variis forte mandatis archiepiscopi Rothomagensis re­&#13;
perta, cum tempestate aut forte etiam naufragio impedita Quebecum non pervenisset, possessionem omnium nullo contradicente&#13;
iniit illustrissimus. Quin imo et praedictus vicarius, nesciens quid&#13;
pro se actum esset in Gallia, in omnibus ipsi se subiecit. Verum&#13;
post tres circiter menses, adveniente ultima navi, litteras et man­&#13;
data ab praedicto archiepiscopo Rothomagensi et suis accepit, qui­&#13;
bus munitus, simul et quibusdam regiis litteris, iugum excutere&#13;
aggressus est et se pro vicario archiepiscopi profiteri ; sed cum&#13;
eadem navis alias litteras regias posteriores tempore pro illustris­&#13;
simo Petreensi attulisset, quibus prioribus litteris suis quas mi­&#13;
serat archiepiscopus Rothomagensis ad praedictum vicarium rex&#13;
derogatam volebat et quibus iubebatur gubernator impedire quo­&#13;
minus vicarii archiepiscopi Rothomagensis quidquam istic iurisdictionis exercerent, sineretur autem illustrissimus Petreensis&#13;
suam tamquam vicarii apostolici exercere. Dedit haec victrix epi­&#13;
stola pacem. Pacifice itaque et sanctissime rem administrat ec­&#13;
clesiasticam illustrissimus Petreensis nec fallit tot et tantorum&#13;
qui multa ab ipso sperabant expectationem. Societati addictissi­&#13;
mus est, cui vicissim obsequium onuie deferre studemus. i£x iis&#13;
unus (pii ipsum in episcopum inunxit dicere solitus est se eum&#13;
ipsum ungex’e putasse non tam episcopum quam martyrem con­&#13;
secrare; forte non falsus vates. Recrudescente etenim istic a bar­&#13;
baris bello, omni pacis et induciarum in posterum spe abiecta,&#13;
vix fieri poterit, ut in manus hostium aliquando tandem non de­&#13;
veniamus, quotquot hic sumus ; sicut fuerit voluntas Dei in coelo,&#13;
ita fiat.&#13;
3&#13;
Ex Epistola ad Patrem Provincialem Galliae, 1659, 16 octobris.&#13;
Ex « Jesuü Relations and Allied Documents'», ed. Thwaites,&#13;
voi. 45, p. 70.&#13;
Que ne devons-nous pas espérer du secours des anges tuté­&#13;
laires de ces contrées, notamment, depuis que ces esprits bienheu­&#13;
reux y ont amené un homme angélique, je veux dire Mgr l ’évêque&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
41&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
Doc. X IX&#13;
&#13;
de Pétrée, qui en passant dans les limites de notre Acadie, du&#13;
côté de traspé, a donné le sacrement de confirmation à 140 per­&#13;
sonnes, qui jamais peut-être n ’auraient reçus cette bénédiction,&#13;
si ce brave prélat ne les fût venu chercher en ce bout du monde ...&#13;
&#13;
DOC. XIX&#13;
E pist o la e tres e C o llec tio n e « P a p ie r s d ’A r g e n s o n » ex cer ­&#13;
ptae . Ex Exemplis in Archivo Seminarii Québecensis atque&#13;
&#13;
in Archivo Publico Canadensi in Urbe Otta vie tisi asservatis.&#13;
Queste lettere provengono da una collezione di documenti già conosciuta&#13;
presso gli storici sotto il nome di Papiers d ’Argenson e che conteneva in cin­&#13;
quanta volumi un numero grandissimo di carte relative alla famiglia d ’Ar­&#13;
genson, alla quale apparteneva il conte Pietro Voyer d ’Argenson, gover­&#13;
natore del Canada (1657-1661), Quindi in questi volumi si trovavano le&#13;
carte personali di detto governatore. Sfortunatamente tutta l ’importante&#13;
collezione andò distrutta nel doloroso incendio del Louvre a Parigi,&#13;
nel 1871. Però si conoscono alcuni documenti dei Papiers d ’Argenson attra­&#13;
verso copie o estratti riportati dagli storici. Così l ’Archivio Pubblico del&#13;
Canada a Ottawa conserva delle copie fatte direttamente sugli originali&#13;
prima dell’incendio e alle quali gli storici e gli archivisti canadesi attri­&#13;
buiscono un valore incontestabile.&#13;
La Nova Positio super Virtutibus, Stimm. Add., pp. 351-354, riporta&#13;
due estratti dei Papiers d ’Argenson secondo copie esistenti nell’Archivio&#13;
del Seminario di Quebec, le quali furono fatte probabilmente sul testo di&#13;
Ottawa.&#13;
Noi riproduciamo soltanto tre di queste lettere, Je sole clic ci sem­&#13;
brano veramente utili.&#13;
&#13;
1&#13;
Ex Epistola Gubernatoris d ’A rpenson ad fratrem suum, 1659,&#13;
5 ottobris. Ex Apof/rapho in Archivo Seminarii Quebecensis existante.&#13;
Questa lettera del governatore d ’Argenson a suo fratello Renato d ’Ar­&#13;
genson, già ambasciatore a Venezia c allora ritornato in Francia, ci fa&#13;
vedere come l ’abate de Queylus, vicario-generale dell’arcivescovo di Rouen,&#13;
subito dopo l ’arrivo del Servo di Dio nel Canadà, offrì la sua sottomis­&#13;
sione al nuovo vicario apostolico.&#13;
&#13;
Je vous réponds h foutes vos lettres... J ’entre sur le sujet&#13;
qui vous tient le plus à cœur pour les affaires de ce pays et vous&#13;
&#13;
�Doc. X IX&#13;
&#13;
42 —&#13;
&#13;
dis par avance que tout va bien. Le Pape est parfaitement re­&#13;
connu dans la personne de M. de Pétrée, suivant en cela la vo­&#13;
lonté de Sa Majesté qu’elle m ’a fait connaître par deux lettres&#13;
de cachet. M. l ’archevêque de Rouen m ’a fait l ’honneur de m ’é­&#13;
crire sur ce sujet et je crois pouvoir faire réponse sans qu’il ait&#13;
sujet de se plaindre de mon procédé; au contraire, je puis lui&#13;
faire connaître qu’étant d ’accord de voir M. de Pétrée faire les&#13;
fonctions épiscopales et exercer le vicariat apostolique, il ne de­&#13;
vait point envoyer de provisions de grand-vicaire à M. l ’abbé de&#13;
Queylus qui ne pouvait en exercer légitimement les fonctions,&#13;
puisque M. l ’Archevêque souffrait un grand-vicaire de la part&#13;
du pape. Aussi M. l ’abbé s ’est bien comporté, car il s ’est contenté&#13;
de s ’expliquer de toutes choses avec M. de Pétrée et après n ’a&#13;
voulu faire aucune marque de son pouvoir. Je vous assure que&#13;
cela ne laisse pas que d ’être fort embarrassant et pour lui et pour&#13;
moi de renvoyer de France en ce pays des choses qu’on a grande&#13;
peine à pacifier et lesquelles les meilleurs esprits n ’ont pu régler&#13;
sans y laisser beaucoup d ’indécis.&#13;
Je ne puis assez estimer le zèle et la piété de M. Pétrée; c ’est&#13;
un vrai homme d ’oraison et je ne fais aucun doute qu’il ne fasse&#13;
grand fruit en ce pays, lorsqu’il en aura pris la connaissance;&#13;
car les pratiques ici sont bien différentes des spéculations qu’il&#13;
en a faites. Je suis bien aise de la grande union qu’il a avec les&#13;
Pères Jésuites; c ’est le moyen de conserver la paix dans l ’Église.&#13;
2&#13;
Ex Epistola Serri Dei ad Renatili» d ’Arpenso», 1659, 20 octobris. Ex Apopropho in Archivo Seminarii Quebecensis existente.&#13;
Nel 1656, Renato d ’Argenson, fratello del governatore del Canada,&#13;
fu ammesso nella Compagnia del Ssmo Sacramento, potente associazione&#13;
segreta d ’apostolato, la quale era intimamente unita all’Eremitaggio di&#13;
Caen, elle il Servo di Dio frequentava spesso. È probabilmente là che ebbe&#13;
origine la relazione amichevole fra questi due uomini. Dopo la partenza&#13;
del Servo di Dio per il Canada, gli amici mantennero corrispondenza con­&#13;
tinua, in gran parte perduta coi Papiers d ’Argenson.&#13;
Il pericolo nel quale si trovava la colonia a questa epoca e del quale&#13;
parla il Servo di Dio in questa lettera, era la guerra cominciata dagli Iroquesi, i più crudeli selvaggi del Canada, i quali avevano preso la risolu­&#13;
zione di esterminare tutti i francesi della Nuova-Franeia.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
48 -&#13;
&#13;
Doc. X IX&#13;
&#13;
Monsieur.&#13;
Jésus-Christ soit pour jamais l ’unique vie de nos âmes. Je ne&#13;
puis douter que vous ne preniez un intérêt tout particulier au&#13;
salut des âmes de nos pauvres infidèles. Le soin que vous a com­&#13;
mis la sainte Compagnie des missions, joint à l ’engagement que&#13;
vous y avez en la personne de M. votre frère, vous sont assuré­&#13;
ment de puissants motifs de vous employer avec votre zèle et&#13;
piété ordinaires. C’est ce qui me fait espérer que l ’aimable pro­&#13;
vidence de Notre-Seigneur nous procurera un secours extraor­&#13;
dinaire dont cette pauvre Église a besoin dans le péril évident&#13;
où elle [est] d ’être étouffée dans son berceau. Quelque soin&#13;
et vigilance que M. votre frère puisse apporter pour soutenir ce&#13;
pays, s ’il n ’est secouru cette année, il ne peut subsister sans un&#13;
effet extraordinaire de la Puissance divine, que l ’on ne doit pas&#13;
se promettre, bien que nous devions l ’espérer de sa bonté. Je ne&#13;
puis vous dire la paix et la consolation de mon cœur de me voir&#13;
dans un lieu où je suis assuré que sa sainte Volonté me veut et&#13;
où je suis en l ’attente du moment précieux de lui sacrifier ma&#13;
vie pour le salut des âmes qui ont été depuis tant d ’années l ’objet&#13;
de son amour. J ’ai reçu dans mon entrée dans ce pays de M. vo­&#13;
tre frère toutes les marques d ’une bienveillance extraordinaire.&#13;
J ’ai fait mon possible pour le reconnaître et lui ai rendu tous les&#13;
respects (pie je dois à une personne de sa vertu et de son mérite&#13;
joints à la qualité qu’il porte, comme son plus véritable ami et&#13;
fidèle serviteur.&#13;
3&#13;
Ex Epistola Gubernatoris d ’Argeuson ad f ratrem suum, an. 16591660. Ex Apographo in Archino Publico (Ama de nsi, Ottawa,&#13;
existente.&#13;
Colia questione delle cosidette « incensazioni » qui esposta cominciano i&#13;
dissidi fra il governatore d ’Argenson e il Servo di Dio sugli onori dovuti&#13;
a ciascuno d ’essi nelle ceremonie pubbliche. Crediamo utile premettere&#13;
qui alcune osservazioni intorno a queste questioni di esigenze protocollari.&#13;
1° Il Servo di Dio arriva in un paese dove l ’assenza di dignità ecclesia­&#13;
stica ha già introdotto in favore del governatore delle usanze onorifiche&#13;
che lo pongono in primo rango in tutte le cerimonie civili e religiose.&#13;
Gosselin (p. 81) dice che il governatore aveva un posto nel coro della chiesa&#13;
per le cerimonie religiose. 2" A questa epoca, la Francia di Luigi XIV&#13;
&#13;
�Doc. X IX&#13;
&#13;
... 4 4 _&#13;
&#13;
era minata della piaga del gallicanismo. La minima usurpazione anche&#13;
soltanto onorifica dell’autorità civile nel dominio ecclesiastico nella gio­&#13;
vane Chiesa della Nuova-Francia poteva avere u n ’influenza assai nefasta&#13;
per il futuro. 3° La lotta che già s ’impegnava su questo terreno fra il&#13;
governatore e il vescovo sorpassava la questione dei diritti strettamente per­&#13;
sonali. e, agli occhi del popolo, era da essa che si sarebbe determinata la&#13;
posizione reciproca della Chiesa e dello Stato nei loro rispettivi poteri. Si&#13;
veda a questo proposito l ’autorevole giudizio di Parkman nel suo libro&#13;
The Old Regime in Canada, p. 110.&#13;
&#13;
M. do Pétrée a line telle adhérence à ses sentiments et un zèle&#13;
qui le porte souvent hors du droit de sa charge, qu’il ne fait&#13;
aucune difficulté d ’empiéter sur le pouvoir des autres et avec tant&#13;
de chaleur qu’il n’écoute personne. Il enleva, ces jours derniers,&#13;
une fille servante d ’un habitant d ’ici et la mit de son autorité&#13;
dans [le couvent] des Ursulines, sur le seul prétexte qu’il voulait&#13;
la faire instruire, et par là il priva cet habitant du service qu’il&#13;
prétendait de sa servante qui lui avait fait beaucoup de dépense&#13;
à amener de France. Cet habitant est M. Denis, lequel ne con­&#13;
naissant pas qui l ’avait soustraite me présenta requête pour l ’a­&#13;
voir. Je gardai sa requête sans la répondre trois jours pour em­&#13;
pêcher l ’éclat de cette affaire. Le R. P. Lallemant avec lequel j ’en&#13;
communiquai et lequel blâma fort le procédé de M. de Pétrée,&#13;
s ’employa de tout son pouvoir pour la faire rendre sans bruit et&#13;
n ’v gagna rien. Si bien que je fus obligé de répondre la requête&#13;
et de permettre à cet habitant de reprendre sa servante où il la&#13;
trouverait. Et si je n ’eusse insinué sous main d ’accommoder cette&#13;
affaire et que l ’habitant à qui on refusa de la rendre l ’eût pour­&#13;
suivi en justice, j ’eusse été obligé de lui rendre et de pousser tout&#13;
avec beaucoup de scandale, et cela par la volonté de M. de Pétrée&#13;
qui dit qu’un évêque peut ce qu’il veut et ne menace que d ’excom­&#13;
munication.&#13;
Je vous ai mandé par le premier vaisseau le règlement que je&#13;
demandais pour les encensements dans l ’église, parce que M. de&#13;
Pétrée prétend que le gouverneur ne doit être encensé qu'après le&#13;
chœur, quoique le Cérémonial des Évêques le décide au chap. des&#13;
encensements et se fonde sur ce qu’il y a ... «si la coutume n ’est&#13;
autrement » .1 II dit qu’il a trouvé qu’on en usait autrement. Sur&#13;
’ Caerem. Episc., lib. I, cap. 23, § 30.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
45 —&#13;
&#13;
l)oc. XX&#13;
&#13;
quoi je réponds qu’il n ’y a jamais rien eu d ’établi et que quand&#13;
il y aurait coutume qui devrait être de trente ans, ce qui ne se&#13;
peut connue on voit par les gouverneurs lieutenants généraux de&#13;
Sa Majesté qui m’ont précédé, dont un a été seulement trois ans&#13;
dans la charge et l ’autre six, lui-même ayant changé comme il a&#13;
fait à la messe de la nuit de Noël. Il est de mon devoir de faire&#13;
régler l ’affaire. 11 ordonna à cette messe que le diacre, après avoir&#13;
encensé le célébrant, encenserait le sous-diacre et puis remettrait&#13;
l ’encensoir au thuriféraire pour recevoir l ’encens, puis encenser le&#13;
chœur, et ensuite par le même thuriféraire, le gouverneur. Il con­&#13;
tinua cette manière à la messe du jour de Noël, et aux vêpres du&#13;
même jour se lit encenser seul et le retrancha à tous. Ce procédé&#13;
me sembla si nouveau dans toutes ces cérémonies que je fus obligé&#13;
de m ’en plaindre au R. P. Lallemant, jusqu’au R. P. Dablon. Et&#13;
tout ce qu’on put gagner, quoiqu’il se vît condamné par son Céré­&#13;
monial, est qu’il serait seul encensé jusqu’au temps qu’on eût&#13;
nouvelle de France. Il forma encore une autre difficulté sur les&#13;
pains bénits que je présente à Pâques et ne désirait pas qu’il [s]&#13;
fu[ssent] porté[s] dans l ’église avec tambours et fifres et enfin&#13;
s ’était condamné lui-même, il en ordonne la bénédiction avant la&#13;
messe, ce qui ne se pratiquait point, mais dans la messe à l ’ordi­&#13;
naire.&#13;
DOC. XX&#13;
1659-1665. Ex Originali&#13;
in Archivo Seminarii Qnehecensis asservato.Il&#13;
&#13;
E xcerpta&#13;
&#13;
ex&#13;
&#13;
« J o u rn a l&#13;
&#13;
des&#13;
&#13;
J&#13;
&#13;
é s u i t e s »,&#13;
&#13;
Il Journal des Jésuites è un registro nel quale i superiori dei Gesuiti&#13;
di Québec segnarono giorno per giorno, senza alcuna pretesa letteraria, i&#13;
fatti più importanti. Queste note di carattere piuttosto privato, riportano&#13;
una quantità di particolari storici, che allora potevano interessare sola­&#13;
mente la Compagnia di Gesù, ma che oggi gettano una luce considerevole&#13;
sulla storia del Canada a quest’epoca.&#13;
Il carattere stesso d ’intimità dà al giornale un valore documentario&#13;
che nessuno saprebbe contestare. Non essendo destinato al pubblico, non&#13;
ha lo scopo di sostenere degl’interessi, di difendere urna causa; vuole sol­&#13;
tanto trasmettere alle generazioni future il resoconto delle cose più note­&#13;
voli. L ’annalista lascia intravedere qualche volta i suoi punti di vista e&#13;
certi apprezzamenti alquanto personali. Questa riserva però non ha luogo&#13;
generalmente per gli estratti che doniamo relativi all’attività di Mons. de&#13;
Lavai, trattandosi di semplici e sobrie indicazioni di fatti positivi.&#13;
&#13;
�Doc. XX&#13;
&#13;
— m;&#13;
&#13;
Quello die resta dell'originale è conservato nell’Archivio del Semi­&#13;
nario di Québec in un volume in-folio di 189 pagine dal quale sono de­&#13;
sunti gli estratti che qui riproduciamo per la prima volta, mancando essi,&#13;
non sappiamo perchè, sia nei Processi che nel grande Sommario Addizio­&#13;
nale compilato in seguito.&#13;
Gli estratti riprodotti si riferiscono al ministero del Servo di Dio,&#13;
alle controversie coll'abate de Queylus e col governatore d ’Argenson e&#13;
anche alla questione della nomina al Consiglio Sovrano di Quebec fatta&#13;
dal governatore de Mésy, senza il richiesto consenso del Servo di Dio.&#13;
&#13;
1659&#13;
Juin :&#13;
16. Sur les six heures du soir, ce même jour, arriva de France&#13;
le premier vaisseau, qui nous donna un évêque, avec M. de Cliarny,&#13;
le P. Lallemant et deux prêtres.&#13;
17. Nous reçûmes en procession M. l ’Évêque sur le bord de&#13;
la rivière et en l ’église de Québec.&#13;
22.&#13;
.M. l ’Évêque tit festin aux sauvages dans notre salle et leur&#13;
parla bien à propos.&#13;
29. M. l ’Évêque dit la messe in pontificalibus, fit faire abju­&#13;
ration après vêpres à un hérétique.&#13;
•Juillet :&#13;
7.&#13;
Arriva le bac de Montréal, qui nous donna M. l ’abbé de&#13;
Queylus. Il alla loger au fort.&#13;
24. M. l ’Évêque confirma à l ’hôpital, au matin, 100 sauvages&#13;
tant Algonquins que Hurons.&#13;
28. M. l ’Évêque dit pontifioalement la messe à l ’hôpital, où&#13;
prêcha M. l ’abbé de Queylus, le jour de Saint-Augustin.&#13;
Septembre :&#13;
7.&#13;
Il y eut grande contestation pour la situation des bancs de&#13;
M. le Gouverneur. M. d ’Ailleboust s ’en entremit et la chose fut&#13;
accordée que le banc de M. l ’Évêque serait dans les balustres et&#13;
celui de M. le Gouverneur hors des balustres au milieu.&#13;
Le 8, M. l ’abbé de Queylus étant sur le point de s ’embarquer&#13;
pour s ’en retourner en France, changea de dessein à l ’arrivée&#13;
du vaisseau, su)1 les lettres qu’il reçut. Et lui qui avait protesté&#13;
que, quelque lettre et pouvoir qui lui serait envoyé, il ne l ’aecep-&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
47 —&#13;
&#13;
I)o&lt;‘. XX&#13;
&#13;
ferait pas, et qui avait protesté toute amitié avec M. de Pétrée.&#13;
se voyant nanti des pouvoirs de M. de Rouen et de la lettre du Roi&#13;
du 11 de niai, leva le masque et voulut se faire reconnaître grandvicaire de M. de Rouen. Mais M. de Pétrée étant d ’un autre côté&#13;
nanti d’une lettre du 14, qui dérogeait entièrement à la première,&#13;
il fut contraint de se désister; mais M. de Pétrée, n ’ayant plus&#13;
sujet de s ’v lier, disposa de tout ici-bas et à Montréal souverai­&#13;
nement pour le spirituel.1*i&#13;
&#13;
1 Dobbiamo notare qui l’uso ingiusto che lo storico sulpiziano F aillon fa di&#13;
questo testo nella su a H isto ire de la C olonie f r a n ç a is e a u C a n a d a (V illem arie, 1865).&#13;
Nel secondo volum e, p. 346, egli scriv e: « On lit d an s le .journal déjà cité (J o u r n a l&#13;
des J ésu ites) que ce p rélat (Mons. de Laval) n 'a y a n t p lus de su jet de se fier à&#13;
M. l’abbé de Q ueylus ap rès l’arrivée de la lettre de cachet d u 11 m ai, d is p o s a de&#13;
to u t s o u v e r a in e m e n t à Québec e t à M o n tré a l. » Servendosi di questo testo troncato,&#13;
Faillon spiega l ’in tran sig en te condotta che egli a ttrib u isce al Servo di Dio contro&#13;
il de Queylus. Secondo lui Mons. de Laval « a u lieu de se c o n te n te r de lui envoyer&#13;
l’original ou une copie de la lettre (du Roi) qui o rd o n n a it son re to u r en F rance,&#13;
voulut que M. d ’Argenson p a rtît de Québec pour alle r le p rendre à V illem arie (Mon­&#13;
tréal), accom pagné d ’une escouade de so ld ats ou p lu tô t d ’un nom bre considérable&#13;
d ’hommes arm és comme pour quelque expédition m ilitaire, ainsi que le rap p o rte&#13;
M. d ’A llet présent à leu r arriv ée et l ’un des tro is qui fu re n t c o n d u its à Québec&#13;
sous cette nom breuse escorte. C’est là san s doute ce que le jo u rn a l appelle avoir&#13;
disposé tout souverainem ent à M ontréal, puisque M. de Laval ne fit alo rs d ’a u tre&#13;
acte d ’au to rité souveraine dan s ce lieu que celui d o n t nous parlons » (loc. cit.).&#13;
L ’autore appoggia la sua narrazione su u n a co sid etta M é m o ire d e M . d ’A lle t, sulpi­&#13;
ziano, pubblicata nelle opere del g iansenista A rnauld nel libro L a M orale P r a tiq u e&#13;
d es J é s u ite s (cf. Œ u vres d 'A r n a u l d , vol. 34. p. 724). Ma chi legge il testo di questo&#13;
documento vede che non vi è n essuna menzione del Servo di Dio, m a so ltan to dei&#13;
G esuiti, i quali, secondo d ’A llet. avrebbero o tten u to dal Re u n a lettera obbligando&#13;
il governatore di fare rito rn are il de Queylus in F rancia. R Faillon che unendo&#13;
questa m em oria a lla su a citazione del J o u r n a l d e s J é s u ite s ne deduce l’influenza del&#13;
Servo di Dio nel preteso viaggio del governatore d ’A rgenson a M ontreal.&#13;
Ma anche questo viaggio non ha nessun fondam ento storico. A nzitutto la&#13;
sudetta Memoria non è opera del d ’A llet, come è indicato dallo stesso A rnauld, se­&#13;
condo il quale sarebbe so ltan to u n a relazione che il d ’A llet avrebbe veduto e appro­&#13;
vato ( Œ u v r e s d ’A r n a u ld , loc. cit.): il sospetto poi della sua a u te n tic ità si accresce dal&#13;
latto che è inserita fra tan te altre m em orie e relazioni certam ente in v en tate contro&#13;
i Gesuiti ; onde nessuno storico potrebbe fidarsi ciecam ente di u n a sim ile fonte. In&#13;
secondo luogo nessuno degli scrittori del tempo, neanche i meno favorevoli al Servo&#13;
di Dio, fanno la m inim a allusione a questo fa tto ; anche Faillon ha se n tito la forza&#13;
di tale silenzio che si indugia a spiegare (op. cit.. voi. 2, pp. 348-350). Finalm ente&#13;
questa che possiamo ch iam are leggenda, sarebbe in c o n trasto con tu tti i d a ti storici&#13;
del tempo. Nessuno ha mai conosciuto la c ita ta lettera del R e; il de Q ueylus « s'étan t&#13;
bien com porté» (Doc. XIX, p. 42). il g overnatore non ebbe ragione d ’intervenire nel&#13;
1659. D’altra parte non co n sta che l’abbate de Q ueylus sia an d ato a M ontreal prima&#13;
di p artire per la F ran cia e, come sem bra, parli d a se ste sso : «G alliam rep etit Do­&#13;
m inus abbas de Q ueylus» (H oc. X V I I . p. 36); « A b b as de Q ueylus in G alliam ipse&#13;
tran sfretav it» (Doc. X X I I I , p. 88).&#13;
&#13;
�Doc. XX&#13;
&#13;
— 48 —&#13;
&#13;
Novembre:&#13;
Le 26, première assemblée chez M. l ’Évêque pour résoudre&#13;
le cas si vendre de la boisson de vin ou eau-de-vie aux sauvages&#13;
était péché. Le résultat aux archives.&#13;
Décembre:&#13;
Lie 4 et 5, seconde assemblée des cas ; le 4, chez nous, le 5, chez&#13;
M. l’Évêque.&#13;
A Noël, à la paroisse, pour les confessions, il n’y eut que trois&#13;
confesseurs, Mgr l ’Évêque, le P. Châtelain et le P. Pijart, qui&#13;
eurent pour s ’occuper justement jusqu’à laudes de la paroisse.&#13;
Le diacre, M. Pellerin, à la messe de minuit et à celle du jour,&#13;
ayant fait encenser M. le Gouverneur par le thuriféraire au lieu&#13;
de l ’encenser lui-même selon la coutume (et ce par l ’ordre de&#13;
M. l ’Évêque), M. le Gouverneur s ’en ressentit bien fort, de sorte&#13;
qu’il vint à examiner ses droits et ayant trouvé que dans le Céré­&#13;
monial des Évêques il y avait qu’il devait être encensé immédiate­&#13;
ment après l ’évêque, non seulement il prétendit être encensé par&#13;
le diacre à la messe, mais aussi par le prêtre-assistant qui avait&#13;
encensé à vêpres l ’évêque et ce immédiatement après l ’évêque,&#13;
devant les prêtres du chœur, soit à la messe, soit à vêpres. Sur&#13;
quoi y ayant eu grande contestation entre M. l ’Évêque et M. le&#13;
Gouverneur, celui-ci se fondant sur le texte du Cérémonial, l ’autre&#13;
sur l ’usage de France, qu’il disait être contraire, et surtout sur&#13;
l ’usage et la possession qu’on était de faire encenser les prêtres&#13;
du chœur auparavant le gouverneur, et ce depuis le commence­&#13;
ment du service fait à 1’église nouvelle, nous fûmes entremis pour&#13;
accorder le différent, qui le fut à la manière qu’il est expliqué&#13;
dans un acte cpii fut fait, qui se retrouvera dans les archives.&#13;
1660&#13;
Épiphanie.&#13;
Les soldats faisant le pain bénit ce jour-là firent retentir des&#13;
tambours et des flûtes et vinrent de la sorte à l ’offrande et s ’en&#13;
retournèrent de la sorte à la fin de la messe; ce qui choqua puis­&#13;
samment M. l ’Évêque auquel toutefois ayant porté un chanteau,&#13;
il leur envoya deux pots d ’eau-de-vie et deux livres de petun.&#13;
&#13;
�— W —&#13;
&#13;
Doc. XX&#13;
&#13;
Mars:&#13;
Le 25, .Jeudi-Saint. Le salut se fit ici à l ’issu des ténèbres.&#13;
Comme on ne sonne point pour cela, je ne m ’y trouvai pas assez&#13;
à temps; cela tir un peu attendre. On avait préparé deux coussins&#13;
proche du balustre du reposoir, un pour M. l ’Évêque, l ’autre pour&#13;
M. le Gouverneur. M. le Gouverneur y étant venu le premier et&#13;
s ’étant mis à genoux proche de celui de M. l ’Évêque, sans pren­&#13;
dre garde au sien, jugea plus à propos de s ’en aller tout à fait&#13;
(pie de changer de place et se retirer où était le sien. Une autre&#13;
fois, il faut mettre le carreau de l ’évêque dans le sanctuaire du&#13;
reposoir.&#13;
N ovembre :&#13;
Le 28, Mgr l ’Évêque ayant tenu assemblée des marguillers et&#13;
déclaré M. le Gouverneur n ’être plus marguiller honoraire, et&#13;
ce sans lui en avoir parlé, le 30 suivant. M. le Gouverneur se&#13;
trouva à l 'assemblée des marguillers avec ceux de sa suite ordi­&#13;
naire, où il prétendit se maintenir en sa charge, déclarant à&#13;
M. l ’Évêque qu’il n ’avait pas ce pouvoir de le démettre; plu­&#13;
sieurs paroles se dirent peu respectueuses à l ’endroit de M. l ’Évê­&#13;
que, (pii donna sujet de mécontement de part et d ’autre.1&#13;
Février:&#13;
8.... Cette petite action 2 s ’étant renouvelée où M. le Gouver­&#13;
neur et M. l ’Évêque étaient, et M. le Gouverneur ayant témoigné&#13;
n’y vouloir assister en cas qu’on saluât M. l ’Évêque devant lui,&#13;
on lui fit trouver lion (pie les enfants eussent les mains occupées&#13;
pour ne saluer ni l ’un ni l ’autre, ce qui s ’entend du prologue et&#13;
de l ’épilogue; ce (pii fut signifié et commandé aux enfants. Mais&#13;
les enfants étant Charles Couillard et Tgnace de Repentigny,&#13;
poussés et séduits par leurs parents, firent tout le contraire et sa­&#13;
luèrent M. le Gouverneur le premier; ce qui offensa puissamment&#13;
M. l ’Évêque que nous tâchâmes d ’apaiser et les deux enfants eu­&#13;
rent le fouet le lendemain matin pour avoir désobéi.&#13;
' Il G overnatore d ’A rgenson non aveva d iritto al titolo di fabbriciero d ’onore,&#13;
titolo concesso p ersonalm ente ad un suo predecessore, il sig n o r d ’A illebousl, nel&#13;
1050 (et. Gosselin, vol. I, pp. 217-220).&#13;
- L a '« p e tite actio n » non era a ltro che u n a specie di esam e catechistico pub­&#13;
blico fatto nel Collegio dei Gesuiti.&#13;
&#13;
;&#13;
&#13;
�Doe. XX&#13;
&#13;
— 50&#13;
&#13;
Le 13, jour de la Septuagésime, comme on était au catéchisme&#13;
solennel ou petite action, le bruit vint que le feu était, à la basseville. En effet, la maison de Boutentrein brilla toute entière et&#13;
tout ce qu’il avait dedans à la réserve des personnes. Mgr l ’Évê­&#13;
que y porta le Saint-Sacrement, à la présence duquel quelquesuns remarquèrent que le feu s ’abaissa. Le dit sieur Évêque envoya&#13;
dès le soir une couverture à la femme et nous, parole d’une pièce&#13;
de 50 livres pour en disposer en ce qu’elle voudrait. 11 leur restait&#13;
d ’ailleurs du bien.&#13;
Avril :&#13;
Le jour des rameaux ... à la paroisse, il n ’y eut ni procession&#13;
ni distribution solennelle des rameaux pour éviter la contestation&#13;
des rangs, M. le Gouverneur voulant que plusieurs corps passas­&#13;
sent devant les marguillers et M. l ’Évêque soutenant le droit des&#13;
marguillers. S ’ensuivit l ’interdiction des processions et les sus­&#13;
pensions de semblables cérémonies jusqu’à ce jour.&#13;
Juin:&#13;
-Le 16, jour de la Fête-Dieu, le Saint-Sacrement fut exposé&#13;
chez nous... Le dimanche... à la procession, le tour se fit comme&#13;
l ’an passé. Mais, arrivé qu’on fut au reposoir du fort, M. l ’Évê­&#13;
que ayant témoigné auparavant qu ’il passerait outre si les soldats&#13;
ne se tenaient découverts à l ’arrivée du Saint-Sacrement, ne s ’é­&#13;
tant pour lors déclaré davantage, M. le Gouverneur ayant ac­&#13;
quiescé à ce point, M. l ’Évêque y étant arrivé, ne se contenta pas&#13;
de cela et sur le refus que firent les soldats de se mettre à genoux,&#13;
il envoya dire à M. le Gouverneur, qui par incommodité de santé&#13;
ne se trouvait pas à la procession et était au fort, que si les sol­&#13;
dats ne se mettaient à genoux, il passerait outre. La réponse&#13;
ayant été que les soldats étaient à leur devoir étant debout,&#13;
M. l ’Évêque passa outre et n ’apporta point le Sacrement au re­&#13;
posoir; hinc magnum loquendi utrinque argumentum. Ce qui pa­&#13;
rut de plus certain par le rapport digne de foi (Saint-André de&#13;
Montréal), est qu’en semblable rencontre les soldats des gardes&#13;
du Roi mettent un genou en terre sans se découvrir ei hoc se vi­&#13;
disse propriis oculis a paucis annis dicebat ille et ratione /innari&#13;
potesf. C’est, de quoi il eut fallu s ’éclaircir auparavant et en con­&#13;
venir.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
51 —&#13;
&#13;
Doc. X X I&#13;
&#13;
1664&#13;
Septembre :&#13;
Le 18. Ce même jour fut dissout le Conseil par M. le (touverneur (M. de Mésy) et M. Bourdon, maltraité par lui.&#13;
Le 24. fut établi un nouveau Conseil sans participation de&#13;
M. l ’Évêque, qui envoya son opposition au greffe.&#13;
Le 28, l ’établissement de ce nouveau Conseil fut publié par&#13;
affiche à la porte de l ’église sans faire mention de l ’opposition.&#13;
Le 29. Mgr l ’Évêque la lit signifier au prône.&#13;
Octobre :&#13;
Le 5, M. le Gouverneur fit publier à son de tambour une pan­&#13;
carte d’injures contre M. l ’Évêque et autres, ce qui donna sujet&#13;
aux ecclésiastiques de voir en leur conscience ce qu’ils étaient&#13;
obligés de faire; de hoc alibi. M. le Gouverneur se plaignait par­&#13;
tout tout haut qu’on lui refusait la confession et l ’absolution;&#13;
mais notre réponse était que Dieu savait tout.&#13;
En ce temps commencèrent diverses congrégations de la&#13;
Sainte-Pannile institutore et promotore P. Chaumonor et Domina&#13;
d’Ailleboust, pour laquelle on loua la maison des Ursulines 150&#13;
livres pour une année.&#13;
1665&#13;
Octobre :&#13;
Le 8, un capitaine d ’une des compagnies de M. de Tracy fait&#13;
abjuration d’hérésie dans la grande église entre les mains de&#13;
Monseigneur habillé pontificalement, de tout le clergé en surplis,&#13;
en présence de Mgr de Tracy, M. de Courcelles, gouverneur, et.&#13;
M. l ’Intendant et quatre de nos Pères.&#13;
DOC. XXI&#13;
E xcerpta E p is t o l a r u m V e n er a b il is M a t r is M ariae ab I ncar ­&#13;
natione , U r s u l in a e M o n a ste r ii Q p e b e c e n s is , 1659-1668.&#13;
La Venerabile Madre Maria dell'Incarnazione, le cui virtù eroiche&#13;
furono dichiarate dal Sommo Pontefice Pio X nel 1911, nacque a Tours&#13;
nel 1599. A diciassette anni, cedendo al desiderio dei suoi parenti, si unì&#13;
in matrimonio. Rimasta vedova nel 1619 con un bambino di sei mesi, senza&#13;
&#13;
�Doc. X X I&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
m&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
beni di fortuna, illuminata di linee soprannaturale, finì per entrare nel&#13;
monastero delle Orsoline di Tours nel 1631. Nel 1639, partì per il Canada,&#13;
dove fondò il convento delle Orsoline di Quebec. Morì nel 1672, favorita&#13;
dalle più rilevanti grazie celesti. Bossuet la chiamava la Thérèse de son&#13;
siècle, et de la Nouvelle-France.&#13;
Suo figlio Claudio entrò in un convento di Benedettini nel 1642 e&#13;
morì nell’abbazia di Mar mou tiers nel 1696.&#13;
Le lettere di Maria dell’Incarnazione sono state sempre considerate&#13;
come fonti storiche sicure ed imparziali. Certamente esse non riguardano&#13;
in particolare tutti gli avvenimenti dell’epoca. Indirizzate per lo più a&#13;
Don Claudio e alle Superiore delle Orsoline di Toiurs, rivestono un carat­&#13;
tere d ’intimità che non obbligano l ’autrice a delle relazioni complete di&#13;
tutto ciò che avviene nel paese; ma, quello ch’esse riferiscono deve certa­&#13;
mente essere considerato come veridico. La Venerabile religiosa è rinchiusa&#13;
in un chiostro, ma le sue relazioni come superiora e insegnante di giova­&#13;
notte nel suo convento, le forniscono molte informazioni. 1 suoi giudizi&#13;
poi su persone e su avvenimenti riflettono il singolare equilibrio del suo&#13;
spirito ed è per questo che tutti gli storici canadesi hanno apprezzato&#13;
sempre grandemente le sue testimonianze.&#13;
[’na minima parte del suo epistolario fu pubblicata dal figlio qual­&#13;
che anno dopo la morte della Venerabile, presso Biliaine a Parigi, nel 1681.&#13;
K un volume in-quarto, diviso in due parti : la prima contiene le lettere&#13;
spirituali e le seconda le lettere storiche della Venerabile Orsolina. Richaudeau ristampò queste lettere a Tournai nel 1816, secondo l ’edizione prece­&#13;
dente. Un’edizione definitiva è attualmente in corso per cura di Doni Al­&#13;
berto Jamet, benedettino di Solesmes.&#13;
Per alcune lettere che riportiamo qui, abbiamo seguito l ’edizione di&#13;
Parigi del 1681. Altre, già deposte nell’incartamento della Causa, ven­&#13;
gono riprodotte secondo l'edizione di Richaudeau del 1816.&#13;
&#13;
1&#13;
Ex Epistola ad P. Chiudimi) Marlin, O. S. Tì., suina fi li ma, 1659.&#13;
Er edit. Parisiensi, pp. ;~&gt;4tì-.r)44.&#13;
Mon très cher et bien-aimé fils.&#13;
Ce m ’a été ime grande privation de voir un navire arrivé et&#13;
de ne point recevoir de lettres de votre part. J ’ai pourtant été&#13;
toujours persuadée que vous m ’aviez écrit; mais j ’ai cru, et je&#13;
ne me suis pas trompée, que vos lettres étaient dans le premier&#13;
vaisseau, qui nous apportait la nouvelle que nous aurions un évê­&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
58 —&#13;
&#13;
Doc. X X I&#13;
&#13;
que cette année, mais qui n ’a paru que longtemps après les au­&#13;
tres. Ce retardement a fait que nous avons reçu plus tôt l ’évêque&#13;
que la nouvelle qui nous le promettait. Mais ça été une agréable&#13;
surprise en toutes manières. Car outre le bonheur qui revient à&#13;
tout le pays d’avoir un supérieur ecclésiastique, ce lui est une&#13;
consolation d ’avoir un homme dont les qualités personnelles sont&#13;
rares et extraordinaires. Sans parler de sa naissance qui est fort&#13;
illustre, car il est de la maison de Laval, c ’est un homme d ’un&#13;
haut mérite et d ’une vertu singulière. J ’ai bien compris ce que vous&#13;
m ’avez voulu dire de son élection; mais que l ’on dise ce que l ’on&#13;
voudra, ce ne sont pas les hommes qui l ’ont choisi. Je ne dis pas&#13;
que c ’est un saint, ce serait trop dire; mais je dirai avec vérité&#13;
qu’il vit saintement et en apôtre. Il ne sait ce que c ’est que le&#13;
respect humain. 11 est pour dii’e la vérité à tout le monde et il&#13;
la dit librement dans les rencontres. Tl fallait ici un homme de&#13;
cette force pour extirper ici la médisance qui prenait un grand&#13;
cours et qui jetait de profondes racines. En un mot sa vie est si&#13;
exemplaire qu’il tient tout le pays en admiration. 11 est intime&#13;
de M. de Bernières avec qui il a demeuré quatre ans par dévo­&#13;
tion; aussi ne se faut-il pas étonner si ayant fréquenté cette&#13;
école, il est parvenu au sublime degré d ’oraison où nous le vo­&#13;
yons ...&#13;
Je vous ai dit que l ’on n ’attendait pas d ’évêque cette année.&#13;
Aussi n ’a-t-il rien trouvé de prêt pour le recevoir quand il est&#13;
arrivé. Nous lui avons prêté notre séminaire, qui est un des coins&#13;
de notre clôture et tout proche de la paroisse. Il y aura la com­&#13;
modité à l ’agrément d ’un beau jardin; et afin (pie lui et nous&#13;
soyons logés selon les canons, il a fait faire une clôture de sépa­&#13;
ration. Nous en serons incommodées, parce qu’il nous faut loger&#13;
nos séminaristes dans nos appartements; mais le sujet le mérite&#13;
et nous porterons cette incommodité avec1 plaisir jusqu’à ce que&#13;
sa maison épiscopale soir bâtie ...&#13;
Vous savez ce qui s ’est passé les aimées dernières au sujet de&#13;
M. l ’abbé de Queylus. Il est à présent directeur d ’un séminaire&#13;
de prêtres de Saint-Sulpice de Paris que M. de Bretonvilliers a&#13;
entrepris de bâtir à Montréal avec une très belle église. Cette&#13;
abbé, dis-je, est descendu de Montréal pour saluer notre prélat;&#13;
il était établi grand vicaire en ce lieu là par M. l ’Archevêque de&#13;
Rouen, mais aujourd’hui tout cela n ’a plus de lieu et son auto­&#13;
&#13;
�Doc. X X I&#13;
&#13;
— 54- —&#13;
&#13;
rite cesse. Les progrès néanmoins de la mission y sont grands.&#13;
Mgr notre Prélat aura l ’inspection sur tout cela, quoi qu’il ne&#13;
soit ici que sous le titre d ’évêque de Pétrée et non pas de Québec&#13;
ou de Canada. Ce titre a bien fait parlé du monde. Mais cela&#13;
s ’est fait de la force au sujet d ’un différent qui est entre la cour&#13;
de Rome et celle de France. Le Roi veut que l ’évêque de Canada&#13;
dépende de lui et lui prête serment de fidélité comme les autres de&#13;
France; et le Saint Père prétend avoir quelque droit particulier&#13;
dans les nations étrangères. C’est pour cela qu’il nous a envoyé&#13;
un évêque, non comme évêque du pays, mais comme commissaire&#13;
apostolique, sous le titre étranger d ’évêque de Pétrée.&#13;
Le dernier vaisseau s ’est trouvé à son arrivée infecté de fiè­&#13;
vres pourprées et pestilentielles. Il portait deux cents personnes&#13;
qui ont presque toutes été malades. Tl en est mort huit sur mer&#13;
et d ’autres à terre. Presque tout le pays a été infecté et l ’hô­&#13;
pital rempli de malades. Mgr notre Prélat y est continuellement&#13;
pour servir les malades et faire leurs lits. On fait ce que l ’on&#13;
peut pour l ’en empêcher et pour conserver sa personne, mais il&#13;
n ’y a point d ’éloquence qui le puisse détourner de ces actes d ’hu­&#13;
milité. Le R. P. de Quen par sa grande charité a pris ce mal et&#13;
en est mort.&#13;
2&#13;
Ex Epistola ad P. Claudium Martin, O. S. B., filium saum, 1Ô60,&#13;
17 septembris. Ex edit. Parisiensi, pp. 203-204.&#13;
Mgr notre Prélat est tel que je vous l ’ai mandé par mes pré­&#13;
cédentes, savoir très zélé et inflexible: zélé pour faire observer&#13;
tout ce qu’il croit devoir augmenter la gloire de Pieu et infle­&#13;
xible pour ne point céder en ce qui est contraire. Je n ’ai pas&#13;
encore vu personne tenir si ferme que lui en ces deux points.&#13;
C’est un autre saint Thomas de Villeneuve pour la charité et l ’hu­&#13;
milité, car il se donnerait lui-même pour cela. Il ne réserve pour&#13;
sa nécessité que le pire.&#13;
Il est infatigable au travail; c ’est bien l ’homme du monde&#13;
le plus austère et le plus détaché des biens de ce monde. Tl donne&#13;
tout et vit en pauvre; et l ’on peut dire avec vérité qu’il a l ’esprit&#13;
de pauvreté. Ce n ’est pas lui qui se fera des amis pour s ’avancer&#13;
&#13;
�— 55&#13;
&#13;
Doc. X X I&#13;
&#13;
et pour accroître son revenu ; il est mort à tout cela. Peut-être&#13;
(sans faire tort à sa conduite) que s ’il ne l ’était pas tant, tout&#13;
en irait mieux; car on ne peut rien faire ici sans le secours du&#13;
temporel. Mais je puis me tromper; chacun a sa voie pour aller&#13;
à Dieu. Il pratique cette pauvreté en sa maison, en son vivre, en&#13;
ses meubles, en ses domestiques. Car il n ’a qu’un jardinier qu’il&#13;
prete aux pauvres gens quand ils en ont besoin et un homme de&#13;
chambre qui a servi M. de Bernières. Il ne veut qu’une maison&#13;
d ’emprunt, disant que quand il ne faudrait que cinq sols pour&#13;
lui en faire une, il ne les voudrait pas donner. En ce qui regarde&#13;
néanmoins la dignité et l ’autorité de sa charge, il n ’oinet aucune&#13;
circonstance. Il veut que tout se fasse avec la majesté convenable&#13;
«à l ’église autant que le pays peut le permettre. Les Pères lui&#13;
rendent toutes les assistances possibles, mais il ne laisse pas de&#13;
demander des prêtres de France, afin de s ’appliquer avec plus&#13;
d ’assiduité aux charges et aux fonctions ecclésiastiques.&#13;
3&#13;
Ex Epistola ad quamdam Religiosam Monasterii Turonensis,&#13;
1660, 13 octobris. Ex edit. Parisiensi, pp. 212-213.&#13;
La Venerabile Madre dell’Incarnazione tratta in questa lettera di&#13;
alcuni cambiamenti che il Servo di Dio voleva introdurre nei costumi&#13;
delle Orsoline di Québec. La questione delle costituzioni di questa comu­&#13;
nità s ’era imposta prima dell’arrivo del Servo di Dio nel Canada. Le&#13;
prime monache venute per la fondazione del monastero di Québec nel 1639&#13;
appartenevano al monastero di Tours: la Venerabile Madre Maria del­&#13;
l ’incarnazione ne fu la prima superiora. Poi vennero ad unirsi ad esse&#13;
altre Orsoline dei monasteri di Parigi e di Tours. Fra i due gruppi sor­&#13;
sero dei dissensi intorno ai costumi, alle tradizioni e alle costituzioni in&#13;
uso nei due monasteri. Nel 1646, il P. Girolamo Lallemant, superiore del&#13;
convento di Québec, compilò delle nuove costituzioni più adatte alle con­&#13;
dizioni del paese e tenendo conto delle tradizioni dei due monasteri. Cia­&#13;
scun gruppo dovè sacrificarti qualche cosa delle proprie abitudini ; da ciò&#13;
nacque il malcontento. Arrivando a Québec, il Servo di Dio conobbe subito&#13;
la delicata questione e domandò alle suore di provare alcune modificazioni&#13;
da lui proposte. Finalmente nel 1681 diede al monastero delle costituzioni&#13;
definitive, obbligando le suore di accettare quelle del monastero di Parigi.&#13;
&#13;
�Doc. X X I&#13;
&#13;
56 —&#13;
&#13;
Ma Révérende et très chère Mère.&#13;
Voici un petit mot que j ’ai cru vous devoir écrire en con­&#13;
fiance au sujet de ma irès chère Mère N. Comme elle a confiance&#13;
en moi, elle nie fait voir quelques-unes de ses lettres et j ’ai re­&#13;
marqué dans celle qu’elle vous écrit au sujet de l'élection d ’une&#13;
maîtresse des novices, de certaines choses où elle se méprend un&#13;
peu, ne sachant pas entièrement comme elles se sont passés. Mais&#13;
vous pouvez bien m ’en croire, puisque le tout est venu à ma con­&#13;
naissance et s ’est meme passé à ma vue, ayant toujours accompa­&#13;
gné notre révérende Mère, à cause de la charge où je suis et celle&#13;
où j ’ai été. Voici donc comment la chose s ’est passée. Mgr notre&#13;
Prélat ayant fait venir notre révérende Mère au parloir, après&#13;
qu’elle fut confirmée en sa charge, il lui déclara qu’il voulait que&#13;
la maîtresse des novices le fût aussi des jeunes professes et que&#13;
cette charge fût sujette à l ’élection. Cette proposition nous sur­&#13;
prit extrêmement et pour en empêcher l ’exécution, nous contestâ­&#13;
mes fort. Mais quelques raisons que nous puissions dire, il ne nous&#13;
voulut point écouter. Ce que nous pûmes obtenir fut que cette&#13;
élection servît seulement pour trois ans sans conséquence et comme&#13;
un essai qui nous ferait voir le succès de ce changement. Notre&#13;
révérende Mère ne laissa pas d ’en avoir bien du déplaisir, parce&#13;
qu’elle était dans la résolution de continuer cette chère Mère&#13;
dans cette charge, en laquelle elle s ’était très bien comportée. Mais&#13;
l 'élection fit tourner les choses autrement, car. comme nous savez,&#13;
en matière de choix on ne dispose pas des voix comme l ’on veut.&#13;
Le tout se fit assurément selon Dieu et dans la sincérité, vous&#13;
pouvez m ’en croire, car je suis témoin oculaire de tout ce qui&#13;
s ’est passé...&#13;
Je me sens encore obligée de vous donner de l 'éclaircissement&#13;
sur ce qu’on vous écrit qu’on voit ici toutes nos lettres. Il est&#13;
vrai qu’on les voit, mais on ne les ouvre et on ne les lit pas.&#13;
Mgr notre Prélat avant ordonné à notre révérende Mère &lt;l'ouvrir&#13;
les lettres qu’on envoie de France, elle est seulement obligée de&#13;
rompre le cachet et c ’est ce qu’elle fait afin d ’obéir; mais je vous&#13;
assure qu’elle ne les lit point du to u t... 11 faut que ceux qui vous&#13;
ont écrit cette particularité, n ’aient pas compris l ’intention de&#13;
Mgr, qui consiste seulement, comme je viens de dire, dans cette&#13;
formalité de rompre le cachet. Il a eu raison d ’en user de la sorte,&#13;
&#13;
�— 57 —&#13;
&#13;
Doc. X X I&#13;
&#13;
parce que la règle dit quelque chose de semblable qui souffre interprétatiou ; et enfin il faut garder quelque forme qui fasse voir&#13;
qu’une supérieure peut toujours user de sa liberté.&#13;
4&#13;
Ex Epistola ad P. ('laudium Marlin, O. S. B., filium suum, 1660,&#13;
2 novembris. Ex edit. Parisiensi, pp. 557-55it.&#13;
In questa lettera, Maria dell'Incarnazione ci fa conoscere l 'opinione&#13;
ilei Servo di Dio intorno alla risoluzione presa dai Francesi del Canada&#13;
ili distruggere la tribù degli Iroquesi, i quali, come abbiamo veduto sopra,&#13;
mettevano la colonia in costante pericolo.&#13;
&#13;
Il est vrai que si l ’on ne va humilier ces barbares (les Iroquois), ils perdront le pays et nous chasseront tous par leur hu­&#13;
meur guerrière et carnassière... Il n ’y a nulle assurance à leur&#13;
paix, car ils n ’en font que pour allonger le temps et prendre l ’oc­&#13;
casion de faire leur coup et d ’exécuter leur dessein...&#13;
Toutes ces connaissances ont tellement animé les Français&#13;
qu’ils sont résolus de détruire ces misérables par eux et par le&#13;
secours qu’ils attendent de France. Ils ne peuvent plus différer&#13;
leur perte après tant d ’hostilités et de rupture de paix. Autant&#13;
qu’ils en prennent, ils les mettent entre les mains des Algonquins,&#13;
qui sont gens de cœur, fort bons chrétiens et très fidèles aux Fran­&#13;
çais, qui les traitent comme ils sont traités quand ils sont pris.&#13;
Vous vous étonnez de cette résolution et vous dites que cela ré­&#13;
pugne à l ’esprit de l ’Évangile et des Apôtres qui ont exposé leur&#13;
vie pour sauver les infidèles et ceux même qui les faisaient souf­&#13;
frir. Mgr notre Prélat a été de votre sentiment; il a même fait&#13;
apprendre la langue à M. de Bernières pour les aller instruire.&#13;
Vous savez combien de fois nos Révérends Pères y sont allés pour&#13;
le même sujet. Tout nouvellement ils ont voulu y aller pour faire&#13;
un dernier effort; mais on les a retenus comme par violence, le&#13;
péril étant trop évident et inévitable. Après tant d ’elïorts inu­&#13;
tiles et d ’expériences do la perfidie de ces infidèles, Mgr a bien&#13;
changé de sentiment et il tombe d ’accord avec toutes les person­&#13;
nes sages du pays, ou qu’il les faut exterminer, si l ’on jjeut, ou&#13;
que tous les Chrétiens et le Christianisme du Canada périssent.&#13;
Quand il n ’y aura plus de Christianisme ni de missionnaires,&#13;
quelle espérance y aura-t-il de leur salut t&#13;
&#13;
�Dor. X X I&#13;
&#13;
— 58 —&#13;
&#13;
5&#13;
Kx Epistola ad Superiorissimi Monasterii Ursulinarum Turoncnsis, 1661, 13 septembris. Ex edit. Parisiensi, pp. 215-217.&#13;
Il paraît par votre grande lettre que nous ayons de l ’incli­&#13;
nation à changer nos constitutions. Non, mon intime Mère, nous&#13;
n ’avons nulle inclination qui tende à cela. Mais je vous dirai que&#13;
c ’est Mgr notre Prélat qui en a quelque envie, ou du moins de&#13;
les bien altérer.&#13;
Voici comme la chose s ’est passée. L ’année dernière lorsqu’il&#13;
faisait sa visite, quelques-unes de nos sœurs lui firent entendre&#13;
à notre insu, qu’il serait bon qu’il nous donnât un abrégé de nos&#13;
constitutions. 11 ne laissa pas perdre cette parole; car il en a&#13;
fait faire un selon son idée, dans lequel laissant ce qu’il y a de&#13;
substantiel, il retranche ce qui donne de l ’explication et ce qui&#13;
en peut faciliter la pratique. 11 y a ajouté ensuite ce qu’il lui a&#13;
plu. En sorte que cet abrégé, qui serait plus propre pour des&#13;
carmélites ou pour des religieuses du Calvaire que pour des ursulines, ruine effectivement notre constitution. Il nous en a fait&#13;
faire la lecture par le R. P. Lallemant, qui n ’a pas peu donné à&#13;
Dieu en cette action, parce que c ’est lui qui a le plus travaillé&#13;
à nos constitutions. Il nous a donné huit mois ou un an pour y&#13;
penser. Mais, ma chère Mère, l ’affaire est déjà toute pensée et la&#13;
résolution toute prise: nous ne l ’accepterons pas, si ce n ’est à&#13;
l ’extrémité de l ’obéissance. Nous ne disons mot néanmoins pour&#13;
ne pas aigrir les affaires ; car nous avons affaire à un prélat, qui&#13;
étant d ’une très haute piété, s ’il est une fois persuadé qu’il y&#13;
va de la gloire de Dieu, il n ’en reviendra jamais et il nous en&#13;
faudra passer par là; ce qui causerait un grand préjudice à nos&#13;
observances. Il s ’en est peu fallu que notre chant n ’ait été re­&#13;
tranché. Il nous laisse seulement nos vêpres et nos ténèbres, que&#13;
nous chantons comme vous faisiez au temps que j ’étais à Tours.&#13;
Pour la grand’messe, il veut qu’elle soit chantée à voix droite,&#13;
n ’ayant nul égard à ce qui se fait soit à Paris soit à Tours, mais&#13;
seulement à ce que son esprit lui suggère être le mieux. Il craint&#13;
que nous ne prenions de la vanité en chantant et que nous ne don­&#13;
nions de la complaisance au dehors. Nous ne chantons plus aux&#13;
messes, parce, dit-il, que cela donne de la distraction au célébrant&#13;
&#13;
�— 59&#13;
&#13;
Doc. X X I&#13;
&#13;
et qu’il n ’a point vu cela ailleurs. Notre consolation en tout cela&#13;
est qu’il a eu la bonté de nous donner pour directeur le R. P. Lallemant qui est notre meilleur ami et avec qui nous pouvons trai­&#13;
ter confidennnent. Tl a un soin incroyable de nous tant pour le&#13;
spirituel que pour le temporel et il est très bien dans son esprit;&#13;
il rabat bien des coups qu’il nous serait difficile de supporter.&#13;
J ’attribue tout ceci au zèle de ce 1res digne prélat; mais comme&#13;
vous savez, mon intime Mère, en matière de règlement l ’expé­&#13;
rience le doit emporter par-dessus toutes les spéculations. Quand&#13;
on est bien, il s ’y faut tenir, parce que l ’on est assuré qu’on est&#13;
bien; mais en changeant, on ne sait si l ’on sera bien ou mal. Je&#13;
vous ai fait ce récit, ma très chère Mère, afin que vous jugiez si&#13;
nous voulons changer nos constitutions et pour me consoler avec&#13;
vous dans la peine que je souffre sur ce sujet.&#13;
De Québec, le 13 septembre 1661.&#13;
6&#13;
Ex Epistola ad P. Claudium Martin, O, S. B., filium suum, 1662,&#13;
10 augusti. Ex edit. Fa risicasi, pp. 571-572.&#13;
La questione del commercio delle bibite inebbrianti eoi selvaggi del&#13;
Canada suscitò una vivissima controversia che si prolungò anche dopo la&#13;
morte del Servo di Dio. Da una parte i negozianti e molti ufficiali civili&#13;
dicevano che questo commercio era assolutamente necessario per assicu­&#13;
rare l ’avvenire del paese; d ’altra parte il Servo di Dio, il clero e i Gesuiti&#13;
considerando ii male originato da questo commercio dicevano che nessuno&#13;
poteva farlo in coscienza. La questione ritornerà ampiamente in molti altri&#13;
documenti. Maria dell’Incarnazione dà qui il suo avviso ed espone la&#13;
condotta del Servo di Dio subito dopo la sua venuta nel Canada.&#13;
&#13;
Mon très cher bis.&#13;
Je vous ai parlé dans une autre lettre d ’une croix que je vous&#13;
disais m’être plus pesante «pie toutes les hostilités des Iroquois.&#13;
Voici en quoi elle consiste. Tl y a en ce pays des Français si mi­&#13;
sérables et sans crainte de Dieu, qu’ils perdent tous nos nouveaux&#13;
Chrétiens, leur donnant des boissons très violentes, comme de vin&#13;
et d ’eau-de-vie pour tirer d ’eux des castors. Ces boissons perdent&#13;
tous ces pauvres gens, les hommes, les femmes, les garçons et les&#13;
tilles même; car chacun est maître dans la cabane quand il s ’agit&#13;
&#13;
�Doc. X X I&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
60 —&#13;
&#13;
de manger et de boire. Ils sont pris tout aussitôt et deviennent&#13;
comme furieux. Us courent nus avec des épées et d ’autres armes&#13;
et font fuir tout le monde, soit de jour soit de nuit ; ils courent&#13;
par Québec sans cpie personne les puisse empêcher. Il s ’ensuit&#13;
de là des meurtres, des violements, des brutalités monstreuses et&#13;
inouïes. Les Révérends Pères ont fait leur possible pour arrêter&#13;
le mal tant du côté des Français que de la part des sauvages. Tous&#13;
leurs efforts ont été vains. Nos filles sauvages externes venant à&#13;
nos classes, nous leur avons fait voir le mal où elles se précipitent&#13;
en suivant l ’exemple de leurs parents; elles n ’ont pas remis de­&#13;
puis le pied chez nous. Le naturel des sauvages est comme cela.&#13;
Ils font tout ce qu’ils voient faire à ceux de leur nation en ma­&#13;
tière de mœurs, à moins qu’ils ne soient bien affermis dans la mo­&#13;
rale chrétienne. Un capitaine algonquin, excellent chrétien et le&#13;
premier baptisé du Canada, nous rendant visite, se plaignait di­&#13;
sant: « Onontio (c’est M. le Gouverneur) nous lue de permettre&#13;
qu’on nous donne des boissons». Nous lui répondîmes: « Dis-lui&#13;
qu’il le défende». - « J e lui ai déjà dit deux fois, repartit-il, et&#13;
cependant il n ’en fait rien. Mais priez-le vous-mêmes d ’en faire&#13;
la défense, peut-être vous obéira-t-il ».&#13;
C’est une chose déplorable de voir les accidents funestes qui&#13;
naissent de ce trafic. Mgr notre Prélat a fait tout ce qui se peut&#13;
imaginer pour en arrêter le cours comme une chose qui ne tend&#13;
à rien moins qu’à la destruction de la foi et de la religion dans&#13;
ces contrées. Tl a employé toute sa douceur ordinaire pour détour­&#13;
ner les Français de ce commerce si contraire à la gloire de Dieu&#13;
et au salut des sauvages. Us ont méprisé ses remontrances, parce&#13;
qu’ils sont maintenus par une puissance séculière qui a la main&#13;
forte. Us lui disent que partout les boissons sont permises. On&#13;
leur répond que dans une nouvelle Église et parmi des peuples&#13;
non policés, elles ne doivent pas l ’être, puisque l ’expérience fait&#13;
voir qu’elles sont contraires à la propagation de la foi et aux bon­&#13;
nes mœurs que l ’on doit attendre des nouveaux convertis. La rai­&#13;
son n ’a pas lait plus que la douceur. Il y a eu d ’autres contesta­&#13;
tions très grandes sur ce sujet. Mais enfin le zèle de la gloire de&#13;
Dieu a emporté notre prélat et l ’a obligé d ’excommunier ceux qui&#13;
exerceraient ce trafic. Ce coup de foudre ne les a pas plus étonnés&#13;
que le reste. Us n ’en ont tenu compte, en disant que l ’Église n ’a&#13;
point de pouvoir sur les affaires de cette nature.&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
61&#13;
&#13;
Doc. X X I&#13;
&#13;
Les affaires étant à cette extrémité, il s ’embarque pour pas­&#13;
ser en France, afin de chercher les moyens de pourvoir à ces dé­&#13;
sordres qui tirent après eux tant d ’accidents funestes. 11 a pensé&#13;
mourir de douleur à ce sujet et on le voit sécher sur le pied. Je&#13;
crois que s ’il ne peut venir à bout de son dessein, il ne reviendra&#13;
pas; ce qui serait une perte irréparable pour cette nouvelle Église&#13;
et pour tous les pauvres Français. 11 se fait pauvre pour les as­&#13;
sister et pour dire en un mot tout ce que je conçois de son mérite,&#13;
il porte les marques et le caractère d ’un saint. Je vous prie de&#13;
recommander et de faire recommander à Notre-Seigneur une af­&#13;
faire si importante et qu’il lui plaise de nous renvoyer notre bon&#13;
prélat, père et véritable pasteur des âmes qui lui sont commises.&#13;
Vous voyez que ma lettre ne parle que de l ’affaire qui me&#13;
presse le plus le cœur, parce que j ’y vois la majesté de Dieu des­&#13;
honorée, l ’Église méprisée et les âmes dans le danger évident de&#13;
se perdre. Mes autres lettres répondront aux vôtres.&#13;
De Québec, le 10 d ’août 1662.&#13;
&#13;
7&#13;
Ex Epistola (u7 P. ('laudium Marlin, O. S. ]&gt;., filium suum, 1662.&#13;
Septembris. Ex edit. Parisii usi, pp. ÜHO-582.&#13;
De plus l ’on a découvert qu’il y a des sorciers et magiciens&#13;
en ce pays. Cela a paru à l ’occasion d ’un meunier, qui était passé&#13;
de France au même temps que Mgr notre Évêque et à qui Sa&#13;
Grandeur avait fait faire abjuration de l ’hérésie, parce qu’il&#13;
était huguenot. Cet homme voulait épouser une fille qui était&#13;
passée avec son père et sa mère dans le même vaisseau, disant&#13;
qu’elle lui avait été promise; mais parce que c ’était un homme&#13;
de mauvaises mœurs, on ne le voulut jamais écouter. Après ce re­&#13;
fus, il voulut parvenir à ses fins par les ruses de son art diabo­&#13;
lique. 11 faisait venir les démons ou esprits follets dans la maison&#13;
de la fille avec des spectres qui lui donnaient bien de la peine&#13;
et de l ’effroi. L’on ignorait pourtant la cause de cette nouveauté,&#13;
jusqu’à ce que le magicien paraissant, l ’on eût sujet de croire qu’il&#13;
y avait du maléfice de la part de ce misérable; car il lui parais­&#13;
sait jour et nuit, quelquefois seul et quelquefois accompagné de&#13;
&#13;
�Doc. XXL&#13;
&#13;
— m —&#13;
&#13;
deux ou trois autres, que la fille nommait, quoiqu’elle ne les eût&#13;
jamais vus. Mgr y envoya des Pères et il y est allé lui-même pour&#13;
chasser les démons par les prières de l ’Église. Cependant rien&#13;
n ’avançait, et le bruit continuait plus fort qu'auparavant. L ’on&#13;
voyait des fantômes, l ’on entendait jouer du tambour et de la&#13;
flûte, l ’on voyait les pierres se détacher des murs et voler ça et là,&#13;
et toujours le magicien s ’y trouvait avec ses compagnons pour&#13;
inquiéter la fille. Leur dessein était de la faire épouser à ce mal­&#13;
heureux qui la voulait bien aussi, mais qui la voulait corrompre&#13;
auparavant. Le lieu est éloigné de Québec et c ’était une grande&#13;
fatigue aux Pères d’aller faire si loin leur exorcisme. C’est pour­&#13;
quoi Mgr voyant que les diables tâchaient de les fatiguer par ce&#13;
travail et de les lasser par leurs bouffonneries, ordonna que le&#13;
meunier et la fille fussent amenés à Québec. L ’un fut mis en pri­&#13;
son et l ’autre fut enfermée chez les Mères Hospitalières. Voilà&#13;
où l 'affaire en est. 11 s ’est passé dans cette affaire des choses&#13;
extraordinaires que je ne dis pas pour éviter la longueur et afin&#13;
de finii- cette matière. Pour le magicien et les autres, ils n ’ont&#13;
encore rien voulu confesser. On ne leur dit rien aussi, car il n ’est&#13;
pas facile de convaincre des personnes en cette nature de crime.&#13;
&#13;
8&#13;
Ex Epistola ad quamdam Religiosam Ursulinam Monasterii&#13;
Turonensis, 1663, 30 oetobris. Ex edit. Richaudeau, vol. I,&#13;
p. 261-262.&#13;
Pour ce que vous demandez si nous avons un évêque diocé­&#13;
sain, nous avons un évêque envoyé par Notre Saint Père le Pape,&#13;
en qualité de son grand vicaire apostolique en toute la NouvelleFrance... Il y a quelques raisons pour lesquelles il ne se nomme&#13;
pas titulaire qui sont du droit. C’est un homme saint, le père&#13;
des pauvres et du public. C ’est, un seigneur de la maison de Laval&#13;
qui s ’est donné à Dieu dès sa jeunesse. Le Roi l ’aime beaucoup&#13;
pour son mérite et ses qualités. Sa Majesté voulait le retenir en&#13;
France, mais l ’amour que ce bon prélat porte à cette nouvelle&#13;
Église a fait qu’il a supplié pour y revenir.&#13;
&#13;
�— 63 —&#13;
&#13;
Doc. X X II&#13;
&#13;
9&#13;
Ex Epi fit ola ad P. Claudium Martin, O. S. B., filium suum, 1665,&#13;
HO augusti. Ex e.dit. R i chaudeau, vol. I, pp. 305-306.&#13;
On ne saurait croire combien il s ’y (ici) est trouvé de calom­&#13;
niateurs contre Mgr notre Prélat, contre les Révérends Pères, con­&#13;
tre nous et contre plusieurs personnes de mérite et cela pour la&#13;
plupart (le plus souvent) pour le temporel. L ’on a écrit des lettres&#13;
diffamatoires (pii sont allées jusqu’au Roi qui a découvert ces&#13;
fourberies des calomniateurs et l’innocence des serviteurs de Dieu.&#13;
M. de Tracy, qui porte le nom de vice-roi d ’Amérique, a vu si&#13;
clair dans ces affaires, qu’il en a donné un second avis au Roi, en­&#13;
suite de quoi ceux qu’on avait voulu abaisser par pure envie sont&#13;
estimés plus que jamais et leurs ennemis humiliés par la priva­&#13;
tion de leurs charges.&#13;
10&#13;
Ex Epistola ad P. Claudium Martin, O. S. B., filium suum, 1668,&#13;
9 augusti. Ex edit. Parisiensi, p. 251).&#13;
Nos Révérends Pères et Mgr notre Prélat sont ravis de l ’édu­&#13;
cation que nous donnons à la jeunesse. Us font communier nos&#13;
filles à l ’âge de huit ans, les trouvant autant instruites qu’elles&#13;
le peuvent être.&#13;
&#13;
DOC. XXII&#13;
1659-1675. Ex « .lé­&#13;
sait Relations and Allied Documents», ed. Thumtes, Cleve­&#13;
land, 1896-1901.&#13;
&#13;
E xckbi ’Ta ex « R e l a t io n s d es J é s u i t e s »,&#13;
&#13;
Le Relazioni dei Gesuiti sono dei ragguagli destinati a far conoscere&#13;
le conquiste dell'Evangelo nella Nuova-Frane ia e ad iniziare l ’Europa&#13;
alla conoscenza di questo paese. Esse costituiscono urna miniera interes­&#13;
santissima per la storia canadese del sec. x v i i .&#13;
Bisogna peraltro confessare che queste relazioni, così come sono com­&#13;
pilate, non riflettono tutto l ’aspetto della Nuova-Francia. Scrivendo per&#13;
&#13;
�Doc. XXH&#13;
&#13;
(54 —&#13;
&#13;
l ’edificazione elei lettori e per interessare al loro apostolato i confratelli e&#13;
i compatrioti lontani, i missionari forzatamente dovettero omettere molte&#13;
cose che non avrebbero contribuito ad ottenere questo scopo. È storia, ma&#13;
storia incompleta.&#13;
Nonostante ciò, non si può non riconoscere la loro grande importanza.&#13;
L'uso frequente che ne hanno fatto i più qualificati storici canadesi, cat­&#13;
tolici e protestanti, rende testimonianza indubbia alla sincerità degli autori&#13;
e all’esattezza di queste loro relazioni. La Venerabile Madre Maria dell 'Incarnazione scriveva già nel 1671: « J ’ai tiré ceci des mémoires de nos&#13;
Révérends Pères dont la sincérité m ’est si connue que j ’ose bien vous&#13;
réitérer qu'il n ’v a rien qui ne soit plus assuré» { L e ttr e s d e M a r ie d e&#13;
l'I n c a r n a t io n , ed. Richaud eau, vol. 1, p. 675).&#13;
Queste Relazioni furono scritte ordinariamente dal superiore dei Ge­&#13;
suiti della missione del Canada risiedente a Québec. 1 missionari dispersi&#13;
nella Nuova-Franeia gli inviavano regolarmente le loro informazioni, ed&#13;
egli rimetteva ogni anno al provinciale di Parigi il proprio rapporto,&#13;
che costituiva la Relazione.&#13;
La prima Relazione è del 1632, e fu pubblicata a Parigi nello stesso&#13;
anno. L ’ultima, quella ilei 1671-1672, apparve nel 1673. Con questa termina&#13;
la pubblicazione di dette relazioni. A partire da tale momento, i missionari&#13;
canadesi continuarono ad inviare al provinciale di Francia i loro rapporti&#13;
annuali, ma questi non vennero più pubblicati. Le note discussioni sui riti&#13;
cinesi sollevate in Europa a quest’epoca provocarono il breve di Cle­&#13;
mente X C r e d ita e , 6 aprile 1673, col quale si proibiva la stampa di ogni&#13;
scritto che trattasse di missioni, senza il p la c e t di Propaganda. I Gesuiti&#13;
francesi, da una parte sottomessi con tutta l ’anima al Romano Pontefice,&#13;
ma desiderosi d ’altra parte di non trasgredire gli ordini del Re che non&#13;
riconosceva necessario altro p la c e t che il suo. preferirono di cessare la&#13;
pubblicazione delle loro Relazioni.&#13;
La collezione completa delle Relazioni forma una serie di cinquantadue volumi a stampa in-8", più alcuni manoscritti contenenti le Relazioni&#13;
degli anni 1672-167!) che non furono allora edite. Gli esemplari delle varie&#13;
Relazioni stampate annualmente nel secolo xvu sono divenuti estremamente rari ; ma nel secolo passato se ne fecero nuove edizioni, l ’ultima&#13;
delle quali, la più esatta e completa, è quella di Thwaites : T h e J e s m t&#13;
R e la tio n s a n d A U ie d D o c u m e n ts , Cleveland, 1896-1901. Essa si compone di&#13;
settantadue volumi, e comprende oltre le Relazioni stampate nel secolo xvn&#13;
anche quelle degli anni 1672-1679, edite per la prima volta nel 1881 dal&#13;
Padre Félix Martin, S. 1. Vi si aggiunge poi il Giornale dei Gesuiti e&#13;
molti altri documenti interessanti per la storia del Canadà.&#13;
1 nostri estratti sono desunti da questa edizione.&#13;
&#13;
�Doc. X X II&#13;
&#13;
- (55&#13;
&#13;
1&#13;
&#13;
Ex Relatione an,&#13;
&#13;
1 6 5 9 -1 6 6 0 ,&#13;
&#13;
Thwaites, vol.&#13;
&#13;
46.&#13;
&#13;
[Pag. 76-78] : Si tôt que Mgr l’évêque de Pétrée eût appris le&#13;
dessein que nous avions de commencer cette m ission,1 on ne peut&#13;
croire combien il y parut affectionné. Son zèle, qui embrasse tout&#13;
et à qui tout l ’océan n ’a pu donner de bornes, lui faisait souhai­&#13;
ter de pouvoir être lui-même de ces heureux exposés, et aux dé­&#13;
penses de mille vies, aller chercher dans le plus profond de ces&#13;
forêts la brebis égarée pour laquelle il avait traversé les mers.&#13;
11 y eut été, s ’il eût pu se diviser; et les courses qu’il a faites sia­&#13;
les neiges dès son premier hiver pour visiter ses ouailles, non pas&#13;
il cheval ou en carosse, mais en raquettes et sur les glaces, mon­&#13;
trent qu’il tiendrait bien sa place parmi les plus excellents mis­&#13;
sionnaires des sauvages, s ’il pouvait quitter le plus nécessaire&#13;
pour courir au plus dangereux; du moins son cœur y a volé pen­&#13;
dant qu’il s ’arrête ici comme au centre de toutes les missions,&#13;
pour pouvoir donner ses soins et partager son zèle à tous égale­&#13;
ment. Tous nos Français et sauvages, dont il a gardé le cœur&#13;
par la sainteté de sa vie et par les grandes charités dont il les&#13;
assiste continuellement dans toutes sortes de besoins, auraient&#13;
trop perdu et seraient demeurés inconsolables, si ces bois si recu­&#13;
lés de nous, eussent possédé ce précieux trésor, dont ils ne con­&#13;
naissent pas assez le mérite.&#13;
[Pag. 102-104] : line des choses qui a le plus éclaté dans le&#13;
Canada depuis l ’arrivée de Mgr l ’évêque de Pétrée et qui peut&#13;
passer pour une merveille est de voir l ’ivrognerie presque toute&#13;
exterminée de chez nos sauvages. Dieu a tant donné de béné­&#13;
dictions au zèle de ce bon prélat, qu’il est enfin venu à bout d ’un&#13;
mal qui s ’était fortifié depuis si longtemps et qui semblait irré­&#13;
médiable.&#13;
Ceux qui ont un peu pratiqué les sauvages, savent bien que&#13;
Oie ne parle que de ceux qui demeurent proche de nos habitations)&#13;
c’est un démon qui les rend fols et tellement passionnés qu’après&#13;
leur chasse, se trouvant bien riches en castor, au lieu de fournir&#13;
La missione degli Algonchini.&#13;
&#13;
�Doc. X X II&#13;
&#13;
— «fi&#13;
&#13;
leur famille de vivres, d ’habits et d ’antres choses nécessaires, ils&#13;
boivent tout en un jour et sont contraints ensuite de passer l ’hiver&#13;
tout nus, dans la famine et dans toutes sortes de misères. Il s ’en&#13;
est trouvé dont la manie a été si étrange, qu’après s ’ètre dépouil­&#13;
lés de tout pour boire, ils ont vendu jusqu’à leurs propres en­&#13;
fants, afin de s ’enivrer. Et les enfants étant pris de boisson, bat­&#13;
tent impunément leurs parents; les jeunes gens s ’en servent connue&#13;
d ’un philtre pour corrompre les filles après les avoir enivrées;&#13;
ceux qui ont des querelles font semblant d ’être ivres, pour s ’eu&#13;
venger avec impunité. Toutes les nuits se passent en clameur, eu&#13;
batteries et en funestes accidents, dont les ivrognes remplissent&#13;
les cabanes et comme tout leur est permis, paire qu’ils se con­&#13;
tentent de dire pour excuse qu’ils n ’avaient point lors d ’esprit,&#13;
on ne peut concevoir les désordres que ce vice diabolique a causés&#13;
dans cette nouvelle Église. On ne trouvait ni temps pour les instruire ni moyen de leur donner horreur de ce péché; car ils étaient&#13;
toujours saouls ou gueux, c ’est-à-dire ou incapables d ’écouter,&#13;
ou dans la nécessité d ’aller chercher à vivre dans les bois.&#13;
C’est ce qui a fort touché le cœur de Mgr de Pétrée, qui, vo­&#13;
yant les affaires de ce nouveau Christianisme en danger de se rui­&#13;
ner, s ’il n ’obviait à ces malheurs, a appliqué tous ses soins à trou­&#13;
ver remède à ce mal, qui avait paru jusqu’alors incurable. Et il&#13;
l ’a heureusement trouvé; car après que les ordres du Roi et les&#13;
règlements des gouverneurs ont paru inefficaces, ayant excommu­&#13;
nié tous ceux des Français qui donneraient des boissons aux sau­&#13;
vages capables de les enivrer, il a retranché tous ces désordres&#13;
qui n ’ont plus paru depuis l ’excommunication, tant elle a été ac­&#13;
compagnée des bénédictions du Ciel. Ce qui a tellement surpris&#13;
nos meilleurs et plus sages sauvages, qu’il sont venus exprès en&#13;
faire remerciement de la part de toute leur nation à Mgr de Pé•trée, lui confessant qu’ils ne pouvaient assez admirer la force&#13;
de sa parole, qui a achevé en un moment ce qu’on n’avait pu faire&#13;
depuis si longtemps.&#13;
[Page 112]: tTne bonne Huronne, parlant de Mgr de Pétrée,&#13;
dit qu’elle ne peut s ’imaginer de voir un homme quand il est re­&#13;
vêtu de ses habits pontificaux; qu’il semble respirer un air du&#13;
ciel et qu’elle ne pourrait pas davantage respecter un ange du&#13;
paradis. Elle ajoute que, quand elle le rencontre dans les rues,&#13;
elle se retire pour le laisser passer ou bien s ’enfuit d ’un autre&#13;
&#13;
�—&#13;
&#13;
67 —&#13;
&#13;
Doc. X X II&#13;
&#13;
côté pour ne pas lui faire horreur par sa présence, estimant qu’une&#13;
si grande pécheresse n ’est pas digne d ’être vue, ou de s ’approcher&#13;
d ’un si saint homme.&#13;
2&#13;
&#13;
Ex Relatione an. ltitìl-1662, Thwaites, vol. 47.&#13;
[Pag. 160] : Nous avons fermé les yeux, il y a quelque temps,&#13;
à un bon Huron nommé Louis Aquiennhio, qui est mort en saint.&#13;
Mgr l ’évêque de Pétrée, qui a de grandes tendresses pour ces&#13;
pauvres sauvages, ayant eu la bonté de le visiter dans le fort de&#13;
son mal et lui ayant fait gagner l ’indulgence des moribonds, il&#13;
s ’écria ensuite: «Jésus, enlève-moi, .je n ’ai plus rien à faire en&#13;
ce monde».&#13;
3&#13;
Ex Relatione an. 1667-1668, Thwaites, vol. .51.&#13;
[Pag. 276-278]: Arrivée de M. l ’Évêque de Pétrée à Tadoussac pour y faire sa visite.&#13;
Les heureux succès que Dieu a donnés aux armes du Roi dans&#13;
la Nouvelle-France faisant jouir nos sauvages de Tadoussac,&#13;
aussi bien que tous les autres qui nous sont alliés, des agréables&#13;
fruits de la paix, cette Église, que la crainte de l ’Iroquois avait&#13;
dispersée çà et là, s ’est heureusement réunie dans son ancien&#13;
poste, qui est l ’embouchure de la rivière du Saguenay, appelé Ta­&#13;
doussac. M. l ’Évêque le sachant et ayant été informé dès le prin­&#13;
temps de la satisfaction (pie les sauvages de cette Église avaient&#13;
donnée à leur pasteur, qui avait hiverné avec eux dans les bois,&#13;
fit savoir qu’il les visiterait.&#13;
Cette nouvelle les consola beaucoup. Mais son arrivée à Ta­&#13;
doussac, qui fut le 24 juin, les combla de joie, qu’ils firent paraî­&#13;
tre en sa réception; car s ’étant trouvés au nombre de quatre&#13;
cents âmes à son débarquement, ils témoignèrent par la décharge&#13;
de leurs fusils et par leurs acclamations le contentement qu’ils&#13;
avaient de voir une personne qui leur était si chère et dont la&#13;
plupart avait souvent expérimenté les bontés.&#13;
Ils l ’accompagnèrent ensuite en leur chapelle d’écorce, le feu&#13;
ayant réduit eu cendre celle qu’on leur avait bâtie; et là il leur&#13;
fit dire le motif de son arrivée en ce lieu, à savoir pour se con-&#13;
&#13;
�Doc. X X II&#13;
&#13;
—&#13;
&#13;
68&#13;
&#13;
jouir avec eux cle l ’affection qu’ils témoignent avoir envers leur&#13;
Christianisme, pour administrer le sacrement de confirmation à&#13;
ceux qui ne l ’ont pas reçu et pour les assurer des bons sentiments&#13;
que le Roi a pour eux, dont ils ont des marques bien évidentes,&#13;
par la paix à laquelle il a forcé les Iroquois.&#13;
Cela fait, la charité de ce digne évêque les ravit, lorsqu’au&#13;
sortir de la chapelle ils le virent entrer dans leurs cabanes les&#13;
unes après les autres, pour y visiter les malades et les capitaines,&#13;
consolant ceux-là par sa présence, dont ils étaient confus et par&#13;
ses charités qu’il étendait sur eux, sur leurs pauvres veuves et&#13;
sur leurs orphelins et encourageant ceux-ci à appuyer la foi de&#13;
leur autorité et se maintenir toujours dans les devoirs de vérita­&#13;
bles Chrétiens; ce qu’il renouvela en un célèbre festin, leur re­&#13;
commandant surtout de n ’oublier jamais les obligations insignes&#13;
qu’ils ont au Roi, qu’ils doivent considérer comme leur libérateur&#13;
et comme celui à qui seul, après Dieu, ils ont l ’obligation de leur&#13;
repos et de leur vie.&#13;
Les quatre jours suivants furent employés à disposer à la con­&#13;
firmation ceux qui ne l ’avaient pas encore reçue. Ce sacrement&#13;
fut administré à diverses reprises à cent quarante-neuf person­&#13;
nes. La dévotion, avec laquelle ils l ’ont reçue et qu’ils ont fait&#13;
paraître partout ailleurs, a ravi Monseigneur et lui a fait avouer&#13;
que les peines qu’il a prises pour ce voyage lui donnent une sa­&#13;
tisfaction toute particulière: de voir de ses propres veux le Chri­&#13;
stianisme en vigueur et la piété régner parmi ces pauvres sau­&#13;
vages autanl et plus que parmi beaucoup de nations policées.&#13;
4&#13;
Ex Eclat ione an. 16&lt;&gt;f)-U&gt;70, Tli imites, rot. .1.9.&#13;
[Pag. 108-110] : La bonté de la sainte Vierge qui avait eu un&#13;
soin si extraordinaire de l ’aider (un chef sauvage mourant] à&#13;
faire une si belle mort, porta encore plus loin son assistance; car&#13;
aussitôt que l ’on eût porté à Québec les nouvelles de son trépas,&#13;
elle inspira à Mgr l ’Évêque de lui faire un service solennel dans&#13;
la grande église paroissiale. Aussitôt il donna ordre à un de nos&#13;
Pères de me mander (pie je fisse apporter le corps à Québec, pour&#13;
l ’y enterrer, après qu’on y aurait célébré la sainte messe pour&#13;
le défunt.&#13;
&#13;
�69 —&#13;
&#13;
Doc. XXII&#13;
&#13;
11&#13;
n ’y eut quasi pas un habitant du bourg des Hurons qui&#13;
n ’accompagnât Je corps de leur bon capitaine. Les hommes, les&#13;
femmes et les enfants, tous voulurent lui rendre les derniers&#13;
devoirs.&#13;
Mais lors qu’ils arrivèrent à Québec, ils furent surpris de voir&#13;
l 'appareil avec lequel se fit le service. Il y avait quantité de&#13;
torches allumées autour du corps; tout le clergé assista à la&#13;
grand’messe des morts, qu’on chanta avec les cérémonies les plus&#13;
solennelles de l ’Église. Mais surtout la présence de Mgr l ’Évêque&#13;
et la dévotion avec laquelle il priait pour le défunt ravi[rent]&#13;
tellement ces pauvres gens, qu’ils ne savaient s ’ils devaient plutôt&#13;
pleurer de joie pour l ’honneur qu’on rendait à un de leurs com­&#13;
patriotes que de tristesse pour sa mort.&#13;
5&#13;
Ex Relatione an. 167tì, Thwaites, vol. 59.&#13;
Come abbiamo detto sopra, le Relazioni dei Gesuiti dal 1673 al 1679&#13;
non furono stampate insieme alle altre nel secolo xvn, ma i mss. furono&#13;
conservati e, nel 1881, il Padre Félix Martin, S. I., ne fece u n ’edizione in&#13;
due volumi, Parigi, Donniol. T medesimi testi furono riprodotti nell’edi­&#13;
zione Thwaites. Diamo qui un breve estratto della Relazione del 1676,&#13;
relativo alla visita pastorale che il Servo di Dio fece in quest’anno a Mon­&#13;
tréal e nei dintorni, il Padre Superiore e il Padre Cholenec sono i Gesuiti&#13;
delia Missione della Prairie de la Magdeleine.&#13;
&#13;
[Pag. 268] : Le Père Supérieur prit avec lui le Père Choionec&#13;
pour s ’en aller saluer Sa Grandeur. Ils trouvèrent ce prélat apos­&#13;
tolique avec le train et l ’équipage d ’un prince de la primitive&#13;
Église. Ce grand homme pour sa naissance et encore plus pour&#13;
ses vertus, qui ont fait tout récemment J'admiration de la France,&#13;
et qui, dans son dernier voyage en Europe, îni ont justement mé­&#13;
rité l ’estime et l ’approbation du Roi, ce grand homme, dis-je,&#13;
faisant la visite de son diocèse, était, mené dans un petit canot&#13;
d ’écorce par deux paysans, sans aucune suite que d ’un ecclé­&#13;
siastique seulement, et sans rien porter qu’une crosse de bois,&#13;
qu’une mitre fort simple et que le reste des ornements nécessaires&#13;
à un évêque d’or, comme le disent les auteurs en parlant des&#13;
premiers prélats du Christianisme.&#13;
&#13;
�Doc. X X III&#13;
&#13;
— 70 -&#13;
&#13;
DUC. XXIII&#13;
E pist o l a e S e p vi D ei&#13;
&#13;
ad&#13;
&#13;
S anctam S e d e m , 1659-1685.&#13;
&#13;
La voluminosa corrispondenza del Servo di Dio con la Santa Sede&#13;
costituisce un documento di primaria importanza. Per mezzo di essa noi&#13;
conosciamo molti particolari sulla sua vita apostolica, sul carattere del&#13;
suo ministero, sul suo zelo per le anime e sullo stato della sua Chiesa na­&#13;
scente. Da un altro lato essa prova con chiarezza la rispettosa venerazione&#13;
e l'inalterabile sottomissione di Mons. de Lavai verso la Santa Sede. Per&#13;
meglio valutare questa disposizione d'animo del Servo di Dio verso la&#13;
Santa Sede, si dovrà ricordare ch’egli visse in pieno secolo di gallicanismo.&#13;
Quando egli partì per il Canada, il giovane Luigi XIV esordiva con un&#13;
regno che faceva prevedere un influsso sempre crescente del potere reale&#13;
sul campo politico e religioso. Nel Canada. Mons de Lavai trovò dei go­&#13;
vernatori imbevuti degli stessi principi politici e desiderosi d ’imitare nel&#13;
loro territorio la potenza che aveva il Re nella madre patria e di esten­&#13;
dere ii loro potere sugli affari della Chiesa.&#13;
Quale sia stata la condotta del Servo di Dio in questa situazione così&#13;
delicata, lo rivela la sua corrispondenza con la Santa Sede, la quale ci&#13;
dimostra la cura ch'egli mise per collocare la sua Chiesa nascente sulle&#13;
solide b asi dell’unione con Roma.&#13;
Bisogna, è vero, attribuire al carattere ufficiale di queste lettere certe&#13;
espressioni imposte dal protocollo; ma prescindendo da queste forinole di&#13;
cancelleria con i loro termini di rispetto e di obbedienza usati nella cor­&#13;
rispondenza di tutti coloro che hanno relazioni con la Santa Sede, queste&#13;
lettere mettono in chiara evidenza i sentimenti di devozione del Servo di&#13;
Dio verso la Sede Apostolica.&#13;
Anche il solo numero elevato di queste lettere mostra il desiderio di&#13;
Mons. de Lavai di tenersi unito a Roma. Abbiamo potuto ritrovare infatti&#13;
46 lettere e 4 relazioni, scritte in meno di venticinque anni ; e siamo di&#13;
)tacere che non sono tutte. Questa cifra risulta considerevole, se si pensa&#13;
alle difficoltà che incontravano allora i rapporti fra l ’America e l'Europa.&#13;
Di questi pezzi di corrispondenza, 18 sono indirizzati al Sommo Pontefice,&#13;
8 a diversi Cardinali Romani e il resto alla S. Congregazione di Propa­&#13;
gantia. Abbiamo aggiunto a questi documenti due lettere scritte al Nunzio&#13;
di Parigi, considerandole come parte di una corrispondenza con la Santa&#13;
Sede. Mons. de Lavai mantenne sempre intima relazione con i rappre­&#13;
sentanti «lei Papa a Parigi, anche dopo la loro partenza da questa città;&#13;
no fanno fede certe lettere da lui scritte a cardinali, antichi nunzi, o ri­&#13;
sposte di questi.&#13;
Questa corrispondenza con Roma comprende tutto il periodo del go­&#13;
verno spirituale del Servo di Dio nel Canada: dal 1659. data della sua&#13;
nomina a vicario apostolico, fino al 1685, anno del suo ultimo viaggio in&#13;
Francia, per presentarvi le sue dimissioni. Durante lutto questo tempo&#13;
&#13;
�71 —&#13;
&#13;
Doc. X X III&#13;
&#13;
egli si mostra fedele nel compilare il rapporto annuale promesso al Papa,&#13;
quando non glielo impediscano circostanze eccezionali. Egli inviò talvolta&#13;
fino a quattro lettere in uno stesso anno.&#13;
Dopo le sue dimissioni, si ritira nel Seminario, dove dimora fino alla&#13;
morte, avvenuta nel 1708. Kgli allora non s'intéressa più direttamente degli&#13;
affari ecclesiastici del Canada, e di questo tempo, non si trova nessuna sua&#13;
lettera diretta alla Santa Sede.&#13;
(Questo fascicolo di lettere ci dimostra che il Servo di Dio sottopose&#13;
all'autorità del Papa e della S. Congregazione di Propaganda tutte le diffi­&#13;
cili questioni della sua diocesi; tratta anche del commercio delle bibite ineb­&#13;
r ia n ti eoi selvaggi, dell’impianto dell’ospedale di Montreal, ecc. 11 suo ri­&#13;
corso si fa più assiduo e più supplicante quando si tratta della giurisdizione&#13;
spirituale del Canada. 11 suo desiderio è quello di estendere nella NuovaFrancia il rispetto e la sottomissione totale alla Sede di Roma : per questo&#13;
le sue rimostranze contro l ’arcivescovo di Rouen che pretendeva di aver&#13;
diritto al governo sul Canada e contro il de Queylus che rappresentava&#13;
in America gl’interessi di questo arcivescovo; per questo le sue prolungate&#13;
suppliche per la fondazione di un vescovato titolare, che gli dia più autorità&#13;
nei confronti del potere civile, di quello che non gli dia il titolo di vi­&#13;
cario apostolico : per questo infine la sua insistenza per ottenere che la&#13;
nuova Chiesa di Quebec fosse totalmente indipendente dagli arcivescovati&#13;
francesi e dipendente direttamente da Roma.&#13;
Per tutte queste ragioni, la corrispondenza del Servo di Dio con la&#13;
Santa Sede, prende un grande valore nello studio delle sue virtù e della&#13;
sua attività di fondatore della Chiesa Canadese.&#13;
La maggior parte di questa corrispondenza è tratta dagli originali&#13;
conservati nell’Archivio Vaticano e in quello di Propaganda. Questi ori­&#13;
ginali sono scritti con grande cura da un segretario e firmati da Mons. de&#13;
Lavai; due soltanto sono di suo pugno. Altri pezzi sono copie del tempo&#13;
o minute conservate nei suddetti archivii o nel Seminario di Quebec. Per&#13;
ciascun documento indichiamo la fonte da cui proviene.&#13;
In questa pubblicazione non è apparso necessario riprodurre per intiero&#13;
tutte le lettere, per non moltiplicare ripetizioni inutili. Così alcune lettere&#13;
sono state omesse per intero, mentre altre sono state riprodotte parzial­&#13;
mente; in questi casi diamo un breve riassunto dei passi eliminati.&#13;
Questo incartamento comprende solamente le lettere dirette del Servo&#13;
di Dio alla Santa Sede. Però possediamo molte risposte a queste lettere,&#13;
ma esse generalmente non portano alcuna utilità nella Posizione. Gli altri&#13;
documenti emanati dalla Santa Sede piuttosto d ’ordine pubblico, come&#13;
bolle, rescritti ecc. sono stati inclusi nella Posizione nel loro ordine crono­&#13;
logico.&#13;
Abbiamo preparato un prospetto generale con l’ordine cronologico&#13;
di tutte le lettere costituenti questa corrispondenza, con l ’indicazione della&#13;
data e del destinatario. Quelle segnalate con un asterisco non furono prese&#13;
in considerazione fino qui pei- la Causa.&#13;
&#13;
�Doc. X X III&#13;
&#13;
— 72 —&#13;
&#13;
Nota delle lettere inviale dal Serro di Dio a vari Sommi, Pon­&#13;
tefici, Cardinali o Prelati della Caria Romana.&#13;
1.&#13;
* 2.&#13;
3.&#13;
* 4.&#13;
5.&#13;
6.&#13;
* 7.&#13;
8.&#13;
9.&#13;
10.&#13;
11.&#13;
12.&#13;
13.&#13;
14.&#13;
*15.&#13;
16.&#13;
17.&#13;
18.&#13;
19.&#13;
* 20.&#13;
21.&#13;
22.&#13;
23.&#13;
“ 24.&#13;
*25.&#13;
&#13;
3(»59, 31 luglio, al Sonano Pontefice Alessandro V II.&#13;
1660, 13 giugno, ai Cardinali della S. Oong. di Propaganda.&#13;
1660, 29 ottobre, al Sommo Pontefice Alessandro VII.&#13;
1660, ottobre, Relazione sulle missioni del Canada inviata&#13;
al Sommo Pontefice.&#13;
1661, 21 ottobre, ai Cardinali della S. Cong. di Propaganda.&#13;
1661, 22 ottobre, al Sommo Pontefice Alessandro VII.&#13;
1663, 24 ottobre, al Card. Prefetto della S. Cong. di Pro­&#13;
paganda.&#13;
1663, novembre, ai Cardinali della S. Cong. di Propaganda.&#13;
1663, Relazione sulle missioni dei selvaggi Algonchini in­&#13;
viata alla S. Cong. di Propaganda.&#13;
1664, 26 agosto, ai Cardinali della S. Cong. di Propaganda.&#13;
1664, Relazione sulle missioni dei selvaggi Huroni inviata&#13;
alla S. Cong. di Propaganda.&#13;
166-3, novembre, al Sommo Pontefice Alessandro V II.&#13;
1665, novembre, al Card. Prefetto della S. Cong. di Pro­&#13;
paganda.&#13;
1665, 8 novembre, ai Cardinali della S. Cong. di Propaganda.&#13;
1665. Informazione dello stato della Chiesa del Canada in­&#13;
viata al Sommo Pontefice.&#13;
1666, ottobre, al Sommo Pontefice Alessandro V II.&#13;
J666. ottobre, al Card. Prefetto della S. Cong. di Propa­&#13;
ganda.&#13;
1666. ottobre, al medesimo.&#13;
1666, novembre, ai Cardinali della S. Cong. di Propaganda.&#13;
1666, al Card. Piccolomini, nunzio a Ravenna.&#13;
1667, settembre, ai Cardinali della S. Cong, di Propaganda.&#13;
1667, al Sommo Pontefice Clemente IX,&#13;
1668, 26 ottobre, al medesimo.&#13;
1668, 26 o tto b r e , ai Cardinali della S. Cong. di Propaganda.&#13;
1669, 30 settembre, al Sommo Pontefice Clemente TX.&#13;
&#13;
�— 7o —&#13;
&#13;
Doc. XXIII&#13;
&#13;
* 26. 1669, 20 settembre, al Card. Prefetto della S. Coug. di Pro­&#13;
paganda.&#13;
27. 1669, 20 settembre, ai Cardinali della S. Gong, di Propa­&#13;
ganda.&#13;
* 28. 1669, 30 settembre, al Segretario della S. Cong. di Propa­&#13;
ganda.&#13;
29. 1670, 27 agosto, al Sommo Pontefice Clemente X.&#13;
* 30. 1670, 16 settembre, ai Cardinali della S. Cong. di Propa­&#13;
ganda.&#13;
*31. 1672, 8 settembre, a Mons. Francesco Nerli, nunzio a Parigi.&#13;
* 32. 1672, al Sommo Pontefice Clemente X.&#13;
* 33. 1672, ai Cardinali della S. Cong. di Propaganda.&#13;
* 34. 1672, al Sommo Pontefice Clemente X.&#13;
* 35. 1672, al Cardinale Caraffa.&#13;
* 36. 1672, al Segretario della S. Cong. di Pi‘opaganda.&#13;
* 37. 1673, 8 dicembre, al Card. Altieri, Primo Ministro del&#13;
Sommo Pontefice.&#13;
38. 1673, a Mons. Francesco Merli, nunzio a Parigi.&#13;
39. 1675, 8 febbraio, ad un Cardinale di Roma.&#13;
40. 1675, ottobre, ai Cardinali della S. Cong. di Propaganda.&#13;
* 41. 1675, 5 novembre, al Card. Spada, della S. Cong. di Pro­&#13;
paganda.&#13;
42. 1675, 13 novembre, al Sommo Pontefi